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20 septembre 2022 2 20 /09 /septembre /2022 22:25
La dévalorisation économique et sociale de la force de travail des salariés.

On est le 22 septembre 2022, et à partir d'aujourd'hui les salariés du CAC40 travaillent exclusivement pour gonfler les dividendes des actionnaires... un tiers de l'année sacrifié pour ces assistés[19].

 

Des primes qui minent le modèle social français... le travail ne paie pas !

 

La baisse, la stagnation et la croissance des salaires, du SMIC et des pensions de retraite constituent la problématique centrale des luttes sociales et des affrontements de classe entre salariés et employeurs depuis fort longtemps. Elle prend encore plus d’ampleur en période d’inflation et de chômage.

Le pouvoir politique et ses valets médiatiques tente de brouiller les cartes de la répartition des richesses en agitant une multitude de diversions dont l’une soit disant opposition entre la France des assistés et des travailleurs qui se lèvent tôt le matin.

Selon le président Macron, la « fin de l’abondance est arrivée[1] »... Mais dans quel monde vit-il ?

Celui des patrons d’entreprises publiques qui veulent faire sauter leur plafond salarial jugé trop bas (37 500 euros par mois) ? Celui des actionnaires ?

Pour beaucoup de familles, la rentrée se tient sous le signe de la chute du pouvoir d’achat, que les mesures de cet été ne compenseront pas.

 

 

Sources :  Le Monde diplomatique par Martine Bulard

-  Des aides, mais surtout pas de hausses de salaire.
Voilà qui pourrait servir de titre à la loi sur le pouvoir d’achat, proposée par le gouvernement choisi par M. Emmanuel Macron et adoptée le 3 août par les députés de la majorité présidentielle, de droite et du Rassemblement national, à deux exceptions près[2]. Venant de responsables qui ne cessent de vitupérer les assistés et n’ont que le mot « travail » à la bouche, le renversement idéologique ne manque pas de piquant… au moins en apparence.

 

Évolution des salaires de base et conditions d’emploi dans le secteur privé. Résultats provi

Avec une inflation qui grimpe dans les tours (6,8 % attendus pour cette année), notamment pour les produits de première nécessité, un pouvoir d’achat des salariés qui a chuté de 3 % en un an[3] et un mouvement des « gilets jaunes » dans toutes les mémoires, le président Macron ne pouvait rester inactif.

 

Il aurait pu ouvrir son second quinquennat par un geste marquant, en demandant au Parlement de rétablir l’échelle mobile des salaires[4], leur permettant d’augmenter au même rythme que les prix. Lancée en 1952 par Antoine Pinay — un homme de droite —, la loi instaurant cette pratique a fonctionné jusqu’en 1982, date à laquelle François Mitterrand et un gouvernement à majorité socialiste l’ont jetée au panier. Elle n’était pas parfaite et souvent les rémunérations mettaient un temps certain avant leur mise à niveau. Mais, globalement, elle protégeait les salariés. L’économiste Alain Cotta, champion de l’orthodoxie, qualifiera d’ailleurs sa suppression de « don Delors » (du nom du puissant ministre de l’économie) au patronat[5].

 

Cette mise à mort sonnera le début d’un nouveau partage des richesses produites, en faveur des profits et au détriment des salaires. La part de ces derniers dans la valeur ajoutée est passée de 74,1 % en 1982 à 63,5 % en 1998. Elle connaîtra ensuite de petites variations à la hausse ou à la baisse, mais ne remontera jamais au pic de 1982, et elle atteint 65,4 % en 2019[6][7].

 


-  Au contraire, M. Macron a préféré un panier de mesures qui évite toute croissance générale des rémunérations.
Seule exception, le point d’indice servant à calculer le traitement des fonctionnaires est relevé de 3,5 %. La revalorisation, bien en dessous de l’inflation de l’année, est à relativiser ; surtout, cet indice est bloqué depuis 2010 (sauf pour une courte parenthèse 2016-2017). Si l’on tient compte de la hausse des prix, il a perdu 17,6 % de sa valeur en vingt-deux ans[8]. Dit autrement, un fonctionnaire qui touchait 1 000 euros en 2010 ne reçoit aujourd’hui que l’équivalent de 820,40 euros. On s’étonne ensuite de ne plus trouver d’infirmières ni d’enseignants — parmi les plus mal payés en Europe.

 

Elisabeth Borne s'engage à faire toute la baisse promise des impôts de production dès 2023

« C’est mieux que rien » Il paraît que la France ne peut pas faire plus. Ministres et chroniqueurs nous expliquent — avec ce qu’il faut d’intonation dans la voix pour bien faire percevoir l’énormité de la somme en jeu — que cette hausse « historique » va

coûter la bagatelle de 7,5 milliards d’euros. Curieusement, pas une voix ne s’élève pour faire connaître ce que représente, par exemple, la baisse des impôts de production pour les entreprises annoncée par la première ministre Élisabeth Borne lors de son discours de politique générale à l’Assemblée nationale le 6 juillet dernier[9] : 8 milliards d’euros. Et nul ne s’interroge sur l’utilisation de cette manne.

 


-  Le paquet présidentiel comprend donc quelques « boucliers » tarifaires (loyers, gaz…).

  • Il impose ainsi une baisse de 30 centimes du litre d’essence jusqu’à la fin octobre, de 10 centimes pour les deux mois suivants, mais le gouvernement ne touche pas aux impôts indirects indexés sur les prix à la pompe, ni aux superprofits encaissés par les compagnies pétrolières. Il limite à 4 % la hausse du tarif de l’électricité jusqu’à la fin de l’année, mais contraint Électricité de France (EDF) à fournir 40 % de sa production bon marché à ses concurrents, plutôt que d’en faire bénéficier les usagers[10].

 

  • Il augmente de 4 % les retraites de base, dont les bénéficiaires avaient perdu 1,1 % de pouvoir d’achat rien qu’en 2019, ainsi que le revenu de solidarité active (RSA), essentiellement payé par les collectivités locales. Quant à l’aide personnalisée au logement (APL), elle grimpe de 3,5 %, mais cela ne compense pas — loin de là — les « 10 milliards d’euros économisés au détriment des plus modestes » depuis l’arrivée au pouvoir de M. Macron, comme le rappelle la Fondation Abbé Pierre dans son rapport annuel sur le mal-logement [11].

 

Pour le reste, M. Macron renouvelle l’opération de 2018, au sortir du mouvement des « gilets jaunes », encourageant les employeurs à verser une prime désormais joliment appelée « partage de la valeur ». L’annonce à grande pompe de son triplement (3 000 euros) ressemble fort à de la publicité mensongère, le montant moyen réellement reçu par les quinze millions de salariés (sur vingt-sept millions) qui en ont bénéficié en 2019 n’ayant pas dépassé 542 euros, à peine plus de la moitié du montant alors autorisé[12]. La décision d’élargir encore la défiscalisation des heures supplémentaires et de celles effectuées à la place des réductions du temps de travail (RTT) relève tout autant de la mystification.

 


-  Évidemment, devant les difficultés de fins de mois, on peut être tenté de se dire que « c’est mieux que rien ».

Pouvoir d'achat : les salariés pourront désormais troquer leurs RTT contre de l'argent

Pourtant, ces mesures masquent un nouveau recul social. Le plus évident concerne les RTT puisque les salariés sont incités à troquer leurs journées de repos pour un peu d’argent[13]. Pas besoin d’être grand clerc pour savoir que cette « monétisation » concernera d’abord les travailleurs à la paye maigrichonne, qui sont souvent ceux qui exercent des emplois parmi les plus harassants. Voilà comment on contourne en douceur la loi sur les trente-cinq heures, jamais digérée par le patronat, tout en se présentant comme un « président soucieux du petit peuple ».

 


-  Plus insidieux encore est le recours systématique aux primes.
Officiellement, celles-ci ne peuvent se substituer aux augmentations de salaire. Dans la vraie vie, elles les remplacent. Or, elles dépendent du bon vouloir (ou des capacités) de l’employeur et ne sont donc pas pérennes. Pour les salariés, elles n’ouvrent aucun droit et sont exclues du calcul des indemnités de congé maladie ou de maternité, des pensions de retraite et des allocations de chômage. Pour les caisses de la protection sociale et celles de l’État, elles représentent un manque de recettes considérable. Comme quoi on peut se dire inquiet de la dette et organiser les déficits.

 

C’est également vrai avec les primes d’intéressement (sans cotisation, par définition) que peuvent désormais distribuer les petites et moyennes entreprises. Sans oublier, bien sûr, les heures supplémentaires dont les exonérations sociales et fiscales pour les salariés existent depuis 2019, M. Macron ayant rétabli la mesure mise en place par le président Nicolas Sarkozy (2007-2012) et supprimée par son successeur François Hollande. Cette « générosité » sur le dos des caisses publiques avait le mérite de masquer un autre cadeau offert aux employeurs quelques mois plus tôt, lors des « ordonnances travail » : la moindre rémunération des heures supplémentaires dont la majoration tombait à 25 % et même à 10 % après accord d’entreprise, au lieu de 50 % (pour les huit premières heures). Le système est toujours en vigueur mais, en plus, l’allégement s’étend aux cotisations patronales.

 

Pouvoir d'achat : pourquoi les primes sont une arnaque ?

Un marché de dupes (une arnaque[14]) pour la très grande majorité de la population car ces exemptions à répétition, dont une partie est étendue cette année aux travailleurs indépendants, creusent les déficits de la Sécurité sociale et de l’assurance-chômage. Des « trous » qui seront compensés par des réductions de prestations aux conséquences incalculables pour les familles, notamment aux revenus les plus modestes. En clair, le pouvoir reprendra demain ce qu’il vient de concéder aujourd’hui.

 


-  Le mouvement est engagé de longue date.
Les premières exonérations de charges patronales sont apparues dans le paysage dès 1993, par la grâce du très conservateur Édouard Balladur, alors chef du gouvernement. Depuis, onze premiers ministres et quatre présidents de la République — de gauche et de droite — se sont succédé. Si certains ont renâclé, aucun n’a inversé la tendance. À tel point que, désormais, l’employeur ne paie plus aucune cotisation sur le smic, à l’exception de l’assurance-accident du travail dont le montant dépend des branches. On pourrait en conclure qu’un coup de pouce sur ces salaires ne mettrait pas les entreprises sur la paille. Que nenni. Comme les treize précédents, le quatorzième rapport du « comité d’experts » (qui ne comprend ni un syndicaliste, ni même un économiste un tant soit peu iconoclaste) a conclu que cela mettrait en péril l’économie française. Mieux, en ces temps d’inflation, il propose de mettre fin « au mécanisme d’indexation automatique[15] » du smic, le seul qui existe encore. Anticipant une vague de « travailleurs pauvres », il suggère de miser sur la prime d’activité. Encore une, inventée celle-là par M. Hollande, pour officiellement « inciter à prendre ou garder un emploi », même faiblement rémunéré. Elle a surtout incité les patrons à offrir des salaires extrêmement médiocres et des horaires atypiques dont sont victimes les femmes en premier lieu.

 


-  Pour l’heure, le smic reste heureusement indexé sur les prix et le niveau du salaire moyen.

Salaire minimum et coût de la main-d’œuvre dans l’Union européenne Données annuelles de 2000 à 2022

Il n’en est pas moins fort maigre par rapport à de nombreux pays européens au produit intérieur brut (PIB) comparable. En avril 2022 (dernière statistique européenne), avec un niveau de 1 603 euros brut, il se situait en dessous de celui du Luxembourg (2 257 euros), de l’Irlande (1 775 euros), des Pays-Bas (1 725 euros), de la Belgique (1 658 euros) et même de l’Allemagne (1 621 euros), qui n’a instauré un salaire minimum qu’en 2015[16]. Il a augmenté un peu le 1er août dernier, mais il reste inférieur à celui du Royaume-Uni, peu réputé pour son progressisme social.

 

De plus, les patrons se sentent si forts face à des syndicats affaiblis qu’ils ont établi des grilles salariales comportant des indices de base (ce que l’on appelle le salaire minimum conventionnel) inférieurs au smic. En 2020, 16 % des branches professionnelles étaient dans ce cas. En 2022, elles sont 70 %[17] ! Certes, les employeurs ne peuvent verser un salaire en dessous du smic, mais ils bloquent toute évolution (liée à l’ancienneté ou à une petite qualification), jusqu’à ce que les changements d’indice permettent d’atteindre le niveau du smic. On assiste ainsi à un écrasement de la hiérarchie salariale : par le bas avec des minima conventionnels trop faibles et par le haut, si l’on peut écrire, avec la non-répercussion de l’évolution du smic sur l’ensemble de l’échelle.

 

Au total, la moitié des employés du secteur privé et des entreprises publiques gagnent moins de 2 005 euros net par mois et 80 % moins de 3 000 euros net — tous font l’objet d’un allègement de cotisations patronales, dégressif jusqu’à 2,4 fois le smic[18]. Les employeurs ont donc intérêt à ne pas dépasser ce seuil.

 


-  Cette trappe à bas salaires a des conséquences sociales évidentes, mais aussi économiques.
En témoignent le recul industriel de la France dans les technologies de pointe, les difficultés à recruter dans les secteurs vitaux de services aux personnes âgées ou aux enfants, par exemple. Devant la pénurie, le gouvernement nommé par M. Macron a trouvé deux remèdes : réformer l’assurance-chômage pour contraindre les demandeurs d’emploi à prendre n’importe quel emploi, quitte à développer les primes d’activité, et réduire les exigences professionnelles pour certains postes. Un arrêté du 4 août 2022 publié au Journal officiel permet ainsi de recruter du personnel non qualifié dans les crèches grâce « à des dérogations aux conditions de diplôme ou d’expérience[20] ».

 

Et ce sombre tableau ne décrit que les salaires. Il doit être complété par la situation des près de deux millions d’autoentrepreneurs (qui touchent en moyenne moins de 900 euros par mois), souvent assujettis à des donneurs d’ordre (plate-forme, sociétés de services, etc.).

 


-  La logique de ce marché de l’emploi fracturé et pressuré ?

Baisser le « coût du travail » pour maintenir ou accroître celui du capital[21]... Moins le travail paie et plus l’actionnaire final gagne.

Michaël Zemmour : « “La prime Macron” creuse volontairement le déficit de la Sécurité sociale »
  • Et cela se fait à coups de déréglementations, de défiscalisation, de « définancement » de la protection sociale et… de primes pour rendre le tout à peu près supportable[22] ;
  • Les recettes manquent, les prestations diminuent ;
  • Le recours au privé (mutuelles, retraites surcomplémentaires, etc.) s’imposera… pour ceux qui peuvent. Les couches intermédiaires se débrouilleront ;
  • Les pauvres devront se contenter de produits bas de gamme, de coupons de réduction dans les hypermarchés ou de charité...

 

Ainsi, le modèle français, fondé sur la solidarité collective et la responsabilité sociale des entreprises, est attaqué de l’intérieur.

 

Petit à petit, il se délite et menace d’imploser, à l’image de ce qui s’est produit avec l’hôpital public, aujourd’hui en état de délabrement avancé.

 

Le sort des générations futures dépend bien plus sûrement de la défense et de la rénovation de ce modèle que du poids de la dette publique.

 

  • en conclusion...  Jean-Luc Mélenchon : " Vous avez dit « Lutte des classes »[0] !

 

Notes :

[0] Jean-Luc Mélenchon : Vous avez dit « Lutte des classes »

[1] " Fin de l'abondance " : Emmanuel Macron change de stratégie et cherche à préparer les esprits

[2] Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes

[3] Jérôme Hananel, « Évolution des salaires de base dans le secteur privé. Résultats provisoires du deuxième trimestre 2022 », Dares indicateurs, n° 38, ministère du travail, du plein-emploi et de l’insertion, 12 août 2022.

[4] On en parle : annulation dette publique, inflation, échelle mobile des salaires...

[5] Lire Serge Halimi, « Ne rougissez pas de vouloir la lune : il nous la faut », Le Monde diplomatique, juillet 2011.

[6« Indicateurs économiques et sociaux de la CGT » (PDF), Confédération générale des travailleurs, Montreuil, 6 avril 2022. Cf. aussi Sophie Piton et Antoine Vatan, « Le partage de la valeur ajoutée : un problème capital », dans L’Économie mondiale 2019, La Découverte, Paris, 2018.

[7] On en parle : partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits

[8] Céline Mouzon, « Rémunération des fonctionnaires : un dégel ne fait pas le printemps », Alternatives économiques, Paris, 30 juin 2022.

[9] Elisabeth Borne s'engage à faire toute la baisse promise des impôts de production dès 2023

[10] L'Etat contraint EDF à brader sa production au profit de ses concurrents

[11] Cité dans Guillaume Jacquot, La réforme des APL a fait plus de perdants que de gagnants, selon un rapport du Sénat

[12] La prime Macron, l'alternative au salaire peu utilisée par les employeurs

[13] Pouvoir d'achat : les salariés pourront désormais troquer leurs RTT contre de l'argent

[14] Pouvoir d'achat : pourquoi les primes sont une arnaque ?

[15] « Rapport annuel du groupe d’experts SMIC », direction générale du Trésor, Paris, 15 décembre 2021.

[16] « Salaire minimum dans les pays de l’Union européenne en 2022 », Eurostat, 21 avril 2022.

[17] Salaires : dans 70% des branches, les minima conventionnels sont inférieurs au Smic

[18] Insee Première, n° 1898, Paris, avril 2022.

[19] Demain, 22 septembre, c'est le #JourDuDepassementCapitaliste. " Marianne " a calculé le jour à partir duquel les salariés du CAC 40 ne travaillent plus que pour leur actionnaire

[20] Pénurie de personnel en crèche : des recrutements de non-professionnels autorisés

[21] Lire Laurent Cordonnier, « Coût du capital, la question qui change tout », Le Monde diplomatique, juillet 2013

[22]  « La “prime Macron” creuse volontairement le déficit de la Sécurité sociale », Le Monde, 20 juillet 2022

 

Pour en savoir plus :

Le projet de loi réformant le régime de l'assurance-chômage ne laisse aucun doute sur le projet du gouvernement : précariser davantage les demandeurs d'emploi et faire pression sur les salariés.

- BERNARD FRIOT : « LA SOUVERAINETÉ POPULAIRE SUR LE TRAVAIL EST UNE URGENCE »

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19 septembre 2022 1 19 /09 /septembre /2022 10:57
Crise politique : le miroir électoral

Les ceintures populaires des métropoles se sont portées un peu plus vers la gauche et les espaces extramétropolitains sont allés un peu plus vers l’extrême droite : les deux constats ne s’opposent pas l’un à l’autre ; ils sont deux faces de la même réalité.

 

Abstention, rapport des forces gauche/droite, vote des fonctionnaires, ancrage des idées d’extrême droite... Le résultat du cycle électoral 2022 continue de nourrir de vigoureux débats à gauche. Deux enquêtes récentes fournissent de nouveaux éléments de compréhension. Analyse de Roger Martelli.

Deux rapports viennent compléter les regards portés sur les élections de l’année. Le premier est paru cet été sur le site de Fondapol, la fondation de droite présidée par Dominique Reynié, sous le titre « Mutations politiques et majorité de gouvernement dans une France à droite[1] ». Le second est une note de recherche du politiste Luc Rouban, paru sur le site du Cevipof et portant sur « le vote des fonctionnaires à l’élection présidentielle de 2022[2] ». Les deux études s’appuient sur des données de l’institut de sondage OpinionWay, téléchargeables sur le site de Fondapol[3]. Nous en résumons ici les principales conclusions.

 

Sources : Regards.fr par Roger Martelli | mis à jour le 29/11/2022

- Abstention : vers l’infini et au-delà ?
La crise politique s’épaissit. L’abstention grandit, d’élection en élection. À la présidentielle, elle est passée de 15,3% en 1965 à 27,9% en 2022. Aux législatives, elle s’incruste au-delà du seuil des 50%. L’enquête OpinionWay nous en livre les ressorts, sociologiques et politiques.

 

(1) La colonne additionne le pourcentage des interviewés qui répondent : « Parce qu’aucun candidat ne correspond à mes idées », « C’est ma façon de protester contre le système politique actuel », « C’est la même politique qui est menée quel que soit le résultat » et « Mon vote ne sert à rien ».

 

L’abstention législative garde les caractéristiques sociologiques qui séparent les catégories les plus aisées (35% d’abstentions chez les revenus mensuels supérieurs à 3500 euros) et les chômeurs (75% d’abstentions). L’âge, les faibles revenus, les statuts jugés inférieurs et les formations courtes continuent de creuser la distance des individus avec le fait électoral. Mais le motif de la prise de distance reste ouvertement politique : la moitié des abstentionnistes invoquent l’absence d’intérêt pour une élection dont on estime volontiers qu’elle ne sert à rien.

 

La dimension protestataire du vote est renforcée par la distribution des résultats. Les partis dominants n’ont plus le vent en poupe. Le PS et l’UMP se partageaient 56% des suffrages présidentiels en 2012, 26% en 2017 et 6% à peine en 2022. Le total des suffrages obtenus par Macron, Pécresse et Hidalgo approche tout juste le quart des électeurs inscrits (en 2017 encore, les candidats supposés « gouvernementaux » en totalisaient 38,2%).

 

 

- Tout va bien pour le RN !
Si la coalition des députés composant la Nupes forme le second bloc derrière la majorité relative macronienne, c’est le Rassemblement national qui peut se présenter comme le premier groupe d’opposition. Le plus préoccupant est que ses réserves électorales semblent loin d’être négligeables : 55% seulement des électeurs de Marine Le Pen du mois d’avril sont allés aux urnes en juin et ils sont plus nombreux (58%) que ceux de Jean-Luc Mélenchon (40%) à expliquer que leur absence est un geste de protestation contre le système électoral.

 

Quelle que soit l’élection de référence, présidentielle ou législative, premier ou second tour, l’extrême droite est le courant politique qui a le plus progressé en cinq ans. Cette progression n’est pas seulement l’effet d’un choix par défaut : 39% des électeurs se disent « tout à fait » ou « plutôt d’accord » avec les idées du RN (le pourcentage est de 28% pour LFI). Du coup, près de la moitié des interrogés (47%) voient comme « une bonne chose » l’entrée en force de l’extrême droite à l’Assemblée.

 

Les élections suggèrent donc, tout à la fois, une poussée de l’extrême droite – y compris en dehors de ses zones de force devenues traditionnelles – et une droitisation de la droite. C’est là encore près de la moitié (47%) des électeurs LR qui se disent proches des idées du RN, au point que les électeurs de droite sont plus nombreux (39%) à souhaiter un accord de LR avec le RN qu’avec la Macronie (34%). Voilà qui n’a rien d’étonnant, si l’on tient compte de ce que, pour 59% d’entre eux, le RN est capable de gouverner et que, aux yeux de 52%, le parti lepéniste incarne même une société dans laquelle ils souhaiteraient vivre.

 

Du point de vue idéologique, on aurait tort de sous-estimer le poids persistant des enjeux migratoires. Il est vrai que la plupart des sondages suggèrent depuis quelques mois que l’immigration n’est plus dans le trio de tête des sujets qui « préoccupent » les Français (la palme revient en général au pouvoir d’achat, à l’insécurité et aux enjeux sanitaires).

 

Mais ce n’est pas parce que les mots de l’immigration n’affleurent pas sur le terrain qu’ils n’agissent pas, confortant la conviction classique selon laquelle le RN « dit tout haut ce que les Français pensent tout bas »… Quand OpinionWay propose par exemple à ses interlocuteurs l’item « La plupart des immigrés ne partagent pas les valeurs de notre pays et cela pose des problèmes de cohabitation », plus de 90% des proches de l’extrême droite répondent affirmativement. Mais 80% des électeurs de la droite classique en font de même et les deux tiers des « sans préférence partisane » et des abstentionnistes. Au total, ce n’est qu’une courte majorité de 53% qui repousse l’idée centrale de la grande menace migratoire.

 

 

- Fonctionnaires : une citadelle pour la gauche ?
Pour le Cevipof, Luc Rouban a scruté plus particulièrement le comportement des fonctionnaires.

Nous l’avons résumé ici en deux tableaux, le premier qui synthétise le vote salarié en fonction des statuts du public, le second qui mesure les grandes évolutions entre 2017 et 2022.

 

[cliquez sur le graphique pour l’agrandir]

 

Le premier tableau confirme, dans le monde du salariat, la tripartition observée dans l’ensemble des suffrages exprimés. La droite et l’extrême droite (37% et 34%) sont en tête chez les salariés du privé, où la gauche est au-dessous de sa moyenne nationale (28%). En revanche la gauche est en tête (37%) dans la fonction publique d’État où elle dépasse sensiblement sa moyenne nationale et où l’extrême droite est plus à la traîne (28%). Les situations sont plus équilibrées dans les entreprises publiques, la fonction publique territoriale et la fonction publique hospitalière.

 

Les zones de force de la gauche restent dans le monde enseignant (49%) et les catégories A de la fonction publique (43%), celles de la droite macronisée restent du côté des cadres du privé et celles de l’extrême droite chez les policiers et militaires[5]. Mais cette situation a évolué entre 2017 et 2022, parfois de façon sensible.

Entre les présidentielles de ces années-là, la gauche radicale s’est renforcée chez les employés du privé, les fonctionnaires d’État et les catégories A, tandis que la droite a reculé dans la fonction publique d’État et les catégories A. Ce recul a droite est d’abord celui de la droite classique : à l’exception du monde enseignant – éloigné par quelques années de « blanquerisme » militant – la Macronie résiste plutôt bien, notamment en milieu hospitalier.

 

  • Mais, une fois de plus, c’est le Rassemblement national qui tire les marrons du feu. Il progresse de plus de 10% chez les cadres du privé, les enseignants et les hospitaliers et il se consolide sensiblement du côté des entreprises publiques et de la territoriale. La perte de confiance dans l’institution publique et la confusion grandissante du privé et du public brouillent les perceptions et déplacent les rapports de force électoraux.
  • Le second tour amplifie encore le mouvement. Marine Le Pen gagne 9% entre 2017 et 2022 dans la fonction publique d’État, 7% dans la territoriale et jusqu’à 15% chez les hospitaliers. Elle progresse dans toutes les catégories de fonctionnaires : 7% chez les « A », 13% chez les « B » et 9% chez les « C » (où elle attire les votes de 46% d’entre eux, quasiment la moitié de la catégorie).
  • Ayant pris ses distances avec l’ultralibéralisme de la droite traditionnelle, le RN a installé l’extrême droite comme une concurrente de la gauche sur le terrain du « social ». S’arc-boutant sur la défense des agents publics les plus défavorisés, Marine Le Pen a permis que, par un étonnant paradoxe, la protestation contre la confusion du privé et du public tourne avant tout au bénéfice de l’extrême droite, sans que le macronisme soit pour autant irrémédiablement distancé.

 

 

- Le devoir de lucidité
Malgré le grand retour de la gauche au sein de l’hémicycle (la Nupes rate la victoire entre 0,13 et 0,25 % du total des voix[4]), le cycle électoral de l’année 2022 a tourné plutôt en faveur de l’extrême droite. L’image des « deux France » chère à Christophe Guilluy est certes trop simple pour être retenue. Mais la gauche aurait tort de sous-estimer une réalité globale marquée par une conjonction, qui n’est hélas pas propre à la France et qui juxtapose une translation vers la droite du champ politique et une division accentuée des catégories populaires.

 

La spectaculaire abstention de la consultation législative, notamment dans les catégories populaires, atténue l’image sociologique dessinée par le premier tour de la présidentielle d’avril. Mais elle ne contredit pas les tendances alors dégagées. Le tableau ci-dessous reprend les données de l’enquête OpinionWay, en triant les pourcentages de pénétration des votes Nupes et RN, de part et d’autre de leur moyenne nationale.

 

[cliquez sur le graphique pour l’agrandir]

 

  • Plus que le vote Mélenchon d’avril, le vote en faveur de la Nupes est assez homogène : elle obtient rarement moins de 20% et rarement plus de 33%. Mais le profil général de cet électorat est typé : les pourcentages les plus élevés concernent les catégories jeunes, notamment lycéennes et étudiantes, les « CSP + » et les professions intermédiaires, les formations au-delà du baccalauréat, les revenus moyens et les grandes villes avec en tête l’aire urbaine de Paris et l’Île-de-France.
  • De son côté, le profil du vote RN est plus éclaté mais reste dominé par les catégories les plus populaires et les moins pourvues en « capital » matériel et culturel, installé en dehors de l’espace métropolitain et francilien.

 

La crise voue chaque situation à l’instabilité et rien n’indique que l’extrême droite a gagné définitivement la bataille de l’hégémonie et engagé inexorablement le processus qui peut la conduire au pouvoir. Mais elle a pour l’instant marqué des points importants, sur les terrains où elle est attendue (la protection, l’identité, l’immigration) et sur ceux où on l’attendait beaucoup moins (le social, la peur de l’avenir, la colère devenue ressentiment).

 

La gauche va mieux, elle s’est renforcée sur son flanc gauche et elle s’est réunie entre mai et juin. Mais elle reste dans ses basses eaux, n’a que partiellement regagné des points dans les milieux populaires et elle se retrouve profondément déséquilibrée. Elle est plus que concurrencée par l’extrême droite sur le terrain de la colère et n’a pas encore convaincu que ses projets de société sont renouvelés, pertinents et réalisables. Le temps de l’entre-deux est celui des possibles : le problème est qu’il en est des progressifs et d’autres trop tangibles et régressifs. Promouvoir les uns et conjurer les autres n’est pas qu’une affaire de volonté : c’est avant tout une question de pensée – et donc de repensée – et un processus maîtrisé de pratique populaire partagée.

 

Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu.  Bertolt Brecht

 

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- Retrouvez la conférence des #AMFIS2022 intitulée : « Vote RN et « assistanat » : que fait-on ?

Retrouvez la conférence des AMFIS 2022 intitulée : " Vote RN et " assistanat " : que fait-on ? ", avec : François Ruffin, député LFI-NUPES * Alma Dufour, députée LFI-NUPES * Charlotte Leduc, députée LFI-NUPES

 

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12 septembre 2022 1 12 /09 /septembre /2022 21:51
La faute politique de Fabien Roussel secrétaire national du PCF

« Gauche des allocs » : quand le Parti communiste entretient le mythe de la paresse des pauvres[2bis]

Fabien Roussel, candidat communiste ayant rassemblé 2% des bulletins au premier tour de l'élection présidentielle, a attaqué ce week-end “ la gauche des allocations ”, depuis la Fête de l'Humanité. Une faute politique... alors que les allocations sont un droit constitutionnel[2]

 

Fabien Roussel, secrétaire national du Parti Communiste Français, multiplie depuis quelques jours les déclarations provocatrices opposant une supposé « gauche qui doit le défendre le travail » à une « gauche des allocations et des minima sociaux ». M. Roussel est même allé jusqu’à affirmer : « Je veux mettre fin à un système qui nourrit le chômage par les allocations chômage et par le RSA ». Des propos d’une extrême gravité. Il me semble important de s’y arrêter ici.

 

Sources : Bastien Parisot | mis à jour le 20/10/2022

- Le chef de fil du Parti Communiste Français a quand même réussi une sacrée performance : se mettre l'intégralité de la gauche à dos en pleine Fête de l'Humanité.
La raison ? L'ancien candidat à la présidentielle a tancé “ la gauche des allocations ” ce week-end, affirmant lui préférer “ la gauche du travail ”[1]. Formule on ne peut plus surprenante pour un homme à la tête du parti d'Ambroise Croizat, membre du Parti Communiste en son temps et “père” de la Sécurité Sociale en France.

France insoumise, PS et EELV : chez les autres forces constituant la NUPES, la réaction a été unanime. Toutes se sont ainsi opposées aux déclarations de Roussel… qui a également du essuyer des critiques venant de ses rangs.

  • Il faut dire que cette déclaration semble plus sortie de la bouche d'un dirigeant de droite, voire d'extrême-droite[1bis], que de celle d'un communiste. 

 

 

- Sans repartir ici dans des explications techniques, rappelons que ces allocations visées par Roussel ont été pensées comme un “ revenu de remplacement ”
Ce revenu de remplacement vient subvenir aux besoins des Français lors d'une période de diminution ou de baisse de leurs revenus. Autrement dit : chaque mois, une partie de votre salaire est prélevée pour assurer ce revenu aux personnes en difficulté… et c'est précisément votre participation à ce système qui vous permet de profiter, en cas de besoin, de ce même revenu dit “ de remplacement ”. Bref, pour faire encore plus simple : ces allocations ne sont ni un cadeau de l'État, ni un acte de générosité, ni un privilège réservé à d'éventuels fainéants, mais une politique économique et sociale visant à assurer que toutes et tous puissent vivre dignement sur le territoire, peu importe leur situation, précaire ou non.

 

Il s'agit donc, bien sûr, de l'une des conquêtes sociales les plus importantes dans notre pays. Notez que j'utilise volontairement le terme de “ conquête ”, et non d’“ acquis ”, tant les libéraux de tous poils ne cessent de détricoter, doucement mais sûrement, chacune de ces conquêtes lorsqu'ils sont au pouvoir.

 

Au contraire il faudra combattre ensemble, salariés, précaires et chômeurs la réforme de l’assurance chômage.
Stéphane Peu : Député de la 2ème circonscription de la Seine Saint Denis. Militant PCF

 

Rappelez-vous toujours que ce n'est pas le capital qui augmente la valeur de la richesse : c'est le travail, et rien d'autre.

 

 

- Et c'est précisément là que le bât blesse
En reprenant ainsi le verbe accusatoire et offensif contre “ les allocs ”, Roussel donne du crédit aux discours dénonçant “ l'assistanat ”. Il participe à l'index tendu contre “celles et ceux qui en profitent”, “ceux qui ne bossent pas et qui pompent nos salaires”, et autres foutaises populistes entendues ici et là et rabâchées inlassablement par la droite depuis toujours. Il brouille les pistes, jette un flou sur le sens de nos luttes (je parle de la gauche toute entière) dans l'Histoire. C'est une faute politique assez incroyable pour un dirigeant communiste. Et alors que l'extrême-droite semble plus forte que jamais sous la Vème République, il n'est vraiment pas nécessaire que des personnalités de gauche leur servent ainsi la soupe.

 

Mathilde Panot met Fabien Roussel en PLS en face sans langue de bois.

 

 

- En tout état de cause, il y a d'autres urgence à traiter

  • Rappelons que la “ fraude sociale ” estimée en France (c'est à dire la fraude aux cotisations sociales et aux prestations sociales de la CAF) ne représente qu'un dixième de la fraude fiscale : environ 10 milliards pour la première, contre 100 milliards pour la seconde. Comprenez : la fraude des pauvres nous coûte 10 fois moins cher que celle des riches, comme le montre si bien ce graph d'Alternatives éco.

 

La fraude fiscale écrase la fraude sociale
Graphique d'Alternatives Économiques

 

  • Rappelons aussi que la France insoumise et la NUPES se mobilisent pour diffuser une pétition visant à taxer les super-profits[3] des multinationales profitant de la crise économique pour s'enrichir. Rappelons que sur les 6 premiers mois de 2022, les bénéfices des grandes entreprises du CAC 40 s'élèvent à… 73 milliards d'euros.

 

Déjà plus de 100 000 signatures sur la pétition #TaxeSuperProfits !

 

Dommage que Fabien Roussel n'ait pas préféré porter ce sujet dans le débat public, plutôt que d'inventer une “ gauche des allocs ” à combattre.

 

 

- Je dois bien admettre ici avoir eu une pensée pour les militants communistes assistant à tout cela.
Car mis à part le cercle rapproché du candidat ayant bénéficié de 2% des votes au premier tour de l'élection présidentielle, il est difficile de penser que des militants de gauche ayant à cœur l'émancipation et la défense des classes populaires, puissent donner quelque crédit ou quelque intérêt à un tel discours. Si j'imagine aisément qu'il doit être difficile de voir son engagement réduit à de telles sorties médiatiques largement reprises par la droite, je n'ai aucune légitimité à dire ce que les militants communistes doivent faire. Je n'en ai d'ailleurs pas plus l'intention. Mais je sais qu'ils tiendront bientôt un congrès qui devrait leur permettre de clarifier leurs priorités politiques et l'orientation de leur parti.

 


- Éteindre l'incendie ?

Roussel a tenté, depuis, de justifier son discours. Il a notamment affirmé, fièrement, qu'il disait tout haut ce que les Français pensaient tout bas… virant ainsi dans le populisme le plus gras.

  • Certains initiés seront peut-être surpris de me lire taper sur le “ populisme ”.

C'est tout le problème de ce terme qui veut dire deux choses : lorsqu'il définit une stratégie politique visant à simplifier son discours à l'extrême pour être compris de tous, en assumant de reprendre des codes populaires, des formes connues de toutes et tous, et en dépassant les cadres et les méthodes traditionnelles des partis politiques pour être efficace dans son discours de masse, alors oui, le populisme est une stratégie politique qui peut se défendre et qui a d'ailleurs fait ses preuves. À l'inverse, lorsqu'il définit une méthode visant à reprendre tout argument entendu ici et là pour donner l'illusion de coller aux revendications populaires… dans ce cas, non merci. Cela ressemble d'ailleurs plus à une tentative de stratégie marketing qu'à une stratégie politique…

 

  • Revenons à Roussel.

Sur les réseaux sociaux, des comptes de soutien ont essayé d'éteindre l'incendie, depuis 48 heures, en affirmant que le patron du PCF avait simplement affirmé qu'il valait mieux travaillé qu'être au chômage. Affirmation on ne peut plus logique et que peu de monde contestera. Malin… mais pas tellement pertinent, puisque les propos de Roussel ont largement tourné et que la sphère militante a largement eu le temps de les lire. Non, le député communiste a bien ciblé “ les allocations ”, qu'il a opposé au “ travail ”. Foutaises... et le délire continue

 

Divergences au sein de la Nupes : "Il y a ceux qui défendent le droit à la paresse.

 

Bref. Je ne vais pas expliquer ici à l'équipe de Roussel comment gérer une crise. Nul doute qu'avec de telles sorties, c'est l'expérience qui leur permettra de bientôt savoir le faire.

 

  • Sur les réseaux sociaux, notons également un nombre impressionnant de comptes fachos ayant pris la défense de Fabien Roussel.

Sidérant, et bien souvent la boussole qu'on est en train de se tromper de combat. Roussel a raison ” aurait pu devenir leur leitmotiv, tant leur joie de voir ainsi un leader de gauche reprendre leurs mots habituels semblait les contenter. Sûrement aussi insistent-ils pour tenter de bordéliser les NUPES, espérant secrètement faire exploser le bloc populaire ayant confirmé sa force et son implantation lors des élections cette année ?

 

C'est peine perdue : sur les allocs, c'est Roussel contre tous. Enfin, contre toute la gauche, mais soutenu par la droite toute entière. Bref, pas de quoi faire sauter la baraque.

 

Voici les comptes les plus suivis par les personnes ayant liké ce tweet de  @Fabien_Roussel .
Voici les comptes les plus suivis par les personnes ayant liké le tweet de Fabien_Roussel .

 

 

- À quoi joue Roussel ?
Reste que tout cela résulte d'une volonté affichée depuis plusieurs semaines de faire de la surenchère et de multiplier les provocations vis à vis de la NUPES.
À quelle fin ? Pour servir quel objectif ?

Après s'être rendu coupable de l'élimination de la gauche au premier tour de l'élection présidentielle en avril dernier,...

 

 

quel est le sens de toutes ces sorties, petites phrases, qui plaisent plus à la droite, parfois extrême, qu'à la gauche ? Et jusqu'où passera-t-il l'outrance ?
Seul Roussel sait.

 

 

---------------------------------------

 

  • Un travail et un salaire décent pour toutes et tous. 
  • Protection et aide pour celles et ceux qui en ont besoin. 
  • Les deux ne s'opposent pas. Ils sont inséparables. 

C'était le combat d'Ambroise Croizat au fondement même de la protection sociale.
Fabien Roussel devrait le relire

 

 

Un travail et un salaire décent pour toutes et tous.  Protection et aide pour celles et ceux qui en ont besoin.

 

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1 septembre 2022 4 01 /09 /septembre /2022 13:00
Refondation de la gauche : construire une « politique d’union populaire »

Jean-Luc Mélenchon : " Nous sommes le mouvement de la révolution citoyenne en France.[3] "

 

Le débat sur la transformation du mouvement qui a propulsé notre candidat à la présidentielle à près de 22% est lancé[0].

