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18 novembre 2022 5 18 /11 /novembre /2022 13:53
Inacceptable ! Fabien Roussel accable Adrien Quatennens

Non au lynchage ! Soutien au député Adrien Quatennens et à sa famille[1] !

 

" Si mon fils avait fait ce que Quatennens a fait à sa femme, je ne lui adresserais plus jamais la parole..." a dit Fabien Roussel[2].

 

Interrogé le 15 novembre sur l’éventuel retour du député LFI Adrien Quatennens à la vie publique, le patron du PCF a indiqué que " si mon fils avait fait ce que Quatennens a fait à sa femme, je ne lui adresserais plus la parole. " Pas plus indulgent la veille, Fabien Roussel a estimé lundi que " chez nous, nous ne proposerions pas à un député qui a avoué avoir giflé son épouse de pouvoir revenir et de faire comme si c’était oublié[3] "

 

 

Sources : Michelle Tirone |

-  Mon pauvre Fabien, tu nous sors une phrase comme on en entendait dans les familles quand, par exemple, une jeune fille revenait enceinte à la maison : " va-t-en ! Tu n'es plus notre fille ! " 
Un vrai père ne tourne pas le dos à son enfant quelle que soit la faute qu'il a commise ou dont il est accusé. Jamais.... Même s'il est accusé du pire et condamné au pire. 


Me vient en tête " Mon père (il m'a sauvé la vie) " un film de José Giovanni qui raconte sa propre histoire. 
Si le père de José Giovanni avait été un père comme celui que tu prétends être, Fabien Roussel, nous n'aurions pas eu des films comme " Le trou ", " Classe tous risques ", " Les grandes gueules ", " Le deuxième souffle ", " Les aventuriers ", " Deux hommes dans la ville " et bien d'autres dont il a été le dialoguiste, le scénariste, le réalisateur ou l'auteur du roman à l'origine du film.

 


-  Mais le père de José Giovanni était un vrai père et quand son fils a été condamné à mort suite à un casse qui avait mal tourné et fait des morts, ce père a dit " je vais me battre ". 
Et pourtant son fils le méprisait, leur relation n'était pas bonne mais ce père avait décidé que son rôle était de se battre pour son fils et il l'a fait. Et José Giovanni a vu sa peine commuée en une peine moins radicale.

 

  • Va donc à la sortie d'une prison, Fabien et vois les familles qui attendent la sortie d'un être qu'elles aiment et qui parfois, est pourtant un assassin.
  • Elles n'ont pas tourné le dos à leur fils, frère, oncle, amour...

Il y a une telle scène dans le film de Giovanni. Tu peux la regarder ici đŸ‘‡

 

 

-  Un vrai père se bat pour son fils, pour l'aider à surmonter sa faute, à la comprendre, à s'amender, à retrouver sa place dans la société et à marcher à nouveau la tête haute.
C'est ça, ce que fait un père, Fabien Roussel. 


Je n'ai pas connu de père mais si j'avais pu en choisir un, il ne t'aurait pas ressemblé Fabien Roussel
Tes enfants ont entendu ta phrase et quand ils feront une erreur, quand ils auront besoin de soutien dans une épreuve, il y a de fortes chances pour que ce ne soit pas vers toi qu'ils se tournent. 

 

  • A moins que ta phrase ne soit, ce que j'espère, qu'une provocation de plus, adressée plus particulièrement à Jean-Luc Melenchon pour qui Adrien Quatennens est un peu comme un fils.

 

Ta haine de Mélenchon te fait aller jusqu'à dire que tu es prêt à renier tes propres enfants ! ressaisis-toi Fabien Roussel !!

 

 

-  Présentation du film " Mon père (il m'a sauvé la vie) " de José Giovanni avec Bruno Crémer

4 novembre 2015  José Giovanni présente son film Mon père, il m'a sauvé avec l'équipe du film (Bruno Cremer, Vincent Lecoeur, Maria Pitarresi et Charlotte Kady) et Thierry Frémaux à l'Institut Lumière le 27 Octobre 2001.

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8 octobre 2022 6 08 /10 /octobre /2022 18:44
« Valeur travail » : le « travail » n’est pas une valeur, c’est un concept !

« Bernard Friot : " La souveraineté populaire sur le travail est une urgence " ![0] »

 

« Valeur travail » : version actualisée de la devise « le travail rend libre » ?

 

Ce texte un peu long est destiné aux amis et ex-étudiants de Gérard Prévost qui l’ont sollicité pour donner son avis sur le débat actuel.

 

 

Sources : Gérard Prévost | mis à jour le 26/11/2022

- Le « travail » n’est pas une valeur, c’est un concept !
Présenter le travail comme « valeur » renvoie à l’idée d’une valeur morale, à le penser comme lieu « où l’individu se construit, se réalise et s’épanouit », le lieu du « beau travail », du « travail bien fait » sinon comme « art » - le travail artiste - par analogie avec la production artisanale, précapitaliste, de biens, devenue en effet « art » aujourd’hui, ou vendue et exposée comme telle souvent de façon abusive. Le « travail » ainsi idéologisé fonctionne peut-être dans les premières années d’un « travailleur », mais il évolue et se termine le plus souvent dans la souffrance[1][1bis]. Si c’est çà la « valeur travail », alors oui c’est une valeur de Droite ! Elle l’impose à la société du fait qu’elle détient, autrement dit les forces sociales qui la composent, le monopole du pouvoir de dire ce que doit être le travail et ce qu’il doit produire pour l’ensemble des « travailleurs : une définition capitaliste du travail.

 

 

- Quel est le sens du travail ressenti par les travailleurs salariés ?
On sait maintenant qu’elle est largement contredite par les enquêtes sur le peu de sens du travail ressenti par les travailleurs salariés[2] : désintérêt, ennuis, rapports hiérarchiques autoritaires, suicides etc. Tout cela est abondamment documenté (Graeber, Chevalier, Coutrot-Perez). De fait, pour les « travailleurs » seules comptes les fins de semaine, les congés payés, les jours fériés et à partir de 50 ans ils ne pensent plus qu’à une seule chose : le moment où ils pourront faire valoir leur droit à la retraite ! Ce sont des droits qui valent « droit à la paresse » !

Le Droit Ă  la paresse Paul Lafargue

 

D’où l’angoisse ressentie à la veille de la reprise et du retour obligé au travail. Paul Lafargue (Le droit à la paresse) s’étonnait de l’amour apparent de la « classe ouvrière » pour le travail et que l’on puisse supporter l’exploitation plus de 3 heures par jour. Or, aimer son travail découle de la nécessité, on a pas le choix ; c’est la nécessité d’aimer son présent : « l’amour du bonheur présent » comme disait Bourdieu. Cependant, les moments de « paresse » ne sont jamais vide d’activités et de sens ; au contraire, le « temps libre » promotionné par le ministère d’André Henry en 1981[4], le « hors travail », comme l’a montré Florence Weber, est le lieu d’amples occupations de travail, le plus souvent non salariées, de don et de contre don, d’entraides, de créativité, jusqu’à des formes contemporaines de potlatch. Certes, c’est moins vrai dans les catégories moyennes hautes, où l’on est plutôt mobilisé en permanence pour suivre des stratégies de carrière.

 

 

- C’est hélas cette vision « capitaliste » du travail que Fabien Roussel tente de répandre[5][6], alors que son rôle devrait être d’en faire la critique comme activité exploitée dont il faut s’émanciper.
Bernard Friot, membre du PCF, ne doit pas être fier. Roussel ferait bien de le lire pour comprendre que les allocs sont indissociables du travail salarié ; certains pensent qu’il voulait dire autre chose, par exemple « je veux une société du travail libéré des logiques capitalistes » : ce n’est pas ce qu’il a fait. La raison de cette posture ? Usul (Médiapart)pose l’hypothèse d’un déficit de formation politique, mais il se trompe, Roussel a été formé au sein d’un PCF profondément stalinisé : il s’est nourri de la vieille chimère du PCF comme parti du travail et des travailleurs, y compris dans sa forme la plus populiste : la bonne viande et le bon vin pour tous (j’ai expliqué çà dans une précédente publication).

 

Opposer « la France qui bosse » Ă  « la France des allocs », ce n’est pas le combat de la gauche, ce ne sont pas mes mots. Les assistĂ©s sont lĂ -haut, gavĂ©s de milliards par Macron : c’est notre travail politique quotidien que d'unir le bas contre le haut.

Tout en s’affranchissant aussi d’une telle critique, François Ruffin ne dit pas çà ; il met l’accent sur la dignité au travail surtout pour les activités de « travail essentiel », sous forme d’héroïsation et sur le travail comme ressource pour vivre ou survivre. Son point de vue[7] le rapproche d’une définition générique du travail développée par l’économie politique (Marx et Ricardo) : le « travail » est un des universaux de la culture comme sens de l’activité humaine orientée vers la survie, le maintient et la reproduction de l’espèce, laquelle inclut celle de la « force de travail ».

 

 

- Le concept de travail n’est compréhensible que dans son rapport aux pratiques sociales de travail.
On peut considérer comme Marx que le « travail » est consubstantiel à la vie humaine, il n’est en rien comparable aux activités des cueilleurs-chasseurs. L’activité humaine y crée certes des valeurs d’usage de survie, néanmoins les valeurs d’échange produites ne s’y articulent pas identiquement, elles s’actualisent selon des formes congruentes avec la période historique : antiquité, pré-capitaliste et capitaliste. On troc, on achète, mais on n’échange pas toujours, on tue aussi face à la nécessité. Ce que raconte le mythe de la guerre du feu s’inscrit dans cette structure dont l’inversion a accouché de la civilisation : on en est encore qu’au début.


Autrement dit, c’est quand il y a des pratiques de « travail » très différenciée que le concept de travail en général apparaît et se simplifie et se généralise quand apparaît une complexification des pratiques dans la réalité sociale et dans les formes de solidarité chère à Durkheim : mécaniques et organiques.

 

 

- En résumé, il est impropre d’évoquer « la valeur travail », puisquel’activité de « travail », comme le disait Marx, est la source unique de la valeur
Ce qui revient à dire que le travail ne consiste pas à produire de la richesse mais à mettre en valeur du capital : pour çà il crée des valeurs d’usage et d’échange, de même que des dispositifs de valorisation de la valeur, lesquels engendrent une fascination envers les objets à haute valeur monétaire et envers ceux qui les possèdent. Dire qu’une société est riche parce qu’elle produit des biens en abondance est donc une affabulation ; il faut que leur « valeur » soit reconnue : c’est le marché qui en décide (et la lutte de classe) tout en confortant l’idéologie de la richesse. Quand la valeur monétaire d’un bien rare ou pas, (la seule qui compte), décline, son effet « richesse » décline en même temps, jusqu’à sa destruction quand sa valeur de marché est trop faible (exemple des produits agricoles).

 

Pour que la notion de richesse d’une société se vérifie, il faudrait que les biens produits soient répartis équitablement dans la population. Évidemment ce n’est pas le cas.

 

Conclusion : dans la lutte pour s’accaparer des biens utiles en vue de la reproduction de notre espèce, la « valeur travail » n’est autre que la « valeur » de chaque « travailleur » mesurée en kilo-euro ; quel son poids en euros, c’est à dire de quoi il dispose pour vivre.

 

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12 septembre 2022 1 12 /09 /septembre /2022 21:51
La faute de Fabien Roussel secrétaire national du PCF

« Gauche des allocs » : quand le Parti communiste entretient le mythe de la paresse des pauvres[2bis]

Fabien Roussel, candidat communiste ayant rassemblé 2% des bulletins au premier tour de l'élection présidentielle, a attaqué ce week-end “ la gauche des allocations ”, depuis la Fête de l'Humanité. Une faute politique... alors que les allocations sont un droit constitutionnel[2]

 

Fabien Roussel, secrétaire national du Parti Communiste Français, multiplie depuis quelques jours les déclarations provocatrices opposant une supposé « gauche qui doit le défendre le travail » à une « gauche des allocations et des minima sociaux ». M. Roussel est même allé jusqu’à affirmer : « Je veux mettre fin à un système qui nourrit le chômage par les allocations chômage et par le RSA ». Des propos d’une extrême gravité. Il me semble important de s’y arrêter ici.

 

Sources : Bastien Parisot | mis à jour le 20/10/2022

- Le chef de fil du Parti Communiste Français a quand même réussi une sacrée performance : se mettre l'intégralité de la gauche à dos en pleine Fête de l'Humanité.
La raison ? L'ancien candidat à la présidentielle a tancé “ la gauche des allocations ” ce week-end, affirmant lui préférer “ la gauche du travail ”[1]. Formule on ne peut plus surprenante pour un homme à la tête du parti d'Ambroise Croizat, membre du Parti Communiste en son temps et “père” de la Sécurité Sociale en France.

France insoumise, PS et EELV : chez les autres forces constituant la NUPES, la réaction a été unanime. Toutes se sont ainsi opposées aux déclarations de Roussel… qui a également du essuyer des critiques venant de ses rangs.

  • Il faut dire que cette déclaration semble plus sortie de la bouche d'un dirigeant de droite, voire d'extrême-droite[1bis], que de celle d'un communiste. 

 

 

- Sans repartir ici dans des explications techniques, rappelons que ces allocations visées par Roussel ont été pensées comme un “ revenu de remplacement ”
Ce revenu de remplacement vient subvenir aux besoins des Français lors d'une période de diminution ou de baisse de leurs revenus. Autrement dit : chaque mois, une partie de votre salaire est prélevée pour assurer ce revenu aux personnes en difficulté… et c'est précisément votre participation à ce système qui vous permet de profiter, en cas de besoin, de ce même revenu dit “ de remplacement ”. Bref, pour faire encore plus simple : ces allocations ne sont ni un cadeau de l'État, ni un acte de générosité, ni un privilège réservé à d'éventuels fainéants, mais une politique économique et sociale visant à assurer que toutes et tous puissent vivre dignement sur le territoire, peu importe leur situation, précaire ou non.

 

Il s'agit donc, bien sûr, de l'une des conquêtes sociales les plus importantes dans notre pays. Notez que j'utilise volontairement le terme de “ conquête ”, et non d’“ acquis ”, tant les libéraux de tous poils ne cessent de détricoter, doucement mais sûrement, chacune de ces conquêtes lorsqu'ils sont au pouvoir.

 

Au contraire il faudra combattre ensemble, salariĂ©s, prĂ©caires et chĂŽmeurs la rĂ©forme de l’assurance chĂŽmage.
Stéphane Peu : Député de la 2ème circonscription de la Seine Saint Denis. Militant PCF

 

Rappelez-vous toujours que ce n'est pas le capital qui augmente la valeur de la richesse : c'est le travail, et rien d'autre.

 

 

- Et c'est précisément là que le bât blesse
En reprenant ainsi le verbe accusatoire et offensif contre “ les allocs ”, Roussel donne du crédit aux discours dénonçant “ l'assistanat ”. Il participe à l'index tendu contre “celles et ceux qui en profitent”, “ceux qui ne bossent pas et qui pompent nos salaires”, et autres foutaises populistes entendues ici et là et rabâchées inlassablement par la droite depuis toujours. Il brouille les pistes, jette un flou sur le sens de nos luttes (je parle de la gauche toute entière) dans l'Histoire. C'est une faute politique assez incroyable pour un dirigeant communiste. Et alors que l'extrême-droite semble plus forte que jamais sous la Vème République, il n'est vraiment pas nécessaire que des personnalités de gauche leur servent ainsi la soupe.

 

Mathilde Panot met Fabien Roussel en PLS en face sans langue de bois.

 

 

- En tout état de cause, il y a d'autres urgence à traiter

  • Rappelons que la “ fraude sociale ” estimée en France (c'est à dire la fraude aux cotisations sociales et aux prestations sociales de la CAF) ne représente qu'un dixième de la fraude fiscale : environ 10 milliards pour la première, contre 100 milliards pour la seconde. Comprenez : la fraude des pauvres nous coûte 10 fois moins cher que celle des riches, comme le montre si bien ce graph d'Alternatives éco.

 

La fraude fiscale Ă©crase la fraude sociale
Graphique d'Alternatives Économiques

 

  • Rappelons aussi que la France insoumise et la NUPES se mobilisent pour diffuser une pétition visant à taxer les super-profits[3] des multinationales profitant de la crise économique pour s'enrichir. Rappelons que sur les 6 premiers mois de 2022, les bénéfices des grandes entreprises du CAC 40 s'élèvent à… 73 milliards d'euros.

 

Déjà plus de 100 000 signatures sur la pétition #TaxeSuperProfits !

 

Dommage que Fabien Roussel n'ait pas préféré porter ce sujet dans le débat public, plutôt que d'inventer une “ gauche des allocs ” à combattre.

 

 

- Je dois bien admettre ici avoir eu une pensée pour les militants communistes assistant à tout cela.
Car mis à part le cercle rapproché du candidat ayant bénéficié de 2% des votes au premier tour de l'élection présidentielle, il est difficile de penser que des militants de gauche ayant à cœur l'émancipation et la défense des classes populaires, puissent donner quelque crédit ou quelque intérêt à un tel discours. Si j'imagine aisément qu'il doit être difficile de voir son engagement réduit à de telles sorties médiatiques largement reprises par la droite, je n'ai aucune légitimité à dire ce que les militants communistes doivent faire. Je n'en ai d'ailleurs pas plus l'intention. Mais je sais qu'ils tiendront bientôt un congrès qui devrait leur permettre de clarifier leurs priorités politiques et l'orientation de leur parti.

 


- Éteindre l'incendie ?

Roussel a tenté, depuis, de justifier son discours. Il a notamment affirmé, fièrement, qu'il disait tout haut ce que les Français pensaient tout bas… virant ainsi dans le populisme le plus gras.

  • Certains initiés seront peut-être surpris de me lire taper sur le “ populisme ”.

C'est tout le problème de ce terme qui veut dire deux choses : lorsqu'il définit une stratégie politique visant à simplifier son discours à l'extrême pour être compris de tous, en assumant de reprendre des codes populaires, des formes connues de toutes et tous, et en dépassant les cadres et les méthodes traditionnelles des partis politiques pour être efficace dans son discours de masse, alors oui, le populisme est une stratégie politique qui peut se défendre et qui a d'ailleurs fait ses preuves. À l'inverse, lorsqu'il définit une méthode visant à reprendre tout argument entendu ici et là pour donner l'illusion de coller aux revendications populaires… dans ce cas, non merci. Cela ressemble d'ailleurs plus à une tentative de stratégie marketing qu'à une stratégie politique…

 

  • Revenons à Roussel.

Sur les réseaux sociaux, des comptes de soutien ont essayé d'éteindre l'incendie, depuis 48 heures, en affirmant que le patron du PCF avait simplement affirmé qu'il valait mieux travaillé qu'être au chômage. Affirmation on ne peut plus logique et que peu de monde contestera. Malin… mais pas tellement pertinent, puisque les propos de Roussel ont largement tourné et que la sphère militante a largement eu le temps de les lire. Non, le député communiste a bien ciblé “ les allocations ”, qu'il a opposé au “ travail ”. Foutaises... et le délire continue

 

Divergences au sein de la Nupes : "Il y a ceux qui défendent le droit à la paresse.

 

Bref. Je ne vais pas expliquer ici à l'équipe de Roussel comment gérer une crise. Nul doute qu'avec de telles sorties, c'est l'expérience qui leur permettra de bientôt savoir le faire.

 

  • Sur les réseaux sociaux, notons également un nombre impressionnant de comptes fachos ayant pris la défense de Fabien Roussel.

Sidérant, et bien souvent la boussole qu'on est en train de se tromper de combat. Roussel a raison ” aurait pu devenir leur leitmotiv, tant leur joie de voir ainsi un leader de gauche reprendre leurs mots habituels semblait les contenter. Sûrement aussi insistent-ils pour tenter de bordéliser les NUPES, espérant secrètement faire exploser le bloc populaire ayant confirmé sa force et son implantation lors des élections cette année ?

 

C'est peine perdue : sur les allocs, c'est Roussel contre tous. Enfin, contre toute la gauche, mais soutenu par la droite toute entière. Bref, pas de quoi faire sauter la baraque.

 

Voici les comptes les plus suivis par les personnes ayant liké ce tweet de  @Fabien_Roussel .
Voici les comptes les plus suivis par les personnes ayant liké le tweet de Fabien_Roussel .

 

 

- À quoi joue Roussel ?
Reste que tout cela résulte d'une volonté affichée depuis plusieurs semaines de faire de la surenchère et de multiplier les provocations vis à vis de la NUPES.
À quelle fin ? Pour servir quel objectif ?

Après s'être rendu coupable de l'élimination de la gauche au premier tour de l'élection présidentielle en avril dernier,...

 

 

quel est le sens de toutes ces sorties, petites phrases, qui plaisent plus à la droite, parfois extrême, qu'à la gauche ? Et jusqu'où passera-t-il l'outrance ?
Seul Roussel sait.

 

 

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  • Un travail et un salaire décent pour toutes et tous. 
  • Protection et aide pour celles et ceux qui en ont besoin. 
  • Les deux ne s'opposent pas. Ils sont inséparables. 

C'était le combat d'Ambroise Croizat au fondement même de la protection sociale.
Fabien Roussel devrait le relire

 

 

Un travail et un salaire décent pour toutes et tous.  Protection et aide pour celles et ceux qui en ont besoin.

 

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8 août 2022 1 08 /08 /août /2022 12:36
Dans nos quartiers : violence, délinquance, drogue... il faut s'attaquer aux causes avant de réprimer !

Nous ne sommes pas face à un « ensauvagement » de la société[1] !

 

Un militant associatif marseillais pour le logement : " à quoi reconnait-on qu'un arrivage de drogue a eu lieu ? Quand les retards de loyers sont payés dans les quartiers "

Les jeunes dits « de cité » forment la nouvelle « classe dangereuse » pour le système dans une société en proie à davantage d’incertitude économique et d’accentuation des crispations identitaires[2].

 

" Déjà, au 19e siècle, de nombreux articles de journaux parlaient des violences entre bandes. Les adolescents en question étaient surnommés les « apaches » du nom de cette tribu indienne redoutée. On disait qu’ils étaient de plus en plus jeunes, de plus en plus violents. Exactement les mêmes adjectifs qu’aujourd’hui ! " rappelle l’historienne Véronique Blanchard[2bis].

Les phénomènes de la précarité, d’exclusion, de racisme et les nouvelles formes de discrimination qui perdurent maintenant depuis plus de trente ans ont irrémédiablement accentué les difficultés des classes populaires surtout celles des dernières générations ouvrières illustrées par les « jeunes de cité ». Cette dégradation des rapports sociaux dans les quartiers populaires a sans aucun doute accéléré le phénomène émeutier[3], les nouvelles formes de violence interpersonnelles[4], mais aussi la récurrence des conflits entre les jeunes des quartiers et les institutions républicaines[5]

Par ailleurs, dans beaucoup de récits recueillis, le passage en prison a coïncidé avec une forme de promotion, avec le passage d’un seuil, d’une délinquance de voie publique – embrouilles, vols, violences, petits trafics –, à une délinquance de niveau supérieur plus professionnalisée[6]... il faut donc tout faire pour l'éviter en s'attaquant aux causes.

Sources : Eric Durand | mis à jour le 11/09/2022

- Dans nos quartiers : violence, délinquance, drogue... une question qui n'est pas simple

Effectivement la chose n'est pas simple, mais c'est une question globale... et donc la réponse ne peut être que globale, non pas en terme répressif, mais en s'attaquant aux causes.... sauf à considérer que l'on ne veut pas légaliser le cannabis pour pouvoir continuer à gesticuler politiquement sur ce sujet et faire de l'insécurité une thématique clivante, médiatiquement sur exploitée pour détourner l'attention de l'essentiel, tout en laissant le trafic continuer pour perpétuer un minimum de ressources financières dans les quartiers les plus pauvres (comme aux USA).

 

 

- Mais pour quelle raisons il y a t-il des trafics de drogue (essentiellement du cannabis) ?

  • Un ami Marseillais, militant associatif pour le logement me disait il y a quelques années : " Sais tu comment on voit quand il y a eu un arrivage de drogue ?.... quand les retards de loyer sont payés dans les quartiers ! " on avait là la synthèse du pourquoi et du comment ! ;
  • En affirmant « Avec la crise économique qui arrive, les gens auront encore plus besoin d’argent, si demain ils ne peuvent pas vendre illégalement du cannabis, ils vendront de la drogue dure », le député François Pupponi (Libertés et territoires), à sa façon, ne dit rien d'autre[8] même si, cette affirmation lui sert à justifier la NON légalisation du cannabis et par conséquent ne pas vouloir s'attaquer aux causes de ses trafics ;
  • Bordeaux le 9 septembre 2022 : « J’ai préféré gagner de l’argent facile plutôt que d’aller travailler »
    Déféré devant le tribunal dans le cadre d’une procédure de comparution immédiate, un prévenu questionné par la présidente d’audience
     avoue réaliser un chiffre d’affaires de près de 20 000 euros par mois. « Mais ce n’est pas du bénéfice, je gagnais entre 3 000 et 4 000 euros », admet-il pour reconnaître « ne plus vouloir se lever le matin pour aller travailler car là, c’était de l’argent facile. J’en voulais toujours plus et j’ai été pris au piège[8bis] ».

 

Pour le système libéral et le pouvoir à ses ordres, les trafics de drogue sont un outil pour maintenir la " paix sociale " dans les quartiers, en conséquence Darmanin fait des annonces|9] sans rien changer sur le fond en s'attaquant aux causes.... résultat : les amendes engendreront encore plus de trafic,... ne serait-ce que pour payer les amendes...

 

 

- Il faut donc tout à la fois :
âžĄïž s'attaquer aux causes :

  • à la question du chômage de masse dans les quartiers populaires.... qui pose ine fine la question de " pourquoi je bosserai à l'école, puisque ça ne sert à rien, y'a pas de boulot " ;
  • à la question du pouvoir d'achat, les salaires doivent permettent aux familles de vivre correctement pour donner envie aux enfants d'aller à l'école pour apprendre un métier... et travailler plus tard ce qui n'est pas le cas quand les Français qui gagnent moins de 2 000 € net par mois n’ont plus que quelques dizaines d’euros sur leur compte en banque dès le 10 du mois[10]... et amène automatiquement cette question : " Pourquoi  je ferai ça comme job, ça ne paie pas " ? ;
  • à la question de la précarité professionnelle qui touche plus de 3,7 millions de personnes et frappe surtout les jeunes (les 15-29 ans forment à eux seuls la moitié des précaires)[15], l'autre moitié étant les femmes qui  : représentent 53 % des personnes pauvres et 57 % des bénéficiaires du RSA ; constituent 70 % des travailleurs pauvres ; occupent 82 % des emplois à temps partiel[16]... le tout vivant dans ses mêmes quartiers, utilisés, depuis plus de 20 ans, et en accroissement, pour mettre la misère à l'écart au nom de la segmentation sociale des territoires[18] ;

â€‹âžĄïž S'attaquer aux causes c'est aussi :

  • reconstruire un État social loin des politiques néo-libérales qui ont affaibli, voire supprimé purement et simplement les service public dans les quartiers, résultat tout à la fois de stratégies nationales et de choix locaux conséquence de la baisse des dotations de l’Etat pour les collectivités[17] ;
  • s'attaquer à la finance : e​​​​​​n France, le trafic de drogue générait 2,7 milliards d'euros par an indiquait l'Insee dans une note de mai 2018 (dont un milliard d'euros le seul trafic de cannabis)[19]... que fait le gouvernement ?
    • Dans les paradis fiscaux et les réseaux financiers qui organisent et profitent du trafic de drogues dans les cités françaises,  l’argent sale de la drogue se mêle à l’argent sale de l’évasion fiscale  « Les îles Caïman ont des coffres-forts où se mélangent l’argent de l’évasion fiscale et l’argent de la drogue. Tant que l’on laissera ces paradis fiscaux-là, on continuera d’avoir ce trafic de drogues, d’armes, d’argent sale »[20]...
      De L’intĂ©rĂȘt De Sortir Le Cannabis Des RĂ©seaux Criminels

       

    • Saisir le portefeuille plutôt que le produit

      La pression policière « n’a jamais été aussi importante » et pourtant « très inefficace », remarque Christian Ben Lakhdar[20bis]. Pour lui, les sanctions se répercutent surtout sur les usagers, sur la saisie du produit, or «interpeller un client pour démanteler un trafic, ce n’est peut-être pas le meilleur choix»,... pour stopper le trafic, c’est plutôt au « portefeuille » qu’il faut s’attaquer.

      Concluant : «Ce sont les avoirs criminels et le patrimoine des dealers, des têtes de réseaux, qu’il faut saisir », plaide t-il[21]. Pour que le trafic ne soit plus rentable, mieux vaut s’emparer du capital donc.

 

âžĄïž Répondre aux besoins urgents :

  • aider les parents à surmonter les difficultés avec les enfants (par exemple : quel peut être l'autorité parentale quand c'est l'ado. qui fournit l'argent pour payer tout ou partie du loyer, la cantine des frères et sœurs ? en faisant le guetteur) ;
    • la grande majorité des adolescents considèrent leurs parents comme des modèles, des références pour se construire[11]. Quel modèle peuvent-ils constituer, quelle crédibilité peuvent-ils avoir, quand ils sont dans l'impossibilité de répondre à leurs attentes parfois tout simplement de leur permettre de se nourrir, quand 20 % des Français ne peuvent pas manger trois fois par jour[12], quand 1 enfant sur 5 vit en dessous du seuil de pauvreté et ne mange pas toujours à sa faim, comme à Paris[13] ;
  • aider les parents à faire valoir leur droits sociaux, ce qui sous entend de reconstruire les services publics dans les quartiers (En novembre 2017, « 49% des personnes éligibles à une des aides sociales versées par les conseils départementaux ou les Caisses d'allocations familiales en ignoraient l'existence.» et 40% des gens qui on droit au RSA n'en bénéficiaient pas[14]) ;

​

âžĄïž S'attaquer aux causes c'est enfin y mettre des moyens :

  • remettre en place la police de proximité dans les quartiers (supprimée par Sarkozy en 2003[23]) à titre de prévention et de renseignement... et ce dans une démarche de respect citoyen, par exemple en instaurant une traçabilité des contrôles d'identité ;
  • augmenter les moyens de la police notamment en OPJ (officier police judiciaire) dont le service d’enquêtes judiciaires des finances (SEJF) [unité de police judiciaire commune à la direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) et à la direction générale des finances publiques (DGFIP)] pour remonter les filières.... et pas mettre des contraventions sur les guetteurs et les consommateurs !
  • et dans le même temps, légaliser le cannabis pour casser les trafics comme cela a été proposé par les parlementaires de la France insoumise dans un projet de loi[22]... rejeté par le parlement le 1 janvier 2022[23] ;

le tout nécessitant d'y investir " de gros moyens sur le long terme, et remettre en cause la logique économique et sociale libérale en place.

 

 

âžĄïž J'entends ici et là les propos suivants :

« Maintenant dans ma circonscription, c'est le RN qui a gagné... On verra ce qu'il propose ! »

  • Que propose le RN (Rassemblement National) de nouveau : s'attaquer aux causes ? Non ! On en a la confirmation avec le vote de la loi pouvoir d'achat de Macron qui ne prévoie ni relance des salaires, du SMIC, ni blocage des prix des produits de 1ére nécessité, ni blocage des loyers, ni blocage du prix du carburant à 1,4€, ni de mesures en faveur des jeunes pour leur garantir garanti r une autonomie, qui les portera au-dessus du seuil de pauvreté (1 063€ pour une personne seule) et que le RN a voté[23bis].... .
  • Alors quoi ? Simplement renforcer la répression policière et judiciaire, sanctionner, emprisonner, expulser les délinquants dont les parents sont d'origines étrangères... qui seront remplacés par d'autres... dans d'autres lieux, mais resteront concentrés dans les zones géographiques les plus densément peuplées, au cœur des métropoles régionales à forte population étudiante et dans les départements périurbains ou situés à proximité des grandes agglomérations (là ou sont les " clients "). 

 

- En conclusion...
Il ne faut pas se mentir : le trafic de drogue prospère d'abord sur la misère sociale et constitue un véritable " système D ou de compensation sociale[6] "...et pour y remédier, " Le tout répressif ne fonctionne pas ![25] " .
Un constat surprenant pourtant indéniable : Si l'on veut sortir de l'économie souterraine et criminelle[
24], il nous faut absolument changer de système.

  • Relocaliser notre industrie, donner aux gens les moyens de vivre et aux jeunes de se construire un avenir, refonder et redévelopper nos services publics, investir partout et notamment dans les quartiers populaires pour qu'ils puissent revivre dans la dignité et ce, avec les deniers issus du partage des richesses. Ce sont les seules solutions pour redonner à tous le goût et les moyens des jours heureux.... sans le cannabis !
  • et, en plus, comme le propose la France insoumise :
    • Changer de stratégie en matière d'Addictions et drogues
      La politique française en matière de drogues mais aussi d’autres consommations addictives et néfastes (alcool, tabac, médicaments) se résume trop souvent à la répression ou à l’hypocrisie. Pourtant les addictions concernent plusieurs millions de personnes. L’Office français des dépendances et toxicomanies estime ainsi que 8 % des adultes présenteraient un risque chronique d’addiction à l’alcool et un quart (27 %) une addiction au tabac.
      PROPOSITION DE LOI  relative Ă  la lĂ©galisation de la production, de la vente et de la consommation du cannabis sous le contrĂŽle de l’État
      L’usage problématique ou la dépendance au cannabis concernerait 7 % des adolescents de 17 ans et 3 % des 18-64 ans. C’est une affaire de santé publique ! L’heure est venue de changer de stratégie pour lutter plus efficacement et plus humainement contre les addictions[37].
      Ce qui sous entend de : Légaliser et encadrer par un monopole d’État la consommation, la production et la vente de cannabis à des fins récréatives dans des conditions permettant de lutter contre l’addiction,
      voir ce projet de loi đŸ‘‰ đŸ‘‰ đŸ‘‰
    • Refonder une police républicaine
      La République a besoin d’une justice, mais également d’une police qui lui soit loyale, et qui soit attachée aux principes de l’état de droit. La police doit agir pour la protection des libertés individuelles et collectives
      [38]... contrairement au projet de réforme de la police judiciaire de Macron qui menace l’efficacité des enquêtes et l’indépendance de la justice[39].
    • Refonder la justice au nom du peuple
      En République, la justice est rendue au nom du peuple. Mais la justice n’a plus les moyens de ses missions : elle a été laissée à l’abandon par les gouvernements successifs. Les pressions sur elle se sont multipliées. Les liaisons dangereuses aussi. Il faut des moyens humains et financiers pour qu’elle soit bien assurée, et dans des délais raisonnables[40].

