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5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 08:31
La tourmente grecque : « Chronique d’un coup d’Etat »

Un gros plan à la fois humain et financier sur les causes et les conséquences de la crise grecque. Une enquête précise et claire sur les mécanismes de l’austérité et de la dette publique, sur la capitulation du gouvernement Syriza vis à vis des institutions européennes. La Grèce est un laboratoire en Europe. Un film pour débattre sur les perspectives politiques et les alternatives démocratiques en France et en Europe. Un documentaire lanceur d’alerte.

 

Sources : CADTM (Comité pour l'Abollition des DetTes illègitiMes)  par Philippe Menut[1]

Après  six mois de négociations, malgré le « non » massif des Grecs au référendum, le gouvernement Syriza a cédé aux injonctions des « institutions » de la zone euro, tout en renonçant à toute annulation ou allègement de sa dette. Comment l’expliquer ? En quoi une alternative était-elle possible ?

 

Par une enquête précise et claire, le documentaire ouvre le débat sur les perspectives politiques et sur les alternatives démocratiques en Grèce et en Europe.

 

« Je n’ai pas fait un film pour dire ce que je savais ; ce que j’explique, je l’ai compris en tournant le documentaire » (Philippe Menut).

 

La première version du film, actualisé à deux occasions, avait été projetée et débattue plus de 120 fois en France.


Les programmations ont été soutenues notamment par Attac, le CADTM, Les Amis du Monde diplomatique, le CAC (collectif pour un audit citoyen de la dette publique), Assemblées citoyennes, Solidarité France Grèce pour la santé, La Ligue des Droits de l’Homme, ACRIMED, Osez Le Féminisme, la CGT, SUD-Solidaires, Parti de Gauche, Ensemble-FdG, PCF,  NPA, EE-les Verts, Nouvelle Donne (liste ouverte).


Le film a également été programmé à Athènes, Madrid, Liège, Namur, Montréal et Berlin.

 

  • Programmation : rendez-vous dans onglet « contacts » pour organiser une projection-débat dans votre ville, avec votre salle de cinéma, votre association, votre syndicat, votre organisation politique ou autre.
  • Distributeur : « Les films du mouvement ». Le film est proposé sur supports DCP, Blu-ray ou DVD.
  • Si vous êtes programmateur-trice et que vous souhaitez recevoir un lien privé de visionnage du film, demandez-le à lesfilmsdumouvement@gmail.com .

Note :

[1] Philippe Menut : Après 30 ans de carrière en tant que journaliste grand reporter à France 2 Paris et France 3 Montpellier, Philippe Menut se lance en toute liberté et indépendance dans le tournage du film La tourmente grecque avec l’appui de nombreux amis grecs.

 

Pour en savoir plus :

- La dette grecque, une tragédie européenne

- Grèce : la responsabilité du FMI mise au jour, mais tout continue comme avant

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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 08:30
Pierre-Paul Savorgnan de Brazza remettant au roi Makoko le traité de protectorat ratifié par le gouvernement français en 1882 / © UniversalImagesGroup / Contributeur / Getty Images

Pierre-Paul Savorgnan de Brazza remettant au roi Makoko le traité de protectorat ratifié par le gouvernement français en 1882 / © UniversalImagesGroup / Contributeur / Getty Images

A la fin du XIXe siècle, la France rêve de mener en Afrique sa "mission civilisatrice". Mais derrière cette noble idée, c’est souvent une course entre Anglais et Français pour des enjeux économiques.

 

Source :  GEO le 02 mai 2016

Du haut de ses 300 mètres, la toute nouvelle tour Eiffel, achevée quelques semaines plus tôt, domine, sur le Champ-de-Mars, la foule qui se presse à l’Exposition universelle de Paris. En ce mois de mai 1889, le monument, le plus haut du monde à l’époque, est le symbole d’un triomphe : celui du progrès technologique, de la civilisation occidentale, et de la IIIe République. Mais la dame de fer n’est pas l’unique objet de fascination pour les 28 millions de visiteurs de l’exposition. Non loin de là, sur l’esplanade des Invalides, une section entière est consacrée à l’une des fiertés du nouveau régime républicain : ses conquêtes coloniales. Les pavillons de l’Algérie, de la Tunisie ou de la Cochinchine plongent le public dans l’ambiance de ces contrées exotiques. Et, clou du spectacle : dans des villages africains reconstitués, plusieurs centaines d’indigènes du Sénégal, du Soudan français (l’actuel Mali) ou du Gabon sont livrés à la curiosité des badauds, telles des bêtes dans un zoo. «D’un côté, la lumière, la modernité, les Droits de l’Homme, de l’autre la part d’ombre, la mise en scène des “villages de la sauvagerie” : c’est tout le paradoxe de la République de l’époque», note l’historien Pascal Blanchard, spécialiste des colonies françaises et cofondateur, avec Nicolas Bancel, de l’Association pour la connaissance de l’histoire de l’Afrique contemporaine (Achac).

 

La large place accordée aux colonies dans l’Exposition de 1889 n’est pas un hasard. Elle révèle l’importance que les dirigeants de la IIIe République prêtèrent, dans les années 1870-1880, à cet axe de leur politique. Certes, l’histoire coloniale française n’est pas née à cette époque, loin de là : «Elle remonte à l’Ancien régime, avec les comptoirs en Afrique et en Asie liés à la traite négrière et au commerce des produits tropicaux, les îles des Caraïbes, les possessions en Amérique du Nord...», rappelle l’historien Nicolas Bancel, lui aussi expert de ces questions.

 

Au XIXe siècle, cet empire avait commencé par reculer, avec la vente de la Louisiane en 1803 et l’indépendance de Saint-Domingue (actuelle Haïti) en 1804, avant de regagner du terrain sous la Restauration et le Second Empire, grâce à la conquête de l’Algérie à partir de 1830. La France met aussi la main sur de nouveaux territoires en Indochine, en Polynésie, en Nouvelle-Calédonie et déjà en Afrique subsaharienne, où un début d’expansion est lancé vers l’intérieur du Sénégal et les côtes de la Guinée et du Gabon.

 

 

- Après la défaite de 1870, la France veut redorer son blason

En 1870, alors que vient d’être proclamée la IIIe République, l’ensemble restait toutefois modeste. Le nouveau régime allait poursuivre la dynamique initiée, la renforcer, et surtout lui fournir des arguments nouveaux pour rendre le colonialisme compatible avec les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité hérités de la Révolution.

 

Le contexte, d’abord, y incitait. Marquée par la perte de l’Alsace-Lorraine après la déroute militaire face à la Prusse en 1870, la France, humiliée, avait un besoin urgent de redorer son blason. Au même moment, son autre grand rival, le Royaume-Uni, brillait par son empire immense, qui continuait à s’étendre... Comme les Britanniques, les Français allaient chercher leur grandeur dans l’expansion territoriale – et y trouver à la fois un moyen de redressement de la fierté nationale et un exutoire pour le nationalisme frustré et l’esprit revanchard de l’après-1870. Ce sera le premier moteur du colonialisme républicain.

 

Mais il y a plus. Dans l’esprit de l’époque, la conquête ne devait pas se résumer à une mainmise sur les terres : elle devait aussi viser les peuples. Il s’agissait d’apporter aux régions d’Afrique ou d’Asie les bienfaits de la civilisation moderne, du progrès technique, de l’humanisme... En fait, de mener une «mission civilisatrice ». Cette nouvelle doctrine coloniale, née à partir du milieu du XIXe siècle, se voulait une poursuite de l’abolition de l’esclavage en 1794 puis 1848 (entre ces deux dates, Napoléon l’avait rétabli en 1802), sous les Ie et IIe Républiques. «Cette colonisation ne s’assumait pas comme une entreprise de domination, mais était conçue comme une œuvre de progrès, souligne l’historien Nicolas Bancel. Les hommes de la IIIe République ont repris et porté cette idée, qui les plaçait dans la continuité des républiques précédentes.» Et qui n’était pas incompatible avec le besoin de prestige national, au contraire : la diffusion d’un modèle de civilisation était aussi une façon de rayonner.

 

Cette conception imprègne le discours pro-colonial d’éminents intellectuels, tel Victor Hugo estimant en 1879 qu’«au XIXe siècle, le Blanc a fait du Noir un homme», ou l’économiste libéral Paul Leroy-Beaulieu, dont le livre de 1874 De la colonisation chez les peuples modernes, réédité jusqu’au début du XXe siècle, est la bible du colonialisme de l’époque. Elle inspire aussi les positions des grands leaders républicains, comme Léon Gambetta et Jules Ferry, qui se sont succédé à la présidence du Conseil au début des années 1880 et initiateurs de l’élan colonial de la IIIe République. Le second, surtout, en reste l’emblème. En juillet 1885, il prononça à la Chambre des députés un discours resté célèbre, déclinant les motifs de la colonisation : à la fois la grandeur nationale (la France «doit répandre [son] influence sur le monde, et porter partout où elle le peut sa langue, ses mœurs, son drapeau, ses armes, son génie») et la nouvelle mission civilisatrice : «Les races supérieures ont le devoir de civiliser les races inférieures.»

 

Cette idée d’une colonisation bienfaitrice – à laquelle certains croyaient dur comme fer – était bien sûr truffée d’ambiguïtés et de contradictions. D’abord parce qu’elle faisait bon ménage avec toute une série d’intérêts bien plus prosaïques. Notamment économiques. L’expansion coloniale, c’était la promesse d’immenses réserves de matières premières (le caoutchouc, le bois et le minerai d’Afrique, par exemple), de zones vierges pour les plantations et l’élevage, de nouveaux marchés, d’une main-d’œuvre encore plus corvéable qu’en Europe, le tout dans un vaste espace de libre-échange où ne flotterait que le seul drapeau tricolore... Ces perspectives alléchantes s’exprimaient à partir des années 1870-1880 dans un vaste lobby colonial, avec des relais jusqu’à la Chambre des députés. «C’est le discours que l’on retrouve dans des organisations comme le Comité pour l’Afrique française, dans les Sociétés de géographie, ou encore dans les milieux économiques des grands ports, comme Bordeaux, porte vers les Antilles et l’Afrique noire, explique Pascal Blanchard. Depuis la fin de la traite négrière, ces ports espéraient un nouvel âge d’or pour partir aux colonies, et celui-ci allait naître dans les années 1870.»

 

Tout le processus de colonisation était sous-tendu par une évidence : celle de l’inégalité des différentes «races» humaines. Parler de «races supérieures» et de «races inférieures», comme Jules Ferry devant la Chambre des députés en 1885, n’avait rien de choquant. «A l’époque, la question de la hiérarchie des races ne se discutait pas, cela faisait partie du sens commun», rappelle Nicolas Bancel. L’idée était validée et renforcée au XIXe siècle par un nouveau discours scientifique, de l’Essai sur l’inégalité des races humaines, du diplomate Joseph Arthur de Gobineau, en 1855, à certains travaux d’anthropologie qui déduisaient des traits physiques des Noirs (la taille du cerveau par exemple) leur statut de «primitifs ». Et elle se doublait de nouvelles théories évolutionnistes, considérant que les humains «sauvages» (les Africains, par exemple) n’étaient qu’un stade premier des «civilisés» (les Occidentaux). «Lorsque l’on exhibe des hommes noirs dans des villages à l’africaine à l’Exposition universelle de 1889, cela a aussi une logique pédagogique, note Pascal Blanchard. Le thème de l’Exposition est le progrès de l’humanité et on essaie de montrer ses différents stades de développement.»

 

C’est là un argument fort pour la colonisation républicaine. Il légitime la conquête au nom d’idéaux humanistes universels... en même temps qu’il permet de ne pas appliquer ces idéaux aux populations locales, puisque, en quelque sorte, elles ne sont pas encore pleinement humaines. Avant de les civiliser, on peut donc les dominer et décider pour elles. Dans son livre Marianne et les colonies (éd. La Découverte, 2003), l’historien Gilles Manceron qualifie ce tour de passe-passe d’«universalisme truqué» : «La République en France, surtout à partir des débuts de la Troisième, a formulé un discours spécifique qui a fait intervenir les droits de l’homme pour justifier la colonisation et, en réalité, a déformé le message des droits de l’homme pour lui faire autoriser leur violation.»

 

- Pour les nations européennes, la course au drapeau est lancée

L’Afrique noire allait devenir, en cette fin de XIXe siècle, le terrain privilégié de ce nouveau colonialisme, que la France allait étendre sur une large partie ouest du continent, du Sahara au Congo – sans oublier Madagascar. Au départ, dans les années 1870, l’essentiel de cette zone immense était encore vierge de toute présence occidentale et ne représentait pas de véritable enjeu. Pendant des siècles, les Européens s’étaient cantonnés aux côtes, où des intermédiaires locaux les approvisionnaient en esclaves et en produits exotiques, à l’image des Français au Sénégal, à Saint-Louis et à Gorée. Les explorations vers l’intérieur du pays avaient commencé avec le XIXe siècle, s’intensifiant à partir des années 1850, notamment dans la partie sud à l’initiative des Anglais. Les Français, sous l’impulsion du colonel Louis Faidherbe, menèrent dans les années 1850-1860 un début de conquête territoriale et de «mise en valeur» économique vers l’intérieur du Sénégal. Avec des troupes réduites, renforcées par des bataillons indigènes, Faidherbe s’enfonça dans le pays, établit des protectorats et réprima les soulèvements, comme celui des Peuls ou des Toucouleurs.

 

Ces opérations de pionniers n’étaient que des prémices de la ruée vers l’Afrique qui allait débuter dans les années 1870. Avec, cette fois, une logique déterminée de prise de contrôle brutale des terres et des ressources, sur fond d’une concurrence exacerbée entre les différentes puissances européennes, qui servait d’accélérateur, pointe Nicolas Bancel : «Il fallait planter le drapeau le plus loin possible, avant que les autres n’y parviennent. Pour les Français, la rivalité contre les autres pays européens, et surtout les Anglais, fut une dynamique forte de la conquête territoriale. Et comme les Anglais, qui assumaient davantage que les Français les motifs économiques et stratégiques de la conquête, avaient de l’avance, il fallait aller le plus vite possible pour conquérir un maximum de terres.» Jules Ferry, pour qualifier cette fièvre de conquête, utilisera l’expression de «course au clocher».

 

Sur le terrain, loin des grands discours et des belles théories édictées en métropole, l’élan de conquête se déploya de façon urgente et désordonnée, comme dans une sorte de Far West des Européens, où l’on progressait au péril de sa vie à travers d’immenses territoires inconnus, où l’initiative privée et la décision personnelle primaient souvent sur la direction politique.

 

- Entre 1819 et 1890, Paris signe 344 traités de souveraineté

On trouvait sur place des aventuriers cherchant à obtenir une terre pour eux-mêmes, des missions financées par des compagnies privées qui partaient en quête de matières premières et installaient des bases sur les rives des fleuves pour contrôler les voies d’acheminement... Et, bien sûr, l’armée, qui permit d’abord de dessiner une cartographie un peu plus précise de l’Afrique, et ensuite de délimiter les territoires explorés et donc conquis. C’est parmi les militaires que l’on trouve les plus célèbres acteurs français de cette phase de conquête. Comme Joseph Gallieni, qui sillonna dans les années 1880 l’ouest du continent, le Sénégal, le Mali, le Niger, avant de partir soumettre Madagascar. Et surtout l’officier de marine Pierre Savorgnan de Brazza. Cet explorateur d’origine italienne naturalisé français va permettre à son pays d’adoption de se tailler une vaste colonie en Afrique centrale. Avec une escorte composée d’une poignée d’hommes (un médecin, un naturaliste et une douzaine de fantassins sénégalais), Brazza s’enfonça, en 1875, au cœur du continent noir. Finançant la majeure partie de son expédition sur ses propres deniers, il remonta le fleuve Congo et y fonda, en 1882, un établissement français, qui deviendra Brazzaville, capitale de l’actuelle République du Congo. «L’ami des Noirs», comme le surnomme la presse française, réputé pacifique et respectueux, devint l’icône de la colonisation républicaine, venue non pas pour soumettre les peuples, mais pour les libérer – notamment de l’esclavage entre Africains (un homme sur quatre est en servitude à l’époque).

 

Il n’empêche que, même pour Brazza l’humaniste, l’exploration allait de pair avec la domination. Pour s’assurer la mainmise de la France sur les terres et les populations, la méthode principale fut d’abord celle du traité : lorsqu’un chef était identifié sur une région, on signait avec lui un texte par lequel il se plaçait sous la protection et l’autorité de la France. «La France conclut 344 traités de souveraineté ou de protectorat avec des chefs noirs» entre 1819 et 1890, dont les deux tiers après 1880, avance l’historien spécialiste de l’Afrique subsaharienne Henri Brunschwig, dans son livre de 1974 Le Partage de l’Afrique noire. Le plus célèbre est celui signé, en 1882, entre Brazza et le chef du peuple Makoko, par lequel la France s’assura la mainmise sur la rive droite du Bas-Congo.

 

Cette voie «diplomatique» pouvait prévoir diverses contreparties (l’argent ou encore le maintien en place du potentat local...), avait l’avantage d’être pacifique... mais était évidemment fort déséquilibrée, à l’avantage des colonisateurs. Henri Brunschwig précise : «Beaucoup [de traités] n’étaient pas juridiquement valables, soit que les explorateurs, qui n’avaient pas reçu d’instructions et de formulaires, n’eussent pas observé les règles en usage, soit que les chefs noirs n’eussent pas été, selon les normes européennes, aptes à contracter. (…) Souvent aussi les agents des compagnies, les explorateurs ou les aventuriers rédigeaient des accords pour les besoins de leur cause et trompaient volontairement les Noirs.»

 

Mais même faussée, la diplomatie avait ses limites. En cas de résistance, les colonisateurs passaient aux armes. «Il y avait plusieurs degrés d’opposition, explique Nicolas Bancel. La plupart des explorations se faisaient dans des zones sans pouvoir centralisé et sans armée constituée. L’opposition se limitait à l’échelle de villages, et quelques actes de violence pour l’exemple faisaient l’affaire. Mais on pouvait aussi se heurter à des royaumes ou des empires organisés et dotés d’un système de défense. Alors, la conquête se faisait dans l’affrontement. » Ce fut le cas pour les Français, face à l’empire Wassoulou de Samory Touré dans le Haut-Niger, à l’empire toucouleur d’Ahmadou Tall dans l’actuel Mali, ou dans les années 1890, au roi de Dahomey Behanzin, sans oublier Madagascar. Même si, en général, la résistance restait modeste : les Français étaient, sur le plan militaire, largement supérieurs. En revanche, ils ne mobilisaient pas les armées de la métropole : les troupes républicaines en action dans la conquête de l’Afrique étaient constituées principalement... de soldats noirs (pour beaucoup, des esclaves rachetés à leurs maîtres africains), encadrés par des officiers blancs. Une pratique inaugurée par Louis Faidherbe, créateur en 1857 du corps des tirailleurs sénégalais.

 

Dans les années 1880, la course s’accéléra en Afrique. Et d’autres acteurs étaient venus s’ajouter à la France et à l’Angleterre. Au moment où Brazza arrivait sur la rive nord du Congo, de l’autre côté du fleuve, l’explorateur Henry Morton Stanley, missionné par le roi de Belgique Léopold II, posait les bases du futur Congo belge, et fondait, en 1884, Léopoldville, qui deviendra la capitale Kinshasa en 1966. L’Allemagne également venait se mêler au jeu. C’est elle qui accueillit en 1885 la conférence de Berlin, suscitée par la rivalité pour le contrôle du bassin du Congo, où les Européens fixèrent les règles du partage qui allait se poursuivre jusqu’au début du XXe siècle. Aucune autorité africaine n’y fut invitée. Le partage de l’Afrique était exclusivement affaire des puissances européennes.

 

- La politique coloniale était loin de faire l’unanimité

En France, ces années 1880 virent aussi le début d’une vraie politique coloniale structurée, avec la création d’un sous-secrétariat d’Etat aux Colonies en 1882 (le ministère suivra dix ans plus tard, en 1892), la formalisation du Code de l’Indigénat, un ensemble de mesures discriminatoires (taxes, réquisitions, interdiction de circuler la nuit…), mais également l’émergence de tout un discours de propagande coloniale, qui reprenait le mythe de la «mission civilisatrice».

 

Cette propagande mettait en scène l’exotisme des contrées lointaines peuplées de sauvages et convainquait le grand public, au départ peu concerné, de la nécessité de ces colonies. Ce fut l’époque aussi où, après les premières conquêtes, émergea une vision de «l’Afrique française», note Pascal Blanchard : «On imaginait une continuité depuis l’Algérie jusqu’à Madagascar, une sorte d’axe Paris-Alger-Tombouctou-Antananarivo. Cela semblait géographiquement cohérent. Ce n’est pas un hasard si on envisagea, à cette époque, la construction d’un chemin de fer transsaharien [Méditerranée-Niger]... Cette vision restait une utopie, mais elle motiva toute une politique d’exploration et d’investissements sur le terrain.»

 

Enfin, cette époque fut, en France, celle des débats. Car la politique coloniale était alors loin de faire l’unanimité. En 1885, le gouvernement Ferry puis celui d’Henri Brisson en firent les frais à la Chambre des députés : le premier fut renversé en mars à cause de «l’affaire du Tonkin», une déconvenue militaire dans le nord de l’Indochine, tandis qu’en décembre, le second n’obtint qu’à quelques voix près les crédits supplémentaires pour l’occupation de cette même région. Les opposants à la colonisation se retrouvaient des deux côtés de l’échiquier politique. Ainsi des partis comme la droite monarchiste et l’ultra-droite nationaliste voyaient d’un mauvais œil la France disperser ses forces et son argent dans des aventures au bout du monde, alors que la priorité devait aller aux questions nationales – à commencer par la reprise de l’Alsace-Lorraine et la revanche contre l’Allemagne. Et les républicains radicaux, l’extrême-gauche de l’époque, dénonçaient l’entreprise de domination en cours.

 

Parmi eux, des noms aujourd’hui oubliés, comme le farouche anticolonialiste, journaliste et homme politique, Camille Pelletan, mais aussi une célébrité : Georges Clemenceau. Deux jours après le fameux discours-programme de Jules Ferry, en juillet 1885, qui s’inscrivait dans le cadre d’un débat sur la colonisation de Madagascar, Clemenceau mena la charge contre les droits des «races supérieures» avancés par son adversaire lançant un tonitruant : «Races supérieures ? Races inférieures, c’est bientôt dit !» Un discours lucide pour l’époque. Mais qui, face au rouleau compresseur de la «mission civilisatrice», deviendrait bientôt inaudible.

 

Repères

1659 Fondation de Saint-Louis, au Sénégal, sur la côte Atlantique.

1850 Début de la colonisation française en Afrique.

1877 Exploration de la Guinée, qui obtient le statut de colonie en 1891.

1880 L’explorateur Brazza pénètre en Afrique centrale et signe des traités de protectorats avec les chefs noirs. Colonisation du Congo.

1885 Discours de Jules Ferry sur les «races inférieures».

1889 L’Exposition coloniale est organisée à Paris, comme une vitrine de l’empire français.

1893 La Côte d’Ivoire devient officiellement une colonie française.

 1894 Le général Duchesne conquiert Madagascar à la tête de 21 000 hommes.

 

Pour en savoir plus :

- Rétrospective des interventions militaires Françaises en Afrique

- Les crânes oubliés de la conquête de l’Algérie

- Barbarie disent-ils…

- Quand l’Europe chrétienne colonialiste, France et Espagne en tête, donnait des leçons de décapitation et de barbarie aux musulmans

- Assassinat de Sankara : pourquoi la France refuse-t-elle une enquête ?
   - France insoumise : proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sur l’assassinat de Thomas Sankara

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8 juillet 2016 5 08 /07 /juillet /2016 08:34
« Le néolibéralisme a-t-il été surestimé ? » se demande le FMI.