 

Construire une « politique d’union populaire » : c’est la tâche de la rentrée pour les militants de la Nupes.

 

Communiqué unitaire : Face à l’urgence sociale et écologique, construire une large convergence[1]

 

Quel avenir pour la NUPES. Lors de son discours de clôture des Amfis - l’université d’été de la France insoumise - Jean-Luc Mélenchon a appelé à la constitution partout d’ « assemblées populaires citoyennes » de la Nupes. Pour prédire l’avenir de l’alliance, c’est là qu’il faut regarder. Construire une « politique d’union populaire » : c’est la tâche de la rentrée pour les militants de la Nupes.

 

 

Sources : Razmig Keucheyan, sociologue, université Paris Cité - Cédric Durand, économiste, université de Genève | mis à jour le 26/09/2022 

- Le score de Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles et celui de la France insoumise aux législatives sont des exceptions en Europe.
La social-démocratie gouverne en Allemagne, en Espagne, au Portugal, et dans les quatre pays scandinaves. Elle participe à une coalition en Belgique et jusqu’à récemment en Italie.

 

Le parti démocrate étatsunien n’appartient pas à la famille sociale-démocrate. Mais depuis la seconde moitié du 20e siècle, les politiques qu’il met en œuvre sont convergentes avec les siennes. La présidence Biden peut donc être ajoutée à la liste. Si on n’assiste pas aujourd’hui à un tsunami social-démocrate du type de celui qui a déferlé sur les pays occidentaux dans les années 1990, à l’époque de Blair, Schröder, Jospin et Clinton, cette famille politique est loin d’avoir disparu.

 

 

- Que le programme de la Nupes soit basé sur celui de la plus à gauche de ses composantes, la France insoumise, est donc un cas unique.
De fait, les partis de la gauche « radicale » européenne, Podemos, Syriza ou encore le Labour de Corbyn, sont en crise. Il en va de même de la gauche du parti démocrate, pour laquelle se pose désormais l’enjeu de la succession de Bernie Sanders.

 

On comprend mieux l’attitude conciliante d’Olivier Faure depuis les législatives : attentif à ce qui se passe au-delà de nos frontières, il sait sans doute que la tendance internationale joue en sa faveur. Plusieurs dignitaires socialistes, parmi lesquels Lionel Jospin, ont d’ailleurs fait savoir qu’à leurs yeux, l’hégémonie de la France insoumise sur la gauche était une parenthèse appelée à se refermer.

 


- Pourtant, une droitisation de la gauche serait catastrophique.
Le néolibéralisme est en crise. Or la social-démocratie n’a pas de logiciel de substitution à proposer. Et pour cause : elle ne s’est pas renouvelée intellectuellement au cours des dernières décennies, en France ou ailleurs. La France insoumise, elle, en a un : le « gouvernement par les besoins », qui permet de répondre conjointement à la crise économique et écologique, par une transformation en profondeur du capitalisme, et peut-être son dépassement.

 

 

- Comment conjurer ce risque ?
Le Programme commun a échoué, dit le philosophe Louis Althusser dans un texte de la fin des années 1970, parce qu’il a été conçu comme un contrat, un contrat entre appareils. Le PS et le PCF se considéraient comme « propriétaires » du contrat : quand il a cessé de correspondre à leurs intérêts, ils l’ont rompu.

  • À cette conception de l’alliance comme contrat, Althusser en oppose une autre : celle de l’alliance comme combat. Il faut alors « concevoir cette politique d’union comme politique de masse et de lutte : comme une politique d’union populaire, associant le contrat signé “au sommet” à une lutte unitaire à la base. »
  • Dans ce cas, l’alliance comme « contrat au sommet » s’enracine dans la société, au sein des classes populaires et moyennes en particulier, qu’elle politise et met en mouvement. Les appareils cessent alors d’être les seuls « propriétaires » de l’alliance. Des modalités novatrices d’interaction entre la base et le sommet se mettent en place, car la base se structure. Les pratiques politiques quotidiennes rapprochent les militants des composantes de l’alliance. Elle s’élargit par en bas.

 

 

- Lors des législatives, des assemblées de la Nupes ont fleuri dans de nombreux endroits.
Les militants des composantes ont convergé pour mener le combat électoral ensemble, comme comme dans les Pyrénées-Orientales. Lors de son discours de clôture des Amfis - l’université d’été de la France insoumise - Jean-Luc Mélenchon a appelé à la constitution partout d’ « assemblées populaires citoyennes » de la Nupes[2]. Pour prédire l’avenir de l’alliance, c’est là qu’il faut regarder.

 

 

- La Nupes marque une étape importante mais fragile dans le long cours de la refondation de la gauche.
Avec ces assemblées, l’auto-organisation politique de celles et ceux qui ont fait les mouvements sociaux de ces dernières années et portés les campagnes du printemps peut lui donner un caractère durable. Les partis enrichis par les dividendes électoraux du rassemblement doivent soutenir matériellement ce processus, à travers par exemple la mise à disposition de locaux et d’outils numériques d’éducation populaire pour les militants.


Si ces assemblées deviennent permanentes, elle se transformeront en véritable force politique, permettant de régénérer des appareils affaiblis. L’enjeu est aussi de préserver des revirements tactiques des uns ou des autres ce bien commun qu’est l’alliance. Une telle force politique sera enfin un point d’appui pour la mise en œuvre du programme de la Nupes en cas d’arrivée au pouvoir : elle obligera les dirigeants à tenir parole. 

 

 

- Construire une « politique d’union populaire » : c’est la tâche de la rentrée pour les militants de la Nupes.

  • Parfois, les exceptions sont des avant-gardes.
  • Paraissant d’abord isolées, elles préfigurent en fait un tournant à l’échelle internationale.
  • Qu’en sera-t-il du réagencement en cours de la gauche française ?
  • La réponse dépend de la capacité de convergence à la base des militants de la Nupes.

 

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- Le 28 août 2022, Jean-Luc Mélenchon clôturait les universités d’été de la France insoumise (AMFIS) lors d’un meeting de la NUPES à Châteauneuf-sur-Isère dans la Drôme.

A cette occasion,,il a notamment :

  • Il a accueilli favorablement la proposition du premier secrétaire socialiste Olivier Faure d’organiser un référendum d’initiative partagée sur ce sujet. Il a également appelé à l’organisation d’une grande marche mi-octobre réunissant les partis de la NUPES, les syndicats, les associations, contre la vie chère. Soulignant la crise politique dans laquelle était entré le pouvoir macroniste, il a fini en appelant chacune et chacun à l’action.
  • appelé à la constitution partout d’ « assemblées populaires citoyennes » de la Nupes

Notes :

[0Clémentine Autain : " LFI : franchir un cap pour gagner "

[1Communiqué unitaire signé par : L’Alternative, Attac France, la CGT, la Confédération Paysanne, Convergence Nationale, la Fondation Copernic, Europe Écologie les Verts, la FSU, Génération·s, la France Insoumise, MAN, le Nouveau Parti Anticapitaliste, OXFAM France, Solidaires, le Parti Communiste Français, le Parti Socialiste, l’UNEF.

[2] Appel de Jean-Luc Mélenchon à la constitution partout d’ « assemblées populaires citoyennes » de la Nupes

[3Jean-Luc Melenchon : " Nous sommes le mouvement de la révolution citoyenne en France. "

 

Pour en savoir plus :

Les insoumis du Jura : Appel pour la constitution d'un Front populaire politique et social

Pyrénées-Orientales - Des assemblées populaires de circonscription pour la Nupes

- TRIBUNE. Pour perpétuer la NUPES, il faut la faire vivre !

- Manuel Bompard : « La NUPES, une force d’alternative prête à gouverner demain »

- Chérir, pérenniser et élargir la NUPES pour permettre l’alternance !

- Comment la Nupes veut défier le pouvoir ?

Amfis 2012 : Génération Mélenchon, du Parti de Gauche à la Nouvelle Union Populaire avec : Adrien Quatennens, député LFI-NUPES.

- Clémentine Autain : Face à l’extrême droite, quelle stratégie populaire ?

Quelle stratégie pour la gauche ? Avec quelles implications concrètes ? Jean-Christophe Sellin et Hélène Le Cacheux, co-coordinateurs nationaux du Parti de Gauche, versent leur réflexion au débat.

- Les 3 blocs et l’avenir de l’Union populaire par Jean-Luc Mélenchon

 

Refondation de la gauche : construire une « politique d’union populaire »
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30 août 2022 2 30 /08 /août /2022 10:27
Ariane 6 lanceur fusée espace spatial

Ariane 6 lanceur fusée espace spatial

Jean-Luc Mélenchon : " ...la suite de l’aventure de l’humanité dans l’espace est en train de s’écrire. Il n’est pas question d’être naïfs et de tenir une position destinée à être dépassée par les évènements et les autres protagonistes. La France est une puissance et son devoir est de se déployer dans toutes les directions de l’épopée humaine. "[1]

 

Alors que l’espace suscite de nouveau l’intérêt des grandes puissances et de nouveaux acteurs privés, la France semble se reposer sur ses lauriers et abandonner son rôle de puissance spatiale. D’une part, Paris semble préférer déléguer cette activité au secteur privé, au lieu de piloter indirectement l’action de ce dernier, comme le fait la NASA. D’autre part, l’Allemagne ne cache plus ses ambitions et délaisse la coopération européenne, tout en essayant de récupérer les technologies françaises.

 

 

Sources : Le Vent se lève |

- La conquête spatiale fut l’un des grands enjeux de la Guerre froide

Dans cet affrontement entre Soviétiques et Américains, la politique d’indépendance du général De Gaulle s’est également traduite en termes de souveraineté spatiale[1bis]. Du programme Véronique au développement d’Ariane 6, la France reste un acteur majeur du spatial dans le monde. Ce rôle permet d’avoir une place importante en matière militaire, scientifique et industrielle. Ce, même face aux géants étasuniens, russes et, aujourd’hui, chinois. Pour ce faire, la France a pu compter sur l’expertise acquise par le Centre national d’études spatiales (CNES[2]) qui a fêté ses 60 ans en 2021. Ces compétences, fruit d’années d’investissements et d’ambitions publiques, ont fait le lit de l’excellence française en matière spatiale. Depuis lors, la France a tout naturellement pris le rôle de moteur européen dans les activités extra-atmosphériques. Toutefois, fer de lance de la souveraineté française, le secteur spatial ne cesse de voir sa position fragilisée par l’absence de vision et la naïveté de la France face à l’Allemagne dans l’UE.

 

 

 

- Une nouvelle zone de conflictualité ?
En 1958, une résolution de l’ONU faisait référence à l’usage « exclusivement pacifique » de l’espace extra-atmosphérique[3]. A l’époque, Russes et Américains s’étaient entendus pour faire retirer l’adverbe exclusivement dans le texte onusien. Bien qu’ancienne, la militarisation, c’est-à-dire l’usage à des fins militaires de l’espace, tend à s’accentuer ces dernières années. La facilité de l’accès à l’espace permet aux armées du monde entier d’envoyer des systèmes orbitaux d’observation et de télécommunication. En revanche, l’arsenalisation – l’usage d’actions militaires dans, depuis et vers l’espace – de la zone extra-atmosphérique paraît de plus en plus inéluctable. De nombreux Etats sont par exemple d’ores et déjà capables de détruire des satellites depuis le sol.

 

 

Pourtant le traité de l’espace de 1967[4], la référence en droit spatial, indique que nul ne peut s’approprier l’espace.
La zone extra-atmosphérique est donc ouverte à tous. De même, le traité stipule que les armes nucléaires ne peuvent y être déployées. Le texte reste néanmoins flou et sujet à interprétation dans sa rédaction. Il apparaît de moins en moins adapté aux nouvelles réalités conflictuelles, comme le note un récent rapport d’information parlementaire[5].

 

Donald Trump dévoile le drapeau de la «force de l'Espace» des Etats-unis
D. Trump dévoile le drapeau de la «force de l'Espace» des USA

En 2015, Barack Obama ouvre une première brèche avec le Space act[6], qui autorise l’exploitation des ressources dans l’espace et son appropriation par les citoyens étasuniens. Par la suite, Donald Trump suivra en créant une Space force[7] pour défendre les intérêts des Etats-Unis dans l’espace. Emmanuel Macron, dans la foulée de son homologue américain, a décidé de passer à une doctrine plus active en termes de protection des intérêts spatiaux de la France. Ceci afin de « répondre aux défis […] dans les nouvelles zones de confrontation que sont l’espace cyber ou l’espace exo-atmosphérique[8».

 


- SPACE X et les réalités du NEW SPACE
Si l’intérêt pour l’espace connaît un regain d’intérêt depuis environ une décennie, cela s’explique aussi par les mutations profondes de l’industrie spatiale suite à l’arrivée d’acteurs privés. Ainsi, plusieurs sociétés, dont celles de multimilliardaires, se sont engouffrées dans ce nouvel environnement technologique et sociétal, dénommé new space. Les emblèmes de cette nouvelle ère sont sans aucun doute Space X d’Elon Musk et Blue Origin de Jeff Bezos. Le phénomène a également gagné le Vieux continent. De nouvelles entités y ont émergé et viennent concurrencer les acteurs traditionnels du spatial, comme Airbus, Thales, Safran, etc. En outre, ce nouvel âge spatial s’appuie également sur un cycle d’innovation plus court dû à la miniaturisation des satellites et de leurs composants, d’une part, et la numérisation de la société, d’autre part. Cette numérisation à outrance a pour corollaire non seulement des infrastructures au sol, câbles sous marins et data centers, mais également des moyens de télécommunication en orbite, tels que les constellations de satellites actuellement déployées par Starlink (Elon Musk), OneWeb (Airbus) ou Kuyper (Jeff Bezos). L’émergence du tourisme spatial[9fait également partie des moteurs de ces mutations.

 

Derrière le phénomène au nom rêveur du new space se trouve une réalité bien connue, celle des start-ups. Il s’agit de l’afflux de capitaux privés, via du capital risque, sensibles à l’image positive que véhicule le spatial, ses innovations technologiques et la rentabilité présumée du secteur. Ce faisant, il s’est créé un effet d’entraînement global. A l’instar de la bulle Internet, au début des années 2000, le new space n’est d’ailleurs pas à l’abri d’une bulle financière, notamment alors que les taux d’intérêt sont en train de remonter.

 

Toutefois, si cet appel aux capitaux privés, notamment aux États-Unis, conduit certains commentateurs à évoquer une privatisation de l’espace, cette dernière mérite d’être questionnée.

  • Premièrement, ces financements viennent parfois en complément du public sur des programmes très onéreux.
  • Deuxièmement, les principaux clients de Space X restent le gouvernement américain lui-même à travers la NASA ou le Pentagone. Cela se traduit par de nombreux lancements institutionnels pour l’envoi de satellites, civils et militaires, ou l’approvisionnement de l’ISS (Station spatiale internationale) avec le Falcon 9.
  • Enfin, toutes les technologies développées par ces acteurs privés sont issues des recherches de la NASA, comme le rappelle notamment les travaux de l’économiste Mariana Mazzucato[10].

 

- Ainsi, et de manière contre intuitive, l’apport du new space dans l’écosystème spatial américain tient moins de l’innovation de rupture que de la facilité qu’ont ces entreprises à industrialiser les technologies de la NASA. En somme, entre le new space aux États-Unis et la NASA, la filiation est directe. Le rapport d’information parlementaire cité plus haut, révèle ainsi qu’historiquement la NASA a utilisé les acteurs du New space pour pallier l’échec de son programme de navette.

- Ainsi, les rares marchés exclusivement privés se trouvent dans le tourisme spatial et les méga-constellations en orbite basse. Ces deux activités, dont le modèle économique est très fragile[11], sont toutes deux très polluantes et néfastes aux activités scientifiques.

 

 

- Entre automutilation et illusion libérale : le New SPACE français
Face à cette nouvelle configuration, la France tente aujourd’hui de rattraper ce qu’elle considère comme un retard. Néanmoins, à la différence des Etats-Unis, le marché des lancements institutionnels européens n’est ni conséquent ni garanti. Quand le budget de la NASA s’élève à plus de 20 milliards, celui du CNES atteint à peine plus de 2 milliards et de 6 milliards pour l’ESA (European Space Agency)

 

La moitié de l'enveloppe financière devrait atterrir dans les poches des acteurs du NewSpace.

Dans le sillage des illusions sur la start-up nation, Bruno Le Maire a annoncé l’avènement d’un Space X français d’ici 2026[12]. Ce faisant, le Ministre de l’économie a oublié que le leader mondial des lancements commerciaux était français. En effet, avec Arianespace, qui gère la commercialisation et l’exploitation des systèmes de lancements depuis Kourou (les lanceurs Ariane et Vega), la France a un accès privilégié, et de qualité, à l’espace ! Pour soutenir les acteurs du new space, Emmanuel Macron a annoncé investir 1,5 milliard dans ce secteur dans le cadre du plan France 2030[13]. Dès lors, deux stratégies distinctes se dessinent de chaque côté de l’Atlantique : d’un côté une privatisation pilotée par la NASA, de l’autre un véritable laissé faire, sans planification

 

L’automutilation de l’Etat français et l’absence de vision à long terme, censée guider les politiques spatiales, se font ressentir au cœur même de l’excellence française. En effet, le Centre national d’études spatiales est touché de plein fouet par ces nouvelles orientations. C’est pourquoi, en avril dernier, les ingénieurs du CNES, de Paris à Kourou, dans un mouvement sans précédent depuis 60 ans, ont décidé de se mettre en grève pour protester contre les nouveaux contrats d’objectifs[14]. Ces derniers, aux dires des syndicats, privilégient les nouveaux acteurs privés au détriment de la recherche publique. Leur crainte est qu’à travers ces objectifs, le CNES ne devienne qu’une agence de financement. Dès lors, le regard stratégique sur le devenir des grands projets reviendrait aux seuls industriels

 

Arianespace : l'Etat signe la vente de ses parts à Airbus et Safran

Ces craintes sont fondées : ce retrait du CNES est déjà une réalité depuis 2015. Quand Manuel Valls avait décidé de vendre les parts de l’Etat (34%), à travers le CNES, dans la société Arianespace[15]. Cette société est pourtant hautement stratégique en termes d’efficience industrielle et de souveraineté d’accès à l’espace. Les parts ont été cédées à la co-entreprise (Ariane group), composée de Safran et d’Airbus. La cession a mis fin à la logique de partenariat public/privé qui avait prévalu en France et qui avait fait ses preuves. A sa place, une logique de gestion pilotée uniquement par les industriels, notamment celle du futur lanceur Ariane 6, est en train de s’affirmer.

 

 

 

- L’Allemagne se rêve en puissance spatiale

Outre une ambition politique aux abonnés absents, le spatial français doit faire face aux divergences politiques avec l’Allemagne. Ces divergences ne sont du reste pas nouvelles, elles existent d’ores et déjà pour l’industrie militaire. La naïveté française dans les grands projets industriels de l’UE permet aux entreprises allemandes de siphonner les technologies françaises. Du programme SCAF (avion de chasse de nouvelle génération) au transfert du moteur d’Ariane 6 de Vernon vers la Bavière, les exemples sont légion.


Face aux problèmes budgétaires de la France, l’Allemagne s’est en effet mise en tête de prendre le leadership européen dans le spatial. Le conseiller espace d’Angela Merkel à l’époque, Peter Hintze, relayé par La Tribune, le disait en ces termes : « l‘Allemagne occupe le deuxième rang européen en matière de spatial; se satisfaire du deuxième rang ne suffit pas, il faut considérer ce classement comme une source de motivation »[17].

 

Depuis, l’Allemagne a été à plusieurs reprises la plus grande contributrice du budget de l’ESA. L’objectif, à peine voilé, est de conforter sa base industrielle dans un esprit mercantile orienté vers la haute valeur ajoutée. Les spécialistes faisaient remarquer à l’époque l’absence de vision en termes d’indépendance dans le discours allemand, comme le confirme un document que s’est procuré La Tribune[18]. Ce dernier indique que le gouvernement allemand pense qu’ « un système de lancement compétitif européen au niveau mondial n’est pas un objectif prioritaire […] ». D’autant que la compétition est, selon elle, complètement biaisée : « la demande institutionnelle nettement plus importante aux États-Unis […] Un système européen ne pourrait survivre dans cet environnement qu’avec de lourdes subventions gouvernementales annuelles[18] ». L’Allemagne y fustige également le manque de concurrence face à Arianegroup.

 

Espace : OHB, cette PME allemande au coeur des tensions entre Paris et Berlin

Berlin, dans un esprit libéral, refuse donc la logique d’agence et de coopération européenne de l’ESA et aimerait lui substituer une logique d’acteurs industriels. A contrario, la tradition française, qui associe programmes civils et militaires, est de penser le spatial en termes de souveraineté d’accès. Ainsi, profitant de l’avènement du new space, Berlin a fait émerger de nouveaux acteurs tels que OHB ou encore ISAR Aerospace. Ces différents choix stratégiques de l’Allemagne posent des problèmes de cohérence à ses partenaires européens, notamment la France. Récemment, l’agence spatiale allemande (DLR) a choisi Space X pour l’envoi de son satellite d’observation de la terre. Ou, encore, le lobbying d’OHB[19] en faveur du lanceur américain pour l’envoi des derniers satellites du programme Galileo, le GPS européen. De fait, Berlin semble avoir abandonné toute idée de préférence européenne.

 

Outre-Rhin, on pense l’avenir à travers les megaconstellations et les micro lanceurs réutilisables. Ils visent ainsi le marché, non institutionnel, des envois commerciaux. Cette stratégie permet à ces start-ups, soutenues par le gouvernement allemand, de s’autonomiser, en partie, du port spatial de Kourou. L’opération Launch Germany[20] s’inscrit dans cette logique. Elle a pour objectif de développer une zone de lancement pour micro-lanceurs en mer du nord. Pourtant le CNES, l’ESA et Ariangroup cherchent à redéployer l’ancien site de lancement de la fusée diamant en base pour micro-lanceurs. Il s’agit des programmes Thémis, Prometheus et Callisto.

 

Ces divergences se confirment dans cette période de transition entre les versions 5 et 6 d’Ariane. Cette dernière est censée être plus compétitive face à la concurrence de Space X. Néanmoins, conscient des défis de la fusée réutilisable, Paris indique que ce nouveau lanceur, qui n’intègre pas de modules réutilisables, est quasi obsolète. La volonté est donc d’embrayer très vite sur une nouvelle génération de lanceurs. Pour Berlin, qui a financé un des quatre milliards de conception d’Ariane 6, c’est évidemment trop tôt. Le retour sur investissement de la fusée Ariane 6 se fera certainement sur la durée, entre 10 à 15 ans. Or, repartir sur une nouvelle génération de lanceur entraînera d’énormes coûts de conception, jusqu’à 10 milliards d’euros selon les estimations. Ce sont les industriels d’Arianegroup et l’ESA, au travers de ses membres étatiques, qui porteront ce coût.

 

 

- Le port spatial de Kourou : un fleuron mis à mal
Si l’avenir de la coopération spatiale européenne reste incertain, qu’en est-il des bases de lancement ?

Pour l’heure, le port spatial de Kourou[21], en territoire français, offre au pays des Lumières un atout essentiel d’indépendance et de sécurité. Le déploiement des programmes de vols, notamment ceux à usage militaire, se fait sans contrainte d’exportation et de location d’un site étranger. L’indépendance qu’offre ce site lui confère donc un grande importance. Malheureusement, celui-ci est également confronté à une période difficile.

 

Le 25 décembre 2021, comme un cadeau offert à la communauté scientifique et au monde, s’envolait le télescope James Webb[22]. Le remplaçant du célèbre Hubble était attendu par les scientifiques du monde entier. Depuis, James Webb réjouit la communauté scientifique et même les particuliers par ses performances optiques. Ce joyau technologique a coûté 10 milliards de dollars à la NASA sur 20 ans. Le télescope est parti depuis Kourou, en Guyane, empaqueté dans la coiffe d’une Ariane 5. La précision du vol fut telle que le télescope a gagné en durée de vie en économisant son carburant[23].

 

Si, cet exploit technique et scientifique a été salué par la NASA, qui a reconnu l’extrême précision du lancement, il ne saurait cacher néanmoins les difficultés du sport spatial. Le développement d’Ariane 6 s’articule autour d’un leitmotiv : la réduction des coûts. Cela passe notamment par la réduction d’effectifs, surtout lorsque les budgets sont contraints et orientés vers des start-ups. Dans ce cadre, le gestionnaire du site, Arianegroup – actionnaire majoritaire d’Arianespace (76%) – se prépare depuis deux ans à des réductions d’effectifs. 600 licenciements répartis entre la France et l’Allemagne, sont évoqués[24]. Concernant le Centre spatial guyanais, une étude évoque une suppression de 300 postes[25]. Cette réduction d’effectifs fait craindre une perte de savoir-faire, notamment dans le domaine d’excellence de la France : la filière des lanceurs.

 

 

- Du côté des salariés de la base, c’est le flou concernant la suite de l’aventure spatiale.
« Les salariés sont anxieux face à la baisse de cadence et les solutions amenées pour y faire face. L’arrêt prématuré de Soyouz n’arrange pas les choses. Il y a une véritable lenteur des dirigeants à trouver et proposer des solutions. » nous rapporte Youri Antoinette, syndicaliste UTG-CGT sur la base. Pour ce dernier, le contrat passé avec Amazon[26] est une bonne nouvelle.


Il s’inquiète néanmoins de la gestion de cette période de transition. En effet, le lancement de la constellation Kuiper d’Amazon doit débuter en 2024 à bord d’Ariane 6. Il y a donc un trou de deux ans à combler. Cette transition devait se faire grâce au lanceur russe Soyouz, basé en Guyane depuis 2011. Cependant, la guerre en Ukraine a eu pour conséquence l’arrêt des coopérations entre l’ESA et Roscosmos. L’UE n’a par conséquent pas de lanceur de substitution. Dans l’intervalle, la production d’Ariane 5 est stoppée et le programme Ariane 6 a pris du retard. De plus, L’arrêt de Soyouz signe la disparition de 50 emplois équivalent temps plein sur la base.
 

  • La souveraineté spatiale de la France est donc mise à mal de toute part.
  • Son rôle moteur au sein de l’UE est remis en cause par l’Allemagne, dont les ambitions hégémoniques s’affirment de plus en plus.
  • Pendant ce temps, en dehors de l’UE les puissances spatiales poursuivent leur affrontement pour la primauté scientifique, industrielle et/ou commerciale.
  • Force est de constater, qu’à ce jour, la France, prise dans le dédale de ses contradictions et de l’UE, semble ne plus avoir les capacités de tisser le fil d’Ariane d’une nouvelle ambition spatiale.

 

Notes :

[1] À la conquête de l’espace

[1bis] La naissance de la politique spatiale française

[2] Le site du Centre national d'études spatiales CNES

[3] RESOLUTION DU 13 DECEMBER1958 SUR L'UTILISATION DE L'ESPACE EXTRA-ATMOSPHERIQUE A DES FINS PACIFIQUES (NATIONS UNIES) - 1348 - XIII (Création du Comité spécial des utilisatoins pacifiques de l'espace extra-atmosphérique)

[4] Traité de l'espace 1967

[5] RAPPORT D’INFORMATION PAR LA COMMISSION DE LA DÉFENSE NATIONALE ET DES FORCES ARMÉES

[6] Droit de l’espace : évolution, révolution ou déliquescence annoncée ?

[7] Trump crée un commandement militaire spatial pour sa future " Armée de l'Espace "

[8Armées : Macron annonce la création d’un commandement militaire de l’espace, et La France muscle sa stratégie spatiale avec un commandement dédié

[9] MILLIARDAIRES DANS L’ESPACE, DYSTOPIE SUR TERRE

[10L'État entrepreneurial

[11] OneWeb: de nombreuses interrogations autour du modèle économique

[12] Espace : Paris présente son plan pour concurrencer SpaceX

[13] Plan "France 2030" : Macron met sur la table 1,5 milliard d'euros pour le spatial

[14] Grève historique au CNES : " Des projets spatiaux s'arrêtent faute de financement "

[15] Arianespace : l'Etat signe la vente de ses parts à Airbus et Safran

[16] Du néant de la relation stratégique franco-allemande au divorce nécessaire

[17] Espace : la France rend les armes face à l'Allemagne

[18] Stratégie lanceurs : comment l'Allemagne s'oppose fortement à Bruxelles et à la France

[19] Espace : OHB, cette PME allemande au coeur des tensions entre Paris et Berlin

[20] Spatial européen : l'inquiétant séparatisme allemand

[20] Centre spatial guyanais

[22] Le télescope spatial James-Webb est arrivé à destination, à 1,5 million de kilomètres de la Terre

[23] Un lancement précis d'Ariane 5 devrait prolonger la durée de vie prévue de Webb

[24] Arianegroup annonce la suppression de 600 postes en France et en Allemagne

[25] Spatial : Le CSG va vers un plan social qui ne dit pas son nom

[26] ARIANESPACE SIGNE UN CONTRAT HISTORIQUE AVEC AMAZON POUR 18 ARIANE 6 AFIN DE DÉPLOYER LE PROJET DE CONSTELLATION KUIPER

 

Pour en savoir plus :

- Spatial : vers un déclassement de la France ?

Quand le capitalisme se rêve un destin cosmique ; le capital à l'assaut de l'espace

Spatial : l'Europe se contente du minimum syndical

- L'Otan va installer à Toulouse un centre de formation et01 d'expérimentations dédié à l'espace, ont indiqué vendredi le ministère des armées et le CNES

- L’Otan installe à Toulouse son QG de l’espace pour contrer les menaces sur ses satellites

- l'Union Populaire (France insoumise) Mélenchon 2022 : L’espace, notre horizon commun

L’espace, notre horizon commun

 

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21 août 2022 7 21 /08 /août /2022 21:21

Préface du futur...

Pourquoi il faut (re)créer d’urgence les services publics pour (ré)inventer la démocratie

Bien qu’on ne puisse pas « faire bouillir les marmites de l’avenir », il y a des moments où il faut tenter une piste. Nous sommes à l’un de ces moments. Un appel à contributions signé par Roland Gori, Frédéric Pierru et Bernard Teper intitulé : « Pourquoi il faut (re)créer d’urgence les services publics pour (ré)inventer la démocratie[1] » a permis déjà à plusieurs dizaines de textes d’alimenter la rubrique « Services publics ou barbarie[2] » de notre média. Nous remercions les lecteurs de ReSPUBLICA et les membres de l’Appel des appels pour leur importante contribution. Ce ne sont que les prémisses du travail nécessaire pour retrouver le chemin de l’émancipation.

 

 

Sources : ReSPUBLICA | 

- Ce que l’appel à contributions avait suggéré a été confirmé par les quelque vingt-cinq textes de publiés sous la rubrique « Services publics ou barbarie[2] »
L’intérêt de ces textes est qu’ils montrent en partant des réalités des différents métiers présents dans les services publics que tous ont été impactés par de nouvelles pratiques, pratiques issues de causes endogènes au modèle politique qui s’est constitué petit à petit, sous l’impulsion du mouvement réformateur néolibéral d’une part mais aussi des politiques ordolibérales issues quant à elle du type de construction de l’actuelle Union européenne. Suivant les métiers, l’impact déterminant est ou l’un ou l’autre. Nous savons par ailleurs que ces politiques ont été créées pour contrer les effets immédiats de la crise du capitalisme lui-même.

 

Ces textes montrent aussi la perte de sens pour les travailleurs des services publics de leurs métiers respectifs et même dans certains cas une souffrance au travail. Cela corrobore aussi l’appel à contributions, à savoir que l’amplification de l’introduction du taylorisme et du fordisme à l’intérieur des services publics – après avoir été pratiqués dans l’industrie – crée une colère et des souffrances grandissantes, tant chez les usagers que chez les personnels des services publics. C’est une confirmation de la nécessité de pratiquer une bifurcation.

 

Malgré l’augmentation des richesses produites, s’agglomèrent :

  • augmentation forte des inégalités sociales de toutes natures pour les assurés sociaux et leurs familles ;
  • diminution de l’accès aux services publics, désertification des services publics, perte de sens du travail dans les différents métiers des services publics ;
  • difficultés pour recruter dans tous les services publics ;
  • difficulté à conserver les personnels qui fuient des conditions de travail impossibles ;
  • baisse du pouvoir d’achat de la grande majorité des salariés des services publics ;
  • dégradation des services publics dans tous leurs principes d’égalité, de mutabilité et de continuité, etc.

Cela fait déjà beaucoup !
De plus, nous voyons se développer des actions populaires locales (contre les fermetures de services voire d’hôpitaux, contre le processus de suppression massives des postes, etc.) et nationales (par exemple, le mouvement des gilets jaunes) qui montrent que les assurés sociaux sont de plus en plus investis dans la lutte contre les reculs des conquis sociaux.

 

 

- Alors pourquoi donc la bifurcation semble-t-elle impossible à obtenir ?
Et si nous regardions plus sérieusement ce que nous disent les études sociologiques des élections politiques et les résultats des élections professionnelles du mouvement syndical revendicatif ! La classe populaire ouvrière et employée, qui représente 45 % de la population active française, a voté à plus de 75 % des votants pour la gauche en 1981.
Aujourd’hui, cela représente moins de 30 % ! Le mouvement syndical revendicatif baisse régulièrement à chaque élection professionnelle alors qu’il conteste la ligne suivie par le gouvernement.


Nous faisons l’hypothèse dans cette « Préface du futur « que c’est parce les lignes stratégiques suivies laissent croire que l’objectif est de revenir aux mesures des années 1944-46, ou encore de croire que la bifurcation est possible dans le cadre du modèle politique actuel ou que la lutte défensive promue par diverses organisations politiques et syndicales n’est que du corporatisme strict.

 

 

- Priorité 1 : passer par une vision holistique
Nous pensons que nous devons alors travailler une autre hypothèse. Celle qu’il y a un lien direct entre le modèle politique et l’objet réel des services publics. Et si nous devons regarder les années 1944-46, ce n’est surtout pas pour faire ce qui a été fait car le monde a profondément changé mais pour comprendre que le contenu du programme du Conseil national de la Résistance (CNR) publié le 15 mars 1944 n’est que la conséquence de la République sociale en tant que nouveau modèle politique promu par le CNR. Dans cette hypothèse, la renaissance des services publics ne pourrait donc advenir que si et seulement si, nous la pensions collectivement comme une conséquence d’un nouveau modèle politique à créer. Si cette hypothèse est juste, il faudra donc que le soutien populaire au nouveau modèle politique et donc in fine à ses services publics soit équivalent à ce qu’il fut dans les années 1945-46.

 

Cette hypothèse sera bien sûr à vérifier dans ce futur.

En tout cas, les nationalisations par le haut des années 1981-82 ont montré qu’elles ont été produites par un nouveau management public souvent détestable (les travaux de Yohann Chapoutot ont montré que pour conquérir un espace immense avec des ressources limitées, le nazisme a déjà eu recours à cette détestable rationalité managériale).

 

 

- Priorité 2 : mettre enfin de la démocratie dans les services publics
La deuxième hypothèse que nous proposons est que ce nouveau modèle politique et donc les nouveaux services publics à construire ne seront possibles que si la démocratie est refondée au sein d’une République sociale comme nouveau modèle politique et qu’elle ne s’arrête pas à la porte des nouveaux services publics. Nous pensons que nous devons revenir au débat sur la démocratie qui a eu lieu au sein de la Révolution française, à savoir d’un côté la thèse du gouvernement représentatif de l’abbé Sieyès pour éviter la démocratie, et de l’autre la démocratie aux conditions de Condorcet, à savoir que toutes les propositions doivent être portés à la connaissance de tous et toutes, qu’un débat raisonné doit avoir lieu entre ces propositions, qu’un suffrage universel sans grève du vote ait lieu, que les citoyens et les travailleurs doivent rester maîtres du jeu via ce que nous pourrions appeler aujourd’hui le référendum d’initiative populaire et le référendum révocatoire.

 

Force est de constater aujourd’hui est que ce que certains appellent démocratie n’est que le modèle du gouvernement représentatif qui dans l’esprit de Sieyès était le moyen d’éviter la démocratie car, disait-il, « la France ne saurait être démocratique[3] » ! Et qu’on arrête de nous faire croire que la démocratie au sein des services publics se résume à la participation de quelques responsables syndicaux en bout de table des conseils d’administration !

 

 

- Priorité 3 : produire pour chaque métier une alternative au fordisme et au taylorisme
La troisième hypothèse que nous proposons de développer est de poser une « révolution des métiers des services publics » en partant des travaux de Bruno Trentin et d’Alain Supiot, afin de rompre avec le taylorisme et le fordisme défendus au XXe siècle tant par les communistes bolcheviks que par les tenants du capitalisme lui-même ! Cela demande de travailler cela métier par métier et d’analyser sociologiquement, pour chacun, les conflits d’intérêts qu’il faudra traiter.

 

 

- En conclusion
Nous suggérons de travailler sur ces trois hypothèses dans une nouvelle séquence que nous proposons à tous ceux et à toutes celles qui voudraient se joindre à nous, individuellement ou collectivement, avec les acteurs du mouvement social et politique qui le souhaiteront.

 

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11 août 2022 4 11 /08 /août /2022 19:43
87 % des héritages sont inférieurs à 100 000 euros

Ceux qui promettent de baisser les impôts de succession (LREM, LR, RN...) veulent donc baisser encore les impôts des + riches et augmenter les inégalités.

 

Un peu plus de la moitié des ménages héritent au moins une fois au cours de leur vie. 87 % des héritages reçus sont inférieurs à 100 000 euros. Des données qui éclairent le débat sur les frais de succession

 

 

Sources : Observatoire des inégalités | 

- 37 % des ménages ont reçu au moins un héritage au cours de leur vie, selon une étude de l’Insee (données 2018).

Le problème, c’est que ce chiffre comprend de très jeunes qui font baisser la moyenne. Parmi les plus âgés, 54 % des 60-69 ans et 53 % des 70 ans ou plus ont hérité. Au bout du compte, la part des ménages qui vont toucher au moins une fois un héritage dans leur vie ne dépasse pas de beaucoup les 50 %.

 

 

- Parmi les héritages reçus, deux tiers sont inférieurs à 30 000 euros et 87 % inférieurs à 100 000 euros.
Au sein de ceux-ci, le montant hérité peut être bien plus élevé, mais l’institut statistique n’en divulgue pas le détail. Pour l’immense majorité des héritiers, ces sommes permettent de changer de voiture, de disposer d’un apport pour un achat immobilier ou de s’offrir les congés dont ils rêvent, guère plus.


Ces données éclairent le débat sur les droits de succession. 100 000 euros, c’est exactement le montant de l’abattement appliqué aux successions de chacun des parents à chacun de ses enfants. Sous ce seuil, l’héritage n’est pas taxé. Les Français connaissent mal les droits de succession, car une très faible portion de la population y est soumise.

 

 

- Beaucoup de données manquent.
On ignore la part des ménages qui auront hérité d’un patrimoine important à la fin de leur vie[1]. Certains ménages peuvent avoir bénéficié de plusieurs successions qui, au total, représentent une somme supérieure à 100 000 euros. De plus, comme l’indique l’Insee, le montant transmis n’est pas connu pour 14 % des héritages. Il faudrait ajouter les donations reçues de son vivant qui concernent moins de 20 % des ménages, mais représentent un flux global presque aussi important que les héritages[2].

 

 

 

 

Notes :

[1] Les dernières données fiscales à ce sujet, à notre connaissance, remontent à 2006.

[2] « L’évolution de long terme des transmissions de patrimoine et de leur imposition en France », Clément Dherbécourt, Revue de l’OFCE n° 161, Sciences Po, 2019.

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8 août 2022 1 08 /08 /août /2022 12:36
Dans nos quartiers : violence, délinquance, drogue... il faut s'attaquer aux causes avant de réprimer !

Pour Gérald Darmanin, « Nous sommes face à un ensauvagement » de la société[1] !

Pour un militant associatif marseillais pour le logement : " à quoi reconnait-on qu'un arrivage de drogue a eu lieu ? Quand les retards de loyers sont payés dans les quartiers "

Les jeunes dits « de cité » forment la nouvelle « classe dangereuse » pour le système dans une société en proie à davantage d’incertitude économique et d’accentuation des crispations identitaires[2].