 

-----------------------------------

 

 

Pour aller plus loin : Socio-histoire de la délinquance juvénile d'un ancien quartier ouvrier de « banlieue rouge » en mutation par Éric Marlière (extrait)

 

 

- Vers une décomposition irréversible de la « classe ouvrière » depuis les années 1990 : consommation, individualisme, trafic de drogue et chômage juvénile de masse [2]

La rationalisation du trafic de drogues dures et de substances douces avec les revenus substantiels et confortables qu’il procure (enfin pour les jeunes situés en haut de la pyramide) a contribué, en partie, à atténuer sensiblement les comportements violents jugés contre-productifs. En effet, ces comportements visibles dans l’espace public sont susceptibles d’alerter la police et donc de mettre en danger l’activité des délinquants[27]. Mais l’ancrage temporel dans la précarité et l’exclusion sociale (voire ethnique) modifient les modes de vie dans les espaces juvéniles du quartier.

 

Les formes d’encadrement des classes populaires s’estompent progressivement dans les années 1990 et les manières de se représenter le monde des enfants d’ouvriers et d’immigrés (de la première et surtout la deuxième génération) changent radicalement. Précisons également que les « jeunes de cité » rencontrent des trajectoires multiples et plurielles [28] et ceux qui commettent des actes déviants représentent à peine 15 % des jeunes du quartier au début des années 2000. Cependant, la plupart d’entre eux ne se reconnaît plus dans ce que les chercheurs appellent la « culture ouvrière ». Dans ce contexte, on assiste à une fragmentation des rapports sociaux entre jeunes des cités du quartier selon les parcours scolaires, culturels et la nature des activités quotidiennes [29]. Cette nouvelle segmentation du lien social juvénile local accentue les parcours individuels et les stratégies personnelles mettant un terme au sentiment communautaire qui caractérisait la « classe ouvrière » lors des périodes précédentes. Au sein du pôle déviant de la jeunesse populaire, nous pouvons y distinguer une sorte d’élite (« cerveau de la drogue locale, fiché au grand banditisme) qui représente une infime minorité et, à côté, ceux que l’on pourrait classer de petits trafiquants et de « délinquants ordinaires ». Mais si les « délinquants » sont fortement minoritaires parmi les jeunes ici, ils rythment, à eux seuls, le quotidien du quartier.

 

La vente de drogue rapporte des revenus substantiels uniquement à l’élite des trafiquants et ceux qui se sont bien implantés durablement dans ce type de business. Pour les autres, c’est un pari dangereux en raison d’une concurrence impitoyable (violence, règlements de comptes, etc.) et d’une présence policière de plus en plus répressive.... MAIS QUI NE S'ATTAQUE PAS ou peut a l'ELITE, aux CIRCUITS FINANCIERS qu'alimente la drogue.

 

L’imbrication de faits sociaux comme la fermeture des usines, la fin d’une société du plein emploi, la précarité qui explose la pauvreté qui éclate (En 2019, 9,2 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté monétaire[30]) et l’arrivée des drogues dures dans les quartiers populaires est liée à la dégradation des conditions de vie et des perspectives d’avenir de la jeunesse des « cités ». Les mutations des modes de production ont pour conséquences les transformations des modes de délinquance en l’espace de trente ans dans les « quartiers sensibles » qui voient de plus en plus de jeunes imprégnés par des activités illégales en raison des effets sociaux de la précarité grandissante au sein des classes populaires du quartier [31].

 

Le monde ouvrier n’existant plus comme système d’encadrement populaire et de représentations sociales, ces enfants d’ouvriers et d’immigrés sont, dans une certaine mesure, contraints de s’adapter en faisant preuve de pragmatisme aussi bien sur le marché du travail que dans le domaine de l’illégalité [32]. Et surtout, ces jeunes — qui ne pourront devenir ouvriers comme leur pères — peinent également à être salariés : ils sont au carrefour des transformations sociales et des crispations culturelles de la société française [33]. La situation sociale critique de ces jeunes depuis plus de trois décennies semble se pérenniser et ne trouve toujours pas, à l’heure actuelle, un débouché politique, économique et social favorable (le phénomène de trahison de la gauche sous Hollande qui s'est traduit par un recul social, la répression du mouvement des gilets jaunes a accentué le phénomène) sauf dans des situations extrêmes comme la délinquance, l’émeute ou la radicalité idéologique[34]. Les quatrième et cinquième générations ouvrières du quartier ont, dans une certaine mesure, des dénominateurs communs comme la galère, l’exclusion ou le racisme [35]. Néanmoins, la première génération de « jeunes de cité » revendiquait des droits avec la « marche pour l’égalité » en 1983 dans l’espoir d’une insertion professionnelle et sociale possible et réelle dans la société tandis que la seconde, confrontée davantage à la discrimination dans un contexte de mutations des rapports de production, s’illustre dans les émeutes urbaines et s’installe plus durablement dans la marginalité [36].

 

  • Conclusion : La décomposition de la « classe ouvrière » a donc des conséquences chaotiques sur le quotidien des générations ouvrières observées dans les quartiers et leurs descendants... et ces jeunes dits « de cité » forment la nouvelle « classe dangereuse » dans une société en proie à davantage d’incertitude économique et d’accentuation des crispations identitaires.

 

 

Pour aller plus loin, analyse du sociologue Marwan Mohammed[6]

 

 

 

 

- Comment expliquer la prévalence des formes de délinquance dans les quartiers ?

Pour le sociologue Marwan Mohammed, elles reposent, pour leurs auteurs, sur une logique de compensation sociale : ces comportements transgressifs peuvent en effet être lus comme des formes déviantes d’adaptation aux normes dominantes, ce que Merton avait appelé, dans sa théorie de la frustration relative, le « conformisme déviant ». Tous les milieux et classes sociales partagent les mêmes fins, les mêmes objectifs sociaux : consommer, s’affirmer, être reconnu socialement.

 

 

Seuls les moyens d’y accéder diffèrent, selon les positions sociales. Pour ces jeunes comme pour tous, l’urgence est de devenir quelqu’un et, dans un contexte de pression matérialiste, de consommer un peu.

  • Quelles sont les voies possibles pour y parvenir, dans des territoires où le décrochage scolaire et le taux de chômage sont particulièrement importants ?

Quelques-uns vont être doués pour le sport, les arts. Sans que ce soit mécanique, d’autres vont compenser par des moyens transgressifs et entrer en délinquance. Mais, contrairement à ce que l’on croit, là aussi, les places sont limitées : s’engager et durer dans ce milieu demande un certain nombre de compétences, de motivations et de ressources.

 

 

- Plutôt que de penser enfermement ou éloignement, il faudrait travailler à réduire le vivier, en amont des parcours de délinquance... s'attaquer aux causes

Par exemple, entre cent-vingt et cent-cinquante-mille personnes sortent du système scolaire chaque année sans qualification. C’est là-dessus qu’il faudrait agir. Des propositions existent, mais se heurtent à l’absence de volonté politique des pouvoirs qui se sont succédés et instrumentalisent la violence à des fins politiciennes pour justifier leur raison d'être (ex Gérard Darmanin, le RN, LR). A l’autre bout de la chaîne, il faut investir dans une vraie politique de réinsertion et de désistance.

 

La question de la sortie de la délinquance doit faire l’objet d’une véritable politique publique, pas d’un agrégat de dispositifs à la fois dispersés et limités, ce qui sous entend d'en donner les moyens à la justice, ce qui est loin d'être le cas en France[26].

 

Notes : 

[1] Nous ne sommes pas face à un « ensauvagement » de la société !

[2] Socio-histoire de la délinquance juvénile d'un ancien quartier ouvrier de « banlieue rouge » en mutation : de l'entre-deux-guerres aux années 2000

[2bisViolence : « Les bandes de jeunes ont toujours existé »

[3Michel Kokoreff, Sociologie des émeutes, Paris, Payot, 2008 ; mais aussi Alain Bertho, Le temps des émeutes, Paris, Bayard, 2009.

[4] Laurent Mucchielli, « Les émeutes urbaines dans la France contemporaine », in Xavier Crettiez et Laurent Mucchielli, La violence politique en Europe. Un état des lieux, Paris, La Découverte, 2010, p. 141-176.

[5]  Manuel Boucher, Les internés du ghetto. Ethnographie des confrontations violentes dans une cité impopulaire, Paris, L’Harmattan, 2010.

[6] Le sociologue Marwan Mohammed nous explique les moteurs de la délinquance de désœuvrement, qui a mène les jeunes de cité derrière les barreaux.

[7] Soutenir la « désistance »

[8] La crise du Covid donne des arguments aux partisans d'une légalisation du cannabis

[8bis] - Bordeaux : « J’ai préféré gagner de l’argent facile plutôt que d’aller travailler »

[9] Trafic de drogue : Gérald Darmanin annonce l'instauration d'une amende de 135 euros pour les guetteurs

[10les Français qui gagnent moins de 2 000 € net par mois n’ont plus que quelques dizaines d’euros sur leur compte en banque dès le 10 du mois.

[11] La grande majorité des adolescents considèrent leurs parents comme des modèles, des références pour se construire.

[12] En 2018, 20 % des Français ne pouvaient pas manger trois fois par jour

[13] 1 enfant sur 5 vit en dessous du seuil de pauvreté et ne mange pas toujours à sa faim

[14En novembre 2017, « 49% des personnes éligibles à une des aides sociales versées par les conseils départementaux ou les Caisses d'allocations familiales en ignoraient l'existence.» et 40% des gens qui on droit au RSA n'en bénéficaient pas

[153,7 millions de salariés précaires en France qui frappe surtout les jeunes et les milieux populaires

[16] Les femmes représentent aujourd'hui la majorité des personnes précaires en France.

[17] Quand des collectivités sacrifient des services publics !

[18] Les banlieues sensibles ou la segmentation sociale des territoires

[19En France, le trafic de drogue génère 2,7 milliards d'euros par an

[20] Fabien Roussel, député PCF : «Il faut pouvoir s’attaquer aux réseaux financiers, aux banques qui blanchissent l’argent de la drogue et aux narcotrafiquants»

[20bis] Christian Ben Lakhdar est maître de conférences en économie à l'Université de Lille 2.

[21] De l'intérêt de sortir le cannabis des réseaux criminels: pour une régulation d'un marché légal du cannabis en France

[21bisLa police de proximité supprimée par Sarkozy

[22] Proposition de loi pour légaliser le cannabis sous le contrôle de l’État

[23] Sans surprise, l'Assemblée nationale a rejeté, jeudi 13 janvier, la proposition de loi des Insoumis qui voulait légaliser le cannabis en France.

[23bisPouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes

[24] L’économie souterraine liée à la drogue dans les quartiers

[25] Le tout répressif ne fonctionne pas !

[26Rapport de la CEPEJ 2020 : La justice française toujours aussi mal lotie

[27] C’est pourquoi nous verrons que d’autres phénomènes ont participé à une accalmie « de façade » dans ce quartier sans pour autant que la véritable violence et les faits de délinquance aient véritablement disparu.

[28] Éric Marlière, Jeunes en cité. Diversité des trajectoires ou destins communs ?, Paris, L’Harmattan, 2005.

[29] Éric Marlière, « Les jeunes de cité. Territoires et pratiques culturelles », Ethnologie française, 4, 2008, p. 711-721.

[30En 2019, 9,2 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté monétaire

[31] Gérard Mauger , Le milieu, la bande et la bohême populaire. Études de sociologie de la déviance des jeunes des classes populaires (1975-2005), Paris, Belin, 2006.

[32] Laurent Mucchielli, « L’évolution de la délinquance juvénile en France (1980-2000) », Sociétés contemporaines, n° 53, 2004, p. 101-134.

[33] Éric Marlière, « Jeunes des banlieues et émeutes urbaines », in Bernard Roudet (dir.), Regard sur les jeunes en France, Paris, PUL, p. 127-145.

[34] Éric Marlière, « Émeutes urbaines, sentiments d’injustice, mobilisations associatives », SociologieS, 2011, http://sociologies.revues.org/index3521.html

[35] Stéphane Beaud et Olivier Masclet, « Des “ marcheurs ” de 1983 aux “ émeutiers ” de 2005. Deux générations sociales d’enfants d’immigrés », Les Annales HSS, juillet-août 2006, n° 4, p. 809-843.

[36] Saïd Bouamama, Les classes et quartiers populaires. Paupérisation, ethnicisation et discrimination, Paris, Éditions du Cygne, 2009.

[37] Légaliser et encadrer par un monopole d’État la consommation, la production et la vente de cannabis à des fins récréatives dans des conditions permettant de lutter contre l’addiction

[38Refonder la justice au nom du peuple et livret : JUSTICE Une justice au nom du peuple : garantir le service public de la justice et les libertés

[39Le projet de réforme de la police judiciaire menace l’efficacité des enquêtes et l’indépendance de la justice

[40] Refonder une police républicaine et livret : SÉCURITÉ ET SÛRETÉ Refonder le service public de la police

 

Pour en savoir plus :

- Le trafic de drogue en cinq chiffres stupéfiants

- Le trafic de drogue : un enjeu de société devenu central

- Colombie: le trafic de drogues profite aux banques occidentales

TRIBUNE. Eric Coquerel : " La prohibition nourrit le trafic de drogue "

- Une trentaine de sénateurs socialistes plaident pour la légalisation du cannabis

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5 août 2022 5 05 /08 /août /2022 13:35
Une proposition légitime de résolution du PCF assimilant Israël à " un régime d'apartheid " crée de hystérie au sein de la majorité gouvernementale LREM/RN/LR
Une proposition légitime de résolution du PCF assimilant Israël à " un régime d'apartheid " crée de hystérie au sein de la majorité gouvernementale LREM/RN/LR

Apartheid Israélien, il y a urgence à mettre fin au bal des Hypocrites... et en tout état de cause, « Critiquer l’exécutif israélien, ce n’est pas être antisémite »

 

Pour faire la clarté : L’apartheid est un terme afrikaans qui signifie « séparation » et désigne la politique dite " de développement séparé " instaurée par le Parti national afrikaner (NP) en 1948, dans une Union sud-africaine encore sous domination britannique[0].

A juste titre, la proposition de résolution du groupe parlementaire PCF #Nupes[1" condamne l'institutionnalisation par Israël d'un régime d'apartheid à l'encontre du peuple palestinien[0bis] " et veut faire reconnaître le boycott des produits israéliens par l'Assemblée nationale, avec le soutien de 38 députés PCF, PS et un écologiste et LFI de l'intergroupe #Nupes cosignateurs.

 

Les Palestiniens priĂ©s d’emprunter des bus diffĂ©rents des colons
Voilà qui justifie la résolution contre le régime d'apartheid israélien

 

Sources : Durand Eric  mis à jour le 11/08/2022

- Tout d'abord, pour expliquer l'agitation parlementaire, retour sur un concept non négociable " Non, antisionisme et antisémitisme ne sont pas synonymes "... et pourtant remis en cause par la macronie

Tout part des propos de Manuel Valls (1er Ministre de François Hollande)[1bis], selon qui l’antisionisme est « tout simplement le synonyme de l’antisémitisme et de la haine d’Israël ». Prononcée le 7 mars 2016 lors du dernier dîner annuel du Crif (Conseil représentatif des juifs de France)[2], organisme principalement consacré à la défense des gouvernements israéliens successifs auprès des autorités françaises,, cette accusation vise à faire peser un soupçon indistinct d’infamie sur les mouvements de solidarité avec les Palestiniens. et a été contestée, notamment par Pascal Boniface, Fondateur et directeur de l’Institut de recherches internationales et stratégiques (Iris)[2bis]

  • Et ils ne lâchent rien en la matière. Le 12 Novembre 2019 a été présenté à l’Assemblée nationale une résolution LREM visant à assimiler la critique du sionisme à un acte antisémite[3].
    • En réaction, 125 universitaires juifs lancent un appel à l’Assemblée Nationale : " Ne soutenez pas la proposition de résolution assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme et approuvant la définition de l’IHRA "[4].
    • Le 3 décembre 2019, L'assemblée nationale adoptait la définition de l'antisémitisme de l'IHRA appelée « RÉSOLUTION MAILLARD (député LREM) [4bis] » (texte résolution n° 2403[5])... et dont le contenu fait débat. (Pour la Ligue des Droits de l'Homme, il s'agit d'UN TEXTE AMBIGU ET TRÈS CONTROVERSÉ[6]).
    • Précision : La résolution de l’Assemblée Nationale est un acte par lequel l’Assemblée émet un avis sur une question déterminée. Cette résolution est de faite, non contraignante mais constitue une restriction à la liberté d’expression, cela peut s’assimiler à un délit d’opinion[6].
    • Et aujourd'hui, dénoncer et combattre le régime d'apartheid israéliens ferait de nous des antisémites... nous ne céderons pas !

 

 

- C'est dans ce cadre que lors de la présentation de la résolution du PCF[1], le 2 août les masques sont définitivement tombés

En l'absence de majorité, dans un contexte socio-économique hyper tendu, ce 2 août, le gouvernement a abattu sa dernière carte face à l'opposition de gauche en la vouant aux gémonies de l'antisémitisme.

 

Ce fut d'abord le très sioniste soutien du gouvernement Netanyahou, M Habib[10] qui sonna la charge. Ses insultes auraient pu en " toucher une sans faire bouger l'autre ", tant l'homme est connu pour ces outrances pro israéliennes et islamophobes. Cependant, le garde des sceaux, qui au lendemain des législatives fut l'un des tous premiers à tendre la main à l'extrême droite, reprend à son compte les accusations. Puis Éric Dupond-Moretti qui a mis de l'huile sur le feu. Enfin ce fut au tour de Madame Borne, première ministre sans portefeuille ni pouvoir de tenter avec ses gros sabots de scinder l'opposition de gauche en déclarant que bien sûr PCF EELV et PS étaient dans le champ républicain tout en excluant LFI.

 

Dans cette ambiance particulièrement pesante où l'accusation d'antisémitisme est portée contre les députés et les partis de la NUPES, ce sont toutes les composantes de gauche que l’on veut délégitimer en les accusant d’antisémitisme. 

 

C'est ainsi que le député communiste Jean-Paul Lecoq, premier signataire de la résolution sur Israël[1] déposée par plusieurs élus de la Nupes, a vivement protesté. Et à l'initiative des députés de la France insoumise, la quasi-totalité des élus de gauche ont quitté l'hémicycle.

 

 

- Et c'est dans ce contexte que l'Union Juive Française pour la Paix dénonce : " l'Apartheid, le bal des Hypocrites[9] "
Selon elle (extrait), l’institutionnalisation de l’apartheid par Israël ne fait plus aucun doute pour les juristes internationaux, qu’ils opèrent dans les institutions officielles ou dans les grandes ONG...

  • Non, le crime d’apartheid ne se juge pas par l’identité de forme avec le régime imposé par le pouvoir blanc en Afrique du Sud[0], maintenant honni par tous quand il bénéficiait jusqu’à sa chute du soutien de bien des discoureurs d’aujourd’hui (notamment le soutien permanent d’Israël, soit dit en passant).
  • Oui par le refus du droit au retour des réfugiés, par les discriminations institutionnelles entre Juifs et Palestiniens en Israël même comme dans les territoires occupés, par le blocus de Gaza, Israël coche de nombreuses cases de l’énumération des caractéristiques d’un régime d’apartheid dans les différentes conventions internationales sur le crime d’apartheid.

 

Et le crime d’apartheid ne résume pas à lui seul tous les crimes de guerre et crimes contre l’humanité que commet Israël.

 

Nous avons déjà dénoncé la campagne de calomnies qui s’est immédiatement développée dès la publication de ce projet de résolution[1] : les défenseurs inconditionnels du sionisme, sans le moindre argument pour critiquer l’argumentation du projet de résolution, ont aussitôt brandi hors de toute décence l’argument de l’antisémitisme, dès lors que les fondements de la création d’Israël sont interrogés. Cette campagne d’une droite sioniste décomplexée (la LICRA, le CRIF, Goldnadel, Prasquier, Aurore Bergé, Sylvain Maillard, Meyer Habib[10]…) bénéficie du silence des autorités de l’État, occupées à recevoir avec les honneurs le commanditaire de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, avant que cet après-midi même le Garde des Sceaux crée le buzz en relançant l’accusation inepte d’antisémitisme contre « l’extrême gauche ». Cette campagne se déroule au moment où précisément Israël est dans un temps fort de colonisation, notamment à Jérusalem Est, et dans un temps fort de discriminations légales visant à favoriser les expulsions et les départs des Palestiniens.

 

Cependant, nous devons dire un mot des critiques adressées au projet de résolution par ceux qui se veulent progressistes, mais veulent encore aujourd’hui protéger l’État d’Israël des accusations portées par le projet, en cherchant à tout prix et contre toute évidence à ne voir dans les crimes commis que le résultat des politiques des gouvernements de droite....

 

On voit le Centre Medem, faisant fi de ses origines antisionistes du Bund, dénoncer de même ce projet. Lui aussi fait semblant de croire que seul le régime sud-africain mérite le terme d’apartheid. Et il ose même reprocher au projet d’ignorer « (…) délibérément la participation active des citoyens arabes aux instances de la démocratie israélienne », faisant probablement référence au parti de la droite islamiste arabe un temps associé en roue de secours aux projets réactionnaires du gouvernement Bennett !

 

  • Non, la destruction des Juifs d’Europe n’autorise pas Israël à se parer de cette Histoire pour justifier d’être hors-la-loi commune. L’égalité des droits est un combat qui vaut pour toutes et tous. Il vaut pour ici comme pour là-bas. Nous le poursuivrons sans relâche.
Une proposition légitime de résolution du PCF assimilant Israël à " un régime d'apartheid " crée de hystérie au sein de la majorité gouvernementale LREM/RN/LR

Notes :

 [0L’apartheid est un terme afrikaans qui signifie « séparation » et désigne la politique dite " de développement séparé " instaurée par le Parti national afrikaner (NP) en 1948, dans une Union sud-africaine encore sous domination britannique

[0bisLes Palestiniens priés d’emprunter des bus différents des colons

[1Proposition de résolution de M. Jean-Paul Lecoq condamnant l'institutionnalisation par Israël d'un régime d'apartheid à l'encontre du peuple palestinien

[1bisManuel Valls

[2Dîner du Crif: pour Valls, «l'antisionisme est synonyme de l'antisémitisme»

[2bis] Fondateur et directeur de l’Institut de recherches internationales et stratégiques (Iris), Pascal Boniface publie un ouvrage pour répondre à ses détracteurs, parmi lesquels l’ancien premier ministre Manuel Valls, qui l’estampillent « antisémite » 

[3] PROPOSITION DE RÉSOLUTION visant à lutter contre l’antisémitisme

[4Sionisme et ainsi de suite… par Jean-Luc Mélenchon

[4bis] Le 28 mai 2019, le député Sylvain Maillard avait participé à une conférence aux côtés de Yossi Dagan, un leader militant des colons, qui préside une autorité de l’État Israélien en charge des colonies en Cisjordanie occupée.

[5Analyse du scrutin public n° 2338 sur la proposition de résolution visant à lutter contre l’antisémitisme

[6] DÉCRYPTAGE DE LA RÉSOLUTION DITE « RÉSOLUTION MAILLARD »

[9] Apartheid, le bal des Hypocrites

[10] Un député français (UDI) “porte-parole” de Benyamin Netanyahou à l’Assemblée nationale

 

Pour en savoir plus :

- Non, antisionisme et antisémitisme ne sont pas synonymes

- Antisémitisme : en finir avec le poison de la rumeur par Manuel Bompard

- Dans un contexte particulièrement pesant où l'accusation d'antisémitisme est portée contre les députés et les partis de la NUPES, des communistes ont décidé de répondre à une tribune de Michel Onfray ciblant le PCF parue le 31 juillet dans le JDD.

- Corbyn n’est pas antisémite. Son vrai péché est de se battre contre l’injustice dans le monde, dont sa version israélienne.

- L’Afrique du Sud demande qu’Israël soit déclaré "État d’apartheid"

- Contre vents et marées, la résistance palestinienne, debout !

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20 juin 2022 1 20 /06 /juin /2022 09:33
Le vote d’ouvriers et d’employés pour des candidats d’extrême droite : une problématique à ne pas esquiver

Le RN, ou l’illusion d’une opposition à Macron[1bis]

 

Hervé Debonrivage a, en mai dernier, rédigé cette analyse du vote RN. Il a eu raison de pointer l’importance de ce sujet comme le résultat du 2iéme tour des législatives le confirme...

Je me limite ici à cinq remarques complémentaires par Jacques Serieys :

- lorsque le programme et l’action politique de la "gauche" ne défendent pas les milieux ouvriers et populaires, pourquoi ceux-ci continueraient-ils à voter à gauche ? d’autant plus que beaucoup de médias valorisent le RN comme leur représentant. Cela entraîne surtout de l’abstention car une majorité de familles ouvrières ne sont pas dupes du fait que l’extrême droite fait partie du monde de la droite et du capitalisme.

- malgré quelques mots prétendument en faveur du peuple, l’extrême droite ne constitue en rien un appui pour ces milieux ouvriers et populaires, ne cherche en rien à les protéger contre le "mondialisme" et les "gros" capitalistes. Mussolini par exemple, est passé d’un discours social de ce type à la division par deux du salaire des femmes après l’arrivée au pouvoir. Plusieurs dirigeants du RN sont passés en une semaine de ce type de discours "social" au programme terriblement anti-ouvrier de Zemmour.

- les catégories sociologiques de l’INSEE ne prennent pas en compte le fait majeur des quarante dernières années : le salariat représente aujourd’hui plus de 80% des citoyens (ouvriers, employés, professions intermédiaires, cadres d’entreprise et professions intellectuelles supérieures, retraités ex-salariés). Globalement, ce salariat correspondant à une place dans les rapports capitalistes de production, vote plus pour La France Insoumise et la NUPES que la population française dans son ensemble. Le principal point d’appui électoral de la gauche, de LFI et de la NUPES à présent, ce sont les "professions intermédiaires" que de nombreux analystes préfèreraient voir intégrées dans un bloc avec les ouvriers et employés.

- si l’on accepte le concept de "classe populaire", il faut ajouter à ce salariat la catégorie INSEE définie par le terme d’INACTIFS. Il s’agit largement d’individus précarisés. Eux aussi votent plus pour LFI et la NUPES que la population globale et que pour le RN.

- la couche sociale englobée sous le concept "OUVRIERS" a beaucoup changé depuis 40 ans avec une nette baisse des ouvriers d’entreprise en CDI et une hausse par exemple des femmes de ménage et précaires en contrat court.

- La dernière étude sur les intentions de vote pour les législatives prévoit pour la NUPES : 43% parmi les professions intermédiaires, 32% parmi les employés, 32% parmi les cadres d’entreprise et professions intellectuelles supérieures, 41% parmi les "inactifs, 25% parmi les ouvriers, soit un engagement nettement plus important en faveur de la NUPES que pour le RN. Il est vrai que ces intentions de vote évoluent en fonction de l’offre politique ; le programme actuel de la NUPES répond évidemment plus à la demande du milieu salarié et populaire que les imbroglios permanents de François Hollande.

- Préambule : retour préalable sur le second tour des législatives 2022

Que l'on ne vienne pas nous dire que la France est pays de fascistes !

  • La faute de Macron est énorme : diaboliser la #Nupes (en mettant dans le même sac des " extrêmes " a contribué à multiplier par 10 le nombre de députés pour le RN, ce que l'insoumission dénonçait en mars 2022[1].
  • Le résultat de Le PEN à selon moi deux origines :
    • LREM et ses candidats, qui préfère soutenir en catimini le RN (sur 65 face à face entre la Nupes/RN, les donneurs de leçons de la macronie ont refusé de s'engager par une consigne claire dans 52 cas) de peur que la Nupes ait la majorité, car, comme je le publiais en mars 2021 « S'il existe encore un barrage pseudo-républicain en France, c'est désormais contre la gauche antilibérale »[2] ;
    • l'abstention du peuple porteur d'exigences de gauche, écœuré, dégouté par la trahison, par les engagements non tenus et dont le septennat Hollande a été l'un des plus gros contributeur. En effet, si Le Pen comptait sur l'abstention de gauche pour battre Macron aux présidentielles, elle comptait aussi dessus pour les législatives... et le résultat en atteste.

 

Le nouveau visage socio-professionnel des députés à l'issue des législatives 2022. 👉 Moins de 1% des députés sont ouvriers, contre 19% dans la population active.

 

  • A retenir : nous sommes l’expression politique des plus pauvres, des chômeurs, des oubliés de ce pays.
    • Parmi les 10% des circonscriptions où il y a le plus de pauvres, 80% ont été gagnées par la NUPES.
    • Nous avons la fierté d’avoir construit le + grand parti populaire depuis la Libération.

 

Nous sommes l’expression politique des plus pauvres, des chĂŽmeurs, des oubliĂ©s de ce pays.

 

Sources : Hervé Debonrivage | mis à jour le 13/10/2022

- Introduction Classe populaire ? De quoi parle-t-on ?

On entend par cette terminologie une partie de la population active constituée des ouvriers et des employés. On pourrait rattacher à cette catégorie des travailleurs indépendants à faibles revenus, des petits commerçants, des petits artisans, des propriétaires de petites exploitations agricoles.

  • Si l’on veut avoir une connaissance approfondie sur la notion de classe populaire, l’ouvrage le plus complet actuellement existant est le suivant : Sociologie des classes populaires contemporaines éditées chez Dunod ou Armand Colin[3].
  • On peut accéder un résumé détaillé de cet ouvrage collectif en utilisant le lien suivant sur Cairn info[4]

Sur l’évolution de la population active en France et plus particulièrement sur les catégories ouvrières on peut se reporter aux deux articles suivants :

  • Comment évoluent les catégories sociales en France ?[5] ;
  • Statistiques sur l’évolution du monde ouvrier de 1982 à 2020 et des différentes catégories qui le composent[6].

En 1982 les ouvriers représentaient 30 % de la population active, avec 6,9 millions de personnes et en 2020, 20 % de la population active avec 5,3 millions de personnes, les employés représentent quant à eux 25 % de la population active en 2020.

 

 

-  Deux articles concernant le vote des classes populaires pour des représentants de l’extrême droite
Depuis fort longtemps, il a existé des ouvriers et des employés ayant voté pour des candidats de droite ou d’extrême droite.

Mais un phénomène nouveau dont il faut reconnaître la réalité, c’est la croissance quasi continue du vote des classes populaires en faveur de l’extrême droite depuis les années 1980 qui coïncide, comme par hasard, avec la croissance et l’intensification des politiques néolibérales mais aussi avec la décroissance numérique de ces catégories populaires.

  • Une mise en garde préalable concernant l’utilisation des pourcentages par les médias et les instituts de sondage.

Il y a trois manières de calculer le vote ouvrier en faveur de l’extrême droite.

- Si l’on dit « il y a 50 % de votes des ouvriers pour Marine Le Pen » Il faut préciser de quelle quantité on prend le pourcentage. Si c’est 50 % du total du nombre d’ouvriers en France qui est de 5,3 millions, cela fait alors 2,65 millions de personnes

- S’agit-il de 50 % des ouvriers qui votent c’est-à-dire qui ne s’abstiennent pas ? En supposant que le taux d’abstention des ouvriers soit de 45 %, le pourcentage de votants est alors 65 % le nombre obtenu est alors : 50 % de 65 % de 5,3 millions ce qui donne : 1,72 millions de personnes

- Ou encore, troisième possibilité, cela veut-il dire que 50 % des électeurs pour Marine Le Pen sont des ouvriers ? Si l’on prend les 13,3 millions d’électeurs ayant voté Marine Le Pen au deuxième tour des présidentielles de 2022, on obtiendrait alors… : 6,65 millions de personnes : ce qui est évidemment impossible pour cette élection. Il faut donc être vigilant sur la manière dont les médias et les instituts de sondage annoncent leur pourcentage.

 

 

-  Les articles suivants, certes, apportent une ou des explications partielles qui devraient être donc complétées, mais n’en sont pas moins intéressantes.

1ïžâƒŁ Comment la gauche a perdu, en trente ans, le vote ouvrier (au profit de l’extrême droite)[7].

- Trente ans de métamorphose de l’électorat frontiste

Une étude de Jérôme Fourquet, directeur du pôle opinion et stratégies d’entreprise à l’Ifop (Institut français d’opinion publique), vient à point nommé pour apporter un éclairage documenté sur la question de savoir où se situe majoritairement, à moins d’un an de l’élection présidentielle, le vote ouvrier. Intitulée « 1988-2021 : trente ans de métamorphose de l’électorat frontiste », cette analyse d’avril dernier rappelle, d’abord, l’ancrage du vote d’extrême droite dans la société française puisque, depuis trois décennies, « un membre de la famille Le Pen obtient un score à deux chiffres lors d’une élection présidentielle ». Et les intentions de vote mesurées pour celle de 2022 ne démentent pas ce constat.

 

1988-2021 : évolution du score du FN/RN au premier tour de l’élection présidentielle. | Jérôme Fourquet/Ifop

Une des mutations prioritaires au sein des strates de l’électorat du Front national (FN), rebaptisé Rassemblement national (RN) en 2018, est fondée sur le niveau de diplôme, selon Fourquet. En 1988, avec Le Pen père, les titulaires d’un diplôme supérieur à bac+2 étaient les plus rétifs à un vote d’extrême droite (9% d’entre elles et eux) et ceux qui avaient un niveau inférieur au bac, les plus enclins (16%). On note que le delta entre ces deux catégories était de sept points. En 2017, avec Le Pen fille, la première catégorie est passée à 8% et la seconde à... 31%. L’écart s’est considérablement creusé pour atteindre vingt-trois points.