Un texte intitulé « Neoliberalism : oversold ? » vient d’être publié dans le numéro de juin de la revue du Fonds Monétaire International. Il critique, avec de la modération mais sans ambiguïté, la vigueur et la généralisation des politiques néolibérales - qualifiées comme telles - au niveau mondial, l’instabilité qu’elles provoquent, les inégalités qu’elles génèrent.

 

Source :  Le Grand Soir le 6 mai 2016[1]

Ce n’est pas la première fois que des doutes s’expriment depuis le cœur même du réacteur. Et cela n’empêche pas le réacteur de continuer à tourner à fond, emporté par son propre élan.

 

En 2013 par exemple, dans un rapport sur la Grèce (IMF Country report n° 13/156) le Fonds avait esquissé un mea culpa sur les politiques d’austérité appliquées à la Grèce. Il avouait avoir sous estimé les effets récessifs de la rigueur sur l’activité économique hellène. Il convenait qu’il aurait mieux valu envisager dès 2010 un défaut partiel sur la dette, qui sera finalement autorisé que deux ans plus tard.

 

De la même façon, la Commission européenne publiait la même année un rapport mettant en cause l'austérité et indiquant par exemple que « les effets négatifs des restrictions budgétaires et des hausses d’impôts sur l’emploi et le niveau de vie sont de plus en plus visibles dans certains États membres ».

 

Toutes ces belles paroles de part et d’autre n’ont pas empêché que les mêmes politiques de se poursuive, notamment en Europe et spécialement en Grèce.

 

Ceci dit, comme il n’y pas de mal à se faire du bien et parce que ce n’est peut-être pas uniquement la simple « tempête dans un verre d’eau » que le journal Le Monde adorerait pouvoir y voir, voici le texte intégral du FMI.

 

Le néolibéralisme a-t-il été surestimé ?

 

Au lieu de relancer l’activité, certaines politiques néolibérales ont accru les inégalités, compromettant en retour la croissance durable de l’économie.

 

En 1982 Milton Friedman saluait le « miracle économique » chilien. Près d’une décennie plus tôt, le Chili avait été soumis aux politiques qui, depuis, se sont imposées partout dans le monde. L’agenda néolibéral - expression davantage utilisée par les critiques que par les tenants de cette politique - repose sur deux éléments principaux. Le premier est l’accroissement de la libre concurrence, obtenu grâce à la déréglementation et à l’ouverture des marchés, y compris financiers, à la concurrence étrangère. Le second est la réduction du rôle de l’État, via les privatisations et les limites imposées aux gouvernements en matière de déficits budgétaires et d’endettement.

 

On assiste partout dans le monde, depuis les années 1980, à la généralisation du néolibéralisme. Elle est notamment visible dans la façon dont les différents pays ont introduit la concurrence dans divers domaines de l’activité économique pour favoriser la croissance.

 

Comme on le voit dans la planche de gauche du graphique ci-dessous, la poussée néolibérale au Chili a commencé une dizaine d’années avant 1982, avec des changements de politiques le rapprochant des États-Unis. D’autres pays ont également mis en œuvre des politiques néolibérales (voir le graphique 1, planche de droite).

 

Il y a certes eu des éléments positifs dans l’explosion néolibérale. L’expansion du commerce mondial a sorti des millions de personnes d’une pauvreté abjecte. L’investissement direct étranger a souvent été un moyen de transfert de technologie et de savoir-faire pour les économies en développement. La privatisation des entreprises publiques a, dans de nombreux cas, permis de fournir des services plus efficaces et de réduire le fardeau fiscal des gouvernements.

 

Cependant, d’autres aspects du néolibéralisme n’ont pas fonctionné. Notre évaluation de celui-ci se limite aux effets générés par deux mesures : la suppression des restrictions à la circulation des capitaux à travers les frontières d’un pays (la fameuse libéralisation du capital), et l’assainissement budgétaire parfois appelé « austérité », expression utilisée pour désigner les politiques de réduction des déficits budgétaires et des niveaux d’endettement. Une évaluation de ces politiques spécifiques (plutôt que de l’intégralité vaste processus néolibéral) aboutit à trois conclusions inquiétantes :

  • les avantages en termes de croissance semblent assez difficiles à établir lorsqu’on considère un grand nombre de pays,
  • les coûts en termes d’accroissement des inégalités sont exorbitants. Ces coûts incarnent le dilemme croissance / équité de l’agenda néolibéral,
  • la hausse des inégalités hypothèque à son tour le niveau et la durabilité de la croissance. Même si la croissance est le seul ou le principal objectif du néolibéralisme, les partisans de celui-ci devraient malgré tout prêter attention aux effets distributifs.

 

 

- Ouverture et fermeture ?

Comme l’a noté Maurice Obstfeld (1998), « la théorie économique ne laisse aucun doute sur les avantages potentiels » de la libéralisation du capital, parfois appelée « ouverture financière ». Celle-ci peut permettre au marché international des capitaux de canaliser l’épargne mondiale de façon à rendre plus efficiente son utilisation à l’échelle internationale. Les économies en développement disposant de peu de capital peuvent emprunter pour financer leurs investissements, ce qui favorise leur croissance économique sans exiger de fortes hausses de l’épargne dans leur propre économie. Mais Obstfeld a également souligné le « risque véritable » de l’ouverture aux flux financiers étrangers. Il a admis que « cette dualité des avantages et des risques était incontournable dans le monde réel ».

 

Il se trouve que c’est le cas. Le lien entre ouverture financière et croissance économique est complexe. Certaines entrées de capitaux, tels que les investissements directs étrangers (IDE) - qui peuvent inclure un transfert de technologie ou de capital humain - semblent stimuler la croissance à long terme. Mais l’impact des autres flux - comme les investissements de portefeuille, les services bancaires risqués ou spéculatifs sur la dette - ne semble ni stimuler la croissance, ni permettre au pays de mieux partager les risques avec ses partenaires commerciaux (Dell’Ariccia et autres, 2008 ; Ostry, Prati et Spilimbergo, 2009). Cela suggère que la balance entre avantages et risques des flux de capitaux dépend du type de flux considéré, ainsi que de la nature des politiques menées.

 

Si la croissance et ses bénéfices sont incertains, les coûts en termes d’instabilité économique et la fréquence des crises semblent quant à eux plus évidents. Depuis 1980, il y a eu environ 150 épisodes de volatilité pour les flux de capitaux dans plus de cinquante économies émergentes. Comme indiqué dans la colonne de gauche du tableau ci-dessous, ces épisodes se sont terminés par des crises financières dans 20% des cas, dont beaucoup associées à de forts épisodes récessifs (Ghosh, Ostry et Qureshi, 2016).

 

L’alternance régulière de ces cycles d’expansion et de récession accrédite l’affirmation de Dani Rodrik, économiste de Harvard. Pour lui, tout cela « est à peine considéré comme un petit défaut dans les flux de capitaux internationaux alors que c’est en réalité le fond de l’affaire ». Bien que plusieurs causes se conjuguent, l’ouverture sans cesse croissante aux mouvements de capitaux est un vrai facteur d’instabilité. En plus d’augmenter les risques d’un accident, l’ouverture financière modifie la redistribution des revenus et accroît sensiblement les inégalités. En outre, les effets de l’ouverture sur les inégalités sont beaucoup plus élevés quand un accident survient (graphique 2 ci-dessous, colonne de droite).

 

L’évidence du coût élevé l’ouverture des marchés de capitaux par rapport au bénéfice, notamment en ce qui concerne les flux à court terme, a conduit l’ancien Directeur général adjoint du FMI, Stanley Fischer, maintenant vice-président de la Réserve fédérale des États-Unis, à s’interroger récemment : « quelle est l’utilité des flux de capitaux internationaux à court terme ? ». Chez les décideurs d’aujourd’hui, on sent monter la volonté de contrôle afin de limiter les flux à court terme qui sont jugés susceptibles d’entraîner - ou au moins de participer à - une crise financière. Alors que le contrôle des capitaux n’est pas le seul outil disponible - les taux de change et les politiques financières peuvent aussi aider - il est parfois la seule option lorsque la source d’un boom du crédit non durable est l’emprunt direct à l’étranger ( Ostry et al, 2012).

 

 

- La taille de l’État

Réduire la taille de l’État est un autre objectif de l’agenda néolibéral. La privatisation de certaines missions gouvernementales est un moyen d’atteindre cet objectif. L’autre est de limiter les dépenses du gouvernement via la réduction des déficits budgétaires, et en limitant la capacité des gouvernements à s’endetter. L’histoire économique de ces dernières décennies offre de nombreux exemples de telles restrictions, comme la limite d’une dette à 60% du PIB imposée aux pays voulant rejoindre la zone euro (et qui est l’un des critères de Maastricht).

 

La théorie économique donne peu d’indications sur le niveau optimal de la dette publique. Certaines théories justifient des niveaux plus élevés de dette (puisque la fiscalité créée de la distorsion) et d’autres privilégient des niveaux inférieurs et même négatifs (puisque les chocs défavorables appellent l’épargne de précaution). Dans certaines de ses préconisations de politique budgétaire, le FMI se préoccupe surtout de la vitesse à laquelle les gouvernements réduisent leurs déficits et leurs niveaux d’endettement suite à l’accumulation de dette dans les économies avancées induites par la crise financière mondiale. Un désendettement trop lent perturbe les marchés. Trop rapide, il peut faire dérailler la reprise. Mais le FMI a également plaidé pour des remboursements partiels à moyen terme dans nombre de pays avancés et émergents, principalement pour éviter de nouveaux chocs.

 

Existe-t-il de bonnes raisons, pour des pays comme l’Allemagne, le Royaume-Uni ou aux États-Unis, de vouloir réduire leur dette publique ? Deux arguments plaident pour le remboursement de la dette dans les pays ayant une large assiette fiscale, et où le risque réel de crise financière est faible. Le premier argument est que, bien que les grandes récessions comme la Grande Dépression des années 1930 ou la crise financière mondiale de la dernière décennie soient rares, il est utile, quand ils se produisent, d’avoir mis à profit les périodes plus fastes pour rembourser la dette. Le deuxième argument repose sur l’idée que l’endettement élevé est mauvais pour la croissance et que par conséquent, il est essentiel de diminuer la dette pour favoriser cette dernière.

 

Il est vrai que de nombreux pays (comme ceux d’Europe du Sud) doivent pratiquer la consolidation budgétaire, notamment parce que les marchés ne leur permettront pas de continuer à emprunter sans cela. Pour autant la nécessité de « l’austérité » dans certains pays ne signifie pas qu’elle soit nécessaire pour tous. Ainsi, la circonspection vis-à-vis d’une politique unique est totalement justifiée. Les marchés imputent généralement de très faibles probabilités de crise de la dette aux pays qui ont une forte réputation de responsabilité financière (Mendoza et Ostry, 2007). Une telle réputation leur donne la latitude de décider de ne pas augmenter les impôts ou de pas réduire les dépenses productives lorsque le niveau de la dette est élevé (Ostry et autres, 2010 ; Ghosh et autres, 2013). Et pour les pays ayant un bon bilan, le bénéfice d’une réduction de la dette pour prévenir une future crise financière se révèle exceptionnellement faible, même si leur niveaux d’endettement est levé. Par exemple, passer d’un taux d’endettement de 120% du PIB à 100% du PIB en quelques années ne procure qu’une faible réduction du risque de crise pour les pays (Baldacci et autres, 2011).

 

Mais même si le bénéfice est faible, cela pourrait toutefois être utile si le coût était également faible. Il se trouve, cependant, que le coût pourrait être important - beaucoup plus que lebénéfice. La raison en est que, pour arriver à un niveau d’endettement plus faible, les impôts doivent être augmentés temporairement ou les dépenses publiques réduites, et parfois les deux à la fois. Les coût des hausses d’impôts ou des coupes dans les dépenses nécessaires au désendettement peuvent être beaucoup plus grand que la diminution du risque de crise permis par la réduction de la dette (Ostry, Ghosh et Espinoza, 2015). Cela ne signifie pas qu’on considère une dette élevée sans insidence. Elle a bien sûr des inconvénients. Mais le point essentiel réside dans l’idée que le coût d’une dette plus élevée (la soi-disant fardeau de la dette) est celui qui a déjà été engagé et ne peut de toute façon plus plus être récupéré.

 

Confrontés au choix soit de vivre avec une dette élevée - en laissant la dette se réduire grâce à la croissance - soit d’utiliser les excédents budgétaires pour réduire la dette, les États ayant une économie importante et une assiette fiscale largent feraient mieux d’accepter de vivre avec leur dette. Car les politiques d’austérité ont des coûts sociaux importants, détériorent l’emploi et aggravent le chômage.

 

L’idée que la consolidation budgétaire puisse générer de la croissance (c’est à dire augmenter la production et le volume d’emplois), en augmentant la confiance du secteur privé et de l’investissement, a notamment été défendue par l’économiste de Harvard Alberto Alesina dans le monde universitaire, et par l’ancien président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet dans l’arène politique. Toutefois, en pratique, les épisodes de consolidation budgétaire ont davantage été suivis par des périodes de faible que de forte croissance. En moyenne, une réduction de la dette de 1 % du PIB augmente le taux de chômage à long terme de 0,6 % et de 1,5 % les inégalités de revenus mesurées par le coefficient de Gini (Ball et autres, 2013).

 

En somme, les avantages des politiques néolibérales semblent avoir étéquelque peu exagérés. Dans le cas de l’ouverture financière,certains flux de capitaux, tels l’investissement direct étranger, semblent apporter les avantages attendus. Mais pour d’autres, en particulier les flux de capitaux à court terme, les bienfaits sur la croissance sont difficiles à obtenir, alors que les risques en termes de volatilité et de risque de crise accru sont très présents. Dans le cas de l’assainissement budgétaire, les coûts à court terme dûs à la baisse de la production, du bien-être et à la hausse du chômage ont été minimisés. Et l’on a sous-estimé la possibilité de garder des ratios d’endettement élevés si l’assiette fiscale le permet, car cet endettement se réduira de lui-même avec la croissance.

 

 

- Un effet défavorable

En outre, comme l’ouverture internationale et l’austérité sont associées à une inégalité croissante des revenus, cela induit une rétroaction négative. L’augmentation des inégalités engendrées par l’ouverture financière et l’austérité pourrait freiner cette croissance que le néolibéralisme prétend pourtant justement vouloir stimuler. Or il y existe maintenant des preuves solides que l’inégalité peut diminuer à la fois le niveau et la solidité de la croissance, et ce de manière significative (Ostry, Berg et Tsangarides, 2014).

 

La preuve des dommages économiques créés par l’inégalité suggère que les décideurs politiques devraient être plus ouverts à la redistribution qu’ils ne le sont. Bien sûr, en dehors de la redistribution, les politiques conduites pourraient être conçues pour atténuer certains effets néfastes en amont, grâce par exemple à l’augmentation des dépenses en matière d’éducation et de formation qui augmentent l’égalité des chances par avance certains impacts (on appelle cela des politiques de prédistribution). L’assainissement budgétaire quant à lui, lorsqu’il est nécessaire, pourrait être conçu pour minimiser l’impact négatif sur les revenus les plus faibles. A l’inverse, dans certains cas, les effets inégalitaires indésirables devront être corrigés après leur apparition en utilisant les impôts et les dépenses publiques pour redistribuer la richesse. Par chance, la crainte que de telles politiques puissent nuire elles-mêmes à la croissance est sans fondement (Ostry, 2014).

 

 

- Trouver l’équilibre

Ce qui précède suggère la nécessité de nuancer les bienfaits du néolibéralisme. Le FMI, qui supervise le système monétaire international, a été à l’avant-garde de ce réexamen. Par exemple, l’ancien chef économiste Olivier Blanchard, a déclaré dès 2010 : « un assainissement et une consolidation budgétaire crédibles à moyen terme sont nécessaires dans de nombreuses économies avancées, mais pas leur étranglement actuel ». Trois ans plus tard, la directrice générale du FMI Christine Lagarde, a déclaré que le Congrès américain avait eu raison de relever le plafond de la dette du pays « parce qu’il ne faut pas contracter l’économie en réduisant les dépenses brutalement alors que l’économie se redresse ». En 2015 enfin, le FMI a indiqué que les pays de la zone euro « disposant de marges de manœuvre budgétaires devrait les utiliser pour soutenir l’investissement ».

 

L’avis du FMI a également changé sur la libéralisation des capitaux – on est passé d’une hostilité initiale aux contrôles à une meilleure acceptation des contrôles pour faire face à la volatilité des flux de capitaux . Le FMI reconnaît que la libéralisation complète des flux de capitaux n’est pas toujours un objectif final approprié, et que la poursuite de la libéralisation n’est bénéfique et peu risquée que si les pays ont atteint certains seuils de développement financier et institutionnel.

 

L’expérience pionnière du Chili avec le néolibéralisme a reçu des éloges du prix Nobel Milton Friedman, mais de nombreux économistes soutiennent aujourd’hui la vision plus nuancée exprimée par le professeur Joseph Stiglitz ( lui-même un prix Nobel ), selon laquelle le Chili « est un exemple de succès des marchés combinés avec une réglementation appropriée  » (2002). Stiglitz a noté que, dans les premières années de sa marche vers le néolibéralisme, le Chili avait imposé « des contrôles sur les entrées de capitaux , afin de en pas être innondé », comme cela s’est produit une décennie et demie plus tard dans le premier pays de la crise asiatique, la Thaïlande. L’expérience chilienne et d’autres donnent à penser qu’aucun ordre du jour rigide ne fournit de bons résultats en tout temps et en tous lieux. Les décideurs politiques et les institutions qui les conseillent comme le FMI, doivent être guidés non par l’idéologie, mais par les preuves tangibles de ce qui fonctionne réellement.

 

Note :

[1] La traduction a été réalisée par Monique Plaza et Loïc Steffan. http://l-arene-nue.blogspot.fr/2016/06/le-neoliberalisme-t-il-ete-sure...

 

Note :

- Une idéologie à la source de nos problèmes : le néolibéralisme

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 08:53
Qui sont les nouveaux dirigeants locaux du PCF ?
Amorcé à la fin des années 1970, le déclin électoral du PCF s’est accompagné d’une profonde transformation du profil social de ses dirigeants : aux permanents ouvriers a succédé progressivement une nouvelle génération de cadres, titulaires de mandats électifs, issus de la fonction publique territoriale. Cette évolution est aujourd’hui source de contradictions, comme l’illustrent les tensions internes qui traversent le Front de Gauche[1].
 

Jusque dans les années 1970, le Parti communiste français, premier parti de la gauche française, se singularisait par son ancrage dans les territoires populaires. La puissance passée du PCF correspondait à une conjoncture de croissance et d’homogénéisation des classes populaires autour du groupe ouvrier. Le PCF atteint dans ces années son pic d’adhésions avec 560 000 encartés en 1978. Issus eux-mêmes de la classe ouvrière, les dirigeants communistes pouvaient apparaître comme leurs porte-parole légitimes (Pudal 1989). L’objectif d’émancipation des travailleurs reposait sur une « politique des cadres », valorisant les militants des entreprises (Boulland 2011) et l’ancrage de municipalités dites « ouvrières » (Bellanger et Mischi 2013). Le PCF a ainsi, pendant près d’un demi-siècle, réussi à bouleverser l’ordre social qui régissait la vie politique française en propulsant des catégories populaires (ouvriers mais aussi paysans, artisans, petits commerçants) à la direction d’institutions publiques (mairies, conseils généraux, commissions parlementaires…) d’où elles étaient jusqu’ici largement exclues.

 

 

- La fin du parti ouvrier

Le PCF a été frappé de plein fouet par les transfation contemporaines des classes populaires, qui sont autant de freins à leur maintien ou à leur entrée dans l’action militante : éclatement de la classe ouvrière, essor du chômage et de la précarité, division des collectifs de travail, affaiblissement du syndicalisme, ségrégation spatiale, etc. Le déclin relatif du groupe ouvrier dans la société française a été compensé par l’essor des emplois d’exécution dans les services, occupés essentiellement par des femmes (Avril 2014), autant de mondes populaires où le PCF a peu recruté. Sa féminisation s’opère surtout du côté des franges les plus diplômées du nouveau salariat féminin (professions intermédiaires de l’éducation et de l’animation socioculturelle, cadres du public, etc.).

 

Au cours des années 1980‑2000, progressivement, les militants d’origine populaire, ouvriers ou employés, se font d’autant plus rares que l’on monte dans la hiérarchie du PCF. Auparavant centrale, la réflexion sur le recrutement militant de femmes et d’hommes des milieux populaires devient secondaire. À partir du milieu des années 1990, le PCF ne s’adresse plus en priorité aux classes populaires ; son objectif devient de représenter la société française dans sa « diversité ». Sa vision passée d’une société de classes tend à s’effacer derrière les thématiques consensuelles de la « citoyenneté » et de la promotion du « lien social », ou encore de la démocratie dite participative. Dirigeants et élus communistes adoptent une rhétorique humaniste, largement partagée dans le reste du monde associatif et politique affilié à la gauche dans un contexte de radicalisation de la droite et de montée du Front National. Comment expliquer cette évolution du discours communiste ? En partie, sûrement, par une attitude de rejet de l’ouvriérisme qui a marqué l’histoire de ce parti : l’attribution d’un rôle politique central à la classe ouvrière est symboliquement associée au modèle stalinien, dont les communistes cherchent alors à se démarquer (Pudal 2009).

 

La marginalisation des nouvelles figures populaires au sein du PCF n’est probablement pas sans lien avec l’abandon des dispositifs internes de formation et de sélection de militants (Tartakowsky 1980). Les écoles du parti, par exemple, disparaissent ou perdent leur fonction d’éducation populaire au cours des années 1990 (Éthuin 2009). Cet abandon des outils collectifs découle, bien sûr, d’abord de la baisse des effectifs militants mais, là encore, le rejet du passé stalinien et de certaines pratiques autoritaires du centralisme démocratique, associé à la recherche d’une nouvelle image publique, a pu nourrir une suspicion vis-à-vis des structures militantes, perçues comme des formes d’embrigadement et de contrôle social.

 

En l’absence de mesures de promotion des militants d’origine populaire, les logiques élitistes de fonctionnement de la vie politique reviennent en force : les catégories diplômées, comme les enseignants et les cadres administratifs, prennent le pas sur les catégories populaires au sein du PCF et de ses mairies. Ceux qui s’estiment ou sont vus comme les plus compétents dans le métier politique (collaborateurs d’élus, directeurs de cabinet, cadres technico-administratifs, chargés de mission, etc.) y jouent un rôle de plus en plus important, à l’image d’un processus de sélection déjà à l’œuvre au Parti socialiste (Lefebvre et Sawicki 2006).