 

 

#Macroncron veut « porter un coup d’arrêt au trafic de drogue, assurer l’ordre républicain, faire “ place nette ” »[0] ! Or,...

" Déjà, au 19e siècle, de nombreux articles de journaux parlaient des violences entre bandes. Les adolescents en question étaient surnommés les « apaches » du nom de cette tribu indienne redoutée. On disait qu’ils étaient de plus en plus jeunes, de plus en plus violents. Exactement les mêmes adjectifs qu’aujourd’hui ! " rappelle l’historienne Véronique Blanchard[2bis].

Les phénomènes de la précarité, d’exclusion, de racisme et les nouvelles formes de discrimination qui perdurent maintenant depuis plus de trente ans ont irrémédiablement accentué les difficultés des classes populaires surtout celles des dernières générations ouvrières illustrées par les « jeunes de cité ». Cette dégradation des rapports sociaux dans les quartiers populaires a sans aucun doute accéléré le phénomène émeutier[3], les nouvelles formes de violence interpersonnelles[4], mais aussi la récurrence des conflits entre les jeunes des quartiers et les institutions républicaines[5]

Par ailleurs, dans beaucoup de récits recueillis, le passage en prison a coïncidé avec une forme de promotion, avec le passage d’un seuil, d’une délinquance de voie publique – embrouilles, vols, violences, petits trafics –, à une délinquance de niveau supérieur plus professionnalisée[6]... il faut donc tout faire pour l'éviter en s'attaquant aux causes.

Et sans le vouloir, en décembre 2025, l’administration de la place Beauvau a fourni la preuve mathématique que la stratégie du « tout répressif » est une impasse totale[44].

 

Sources : Eric Durand | mis à jour le 21/12/2025

- Dans nos quartiers : violence, délinquance, drogue... une question qui n'est pas simple

Effectivement la chose n'est pas simple, mais c'est une question globale... et donc la réponse ne peut être que globale, non pas en terme répressif, mais en s'attaquant aux causes.... sauf à considérer que l'on ne veut pas légaliser le cannabis pour pouvoir continuer à gesticuler politiquement sur ce sujet et faire de l'insécurité une thématique clivante, médiatiquement sur exploitée pour détourner l'attention de l'essentiel, tout en laissant le trafic continuer pour perpétuer un minimum de ressources financières dans les quartiers les plus pauvres (comme aux USA).

 

 

- Mais pour quelle raisons il y a t-il des trafics de drogue (essentiellement du cannabis) ?

  • Un ami Marseillais, militant associatif pour le logement me disait déjà dans les années 80 : " Sais tu comment on voit quand il y a eu un arrivage de drogue ?.... quand les retards de loyer sont payés dans les quartiers ! " on avait là la synthèse du pourquoi et du comment ! ;
  • En affirmant « Avec la crise économique qui arrive, les gens auront encore plus besoin d’argent, si demain ils ne peuvent pas vendre illégalement du cannabis, ils vendront de la drogue dure », le député François Pupponi (Libertés et territoires), à sa façon, ne dit rien d'autre[8] même si, cette affirmation lui sert à justifier la NON légalisation du cannabis et par conséquent ne pas vouloir s'attaquer aux causes de ses trafics ;
  • Bordeaux le 9 septembre 2022 : « J’ai préféré gagner de l’argent facile plutôt que d’aller travailler »
    Déféré devant le tribunal dans le cadre d’une procédure de comparution immédiate, un prévenu questionné par la présidente d’audience
     avoue réaliser un chiffre d’affaires de près de 20 000 euros par mois. « Mais ce n’est pas du bénéfice, je gagnais entre 3 000 et 4 000 euros », admet-il pour reconnaître « ne plus vouloir se lever le matin pour aller travailler car là, c’était de l’argent facile. J’en voulais toujours plus et j’ai été pris au piège[8bis] ».

 

Pour le système libéral et le pouvoir à ses ordres, les trafics de drogue sont un outil pour maintenir la " paix sociale " dans les quartiers, en conséquence Darmanin fait des annonces|9] sans rien changer sur le fond en s'attaquant aux causes.... résultat : les amendes engendreront encore plus de trafic,... ne serait-ce que pour payer les amendes...

 

 

- Il faut donc tout à la fois :
➡️ s'attaquer aux causes :

  • à la question du chômage de masse dans les quartiers populaires.... qui pose ine fine la question de " pourquoi je bosserai à l'école, puisque ça ne sert à rien, y'a pas de boulot " ;
  • à la question du pouvoir d'achat, les salaires doivent permettent aux familles de vivre correctement pour donner envie aux enfants d'aller à l'école pour apprendre un métier... et travailler plus tard ce qui n'est pas le cas quand les Français qui gagnent moins de 2 000 € net par mois n’ont plus que quelques dizaines d’euros sur leur compte en banque dès le 10 du mois[10]... et amène automatiquement cette question : " Pourquoi  je ferai ça comme job, ça ne paie pas " ? ;
  • à la question de la précarité professionnelle qui touche plus de 3,7 millions de personnes et frappe surtout les jeunes (les 15-29 ans forment à eux seuls la moitié des précaires)[15], l'autre moitié étant les femmes qui  : représentent 53 % des personnes pauvres et 57 % des bénéficiaires du RSA ; constituent 70 % des travailleurs pauvres ; occupent 82 % des emplois à temps partiel[16]... le tout vivant dans ses mêmes quartiers, utilisés, depuis plus de 20 ans, et en accroissement, pour mettre la misère à l'écart au nom de la segmentation sociale des territoires[18] ;

➡️ S'attaquer aux causes c'est aussi :

  • reconstruire un État social loin des politiques néo-libérales qui ont affaibli, voire supprimé purement et simplement les service public dans les quartiers, résultat tout à la fois de stratégies nationales et de choix locaux conséquence de la baisse des dotations de l’Etat pour les collectivités[17] ;

 

  • s'attaquer à la finance : e​​​​​​n France, le trafic de drogue générait 2,7 milliards d'euros par an indiquait l'Insee dans une note de mai 2018 (dont un milliard d'euros le seul trafic de cannabis)[19]... que fait le gouvernement ?
    • Dans les paradis fiscaux et les réseaux financiers qui organisent et profitent du trafic de drogues dans les cités françaises,  l’argent sale de la drogue se mêle à l’argent sale de l’évasion fiscale  « Les îles Caïman ont des coffres-forts où se mélangent l’argent de l’évasion fiscale et l’argent de la drogue. Tant que l’on laissera ces paradis fiscaux-là, on continuera d’avoir ce trafic de drogues, d’armes, d’argent sale »[20]...
      De L’intérêt De Sortir Le Cannabis Des Réseaux Criminels

       

    • Saisir le portefeuille plutôt que le produit

      La pression policière « n’a jamais été aussi importante » et pourtant « très inefficace », remarque Christian Ben Lakhdar[20bis]. Pour lui, les sanctions se répercutent surtout sur les usagers, sur la saisie du produit, or «interpeller un client pour démanteler un trafic, ce n’est peut-être pas le meilleur choix»,... pour stopper le trafic, c’est plutôt au « portefeuille » qu’il faut s’attaquer.

      Concluant : «Ce sont les avoirs criminels et le patrimoine des dealers, des têtes de réseaux, qu’il faut saisir », plaide t-il[21]. Pour que le trafic ne soit plus rentable, mieux vaut s’emparer du capital donc.

 

  • Mettre un terme à l’abandon des banlieues : 45% des jeunes n’ont pas d’emploi, on compte deux fois moins de professionnels de santé pour 100 000 habitants, 40% de ces quartiers n’ont pas de crèches avec pourtant deux fois plus de familles monoparentales, 40% de bibliothèques en moins par habitant, trois fois moins d’équipements sportifs...
    • Ces chiffres rappellent combien la « normale » est insupportable pour les habitants des banlieues défavorisées. Sans justice sociale, rien ne changera ! 
    • Quand on dit que ces quartiers sont des quartiers prioritaires sur le papier, c’est faux en réalité[41] !

 

➡️ Répondre aux besoins urgents :

  • aider les parents à surmonter les difficultés avec les enfants (par exemple : quel peut être l'autorité parentale quand c'est l'ado. qui fournit l'argent pour payer tout ou partie du loyer, la cantine des frères et sœurs ? en faisant le guetteur) ;
    • la grande majorité des adolescents considèrent leurs parents comme des modèles, des références pour se construire[11]. Quel modèle peuvent-ils constituer, quelle crédibilité peuvent-ils avoir, quand ils sont dans l'impossibilité de répondre à leurs attentes parfois tout simplement de leur permettre de se nourrir, quand 20 % des Français ne peuvent pas manger trois fois par jour[12], quand 1 enfant sur 5 vit en dessous du seuil de pauvreté et ne mange pas toujours à sa faim, comme à Paris[13] ;
  • aider les parents à faire valoir leur droits sociaux, ce qui sous entend de reconstruire les services publics dans les quartiers (En novembre 2017, « 49% des personnes éligibles à une des aides sociales versées par les conseils départementaux ou les Caisses d'allocations familiales en ignoraient l'existence.» et 40% des gens qui on droit au RSA n'en bénéficiaient pas[14]) ;

➡️ S'attaquer aux causes c'est enfin y mettre des moyens :

  • remettre en place la police de proximité dans les quartiers (supprimée par Sarkozy en 2003[23]) à titre de prévention et de renseignement... et ce dans une démarche de respect citoyen, par exemple en instaurant une traçabilité des contrôles d'identité ;
  • augmenter les moyens de la police notamment en OPJ (officier police judiciaire) dont le service d’enquêtes judiciaires des finances (SEJF) [unité de police judiciaire commune à la direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) et à la direction générale des finances publiques (DGFIP)] pour remonter les filières.... et pas mettre des contraventions sur les guetteurs et les consommateurs !
  • et dans le même temps, légaliser le cannabis pour casser les trafics comme cela a été proposé par les parlementaires de la France insoumise dans un projet de loi[22]... rejeté par le parlement le 1 janvier 2022[23] ;

le tout nécessitant d'y investir " de gros moyens sur le long terme, et remettre en cause la logique économique et sociale libérale en place.

 

 

➡️ J'entends ici et là les propos suivants :

« Maintenant dans ma circonscription, c'est le RN qui a gagné... On verra ce qu'il propose ! »

  • Que propose le RN (Rassemblement National) de nouveau : s'attaquer aux causes ? Non ! On en a la confirmation avec le vote de la loi pouvoir d'achat de Macron qui ne prévoie ni relance des salaires, du SMIC, ni blocage des prix des produits de 1ére nécessité, ni blocage des loyers, ni blocage du prix du carburant à 1,4€, ni de mesures en faveur des jeunes pour leur garantir garanti r une autonomie, qui les portera au-dessus du seuil de pauvreté (1 063€ pour une personne seule) et que le RN a voté[23bis].... .
  • Alors quoi ? Simplement renforcer la répression policière et judiciaire, sanctionner, emprisonner, expulser les délinquants dont les parents sont d'origines étrangères... qui seront remplacés par d'autres... dans d'autres lieux, mais resteront concentrés dans les zones géographiques les plus densément peuplées, au cœur des métropoles régionales à forte population étudiante et dans les départements périurbains ou situés à proximité des grandes agglomérations (là ou sont les " clients "). 

 

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- En conclusion... des propositions de la France insoumise sont sur la table !
Il ne faut pas se mentir : le trafic de drogue prospère d'abord sur la misère sociale et constitue un véritable " système D ou de compensation sociale[6] "...et pour y remédier, " Le tout répressif ne fonctionne pas ![25] " .
Un constat surprenant pourtant indéniable : Si l'on veut sortir de l'économie souterraine et criminelle[
24], il nous faut absolument changer de système.

  • Relocaliser notre industrie, donner aux gens les moyens de vivre et aux jeunes de se construire un avenir, refonder et redévelopper nos services publics, investir partout et notamment dans les quartiers populaires pour qu'ils puissent revivre dans la dignité et ce, avec les deniers issus du partage des richesses. Ce sont les seules solutions pour redonner à tous le goût et les moyens des jours heureux.... sans le cannabis !

 

  • et, en plus, comme le propose la France insoumise :
    • Changer de stratégie en matière d'Addictions et drogues
      La politique française en matière de drogues mais aussi d’autres consommations addictives et néfastes (alcool, tabac, médicaments) se résume trop souvent à la répression ou à l’hypocrisie. Pourtant les addictions concernent plusieurs millions de personnes. L’Office français des dépendances et toxicomanies estime ainsi que 8 % des adultes présenteraient un risque chronique d’addiction à l’alcool et un quart (27 %) une addiction au tabac.
      PROPOSITION DE LOI  relative à la légalisation de la production, de la vente et de la consommation du cannabis sous le contrôle de l’État
      L’usage problématique ou la dépendance au cannabis concernerait 7 % des adolescents de 17 ans et 3 % des 18-64 ans. C’est une affaire de santé publique ! L’heure est venue de changer de stratégie pour lutter plus efficacement et plus humainement contre les addictions[37].
      Ce qui sous entend de : Légaliser et encadrer par un monopole d’État la consommation, la production et la vente de cannabis à des fins récréatives dans des conditions permettant de lutter contre l’addiction,
      voir ce projet de loi 👉 👉 👉
    • Refonder une police républicaine
      La République a besoin d’une justice, mais également d’une police qui lui soit loyale, et qui soit attachée aux principes de l’état de droit. La police doit agir pour la protection des libertés individuelles et collectives
      [38]... contrairement au projet de réforme de la police judiciaire de Macron qui menace l’efficacité des enquêtes et l’indépendance de la justice[39].
    • Refonder la justice au nom du peuple
      En République, la justice est rendue au nom du peuple. Mais la justice n’a plus les moyens de ses missions : elle a été laissée à l’abandon par les gouvernements successifs. Les pressions sur elle se sont multipliées. Les liaisons dangereuses aussi. Il faut des moyens humains et financiers pour qu’elle soit bien assurée, et dans des délais raisonnables[40].

 

🔴 Plan de lutte 2024 de La France Insoumise : Du « narcotrafic » à une approche globale de la criminalité organisée.

 

👉 Voici les 14 propositions du groupe parlementaire LFI42]

Désarmer la criminalité organisée :
 1 . Enrayer le trafic d’armes
 2 . Légaliser le cannabis
 3 . Taper au portefeuille les trafiquants
 4 . Lutter contre le blanchiment
 5 . Briser l’omerta avec le statut de repenti

Renforcer les moyens d’action :
 6 . éparer la police judiciaire
 7 . Donner les moyens nécessaires à la justice
 8 . Déployer la police de proximité
 9 . Mettre en œuvre un plan d’urgence Outre-mer
10 . Accompagner les victimes

Prévenir efficacement :
11 . Sortir les mineurs du trafic
12 . Renforcer la lutte contre la corruption
13 . Prévenir efficacement la consommation par une approche sanitaire
14 . Renforcer le pacte républicain en redéployant les services publics

 

Cliquez sur l'image " Plan de lutte " pour accéder au détail des propositions 👇

 

Plan de lutte LFI : Du « narcotrafic » à une approche globale de la criminalité organisée.

 

 

🔴  Tous ceux qui veulent en savoir plus sur le changement de méthode proposé par LFI peuvent consulter le rapport d’information n°974 déposé au parlement le 19 février 2025 par les députés Ludovic Mendes et Antoine Léaument :

La mission d’information vise à évaluer l'efficacité de la politique de lutte contre les trafics de stupéfiants « De la production à la consommation : pour une politique globale de lutte contre le trafic de stupéfiants[43] ».

 

Cliquez sur l'image " Plan de lutte " pour accéder au détail des propositions 👇

 

Rapport d'information déposé en application de l'article 145 du règlement, par la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l'administration générale de la République, en conclusion des travaux d'une mission d'information visant à évaluer l’efficacité de la politique de lutte contre les trafics de stupéfiants (M. Antoine Léaument et M. Ludovic Mendes), n° 974

 

 

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Pour aller plus loin : Socio-histoire de la délinquance juvénile d'un ancien quartier ouvrier de « banlieue rouge » en mutation par Éric Marlière (extrait)

 

 

- Vers une décomposition irréversible de la « classe ouvrière » depuis les années 1990 : consommation, individualisme, trafic de drogue et chômage juvénile de masse [2]

La rationalisation du trafic de drogues dures et de substances douces avec les revenus substantiels et confortables qu’il procure (enfin pour les jeunes situés en haut de la pyramide) a contribué, en partie, à atténuer sensiblement les comportements violents jugés contre-productifs. En effet, ces comportements visibles dans l’espace public sont susceptibles d’alerter la police et donc de mettre en danger l’activité des délinquants[27]. Mais l’ancrage temporel dans la précarité et l’exclusion sociale (voire ethnique) modifient les modes de vie dans les espaces juvéniles du quartier.

 

Les formes d’encadrement des classes populaires s’estompent progressivement dans les années 1990 et les manières de se représenter le monde des enfants d’ouvriers et d’immigrés (de la première et surtout la deuxième génération) changent radicalement. Précisons également que les « jeunes de cité » rencontrent des trajectoires multiples et plurielles [28] et ceux qui commettent des actes déviants représentent à peine 15 % des jeunes du quartier au début des années 2000. Cependant, la plupart d’entre eux ne se reconnaît plus dans ce que les chercheurs appellent la « culture ouvrière ». Dans ce contexte, on assiste à une fragmentation des rapports sociaux entre jeunes des cités du quartier selon les parcours scolaires, culturels et la nature des activités quotidiennes [29]. Cette nouvelle segmentation du lien social juvénile local accentue les parcours individuels et les stratégies personnelles mettant un terme au sentiment communautaire qui caractérisait la « classe ouvrière » lors des périodes précédentes. Au sein du pôle déviant de la jeunesse populaire, nous pouvons y distinguer une sorte d’élite (« cerveau de la drogue locale, fiché au grand banditisme) qui représente une infime minorité et, à côté, ceux que l’on pourrait classer de petits trafiquants et de « délinquants ordinaires ». Mais si les « délinquants » sont fortement minoritaires parmi les jeunes ici, ils rythment, à eux seuls, le quotidien du quartier.

 

La vente de drogue rapporte des revenus substantiels uniquement à l’élite des trafiquants et ceux qui se sont bien implantés durablement dans ce type de business. Pour les autres, c’est un pari dangereux en raison d’une concurrence impitoyable (violence, règlements de comptes, etc.) et d’une présence policière de plus en plus répressive.... MAIS QUI NE S'ATTAQUE PAS ou peut a l'ELITE, aux CIRCUITS FINANCIERS qu'alimente la drogue.

 

L’imbrication de faits sociaux comme la fermeture des usines, la fin d’une société du plein emploi, la précarité qui explose la pauvreté qui éclate (En 2019, 9,2 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté monétaire[30]) et l’arrivée des drogues dures dans les quartiers populaires est liée à la dégradation des conditions de vie et des perspectives d’avenir de la jeunesse des « cités ». Les mutations des modes de production ont pour conséquences les transformations des modes de délinquance en l’espace de trente ans dans les « quartiers sensibles » qui voient de plus en plus de jeunes imprégnés par des activités illégales en raison des effets sociaux de la précarité grandissante au sein des classes populaires du quartier [31].

 

Le monde ouvrier n’existant plus comme système d’encadrement populaire et de représentations sociales, ces enfants d’ouvriers et d’immigrés sont, dans une certaine mesure, contraints de s’adapter en faisant preuve de pragmatisme aussi bien sur le marché du travail que dans le domaine de l’illégalité [32]. Et surtout, ces jeunes — qui ne pourront devenir ouvriers comme leur pères — peinent également à être salariés : ils sont au carrefour des transformations sociales et des crispations culturelles de la société française [33]. La situation sociale critique de ces jeunes depuis plus de trois décennies semble se pérenniser et ne trouve toujours pas, à l’heure actuelle, un débouché politique, économique et social favorable (le phénomène de trahison de la gauche sous Hollande qui s'est traduit par un recul social, la répression du mouvement des gilets jaunes a accentué le phénomène) sauf dans des situations extrêmes comme la délinquance, l’émeute ou la radicalité idéologique[34]. Les quatrième et cinquième générations ouvrières du quartier ont, dans une certaine mesure, des dénominateurs communs comme la galère, l’exclusion ou le racisme [35]. Néanmoins, la première génération de « jeunes de cité » revendiquait des droits avec la « marche pour l’égalité » en 1983 dans l’espoir d’une insertion professionnelle et sociale possible et réelle dans la société tandis que la seconde, confrontée davantage à la discrimination dans un contexte de mutations des rapports de production, s’illustre dans les émeutes urbaines et s’installe plus durablement dans la marginalité [36].

 

  • Conclusion : La décomposition de la « classe ouvrière » a donc des conséquences chaotiques sur le quotidien des générations ouvrières observées dans les quartiers et leurs descendants... et ces jeunes dits « de cité » forment la nouvelle « classe dangereuse » dans une société en proie à davantage d’incertitude économique et d’accentuation des crispations identitaires.

 

 

Pour aller plus loin, analyse du sociologue Marwan Mohammed[6]

 

 

- Comment expliquer la prévalence des formes de délinquance dans les quartiers ?

Pour le sociologue Marwan Mohammed, elles reposent, pour leurs auteurs, sur une logique de compensation sociale : ces comportements transgressifs peuvent en effet être lus comme des formes déviantes d’adaptation aux normes dominantes, ce que Merton avait appelé, dans sa théorie de la frustration relative, le « conformisme déviant ». Tous les milieux et classes sociales partagent les mêmes fins, les mêmes objectifs sociaux : consommer, s’affirmer, être reconnu socialement.

 

 

Seuls les moyens d’y accéder diffèrent, selon les positions sociales. Pour ces jeunes comme pour tous, l’urgence est de devenir quelqu’un et, dans un contexte de pression matérialiste, de consommer un peu.

  • Quelles sont les voies possibles pour y parvenir, dans des territoires où le décrochage scolaire et le taux de chômage sont particulièrement importants ?

Quelques-uns vont être doués pour le sport, les arts. Sans que ce soit mécanique, d’autres vont compenser par des moyens transgressifs et entrer en délinquance. Mais, contrairement à ce que l’on croit, là aussi, les places sont limitées : s’engager et durer dans ce milieu demande un certain nombre de compétences, de motivations et de ressources.

 

 

- Plutôt que de penser enfermement ou éloignement, il faudrait travailler à réduire le vivier, en amont des parcours de délinquance... s'attaquer aux causes

Par exemple, entre cent-vingt et cent-cinquante-mille personnes sortent du système scolaire chaque année sans qualification. C’est là-dessus qu’il faudrait agir. Des propositions existent, mais se heurtent à l’absence de volonté politique des pouvoirs qui se sont succédé et instrumentalisent la violence à des fins politiciennes pour justifier leur raison d'être (ex Gérard Darmanin, le RN, LR). A l’autre bout de la chaîne, il faut investir dans une vraie politique de réinsertion et de résistance.

 

La question de la sortie de la délinquance doit faire l’objet d’une véritable politique publique, pas d’un agrégat de dispositifs à la fois dispersés et limités, ce qui sous entend d'en donner les moyens à la justice, ce qui est loin d'être le cas en France[26].

 

Notes : 

[0#Macroncron veut « porter un coup d’arrêt au trafic de drogue, assurer l’ordre républicain, faire “ place nette ” » !

[1] Nous ne sommes pas face à un « ensauvagement » de la société !

[2] Socio-histoire de la délinquance juvénile d'un ancien quartier ouvrier de « banlieue rouge » en mutation : de l'entre-deux-guerres aux années 2000

[2bisViolence : « Les bandes de jeunes ont toujours existé »

[3Michel Kokoreff, Sociologie des émeutes, Paris, Payot, 2008 ; mais aussi Alain Bertho, Le temps des émeutes, Paris, Bayard, 2009.

[4] Laurent Mucchielli, « Les émeutes urbaines dans la France contemporaine », in Xavier Crettiez et Laurent Mucchielli, La violence politique en Europe. Un état des lieux, Paris, La Découverte, 2010, p. 141-176.

[5]  Manuel Boucher, Les internés du ghetto. Ethnographie des confrontations violentes dans une cité impopulaire, Paris, L’Harmattan, 2010.

[6] Le sociologue Marwan Mohammed nous explique les moteurs de la délinquance de désœuvrement, qui a mène les jeunes de cité derrière les barreaux.

[7] Soutenir la « désistance »

[8] La crise du Covid donne des arguments aux partisans d'une légalisation du cannabis

[8bis] - Bordeaux : « J’ai préféré gagner de l’argent facile plutôt que d’aller travailler »

[9] Trafic de drogue : Gérald Darmanin annonce l'instauration d'une amende de 135 euros pour les guetteurs

[10les Français qui gagnent moins de 2 000 € net par mois n’ont plus que quelques dizaines d’euros sur leur compte en banque dès le 10 du mois.

[11] La grande majorité des adolescents considèrent leurs parents comme des modèles, des références pour se construire.

[12] En 2018, 20 % des Français ne pouvaient pas manger trois fois par jour

[13] 1 enfant sur 5 vit en dessous du seuil de pauvreté et ne mange pas toujours à sa faim

[14En novembre 2017, « 49% des personnes éligibles à une des aides sociales versées par les conseils départementaux ou les Caisses d'allocations familiales en ignoraient l'existence.» et 40% des gens qui on droit au RSA n'en bénéficaient pas

[153,7 millions de salariés précaires en France qui frappe surtout les jeunes et les milieux populaires

[16] Les femmes représentent aujourd'hui la majorité des personnes précaires en France.

[17] Quand des collectivités sacrifient des services publics !

[18] Les banlieues sensibles ou la segmentation sociale des territoires

[19En France, le trafic de drogue génère 2,7 milliards d'euros par an

[20] Fabien Roussel, député PCF : «Il faut pouvoir s’attaquer aux réseaux financiers, aux banques qui blanchissent l’argent de la drogue et aux narcotrafiquants»

[20bis] Christian Ben Lakhdar est maître de conférences en économie à l'Université de Lille 2.

[21] De l'intérêt de sortir le cannabis des réseaux criminels: pour une régulation d'un marché légal du cannabis en France

[21bisLa police de proximité supprimée par Sarkozy

[22] Proposition de loi pour légaliser le cannabis sous le contrôle de l’État, voir aussi ICI

[23] Sans surprise, l'Assemblée nationale a rejeté, jeudi 13 janvier, la proposition de loi des Insoumis qui voulait légaliser le cannabis en France.

[23bisPouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes

[24] L’économie souterraine liée à la drogue dans les quartiers

[25] Le tout répressif ne fonctionne pas !

[26Rapport de la CEPEJ 2020 : La justice française toujours aussi mal lotie

[27] C’est pourquoi nous verrons que d’autres phénomènes ont participé à une accalmie « de façade » dans ce quartier sans pour autant que la véritable violence et les faits de délinquance aient véritablement disparu.

[28] Éric Marlière, Jeunes en cité. Diversité des trajectoires ou destins communs ?, Paris, L’Harmattan, 2005.

[29] Éric Marlière, « Les jeunes de cité. Territoires et pratiques culturelles », Ethnologie française, 4, 2008, p. 711-721.

[30En 2019, 9,2 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté monétaire

[31] Gérard Mauger , Le milieu, la bande et la bohême populaire. Études de sociologie de la déviance des jeunes des classes populaires (1975-2005), Paris, Belin, 2006.

[32] Laurent Mucchielli, « L’évolution de la délinquance juvénile en France (1980-2000) », Sociétés contemporaines, n° 53, 2004, p. 101-134.

[33] Éric Marlière, « Jeunes des banlieues et émeutes urbaines », in Bernard Roudet (dir.), Regard sur les jeunes en France, Paris, PUL, p. 127-145.

[34] Éric Marlière, « Émeutes urbaines, sentiments d’injustice, mobilisations associatives », SociologieS, 2011, http://sociologies.revues.org/index3521.html

[35] Stéphane Beaud et Olivier Masclet, « Des “ marcheurs ” de 1983 aux “ émeutiers ” de 2005. Deux générations sociales d’enfants d’immigrés », Les Annales HSS, juillet-août 2006, n° 4, p. 809-843.

[36] Saïd Bouamama, Les classes et quartiers populaires. Paupérisation, ethnicisation et discrimination, Paris, Éditions du Cygne, 2009.

[37] Légaliser et encadrer par un monopole d’État la consommation, la production et la vente de cannabis à des fins récréatives dans des conditions permettant de lutter contre l’addiction

[38Refonder la justice au nom du peuple et livret : JUSTICE Une justice au nom du peuple : garantir le service public de la justice et les libertés

[39Le projet de réforme de la police judiciaire menace l’efficacité des enquêtes et l’indépendance de la justice

[40] Refonder une police républicaine et livret : SÉCURITÉ ET SÛRETÉ Refonder le service public de la police

[41] Abandon des banlieues : même cet éditorialiste de BFM TV dénonce des chiffres chocs 

[42Plan de lutte France insoumise : du "narcotrafic" à une approche globale de la criminalité organisée.

[43]  Rapport d’information n°974 : «De la production à la consommation : pour une politique globale de lutte contre le trafic de stupéfiants

[44Sans le vouloir, l’administration de la place Beauvau vient, en décembre 2025, de fournir la preuve mathématique que la stratégie du « tout répressif » est une impasse totale

 

Pour en savoir plus :

- Le trafic de drogue en cinq chiffres stupéfiants

- Le trafic de drogue : un enjeu de société devenu central

- Colombie: le trafic de drogues profite aux banques occidentales

TRIBUNE. Eric Coquerel : " La prohibition nourrit le trafic de drogue "

- Une trentaine de sénateurs socialistes plaident pour la légalisation du cannabis

- L’Allemagne devient ce lundi 1er avril le plus grand pays de l’UE à légaliser l’usage récréatif du cannabis

- Cannabis : LFI défend la légalisation sous contrôle public face à l’échec de la répression

 

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7 août 2022 7 07 /08 /août /2022 13:16
Jean-Luc Mélenchon : « Taïwan : je refuse la guerre froide avec la Chine... c’est au chinois (dont ceux de Taïwan) de régler la question entre eux… »
Jean-Luc Mélenchon : « Taïwan : je refuse la guerre froide avec la Chine... c’est au chinois (dont ceux de Taïwan) de régler la question entre eux… »
Jean-Luc Mélenchon : « Taïwan : je refuse la guerre froide avec la Chine... c’est au chinois (dont ceux de Taïwan) de régler la question entre eux… »
Jean-Luc Mélenchon : « Taïwan : je refuse la guerre froide avec la Chine... c’est au chinois (dont ceux de Taïwan) de régler la question entre eux… »

Taïwan : les macronistes bêlent en chœur avec les folliculaires atlantistes et d'autres les rejoignent pour se démarquer et exister

En 2024, la Chine est une cible pour le Parlement européen de l’extrême droite jusqu’au centre gauche Vert et PS, depuis des mois et même des années en étroite corrélation avec le point de vue des USA et de la mouvance atlantiste[7].

 

 

La scène internationale m’afflige autant que les misérables simagrées des macronistes avec leur diversion sur l’antisémitisme attribué à la LFI. Certes, il s’agit pour ces misérables de faire oublier leur forfaiture dans leur panique face à l’idée d’une taxation des profiteurs de crise. Mais autrement plus lourde de conséquences est la provocation des USA à Taïwan. Quel est le sens de la visite de Pelosi sur place[1] ?

Voilà ce qui a fait polémique y compris par une partie de la gauche, certains restant silencieux pour des raisons politiciennes, estimant que tout ce qui sert à démolir Jean-Luc Mélenchon étant bon pour leur propre existance !

Mais sur le fond du sujet...

 

Sources : Jean-Luc Mélenchon | mis à jour le 30/10/2024

- Une partie de mes lignes de clôture m’est imposée par les très étranges réactions qu’a suscité mon précédent post.
Les cris d’orfraie à propos de mes lignes publiées le 03/08/2022 ici[1], sur la visite de Nancy Pelosi à Taïwan m’ont bien espanté[1bis]. Certes les divers bulletins paroissiaux atlantistes en France ne m’ont pas surpris. Pavlov règne en maître sur eux. Un seul mot : « USA » et la meute se déchaîne. Aucun intérêt. La dépêche AFP qui prétend rendre compte de mon post ne mérite qu’un commentaire affligé: à quoi bon lire un résumé aussi calamiteux ? Mieux vaut lire mon texte directement en se rendant sur mon blog[1]. Ce n’est pas long. Il s’agit de 3500 signes.

  • Mais pourquoi si peu de gens informés, et cultivés n’interrompent pas un instant leurs vacances pour dire ce que tout le monde sait sur le sujet de Taïwan ?
  • Comment comprendre que le vacarme des uns ne reçoive pas le démenti étonné des autres ?
  • Quelle genre de peur règne sur le débat ?
  • Où est passé l’actif président des amitiés franco-chinoises monsieur Raffarin ?
  • Et les signataires de l’accord de coopération de l’UMP avec le Parti Communiste chinois ?
  • Et Fabien Roussel après son si récent voyage d’amitié en Chine[1ter] ?

La suffisance des premiers et la prudence effrayée des seconds me consternent.

 


- En réalité, pour ma part, je n’ai fait que répéter la doctrine constante de notre pays (la France rappelons-le) depuis 1965 à propos de la Chine.

Elle a été encore confirmée par Jean-Yves Le Drian alors ministre des Affaires Etrangères de Macron quand il a été interrogé sur le sujet. Il n’y a qu’une seule Chine[2]... position confirmée par Catherine Colonna ministre des Affaires étrangères le 4 août 2022 : « Les tensions entre la Chine et Taïwan connaissent un nouveau sursaut. Dans ce conflit, la France s'en tient à la " politique d'une seule Chine " »[2bis]..

  • Un de mes critiques se prononce différemment ?
  • Pourquoi ne le dit-il pas alors aussi clairement que je le fais de mon côté ?
  • Quelqu’un discute de quelle Chine on parle ?
  • Pourquoi ne pas le dire au lieu de tourner autour du pot ?

Car cela est également réglé par les accords internationaux acceptés par notre pays et les membres de l’ONU.


🔴  Il s’agit de la Chine, dont la capitale est Pékin et siège parmi les cinq membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU aux côtés notamment de la France ;

🔴 La Chine qui a une ambassade à Paris (la capitale des Français).

  • Ceux qui trouvent à redire contre mon post savent-ils qu’aux Etats Unis mon point de vue est aussi exprimé par de nombreuses personnalités, et au plus haut niveau de l’administration Démocrate actuelle ?
Rencontre en Mao Zedong et Richard Nixon en février 1972.
  • Savent-ils qu’il en va de même dans les services de sécurité qui interviennent si largement dans la définition de la politique étrangère des USA ?
  • Et que disent-ils de l’accueil super froid reçu depuis sa provocation par madame Nancy Pelosi à Tokyo et Séoul[5] ?
  • Savent-ils que les USA sont engagés avec la Chine par trois communiqués communs très clairs avec le gouvernement communiste chinois[6] ?
  • Savent-ils que dès le premier (en 1972, répété en 1978 et 1982) les USA proclament qu’il n’y a qu’une seule Chine dont Taïwan fait partie[6] ?
  • Et que Chine et USA s’engagent à respecter la souveraineté et l’unité territoriale de l’autre ?

-  Que veulent ceux qui nient tout cela ?

  • Ils pensent que la Chine millénaire va s’incliner devant leurs gesticulations ?
  • Ils veulent pousser la Chine à devoir entrer en convergence plus étroite avec la Russie ?
  • Ils veulent pousser à la formation d’un bloc plus homogène entre les USA et l’Europe « quoi qu’il en coûte » en matière d’asservissement et de risque de guerre ?

Car ce sont là les thèses sur la table. Pour l’instant, nul ne les a tranchées encore. Ni aux Etats-Unis ni en Chine. Mais la formation des nouveaux grands blocs géopolitiques est l’enjeu de notre temps.

 

 

- La France de Macron a renoncé à jouer un rôle dans cette partie mondiale.
Faut-il s’y résigner ? Les macronistes bêlent donc en chœur avec les folliculaires atlantistes. Sans vergogne !

  • Se souviennent-ils de la façon dont la France a été traitée par les Australiens sur ordre des USA dans l’affaire des sous-marins[3] ?
  • Et comment elle a été expulsée de l’alliance militaire anglo-saxonne pour le Pacifique[4] ?
  • Ils veulent mendier une caresse de leur maître qui les traite si grossièrement ?
  • Les va-t-en-guerre des salles de rédaction et des groupuscules de la macronie savent-ils quels risques leurs sottises feraient prendre au monde si quelqu’un les prenait au sérieux ?
  • Les grenouilles qui se prennent pour des bœufs ne seraient pas seules à éclater si leurs bêtises faisaient la loi. 

Les va-t-en-guerre des salles de rédaction et des groupuscules de la macronie savent-ils quels risques leurs sottises feraient prendre au monde si quelqu’un les prenait au sérieux ?

 

 

- C’est pourquoi le non-alignement est une thèse centrale pour les Français dans cette époque de transition.
En face quelle proposition ? Il n’y en a pas.

Et qu’on ne vienne pas me dire que mon propos revient à approuver tout ce que fait le gouvernement chinois. Non seulement je ne crois pas que ce soit sa demande pour vivre en paix avec les autres nations, mais je veux aussi rappeler ce que j’en ai dit dans le post incriminé[1]. Voici : « Quels que soient l’ampleur et le niveau des critiques qui peuvent être adressées au gouvernement chinois, nous devons refuser de cautionner la guerre à la Chine pour satisfaire les vues des USA sur Taïwan ».

 

Ce qui veut dire faire front aussi avec ceux qui aux USA sont aussi de cet avis. Nous ne devons pas vouloir d’un nouveau front de guerre ni de rien qui nous détourne de la politique altermondialiste dont l’espèce humaine a besoin pour faire face aux conséquences du changement climatique.

 

 

- Intervention de Jean-Luc Mélenchon à l'Assemblée nationale le 29 novembre 2021 contre la proposition de résolution en faveur de l’association de Taïwan aux travaux des organisations internationales et des forums de coopération multilatérale.

Le député insoumis a fait valoir le fait que depuis la décision du général de Gaulle de reconnaître la Chine en 1964, aux yeux de la France, Taïwan est une province chinoise et qu'il n'y a qu'une seule Chine dont la capitale est Pékin.

 

Il a dénoncé la logique de guerre froide que les États-Unis essaient de mettre en place contre la Chine en prenant Taïwan pour prétexte. Il a expliqué que la position de la France devait être de favoriser la paix, en traitant la Chine avec respect et en évitant toute logique de tensions et d'affrontements. Il a, enfin, dénoncé les mesures ultra-restrictives de libertés mises en œuvre par Taïwan prétendument pour lutter contre la pandémie

Notes :

[1Taïwan est un sujet tendu depuis la libération de la Chine. Mais, pour les Français depuis 1965 et le général de Gaulle, il n’y a qu’une seule Chine.

[1bis] espanté

[1ter] " PAS CHOQUÉ " PAR LES PROPOS DE MÉLENCHON SUR TAÏWAN, FABIEN ROUSSEL JUGE LA VISITE DE PELOSI " INAPPROPRIÉE "

[2] Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en réponse à une question sur Taïwan, à l'Assemblée nationale le 8 juin 2021.

[2bis] Position confirmée par Catherine Colonna ministre des Affaires étrangères : « Les tensions entre la Chine et Taïwan connaissent un nouveau sursaut. Dans ce conflit, la France s'en tient à la " politique d'une seule Chine " ».

[3] Sous-marins : l’Australie rompt le « contrat du siècle » avec la France, crise diplomatique entre Paris et Washington

[4] Les trois leçons de l’alliance entre l’Australie, les Etats-Unis et le Royaume-Uni

[5] Nancy Pelosi fraîchement reçue à Tokyo et Séoul, embarrassés par les conséquences de sa visite à Taïwan

[6] LES TROIS COMMUNIQUÉS CONJOINTS SINO-AMÉRICAINS

[7] La Chine est une cible pour le Parlement européen de l’extrême droite jusqu’au centre gauche Vert et PS, depuis des mois et même des années en étroite corrélation avec le point de vue des USA et de la mouvance atlantiste.

 

Pour en savoir plus :

- Statut de Taïwan
- Taïwan : Ce qui aurait dû faire débat dans la note de Mélenchon.

- Taïwan : la visite de Nancy Pelosi loin de faire l'unanimité aux États-Unis

- Entretien avec Arnaud le Gall, député NUPES-France insoumise membre de la Commission des Affaires étrangères, en charge notamment du volet international de l’Avenir en commun.