 

Le phénomène se diffuse maintenant au niveau des titulaires du bac dans les intentions de vote pour 2022 (mesurées en 2021). Alors que le vote lepéniste est quasi stable dans la catégorie au niveau éducatif le plus élevé (12% au lieu des 9% de 1988), il grimpe à 34% (contre 13% en 1988) chez les titulaires du baccalauréat. Et il s’affirme encore dans la catégorie des détenteurs d’un diplôme inférieur au bac : 33% contre 31% en 2017, comme noté ci-dessus.

 

- Plus de quatre ouvriers sur dix votent Le Pen

  • Cette observation faite en fonction du niveau de diplôme a évidemment une traduction politique puisque les moins diplômés sont cantonnés, beaucoup plus qu’auparavant, dans les métiers les moins en vue et les moins bien payés. « Tout se passe, écrit Fourquet, comme si le parti lepéniste avait progressivement capitalisé sur le ressentiment et le sentiment de relégation culturelle et sociale des publics les moins diplômés au fur et à mesure que le niveau éducatif moyen était rehaussé. » Le résultat électoral de ce mouvement socio-culturel est l’augmentation considérable sur un peu plus de trente ans de la part des ouvriers et des employés votant pour le FN/RN.
  • Alors que la proportion d’ouvriers votant pour le parti lepéniste en 1988 était de 17% –un pourcentage assez peu différent de ce qui était observé chez les employés (14%), dans les professions intermédiaires (15%) ou chez les cadres et dans les professions intellectuelles (14%)–, ce taux a énormément gonflé, passant à 39% lors de l’élection présidentielle de 2017. La part des employés a suivi une tendance de même nature car elle est montée à 30% à l’occasion de ce même scrutin. Les projections qui peuvent être faites au travers des intentions de vote pour 2022 accentuent encore ces phénomènes haussiers : le taux atteint 45% des ouvriers et 42% des employés.

 

1988-2021 : évolution du score du FN/RN au premier tour de l’élection présidentielle dans les milieux populaires. | Jérôme Fourquet/Ifop

  • « Le fait que plus de quatre personnes sur dix appartenant [aux milieux populaires] aient l’intention de voter pour Marine Le Pen au premier tour de 2022, relève Fourquet, témoigne de la très forte emprise idéologique du RN dans ces catégories. » Force est de constater que cette emprise idéologique n’a pas toujours été de ce côté de l’échiquier politique, c’est-à-dire à l’extrême droite. Loin s’en faut.
  • Même si la classe ouvrière a toujours été moins homogène que ce que pensaient et disaient les marxistes pour les besoins de la cause, il n’en demeure pas moins que l’histoire de la gauche, socialiste et communiste, est intimement liée à l’émergence de la notion de classe ouvrière. Créée au début du XXe siècle, la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière, IIe Internationale) ne contient même pas le mot socialiste dans son sigle, tant ouvrier et socialiste recouvrent le même champ politique dans l’esprit de ses initiateurs.

 

- Quand le PCF était le premier parti de France

  • Lors de son congrès de 1920, à Tours, une majorité de congressistes quitte la SFIO pour adhérer, sous l’influence des Soviétiques qui ont pris le pouvoir en Russie en 1917, à la SFIC (Section française de l’Internationale communiste, IIIe Internationale). La SFIC deviendra, en 1921, le Parti communiste français (PCF) qui représente, pour les marxistes, « l’avant-garde de la classe ouvrière ». C’est dire à quel point les communistes voulaient damer le pion aux socialistes comme représentants les plus authentiques du monde ouvrier. Même si celui-ci n’était pas fait d’un seul bloc politique.
  • En effet, même si une majorité, écrasante probablement, des ouvriers révolutionnaires ou réformistes votaient à gauche, notamment pour le PCF jusque dans les années 1970 et en partie pour le PS jusque dans les années 2000, ils coexistaient avec des ouvriers catholiques ou conservateurs dont le vote penchait à droite, comme ce fut notamment le cas pendant la période gaulliste. Cette hétérogénéité est décrite dans une étude du politologue Florent Gougou intitulée « Les mutations du vote ouvrier sous la Ve République » : il constate que « le vote ouvrier n’est donc pas naturellement acquis à la gauche ».

 

Lors du congrès de Tours, en 1920.

  • Il n’en demeure pas moins que le Parti communiste se présentait comme le porteur idéal des aspirations ouvrières qui, à l’en croire, trouvaient leur plein épanouissement dans la « patrie du socialisme ». De fait, le PCF fut le premier parti de France en termes électoraux dans l’immédiat après-guerre. Il jouissait alors, sur le plan intérieur, de l’image du parti des 75.000 fusillés –un chiffre très éloigné de la réalité, ce qui n’ôte rien à la bravoure de militants communistes qui ont sacrifié leur vie dans la Résistance bien avant que l’appareil du parti ne décide de s’y engager à la suite de l’invasion de l’URSS par les armées du IIIe Reich, en juin 1941.
  • Sur le plan extérieur, il profite de l’aura de la Grande Guerre patriotique victorieuse conduite par Staline et l’armée rouge contre le nazisme sur le front de l’Est. Il est vrai que le PCF sera longtemps d’une grande fidélité au stalinisme.

 

La récession de l’âge d’or communiste

  • Lors de l’élection de la première Assemblée constituante, en octobre 1945 (celle qui va clore le cycle de la IIIe République), il obtient 26,2% des voix et 159 sièges : il devance les démocrates-chrétiens centristes du MRP (Mouvement républicain populaire). Il culmine même à 28,3% aux législatives de novembre 1946 (la IVe République a été instaurée en octobre) et détient un tiers des sièges de l’Assemblée nationale... l'ère du « gaullo-communiste[7bis] » ?
  • Grâce au vote ouvrier et au soutien de l’intelligentsia de gauche –les communistes occupent alors une place prépondérante parmi les intellectuels–, le PCF tient le haut du pavé sur l’échiquier politique jusqu’à la fin des années 1970. À l’élection présidentielle de 1969, son candidat, le kominternien Jacques Duclos, obtient 21,3% des suffrages exprimés. Et dix ans plus tard, Georges Marchais, qui conduit la liste du Parti aux premières élections européennes, décroche 20,5% des voix.
  • Mais l’âge d’or est déjà entré en récession par la combinaison d’une multitude de facteurs qui sont défavorables au Parti communiste, en France et en Europe de l’Ouest. On peut citer pêle-mêle les interventions militaires extérieures de l’URSS pour sauver « le socialisme réel », les mutations de la société française après 1968, le rétrécissement progressif de la classe ouvrière au profit d’une classe moyenne aux contours moins déterminés dans les décennies qui suivent, la montée en puissance du Parti socialiste (PS) qui est couronnée par la victoire de François Mitterrand à la présidentielle de 1981, puis celle de 1988, la chute du Mur de Berlin en 1989 et la dislocation de l’Empire soviétique à partir de 1991, le mouvement de désindustrialisation, etc.

 

Le vote ouvrier n’est plus au rendez-vous

  • Le vote ouvrier n’est plus au rendez-vous de la gauche et du PCF en particulier. Selon le politologue Florent Gougou déjà cité, « il semble que le vote de classe ouvrier [atteint] son maximum lors des élections législatives de 1973, avant de décliner progressivement par la suite ». Georges Marchais est surpris par son score (15,4%) à la présidentielle de 1981. Ce recul est confirmé aux européennes de 1984 où la liste du secrétaire général n’atteint que 11,2%, c’est-à-dire qu’il fait jeu égal avec le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, dont la liste obtient 11%. Cinq ans avant, la liste d’extrême droite conduite par Jean-Louis Tixier-Vignancour avait fait péniblement... 1,3%.
  • Les nombreux bastions rouges ouvriers de la région parisienne qui firent la grandeur du PCF vont tomber les uns après les autres. À partir de ce basculement, la suite de l’histoire n’est plus qu’une descente accélérée vers les enfers électoraux. À la présidentielle de 1988, André Lajoinie, candidat communiste concurrencé par le dissident Pierre Juquin, n’obtient que 6,8% des voix alors que Le Pen père est à 14,4%. Aux européennes de 1989, le PCF n’a plus qu’un score à un chiffre (7,7%) et l’extrême droite est à 11,7%.

Le vote ouvrier n’est plus au rendez-vous

  • Le vote ouvrier n’est plus au rendez-vous de la gauche et du PCF en particulier. Selon le politologue Florent Gougou déjà cité, « il semble que le vote de classe ouvrier [atteint] son maximum lors des élections législatives de 1973, avant de décliner progressivement par la suite ». Georges Marchais est surpris par son score (15,4%) à la présidentielle de 1981. Ce recul est confirmé aux européennes de 1984 où la liste du secrétaire général n’atteint que 11,2%, c’est-à-dire qu’il fait jeu égal avec le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, dont la liste obtient 11%. Cinq ans avant, la liste d’extrême droite conduite par Jean-Louis Tixier-Vignancour avait fait péniblement... 1,3%.
  • Les nombreux bastions rouges ouvriers de la région parisienne qui firent la grandeur du PCF vont tomber les uns après les autres. À partir de ce basculement, la suite de l’histoire n’est plus qu’une descente accélérée vers les enfers électoraux. À la présidentielle de 1988, André Lajoinie, candidat communiste concurrencé par le dissident Pierre Juquin, n’obtient que 6,8% des voix alors que Le Pen père est à 14,4%. Aux européennes de 1989, le PCF n’a plus qu’un score à un chiffre (7,7%) et l’extrême droite est à 11,7%.
  • L’enchaînement des scrutins n’est plus qu’une longue litanie de défaites qui mettent en évidence la perte du cœur électoral du Parti communiste : sa base ouvrière. Les nombreux bastions rouges ouvriers de la région parisienne qui firent la grandeur du PCF tombent les uns après les autres. Jusqu’au fiasco des européennes de 2019 où, avec 2,5% des suffrages exprimés, le PCF n’envoie aucun représentant au Parlement de Strasbourg, quand les lepénistes en propulsent vingt-trois avec 23,3% des voix.
  • Absents des deux dernières consultations présidentielles (2012 et 2017) après s’être rangé derrière Jean-Luc Mélenchon (chef de fil successivement du Front de gauche et de La France insoumise), les communistes ont décidé de présenter leur secrétaire national, Fabien Roussel, en 2022, pour conjurer un retrait définitif du paysage politique français. Pourront-ils compter, comme dans le temps d’avant, sur le vote des ouvriers dont le nombre est passé de 6,9 millions, soit 30% de l’emploi total, en 1982, à 5,3 millions (20%) en 2019 ? Rien n’est moins sûr.

 

 

2ïžâƒŁ Deuxième article. Front national ou abstention : comment votent les ouvriers ?

- Les ouvriers sont de plus en plus tentés par le Front national MARGAUX BARALON , le 15 mars 2017[8]

FACT CHECKING - Selon Jean-Luc Mélenchon, il " n’est pas vrai " que les classes ouvrières plébiscitent Marine Le Pen. Pourtant, c’est bien la candidate frontiste qui arrive en tête de leurs intentions de vote. " Ce n’est pas vrai ! " Invité mercredi d’une matinale spéciale sur Europe 1, Jean-Luc Mélenchon, leader de la France Insoumise, s’est insurgé contre une question sur le vote des classes populaires, qui serait acquis à Marine Le Pen. " Ce n’est pas vrai que la classe ouvrière vote pour l’extrême droite ", a-t-il martelé. " 60% des ouvriers ne votent pas. C’est là le fond de l’affaire. Ils ne votent pas parce qu’ils sont écœurés par un système politique et médiatique qui les révulse."

 

Pourtant, les enquêtes d’opinion montrent une très forte percée de Marine Le Pen au sein de l’électorat ouvrier. Selon la dernière étude du Cevipof, 44% de ceux qui se disent certains d’aller voter iront glisser un bulletin au nom de la présidente du Front national dans l’urne. C’est plus que toutes les autres catégories socioprofessionnelles, devant les employés (35%) et les agriculteurs (35%), deux autres électorats très tentés par l’extrême droite.

 

Le deuxième candidat le plus plébiscité par les ouvriers est Emmanuel Macron. Mais l’ancien ministre de l’Économie arrive très loin derrière Marine Le Pen, avec seulement 16% des intentions de vote de la classe ouvrière. Jean-Luc Mélenchon, lui, pointe en troisième position avec 14%.

 

Une forte abstention. Concernant l’abstention, le leader de la France Insoumise n’a pas tort : elle est très forte au sein de la classe ouvrière, puisque 42% des ouvriers expliquent ne pas être certains de se rendre aux urnes. Loin des 60% évoqués par Jean-Luc Mélenchon, et moins que les agriculteurs, qui sont plus de la moitié (52%) à être des abstentionnistes potentiels.

 

L’enquête du Cevipof n’est pas la seule à montrer que Marine Le Pen rencontre beaucoup d’écho auprès des classes populaires. Dans le dernier baromètre Elabe aussi, la candidate du Front national est la personnalité préférée des ouvriers, avec 45% d’intentions de vote. Devant Emmanuel Macron (20%) et Jean-Luc Mélenchon (12%). Là encore, le taux d’abstention potentiel chez les ouvriers est non négligeable, avec 47% d’entre eux qui ne sont pas certains de se déplacer pour voter. Mais il n’est pas supérieur à celui des autres catégories de population : 53% des professions intermédiaires sont des abstentionnistes potentiels ; 42% des cadres et professions supérieures.

 

Les ouvriers de plus en plus tentés par le FN.

  • Ces chiffres ne sont pas propres à l’élection présidentielle. Lors des dernières régionales déjà, en 2015, 43% des ouvriers avaient voté Front national. Ils se tournent davantage vers l’extrême droite depuis 1988. À l’époque, 18% votaient Jean-Marie Le Pen au premier tour. En 1995, ils étaient 23%. En 2002, 31%. Après une rechute en 2007, le vote ouvrier en faveur du Front national avait de nouveau grimpé à environ 30% en 2012.

 

- Autre article :
Quel est le profil des électeurs ayant voté Emmanuel Macron au Marine Le Pen aux élections présidentielles de 2022 ?[9]

Selon un sondage figurant dans cet article, 67 % des ouvriers et 57 % des employés ont voté pour Marine Le Pen. Remarque il faut prendre ses derniers chiffres avec précaution : s’agit-il de 67 % de l’ensemble des ouvriers ou de 67 % des ouvriers qui votent ?

 

Si l’on considère en utilisant les sondages précédents que 45 % des ouvriers s’abstiennent, il en résulte que 65 % d’entre eux votent. Ainsi, si l’on prend 67 % de 65 %, on retombe bien sur le chiffre précédent de 45 % d’ouvriers votant pour Marine Le Pen.

 

 

3ïžâƒŁ Quels sont les faits explicatifs de la croissance de l’influence de l’extrême droite sur les classes populaires ?
Des causes économiques.

On connaît les ravages sociaux du néolibéralisme destruction des services publics, précarité de l’emploi, chômage de masse, délocalisation des entreprises, désindustrialisation, tertiairisation des métiers ouvriers (plate-forme logistique, chauffeur livreur, etc.). Mise en concurrence accrue des travailleurs entre eux sur un marché du travail ouvrier en contraction.

 

- Des causes sociologiques.

Ces causes économiques ont modifié les rapports sociaux entre les travailleurs : destruction des collectifs de travail et des liens sociaux de solidarité par notamment le recours à l’externalisation de certaines tâches et l’utilisation massive de sous-traitance, etc.

 

Ainsi le taux de syndicalisation n’a cessé de décroître et le syndicalisme non seulement comme moyen de défense des conditions de travail mais aussi comme outil de formation des travailleurs a perdu de sa force. Dans le contexte d’un marché du travail très concurrentiel et de précarité , certains ouvriers peuvent être conduits à faire porter la responsabilité de ses problèmes sur autrui et notamment sur travailleurs immigrés et les « assistés sociaux ».

 

De mauvaises conditions d’habitat et un environnement urbain ou périurbain où règne la délinquance favorisent la réceptivité aux idées sécuritaires et identitaires de l’extrême droite. Selon la Cour des Comptes, il existe en France 1514 « quartiers de non-droit » répartis sur environ 800 communes. Le vote de lois sécuritaires enrobées de com’à usage des fonds de commerce électoraux couplées à une destruction des services publics par les libéraux ne changent en rien cette situation.

 

- Des causes culturelles.

Une autre conséquence du néolibéralisme est le mauvais fonctionnement du système éducatif provoquant un échec scolaire ou universitaire de masse plus ou moins visible. Cela provoque un sentiment de relégation, de déclassement favorable à la désignation d’un bouc émissaire.

 

Les connaissances historiques, les capacités d’analyse critique des jeunes collégiens et lycéens se trouvent ainsi altérées. Ils se trouvent ainsi livrés sur le « marché électoral » sans capacité suffisante d’analyse critique des discours démagogiques voire racistes.

 

Il existe en effet une forme de banalisation du racisme :

  • la France, avec l’union européenne, s’est abstenue en 2014 et en 2021 au vote de la résolution de l’ONU condamnant la glorification du racisme et du nazisme. Les États-Unis et l’Ukraine ont même voté contre ! ( En revanche, tous les pays d’Asie et d’Amérique du Sud et d’Afrique ont voté pour.)
  • Paresse intellectuelle et défiance envers les autres aidant, il est beaucoup plus facile d’accuser le « fraudeur social », l’immigré « qui ne veut pas s’intégrer » pour expliquer la souffrance sociale que de dénoncer la mauvaise répartition de la valeur ajoutée produite par les travailleurs entre salaires et profits sous les Gide de la grande bourgeoisie dominante.
  • Il est bien évident que le simplisme d’un discours de Marine Le Pen tranche avec la relative complexité d’un discours de Mélenchon même si ce dernier déploie de réels efforts pour être pédagogique.

 

Une autre carence culturelle de l’éducation nationale concerne la laïcité

  • L’insuffisance des moyens mis en œuvre pour préserver le système éducatif de la pénétration par l’islamisme politique. Dont le rapport de l’inspecteur général Jean-Pierre OBIN entouré de 90 spécialistes a fait état dès 2004[10]. Ce spécialiste du renseignement de terrain cite dans sa longue interview les deux rapports précités.
  • Comme dans de nombreux domaines, les gouvernements libéraux incapables de donner les moyens financiers et humains pour faire fonctionner correctement nos services publics ne tiennent pas concrètement compte des rapports d’expertise indépendants.

 

En l’occurrence, cette incurie ouvre un boulevard pour tous les manipulateurs d’extrême droite, à des médias en quête d’audience sur des problèmes de conflits religieux et identitaires.

 

Les classes populaires n’échappent évidemment pas, comme d’autres catégories sociales, à cette vaste diversion qui, certes peut reposer sur des problèmes réels mais qui ne sont traités ni économiquement, ni culturellement, ni politiquement.

 

- Des causes politiques.

L’affaiblissement continu du PCF depuis la fin des années 1980 et le peu d’influence des partis d’extrême gauche ne permet plus aux travailleurs d’avoir une formation critique du capitalisme suffisante. Cette carence peut conduire un certain nombre d’ouvriers et d’employés à se réfugier dans le « chacun pour soi », dans le communautarisme, dont l’illusion d’un parti de l’ordre

 

Il est fréquent de lire : « la gauche a abandonné les classes populaires ». Mais encore faut-il être plus précis.

  • Le PS en se convertissant à des politiques économiques néolibérales donc de droite a pris des mesures économiques en contradiction avec les intérêts des classes populaires.
  • D’autre part, le PCF n’a pas su tenir compte des modifications structurelles du salariat ouvrier et des services. Il a abandonné sa politique de formation politique des classes populaires au profit d’une simple gestion des affaires locales et d’une professionnalisation alimentaire de la politique.
  • Un autre élément important à prendre en compte pour expliquer la défiance des classes populaires à l’égard des partis politiques ayant gouverné est le suivant : il n’y a eu que très peu d’élus ouvrier ou employés dans les différentes assemblées locales et nationales ou européennes.

 

Le vieux fond de l’antiparlementarisme d’extrême droite trouve alors un terreau favorable.

En outre, il existe une détérioration des rapports entre les institutions administratives du fait de la pénurie de moyens accordés à ces dernières et d’une numérisation technocratique mal acceptée par les classes populaires. Cela donne un écho favorable à la propagande anti fonctionnaires, anti technocrates, anti fiscaliste de l’extrême droite.

 

- Des causes idéologiques.

Il a été montré sur ce site et ailleurs que l’extrême droite a considérablement accru son influence au sein des grands médias dominants mais aussi sur les réseaux sociaux.

 

Ainsi les thèmes sécuritaires, identitaires voire religieux prennent une place disproportionnée dans l’espace médiatique et contribuent ainsi à augmenter l’électorat de l’extrême droite notamment dans les classes populaires. Rappelons ainsi que si Jean-Marie Le Pen avait obtenu 18 % des suffrages exprimés en 2002, sa fille, 20 ans plus tard, obtient 42 % des suffrages exprimés au second tour des élections présidentielles.

 

On constate ainsi que le score de 45 % pour le vote ouvrier en faveur de Marine Le Pen est légèrement plus haut que la moyenne nationale des suffrages exprimés.

 

À cette diffusion médiatique massive des idées d’extrême droite s’ajoute une propagande spécifique anti France Insoumise ou anti Mélenchon.

  • Islamo – gauchisme reprenant le terme de Judéo – bolchévisme d’avant-guerre ; communautarisme, wokisme.
  • Une autre critique spécifique pouvant toucher les classes populaires : Mélenchon serait un traître car il aurait appelé à voter François Hollande et aurait permis l’élection d’Emmanuel Macron. Or il se trouve que Mélenchon n’a jamais encouragé à voter pour l’un ou pour l’autre.
  • Même si les 13 % ou 17 % de l’électorat de Mélenchon ne s’étaient pas reportés sur Macron, celui-ci aurait de toute façon été élu avec plus de 2 millions de voix d’avance sur Marine Le Pen.
  • Mais les électeurs d’extrême droite lui feront remarquer que néanmoins il n’a pas appelé à faire barrage à François Hollande comme il l’avait dit pour Sarkozy et n’a pas appelé à faire barrage à Macron comme il l’avait dit à l’égard de Marine Le Pen.
  • Mais si l’on suit un tel raisonnement, cela signifierait que Mélenchon aurait dû préconiser l’abstention ou le vote blanc dans chacune de ces situations. Il faut remarquer que vouloir à tout prix appeler à faire barrage à Macron peut aboutir à quitter LFI et adhérer au RN comme ce fut le cas d’Andréa Kotarac lors des élections européennes de 2019 et fut fustigé par Jean-Luc Mélenchon[11] !

 

Mélenchon a évidemment eu raison de condamner une telle attitude mais celle-ci montre le niveau de détestation de Macron qui peut exister dans un électorat qui a voté Mélenchon au premier tour et dont 13 % ont voté pour Marine Le Pen pour faire barrage à Macron. (Sondage réalisé après le second tour et non pas un sondage d’entre deux tours qui indiquaient 18 % pour Le Pen et 37 % pour Macron).

 

L’analyse sociologique de cet électorat est partiellement décrite dans l’article de France 24 avant le second tour des présidentielles : la colère de l’électorat de Mélenchon vise d’abord Macron[12].

 

 

4ïžâƒŁ Comment convaincre les classes populaires qui votent pour l’extrême droite ?

Sans tomber dans le simplisme, il faut éviter une argumentation complexe.

  • Il faut simplement montrer que le RN – FN n’a jamais participé à la moindre manifestation pour défendre les salaires, les conditions de travail, les retraites. Quelles sont les propositions de loi du FN – RN à l’Assemblée nationale ou au parlement européen pour améliorer les conditions de vie des travailleurs
  • Quelles sont les politiques sociales envers les plus démunis dans les municipalités où le RN est majoritaire ? On remarquera le silence des grands médias sur cette question.
  • Historiquement, il faut rappeler que l’extrême droite a toujours eu un langage social pour prendre le pouvoir pour ensuite recourir à des politiques antisociales une fois élue.
  • Quant à la défense de la morale et de l’ordre, il faut rappeler que le RN a été mis plusieurs fois mis en cause par la justice pour le financement de ses campagnes électorales.
  • D’autre part, une rétrospective historique sur la vie politique du FN – RN donne l’image d’un parti en proie à de multiples guerres intestines, de rivalités et de nombreux départs : c’est ça le parti de l’ordre ?
  • Les deuxièmes auteurs des actes terroristes dans le monde occidental sont les mouvements d’extrême droite. Voir la liste des attentats d’extrême droite[13].... C’est ça la sécurité ? La paix civile ?
  • Montrer que les allégations du RN concernant la fraude sociale, l’attribution d’aides sociales considérables aux immigrés reposent sur des inexactitudes factuelles ou, au mieux, sur des chiffres biaisés.

 

Il faut aussi démolir les mythes du « grand remplacement », de la « guerre des civilisations » qui alimentent aussi les courants néonazis au niveau international.

  • Sans nier l’existence d’un certain nombre de problèmes locaux liés à l’immigration et sans nier l’existence d’une action de l’islam politique, ces questions doivent être traitées à partir de rapports d’experts indépendants, d’études de terrain de diverses associations démocratiques et non pas à partir de récupération médiatique et de déclaration bruyante des partis de droite et d’extrême droite. Comme l’ont déjà dit différents représentants de LFI : « moins de com’et plus d’action de terrain ! ».
  • Montrer que le problème essentiel est le partage des richesses entre salaires et profits créés par l’ensemble de la population active en France.
  • Montrer que cette inégalité du partage au profit des actionnaires a pour conséquence de casser les services publics notamment ceux de la santé, de l’éducation et la justice.

 

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- Retrouvez la conférence des #AMFIS2022 intitulée : « Qui a voté pour l’extrême droite en 2022

 « Qui a voté pour l’extrême droite en 2022 ? », avec :
• Alexis Corbière, député LFI-NUPES
• Boris Bilia, statisticien et co-animateur d’Intérêt général
• Gala Kabbaj, chercheuse, en charge du programme Stratégies contre l’extrême droite de Transform!
• Lucie Delaporte, journaliste à Mediapart, spécialiste de l’extrême droite

 

 

Notes :

[1] Macron trampoline de Le Pen : Mélenchon vote utile de 2022 ?

[1bisLe RN, ou l’illusion d’une opposition à Macron

[2] S'il existe encore un barrage pseudo-républicain en France, c'est désormais contre la gauche

[3] Classes populaires ou condition laborieuse ?

[4] Yasmine Siblot, Marie Cartier, Isabelle Coutant, Olivier Masclet et Nicolas Renahy, Sociologie des classes populaires contemporaines

[5] Comment évoluent les catégories sociales en France ?

[6] Institut national de la statistique et des études économique

[7] Olivier Biffaud — 19 mai 2021 : Comment la gauche a perdu, en trente ans, le vote ouvrier (au profit de l'extrême droite)

[7bis] L'ére du « gaullo-communiste »

[8] Front national ou abstention : comment votent les ouvriers

[9] Résultats présidentielle : quel est le profil des électeurs d'Emmanuel Macron, de Marine Le Pen et des abstentionnistes ?

[10] L’insuffisance des moyens mis en œuvre pour préserver le système éducatif de la pénétration par l’islamisme politique.. Voir pour plus de détails Wikipédia :

Jean-Pierre Obin qui, lassé de l’inaction des différents gouvernements, a publié en 2020 l’ouvrage : Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école.

- La commission et le rapport Stasi remis à Chirac en 2003 avait fait état des mêmes préoccupations.

- Pour avoir une idée du mode opératoire du développement de l’islamisme politique en France, on peut écouter l’émission : Thinkerview AlainChouet 35 ans de DGSE

[11] Appel d'un ex-soutien de Mélenchon à voter RN : le chef de file de LFI fustige un "traître"

[12] Présidentielle : "La colère de l'électorat de Jean-Luc Mélenchon vise d'abord Emmanuel Macron"

[13] Liste d'attaques terroristes d'extrême droite

 

Pour en savoir plus :

- Les classes populaires et la démocratie représentative en France : exit, voice ou loyalty ? Patrick Lehingue Dans Savoir/Agir 2015/1 (n° 31), pages 25 à 34 Source : cairn info

- Le référendum sur le projet de traité constitutionnel en 2005, puis le premier tour de l’élection présidentielle de 2007, ont semblé confirmer l’intérêt des classes populaires pour la politique

- Jean-Luc Mélenchon en 2015 : " Les chiens votent Front National ! Certains chats aussi ! "

Le vote d’ouvriers et d’employés pour des candidats d’extrême droite : une problématique à ne pas esquiver
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19 avril 2022 2 19 /04 /avril /2022 21:29
L’union populaire : une stratĂ©gie globale

 

Le sociologue Didier Eribon, qui a soutenu la campagne de Jean-Luc Mélenchon, analyse les causes de la poussée de l’extrême droite, et les défis qui attendent La France insoumise pour reconstituer durablement une pensée de gauche.

 

 

Dans Retour à Reims (Fayard, 2009)[1], récemment adapté au cinéma par Jean-Gabriel Périot, le philosophe et sociologue Didier Eribon analyse, à travers le récit intime de sa famille, le glissement du vote de la classe ouvrière du communisme vers le Front national (FN), puis le Rassemblement national (RN). Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle, le 10 avril, confirme selon lui l’inscription dans le temps d’un « vote de classe » favorable à l’extrême droite.

Une partie des causes de ce basculement est à chercher dans la conversion au néolibéralisme du Parti socialiste (PS), qui a « créé de la colère, de l’abstention, et finalement le vote » des classes populaires qu’il devait représenter contre lui – c’était l’objet de son essai, D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française (Léo Scheer, 2007). Le score piteux du PS (1,75 %) marque à ce titre « l’aboutissement d’un processus entamé au début des années 1980 », et qui a abouti à l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, explique-t-il.

Il estime cependant que la dynamique de Jean-Luc Mélenchon[2] (qu’il a soutenu publiquement), plébiscité dans les quartiers populaires, peut être de nature à faire dérailler l’anéantissement « programmé » de la gauche.

 

Sources : Didier Eribon | mis à jour le 29/11/2022

- Le premier enseignement de ce premier tour de l’élection présidentielle, c’est que l’extrême droite obtient plus de 30 % des voix, et qu’elle s’installe pour la deuxième fois consécutive au deuxième tour de ce scrutin. Comment interprétez-vous ce phénomène structurant de la vie politique française ?

Didier Eribon : Je crois que malheureusement le vote à l’extrême droite est bien installé. Cela s’est produit progressivement, depuis le milieu des années 1980. Au départ, c’était en grande partie un vote de protestation. Quand j’ai demandé à ma mère pourquoi elle avait voté Le Pen pour la première fois, elle m’a dit : « Pour donner un coup de semonce ». La deuxième fois, c’était sans doute pour donner un deuxième coup de semonce. Et la troisième fois, cela devient le vote naturel qui a remplacé celui d’autrefois pour la gauche.

 

Cela signifie que c’est toute la perception du monde qui change. Les conversations quotidiennes, le rapport aux autres, aux partis politiques, à ses propres aspirations personnelles. Le vote n’est pas seulement un acte électoral.

 

C’est aussi une sorte de culture au sens très large du terme. Comme je le disais dans Retour à Reims, dans ma famille, on ne votait pas seulement pour le Parti communiste français (PCF) : c’était toute une culture qui allait avec. On parlait le langage du Parti communiste. Il y avait une culture communiste, qui s’est délitée, laissant les individus à l’état d’abandon politico-idéologique.

 

C’est, bien sûr, lié à la transformation du monde du travail. Quand ma mère était ouvrière, dans les années 1970 et 1980, aux Verreries mécaniques champenoises, il y avait 1 700 ouvriers, dont 500 étaient membres de la CGT. C’était une force mobilisable, et souvent mobilisée, une force collective considérable.

 

L’usine a fermé dans les années 1980. Les enfants et petits-enfants de ces ouvriers n’ont pas retrouvé de travail dans ce type d’usines, qui fermaient les unes après les autres.

 

Quand ils ne sont pas chômeurs, ou au RSA, ou occupant des emplois temporaires, ils travaillent maintenant beaucoup dans la logistique, dans les entrepôts d’Amazon. Or, si vous êtes livreur, que vous travaillez dans un entrepôt, où la syndicalisation est difficile et risquée, il est évident que vous n’avez plus le même rapport à la politique. Vous étiez une force collective, vous êtes devenu un individu isolé.

 

  • Les gens privés de cette culture politique, et du mode d’expression qu’elle leur conférait, se sont reconstitué individuellement et collectivement une autre culture et un autre moyen de s’exprimer : le vote pour le FN, puis le RN. Pour eux, c’est une manière de se constituer collectivement comme sujet politique.

 

C’est ainsi que Marine Le Pen obtient des scores impressionnants dans l’Aisne, le Pas-de-Calais, le Nord, la Moselle, la Meurthe-et-Moselle, etc., c’est-à-dire les anciens bastions ouvriers, miniers, qui avaient été les berceaux du mouvement ouvrier français, et qui sont désormais désindustrialisés, précarisés, désespérés.

 

Si c’est une autre forme de vote ouvrier, de vote des catégories populaires, on peut donc dire que c’est un vote de classe. Ce qui est inquiétant, c’est que ce vote de classe s’est durablement inscrit dans le paysage politique. Il faut alors essayer de comprendre pourquoi. Et on ne peut pas comprendre ce qui se passe si on ne fait pas l’histoire dans le temps long, en remontant à la fin des années 1970.

 

 

- Dans votre livre sorti en 2007, D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française, vous situez l’origine de ce que nous vivons au tournant idéologique effectué par le Parti socialiste (PS) dans les années 1980. Pensez-vous qu’avec le score réalisé par le PS à cette élection, 1,75 %, on est arrivés au bout de cette séquence politique ?

Didier Eribon : On assiste à l’aboutissement d’un processus entamé au début des années 1980. La démarche critique, politique et intellectuelle a certes reflué par des effets structuraux après l’effervescence des années 1960 et 1970. Mais il y a eu aussi une volonté intellectuelle mise en œuvre par des think tanks dont l’objectif explicite était de défaire tout ce qui faisait que la gauche était la gauche, en démantelant la pensée de gauche, la pensée critique : Foucault, Bourdieu, Derrida étaient – déjà ! – les cibles principales.