 

 

- La survie du PCF autour des collectivités territoriales

Dans les départements, un nouveau groupe – celui des cadres de la fonction publique territoriale – remplace progressivement celui des dirigeants ouvriers. Aux permanents formés au sein du parti succèdent, à partir des années 1980, des responsables dont les itinéraires sont étroitement associés au monde des collectivités territoriales. Ils y sont liés par leurs trajectoires militantes (beaucoup ont commencé à militer dans des municipalités communistes où ils ont grandi avec souvent des parents déjà investis au PCF), scolaires (certains possèdent des diplômes liés à l’action publique locale) et professionnelles (ils entrent fréquemment sur le marché du travail à la faveur d’un poste dans une collectivité locale).

 

C’est autour des administrations publiques territoriales que se restructure et survit le communisme contemporain, et non autour des réseaux syndicaux, dont la place s’est réduite au sein du monde communiste et, plus largement, au sein des univers de travail. Un ressort traditionnel de l’engagement communiste, celui du militantisme en entreprise nourri de l’expérience des inégalités sur le lieu de travail, s’affaiblit. Depuis Georges Marchais, dernier dirigeant national passé par la Confédération générale du travail (CGT) en y ayant occupé des responsabilités, le parcours des responsables du PCF s’ancre surtout dans la gestion publique locale. En 1994, Robert Hue est le premier maire à devenir secrétaire général du parti. Sa carrière au sein de l’appareil repose sur son action à la tête de l’Association nationale des élus communistes et républicains (ANECR). Marie-George Buffet, qui lui succède en 2001, a d’abord été cadre dans une mairie communiste avant d’être adjointe dans une autre municipalité, puis élue au conseil régional d’Île-de-France. La socialisation militante des nouveaux dirigeants du PCF passe moins par les luttes sociales et l’engagement à la CGT que par l’expérience des collectivités locales en tant qu’élus ou collaborateurs d’élus.

 

En raison du déclin du PCF et de la raréfaction de ses ressources, dans les départements, les responsables de ce parti ne peuvent plus être rétribués par l’organisation et doivent rechercher d’autres sources de financement – en l’occurrence, celle des mandats électifs. Une règle historique de fonctionnement de l’organisation communiste, celle de la distinction entre cadres d’appareil et élus, est ainsi rompue à la fin des années 1990. Les cadres départementaux ont pour consigne, à partir de 1998, d’entrer dans leurs conseils régionaux grâce à une alliance avec le PS. Cette notabilisation élective des dirigeants est un phénomène inédit au PCF, un parti où les élus étaient traditionnellement perçus avec méfiance. Ses responsables ne parlaient-ils pas, encore dans les années 1950‑1960, de « crétinisme municipal » ? (Bellanger 2002). Les fédérations départementales étaient dirigées par des permanents dits « politiques », dont l’une des missions était de contrôler l’activité des militants syndicaux, associatifs et élus. Ayant un rôle idéologique unificateur, ils travaillaient à politiser les actions des adhérents engagés dans les différents segments des écosystèmes communistes locaux – CGT, Secours populaire, municipalités, réseaux sportifs, de locataires, etc. – (Mischi 2010). Or les cadres vivent désormais de plus en plus souvent de leurs mandats électifs. Ils sont devenus des permanents/« élus ».

 

 

- Un nouveau type de professionnels de la politique

Cette nouvelle génération de responsables, qui gèrent des collectivités locales, généralement avec le PS, ont leurs propres préoccupations d’élus. Ce qui prime à leurs yeux, c’est leur lien avec les « habitants » et non pas spécialement le développement d’une organisation militante. Ils s’entourent de cadres de la gestion publique locale formés au management territorial et d’experts de la communication politique, dans un contexte de transformation de la gestion publique locale (autour de l'intercommunalité en particulier) qui renforce les compétences supposées nécessaires pour exercer le pouvoir local. Les élus tendent même à se méfier des militants, vus comme « partisans », alors que se diffuse une conception pragmatique et technique de l’action municipale qui met à distance tout débat politique contradictoire. Le profil des responsables communistes reflète en cela la professionnalisation de l’administration communale et intercommunale, qui marginalise les classes populaires. Il traduit également le maintien relatif du « communisme municipal » autour d’élites locales de moins en moins issues des classes populaires (Gouard 2014).

 

Hier, les dirigeants ouvriers, permanents du PCF, avaient fait de la politique leur métier, autour de compétences militantes (tenir un meeting, rédiger un tract, animer une réunion, etc.). Aujourd’hui, ce sont les savoir-faire techniques gestionnaires qui caractérisent la nouvelle génération de dirigeants communistes dans les départements. Des savoir-faire qui reposent sur des ressources scolaires et professionnelles produites et acquises hors de l’organisation, notamment dans les collectivités locales ou à l’université. Autre point de comparaison : la mobilité sociale et les aspirations culturelles marquent fréquemment l’itinéraire tant des anciens que des nouveaux dirigeants. À l’image des ouvriers devenus permanents durant les décennies précédentes, les responsables communistes des années 1990 et 2000 ont connu une ascension sociale, pas tant dans les organisations militantes qu’à travers la fonction publique ou parapublique. Pour des militants issus de familles populaires, l’intégration dans une administration publique locale à des postes de cadres est synonyme de promotion sociale. De ce fait, les élus communistes locaux conservent une spécificité. Ils ne ressemblent pas socialement à ceux des autres grandes formations politiques, qui recrutent largement parmi les élites sociales.

 

Une certaine remobilisation des réseaux communistes est intervenue d’abord dans le cadre de la lutte contre le Traité constitutionnel européen de 2005 puis, à un degré moindre, dans celui de la campagne pour les élections présidentielles de 2012. Séduits par la dynamique des collectifs antilibéraux de 2005 puis par la radicalisation du discours opéré par Jean-Luc Mélenchon, des militants, qui s’étaient mis en retrait de leur parti dans les années 1990, sont rejoints par une nouvelle génération de jeunes militants, passés pour beaucoup par la lutte (victorieuse) contre le contrat première embauche (CPE) en 2006. Mais la stratégie du Front de gauche, en valorisant l’alliance avec les forces situées à la gauche du PS, a mis au premier plan le problème de l’influence des élus dans l’appareil communiste et de leur dépendance à l’égard des socialistes. Les élections mu,icipales de mars 2014 ont ainsi donné lieu à des tensions internes autour de la question de la reconduction des alliances avec le PS, position généralement défendue par les élus sortants. L’érosion municipale du PCF amorcée en 1983 s’est d’ailleurs poursuivie, si bien que, petit à petit, la question de la place des élus dans les réseaux communistes risque de devenir caduque. Dans certains territoires, dans l’Ouest breton ou le Centre-Est, par exemple, le PCF ne peut déjà plus s’appuyer sur des positions électives.

 

Notes :

[1] Commentaire personnel du titulaire de ce blog :

"En effet, le PCF, principale composante du FdG, aurait pu, dans le cadre d'une dynamique d’enracinement et d’élargissement populaire, largement bénéficier en retour d’un apport militant nouveau issu des classes populaires se réappropriant la politique. Il n’en sera rien, refusant de dépasser un cartel de partis, l’adhésion directe au FdG, menant une politique d’alliances à géométrie variable (ici avec le PS, là avec les partenaires du FdG ou EELV) lors des élections municipales de 2014, des législatives et des régionales de 2015, le PCF a tué dans l’œuf la dynamique qui aurait pu lui être bénéfique.

Pire encore, embourbé dans une démarche de « primaire de gauche » avec le PS dans le cadre des élections présidentielles de 2015, il se met à dos de nouvelles couches populaires et a renvoyé le Front de Gauche à une aire glaciaire.", même si des tentatives et propositions sont faites pour le relancer.

- Avril, C. 2014. Les Aides à domicile : un autre monde populaire, Paris : La Dispute.

- Bellanger, E. 2002. « Spécificité, continuité et uniformisation de la gestion communiste dans les mairies de la Seine banlieue », in Girault, J. (dir.), Communisme et mouvements sociaux en région parisienne et en France, XIXe‑XXe siècles, Paris : Publications de la Sorbonne, p. 293‑317.

- Bellanger, E. et Mischi, J. (dir.). 2013. Les Territoires du communisme. Élus locaux, politiques publiques et sociabilités militantes, Paris : Armand Colin.

- Boulland, P. 2011. Acteurs et pratiques de l’encadrement communiste à travers l’exemple des fédérations de banlieue parisienne (1944‑1974), thèse d’histoire, université Paris‑1 Panthéon-Sorbonne.

- Éthuin, N. 2009. « La formation des communistes à l’heure du “décentralisme démocratique” », in Lefebvre, R. et Roger, A. (dir.), Les Pratiques délibératives dans les partis politiques, Rennes : Presses universitaires de Rennes, p. 87‑104.

- Gouard, D. 2014. La Banlieue rouge. Ceux qui restent et ce qui change, Lormont : Éditions Le Bord de l’eau.

- Lefebvre, R. et Sawicki, F. 2006. La Société des socialistes. Le PS aujourd’hui, Brignais : Éditions du Croquant.

- Mischi, J. 2010. Servir la classe ouvrière. Sociabilités militantes au PCF, Rennes : Presses universitaires de Rennes.

- Pudal, B. 1989. Prendre parti. Pour une sociologie historique du PCF, Paris : Presses de la Fondation nationale des sciences politiques.

- Pudal, B. 2009. Un monde défait. Les communistes français de 1956 à nos jours, Brignais : Éditions du Croquant.

- Tartakowsky, D. 1980. Les Premiers Communistes français. Formation des cadres et bolchévisation, Paris : Presses de la Fondation nationale des sciences politiques.

 

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 08:32
Non, antisionisme et antisémitisme ne sont pas synonymes

Revenons certes avec un peu de retard, mais d'une manière dépassionnée, sur les propos de Manuel Valls, selon qui l’antisionisme est « tout simplement le synonyme de l’antisémitisme et de la haine d’Israël ». Prononcée le 7 mars lors du dernier dîner annuel du Crif (Conseil représentatif des juifs de France)[1], organisme principalement consacré à la défense des gouvernements israéliens successifs auprès des autorités françaises, cette accusation vise à faire peser un soupçon indistinct d’infamie sur les mouvements de solidarité avec les Palestiniens.

Et ils ne lâchent rien en la matière. Le 3 décembre 2019 sera présenté à l’Assemblée nationale une résolution LREM visant à assimiler la critique du sionisme à un acte antisémite[4].

 

Source : le Grand Soir par Michel Rony BRAUMAN[2] le 16 décembre 2019

Voire à les criminaliser, comme on le constate avec la pénalisation des appels au boycott des produits israéliens en provenance des territoires occupés.

 

Passons sur le fait qu’il est permis – et même valorisé – dans notre pays d’appeler à la guerre (en Irak, au Darfour, en Syrie, en Libye) mais illicite de protester par un boycott de consommation contre une politique coloniale. Intéressons-nous plutôt aux rapports entre sionisme et antisémitisme, en nous souvenant en premier lieu que la majorité des juifs du monde, et notamment les Français, furent opposés au sionisme jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale et que même alors, la majorité des juifs d’Europe ne choisit pas la Palestine après la shoah. Pas plus que les juifs russes fuyant les pogroms à la fin du XIXe siècle, dont seul 1 % se rendit en « Terre promise ».

 

Quant aux juifs français engagés dans le soutien au capitaine Dreyfus, tous ne suivirent pas Théodore Herzl, fondateur du sionisme, qui fit de ce procès inique le déclencheur de son projet national. Lorsque Herzl affirmait que l’affaire Dreyfus marquait l’échec du modèle républicain d’intégration des juifs, d’autres voyaient dans le foyer national juif un « piège tendu par l’antisémitisme »[3]. Et c’est dans une logique tout impériale que Lord Balfour, ministre britannique des Affaires étrangères lui apporta son soutien en novembre 1917, durant la Première Guerre mondiale.

 

Que l’on puisse sans contradiction être prosioniste et antisémite devrait tomber sous le sens, puisqu’il s’agissait, dès l’origine, de débarrasser l’Europe de ses juifs, projet commun des uns et des autres avant que surgisse la folie hitlérienne. La dimension biblique comptait dans ce soutien, les courants évangéliques anglais de l’époque, comme leurs homologues contemporains aux Etats-Unis, voyant dans le rassemblement des juifs en Palestine l’actualisation du récit de l’ancien testament et le prélude à l’avènement du Messie.

 

Les plus fervents et les plus radicaux des défenseurs d’Israël en toutes circonstances se recrutent d’ailleurs parmi ces évangéliques américains, lesquels véhiculent les plus classiques des stéréotypes antisémites tout en soutenant les plus durs des colons israéliens. L’avenir qu’ils réservent aux juifs laisse songeur quant aux alliances de l’Etat hébreu : selon l’interprétation évangélique de la Bible, les juifs devront en effet se convertir ou périr lors du Jugement dernier hâté par leur regroupement en Palestine.

 

On peut certes être antisioniste par haine des juifs, qui pourrait le nier ? Mais on peut n’être pas moins antisémite et un sioniste ardent, ce que notre Premier ministre semble ignorer. Estimer que la création d’Israël fut une décision funeste, y compris pour les juifs, relève de la liberté d’opinion, au même titre que l’opinion contraire. Telles sont, stricto sensu, les significations des mots antisioniste et sioniste. Les deux positions, regards opposés mais également légitimes sur un événement historique, peuvent se nourrir de l’antisémitisme, comme elles peuvent y être totalement étrangères.

 

Les saisies de terres, destructions de maisons, emprisonnements administratifs, extensions de colonies, voilà ce qui nourrit aujourd’hui la critique d’Israël et de sa politique du fait accompli. Si le sionisme historique est pluriel, sa forme contemporaine est monocolore, largement sous le contrôle des colons. Et l’antisionisme est pour beaucoup une simple opposition à la stratégie d’occupation des territoires palestiniens et aux exactions qui l’accompagnent.

 

Voilà ce que cherche à masquer le Crif, principal porte-voix du gouvernement israélien en France, désormais détrôné dans ce rôle par le Premier ministre.

 

Notes :

[1] Dîner du Crif: pour Valls, «l'antisionisme est synonyme de l'antisémitisme»

[2]Rony Brauman est un ancien président de Médecins sans frontières, professeur associé à l’Institut d’études politiques de Paris.

[3] Voir l’article de Gilles Manceron, « Au croisement de trois histoires : antisémitisme, sionisme et droits des Palestiniens », Collectif Trop, c’est trop, 9 mars 2016.

[4Sionisme et ainsi de suitepar Jean-Luc Mélenchon

Pour en savoir plus :

- Pascal Boniface : « Critiquer l’exécutif israélien, ce n’est pas être antisémite »

- Sionisme et ainsi de suitepar Jean-Luc Mélenchon

- le CRIF (Ceux qui parlent au nom des Juifs de France - De la clandestinité aux feux médiatiques)

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 08:03
Les racines de l’Europe... et celles de la France !

Sources :  Le blog de Raoul-Marc Jennar

A la manière de toutes les pensées totalitaires, les Eglises dites du Livre réécrivent l’Histoire.

 

Comme l’Eglise catholique a inventé que le Colisée de Rome fut le lieu de massacres de chrétiens des premiers temps de cette religion, ce qui est totalement faux et la présence d’une croix en ce lieu est une imposture, elle prétend imposer l’idée – relayée par la droite catholique – que les racines de l’Europe seraient judéo-chrétiennes.

 

Rien n’est plus faux.

 

Les racines philosophiques de l’Europe n’ont strictement rien de chrétiennes. Les racines de l’Europe sont en Grèce et en Italie : Héraclite, Pythagore, Socrate, Platon, Aristote, Cicéron, Sénèque, Marc-Aurèle…Et tant d’autres penseurs dont les interrogations et les débats n’ont rien perdu de leur pertinence en ce 21e siècle.

 

Du VIIe siècle avant notre ère au IVe siècle de notre ère, plus de mille années d’une pensée riche pendant lesquelles le christianisme est absent de l’espace européen puisqu’il ne s’impose qu’au IVe siècle de notre ère par un décret impérial.

 

Alors, cessons cette fable des racines chrétiennes de l’Europe. A preuve, le mot même d’évangélisation qui commence avec Paul de Tarse au Ier siècle de notre ère prouve qu’il a fallu conquérir les âmes et les coeurs pour que le christianisme s’impose. Et qu’il a fallu la loi impériale et  ensuite des méthodes comme l’inquisition (prétendument « sainte ») pour qu’il se maintienne.

 

Avant le césaro-papisme qui trouve sa source au IVe siècle, la pensée n’était pas enchaînée par un monothéisme totalitaire.

 

A moins de pervertir le terme de « racine », le judéo-christianisme n’est qu’un greffon dogmatique sur une pensée riche et libre qui le précède. Et rien d’autre.

 

 

- Les « racines chrétiennes » de la France ? – Petite leçon d’Histoire par J.L. Mélenchon

Le 12 juillet 2018, Jean-Luc Mélenchon a donné une petite leçon d'Histoire à Éric Ciotti, qui voulait intégrer dans la Constitution une référence aux « racines chrétiennes » de la France.

 

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 09:25
Les vraies causes de l’entêtement de François Hollande et Manuel Valls sur la loi travail

7 citoyens sur 10 opposés à la loi El Khomri, 3 mois de luttes syndicales et le succès de la grosse manifestation à Paris, des initiatives en province le 14 juin en pleine compétition européenne de football, des milliers de policiers et gendarmes mobilisés en permanence, certains très fatigués qui « pètent les plombs », d’autres qui matraquent à tout va, des députés socialistes totalement discrédités par leur attitude de « petits toutous » qui avalent sans problème le 49-3, la cote de François Hollande à 11% de satisfaits et celle de Valls à 14%...le bon sens ne peut qu’interroger sur cette démarche suicidaire pour l’avenir politique de tous les futurs candidats socialistes. En effet, qui peut penser aujourd’hui qu’aux présidentielles et aux législatives tout ce beau monde ne va pas subir une raclée mémorable ?

 

Source :  Regard-Actu par Michel Beaune

Il y a à l’évidence des intérêts « supérieurs » qui guident nos gouvernants, ou plutôt des injonctions. Les plus importantes, les plus évidentes sont celles de la Commission européenne.

 

En effet, il est important de mieux connaître certains aspects de la gouvernance européenne et son articulation avec les « réformes » nationales. Chaque année, le cycle du semestre européen redémarre, en prenant en compte les épisodes précédents. Tout au long du processus les gouvernements rendent compte à la Commission de ce qu’ils ont fait et celle-ci énonce de nouvelles recommandations. Ainsi, la Commission a « inspiré », pour la France :

• Le CICE et le Pacte de Responsabilité.

• La loi Macron.

• La loi Rebsamen.

• La réforme territoriale.

• La loi santé.

• Les réformes des retraites.

• Les réformes de l’assurance-chômage.

• La loi El Khomri.

Pour 2016, la Commission Européenne a produit de nouvelles "recommandations".

 

Elles traitent notamment des déficits publics, du système de santé et de retraite, de la rémunération du travail, du contrat de travail, du droit du travail et de la hiérarchie des normes, des liens entre les systèmes d’éducation et le monde du travail, de l’apprentissage et de la formation professionnelle, de la libéralisation des services et des professions réglementées, du système d’assurance chômage, des obstacles pour les entreprises, des effets de seuil pour les Institutions Représentatives du Personnel, des impôts.

 

On voit bien que la Commission « s’intéresse » à tout ce qui compose le modèle social français pour le faire exploser, conformément au Traité de Maastricht et aux autres qui ont suivi. Petit à petit, elle avance ses pions à une vitesse qui dépend des résistances des Peuples. C’est sûr qu’en ce moment le mouvement social unitaire contre la loi El Khomri freine beaucoup le rouleau compresseur. Il est donc fondamentalement important que celui-ci continue et même s’amplifie. Dans ce contexte, il a été intéressant d’apprendre jeudi 2 juin que la CFE-CGC modifiait son appréciation et dénonçait à présent la loi travail. Le groupe des syndicats béni oui-oui de la loi travail se rétrécit…

 

La situation est relativement inédite car cette grande bataille se déroule contre un pouvoir qui a été mis en place sous le label « Gauche », contrairement à 2010 avec la bataille des retraites face à un pouvoir sarkoziste. Certes, il ne faut pas avoir beaucoup d’illusions sur la capacité des parlementaires à modifier leur attitude, quoi que. Evidemment, très peu d’entre eux connaissent la réalité du vécu des salariés du privé et du public car les ouvriers se comptent sur les doigts d’une main à l’intérieur de l’hémicycle.

 

Il ne faut pas que cette réalité de l’emprise des institutions européennes sur la politique des Nations soit un élément de résignation, comme quand on voudrait nous faire croire que « le Marché » est tout puissant, que la mondialisation financière est inéluctable. Ce que des traités basés sur la concurrence des salariés européens entre eux, le moins-disant social, la libre circulation des capitaux, ont établi, peut être annulé et remplacé par des politiques de coopération, de développement harmonieux et respectueux des hommes et de l’Environnement, de création d’emplois, d’augmentation du pouvoir d’achat.

 

Il faut pour cela du courage, une conviction forte que l’Intérêt Général ne peut pas être résumé à celui des privilégiés mais qu’il est celui de la masse du Peuple. Celles et ceux qui gouvernent notre Pays ne possèdent visiblement pas ces qualités. Il faut donc très vite les remplacer, et en même temps mettre à bas, par des voies pacifiques et démocratiques, la Vème République et son régime de monarchie présidentielle, pour construire une VIème vraiment démocratique et sociale.

 

Une utopie ? Bien sûr que non. Voyons l’Histoire de France : elle est plein de moments où des hommes et des femmes désintéressés ont su bousculer l’ordre établi, et souvent dans des conditions bien plus difficiles qu’aujourd’hui. A nous toutes et tous, femmes et hommes de bonne volonté, de dépasser les querelles de « boutique » et de savoir nous unir sur l’essentiel.

Les vraies causes de l’entêtement de François Hollande et Manuel Valls sur la loi travail
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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 08:37
Loi travail : des arguments pour agir le 14 juin
Loi travail : des arguments pour agir le 14 juin
Loi travail : des arguments pour agir le 14 juin
Loi travail : des arguments pour agir le 14 juin
Loi travail : des arguments pour agir le 14 juin

- Le 14 juin, on ne se déplace pas pour rien à Paris

Le 14 juin marque une nouvelle étape dans la mobilisation pour le retrait du projet de loi Travail Valls/EL-KHOMRi et un code du travail du 21ème siècle

 

La CGT considère que l'URGENCE EST A LA MOBILISATION et dans ce cadre l'UD CGT de Charente Maritime organise un départ massif vers Paris pour la grande manifestation nationale.

 

Inscrivez-vous auprès de votre syndicat d'entreprise ou de l'UD CGT17 :

 

 

- L'appel départemental CGT pour le 14 juin en version imprimable

 

- Pour un départ sur Paris en co-voiturage, c'est ICI

 

 

- Le succès de la mobilisation :

Plus d'un million.... 6 cars de Charente Maritime + une centaine par le train... le succès de la mobilisation.... et la présence de courageux militants CFDT ovationnés !


Le gouvernement doit entendre le peuple et ne pas répondre par la provocation policière en plaçant les manifestants dans une souricière et en laissant les "casseurs" œuvrer loin devant la tête du cortège... pour mieux justifier de possibles interdictions de manifester !


On lâche rien !

 

Loi travail : des arguments pour agir le 14 juin
Loi travail : des arguments pour agir le 14 juin
Loi travail : des arguments pour agir le 14 juin
Loi travail : des arguments pour agir le 14 juin
Loi travail : des arguments pour agir le 14 juin
Loi travail : des arguments pour agir le 14 juin
Loi travail : des arguments pour agir le 14 juin
Loi travail : des arguments pour agir le 14 juin
Loi travail : des arguments pour agir le 14 juin
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Loi travail : des arguments pour agir le 14 juin
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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 08:32
De quoi Philippe Martinez est-il le nom ?