Jean-Luc Mélenchon : « Taïwan : je refuse la guerre froide avec la Chine... c’est au chinois (dont ceux de Taïwan) de régler la question entre eux… »
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5 août 2022 5 05 /08 /août /2022 13:35
Une proposition légitime de résolution du PCF assimilant Israël à " un régime d'apartheid " crée de hystérie au sein de la majorité gouvernementale LREM/RN/LR
Une proposition légitime de résolution du PCF assimilant Israël à " un régime d'apartheid " crée de hystérie au sein de la majorité gouvernementale LREM/RN/LR

Apartheid Israélien, il y a urgence à mettre fin au bal des Hypocrites... et en tout état de cause, « Critiquer l’exécutif israélien, ce n’est pas être antisémite »

 

Pour faire la clarté : L’apartheid est un terme afrikaans qui signifie « séparation » et désigne la politique dite " de développement séparé " instaurée par le Parti national afrikaner (NP) en 1948, dans une Union sud-africaine encore sous domination britannique[0].

A juste titre, la proposition de résolution du groupe parlementaire PCF #Nupes[1" condamne l'institutionnalisation par Israël d'un régime d'apartheid à l'encontre du peuple palestinien[0bis] " et veut faire reconnaître le boycott des produits israéliens par l'Assemblée nationale, avec le soutien de 38 députés PCF, PS et un écologiste et LFI de l'intergroupe #Nupes cosignateurs.

 

Les Palestiniens priés d’emprunter des bus différents des colons
Voilà qui justifie la résolution contre le régime d'apartheid israélien

 

Sources : Durand Eric  mis à jour le 11/08/2022

- Tout d'abord, pour expliquer l'agitation parlementaire, retour sur un concept non négociable " Non, antisionisme et antisémitisme ne sont pas synonymes "... et pourtant remis en cause par la macronie

Tout part des propos de Manuel Valls (1er Ministre de François Hollande)[1bis], selon qui l’antisionisme est « tout simplement le synonyme de l’antisémitisme et de la haine d’Israël ». Prononcée le 7 mars 2016 lors du dernier dîner annuel du Crif (Conseil représentatif des juifs de France)[2], organisme principalement consacré à la défense des gouvernements israéliens successifs auprès des autorités françaises,, cette accusation vise à faire peser un soupçon indistinct d’infamie sur les mouvements de solidarité avec les Palestiniens. et a été contestée, notamment par Pascal Boniface, Fondateur et directeur de l’Institut de recherches internationales et stratégiques (Iris)[2bis]

  • Et ils ne lâchent rien en la matière. Le 12 Novembre 2019 a été présenté à l’Assemblée nationale une résolution LREM visant à assimiler la critique du sionisme à un acte antisémite[3].
    • En réaction, 125 universitaires juifs lancent un appel à l’Assemblée Nationale : " Ne soutenez pas la proposition de résolution assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme et approuvant la définition de l’IHRA "[4].
    • Le 3 décembre 2019, L'assemblée nationale adoptait la définition de l'antisémitisme de l'IHRA appelée « RÉSOLUTION MAILLARD (député LREM) [4bis] » (texte résolution n° 2403[5])... et dont le contenu fait débat. (Pour la Ligue des Droits de l'Homme, il s'agit d'UN TEXTE AMBIGU ET TRÈS CONTROVERSÉ[6]).
    • Précision : La résolution de l’Assemblée Nationale est un acte par lequel l’Assemblée émet un avis sur une question déterminée. Cette résolution est de faite, non contraignante mais constitue une restriction à la liberté d’expression, cela peut s’assimiler à un délit d’opinion[6].
    • Et aujourd'hui, dénoncer et combattre le régime d'apartheid israéliens ferait de nous des antisémites... nous ne céderons pas !

 

 

- C'est dans ce cadre que lors de la présentation de la résolution du PCF[1], le 2 août les masques sont définitivement tombés

En l'absence de majorité, dans un contexte socio-économique hyper tendu, ce 2 août, le gouvernement a abattu sa dernière carte face à l'opposition de gauche en la vouant aux gémonies de l'antisémitisme.

 

Ce fut d'abord le très sioniste soutien du gouvernement Netanyahou, M Habib[10] qui sonna la charge. Ses insultes auraient pu en " toucher une sans faire bouger l'autre ", tant l'homme est connu pour ces outrances pro israéliennes et islamophobes. Cependant, le garde des sceaux, qui au lendemain des législatives fut l'un des tous premiers à tendre la main à l'extrême droite, reprend à son compte les accusations. Puis Éric Dupond-Moretti qui a mis de l'huile sur le feu. Enfin ce fut au tour de Madame Borne, première ministre sans portefeuille ni pouvoir de tenter avec ses gros sabots de scinder l'opposition de gauche en déclarant que bien sûr PCF EELV et PS étaient dans le champ républicain tout en excluant LFI.

 

Dans cette ambiance particulièrement pesante où l'accusation d'antisémitisme est portée contre les députés et les partis de la NUPES, ce sont toutes les composantes de gauche que l’on veut délégitimer en les accusant d’antisémitisme. 

 

C'est ainsi que le député communiste Jean-Paul Lecoq, premier signataire de la résolution sur Israël[1] déposée par plusieurs élus de la Nupes, a vivement protesté. Et à l'initiative des députés de la France insoumise, la quasi-totalité des élus de gauche ont quitté l'hémicycle.

 

 

- Et c'est dans ce contexte que l'Union Juive Française pour la Paix dénonce : " l'Apartheid, le bal des Hypocrites[9] "
Selon elle (extrait), l’institutionnalisation de l’apartheid par Israël ne fait plus aucun doute pour les juristes internationaux, qu’ils opèrent dans les institutions officielles ou dans les grandes ONG...

  • Non, le crime d’apartheid ne se juge pas par l’identité de forme avec le régime imposé par le pouvoir blanc en Afrique du Sud[0], maintenant honni par tous quand il bénéficiait jusqu’à sa chute du soutien de bien des discoureurs d’aujourd’hui (notamment le soutien permanent d’Israël, soit dit en passant).
  • Oui par le refus du droit au retour des réfugiés, par les discriminations institutionnelles entre Juifs et Palestiniens en Israël même comme dans les territoires occupés, par le blocus de Gaza, Israël coche de nombreuses cases de l’énumération des caractéristiques d’un régime d’apartheid dans les différentes conventions internationales sur le crime d’apartheid.

 

Et le crime d’apartheid ne résume pas à lui seul tous les crimes de guerre et crimes contre l’humanité que commet Israël.

 

Nous avons déjà dénoncé la campagne de calomnies qui s’est immédiatement développée dès la publication de ce projet de résolution[1] : les défenseurs inconditionnels du sionisme, sans le moindre argument pour critiquer l’argumentation du projet de résolution, ont aussitôt brandi hors de toute décence l’argument de l’antisémitisme, dès lors que les fondements de la création d’Israël sont interrogés. Cette campagne d’une droite sioniste décomplexée (la LICRA, le CRIF, Goldnadel, Prasquier, Aurore Bergé, Sylvain Maillard, Meyer Habib[10]…) bénéficie du silence des autorités de l’État, occupées à recevoir avec les honneurs le commanditaire de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, avant que cet après-midi même le Garde des Sceaux crée le buzz en relançant l’accusation inepte d’antisémitisme contre « l’extrême gauche ». Cette campagne se déroule au moment où précisément Israël est dans un temps fort de colonisation, notamment à Jérusalem Est, et dans un temps fort de discriminations légales visant à favoriser les expulsions et les départs des Palestiniens.

 

Cependant, nous devons dire un mot des critiques adressées au projet de résolution par ceux qui se veulent progressistes, mais veulent encore aujourd’hui protéger l’État d’Israël des accusations portées par le projet, en cherchant à tout prix et contre toute évidence à ne voir dans les crimes commis que le résultat des politiques des gouvernements de droite....

 

On voit le Centre Medem, faisant fi de ses origines antisionistes du Bund, dénoncer de même ce projet. Lui aussi fait semblant de croire que seul le régime sud-africain mérite le terme d’apartheid. Et il ose même reprocher au projet d’ignorer « (…) délibérément la participation active des citoyens arabes aux instances de la démocratie israélienne », faisant probablement référence au parti de la droite islamiste arabe un temps associé en roue de secours aux projets réactionnaires du gouvernement Bennett !

 

  • Non, la destruction des Juifs d’Europe n’autorise pas Israël à se parer de cette Histoire pour justifier d’être hors-la-loi commune. L’égalité des droits est un combat qui vaut pour toutes et tous. Il vaut pour ici comme pour là-bas. Nous le poursuivrons sans relâche.
Une proposition légitime de résolution du PCF assimilant Israël à " un régime d'apartheid " crée de hystérie au sein de la majorité gouvernementale LREM/RN/LR

Notes :

 [0L’apartheid est un terme afrikaans qui signifie « séparation » et désigne la politique dite " de développement séparé " instaurée par le Parti national afrikaner (NP) en 1948, dans une Union sud-africaine encore sous domination britannique

[0bisLes Palestiniens priés d’emprunter des bus différents des colons

[1Proposition de résolution de M. Jean-Paul Lecoq condamnant l'institutionnalisation par Israël d'un régime d'apartheid à l'encontre du peuple palestinien

[1bisManuel Valls

[2Dîner du Crif: pour Valls, «l'antisionisme est synonyme de l'antisémitisme»

[2bis] Fondateur et directeur de l’Institut de recherches internationales et stratégiques (Iris), Pascal Boniface publie un ouvrage pour répondre à ses détracteurs, parmi lesquels l’ancien premier ministre Manuel Valls, qui l’estampillent « antisémite » 

[3] PROPOSITION DE RÉSOLUTION visant à lutter contre l’antisémitisme

[4Sionisme et ainsi de suite… par Jean-Luc Mélenchon

[4bis] Le 28 mai 2019, le député Sylvain Maillard avait participé à une conférence aux côtés de Yossi Dagan, un leader militant des colons, qui préside une autorité de l’État Israélien en charge des colonies en Cisjordanie occupée.

[5Analyse du scrutin public n° 2338 sur la proposition de résolution visant à lutter contre l’antisémitisme

[6] DÉCRYPTAGE DE LA RÉSOLUTION DITE « RÉSOLUTION MAILLARD »

[9] Apartheid, le bal des Hypocrites

[10] Un député français (UDI) “porte-parole” de Benyamin Netanyahou à l’Assemblée nationale

 

Pour en savoir plus :

- Non, antisionisme et antisémitisme ne sont pas synonymes

- Antisémitisme : en finir avec le poison de la rumeur par Manuel Bompard

- Dans un contexte particulièrement pesant où l'accusation d'antisémitisme est portée contre les députés et les partis de la NUPES, des communistes ont décidé de répondre à une tribune de Michel Onfray ciblant le PCF parue le 31 juillet dans le JDD.

- Corbyn n’est pas antisémite. Son vrai péché est de se battre contre l’injustice dans le monde, dont sa version israélienne.

- L’Afrique du Sud demande qu’Israël soit déclaré "État d’apartheid"

- Contre vents et marées, la résistance palestinienne, debout !

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2 août 2022 2 02 /08 /août /2022 22:57
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes

Mesures Macron d'urgence pour la protection du pouvoir d'achat : « On aura vu le vrai visage du RN »...

Résultat « Ceux qui ne sont rien » auront des miettes[1] !

...la loi « pouvoir d’achat » n’augmente pas le pouvoir d’achat mais entérine sa baisse[1bis] !

 

Demandée par la #Nupes[2] (LFI, EELV, le PCF et le PS), la hausse du SMIC à hauteur de 1 500 € nets n'a pas été adoptée par les députés. 257 parlementaires, dont Marine Le Pen ou Aurore Bergé, ont en effet voté contre. (257 parlementaires ont voté contre, 121 pour et 4 se sont abstenus, selon le site de l'Assemblée[3])
«  Main dans la main RN et macronistes refusent l'augmentation du SMIC. La pire droite d'Europe », a lancé sur Twitter Jean-Luc Mélenchon, l'ancien candidat insoumis à la présidentielle[4].

«  On aura vu le vrai visage du RN qui vote contre les intérêts des plus pauvres. On aura vu le vrai visage de LREM qui s’allie avec le RN pour protéger les intérêts des plus riches », commente quant à lui le jeune député LFI Louis Boyard[5].

 

Sources : l'insoumission | mis à jour le 17/10/2022

- SMIC. « Nous voterons l’essentiel des mesures que vous proposez », avait, la veille du vote, déclaré Marine Le Pen dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, en s’adressant au gouvernement[6].

Quel autre exemple que celui-ci pour illustrer l’alliance LREM & RN qui a été observé pendant plusieurs semaines à l’Assemblée ?

  • Après que les députés macronistes aient votés pour faire élire deux députés d’extrême-droite du RN à la vice-présidence de l’Assemblée[7] ;
  • après que les députés du RN aient refusé de voter la motion de censure du gouvernement[8]...
  • nouvelle épisode de l’alliance capital-fasciste : le 20 juillet 2022 l’alliance LREM & RN a voté d'une seule voix contre l’augmentation du SMIC à 1500€ net proposée par la gauche (amendement #Nupes[9]), et lors du vote global de l'article 4 du projet de loi (qui ne prévoit pas le SMIC à 1 500€), vote POUR[10].

 

 

- Défendus par le parti présidentiel et par son allié objectif, le Rassemblement national, les intérêts du capital sont bien gardés.

L’examen du texte « paquet pouvoir d’achat » à l’Assemblée nationale, a laissé éclater au grand jour ce que l’insoumission martèle depuis des mois : Marine Le Pen et le Rassemblement national, derrière la communication, portent un programme économique de saignée des classes populaires[11] : Refus d’augmenter les salaires, mais également de bloquer les prix, de dégeler le point d’indice des fonctionnaires, recul sur les retraites, arnaque sur l’ISF, remboursement de la dette, maintien de la flat-tax, austérité dans les services publics… Marine Le Pen défend, main dans la main avec Emmanuel Macron, les intérêts du capital contre le travail.

 

 

- Macron et Le Pen, main dans la main contre l’augmentation du SMIC
Un accord de fond qui ne date pas d’hier. Pendant la campagne présidentielle, Marine Le Pen s’était positionnée contre l’augmentation du SMIC, comme Emmanuel Macron. Candidate du peuple et du pouvoir d’achat ? Que nenni. À la place, la responsable du Rassemblement national (RN) proposait de supprimer des cotisations sociales pour augmenter le salaire net[12]. C’est-à-dire prendre dans notre poche gauche pour mettre quelques euros dans notre poche droite.

 

  • Quoi de plus normal pour Marine Le Pen de VOTER POUR[13] le « paquet pouvoir d’achat » proposé par le gouvernement, ce projet de loi qui donne toujours plus au capital qu’au travail, validant le non blocage des prix, la non hausse du SMIC, des pensions de retraites au delà de l'inflation, la revalorisation des minimas sociaux au dessus du seuil de pauvreté, le non gel des loyers... ?

 

 

 

- Par ce geste, le RN acte son rapprochement idéologique avec le macronisme.

Ses députés approuvent la distribution de miettes et de chèques, portée par les députés LREM. Le parti d’extrême-droite montre aux yeux du monde qu’il n’a jamais lutté pour la hausse des salaires :

  • Que le RN ne compte pas changer de position à ce sujet ;
  • Que le RN est bien un allié tacite de Macron, un allié des intérêts du capital, contre les intérêts des travailleurs.

 

 

- Le député France Insoumise, Adrien Quatennens a dénoncé avec vigueur l’hypocrisie du RN.

« Le partage de la valeur, ce ne sont pas des primes. Ce sont des augmentations de salaires et offrir les conditions d’une vie digne aux travailleurs, de vivre de leur travail. Ce que précisément, vous aussi, en bonne alliée de la macronie, vous refusez. […] Vos électeurs vous voient. Vous vous couchez contre la logique macroniste qui vise à verser des primes aléatoires et des chèques ! », s’est-il exclamé dans l’hémicycle[14].

 

 

- « Nous voterons l’essentiel des mesures que vous proposez » : pour quelles miettes le RN a-t-il voté ?
Un article a été publié ici même 👉 [15] par les insoumis pour décortiquer le « paquet pouvoir d’achat » du gouvernement.

 

🟥 Que contient-il ? Miettes, chèques et mesurettes.

Voilà, ce alors que les Français sont pris à la gorge par l’inflation et qu’ils ont un besoin urgent d’augmentation de leurs salaires, ce que le RN a avalisé : 

  • Une revalorisation du point d’indice des fonctionnaires (+3,5%), présentée comme historique, mais inférieure à l’inflation. Cela revient à une perte sèche de pouvoir d’achat de 2,25% sur l’année pour les fonctionnaires ;
  • Aucun effort demandé aux 3,5% d’ultra-riches qui possèdent la moitié des logements du pays, alors que les Français vont pâtir de l’inflation des loyers, qui est leur premier poste de dépenses ;
  • Pas d’augmentation du SMIC ;
  • Pas de blocage des prix de l’essence et des biens de première nécessité ;
  • Aucune taxation des milliardaires qui se sont gavés pendant la crise sanitaire ;
  • Des primes pour les entreprises qui le voudront bien, des miettes payées par… le contribuable.

 

👉 En définitive, un paquet pouvoir d’achat d’où est absent le mot « salaires ».

  • Voilà ce que le RN a soutenu, main dans la main avec la macronie et les Républicains.
  • Une lune de miel pour soutenir le capital plutôt que le travail.
  • L’alliance capital-fasciste se confirme chaque jour un peu plus.

 

 

- Et pourtant...

Malgré la propagande macroniste, les français ont compris que la loi sur le pouvoir d'achat était surtout une manière de protéger les superprofits.

Pas convaincus par la loi pouvoir d’achat, les Français voulaient taxer les superprofits - EXCLUSIF

 

- Pour en savoir plus...

Macron et Le Pen contre les hausses de salaire ! | Débats à l'Assemblée

 

Notes

[1] « Ceux qui ne sont rien » auront des miettes

[1bis] LES SALARIÉS PERDENT DU POUVOIR D'ACHAT: LES HAUSSES DE RÉMUNÉRATION NE COMPENSENT PAS L'INFLATION

[2] Nupes

[3] 257 parlementaires ont voté contre, 121 pour et 4 se sont abstenus, selon le site de l'Assemblée

[4] Main dans la main RN et macronistes refusent l'augmentation du SMIC. La pire droite d'Europe. #DirectAN

[5On aura vu le vrai visage du RN qui vote contre les intérêts des plus pauvres.

[6] Loi pouvoir d’achat : « Nous voterons l’essentiel des mesures que vous proposez», annonce Marine Le Pen

[7] En récoltant respectivement 290 et 284 voix, les députés d’extrême droite ont été élus dès le premier tour grâce à des votes de la majorité et de la droite, dans un scrutin à bulletin secret.

[8Marine Le Pen refuse de voter la motion de censure du gouvernement déposée par LFI, l’alliance RN & LREM se confirme

Quels sont les députés qui ont voté la motion de censure présentée par la Nupes à l’Assemblée ?

[9Scrutin public sur l'amendement n° 844 qui veut porter le SMIC à 1 500€

[10] vote global de l'article 4 du projet de loi (qui ne prévoit pas le SMIC à 1 500€

[11] Le programme économique de Marine Le Pen : une saignée pour les classes populaires

[12] Dans une tribune aux « Echos », Marine Le Pen, propose que pour toute hausse de salaire de 10 % accordée à l'ensemble des salariés gagnant jusqu'à trois fois le SMIC, les entreprises soient exonérées de cotisations patronales sur cette augmentation, et ce pour les cinq années suivant 2022

[13] 21 juillet 2022 : l'Assemblée adopte en première lecture l'ensemble du projet de loi n° 19 portant " mesures d'urgence pour la protection du pouvoir d'achat "

[14] Macron et Le Pen contre les hausses de salaire ! | Débats à l'Assemblée - Adrien Quatennens

[15] Paquet « pouvoir d’achat » : des miettes mais surtout, surtout, pas d’augmentation des salaires

 

 

Pour en savoir plus :

- « “La prime Macron” creuse volontairement le déficit de la Sécurité sociale »

Pas convaincus par la loi pouvoir d’achat, les Français voulaient taxer les superprofits - EXCLUSIF

- Super-profits : le RN remercie le patron de CMA CGM, l’homme qui a pris 30 milliards en 1 an

Le RN vote contre le rétablissement de l’ISF, l’extrême-droite amie des riches

Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
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1 août 2022 1 01 /08 /août /2022 10:00
Explication de vote LFI-NUPES sur la loi “ pouvoir d’achat ”

Le 22 juillet au matin, à 6h après une nuit de débats, la loi intitulée « Mesures d’urgence pour la protection du pouvoir d’achat » a été adoptée en première lecture. Le groupe LFI-NUPES a voté contre[1]. Hendrick Davi, député LFI-NUPES revient ici sur les raisons de ce vote.

 

Sources : par Hendrick Davi, député LFI-NUPES | mis à jour le 08/08/2022

-  La situation sociale est grave.

L’INSEE a révélé que sur un an les prix avaient augmenté de 5,8% en juin 2022[2]. Sur la même période, selon le Magazine « Que Choisir », la hausse atteint 24% pour l’essence, 28% pour le gaz et 7% pour l’alimentaire. Pour le seul premier trimestre 2022, les loyers ont augmenté de 2,48%[3]. Ces hausses frappent encore plus les ménages modestes, qui allouent près de 50% de leurs revenus au loyer. Ces hausses conduisent à de nombreuses luttes sur les salaires en France (SNCF, Transavia, Golden Tulip) et en Europe (poste britannique).

 

Mais la situation récente a aussi été marquée par deux canicules exceptionnelles qui ont conduit à des mégas feux détruisant près de 20 000 hectares de forêts dans les Landes. Comment ne pas voir les conséquences désastreuses du changement climatique et l’urgence de sortir des énergies fossiles ?

 

 

- Or cette loi, mal rédigée, faite de bric et de broc, ne répond en rien aux enjeux de la période et le gouvernement a refusé la plupart des amendements qui auraient pu en améliorer le contenu.

D’une part :

  • la loi ne compense pas la perte de la valeur de nos revenus avec l’inflation ;
  • d’autre part elle aggrave les émissions de gaz à effet de serre avec l’importation de gaz de schiste américains et la relance d’une centrale à charbon.

 

Entrons dans les détails.

  • L’article 1 prévoit l’augmentation du plafond de la prime dite Macron.

Cette prime défiscalisée peut être versée par les entreprises aux salariés. Cette mesure pose plusieurs problèmes :

  • D’abord, elle ne bénéficiera pas à tous les salariés, mais seulement ceux qui sont dans des entreprises qui ont les moyens et la volonté de la verser. En 2021, seulement 4 millions de personnes l’ont touchée sur 25 millions de salariés (soit 16%)[4] et le montant moyen versé était de 506 euros en moyenne[4], bien en deçà du plafond de 1000€ ;
  • Rien n’indique que l’augmentation du plafond changera dans les mêmes proportions l’augmentation des versements ;
  • Mais surtout des primes versées annuellement et sans aucune garantie ne constituent pas une solution pour des millions de citoyens pour payer chaque mois l’essence et l’alimentation ou pour avoir une garantie pour un bailleur.
  • Pire, les entreprises qui ont des marges importantes pourront verser cette prime défiscalisée en lieu et place d’une augmentation de salaires ;
  • C’est donc possiblement un frein à de vraies augmentations de salaires. Or comme ces primes sont défiscalisées, c’est un manque à gagner de cotisations pour la sécurité sociale, ce qui risque de peser notamment sur le système de  retraites.

 

  • Dans la même veine, le gouvernement a décidé avec l’article 2 de faciliter l’intéressement.

L’intéressement dépend des profits de l’entreprise et il est prioritairement versé sur des plans d’épargne salariale défiscalisés. C’est encore un moyen d’éviter les hausses de salaires en proposant des alternatives défiscalisées et irrégulières. Actuellement, les exonérations de cotisations sur les diverses formes d’intéressement coûtent 1,7 Md€ par an. C’est donc une mauvaise solution pour le pouvoir d’achat, comme pour notre modèle social.

 

  • Le reste des articles présente quelques avancées même si elles sont souvent largement insuffisantes.
    • L’article 4 vise à limiter le nombre de branches professionnelles pour lesquelles les minima sont en dessous du SMIC, par exemple en fusionnant les branches.

Selon nous, il aurait été préférable de conditionner des aides publiques au fait d’avoir des minima de branche au-dessus du SMIC. Nous avons proposé de porter le SMIC à 1500€ net. Sans succès, car le bloc de droite LR, RN et LREM a voté contre !

  • L’article 5 prévoit une revalorisation anticipée de 4 % à partir de juillet des droits et prestations sociales indexés sur l’inflation.

Mais cette revalorisation est insuffisante vue l’inflation.

  • L’article 6 prévoit la revalorisation anticipée des APL à hauteur de 3,5 % et le plafonnement de l’indice de référence des loyers à 3,5 % jusqu’au deuxième trimestre 2023.

C’est notoirement insuffisant. Par exemple, pour un loyer de 600 euros et des APL de 200 euros, l’augmentation de 3,5 % des deux se traduit par un maigre gain de 7 euros d’APL et 21 euros de loyer supplémentaire, soit 168 euros de perte annuelle.

Nous avons proposé le gel des loyers. Sans succès, car le bloc de droite LR, RN et LREM a voté contre[4bis] !

  • L’article 7 oblige les vendeurs en ligne à garantir au consommateur un “ accès facile, direct et permanent à une fonctionnalité dédiée ” à la résiliation du contrat conclu et à lui indiquer clairement la date de la fin du contrat lorsque le consommateur décide de résilier le contrat.

LREM s’est opposé à l’extension de cette obligation à plus de secteurs.

  • L’article 8 concerne la même garantie pour les assurances.

 

Pour tous ces articles, le débat a été entre d’un côté ceux qui proposaient des primes (LREM, LR, et RN) et de l’autre ceux (la NUPES dans sa diversité) qui exigeaient la hausse générale des salaires, leur indexation sur l’inflation étant la seule mesure permettant de garantir en réalité la valeur de nos salaires et donc de notre travail.

 

 

- L’inflation...

L’inflation actuelle n’est pas causée par la seule guerre en Ukraine ou par une augmentation des salaires, elle est causée aussi (et surtout) par l’explosion des dividendes des entreprises, qui alimentent la spéculation dans de nombreux secteurs et des blocages dans les chaînes d’approvisionnement mondiales suite au COVID. C’est le chaos capitaliste qui génère actuellement l’inflation et sûrement pas nos salaires. Choisir la hausse des salaires plutôt que des primes défiscalisées ou de l’intéressement, c’est contraindre les entreprises à réajuster la répartition de la valeur ajoutée entre les salaires et les dividendes. Rappelons que les entreprises du CAC 40 ont versé 80 milliards d’euros en dividendes à leurs actionnaires en 2021[5], soit l’équivalent de 3200€ par salarié français…

 

 

- Mais ce texte en plus d’être largement insuffisant pour contrer la paupérisation des salariés, présente des dispositions nocives pour l’environnement et le climat.

Afin de sécuriser l’approvisionnement énergétique,...

  • l’article 13 prévoit que le ministre chargé de l’énergie puisse obliger l’opérateur d’un terminal méthanier flottant à le maintenir en exploitation pour la durée fixée par ce ministre ;
  • l’article 14 la construction d’un terminal flottant d’importation de gaz naturel liquéfié (gaz de schiste américain) au Havre ;
  • L’article 15 permet aux exploitants de centrales à charbon de recourir “ en cas de reprise temporaire d’activité ” à des CDD et des contrats de mission pour leurs recrutements, notamment en faisant revenir les salariés en cours de reclassement suite à la fermeture initiale ;

Par dérogation au droit du travail, la durée des CDD ainsi conclus peut atteindre 36 mois au lieu de 18.

  • Enfin, l’article 19 prévoit la validation du décret du 11 mars 2022 qui oblige EDF à vendre plus d’énergie à prix cassé à ses concurrents, pour l’année 2022 et ce “ à titre exceptionnel ”.

 

Bref, comme le gouvernement a été incapable d’organiser la transition énergétique, il est obligé de relancer l’exploitation et l’usage d’énergies fossiles, à cause des risques liés à la crise en Ukraine. Le principal problème de cette approche, c’est qu’à aucun moment le gouvernement ne planifie la sortie des énergies fossiles de façon conséquente en développant les transports en commun, la rénovation des logements et le développement des énergies renouvelables. Pire, le dernier article menace la survie de notre opérateur historique EDF en le contraignant à revendre à perte de l’électricité à ses concurrents.

 

Sur les questions écologiques, comme sur les articles sur le pouvoir d’achat, le même bloc LR, LREM et RN s’est opposé aux amendements proposant d’autres solutions, ou à minima limitant dans le temps le recours aux énergies fossiles.

 

Pour toutes ces raisons, il était inconcevable de voter une telle loi climaticide et organisant la perte de notre pouvoir d’achat et donc de pouvoir de vivre de nos concitoyens.

Il est nécessaire maintenant que les salariés se battent partout par la grève et les manifestations pour obtenir de leurs dirigeants les augmentations de salaires que le gouvernement et ses alliés de LR et du RN ont refusé de leur donner.

 

Notes :

[1l'ensemble du projet de loi portant mesures d'urgence pour la protection du pouvoir d'achat (première lecture)

[2] En juin 2022, les prix à la consommation augmentent de 5,8%

[3] Pour le seul premier trimestre 2022, les loyers ont augmenté de 2,48%

[4] Prime Macron : près de 4 millions de bénéficiaires en 2021

[4bis] Loi pouvoir d’achat : les députés LREM et RN empêchent le gel des loyers, la hausse plafonnée

[5] Le CAC 40 va verser 80 milliards d'euros à ses actionnaires au titre de 2021

 

Pour en savoir plus :

- « “La prime Macron” creuse volontairement le déficit de la Sécurité sociale »

 

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26 juillet 2022 2 26 /07 /juillet /2022 12:59
Le Président Macron et la « nation organique »

Face à la dérégulation économique et politique, qu’il encourage par ailleurs, Macron espére rassurer son électorat à peu de frais en jouant la carte de la nation !

 

Par Manouk Borzakian Géographe, postdoctorant à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).

Dans son allocution du 14 juillet 2022, Emmanuel Macron a qualifié la nation de « tout organique ». L’expression puise dans la tradition intellectuelle de la géopolitique dite « classique », dont les théories ont notamment servi de fondement à l’expansionnisme nazi.

 

 

Sources : Manouk Borzakian | mis à jour le 08/08/2022

- Une nation un tout organique ?

En entendant Emmanuel Macron expliquer qu’« une nation, c’est un tout organique », difficile pour les géographes de ne pas penser à un encombrant père fondateur de leur discipline, Friedrich Ratzel[1]. Une notion a assuré la postérité à ce scientifique allemand de la fin du 19e siècle : l’espace vital (Lebensraum). Dans sa Politische Géographie, publiée en 1897, le zoologiste devenu géographe compare les États à des « organismes qui entretiennent avec le sol un rapport nécessaire » et entreprend de les étudier avec les outils de la biologie. Appliquant la théorie darwinienne à ces « organismes », Ratzel décrit la tendance de tout État à étendre son territoire à mesure qu’il croît et, le cas échéant, à s’approprier l’espace de ses voisins.

 

 

- De la « Geopolitik » à l’expansionnisme nazi

Cette théorie de l’espace vital, malgré ses bases scientifiques fragiles, aura une riche descendance intellectuelle. Le Suédois Rudolf Kjellén[2], auquel on doit le terme « géopolitique », reprend les idées de Ratzel pour alimenter une science des États conçus comme des organismes vivants. Son ouvrage au titre évocateur, L’État comme forme de vie, publié en 1916, influencera Karl Haushofer[3], fondateur de l’école allemande de géopolitique. Comme Ratzel et Kjellén, Haushofer considère la géopolitique comme une science naturelle étudiant les interactions entre des organismes s’affrontant pour étendre leur territoire respectif. Il défend une vision quasi mystique des frontières, appelées à se mouvoir au gré du développement des États et de leur population.

 

Au lendemain de l’humiliation du Traité de Versailles de 1919, Haushofer veut fournir des outils théoriques aux dirigeants allemands. Car cette géopolitique « classique », qui se développe durant la première moitié du 20ème siècle en Allemagne, mais aussi en Grande-Bretagne et aux États-Unis, se pare de scientificité mais s’adresse surtout aux responsables politiques et vise à justifier leur politique extérieure. Même si Haushofer s’est par la suite défendu de tout soutien au nazisme, il est l’ami de Rudolf Hess[3] et rencontre à plusieurs reprises Hitler, qui lui emprunte la notion d’espace vital.

 

- Une vision du monde périmée
S’ils étaient le plus souvent de farouches nationalistes, ces pères fondateurs de la géopolitique avaient aussi quelques excuses : ils exploraient un champ nouveau, dans un contexte intellectuel marqué par une vision biologisante des sociétés – même si Darwin a été le premier à s’opposer au « darwinisme social[5] » et à ses déclinaisons. Et même si, déjà à cette époque, des auteurs comme Albert Demangeon[6] et Jacques Ancel[7] ont souligné le manque de rigueur scientifique des travaux de Ratzel et de ses suiveurs.

 

Depuis, les géographes ont pointé les présupposés de la géopolitique classique : conception anthropomorphe et quasi mystique de l’État national, visées nationalistes et impérialistes peu ou pas dissimulées, obsession de l’échelle étatique[8], etc., trop d’éléments relèvent de la croyance plus que de la science.

 

 

- À qui profite le crime ?
Considérer la nation comme un organisme en lutte permanente avec ses semblables est donc un anachronisme intellectuel et un non-sens scientifique. Cette vision du monde continue pourtant de nourrir des théories plus ou moins scabreuses. On retrouve, dans le Choc des civilisations[9] de Samuel Huntington[10], socle idéologique de la guerre contre le terrorisme, une vision du monde découpé en grandes entités homogènes condamnées à s’affronter éternellement. Quant au néo-eurasisme[11], il postule l’existence d’un continent entre Occident et Orient, l’Eur-Asie, appelé à être uni sous la domination russe. Son courant le plus nationaliste s’inspire de la géopolitique allemande des années 1920 et défend l’expansionnisme russe. Son principal représentant, Alexandre Douguine[12], par ailleurs connu pour ses accointances avec la Nouvelle Droite française, a inspiré les discours nationalistes de Vladimir Jirinovski[13] et, aujourd’hui, fournit une partie de ses arguments à Vladimir Poutine[14].

 

Ce renouveau de la pensée ultranationaliste russe a coïncidé avec l’effondrement de l’URSS : il fallait un modèle explicatif capable de combler le vide idéologique et (géo)politique postsoviétique. De la même manière, en France et ailleurs, les discours plus ou moins rigides sur l’identité et l’unité nationales prospèrent dans un contexte d’incertitude : la mondialisation économique, via les progrès du libre-échange[15] et le pouvoir de décision accru des grandes firmes multinationales, fragilise la souveraineté nationale. Face à cette dérégulation économique et politique, qu’il encourage par ailleurs, Macron peut espérer rassurer son électorat à peu de frais en jouant la carte de la nation – à la manière de Trump finançant le mur entre les États-Unis et le Mexique.

 

Et puis, comme le rappelle l’historien Nicolas Lebourg[16], l’organicisme, au cœur de la pensée d’extrême-droite, sert aussi à mettre sous le tapis la lutte des classes.

  • La nation, tel un corps vivant, fonctionne selon un principe d’unité et de complémentarité entre ses membres : pas question de les opposer entre eux. Une idéologie de l’ordre, en somme.

 

Notes :

[1Friedrich Ratzel, né le 30 août 1844 à Karlsruhe et mort le 9 août 1904 à Münsing, est un pharmacien, zoologiste puis géographe allemand. Proche des milieux colonialistes et impérialistes, il est le premier géographe à avoir formulé la notion de Lebensraum (« espace vital »).

[2] Johan Rudolf Kjellén (né le 13 juin 1864 à Torsö (Suède) et mort le 14 novembre 1922) était professeur de science politique à l'université de Göteborg. Sa réflexion le poussa à associer la science politique à la géographie, qu'il enseigna par la suite, avant de créer de nouvelles disciplines consacrées à l'État.

[3Karl Haushofer, né le 27 août 1869 à Munich et mort par suicide le 10 mars 1946 à Pähl (Haute-Bavière), est l'un des plus importants théoriciens de la géopolitique allemande, dont certains travaux (notamment ceux qui abordent la notion d'Espace vital) sont repris et réinterprétés par une partie des penseurs du nazisme, bien que lui-même n'aie jamais été membre du parti nazi.

[4] Rudolf Hess 

[5] LE « DARWINISME SOCIAL »

[6Albert Demangeon, né à Cormeilles (Eure) le 13 juin 1872 et mort à Paris le 25 juillet 1940, est un géographe français.

[7Jacques Simon Ancel, né le 22 juillet 1882 à Parmain en Seine-et-Oise et mort à Paris en décembre 1943, est un géographe et géopolitologue français.

[8] l’échelle étatique

[9« Choc des civilisations » A l’origine d’un concept

[10Samuel Huntington, né le 18 avril 1927 à New York et mort le 24 décembre 2008 à Martha's Vineyard dans le Massachusetts, est un professeur américain de science politique, connu pour son livre intitulé Le Choc des civilisations paru en 1996.

[11Alexandre Dugin : esquisse d'un eurasisme d'extrême-droite en Russie post-soviétique

[12Alexandre Guelievitch Douguine, né à Moscou le 7 janvier 1962, est un intellectuel et théoricien politique nationaliste russe. Il est l'auteur de nombreux essais.

[13Vladimir Volfovitch Jirinovski, né Eidelstein le 25 avril 1946 à Alma-Ata (République socialiste soviétique kazakhe, Union soviétique), et mort le 6 avril 2022 à Moscou, est un homme politique russe, président du parti d'extrême droite LDPR.

[14Alexandre Douguine est le prophète réactionnaire de l’ultranationalisme russe

[15] l'exemple du blocage du canal de Suez ?

[16Dans son interview du 14 Juillet, le chef de l’Etat a expliqué qu’«une nation, c’est un tout organique». Une notion prisée par l’extrême droite dans son histoire, explique l’historien Nicolas Lebourg.

 

Pour en savoir plus :

- Pétain « grand soldat », « pays réel », « nation organique » : Macron, le nauséabond glissement vers la rhétorique d’extrême-droite

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10 juillet 2022 7 10 /07 /juillet /2022 18:02
Meeting_1er_mai_2012_Front_National_Paris
Meeting_1er_mai_2012_Front_National_Paris

Meeting_1er_mai_2012_Front_National_Paris

Les qualificatifs attribués au FN/RN ne manquent pas extrême droite ; fasciste ; national – populiste ; droite radicale pour ne retenir que les termes génériques...

 

Ce n’est donc pas le passé fasciste[0] du FN/RN qui devrait nous inquiéter mais son devenir-fasciste....

 

Car le FN/RN de Marine Le Pen, est un néofascisme à la française[0bis]....

 

 

Marine Le Pen a accédé au second tour de la présidentielle de 2022 avec 41,6 % des suffrages exprimés. Au premier tour le total des voix d’extrême droite 32,28 % dépassait le score de Macron 27,85 %.

Le total des sièges obtenus à l’Assemblée nationale aux législatives de 2022 est de 89 pour le RN.

Avec l’élection d’une députée RN à la vis présidence de l’Assemblée nationale, voici donc un tableau qui va rendre difficile l’acceptation du qualificatif « antirépublicain » ou « fasciste » aux yeux d’une majorité de l’électorat[1].

La situation se complique encore si l’on se rappelle que l’une des caractéristiques de l’extrême droite était dans un passé récent, son antiparlementarisme, ce qui n’est évidemment pas le cas actuellement pour le RN.

Il est donc opportun de s’interroger sur la nature du FN – RN et du fascisme à la lumière de l’histoire de ce parti et de l’histoire du fascisme au XXe siècle notamment en France.

Donc comment caractériser cette idéologie et ce projet ?
Devenu Rassemblement National (RN) sans que rien de fondamental ne change dans son programme
[2] ou sa stratégie, le Front national est de moins en moins caractérisé par les observateurs, mais aussi par les militant-es et organisations de gauche ou syndicales, comme un parti fasciste ou néofasciste.
Réputée approximative et militante, cette catégorisation ferait l’impasse, nous dit-on, sur toute une série de traits propres au fascisme qui seraient absents dans le cas du FN/RN.
Comme le montre ici Ugo Palheta dans un texte en 2 parties, caractériser ainsi le parti de Marine Le Pen permet au contraire de saisir les propriétés distinctives de son projet.