 

Des cénacles se sont créés, comme la fondation Saint-Simon, créée par François Furet, avec des universitaires, des patrons de l’industrie et de la banque comme Roger Fauroux, Jean Peyrelevade, des journalistes, etc.

 

Ils ont activement organisé ce basculement vers la droite du champ politico-intellectuel en combattant la pensée de gauche – François Furet n’avançait pas masqué, puisque sa référence était Raymond Aron. Le Parti socialiste (PS) a été l’un des acteurs et des vecteurs de ce glissement organisé vers la droite. Si vous remplacez la notion de classe sociale, l’idée de mobilisation sociale et l’idée pourtant élémentaire qu’un parti de gauche doit s’appuyer sur ces réalités et sur ces processus, et doit représenter les ouvriers, les précaires, les chômeurs, et porter leur voix dans l’espace public, si tout cela est ignoré, repoussé et combattu idéologiquement, qui va se reconnaître dans ces partis de gauche ?

 

Pierre Bourdieu m’avait dit au milieu des années 1990 : « Ce pur produit de l’ENA [École nationale d’administration] qu’est François Hollande, se faisant élire à Tulle, ça veut dire le FN à 20 % dans dix ans. »

 

  • Que des technocrates élus sous l’étiquette PS dans des régions ouvrières développent des politiques néolibérales destructrices pour les vies des gens qui les ont élus, cela crée de la colère, de l’abstention, et finalement le vote contre ces gens-là.

 

Si les partis de gauche ne représentent plus, ne soutiennent plus, ne se font plus les porte-voix des ouvriers, des précaires, dans la sphère publique, alors ceux qui sont ainsi abandonnés ne votent plus à gauche, ils s’abstiennent ou votent FN. J’ai observé comment quasiment toute ma famille est passée en moins de dix ans d’un vote communiste à un vote FN.

 

En écrivant Retour à Reims, je me suis aperçu, par exemple, que c’était devenu aussi naturel pour un de mes frères de voter FN que pour mes parents de voter communiste autrefois. Il n’y a pas eu de transmission d’héritage politique, si ce n’est un héritage de révolte, de colère contre la situation qui est faite aux subalternes, et du vote comme moyen collectif de protestation. Le contenu du vote a changé, mais le geste est le même.

 

  • Si la gauche avait été du côté de Bourdieu au moment de la grande grève de décembre 1995, et pas du côté des cénacles qui la dénonçaient et qui insultaient les grévistes et les intellectuels qui la soutenaient, si elle avait soutenu et représenté les mouvements sociaux au lieu de les combattre, nous n’en serions pas là.

 

Les journalistes ont aussi une part de responsabilité. Libération employait contre Bourdieu des vocables que ce journal n’employait même pas contre Le Pen. Dans The Class Ceiling : Why It Pays to Be Privileged, de Sam Friedman et Daniel Laurison, il y a un tableau qui montre que les professions dont l’accès est le plus réservé aux classes supérieures, c’est la médecine puis le journalisme. Cette homogénéité ne peut pas ne pas avoir de conséquences. Cela explique évidemment le soutien de la presse à Emmanuel Macron en 2017 : l’affinité des habitus l’emporte sur les différences de surface.

 

 

 

- Finalement, nous aurions pu vivre en France un scénario à l’italienne, c’est-à-dire une disparition de la gauche ?

Didier Eribon : C’était programmé, en effet. Le PS a renoncé depuis longtemps à faire vivre la pensée de gauche. À la parution de mon livre sur la révolution conservatrice, Christian Paul m’avait dit vouloir créer des ateliers pour réinventer cette pensée. Le premier invité était Alain Finkielkraut, et le deuxième était Marcel Gauchet. Réinventer la gauche avec des idéologues aussi réactionnaires ! Vous voyez où on en était.

 

Il est évident que quelque chose se jouait à ce moment-là. Le PS s’est de plus en plus dissocié à la fois des classes populaires d’un côté, et des intellectuels de gauche de l’autre. C’est devenu un parti d’énarques dont les références intellectuelles se situent très, très, très à droite.

 

Ça a commencé sous Jospin, et l’aboutissement de tous ces processus a été la présidence Hollande, élu contre Sarkozy. Son secrétaire général adjoint était Emmanuel Macron, devenu son ministre de l’économie.

 

Rétrospectivement, on se dit : si le ministre de l’économie d’un gouvernement qui se disait de gauche à ce moment-là était Emmanuel Macron, comment aurait-il pu être possible que les classes populaires se reconnaissent dans le PS ? Le divorce, qui était déjà bien entamé, allait devenir un gouffre. C’était évident. Hollande n’a même pas pu se représenter.

 

Puis la droite a soutenu Macron, aux côtés de tous les hiérarques socialistes, préoccupés par leurs postes : on a vu Olivier Véran et Muriel Pénicaud gouverner avec Bruno Le Maire et Gérald Darmanin. S’ils peuvent cohabiter dans un même gouvernement, c’est qu’ils pensent tout simplement la même chose. Ils sont les mêmes : des représentants des classes supérieures qui regardent le monde social d’en haut et imposent leurs décisions. Tout cela a provoqué chez les électeurs de gauche un sentiment profond de révolte, de fureur même…

 

  • L’effondrement du PS est l’aboutissement de cette droitisation. Et l’aboutissement logique de cette séquence, c’est Macron, l’enfant idéologique de François Hollande et de la technocratie néolibérale qu’il avait épousée en noces publiques en édictant la loi Travail, et autres mesures du même genre.

 

 

Macron est l’incarnation de cette séquence historique. Il n’a pas de talent particulier : il est un effet, un produit de ces processus historiques. Il n’y a plus besoin d’un PS néolibéral, oxymore qui se retrouve condensé dans sa personne. Et la vraie droite et la fausse gauche réunies dans leur programme commun.

 

C’était le projet de la fondation Saint-Simon dans les années 1980. Réunir droite et gauche au « centre », ce qui veut dire à droite.

Au fond, Furet et Rosanvallon étaient les prédécesseurs de Blanquer et Vidal, avec leur assaut contre la pensée critique, qui représentait à leurs yeux une menace pour la « cohésion sociale », le « pacte social », la « rationalité gouvernementale », la « modernité économique », et toutes ces notions qui ressortissent à une perception bourgeoise, conservatrice et autoritaire de la vie politique. Bourdieu était leur cible principale. On voit aujourd’hui le beau résultat de leurs agissements délétères.

 

 

 

- Jean-Luc Mélenchon a-t-il réussi à faire dérailler durablement ce scénario à l’italienne programmé depuis les années 1980 ? Est-il de nature à desserrer l’étau qui nous enferme dans l’alternative entre l’extrême droite et l’extrême libéralisme de Macron ?

Didier Eribon : C’est l’autre phénomène le plus frappant de cette élection de 2022 : la dynamique qu’a su créer Jean-Luc Mélenchon en mobilisant les énergies à gauche, sur un programme élaboré. Ce succès est insuffisant, mais tout de même incroyable. Il faut s’interroger sur ce que ça peut signifier pour les possibilités futures de recréer une dynamique de gauche.

 

Sartre dit, dans un entretien, qu’il y avait une puissante force collective de transformation sociale en mai 1968, qui s’est effondrée quand chacun s’est retrouvé dans l’isoloir, le 30 juin. Le régime gaulliste a été sauvé par les votes des millions de travailleurs dont les grèves l’avaient si brutalement ébranlé.

 

Au fond, le PS des années 1980, 1990, 2000 a rêvé, comme la droite, d’un 30 juin permanent, c’est-à-dire de la fin de la protestation sociale et la soumission des gouvernés aux décisions des gouvernants. Ce à quoi il est urgent et nécessaire d’opposer un « Mai 68 » permanent ou en tout cas un « esprit de 68 ».

 

Je pense que les mouvements sociaux de ces dernières années ont réinventé une dimension collective de la perception de soi. La violence de la répression subie par ces mouvements a accentué cette dimension collective. Et, cette fois-ci, Mélenchon a su faire passer l’idée qu’une dynamique de gauche était encore possible dans les manifestations, mais aussi à travers le vote, pensé comme un acte de regroupement, de reconstitution d’une force qui va compter, qui va peser. On n’est plus les objets de la décision politique, on redevient des sujets.

 

Olivier Masclet a écrit un livre important sur la manière dont la gauche n’a jamais su s’intéresser aux énergies dans les quartiers populaires (La gauche et les cités. Enquête sur un rendez-vous manqué, 2006 – ndlr[3]). La gauche a méprisé, oublié les habitants de ces quartiers. Ils ne vont plus voter. Mélenchon a su les respecter, les défendre, les soutenir et leur faire considérer qu’ils pouvaient se faire entendre dans l’espace public par le moyen de leur vote.

 

On voit ce qui s’est passé à Marseille, à Roubaix, ou en Seine-Saint-Denis : une bonne partie du vote des quartiers populaires s’est portée sur son nom. Il a mobilisé un électorat qui ne votait plus. Mélenchon, malgré toutes les critiques que je peux lui faire, a réussi à recréer une dynamique de gauche.

 

 

- Mais est-ce durable ? Mélenchon a fait des scores importants dans l’ancienne ceinture rouge de la banlieue parisienne, où le PCF n’existe plus. Mais La France insoumise (LFI) n’a pas les structures partisanes du PCF de la grande époque…

Didier Eribon : Il est entouré d’une équipe de gens très talentueux, dont j’admire le travail et l’engagement. Maintenant, il est vrai qu’ils n’ont pas beaucoup de mairies, ni d’implantation dans des structures stables comme le PCF ou le PS, dans les régions ouvrières du Nord, en avaient autrefois. J’imagine que les Insoumis s’en préoccupent. À lire aussi Jean-Luc Mélenchon a rassemblé plus de 22 % des suffrages au niveau national et réalisé une percée spectaculaire dans les grandes villes et les banlieues alentour[4].

 

Quand le meeting, la manifestation, l’élection s’arrêtent, il faut faire perdurer la mobilisation dans le « pratico-inerte », selon le mot de Sartre, rappelé par Geoffroy de Lagasnerie dans Sortir de notre impuissance politique : c’est-à-dire dans la vie quotidienne, sur les lieux de travail, dans les quartiers, etc.

 

Ce n’est pas simple. Et je ne donne pas de leçons. Je sais que cela ne se décrète pas. Il faut aussi que des gens le veuillent et le puissent, alors qu’ils ont des préoccupations quotidiennes plus urgentes. Le vote ouvrier (blanc et non diplômé) du Nord et de l’Est est d’ailleurs allé globalement davantage à Marine Le Pen, alors que celui des jeunes urbains des villes universitaires (Nantes, Grenoble…) est allé à Mélenchon. Ce sont des blocs importants, dans les deux cas, la question étant pour la gauche de savoir comment les rapprocher, les réconcilier.

 

 

 

- Cette composition de son électorat ne donne-t-elle pas finalement raison au rapport de Terra Nova sorti en 2011 (« Gauche : quelle majorité électorale pour 2012[5] »), dans lequel on lisait : « La classe ouvrière n’est plus le cœur du vote de gauche, elle n’est plus en phase avec l’ensemble de ses valeurs. » L’électorat de Mélenchon, urbain, jeune, diplômé, ne confirme-t-il pas ce rapport, malgré lui ?

Didier Eribon : Pour moi, ça ne donne pas du tout raison à Terra Nova, car leur rapport concluait qu’il ne faut plus s’occuper des classes populaires, qu’elles seraient définitivement perdues. Si vous voulez seulement vous occuper du féminisme, de l’écologie et du mouvement LGBT (et je n’ai pas besoin de préciser à quel point ces mouvements sont importants à mes yeux), délaissant les questions sociales, vous laissez des pans entiers de la société en déshérence politique, sans cadre pour se penser, et qui finissent par voter FN, ou qui continueront à le faire...

 

Ce rapport était un signe supplémentaire que la bourgeoisie socialiste cherchait à justifier son effacement des questions ouvrières. David Gaborieau, un sociologue qui travaille sur les métiers de la logistique et les entrepôts d’Amazon, montre bien qu’il y a une classe ouvrière nouvelle, qui ne ressemble pas à celle des années 1950 ou 1960.

 

Il suffit de voir le film de Ken Loach, Sorry We Missed You, pour le comprendre. La classe ouvrière aujourd’hui, c’est, pour une bonne part, le livreur Amazon et l’aide à domicile. Mais sans la grande usine, comment se mobiliser ? Il n’y a plus de lieu où peut se créer la solidarité de classe.

 

  • Au lieu de les effacer du paysage intellectuel et organisationnel de la gauche, il faut au contraire les y intégrer en multipliant et renforçant les organisations syndicales et politiques qui offrent à cette nouvelle classe ouvrière les moyens de se penser comme sujet politique collectif.

 

 

- Vous plaidez pour le retour d’un discours de classe ?

Didier Eribon : La classe ouvrière est une réalité économique et objective. Mais c’est aussi une production discursive performative. Il y a des classes sociales, parce que Marx a dit qu’il y avait des classes, et la théorie, en proposant une perception du monde, façonne la réalité et notamment celle des luttes.

 

Il faut repenser, retravailler ces cadres théoriques qu’on ne peut jamais tenir pour acquis et définitifs. La réalité change. La théorie doit changer. La grande tâche de LFI est d’élaborer un tel cadre théorique, qui donne un cadre politique pour se penser soi-même comme une force collective de gauche.

 

Quand le PCF faisait ses meilleurs scores (plus de 20 % des voix), c’étaient à peu près 30 % à 40 % des ouvriers qui votaient pour lui, et les autres, c’étaient des enseignants, des employés, le monde de la culture, etc... Pourtant, ce parti se présentait comme le parti de la classe ouvrière et, d’une certaine manière, il l’était effectivement. Il l’était pour mes parents, ma famille, des millions d’autres, même si de nombreux ouvriers votaient à droite.

 

Le cadre discursif produit performativement le creuset, le foyer politique, dans lequel un « bloc », pour parler comme Gramsci, constitué de catégories différentes, peut s’agréger.

 

Et je ne pense pas que le concept central puisse en être la notion de « peuple ». Je n’adhère pas à l’idée d’un « populisme de gauche », même dans la version éminemment sophistiquée et séduisante qu’en propose mon amie Chantal Mouffe.

 

L’idée de « peuple » ne peut pas venir remplacer l’idée de classe, même s’il s’agit d’articuler les « équivalences » entre différents mouvements – classe, genre, race, écologie... La notion de « peuple » peut paraître combler les manques de la notion de classe mais elle revient à dire qu’une demande sociale ne devient politique que si elle se réfère à une notion commune de « peuple » et se transcende dans cette notion.

 

Il me semble qu’il faut au contraire penser la multiplicité, la spécificité et l’autonomie des mouvements, chacun ayant ses traditions, ses revendications, ses formes d’organisation, ses divergences internes… Disons que ce serait déployer une activité critique généralisée, tant théorique que pratique, pour défaire les différentes formes instituées de pouvoir et de domination.

 

La notion de « peuple » construit la politique en référence à une identité fictive, alors que, selon moi, il faut ancrer la politique dans les expériences et les identités vécues, les oppressions concrètes…. Et il incombe aux organisations politiques telles que LFI d’essayer de « travailler avec » tous ces mouvements pour proposer des débouchés politiques effectifs. Cela s’appelle la gauche. Une démarche de gauche.

 

 

- À l’aune de la campagne de Mélenchon en 2022, peut-on dire que le « moment populiste » de 2017 est terminé ?

Didier Eribon : Je ne sais pas. Il peut prendre d’autres formes. Ou resurgir plus tard ou ailleurs. Et cela peut toujours avoir des effets mobilisateurs. Mais l’essentiel pour moi n’est pas là. Je crois qu’opposer le « peuple » à la « caste », ou à l’ « oligarchie », n’est pas une stratégie pertinente ni viable à long terme.

 

On voit ce que ça a produit en Espagne, où les fascistes de Vox sont à 18 %, en prétendant défendre le « peuple », et Podemos à 10 ou 11 %. L’idée de peuple est dangereuse à manipuler. Marine Le Pen peut très bien elle aussi opposer le « peuple » à « l’oligarchie ». Si « peuple » est un « signifiant vide », comme le disent Laclau et Mouffe, on peut hélas y mettre ce qu’on veut, et cela ne correspond pas toujours aux souhaits agréables de ces deux auteurs.

 

Il est plus difficile pour l’extrême droite de se réclamer d’une idée de « classe ouvrière » organisée, de mobilisations sociales ancrées dans une perspective de justice sociale, de solidarité collective, de protection sociale, d’égalité, de développement des droits sociaux…

 

Un des défis de LFI est de construire un cadre qui puisse rendre compte des transformations de la classe ouvrière : la précarisation, le chômage… Comment s’adresser au père ou à la mère d’Édouard Louis, qui sont au RSA et qu’on menace de radier s’ils ne reprennent pas un travail, alors qu’ils ont le dos brisé, les articulations usées, et qui ont souvent voté FN ? Il faut justement leur donner un moyen de s’exprimer qui ne passe pas par le vote Le Pen. Un programme social comme celui de LFI (l'Avenir en Commun[6])peut contribuer à ce changement.

 

Je suis frappé quand on dit de Mélenchon qu’il est de gauche radicale. Mélenchon a un projet social-démocrate classique. Dans " L’Esprit de 45[7] ", Ken Loach montre bien ce qu’était le projet des travaillistes britanniques après la Deuxième Guerre mondiale : création de services publics dans tous les secteurs, nationalisations… C’est ce projet, largement réalisé, que la droite s’est acharnée à détruire par la suite avec le thatchérisme, et qu’aujourd’hui on considérerait comme extrémiste, quasiment soviétique.

 

  • Mélenchon ne pourrait même pas envisager d’aller si loin. Celui qui a un programme extrémiste, c’est Macron, il est du côté du thatchérisme, de la violence sociale du néolibéralisme.

 

 

- L’électorat de Mélenchon se divise sur l’attitude à avoir au deuxième tour. Il a donné pour consigne de ne pas donner une seule voix à l’extrême droite, mais ça ne suffira peut-être pas…

Didier Eribon : Tous mes amis ont voté pour Mélenchon et, évidemment, personne ne songe, même une seule seconde, à voter Marine Le Pen. Cela va de soi. Certains vont se résigner à voter Macron, malgré le dégoût profond qu’il leur inspire…

 

Mais nous ne sommes pas représentatifs de l’électorat de Mélenchon, et il est possible que la colère contre Macron soit si forte que certains dans d’autres catégories sociales soient prêts à faire n’importe quoi pour le lui faire savoir.

 

 

Plusieurs de mes amis vont s’abstenir. Et c’est ce que je vais faire aussi. Il m’est difficile de voter pour quelqu’un qui, à chaque fois que j’ai voulu exprimer mon opinion, m’a envoyé la police la plus violemment répressive, m’a asphyxié dans des nuages de gaz lacrymogène, a terrorisé des gens pour qu’ils ne manifestent plus. Selon l’Observatoire des street-médics[8], il y a eu 28 000 blessés dans les manifestations entre fin 2018 et début 2020. Le bilan du macronisme est effarant.

 

Et puis, il ne faut pas inverser les responsabilités. J’ai soutenu les grèves de 1995, j’ai manifesté contre la loi Travail, contre les réformes des retraites, j’ai soutenu l’hôpital public, j’ai prévenu que la destruction des services publics et l’appauvrissement et la précarisation des plus pauvres allaient faire monter l’extrême droite.

 

Depuis 30 ans, je « fais barrage ». J’ai écrit avant le premier tour de 2017 que voter Macron aurait pour résultat inéluctable de faire monter Le Pen. J’avais raison. Ceux qui nous ont combattus, insultés, réprimés sont les responsables de la situation actuelle. Les responsables, ce sont ceux qui ont installé le macronisme, soutenu cette politique ! Pas moi !

 

J’ajoute que ceux qui voulaient faire barrage à Marine Le Pen avaient un moyen très simple : voter pour Mélenchon au premier tour. Il lui a manqué un point. Et je n’oublie pas que ceux qui viennent donner des leçons aujourd’hui allaient jusqu’à proclamer que, en cas de deuxième tour entre Mélenchon et Le Pen, ils s’abstiendraient, ou même iraient jusqu’à voter Le Pen. Je n’invente rien !

 

  • Et ils viennent nous dire désormais que s’abstenir, c’est être complice de Le Pen, alors qu’ils étaient prêts à voter pour elle, il y a encore quelques jours ? On croit rêver.

- La possible victoire de Marine Le Pen, alors qu’on sait ce qu’elle ferait si elle arrivait au pouvoir, ne vous oblige-t-elle pas, justement, à faire barrage malgré tout ?

Didier Eribon : Je pense vraiment qu’il y a fort peu de chances pour que Le Pen puisse gagner cette élection. Le risque est très faible, quasiment inexistant. On essaie de nous faire peur pour augmenter le score de Macron afin qu’il puisse ensuite affirmer que son projet a été soutenu par un grand nombre d’électeurs.

 

Et dès qu’il sera élu, il reprendra sa politique de démolition, et accueillera tous ceux qui voudront protester avec des charges policières, des grenades lacrymogènes, des « balles de défense », provoquant à nouveau blessures et mutilations.

 

  • Ce n’est donc pas seulement que je ne veux pas voter pour Macron, c’est que je ne peux pas. La politique de classe qu’il incarne me révulse. Il a fait barrage aux mouvement sociaux, aux revendications syndicales, aux demandes sociales.
  • Il a fait barrage aux libertés publiques, à la démocratie. Il nous dit qu’il va changer, qu’il va écouter, mais c’est évidemment une obscène plaisanterie. Comment pourrait-il changer ?
  • Non, sauf dans le cas tout à fait improbable où les sondages indiqueraient qu’il existe un danger réel, je ne voterai pas pour lui.

 

 

--------------------------------

 

- François Ruffin, député France insoumise

Les campagnes de la Somme ont voté, hors Amiens, à 61% pour Marine Le Pen. Alors, on fait quoi ? On les abandonne au RN ? Non, on relève le gant, ici et ailleurs. Sur le papier, électoralement, je suis mort ! Et pourtant, on va ressusciter, et pourtant, à la fin, c'est nous qu'on va gagner !

 

 

- Retrouvez la conférence des #AMFIS2022 intitulée : « Qui a voté pour l’extrême droite en 2022

 « Qui a voté pour l’extrême droite en 2022 ? », avec :
• Alexis Corbière, député LFI-NUPES
• Boris Bilia, statisticien et co-animateur d’Intérêt général
• Gala Kabbaj, chercheuse, en charge du programme Stratégies contre l’extrême droite de Transform!
• Lucie Delaporte, journaliste à Mediapart, spécialiste de l’extrême droite

 

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25 mars 2022 5 25 /03 /mars /2022 21:09
Ces communistes qui s'engagent dans la bataille de l'#UnionPopulaire 2022

Témoignage...

« Il faut à tout prix éviter un second tour entre la droite et l’extrême droite. Et aujourd’hui, à gauche, le mieux placé, c’est Jean-Luc Mélenchon. »

Même si j'ai quitté le PCF en 2021, je soutiens Jean-Luc Mélenchon, car je suis pleinement communiste !... rejoignant l'appel de communistes à voter pour le candidat de l'Union Populaire[1]

 

 

Sources : Patrick Varache | mis à jour le 31/03/2022

-  Ce mardi 22 mars à Bléville lors d'une réunion publique de soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon avec Adrien Quatennens et Clémence Guetté en présence de 300 personnes, j'ai témoigné :


Bonjour à toutes et tous,


Merci de me permettre ce témoignage.


Dans un article publié en octobre 2021 dans le journal Info Ouvrière[2], je donnais les raisons de ma démission du Pcf un mois auparavant, ainsi que ma décision de mener la campagne Présidentielle de l’Avenir En Commun de Jean-Luc Mélenchon. Je trouvais irresponsable en effet qu’après deux campagnes 2012 et 2017 avec une forte progression de cette gauche radicale rassemblée, qu’on ne tente pas la victoire en 2022.


Comme beaucoup de mes camarades, j’ai considéré la candidature communiste comme un renoncement à la Présidentielle de 2022, avec pour objectif de se refaire une santé avec le retour aux alliances avec la social-démocratie, malgré ses nombreuses trahisons. 


Au-delà de ces stratégies électorales ce qui m’a vraiment déçu c’est cet aveuglement devant la gravité de la situation, devant les défis énormes qui sont devant nous et le fait que nos conditions de vie et de travail allaient considérablement se dégrader si on en reprenait pour 5 ans. Je vais y revenir.


En tant que militant Cgt, j’ai pu mesurer concrètement sur le terrain, après la loi travail de 2016 et les ordonnances macron qui ont suivi, c’est 50% d’effectif militant en moins, la fusion des instances représentatives du personnel et la perte de nombreux droits pour les travailleurs, notamment concernant les licenciements.  


Cette fusion a également mis un terme aux Chsct (Comité d’Hygiènes de Sécurité et des Conditions de Travail), remplacés par une commission du CSE aux pouvoirs amoindris, faisant courir des risques importants aux travailleurs et à l’environnement. Notre région havraise avec son port et sa 3ème zone industrielle de France, compte pas moins de 23 sites classés Séveso, dont 17 seuil haut. Ce qui signifie des normes très sévères, que les Chsct avaient le pouvoir de faire respecter.


Désormais les patrons sont maitres à la fois de la mise en œuvre et en même temps du contrôle des mesures de sécurité liées au fonctionnement de nos installations. Quand on connait la volonté de ces grandes entreprises de réduire les couts de maintenance et de fonctionnement on peut craindre pour la sécurité en générale.


Cette escalade de la régression sociale et ses effets dangereux sur la sécurité et les conditions de travail est très inquiétante et cela ne peut que s’accentuer, puisque la gestion de ces grandes entreprises est principalement orientée sur la rentabilité maximum, dans le temps le plus court possible.


Depuis 40 ans les libéraux au pouvoir sont au service de ces grandes entreprises et l’Aec se propose d’y mettre un terme, notamment à travers l’abolition de la loi travail et le rétablissement des CHSCT.

 


-  Mais au-delà, c’est la gravité de l’instant que nous vivons qui m’a décidé.

En effet, tous les observateurs sérieux analysent la période actuelle comme étant celle de tous les dangers, avec un risque de basculement sociétal gravissime. Les enjeux et défis qui sont devant nous imposent de sortir d’urgence du libéralisme.

 

Il est donc impératif, voire vital que la gauche radicale soit au pouvoir en 2022, car cette possibilité ne se représentera peut-être plus car la situation est la suivante :

  • Une extrême droitisation du régime et aussi d’une partie grandissante de la population, qui nous emmène vers société totalitaire ;
  • Une crise économique et sociale qui a déjà plongé 10 millions de personnes dans la pauvreté, qui va s’accélérer avec les politiques libérales et laisser de plus en plus de gens sur le côté ;
  • un défi climatique et de la biodiversité, on parle tout de même de fin du vivant, pour lesquels des réponses politiques urgentes en rupture avec le libéralisme, doivent être apportées pour accompagner cette évolution.

Et nous savons tous que les libéraux ne feront rien car cela risquerait de réduire les profits des 1% les plus riches.

 

 

-  C’est pour toutes ces raisons qu’en tant que communiste j’ai décidé de faire campagne pour le programme de L’AEC.

Un programme qui mesure parfaitement les enjeux, les défis et l’urgence à agir et qui est le seul à proposer une planification écologique essentielle pour surmonter les transformations climatiques et sociales.

Un programme qui parle de démocratie directe avec une constituante, de Ric, de tirage au sort, de mandats courts et révocables et une volonté de désobéir aux traités européens de régression sociale.


La dynamique engagé derrière le programme ambitieux de L’AEC et il faut le signaler, avec les convictions et le talent des rédactrices et rédacteurs, et en tête JLM, est une véritable chance pour notre classe sociale.


Merci

 

Note :

[1APPEL Communistes, nous voterons Jean-Luc Mélenchon

[2] Texte de mon article publié en octobre 2021 dans le journal Info Ouvrière

Ces communistes qui s'engagent dans la bataille de l'#UnionPopulaire 2022

 

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9 février 2022 3 09 /02 /février /2022 20:40
Fabien Roussel, Don Quichotte d’un communisme introuvable
Fabien Roussel, Don Quichotte d’un communisme introuvable
Fabien Roussel, Don Quichotte d’un communisme introuvable
Fabien Roussel, Don Quichotte d’un communisme introuvable

« Le social-chauvinisme, c’est l’opportunisme sous sa forme la plus achevée. Il est mûr pour une alliance ouverte, souvent vulgaire, avec la bourgeoisie et les états-majors[1] »

 

Un double mystère entoure la campagne de Fabien Roussel, le candidat du Parti communiste français pour la prochaine élection présidentielle. Comment un candidat qui recueille invariablement entre 1 et 3% dans les sondages d’opinion peut-il être autant invité dans les « grands » médias ? Comment le candidat d’un parti communiste peut-il recevoir à ce point les louanges de politicien·nes de droite voire de journalistes et d’idéologues réactionnaires ?

C’est à dissiper ce double mystère que s’attache ici Paul Elek, ancien militant du PCF. Il montre en particulier que la campagne de Fabien Roussel, loin de permettre la relance d’un projet de rupture avec le capitalisme, a essentiellement pour objectif de faire exister l’organisation par une stratégie de distinction vis-à-vis du candidat de gauche qui avait frôlé le 2nd tour en 2017 [ndlr : avec 19,6%], à savoir Jean-Luc Mélenchon[2].

Cela amène Fabien Roussel à prendre régulièrement pour cible ce dernier, et à alimenter les poncifs réactionnaires que ne cessent de marteler les médias dominants à l’encontre de la gauche dans son ensemble (sur la laïcité, la sécurité, le terrorisme, l’écologie, etc.). En outre, alors même que Roussel prétend reconquérir les classes populaires, il se situe dans la plupart des sondages à 4-5% dans les catégories intermédiaires et supérieures, contre 1-2% dans les catégories populaires.

Ce texte est une contribution au débat tactique et stratégique à gauche. Elle ne reflète pas la diversité des points de vue au sein de la rédaction de Contretemps mais elle nous a semblé importante et en appelle d’autres. 

 

 

Sources : CONTRETEMPS REVUE DE CRITIQUE COMMUNISTE | mis à jour le 15/04/2022

- Introduction

Pierre Laurent a cédé sa place à la tête du Parti communiste français lors du 38e congrès, en novembre 2018. Le texte d’orientation « Pour un manifeste du Parti Communiste du 21ème siècle »[3], emmené par André Chassaigne[4] et une coalition hétéroclite de secteurs du parti, était arrivé en tête. À l’époque, le contenu idéologique du texte s’était fait voler la vedette par le coup d’éclat du congrès : les communistes avaient voté majoritairement pour un texte alternatif à celui de la direction nationale, pour la première fois de leur histoire.

 

Les débats étaient alors dominés par les « préoccupations des communistes » quant à « l’affaiblissement électoral » et la « perte de visibilité nationale »[5] du parti, mis en avant dès le début du texte adopté à l’issue du vote.  L’objectif des partisans de ce manifeste était cristallin et ambitieux : « reconquérir l’influence [du] parti et reconstruire une organisation révolutionnaire de notre temps ».

 

Dans un contexte d’envenimement des relations entre les communistes et la France insoumise et de tergiversations du secrétariat national sur la direction à prendre, l’enjeu stratégique et tactique a ainsi enfermé le congrès sur une question : celle du devenir de l’organisation. Les auteurs du manifeste considéraient que le Parti communiste devait travailler « à créer les conditions d’une candidature communiste à l’élection présidentielle de 2022 »[6].

Elsa Faucillon : « Je redoute un repli identitaire du PCF »

En proposant d’« être présents avec nos candidates et candidats à toutes les élections »[7], ils ont répondu à une attente partagée par de nombreux communistes qui voyaient dans le retour d’une stratégie autonome la condition sine qua none d’un redressement de l’avenir du mouvement [ndlr : ce qui valait la déclaration suivante de la part de la députée communiste Elsa Faucillon : « Je redoute un repli identitaire du PCF »[8]).

 

La victoire du texte n’aurait pas été permise sans des retournements d’alliances internes voyant des soutiens historiques de Pierre Laurent, comme Igor Zamichiei[9] ou Ian Brossat basculer en faveur du texte « manifeste » sur la base d’ambitions personnelles. Finalement, c’est Fabien Roussel qui fut désigné secrétaire national du PCF avec pour mandat d’organiser le redressement de l’organisation. Sans comprendre cette obsession interne pour l’avenir de la boutique, fièrement épousée dans le slogan « PCF is back ![10] », difficile de comprendre aujourd’hui la volonté affichée par le candidat Roussel de se démarquer coûte que coûte de son ancien allié de la France insoumise et de tracer sa route, seul.

 

En 2021, le nouveau secrétaire du Parti communiste a été largement promu médiatiquement :  il apparaît ainsi comme la quatrième personnalité politique la plus invitée des principales émissions politiques de l’audiovisuel français, et la première à gauche[11]. Ce regain d’intérêt pour un candidat communiste ne provient pas de son potentiel électoral, puisque la candidature Roussel oscille entre 1 et 3% dans les sondages. Dès lors, difficile de ne pas penser que cette soudaine appétence médiatique pour le candidat du PCF, et ce dans un paysage médiatique largement droitisée, est liée au fait qu’il constitue un utile contre-feu au principal candidat de gauche, qui a frôlé le 2nd tour en 2017, à savoir Jean-Luc Mélenchon.

 

SaluĂ© Ă  droite, applaudi en macronie... Le candidat du PCF vit son heure de gloire et rĂȘve de dĂ©passer les socialistes. Mais un communiste ne reste-t-il pas un "coco" ?

De plus, le profil de la campagne Roussel a l’énorme avantage pour le commentariat réactionnaire – qui ne cesse de le féliciter[12] (mais aussi salué à droite, applaudi en macronie...[12bis]) – de reprendre à son compte une série de poncifs médiatiques constamment opposés à la gauche et aux mouvements sociaux (antiracistes, féministes, écologistes, etc.), et visant à les disqualifier. Mais cela a évidemment un coût : à gauche la division et la désorientation idéologique ; au sein du PCF l’abandon progressif des orientations données par le congrès, remplacées par un opportunisme exaspérant pour de nombreux communistes.