Source :  Arrêt sur Info le 26 mai 2016 par Bruno Guigue[1]

- Prétendre que la classe ouvrière organisée prend en otage le peuple français quand elle défend ses droits menacés, comme le répète la presse, restera sans doute dans les annales.

Comme si ces travailleurs en lutte, hier chauffeurs-routiers, aujourd’hui salariés des raffineries, représentaient une minorité de nantis prêts à immoler l’intérêt général sur l’autel de leurs revendications catégorielles ; comme si une grève qui leur impose des sacrifices personnels était pour eux une partie de plaisir ; comme si leur combat n’était pas un combat pour tous, y compris pour ceux qui ont fait vœu de soumission à leurs maîtres et crachent sans vergogne sur leurs défenseurs.

 

Il faut croire que le capital soumet le prolétariat médiatique à des exigences de rentabilité aussi impératives que celles qu’il impose au prolétariat ouvrier. Car, à l’évidence, il lui ordonne de jeter le discrédit sur la mobilisation populaire ; il lui extorque cet invraisemblable tissu de mensonges comme une vulgaire plus-value ; il met les médias en concurrence, comme si chacun devait emporter la palme de la haine contre la CGT, ce syndicat honni parce qu’il est à la fois le plus ouvrier et le plus combatif. Cette résistance syndicale parfaitement légitime, le capital réclame à cor et à cri qu’on la couvre de calomnies. La presse quasi unanime s’y emploie.

 

Contrairement à la classe ouvrière, la cohorte de plumitifs dont le capital s’est attaché les services, il est vrai, ne risque pas de s’insurger contre un système dont elle a pour vocation de chanter les louanges. Comment cette presse française soumise aux sept milliardaires qui en détiennent la propriété et déterminent sa ligne éditoriale, de BFM/TV à « Libération », du « Monde » à « L’Express » et de TF1 au « Figaro », pourrait-elle se comporter autrement que sur le mode d’une servilité à toute épreuve ?

 

Cette sujétion des médias, en effet, pousse un journaliste à prendre parti pour les détenteurs de capitaux et leurs valets comme si ses propres intérêts de classe étaient en jeu ; elle le range aussitôt du côté de la caste privilégiée qui rémunère ses services. Ce journaliste a beau être un salarié, le voilà qui crache son venin sur la classe ouvrière, comme si, piteusement assigné à la fonction expresse de combattre ses propres défenseurs, ce mercenaire devait aussi se faire renégat.

 

 

- Mais ce constat de la servilité médiatique n’est pas le seul.

Le gouvernement socialiste trahit tous ses engagements électoraux, mais ce n’est pas suffisant. Il entreprend aussi à la demande expresse du capital une démolition que la droite n’avait pas osé entreprendre. Redoublant de zèle pour satisfaire leurs maîtres, les socialistes entendent mener aussi loin que possible la mise en cause des conquêtes sociales, chaque régression, même si elle n’aboutit pas, permettant de franchir un nouveau seuil symbolique. A force de porter le fer contre les droits des travailleurs, espère-t-on, on finira bien par les persuader que leurs droits ne sont pas légitimes et qu’ils auraient tout à gagner à y renoncer. Pour les salariés, le droit du travail est un système immunitaire. Le parti socialiste, lui, est son virus.

 

Pour ceux qui ont la mémoire courte, il faut rappeler que les principaux acquis des travailleurs français ont été conquis de haute lutte ; que sans les massives occupations d’usines de l’été 36, les travailleurs ne partiraient jamais en congés payés ; que sans les combats héroïques de la Résistance et de la Libération, la Sécurité sociale et les comités d’entreprise n’auraient jamais vu le jour ; que sans les puissantes grèves ouvrières de juin 68, la revalorisation des bas salaires exigée par la croissance des Trente Glorieuses serait restée un vœu pieux ; que sans l’alliance avec un parti communiste français à 15-20% les conquêtes initiales de 1981 seraient restées lettre morte.

 

 

- Mais le parti socialiste, historiquement, n’a jamais accompli la moindre réforme en faveur des travailleurs de ce pays.

Il a pris acte d’un rapport de forces en 1936 ; il n’a joué qu’un rôle secondaire à la Libération, où le général de Gaulle confia les postes-clé aux communistes ; en 68 le PS était aux abonnés absents ; quant aux avancées de 1981, il les a reniées, en même temps qu’une souveraineté nationale dont il est avec la droite française l’un des fossoyeurs. En revanche, il réprima dans le sang les grèves des mineurs en 1947, faisant appel à l’armée contre cette avant-garde des luttes ouvrières depuis le XIXème siècle. C’est ainsi que les socialistes rendirent hommage aux héros de Germinal : en les faisant fusiller.

 

L’expérience historique nous l’a appris, le rôle des socialistes français, c’est :

  • d’accréditer la fiction d’une opposition entre la droite et la gauche qui n’existe que dans les représentations collectives, et non dans la réalité des rapports sociaux ;
  • d’organiser au nom de cette opposition artificielle une alternance politique dont le principal résultat est d’empêcher une véritable alternative à la tyrannie de la finance mondialisée ;
  • de substituer à la véritable question, celle de la répartition effective du produit de l’activité sociale et de l’exercice de la souveraineté populaire qui en est la condition, toute une série de contre-feux et de querelles grotesques, de la théorie du genre à l’antisémitisme, et du voile islamique à la réforme de l’orthographe.

 

Quoiqu’il advienne de la crise sociale actuelle, on peut dire qu’elle a déjà manifesté une vertu pédagogique des plus précieuses. Car elle révèle, s’il en était besoin, que l’agitation qui se donne en spectacle à la surface du marécage politicien est l’expression voilée d’une réalité plus profonde ; que le véritable clivage social ne passe pas entre la droite et la gauche, mais entre ceux qui vivent de leur travail et ceux qui se contentent d’en toucher les dividendes. Dans cette division fondamentale de la société, la dignité du peuple français est d’un seul côté. A la Libération, le général de Gaulle nomma des communistes aux postes-clé. Parmi eux, Ambroise Croizat, modeste ouvrier français, créa la Sécurité sociale. En 2016, la dignité du peuple français a un nom : c’est Philippe Martinez.

 

Note :

[1] Normalien, énarque, Bruno Guigue est aujourd’hui professeur de philosophie. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont « Aux origines du conflit israélo-arabe, l’invisible remords de l’Occident (L’Harmattan, 2002).

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30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 08:55
Tafta, la nouvelle fourberie de Hollande

Sources : blog de Jean Luc Mélenchon "l'Ere du Peuple" le 20 mai 2016

Une nouvelle fois, Hollande et Valls mentent sur un point essentiel engageant lourdement la France. Selon " Le Monde ", un document du 7 avril atteste que le gouvernement français a soutenu auprès du Conseil de l’UE la création d’un mécanisme d’arbitrage privé en Europe afin de protéger les investissements des firmes. Qui a suivi le dossier de la négociation sur le Tafta mesure quelle trahison c’est là. Leur existence suppose que les firmes sont légitimes à protester contre une législation et à obtenir réparation des avantages qu’elles attendaient de la situation précédente. Elle leur permet de ne plus être jugées selon la loi du pays concerné mais selon les décisions d’un tribunal privé. Dans ce système, la loi ne s’applique donc plus aux firmes, mais toute loi est cependant placée sous la menace d’être à l’origine d’un dédommagement à leur payer. C’est dans ces conditions que le Canada fait l’objet d’un recours en dédommagement de plusieurs milliards contre sa décision de stopper les forages sur le gaz de schiste, l’Australie contre sa loi anti-tabac et l’Allemagne contre sa décision d’arrêter le nucléaire ! Rien de moins !

 

La fourberie des dirigeants français est totale. Car en 2015 le gouvernement français indiquait dans une note à l’intention des eurodéputés français que le mécanisme d’arbitrage investisseur-État en discussion dans le cadre du traité TTIP n’était « ni utile, ni nécessaire« . On se souvient aussi des récents moulinets faits par Hollande pour faire croire à une résistance et une exigence française totale. De son côté, l’Assemblée nationale française avait voté dès le début de la législature son refus de voir créer de telles instances.

 

Et maintenant, on découvre que dans le même temps le gouvernement faisait exactement le contraire en entamant des discussions avec l’Allemagne, l’Autriche, la Finlande et les Pays-Bas pour soutenir la mise en place d’un tel mécanisme. C’est là le pire de la méthode Hollande : des gesticulations de façade qui ralentissent l’action, démobilisent les acteurs de terrain et créent l’espoir. Les médias commencent aussitôt leur ronde puérilisante : « Alors ? Vous dites bravo ? », bourrant les crânes avec ardeur sur la base d’une fausse information (eux-mêmes se fichent que ce soit vrai ou faux puisqu’il leur suffit que cela soit juste un prétexte à faire des bulles de mots).

 

Et, pendant ce temps, l’arnaque avance en coulisses et en secret. Puis tout finit par le résultat contraire aux annonces. Commencent alors la démoralisation, la dévalorisation de toute parole politique et la division de tout le monde. Comment s’étonner ensuite que les sondages montrent que ni au premier ni au deuxième tour, bon nombre d’ex-électeurs de ce triste personnage ne veuillent plus jamais voter pour lui ?

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier TAFTA/TISA

- Tribunaux d’arbitrage : le double jeu du gouvernement

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 08:56
Bernard Friot « Un capitalisme rentier qui n’assume plus d’être employeur »

Création du compte personnel d’activité, développement de l’autoentrepreneuriat, revenu de base…L’économiste et sociologue Bernard Friot met ces éléments nouveaux en perspective et interroge leur rôle dans l’économie capitaliste. Animateur du Réseau Salariat, association d’éducation populaire, il avance l’idée d’un « salaire à vie » à l’image du droit de vote comme un droit politique.

 

Sources :  L'Humanité par Olivier MORIN le 18 mars 2016

- L'Huma. : Vous insistez dans votre analyse économique sur la nécessité de droits salariaux attachés à la ­personne, que voulez-vous dire ?

Bernard Friot : Que le salaire, comme le droit de vote, doit ­devenir un droit politique. Notre travail est reconnu de trois façons : par un employeur si nous allons sur le marché du travail et sommes employés ; par la vente du produit de notre travail sur le marché des biens et services si nous sommes indépendants ; par le salaire à vie si nous sommes fonctionnaires ou retraités. Or les employés et les indépendants sont soumis à des aléas sur lesquels, individuellement ou collectivement, ils n’ont aucune prise. Les capitalistes les exploitent sans retenue. Le marché du travail, des biens et services ne peuvent plus être le fondement de la reconnaissance du travail. Il faut généraliser le salaire à vie, c’est-à-dire une reconnaissance du travail attachée à la personne et non pas à un emploi ou à la vente d’un produit. Le droit politique de suffrage doit se doubler du droit politique de salaire : chacun, à 18 ans, a droit à vie au salaire correspondant au premier niveau de qualification, et passe au cours de sa carrière (qu’il soit indépendant, dans une entreprise ou fonctionnaire) des épreuves de qualification qui lui permettent de passer à des niveaux supérieurs, chaque progrès en qualification étant acquis à vie.

 

 

- L'Huma. : Le compte personnel d’activité (CPA) est-il un progrès en ce sens ?

Bernard Friot : Sûrement pas, c’est au contraire une régression. Un compte personnel, à commencer par le plus ancien d’entre eux, le compte personnel de retraite Arrco-Agirc, construit contre le régime général, asservit les travailleurs au marché du travail puisque c’est la performance dans l’emploi qui alimente le compte. Plus j’ai d’emplois, et de bons emplois, plus j’additionne des droits à des jours de repos ou de chômage, à la formation, à la retraite, à la complémentaire santé, etc. Ainsi, alors que le régime général permet de prolonger dans la pension les meilleurs salaires, le compte personnel tient compte de toute la carrière, y compris les années très mal payées. Le CPA n’est donc pas attaché à la personne, mais à son parcours professionnel, ce qui n’a rien à voir.

 

 

- L'Huma. : Pouvez-vous préciser en quoi cela n’a rien à voir ?

Bernard Friot : La pension dans la fonction publique est la poursuite à vie du meilleur salaire et non pas la contrepartie des cotisations de carrière. Elle est donc bien un droit dépendant non pas de la mesure du parcours professionnel telle que l’opère l’addition de points dans un compte, mais de la qualification de la personne, qualification qui lui est attachée à vie. Alors que la pension Arrco-Agirc est du revenu différé qui dépend étroitement de la performance sur le marché du travail pendant 42 ans, la pension de fonction publique prolonge à vie le salaire atteint en fin de carrière.

 

 

- L'Huma. : Dire qu’un « droit est attaché à la personne » serait donc un abus de langage ?

Bernard Friot : Évidemment. Le CPA fait étroitement dépendre les droits de l’emploi. Sauf que l’emploi, tel qu’il est vu par les capitalistes, ce n’est plus « l’emploi poste », mais « l’emploi parcours ». Le capitalisme financiarisé ne veut plus s’engluer dans la stabilité de postes de travail, et donc lier des droits au poste de travail : il s’efforce d’obtenir des salariés les plus mobiles possible et donc il lie les droits au parcours professionnel. Qu’on me démontre que le parcours professionnel est davantage maîtrisé par le salarié que son poste de travail ! En fait il ne maîtrise ni l’un ni l’autre. Et passer de droits attachés au poste à des droits attachés au parcours, ce n’est en aucun cas passer à des droits attachés à la personne. Pour qu’un travailleur soit titulaire de droits attachés à sa personne, il faut que ces droits le libèrent de l’aléa du marché du travail et du marché des biens et services.

 

 

- L'Huma. : Le CPA est lié à l’emploi. Or personne (salariés et patrons) ne se déclare contre l’emploi. La notion d’emploi est sans doute mal définie…

Bernard Friot : Elle est le fruit de la lutte de classes. L’invocation de l’emploi sert essentiellement au patronat et au gouvernement, au nom du « sauvetage de l’emploi », à s’attaquer aux droits des salariés. Pour les patrons, un emploi a toujours été réduit à un poste de travail, ou aujourd’hui à un parcours d’un poste à l’autre. Autant « l’emploi » a été un mot du vocabulaire syndical parce qu’il a été construit dans la lutte comme obligation de respect de la qualification du poste et de versement de cotisations sociales, autant aujourd’hui l’emploi tend à redevenir le poste tout nu ou le parcours entre des postes tout nus. Et donc c’est finalement la définition patronale de l’emploi qui aujourd’hui l’emporte.

 

 

- L'Huma. : On en arrive à l’hégémonie du vocabulaire de la classe dominante. Hégémonie traduite dans les faits…

Bernard Friot : C’est là qu’il faut sortir de la dépendance vis-à-vis de l’agenda des patrons. Cela veut-il dire promouvoir le « vrai emploi » face aux « faux emplois » patronaux ? Non. C’est une bataille perdue depuis quarante ans. Faire de la bataille pour le « vrai emploi » le cœur de l’action syndicale me paraît une faute stratégique majeure. Les droits liés aux postes ou aux parcours sur le marché du travail restent maîtrisés par les propriétaires de l’outil de travail, qui décident des postes et des parcours. Fonder des droits sur quelque chose sur lequel les salariés ont si peu de prise n’a plus de sens. Il n’y a plus une seule entreprise ou une seule branche qui fonctionne avec ce qu’on appelait un marché interne, c’est-à-dire qu’on y faisait sa carrière sans jamais passer par le marché du travail. C’est fini. Même si l’emploi a été une victoire syndicale et a été, en cas de marché interne, le support de parcours professionnels libérés des aléas du marché du travail – à condition de rester dans la même entreprise à vie : on peut aussi ne pas avoir cela comme projet –, aujourd’hui cela ne peut, en aucun cas, être le fondement d’une stratégie syndicale. Une chose est de requalifier en emploi des situations d’infra-emploi, au cas par cas, auprès des prud’hommes : c’est indispensable et il faut se battre contre les réformes qui rendent cette requalification toujours plus difficile. Tout autre chose est de faire de « vrais emplois » un projet stratégique.

 

 

- L'Huma. : Un point sur la définition de l’« infra-emploi » ?

Bernard Friot : L’infra-emploi qualifie deux types de situations. D’une part celles dans lesquelles on dépend d’un employeur en étant en stage, bénévole, volontaire, en service civique, en formation, et d’une façon générale toutes ces situations d’emploi dans lesquelles le poste n’est pas reconnu comme porteur de qualification. D’autre part celles dans lesquelles on est faussement indépendant comme l’autoentrepreneuriat. Faussement parce qu’en réalité, on dépend entièrement du même client, ou du même fournisseur (de données numériques par exemple dans l’économie prétendument collaborative)… Sauf que lui ne cotise à rien, que le travailleur n’a pas de droit au chômage, que les règles horaires ou de sécurité liées à l’emploi sont inexistantes, etc.

 

 

- L'Huma. : L’autoentrepreneuriat est peut-être le reflet de l’aspiration de la jeunesse à ne plus dépendre de l’employeur. Les capitalistes ont-ils un train d’avance ?

Bernard Friot : Je ne peux que saluer la maturité politique de tous ceux qui, chez les jeunes, ne veulent pas se soumettre à des employeurs et entendent bien maîtriser leur travail en refusant de produire des choses dont ils savent qu’elles sont nocives ou inutiles. Cela dit, tout dépend comment est institué ce travail indépendant. Il peut être entièrement récupéré par le capital à travers des dispositifs dans lesquels les jeunes en question sont autonomes dans leur travail, collaborent sans hiérarchie, dans un dispositif horizontal… tout en alimentant par un travail gratuit, par exemple dans le logiciel libre, le profit des ­propriétaires de Google. Se développe un capitalisme rentier qui n’assume plus les responsabilités de l’employeur, qui renvoie les travailleurs à la valorisation de leur travail sur le marché des services : il faut vendre 150 km de covoiturage, une semaine de son appartement, avec l’effarante marchandisation du quotidien que cela représente. Tout comme les employés sont sous le joug des aléas du marché du travail, ces indépendants sont sous le joug du marché des biens et services tout en alimentant la rente de propriétaires de bases de données affranchis de leur responsabilité dans la conduite du travail.

 

 

- L'Huma. : Il y a donc une volonté des capitalistes de se ­dédouaner de leur rôle d’employeur ?

Bernard Friot : Oui, ils ne veulent plus lier le profit au fait d’assumer sur le long terme des salaires, des cotisations sociales, le fonctionnement d’un comité d’hygiène et de sécurité, les droits des CE, etc. C’est pour cela qu’ils construisent avec tant de continuité depuis 1992, avec la CFDT, une « sécurisation des parcours » qui renverse la logique de responsabilité. Ce ne sont plus les employeurs, mais les intermédiaires du marché du travail, qui sont le « pôle emploi » ! Et les droits des salariés sont renvoyés à leur capacité à alimenter un CPA au prorata de leur performance sur des marchés, qu’ils soient du travail ou des biens, sur lesquels ils n’ont aucune prise. Car un des points de la loi travail, très insuffisamment souligné, est l’extension du CPA aux indépendants. Vont donc se trouver fongibles des droits nés dans l’emploi et dans l’indépendance : inutile de dire que celle-ci va être massivement instrumentée.

 

 

- L'Huma. : En parallèle à cette production de valeur qui est faite hors du contrat de travail se développe aussi l’idée d’un revenu de base…

Bernard Friot : Ça va tout à fait ensemble. Le filet de sécurité que va offrir un revenu de base est la condition du recul de la sécurité qu’offre le Code du travail. Si le capital n’est absolument plus déterminé à assumer la sécurité d’emploi, en revanche cela ne lui pose aucun problème d’assumer la sécurité d’un minimum de ressources qui lui permettra, non seulement de baisser les salaires puisqu’il invoquera l’existence de ces ressources pour ne pas pratiquer des salaires normaux, mais aussi de récupérer la valeur produite par ces personnes en dehors de l’emploi, dès lors que la propriété lucrative n’est pas supprimée. Car le revenu de base ne supprime pas la propriété lucrative, et les capitalistes seront en capacité de récupérer la valeur produite. Et ce ne sont pas eux qui paieront, puisque c’est l’impôt qui financera le revenu de base. Bref ils ont tout intérêt à ce qu’un revenu de base vienne, à côté d’un CPA étendu aux indépendants, étayer l’autoentrepreneuriat.

 

 

- L'Huma. : Quelle alternative proposez-vous ?

Bernard Friot : Le salaire à vie, qui est inséparable de la copropriété d’usage de tous les outils de travail par les travailleurs et donc de la maîtrise par eux de l’investissement, tant il est vrai que la propriété lucrative, au cœur du capitalisme de rente, doit être supprimée. Il s’agit d’actualiser la bataille qui a conduit à la mise en place à la Libération du régime général comme caisse unique à gestion ouvrière, et du statut de la fonction publique. Le régime général a fait la preuve jusqu’aux années 1970 que nous pouvons produire la santé avec des travailleurs payés à vie, qu’ils soient fonctionnaires ou indépendants conventionnés, sans mettre en valeur aucun capital actionnaire ou prêteur : l’investissement hospitalier des années 1960 a été largement subventionné grâce à la hausse du taux de cotisation maladie. Nous pouvons tout produire sans emploi et sans capital. Ce n’est pas 45 % du salaire qui doit aller aux caisses de Sécurité sociale comme aujourd’hui, mais 100 % (et au seul régime général, qui, à nouveau géré par les seuls travailleurs, sera chargé de payer les salaires à vie). Le reste de la valeur ajoutée pourrait se partager entre autofinancement de l’outil de travail décidé par les travailleurs copropriétaires des entreprises, et cotisation économique allant à des caisses, elles aussi gérées par les seuls travailleurs, chargées de subventionner le reste de l’investissement (y compris par création monétaire sans crédit) et d’assurer les ­dépenses de fonctionnement courantes des services publics. Je vous renvoie aux travaux que mène sur toutes ces questions Réseau Salariat.

 

Pour en savoir plus :

- mon dossier : Revenu Universel

- De la socialisation du salaire. Auteur d’une thèse d’État portant sur la construction de la sécurité sociale, Bernard Friot axe son travail en défendant « le caractère anticapitaliste des institutions de socialisation du salaire ». Dans son dernier ouvrage, Émanciper le travail : entretiens avec Patrick Zech, paru aux éditions La Dispute et au sein de l’association Réseau Salariat, il développe l’idée de « salaire à vie » et de la « copropriété d’usage des moyens de production ».

Bernard Friot : Le « Salaire à Vie » de Bernard Friot vu par Usul

- Bernard Friot : "Le salariat, c’est la classe révolutionnaire en train de se construire"

- Bernard Friot : « Nous n’avons besoin ni d’employeurs, ni d’actionnaires pour produire »

- Bernard Friot : On en parle : revenu inconditionnel ou salaire à vie ?

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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 08:24
Crédit Photo:  Barrage routier lors de la grève générale du 13 avril 2016. DR

Crédit Photo: Barrage routier lors de la grève générale du 13 avril 2016. DR

Sources :   Le NPA  par Jacques Chastaing[1]

La domination française sur les Comores ne s’est pas imposée sans engendrer de nombreuses révoltes. A Mayotte, il y a eu en 1856 un soulèvement des travailleurs des plantations, et des mouvements de résistance spectaculaires ont traversé les trois autres îles, notamment à Anjouan en 1891, avec une véritable révolution des paysans pauvres et des esclaves.