Ce texte d’Ugo Palheta est extrait de La Possibilité du fascisme[3] (La Découverte, 2018). Sociologue, membre de l’Observatoire national de l’extrême droite, Ugo Palheta est l’auteur de nombreux articles pour Contretemps, et, plus récemment avec Ludivine Bantigny, de Face à la menace fasciste[4] (Textuel, 2021), et avec Omar Slaouti de Défaire le racisme, affronter le fascisme[5] (La Dispute, 2022). 

 

 

Sources : Contretemps - Contretemps | mis à jour le 12/02/2024

- Politiquement, le fascisme se caractérise comment ?

Politiquement, le fascisme[6] se caractérise spécifiquement par la volonté – incarnée par un chef et portée par une organisation – d’œuvrer, par une vaste opération de « purification », à la renaissance ou plus modestement à la défense d’une nation glorieuse mais en voie de décomposition.

 

Débarrasser cette nation mythifiée de toutes les formes d’altérité et de contestation qui en menaceraient l’identité, l’unité et l’intégrité, permettrait de mettre un coup d’arrêt au processus de décadence mis en branle indistinctement par le cosmopolitisme du capital et l’internationalisme de la gauche, la finance « apatride » et les immigrés « déracinés »[7]. Or c’est bien dans ce cadre marqué par le désir d’une révolution spirituelle qui amorcerait une régénération nationale, et non simplement dans la (si commune) référence au peuple, décelable sous des formes différentes chez tous les courants politiques, que s’inscrit clairement la politique du FN/RN. À Marseille le 19 avril 2017, après un appel à une « insurrection nationale », Marine Le Pen affirmait :

  • « Nous sommes sous la menace d’une dilution de notre identité nationale. Posons-nous les questions : allons-nous pouvoir vivre encore longtemps comme des Français en France ? Alors que des quartiers entiers deviennent quasiment des zones étrangères ? Alors que des règles ou des modes de vie venus d’ailleurs tentent de nous être imposés ? ».

 

 

- Plusieurs précisions sont toutefois nécessaires.
Tout d’abord, même si le FN/RN est fondé sur une matrice politique qui n’a guère changé depuis la création du Front national en 1972, malgré les ravalements successifs de façade, il ne constitue assurément pas le décalque des parts partis fascistes classiques, en particulier parce qu’il ne dispose pas de milices armées de masse. C’est seulement dans des circonstances spécifiques que le FN/RN pourrait être amené à se développer en véritable mouvement militant de masse capable d’être présent partout, au-delà de la scène électorale ou médiatique, et d’exercer la violence par le biais de telles milices. Ce n’est donc pas le passé fasciste du FN/RN qui devrait nous inquiéter mais son devenir-fasciste. Comme l’écrivait Maurice Duverger en 1962 : « Le microbe fasciste restera dépourvu de virulence réelle tant qu’il ne trouvera pas un terrain pour germer[8] ». Le « microbe fasciste » a depuis trouvé ce « terrain » dans les contradictions du capitalisme néolibéral, le durcissement autoritaire de l’État, l’aiguisement du nationalisme français et la montée de l’islamophobie.

 

 

- Ensuite, caractériser le FN/RN comme néofasciste n’implique nullement que l’ensemble de ses militant·es, et encore moins de ses électeurs·rices, soient favorables ici et maintenant à l’installation d’une dictature d’extrême droite, ou se réfèrent au fascisme comme à un modèle.

Pour autant, on ne saurait écarter ni une dynamique de radicalisation politique qui pourrait s’emparer d’une partie du corps social dans des circonstances exceptionnelles de crise ou au terme d’un processus plus progressif de polarisation politique, en particulier car le terrain a été préparé par des décennies de diffusion et de respectabilisation de la xénophobie et du racisme, ni la possibilité que le FN/RN s’appuie sur cette base électorale pour parvenir au pouvoir par la voie légale. L’exemple des fascismes italien et allemand durant l’entre-deux-guerres montre en effet que ces mouvements ont pu l’emporter et se maintenir durablement aux commandes de l’État en disposant d’une audience de masse et en s’alliant avec des pans de la droite conservatrice mais sans parvenir à obtenir le soutien de la majorité de la population.

 

Dans le cas allemand, le maximum du soutien dont les nazis purent se prévaloir avant janvier 1933 fut de 37 % (bien davantage d’ailleurs que Mussolini en Italie avant son accès au pouvoir), et si leurs électeurs partageaient sans doute pour beaucoup un ultra-nationalisme et un antisémitisme plus ou moins viscéral, leurs motivations étaient hétérogènes. Ils étaient pour la plupart loin d’adhérer à l’intégralité de la politique mise en œuvre par Hitler dans les années suivantes, en particulier à la volonté de guerre expansionniste et a fortiori à la « solution finale »[9]. Cela n’empêcha nullement les nazis de conquérir le pouvoir politique et de mener au désastre d’une nouvelle guerre mondiale et du génocide. Nous n’en sommes évidemment pas là, mais on ne saurait prendre prétexte du fait que les électeurs du FN/RN n’ont qu’une connaissance très partielle de son programme ou ne souhaitent pas l’avènement d’une dictature pour nier ou minimiser le danger.

 

 

- Ajoutons encore qu’il n’y a pas de « nature » immuable du FN/RN.
Comme tout parti, il n’est pas figé et pourrait se transformer en profondeur en fonction de dynamiques internes et de son environnement externe. En particulier, il n’est nullement interdit de penser qu’il puisse évoluer dans les années à venir vers un parti de la droite conservatrice. Le poids croissant des élus au sein du FN/RN pourrait engager un processus de notabilisation, amenant peu à peu sa direction à subordonner le maintien de son programme historique, de son indépendance politique et de l’objectif de la conquête du pouvoir national, à la sauvegarde des postes obtenus dans les institutions, nationales ou locales. Néanmoins, le FN/RN ne cherche pas véritablement, du moins pour l’instant, à construire des alliances au sommet avec la droite traditionnelle et continue de mener une guerre de position pour parvenir au pouvoir seul, ou en détachant des pans entiers de la droite. Si ses dirigeants n’étaient que de simples opportunistes en quête de postes dans les institutions, ils rallieraient sans délai les partis de la droite traditionnelle ou chercheraient par tous les moyens, notamment en reniant ou en édulcorant certaines de leurs positions, à nouer des alliances électorales régulières avec ces partis afin d’obtenir bien davantage de sièges d’élus. Or, depuis sa création en 1972, le FN devenu RN – comme les organisations fascistes de l’entre-deux-guerres – a toujours maintenu son indépendance politique et ne s’est allié qu’exceptionnellement à la droite.

 

 

- Il nous faut évoquer ici la question de la violence.
À nouveau, on aurait tort d’imaginer une rupture franche entre le FN de Jean-Marie Le Pen et celui de sa fille. Dès la fondation du parti, l’objectif de constituer une vitrine électorale de l’extrême droite impliquait la mise en sourdine, sinon le refus, des trop visibles batailles de rue avec la gauche révolutionnaire. Le FN/RN dispose néanmoins avec le DPS – « Département protection sécurité », également surnommé du temps de Jean-Marie Le Pen « Dépend du président seulement » – d’un service d’ordre partiellement militarisé, par l’emploi de techniques militaires et par son recrutement parmi d’anciens militaires, policiers ou vigiles[10]. Outre les fonctions classiquement assumées par un service d’ordre (protection des dirigeants, des meetings et des apparitions publiques), le DPS a pu procéder parfois – selon des témoignages rassemblés à la fin des années 1990 – à des actions offensives, essentiellement contre des militants anti-FN (dénommées « missions punitives »)[11 - 12]. Dans la dernière période, pour laquelle on dispose de moins d’informations, il semblerait non seulement que le DPS – qui avait beaucoup pâti de la scission mégrétiste – ait été progressivement marginalisé par la présidente du FN en raison de l’attachement de ses membres à Jean-Marie Le Pen, au profit de l’entreprise de sécurité d’Axel Loustau (ex du GUD et proche de Marine Le Pen)[13], mais qu’il ait en outre cessé d’assumer des fonctions offensives (expéditions punitives contre des « ennemis »).

 

 

- Pour le FN/RN, l’époque est à la « guerre de position » au sens de Gramsci, donc moins à la prise du pouvoir par des moyens insurrectionnels qu’à la conquête progressive de l’hégémonie permettant de préparer l’accès au pouvoir politique.
Néanmoins, la présence en son sein d’anciens dirigeants du Bloc identitaire (Philippe Vardon notamment), la collaboration avec des figures de l’extrême droite passées par le GUD, ainsi que le soutien apporté aux identitaires ou à d’autres groupuscules (notamment Bastion social), semble attester d’une certaine division des tâches : vitrine électorale et vaisseau amiral de l’extrême droite, le FN délèguerait l’exercice de la violence – notamment contre les mobilisations étudiantes dans la période récente – aux groupuscules qui gravitent autour de lui. Pour ne prendre que quelques exemples récents : au printemps 2018, les principaux dirigeants du FN/RN se félicitaient de l’initiative de « Génération identitaire » au col de l’Échelle, visant à s’opposer symboliquement, mais aussi physiquement, à l’entrée en France de migrants[14]. Durant la même période, alors que des militants fascistes agressaient régulièrement des étudiant·es mobilisé·es dans plusieurs universités, Louis Aliot appelait à la télévision à « virer manu militari » les « bloqueurs » et se félicitait de l’offensive gouvernementale contre les « zadistes » à Notre-Dame-des-Landes[15]. Cela signale une fois de plus que, face à la contestation sociale, le FN/RN se tient toujours du côté de l’ordre, soutient les gouvernements désireux d’employer la force et maintient un projet ultra-autoritaire, aspirant à aller plus loin et plus vite dans l’écrasement de toute opposition. Il faut enfin rappeler l’influence et l’implantation du FN/RN au sein des appareils répressifs d’État, en particulier dans les services les plus violents (BAC, CRS, etc.)[16 - 17]. Cette situation peut faire passer pour superflue aux yeux de ses dirigeants le fait de se doter de milices préposées au harcèlement et à la répression des opposants.

 

 

- Délégitimation de la violence politique et l’objectif de la conquête du pouvoir

Ces deux concepts contraignent ainsi le FN/RN à limiter au maximum la possibilité d’actes violents rappelant trop visiblement l’ancrage du parti dans les traditions brutales de l’extrême droite, et à empêcher l’existence en son sein de groupes aspirant à jouer un rôle équivalent à celui des SA au sein du parti nazi (fonction que François Duprat avait assignée aux groupes nationalistes-révolutionnaires dans les années 1970 lorsqu’il était une figure majeure du FN[18]). Néanmoins, le FN/RN prépare les esprits à un usage intensifié de la violence en recourant fréquemment à la rhétorique de la « guerre civile ». Comme l’affirmait Marine Le Pen elle-même : « Depuis quarante ans au moins, tout observateur lucide et objectif voit monter les problèmes quand depuis trop d’années, d’intimidations en intimidations et d’agressions anti-françaises en actes terroristes, la perspective de la guerre civile n’est plus un fantasme[19] ». Le FN prétend ainsi être seul à même d’en empêcher la survenue tout en ne cessant pas de souffler sur les braises de l’islamophobie, de la romophobie et de la xénophobie, en agitant la menace d’une « cinquième colonne » islamiste ou d’une destruction de la nation française.

  • Quelle politique croit-on qu’un parti prétendant depuis tant d’années que la France est « submergée » et « colonisée » par des éléments considérés comme « anti-nationaux » et « inassimilables », mènerait s’il parvenait au pouvoir ?
  • Pense-t-on sérieusement qu’un tel parti ne ferait que prolonger les politiques menées par les gouvernements bourgeois traditionnels ?

 

 

- Il y a une double tentation lorsqu’on cherche à appréhender la place du racisme dans le projet actuel du FN/RN.
La première consiste à refuser d’opérer la moindre distinction entre les forces dominantes qui composent et structurent le champ politique français, au nom des convergences indéniables qui se sont accomplies entre elles sur les politiques migratoires et l’islamophobie ; distinguer reviendrait à absoudre droite et gauche de leurs responsabilités dans le développement du nationalisme et du racisme dans le champ politique.

 

La seconde amène, au prétexte de certains remaniements politiques et programmatiques du FN/RN – en particulier l’éviction de Jean-Marie Le Pen et de militants exprimant trop ouvertement leur antisémitisme, mais aussi la place plus grande prise par les questions socio-économiques dans le discours et le programme frontiste[20]) –  à considérer que la xénophobie et le racisme n’auraient plus qu’une place marginale au sein du FN, qu’il s’agisse des options de ses dirigeants et de ses membres, des aspirations de son électorat ou de ses fondements idéologiques, et un rôle secondaire dans son ascension.

 

 

- Il importe au contraire de rappeler deux constats, simples mais politiquement cruciaux

  • 1 : le FN/RN constitue – avec Reconquête, le parti récemment fondé par Zemmour – la composante la plus brutalement raciste du nationalisme français ;
  • 2 : le racisme a joué – et joue toujours – un rôle central dans son idéologie et dans son développement (ce qui ne doit pas être confondu avec l’idée qu’il serait central en chaque moment dans sa propagande).

Contrairement à ce qui est bien souvent affirmé, le parti de Marine Le Pen n’a en rien rompu – et ne semble pas en voie de rompre dans les mois ou années à venir – avec le projet politique qui fut celui de l’extrême droite française lorsque celle-ci s’est engagée dans la construction du mouvement au début des années 1970 : une prétendue régénération de la nation et de son unité, fondé sur la volonté d’une purification, par la mise au pas – sinon la soustraction violente – de tous les éléments considérés comme « étrangers » voire « traîtres » à la nation, ou perçus comme des sources potentielles de désordre et de division. Ses dirigeants maintiennent ce socle idéologique du mouvement par des déclarations ciblant prioritairement les musulmans et les migrants. Mais ils visent aussi les élites qu’ils désignent comme « mondialistes » – aussi bien de droite que de gauche – parce qu’elles seraient complices de l’« invasion migratoire », assimilée à une entreprise de destruction délibérée de la nation et de l’identité françaises. D’où la double cible de Marine Le Pen dans ses discours de campagne : « le totalitarisme islamiste et le totalitarisme mondialiste[21] ».

 

 

- On affirme pourtant que l’ultra-nationalisme, la xénophobie et le racisme ne joueraient plus le même rôle qu’autrefois dans le développement du FN
Ses électeurs ne seraient plus mus essentiellement par l’hostilité aux « étrangers »[22], mais aussi par des revendications sociales. On constate également, à raison, que le racisme et la xénophobie sont présents dans d’autres segments de la population qui, pour autant, ne votent pas en faveur du FN/RN. Or c’est là manquer le fait primordial : ce qui fait la particularité de l’électorat du FN/RN, c’est à la fois son niveau d’hostilité nettement plus élevé à l’égard des immigrés, des musulmans, des juifs ou des Roms et le fait qu’il considère l’immigration, la sécurité et la « menace terroriste », mais aussi les valeurs et l’« identité française », comme les enjeux politiques centraux[23].

 

Aucune question économique et sociale ne figure au premier, deuxième ou troisième rang des motivations du vote frontiste. Or les inégalités et les injustices sociales étaient la première motivation du vote en faveur de Mélenchon et Hamon en 2017 (NDLR et Mélenchon en 2022[24]), et la situation économique et l’emploi celle du vote pour Macron et Fillon. Le FN/RN est ainsi perçu comme le parti qui s’oppose le mieux, non à la détérioration de la situation économique et sociale ou aux inégalités croissantes, mais à ce qui est perçu par ses électeurs comme un danger de dissolution démographique de la France, de destruction culturelle de l’« identité française » et/ou de marginalisation sociopolitique des « vrais Français ».

 

 

- Le FN/RN n’est donc pas simplement parvenu à rendre acceptables, et même respectables, des « analyses » et des propositions autrefois jugées scandaleuses.
On l’a vu, il a bénéficié en cela du travail accompli par des dirigeants de droite mais aussi de gauche[25] : tous ont prétendu répondre aux succès frontistes en empruntant à Le Pen certaines de ses propositions et surtout son langage. Il est bien évident par ailleurs que le racisme et la xénophobie n’ont pas attendu le FN/RN pour être présents au sein de la population française[26], dans les classes possédantes comme parmi la petite bourgeoisie et la classe ouvrière (même quand cette dernière était largement acquise à la gauche, notamment au PCF). Le véritable coup de force du FN, c’est d’avoir réussi à imposer au cœur de la politique française un clivage opposant les nationaux aux « étrangers » mais aussi la nation à des menaces diverses (les différents « mondialismes »). Or ce clivage était resté marginal entre 1945 et le début des années 1980. L’ascension du FN/RN est donc incompréhensible si l’on ne place pas au centre de l’attention le racisme et la xénophobie, qui ont eu une triple fonction, auprès de son électorat mais aussi de sa base militante : mobiliser les émotions d’une frange de la population (affect), souder une communauté imaginaire (culture)[5] et rationaliser une vision du monde (idéologie). Il n’y a de ce point de vue rien d’anodin au fait que, lors des meetings de Marine Le Pen, c’est lorsque les questions d’immigration sont abordées que le public apparaît le plus mobilisé, en particulier à travers le slogan très largement repris : « on est chez nous »[27].

 

 

- Mais l’immigration ou l’identité nationale ne prennent-ils pas objectivement moins de place dans le discours frontiste, en raison de la stratégie de « dédiabolisation » et du « tournant social » ?
Cela est évident, au vu des deux campagnes présidentielles de Marine Le Pen. Mais c’est que le FN/RN n’a plus besoin aujourd’hui de rappeler sans cesse ses positions en la matière. Au contraire, pour élargir son audience à des franges de la population jusqu’ici éloignées, il lui faut faire des incursions sur des terrains – services publics, écologie, droits des femmes, laïcité, etc. – qui n’étaient pas déjà les siens. Pour autant, il ne s’agit généralement pas d’une reprise telles quelles de positions « de gauche », mais d’une traduction dans le langage politique propre à l’extrême droite : celui de la nation menacée de décadence et de dégénérescence du fait de l’immigration, de l’affirmation de l’islam et de la mondialisation économique. Durant sa dernière campagne présidentielle, Marine Le Pen a ainsi construit l’essentiel de ses discours autour de la menace d’une « disparition », d’une « dissolution » ou d’une « soumission » de la France sous l’effet de deux « mondialismes » qui constitueraient deux « totalitarismes » : le « mondialisme financier et affairiste » et le « mondialisme djihadiste » ; ou encore « la mondialisation d’en bas avec l’immigration massive, levier du dumping social mondial, et la mondialisation d’en haut avec la financiarisation de l’économie ». La rhétorique prophétique et catastrophiste de la « destruction de la France », régulièrement employée par Marine Le Pen, n’a d’autre objectif que de servir un nationalisme radical et exclusiviste. Ce dernier demeure en effet la formule génératrice de la quasi-totalité des analyses et des propositions avancées par le FN, et charrie immanquablement la xénophobie et le racisme.

 

 

- Le FN/RN a-t-il rompu avec l’antisémitisme, qui a constitué depuis la 2ième moitié du xixe siècle l’un des fondamentaux de l’extrême droite ?
Il importe sur ce point de distinguer les électeurs·rices et la direction. L’antisémitisme des sympathisant·es du FN/RN – tel que le mesurent les enquêtes d’opinion[28] – se situe à un niveau bien supérieur à celui des autres franges de l’électorat. Cela devrait d’ailleurs suffire à démentir le lieu commun médiatico-politique, relayé bruyamment par quelques idéologues et dirigeants politiques, selon lequel la gauche radicale et les « arabo-musulmans » auraient aujourd’hui le monopole de l’antisémitisme (rebaptisé « nouvelle judéophobie »), du fait de leur antisionisme. Au passage, comme cela a été montré par Nonna Mayer il y a déjà une quinzaine d’années et confirmé par de nombreuses études depuis[29], c’est parmi les électeurs·rices de la gauche radicale que les stéréotypes antisémites et la méfiance à l’égard des juifs est la moins élevée (au début des années 2000, 18 % exprimaient des opinions méfiantes à l’égard des juifs). À l’inverse, c’est parmi les électeurs·rices d’extrême droite que ces stéréotypes et cette méfiance étaient les plus forts (40 % d’opinions méfiantes), de même que les stéréotypes et l’hostilité à l’égard des musulman·es, des Rom·es, des immigré·es, des étrangers·ères, etc. Que des dispositions racistes soient aisément transférables d’une minorité à une autre, des musulman·es aux juifs·ves ou l’inverse, ne devrait d’ailleurs guère prêter à étonnement.

 

 

- Le RN/FN veut-il en finir avec la négation ou la minimisation du génocide des juifs d’Europe ?
Reste qu’il y a bien eu une volonté consciente de la part de la direction du FN/RN d’empêcher les saillies antisémites de sa base militante, notamment de ses candidat·es aux élections, et d’en finir avec la négation ou la minimisation du génocide des juifs d’Europe.


Vice-président du FN, Louis Aliot déclarait ainsi en décembre 2013 : « En distribuant des tracts dans la rue, le seul plafond de verre que je voyais ce n’était pas l’immigration ni l’islam… D’autres sont pires que nous sur ces sujets-là [sic]. C’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous. Il n’y a que cela. À partir du moment où vous faites sauter ce verrou idéologique, vous libérez le reste. […] Depuis que je la connais, Marine Le Pen est d’accord avec cela. Elle ne comprenait pas pourquoi et comment son père et les autres ne voyaient pas que c’était le verrou. […] C’est la chose à faire sauter[30]. » C’est donc de manière purement opportuniste que le FN a abandonné l’antisémitisme : la stigmatisation des juifs ou les sympathies négationnistes que manifestaient à intervalles réguliers ses dirigeants, de Le Pen à Gollnisch, sont à présent davantage perçus par la direction du FN comme un boulet que comme un levier pour attirer vers le parti d’extrême droite de nouveaux segments de l’électorat. Et d’ailleurs, comment penser qu’il y a là davantage que de l’opportunisme quand la quasi-totalité des cadres du RN actuel, dont Marine Le Pen évidemment, ont commencé à militer lorsque Jean-Marie Le Pen et n’ont jamais émis la moindre critique à propos de ses propos antisémites ou négationnistes ?

 

- Une stratégie sans fin ?
Le FN/RN actuel ne s’est pas arrêté là puisque, s’inscrivant dans la rhétorique de la « nouvelle judéophobie », il a cherché ces dernières années à dresser les juifs contre ceux qui seraient ses véritables ennemis, à savoir les musulman·es et la gauche radicale. Il a été soutenu en cela par la Ligue de défense juive (LDJ) [qualifiée de "groupe terroriste" par le FBI en 2001[31]], que Marine Le Pen a défendue lors des manifestations de l’été 2014 en solidarité avec Gaza[32]. Au cours de ces dernières, ce groupuscule d’extrême droite – d’ailleurs interdit dans plusieurs pays (notamment les États-Unis) – avait tenté d’agresser des manifestant·es.

 

En 2018, après avoir insulté et menacé des élus de la France insoumise et les avoir contraints à quitter la Marche blanche en l’honneur de Mireille Knoll[33], les militants de la LDJ ont escorté les dirigeant·es du FN/RN. De même doit-on se souvenir, car cela n’a rien d’anecdotique, que Rogier Cukierman, alors président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), avait pu déclarer en 2002 que le score de Jean-Marie Le Pen « est un message aux musulmans pour qu’ils se tiennent tranquilles[34] ». Cette rhétorique de la « nouvelle judéophobie », dont les musulman·es et la gauche radicale seraient les agents, a été mise en circulation dans les années 2000 par des « intellectuels » comme P.-A. Taguieff ou A. Finkielkraut. Elle a récemment été réactivée telle quelle via une tribune rédigée par Philippe Val et signée par « trois cents intellectuels, artistes et hommes politiques »[35]. Or il est indéniable qu’elle fournit au parti d’extrême droite un argument imparable pour se débarrasser d’un encombrant stigmate, alors même qu’un parti dont l’électorat demeure à ce point empreint d’antisémitisme pourrait être tenté de réintroduire ce venin dans des circonstances où cela lui semblerait nécessaire.

 

 

- Mais si l’antisémitisme a été pour l’instant abandonné par la direction du FN/RN, au moins superficiellement et pour des raisons de respectabilité, c’est pour mieux lui substituer un racisme ciblant spécifiquement les musulmans.
Cette islamophobie est beaucoup moins susceptible que l’antisémitisme d’être condamné politiquement et elle se situe dans le prolongement des formes structurelles prises par le racisme en France, qui affectent principalement les descendants de colonisés. Si le racisme demeure central dans la construction et le renforcement du FN/RN, c’est d’abord qu’il constitue le ciment idéologique de sa base militante et d’une partie importante de son électorat : 80% des sympathisant·es du FN/RN s’estimaient eux-mêmes « racistes » (« plutôt racistes » ou « un peu racistes ») en 2014, un chiffre très élevé et pourtant certainement minimisé du fait du sentiment d’illégitimité qui continue d’entourer une telle déclaration[36]. Encore doit-on préciser que c’est avant tout sous la forme d’une violente hostilité aux musulmans (réels ou présumés) que se manifeste aujourd’hui le racisme de l’électorat d’extrême droite : un « trait caractéristique des sympathisants du FN est une polarisation anti-islam exacerbée, bien plus marquée que leur antisémitisme[37] ».

 

 

- L’électorat du FN continuait sur ce point de se distinguer des sympathisant·es d’autres partis...
En effet, Nonna Mayer précise à quel point, malgré la progression constatée de l’islamophobie dans l’ensemble de la population entre 2009 et 2014, l’électorat du FN continuait sur ce point de se distinguer des sympathisant·es d’autres partis :  « Le refus des sympathisants FN de voir dans les musulmans des citoyens comme les autres dépasse de 48 points celui qu’on observe chez les sympathisants des autres partis (contre 23 points dans le cas des Français juifs), leur jugement négatif de la religion musulmane est supérieur de 42 points (contre 20 pour la religion juive), leur sentiment que les musulmans forment un “groupe à part” de 35 points (contre 14 quand il s’agit des juifs) et leur refus de sanction judiciaire pour des propos insultants de 28 points (contre 21). » L’islamophobie, on l’a vu, se retrouve – sous des formes brutales ou euphémisées, revendiquées ou détournées – dans la quasi-totalité du champ politique. Reste que le FN/RN en est l’expression politique la plus assumée et la plus violente, autrement dit la plus à même de mettre en œuvre, sinon le rêve sinistre d’Éric Zemmour d’une déportation de millions de musulman·es, du moins une politique de mise au pas, de discrimination systématique de ces derniers·ères et d’institutionnalisation complète de cette discrimination. Cela impliquerait non seulement l’interdiction d’exister publiquement en tant que musulmans mais l’institution d’une complète inégalité des droits, à laquelle les gouvernements ont d’ores et déjà contribué ces quinze dernières années.

 

 

- C’est donc moins un changement de « nature » du FN/RN, ni d’ailleurs de sa stratégie d’ensemble, qui s’est trouvé au cœur du conflit entre Jean-Marie Le Pen et sa fille, qu’une divergence de tactique politique.
Le véritable changement impulsé par Marine Le Pen – qui, sur ce point comme sur d’autres, a fait du « mégrétisme sans Mégret » – c’est d’avoir mis au premier plan le « problème de l’islam ». Ainsi a-t-elle radicalisé par l’islamophobie la rhétorique xénophobe du FN[38], tout en opérant un recodage « républicain » du discours frontiste. Si a pu s’imposer l’illusion d’une transformation profonde du FN, c’est du fait de la très large diffusion de l’islamophobie, qui tend à rendre acceptable l’hostilité publiquement manifestée à l’égard des musulmans, mais aussi du discours public faisant de l’immigration et des immigrés un « problème » à résoudre, et ce depuis les années 1970. Cette double progression de l’islamophobie et de la xénophobie, couplée à l’affirmation d’une « nouvelle laïcité » permettant de stigmatiser les musulmans au nom de la défense de la « République », tend ainsi à légitimer par avance toutes les sorties les plus ouvertement racistes du FN, du moins dès lors qu’elle vise les musulmans et les migrants (extra-européens ou roms). On doit d’ailleurs remarquer que l’antagonisme entre le père et sa fille, présenté fallacieusement comme une controverse entre une ligne « dure » et une ligne « modérée », n’a pas éclaté lorsque Jean-Marie Le Pen, évoquant le prétendu « risque de submersion » de la France par l’immigration, avait affirmé en mai 2014, faisant allusion à l’épidémie qui sévissait alors en Afrique, que « Monseigneur Ebola peut régler ça en trois mois ». Cette déclaration n’avait alors suscité aucune condamnation de la part de la direction du FN et de sa présidente ; bien au contraire, elle l’avait soutenu[39].

 

 

- Il est vrai que Marine Le Pen ne rechigne jamais elle-même à employer la rhétorique de l’« invasion », de l’« occupation » ou de la « colonisation » de la France
En effet, Marine Le Pen ne rechigne jamais elle-même à employer la rhétorique de l’« invasion », de l’« occupation » ou de la « colonisation » de la France par les populations étrangères, et plus spécifiquement extra-européennes et musulmanes. Elle retrouve là, non simplement Renaud Camus[40], mais le Drumont de La France juive ou encore l’écrivain préfasciste Maurice Barrès[41]. Ainsi pouvait-elle affirmer en septembre 2015, à propos de l’afflux de réfugiés : « L’invasion migratoire que nous subissons n’aura rien à envier à celle du ive siècle et aura peut-être les mêmes conséquences[42]. » La présidente du FN s’est par ailleurs présentée aux élections régionales de 2015 sur un programme aspirant, entre autres, à « dénoncer et éradiquer toute immigration bactérienne[43] ».
Quelques semaines plus tard, elle n’hésitait pas utiliser la rhétorique de la guerre civile : « Nous n’avons pas d’autre choix que de gagner cette guerre. Si nous échouons, le totalitarisme islamiste prendra le pouvoir dans notre pays, comme il l’a pris en Libye avec l’aide de Nicolas Sarkozy, comme il tente de le prendre en Syrie, en Égypte, en Tunisie, etc. […] La charia remplacera notre Constitution, l’islam radical se substituera à nos lois, nos bâtiments détruits, la musique prohibée, l’épuration religieuse avec son cortège d’horreurs, etc.[44] »

 

 

- Peu auparavant, elle invitait dans un tweet à relire Le Camp des saints, un livre d’anticipation devenu un classique de l’extrême droite et fondé sur le postulat d’une « incompatibilité des races lorsqu’elles se partagent un même milieu ambiant ».

Dans ce livre, l’écrivain Jean Raspail décrivait la colonisation de la France par un million de migrants et la résistance armée de quelques « Français de souche », tirant sur les « envahisseurs » et finalement trahis par un gouvernement « multiracial »[45]. Si Marine Le Pen disait espérer une fin différente, elle défendait l’ouvrage en prétextant de son « acuité » et de sa « modernité incroyables ». De même avait-elle loué le livre de Michel Houellebecq, Soumission, en affirmant que la prophétie sur laquelle était fondé l’ouvrage – la victoire présidentielle d’un candidat islamiste en 2022 après deux mandats de François Hollande… – « pourrait un jour devenir réalité ». Elle avait aussi félicité son auteur pour avoir pointé la « complicité » de l’UMP et du PS comme moteur de la progression du « fondamentalisme islamiste »[46]. En employant cette rhétorique de la « colonisation » de la France par des éléments allogènes, Marine Le Pen s’inscrit pleinement dans une vieille stratégie frontiste. François Duprat lui-même, l’un des principaux stratèges de l’extrême droite néofasciste dans l’après-guerre (et un moment numéro 2 du FN[47]), avait explicité dès 1976 : « Quiconque croit que notre nation est colonisée acceptera tôt ou tard nos méthodes d’action en vue de sa libération[48]. »

 

 

- Les dirigeants frontistes défendeurs d'un prophétisme identitaire de la renaissance de la nation française
Les dirigeants frontistes mettent ainsi d’autant plus en avant un prophétisme xénophobe et islamophobe de la conquête de la France par « l’islam »[49] qu’ils défendent un prophétisme identitaire de la renaissance de la nation française. Mais ils le font en prétendant que l’immigration ne serait visée qu’en tant que phénomène sociopolitique, et non les immigrés en tant que personnes. Ces derniers subiraient actuellement, non pas les politiques anti-migratoires, mais la destruction des nations par le « mondialisme » (sous la forme du déracinement et de la perte des repères culturels) : s’opposer à l’immigration constituerait paradoxalement la seule véritable défense des immigrés. Cette tactique rhétorique ne tient pourtant généralement pas longtemps. Marine Le Pen a ainsi multiplié les déclarations dans lesquelles elles présentent les immigrés extra-européens et/ou les musulmans (dont une grande partie ne sont pas immigrés mais descendants d’immigrés, sans même parler des convertis) comme une menace, une cinquième colonne, voire une force d’occupation. Dès 2010, Marine Le Pen développait ce discours de l’« occupation » – faisant à l’évidence jouer le sous-entendu de l’occupation de la France par l’Allemagne nazie – pour évoquer les prières effectuées par des musulmans dans la rue, en prenant grand soin d’en exagérer l’ampleur et d’en dissimuler la cause (le faible nombre de mosquées en France de 2 400 à 2 500)[50].

 

 

- Mais les dirigeants du FN/RN ne s’arrêtent pas à l’idée d’occupation ou de colonisation
Les immigrés extra-européens et leurs enfants sont systématiquement assimilés à la délinquance, voire aux crimes les plus révoltants, ce qui ne peut pas ne pas apparaître comme un appel implicite, non seulement à les expulser, mais à les punir de la manière la plus brutale. Lors de son meeting au Zénith de Paris en avril 2012, elle répondait aux milliers de personnes vociférant « on est chez nous » : « Et parce que vous êtes chez vous, vous avez le droit de ne plus vouloir de ces Franco-Algériens comme Mohammed Merah, de ces Franco-Angolais comme l’assassin de Bouguenais, de ces Franco-Maliens comme le forcené de Paris ! Nous voulons des Français amoureux de leur drapeau, fiers de leur pays ![51] » Dans un autre discours, tenu à Nantes le 25 mars 2012, elle affirmait : « Combien de Mohamed Merah dans les bateaux, les avions, qui chaque jour arrivent en France remplis d’immigrés ? […] Combien de Mohamed Merah parmi les enfants de ces immigrés non assimilés ? » Ces propos ne prêtent guère à ambigüité : selon Marine Le Pen, les immigrés extra-européens, mais aussi leurs enfants (Mohamed Merah n’étant pas lui-même immigré puisqu’il est né à Toulouse), doivent être considérés non seulement comme des fauteurs de troubles potentiels, mais comme des assassins et terroristes en puissance, et traités en conséquence.

 

 

- L’un des problèmes rencontrés par le FN/RN dès sa création a été de donner une forme acceptable aux obsessions purificatrices qui ont toujours été au centre du projet fasciste.
La condamnation universelle du nazisme, dans le contexte post-1945, rendait nécessaire une sophistication de la xénophobie et du racisme. Ceux-ci ne pouvaient plus se dire qu’au travers d’euphémismes, de sous-entendus, de références codées ou d’expressions à double sens – sous peine de vouer les héritiers de Maurras, Barrès, Doriot ou Brasillach aux condamnations judiciaires et à la marginalité électorale. Les enquêtes historiques et sociologiques donnent à voir le travail effectué, au sein du FN, pour façonner des militants et former des cadres capables d’atténuer dans leurs discours la violence raciste inhérente à l’extrême droite.

 

L’historienne Valérie Igounet, qui a pu accéder aux brochures de formation, cite ainsi une note interne de l’IFN rédigée et diffusée au début des années 1990, intitulée « L’image du Front national », dans laquelle on peut lire : « Pour séduire, il faut d’abord éviter de faire peur et de créer un sentiment de répulsion. Or dans notre société soft et craintive, les propos excessifs inquiètent et provoquent la méfiance ou le rejet dans une large partie de la population. Il est donc essentiel, lorsqu’on s’exprime en public, d’éviter les propos outranciers et vulgaires. On peut affirmer la même chose avec autant de vigueur dans un langage posé et accepté par le grand public. De façon certes caricaturale, au lieu de dire “les bougnoules à la mer”, disons qu’il faut “organiser le retour chez eux des immigrés du tiers-monde [52]. »

 

 

- Recyclage du vieux fonds raciste de l’extrême droite en épousant le processus de culturalisation du racisme

Le remaniement identitaire de l’idéologie frontiste – empruntant sans le dire, et souvent sans le savoir, aux élaborations théoriques du GRECE[53] – a permis de recycler le vieux fonds raciste de l’extrême droite en épousant le processus de culturalisation du racisme. On l’a vu, ce processus se retrouve bien au-delà du FN/RN depuis les années 1980, et les jeunes militants ont aujourd’hui largement incorporé ce remaniement. « À travers le discours différentialiste, l’extrême droite a en fait trouvé un mode de traitement symbolique original de l’immigration légitimant une certaine xénophobie tout en s’adaptant à la condamnation politico-juridique du racisme[54]. » On doit d’ailleurs remarquer que, même au temps où le racisme biologique s’affichait sans fards, le racisme culturel – c’est-à-dire l’altérisation, l’infériorisation et la discrimination d’un groupe au nom de traits culturels présumés – n’était jamais très loin, y compris dans le cas de l’antisémitisme nazi[55]. Peut-être regarderait-on d’ailleurs d’un autre œil les propositions frontistes d’interdire l’abattage rituel en France[56], si l’on prenait au sérieux le fait que le parti nazi organisa à plusieurs reprises des campagnes contre l’abattage rituel lié à la religion juive. L’objectif évident était de stigmatiser publiquement les juifs en les présentant à la fois comme radicalement étrangers aux « traditions allemandes » et comme coupables de barbarie[57].

 

  • Si la progression du FN/RN a reposé en bonne partie sur la banalisation de ses thèses par des partis et des intellectuels de droite comme de gauche, s’il n’aurait pu s’enraciner sans le processus d’imprégnation xénophobe et raciste, il serait erroné et dangereux de prétendre que son accès au pouvoir ne ferait que prolonger les politiques d’ores et déjà menées.
  • Un parti dont le succès repose à ce point sur la xénophobie et le racisme, qui est perçu à ce point comme le meilleur défenseur de l’intérêt des Blancs, ne pourrait accéder et se maintenir au pouvoir sans donner en permanence des gages à son électorat.
  • Il lui faudrait lâcher la bride à des appareils répressifs d’État dont une partie importante des membres sont d’ores et déjà acquis à ses positions, et donc aller beaucoup plus loin dans l’entreprise d’assujettissement des immigré·es et descendants d’immigré·es postcoloniaux, des musulman·es, des Rom·es et certainement des juifs·ves (quoi qu’en disent actuellement les dirigeants du FN/RN).

Notes

[0] Les anciens SS ont reconstruit l'extrême droite française après 1945

[0bisDossier : Le FN/RN de Marine Le Pen, un néofascisme à la française

[1] Portrait – Hélène Laporte, le vrai visage de la vice-présidente RN pistonnée par la macronie

[2] Bonnet blanc, blanc bonnet ? Les programmes de Zemmour et Le Pen décryptés

[3] La possibilité du fascisme : France, la trajectoire du désastre

[4] Face à la menace fasciste : Sortir de l’autoritarisme

[5] Défaire le racisme, affronter le fascisme

[6] Fascisme. Fascisation. Antifascisme.