 

 

- Une stratégie qui renforce la droite

Municipales : un scrutin Ă  plusieurs faces

Face à la perte continue des bastions électoraux communistes[13], le nouveau secrétaire national du Parti communiste français a en effet misé sur une nouvelle stratégie, inspirée de considérations très personnelles. Dans son ouvrage " Ma France- heureuse, digne, solidaire ", Fabien Roussel accuse par exemple à demi-mot les directions précédentes d’avoir « laiss[é] au seul Front national la mainmise sur des sujets comme la nation, la souveraineté, la sécurité, le vivre-ensemble »[14].

 

Explication un peu courte des succès du FN, tant tous ceux qui à gauche se sont essayé ces dernières décennies à jouer ces cartes du « nationalisme de gauche » ou du sécuritaire ont non seulement sombré politiquement (Chevènement, Valls, etc.) ou sont demeurés absolument marginaux (PRCF, Kuzmanovic, etc.). Ne parvenant jamais à conquérir l’électorat populaire, ils ont toutefois assurément contribué à l’hégémonie réactionnaire. Ce type de politique prônée par le nouveau secrétaire national du PCF et ses alliés paraît ainsi relever plutôt d’une nostalgie impuissante, qui concourt avec son adoration pour Georges Marchais[15], que d’une stratégie politico-électorale capable de reconstruire l’influence du PCF.

 

Roussel estime en outre que la gauche a « tiré un trait sur l’électorat populaire »[16], ce qui est vrai à l’évidence du Parti socialiste (bien souvent en alliance, locale et/ou nationale avec le PCF…) mais pas – dans la période récente – de La France Insoumise[17]. Cette force était en effet parvenue en 2017 – avec le soutien du PCF cette fois – à obtenir de bons résultats dans les classes populaires, ce qui constituait une base sérieuse pour la reconquête durable de cet électorat : 25% parmi les ouvriers·ères, 24% chez les employé·es, 32% des chômeurs·ses[18]. Bruno Cautrès parlait ainsi, pour qualifier le vote pour Jean-Luc Mélenchon, de « vote néocommuniste », même si « la géographie électorale du candidat de La France insoumise ne se résume pas à [cette] seule dimension »[19].

 

AndrĂ© Chassaigne : « Il est illusoire d’espĂ©rer ĂȘtre au second tour »

André Chassaigne, artisan de la victoire du texte « manifeste » et président du groupe parlementaire des communistes à l’Assemblée nationale, estime de son côté qu’« il faut aller chercher ceux qui s’abstiennent et ceux qui votent en faveur de l’extrême droite », et que le Parti communiste a abandonné ses fondamentaux « au nom d’une forme de boboïsation intellectuelle ». Résultat, « le Parti communiste a[urait] perdu ses bases ouvrières parce qu’il a délaissé la valeur travail ». Pour André Chassaigne la faiblesse de la gauche serait d’ailleurs telle « qu’il est illusoire d’espérer être au second tour[20] », une thèse désespérante visant à justifier une politique solitaire en vue de la sauvegarde de la boutique.

 

Dans sa recherche d’un âge d’or perdu, qui comme tous les âges d’or est réécrit au prisme d’obsessions présentes, Fabien Roussel rencontre donc une difficulté majeure. Le secrétaire national du Parti communiste doit se démarquer de Jean-Luc Mélenchon avec lequel les communistes partagent une grande partie de leurs propositions programmatiques. Pour cause, ils l’ont défendu ensemble à deux reprises, et avec succès, lors de l’élection présidentielle. Du NPA à La France insoumise en passant par le PCF, les organisations à la gauche du PS partagent toute une série de revendications similaires comme la hausse du salaire minimum, la défense des services publics, la lutte contre la précarité, un certain degré de rupture avec l’économie de marché, etc. Dans ces conditions, difficile de se singulariser sur le projet social.

 

  • Dans son livre, Fabien Roussel n’en semble pas embarrassé.

Pour lui, la distinction sera remarquée lors de l’élection présidentielle [21]:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Le dirigeant communiste dresse ensuite la liste de ses désaccords, sous la forme d’une pique pleine de sous-entendus :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La gauche presque au complet à la manifestation contre l’islamophobie

En somme, c’est sur ces sujets que Fabien Roussel entend construire sa stratégie de singularisation du PCF, donc le profil politique de sa campagne. Force est de constater que ce commentaire de 2021 reprend finalement, à peu de choses près, l’angle d’attaque que la droite et l’extrême-droite ont engagé contre le candidat de la France Insoumise, notamment depuis sa participation à la marche du 10 novembre 2019 contre l’islamophobie[22][23][23bis] : Jean-Luc Mélenchon aurait rompu avec la laïcité, donc avec la République ; il ferait preuve d’un « angélisme » vis-à-vis de la délinquance et d’un « aveuglément » à l’égard de « l’islamisme radical », se rendrait coupable de « haine anti-flics » en dénonçant les violences policières contre les quartiers populaires et les mobilisations sociales, etc.

 

L’épisode de la manifestation contre l’islamophobie du 10 novembre 2019 est particulièrement intéressant. À l’époque, la France insoumise sortait de sa réserve sur le climat islamophobe dans le pays[24], extrêmement violent au cours de cet automne, et elle fut confrontée à une violente offensive médiatique et politique sur la légitimité même de la tenue d’une telle manifestation. Le PCF, qui avait signé l’appel à la rejoindre[25], ne fut représenté que par certain·es de ses élu·es comme la députée Elsa Faucillon et le porte-parole du PCF, Ian Brossat. Le secrétaire national, absent, déclarait alors trouver le terme d’islamophobie « réducteur[26] ». Le texte d’orientation qui l’avait conduit à la direction du parti proclamait pourtant que « les actes racistes, antisémites, xénophobes, islamophobes, quelles que soient leurs cibles et leur nature sont toujours très nombreux et augmentent en France. Cela correspond à un paysage européen extrêmement inquiétant, avec l’essor de l’extrême droite xénophobe et ethniciste et la complaisance de la droite vis-à-vis de cette dernière ».

 

  • L’opportunisme du dirigeant communiste s’avéra payant pour la première fois.

Alors que se déchaînait le procès en « islamo-gauchisme » contre une partie de la gauche, Fabien Roussel, à couvert, traversait la tempête sans encombre. Ce faisant, il abandonnait à son sort une partie non négligeable des classes populaires, vouées aux gémonies et exposées à la violence de l’offensive réactionnaire. Le texte du congrès, qui voyait dans le racisme un « rapport social de domination, d’exploitation et d’oppression » et dénonçait les « discriminations enracinées et les imaginaires puissants » qui conduisent des « citoyen.ne.s, français.es depuis plusieurs générations et descendant.e.s de l’immigration postcoloniale ou des citoyen.ne.s d’outre-mer, à subir elles/eux-mêmes le racisme (…) »[27], fut balayé, au bénéfice d’un électorat populaire, fantasmé par le député du Nord.

 

  • Cerise sur le gâteau, Fabien Roussel, arrivé à la tête du PCF pour imposer une candidature communiste à l’élection présidentielle, reproche à son ancien partenaire Jean-Luc Mélenchon d’être un adversaire du rassemblement à gauche :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peut-être évoque-t-il seulement les alliances avec le Parti socialiste que la direction du Parti communiste ne néglige jamais pour conserver de précieux élus locaux. Pendant la période du Front de Gauche (2009-2016), la question de listes autonomes vis-à-vis du Parti Socialiste au pouvoir avait suscité de vives tensions entre le Parti de gauche (de Mélenchon) et le PCF. Fabien Roussel a tranché, ce sera avec les socialistes.

 

Cinq mois avant la sortie de ce livre, qui théorise son tournant opportuniste, Fabien Roussel faisait de nouveau parler de lui en choisissant de participer, aux côtés de l’extrême droite et de la droite mais aussi d’Anne Hidalgo et de Yannick Jadot, à la manifestation des syndicats de policiers du 19 mai 2021. Rassemblé devant l’Assemblée nationale, le corporatisme policier venait faire pression sur les parlementaires, certains voulant faire « sauter les digues de la Constitution[28] ». Le dirigeant du Parti communiste, lui, « assumait » alors de parler haut et fort de sécurité au nom des classes populaires et des policiers, ces « ouvriers de la sécurité[29] ». Fabien Roussel faisait-il cependant autre chose que de venir objectivement à l’appui de la droite et de l’extrême droite, qui intentent en permanence un procès en laxisme à l’ensemble de la gauche ?

 

Contre-sens évident, dans un contexte où la mobilisation du Comité Adama et des collectifs de familles de victimes contre les violences policières et leur impunité, le traumatisme de la répression des Gilets jaunes et la succession de lois sécuritaires semblaient avoir en partie déverrouillé la capacité de la gauche à s’engager dans une critique de l’expansion de l’appareil sécuritaire et des violences d’État. Fabien Roussel prenait donc à contre-pied son camp politique, à commencer par les militants communistes présent·es dans la lutte contre la politique de durcissement autoritaire menée par la classe dirigeante.

 

Il avait cependant une excuse toute trouvée, estimant[30} qu’avoir « défendu l’idée que la gauche devait prendre à bras-le-corps les questions d’insécurité qui gangrènent l’existence de tant de villes et quartiers populaires » justifiait le fait de participer « avec d’autres parlementaires et élus du PCF au rassemblement des syndicats de policiers ». De nouveau, reprenant l’idée (fausse) selon laquelle la gauche aurait perdu les classes populaires en abandonnant le terrain de la nation ou de la sécurité, le dirigeant du PCF abandonnait les franges de ces classes, bien réelles, qui s’étaient mobilisées avec une combativité précieuse, des ronds-points du périurbain aux banlieues populaires.

 

 

- Derrière la surenchère, les renoncements
Depuis le début de l’année 2022, à l’approche de l’élection présidentielle, Fabien Roussel et sa direction de campagne multiplie ainsi les signes d’opportunisme, comme pour recevoir la clémence de la droite et de l’extrême droite et continuer son dialogue avec l’électorat populaire fantasmé auquel le candidat prétend s’adresser. Dans une série de sondages Ifop qui détaillent les différentes catégories sociales au sein de son électorat potentiel[31], le candidat communiste est crédité d’intentions de vote auprès des catégories populaires systématiquement inférieures à sa moyenne dans l’électorat. Dans le sondage OpinionWay du 31 janvier 2022[32], qui le donne à 3%, il apparaît de nouveau en-dessous de sa moyenne dans l’électorat chez les catégories « CSP – ».

 

"J'espĂšre qu'il n'y aura pas de parrainage qui iront soutenir d'autres candidats parce que ce serait aller soutenir un adversaire"

Dans sa quête impossible, le Don Quichotte d’un communisme introuvable, entend interdire aux élus communistes de parrainer un autre candidat et en premier lieu Jean-Luc Mélenchon (drôle de conception de la démocratie), et tend aujourd’hui la main aux « électeurs de la droite sociale[33] » et aux fameux électeurs d’extrême droite qui se tromperaient de colère et que la gauche (notamment le PCF) aurait perdu au profit de l’extrême droite. Il renoue ici avec une idée reçue, répandue à gauche. Pourtant, élections après élections, on observe que les transferts électoraux d’un parti vers un autre se font massivement vers les options qui sont idéologiquement proches et seule une minorité statistiquement insignifiante passe de l’extrême droite à la gauche radicale (ou inversement)[34]. D’une certaine manière, la stratégie de Fabien Roussel revient à lâcher la proie pour l’ombre, c’est-à-dire à abandonner les franges de l’électorat populaire qui votent très majoritairement à gauche (notamment les descendants d’immigrés non-européens), et qui ont voté massivement pour J.-L. Mélenchon en 2017[35], en imaginant pouvoir conquérir les franges de ces classes qui votent à droite ou à l’extrême droite.

 

L’objectif de reconquérir les classes populaires est évidemment juste. Mais il est extrêmement douteux qu’une stratégie consistant à aller sur le terrain idéologique de l’extrême droite, comme celui de la nation menacée et de l’insécurité galopante, puisse être en quoi que ce soit efficace dans ce sens : pour les franges de ces classes qui votent à gauche, cela a toutes les chances de les éloigner ; pour les autres, attirés par l’extrême droite non pour son programme « social » mais pour ses obsessions identitaires et sécuritaires ainsi que son discours individualiste et « méritocratique »[36] stigmatisant les « assistés », pourquoi se mettraient-ils à voter pour le PCF ?

 

Ainsi, la recherche par Fabien Roussel et son équipe d’un espace électoral et d’éléments de distinction avec Jean-Luc Mélenchon l’amène à offrir un point d’appui inespéré à la droite réactionnaire, chaque fois qu’elle se lance dans la critique de son propre camp social. En effet, cette recherche de singularisation, moins dans le but de construire une alternative politique que de restaurer la boutique PCF, vient systématiquement s’attaquer à la gauche qui n’a pas renoncé à défendre les conditions d’existence des classes populaires et à s’opposer à l’islamophobie et aux violences d’État.

 

Évidemment que le PCF peut et doit organiser des hommages à Charlie.

Dans son livre, entonnant d’ailleurs le même refrain qu’Anne Hidalgo[37], il sous-entendait déjà que la France insoumise en la personne de Jean-Luc Mélenchon entretenait une ambiguïté dans son rapport aux « valeurs républicaines ». Cette affirmation s’éclaira parfaitement lorsque, début janvier, dans le cadre d’un hommage à Charlie Hebdo, Fabien Roussel déroula le tapis rouge à des figures proches du Printemps Républicain comme la journaliste Caroline Fourest ou le dessinateur Xavier Gorce[38]. La députée Elsa Faucillon, lasse mais lucide, évoquera le lendemain sur Twitter[39] une soirée qui « dépassait largement l’hommage : la sélection des invités confirm[ant] un virage politique opéré par [son] parti depuis qqes mois.(…) ». Le dirigeant communiste et sa direction de campagne regretteront, eux, le « sectarisme » de l’élue[40].

 

Il y avait pourtant des raisons de s’inquiéter de l’invitation donnée à des partisans d’une organisation, le Printemps républicain, dont le président propose par exemple[41] « d’appliquer la préférence nationale dans l’attribution du logement social, justifie l’usage de tests osseux sur les mineurs étrangers », et dont les militants usent de méthodes de harcèlement systématique vis-à-vis des militant·es antiracistes et, plus généralement de gauche, qui se solidarisent avec les musulman·es face à l’islamophobie. Fabien Roussel n’est d’ailleurs pas exempt de reproches au sujet de l’immigration. Le 10 juin 2021, sur Cnews, il avait déclaré que les déboutés du droit d’asile avaient « vocation à repartir et être raccompagnés chez eux[42] ». Le tollé provoqué chez les communistes l’avait contraint de retirer ses propos et de s’en excuser. Le texte du 38e congrès voyait, lui, dans la lutte des « travailleurs étrangers avec ou sans papiers » une lutte « aux potentiels émancipateurs considérables »[43].

 

Au-delà des curieuses fréquentations de sa direction, le projet démocratique des communistes en a pris un coup dans la plateforme présidentielle du candidat, et son ambition pour la République aussi.

Dans le programme « La France en commun de 2017 », défendu dans le cadre de la campagne autonome de soutien à Jean-Luc Mélenchon, les communistes français écrivaient[44] :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aujourd’hui, le nouveau programme du candidat Roussel défend la vague « perspective d’une nouvelle République (…) Une République sociale, démocratique, écologique, féministe, résolument laïque, internationaliste…»[45]. Le paragraphe 132, qui affirme qu’« il sera proposé au pays et au Parlement d’engager des changements majeurs des équilibres institutionnels », ne comporte cependant aucune mention d’un processus constituant. Là où le projet de 2017 misait donc sur la participation populaire massive pour mener une révolution démocratique permettant de déverrouiller le champ institutionnel, Fabien Roussel veut engager le mouvement communiste dans la défense d’une réforme institutionnelle dans le cadre du parlementarisme. Le programme critique bien la « prééminence » du Président sur le Parlement, propose la suppression de « son élection au suffrage universel » et du 49-3, ou l’installation de la représentation proportionnelle, mais l’appel à un processus d’implication populaire n’a pas survécu. Derrière les signaux envoyés à un électorat introuvable, des renoncements bien réels sont proposés aux communistes.

 

Plus récemment, la direction de campagne de Fabien Roussel semble avoir abandonné la question de la destruction engagée de l’écosystème de la liste de ses préoccupations. Qu’importe alors l’avertissement d’un Karl Marx sur la manière dont le capitalisme épuise à la fois « la terre et le travailleur » et engage une transformation irréversible et destructrice du métabolisme entre l’humanité et la nature[46]. Au lieu de pointer la contradiction fondamentale du mouvement écologiste, c’est-à-dire la persistance de sa recherche d’une transition écologique dans le cadre du capitalisme – personnalisée en 2022 par la candidature de Yannick Jadot – le dirigeant communiste polémique avec les écologistes en faisant écho aux débats médiatiques[47] marqués par des controverses ridicules sur les sapins de Noël ou le foie gras.

 

Olivier Dussopt, ministre délégué chargé des comptes publics, déclare sa sympathie à Fabien Roussel, le candidat du parti Communiste

Le texte du 38e congrès, adopté par les communistes, reprochait lui à Emmanuel Macron de chercher « à couper les revendications sociales d’autres luttes aux potentiels émancipateurs considérables : les luttes des femmes, (…) ainsi que celles concernant les dominations ou encore l’écologie ». En lieu et place d’une critique en règle de l’inaction climatique des dirigeants français, Fabien Roussel fait le choix de cliver, à contresens et en donnant de nouveau le point à l’adversaire. Résultat, il reçoit les salutations distinguées de ministres de la Macronie[48] ou d’éditorialistes réactionnaires comme Mathieu Bock-Côté, un habitué des micros des médias de Bolloré, qui se demande dans sa chronique sur Europe-1[49] : « Comment Fabien Roussel peut parler aussi justement et être communiste ? ». Tout cela alors que la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, une partie des écologistes ou encore le NPA, cherchent les voies prometteuses d’une articulation entre le social et l’écologique, et d’une bifurcation écologique qui suppose la rupture avec le capitalisme néolibéral.

 

Mieux, dans ses passes d’armes, Fabien Roussel n’hésite pas à reprendre à son compte la rhétorique pernicieuse de l’extrême droite : « Il y a la gauche caviar. Une bien-pensance qui voudrait interdire la viande et les voitures »[50]. Véritable arme idéologique de décrédibilisation, le procès d’intention en « bien-pensance » ne vise qu’un objectif, faire taire celles et ceux que les idéologues réactionnaires vilipendent à longueur d’antenne : les musulman·es (réputés « communautaristes »), les militant·es antiracistes (les alliés des premiers), les « néoféministes » (accusés d’haïr les hommes), les universitaires prétendument « islamo-gauchistes », les « wokes », ou encore les écologistes.

 

Quant à son obsession pour la viande, le vin et le fromage, soudainement érigée en ligne politique, Fabien Roussel n’a pas pu s’empêcher de la présenter comme un projet national car : « Manger, c’est sacré en France »[51] (on se ficherait donc de bien manger ailleurs ?). Que fait-il alors si ce n’est prolonger la mise en accusation promue par l’adversaire qui sous-entend sournoisement que les partisans d’autres régimes alimentaires ne sont pas de « bons français » ? Fabien Roussel a oublié que dans son histoire, le mouvement communiste fut décrié comme le « parti de l’étranger ».

 

En conséquence, la responsabilité écrasante du capitalisme dans l’empoisonnement des sols et des ressources naturelles, celle de l’agro-business dans la piètre qualité des produits alimentaires passent au second plan du discours car ses faveurs médiatiques ne servent finalement qu’à soulever les polémiques qu’il entretient. Le mystère règne d’ailleurs toujours sur l’endroit où Fabien Roussel se trouvait lors des deux votes de l’Assemblée nationale sur l’interdiction du glyphosate. Le texte adopté au 38e congrès était pourtant de nouveau formel[52] :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, sur le plan de son programme social et malgré certaines propositions salutaires portées par le PCF[53], Fabien Roussel s’attèle surtout pour le moment à opposer sa défense de « la valeur travail » à celle de « l’assistanat[54] ». Une curieuse formulation qui n’a rien à envier à la rhétorique de Valérie Pécresse ou d’Emmanuel Macron. Plutôt que de saisir l’opportunité de mener une critique de la conception de la protection sociale portée par la deuxième gauche rocardienne[55], Fabien Roussel fustige l’« assistanat » que représenterait la prime d’activité, et ce, au nom d’une défense évidemment légitime de l’augmentation des salaires. Avait-il besoin pour cela de reprendre le vocabulaire et le leitmotiv de la droite et de sous-entendre avec elle que tout allocataire d’une quelconque indemnité est supposé vivre au dépend de la société (« assistés ») ?

 

La pente prise par le dirigeant communiste est terrible.

Et si l’objectif du candidat communiste était avant tout de rassurer quant à son projet économique ? Cela expliquerait la facilité avec laquelle il dépeint ses anciens alliés en dangereux communistes (sic), comme lorsqu’il estimait que la « garantie d’emploi » proposée par la France Insoumise s’appuyait sur une philosophie propre à « l’époque soviétique, le kolkhoze »[56]. Le brillant polémiste confond au passage kolkhoze et sovkhoze, s’emmêlant les pinceaux dans sa soviétologie approximative. De nouveau, derrière ce type d’attaques, comment ne pas voir une forme d’opportunisme visant à se faire passer auprès des médias dominants pour une force « responsable », c’est-à-dire respectueuse de l’ordre social ?

 

Si le doute persistait sur l’absence de perspective ancrée dans la lutte des classes, les mots d’André Chassaigne devraient pouvoir trancher[57] :

 

 

 

 

 

 

 

Peut-être pourront-ils tout de même compter sur leur camarade, Joe Biden, dont Fabien Roussel se demandait s’il avait ou non pris sa carte au PCF[58]…  

 

 

- Une voie solitaire

Il est illusoire d’espĂ©rer ĂȘtre au second tour

Le mandat donné à Fabien Roussel pour accéder à la tête du Parti tirait ses origines d’une angoisse identitaire quant à la survie de l’appareil communiste. De nombreuses et nombreux militant·es communistes partageaient avec sincérité cette crainte sans pouvoir pressentir la vision opportuniste dans laquelle s’enferment aujourd’hui Fabien Roussel et la nouvelle direction du Parti. Constamment, poussé par la nécessité de se distinguer pour exister sur le devant de la scène médiatique, le candidat du PCF s’est attaqué à son camp politique, la gauche de rupture, adoptant ici et là la rhétorique de ses adversaires et se positionnant à contre-courant des mobilisations populaires (NDLR : et sans aucune perspective comme l'affirme André Chassaigne « Il est illusoire d’espérer être au second tour »[57]).

 

À la suite de son meeting du 6 février 2022 à Marseille, que le candidat communiste souhaitait mettre en scène comme le tournant de sa campagne, il a engrangé de nouveaux applaudissements sur Twitter de la part d’ami·es indéniables de l’émancipation tels que… Manuel Valls, Caroline Fourest, Eugénie Bastié, Zineb El Rhazoui, qui ont ainsi rejoint Marlène Schiappa, Jean-Michel Blanquer ou Christophe Castaner sur la liste des personnes trouvant Fabien Roussel « sympathique », « courageux », ou encore porteur d’un « discours qui fait chaud au cœur » à gauche. Amour soudain de ces braves gens pour la perspective communiste ou symptôme d’une triste dérive ?

 

Dans le paragraphe « 5.4 Une union populaire et politique agissante », le texte du 38ème congrès énonçait :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peut-être serait-il temps pour Fabien Roussel de s’inspirer de ces moments où les communistes ont su construire l’unité. Dans la situation actuelle de triple crise sociale, environnementale et sanitaire, un rassemblement autour d’un programme de rupture avec le capitalisme néolibéral serait ainsi une option enviable, loin de constituer « un but en soi », et en tout cas préférable à une stratégie de distinction qui sert les adversaires des travailleurs·ses et des opprimé·es.

 

Il n’est pas impossible pour Fabien Roussel de trouver à court terme un refuge électoral modeste pour satisfaire la boutique, d’autant plus si la seule ambition du PCF est de faire mieux que lors de sa dernière candidature à la présidentielle (Marie-George Buffet avait obtenu en 2007 1,93% des suffrages). Aux marges d’une gauche mise en difficulté par une bourgeoisie en pleine radicalisation, certain·es partagent peut-être même ses illusions sur la période et ses regrets qui le poussent à s’inspirer d’un passé revisité pour proposer une formule gagnante pour l’avenir.

 

Son positionnement à contretemps des mobilisations populaires constitue un pari dangereux, en mettant le PCF à distance du mouvement réel sans lequel le communisme est privé de carburant. Quant à l’opportunisme déployé dans le contexte électoral par Fabien Roussel et son équipe de campagne, il apparaît comme une succession de renoncements qui l’éloigne de l’objectif fixé par Marx et Engels pour le mouvement communiste, précisément dans le Manifeste du parti communiste :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Aujourd’hui, dans le contexte de la présidentielle, le vote pour le candidat de l'#UnionPopulaire pourrait bien de nouveau apparaître comme le débouché naturel des luttes sociales, des quartiers populaires et plus largement de l’électorat de gauche. Sa capacité à fonder une organisation politique pour les rassembler autour d’une proposition commune en rupture avec le capitalisme est plus incertaine, mais une telle perspective aurait assurément besoin de l’expérience de milliers de militant·es communistes.

 

 

- Ma conclusion personnelle...

Alors que Zemmour va faire venir au vote du premier tour des gens qui ne se seraient pas déplacés : les cathos tradis, les conspirationnistes, des groupuscules d’extrême droite qui ont quitté le RN il y a des années. Si jamais Marine Le Pen réussissait à être au second tour, elle pourrait bénéficier d’un électorat disponible plus important qu’aux présidentielles précédentes....

 

une seule réponse possible : STOP à la division

artificielle de la gauche sociale au nom du repli

identitaire... REGOIGNEZ l#UNIONPOPULAIRE

et son programme l'#AVENIR EN COMMUN !

Fabien Roussel, Don Quichotte d’un communisme introuvable

 

- Fabien ROUSSEL : le candidat " communiste " chouchou du système

Comment un homme labellisé de gauche, de surcroit issu du Parti Communiste, peut-il susciter l'engouement de personnalités comme le philosophe et polémiste Alain Finkielkraut, l'animateur Cyril Hanouna, ou encore de la ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur Marlène Schiappa ?

 

Pour le co-rédacteur en chef de Frustration magazine Nicolas Framont, auteur d'un article intitulé  " Pourquoi la bourgeoisie adore-t-elle le « communiste » Fabien Roussel ? ", le candidat du PCF à l'élection présidentielle est salué par la droite car il ne tient plus vraiment des positions de gauche. Qu'il s'agisse de l'écologie, des violences policières ou encore de la lutte contre le racisme et l'islamophobie, Fabien Roussel " se range plutôt du côté de la classe dominante ".

 

Pour aller plus loin, Théophile Kouamouo s'est entretenu avec lui depuis le plateau du Média.

 

Notes :

[1(Lénine, « L’opportunisme et la faillite de la 2e internationale », Vorbote, 1, 1916)

[2] Résultats de l'élection présidentielle 2017

[3] Le texte d'orientation du congrès de 2018 est accessible en ligne ici

[4André Chassaigne : « Pour un Parti communiste français à l’offensive et utile »

[5] Texte « Pour un manifeste du Parti Communiste du 21ème siècle », p.3

[6] Texte « Pour un manifeste du Parti Communiste du 21ème siècle », p.32

[7] Ibid (Dans le même ouvrage, dans le même passage d'un ouvrage déjà cité)

[8] Elsa Faucillon : « Je redoute un repli identitaire du PCF »

[9] À l’époque, il était secrétaire fédéral du PCF Paris et auparavant un collaborateur parlementaire de Pierre Laurent.

[10PCF is Back, maintenant c'est la remontada ! (Fabien Roussel)

[11passages télé et radio des hommes et des femmes politiques.

[12] Il a reçu par exemple l’assentiment positif de Sonia Mabrouk, Pascal Praud, Eugénie Bastié, Alain Finkielkraut, Cyril Hanouna, et de Valeurs Actuelles. et amène à la question suivante : Présidentielle 2022 : pourquoi tant de politiques disent-ils du bien de Fabien Roussel ?

[12bis] Salué à droite, applaudi en macronie... Le candidat du PCF vit son heure de gloire et rêve de dépasser les socialistes. Mais un communiste ne reste-t-il pas un "coco" ?

[13] Voir notamment l’article de Roger Martelli sur les municipales de 2020 : 

[14] Ma France- heureuse, digne, solidaire, Editions Le Cherche-Midi, 2021, p.42

[15] Dans son livre, Fabien Roussel note : « Georges Marchais, lui, je l’ai rencontré et j’ai toujours beaucoup d’affection pour ce qu’il représente. (…). Aujourd’hui encore, je me demande ce qu’aurait fait Georges dans telle ou telle situation. Le parti qu’il dirigeait était alors celui du monde du travail. Je souhaite que le Parti communiste français redevienne celui-là.» (p.24-25).

[16] Ma France- heureuse, digne, solidaire, Editions Le Cherche-Midi, 2021, p.52

[17] La France insoumise

[18] Ifop, Le profil des électeurs et les clefs du premier tour de l’élection présidentielle, 23 avril 2017

[19]  Cautrès, Bruno. « Chapitre 9 – Mélenchon, « vainqueur caché » de la présidentielle ? », Pascal Perrineau éd., Le vote disruptif. Les élections présidentielle et législatives de 2017. Presses de Sciences Po, 2017, pp. 175-192.

[20] André Chassaigne : « Il est illusoire d’espérer être au second tour »

[21] Ibid, p.57

[22] La gauche presque au complet à la manifestation contre l’islamophobie

[23] CGT : Un 10 novembre multicolore contre l’islamophobie

[23bis] Jean-Luc Mélenchon : Diaboliser une initiative pour discréditer son objectif ?

[24] France insoumise : Marche contre la haine des musulmans « la France est notre bien commun »

[25] Le 10 novembre, à Paris, nous dirons STOP à l’islamophobie !

[26] « Islamophobie », un terme « réducteur » pour Fabien Roussel

[27] Texte « Pour un manifeste du Parti Communiste du 21ème siècle », p.13

[28Manifestation des policiers : les magistrats font appel

[29] Dégoutée, la jeunesse communiste lâche-t-elle Fabien Roussel ?

[30] Droit à la sécurité : Fabien Roussel défend " une police nationale de proximité "

[31] Ifop, 5 janvier 2021

[32sondage OpinionWay du 1er février 2022

[33FABIEN ROUSSEL TEND LA MAIN AUX ÉLECTEURS DE LA " DROITE SOCIALE "

[34Les différences entre le populisme d'extrême droite et de gauche

[35]  Collectif Focale, Votes Populaires ! Les bases sociales de la polarisation électorale dans la présidentielle de 2017, Éditions du Croquant, 2022

[36] Il faut entendre ici par méritocratique, une capacité à assigner une responsabilité individuelle à la situation vécue par un individu. Les électeurs du RN répondent par exemple massivement dans les enquêtes d’opinion que les « chômeurs trouveraient un travail s’ils le voulaient vraiment ». L’électorat de gauche a lui plutôt tendance à investir cette situation d’une réponse holiste : le chômage est aussi la responsabilité de la société ou des structures de l’économie.

[37] Hidalgo pointe les "ambiguités" d'EELV et Mélenchon sur la République

[38] Dans dessin récent, au détour d’une blague douteuse sur l’inceste et la pédocriminalité, Xavier Gorce en a profité pour exprimer sa haine des personnes trans

[39] la sélection des invités confirme un virage politique opéré par mon parti depuis qqes mois. Et le Printemps républicain s’en frotte les mains…

[40] Friture chez les communistes sur fond d’hommage à «Charlie Hebdo»

[41] On a lu pour vous « Printemps républicain » d’Amine El Khatmi

[42] Sortie xénophobe : pour F. Roussel (PCF), sans droit d’asile "on a vocation à rentrer chez soi"

[43] Texte « Pour un manifeste du Parti Communiste du 21ème siècle », p.29

[44] Programme « La France en commun », p.16

[45] Programme « La France des jours heureux », p.106

[46] Karl Marx, Le Capital, vol 1, IV Section : « La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur ».

[47] Foie gras, sapin de Noël… Les maires écolos, boulets de Jadot ?

[48] Présidentielle 2022: Olivier Dussopt, ministre délégué chargé des comptes publics, déclare sa sympathie à Fabien Roussel, le candidat du parti Communiste

[49] Mathieu Bock-Côté : " Comment Fabien Roussel peut parler aussi justement et être communiste "

[50] Compte twitter de Fabien Roussel

[51] Ibid

[52] « Manifeste pour un Parti Communiste du 21ème siècle », p.12

[53] Comme l’élection de représentant·es dans les instances de la Sécurité Sociale par les salarié·es.

[54] Fabien Roussel revient aux fondamentaux du PCF

[55] Cette vision de la protection sociale propose notamment le remplacement du système de cotisation sociale par des impôts (ie CSG) et de substituer au droit à la continuité du salaire sur lequel ont été fondés le système des retraite, d’assurance chômage et les premières allocations familiales, un revenu contributif.

[56] " Les Insoumis estiment que chacun doit avoir un travail et que si quelqu'un n'en trouve pas, l'Etat doit être employeur en dernier ressort. Nous ne partageons pas du tout cette philosophie là, ça c'est l'époque soviétique, le kolkhoze."

[57] André Chassaigne : « Il est illusoire d’espérer être au second tour »

[58] "J'ai l'impression de Joe Biden a pris sa carte au Parti communiste français"

 

Pour en savoir plus :

- Programme du PCF : la France ne commun version 2017 đŸ‘‡

Le culte de la division du peuple pour empêcher le candidat porteur d'un programme de gauche d'être au second tour et exister !
Le culte de la division du peuple pour empêcher le candidat porteur d'un programme de gauche d'être au second tour et exister !
Le culte de la division du peuple pour empêcher le candidat porteur d'un programme de gauche d'être au second tour et exister !
Le culte de la division du peuple pour empêcher le candidat porteur d'un programme de gauche d'être au second tour et exister !