 

En 1968,  la France concédait aux Comores une autonomie interne, tout en réveillant les rivalités entre les îles. Puis Paris poussa un riche d’Anjouan, Ahmed Abdallah, à diriger le pays. Mais à Mayotte, une partie de la population féminine d’origine malgache, moins islamisée et avec des traditions matriarcales, craignait de voir ses droits réduits. Les « mamies chatouilleuses » s’élevèrent alors contre une indépendance qu’elles craignaient anjouane et islamique.

 

Lors du référendum de 1974 sur l’indépendance, les Comoriens se prononcèrent à 95 % pour l’indépendance, mais les Mahorais votèrent contre à 63 %. En 1975, les Nation unies et l’Organisation de l’unité africaine réaffirmèrent « la nécessité de respecter l’unité et l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores». Mais la France exigea que la nouvelle constitution soit approuvée île par île. Elle fut rejeté à Mayotte, cependant qu’Ahmed Abdallah proclamait l’indépendance. Moins d’un mois plus tard, il était renversé par un mercenaire français, Bob Denard. Puis le nouveau gouvernement fut à nouveau renversé en 1978 par le même Denard (parfois soutenu par la France et parfois non, qui récidivera encore en 1995). Les Comores, baptisées « République islamique », se trouvaient de fait sous le contrôle des mercenaires français. En 1976, ne voulant pas retrouver le chaos comorien, les Mahorais exprimèrent à nouveau par référendum, à 99 %, leur volonté de rester français.

 

En 1996, Mohéli et Anjouan se séparaient de la Grande Comore, demandaient leur rattachement à la France – qui refusait – et proclamaient alors leur indépendance propre en 1997. L’Union africaine, rejetant toute modification des frontières coloniales, organisa un blocus d’Anjouan dont de nombreux habitants fuirent alors vers Mayotte. Après bien des péripéties, en 2001, la Grande Comore, Mohéli et Anjouan se réunirent dans une République fédérale, non sans coups de force fréquents et même l’invasion d’Anjouan, en 2008, par des troupes africaines venues renverser un gouverneur qui avait proclamé l’indépendance. Soit 23 coups d’Etat en tout depuis 1975, le dernier en 2013, avec encore des émeutes en avril 2016 à Anjouan.

 

Le 31 mars 2011, Mayotte est devenue un département français d’outre-mer après que les Mahorais aient voté pour cette solution à une écrasante majorité dans le référendum de 2009.

 

En 1946, La Réunion, la Guyane, la Guadeloupe et la Martinique étaient devenues juridiquement des départements français. Cependant les  protections sociales y restaient inexistantes ; les maladies, la malnutrition, la misère y régnaient. A partir de la grande grève de 1953, chaque avancée vers « l’égalité réelle » fut gagnée par des luttes, souvent sanglantes, avant d’atteindre une presque égalité – malgré encore bien des séquelles tenaces du colonialisme. Un processus de même type s’est enclenché à Mayotte à partir de 1993.

 

Après la grève des lycéens de 1984 pour de meilleures conditions d’éducation, ce fut la grève générale de 1993 pour une hausse du salaire minimum ; puis un mois de grève en 2003 contre la réforme des retraites, mais aussi pour l’avenir de l’école ; en 2007, une grève de quatre mois des instituteurs pour ne pas restés bloqués dans une fonction publique au rabais ; en 2008, une grève illimitée dans la santé pour l’intégration dans la fonction publique ; en 2009, des manifestations contre la hausse du coût de la vie à Petite-Terre (la plus petite île de Mayotte) ; en 2011, quatre semaines de grève générale contre la vie chère. A chaque fois, avec de violents affrontements. Enfin, en octobre-novembre 2015 a débuté une nouvelle lutte pour « l’égalité réelle et la justice », pour l’application immédiate et intégrale à Mayotte du Code du travail et des conventions collectives de la métropole, l’alignement immédiat des pensions et prestations sociales au niveau de la métropole.

 

Un moment interrompu, le mouvement a redémarré les 30 et 31 mars 2016, en même temps qu’en France ou à la Réunion contre la loi El Khomri, toujours pour « l’égalité réelle » mais aussi contre la loi travail. Le 16 avril, dans un climat d’affrontements entre jeunes et gendarmes et de grosse pression médiatique contre les « violences », le mouvement a été suspendu par l’intersyndicale, malgré l’opposition de la base ; les avantages des fonctionnaires expatriés sont maintenus mais pour les autres, il n’y a que des promesses et un agenda de négociations : « rien », disait la majorité des grévistes.

 

Comme rien n’est réglé et au vu des luttes passées, on peut être sûr que le 16 avril 2016 n’est pas la fin d’une lutte mais seulement une étape dans un mouvement qui se cherche une direction – dans les deux sens du terme –, entre une mobilisation commune pour « l’égalité réelle » restant dirigée par les notables et un combat de classe où « l’égalité réelle » serait définie par les plus pauvres et la lutte dirigée par ces derniers.

 

 

- Une tumultueuse terre de culture et d’histoire

Située dans l’archipel des Comores qui comporte quatre îles principales (Mayotte, Anjouan, Mohéli et Grande Comore), entre l’Afrique et Madagascar, Mayotte est elle-même constituée de deux îles. Sa population est officiellement d’un peu plus de 220 000 habitants. Vieille terre de culture et d’histoire, c’est un carrefour de civilisations, au croisement des cultures malayo-polynésienne d’Indonésie, africaine – bantoue et swahili –, malgache, arabe et française.

 

La majorité de la population parle une langue d’origine africaine, le shimaoré ; un tiers ou plus parle un ou des dialectes malgaches, dont le shibouski. A côté d’une écriture comorienne réservée aux  textes religieux ou littéraires, l’arabe a été longtemps la seule langue écrite pour l’administration ; le shimaoré comporte ainsi une syntaxe et de nombreux mots arabes. Enfin, le français, qui demeure une langue d’importation, est aujourd’hui utilisé à l’école et dans l’administration, sans qu’il existe une langue créole.

 

Jusqu’aux années 1990, la population a toujours eu l’habitude de se déplacer sans restrictions d’une île à l’autre dans des Comores qui ont une forte unité linguistique, culturelle et historique. Aujourd’hui, bien des familles se retrouvent divisées entre les différentes îles.

 

La majorité des habitants est musulmane sunnite, shaféite et confrérique : un islam très tolérant. Une partie de la population est animiste et de tradition matriarcale polyandre ou polygame. Il n’y a pas de femmes voilées à Mayotte. Le droit islamique, en perdition, est du ressort de 22 « cadis » salariés par le conseil général. L’école coranique encore présente s’efface peu à peu. La polygamie est en voie de disparition chez les nouvelles générations nées après 1985, où elle est interdite.

 

Les Comores ont longtemps été un des pivots du trafic négrier. Les sultans comoriens allaient chercher des esclaves sur la côte africaine, avant de les revendre à des européens ou des arabes, à destination surtout du Proche-Orient. Le sultan qui régnait sur Mayotte, vassal de son voisin d’Anjouan (les Comores étaient en voie d’unification sous l’autorité de l’Etat d’Anjouan) mais en conflit avec lui, appela la France à son secours en 1841 et lui vendit l’île.

 

L’archipel devint protectorat français en 1887, sauf  Mayotte qui resta colonie. L’esclavage y fut aboli en 1848 alors qu’il ne l’était pas dans les sultanats des Comores sous protectorat. Mayotte fut plus imprégnée par la présence française que les trois autres îles, avec une administration d’expatriés et des colons venus de La Réunion, sans qu’apparaisse pour autant une société créole. Après la fin du trafic négrier, les Comores surpeuplées, sans ressources, éloignées des grandes routes maritimes, n’intéressèrent plus guère l’administration coloniale française. 

 

La production agricole ou aquacole est aujourd’hui vivrière à 60 % ; les exportations, vanille,  parfum dérivé de l’ylang-ylang, sont faibles ; l’économie, de type colonial, vit de la commande publique et de la consommation privée autour du BTP et du commerce.

 

Mais tout pourrait changer avec l’exploitation pétrolière sur la zone des « îles éparses ». C’est ce qu’espèrent les notables qui poussent pour cela à la transformation de l’île en zone franche, sans taxes pour les patrons et sans droits pour les travailleurs, avec peut-être, à partir de là, l’idée de l’indépendance.

 

 

- Luttes sociales et question migratoire

En 1993, une importante grève générale pour l’augmentation du salaire minimum fit peur aux  leaders politiques mahorais qui agitèrent alors le chiffon rouge de l’immigration, devenue l’explication de tous les maux. Ils réclamèrent la mise en place d’un visa entre Mayotte et les autres îles. En 1995, Balladur l’instaura pour tout Comorien souhaitant se rendre à Mayotte. Un trajet devenu depuis très difficile, même si la progression – même relative – du niveau de vie à Mayotte et la crise sécessionniste de 1997 à Mohéli et surtout Anjouan ont conduit à une multiplication des départs. Selon les autorités comoriennes, on compte 20 000 morts de 1995 à 2015 pour la traversée maritime du « canal de la mort ».

 

La population de Mayotte est passée de 40 000 habitants en 1975 à officiellement 220 000 en 2016 – mais probablement 350 000, si ce n’est 500 000. Les migrants clandestins, qui selon la législation internationale sont à Mayotte dans leur pays, représentent désormais presque la moitié de la population. En 2005 Sarkozy, en pleine période « kärcher », a déclenché une chasse aux sans-papiers à Mayotte, avec 13 253 expulsions en 2006. Le chiffre n’a fait qu’augmenter depuis. De plus, beaucoup de migrants arrivés avant 1995 n’ont jamais demandé de titre de séjour puisqu’il n’y en avait pas besoin et sont donc aujourd’hui « sans papiers ». Tout le monde héberge des clandestins qui travaillent, cultivent les terres, etc.

 

Les plus grands bidonvilles de l’Etat français ont alors surgi, sans eau ni électricité, avec le règne des maladies et de la malnutrition, des bandes d’enfants abandonnés, d’autant que l’Etat français se met à chasser les Mahorais des bandes côtières où ils habitent majoritairement, sous prétexte de protection du littoral.

 

Mayotte est ainsi devenue une des pires sociétés coloniales. La moitié des Mahorais vit avec moins de 348 euros par mois, 82 % de la population se trouve sous le seuil officiel de pauvreté, avec le coût de la vie le plus élevé de tous les territoires français. Le taux de chômage est de 20 % (46,5 % pour les jeunes), sans compter les clandestins ; le taux d’illettrisme bat des records ; les services publics sont insuffisants et dégradés – tout cela, sur un territoire où 50 % de la population a moins de 20 ans.

 

Face à cette situation explosive, les autorités et les partis qui ont suscité à partir de 1993 la peur du migrant, la cultivent en mettant en avant la délinquance, comme dérivatif social et pour séparer blancs et noirs. Aussi voit-on  souvent des Mahorais qui réclament le renvoi des sans-papiers. Mais bien des manifestants hébergent eux-mêmes des clandestins. Ainsi se créent des milices (de mamans) de protection des villages, dont la lutte contre l’insécurité évolue souvent vers une mobilisation pour plus d’écoles, d’hôpitaux, de MJC, de restaurants populaires pour les enfants pauvres, etc.

 

Note :

[1] Jacques Chastaing, militant du NPA à Mulhouse

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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 08:01
Ferroviaire : au pied du mur !

Ils seront en lutte le 10 mai..... analyse !

 

Au moment où se négocie la convention collective du secteur ferroviaire, dans la continuité de la réforme ferroviaire de 2014,  se joue également le dernier acte de l’ouverture à la concurrence du rail. Aucune coïncidence là dedans, pas plus que dans la coexistence dans le débat de cette négociation et du débat sur la loi El Khomri. Tous ces faits d’actualité tiennent ensemble par le même fil : la primauté donnée à la course au profit dans le projet libéral de « l’Europe qui protège ». 

Apparemment très techniques, très sectorielles, ces questions disent le rapport de force qui se joue sur le terrain européen entre le monde du capitalisme financier et le peuple, entre la caste et les gens. 

Ainsi, la grève des cheminots n’est pas seulement la lutte d’individus pour préserver des conditions de travail acceptables (que certains appellent des privilèges) mais aussi une lutte pour l’intérêt général, pour déterminer ce qui doit mener l’organisation de la société. 

 

Sources : le blog de Laurence Pache le 03 mai 2016 | mis à jour le 11 mai 2016

- Le 4e paquet ferroviaire

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Un accord entre le Parlement Européen et les Etats membres sur le 4e paquet ferroviaire a donc été trouvé, devant permettre un vote au dernier trimestre de 2016.

 

Au programme :  rendre effective l’ouverture à la concurrence de tout le secteur, en 2019 pour les TGV et 2023 pour les TER et ainsi achever l’édifice de la libéralisation du transport ferroviaire commencé en 1991 avec le premier paquet ferroviaire. 

 

Les précédentes phases[1] de libéralisation dans le secteur des transports sont à cet égard instructives. Que ce soit dans le domaine routier, aérien ou ferroviaire pour la partie fret, ce à quoi aboutit l’ouverture à la concurrence c’est l’explosion de la précarité, le passage à une logique de la rentabilité qui fait fi de l'objectif d’égalité au coeur de la notion de service public, mais aussi la disparition de l’objectif de transition écologique au profit de la pure et simple rentabilité. Ainsi, l’ouverture conjointe du fret ferroviaire et du marché du transport routier amène à ce résultat que la part modale du ferroviaire dans le transport de marchandises a chuté  depuis son ouverture à la concurrence en 2006. En 2000 elle représentait 15% du traffic,  en 2013 elle est passée sous la barre des 10% selon l'Association française du rail (AFRA), qui a pourtant pour objectif de favoriser l’ouverture à la concurrence et l’arrivée des nouveaux opérateurs sur le marché.

 

 

- Adapter la SNCF ?

C’est parce que l’ouverture à la concurrence est programmée qu’il faudrait adapter la SNCF au choc qui l’attend. Cette adaptation à marche forcée a commencé en1997  quand le gestionnaire réseau et l’opérateur de transport ont été séparés en deux entités distinctes, RFF et SNCF, afin de pouvoir in fine vendre des sillons à  des opérateurs privés. On sait ce qu’il en a résulté : une désorganisation du service par désintégration de l’unité fonctionnelle des services qui faisait que la gestion du réseau et son usage étaient imbriquées et donc rationnellement organisée. 

 

La réforme ferroviaire de 2014[2] n’a été qu’un tour de passe passe sémantique, entérinant la séparation qu’elle était censée résoudre. Elle n’aura consisté qu’à renommer RFF, à créer un nouvel EPIC censé coordonner les deux autres et appeler tout cela SNCF et hop le tour était joué. Dans le même temps, le gouvernement en profitait pour glisser la révision du règlement qui encadre le travail des cheminots, le RH077, pour le remplacer par une convention collective à négocier entre syndicats et patronat.  Le gouvernement jouait ainsi sur les deux tableaux : donner des gages à l’intérieur en prétendant se battre au niveau européen pour le service public ferroviaire, et en même temps répondre à l’injonction bruxelloise formulée ainsi en 2013 par le commissaire aux transports Siim Kallas : dresser une « muraille de chine » entre gestionnaire d’infrastructure et opérateur de transport. 

 

 

- Etat des lieux des dégâts 

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L’adaptation de la SNCF au monde idéal de la concurrence aura été aussi visible dans les efforts de la SNCF pour adopter une gestion managériale de son activité. Ainsi ce ne sont pas moins de 25 000 emplois supprimés depuis 2003. C’est aussi le recours constant à la sous traitance et aux contrats précaires qui minent la qualité du service autant que les droits des salariés. 

 

  • Le résultat ?

Comme on pouvait s’y attendre, le service n’a cessé de se dégrader notamment sur le réseau Intercités. Matériels vétustes, services à bord inexistants, gares non entretenues, retards et suppressions de trains incessants. Tel est le quotidien des usagers du service public ferroviaire. On voudrait les en dégoûter on ne ferait pas autrement ! 

 

Encore récemment, les usagers des TER de trois régions ont dû supporter la suppression d'un certain nombre de trains (jusqu'à 30 trains par jour en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine !) que Guillaume Pépy a justifié le plus sérieusement du monde par un manque de prévision des départs en retraite des personnels ! Il faut rajouter à cela une politique de réduction de l'offre menée depuis plusieurs années. Ce sont essentiellement les dessertes des villes moyennes qui sont supprimées.

 

Ainsi le gouvernement annonçait sa volonté de se désengager de 6 des 8 lignes de trains de nuit et de certaines lignes TET de jour comme Paris Caen Cherbourg avec l’objectif de laisser les Régions s'en charger, pour le plus grand délice des concernés, tel Hervé Morin président de la Région Normandie qui s'est dit prêt à assumer la gouvernance des trains Intercités. Il est à prévoir que ce nouveau pouvoir dans l'escarcelle des élus locaux, qui aiment tant en avoir, soit un cadeau empoisonné, tant les finances des collectivités sont contraintes par le garrot des politiques d'austérité que le gouvernement met obsessionnellement en place depuis son arrivée. On peut aisément prévoir que ces lignes seront transformées en TER, perdant leur dimension structurante de lien des territoires avec l'ensemble du réseau national, voire pire, remplacées par des autocars, spécialité macronière bien connue.

 

 Avec la bénédiction et le concours actif de l'Etat, la SNCF renonce à l'égalité : circuler entre métropoles est aisé, mais villes moyennes et territoires ruraux sont abandonnés. C'est peu à peu la relégation de territoires entiers qui s'installe. Discrimination territoriale mais aussi discrimination économique car le tout TGV est aussi le choix d'un modèle tarifaire dont sont exclues les classes populaires.  

 

La politique tarifaire inepte de l’entreprise contribue aussi à dégrader le service public. Ainsi, une étude de 2012 de l'Association Consommation Logement et Cadre de Vie (CLCV) relevait pas moins de 750 tarifs différents ! Le choix de renoncer à la tarification kilométrique, à l’époque même où la SNCF misait sur le tout TGV aura été un élément de plus pour dégoûter les usagers du train devenu prohibitif.

 

Ce modèle économique mis en œuvre de façon conjointe par l'entreprise publique et l'Etat alimente cette fuite en avant. C'est parce que l'on considère que le ferroviaire n'est pas rentable qu'on en réduit l'offre. Mais chacun sait que lorsqu'on veut tuer son chien, il est toujours plus sûr de l'accuser d'avoir la rage, voire de la lui inoculer. Ainsi, la SNCF s'est fait une spécialité de concurrencer elle même son service, que ce soit par une offre low-cost ferroviaire mais également par le développement de l'offre routière.

 

On aboutit  ainsi à la situation grotesque où la SNCF se fait concurrence à elle même en investissant dans les lignes « Ouibus » qui concurrencent ses propres lignes ferroviaires !

 

L'ouverture à la concurrence des lignes routières permise par la loi Macron est un coup de plus délibérément porté au système ferroviaire. Le gouvernement se vantait récemment que les bus Macron avaient créé 1300 emplois. Fort bien, mais ce bilan ne résiste pas à la critique : au 25 000 postes supprimés il faut en plus ajouter  1400 suppressions de postes prévues pour 2016…

 

- Pourquoi négocier une convention collective pour les cheminots ? 

Dans ce contexte, la lutte des cheminots pour une convention collective qui reprenne les termes du RH077 est essentielle et trouve une résonance parfaite avec la mobilisation contre la loi El Khomri. 

 

En effet, la réforme ferroviaire en était la préfiguration. Le choix de passer par la convention collective plutôt que la loi est représentatif de l’idéologie libérale qui anime ce gouvernement qui s’illustre par sa reprise des postures les plus droitières. Toute sa politique va dans le sens de la baisse du prix du travail : les salariés doivent couter moins cher puisqu’ils sont en concurrence sur le grand marché européen. Il s’agit donc de préparer le dumping social plutôt que d’y résister. 

 

Dans la réforme ferroviaire, cela a donc donné lieu au choix de remplacer le RH077 qui règle les amplitudes horaires de travail, les jours de repos, les récupérations de travail de nuit par un cadre législatif minimal (un "décret socle » rétrograde) voué à être accompagné d’une convention collective, voire d’un accord d’entreprise. Il s’agit donc comme dans la loi El Khomri de faire passer les droits des travailleurs par la « négociation » plutôt que par la loi. Car en effet que se passe-t-il actuellement? Qui négocie des conditions de travail des salariés d’une entreprise publique ? Pas l’Etat mais l’UTP (Union des transports publics et ferroviaires), fédération patronale du secteur qui regroupe SNCF et opérateurs privés. Sous prétexte de fixer par la convention collective un cadre commun aux salariés de tout le secteur y compris ceux qui travaillent pour les opérateurs privés, le gouvernement préfère livrer les cheminots à la pression patronale. 

 

 

- Pourquoi cette négociation nous concerne-t-elle tous ?

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L’enjeu est double : il s’agit d’assurer des conditions de travail vivables pour les agents mais se joue aussi ici la nature même du service public. 

 

En effet, dans le service public c'est d’abord  l’égalité de traitement des citoyens,  la continuité du service qui est centrale et la contribution à l’aménagement du territoire. 

 

Or on voit bien que dès lors qu’on donne cet objectif au service public, la manière dont les agents peuvent répondre à leurs missions est intrinsèquement liée à leurs conditions de travail des personnels. Les agents sont amenés à travailler le week end, de nuit, à passer la nuit loin de chez eux. Tout ceci déstabilise leur vie de famille, leur santé, leur qualité de vie. Permettre de concilier les exigences de service public avec le moins de dégât possible, c’est respecter leur travail mais aussi garantir la qualité et la sécurité du service. 

 

Il est donc particulièrement scandaleux de voir le gouvernement se prêter à ce jeu détestable qui consiste à s’appuyer sur les différences de conditions de travail entre salariés du privé et salariés du public pour abaisser globalement le niveau de protection de tous les personnels du secteur. En réalité cette négociation préfigure ce qui va se passer si nous ne stoppons pas la logique destructrice des traités européens: le dumping va continuer à abaisser globalement normes et protections sociales, comme cela a été le cas pour le secteur du transport routier. 

 

Il faut donc s’opposer de toutes nos forces à ce chantage. Si le patronat est victorieux, c’est le service public qui perd. Et derrière lui, l’idée de l’entreprise publique comme garante de l’intérêt général, outil d’égalité, d’aménagement du territoire et de planification écologique.

Au pied du mur...

 

 

- Mise à jour du 5 mai 2016 :

Ma camarade Corinne Morel Darleux, élue au Conseil Régional d'Auvergne Rhones-Alpes m'a fourni la précision suivante, que je m'empresse d'ajouter : pour les lignes TER et TET qui sont protégées par un contrat de service public, les autorités organisatrices pourront procéder à des appels d'offre dès la fin 2017, et celles qui ne le souhaitent pas pourront continuer à attribuer directement le marché à la SNCF jusqu'à fin 2023... sous réserve d'engagements de performance!  La libéralisation de tout le transport de voyageurs est donc vraiment pour demain. On peut donc raisonnablement s'attendre à ce que les régions s'engouffrent dans cette possibilité, pour les TER ou les lignes Intercités que le gouvernement leur aura abandonné. A l'évidence, au vu des déclarations et des actes des uns et des autres, c'est tout à fait plausible.