[7] Sur ce point, voir La Possibilité du fascisme, chapitre 1

[8] Cité in J.-P. Gautier, Les extrêmes droites en France, Paris, Syllepse, 2012

[9] W. S. Allen évoque dans son livre les sentiments « mitigés » que nourrissaient les électeurs du NSDAP à son égard, le percevant comme un mixte de gens « convenables » et de « voyous ». Voir : Une petite ville nazie, op. cit., p. 122-123. Plus généralement, voir : I. Kershaw, L’opinion allemande sous le nazisme, Paris, CNRS Éditions, 1995 [1983]. Pour une critique de l’idée que les « masses » auraient « désiré le fascisme », voir : N. Poulantzas, « À propos de l’impact populaire du fascisme », in M.-A. Macciocchi, Éléments pour une analyse du fascisme, tome 1, Paris, 10/18, 1976

[10] Front National, service d’ordre, barbouzeries et opérations armées

[11] Voir les auditions effectuées lors de l’enquête parlementaire sur le DPS menée en 1999

[12] Voir également à propos de Claude Hermant, membre du DPS pendant six ans et récemment condamné à sept ans de prison pour trafic d’armes (dont certaines auraient servi à Amedy Coulibaly dans la tuerie de l’hypercacher : R. Dély et K. Laske, « Confessions d’un fantôme », Libération, 6 juin 2001

[13] Voir : A. Mestre et C. Monnot, « Crise au FN : Marine Le Pen écarte le service d’ordre historique au profit d’un proche », Droites extrêmes, 3 septembre 2015. Sur les liens entre Marine Le Pen et Axel Loustau, voir : M. de Turchi, “ Marine est au courant de tout…”. Argent secret, financements et hommes de l’ombre, Paris, Flammarion, 2017 "

[14] Migrants : le «coup de com» des Identitaires salué par le FN

[15] Louis Aliot juge qu’il faut “virer manu militari” les étudiants qui bloquent les facultés

[16] Radicalisation policière : le poids de l’extrême droite dans les forces de l’ordre

[17] Gendarmes mobiles : un danger pour la république ?

[18] François Duprat a-t-il pu écrire : « Notre conception révolutionnaire est, elle aussi, fort simple : nous devons savoir faire cohabiter une organisation de combat et une organisation de formation et d’encadrement. Sans les SA, jamais le NSDAP n’aurait pu prendre le pouvoir, mais sans la Politische Organisation les SA n’auraient pas mieux réussi que les Corps francs de Kapp et Luttwitz, lors du putsch de 1920… Dans l’hypothèse où le mouvement nationaliste-révolutionnaire dispose des forces nécessaires à une lutte violente et soutenue, si ces forces sont disciplinées et organisées, il peut rallier à lui les masses de droite, qui recherchent toujours une force susceptible de les rassurer. [Il faut que s’accentue la crise économique, que l’État s’affaiblisse et] une solution radicale pourra devenir acceptable pour des millions de Français… Une Révolution ne pourra s’accomplir que si nombre de conservateurs paisibles cessent d’être tentés par la perpétuation de l’ordre régnant. [Si la Révolution se fait par un coup de force permis par la crise], seul le mouvement capable de lancer dans la rue de nombreux militants, combatifs et disciplinés, pourra remporter la victoire et sauver notre civilisation ». Cité in : N. Lebourg et J. Beauregard, François Duprat. L’homme qui réinventa l’extrême droite, op. cit., p. 204

[19] Le Pen: " Depuis 40 ans ", l'immigration a engendré " la perspective de la guerre civile "

[20] Sur ce point, voir le chapitre consacré au FN/RN dans La Possibilité du fascisme (chapitre 5)

[21] On notera au passage que la rhétorique du « totalitarisme islamique » ou « islamiste » comme ennemi principal était partagée aussi bien par F. Fillon que par M. Le Pen lors des dernières élections présidentielles, le premier ayant fait paraître quelques mois avant l’élection un ouvrage intitulé : « Vaincre le totalitarisme islamique »

[22] Il faut rappeler combien cette catégorie juridique d’ « étranger » fonctionne, dans l’idéologie raciste de l’extrême droite, comme une catégorie ethno-raciale, distinguant les « vrais Français » (dits aussi « Français de souche ») et les autres, c’est-à-dire les non-Blancs, qu’ils soient de nationalité étrangère ou française (dans ce dernier cas ils seront considérés comme des « Français de papier », selon une vieille expression d’extrême droite qui continue d’être employée au FN, et récemment par Nadine Morano, ancienne ministre de N. Sarkozy, à propos de Rokhaya Diallo)

[23] Parmi de nombreuses études sur les motivations des votes, Voir « Comprendre le vote au 1er tour de l’élection présidentielle », p. 28

[24] Didier Eribon : « Mélenchon a mobilisé un électorat qui ne votait plus »

[25] Mais pourquoi Olivier Faure du PS a t-il peur, en 2022, d'une baisse du FN/RN ?

[26] Les nomades (gens du voyage ? Roms ? Gitans ? Tsiganes ? Romanichels ? Bohémiens ?)

[27] Il suffit de visionner quelques discours de meeting pour le constater. Voir par exemple le discours prononcé par Marine Le Pen au Zenith de Paris le 17 avril 2012

[28] Voir N. Mayer, « Le mythe de la dédiabolisation du FN », La Vie des idées, 4 décembre 2015

[29] Voir « Nouvelle judéophobie ou vieil antisémitisme ? », Raisons politiques, 2004, 4, n°16. Pour des données plus récentes, Voir l’étude publiée en décembre 2017 par l’IPSOS pour la Fondation du judaïsme français, qui montre une fois de plus que c’est parmi les sympathisants du FN que les préjugés antisémites sont de loin les plus répandus

[30] Voir V. Igounet, « Jean-Marie Le Pen est-il trop antisémite pour le ‘‘nouveau’’ FN ? », 6 mai 2015

[31] La Ligue de Défense juive (LDJ) est l'émanation en France de la Jewish Defense League, qualifiée de " groupe terroriste " par le FBI en 2001

[32] Le vendredi 1er août 2014, elle déclarait sur RTL : « S’il existe une Ligue de défense juive, c’est qu’il y a un grand nombre de juifs qui se sentent en insécurité. Ils ont le sentiment que monte un nouvel antisémitisme en France et qui est le fait de confrontations communautaires »

[33] Marche blanche - Déclaration du groupe « La France insoumise »

[34] Voir S. Johsua, « Cukierman, valse avec Le Pen », Regards, 3 mars 2015 

[35] Voir « Manifeste “contre le nouvel antisémitisme” », Le Parisien, 21 avril 2018, et voir la critique de ce texte par D. Vidal : « Contre l’antisémitisme, avec détermination et sang-froid », Mediapart, 23 avril 2018

[36] Quoi qu’en dise sa présidente, le Front National n’a jamais cessé d’être raciste et xénophobe, à en juger par l’opinion de ses adhérents et sympathisants. 

[37] Voir N. Mayer, art. cit.

[38] Bruno Mégret et le Mouvement national républicain (MNR) – parti qu’il a fondé après son exclusion du FN – avaient en effet développé un discours violemment islamophobe dès le début des années 2000, soit dix ans avant le FN. Sur l’histoire sinueuse de l’islamophobie à l’extrême droite, Voir N. Lebourg, « Marine Le Pen, l’extrême-droite et l’islamophobie », Le Nouvel Observateur, 2 mai 2012

[39] Voir : « Marine Le Pen affirme que les propos de son père sur Ebola ont été “dénaturés” », Libération, 22 mai 2014

[40] Celui-ci note au passage que « maintenant, le FN aimerait bien récupérer le contenu [de la théorie du “grand remplacement”]. Il en est donc à déclarer, un peu ridiculement, qu’il y a bien remplacement, oui, mais qu’il n’est pas grand ; que “grand” ajoute à la tournure un on ne sait quoi de suspect, de non scientifique. […] Car enfin, si le remplacement n’est pas grand, qu’est-ce qu’il leur faut ? Un génocide en bonne et due forme ? ». Voir « Renaud Camus : ‘‘ Si le remplacement n’est pas grand, qu’est-ce qu’il leur faut ? ’’ »

[41] Sur les origines anciennes de la rhétorique du « grand remplacement », Voir G. Kauffmann, « Le Nouveau FN. Les vieux habits du populisme », Paris, Seuil, 2016, p. 88-91. Sur Maurice Barrès, Voir « Z. Sternhell, Maurice Barrès et le nationalisme français », Paris, Fayard, 2016 [1972]

[42] Voir « Pour Marine Le Pen, l’afflux de migrants pourrait ressembler aux invasions barbares « du IVe siècle » », Le Parisien, 14 septembre 2015

[43] Voir « Régionales : ‘‘ éradiquer l’immigration bactérienne ’’, l’improbable proposition de Marine Le Pen », Libération, 10 novembre 2015

[44] Voir « Marine Le Pen : « Si nous échouons, la charia remplacera notre Constitution » », Le Point, 3 décembre 2015

[45] Voir D. Albertini, « L’un des livres favoris de Marine Le Pen décrit une apocalypse migratoire », Libération, 16 septembre 2015

[46] Voir « Pour Marine Le Pen, le dernier livre de Houellebecq « pourrait devenir une réalité » », Le Lab politique/Europe 1, 5 janvier 2015

[47] Voir N. Lebourg et J. Beauregard, « François Duprat. L’homme qui réinventa l’extrême droite », Paris, Nouveau Monde, 2012

[48] Ibid., p. 205

[49] Dès 1987 le FN diffusait des affiches où figurait une prétendue citation d’un responsable du Hezbollah énonçant : « Dans vingt ans, c’est sûr, la France sera une république islamique ».

[50] Voici ses mots, qui ne prêtent guère à ambigüité : « Maintenant il y a dix ou quinze endroits où, de manière régulière, un certain nombre de personnes viennent pour accaparer les territoires. Je suis désolée, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde Guerre mondiale, s’il s’agit de parler d’occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça c’est une occupation du territoire. C’est une occupation de pans du territoire, des quartiers dans lesquels la loi religieuse s’applique, c’est une occupation. Certes y a pas de blindés, y a pas de soldats, mais c’est une occupation tout de même et elle pèse sur les habitants ». Voir V. Igounet, « Une histoire d’un hold-up idéologique sur le FN loin d’être terminée »

[51] Au Zénith de Paris, Marine Le Pen agite le spectre des " Franco-Algériens comme Mohamed Merah "

[52] V. Igounet, Le Front national, op. cit., p. 230.

[53] Sur le GRECE, voir notamment : P.-A. Taguieff, Sur la Nouvelle Droite. Jalons d’une analyse critique, Paris, Éditions Descartes et Cie, 1994. Concernant l’influence de la Nouvelle droite sur le FN, Voir J.-Y. Camus, « Le Front national et la nouvelle droite », in S. Crépon, A. Dézé et N. Mayer, « Les faux-semblants du Front national. Sociologie d’un parti politique », op. cit.

[54] Voir « S. Crépon, La Nouvelle extrême droite. Enquête sur les jeunes militants du Front national » Paris, L’Harmattan, 2006.

[55] Sur ce point, Voir R. Eatwell, « Fascism and Racism », in J. Breuilly (ed.), The History of Nationalism, Oxford, Oxford University Press, 2013.

[56] Voir par exemple : « Le Pen veut interdire l’abattage des animaux sans étourdissement préalable », Le Point, 25 avril 2017

[57] Voir notamment : William S. Allen, Une petite ville nazie, Paris, Tallandier, 2016 [1967], p. 89 : « Les nazis décidèrent ensuite de soulever la colère populaire contre les méthodes employées par les juifs pour l’abattage du bétail. En conséquence, ils organisèrent une réunion sur ce sujet, avec projections en couleurs et discours prononcé par le président d’une société hanovrienne pour la protection des animaux. Au cours de la réunion, les dirigeants nazis de Thalburg firent savoir publiquement qu’ils étaient opposés aux pratiques israélites ».
 

- Pour en savoir plus :

- Portrait – Frédéric Boccaletti, député RN condamné pour violence avec arme

- Des nazis dans la police

- Jean-Luc Melenchon : « Le destin de LREM, de LR et du RN est de se regrouper sous la houlette de Le Pen ».

- Pour nos organisations, interagir et dialoguer avec le groupe RN à l’Assemblée nationale, c’est non !

- Jean-Luc Mélenchon en 2015 : " Les chiens votent Front National ! Certains chats aussi ! "

- Délation, harcèlement et menaces de mort : les méthodes ignobles de l’extrême droite contre une enseignante

- Martine Billard : " France : Tentation fasciste ? "

 

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9 juillet 2022 6 09 /07 /juillet /2022 09:13
Plutôt Hitler que le Front Populaire dans les années 30, plutôt Le Pen que Mélenchon aujourd’hui

Quand Frédéric Lordon prédisait le retournement du barrage républicain pour Marine Le Pen contre Mélenchon

 

Avril 2021, plateau de La Bas si J’y Suis[1]. Le philosophe Frédéric Lordon est l’invité de Daniel Mermet pour présenter son nouvel ouvrage sur le communisme co-écrit avec Bernard Friot. Un passage de l’émission mérite d’être ressorti aujourd’hui. Il est d’une clarté éclairante.

 

Sources : l'Insoumission | mis à jour le 16/07/2023

- Le philosophe commence par décrire la haine des médias à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon

« Mélenchon est celui qui l’objet du traitement de défaveur le plus appuyé de la totalité des médias mainstream. Il est l’objet d’un déferlement de détestation proprement viscéral. On lui choisit toujours la photo la plus désobligeante, on lui déforme ses propos. Au moindre écart de conduite ou de langage, il en a pour 3 jours. Je me dis que c’est un bon signe : quelqu’un qui s’attire, à ce point, une haine universelle de l’ensemble des institutions formelles et informelles de la démocratie bourgeoise ».

 

 

- Le deuxième point de Frédéric Lordon, sur le barrage républicain, est savoureux
Je l’ai écrit il y a des années « Cette connerie du front républicain pourrait se donner une nouvelle occurrence en se reformant contre Mélenchon. Je suis prêt à parier que Mélenchon contre Le Pen, d’une part, version faible, le front républicain n’est pas du tout garanti en faveur de Mélenchon, d’autre part, version forte, il se pourrait qu’une front républicain se reconstitue mais contre Mélenchon ». ...La situation politique de juin / juillet 2022.

 

- Jean-Luc Melenchon : « Le destin de LREM, de LR et du RN est de se regrouper sous la houlette de Le Pen ».

 

 

Cela se passera de la manière suivante[2] : " L’Assemblée nationale va devenir la casserole dans laquelle ils vont mettre à cuire leur soupe. Lorsque le gouvernement affirme qu’il travaillera à des majorités de projets, il sait parfaitement que cela ne fonctionnera pas avec nous. Ils présenteront donc des textes sur lesquels LR fera de la surenchère pour tenter de grignoter des parts à l’extrême droite. Ce qui fait du RN le maître du jeu de la recomposition de la droite. Mme Le Pen n’a jamais eu un autre projet que celui de M. Zemmour, qui n’a cessé d’appeler à la jonction de la droite et de l’extrême droite. Ce n’est pas une surprise pour moi. Dès 2012, j’avais affirmé sur France 2 que, « face à la crise, cela se finirait entre le RN et nous[3]. » "

 

 

Et dans les faits : 👇

Le processus est déjà en marche...

 

 

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20 juin 2022 1 20 /06 /juin /2022 09:33
Le vote d’ouvriers et d’employés pour des candidats d’extrême droite : une problématique à ne pas esquiver

Le RN, ou l’illusion d’une opposition à Macron[1bis]

 

Hervé Debonrivage a, en mai dernier, rédigé cette analyse du vote RN. Il a eu raison de pointer l’importance de ce sujet comme le résultat du 2iéme tour des législatives le confirme...

Je me limite ici à cinq remarques complémentaires par Jacques Serieys :

- lorsque le programme et l’action politique de la "gauche" ne défendent pas les milieux ouvriers et populaires, pourquoi ceux-ci continueraient-ils à voter à gauche ? d’autant plus que beaucoup de médias valorisent le RN comme leur représentant. Cela entraîne surtout de l’abstention car une majorité de familles ouvrières ne sont pas dupes du fait que l’extrême droite fait partie du monde de la droite et du capitalisme.

- malgré quelques mots prétendument en faveur du peuple, l’extrême droite ne constitue en rien un appui pour ces milieux ouvriers et populaires, ne cherche en rien à les protéger contre le "mondialisme" et les "gros" capitalistes. Mussolini par exemple, est passé d’un discours social de ce type à la division par deux du salaire des femmes après l’arrivée au pouvoir. Plusieurs dirigeants du RN sont passés en une semaine de ce type de discours "social" au programme terriblement anti-ouvrier de Zemmour.

- les catégories sociologiques de l’INSEE ne prennent pas en compte le fait majeur des quarante dernières années : le salariat représente aujourd’hui plus de 80% des citoyens (ouvriers, employés, professions intermédiaires, cadres d’entreprise et professions intellectuelles supérieures, retraités ex-salariés). Globalement, ce salariat correspondant à une place dans les rapports capitalistes de production, vote plus pour La France Insoumise et la NUPES que la population française dans son ensemble. Le principal point d’appui électoral de la gauche, de LFI et de la NUPES à présent, ce sont les "professions intermédiaires" que de nombreux analystes préfèreraient voir intégrées dans un bloc avec les ouvriers et employés.

- si l’on accepte le concept de "classe populaire", il faut ajouter à ce salariat la catégorie INSEE définie par le terme d’INACTIFS. Il s’agit largement d’individus précarisés. Eux aussi votent plus pour LFI et la NUPES que la population globale et que pour le RN.

- la couche sociale englobée sous le concept "OUVRIERS" a beaucoup changé depuis 40 ans avec une nette baisse des ouvriers d’entreprise en CDI et une hausse par exemple des femmes de ménage et précaires en contrat court.

- La dernière étude sur les intentions de vote pour les législatives prévoit pour la NUPES : 43% parmi les professions intermédiaires, 32% parmi les employés, 32% parmi les cadres d’entreprise et professions intellectuelles supérieures, 41% parmi les "inactifs, 25% parmi les ouvriers, soit un engagement nettement plus important en faveur de la NUPES que pour le RN. Il est vrai que ces intentions de vote évoluent en fonction de l’offre politique ; le programme actuel de la NUPES répond évidemment plus à la demande du milieu salarié et populaire que les imbroglios permanents de François Hollande.

- Préambule : retour préalable sur le second tour des législatives 2022

Que l'on ne vienne pas nous dire que la France est pays de fascistes !

  • La faute de Macron est énorme : diaboliser la #Nupes (en mettant dans le même sac des " extrêmes " a contribué à multiplier par 10 le nombre de députés pour le RN, ce que l'insoumission dénonçait en mars 2022[1].
  • Le résultat de Le PEN à selon moi deux origines :
    • LREM et ses candidats, qui préfère soutenir en catimini le RN (sur 65 face à face entre la Nupes/RN, les donneurs de leçons de la macronie ont refusé de s'engager par une consigne claire dans 52 cas) de peur que la Nupes ait la majorité, car, comme je le publiais en mars 2021 « S'il existe encore un barrage pseudo-républicain en France, c'est désormais contre la gauche antilibérale »[2] ;
    • l'abstention du peuple porteur d'exigences de gauche, écœuré, dégouté par la trahison, par les engagements non tenus et dont le septennat Hollande a été l'un des plus gros contributeur. En effet, si Le Pen comptait sur l'abstention de gauche pour battre Macron aux présidentielles, elle comptait aussi dessus pour les législatives... et le résultat en atteste.

 

Le nouveau visage socio-professionnel des députés à l'issue des législatives 2022. 👉 Moins de 1% des députés sont ouvriers, contre 19% dans la population active.

 

  • A retenir : nous sommes l’expression politique des plus pauvres, des chômeurs, des oubliés de ce pays.
    • Parmi les 10% des circonscriptions où il y a le plus de pauvres, 80% ont été gagnées par la NUPES.
    • Nous avons la fierté d’avoir construit le + grand parti populaire depuis la Libération.

 

Nous sommes l’expression politique des plus pauvres, des chômeurs, des oubliés de ce pays.

 

Sources : Hervé Debonrivage | mis à jour le 13/10/2022

- Introduction Classe populaire ? De quoi parle-t-on ?

On entend par cette terminologie une partie de la population active constituée des ouvriers et des employés. On pourrait rattacher à cette catégorie des travailleurs indépendants à faibles revenus, des petits commerçants, des petits artisans, des propriétaires de petites exploitations agricoles.

  • Si l’on veut avoir une connaissance approfondie sur la notion de classe populaire, l’ouvrage le plus complet actuellement existant est le suivant : Sociologie des classes populaires contemporaines éditées chez Dunod ou Armand Colin[3].
  • On peut accéder un résumé détaillé de cet ouvrage collectif en utilisant le lien suivant sur Cairn info[4]

Sur l’évolution de la population active en France et plus particulièrement sur les catégories ouvrières on peut se reporter aux deux articles suivants :

  • Comment évoluent les catégories sociales en France ?[5] ;
  • Statistiques sur l’évolution du monde ouvrier de 1982 à 2020 et des différentes catégories qui le composent[6].

En 1982 les ouvriers représentaient 30 % de la population active, avec 6,9 millions de personnes et en 2020, 20 % de la population active avec 5,3 millions de personnes, les employés représentent quant à eux 25 % de la population active en 2020.

 

 

-  Deux articles concernant le vote des classes populaires pour des représentants de l’extrême droite
Depuis fort longtemps, il a existé des ouvriers et des employés ayant voté pour des candidats de droite ou d’extrême droite.

Mais un phénomène nouveau dont il faut reconnaître la réalité, c’est la croissance quasi continue du vote des classes populaires en faveur de l’extrême droite depuis les années 1980 qui coïncide, comme par hasard, avec la croissance et l’intensification des politiques néolibérales mais aussi avec la décroissance numérique de ces catégories populaires.

  • Une mise en garde préalable concernant l’utilisation des pourcentages par les médias et les instituts de sondage.

Il y a trois manières de calculer le vote ouvrier en faveur de l’extrême droite.

- Si l’on dit « il y a 50 % de votes des ouvriers pour Marine Le Pen » Il faut préciser de quelle quantité on prend le pourcentage. Si c’est 50 % du total du nombre d’ouvriers en France qui est de 5,3 millions, cela fait alors 2,65 millions de personnes

- S’agit-il de 50 % des ouvriers qui votent c’est-à-dire qui ne s’abstiennent pas ? En supposant que le taux d’abstention des ouvriers soit de 45 %, le pourcentage de votants est alors 65 % le nombre obtenu est alors : 50 % de 65 % de 5,3 millions ce qui donne : 1,72 millions de personnes

- Ou encore, troisième possibilité, cela veut-il dire que 50 % des électeurs pour Marine Le Pen sont des ouvriers ? Si l’on prend les 13,3 millions d’électeurs ayant voté Marine Le Pen au deuxième tour des présidentielles de 2022, on obtiendrait alors… : 6,65 millions de personnes : ce qui est évidemment impossible pour cette élection. Il faut donc être vigilant sur la manière dont les médias et les instituts de sondage annoncent leur pourcentage.

 

 

-  Les articles suivants, certes, apportent une ou des explications partielles qui devraient être donc complétées, mais n’en sont pas moins intéressantes.

1️⃣ Comment la gauche a perdu, en trente ans, le vote ouvrier (au profit de l’extrême droite)[7].

- Trente ans de métamorphose de l’électorat frontiste

Une étude de Jérôme Fourquet, directeur du pôle opinion et stratégies d’entreprise à l’Ifop (Institut français d’opinion publique), vient à point nommé pour apporter un éclairage documenté sur la question de savoir où se situe majoritairement, à moins d’un an de l’élection présidentielle, le vote ouvrier. Intitulée « 1988-2021 : trente ans de métamorphose de l’électorat frontiste », cette analyse d’avril dernier rappelle, d’abord, l’ancrage du vote d’extrême droite dans la société française puisque, depuis trois décennies, « un membre de la famille Le Pen obtient un score à deux chiffres lors d’une élection présidentielle ». Et les intentions de vote mesurées pour celle de 2022 ne démentent pas ce constat.

 

1988-2021 : évolution du score du FN/RN au premier tour de l’élection présidentielle. | Jérôme Fourquet/Ifop

Une des mutations prioritaires au sein des strates de l’électorat du Front national (FN), rebaptisé Rassemblement national (RN) en 2018, est fondée sur le niveau de diplôme, selon Fourquet. En 1988, avec Le Pen père, les titulaires d’un diplôme supérieur à bac+2 étaient les plus rétifs à un vote d’extrême droite (9% d’entre elles et eux) et ceux qui avaient un niveau inférieur au bac, les plus enclins (16%). On note que le delta entre ces deux catégories était de sept points. En 2017, avec Le Pen fille, la première catégorie est passée à 8% et la seconde à... 31%. L’écart s’est considérablement creusé pour atteindre vingt-trois points.

 

Le phénomène se diffuse maintenant au niveau des titulaires du bac dans les intentions de vote pour 2022 (mesurées en 2021). Alors que le vote lepéniste est quasi stable dans la catégorie au niveau éducatif le plus élevé (12% au lieu des 9% de 1988), il grimpe à 34% (contre 13% en 1988) chez les titulaires du baccalauréat. Et il s’affirme encore dans la catégorie des détenteurs d’un diplôme inférieur au bac : 33% contre 31% en 2017, comme noté ci-dessus.

 

- Plus de quatre ouvriers sur dix votent Le Pen

  • Cette observation faite en fonction du niveau de diplôme a évidemment une traduction politique puisque les moins diplômés sont cantonnés, beaucoup plus qu’auparavant, dans les métiers les moins en vue et les moins bien payés. « Tout se passe, écrit Fourquet, comme si le parti lepéniste avait progressivement capitalisé sur le ressentiment et le sentiment de relégation culturelle et sociale des publics les moins diplômés au fur et à mesure que le niveau éducatif moyen était rehaussé. » Le résultat électoral de ce mouvement socio-culturel est l’augmentation considérable sur un peu plus de trente ans de la part des ouvriers et des employés votant pour le FN/RN.
  • Alors que la proportion d’ouvriers votant pour le parti lepéniste en 1988 était de 17% –un pourcentage assez peu différent de ce qui était observé chez les employés (14%), dans les professions intermédiaires (15%) ou chez les cadres et dans les professions intellectuelles (14%)–, ce taux a énormément gonflé, passant à 39% lors de l’élection présidentielle de 2017. La part des employés a suivi une tendance de même nature car elle est montée à 30% à l’occasion de ce même scrutin. Les projections qui peuvent être faites au travers des intentions de vote pour 2022 accentuent encore ces phénomènes haussiers : le taux atteint 45% des ouvriers et 42% des employés.

 

1988-2021 : évolution du score du FN/RN au premier tour de l’élection présidentielle dans les milieux populaires. | Jérôme Fourquet/Ifop

  • « Le fait que plus de quatre personnes sur dix appartenant [aux milieux populaires] aient l’intention de voter pour Marine Le Pen au premier tour de 2022, relève Fourquet, témoigne de la très forte emprise idéologique du RN dans ces catégories. » Force est de constater que cette emprise idéologique n’a pas toujours été de ce côté de l’échiquier politique, c’est-à-dire à l’extrême droite. Loin s’en faut.
  • Même si la classe ouvrière a toujours été moins homogène que ce que pensaient et disaient les marxistes pour les besoins de la cause, il n’en demeure pas moins que l’histoire de la gauche, socialiste et communiste, est intimement liée à l’émergence de la notion de classe ouvrière. Créée au début du XXe siècle, la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière, IIe Internationale) ne contient même pas le mot socialiste dans son sigle, tant ouvrier et socialiste recouvrent le même champ politique dans l’esprit de ses initiateurs.

 

- Quand le PCF était le premier parti de France

  • Lors de son congrès de 1920, à Tours, une majorité de congressistes quitte la SFIO pour adhérer, sous l’influence des Soviétiques qui ont pris le pouvoir en Russie en 1917, à la SFIC (Section française de l’Internationale communiste, IIIe Internationale). La SFIC deviendra, en 1921, le Parti communiste français (PCF) qui représente, pour les marxistes, « l’avant-garde de la classe ouvrière ». C’est dire à quel point les communistes voulaient damer le pion aux socialistes comme représentants les plus authentiques du monde ouvrier. Même si celui-ci n’était pas fait d’un seul bloc politique.
  • En effet, même si une majorité, écrasante probablement, des ouvriers révolutionnaires ou réformistes votaient à gauche, notamment pour le PCF jusque dans les années 1970 et en partie pour le PS jusque dans les années 2000, ils coexistaient avec des ouvriers catholiques ou conservateurs dont le vote penchait à droite, comme ce fut notamment le cas pendant la période gaulliste. Cette hétérogénéité est décrite dans une étude du politologue Florent Gougou intitulée « Les mutations du vote ouvrier sous la Ve République » : il constate que « le vote ouvrier n’est donc pas naturellement acquis à la gauche ».

 

Lors du congrès de Tours, en 1920.

  • Il n’en demeure pas moins que le Parti communiste se présentait comme le porteur idéal des aspirations ouvrières qui, à l’en croire, trouvaient leur plein épanouissement dans la « patrie du socialisme ». De fait, le PCF fut le premier parti de France en termes électoraux dans l’immédiat après-guerre. Il jouissait alors, sur le plan intérieur, de l’image du parti des 75.000 fusillés –un chiffre très éloigné de la réalité, ce qui n’ôte rien à la bravoure de militants communistes qui ont sacrifié leur vie dans la Résistance bien avant que l’appareil du parti ne décide de s’y engager à la suite de l’invasion de l’URSS par les armées du IIIe Reich, en juin 1941.
  • Sur le plan extérieur, il profite de l’aura de la Grande Guerre patriotique victorieuse conduite par Staline et l’armée rouge contre le nazisme sur le front de l’Est. Il est vrai que le PCF sera longtemps d’une grande fidélité au stalinisme.

 

La récession de l’âge d’or communiste

  • Lors de l’élection de la première Assemblée constituante, en octobre 1945 (celle qui va clore le cycle de la IIIe République), il obtient 26,2% des voix et 159 sièges : il devance les démocrates-chrétiens centristes du MRP (Mouvement républicain populaire). Il culmine même à 28,3% aux législatives de novembre 1946 (la IVe République a été instaurée en octobre) et détient un tiers des sièges de l’Assemblée nationale... l'ère du « gaullo-communiste[7bis] » ?
  • Grâce au vote ouvrier et au soutien de l’intelligentsia de gauche –les communistes occupent alors une place prépondérante parmi les intellectuels–, le PCF tient le haut du pavé sur l’échiquier politique jusqu’à la fin des années 1970. À l’élection présidentielle de 1969, son candidat, le kominternien Jacques Duclos, obtient 21,3% des suffrages exprimés. Et dix ans plus tard, Georges Marchais, qui conduit la liste du Parti aux premières élections européennes, décroche 20,5% des voix.
  • Mais l’âge d’or est déjà entré en récession par la combinaison d’une multitude de facteurs qui sont défavorables au Parti communiste, en France et en Europe de l’Ouest. On peut citer pêle-mêle les interventions militaires extérieures de l’URSS pour sauver « le socialisme réel », les mutations de la société française après 1968, le rétrécissement progressif de la classe ouvrière au profit d’une classe moyenne aux contours moins déterminés dans les décennies qui suivent, la montée en puissance du Parti socialiste (PS) qui est couronnée par la victoire de François Mitterrand à la présidentielle de 1981, puis celle de 1988, la chute du Mur de Berlin en 1989 et la dislocation de l’Empire soviétique à partir de 1991, le mouvement de désindustrialisation, etc.

 

Le vote ouvrier n’est plus au rendez-vous

  • Le vote ouvrier n’est plus au rendez-vous de la gauche et du PCF en particulier. Selon le politologue Florent Gougou déjà cité, « il semble que le vote de classe ouvrier [atteint] son maximum lors des élections législatives de 1973, avant de décliner progressivement par la suite ». Georges Marchais est surpris par son score (15,4%) à la présidentielle de 1981. Ce recul est confirmé aux européennes de 1984 où la liste du secrétaire général n’atteint que 11,2%, c’est-à-dire qu’il fait jeu égal avec le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, dont la liste obtient 11%. Cinq ans avant, la liste d’extrême droite conduite par Jean-Louis Tixier-Vignancour avait fait péniblement... 1,3%.
  • Les nombreux bastions rouges ouvriers de la région parisienne qui firent la grandeur du PCF vont tomber les uns après les autres. À partir de ce basculement, la suite de l’histoire n’est plus qu’une descente accélérée vers les enfers électoraux. À la présidentielle de 1988, André Lajoinie, candidat communiste concurrencé par le dissident Pierre Juquin, n’obtient que 6,8% des voix alors que Le Pen père est à 14,4%. Aux européennes de 1989, le PCF n’a plus qu’un score à un chiffre (7,7%) et l’extrême droite est à 11,7%.

Le vote ouvrier n’est plus au rendez-vous

  • Le vote ouvrier n’est plus au rendez-vous de la gauche et du PCF en particulier. Selon le politologue Florent Gougou déjà cité, « il semble que le vote de classe ouvrier [atteint] son maximum lors des élections législatives de 1973, avant de décliner progressivement par la suite ». Georges Marchais est surpris par son score (15,4%) à la présidentielle de 1981. Ce recul est confirmé aux européennes de 1984 où la liste du secrétaire général n’atteint que 11,2%, c’est-à-dire qu’il fait jeu égal avec le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, dont la liste obtient 11%. Cinq ans avant, la liste d’extrême droite conduite par Jean-Louis Tixier-Vignancour avait fait péniblement... 1,3%.
  • Les nombreux bastions rouges ouvriers de la région parisienne qui firent la grandeur du PCF vont tomber les uns après les autres. À partir de ce basculement, la suite de l’histoire n’est plus qu’une descente accélérée vers les enfers électoraux. À la présidentielle de 1988, André Lajoinie, candidat communiste concurrencé par le dissident Pierre Juquin, n’obtient que 6,8% des voix alors que Le Pen père est à 14,4%. Aux européennes de 1989, le PCF n’a plus qu’un score à un chiffre (7,7%) et l’extrême droite est à 11,7%.
  • L’enchaînement des scrutins n’est plus qu’une longue litanie de défaites qui mettent en évidence la perte du cœur électoral du Parti communiste : sa base ouvrière. Les nombreux bastions rouges ouvriers de la région parisienne qui firent la grandeur du PCF tombent les uns après les autres. Jusqu’au fiasco des européennes de 2019 où, avec 2,5% des suffrages exprimés, le PCF n’envoie aucun représentant au Parlement de Strasbourg, quand les lepénistes en propulsent vingt-trois avec 23,3% des voix.
  • Absents des deux dernières consultations présidentielles (2012 et 2017) après s’être rangé derrière Jean-Luc Mélenchon (chef de fil successivement du Front de gauche et de La France insoumise), les communistes ont décidé de présenter leur secrétaire national, Fabien Roussel, en 2022, pour conjurer un retrait définitif du paysage politique français. Pourront-ils compter, comme dans le temps d’avant, sur le vote des ouvriers dont le nombre est passé de 6,9 millions, soit 30% de l’emploi total, en 1982, à 5,3 millions (20%) en 2019 ? Rien n’est moins sûr.

 

 

2️⃣ Deuxième article. Front national ou abstention : comment votent les ouvriers ?

- Les ouvriers sont de plus en plus tentés par le Front national MARGAUX BARALON , le 15 mars 2017[8]

FACT CHECKING - Selon Jean-Luc Mélenchon, il " n’est pas vrai " que les classes ouvrières plébiscitent Marine Le Pen. Pourtant, c’est bien la candidate frontiste qui arrive en tête de leurs intentions de vote. " Ce n’est pas vrai ! " Invité mercredi d’une matinale spéciale sur Europe 1, Jean-Luc Mélenchon, leader de la France Insoumise, s’est insurgé contre une question sur le vote des classes populaires, qui serait acquis à Marine Le Pen. " Ce n’est pas vrai que la classe ouvrière vote pour l’extrême droite ", a-t-il martelé. " 60% des ouvriers ne votent pas. C’est là le fond de l’affaire. Ils ne votent pas parce qu’ils sont écœurés par un système politique et médiatique qui les révulse."

 

Pourtant, les enquêtes d’opinion montrent une très forte percée de Marine Le Pen au sein de l’électorat ouvrier. Selon la dernière étude du Cevipof, 44% de ceux qui se disent certains d’aller voter iront glisser un bulletin au nom de la présidente du Front national dans l’urne. C’est plus que toutes les autres catégories socioprofessionnelles, devant les employés (35%) et les agriculteurs (35%), deux autres électorats très tentés par l’extrême droite.

 

Le deuxième candidat le plus plébiscité par les ouvriers est Emmanuel Macron. Mais l’ancien ministre de l’Économie arrive très loin derrière Marine Le Pen, avec seulement 16% des intentions de vote de la classe ouvrière. Jean-Luc Mélenchon, lui, pointe en troisième position avec 14%.

 

Une forte abstention. Concernant l’abstention, le leader de la France Insoumise n’a pas tort : elle est très forte au sein de la classe ouvrière, puisque 42% des ouvriers expliquent ne pas être certains de se rendre aux urnes. Loin des 60% évoqués par Jean-Luc Mélenchon, et moins que les agriculteurs, qui sont plus de la moitié (52%) à être des abstentionnistes potentiels.

 

L’enquête du Cevipof n’est pas la seule à montrer que Marine Le Pen rencontre beaucoup d’écho auprès des classes populaires. Dans le dernier baromètre Elabe aussi, la candidate du Front national est la personnalité préférée des ouvriers, avec 45% d’intentions de vote. Devant Emmanuel Macron (20%) et Jean-Luc Mélenchon (12%). Là encore, le taux d’abstention potentiel chez les ouvriers est non négligeable, avec 47% d’entre eux qui ne sont pas certains de se déplacer pour voter. Mais il n’est pas supérieur à celui des autres catégories de population : 53% des professions intermédiaires sont des abstentionnistes potentiels ; 42% des cadres et professions supérieures.

 

Les ouvriers de plus en plus tentés par le FN.

  • Ces chiffres ne sont pas propres à l’élection présidentielle. Lors des dernières régionales déjà, en 2015, 43% des ouvriers avaient voté Front national. Ils se tournent davantage vers l’extrême droite depuis 1988. À l’époque, 18% votaient Jean-Marie Le Pen au premier tour. En 1995, ils étaient 23%. En 2002, 31%. Après une rechute en 2007, le vote ouvrier en faveur du Front national avait de nouveau grimpé à environ 30% en 2012.

 

- Autre article :
Quel est le profil des électeurs ayant voté Emmanuel Macron au Marine Le Pen aux élections présidentielles de 2022 ?[9]

Selon un sondage figurant dans cet article, 67 % des ouvriers et 57 % des employés ont voté pour Marine Le Pen. Remarque il faut prendre ses derniers chiffres avec précaution : s’agit-il de 67 % de l’ensemble des ouvriers ou de 67 % des ouvriers qui votent ?

 

Si l’on considère en utilisant les sondages précédents que 45 % des ouvriers s’abstiennent, il en résulte que 65 % d’entre eux votent. Ainsi, si l’on prend 67 % de 65 %, on retombe bien sur le chiffre précédent de 45 % d’ouvriers votant pour Marine Le Pen.

 

 

3️⃣ Quels sont les faits explicatifs de la croissance de l’influence de l’extrême droite sur les classes populaires ?
Des causes économiques.

On connaît les ravages sociaux du néolibéralisme destruction des services publics, précarité de l’emploi, chômage de masse, délocalisation des entreprises, désindustrialisation, tertiairisation des métiers ouvriers (plate-forme logistique, chauffeur livreur, etc.). Mise en concurrence accrue des travailleurs entre eux sur un marché du travail ouvrier en contraction.

 

- Des causes sociologiques.

Ces causes économiques ont modifié les rapports sociaux entre les travailleurs : destruction des collectifs de travail et des liens sociaux de solidarité par notamment le recours à l’externalisation de certaines tâches et l’utilisation massive de sous-traitance, etc.

 

Ainsi le taux de syndicalisation n’a cessé de décroître et le syndicalisme non seulement comme moyen de défense des conditions de travail mais aussi comme outil de formation des travailleurs a perdu de sa force. Dans le contexte d’un marché du travail très concurrentiel et de précarité , certains ouvriers peuvent être conduits à faire porter la responsabilité de ses problèmes sur autrui et notamment sur travailleurs immigrés et les « assistés sociaux ».

 

De mauvaises conditions d’habitat et un environnement urbain ou périurbain où règne la délinquance favorisent la réceptivité aux idées sécuritaires et identitaires de l’extrême droite. Selon la Cour des Comptes, il existe en France 1514 « quartiers de non-droit » répartis sur environ 800 communes. Le vote de lois sécuritaires enrobées de com’à usage des fonds de commerce électoraux couplées à une destruction des services publics par les libéraux ne changent en rien cette situation.

 

- Des causes culturelles.

Une autre conséquence du néolibéralisme est le mauvais fonctionnement du système éducatif provoquant un échec scolaire ou universitaire de masse plus ou moins visible. Cela provoque un sentiment de relégation, de déclassement favorable à la désignation d’un bouc émissaire.