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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 19:05
Lettre de la France insoumise au PCF

 

La lettre de LA FRANCE INSOUMISE adressée au PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS...

 

Sources : FORUM FRANCE

Chers camarades,


Depuis de nombreuses semaines nos amis mènent une intense mobilisation autour de leur candidat respectif à l’élection présidentielle. Le jour du vote approche. Ce sera dans quatre mois seulement. Moins encore si l’on tient compte du temps de la trêve de fin d’année.


Le tableau politique est désormais assez clairement dessiné. Les candidatures sont connues. Les droites et l’extrême droite sont en position avec quatre candidats en tête des sondages : Macron, Le Pen, Zemmour, Pécresse. Le calcul autant que la réalité de terrain nous le disent : si nous étions unis comme dans les deux précédentes présidentielles nous pourrions leur disputer l’accès au second tour. Nous pourrions aussi garantir notre représentation respective à l’Assemblée nationale.


Certes, nos divergences existent. Elles sont sérieuses. Mais l’extrême proximité de nos propositions en général est également là. Elles nous situent, Communistes et Insoumis dans la même famille de projet, en rupture avec le système économique et politique aujourd’hui dominant. Dans le passé récent, malgré toutes les difficultés et en dépit de nos erreurs respectives, nous avons obtenu ensemble des résultats brillants et entraînants. En 2017, nous sommes parvenus avec la candidature commune de Jean-Luc Mélenchon à un résultat unique en Europe. Nous avons été placés en tête, devant toutes les formations écologistes et social démocrates, approchant de peu l’accès au second tour.


De la sorte, nous avons prouvé l’existence d’un pôle populaire capable de devenir majoritaire. Cela prouve que nous pouvons faire plus et mieux. Nous y sommes invités par l’extension brutale dans les milieux populaires de la misère, de la faim et du froid, du chômage et de la précarité dans des proportions jamais observées.
C’est pourquoi nous vous adressons ce courrier pour vous faire la proposition d’essayer d’y parvenir.


Nous vous le proposons de nouveau en tenant compte des évolutions que la campagne et les échanges constants entre nos délégations nous ont permis de percevoir. La nouveauté de la situation nous y invite avec force. Nous avons compris, comme vous, l’incroyable changement que provoque l’émergence d’un parti comme celui de monsieur Zemmour, ajoutant désormais son influence à celle de madame Le Pen. Nous voyons le danger d’une radicalisation extrême des droites et de leurs programmes de gouvernement. Nous comprenons la gravité d’une défaite faute de combat uni du pôle populaire que nous voulons incarner. Les conséquences sociales, écologiques et démocratiques seraient considérables.


Dans les conditions actuelles la candidature de Jean Luc Mélenchon, avec votre appui, est la mieux placée pour disputer l’accès au second tour. Evidemment nous devrions accepter une discussion commune qui permette de parvenir à un programme partagé qui serait appliqué en cas de victoire. Pour autant, chacune de nos formations pourrait mener sa propre campagne et, de façon concertée, présenter ses propres raisons de porter cette candidature. Le parlement de campagne de l’union populaire, s’il le souhaite, pourrait accueillir une représentation de l’ensemble des forces que nous pouvons mobiliser.


Bien sûr, vous comme nous, entendons faire entendre nos propres projets, demain comme aujourd’hui. Nous nous en donnerions mutuellement le moyen en organisant ensemble un dispositif commun aux élections législatives. En commençant par la garantie d’une candidature commune dans toutes les circonscriptions de l’hexagone et de l’outre-mer dont l’un des membres de nos groupes est l’élu sortant. À partir de là, si cela se découvrait possible, cette entente pourrait s’étendre à d’autres circonscriptions par commun accord.


Chers camarades, nous vous adressons ce courrier pour tenir compte de l’évolution de la situation depuis le commencement de nos campagnes respectives et dans l’urgence du danger qui se dessine pour notre pays. Nous savons combien vous avez su dans le passé lointain ou récent vous hisser à la hauteur des événements. C’est pourquoi nous pensons qu’un chemin commun existe pour nous. Et nous croyons qu’il deviendrait vite celui de millions de nos compatriotes avides de faire un choix positif et heureux pour l’avenir qui se présente.


Avec espoir et fraternité,
Bien à vous,
Signatures :

  • Adrien Quatennens, coordinateur du mouvement la France Insoumise
  • Mathilde Panot, présidente du groupe Insoumis a l’Assemblée nationale
  • Manuel Bompard, président de la délégation Insoumise au parlement européen
  • Manon Aubry, co-présidente Insoumise du groupe de la Gauche au parlement européen

 

Notes :

- Pour télécharger la lettre

 

----------------------------------------

 

- Pour consulter la compatibilité des programmes (comparateur de programme)

Un outil de melenchon2022.fr qui vous permet de vérifier le degré de compatibilité de textes programmatiques sortis ces derniers mois avec l’Avenir en commun.

  • Ci dessous, comparaison de l'Avenir en commun avec le Projet pour un pacte social, écologique, républicain qui est le programme présenté par le candidat du Parti communiste français Fabien Roussel le 24 janvier 2022 pour l’élection présidentielle des 10 et 24 avril.

 

 

Pour en savoir plus sur :

  • L'appel à la constitution d'une fédération populaire

- Mélenchon à «Libé» : «Je lance un appel à la création d’une fédération populaire»

- Fédération populaire : comment ça marche ?

  • Les appels de la France insoumise et Jean-Luc Mélenchon au PCF

Adrien Quatennen adresse une demande de rencontre au PCF en août 2020

- 10 décembre 2020 Jean-luc Mélenchon s'adresse au PCF : " J’ai écrit aux communistes "

- janvier 2021, Jean-Luc Mélenchon s'adresse à Fabien Roussel

- Présidentielle 2022 : Adrien Quatennens appelle de nouveau Fabien Roussel à rallier la candidature de Jean-Luc Mélenchon

- Présidentielle. Jean-Luc Mélenchon demande aux communistes de le rallier

-  PRIMAIRE DE GAUCHE: DES INSOUMIS PROPOSENT À FABIEN ROUSSEL DE S'UNIR DERRIÈRE JEAN-LUC MÉLENCHON

- Présidentielle 2022 : La France insoumise tente de convaincre le Parti communiste de se rallier

- Marie-George Buffet se prononce pour un rassemblement autour de la candidature de Jean-Luc Melenchon

- Les programmes du PCF et de LFI sont compatibles, démontrent des communistes

- Des communistes de 16 départements, dont 21 en Deux-Sèvres appellent à voter Mélenchon.
- Pour rejoindre les communistes signataires de l'appel à voter Mélenchon

- Législatives 2017 et candidatures PCF... pour 2022 Jean-Luc Mélenchon et la FI

- Le PCF et la présidentielle (France) - Fabien Roussel : le Rouge qui fâche (dans cette société de la communication où les signes sont rois, le risque est grande d’y sacrifier son âme... et son électorat.)

La lettre de LA FRANCE INSOUMISE adressée au PCF
La lettre de LA FRANCE INSOUMISE adressée au PCF
La lettre de LA FRANCE INSOUMISE adressée au PCF
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17 avril 2021 6 17 /04 /avril /2021 23:37

Cet article est reposté depuis Rue du Blogule Rouge Insoumis.

2022 : Faut-il s’inquiéter des décisions du PCF ?
2022 : Faut-il s’inquiéter des décisions du PCF ?

Plus que jamais d'actualité !

 

Georges Marchais, dans “ le défi démocratique[1] “, n’écrivait-il pas en 1973 : « C’est avec l’immense majorité des Français que nous croyons possible et nécessaire de mener cette bataille (l’Union populaire) » et plus loin : « Il n’est pas nécessaire que nous soyons d’accord sur toutes choses. Il suffit que nous souhaitions, les uns et les autres, un changement démocratique, une société plus juste et plus libre. »

 

Aujourd'hui, la décision du PCF, c'est pour les uns, afin d'exister, pour d'autres, c'est un repli identitaire, et selon moi le PCF n'a que faire des présidentielles ou il sait que seul, il ne fera rien en ne passant pas d'accord global avec la FI (présidentielles/législatives) comme le propose Jean-Luc Melenchon[2]. Il se réserve pour les législatives ou il fera cause commune avec le PS, ce qui n'aurait pas été possible en cas d'accord FI/PCF. En définitive, pour les présidentielles, le PCF a écarté l'idée d'une possible victoire en rassemblant le peuple sur un programme qui a déjà fait 19,6% en 2017, l'Avenir en commun[3] et peut importe, si cela fait le jeu du couple Macron/Le Pen.... mais permet, ultérieurement, de ressouder la gauche traditionnelle autour du PS....  et de lui permettre aussi d'exister en tant que parti

Sources : mis à jour le 11/11/2021

-  Dans les faits au fur et à mesure que les jours avancent

On aurait pu s'attendre à la présentation d'un plan pour éviter que le RN, les républicains ou LREM et autres libéraux de " gôche " ne soient au second tour en 2022, ce serait plus utile au pays !

  • Mais NON !  Fabien Roussel se trompe de complètement combat !


Ce choix est le fruit de négociations d'appareils pour exister :

  • en 2021, il fait le choix de se mettre au service du parti socialiste ce qui lui permet de crier VICTOIRE par une augmentation du nombre de ces élus régionaux et départementaux... et en remerciement (Une VICTOIRE à la PYRRHUS !)  ;
  • et à titre de remerciement, en 2022, il œuvre pour le PS et la " gôche " libérale,... et en attend des partages de candidatures pour les législatives qui suivront (politique politicienne rejetée par les concitoyens et alimente la grève des urnes).

 

Mais comment s'en étonner :

  • quand le PCF a refusé toutes les propositions qui lui ont été faites par Jean-Luc Melenchon (à titre d'exemple[4]) ;
  • quand le PCF fait (à titre d'exemple), pour les régionales le choix, en Nouvelle Aquitaine, de s'allier avec le socialiste Alain Rousset qui se vante d'avoir voté Macron au 1er tour de 2017[5]  ;

  • ou pour les régionales, participe à la mise à l'écart de la France insoumise en Région PACA[6] et rejoint le clan de ceux qui, pour exister, n'ont d'autre adversaire que Jean-Luc Melenchon et la France insoumise[7

 

📣 Un seul commentaire de synthèse : Olivier Faure, sort de ce corps !

 

 

-  Sur le fond

Nous sommes face au fruit de calculs politiciens et, comme le démontre Elsa Focillon, à un repli identitaire[8].

  • Pour les uns, c'est pour exister !
  • Pour d'autres, c'est un repli identitaire voire d’opportunisme[12] pour d'autres encore !

Selon moi le PCF n'a que faire des présidentielles ou il sait que seul, il ne fera rien en ne passant pas d'accord global avec la France insoumise (présidentielles/législatives) comme l'a proposé Jean-Luc Melenchon à de nombreuse reprises[9], et renouvelé, une fois encore, le 4 juillet 2021[10].

 

En fait, le PCF ne peut tout à la fois :

  • signer un accord politique avec la France insoumise (englobant les présidentielles et les législatives 2022) ;
  • faire cause commune avec le PS pour les régionales de 2021, dans de nombreuses régions ou, à cette occasion, en participant à la mise à l'écart de la France insoumise en PACA[11] ;

car la finalité vise à privilégier l'intérêt de l'appareil politique, du parti, et dans ce cadre il se réserve pour les législatives ou il fera cause commune avec le PS.

 

En définitive, pour les présidentielles, le PCF a écarté l'idée d'une possible victoire en rassemblant le peuple sur un programme qui a déjà fait 19,6% en 2017, l'Avenir en commun (alors que les programmes du PCF et de LFI sont compatibles, comme le démontrent des communistes[13]) et peut importe, si cela fait le jeu du couple Macron/Le Pen.... mais permet, ultérieurement, de ressouder la gauche traditionnelle autour du PS à l'occasion des législatives.... đŸ‘‡

 

Stratégie du PCF pour 2022, publiée par Brahim Jlalji le 14/11/2021, secrétaire fédéral du PCF17

 

 

 

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30 juillet 2018 1 30 /07 /juillet /2018 12:49
Le PCF vers un tête à tête avec l'austéritaire Syriza de Stripras au sein du PGE ?
Le PCF vers un tête à tête avec l'austéritaire Syriza de Stripras au sein du PGE ?
Le PCF vers un tête à tête avec l'austéritaire Syriza de Stripras au sein du PGE ?
Le PCF vers un tête à tête avec l'austéritaire Syriza de Stripras au sein du PGE ?
Le PCF vers un tête à tête avec l'austéritaire Syriza de Stripras au sein du PGE ?
Le PCF vers un tête à tête avec l'austéritaire Syriza de Stripras au sein du PGE ?

PGE : la clarification politique se fait par le vide.

 

Le Parti de la Gauche EuropĂ©enne PGE[1] (ou European Left) est un parti politique europĂ©en. CrĂ©Ă© en 2003, il regroupe une trentaine de partis communistes, « rouge-vert », socialistes ou dĂ©mocratiques de gauche, de 17 États membres de l’Union europĂ©enne et 4 pays hors de celle-ci. À l'issue du congrĂšs de Berlin (16-18 dĂ©cembre 2016) aprĂšs Pierre Laurent du PCF, Gregor Gysi[2] est Ă©lu nouveau prĂ©sident.

L'alliance au sein du PGE de forces aussi différentes que le PCF et Syriza porteur d'un  social-libéralisme recyclé à la sauce Grecque.... sÚme la division.

La clarification se fait par le vide.

 

Sources : Initiative communiste et autres

- FĂ©vrier 2016 : le Parti communiste allemand (DKP) se retire du PGE

Les dĂ©lĂ©guĂ©s du DKP ont eu de longs et difficiles dĂ©bats . En 2005 le DKP sur dĂ©cision de son ancien exĂ©cutif national a pris le statut d’observateur du PGE. Depuis des annĂ©es, on se dispute Ă  ce sujet chez les camarades [du DKP]

 

Les dĂ©lĂ©guĂ©s avaient saisi l’exĂ©cutif du parti d’une motion : “ Le 21Ăšme CongrĂšs dĂ©cide de mettre fin au statut d’observateur du DKP au sein du Parti de la gauche europĂ©enne ”. Dans les motifs Ă  l’appui de cette proposition on peut lire, le PGE reconnaĂźt les structures de l’Union europĂ©enne. Ce qui est en contradiction avec la demande des communistes de surmonter l’Union d’états (voir interview avec Patrik Köbele). Dans le passĂ©, le PGE s’est reconnu la soi-disant “responsabilitĂ©â€Â  de lĂ©gitimer les interventions militaires dans les pays oĂč les violations des droits de l’homme sont commises.

 

La motion a Ă©tĂ© dĂ©battue. Le PGE est " l’organisation clĂ© des rĂ©formistes ”, a dĂ©clarĂ© un camarade. Un dĂ©lĂ©guĂ© de Stuttgart a Ă©tĂ© trĂšs direct. En matiĂšre de lutte contre le fascisme et le mouvement de la paix, il est bien sĂ»r naturel de coopĂ©rer avec les partis  de gauche et sociaux-dĂ©mocrate. “ Mais ce n’est pas une raison pour adhĂ©rer Ă  la mĂȘme organisation. L’unitĂ© d’action et de l’adhĂ©sion sont deux choses complĂštement diffĂ©rentes. “

 

En effet, il a longtemps Ă©tĂ© discutĂ© de la nature du PGE. Ceux qui plaident pour le maintien dans le PGE ont allĂ©guĂ© qu’elle avait plutĂŽt un caractĂšre d’alliance. Mettre fin Ă  l’état d’observateur, signifierait selon donc selon eux s’isoler. Au sein de l’exĂ©cutif du parti Uwe Fritsch, qui fait partie de l’opposition interne au sein du parti, s’est prononcĂ© pour le statu quo.

 

L’UE est un «phĂ©nomĂšne de l’impĂ©rialisme», a dĂ©clarĂ© Hans-Peter Brenner, Ă©galement membre de l’exĂ©cutif du parti. Selon lui, actuellement, l’Union EuropĂ©enne est en train de s’armer, de construire sa propre puissance militaire. “Nous devons mettre fin aux illusions, on ne peut croire Ă  une possibilitĂ© de rĂ©former l’UE”, a dĂ©clarĂ© Brenner. Le PGE tient pourtant prĂ©cisĂ©ment cette position.

 

C’est bien plus des deux tiers des dĂ©lĂ©guĂ©s qui ont suivi dans la plupart des motions Patrik Köbele et la majoritĂ© de la direction nationale. Au sein du DKP, la direction nationale reprĂ©sente l’aile gauche, marxiste-lĂ©niniste du DKP. 99 camarades [dĂ©lĂ©guĂ©s] ont, le 29 fĂ©vrier 2016, votĂ© pour la fin du statut d’observateur, 52 contre. Il y a eu six abstentions.

 

 

-Juin 2018 : le Parti de Gauche français (PG) quitte le PGE

Le PG, apparu fin 2008, avait rejoint formellement le PGE en décembre 2010 à son troisiÚme congrÚs, date à laquelle le communiste Pierre Laurent en avait pris la présidence.

 

À l’issue du congrĂšs suivant, fin 2013, le PG avait temporairement suspendu sa participation au PGE pour protester contre la reconduction Ă  la tĂȘte de ce parti europĂ©en de Pierre Laurent, alors que ce dernier faisait campagne « derriĂšre le PS » aux municipales Ă  Paris[3]. Avant de le rĂ©intĂ©grer pour la campagne europĂ©enne de 2014 dont le candidat du PGE Ă  la prĂ©sidence de la Commission europĂ©enne Ă©tait
 Alexis Tsipras.

 

La dĂ©claration adoptĂ© lors du congrĂšs du 29 juin au 1er juillet, Ă  Villejuif rappelle[4] notamment que « le PG a interpellĂ© l’exĂ©cutif du PGE sur le maintien de Syriza au sein du PGE[5] ».

 

La rĂ©ponse Ă©tait venue par Anne Sabourin, responsable des questions europĂ©ennes au PCF et membre du secrĂ©tariat PGE, a jugĂ© la demande d’exclusion « ridicule sur la forme et sur le fond ». « On est Ă  un moment oĂč face au macronisme europĂ©en et Ă  la montĂ©e des extrĂȘmes droites, il faut unir des forces de gauche radicale qui sont diffĂ©rentes, ont des politiques nationales et des cultures diffĂ©rentes  »[6].

 

Le PG a donc pris acte du refus de sa demande et actĂ© sa sortie du PGE, considĂ©rant que « la pĂ©riode appelle plus que jamais Ă  la clarification face Ă  la politique austĂ©ritaire de l’UE » et que « toute application de cette politique par un parti membre du PGE dĂ©considĂšre toute prise de position anti austĂ©ritaire des autres partis membres » tout en permettant « Ă  l’extrĂȘme droite d’apparaĂźtre comme la seule issue au "systĂšme" ».

 

Autrement dit : Le Parti de Gauche ne peux plus appartenir au mĂȘme parti europĂ©en qu’Alexis Tsipras, devenu le reprĂ©sentant de la ligne austĂ©ritaire en GrĂšce[7].

 

 

-Juin 2018 : le Parti Communiste Belge (PCB) décide de quitter le PGE

Réuni en congrÚs ce 30 juin 2018 juin le PCB a décidé à une majorité de 83% des voix adoptée à bulletin secret, de se retirer du Parti de la Gauche Européenne PGE[8].

 

Sur le plan politique, plusieurs motifs ont conduit à cette décision de sortie du PGE, parmi lesquels :

  • L’hostilitĂ© statutaire du PGE vis-Ă -vis du socialisme rĂ©el alors que l’écroulement de ce dernier constitue la base de la mondialisation capitaliste et la destruction d’un rapport de force qui Ă©tait favorable aux travailleurs du monde entier ;
  • Le caractĂšre unanime des dĂ©cisions du PGE qui fige et stĂ©rilise le dĂ©bat en le transformant en un club de discussion Ă©litiste et technocratique ;
  • Le fait qu’en 2011, Ă  l’occasion du 90e anniversaire de notre parti, « l’intervention du PGE » s’est limitĂ©e Ă  la tenue d’un colloque Ă  Bruxelles oĂč la direction de notre parti n’a pas Ă©tĂ© officiellement invitĂ©e et oĂč son histoire n’a mĂȘme pas Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e ;
  • L’attitude inadmissible des dirigeants du PGE face Ă  l’OTAN qui nous met en porte Ă  faux avec notre exigence de sortie de l’OTAN en prĂ©alable Ă  sa dissolution.
  • Il en va de mĂȘme de l’attitude de Syriza et de son dirigeant Tsipras dans la crise grecque, attitude qui a contribuĂ© Ă  discrĂ©diter la gauche radicale exception faite des partis communistes non membres du PGE ;
  • L’absence de liens privilĂ©giĂ©s entre partis membres sur des questions communes, pourtant le fondement mĂȘme du PGE. Entre autres, la fermeture de Caterpillar, oĂč notre parti a Ă©tĂ© ignorĂ© et d’autres partis privilĂ©giĂ©s alors que nous avons Ă©tĂ© les premiers Ă  dĂ©fendre la rĂ©quisition des outils !

 

Nous considĂ©rons que Le PGE est Ă  la politique ce que la CES est au syndicalisme, c’est-Ă -dire des organisations crĂ©Ă©es et soumises Ă  l’Union EuropĂ©enne laquelle depuis sa fondation reste une organisation capitalistique qu’il est impossible de rĂ©former de l’intĂ©rieur. « L’Europe sociale » qui serait le rĂ©sultat de rĂ©formes progressistes est une illusion pour les travailleurs.


La rĂ©cente visite du reprĂ©sentant de Die Linke (dont Gregor Gysi, prĂ©sident du PGE, est membre), Dietmar Bartsch, dans l’une des colonies israĂ©liennes prĂšs de la bande de Gaza oĂč il a plantĂ© des arbres dans le cadre de la coopĂ©ration avec l’organisation sioniste « Keren Kayemet » (fonds national juif), connu pour sa grande responsabilitĂ© dans la politique de nettoyage ethnique contre les palestiniens, conforte notre dĂ©cision....

 

 

-Et le Parti Communiste Français (PCF) ?

À la veille du 38e congrĂšs du PCF, on peut se demander si le PCF ne sera pas bientĂŽt bien seul au sein du PGE. En effet,  la question de la sortie du PGE n’est au programme ni du texte retenu par la direction du PCF-PGE (Pierre Laurent est coprĂ©sident du PGE), ni de la plupart des bases alternatives (y compris celle conduite par A. Chassaigne) Ă  l’exception d’une seule.

 

A moins d'un sursaut et la dĂ©cision de quitter le PGE, le PCF se dirige au sein du PGE, et au grand dam de nombre de marxistes, vers un tĂȘte Ă  tĂȘte avec l'austĂ©ritaire Syriza de Stripras qui a choisi un virage rĂ©pressif pour faire taire l'opposition sociale[9].

Note :

[1] Parti de la gauche européenne

[2] Gregor Gysi

[3] Le Parti de Gauche suspend sa participation au PGE

[4] Insoumission, République et Écosocialisme (Texte de Congrès 2018)

[5] Le Parti de Gauche s’adresse au PGE

[6] Le PG demande l'exclusion de Syriza du Parti de la gauche européenne

[7] Syriza et Tsipras, après avoir  trahi les grecs à l'issue du référendum , s'être couché devant la troïka, se traduit par une austérité renforcée, le bradage du pays au plus offrant et un enfoncement du peuple dans la misère -  le gouvernement Syriza a en effet accepté d'appliquer un plan d'austérité supplémentaire en plus du reste, Tsipras et son équipe ont décidé de réduire le droit de grève

[8] Pourquoi le PCB a quitté le Parti de la Gauche Européenne (PGE)

[9] GRÈCE : LE VIRAGE RÉPRESSIF DU GOUVERNEMENT SYRIZA. PAR STATHIS KOUVÉLAKIS ET COSTAS LAPAVITSAS

 

Pour en savoir plus :

- Benoit Hamon n'a t-il que le social-libéralisme recyclé à la sauce Grecque à nous proposer ?

- Jean-Luc Mélenchon Fête de l'Huma 2018 : Le message essentiel des dirigeants communistes aura été de taper sur « La France insoumise » tout en lançant des appels à « l’union des gauches ».

- Marie-George Buffet : "On ne va pas arriver aux élections européennes avec cinq listes de gauche"

- Les votes au moment des Congrès nationaux fixent l’image d’une organisation qui fut autrefois le plus grand parti de France. Cette fois, le Congrès s’annonce comme celui d’un parti éclaté et globalement rétracté.

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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 21:28
Jean-Luc Mélenchon : « La construction d’un peuple révolutionnaire n’est pas un dîner de gala »

Ce mardi 10 avril 2018, nous avons rencontré Jean-Luc Mélenchon dans son bureau à l’Assemblée nationale. Au cours d’une longue discussion, le député des Bouches-du-Rhône évoque le cheminement qui l’a conduit à construire le mouvement qui lui a permis d’obtenir 19,58% des voix au premier tour de l’élection présidentielle.

Le leader de la France Insoumise revient librement sur ses influences intellectuelles, de son rapport souvent décrié à l’Amérique latine jusqu’à l’Espagne de Podemos, en passant par le matérialisme historique et le rôle central de la Révolution française. Cet entretien est également l’occasion de l’interroger sur les propos controversés tenus par Emmanuel Macron au sujet des rapports entre l’Etat et l’Eglise catholique, au collège des Bernardins. « La laïcité de 1905 n’a pas été inventée dans un colloque, c’est l’aboutissement de trois siècles de guerre civile ouverte ou larvée », répond-il, « revenir sur ce point, c’est revenir sur la République elle-même ».

Au fil de l’échange, Jean-Luc Mélenchon dévoile sa vision de l’État et du rôle de tribun, s’exprime tour à tour sur Mai 68 et sur son rapport aux jeunes générations, sans oublier de saluer les mobilisations actuelles : « Il y a un facteur que personne ne prévoit et ne pourra jamais prévoir : c’est l’initiative populaire. Elle peut tout submerger, tout le monde, et tel est mon souhait ».

 

Sources : LE VENT SE LÈVE  par Lenny Benbara  le 30 avril 2018

- LVSL : Votre engagement politique est profondément marqué par l’histoire de la Révolution française et par le jacobinisme. Ceci dit, depuis quelques années, vous semblez vous inspirer du populisme théorisé par Ernesto Laclau et Chantal Mouffe et mis en pratique par Podemos. La campagne de la France Insoumise, à la fois très horizontale et très verticale, paraît être une synthèse entre ces deux inspirations. Peut-on parler de populisme jacobin vous concernant ?

Jean-Luc Mélenchon : D’abord, commençons par dire que la référence à Laclau, pour ce qui me concerne, est une référence de confort. Certes le chemin politique qui m’a conduit aux conclusions voisines et bien souvent identiques à celles d’Ernesto. Et son œuvre comme celle de Chantal Mouffe éclaire notre propre travail. Mais celui-ci est venu de bien plus loin. Notre intérêt pour Laclau venait de la rencontre avec un penseur latino-américain et que la source de notre raisonnement provenait des révolutions démocratiques d’Amérique latine. C’était une méthode politique en rupture avec ce qui existait au moment où nous avons entrepris toutes ces démarches. Je dis « nous » pour parler de François Delapierre et de moi, qui sommes les auteurs de cette façon de penser dont le débouché a été mon livre L’ère du peuple. Ce que nous disions était tellement neuf qu’aucun commentateur ne le comprenait ni même n’en sentait la nouveauté. Ils ne cessaient de nous maltraiter en voulant nous faire entrer dans une case existante connue d’eux. C’était le rôle de l’usage du mot “populiste”. Le mot permettait de nous assimiler à l’extrême droite. Même les dirigeants du PCF entrèrent dans le jeu. Oubliant leurs anciens qui avaient inventé le prix du roman populiste et imaginé le projet “d’union du peuple de France” ceux-là nous montrèrent du doigt et nous adressèrent des insinuations parfois très malveillantes. La référence à Laclau satisfaisait le snobisme médiatique et permettait de valider l’existence d’un “populisme de gauche” sans avoir besoin de l’assumer nous-même.

 

« Le jacobinisme est un républicanisme global. Il présuppose un peuple avide de liberté et d’égalité. »

 

Notre propre nouveau chemin était déjà très avancé. Nous avons effectué notre évolution à partir de l’Amérique latine et à mesure que l’on avançait, nous produisions des textes qui sont devenus des étapes de référence pour nous. Par exemple, dans le numéro 3 de la revue PRS (Pour la République Sociale), nous travaillions sur la culture comme cause de l’action citoyenne. C’est une manière décisive de mettre à distance la théorie stérilisante du reflet selon laquelle les idées sont les simples reflets des infrastructures matérielles et des rapports sociaux réels. En même temps nous tournons la page du dévoilement du réel et autres entrées en matière d’avant-gardisme éclairé. Le jacobinisme est un républicanisme global. Il présuppose un peuple avide de liberté et d’égalité. Son action révolutionnaire investit la dynamique de ses représentations symboliques. Mais bien sûr cela ne vaut que pour un pays dont la devise nationale dit Liberté-Egalité-Fraternité. Pas “honneur et patrie”, “mon droit, mon roi”, “ordre et progrès” et autres devises en vigueur ailleurs. En bref, il ne faut jamais oublier dans la formation d’une conscience les conditions initiales de son environnement culturel national.

 

Nous repoussons donc la thèse des superstructures comme reflet. Au contraire, les conditions sociales sont acceptées parce qu’elles sont culturellement rendues désirables par tous les codes dominants. Et de son côté, l’insurrection contre certaines conditions sociales procède moins de leur réalité objective que de l’idée morale ou culturelle que l’on se fait de sa propre dignité, de ses droits, de son rapport aux autres par exemple.

 

Toute cette trajectoire déplace la pensée qui est la nôtre, ainsi que son cadre, le matérialisme philosophique. Ce n’était pas la première fois que nous le faisions. De mon côté, j’avais déjà entrepris le travail consistant à repenser les prémisses scientifiques du marxisme. Marx travaillait à partir de la pensée produite à son époque. Il en découlait une vision du déterminisme analogue à celle de Simon Laplace : quand vous connaissez la position et la vitesse d’un corps à un moment donné, vous pouvez en déduire toutes les positions qu’il occupait avant et toutes celles qu’il occupera ensuite. Tout cela est battu en brèche avec le principe d’incertitude qui n’est pas une impuissance à connaître mais une propriété de l’univers matériel. Depuis 1905, avec la discussion entre Niels Bohr et Albert Einstein, l’affaire est entendue. Mais il est frappant de constater qu’il n’y ait eu aucune trace de cette discussion scientifique dans les rangs marxistes de l’époque. À l’époque, Lénine continue à écrire besogneusement Matérialisme et empiriocriticisme – qui passe à côté de tout ça. Pour ma part, sous l’influence du philosophe marxiste Denis Colin j’avais déjà mis à distance cette vision du matérialisme en incluant le principe d’incertitude. C’est la direction qu’explore mon livre A la conquête du chaos en 1991. À ce moment-là, nous comprenions que le déterminisme ne pouvait être que probabiliste. Cela signifie que les développements linéaires dans les situations humaines ne sont guère les plus probables. C’était un renouveau de notre base philosophique fondamentale. Elle percuta en chaîne des centaines d’enchaînements de notre pensée. En modifiant notre imaginaire, cela modifia aussi nos visions tactiques. L’événement intellectuel pour nous fut considérable. Puis dans les années 2000, nous avons travaillé sur les révolutions concrètes qui ont lieu après la chute du Mur. Car dans le contexte, on nous expliquait que c’était “la fin de l’Histoire”, que nous devions renoncer à nos projets politiques. Il était alors décisif d’observer directement le déroulement de l’histoire au moment où il montrait de nouveau la possibilité des ruptures de l’ordre mondial établi.

 

« Pour dire vrai, c’est Hugo Chávez qui nous a décomplexés. Ce fut une expérience personnelle assez émouvante. La dernière chose que j’ai faite avec lui, c’est un bout de campagne électorale en 2012. »

 

A ce moment-là nous étions très polarisés dans l’observation de l’Amérique latine, par le Parti des Travailleurs (PT) de Lula. Son idéologie est fondée sur une option préférentielle pour les pauvres. C’est une idéologie qui n’a rien à voir avec le socialisme historique. C’était un produit d’importation venu de « la théologie de la libération » née et propagée par les séminaires du Brésil. Elle va nous influencer par la méthode de combat qu’elle suggère pour agir et construire. Nous observions le PT de Lula, mais nous ne nous occupions alors pas du reste. Puis les circonstances nous conduisent à découvrir la révolution bolivarienne au Venezuela. D’abord cela nous déstabilise. C’est un militaire qui dirige tout cela, ce qui n’est pas dans nos habitudes dans le contexte de l’Amérique latine. Là-bas, les militaires sont les premiers suspects et non sans raison ! Dans l’idéologie dominante en Amérique du sud, la place des militaires dans l’action politique, c’est celle que lui assigne (là encore) Samuel Huntington dans Le soldat et la nation, le livre de référence qui précède Le choc des civilisations. Pinochet en fut le modèle.

 

Jean-Luc Mélenchon : « La construction d’un peuple révolutionnaire n’est pas un dîner de gala »

 

La rĂ©volution bolivarienne a produit chez nous un changement d’angle du regard. Nous reprenons alors toute une sĂ©rie de questions dans laquelle le PT et l’expĂ©rience brĂ©silienne ne seront plus centraux. Pour moi, le chavisme est une expĂ©rience radicalement diffĂ©rente de celle du BrĂ©sil. Puisqu’il faut bien mettre un mot sur celle-ci, on va parler de populisme, bien que la mĂ©thode populiste recommande prĂ©cisĂ©ment de ne pas se battre pour des concepts disputĂ©s et d’utiliser des mots valises, des mots disponibles, afin de les remplir de la marchandise que l’on veut transporter. Il ne sert donc Ă  rien de lutter en Europe pour s’approprier le terme “populiste”. C’est dommage mais c’est aussi stupide que de se battre pour le mot “gauche”. Les gloses sur “la vraie gauche”, “la fausse gauche”, “gauche Ă  100%”, sont dĂ©passĂ©es pour nous. Tout cela n’a pas de sens concret. Au contraire cela rend illisible le champ que l’on veut occuper. La bataille des idĂ©es est aussi une bataille de mouvement. Les guerres de positions ne sont pas pour nous.