 

  • Ainsi le président de la région ALPC (Aquitaine-Limousin-Poitou/Charentes), Alain ROUSSET, s'est dit ouvert à la possiblité d'une expérimentation de l'ouverture à la concurrence, remettant  en question dans le même temps le monopole de la SNCF. Il pourra sur ce point s'entendre avec son "opposition" au conseil régional, l'élue LR Virginie Calmels qui sans surprise a fait de l'ouverture à la concurrence des TER un élément de programme.
  • Son homologue de Midi Pyrénées Languedoc Roussillon affirme quant à elle que l'ouverture à la concurrence n'est pas un sujet tabou. On sait ce qui se passe quand les libéraux emploient ce mot : il s'agit de disqualifier les conquetes sociales en les faisant passer pour des archaismes à dépasser.
  • Quant à Laurent Wauquiez, président de la région AURA, c'est avec lui le retour rétrograde à l'obsession du développement de la route :  Il vient avant tout vote délibératif, de signer avec le ministre Alain Vidalies la concession de la future autouroute A45 à Vinci, s'engageant à verser 100 millions d'argent public. Corinne Morel Darleux a fait la chronique de cet épisode peu glorieux, qui montre si besoin est que les citoyens et citoyennes de ce pays devraient se mobliser au coté des cheminots pour défendre l'avenir du système ferroviaire

 

Notes :

[1] 1991/1995, premier paquet ferroviaire ; 1998/2001, second paquet ferroviaire ; 3e Paquet Ferroviaire

[2] La réforme ferroviaire de 1997

 

Pour en savoir plus :

- Réforme du ferroviaire 2014 : un enjeu historique

- 4e paquet ferroviaire – Argumentaire de Jean-Luc Mélenchon sur son vote contre

- Les cheminots refusent la journée de 24 heures

- Les cheminots du privé, l’autre bataille du rail : « Le privé dans le ferroviaire, c’est le XIXe siècle »

- Manifeste pour un grand service public ferroviaire d'avenir

- J.L. Mélenchon : D’où vient la nouvelle bataille du rail ?

 

Ferroviaire : au pied du mur !
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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 08:07
Quand Daech nous oblige à relire l’histoire coloniale de la France…

En perçant le mur de sable établi entre la Syrie et l'Irak, Daech revient sur une Histoire vieille d’un siècle…

 

Source : le Grand Soir par Michel J. CUNY le 12 avril 2016 - mis à jour le 21 mai 2016

- Rappelons-le aussitôt

Du point de vue des impérialismes occidentaux, la Première Guerre mondiale avait eu l’extrême mérite de faire imploser l’Empire ottoman qui, semble-t-il, n’était plus bon à autre chose... de leur point de vue, toujours.

 

Or, à leur façon, les accords Sykes-Picot (9 et 16 mai 1916)[1] auront été un élément essentiel du partage des dépouilles apparues à la suite d’un conflit qui avait ajouté les millions de morts aux millions de morts. Lus aujourd’hui, ces accords permettent surtout de prendre conscience de ce qu’étaient certains des buts de guerre de la Grande-Bretagne et de la France à cette époque. Et le prix qu’il a fallu payer pour en venir à bout.

 

Il est bon, parfois, de mettre des noms de personnes sur des situations, sur des événements, sur des décisions qui dépassent évidemment les responsabilités individuelles... Ce n’est toujours qu’un début de piste. Mais enfin, la foudre qui s’abat par instants sur les sociétés humaines n’est pas toujours due qu’à des hasards malencontreux.

 

 

- Dans le duo constitué de MM. Sykes et Picot, où le premier était un Britannique, saisissons-nous du second, le Français

C’est François Georges-Picot (1870-1951). Sans trop nous éloigner de lui, constatons qu’il avait une sœur un peu plus jeune que lui : Geneviève Henriette Georges-Picot (1876-1949). Pour sa part, elle devait épouser un certain Jacques Bardoux (1874-1959). Voici donc les grands parents maternels de Valéry Giscard d’Estaing...

 

Or – comme je l’ai montré ailleurs, Jacques Bardoux est l’un des pères fondateurs de cette Cinquième République dont son petit-fils (VGE) devait devenir président en 1974. C’est déjà un signe... Surtout parce que, en raison de la façon dont, en matière de guerre, la Constitution française de 1958 offre le plein exercice de la souveraineté au président de la Pépublique, nous avons ce résultat qu’aujourd’hui la Libye est détruite des suites d’une décision plus ou moins folle d’un Sarkozy...

 

Une décision qui ne paraît folle qu’aux yeux de qui ne sait pas ce qu’était vraiment la Libye du temps de Mouammar Kadhafi. La France fait donc des guerres sans savoir pourquoi... Voire...

 

 

- Un siècle plus tard, nous ne savons toujours à peu près rien des raisons qui ont présidé au déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Or, en ce qui concerne les accords Sykes-Picot des 9 et 16 mai 1916, il paraît que nous avons tort de ne pas les connaître depuis bien longtemps. Certes, au départ ils étaient secrets. Mais cela n’a eu qu’un temps, et si court.

 

En effet, grâce à la Révolution bolchevique de 1917, le mystère a été aussitôt éventé... Parce que Lénine, terriblement soucieux des ravages ordinaires de l’impérialisme, s’est donné les moyens de montrer au monde entier ce qu’est la réalité sournoise de la liberté d’entreprendre quand elle s’étend à l’échelle de la planète. Il a révélé les documents secrets détenus par les bureaux du tsar de toutes les Russies...

 

Nous savons donc... C’est-à-dire que, depuis 1917, nous devrions savoir.

Mais la guerre de 1914-1918 ne nous a surtout pas été enseignée sous cet angle-là. Donc, nous ne savons toujours pas.

Serait-ce à Daech de venir nous le dire ? Peut-être bien.

 

Il y a nos promesses... Sous l’angle de la souveraineté de notre pays, cela s’appelle la France. Il y a donc les promesses de la France...

 

 

- Mais, dans le contexte impérialiste, la France n’aura toujours été qu’un sous-fifre.

Aujourd’hui encore, il est bien connu que nous devons compter – bien plus que ne le dira aucun responsable politique – avec Sa Majesté la reine d’Angleterre.

 

Ce strapontin plus ou moins permanent qui nous a été octroyé par la Couronne d’Angleterre – et grâce, entre autres, aux manœuvres plus ou moins douteuses et aventurées d’un Voltaire, nous le retrouvons en 1916, dans toute sa splendeur, à l’occasion des accords Sykes-Picot... qui ont tendu à escroquer... les Arabes, en les appelant à la révolte contre l’Empire ottoman, pour prix d’un État... unitaire arabe (islamique ?)... qui n’a jamais existé. Et pour cause.

 

C’est cet État que disent les accords Sykes-Picot, qui, selon la forme que leur donne la lettre adressée le 9 mai 1916 par l’ambassadeur de France à Londres, Paul Cambon, au secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, Sir Edward Grey ‒ organisent le partage du gâteau... comme ceci :

 

  • « 1. La France et la Grande-Bretagne sont disposées à reconnaître et à soutenir un État arabe indépendant ou une confédération d’États arabes dans les zones (A) et (B) indiquées sur la carte ci- jointe, sous la suzeraineté d’un chef arabe. »
  • Ni un État arabe indépendant, ni une confédération d’États arabes... Rien que deux parts de gâteau... Avec, au sein de la part française, un découpage placé sous la doctrine : "diviser pour régner"... Ce qui aide beaucoup, dans le chaos actuel en Syrie...

 

Mais lisons la suite, pour bien comprendre l’inanité des éventuels États arabes au lendemain de la Première Guerre Mondiale :

  • « Dans la zone (A), la France, et, dans la zone (B), la Grande-Bretagne, auront un droit de priorité sur les entreprises et les emprunts locaux. Dans la zone (A), la France et dans la zone (B) la Grande-Bretagne, seront seules à fournir des conseillers ou des fonctionnaires étrangers à la demande de l’État arabe ou de la Confédération d’États arabes. »

 

Comme dans la suite, je souligne les mots qui marquent bien l’impact de l’impérialisme occidental. Au titre de l’économie de marché et du morceau réservé à l’Angleterre..., il convient de retenir le cinquième paragraphe que voici :

  • « 5. Alexandrette sera un port franc en ce qui concerne l’Empire britannique et il ne sera pas établi de droits de ports, ni d’avantages particuliers refusés à la Marine et aux marchandises anglaises ; il y aura libre transit pour les marchandises anglaises par Alexandrette et par chemin de fer à travers la zone bleue que ces marchandises soient destinées à la zone rouge, la zone (B), la zone (A) ou en proviennent ; et aucune différence ne sera établie (directement ou indirectement) aux dépens des marchandises anglaises sur quelque chemin de fer que ce soit, comme aux dépens de marchandises ou de navires anglais dans tout port desservant les zones mentionnées. »

 

Pour le morceau français, c’est ici :

  • « Caifa sera un port franc en ce qui concerne le commerce de la France, de ses colonies et de ses protectorats et il n’y aura ni différence de traitement ni avantage dans les droits de port qui puissent être refusés à la Marine ou aux marchandises françaises. Il y aura libre transit pour les marchandises françaises par Caifa et par le chemin de fer anglais à travers la zone brune que ces marchandises soient en provenance ou à destination de la zone bleue, de la zone (a) ou de la zone (b) et il n’y aura aucune différence de traitement directe ou indirecte aux dépens des marchandises françaises sur quelque chemin de fer que ce soit, comme aux dépens des marchandises ou des navires français dans quelque port que ce soit desservant les zones mentionnées. »

 

Et puis, il y aura eu les années subséquentes... Les nationalisations (du pétrole)... Les printemps (arabes ?)... Peut-être pas autant que ça...

 

D’où l’intérêt de regarder avec attention les accords Sykes-Picot...

 

Note :

 

[1] Accords Sykes-Picot

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier terrorisme

- L'accord secret qui bouleversa l'avenir du Moyen-Orient

 

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 08:20
Gilles Kepel « L’émergence du salafisme est un signe des failles de notre société »

Spécialiste de l’islam et du monde arabe contemporain, auteur de Terreur dans l’Hexagone[1], Gilles Kepel[2] décrypte ce qu’il nomme la « troisième génération du djihad français ». Celle que les penseurs islamistes travaillent au corps pour commettre des attentats en France et, ainsi, déclencher la guerre civile au moment où la montée de l’extrême droite renforce la polarisation de la société.

L’islam, la culture musulmane et la langue arabe n’ont aucun secret pour Gilles Kepel. Un savoir qu’il ne cesse de partager à travers ses livres, entre autres. Son dernier ouvrage Terreur dans l’Hexagone, coécrit avec Antoine Jardin, resitue, à la manière d’un puzzle, les faits politiques, sociaux, sociétaux et religieux pour leur donner du sens. Un ouvrage à lire absolument pour quiconque voudrait comprendre les mutations de l’idéologie djihadiste en France et dans le monde.

 

Sources :  L'Humanité par Gilles Kepel le 26 Février, 2016

- L'Huma. : L’association avec Antoine Jardin, spécialiste des comportements électoraux, était-elle indispensable pour décrire le djihad ?

Gilles Kepel : Il me semblait important de resituer des éléments de contexte, en particulier électoral, et comprendre l’évolution des votes, notamment après une expression massive en faveur de François Hollande, ou plus exactement contre Nicolas Sarkozy, en 2012. Au scrutin législatif, 400 Français héritiers de l’immigration, principalement algérienne, s’étaient portés candidats, soit 8 % du total des candidatures, et une dizaine d’entre eux ont été élus. Il fallait ensuite analyser la façon dont « le mariage pour tous » avait aliéné une partie du vote social en faveur de la gauche, et avait amené un certain nombre d’électeurs qui se définissaient comme musulmans à s’identifier à la droite, au nom de critères de conservatisme commun. C’est ainsi que, lors des « manifs pour tous », défilaient des gens de l’association Fils de France de Camel Bechikh, porte-parole de cette manifestation, par ailleurs membre de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). Il fallait dans le même temps comprendre comment l’absence de traduction sociale des promesses du candidat devenu président, essentiellement la persistance du non-emploi, s’était soldée par une abstention massive des électeurs de Hollande. Je voulais qu’un expert de ces mouvements électoraux contribue à ce livre, de manière à ce que je me concentre, moi, sur mon domaine de travail.

 

 

- L'Huma. : En quoi ce que vous nommez « la troisième génération de djihadistes » diffère-t-elle des première et deuxième vagues ?

Gilles Kepel : En parallèle au processus d’intégration politique ostensible d’une population des banlieues écartée précédemment du jeu institutionnel, un mouvement souterrain se fait jour, lequel est accéléré par les mutations que connaît le djihadisme international. Ce mouvement permet désormais l’existence d’un vrai recrutement en Europe, ce qui était marginal pour la première (celle du GIA en Algérie) et la deuxième (celle d’al-Qaida, en Afghanistan). Avec la stratégie de la troisième génération de djihadistes français, les actes terroristes doivent cibler, en priorité, le sol européen. Cette stratégie émerge sous la plume de son penseur syrien Abu Musab Al Suri, fin connaisseur du Vieux Continent pour y avoir vécu de nombreuses années. L’Europe, selon lui, est le ventre mou de l’Occident. En 2005, il poste en ligne son Appel à la résistance islamique mondiale qui théorise cette stratégie et identifie dans la jeunesse héritière de l’immigration « mal intégrée » son instrument de prédilection. La percolation entre les deux sphères, celle du djihad international avec celle du djihad en France, se fait avec la troisième génération de terroristes français. Si la première génération y échappe, la deuxième y est partiellement touchée, avec le GIA dont le djihad a certes débordé en France, mais il était destiné à faire pression sur les autorités françaises pour leur politique en Algérie. Le djihad n’était pas un enjeu endogène européen, comme c’est le cas avec la troisième génération.

 

 

- L'Huma. : Comment expliquez-vous le silence des autorités politiques sur l’appel d’Al Suri, alors que vous en avez parlé en 2008 ?

Gilles Kepel : Le phénomène a été ignoré car ils n’ont pas cru qu’un mouvement à la base pourrait fonctionner, obsédés qu’ils étaient par les mouvements pyramidaux, comme l’était al-Qaida, lequel imitait les services secrets. Al Suri a misé sur une organisation horizontale pour mener son combat en visant les « apostats », les « islamophobes » et les juifs. Il fallait cibler des victimes auxquelles la société pouvait s’identifier, les politiques, discrédités, sont mis de côté. On a ainsi choisi Cabu, Wolinski, Charb, et des personnes de confession juive pour créer un soulèvement des uns et une réaction des autres, tentant de cette manière d’ouvrir grand la porte de la guerre civile. Al Suri ne perd pas son objectif d’aboutir à une guerre d’enclaves qui permettrait l’édification d’un califat construit sur l’effondrement de l’Europe.

 

 

- L'Huma. : N’est-ce pas alarmiste d’affirmer que le prix sera lourd à payer pour les politiques « désormais dépourvus de solution aux défis du djihadisme et frappés de mutisme devant les philippiques du FN dans ce domaine »  ?

Gilles Kepel : Pas du tout. Le djihadisme français est emblématique d’un pays où l’islamisme et ses multiples usages politiques peuvent désormais devenir une importante variable d’ajustement électoral. Or la polarisation entre la kalachnikov du djihadisme et le « Je suis Charlie-Martel » du FN peut aboutir à la guerre civile espérée par Al Suri.

 

 

- L'Huma. : Les terroristes sont-ils des incultes en islam, comme l’affirment certains en France ?

Gilles Kepel : Il y a un vrai conflit sur cette question. Comme Olivier Roy, il y a ceux qui estiment que nous vivons seulement une islamisation de la radicalisation. Selon ce politologue, aux Brigades rouges d’autrefois se substituent les brigades vertes. Pour lui, les djihadistes n’ont rien à voir avec le salafisme. Certains de ses disciples expliquent que cette doctrine constitue un rempart contre le terrorisme. Dans l’entretien paru le 29 septembre 2014 dans le Monde, Olivier Roy note : « Il faut d’autant moins internationaliser le conflit que Daech a avant tout une stratégie locale, qu’il tente d’étendre à tout le Moyen-Orient, mais son objectif n’est ni New York ni Paris. » Alors que la messe est dite, les élucubrations coupées de la réalité continuent à circuler. Les idées d’Olivier Roy s’apparentent à des sophismes modernes, raison pour laquelle elles rencontrent du succès. Il justifie la paresse intellectuelle largement répandue sur cette question complexe. Tout le monde a l’impression de comprendre sans y avoir travaillé. Or, personne ne se rend en Syrie uniquement par le biais d’Internet. Cela passe par un réseau de pairs, par la progression du salafisme comme modèle de rupture en valeurs et culturelle. La porosité entre salafisme et djihadisme demeure grande, même si les salafistes affirment ne pas être violents. Culturellement, les djihadistes sont des salafistes. Parmi ces derniers, certains passent au combat armé, certains autres attendent les instructions de l’Arabie saoudite. Celle-ci pratiquait les accommodements avec ceux qui achetaient son pétrole, alors à 120 dollars le baril. À 27 dollars, il est possible qu’un certain nombre de cheikhs basculent dans la sympathie à l’égard de Daech et, ainsi, se débarrassent du régime saoudien. La réfutation des idées fausses, des sophismes et autres prénotions au sens de Durkheim, d’Olivier Roy et consorts est fondamentale. C’est un débat universitaire, un débat intellectuel, un débat éthique.

 

 

- L'Huma. : Comment expliquez-vous le déni des politiques sur l’idéologie islamiste qui se répand depuis des décennies ?

Gilles Kepel : La question de l’islamisme est si compliquée qu’il faut pour s’y atteler posséder un minimum de culture sur la région. Or, depuis le quinquennat de Nicolas Sarkozy, les études arabes ont été complètement détruites en France. À Sciences-Po, la filière dont je me suis occupé pendant vingt-cinq ans, laquelle formait des docteurs, des hauts fonctionnaires, des acteurs associatifs ou des journalistes, a été fermée en décembre 2010. Nous avons aujourd’hui un véritable déficit de compétences. Nous sommes également victimes, en France, d’énarques omniscients, estimant tout savoir alors qu’ils sont incultes. Quant aux politiciens, ils sont réduits à des astuces qui vont leur permettre de conclure des accords avec des organisations islamistes X ou Y supposées assurer la paix sociale.

 

 

- L'Huma. : Par quel cheminement une partie de la gauche dite radicale est arrivée à nouer des liens durables avec des associations islamistes mettant en avant le combat contre « l’islamophobie », un terme imposé au sein de l’opinion ?

Gilles Kepel : Le processus de porosité entre les discours islamistes et gauchistes est exprimé en 1994 par The Prophet and the Proletariat, de Chris Harman, leader d’un mouvement trotskiste britannique, qui estime possible de pactiser avec l’islamisme dans certaines circonstances. Il trouvera sa prolongation en France avec l’engagement du Monde diplomatique et d’Alain Gresh, alors rédacteur en chef du mensuel, aux côtés de Tariq Ramadan au sein du Forum social européen (FSE) en 2003. Ramadan jouera un grand rôle dans ce rapprochement. Alors que la gauche traditionnelle n’arrivait plus à recruter la jeunesse, Ramadan participe aux divers rassemblements accompagné de ses adeptes de l’Union des jeunes musulmans, comprenant que cette alliance islamo-gauchiste était l’occasion espérée de pénétrer le système politique. Dans cette perspective, les croyances de ces nouveaux alliés ne sont pas susceptibles d’être critiquées, sous peine de rompre les liens instaurés à grand-peine entre l’ex-avant-garde marxiste, dont les soutiens populaires propres ont disparu, et les masses paupérisées des banlieues, désormais inéluctablement islamisées à leurs yeux. Le débat sur Charlie Hebdo pousse la rupture sur les valeurs au paroxysme. Ce journal satirique considère que la critique de la religion islamique est du même ordre que celle de la religion juive ou chrétienne. Alors qu’à l’autre bout du spectre, à l’image d’Emmanuel Todd, on estime que critiquer l’islam revient à cracher sur la religion des pauvres, des prolétaires. Or, il y a un hic dans ce raisonnement : une partie des islamistes n’a pas hésité à défiler lors des « manifs pour tous » avec des conservateurs et des réactionnaires.

 

 

- L'Huma. : Ces alliances entre intégristes et réactionnaires sont-elles un phénomène anecdotique sans conséquence sur la vie politique ?

Gilles Kepel : C’est un phénomène structurant, qui n’est pas dynamique en lui-même. Ceux qui, à gauche, pensaient que le vote des citoyens de confession musulmane leur était acquis, savent désormais que le comportement électoral de ces Français a changé. Un nombre important de municipalités de Seine-Saint-Denis ont basculé à droite. Le département compte à présent une majorité de mairies gérées par la droite, soit 21 contre 19. Les fortes mobilisations contre le mariage pour les homosexuels étaient en adéquation avec la persistance du chômage. Et c’est là que la rupture qui se transforme en valeurs salafistes a un boulevard devant elle.

 

 

- L'Huma. : Que faire ?

Gilles Kepel : Nous avons trois types de défis à relever en France : le défi de connaissance, d’abord de police et de renseignement, lesquels ont raté la mobilisation culturelle djihadiste de la troisième génération ; le défi de l’inclusion sociale, car l’émergence du salafisme et celle du terrorisme sont des signes des failles de notre société ; et le défi culturel. On ne doit pas accepter que les salafistes soient les porte-parole hégémoniques de la population de culture musulmane. On doit refuser le chantage à « l’islamophobie ».

 

Notes

[1] Terreur dans l’Hexagone. Genèse du djihad français, de Gilles Kepel, avec Antoine Jardin. Éditions Gallimard, 21 euros.

[2] Gilles Kepel anime le séminaire « violence et dogme » à l’École normale supérieure et enseigne à l’Institut d’études politiques de Paris. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont les plus récents sont Passion française (2014), Passion arabe (2013) et les Voix des cités (2014) aux éditions Gallimard. Plusieurs de ses livres font référence au monde musulman contemporain, Quatre-vingt-treize (2012), entre autres, chez le même éditeur. Dans Terreur et martyre (2008), chez Flammarion, il décrypte l’appel du penseur syrien Abu Musab al Suri.

 

Pour en savoir plus :
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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 08:31
La loi travail, apothéose d’un quinquennat (Frédéric Lordon)

Nous ne revendiquons rien !

 

Sources :   Le Parti de Gauche Midi-Pyrénées  par Frédéric Lordon [8] | le 12 avril 2016

Au point où nous en sommes, il faut être épais pour ne pas voir qu’il en va dans les mouvements sociaux actuels de bien plus qu’une loi et ses barèmes d’indemnités. Mais l’épaisseur, en tout cas en ce sens, c’est bien ce qui manque le moins à ceux qui nous gouvernent et à leurs commentateurs embarqués. Aussi tout ce petit monde continue-t-il de s’agiter comme un théâtre d’ombres, et à jouer une comédie chaque jour plus absurde, les uns affairés à peser au trébuchet leurs concessions cosmétiques, les autres leurs gains dérisoires, les troisièmes à faire l’éloge du raisonnable ou à préparer gravement « la primaire ». Et tous se demandent quelle est la meilleure couleur pour repeindre la clôture du jardinet qu’ils continuent d’entretenir sur les flancs du volcan déjà secoué de grondements.