 

Les connaissances historiques, les capacités d’analyse critique des jeunes collégiens et lycéens se trouvent ainsi altérées. Ils se trouvent ainsi livrés sur le « marché électoral » sans capacité suffisante d’analyse critique des discours démagogiques voire racistes.

 

Il existe en effet une forme de banalisation du racisme :

  • la France, avec l’union européenne, s’est abstenue en 2014 et en 2021 au vote de la résolution de l’ONU condamnant la glorification du racisme et du nazisme. Les États-Unis et l’Ukraine ont même voté contre ! ( En revanche, tous les pays d’Asie et d’Amérique du Sud et d’Afrique ont voté pour.)
  • Paresse intellectuelle et défiance envers les autres aidant, il est beaucoup plus facile d’accuser le « fraudeur social », l’immigré « qui ne veut pas s’intégrer » pour expliquer la souffrance sociale que de dénoncer la mauvaise répartition de la valeur ajoutée produite par les travailleurs entre salaires et profits sous les Gide de la grande bourgeoisie dominante.
  • Il est bien évident que le simplisme d’un discours de Marine Le Pen tranche avec la relative complexité d’un discours de Mélenchon même si ce dernier déploie de réels efforts pour être pédagogique.

 

Une autre carence culturelle de l’éducation nationale concerne la laïcité

  • L’insuffisance des moyens mis en œuvre pour préserver le système éducatif de la pénétration par l’islamisme politique. Dont le rapport de l’inspecteur général Jean-Pierre OBIN entouré de 90 spécialistes a fait état dès 2004[10]. Ce spécialiste du renseignement de terrain cite dans sa longue interview les deux rapports précités.
  • Comme dans de nombreux domaines, les gouvernements libéraux incapables de donner les moyens financiers et humains pour faire fonctionner correctement nos services publics ne tiennent pas concrètement compte des rapports d’expertise indépendants.

 

En l’occurrence, cette incurie ouvre un boulevard pour tous les manipulateurs d’extrême droite, à des médias en quête d’audience sur des problèmes de conflits religieux et identitaires.

 

Les classes populaires n’échappent évidemment pas, comme d’autres catégories sociales, à cette vaste diversion qui, certes peut reposer sur des problèmes réels mais qui ne sont traités ni économiquement, ni culturellement, ni politiquement.

 

- Des causes politiques.

L’affaiblissement continu du PCF depuis la fin des années 1980 et le peu d’influence des partis d’extrême gauche ne permet plus aux travailleurs d’avoir une formation critique du capitalisme suffisante. Cette carence peut conduire un certain nombre d’ouvriers et d’employés à se réfugier dans le « chacun pour soi », dans le communautarisme, dont l’illusion d’un parti de l’ordre

 

Il est fréquent de lire : « la gauche a abandonné les classes populaires ». Mais encore faut-il être plus précis.

  • Le PS en se convertissant à des politiques économiques néolibérales donc de droite a pris des mesures économiques en contradiction avec les intérêts des classes populaires.
  • D’autre part, le PCF n’a pas su tenir compte des modifications structurelles du salariat ouvrier et des services. Il a abandonné sa politique de formation politique des classes populaires au profit d’une simple gestion des affaires locales et d’une professionnalisation alimentaire de la politique.
  • Un autre élément important à prendre en compte pour expliquer la défiance des classes populaires à l’égard des partis politiques ayant gouverné est le suivant : il n’y a eu que très peu d’élus ouvrier ou employés dans les différentes assemblées locales et nationales ou européennes.

 

Le vieux fond de l’antiparlementarisme d’extrême droite trouve alors un terreau favorable.

En outre, il existe une détérioration des rapports entre les institutions administratives du fait de la pénurie de moyens accordés à ces dernières et d’une numérisation technocratique mal acceptée par les classes populaires. Cela donne un écho favorable à la propagande anti fonctionnaires, anti technocrates, anti fiscaliste de l’extrême droite.

 

- Des causes idéologiques.

Il a été montré sur ce site et ailleurs que l’extrême droite a considérablement accru son influence au sein des grands médias dominants mais aussi sur les réseaux sociaux.

 

Ainsi les thèmes sécuritaires, identitaires voire religieux prennent une place disproportionnée dans l’espace médiatique et contribuent ainsi à augmenter l’électorat de l’extrême droite notamment dans les classes populaires. Rappelons ainsi que si Jean-Marie Le Pen avait obtenu 18 % des suffrages exprimés en 2002, sa fille, 20 ans plus tard, obtient 42 % des suffrages exprimés au second tour des élections présidentielles.

 

On constate ainsi que le score de 45 % pour le vote ouvrier en faveur de Marine Le Pen est légèrement plus haut que la moyenne nationale des suffrages exprimés.

 

À cette diffusion médiatique massive des idées d’extrême droite s’ajoute une propagande spécifique anti France Insoumise ou anti Mélenchon.

  • Islamo – gauchisme reprenant le terme de Judéo – bolchévisme d’avant-guerre ; communautarisme, wokisme.
  • Une autre critique spécifique pouvant toucher les classes populaires : Mélenchon serait un traître car il aurait appelé à voter François Hollande et aurait permis l’élection d’Emmanuel Macron. Or il se trouve que Mélenchon n’a jamais encouragé à voter pour l’un ou pour l’autre.
  • Même si les 13 % ou 17 % de l’électorat de Mélenchon ne s’étaient pas reportés sur Macron, celui-ci aurait de toute façon été élu avec plus de 2 millions de voix d’avance sur Marine Le Pen.
  • Mais les électeurs d’extrême droite lui feront remarquer que néanmoins il n’a pas appelé à faire barrage à François Hollande comme il l’avait dit pour Sarkozy et n’a pas appelé à faire barrage à Macron comme il l’avait dit à l’égard de Marine Le Pen.
  • Mais si l’on suit un tel raisonnement, cela signifierait que Mélenchon aurait dû préconiser l’abstention ou le vote blanc dans chacune de ces situations. Il faut remarquer que vouloir à tout prix appeler à faire barrage à Macron peut aboutir à quitter LFI et adhérer au RN comme ce fut le cas d’Andréa Kotarac lors des élections européennes de 2019 et fut fustigé par Jean-Luc Mélenchon[11] !

 

Mélenchon a évidemment eu raison de condamner une telle attitude mais celle-ci montre le niveau de détestation de Macron qui peut exister dans un électorat qui a voté Mélenchon au premier tour et dont 13 % ont voté pour Marine Le Pen pour faire barrage à Macron. (Sondage réalisé après le second tour et non pas un sondage d’entre deux tours qui indiquaient 18 % pour Le Pen et 37 % pour Macron).

 

L’analyse sociologique de cet électorat est partiellement décrite dans l’article de France 24 avant le second tour des présidentielles : la colère de l’électorat de Mélenchon vise d’abord Macron[12].

 

 

4️⃣ Comment convaincre les classes populaires qui votent pour l’extrême droite ?

Sans tomber dans le simplisme, il faut éviter une argumentation complexe.

  • Il faut simplement montrer que le RN – FN n’a jamais participé à la moindre manifestation pour défendre les salaires, les conditions de travail, les retraites. Quelles sont les propositions de loi du FN – RN à l’Assemblée nationale ou au parlement européen pour améliorer les conditions de vie des travailleurs
  • Quelles sont les politiques sociales envers les plus démunis dans les municipalités où le RN est majoritaire ? On remarquera le silence des grands médias sur cette question.
  • Historiquement, il faut rappeler que l’extrême droite a toujours eu un langage social pour prendre le pouvoir pour ensuite recourir à des politiques antisociales une fois élue.
  • Quant à la défense de la morale et de l’ordre, il faut rappeler que le RN a été mis plusieurs fois mis en cause par la justice pour le financement de ses campagnes électorales.
  • D’autre part, une rétrospective historique sur la vie politique du FN – RN donne l’image d’un parti en proie à de multiples guerres intestines, de rivalités et de nombreux départs : c’est ça le parti de l’ordre ?
  • Les deuxièmes auteurs des actes terroristes dans le monde occidental sont les mouvements d’extrême droite. Voir la liste des attentats d’extrême droite[13].... C’est ça la sécurité ? La paix civile ?
  • Montrer que les allégations du RN concernant la fraude sociale, l’attribution d’aides sociales considérables aux immigrés reposent sur des inexactitudes factuelles ou, au mieux, sur des chiffres biaisés.

 

Il faut aussi démolir les mythes du « grand remplacement », de la « guerre des civilisations » qui alimentent aussi les courants néonazis au niveau international.

  • Sans nier l’existence d’un certain nombre de problèmes locaux liés à l’immigration et sans nier l’existence d’une action de l’islam politique, ces questions doivent être traitées à partir de rapports d’experts indépendants, d’études de terrain de diverses associations démocratiques et non pas à partir de récupération médiatique et de déclaration bruyante des partis de droite et d’extrême droite. Comme l’ont déjà dit différents représentants de LFI : « moins de com’et plus d’action de terrain ! ».
  • Montrer que le problème essentiel est le partage des richesses entre salaires et profits créés par l’ensemble de la population active en France.
  • Montrer que cette inégalité du partage au profit des actionnaires a pour conséquence de casser les services publics notamment ceux de la santé, de l’éducation et la justice.

 

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- Retrouvez la conférence des #AMFIS2022 intitulée : « Qui a voté pour l’extrême droite en 2022

 « Qui a voté pour l’extrême droite en 2022 ? », avec :
• Alexis Corbière, député LFI-NUPES
• Boris Bilia, statisticien et co-animateur d’Intérêt général
• Gala Kabbaj, chercheuse, en charge du programme Stratégies contre l’extrême droite de Transform!
• Lucie Delaporte, journaliste à Mediapart, spécialiste de l’extrême droite

 

 

Notes :

[1] Macron trampoline de Le Pen : Mélenchon vote utile de 2022 ?

[1bisLe RN, ou l’illusion d’une opposition à Macron

[2] S'il existe encore un barrage pseudo-républicain en France, c'est désormais contre la gauche

[3] Classes populaires ou condition laborieuse ?

[4] Yasmine Siblot, Marie Cartier, Isabelle Coutant, Olivier Masclet et Nicolas Renahy, Sociologie des classes populaires contemporaines

[5] Comment évoluent les catégories sociales en France ?

[6] Institut national de la statistique et des études économique

[7] Olivier Biffaud — 19 mai 2021 : Comment la gauche a perdu, en trente ans, le vote ouvrier (au profit de l'extrême droite)

[7bis] L'ére du « gaullo-communiste »

[8] Front national ou abstention : comment votent les ouvriers

[9] Résultats présidentielle : quel est le profil des électeurs d'Emmanuel Macron, de Marine Le Pen et des abstentionnistes ?

[10] L’insuffisance des moyens mis en œuvre pour préserver le système éducatif de la pénétration par l’islamisme politique.. Voir pour plus de détails Wikipédia :

Jean-Pierre Obin qui, lassé de l’inaction des différents gouvernements, a publié en 2020 l’ouvrage : Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école.

- La commission et le rapport Stasi remis à Chirac en 2003 avait fait état des mêmes préoccupations.

- Pour avoir une idée du mode opératoire du développement de l’islamisme politique en France, on peut écouter l’émission : Thinkerview AlainChouet 35 ans de DGSE

[11] Appel d'un ex-soutien de Mélenchon à voter RN : le chef de file de LFI fustige un "traître"

[12] Présidentielle : "La colère de l'électorat de Jean-Luc Mélenchon vise d'abord Emmanuel Macron"

[13] Liste d'attaques terroristes d'extrême droite

 

Pour en savoir plus :

- Les classes populaires et la démocratie représentative en France : exit, voice ou loyalty ? Patrick Lehingue Dans Savoir/Agir 2015/1 (n° 31), pages 25 à 34 Source : cairn info

- Le référendum sur le projet de traité constitutionnel en 2005, puis le premier tour de l’élection présidentielle de 2007, ont semblé confirmer l’intérêt des classes populaires pour la politique

- Jean-Luc Mélenchon en 2015 : " Les chiens votent Front National ! Certains chats aussi ! "

Le vote d’ouvriers et d’employés pour des candidats d’extrême droite : une problématique à ne pas esquiver
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3 mai 2022 2 03 /05 /mai /2022 12:49
1. LIVRET-Conférence-C.indd
Une brochure écrite par Jean-Luc Mélenchon

 

" Nous sommes le mouvement de la révolution citoyenne en France. "

 

L’élection présidentielle de 2022 a été pour le pays un moment politique intense. Non pas, comme c’est le cas avec les élections présidentielle lors des périodes de stabilité, parce qu’elle aura purgé de grands conflits qui traversent la société.

C’est le contraire, son second tour n’a rien réglé des grands sujets de notre époque. Mais elle a fait émerger un nouveau paysage politique, achevé en quelque sorte une recomposition à l’œuvre depuis 2017. Nous en avons été les acteurs de premier plan et non des observateurs extérieurs. Pourtant, une fois la poussière retombée, nous devons nous efforcer d’un travail théorique et d’analyse.

 

Sources :  Le Blog de Jean-Luc Mélenchon

En effet, le raisonnement théorique permet le raisonnement stratégique et les conclusions tactiques. Pour citer un grand nom parmi d’autres, Kant dit : « la théorie sans la pratique est absurde ». Et il ajoute : « la pratique sans la théorie est aveugle ».

 

 

- Car l’analyse des résultats d’une élection est toujours un enjeu idéologique.

Les chiffres ne parlent pas d’eux-mêmes. Il faut les mettre en rapport les uns avec les autres, les comparer, les additionner, les mettre en perspective pour qu’ils prennent du sens. Ainsi, faire parler les chiffres n’est pas un exercice neutre. C’est pourquoi, pour une force comme la nôtre, il est impossible de laisser aux autres le soin d’interpréter les résultats d’une élection comme la présidentielle 2022.

 

Cette analyse se place dans le cadre qui a été depuis le début celui de notre action : la théorie de l’ère du peuple et de la révolution citoyenne. Nous sommes le mouvement de la révolution citoyenne en France. C’est-à-dire du processus politique de rupture du peuple, entendu comme nouvel acteur central de la modernité.

  

1. LIVRET-Conférence-C.indd
Une brochure écrite par Jean-Luc Mélenchon

- Nous avons vu ce type de révolution dans de nombreux endroits du monde et nous avons pu en apprendre les principales caractéristiques.

Elles ne ressemblent pas aux révolutions du passé. Ce sont des révolutions qui mettent au coeur de leurs objectifs la reprise du contrôle sur sa vie. C’est pourquoi elles embrassent non seulement les questions sociales mais aussi démocratiques, écologiques et de liberté individuelle. La révolution féministe, par exemple, est pleinement inscrite dans ce processus puisqu’elle exprime une synthèse entre les questions sociales, environnementales et individuelles de la politique.

 

Ainsi, nous ne pouvons pas agir d’une manière conséquente par rapport à nos objectifs sans une compréhension théorique claire du monde dans lequel nous vivons, de ce qui le met en mouvement, des principes autoorganisateurs qui font les sociétés et les orientent. L’analyse électorale du premier et du second tour sont intéressantes non seulement pour comprendre mais donc aussi pour agir. Elles nous aident à définir notre cap pour la prochaine séquence de notre combat.

 

  • Ce document (Les 3 blocs et l'avenir de l'Union Populaire) doit être lu comme une contribution à tout cela.

Il a été constitué à partir de la conférence donnée le 21 avril 2022 à la Maison de la Chimie et des graphiques qui y ont été présentés. Un ultime chapitre a été ajouté sur le second tour, à partir de ma déclaration du 24 avril 2022.

 

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- Ci dessous l'état des lieux de la 1ére circonscription de Charente Maritime

 

Les 3 blocs et l’avenir de l’Union populaire par Jean-Luc Mélenchon

 

- Macron, Mélenchon, Le Pen : quel avenir pour les trois blocs ? 

Retrouvez la conférence des AMFIS 2022 intitulée : « Macron, Mélenchon, Le Pen : quel avenir pour les trois blocs ? », avec :
• Stathis Kouvélakis, philosophe
• Nadège Abomangoli, députée LFI-NUPES
• Jérôme Legavre, député LFI-NUPES

 

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19 avril 2022 2 19 /04 /avril /2022 21:29
L’union populaire : une stratégie globale

 

Le sociologue Didier Eribon, qui a soutenu la campagne de Jean-Luc Mélenchon, analyse les causes de la poussée de l’extrême droite, et les défis qui attendent La France insoumise pour reconstituer durablement une pensée de gauche.

 

 

Dans Retour à Reims (Fayard, 2009)[1], récemment adapté au cinéma par Jean-Gabriel Périot, le philosophe et sociologue Didier Eribon analyse, à travers le récit intime de sa famille, le glissement du vote de la classe ouvrière du communisme vers le Front national (FN), puis le Rassemblement national (RN). Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle, le 10 avril, confirme selon lui l’inscription dans le temps d’un « vote de classe » favorable à l’extrême droite.

Une partie des causes de ce basculement est à chercher dans la conversion au néolibéralisme du Parti socialiste (PS), qui a « créé de la colère, de l’abstention, et finalement le vote » des classes populaires qu’il devait représenter contre lui – c’était l’objet de son essai, D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française (Léo Scheer, 2007). Le score piteux du PS (1,75 %) marque à ce titre « l’aboutissement d’un processus entamé au début des années 1980 », et qui a abouti à l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, explique-t-il.

Il estime cependant que la dynamique de Jean-Luc Mélenchon[2] (qu’il a soutenu publiquement), plébiscité dans les quartiers populaires, peut être de nature à faire dérailler l’anéantissement « programmé » de la gauche.

 

Sources : Didier Eribon | mis à jour le 29/11/2022

- Le premier enseignement de ce premier tour de l’élection présidentielle, c’est que l’extrême droite obtient plus de 30 % des voix, et qu’elle s’installe pour la deuxième fois consécutive au deuxième tour de ce scrutin. Comment interprétez-vous ce phénomène structurant de la vie politique française ?

Didier Eribon : Je crois que malheureusement le vote à l’extrême droite est bien installé. Cela s’est produit progressivement, depuis le milieu des années 1980. Au départ, c’était en grande partie un vote de protestation. Quand j’ai demandé à ma mère pourquoi elle avait voté Le Pen pour la première fois, elle m’a dit : « Pour donner un coup de semonce ». La deuxième fois, c’était sans doute pour donner un deuxième coup de semonce. Et la troisième fois, cela devient le vote naturel qui a remplacé celui d’autrefois pour la gauche.

 

Cela signifie que c’est toute la perception du monde qui change. Les conversations quotidiennes, le rapport aux autres, aux partis politiques, à ses propres aspirations personnelles. Le vote n’est pas seulement un acte électoral.

 

C’est aussi une sorte de culture au sens très large du terme. Comme je le disais dans Retour à Reims, dans ma famille, on ne votait pas seulement pour le Parti communiste français (PCF) : c’était toute une culture qui allait avec. On parlait le langage du Parti communiste. Il y avait une culture communiste, qui s’est délitée, laissant les individus à l’état d’abandon politico-idéologique.

 

C’est, bien sûr, lié à la transformation du monde du travail. Quand ma mère était ouvrière, dans les années 1970 et 1980, aux Verreries mécaniques champenoises, il y avait 1 700 ouvriers, dont 500 étaient membres de la CGT. C’était une force mobilisable, et souvent mobilisée, une force collective considérable.

 

L’usine a fermé dans les années 1980. Les enfants et petits-enfants de ces ouvriers n’ont pas retrouvé de travail dans ce type d’usines, qui fermaient les unes après les autres.

 

Quand ils ne sont pas chômeurs, ou au RSA, ou occupant des emplois temporaires, ils travaillent maintenant beaucoup dans la logistique, dans les entrepôts d’Amazon. Or, si vous êtes livreur, que vous travaillez dans un entrepôt, où la syndicalisation est difficile et risquée, il est évident que vous n’avez plus le même rapport à la politique. Vous étiez une force collective, vous êtes devenu un individu isolé.

 

  • Les gens privés de cette culture politique, et du mode d’expression qu’elle leur conférait, se sont reconstitué individuellement et collectivement une autre culture et un autre moyen de s’exprimer : le vote pour le FN, puis le RN. Pour eux, c’est une manière de se constituer collectivement comme sujet politique.

 

C’est ainsi que Marine Le Pen obtient des scores impressionnants dans l’Aisne, le Pas-de-Calais, le Nord, la Moselle, la Meurthe-et-Moselle, etc., c’est-à-dire les anciens bastions ouvriers, miniers, qui avaient été les berceaux du mouvement ouvrier français, et qui sont désormais désindustrialisés, précarisés, désespérés.

 

Si c’est une autre forme de vote ouvrier, de vote des catégories populaires, on peut donc dire que c’est un vote de classe. Ce qui est inquiétant, c’est que ce vote de classe s’est durablement inscrit dans le paysage politique. Il faut alors essayer de comprendre pourquoi. Et on ne peut pas comprendre ce qui se passe si on ne fait pas l’histoire dans le temps long, en remontant à la fin des années 1970.

 

 

- Dans votre livre sorti en 2007, D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française, vous situez l’origine de ce que nous vivons au tournant idéologique effectué par le Parti socialiste (PS) dans les années 1980. Pensez-vous qu’avec le score réalisé par le PS à cette élection, 1,75 %, on est arrivés au bout de cette séquence politique ?

Didier Eribon : On assiste à l’aboutissement d’un processus entamé au début des années 1980. La démarche critique, politique et intellectuelle a certes reflué par des effets structuraux après l’effervescence des années 1960 et 1970. Mais il y a eu aussi une volonté intellectuelle mise en œuvre par des think tanks dont l’objectif explicite était de défaire tout ce qui faisait que la gauche était la gauche, en démantelant la pensée de gauche, la pensée critique : Foucault, Bourdieu, Derrida étaient – déjà ! – les cibles principales.

 

Des cénacles se sont créés, comme la fondation Saint-Simon, créée par François Furet, avec des universitaires, des patrons de l’industrie et de la banque comme Roger Fauroux, Jean Peyrelevade, des journalistes, etc.

 

Ils ont activement organisé ce basculement vers la droite du champ politico-intellectuel en combattant la pensée de gauche – François Furet n’avançait pas masqué, puisque sa référence était Raymond Aron. Le Parti socialiste (PS) a été l’un des acteurs et des vecteurs de ce glissement organisé vers la droite. Si vous remplacez la notion de classe sociale, l’idée de mobilisation sociale et l’idée pourtant élémentaire qu’un parti de gauche doit s’appuyer sur ces réalités et sur ces processus, et doit représenter les ouvriers, les précaires, les chômeurs, et porter leur voix dans l’espace public, si tout cela est ignoré, repoussé et combattu idéologiquement, qui va se reconnaître dans ces partis de gauche ?

 

Pierre Bourdieu m’avait dit au milieu des années 1990 : « Ce pur produit de l’ENA [École nationale d’administration] qu’est François Hollande, se faisant élire à Tulle, ça veut dire le FN à 20 % dans dix ans. »

 

  • Que des technocrates élus sous l’étiquette PS dans des régions ouvrières développent des politiques néolibérales destructrices pour les vies des gens qui les ont élus, cela crée de la colère, de l’abstention, et finalement le vote contre ces gens-là.

 

Si les partis de gauche ne représentent plus, ne soutiennent plus, ne se font plus les porte-voix des ouvriers, des précaires, dans la sphère publique, alors ceux qui sont ainsi abandonnés ne votent plus à gauche, ils s’abstiennent ou votent FN. J’ai observé comment quasiment toute ma famille est passée en moins de dix ans d’un vote communiste à un vote FN.

 

En écrivant Retour à Reims, je me suis aperçu, par exemple, que c’était devenu aussi naturel pour un de mes frères de voter FN que pour mes parents de voter communiste autrefois. Il n’y a pas eu de transmission d’héritage politique, si ce n’est un héritage de révolte, de colère contre la situation qui est faite aux subalternes, et du vote comme moyen collectif de protestation. Le contenu du vote a changé, mais le geste est le même.

 

  • Si la gauche avait été du côté de Bourdieu au moment de la grande grève de décembre 1995, et pas du côté des cénacles qui la dénonçaient et qui insultaient les grévistes et les intellectuels qui la soutenaient, si elle avait soutenu et représenté les mouvements sociaux au lieu de les combattre, nous n’en serions pas là.

 

Les journalistes ont aussi une part de responsabilité. Libération employait contre Bourdieu des vocables que ce journal n’employait même pas contre Le Pen. Dans The Class Ceiling : Why It Pays to Be Privileged, de Sam Friedman et Daniel Laurison, il y a un tableau qui montre que les professions dont l’accès est le plus réservé aux classes supérieures, c’est la médecine puis le journalisme. Cette homogénéité ne peut pas ne pas avoir de conséquences. Cela explique évidemment le soutien de la presse à Emmanuel Macron en 2017 : l’affinité des habitus l’emporte sur les différences de surface.

 

 

 

- Finalement, nous aurions pu vivre en France un scénario à l’italienne, c’est-à-dire une disparition de la gauche ?

Didier Eribon : C’était programmé, en effet. Le PS a renoncé depuis longtemps à faire vivre la pensée de gauche. À la parution de mon livre sur la révolution conservatrice, Christian Paul m’avait dit vouloir créer des ateliers pour réinventer cette pensée. Le premier invité était Alain Finkielkraut, et le deuxième était Marcel Gauchet. Réinventer la gauche avec des idéologues aussi réactionnaires ! Vous voyez où on en était.

 

Il est évident que quelque chose se jouait à ce moment-là. Le PS s’est de plus en plus dissocié à la fois des classes populaires d’un côté, et des intellectuels de gauche de l’autre. C’est devenu un parti d’énarques dont les références intellectuelles se situent très, très, très à droite.

 

Ça a commencé sous Jospin, et l’aboutissement de tous ces processus a été la présidence Hollande, élu contre Sarkozy. Son secrétaire général adjoint était Emmanuel Macron, devenu son ministre de l’économie.

 

Rétrospectivement, on se dit : si le ministre de l’économie d’un gouvernement qui se disait de gauche à ce moment-là était Emmanuel Macron, comment aurait-il pu être possible que les classes populaires se reconnaissent dans le PS ? Le divorce, qui était déjà bien entamé, allait devenir un gouffre. C’était évident. Hollande n’a même pas pu se représenter.

 

Puis la droite a soutenu Macron, aux côtés de tous les hiérarques socialistes, préoccupés par leurs postes : on a vu Olivier Véran et Muriel Pénicaud gouverner avec Bruno Le Maire et Gérald Darmanin. S’ils peuvent cohabiter dans un même gouvernement, c’est qu’ils pensent tout simplement la même chose. Ils sont les mêmes : des représentants des classes supérieures qui regardent le monde social d’en haut et imposent leurs décisions. Tout cela a provoqué chez les électeurs de gauche un sentiment profond de révolte, de fureur même…

 

  • L’effondrement du PS est l’aboutissement de cette droitisation. Et l’aboutissement logique de cette séquence, c’est Macron, l’enfant idéologique de François Hollande et de la technocratie néolibérale qu’il avait épousée en noces publiques en édictant la loi Travail, et autres mesures du même genre.

 

 

Macron est l’incarnation de cette séquence historique. Il n’a pas de talent particulier : il est un effet, un produit de ces processus historiques. Il n’y a plus besoin d’un PS néolibéral, oxymore qui se retrouve condensé dans sa personne. Et la vraie droite et la fausse gauche réunies dans leur programme commun.

 

C’était le projet de la fondation Saint-Simon dans les années 1980. Réunir droite et gauche au « centre », ce qui veut dire à droite.

Au fond, Furet et Rosanvallon étaient les prédécesseurs de Blanquer et Vidal, avec leur assaut contre la pensée critique, qui représentait à leurs yeux une menace pour la « cohésion sociale », le « pacte social », la « rationalité gouvernementale », la « modernité économique », et toutes ces notions qui ressortissent à une perception bourgeoise, conservatrice et autoritaire de la vie politique. Bourdieu était leur cible principale. On voit aujourd’hui le beau résultat de leurs agissements délétères.

 

 

 

- Jean-Luc Mélenchon a-t-il réussi à faire dérailler durablement ce scénario à l’italienne programmé depuis les années 1980 ? Est-il de nature à desserrer l’étau qui nous enferme dans l’alternative entre l’extrême droite et l’extrême libéralisme de Macron ?

Didier Eribon : C’est l’autre phénomène le plus frappant de cette élection de 2022 : la dynamique qu’a su créer Jean-Luc Mélenchon en mobilisant les énergies à gauche, sur un programme élaboré. Ce succès est insuffisant, mais tout de même incroyable. Il faut s’interroger sur ce que ça peut signifier pour les possibilités futures de recréer une dynamique de gauche.

 

Sartre dit, dans un entretien, qu’il y avait une puissante force collective de transformation sociale en mai 1968, qui s’est effondrée quand chacun s’est retrouvé dans l’isoloir, le 30 juin. Le régime gaulliste a été sauvé par les votes des millions de travailleurs dont les grèves l’avaient si brutalement ébranlé.

 

Au fond, le PS des années 1980, 1990, 2000 a rêvé, comme la droite, d’un 30 juin permanent, c’est-à-dire de la fin de la protestation sociale et la soumission des gouvernés aux décisions des gouvernants. Ce à quoi il est urgent et nécessaire d’opposer un « Mai 68 » permanent ou en tout cas un « esprit de 68 ».

 

Je pense que les mouvements sociaux de ces dernières années ont réinventé une dimension collective de la perception de soi. La violence de la répression subie par ces mouvements a accentué cette dimension collective. Et, cette fois-ci, Mélenchon a su faire passer l’idée qu’une dynamique de gauche était encore possible dans les manifestations, mais aussi à travers le vote, pensé comme un acte de regroupement, de reconstitution d’une force qui va compter, qui va peser. On n’est plus les objets de la décision politique, on redevient des sujets.

 

Olivier Masclet a écrit un livre important sur la manière dont la gauche n’a jamais su s’intéresser aux énergies dans les quartiers populaires (La gauche et les cités. Enquête sur un rendez-vous manqué, 2006 – ndlr[3]). La gauche a méprisé, oublié les habitants de ces quartiers. Ils ne vont plus voter. Mélenchon a su les respecter, les défendre, les soutenir et leur faire considérer qu’ils pouvaient se faire entendre dans l’espace public par le moyen de leur vote.

 

On voit ce qui s’est passé à Marseille, à Roubaix, ou en Seine-Saint-Denis : une bonne partie du vote des quartiers populaires s’est portée sur son nom. Il a mobilisé un électorat qui ne votait plus. Mélenchon, malgré toutes les critiques que je peux lui faire, a réussi à recréer une dynamique de gauche.

 

 

- Mais est-ce durable ? Mélenchon a fait des scores importants dans l’ancienne ceinture rouge de la banlieue parisienne, où le PCF n’existe plus. Mais La France insoumise (LFI) n’a pas les structures partisanes du PCF de la grande époque…

Didier Eribon : Il est entouré d’une équipe de gens très talentueux, dont j’admire le travail et l’engagement. Maintenant, il est vrai qu’ils n’ont pas beaucoup de mairies, ni d’implantation dans des structures stables comme le PCF ou le PS, dans les régions ouvrières du Nord, en avaient autrefois. J’imagine que les Insoumis s’en préoccupent. À lire aussi Jean-Luc Mélenchon a rassemblé plus de 22 % des suffrages au niveau national et réalisé une percée spectaculaire dans les grandes villes et les banlieues alentour[4].

 

Quand le meeting, la manifestation, l’élection s’arrêtent, il faut faire perdurer la mobilisation dans le « pratico-inerte », selon le mot de Sartre, rappelé par Geoffroy de Lagasnerie dans Sortir de notre impuissance politique : c’est-à-dire dans la vie quotidienne, sur les lieux de travail, dans les quartiers, etc.

 

Ce n’est pas simple. Et je ne donne pas de leçons. Je sais que cela ne se décrète pas. Il faut aussi que des gens le veuillent et le puissent, alors qu’ils ont des préoccupations quotidiennes plus urgentes. Le vote ouvrier (blanc et non diplômé) du Nord et de l’Est est d’ailleurs allé globalement davantage à Marine Le Pen, alors que celui des jeunes urbains des villes universitaires (Nantes, Grenoble…) est allé à Mélenchon. Ce sont des blocs importants, dans les deux cas, la question étant pour la gauche de savoir comment les rapprocher, les réconcilier.

 

 

 

- Cette composition de son électorat ne donne-t-elle pas finalement raison au rapport de Terra Nova sorti en 2011 (« Gauche : quelle majorité électorale pour 2012[5] »), dans lequel on lisait : « La classe ouvrière n’est plus le cœur du vote de gauche, elle n’est plus en phase avec l’ensemble de ses valeurs. » L’électorat de Mélenchon, urbain, jeune, diplômé, ne confirme-t-il pas ce rapport, malgré lui ?

Didier Eribon : Pour moi, ça ne donne pas du tout raison à Terra Nova, car leur rapport concluait qu’il ne faut plus s’occuper des classes populaires, qu’elles seraient définitivement perdues. Si vous voulez seulement vous occuper du féminisme, de l’écologie et du mouvement LGBT (et je n’ai pas besoin de préciser à quel point ces mouvements sont importants à mes yeux), délaissant les questions sociales, vous laissez des pans entiers de la société en déshérence politique, sans cadre pour se penser, et qui finissent par voter FN, ou qui continueront à le faire...

 

Ce rapport était un signe supplémentaire que la bourgeoisie socialiste cherchait à justifier son effacement des questions ouvrières. David Gaborieau, un sociologue qui travaille sur les métiers de la logistique et les entrepôts d’Amazon, montre bien qu’il y a une classe ouvrière nouvelle, qui ne ressemble pas à celle des années 1950 ou 1960.

 

Il suffit de voir le film de Ken Loach, Sorry We Missed You, pour le comprendre. La classe ouvrière aujourd’hui, c’est, pour une bonne part, le livreur Amazon et l’aide à domicile. Mais sans la grande usine, comment se mobiliser ? Il n’y a plus de lieu où peut se créer la solidarité de classe.

 

  • Au lieu de les effacer du paysage intellectuel et organisationnel de la gauche, il faut au contraire les y intégrer en multipliant et renforçant les organisations syndicales et politiques qui offrent à cette nouvelle classe ouvrière les moyens de se penser comme sujet politique collectif.

 

 

- Vous plaidez pour le retour d’un discours de classe ?

Didier Eribon : La classe ouvrière est une réalité économique et objective. Mais c’est aussi une production discursive performative. Il y a des classes sociales, parce que Marx a dit qu’il y avait des classes, et la théorie, en proposant une perception du monde, façonne la réalité et notamment celle des luttes.

 

Il faut repenser, retravailler ces cadres théoriques qu’on ne peut jamais tenir pour acquis et définitifs. La réalité change. La théorie doit changer. La grande tâche de LFI est d’élaborer un tel cadre théorique, qui donne un cadre politique pour se penser soi-même comme une force collective de gauche.

 

Quand le PCF faisait ses meilleurs scores (plus de 20 % des voix), c’étaient à peu près 30 % à 40 % des ouvriers qui votaient pour lui, et les autres, c’étaient des enseignants, des employés, le monde de la culture, etc... Pourtant, ce parti se présentait comme le parti de la classe ouvrière et, d’une certaine manière, il l’était effectivement. Il l’était pour mes parents, ma famille, des millions d’autres, même si de nombreux ouvriers votaient à droite.

 

Le cadre discursif produit performativement le creuset, le foyer politique, dans lequel un « bloc », pour parler comme Gramsci, constitué de catégories différentes, peut s’agréger.

 

Et je ne pense pas que le concept central puisse en être la notion de « peuple ». Je n’adhère pas à l’idée d’un « populisme de gauche », même dans la version éminemment sophistiquée et séduisante qu’en propose mon amie Chantal Mouffe.

 

L’idée de « peuple » ne peut pas venir remplacer l’idée de classe, même s’il s’agit d’articuler les « équivalences » entre différents mouvements – classe, genre, race, écologie... La notion de « peuple » peut paraître combler les manques de la notion de classe mais elle revient à dire qu’une demande sociale ne devient politique que si elle se réfère à une notion commune de « peuple » et se transcende dans cette notion.

 

Il me semble qu’il faut au contraire penser la multiplicité, la spécificité et l’autonomie des mouvements, chacun ayant ses traditions, ses revendications, ses formes d’organisation, ses divergences internes… Disons que ce serait déployer une activité critique généralisée, tant théorique que pratique, pour défaire les différentes formes instituées de pouvoir et de domination.

 

La notion de « peuple » construit la politique en référence à une identité fictive, alors que, selon moi, il faut ancrer la politique dans les expériences et les identités vécues, les oppressions concrètes…. Et il incombe aux organisations politiques telles que LFI d’essayer de « travailler avec » tous ces mouvements pour proposer des débouchés politiques effectifs. Cela s’appelle la gauche. Une démarche de gauche.

 

 

- À l’aune de la campagne de Mélenchon en 2022, peut-on dire que le « moment populiste » de 2017 est terminé ?

Didier Eribon : Je ne sais pas. Il peut prendre d’autres formes. Ou resurgir plus tard ou ailleurs. Et cela peut toujours avoir des effets mobilisateurs. Mais l’essentiel pour moi n’est pas là. Je crois qu’opposer le « peuple » à la « caste », ou à l’ « oligarchie », n’est pas une stratégie pertinente ni viable à long terme.

 

On voit ce que ça a produit en Espagne, où les fascistes de Vox sont à 18 %, en prétendant défendre le « peuple », et Podemos à 10 ou 11 %. L’idée de peuple est dangereuse à manipuler. Marine Le Pen peut très bien elle aussi opposer le « peuple » à « l’oligarchie ». Si « peuple » est un « signifiant vide », comme le disent Laclau et Mouffe, on peut hélas y mettre ce qu’on veut, et cela ne correspond pas toujours aux souhaits agréables de ces deux auteurs.

 

Il est plus difficile pour l’extrême droite de se réclamer d’une idée de « classe ouvrière » organisée, de mobilisations sociales ancrées dans une perspective de justice sociale, de solidarité collective, de protection sociale, d’égalité, de développement des droits sociaux…

 

Un des défis de LFI est de construire un cadre qui puisse rendre compte des transformations de la classe ouvrière : la précarisation, le chômage… Comment s’adresser au père ou à la mère d’Édouard Louis, qui sont au RSA et qu’on menace de radier s’ils ne reprennent pas un travail, alors qu’ils ont le dos brisé, les articulations usées, et qui ont souvent voté FN ? Il faut justement leur donner un moyen de s’exprimer qui ne passe pas par le vote Le Pen. Un programme social comme celui de LFI (l'Avenir en Commun[6])peut contribuer à ce changement.

 

Je suis frappé quand on dit de Mélenchon qu’il est de gauche radicale. Mélenchon a un projet social-démocrate classique. Dans " L’Esprit de 45[7] ", Ken Loach montre bien ce qu’était le projet des travaillistes britanniques après la Deuxième Guerre mondiale : création de services publics dans tous les secteurs, nationalisations… C’est ce projet, largement réalisé, que la droite s’est acharnée à détruire par la suite avec le thatchérisme, et qu’aujourd’hui on considérerait comme extrémiste, quasiment soviétique.

 

  • Mélenchon ne pourrait même pas envisager d’aller si loin. Celui qui a un programme extrémiste, c’est Macron, il est du côté du thatchérisme, de la violence sociale du néolibéralisme.

 

 

- L’électorat de Mélenchon se divise sur l’attitude à avoir au deuxième tour. Il a donné pour consigne de ne pas donner une seule voix à l’extrême droite, mais ça ne suffira peut-être pas…

Didier Eribon : Tous mes amis ont voté pour Mélenchon et, évidemment, personne ne songe, même une seule seconde, à voter Marine Le Pen. Cela va de soi. Certains vont se résigner à voter Macron, malgré le dégoût profond qu’il leur inspire…

 

Mais nous ne sommes pas représentatifs de l’électorat de Mélenchon, et il est possible que la colère contre Macron soit si forte que certains dans d’autres catégories sociales soient prêts à faire n’importe quoi pour le lui faire savoir.

 

 

Plusieurs de mes amis vont s’abstenir. Et c’est ce que je vais faire aussi. Il m’est difficile de voter pour quelqu’un qui, à chaque fois que j’ai voulu exprimer mon opinion, m’a envoyé la police la plus violemment répressive, m’a asphyxié dans des nuages de gaz lacrymogène, a terrorisé des gens pour qu’ils ne manifestent plus. Selon l’Observatoire des street-médics[8], il y a eu 28 000 blessés dans les manifestations entre fin 2018 et début 2020. Le bilan du macronisme est effarant.