 

« Les gloses sur “la vraie gauche”, “la fausse gauche”, “gauche Ă  100%”, sont dĂ©passĂ©es pour nous. Tout cela n’a pas de sens concret. »
« Il ne s’agit plus de construire une avant-garde rĂ©volutionnaire mais de faire d’un peuple rĂ©voltĂ© un peuple rĂ©volutionnaire. La stratĂ©gie de la conflictualitĂ© est le moyen de cette orientation. »

 

Le changement d’angle nous conduit Ă  considĂ©rer des dimensions que nous avions laissĂ©es de cĂŽtĂ©. Pour dire vrai, c’est Hugo Chavez qui nous a dĂ©complexĂ©s. Ce fut une expĂ©rience personnelle assez Ă©mouvante. La derniĂšre chose que j’ai faite avec lui, c’est un bout de campagne Ă©lectorale en 2012. On m’avait envoyĂ© lĂ -bas pour m’aider Ă  descendre du ring aprĂšs la prĂ©sidentielle et la lĂ©gislative de 2012. Le rĂ©sultat fut Ă  l’inverse. J’ai fait campagne avec lui. J’ai tellement appris ! Dans tant de domaines. J’ai pu voir par exemple la maniĂšre de parler Ă  l’armĂ©e. Il s’agissait d’une promotion de cadets, un quatorze juillet. J’ai Ă©coutĂ© le discours de Chavez, qui correspondait Ă  l’idĂ©e que je me fais de ce que doit ĂȘtre l’outil militaire. Il faut dire que mon point de vue a toujours Ă©tĂ© dĂ©calĂ© par rapport aux milieux politiques desquels je viens. Peut-ĂȘtre parce que j’ai commencĂ© mon engagement politique avec le fondateur de l’ArmĂ©e rouge, ce qui modifie quelque peu le regard que j’ai toujours portĂ© sur l’armĂ©e.

 

Je cite ce thĂšme comme un exemple. En toutes circonstances Chavez Ă©duquait sur sa ligne nationaliste de gauche. Évidemment le contact avec Chavez percutait des dizaines de thĂšmes et de façon de faire. Et surtout, il illustrait une ligne gĂ©nĂ©rale qui devint la mienne Ă  partir de lĂ . Il ne s’agit plus de construire une avant-garde rĂ©volutionnaire mais de faire d’un peuple rĂ©voltĂ© un peuple rĂ©volutionnaire. La stratĂ©gie de la conflictualitĂ© est le moyen de cette orientation. J’ai vu Chavez manier le dĂ©gagisme contre son propre gouvernement et les Ă©lus de son propre parti devant des dizaines de milliers de gens criant “c’est comme ça qu’on gouverne pour le peuple” ! Chavez partait d’un intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral qu’il opposait pĂ©dagogiquement aux intĂ©rĂȘts particuliers en les dĂ©construisant.

 

« Jamais autant qu’à prĂ©sent, ma façon de voir n’a Ă©tĂ© aussi enracinĂ©e dans l’apprentissage des Ă©pisodes de la RĂ©volution française de 1789 et de la Commune de Paris. »

 

Au total, nourris de ces expĂ©riences, forts de ce renouveau thĂ©orique nous avons produit notre propre corpus doctrinal, consignĂ© dans la quatriĂšme Ă©dition de L’ùre du peuple. Nous n’avons pas fait du Laclau, nous n’avons pas fait du Podemos. Nous avons fait autre chose, autrement, Ă  partir de notre propre histoire politique et de notre propre culture politique nationale. Jamais autant qu’à prĂ©sent, ma façon de voir n’a Ă©tĂ© aussi enracinĂ©e dans l’apprentissage des Ă©pisodes de la RĂ©volution française de 1789 et de la Commune de Paris. Dans ces Ă©vĂ©nements, l’auto-organisation de masse et la fĂ©dĂ©ration des luttes sont omniprĂ©sents.

 

Pour comprendre notre trajectoire, il est important de bien observer les diffĂ©rentes vagues qui se sont succĂ©dĂ©es dans notre espace politique. Il y a d’abord eu l’étape d’influence du Parti des travailleurs du BrĂ©sil. Elle donne Die Linke en Allemagne, SYRIZA en GrĂšce, Izquierda Unida en Espagne, Bloco de esquerda au Portugal. Ici c’est la formule par laquelle une coalition de petits partis se regroupe dans un front avant de finir par fusionner. La vague suivante voit naĂźtre Podemos et ensuite la France Insoumise. Elle marque une rupture dans le processus commencĂ© au BrĂ©sil et une sĂ©rie d’innovations majeures aux plans conceptuel et pratique.

 

En France, cette rupture arrive au terme d’un bref cycle sous l’étiquette Front de gauche. Il s’est achevĂ© dans une impasse dominĂ©e par des survivances Ă©troitement partisanes, des coalitions nĂ©gociĂ©es entre appareils et le reste des pratiques dĂ©risoires de la diplomatie des petits partis de l’autre gauche. Pour ma part, la rupture se produit au cours des campagnes des municipales, des rĂ©gionales et des dĂ©partementales. Ce fut une agonie au goutte Ă  goutte. Le Front de Gauche s’est diluĂ© dans des stratĂ©gies de coalitions d’un noir opportunisme qui l’ont rendu illisible. Mais on ne pouvait rompre cet engrenage Ă  ce moment-lĂ . En effet, les Ă©lections municipales Ă©taient collĂ©es aux Ă©lections europĂ©ennes. Il n’y avait pas le temps de redĂ©finir le positionnement et aucun moyen de le faire valider dans l’action de masse. Nous avons donc dĂ» aborder les Ă©lections europĂ©ennes avec la ligne Front de Gauche dans des conditions d’un chaos d’identification indescriptible. Pour finir, la direction communiste, notre alliĂ©e, n’a respectĂ© ni l’accord ni sa mise en Ɠuvre stratĂ©gique, expĂ©diant l’élection comme une corvĂ©e bureaucratique, tout en tuant la confiance entre partenaires. En Espagne, Podemos a pu faire son apparition Ă  ce moment-lĂ  Ă  partir d’une scission de Izquierda Unida. Ce fut le moment de sa percĂ©e. En France, la direction communiste refusa absolument toute construction du Front par la base et le dĂ©bordement des structures traditionnelles.

 

 

- LVSL : Quelle a Ă©tĂ© l’influence de Podemos alors ?

Jean-Luc MĂ©lenchon :  À l’inverse des tendances de ce moment, Podemos naĂźt dans une logique de rupture avec Izquierda Unida. Delapierre suivait de prĂšs le groupe qui a constituĂ© Podemos. Il frĂ©quentait leurs dirigeants et suivait leur Ă©volution. DĂšs 2011, ĂĂ±igo ErrejĂłn est venu faire un cours de formation Ă  notre universitĂ© d’étĂ© du Parti de Gauche que je prĂ©sidais alors. On ne s’est plus quittĂ©s. Nous avons participĂ© Ă  toutes leurs soirĂ©es de clĂŽture des campagnes Ă©lectorales, et rĂ©ciproquement. Pendant ce temps, Syriza trahissait et le PT se rapprochait du PS en s’éloignant ostensiblement de nous. En fait, nous sommes tous des rameaux de ce qui a dĂ©marrĂ© dans le cycle du PT brĂ©silien, qui a continuĂ© dans le cycle bolivarien et qui s’est finalement traduit par la rupture en Espagne puis en France, et dans l’invention d’une nouvelle forme europĂ©enne.


Aujourd’hui, le forum du plan B en Europe regroupe une trentaine de partis et de mouvements. Il remplit la fonction fĂ©dĂ©ratrice du forum de SĂŁo Paulo en AmĂ©rique latine, dans les annĂ©es qui ont prĂ©cĂ©dĂ© la sĂ©rie des prises de pouvoir. Finalement, entre Podemos et nous, la racine est la mĂȘme. C’est Ă  Caracas que j’ai rencontrĂ© ĂĂ±igo ErrejĂłn par exemple, et non Ă  Madrid. Ce dernier Ă©tait extrĂȘmement fin dans ses analyses. Il me mettait alors en garde contre l’enfermement du discours anti-impĂ©rialiste de ChĂĄvez dont il percevait l’épuisement. Il me disait que cela ne fonctionnerait pas auprĂšs de la jeune gĂ©nĂ©ration qui en a Ă©tĂ© gavĂ©e matin, midi et soir, pendant quatorze ans. Pour lui, cette perspective stratĂ©gique et culturelle devenait stĂ©rile et donc insuffisante pour mobiliser la sociĂ©tĂ©. Immodestement, j’ai plaidĂ© auprĂšs du Commandant [ChĂĄvez] qu’il faudrait se poser la question d’un horizon positif qui tĂ©moigne de l’ambition culturelle du projet bolivarien.

 

« On combat les États-Unis mais on mange, on roule, on boit, on s’amuse comme eux. »

 

Comme je l’ai dit, ce que nous apporte fondamentalement ChĂĄvez, c’est l’idĂ©e que notre action a pour objectif de construire un peuple rĂ©volutionnaire. C’est donc une bataille culturelle globale. Mais finalement, la bataille culturelle, au sens large, est restĂ©e presque au point zĂ©ro Ă  Caracas. Le programme bolivarien de ChĂĄvez, c’est pour l’essentiel de la social-dĂ©mocratie radicalisĂ©e : le partage des richesses avant tout. C’est remarquable dans le contexte d’une sociĂ©tĂ© si pauvre et si inĂ©galitaire, assaillie par la pire rĂ©action vendue Ă  la CIA. Mais cela laisse de cĂŽtĂ© les interrogations sur le contenu des richesses, les motivations culturelles du peuple, et ainsi de suite. On combat les États-Unis mais on mange, on roule, on boit, on s’amuse comme eux. Pourtant la rĂ©volution citoyenne est nĂ©cessairement une rĂ©volution culturelle, qui doit aussi interroger les modes de consommation qui enracinent le modĂšle productiviste.*

 

VoilĂ  ce que je peux dire de ma relation Ă  ce que l’on appelle le populisme de gauche, Ă  supposer que ce concept ait une dĂ©finition claire. L’appropriation du mot ce n’est pas le plus important. Ce qui compte, c’est le contenu de ce qui est impliquĂ©. Je l’ai dĂ©taillĂ© dans L’ùre du peuple[1].

 

Il s’agit d’admettre un nouvel acteur : le peuple, qui inclut la classe ouvriĂšre, mais qui ne s’y rĂ©sume pas. Je n’identifie ni ne rĂ©sume la formation du peuple comme le font Ernesto Laclau et Chantal Mouffe Ă  l’acte purement subjectif d’auto-dĂ©finition du « nous » et du « eux ». Je redoute les spirales qu’entraĂźne souvent la philosophie idĂ©aliste. Pour moi, le peuple se dĂ©finit d’abord et avant tout par son ancrage social. Il s’agit lĂ , d’abord, du lien aux rĂ©seaux du quotidien urbanisĂ© dont dĂ©pend la survie de chacun. Ce sont souvent des services publics et cela n’est pas sans consĂ©quences sur les reprĂ©sentations politiques collectives.

 

Ensuite, le peuple c’est le sujet d’une dynamique spĂ©cifique : celle du passage aux 7 milliards d’ĂȘtres humains connectĂ©s comme jamais dans l’histoire humaine. L’histoire nous enseigne qu’à chaque fois que l’humanitĂ© double en nombre, elle franchit un seuil technique et civilisationnel. Mais comme on a le nez dessus, on ne le voit pas. Je suis moi-mĂȘme nĂ© dans un monde oĂč il n’y avait que 2 milliards d’ĂȘtres humains. La population a donc triplĂ© en une gĂ©nĂ©ration alors qu’il avait fallu 200 ou 300 000 ans pour atteindre en 1800 le premier milliard. Un nouveau seuil a bel et bien Ă©tĂ© franchi. Il se constate de mille et une maniĂšres. Mais l’une d’entre elles est dĂ©cisive : le niveau de prĂ©dation atteint un point oĂč l’écosystĂšme va ĂȘtre dĂ©truit. Émerge donc un intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral humain qui sera le fondement idĂ©ologique de l’existence du peuple comme sujet politique. Le peuple va ensuite se dĂ©finir par son aspiration constante, son besoin de maĂźtriser les rĂ©seaux par lesquels il se construit lui-mĂȘme : rĂ©seaux de santĂ©, rĂ©seaux d’écoles, etc. Le moteur de la rĂ©volution citoyenne se situe dans le croisement de ces dynamiques. Il est au cƓur de la doctrine de L’ùre du peuple.

Jean-Luc Mélenchon : « La construction d’un peuple révolutionnaire n’est pas un dîner de gala »

- LVSL : Emmanuel Macron a dĂ©clarĂ© que « le lien entre l’Église et l’État [s’était] abĂźmĂ©, [qu’] il nous [incombait] de le rĂ©parer » et que « la laĂŻcitĂ© n’a pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de dĂ©raciner de nos sociĂ©tĂ©s la part sacrĂ©e qui nourrit tant de nos concitoyens ». Que pensez-vous de ces dĂ©clarations inhabituelles pour un chef d’État français ?
Jean-Luc MĂ©lenchon :  Le but de la dĂ©marche de M. Macron est d’abord politicien : rĂ©cupĂ©rer les votes de la droite catholique. NĂ©anmoins, il le fait Ă  un prix qui engage nos principes fondamentaux. Il oublie qu’il est le prĂ©sident d’une RĂ©publique qui a sa propre histoire. Lorsqu’il dit que le lien entre l’Église et l’État s’est abĂźmĂ© et qu’il faut le rĂ©parer, la direction de la main tendue est claire.  Il y a un malentendu : le lien n’a pas Ă©tĂ© abĂźmĂ©; il a Ă©tĂ© rompu, volontairement en 1905 ! C’est un acte historique. Il ne peut pas ĂȘtre question de le rĂ©parer. L’actualitĂ© de la lutte contre l’irruption de la religion en politique dans le monde entier l’interdit. Plus que jamais, la religion et les Églises doivent ĂȘtre Ă  distance de l’État et en ĂȘtre clairement sĂ©parĂ©es. Plus que jamais notre adage doit ĂȘtre : les Églises chez elles, l’État chez lui.

 

Au demeurant, la RĂ©publique et la citoyennetĂ© ne relĂšvent pas du mĂȘme registre que celui de la foi et de la pratique religieuse. La religion est par principe close. Le dogme la clĂŽture. À l’inverse, la RĂ©publique est par principe ouverte. Elle procĂšde de la dĂ©libĂ©ration argumentĂ©e. Elle ne prĂ©tend Ă  aucun moment ĂȘtre parvenue Ă  une vĂ©ritĂ©. Cela mĂȘme est remis en cause par les dogmatismes religieux. Dans l’encyclique de 1906, qui condamne le suffrage universel, il est clairement Ă©noncĂ© que celui-ci est peccamineux en ceci qu’il affirme contenir une norme indiffĂ©rente aux prescriptions de Dieu.

 

La rĂ©versibilitĂ© de la loi et son Ă©volution au fil des votes montrent ce que les Églises combattent : la souverainetĂ© de la volontĂ© gĂ©nĂ©rale, le mouvement raisonnĂ©, l’esprit humain comme siĂšge de la vĂ©ritĂ© et le caractĂšre provisoire de celle-ci. Les Églises incarnent de leur cĂŽtĂ© l’invariance. On le voit par exemple quand elles rabĂąchent les mĂȘmes consignes alimentaires issues du Moyen-Orient, ne varietur, depuis des siĂšcles, et mises en Ɠuvre sous toutes les latitudes. En RĂ©publique, on ne cantonne en dehors du changement qu’un certain nombre de principes simples, proclamĂ©s universels. Ce sont les droits de l’Homme. Ils portent en eux-mĂȘmes une logique. Les droits de l’ĂȘtre humain sont ainsi non-nĂ©gociables et supĂ©rieurs Ă  tous les autres, ce qui expulse donc un acteur de la scĂšne de la dĂ©cision : une vĂ©ritĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e contradictoire aux droits de l’ĂȘtre humain ainsi Ă©tablis.

 

« Ces propos d’Emmanuel Macron sont donc contre-rĂ©publicains »

 

DĂšs lors, ils soumettent en quelque sorte la mise en pratique de la religion Ă  un examen prĂ©alable que celle-ci ne peut accepter. Dans ces conditions, ni l’État ni la religion n’ont intĂ©rĂȘt Ă  la confusion des genres. Les Églises ne peuvent renoncer Ă  leurs prĂ©tentions puisqu’elles affirment agir sur une injonction divine. On doit donc ne jamais abaisser sa vigilance pour prĂ©venir leur tendance spontanĂ©e Ă  l’abus de pouvoir.

 

Le lien ne doit donc pas ĂȘtre reconstruit. J’ajouterai qu’il y a quelque chose de suspect Ă  rĂ©clamer la reconstruction de ce lien prĂ©cisĂ©ment avec les hiĂ©rarques catholiques. Cette centralitĂ© du catholicisme dans la prĂ©occupation macronienne est malsaine. Le prĂ©sident tiendrait-il le mĂȘme discours devant une assemblĂ©e de juifs, de musulmans, ou de bouddhistes ? Je suppose que dans certains cas on Ă©claterait de rire, pour d’autres, on aurait peur, et pour d’aucuns on considĂ©rerait qu’il nous met Ă  la merci des sectes.

 

« La laĂŻcitĂ© de 1905 est l’aboutissement de trois siĂšcles de guerre civile ouverte ou larvĂ©e. »

 

Fondamentalement, ces propos de Macron sont donc contre-rĂ©publicains. Et ce n’est pas seulement le cas parce qu’il revient sur cet Ă©lĂ©ment fondamental de la loi rĂ©publicaine qu’est la sĂ©paration actĂ©e en 1905. C’est parce qu’il ignore l’histoire qui a rendu nĂ©cessaire la loi de 1905. L’histoire est une matiĂšre vivante et actuelle. L’histoire n’est pas un passĂ©. C’est toujours un prĂ©sent dans la vie d’une nation issue des ondes longues du temps. Car la comprĂ©hension des motifs qui aboutissent Ă  la sĂ©paration des Ă©glises et de l’Etat commence bien avant 1905. On y trouvera des racines dans l’action de Philippe le Bel contre les prĂ©tentions du pape Boniface VIII Ă  commander au temporel puisqu’il affirmait commander au spirituel. Plus ouvertement, aprĂšs le retour des lumiĂšres antiques Ă  la Renaissance, et jusqu’à la grande RĂ©volution de 1789, la laĂŻcitĂ© de l’Etat cherche son chemin. Mais elle ne s’oppose pas Ă  des idĂ©es dans un colloque studieux. Elle affronte sans cesse une mobilisation armĂ©e et fĂ©roce de la part de l’ennemi. L’Eglise a fait valoir ses prĂ©tentions dans les fourgons de l’envahisseur depuis Clovis ! L’Église catholique a attendu 1920 pour reconnaĂźtre la RĂ©publique ! En 1906 elle condamne encore le suffrage universel. Face au dogmatisme religieux nous nous sommes continuellement opposĂ©s Ă  des forces bien matĂ©rielles. La laĂŻcitĂ© de 1905 est l’aboutissement de trois siĂšcles de guerre civile ouverte ou larvĂ©e. Revenir sur ce point, si peu que ce soit, c’est revenir sur la RĂ©publique elle-mĂȘme. Car celle-ci n’est possible comme chose commune que si les citoyens ne sont pas assignĂ©s Ă  d’autres communautĂ©s incompatibles entre elles comme le sont celles d’essence religieuse. Or, c’est ce que fait le chef de l’État. Tout au long de son discours, il dĂ©veloppe l’idĂ©e que l’identitĂ© d’une personne humaine serait enracinĂ©e dans sa foi et dans une forme particuliĂšre de spiritualitĂ©.

 

 

- LVSL : Quelles sont d’aprùs vous les motivations d’un tel discours ?

Jean-Luc MĂ©lenchon :  Je ne suis pas dupe de la manƓuvre. Il s’agit pour lui d’endosser les habits du chef des conservateurs dans notre pays. Sa politique est celle d’un libĂ©ral exaltĂ©, mais il a compris qu’aussi longtemps qu’il la vendra dans les habits de la start-up, il ne peut s’appuyer que sur une minoritĂ© sociale trĂšs Ă©troite. D’autant plus que, dans les start-ups, tout le monde n’est pas aussi cupide qu’il le croit ! Il va essayer de sĂ©duire, comme il le fait depuis le dĂ©but, un segment rĂ©actionnaire trĂšs large. AprĂšs les injures gratuites contre les « fainĂ©ants », les « cyniques » et les « riens » voici le moment des travaux pratiques : les jeunes gens qui occupent les facs seraient des bons Ă  rien et on les dĂ©loge comme des voyous. MĂȘme chose pour Notre-Dame-des-Landes, et ainsi de suite. De la mĂȘme façon, la criminalisation de l’action syndicale va bon train. Il tente Ă  prĂ©sent une dĂ©marche qui va l’identifier Ă  une certaine France catholique conservatrice. Pas sĂ»r que celle-ci soit dupe de la manƓuvre.


Quelle est la force de l’ancrage d’un tel raisonnement ? C’est qu’il postule aussi une certaine idĂ©e de l’ĂȘtre humain. Macron cite Emmanuel Mounier, le thĂ©oricien du « personnalisme communautaire ». Nous sommes pour notre part les tenants du personnalisme rĂ©publicain. Nous adoptons le concept de personne comme sujet de son histoire. Une entitĂ© ouverte qui se construit au fil d’une vie et qui n’est pas seulement une addition d’ayant-droits de diffĂ©rents guichets de l’existence en sociĂ©tĂ©. Pour nous, on peut se construire en s’assemblant pleinement dans l’adhĂ©sion Ă  l’idĂ©al rĂ©publicain, qui met au premier plan la pratique de l’altruisme et, plus gĂ©nĂ©ralement, l’objectif des valeurs de libertĂ©, d’égalitĂ© et de fraternitĂ©. À l’inverse, dans le personnalisme communautaire de Mounier, la personne trouve son liant dans la foi qui fonde sa communautĂ©. Ce n’est pas lĂ  que spĂ©culation abstraite. Je ne perds pas de vue de quoi on parle depuis le dĂ©but. La vision macronienne assume de moquer la rĂ©alitĂ© d’une « religion » rĂ©publicaine. C’est lĂ  une autre façon de nier le droit de l’universel Ă  s’imposer comme norme. C’est-Ă -dire de ce qu’est le fait d’ĂȘtre un humain qui se joint aux autres grĂące Ă  une conduite alignĂ©e sur des lignes d’horizon universaliste. La condescendance de Macron pour la « religion rĂ©publicaine » est significative de son incomprĂ©hension personnelle de l’idĂ©al rĂ©publicain comme vecteur du rassemblement humain. Elle peut aussi signaler son indiffĂ©rence pour la force de la discussion argumentĂ©e libre des vĂ©ritĂ©s rĂ©vĂ©lĂ©es comme fondement de la communautĂ© humaine. AprĂšs tout, pour lui, la loi du marchĂ© n’est-elle pas dĂ©jĂ  plus forte que tout interventionnisme politique ? Les idĂ©ologies mercantile et religieuse relĂšvent toutes deux de l’affirmation sans preuve ni dĂ©bat possible.

 

« Les rĂ©publicains, en matiĂšre de morale individuelle, ne prescrivent pas de comportements. Sinon le respect de la loi. Et la Vertu comme code d’action personnel. »

 

Le dogme interdit au rassemblement de la communautĂ© humaine d’ĂȘtre libre. On ne peut pas en discuter. On l’accepte ou on le subit. Parfois de force chaque fois que les Ă©glises en ont les moyens. C’est la raison pour laquelle elles ne peuvent avoir de place dans la dĂ©cision publique. Mais attention ! On ne saurait confondre honnĂȘtement la mise Ă  distance et l’interdiction ou le mĂ©pris. Dans la sphĂšre publique les Ă©glises n’ont jamais Ă©tĂ© interdites de parole ni mĂȘme de campagne d’influence. Inutile de faire semblant de le croire pour en tirer des conclusions anti-laĂŻques. Pour nous, rĂ©publicains, la consigne religieuse est Ă  jamais du domaine de la sphĂšre privĂ©e et intime. Elle relĂšve du dĂ©bat singulier de l’individu avec lui-mĂȘme au moment oĂč il prend une dĂ©cision. Vous pouvez Ă©videmment ĂȘtre convaincu en tant que croyant qu’il faut faire ceci ou cela, ou mĂȘme qu’il faut voter de telle ou telle maniĂšre. Cela est licite. Mais une prescription religieuse ne peut pas devenir une obligation pour les autres si la loi Ă©tablit sur le mĂȘme sujet une libertĂ© d’apprĂ©ciation individuelle. Car les rĂ©publicains, en matiĂšre de morale individuelle, ne prescrivent pas de comportements. Sinon le respect de la loi. Et la Vertu comme code d’action personnel. Quand nous instaurons le droit Ă  l’avortement, nous n’avons jamais dit qui devait avorter et pour quelles raisons. Cela relĂšve de la libertĂ© d’apprĂ©ciation individuelle de la personne concernĂ©e. Du point de vue de ses convictions religieuses, une personne peut bien sĂ»r dĂ©cider de ne pas avorter. Mais pour quelles raisons l’interdirait-elle aux autres ? Il en va de mĂȘme pour le suicide assistĂ©. Il n’a jamais Ă©tĂ© question de dire aux gens quand ils devraient se suicider ! Mais s’ils veulent le faire en Ă©tant assistĂ©, alors ils en ont la possibilitĂ©. Le dogme au contraire, et par essence, rĂ©prime ceux qui ne l’admettent pas. Dans l’usage de la libertĂ©, la « religion rĂ©publicaine » ne propose que la Vertu comme mobile.

Jean-Luc Mélenchon : « La construction d’un peuple révolutionnaire n’est pas un dîner de gala »
« On entre dans des logiques de nĂ©gociation absurde avec l’Église sur la base de ses dogmes rĂ©vĂ©lĂ©s. Il ne peut s’agir alors que d’une logique de concessions qui lui permettrait de les imposer Ă  toute la sociĂ©tĂ©. »

 

Il y a donc un double abus de langage dans l’attitude de Macron. D’abord, celui qui consiste Ă  essayer de faire croire que reconnaĂźtre la globalitĂ© d’une personne humaine Ă  travers les ingrĂ©dients qui la font – dont sa foi – serait contradictoire Ă  la laĂŻcisation de l’espace public. La seconde, c’est de faire croire que nous serions des gens prescrivant par principe des comportements contraires Ă  ceux prĂ©conisĂ©s par la religion. Les seules injonctions que nous formulons interviennent en cas de trouble Ă  l’ordre public. Ce genre de limite de la libertĂ© est commune. Aucune libertĂ© n’est totale en sociĂ©tĂ© rĂ©publicaine, sauf la libertĂ© de conscience. Toutes les autres libertĂ©s sont encadrĂ©es donc limitĂ©es. Donc vous pensez ce que vous voulez, mais cela ne doit pas vous conduire Ă  poser des actes illĂ©gaux. Point final. DĂšs que l’on sort de cela, on entre dans des logiques de nĂ©gociation absurde avec l’Église sur la base de ses dogmes rĂ©vĂ©lĂ©s. Il ne peut s’agir alors que d’une logique de concessions qui lui permettrait de les imposer Ă  toute la sociĂ©tĂ©. La religion en politique est toujours un vecteur d’autoritarisme et de limitation des libertĂ©s individuelles.

 

 

- LVSL : La laĂŻcitĂ© renvoie Ă  l’idĂ©e assez jacobine d’indivisibilitĂ© du peuple français et de sĂ©paration du religieux et du politique. Quelle est la place de la laĂŻcitĂ© dans votre projet ? Doit-on craindre un retour du religieux en politique ?
Jean-Luc MĂ©lenchon : Cette menace est intense. Pourtant, cela paraĂźt contradictoire avec la sĂ©cularisation des consciences que l’on constate et qui ne se dĂ©ment nullement. Pour autant le fait religieux n’est pas prĂšs de disparaĂźtre. L’adhĂ©sion aux religions repose pour partie sur la tradition. Il en est ainsi parce que la sociĂ©tĂ© nous prĂ©existe, que notre famille nous prĂ©existe. On vous enseigne des valeurs, et pour vous mettre en rapport avec les autres, vous devez passer d’abord par ces valeurs. C’est comme cela que s’opĂšre la socialisation des jeunes individus. Le processus d’individuation du jeune se rĂ©alise dans l’apprentissage des codes de la relation aux autres. Nous n’avons pas des gĂ©nĂ©rations d’anarchistes dans les berceaux. Au contraire, on a des gĂ©nĂ©rations qui sont avides de socialisation et donc d’un conformisme enthousiaste.


Et au quotidien les comportements sont-ils dĂ©barrassĂ©s de mĂ©taphysique et mĂȘme de superstition ? Bien sĂ»r que non ! Je m’amuse d’observer que plus les objets ont un mode d’emploi et un contenu qui Ă©chappent Ă  la comprĂ©hension de celui qui les utilise, plus la pensĂ©e mĂ©taphysique fonctionne. On a une relation plus saine et normale Ă  un marteau et un clou qu’à un ordinateur parce que personne ne sait comment ce dernier fonctionne. C’est la raison pour laquelle vous insultez vos ordinateurs, vous leur parlez comme Ă  des personnes, ce qui ne vous vient pas Ă  l’esprit quand vous maniez un marteau. Il est plaisant de noter comment le mode d’emploi des objets contemporains renvoie souvent les individus dans une sphĂšre de moins en moins rĂ©aliste. Ne croyez pas qu’au XXIĂšme siĂšcle, entourĂ©s d’objets trĂšs techniques, l’aptitude Ă  la mĂ©taphysique et aux illusions de la magie aurait disparu. Cela peut ĂȘtre aussi tout le contraire. Je le dis pour rappeler que l’appĂ©tit de religion ne surgit pas du nĂ©ant. Il y a un terreau duquel Ă  tout moment, peut surgir une mĂ©taphysique qui s’empare de l’anxiĂ©tĂ© que provoque l’ignorance. Elle procure le seul aliment qui compte pour l’esprit : une explication. Le cerveau humain ne peut pas accepter le manque d’explications parce qu’il est construit pour assurer notre survie. Pour survivre, il faut comprendre, et il faut nommer. Il y a donc une matrice profonde Ă  la capacitĂ© des religions Ă  prospĂ©rer comme explication globale du monde et de ses Ă©nigmes insolubles. Pas seulement Ă  propos des causes de la perversitĂ© des objets trĂšs sophistiquĂ©s que l’on insulte mais surtout, comme on le sait, en rĂ©ponse Ă  d’autres rĂ©alitĂ©s autrement sidĂ©rantes comme la mort et l’injustice du hasard.

 

« Les rĂ©publicains, en matiĂšre de morale individuelle, ne prescrivent pas de comportements. Sinon le respect de la loi. Et la Vertu comme code d’action personnel. »

 

Mais dans le champ politique les religions sont surtout d’habiles prĂ©textes. On l’a vu avec la thĂ©orie du « choc des civilisations » de Samuel Huntington. Elle repose entiĂšrement sur l’idĂ©e que les cultures cloisonnent les ĂȘtres humains, et que les cultures sont elles-mĂȘmes enracinĂ©es dans les religions. C’est sur cette base qu’est construite cette thĂ©orie qui aujourd’hui domine toute la pensĂ©e politique des stratĂšges et gĂ©opoliticiens de l’OTAN. Pour eux, quand on parle d’Occident, on ne parle en rĂ©alitĂ© que de ChrĂ©tientĂ©. Voyez comment la religion est un prĂ©texte entre Perses iraniens et Arabes des Emirats ! Chiites contre sunnites ? Tout cela pour habiller la lutte Ă  mort pour l’influence rĂ©gionale et la maĂźtrise d’une zone oĂč se trouve 42% du gaz et 47 % du pĂ©trole mondiaux
 Les guerres impĂ©riales et les guerres rĂ©gionales ont intĂ©riorisĂ© le discours religieux pour se justifier sur un autre terrain que celui des intĂ©rĂȘts matĂ©riels qui les animent. La surcharge religieuse facilite le conflit et permet de rendre irrĂ©conciliables les combattants qui s’affrontent. Vous voyez bien que nous ne sommes pas dans une thĂšse abstraite concernant la place des religions dans les conflits. Les ĂȘtres humains Ă©tant des ĂȘtres de culture, pour les pousser Ă  s’entretuer, il faut leur trouver de bonnes raisons de le faire sans transiger. La religion en est une particuliĂšrement commode.


En toute hypothĂšse, les religions n’ont relĂąchĂ© leur effort de conquĂȘte nulle part. Je vois bien Ă©videmment qu’il y a des Ă©volutions. En ce qui concerne les catholiques, je prĂ©fĂšre l’encyclique « Laudato si » Ă  ce que pouvait dire le Pape prĂ©cĂ©dent. Dans cette vision du christianisme, les ĂȘtres humains sont coresponsables de l’achĂšvement de la crĂ©ation puisque le Pape François a fait rĂ©fĂ©rence dans son texte Ă  Teilhard de Chardin. L’exigence Ă©cologique et sociale des catholiques prend alors une signification qui vient en renfort de notre combat. Il n’en demeure pas moins que l’Église catholique n’a pas lĂąchĂ© un demi-millimĂštre dans toute l’AmĂ©rique latine sur des sujets aussi fondamentaux que le droit Ă  l’avortement – sans parler des droits des homosexuels et du suicide assistĂ©. Alors que les rĂ©volutions dĂ©mocratiques durent depuis dix Ă  vingt ans en AmĂ©rique latine, pas un de ces pays n’a autorisĂ© le droit Ă  l’avortement tant l’intimidation est grande ! Seul l’Uruguay est un petit peu plus avancĂ© sur ce plan lĂ .