 

"Par un paradoxe caractéristique des époques finissantes, ce sont les seigneurs du moment qui accélèrent eux-mêmes le processus de la décomposition, dont on reconnaît les étapes aux seuils de corruption du langage enfoncés l’un après l’autre. On a pour habitude en cette matière de faire d’Orwell une référence. Mais Orwell était un petit joueur qui manquait d’imagination. Soyons juste : il n’était pas complètement sans talent, il a d’ailleurs fallu attendre un moment pour que son clou lui soit rivé. Enfin c’est fait. Et c’est Bruno Le Roux, président du groupe « socialiste » à l’Assemblée, qui s’est chargé de lui enseigner à quels sommets on peut emmener le prodige du renversement des mots : « il faut que le CDI ne soit pas une prison pour le chef d’entreprise [1] ». Il faut admettre qu’on peine à faire le tour d’un trait de génie pareil et qu’il faut être bien accroché pour ne pas céder complètement au vertige. Ceux qui s’en souviennent penseront également à cet extrait des Nouveaux chiens de garde [2] où Bénédicte Tassart (RTL), croyant vitupérer les séquestrations de patrons, s’exclamait qu’il « est inadmissible de retenir des personnes contre leur volonté dans des bureaux », manifestement sans se rendre compte qu’elle livrait par-là même un point de vue éditorial aiguisé sur le rapport salarial (sans doute limité au secteur tertiaire mais aisément généralisable). La malheureuse cependant était tout à fait innocente. Les évocations carcérales de Bruno Le Roux sont bien mieux pesées. Tellement bien d’ailleurs qu’elles donnent considérablement à penser — quoique peut-être hors de ses intentions de départ.

 

Il se pourrait en effet que tout ce qui se passe en ce moment se joue précisément autour de la connexion, puissamment mise en évidence par Bruno Le Roux, du contrat salarial et de la prison. Qui se trouve enfermé vraiment, c’est bien sûr là le point de controverse résiduel, auquel par bonheur ne s’arrêtent pas trop longtemps tous ceux qui, bombes de peinture à la main, réélaborent pour leur propre compte, et de manière assez vigoureuse, la grande intuition rouquinienne.

 

Et pas seulement celle-là. Car c’est décidément un gouvernement qui ne manque pas de philosophes et s’y entend dans l’art de donner à penser. On se souvient d’Emmanuel Macron méditant sur les fins dernières et qui suggérait qu’« il faut des jeunes qui aient envie de devenir milliardaires ». Passer à l’article indéfini pour lui faire dire qu’il faudrait que « les jeunes aient envie de devenir milliardaires » serait-il faire violence à une pensée que, visiblement, seule la crainte de réactions arriérées retient de la conséquence ? De l’un à l’autre en tout cas — de Le Roux à Macron — et quoique par des voies différentes, c’est bien une idée générale de l’existence qui nous est proposée.

 

"Il y a là une invitation et il faut y être sensible. Prenons donc les choses au niveau même de généralité où elles nous sont soumises — le seul moyen de leur apporter une réponse adéquate. Disons avec honnêteté que celle-ci a pris du temps à murir. Il est vrai que tant la brutalité de l’assaut néolibéral que l’effondrement de l’« alternative communiste » n’étaient pas propices à reprendre rapidement ses esprits. Cependant trois décennies d’expérimentation soutenue en vraie grandeur ne pouvaient pas ne pas produire quelques aperceptions. Le travail du réel fait son chemin, et il le fait d’autant mieux que se développent les lieux de mise en commun (au tout premier chef le site #OnVautMieuxQueCa), où les gens découvrent que ce qu’ils vivaient chacun par devers soi est en fait très largement partagé.

 

Et puis, mais il faut en savoir gré à ce gouvernement dont les stimulations à penser n’ont jamais cessé, ladite « loi travail » vient là, comme une sorte d’apothéose, qui aide considérablement à ce que s’opèrent les dernières clarifications. L’idée de la vie que ces personnes nous offrent nous apparaît maintenant avec une grande netteté. C’est pourquoi, désormais en toute connaissance de cause, et y ayant bien réfléchi, nous pouvons leur répondre que non. Soulignons-le à l’usage des mal-entendants, qui se sont toujours comptés en grand nombre du côté du manche : c’est de cela qu’il est question aujourd’hui. Pas de CDD télescopiques, de comptes rechargeables, ou de barèmes à mollette : de cela, une idée de l’existence.

 

On peut convaincre avec des principes, on le peut encore mieux avec des images. Pour qui n’aurait pas encore les idées bien fixées quant au type de monde que la philosophie gouvernementale désire pour nous — en tous les sens de l’expression : à notre place et pour nous l’imposer —, il suffirait de regarder une ou deux choses dont le pouvoir d’éloquence posera un rude défi à la pédagogie ministérielle. Il y a bien sûr, mais tout le monde les a vues, ces images d’une controverse entre trois policiers et un lycéen parisien surarmé, celles également d’un retour des CRS sur les bancs de la faculté de Tolbiac, qui font entendre une résonance particulière des propos de François Hollande en 2012 — « Je veux redonner espoir aux nouvelles générations » — ou bien plus récemment de Najat Vallaud-Belkacem (24 mars 2016) — « Education : ce que nous faisons pour la jeunesse ». A moins qu’il ne s’agisse en fait de leur note tout à fait juste.

 

La réalité de l’ordre social se trouve pourtant autrement mieux figurée dans deux vidéos dont la première, de pur témoignage, a été faite par Fakir et laisse Henri (son nom n’est pas donné) raconter comment, employé d’un sous-traitant, il s’est trouvé dénoncé par Renault où il intervenait pour avoir, depuis sa messagerie personnelle, fait la promotion du film Merci patron ! auprès des syndicats du Technocentre… Dénoncé et puis, il va sans dire, interdit d’accès au site… et maintenant en procédure de licenciement auprès de son propre employeur. Plus confondante encore, cette scène filmée au bureau de Poste d’Asnières, lors d’une réunion syndicale à laquelle des étudiants sont venus participer pour informer de leur mobilisation… tous se retrouvant face à des policiers armés de flashball, semble-t-il appelés par la direction, et que seule la cohésion du groupe, emmené par une grande gueule de Sud PTT, armée de ce qu’il reste de droits syndicaux, permet de refouler.

 

Et c’est peut-être celle-là la scène canonique, celle qui dit tout : la hantise du pouvoir — la réunion des étudiants et des salariés ; la surveillance en dernière instance policière du salariat rétif, c’est-à-dire la fusion de l’Etat et du capital, paradoxalement — ou à plus forte raison — quand il s’agit du capital public ; l’alternative radicale de la soumission ou de la lutte collective. Il est bien certain qu’avec de pareils spectacles la clarté de l’entendement reçoit un puissant renfort de l’imagination. Une fameuse poussée des affects aussi. Et voici ce que cette belle propulsion nous permet de leur dire : comprenez bien que nous ne revendiquons rien. Entendez qu’après quelques décennies à faire, vous et vos semblables, la démonstration de vos talents et de votre hauteur de vue, l’idée de négocier quoi que ce soit avec vous nous apparaît absolument sans objet. C’est que « revendiquer » n’a de sens que dans un certain cadre qu’on reconnaît par-là implicitement comme légitime, et tautologiquement comme hors du champ de la revendication elle-même — puisqu’il en est le cadre… Or, vient fatalement un moment où, à force de combats dérisoires pour des miettes, et même en l’occurrence pour simplement résister à la diminution des miettes, l’impensé du cadre revient à la pensée. Non plus comme objet de « revendication » mais comme objet de renversement.

 

"Certes, nous le savons, pour continuer d’entretenir l’illusion, vous pouvez compter sur le syndicalisme du bouton d’or, celui qui voit des « ambitions de progrès [3] » au fond des plus notoires régressions, et dont la science héraldique a maintenant établi aussi bien les armoiries — « de serpillière sur balais de pont croisés » — que l’éternelle devise : « Affalé toujours déjà ». Contre un certain syndicalisme couché, ce qui naît en ce moment serait plutôt de l’ordre du mouvement debout. Comme on sait, le mouvement, entendu en ce sens, commence par le rassemblement. Des gens ont opiné que simplement manifester une fois de plus sur des trajets convenus, c’est-à-dire « revendiquer », ne serait plus suffisant. En conséquence de quoi, ils ne rentreront pas chez eux et se retrouveront quelque part pour commencer quelque chose de tout autre. Nuit Debout [4], est le nom de cette initiative, et son exposé des motifs, décalqué à même le message du film Merci patron ! dit assez son nouveau rapport au « cadre » : « leur faire peur »… Nous rassembler, ne pas rentrer, ne pas revendiquer : concentré d’inquiétante étrangeté en effet pour les administrateurs de cadre.

 

Et c’est vrai que, même si nous ne connaissons pas encore bien notre force, ce qui ne fait peut-être que commencer ici a tout du cauchemar pour l’Etat, qui voit ses grand-peurs s’aligner dans une conjoncture astrale du pire : la hantise de la convergence, l’abandon « en face » de la revendication, son remplacement par des affirmations.

 

Il se pourrait en effet que nous soyons sur le point de vivre un de ces moments bénis de l’histoire ou des groupes ordinairement séparés redécouvrent ce qu’ils ont de profondément en commun, ce commun massif institué par le capitalisme même : la condition salariale. Salariés maltraités d’aujourd’hui, lycéens et étudiants, maltraités de demain, précarisés de toutes sortes, mais aussi toutes les autres victimes indirectes de la logique générale du capital : objecteurs aux projets d’aménagement absurdes, mal-logés, sans-papiers corvéables à merci, etc.

 

Mais que peut faire un ministre, ou son directeur de cabinet, de tous ces gens qui en ont soupé de revendiquer ? Rien, absolument rien, ils le savent d’ailleurs, et c’est bien ce qui leur fait peur. C’est que, quand ils abandonnent le registre infantile de la revendication, les gens retrouvent aussitôt le goût du déploiement affirmatif — effroi de l’Etat qui s’est réservé le monopole de l’affirmation. Pour son malheur, la loi El Khomri aura peut-être été l’abus de trop, celui qui fait passer un point de scandale et produit dans l’esprit des gens un remaniement complet de la vision des choses, des places et des rôles. Nous n’avons aucune intention de nous battre pour des codicilles : nous voulons affirmer de nouvelles formes de l’activité et de la politique [5].

 

"Il faut entendre le poignant appel de Michel Wieviorka à « sauver la gauche de gouvernement [6] » pour mesurer le degré d’inclusion des desservants intellectuels du « cadre », et par suite leur incompréhension radicale, fussent-ils sociologues, de ce qui se passe dans la société. Dans une tentative de redéfinition performative des catégories politiques qui dit tout de la glissade à droite de ce personnel d’accompagnement (à la suite de leurs maîtres auxquels il s’agit de toujours bien coller), Wieviorka fait désormais représenter « la gauche de la gauche » par… Benoît Hamon et Arnaud Montebourg ! Manière d’indiquer où se situent à ses yeux les bords du monde fini — car par définition, à gauche de la gauche de la gauche… il n’y a plus rien. Ou plutôt si : il y a les fous. « La gauche folle », c’est l’expression préférée de tous les éberlués de gauche passés à droite qui n’en reviennent pas qu’on puisse ne pas se rendre à la simple raison qui donne à choisir entre « la gauche libérale-martiale de Manuel Valls » (sic), « la gauche sociale-libérale d’Emmanuel Macron », et donc « la gauche de la gauche, de Benoît Hamon à Arnaud Montebourg ». Et qui s’efforcent sans cesse, repliés dans leur peau de chagrin, de ramener toujours plus près d’eux le commencement du domaine de la folie. Alors il faut le dire à Wieviorka et à tous ses semblables, Olivennes [7], Joffrin, etc. : c’est vrai, nous sommes complètement fous. Et nous arrivons.

 

Note :

[1] LCP, 10 mars 2016.

[2] Les nouveaux chiens de garde, film de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, Epicentre films éditions, 2011.

[3] Laurent Berger, « La loi Travail “peut répondre à une ambition de progrès” », L’Obs, 24 mars 2016.

[4] Voir également sur le site Convergence des luttes.

[5] Voir « Pour la république sociale », Le Monde Diplomatique, mars 2016.

[6] Michel Wieviorka, « Il faut sauver la gauche de gouvernement », entretien, L’Obs, 27 mars 2016.

[7] Denis Olivennes, La maladie de la gauche folle, Plon, 2000.

[8] Frédéric Lordon

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Loi Khomri/Valls

- convergences des luttes

- Nuit debout, ou la démocratie méticuleuse

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 08:05
Solfériniens : le PS et le PRG en actes !

Rétrospective des reniements, trahisons, attaques frontales contre le salariat

Le patronat et la finance en rêvaient.... le PS et le PRG  l'ont fait !

Pour que la liste cesse de s'allonger indéfiniment, dés 2017, PRENONS LE POUVOIR avec J.L. Mélenchon et les INSOUMIS !

 

On ne pensait pas humainement possible de commettre autant de saloperies en quatre ans... au nom d'un gouvernement qui se qualifie "de gauche". On avait tort : les Solfériniens l’ont fait sans retenue. Du désastre de la politique étrangère de l’endormi Fabius, en passant par le scandale de la loi El-Khomri, de l'atteinte à notre démocratie avec l'utilisation du 49-3 à l'état d'urgence permanent.... Il ne manque que la continuation de la scandaleuse LRU par la zélée Fioraso...

PRÉCISION : chaque point évoqué fait l'objet d'un lien vers le texte de référence. Les liens et mises à jour n'ont pas été repris ici mais figure dans le texte original sur : le PS en actes

 

Sources : Le Grand Soir par ROMANE | mis à jour le 10 aoüt 2016

- Loi El-Khomri

Les points présentés ci-dessous concernent essentiellement les versions 1 et 2 de la loi

  • Réserve de vote : le gouvernement bloque la discussion sur les amendements
  • Valls envisage de recourir au 49-3 pour faire passer la loi
  • Article 52 : Pôle Emploi pourra prélever directement sur les allocations d’assurance chômage les indus qu’il réclame, sans contrôle du juge.
  • Les salariés inaptes pourront être congédiés sans délai
  • L’article 19 organise la sur-représentation du Medef par rapport aux autres organisations patronales dans les organismes sociaux
  • Acquis sociaux remis à zéro tous les 5 ans
  • En cas de licenciement illégal, l’indemnité prud’homale est plafonnée à 15 mois de salaire.
  • Fin du minimum de dommages et intérêts en cas de licenciement injustifié
  • Une entreprise peut faire un plan social sans avoir de difficultés économiques
  • Licenciements facilités en cas de transfert d’entreprise
  • Les 11 heures de repos obligatoire par tranche de 24 heures peuvent être fractionnées.
  • Une entreprise peut, par accord, baisser les salaires et changer le temps de travail
  • Les temps d’astreinte peuvent être décomptés des temps de repos
  • Le dispositif « forfaits-jours », qui permet de ne pas décompter les heures de travail, est étendu
  • Les apprentis mineurs pourront travailler 10 heures par jour et 40 heures par semaine
  • Le plancher de 24 heures hebdomadaires pour un contrat à temps partiel n’est plus la règle dans la loi (confirmation d’une loi antérieure).
  • Il suffit d’un accord d’entreprise pour que les heures supplémentaires soient 5 fois moins majorées
  • Une mesure peut-être imposée par référendum contre l’avis de 70% des syndicats
  • Après un accord d’entreprise, un salarié qui refuse un changement dans son contrat de travail peut être licencié
  • Par simple accord, on peut passer de 44h à 46h de travail maximum
  • Durée de travail en horaire maximum passe de 12 à 16 semaines
  • Durée du temps de travail est calculée sur 3 ans
  • Par simple accord on peut passer de 10h à 12h de travail maximum par jour
  • Contacter le médecin du travail devient presque impossible
  • La visite médicale d’embauche transformée en simple visite d’information
  • La durée du congé en cas de décès d’un proche n’est plus garantie

 

 

 

- Travail et Salariat

  • "Chemise" d’Air France : El Khomri valide le licenciement d’un délégué CGT
  • Sodexo : El Khomri autorise le licenciement d’un délégué CGT pour fait de grèv
  • Service civique obligatoire pour les - de 25 ans : emploi déguisé et sous-rémunéré
  • RIFSEEP : Mise en concurrence des fonctionnaires, par des primes soumises à l’arbitraire
  • Air France : 100 millions d’€ de CICE en 2 ans = 3000 emplois supprimé
  • Pacte de responsabilité : +3,1 milliards de cadeau au patronat en 2016
  • Le gouvernement envisage de simplifier le licenciement économique
  • Rapport Badinter : Des limitations peuvent être apportées aux libertés et droits fondamentaux si elles sont justifiées par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise.
  • [Envisagé] « Forfait jours » pour les salariés (= fin des heures supp.).
  • Rapport Badinter : fin de facto des 35 heures.
  • Austérité : 2 milliards d’euros « d’économies » supplémentaires.
  • Nouveau cadeau au patronat : prime de 2.000 € par an et par embauche pour les PME.

- Prime réservée aux embauches à bas salaires.

- La part socialisée des bas salaires sera donc payée par... les contribuables.

  • La rupture du contrat de travail sera simplifiée.
  • Basculement du CICE en baisse définitive de charges.
  • Hollande s’attaque à la durée légale du travail.
  • Décret n° 2015-1874 : la loi relative au Dialogue social et à l’emploi sacrifie la citoyenneté au travail.
  • EDF : suppression de 4.000 postes en trois ans.
  • Promesse de sanctionner les licenciements boursiers non tenue.
  • Compte pénibilité, l’inverse de la prévention.

- Recul sur les critères.

- Recul sur les dates d’entrée en vigueur.

- Recul sur la date de paiement des premières cotisations.

- Recul sur le mode de déclaration.

  • Criminalisation de l’action syndicale :

- Torpillage de la loi d’amnistie sociale votée au sénat.

- Prison ferme pour 8 ex-Goodyear malgré le retrait des plaintes.

- Arrestation à l’aube de 4 syndicalistes d’Air France.

  • Répression pour la Confédération Paysanne, mansuétude pour la FNSEA.
  • Abandon du projet de loi relatif à la démocratie sociale.
  • Loi Macron : toutes les FNAC parisiennes se retrouvent en ZTI.
  • Loi Macron : vers un accès restreint aux prud’hommes.

 

- Démantèlement du droit du travail (ANI)

  • La prescription sur les rappels de salaire passe de 5 à 3 ans.
  • Demandes liées à la rupture de contrat passent de 5 à 2 ans.
  • Différé d’indemnisation de 180 jours pour rupture conventionnelle.
  • Mutuelle d’entreprise obligatoire (2Mds€ pour 400.000 personnes).

- La part patronale est désormais imposable

  • Sapin appelle les entreprises à ne pas augmenter les salaires trop vite.
  • Retrait du Burn-out de la liste des maladies professionnelles.
  • Destruction du Code du Travail.
  • [objectif] Privilégier les accords d’entreprise, au détriment de la loi.
  • Généralisation du travail du dimanche.

- La Poste expérimente la livraison de colis le dimanche.

  • Ouverture des magasins de nuit.
 

- Loi Rebsamen :

  • CDD renouvelable 2 fois.
  • Fragilisation des CE & CHSCT.
  • Fin de l’obligation de reclassement en cas d’inaptitude professionnelle.
  • Création du CDI intermittent.
  • Destruction de l’Inspection du Travail.
  • Suppression des élections prud’hommales.
  • Plafonnement des indemnités de prud’hommes pour licenciement abusif.
  • Condamnation d’une inspectrice du travail (Téfal).
  • Facilitation des licenciements collectifs.

 

- Pauvreté et précarité

  • Hausse de 50% du nombre de sans abris entre 2011 et 2014
  • ÇA VA MIEUX : Hausse de 6% du nombre de millionnaires en 2015
  • L’État ampute le budget de Pôle emploi de 30 millions d’euro
  • APL minorée ou supprimée quand le loyer est "trop élevé"
  • Familles nombreuses : fin des aides pour la cantine
  • Revalorisation des prestations familiales et sociales de… 50 centimes
  • Le Guen suggère de baisser la durée et le montant des allocations chômage.

Myriam El Khomri envisage la dégressivité des allocations chômages, Idée réaffirmée le 01.02.16 par Michel Sapin.

  • Hausse du chômage : 309 000 radiations en novembre 2015.
  • Prime d’activité :

Moins d’aide pour les plus fragiles (RSA activité et PPE).

Le contribuable compensera les bas salaires du privé.

  • [Projet] Encourager les emplois de service ("trappes à bas salaires").
  • [Projet] Formation : Valls demande des contreparties aux chômeurs.
  • Précarité : Explosion de l’intérim : +10% en un an.
  • Ségolène Royal favorable au retour des coupures d’eau pour les payeurs en difficulté.
  • Taux de pauvreté à nouveau en augmentation.
  • La chasse à la fraude aux allocations s’accentue.
  • Renforcement du contrôle des chômeurs.
  • Pas de « coup de pouce » pour le SMIC.
  • Ouverture des centres d’hébergement seulement par -5°C.
  • Baisse du montant des APL.

 

- Santé & retraite

  • Hôpitaux : précarité, austérité : 6 suicides en un an au CHU de Toulouse
  • PMA pour les lesbiennes : promesse, tergiversations, et renoncemen
  • Hôpitaux : externalisation, polyvalence, postes supprimés : 2 suicides
  • Au 1er avril, hausse du montant de l’AAH de… 81 centimes
  • Accessibilité : normes moins contraignantes et dérogations.
  • Retraites : Revalorisation de… 0,1% en 2015.
  • Les bénéficiaires de l’AME privés de remboursement.
  • Remise en cause du droit au séjour pour soins.
  • Durée de cotisation retraite portée à 43 ans.
  • Loi Macron 2 : mise en place de fonds de pension.
  • Hôpitaux : suppression de 22.000 postes en 3 ans.
  • Gel des retraites >1200€ et décalage de 6 mois de la revalorisation.
  • Hausse de l’allocation handicapés de 7€.
  • Prime exceptionnelle (sic) de 40€ pour les retraites les plus faibles.
  • Abandon de la réglementation sur l’accessibilité aux handicapés.
  • Baisse de la prestation de compensation du Handicap.
  • Pas retour sur les franchises de soins.
  • Loi fin de vie vidée de son contenu (en attente de CMP).
  • Don du sang : maintien d’une discrimination pour les homosexuels.
  • Budget Sécurité sociale : suspension des votes à l’Assemblée.

- Fiscalité

  • Le gouvernement pille les ménages pour servir les entreprises
  • CSG « discrètement » augmentée pour des centaines de milliers de retraités
  • Un rapport sénatorial étrille le CICE : Mal ciblé, coûteux, lourd
  • Les exonérations fiscales pour les impatriés passent de 5 à 8 ans
  • ISF : Hollande a plus avantagé les milliardaires que Sarkozy
  • Hausse de 11% du nombre de contribuables millionnaires en 2015
  • Rejet du "reporting public" sur demande de C. Eckert
  • Le taux du Livret A passe pour la 1ère fois sous la barre de 1% (0,75%).
  • Suppression de centaines de postes de contrôleurs fiscaux.
  • Îles Vierges, Montserrat, Bermudes et Jersey sortis de la liste des paradis fiscaux.
  • Pas d’interdiction des paradis fiscaux pour les banques françaises.
  • 3 taux d’imposition pour les entreprises : non tenu.
  • Fraude fiscale et sociale : aucune annonce.
  • Fraude aux cotisations sociales (25Mds/an) : aucune annonce.
  • 900 millions d’euros de réduction d’impôts pour les plus riches.
  • Sapin demande le retrait d’un amendement visant à taxer les dividendes.
  • Maintien des niches fiscales : 82 milliards de perte pour l’Etat.
  • Communes : baisse de la DGF.