En quelques mots je veux rĂ©sumer le raisonnement qui Ă©tablit pourquoi la laĂŻcitĂ© est consubstantielle au projet que porte « La France insoumise ». Car notre vision a une cohĂ©rence forte. S’il n’y a qu’un seul Ă©cosystĂšme compatible avec la vie humaine, il y a donc un intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral humain. La tĂąche du groupe humain est de formuler cet intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.  Pour cela, il faut une dĂ©libĂ©ration libre. Pour que la dĂ©libĂ©ration soit libre, il faut que l’homme ne domine pas la femme, que le patron ne domine pas l’ouvrier, au moment de prendre la dĂ©cision et que la religion n’interdise pas d’en discuter ou prĂ©dĂ©termine le sens de la dĂ©cision qui sera prise. Pour que la dĂ©libĂ©ration permette d’accĂ©der Ă  la comprĂ©hension de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, il faut donc que la sociĂ©tĂ© politique soit laĂŻque et que l’État le soit. La laĂŻcitĂ© n’est pas un supplĂ©ment. C’est une condition initiale. La sĂ©paration des Églises et de l’État c’est la condition pour que soit possible un dĂ©bat argumentĂ©. Et le dĂ©bat argumentĂ© est la condition pour dĂ©terminer l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Ces propos peuvent vous paraĂźtre d’une banalitĂ© absolue. Mais ils tranchent avec les rĂ©flexes de notre famille idĂ©ologique. Dans les annĂ©es 1970, quand l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral Ă©tait invoquĂ©, on entendait immĂ©diatement la rĂ©plique : “intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, intĂ©rĂȘt du capital”. Cela voulait dire que ce concept Ă©tait une construction de l’idĂ©ologie dominante. C’est Ă©videmment une construction idĂ©ologique, cela va de soi, mais elle se prĂ©sente dĂ©sormais dans des conditions tout Ă  fait diffĂ©rentes de la façon d’il y a trente ou quarante ans de cela. L’intĂ©rĂȘt du capital ne peut jamais ĂȘtre l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral Ă  notre Ă©poque. Il en est l’adversaire le plus complet. Le capital est intrinsĂšquement court-termiste et singulier. L’harmonie avec les cycles de la nature est nĂ©cessairement inscrite dans le long terme et le cas gĂ©nĂ©ral.

- LVSL : Lorsque des individus sont aptes Ă  incarner le pouvoir et la dignitĂ© de la fonction suprĂȘme, on a pris l’habitude de parler « d’hommes d’État ». Lors du premier grand dĂ©bat de la prĂ©sidentielle, beaucoup d’observateurs ont notĂ© que vous sembliez ĂȘtre le plus prĂ©sidentiable et ont Ă©voquĂ© votre posture gaullienne. De mĂȘme, votre hommage Ă  Arnaud Beltrame a Ă©tĂ© largement saluĂ©. Qu’est-ce qu’implique le fait de « rentrer dans les habits », lorsqu’on aspire Ă  la conquĂȘte du pouvoir et que l’on souhaite devenir une option crĂ©dible ? N’est-on pas aujourd’hui face Ă  un vide de l’incarnation ?

 

Jean-Luc MĂ©lenchon : J’espĂšre que j’ai contribuĂ© Ă  le remplir. Parce que ma campagne de 2017, davantage encore que celle de 2012, a mis en scĂšne un personnage en adĂ©quation avec un programme. J’ai toujours eu des discussions sur cet aspect avec mes camarades d’autres pays, je n’y suis donc pas allĂ© Ă  reculons. C’est ce que j’avais dit Ă  mes amis italiens : ou bien vous assumez la fonction tribunicienne et vous montez sur la table pour incarner votre programme, ou bien cette fonction incontournable sera incarnĂ©e par d’autres. C’est ce qui s’est passĂ© l’annĂ©e oĂč le Mouvement Cinq Étoiles de Beppe Grillo a envoyĂ© aux pelotes la coalition qui s’était construite autour de Rifondazione comunista. Cela a Ă©tĂ© une catastrophe et j’en ai aussi tirĂ© les leçons.

 

« Il y a un Ă©galitarisme spontanĂ© du peuple français, dont la racine profonde est la grande RĂ©volution de 1789, qui est d’abord une rĂ©volution de libertĂ©. »

La question de “l’incarnation” est d’ordre mĂ©taphysique. Je l’aborde avec sang-froid. Je crois Ă  ce que je dis et Ă  ce que je fais. Si vous constatez une “incarnation”, c’est un rĂ©sultat, pas un rĂŽle. Vous ne vous levez pas le matin en mettant les habits d’un personnage comme vous avez enfilĂ© votre pyjama le soir. C’est le programme qui produit l’incarnation s’il arrive Ă  son heure dans le moment politique de la prise de conscience populaire. Je crois connaĂźtre le peuple français, notamment les fondamentaux de son histoire et l’essentiel de son territoire que j’ai parcouru dans tous les sens et dans bien des recoins. Le peuple français, c’est le peuple politique du continent. Il use d’expressions uniques qui traduisent son esprit Ă©galitaire. Voyez comment on reproche un comportement Ă  quelqu’un : “si tout le monde faisait comme vous
”. C’est une façon de dire : ce qui est bien, c’est ce que tout le monde peut faire.


Il y a un Ă©galitarisme spontanĂ© du peuple français, dont la racine profonde est la grande RĂ©volution de 1789, qui est d’abord une rĂ©volution de libertĂ©. Les gens Ă©taient persuadĂ©s que ce serait en votant qu’ils rĂ©gleraient le problĂšme. Ils voulaient mĂȘme Ă©lire leurs curĂ©s Ă  un moment donnĂ© ! Et ils se sont substituĂ©s Ă  l’État monarchique Ă©croulĂ©. Jusqu’au point de vouloir fĂ©dĂ©rer ces prises de pouvoir dans une “fĂȘte de la fĂ©dĂ©ration” un an aprĂšs la prise de la Bastille. Le contenu de la RĂ©volution de 1789 a produit une dynamique qui permet de comprendre comment un personnage Ă  premiĂšre vue aussi Ă©loignĂ© de la forme de la RĂ©volution l’a autant et aussi fortement incarnĂ©e que Maximilien Robespierre.

Jean-Luc Mélenchon : « La construction d’un peuple révolutionnaire n’est pas un dîner de gala »

Lorsqu’on comprend cela, on comprend la substance de l’action politique. Quel est l’enjeu de la politique ? On peut le chercher chez celui-lĂ  mĂȘme que l’on m’oppose parfois si stupidement : Marx, dans le “catĂ©chisme” de la Ligue des justes, le premier texte qu’il a signĂ©. PremiĂšre question : qu’est-ce que le communisme ? RĂ©ponse : ni les soviets, ni le dĂ©veloppement des forces productives, mais “l’enseignement des conditions de la libĂ©ration du prolĂ©tariat”. C’est un fait radicalement subjectif qui est mis en avant. De mĂȘme, dans L’idĂ©ologie allemande : “le communisme est le mouvement rĂ©el qui abolit l’état actuel des choses, (les contradictions du systĂšme) et sa conscience.” La conscience, dans la formule marxiste, pĂšse du mĂȘme poids que le mouvement rĂ©el qui abolit l’état actuel des choses. Et vous avez cette phrase dĂ©finitive de Marx : “le prolĂ©tariat sera rĂ©volutionnaire ou il ne sera rien”. Comment cela rien ?


On croyait alors qu’il Ă©tait dĂ©fini par sa place dans les rapports de production. Mais en rĂ©alitĂ©, il Ă©tait dĂ©fini dans le marxisme initial par son rapport culturel Ă  lui-mĂȘme ! C’est pourquoi le marxisme distingue l’en-soi du pour-soi, et entre les deux se trouve la place du politique, ce qui fait de la conscience l’enjeu principal de l’action politique en vue de la conquĂȘte du pouvoir. La stratĂ©gie de L’ùre du peuple est donc dans une continuitĂ© philosophique et politique. La construction de cette conscience nĂ©cessite une prise en compte de la globalitĂ© de la condition humaine de ceux Ă  qui l’on s’adresse.


Je dis cela pour la masse de ces discours qui n’ont aucun lien avec le quotidien des gens, et notamment avec l’idĂ©e morale qu’ils se font de leur dignitĂ© et de leur rapport aux autres. Dans L’ùre du peuple, il y a un chapitre sur la morale comme facteur d’unification et de motivation d’action sociale. En ce qui nous concerne, nous avons dĂ©finitivement Ă©pousĂ© l’idĂ©e que les ĂȘtres humains sont des ĂȘtres de culture et c’est d’ailleurs Ă  cause de cela qu’ils sont des ĂȘtres sociaux.

 

 

- LVSL : Revenons Ă  votre stratĂ©gie. Vous avez rĂ©alisĂ© des scores trĂšs importants chez les jeunes au premier tour de l’élection prĂ©sidentielle, notamment chez les primo-votants, avec 30% chez les 18-24 ans. NĂ©anmoins, vous n’avez enregistrĂ© aucun gain chez les seniors, qui pĂšsent Ă©normĂ©ment dans le corps Ă©lectoral effectif et ont largement votĂ© pour Macron et Fillon. Les clivages politiques semblent devenir de plus en plus des clivages gĂ©nĂ©rationnels. Pourquoi votre discours a-t-il autant de mal Ă  toucher les plus ĂągĂ©s ? Les baby-boomers se sont-ils embourgeoisĂ©s et sont-ils devenus irrĂ©mĂ©diablement nĂ©olibĂ©raux ?
Jean-Luc MĂ©lenchon : Mes discours passent plus difficilement chez les seniors pour les mĂȘmes raisons qu’ils passent plus facilement dans la jeune gĂ©nĂ©ration. La jeune gĂ©nĂ©ration a une conscience collectiviste Ă©cologiste extrĂȘmement forte, en dĂ©pit des reproches qu’on lui fait sur l’égoĂŻsme qu’elle semble exprimer. La conscience de la limite atteinte pour l’écosystĂšme, du gĂąchis, de l’asservissement que provoque une sociĂ©tĂ© qui transforme tout en marchĂ© est trĂšs avancĂ©e. Nous atteignons, dans la jeune gĂ©nĂ©ration, la limite d’une vague qui a d’abord submergĂ© les jeunesses prĂ©cĂ©dentes.

 

« Mai 68, on ne montre que des personnages aussi ambigus et conformistes que Romain Goupil ou Daniel Cohn-Bendit. C’est une gĂ©nĂ©ration de gens qui n’ont jamais Ă©tĂ© autre chose que des libĂ©raux-libertaires, petits bourgeois confits d’un Ă©goĂŻsme hĂ©doniste sans borne, et sans danger pour le systĂšme. Ils sont restĂ©s conformes Ă  ce qu’ils Ă©taient. »

J’ai connu celle des annĂ©es 1990 oĂč l’idĂ©al dominant, c’était le trader qui a rĂ©ussi son opĂ©ration. J’ai toujours fait des confĂ©rences dans les grandes Ă©coles. J’y aperçois les enfants des classes socio-professionnelles supĂ©rieures. Cela me permet de voir comment les enfants de cette classe sociale, qui aimante la sociĂ©tĂ©, Ă©voluent. À travers leurs enfants, on peut identifier ce qui sera rejetĂ© ou pas ensuite. Dans les annĂ©es 90, Ă  la fin d’une confĂ©rence, il y avait deux ou trois mohicans qui venaient me voir pour me dire qu’ils Ă©taient de mon bord. Ils le faisaient en cachette et tout rouges. Maintenant, dans le moindre amphithĂ©Ăątre, il y a 20% ou 30% qui se dĂ©clarent de notre cĂŽtĂ©. Ce qui m’intĂ©resse en particulier, c’est que les autres, ceux qui ne sont pas de mon avis, sont en dĂ©saccord avec mes conclusions mais s’accordent avec mon diagnostic. Il y a eu lĂ  la construction d’une conscience collective nouvelle. Cette gĂ©nĂ©ration est consciente de la rupture que cela exige. Elle l’aborde avec plus d’enthousiasme parce qu’elle sent que, par sa qualification, ses connaissances, elle est capable de rĂ©pondre aux dĂ©fis du monde.

 

En ce qui concerne les plus ĂągĂ©s, c’est le moment de disperser les illusions sur Mai 68. Les leaders qui sont mis en exergue aujourd’hui n’ont jamais cessĂ© d’ĂȘtre des commensaux du systĂšme. Or, il ne faut pas perdre de vue que Mai 68, c’est d’abord une grande rĂ©volution ouvriĂšre. C’est 10 millions de travailleurs qui se mettent en grĂšve. Pourtant ils sont Ă©jectĂ©s du tableau, comme s’ils n’existaient pas. Et dans la cĂ©lĂ©bration, ou la commĂ©moration de Mai 68, on ne montre que des personnages aussi ambigus et conformistes que Romain Goupil ou Daniel Cohn-Bendit. C’est une gĂ©nĂ©ration de gens qui n’ont jamais Ă©tĂ© autre chose que des libĂ©raux-libertaires, petits bourgeois confits d’un Ă©goĂŻsme hĂ©doniste sans borne, et sans danger pour le systĂšme. Ils sont restĂ©s conformes Ă  ce qu’ils Ă©taient. Dans la reprĂ©sentation de Mai 68, les mĂ©dias se rĂ©galent de leurs prestations qui permettent d’effacer la rĂ©alitĂ© de classe de 68. Ils aiment montrer que la lame est dĂ©finitivement Ă©moussĂ©e. La preuve ? Leurs hĂ©ros de pacotille s’en amusent eux-mĂȘmes. Goupil ne supporte plus les militants, Cohn-Bendit les vomit


 

Ce qui doit nous intĂ©resser, c’est justement de regarder comment les vainqueurs de cette histoire en ont profitĂ© pour faire croire qu’on peut “transformer le systĂšme de l’intĂ©rieur”. “AprĂšs tout, disent-ils, on peut en tirer des avantages. Ce ne serait pas la peine de tout brutaliser”. Comment le nier ? Mais c’est avaler avec chaque bouchĂ©e l’addiction au repas tout entier. Un Ă©norme matĂ©riel propagandiste s’est mis en mouvement contre tout ce qui est rĂ©volutionnaire. Du socialisme, on a fait une diablerie oĂč Staline est inscrit dans Robespierre. La propagande s’est acharnĂ©e Ă  disqualifier Ă  la fois l’intervention populaire et son histoire particuliĂšre dans la RĂ©volution.

« Les rĂ©volutions ne sont jamais de purs parcours idĂ©ologiques. Ce sont toujours les rĂ©sultats de principes auto-organisateurs Ă  l’Ɠuvre dans une situation. »

En France, oĂč se situe son modĂšle initial, les porte-plumes du systĂšme ont accompli un travail considĂ©rable dans ce sens, avec François Furet par exemple. Cela s’est traduit mĂ©thodiquement par des opĂ©rations d’appareils comme L’Obs et les autres organes de cette mouvance. Ils ont rĂ©pandu cette disqualification du fait rĂ©volutionnaire au sein des classes moyennes sachantes qui font l’opinion et dĂ©terminent les modes de vie sur lesquels essaient de se caler la classe ouvriĂšre et les contremaĂźtres, c’est-Ă -dire ceux qui sont la catĂ©gorie juste d’avant. De ce fait, les gĂ©nĂ©rations de l’échec de 68 puis du programme commun ont Ă©tĂ© pĂ©tries Ă  pleines mains dans ces registres.

 

Il est alors normal que les seniors entendent moins mon discours. Il y a le poids de l’ñge. On est plus conservateur en vieillissant. On s’aperçoit des vanitĂ©s de l’existence qui vous agitaient quand vous Ă©tiez plus jeune. Les seniors se disent que le changement que nous proposons n’est pas possible, qu’il est trop compliquĂ©. Prenez n’importe quel jeune d’une Ă©cole d’ingĂ©nieur, il sait que c’est facile de fermer les centrales nuclĂ©aires et de les remplacer par des Ă©nergies renouvelables. Cela prendra 4, 5, 10 ans. 4, 5, 10 ans, quand vous avez 70 ans, c’est beaucoup. On se demande entre-temps si on aura de l’électricitĂ©. On me dit : “Mais Monsieur MĂ©lenchon, vous n’allez tout de mĂȘme pas sortir du nuclĂ©aire en appuyant sur un bouton ?” Dans la gĂ©nĂ©ration senior, une majoritĂ© trouve la tĂąche politique d’un niveau trop Ă©levĂ©. Ce qui est rassurant cependant, c’est que la tĂąche rĂ©volutionnaire ne rĂ©sulte jamais d’un acte idĂ©ologique mais d’une nĂ©cessitĂ© qui rĂ©sulte des circonstances. C’est cela notre force.

 

Les rĂ©volutions ne sont jamais de purs parcours idĂ©ologiques. Ce sont toujours les rĂ©sultats de principes auto-organisateurs Ă  l’Ɠuvre dans une situation. Furet affirmait que la rĂ©volution aurait dĂ©rapĂ© Ă  cause d’idĂ©ologues exagĂ©rĂ©s. En Ă©tudiant les lettres qui viennent des Ă©lus des États gĂ©nĂ©raux, Timothy Tackett a montrĂ© que les rĂ©volutionnaires ne sont pas des enragĂ©s mais des notables motivĂ©s mais perplexes. Ils font face Ă  des situations qui les dĂ©passent et apportent des rĂ©ponses rĂ©volutionnaires parce qu’ils ne voient pas quoi faire d’autre. Leurs rĂ©pliques sont juste celles qui leur paraissent adaptĂ©es aux circonstances. La seule chose qui est idĂ©ologiquement constante et qui traverse les bancs de l’assemblĂ©e, c’est l’anticlĂ©ricalisme. Mais Timothy Tackett montre comment les gens ont rĂ©pondu Ă  des circonstances, qui, en s’enchaĂźnant, ont dĂ©truit peu Ă  peu tout l’ordre ancien.

 

« La guerre civile va dĂ©figurer la rĂ©volution de 1917 de la mĂȘme maniĂšre que la guerre contre toute l’Europe a dĂ©figurĂ© la RĂ©volution de 1789 et a menĂ© Ă  la victoire de Bonaparte plutĂŽt qu’à celle de Robespierre. »

L’ordre nouveau qui dĂ©coule de cet Ă©croulement ne s’appuie pas sur une idĂ©ologie mais sur la nĂ©cessitĂ© de rĂ©pondre Ă  la situation de tous les jours. Par exemple, en rĂ©plique populaire Ă  la Grande Peur en 1789, se crĂ©ent des milices pour se protĂ©ger des brigands. Le problĂšme, c’est qu’il n’y a pas de brigands, et une fois que la garde nationale est constituĂ©e, les miliciens ne rendent pas les armes et se donnent des missions. Les processus rĂ©volutionnaires enracinĂ©s partent toujours des prĂ©occupations qui rĂ©pondent Ă  des circonstances qui sont insurmontables autrement que par des mĂ©thodes rĂ©volutionnaires. C’est le cas de la rĂ©volution de 1917 : il Ă©tait impossible de changer le cours des Ă©vĂšnements tant que l’on n’arrĂȘtait pas la guerre. C’est en tout cas pour cela que s’écroulent les gouvernements successifs. AprĂšs, cela devient autre chose : la guerre civile va dĂ©figurer la rĂ©volution de 1917 de la mĂȘme maniĂšre que la guerre contre toute l’Europe a dĂ©figurĂ© la RĂ©volution de 1789 et a menĂ© Ă  la victoire de Bonaparte plutĂŽt qu’à celle de Robespierre.

 

Revenons au point de dĂ©part, Ă  la question des gĂ©nĂ©rations et au fait d’aller chercher les seniors. Je pense plutĂŽt que ce sont eux qui vont nous trouver tout seuls. Cela a d’ailleurs commencĂ©. Regardez les opinions positives constatĂ©es par sondage : pour la premiĂšre fois, nous passons devant la RĂ©publique en Marche (LREM) chez les retraitĂ©s, dans la derniĂšre enquĂȘte. Dans toutes les catĂ©gories, la France Insoumise est deuxiĂšme, sauf une pour laquelle ils restent devant nous, Ă  savoir les professions libĂ©rales, et une pour laquelle nous sommes devant eux, Ă  savoir justement les retraitĂ©s.

 

 

- LVSL : Un des problĂšmes rĂ©currents des forces qui veulent changer radicalement la sociĂ©tĂ©, c’est la peur du “saut dans l’inconnu” pour une part non nĂ©gligeable des Ă©lecteurs. Comment comptez-vous affronter ce dĂ©ficit de crĂ©dibilitĂ©, qu’il soit rĂ©el ou qu’il s’agisse d’un fantasme ? Comment faire en sorte que les Français n’aient aucune difficultĂ© Ă  imaginer un gouvernement insoumis, et comment passer du moment destituant, celui du dĂ©gagisme, au moment instituant ?
Jean-Luc MĂ©lenchon : J’en traite justement dans un rĂ©cent post de blog, dans lequel je commente l’actualitĂ©, en fonction des phases connues du mouvement rĂ©volutionnaire « populiste », la phase destituante et la phase instituante sont liĂ©es par un mouvement commun. On rejette en s’appropriant autre chose et vice versa. Il ne faut jamais oublier le contexte. Nous sommes dans un moment de dĂ©chirement de la sociĂ©tĂ©.

 

Nous offrons un point de rassemblement. La France Insoumise est le mouvement de la rĂ©volution citoyenne. C’est-Ă -dire de la rĂ©appropriation de tout ce qui fait la vie en commun. Il englobe des catĂ©gories qui ne sont pas toujours dans des dynamiques convergentes. Elles sont mĂȘme parfois contradictoires. La fĂ©dĂ©ration des catĂ©gories sociales, d’ñge et de lieu se fait par leurs demandes respectives. Il y a besoin d’une coĂŻncidence des luttes avant d’avoir une convergence de celles-ci. Chacune a sa logique. On vient d’évoquer les seniors : l’augmentation de la CSG les rapproche d’autres catĂ©gories. Rien Ă  voir avec l’attrait de mon image. Le programme d’un cĂŽtĂ©, et la capacitĂ© du groupe parlementaire Ă  le mettre en scĂšne de l’autre, voilĂ  de solides repĂšres pour l’opinion qui observe et se cherche.

« Si je deviens moins franc du collier, je sors de la stratĂ©gie de la conflictualitĂ© qui est la seule capable de produire de la conscience, de l’action, de la confiance et du regroupement. »

Alors, qu’est-ce qui va rassurer ? La perception de notre dĂ©termination. Pourquoi les gens seraient-ils attirĂ©s par Monsieur Macron, qui sĂšme un dĂ©sordre indescriptible dans tout le pays et qui raconte des choses insupportables sur la laĂŻcitĂ© et ainsi de suite ? La France Insoumise, elle, sait oĂč elle va. Nous dĂ©fendons l’idĂ©e qu’il y a un intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et que la loi doit ĂȘtre plus forte que le contrat. Il y a des gens que ça rassure, Ă  proportion du fait qu’ils se dĂ©tournent des autres. Ça ne se fait pas tout seul. Je ne cherche pas Ă  devenir de plus en plus rassurant pour rassembler autour de moi. Si je le faisais, je renoncerais au ciment qui unit notre base entre l’aile la plus radicale et l’aile la plus modĂ©rĂ©e.

 

« La construction d’un peuple rĂ©volutionnaire n’est pas un dĂźner de gala. »

On me reproche d’ĂȘtre clivant ? Mon score n’en serait-il pas plutĂŽt le rĂ©sultat ? Il faut abandonner l’illusion communicationnelle. Avoir le bon slogan et le bon message ne rĂ©conciliera pas tout le monde. Pour rĂ©concilier tout le monde, il faudrait baisser d’un ton ? Je ne le ferai pas. Je compte davantage sur l’obligation de la prise de conscience de devoir sauter l’obstacle de la routine et de la rĂ©signation. Et si je deviens moins franc du collier, je sors de la stratĂ©gie de la conflictualitĂ© qui est la seule capable de produire de la conscience, de l’action, de la confiance et du regroupement. La construction d’un peuple rĂ©volutionnaire n’est pas un dĂźner de gala.

 

 

- LVSL : Mitterrand s’est confrontĂ© aux mĂȘmes types de problĂ©matiques pour accĂ©der au pouvoir en 1981

Jean-Luc MĂ©lenchon : 1981, ce n’est pas la rĂ©volution. La sociĂ©tĂ© n’est pas dĂ©chirĂ©e, et François Mitterrand n’est pas lui-mĂȘme un rĂ©volutionnaire. Toutes les composantes du programme commun ont pensĂ© qu’elles allaient changer les choses par le haut. La “force tranquille”, c’est un slogan Ă  la fin de la campagne. Il y a maintenant un mythe sur ce sujet. On aurait gagnĂ© grĂące Ă  un slogan ? RĂ©flĂ©chissez ! Ça n’a aucun sens. On a gagnĂ© par 30 ans d’accumulation politique. Le programme commun commence dans la bouche de Waldeck-Rochet en 1956. Cela a pris un temps fou avant d’arriver Ă  construire une base oĂč socialistes et communistes arrivent Ă  se rĂ©concilier et Ă  entraĂźner le reste de la sociĂ©tĂ© ! Et il aura fallu la grĂšve gĂ©nĂ©rale de Mai 68 pour brasser la conscience populaire assez profondĂ©ment.

On ne gagne pas avec des slogans sans ancrages. Les slogans doivent correspondre Ă  des situations. La situation dans laquelle je me trouve aujourd’hui, c’est la nĂ©cessitĂ© de construire une majoritĂ©. Pour cela, elle doit trouver son enracinement social Ă  la faveur d’une Ă©lection. Quand la tempĂ©rature politique monte, l’information circule trĂšs vite, les consciences peuvent faire des choix positifs et nĂ©gatifs. Il y a des gens qui votent pour moi parce qu’ils ne savent pas pour qui d’autre voter, il y en qui le font parce qu’ils trouvent que ce que je dis est bien et que le programme leur paraĂźt efficace, et puis il y a des gens qui votent pour moi en se disant que voter pour n’importe quel autre n’apportera rien. Pour eux, c’est donc le vote utile.

Jean-Luc Mélenchon : « La construction d’un peuple révolutionnaire n’est pas un dîner de gala »

Nous avons construit une situation électorale. À l’intérieur de cette situation, nous construisons, à travers le programme, une base sociale de masse pour le changement de fond que nous portons. En 2012, nous avons eu 4 millions de voix. En juin 2016, j’avais dit “à chacun d’en convaincre un autre ! Si on fait 8 millions de voix, on a gagné”. Finalement, nous avons fait 7 millions, et n’avons pas gagné. Mais on a quand même gagné 3 millions d’électeurs ! Puis aux élections législatives, comme en 2012, on en a reperdu la moitié. La moitié de 4 millions, ça n’est pas la moitié de 7 millions. Cette fois-ci, on a obtenu un groupe parlementaire. Cela a permis le franchissement d’un nouveau seuil. Nous avons substitué une image collective, celle du groupe, à une image individuelle, celle du candidat. Et, dorénavant tous azimuts, nous couvrons et influençons de nombreux secteurs de la société. Voilà des acquis formidables de notre action et de notre lutte ! Le point d’appui s’est formidablement élargi.


Maintenant, le pays entre en ébullition sociale et idéologique. Tant mieux ! Parce qu’à l’intérieur de ça, pour la première fois, des milliers de jeunes gens se construisent une conscience politique. On peut voir que c’est la première fois qu’il y a un mouvement dans les facs depuis très longtemps, tout comme dans les lycées. Il y a aussi des milliers et des milliers d’ouvriers qui se mettent en mouvement pour faire la grève, et ce sont les secteurs les plus déshérités de la classe ouvrière qui tiennent le coup le plus longtemps. Par exemple, chez Onet, pendant des mois, les pauvres gens qui nettoient les trains et les voitures, les femmes qui font les chambres dans les hôtels, ont tenu trois mois de grève sans salaire !


On sent donc que dans la profondeur du pays, il y a une éruption. Je ne dis pas que ça va suffire ! Mais rappelez-vous que notre but est de construire un peuple révolutionnaire. Ce n’est pas de construire une fraction d’avant-garde révolutionnaire qui prend le pouvoir par surprise. Cela n’a jamais marché, et les nôtres en sont tous morts à la sortie. Ce n’est pas comme cela qu’il faut faire. Construire un peuple révolutionnaire, cela veut dire ne compter que sur la capacité d’organisation qu’il contient et avancer pour qu’il se constitue en majorité politique.

 

« Nous ne sommes pas les psalmodieurs d’un catéchisme auquel devraient se conformer les masses. Nous sommes leurs éclaireurs, parfois leurs déclencheurs, toujours leurs serviteurs. »

 

En ce moment, l’école de la lutte fonctionne à plein régime : si le pouvoir macroniste fait une erreur de trop, le mouvement va s’accélérer. Je ne peux pas vous dire aujourd’hui dans quel sens il va s’accélérer. De la même manière que je ne peux pas vous dire aujourd’hui ce qui se passera le 5 mai. Est-ce que ce sera un rassemblement de protestation ? Ou est-ce que ce sera le moment qui verra converger une colère terrible du pays ? Je compte qu’il soit la dernière étape avant la formation d’une fédération des luttes qui vienne à l’appel commun des syndicats et des mouvements politiques. C’est ce qu’on appelle une stratégie : un ensemble de tactiques de combat au service d’un objectif.

 

Nous ne sommes pas les psalmodieurs d’un catéchisme auquel devraient se conformer les masses. Nous sommes leurs éclaireurs, parfois leurs déclencheurs, toujours leurs serviteurs. La lutte n’a pas pour objet de cliver à l’intérieur du peuple, c’est l’inverse. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé qu’on tourne la page des tensions au mois de septembre avec la CGT, qu’on tire des leçons de l’épisode précédent. Nous sommes appuyés sur une lutte de masse. Maintenant, son objet est l’enracinement. L’enracinement, cela veut dire l’élargissement. Et pour qu’elle puisse s’élargir, il faut que cette lutte trouve une respiration propre, pas qu’on la lui amène de l’extérieur.

 

Cela signifie, entre autres, que l’objet tactique du commandement politique, c’est de régler les deux questions qui nous ont scotchés la dernière fois, en septembre : la division syndicale et la séparation du syndical et du politique. Quand je dis le syndical, je parle de l’articulation du mouvement social, car celui-ci n’existe pas à l’état brut. Il existe à travers des médiations, que ce soit la lutte Onet, la lutte des femmes de chambre ou la lutte des cheminots, le syndicat aura été l’outil. Toutes ces luttes transitent par une forme d’organisation syndicale pour se structurer. Cela peut aussi parfois créer des tensions à l’intérieur de ce champ, quand la masse a le sentiment que les consignes syndicales ne correspondent pas à son attente.

 

 

- LVSL : La lutte des cheminots de la SNCF semble plus populaire que prévue, y compris, et de façon assez étonnante, chez des Français de droite. Comme s’il s’agissait de lutter contre le fait de “défaire la France et son État”. Quel regard portez-vous sur la mobilisation ? Quel doit être votre rôle dans celle-ci ?
Jean-Luc Mélenchon : Pour nous, il ne s’agit pas de créer un clivage droite-gauche à l’intérieur de la lutte. Cela n’a pas de sens, parce qu’il y a des gens qui votent à droite et qui sont pour la SNCF ou le service public. D’ailleurs, la droite de notre pays n’a pas été tout le temps libérale. Il y a tout un secteur de la droite qui est attaché à d’autres choses et qui entend nos arguments. C’est ce que certains amis de “gauche” ne comprennent pas forcément ou n’ont pas toujours envie d’entendre.

 

Alors, quelle va être notre ligne ? Fédérer le peuple. On ne décroche pas de cette orientation. Mais sa mise en œuvre varie selon les moments et les contextes de conflictualité. Par quoi passe-t-elle aujourd’hui ? Cela peut être par un déclencheur qui va l’embraser dans un mouvement d’enthousiasme, d’insurrection. À d’autres moments cela passe par des combinaisons plus organisées. C’est pourquoi, aujourd’hui, mon emblème, c’est Marseille. Pourquoi Marseille ? Parce qu’il y a un poste de pilotage unifié où la CGT prend l’initiative de réunir tout le monde, où CGT, FSU-Solidaires, UNEF, syndicats lycéens et partis politiques se retrouvent autour de la même table pour faire une marche départementale. Mais il n’y a ni mot d’ordre commun, ni texte d’accord. Chacun sait pourquoi il vient et le dit à sa façon. Là, on voit véritablement ce qu’est un processus fédératif.

 

« Mais il y a aussi un facteur que personne ne prévoit et ne pourra jamais prévoir : c’est l’initiative populaire. Elle peut tout submerger, tout le monde, et tel est mon souhait le plus profond. »

 

Après la destruction du champ politique traditionnel à la présidentielle, le temps est passé où des partis de la gauche, et autres sigles de toutes sortes, lançaient un appel après s’être battus pendant trois heures pour trois mots dans une salle close, et réunissaient moins de monde dans la rue qu’il n’y avait de signataires en bas de l’appel. Je caricature bien sûr, mais tout le monde sait de quoi je parle. Il faut en finir avec cela, nous sommes entrés dans une autre époque. Une époque plus libre pour innover dans les démarches. La formule fédérative marseillaise, c’est peut-être la formule de l’union populaire enfin trouvée. Parce qu’elle est sans précédent. La tactique et la stratégie politique règlent des problèmes concrets.

Mais il y a aussi un facteur que personne ne prévoit et ne pourra jamais prévoir : c’est l’initiative populaire. Elle peut tout submerger, tout le monde, et tel est mon souhait le plus profond. Parce que quand l’initiative populaire submerge les structures, elle n’a pas de temps à perdre. Elle va droit au but et elle frappe à l’endroit où se trouve le nœud des contradictions.

 

Notes :

[1] "L’ère du peuple" : sortie de la version 2016 de poche

 

Pour en savoir plus :

- Jean-Luc Mélenchon: de Mai 68 à Mai 2018, "une révolution est une éruption volcanique"

 

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Published by La Rochelle Ă  gauche par les actes