- Incitation à la création de communes nouvelles pour conserver les niveaux de dotation.

  • CICE : 40 milliards sur 3 ans (dont 12 pour 2015).
  • Pacte de Responsabilité
  • - Plus forte exonération de "charges" de la Vè République.

    - 6,3 milliards pour la protection sociale.

  • Le bouclier fiscal de Hollande : 730M€ pour 7 630 contribuables aisés.
  • Maintien du Crédit Impôt Recherche (5,5 Mds€/an).
  • - Interdiction de publication du rapport.

  • ISF : le gouvernement ne taxera pas les œuvres d’art.
  • Entraves à la taxe sur les transactions financières.
  • Abandon de la "grande réforme fiscale" Ayrault.
  • Recul sur l’alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail.
  • Recul sur l’instauration d’une taxe sur l’excédent brut d’exploitation.
  • Valls regrette la hausse (symbolique) des impôts des plus riches.
  • Vote du TSCG sans renégociation.

- Le gouvernement se prive de latitude.

  • Hausse de la TVA de 19,6 à 20% et de 7 à 10%.
  • Rejet du contrôle des frais des députés, sur avis défavorable d’Eckert.
  • Rejet du "reporting public" sur demande de C. Eckert.

- Industrie & business

  • La Poste (990 M€ de CICE de 2013 à 2015) supprime 7302 postes en 2015
  • La France promeut l’arbitrage privé (ISDS) du Tafta
  • Les euro-députés socialistes votent la directive Secrets des Affaires avec le FN et LR
  • La rémunération fixe moyenne d’un patron du CAC 40 en hausse de 4%
  • Sanofi : 140M€ (CICE + CIR), 3,8Mds€ de dividendes : 600 suppressions de postes 47Mds € de dividendes en 2015 (+9,9% hors taux de change)
  • Michelin : 18M€ de CICE, profits en hausse de 12% : 494 suppressions de postes.
  • Corruption : les entreprises pourront payer pour éviter le procès.
  • Loi Macron : Projet de libéralisation des règles d’implantation de la publicité.
  • Obsolescence programmée : Macron tente de dénaturer la loi sur les pièces détachées.
  • Loi de finance 2014 : l’article 92 proposait une amnistie totale pour les banques.
  • La France bascule dans la marchandisation du sang.
  • Interdiction pour l’EFS de fabriquer du plasma thérapeutique.
  • Suppression des stock-option : promesse non tenue.
  • « Autorégulation exigeante » : pas de loi limitant les rémunérations des patrons.
  • Abandon de l’encadrement des bonus.
  • 40Mds € de dividendes pour le CAC40 en 2014.
  • 47Mds € de dividendes en 2015 (+9,9% hors taux de change).
  • Pas de séparation banques de dépôt / d’investissement.
  • Transfert du risque de faillite bancaire sur les déposants.
  • Démantèlement d’Alstom : le gouvernement cède au lobbying de GE.

- Prolongation des concessions autoroutières.

  • Privatisation des aéroports.
  • Privatisation des barrages hydro électriques.
  • TAFTA : négociations secrètes.

- ISDS (mécanisme de règlement des différends entre investisseur et Etats) : Un tribunal privé.

  • Valls invite les saoudiens à investir en France
  • Loi « Florange » inefficace et vide (Goodyear, Fralib, Petroplus).
  • Projet de loi (abandonné) sur le secret des affaires.
  • Multiplication des Partenariats Public-Privé.

 

 

- Police & justice

  • Données personnelles : surveillance tous azimuts encore accrue
  • Prisons : Record d’incarcération et densité de 119%
  • Un amendement discret fragilise le secret des sources des journaliste
  • Un décret (de 2013) éloigne les précaires de la justice ordinaire
  • Urvoas veut limiter le droit syndical des magistrat
  • État d’urgence prolongé pour la 3ème fois par… 46 députés
  • Défilés et manifestations : La police a pour consigne de laisser pourrir la situation
  • Sécurité routière : privatisation des radars mobiles
  • Extension de la présomption de légitime défense pour la police
  • Amendement pour interdire l’accès du port de Calais aux migrants
  • 67 362 détenus au 1er février (+ 2,5 % par rapport à février 2012)
  • Abandon du projet de loi sur la responsabilité juridictionnelle du Président.
  • Abandon du projet de réforme du Conseil supérieur de la magistrature.
  • Maintien de la Cour de Justice de la République.
  • Hollande gonfle le nombre de procédures antiterroristes.
  • Projet de réforme pénale : Valls veut court-circuiter le Parlement.
  • Projet de réforme pénale : mise à l’écart des juges.
  • Justice en faillite : cri d’alarme en Seine-Saint-Denis.
  • Contrôles de police : abandon de l’idée de récépissé.
  • État d’urgence étendu à 3 mois.
  • Projet d’extension à 6 mois & inscription dans la Constitution.

- Prolongation de trois mois sans saisir le parlement (22.01.16).

  • Interdiction des manifestations non commerciales.
  • Assignation à résidence d’opposants.

- Déchéance de nationalité.

- Bruno Le Roux envisage la déchéance pour tous.

  • Instauration d’une rétention de sûreté après certaines peines.
  • Surveillance massive des citoyens.
  • Vote avec l’UMP contre un amendement de Taubira sur la Loi Renseignement.
  • Envisage la privation de liberté à titre préventif.
  • Fin de la présomption d’innocence.
  • Extension de la présomption de légitime défense pour la police.
  • Suspension de la Convention Européenne des Droits de Homme.
  • Armement des polices municipales.

 

- International

  • Recul sur la reconnaissance de l’État palestinien
  • Livraisons d’armes à l’Arabie saoudite, accusée de crimes de guerre au Yemen
  • Hollande reçoit discrètement les dictateurs
  • Égypte : partenariat stratégique en matière sécuritaire et économique
  • Le prince héritier d’Arabie saoudite décoré de la Légion d’honneur
  • Valls soutient la candidature de Lagarde à la tête du FMI.
  • Hollande veut réintégrer pleinement la France dans l’OTAN.
  • La France déplore (sic) l’exécution par l’Arabie saoudite de 47 personnes.
  • Livraisons d’armes à la rébellion « modérée » syrienne (viol de l’embargo).
  • Manipulation des rapports sur les armes chimiques en Syrie.
  • Vente de Rafales aux pétromonarchies.
  • Annulation du contrat Mistral avec la Russie, et vente à l’Égypte.
  • Le PS soutient Juncker à la présidence de la Commission Européenne.
  • Hollande pousse Tsipras à accepter un accord avec la Troïka.
  • Refus du droit d’asile pour Assange et Snowden.
  • Interdiction de survol de l’espace aérien pour le président Evo Morales.
  • Illégalité du mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions.
  • Guerre au Mal

 

- Transport & écologie

  • Un projet d’enfouissement des déchets nucléaires s’impose en douce au Parlement
  • Projet de loi biodiversité :

- Report à 2020 de l’interdiction des néonicotinoïdes

- Rejet de la surtaxe de neuf centimes par kilo d’huile de palme

  • 136 M€ d’annulation de crédits pour le ministère de l’environnement
  • Le gouvernement renonce à réduire la part de l’énergie nucléaire
  • LGV Lyon-Turin : l’État veut déroger aux lois de protection de la nature
  • Taxe sur l’huile de palme : - 70%. La secrétaire d’État à la biodiversité satisfaite.
  • Le Foll refuse d’interdire les insecticides aux néonicotinoïdes tueurs d’abeilles
  • Royal veut prolonger de 10 ans la durée de vie des centrales nucléaires.
  • Boues rouges de Gardanne : l’État accorde des permis de polluer.
  • Un mois après la COP21, forte baisse du bonus à l’achat de véhicules propres.
  • Loi Macron : Ouibus, la SNCF concurrence ses propres TGV et TER.

- Les régions devront financer les déficits induits par ces pertes.

  • Loi Macron : le droit de l’environnement sera réformé par ordonnances.
  • Loi Macron : un amendement pour l’enfouissement des déchets radioactifs.
  • Hollande signe un accord du G8 qui promeut la fracturation hydraulique.
  • Aéroport Notre-Dame-Des-Landes.
  • Futures lignes TGV et LGV inutiles.
  • SNCF : suppression de 1400 emplois en 2016.
  • Désinvestissement dans la SNCF.
  • Abandon du fret ferroviaire.

- abandon de l'autoroute ferroviaire devant relier le Nord-Pas-de-Calais et les Landes

  • Hausse du tonnage des camions.
  • Davantage d’autocars sur les routes.
  • Renoncement à la fermeture de Fessenheim.
  • Réduction de 25% des aides au maintien dans l’agriculture biologique.
  • Élevage : à la botte de la FNSEA.
  • Ajournement du rapport de l’ADEME sur une France 100% renouvelable.
  • Industrialisation de l’agriculture.
  • Retrait de l’écotaxe.
  • À peine née, baisse de l’indemnité kilométrique vélo (IKV).
  • Silence sur les extensions d’autorisation d’OGM.
  • Sivens : La gendarmerie enquête sur la mort de Rémi Fraisse…tué par un gendarme.
 

- Éducation & culture

  • L’Éducation nationale aide la préfecture à expulser des élèves
  • Sur proposition du gvt, le Sénat supprime le démantèlement de la Hadopi
  • [Annulé le 30.05.06] Un projet de décret supprime 256M€ de crédit à l’ESR
  • Cinéma : Entraves dans l’accès aux aides pour les petites sociétés de production
  • Introduction de la publicité commerciale sur Radio France

  • Loi Numérique :

- Opposition à la reconnaissance des Communs par la loi.

- Claviers, OS souverain, interdiction des hyperliens : le ridicule pour toute politique.

  • Doublement du budget de Polytechnique, 60M€ d’euros supplémentaires en cinq ans.
  • Suppression de la publicité dans les programmes jeunesse : Enterrée.
  • Retour sur l’engagement à sanctuariser le budget de la Culture.
  • Loi Fioraso (LRU 2) Universités mises en concurrence.
  • Mise en place chaotique et inégalitaire des TAP en primaire.
  • Le MEN enterre le Logiciel Libre et « vend » les élèves à Microsoft pour 13 M€.
  • Réforme du collège :

- Autonomie pour 20% des horaires disciplinaires

- Mise en concurrence des établissement

- Baisse des moyens

- Suppression du Latin, du Grec et des classes bilangues européennes
 

 

    - Divers

    • Cavalier législatif douteux pour vendre le domaine de Grignon
    • Valls prêt à remettre en cause la laïcité et la liberté d’exercice d’un culte
    • Rétention de mineurs étrangers : 4.378 enfants enfermés à Mayotte en 2015
    • Le secrétaire d’État chargé des Anciens Combattants interdit La Chanson de Craonne
    • Un convoi britannique d’aide aux migrants refoulé par la France
    • 11 128 Roms évacués de force de leurs campements en 2015.

    - Stigmatisation des Roms.

    • Fermeture des frontières aux réfugiés syriens (30 000 en 2 ans).
    • Carole Delga et Alain Rousset cumulent députation et présidence de région.
    • Le Drian cumule les fonctions de ministre et de président de région.
    • Loi Macron : Constructions illégales, démolition impossible.
    • Laurence Boone, chef économiste à Bank of America, nommée conseillère à l’Élysée.
    • Jean-Pierre Jouyet, ministre de Sarkozy, nommé Secrétaire Général de l’Elysée.
    • Loi Alur vidée de sa substance.

    - Loi Alur : enterrement discret de la Garantie Universelle des Loyers.

    • Hollande satisfait du résultat du 1er tour des élections régionales.
    • Désistement et appel à voter pour la droite.
    • Renoncement au vote des étrangers pour les élections locales.
    • Appels à la délation (fraude fiscale).
    • 3 recours à l’article 49.3 en un an.
    • Des enfants en zone d’attente aéroportuaire.
    • Comptes de campagne : Contrôles pendant 6 mois au lieu de 12.

    - Vie politique, élections

    • Conflit d’intérêt : A.-L. Fondeur nommée à la tête du lobby des semenciers
    • Inéligibilité pour violences, notamment sexuelles : les 9 PS présents votent NON
    • Copinage : J.-P. Hugues, de la promo Voltaire, nommé Dir’cab à l’Élysée
    • Nominations de complaisance (ex : compagne d’A. Morelle)
    • Pantouflages : La finance recrute à l’Elysée, Matignon et Bercy

    - J. Pouget, conseiller Économie, Industrie et Numérique quitte l’Élysée pour Total

    - B. Bézard quitte la direction du Trésor pour un fonds d’investissement

    - J-J Barberis, conseiller de Hollande quitte l’Élysée pour Amundi (Crédit Agricole)

    - Laurence Boone quitte l’Élysée pour Axa Investment Managers

    - Sandrine Duchêne, numéro 2 du Trésor à Bercy, embauchée par Axa

    - Sébastien Dessillons, Affaires industrielles (Matignon), part chez BNP

    - Le très intéressant Régis Turrini (juste passé pour brader Alstom) rejoint Altice

    • En marche d’E. Macron hébergé et domicilié à l’Institut Montaigne
    • Présidentielle : Onze députés socialistes changent les règles

    - L’élu devra remettre lui-même son parrainage au Conseil constitutionnel

    - Publication complète de la liste des parrains (contrôle resserré des partis)

    - [supprimé au Sénat] Fin du principe d’égalité du temps de parole dans les média

    - Comptes de campagne : Contrôles pendant 6 mois au lieu de 12

    • [Retiré] Projet de répression de la critique politique sur internet et les réseaux sociaux
    • Abandon du projet de loi relatif aux incompatibilités applicables à l’exercice de fonctions gouvernementales
    • Cumul de fonctions et mandats

    - E. Cosse cumule les fonctions de ministre et de conseillère régionale

    - Delga et A. Rousset cumulent députation et présidence de région

    - Le Drian cumule les fonctions de ministre et de président de région

    • Laurence Boone, chef économiste à Bank of America, nommée conseillère à l’Élysée
    • JP Jouyet, ministre de Sarkozy, nommé Secrétaire Général de l’Elysée
    • Régionales 2015

    - Hollande satisfait du résultat du 1er tour des élections régionales

    - Désistement et appel à voter pour la droite

    - Hollande reproche à Bartolone une campagne trop à gauche

    • Renoncement au vote des étrangers
    • 3 recours à l’article 49-3 en un an
    • Préparation d’une « Alliance », sans PCF ni EELV

     

     

    - et le quinquennat n'est pas terminé !

    Pour la mise à jour aller sur : le PS en actes

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    29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 08:08
    Tribune : 2016, année à haut risque pour le nucléaire

    Avec l'accélération des événements chacun dispose désormais de tous les éléments pour justifier la décision immédiate d'une sortie progressive du nucléaire. Un fiasco industriel, un gouffre financier, un scandale social, une hérésie sur les déchets produits et des risques d'accident inacceptables... Voici le papier que j'ai rédigé pour l'hebdo L'Heure du Peuple il y a quelques jours, avant la démission du directeur financier d'EDF notamment. « Au nom de la grandeur de la filière nucléaire, quitte à couler le groupe » Depuis le temps qu'on le dit... Merci. Les salariés et sous traitants du nucléaire, eux, sont condamnés à rester, et les citoyens à subir risques et futures pertes à renflouer...

     

    Sources : Le blog de Corinne Morel DARLEUX[2] le 07 mars 2016[1]

    Entre la plainte déposée par la Suisse contre la centrale du Bugey et les déclarations de la Ministre Royal qui se dit prête à prolonger les centrales de dix ans, les événements se précipitent dans le secteur nucléaire, dans un contexte où la filière coûte de plus en plus cher au pays. Elle plombe toute stratégie industrielle d’avenir à EDF et voit s'avancer une casse sociale sans précédent. Or c'est un angle peu utilisé par le mouvement antinucléaire. On connaît les arguments sur les déchets dont personne ne sait que faire, relancé avec la mort d'un technicien à Bure en janvier et l'arrivée du projet d'enfouissement des déchets nucléaires Cigeo devant le Parlement. Alors qu'on commémorera cette année les 5 ans de la catastrophe de Fukushima et les 30 ans de Chernobyl, on sait les risques d'accident. Mais aujourd'hui s'y ajoutent le fiasco industriel, économique et social que représente le nucléaire et les risques financiers qu'il fait peser sur l'opérateur historique EDF. Petit résumé de la situation.

     

     

    - L'impossible équation financière d'EDF

    Le contexte est sans précédent pour EDF. Déjà endettée de près de 40 milliards d'euros, elle est sommée de racheter l'activité réacteurs nucléaires d'Areva pour 2,7 milliards d'euros, afin de sortir celle-ci de l’abîme financier. EDF doit également faire face aux 50 à 100 milliards de coût estimé du « grand carénage », opération de remise aux normes de sécurité post-Fukushima sur des réacteurs vieillissants. Quant au projet Cigeo, il coûtera entre 25 et 35 milliards d'euros. Sans parler du futur démantèlement des centrales. De l'avis général, et malgré l'annonce de la vente d'actifs à l'étranger pour 10 milliards d'euros, EDF ne peut pas s'en sortir.

     

     

    - Une stratégie industrielle plombée par l'EPR

    Et pour corser l'affaire, alors qu'EDF mise tout sur le réacteur dit de troisième génération, le fameux EPR, celui-ci s'avère être un véritable fiasco industriel. A Flamanville, son coût a été réévalué à 10 milliards d'euros, soit le double du coût initial. Le chantier a déjà pris 7 ans de retard, et le projet d'EPR en Finlande fait face aux mêmes dérives. Pourtant Jean-Bernard Lévy, le PDG d'EDF, persiste : « A partir de 2028, 2030, nous allons commencer à installer en France des EPR nouveau modèle (...) Et puis en 2050, 2055, on (…) en aura 30, 35 ou 40». Même fuite en avant à Hinkley Point en Angleterre, où EDF vient de signer avec le chinois CGN un accord de financement pour deux EPR. Un engagement financier risqué, alors que l'avantage compétitif français s'effrite : le premier EPR en service sera vraisemblablement 100% chinois, et le nucléaire recule à l'échelle mondiale : alors qu'en 1996 il représentait 18% de la production d'électricité, cette part est tombée à 11%.

     

     

    - Travailleurs du nucléaire : un scandale social

    Comme souvent, ce sont les travailleurs qui servent de variable d'ajustement. Recours à la sous-traitance et dumping social sont courants dans le nucléaire. Sur le chantier de Flamanville toujours, en 2015, Bouygues et ses sous-traitants ont été condamnés pour travail dissimulé et l'exploitation de 460 ouvriers roumains et polonais. Et l'avenir ne s'annonce guère plus réjouissant pour les salariés d'EDF : le 21 janvier dernier, simultanément à son annonce de 2 nouveaux EPR en 2030, l'entreprise annonçait en comité central d’entreprise la suppression de 4.200 postes en France en 3 ans.

     

    Ce chiffre est à comparer, par exemple, aux 1.600 emplois créés par l'éolien en France en 2015, aux besoins immenses dans le domaine de la rénovation des bâtiments et de l'éco-construction, ou encore au potentiel d'1 million d'emplois que générerait une véritable politique écosocialiste. Selon l'étude de l'économiste Philippe Quirion sur la base du scénario Negawatt, 700 000 emplois pourraient ainsi être créés dans la seule transition énergétique d’ici 2030.

     

     

    - Le gouvernement toujours dans le déni

    Mais ceux qui clament qu'ils vont inverser la courbe du chômage rament à contre-courant. La promesse de M. Hollande de fermer Fessenheim avant la fin du quinquennat ne sera pas tenue. La loi de transition énergétique a maintenu la capacité du parc nucléaire à 63,2 MW. Pas d'arrêt de réacteurs avant que l'EPR de Flamanville soit en service, donc. Et en attendant, le nucléaire continue de siphonner les investissements. Mais tout va bien, puisque même la Ministre de l'environnement Mme Royal le dit : « l'énergie nucléaire est un atout évident (…) dans la construction d'une économie décarbonnée ».

     

     

    - Le nucléaire, bon pour le climat ?

    Non. Pas si on prend en compte l'ensemble du cycle de vie, de l'extraction désastreuse dans les mines d'uranium au démantèlement des centrales. Pas selon un rapport récent de WIWS-Paris, pour lequel le nucléaire n'est pas si avantageux : il vient en plus, et non en substitution des centrales thermiques les plus polluantes, et ne permet d’éviter qu'environ 4 % des émissions de CO2. Nul besoin de sortir de l'ENA pour comprendre que plus l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables progressent, plus l'avantage du nucléaire recule mécaniquement. Mais aujourd'hui les sommes englouties par le nucléaire empêchent l’État d'investir massivement dans les économies d'énergie et les filières d'avenir, ce qui serait pourtant bien plus fructueux. Ainsi, alors qu'il maintient à bout de bras le nucléaire, le gouvernement abandonne Nexcis et vend la seule centrale géothermique du pays, celle de Bouillante en Guadeloupe. Un contre-sens absolu.

     

     

    - Reprendre la main

    Produire autrement, c'est pourtant possible. En avril 2015, un rapport commandé par l'Ademe a prouvé que les énergies renouvelables pouvaient fournir 95% de l'électricité en 2050, sans que cela coûte plus cher que de continuer dans le nucléaire. Les coûts de l’éolien et du solaire vont baisser de 20 à 40% d’ici 2050 alors que ceux du nucléaire vont augmenter de 30 %. Cette étude confirme ce que disent depuis longtemps les experts de Negawatt ou de Global Chance : le nucléaire coûte cher et il serait plus rentable, plus sûr et pour tout dire plus malin d’en sortir.


    Pour mettre fin aux errements stratégiques guidés par le profit et l'aveuglement des lobbies, la renationalisation d'EDF et d'Areva s'impose. Nous l'avons chiffrée et scénarisée en 2012 : vente des filiales et participations qui ne participent pas de la mission de service public, et rachat des parts de capital des autres investisseurs. Cela coûterait cher ? Oui. Mais en réalité, le mur d'investissements pour rester dans le nucléaire est tout aussi imposant : il faut remonter à la construction du parc nucléaire, dans les années 70, pour retrouver de tels montants.

     

     

    - Un nouvel élan national

    Alors quitte à investir, faisons preuve d'audace. Ce dont la France a été capable alors avec le nucléaire, nous pouvons encore le faire. Avec le savoir-faire des travailleurs, ingénieurs, chercheurs, relevons un défi autrement exaltant : celui de jeter toutes nos forces dans l'avenir, avec la fierté de réaliser un virage radical, exemplaire, et de devenir le champion des renouvelables et de l’efficacité énergétique dans le monde.

     

    Nous y gagnerons sur tous nos axes de bataille, des conditions de travail à la souveraineté populaire en passant par l'autonomie de notre production et la fin du pillage au Sud, la maîtrise publique de ce bien commun qu'est l'énergie, la sécurité des citoyens et leur participation active à un grand projet fédérateur.

     

    Note :

    - [1] Tribune publiée dans l'hebdo L'Heure du Peuple

    - [2] Corinne Morel Darleux

     

    Pour en savoir plus :

    - mon dossier nucléaire

    - Voir également sur Mediapart l'excellent dossier "Et si EDF faisait faillite"

    - Nucléaire : un rapport sans concessions sur les coûts de la filière

    - Les six faux arguments d'EDF en faveur du nucléaire

    - Un rapport de l’ADEME démontre la possibilité de couvrir la totalité des besoins électro–énergétiques en énergies renouvelables.

    - Vers un nucléogate français?

     

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