 

Et puis, il ne faut pas inverser les responsabilités. J’ai soutenu les grèves de 1995, j’ai manifesté contre la loi Travail, contre les réformes des retraites, j’ai soutenu l’hôpital public, j’ai prévenu que la destruction des services publics et l’appauvrissement et la précarisation des plus pauvres allaient faire monter l’extrême droite.

 

Depuis 30 ans, je « fais barrage ». J’ai écrit avant le premier tour de 2017 que voter Macron aurait pour résultat inéluctable de faire monter Le Pen. J’avais raison. Ceux qui nous ont combattus, insultés, réprimés sont les responsables de la situation actuelle. Les responsables, ce sont ceux qui ont installé le macronisme, soutenu cette politique ! Pas moi !

 

J’ajoute que ceux qui voulaient faire barrage à Marine Le Pen avaient un moyen très simple : voter pour Mélenchon au premier tour. Il lui a manqué un point. Et je n’oublie pas que ceux qui viennent donner des leçons aujourd’hui allaient jusqu’à proclamer que, en cas de deuxième tour entre Mélenchon et Le Pen, ils s’abstiendraient, ou même iraient jusqu’à voter Le Pen. Je n’invente rien !

 

  • Et ils viennent nous dire désormais que s’abstenir, c’est être complice de Le Pen, alors qu’ils étaient prêts à voter pour elle, il y a encore quelques jours ? On croit rêver.

- La possible victoire de Marine Le Pen, alors qu’on sait ce qu’elle ferait si elle arrivait au pouvoir, ne vous oblige-t-elle pas, justement, à faire barrage malgré tout ?

Didier Eribon : Je pense vraiment qu’il y a fort peu de chances pour que Le Pen puisse gagner cette élection. Le risque est très faible, quasiment inexistant. On essaie de nous faire peur pour augmenter le score de Macron afin qu’il puisse ensuite affirmer que son projet a été soutenu par un grand nombre d’électeurs.

 

Et dès qu’il sera élu, il reprendra sa politique de démolition, et accueillera tous ceux qui voudront protester avec des charges policières, des grenades lacrymogènes, des « balles de défense », provoquant à nouveau blessures et mutilations.

 

  • Ce n’est donc pas seulement que je ne veux pas voter pour Macron, c’est que je ne peux pas. La politique de classe qu’il incarne me révulse. Il a fait barrage aux mouvement sociaux, aux revendications syndicales, aux demandes sociales.
  • Il a fait barrage aux libertés publiques, à la démocratie. Il nous dit qu’il va changer, qu’il va écouter, mais c’est évidemment une obscène plaisanterie. Comment pourrait-il changer ?
  • Non, sauf dans le cas tout à fait improbable où les sondages indiqueraient qu’il existe un danger réel, je ne voterai pas pour lui.

 

 

--------------------------------

 

- François Ruffin, député France insoumise

Les campagnes de la Somme ont voté, hors Amiens, à 61% pour Marine Le Pen. Alors, on fait quoi ? On les abandonne au RN ? Non, on relève le gant, ici et ailleurs. Sur le papier, électoralement, je suis mort ! Et pourtant, on va ressusciter, et pourtant, à la fin, c'est nous qu'on va gagner !

 

 

- Retrouvez la conférence des #AMFIS2022 intitulée : « Qui a voté pour l’extrême droite en 2022

 « Qui a voté pour l’extrême droite en 2022 ? », avec :
• Alexis Corbière, député LFI-NUPES
• Boris Bilia, statisticien et co-animateur d’Intérêt général
• Gala Kabbaj, chercheuse, en charge du programme Stratégies contre l’extrême droite de Transform!
• Lucie Delaporte, journaliste à Mediapart, spécialiste de l’extrême droite

 

Didier Eribon : « Mélenchon a mobilisé un électorat qui ne votait plus »
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9 février 2022 3 09 /02 /février /2022 20:40
Fabien Roussel, Don Quichotte d’un communisme introuvable
Fabien Roussel, Don Quichotte d’un communisme introuvable
Fabien Roussel, Don Quichotte d’un communisme introuvable
Fabien Roussel, Don Quichotte d’un communisme introuvable

« Le social-chauvinisme, c’est l’opportunisme sous sa forme la plus achevée. Il est mûr pour une alliance ouverte, souvent vulgaire, avec la bourgeoisie et les états-majors[1] »

 

Un double mystère entoure la campagne de Fabien Roussel, le candidat du Parti communiste français pour la prochaine élection présidentielle. Comment un candidat qui recueille invariablement entre 1 et 3% dans les sondages d’opinion peut-il être autant invité dans les « grands » médias ? Comment le candidat d’un parti communiste peut-il recevoir à ce point les louanges de politicien·nes de droite voire de journalistes et d’idéologues réactionnaires ?

C’est à dissiper ce double mystère que s’attache ici Paul Elek, ancien militant du PCF. Il montre en particulier que la campagne de Fabien Roussel, loin de permettre la relance d’un projet de rupture avec le capitalisme, a essentiellement pour objectif de faire exister l’organisation par une stratégie de distinction vis-à-vis du candidat de gauche qui avait frôlé le 2nd tour en 2017 [ndlr : avec 19,6%], à savoir Jean-Luc Mélenchon[2].

Cela amène Fabien Roussel à prendre régulièrement pour cible ce dernier, et à alimenter les poncifs réactionnaires que ne cessent de marteler les médias dominants à l’encontre de la gauche dans son ensemble (sur la laïcité, la sécurité, le terrorisme, l’écologie, etc.). En outre, alors même que Roussel prétend reconquérir les classes populaires, il se situe dans la plupart des sondages à 4-5% dans les catégories intermédiaires et supérieures, contre 1-2% dans les catégories populaires.

Ce texte est une contribution au débat tactique et stratégique à gauche. Elle ne reflète pas la diversité des points de vue au sein de la rédaction de Contretemps mais elle nous a semblé importante et en appelle d’autres. 

 

 

Sources : CONTRETEMPS REVUE DE CRITIQUE COMMUNISTE | mis à jour le 29/04/2023

- Introduction

Pierre Laurent a cédé sa place à la tête du Parti communiste français lors du 38e congrès, en novembre 2018. Le texte d’orientation « Pour un manifeste du Parti Communiste du 21ème siècle »[3], emmené par André Chassaigne[4] et une coalition hétéroclite de secteurs du parti, était arrivé en tête. À l’époque, le contenu idéologique du texte s’était fait voler la vedette par le coup d’éclat du congrès : les communistes avaient voté majoritairement pour un texte alternatif à celui de la direction nationale, pour la première fois de leur histoire.

 

Les débats étaient alors dominés par les « préoccupations des communistes » quant à « l’affaiblissement électoral » et la « perte de visibilité nationale »[5] du parti, mis en avant dès le début du texte adopté à l’issue du vote.  L’objectif des partisans de ce manifeste était cristallin et ambitieux : « reconquérir l’influence [du] parti et reconstruire une organisation révolutionnaire de notre temps ».

 

Dans un contexte d’envenimement des relations entre les communistes et la France insoumise et de tergiversations du secrétariat national sur la direction à prendre, l’enjeu stratégique et tactique a ainsi enfermé le congrès sur une question : celle du devenir de l’organisation. Les auteurs du manifeste considéraient que le Parti communiste devait travailler « à créer les conditions d’une candidature communiste à l’élection présidentielle de 2022 »[6].

Elsa Faucillon : « Je redoute un repli identitaire du PCF »

En proposant d’« être présents avec nos candidates et candidats à toutes les élections »[7], ils ont répondu à une attente partagée par de nombreux communistes qui voyaient dans le retour d’une stratégie autonome la condition sine qua none d’un redressement de l’avenir du mouvement [ndlr : ce qui valait la déclaration suivante de la part de la députée communiste Elsa Faucillon : « Je redoute un repli identitaire du PCF »[8]).

 

La victoire du texte n’aurait pas été permise sans des retournements d’alliances internes voyant des soutiens historiques de Pierre Laurent, comme Igor Zamichiei[9] ou Ian Brossat basculer en faveur du texte « manifeste » sur la base d’ambitions personnelles. Finalement, c’est Fabien Roussel qui fut désigné secrétaire national du PCF avec pour mandat d’organiser le redressement de l’organisation. Sans comprendre cette obsession interne pour l’avenir de la boutique, fièrement épousée dans le slogan « PCF is back ![10] », difficile de comprendre aujourd’hui la volonté affichée par le candidat Roussel de se démarquer coûte que coûte de son ancien allié de la France insoumise et de tracer sa route, seul.

 

En 2021, le nouveau secrétaire du Parti communiste a été largement promu médiatiquement :  il apparaît ainsi comme la quatrième personnalité politique la plus invitée des principales émissions politiques de l’audiovisuel français, et la première à gauche[11]. Ce regain d’intérêt pour un candidat communiste ne provient pas de son potentiel électoral, puisque la candidature Roussel oscille entre 1 et 3% dans les sondages. Dès lors, difficile de ne pas penser que cette soudaine appétence médiatique pour le candidat du PCF, et ce dans un paysage médiatique largement droitisée, est liée au fait qu’il constitue un utile contre-feu au principal candidat de gauche, qui a frôlé le 2nd tour en 2017, à savoir Jean-Luc Mélenchon.

 

Salué à droite, applaudi en macronie... Le candidat du PCF vit son heure de gloire et rêve de dépasser les socialistes. Mais un communiste ne reste-t-il pas un "coco" ?

De plus, le profil de la campagne Roussel a l’énorme avantage pour le commentariat réactionnaire – qui ne cesse de le féliciter[12] (mais aussi salué à droite, applaudi en macronie...[12bis]) – de reprendre à son compte une série de poncifs médiatiques constamment opposés à la gauche et aux mouvements sociaux (antiracistes, féministes, écologistes, etc.), et visant à les disqualifier. Mais cela a évidemment un coût : à gauche la division et la désorientation idéologique ; au sein du PCF l’abandon progressif des orientations données par le congrès, remplacées par un opportunisme exaspérant pour de nombreux communistes.

 

 

- Une stratégie qui renforce la droite

Municipales : un scrutin à plusieurs faces

Face à la perte continue des bastions électoraux communistes[13], le nouveau secrétaire national du Parti communiste français a en effet misé sur une nouvelle stratégie, inspirée de considérations très personnelles. Dans son ouvrage " Ma France- heureuse, digne, solidaire ", Fabien Roussel accuse par exemple à demi-mot les directions précédentes d’avoir « laiss[é] au seul Front national la mainmise sur des sujets comme la nation, la souveraineté, la sécurité, le vivre-ensemble »[14].

 

Explication un peu courte des succès du FN, tant tous ceux qui à gauche se sont essayé ces dernières décennies à jouer ces cartes du « nationalisme de gauche » ou du sécuritaire ont non seulement sombré politiquement (Chevènement, Valls, etc.) ou sont demeurés absolument marginaux (PRCF, Kuzmanovic, etc.). Ne parvenant jamais à conquérir l’électorat populaire, ils ont toutefois assurément contribué à l’hégémonie réactionnaire. Ce type de politique prônée par le nouveau secrétaire national du PCF et ses alliés paraît ainsi relever plutôt d’une nostalgie impuissante, qui concourt avec son adoration pour Georges Marchais[15], que d’une stratégie politico-électorale capable de reconstruire l’influence du PCF.

 

Roussel estime en outre que la gauche a « tiré un trait sur l’électorat populaire »[16], ce qui est vrai à l’évidence du Parti socialiste (bien souvent en alliance, locale et/ou nationale avec le PCF…) mais pas – dans la période récente – de La France Insoumise[17]. Cette force était en effet parvenue en 2017 – avec le soutien du PCF cette fois – à obtenir de bons résultats dans les classes populaires, ce qui constituait une base sérieuse pour la reconquête durable de cet électorat : 25% parmi les ouvriers·ères, 24% chez les employé·es, 32% des chômeurs·ses[18]. Bruno Cautrès parlait ainsi, pour qualifier le vote pour Jean-Luc Mélenchon, de « vote néocommuniste », même si « la géographie électorale du candidat de La France insoumise ne se résume pas à [cette] seule dimension »[19].

 

André Chassaigne : « Il est illusoire d’espérer être au second tour »

André Chassaigne, artisan de la victoire du texte « manifeste » et président du groupe parlementaire des communistes à l’Assemblée nationale, estime de son côté qu’« il faut aller chercher ceux qui s’abstiennent et ceux qui votent en faveur de l’extrême droite », et que le Parti communiste a abandonné ses fondamentaux « au nom d’une forme de boboïsation intellectuelle ». Résultat, « le Parti communiste a[urait] perdu ses bases ouvrières parce qu’il a délaissé la valeur travail ». Pour André Chassaigne la faiblesse de la gauche serait d’ailleurs telle « qu’il est illusoire d’espérer être au second tour[20] », une thèse désespérante visant à justifier une politique solitaire en vue de la sauvegarde de la boutique.

 

Dans sa recherche d’un âge d’or perdu, qui comme tous les âges d’or est réécrit au prisme d’obsessions présentes, Fabien Roussel rencontre donc une difficulté majeure. Le secrétaire national du Parti communiste doit se démarquer de Jean-Luc Mélenchon avec lequel les communistes partagent une grande partie de leurs propositions programmatiques. Pour cause, ils l’ont défendu ensemble à deux reprises, et avec succès, lors de l’élection présidentielle. Du NPA à La France insoumise en passant par le PCF, les organisations à la gauche du PS partagent toute une série de revendications similaires comme la hausse du salaire minimum, la défense des services publics, la lutte contre la précarité, un certain degré de rupture avec l’économie de marché, etc. Dans ces conditions, difficile de se singulariser sur le projet social.

 

  • Dans son livre, Fabien Roussel n’en semble pas embarrassé.

Pour lui, la distinction sera remarquée lors de l’élection présidentielle [21]:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Le dirigeant communiste dresse ensuite la liste de ses désaccords, sous la forme d’une pique pleine de sous-entendus :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La gauche presque au complet à la manifestation contre l’islamophobie

En somme, c’est sur ces sujets que Fabien Roussel entend construire sa stratégie de singularisation du PCF, donc le profil politique de sa campagne. Force est de constater que ce commentaire de 2021 reprend finalement, à peu de choses près, l’angle d’attaque que la droite et l’extrême-droite ont engagé contre le candidat de la France Insoumise, notamment depuis sa participation à la marche du 10 novembre 2019 contre l’islamophobie[22][23][23bis] : Jean-Luc Mélenchon aurait rompu avec la laïcité, donc avec la République ; il ferait preuve d’un « angélisme » vis-à-vis de la délinquance et d’un « aveuglément » à l’égard de « l’islamisme radical », se rendrait coupable de « haine anti-flics » en dénonçant les violences policières contre les quartiers populaires et les mobilisations sociales, etc.

 

L’épisode de la manifestation contre l’islamophobie du 10 novembre 2019 est particulièrement intéressant. À l’époque, la France insoumise sortait de sa réserve sur le climat islamophobe dans le pays[24], extrêmement violent au cours de cet automne, et elle fut confrontée à une violente offensive médiatique et politique sur la légitimité même de la tenue d’une telle manifestation. Le PCF, qui avait signé l’appel à la rejoindre[25], ne fut représenté que par certain·es de ses élu·es comme la députée Elsa Faucillon et le porte-parole du PCF, Ian Brossat. Le secrétaire national, absent, déclarait alors trouver le terme d’islamophobie « réducteur[26] ». Le texte d’orientation qui l’avait conduit à la direction du parti proclamait pourtant que « les actes racistes, antisémites, xénophobes, islamophobes, quelles que soient leurs cibles et leur nature sont toujours très nombreux et augmentent en France. Cela correspond à un paysage européen extrêmement inquiétant, avec l’essor de l’extrême droite xénophobe et ethniciste et la complaisance de la droite vis-à-vis de cette dernière ».

 

  • L’opportunisme du dirigeant communiste s’avéra payant pour la première fois.

Alors que se déchaînait le procès en « islamo-gauchisme » contre une partie de la gauche, Fabien Roussel, à couvert, traversait la tempête sans encombre. Ce faisant, il abandonnait à son sort une partie non négligeable des classes populaires, vouées aux gémonies et exposées à la violence de l’offensive réactionnaire. Le texte du congrès, qui voyait dans le racisme un « rapport social de domination, d’exploitation et d’oppression » et dénonçait les « discriminations enracinées et les imaginaires puissants » qui conduisent des « citoyen.ne.s, français.es depuis plusieurs générations et descendant.e.s de l’immigration postcoloniale ou des citoyen.ne.s d’outre-mer, à subir elles/eux-mêmes le racisme (…) »[27], fut balayé, au bénéfice d’un électorat populaire, fantasmé par le député du Nord.

 

  • Cerise sur le gâteau, Fabien Roussel, arrivé à la tête du PCF pour imposer une candidature communiste à l’élection présidentielle, reproche à son ancien partenaire Jean-Luc Mélenchon d’être un adversaire du rassemblement à gauche :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peut-être évoque-t-il seulement les alliances avec le Parti socialiste que la direction du Parti communiste ne néglige jamais pour conserver de précieux élus locaux. Pendant la période du Front de Gauche (2009-2016), la question de listes autonomes vis-à-vis du Parti Socialiste au pouvoir avait suscité de vives tensions entre le Parti de gauche (de Mélenchon) et le PCF. Fabien Roussel a tranché, ce sera avec les socialistes.

 

Cinq mois avant la sortie de ce livre, qui théorise son tournant opportuniste, Fabien Roussel faisait de nouveau parler de lui en choisissant de participer, aux côtés de l’extrême droite et de la droite mais aussi d’Anne Hidalgo et de Yannick Jadot, à la manifestation des syndicats de policiers du 19 mai 2021. Rassemblé devant l’Assemblée nationale, le corporatisme policier venait faire pression sur les parlementaires, certains voulant faire « sauter les digues de la Constitution[28] ». Le dirigeant du Parti communiste, lui, « assumait » alors de parler haut et fort de sécurité au nom des classes populaires et des policiers, ces « ouvriers de la sécurité[29] ». Fabien Roussel faisait-il cependant autre chose que de venir objectivement à l’appui de la droite et de l’extrême droite, qui intentent en permanence un procès en laxisme à l’ensemble de la gauche ?

 

Contre-sens évident, dans un contexte où la mobilisation du Comité Adama et des collectifs de familles de victimes contre les violences policières et leur impunité, le traumatisme de la répression des Gilets jaunes et la succession de lois sécuritaires semblaient avoir en partie déverrouillé la capacité de la gauche à s’engager dans une critique de l’expansion de l’appareil sécuritaire et des violences d’État. Fabien Roussel prenait donc à contre-pied son camp politique, à commencer par les militants communistes présent·es dans la lutte contre la politique de durcissement autoritaire menée par la classe dirigeante.

 

Il avait cependant une excuse toute trouvée, estimant[30} qu’avoir « défendu l’idée que la gauche devait prendre à bras-le-corps les questions d’insécurité qui gangrènent l’existence de tant de villes et quartiers populaires » justifiait le fait de participer « avec d’autres parlementaires et élus du PCF au rassemblement des syndicats de policiers ». De nouveau, reprenant l’idée (fausse) selon laquelle la gauche aurait perdu les classes populaires en abandonnant le terrain de la nation ou de la sécurité, le dirigeant du PCF abandonnait les franges de ces classes, bien réelles, qui s’étaient mobilisées avec une combativité précieuse, des ronds-points du périurbain aux banlieues populaires.

 

 

- Derrière la surenchère, les renoncements
Depuis le début de l’année 2022, à l’approche de l’élection présidentielle, Fabien Roussel et sa direction de campagne multiplie ainsi les signes d’opportunisme, comme pour recevoir la clémence de la droite et de l’extrême droite et continuer son dialogue avec l’électorat populaire fantasmé auquel le candidat prétend s’adresser. Dans une série de sondages Ifop qui détaillent les différentes catégories sociales au sein de son électorat potentiel[31], le candidat communiste est crédité d’intentions de vote auprès des catégories populaires systématiquement inférieures à sa moyenne dans l’électorat. Dans le sondage OpinionWay du 31 janvier 2022[32], qui le donne à 3%, il apparaît de nouveau en-dessous de sa moyenne dans l’électorat chez les catégories « CSP – ».

 

"J'espère qu'il n'y aura pas de parrainage qui iront soutenir d'autres candidats parce que ce serait aller soutenir un adversaire"

Dans sa quête impossible, le Don Quichotte d’un communisme introuvable, entend interdire aux élus communistes de parrainer un autre candidat et en premier lieu Jean-Luc Mélenchon (drôle de conception de la démocratie), et tend aujourd’hui la main aux « électeurs de la droite sociale[33] » et aux fameux électeurs d’extrême droite qui se tromperaient de colère et que la gauche (notamment le PCF) aurait perdu au profit de l’extrême droite. Il renoue ici avec une idée reçue, répandue à gauche. Pourtant, élections après élections, on observe que les transferts électoraux d’un parti vers un autre se font massivement vers les options qui sont idéologiquement proches et seule une minorité statistiquement insignifiante passe de l’extrême droite à la gauche radicale (ou inversement)[34]. D’une certaine manière, la stratégie de Fabien Roussel revient à lâcher la proie pour l’ombre, c’est-à-dire à abandonner les franges de l’électorat populaire qui votent très majoritairement à gauche (notamment les descendants d’immigrés non-européens), et qui ont voté massivement pour J.-L. Mélenchon en 2017[35], en imaginant pouvoir conquérir les franges de ces classes qui votent à droite ou à l’extrême droite.

 

L’objectif de reconquérir les classes populaires est évidemment juste. Mais il est extrêmement douteux qu’une stratégie consistant à aller sur le terrain idéologique de l’extrême droite, comme celui de la nation menacée et de l’insécurité galopante, puisse être en quoi que ce soit efficace dans ce sens : pour les franges de ces classes qui votent à gauche, cela a toutes les chances de les éloigner ; pour les autres, attirés par l’extrême droite non pour son programme « social » mais pour ses obsessions identitaires et sécuritaires ainsi que son discours individualiste et « méritocratique »[36] stigmatisant les « assistés », pourquoi se mettraient-ils à voter pour le PCF ?

 

Ainsi, la recherche par Fabien Roussel et son équipe d’un espace électoral et d’éléments de distinction avec Jean-Luc Mélenchon l’amène à offrir un point d’appui inespéré à la droite réactionnaire, chaque fois qu’elle se lance dans la critique de son propre camp social. En effet, cette recherche de singularisation, moins dans le but de construire une alternative politique que de restaurer la boutique PCF, vient systématiquement s’attaquer à la gauche qui n’a pas renoncé à défendre les conditions d’existence des classes populaires et à s’opposer à l’islamophobie et aux violences d’État.

 

Évidemment que le PCF peut et doit organiser des hommages à Charlie.

Dans son livre, entonnant d’ailleurs le même refrain qu’Anne Hidalgo[37], il sous-entendait déjà que la France insoumise en la personne de Jean-Luc Mélenchon entretenait une ambiguïté dans son rapport aux « valeurs républicaines ». Cette affirmation s’éclaira parfaitement lorsque, début janvier, dans le cadre d’un hommage à Charlie Hebdo, Fabien Roussel déroula le tapis rouge à des figures proches du Printemps Républicain comme la journaliste Caroline Fourest ou le dessinateur Xavier Gorce[38]. La députée Elsa Faucillon, lasse mais lucide, évoquera le lendemain sur Twitter[39] une soirée qui « dépassait largement l’hommage : la sélection des invités confirm[ant] un virage politique opéré par [son] parti depuis qqes mois.(…) ». Le dirigeant communiste et sa direction de campagne regretteront, eux, le « sectarisme » de l’élue[40].

 

Il y avait pourtant des raisons de s’inquiéter de l’invitation donnée à des partisans d’une organisation, le Printemps républicain, dont le président propose par exemple[41] « d’appliquer la préférence nationale dans l’attribution du logement social, justifie l’usage de tests osseux sur les mineurs étrangers », et dont les militants usent de méthodes de harcèlement systématique vis-à-vis des militant·es antiracistes et, plus généralement de gauche, qui se solidarisent avec les musulman·es face à l’islamophobie. Fabien Roussel n’est d’ailleurs pas exempt de reproches au sujet de l’immigration. Le 10 juin 2021, sur Cnews, il avait déclaré que les déboutés du droit d’asile avaient « vocation à repartir et être raccompagnés chez eux[42] ». Le tollé provoqué chez les communistes l’avait contraint de retirer ses propos et de s’en excuser. Le texte du 38e congrès voyait, lui, dans la lutte des « travailleurs étrangers avec ou sans papiers » une lutte « aux potentiels émancipateurs considérables »[43].

 

Au-delà des curieuses fréquentations de sa direction, le projet démocratique des communistes en a pris un coup dans la plateforme présidentielle du candidat, et son ambition pour la République aussi.

Dans le programme « La France en commun de 2017 », défendu dans le cadre de la campagne autonome de soutien à Jean-Luc Mélenchon, les communistes français écrivaient[44] :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aujourd’hui, le nouveau programme du candidat Roussel défend la vague « perspective d’une nouvelle République (…) Une République sociale, démocratique, écologique, féministe, résolument laïque, internationaliste…»[45]. Le paragraphe 132, qui affirme qu’« il sera proposé au pays et au Parlement d’engager des changements majeurs des équilibres institutionnels », ne comporte cependant aucune mention d’un processus constituant. Là où le projet de 2017 misait donc sur la participation populaire massive pour mener une révolution démocratique permettant de déverrouiller le champ institutionnel, Fabien Roussel veut engager le mouvement communiste dans la défense d’une réforme institutionnelle dans le cadre du parlementarisme. Le programme critique bien la « prééminence » du Président sur le Parlement, propose la suppression de « son élection au suffrage universel » et du 49-3, ou l’installation de la représentation proportionnelle, mais l’appel à un processus d’implication populaire n’a pas survécu. Derrière les signaux envoyés à un électorat introuvable, des renoncements bien réels sont proposés aux communistes.

 

Plus récemment, la direction de campagne de Fabien Roussel semble avoir abandonné la question de la destruction engagée de l’écosystème de la liste de ses préoccupations. Qu’importe alors l’avertissement d’un Karl Marx sur la manière dont le capitalisme épuise à la fois « la terre et le travailleur » et engage une transformation irréversible et destructrice du métabolisme entre l’humanité et la nature[46]. Au lieu de pointer la contradiction fondamentale du mouvement écologiste, c’est-à-dire la persistance de sa recherche d’une transition écologique dans le cadre du capitalisme – personnalisée en 2022 par la candidature de Yannick Jadot – le dirigeant communiste polémique avec les écologistes en faisant écho aux débats médiatiques[47] marqués par des controverses ridicules sur les sapins de Noël ou le foie gras.

 

Olivier Dussopt, ministre délégué chargé des comptes publics, déclare sa sympathie à Fabien Roussel, le candidat du parti Communiste

Le texte du 38e congrès, adopté par les communistes, reprochait lui à Emmanuel Macron de chercher « à couper les revendications sociales d’autres luttes aux potentiels émancipateurs considérables : les luttes des femmes, (…) ainsi que celles concernant les dominations ou encore l’écologie ». En lieu et place d’une critique en règle de l’inaction climatique des dirigeants français, Fabien Roussel fait le choix de cliver, à contresens et en donnant de nouveau le point à l’adversaire. Résultat, il reçoit les salutations distinguées de ministres de la Macronie[48] ou d’éditorialistes réactionnaires comme Mathieu Bock-Côté, un habitué des micros des médias de Bolloré, qui se demande dans sa chronique sur Europe-1[49] : « Comment Fabien Roussel peut parler aussi justement et être communiste ? ». Tout cela alors que la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, une partie des écologistes ou encore le NPA, cherchent les voies prometteuses d’une articulation entre le social et l’écologique, et d’une bifurcation écologique qui suppose la rupture avec le capitalisme néolibéral.

 

Mieux, dans ses passes d’armes, Fabien Roussel n’hésite pas à reprendre à son compte la rhétorique pernicieuse de l’extrême droite : « Il y a la gauche caviar. Une bien-pensance qui voudrait interdire la viande et les voitures »[50]. Véritable arme idéologique de décrédibilisation, le procès d’intention en « bien-pensance » ne vise qu’un objectif, faire taire celles et ceux que les idéologues réactionnaires vilipendent à longueur d’antenne : les musulman·es (réputés « communautaristes »), les militant·es antiracistes (les alliés des premiers), les « néoféministes » (accusés d’haïr les hommes), les universitaires prétendument « islamo-gauchistes », les « wokes », ou encore les écologistes.

 

Quant à son obsession pour la viande, le vin et le fromage, soudainement érigée en ligne politique, Fabien Roussel n’a pas pu s’empêcher de la présenter comme un projet national car : « Manger, c’est sacré en France »[51] (on se ficherait donc de bien manger ailleurs ?). Que fait-il alors si ce n’est prolonger la mise en accusation promue par l’adversaire qui sous-entend sournoisement que les partisans d’autres régimes alimentaires ne sont pas de « bons français » ? Fabien Roussel a oublié que dans son histoire, le mouvement communiste fut décrié comme le « parti de l’étranger ».

 

En conséquence, la responsabilité écrasante du capitalisme dans l’empoisonnement des sols et des ressources naturelles, celle de l’agro-business dans la piètre qualité des produits alimentaires passent au second plan du discours car ses faveurs médiatiques ne servent finalement qu’à soulever les polémiques qu’il entretient. Le mystère règne d’ailleurs toujours sur l’endroit où Fabien Roussel se trouvait lors des deux votes de l’Assemblée nationale sur l’interdiction du glyphosate. Le texte adopté au 38e congrès était pourtant de nouveau formel[52] :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, sur le plan de son programme social et malgré certaines propositions salutaires portées par le PCF[53], Fabien Roussel s’attèle surtout pour le moment à opposer sa défense de « la valeur travail » à celle de « l’assistanat[54] ». Une curieuse formulation qui n’a rien à envier à la rhétorique de Valérie Pécresse ou d’Emmanuel Macron. Plutôt que de saisir l’opportunité de mener une critique de la conception de la protection sociale portée par la deuxième gauche rocardienne[55], Fabien Roussel fustige l’« assistanat » que représenterait la prime d’activité, et ce, au nom d’une défense évidemment légitime de l’augmentation des salaires. Avait-il besoin pour cela de reprendre le vocabulaire et le leitmotiv de la droite et de sous-entendre avec elle que tout allocataire d’une quelconque indemnité est supposé vivre au dépend de la société (« assistés ») ?

 

La pente prise par le dirigeant communiste est terrible.

Et si l’objectif du candidat communiste était avant tout de rassurer quant à son projet économique ? Cela expliquerait la facilité avec laquelle il dépeint ses anciens alliés en dangereux communistes (sic), comme lorsqu’il estimait que la « garantie d’emploi » proposée par la France Insoumise s’appuyait sur une philosophie propre à « l’époque soviétique, le kolkhoze »[56]. Le brillant polémiste confond au passage kolkhoze et sovkhoze, s’emmêlant les pinceaux dans sa soviétologie approximative. De nouveau, derrière ce type d’attaques, comment ne pas voir une forme d’opportunisme visant à se faire passer auprès des médias dominants pour une force « responsable », c’est-à-dire respectueuse de l’ordre social ?

 

Si le doute persistait sur l’absence de perspective ancrée dans la lutte des classes, les mots d’André Chassaigne devraient pouvoir trancher[57] :

 

 

 

 

 

 

 

Peut-être pourront-ils tout de même compter sur leur camarade, Joe Biden, dont Fabien Roussel se demandait s’il avait ou non pris sa carte au PCF[58]…  

 

 

- Une voie solitaire

Il est illusoire d’espérer être au second tour

Le mandat donné à Fabien Roussel pour accéder à la tête du Parti tirait ses origines d’une angoisse identitaire quant à la survie de l’appareil communiste. De nombreuses et nombreux militant·es communistes partageaient avec sincérité cette crainte sans pouvoir pressentir la vision opportuniste dans laquelle s’enferment aujourd’hui Fabien Roussel et la nouvelle direction du Parti. Constamment, poussé par la nécessité de se distinguer pour exister sur le devant de la scène médiatique, le candidat du PCF s’est attaqué à son camp politique, la gauche de rupture, adoptant ici et là la rhétorique de ses adversaires et se positionnant à contre-courant des mobilisations populaires (NDLR : et sans aucune perspective comme l'affirme André Chassaigne « Il est illusoire d’espérer être au second tour »[57]).

 

À la suite de son meeting du 6 février 2022 à Marseille, que le candidat communiste souhaitait mettre en scène comme le tournant de sa campagne, il a engrangé de nouveaux applaudissements sur Twitter de la part d’ami·es indéniables de l’émancipation tels que… Manuel Valls, Caroline Fourest, Eugénie Bastié, Zineb El Rhazoui, qui ont ainsi rejoint Marlène Schiappa, Jean-Michel Blanquer ou Christophe Castaner sur la liste des personnes trouvant Fabien Roussel « sympathique », « courageux », ou encore porteur d’un « discours qui fait chaud au cœur » à gauche. Amour soudain de ces braves gens pour la perspective communiste ou symptôme d’une triste dérive ?

 

Dans le paragraphe « 5.4 Une union populaire et politique agissante », le texte du 38ème congrès énonçait :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peut-être serait-il temps pour Fabien Roussel de s’inspirer de ces moments où les communistes ont su construire l’unité. Dans la situation actuelle de triple crise sociale, environnementale et sanitaire, un rassemblement autour d’un programme de rupture avec le capitalisme néolibéral serait ainsi une option enviable, loin de constituer « un but en soi », et en tout cas préférable à une stratégie de distinction qui sert les adversaires des travailleurs·ses et des opprimé·es.

 

Il n’est pas impossible pour Fabien Roussel de trouver à court terme un refuge électoral modeste pour satisfaire la boutique, d’autant plus si la seule ambition du PCF est de faire mieux que lors de sa dernière candidature à la présidentielle (Marie-George Buffet avait obtenu en 2007 1,93% des suffrages). Aux marges d’une gauche mise en difficulté par une bourgeoisie en pleine radicalisation, certain·es partagent peut-être même ses illusions sur la période et ses regrets qui le poussent à s’inspirer d’un passé revisité pour proposer une formule gagnante pour l’avenir.

 

Son positionnement à contretemps des mobilisations populaires constitue un pari dangereux, en mettant le PCF à distance du mouvement réel sans lequel le communisme est privé de carburant. Quant à l’opportunisme déployé dans le contexte électoral par Fabien Roussel et son équipe de campagne, il apparaît comme une succession de renoncements qui l’éloigne de l’objectif fixé par Marx et Engels pour le mouvement communiste, précisément dans le Manifeste du parti communiste :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Aujourd’hui, dans le contexte de la présidentielle, le vote pour le candidat de l'#UnionPopulaire pourrait bien de nouveau apparaître comme le débouché naturel des luttes sociales, des quartiers populaires et plus largement de l’électorat de gauche. Sa capacité à fonder une organisation politique pour les rassembler autour d’une proposition commune en rupture avec le capitalisme est plus incertaine, mais une telle perspective aurait assurément besoin de l’expérience de milliers de militant·es communistes.

 

 

- Ma conclusion personnelle...

Alors que Zemmour va faire venir au vote du premier tour des gens qui ne se seraient pas déplacés : les cathos tradis, les conspirationnistes, des groupuscules d’extrême droite qui ont quitté le RN il y a des années. Si jamais Marine Le Pen réussissait à être au second tour, elle pourrait bénéficier d’un électorat disponible plus important qu’aux présidentielles précédentes....

 

une seule réponse possible : STOP à la division

artificielle de la gauche sociale au nom du repli

identitaire... REGOIGNEZ l#UNIONPOPULAIRE

et son programme l'#AVENIR EN COMMUN !

Fabien Roussel, Don Quichotte d’un communisme introuvable

 

- Fabien ROUSSEL : le candidat " communiste " chouchou du système

Comment un homme labellisé de gauche, de surcroit issu du Parti Communiste, peut-il susciter l'engouement de personnalités comme le philosophe et polémiste Alain Finkielkraut, l'animateur Cyril Hanouna, ou encore de la ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur Marlène Schiappa ?

 

Pour le co-rédacteur en chef de Frustration magazine Nicolas Framont, auteur d'un article intitulé  " Pourquoi la bourgeoisie adore-t-elle le « communiste » Fabien Roussel ? ", le candidat du PCF à l'élection présidentielle est salué par la droite car il ne tient plus vraiment des positions de gauche. Qu'il s'agisse de l'écologie, des violences policières ou encore de la lutte contre le racisme et l'islamophobie, Fabien Roussel " se range plutôt du côté de la classe dominante ".

 

Pour aller plus loin, Théophile Kouamouo s'est entretenu avec lui depuis le plateau du Média.

 

Notes :

[1(Lénine, « L’opportunisme et la faillite de la 2e internationale », Vorbote, 1, 1916)

[2] Résultats de l'élection présidentielle 2017

[3] Le texte d'orientation du congrès de 2018 est accessible en ligne ici

[4André Chassaigne : « Pour un Parti communiste français à l’offensive et utile »

[5] Texte « Pour un manifeste du Parti Communiste du 21ème siècle », p.3

[6] Texte « Pour un manifeste du Parti Communiste du 21ème siècle », p.32

[7] Ibid (Dans le même ouvrage, dans le même passage d'un ouvrage déjà cité)

[8] Elsa Faucillon : « Je redoute un repli identitaire du PCF »

[9] À l’époque, il était secrétaire fédéral du PCF Paris et auparavant un collaborateur parlementaire de Pierre Laurent.

[10PCF is Back, maintenant c'est la remontada ! (Fabien Roussel)

[11passages télé et radio des hommes et des femmes politiques.

[12] Il a reçu par exemple l’assentiment positif de Sonia Mabrouk, Pascal Praud, Eugénie Bastié, Alain Finkielkraut, Cyril Hanouna, et de Valeurs Actuelles. et amène à la question suivante : Présidentielle 2022 : pourquoi tant de politiques disent-ils du bien de Fabien Roussel ?

[12bis] Salué à droite, applaudi en macronie... Le candidat du PCF vit son heure de gloire et rêve de dépasser les socialistes. Mais un communiste ne reste-t-il pas un "coco" ?

[13] Voir notamment l’article de Roger Martelli sur les municipales de 2020 : 

[14] Ma France- heureuse, digne, solidaire, Editions Le Cherche-Midi, 2021, p.42

[15] Dans son livre, Fabien Roussel note : « Georges Marchais, lui, je l’ai rencontré et j’ai toujours beaucoup d’affection pour ce qu’il représente. (…). Aujourd’hui encore, je me demande ce qu’aurait fait Georges dans telle ou telle situation. Le parti qu’il dirigeait était alors celui du monde du travail. Je souhaite que le Parti communiste français redevienne celui-là.» (p.24-25).

[16] Ma France- heureuse, digne, solidaire, Editions Le Cherche-Midi, 2021, p.52

[17] La France insoumise

[18] Ifop, Le profil des électeurs et les clefs du premier tour de l’élection présidentielle, 23 avril 2017

[19]  Cautrès, Bruno. « Chapitre 9 – Mélenchon, « vainqueur caché » de la présidentielle ? », Pascal Perrineau éd., Le vote disruptif. Les élections présidentielle et législatives de 2017. Presses de Sciences Po, 2017, pp. 175-192.

[20] André Chassaigne : « Il est illusoire d’espérer être au second tour »

[21] Ibid, p.57

[22] La gauche presque au complet à la manifestation contre l’islamophobie

[23] CGT : Un 10 novembre multicolore contre l’islamophobie

[23bis] Jean-Luc Mélenchon : Diaboliser une initiative pour discréditer son objectif ?

[24] France insoumise : Marche contre la haine des musulmans « la France est notre bien commun »

[25] Le 10 novembre, à Paris, nous dirons STOP à l’islamophobie !

[26] « Islamophobie », un terme « réducteur » pour Fabien Roussel

[27] Texte « Pour un manifeste du Parti Communiste du 21ème siècle », p.13

[28Manifestation des policiers : les magistrats font appel

[29] Dégoutée, la jeunesse communiste lâche-t-elle Fabien Roussel ?

[30] Droit à la sécurité : Fabien Roussel défend " une police nationale de proximité "

[31] Ifop, 5 janvier 2021

[32sondage OpinionWay du 1er février 2022

[33FABIEN ROUSSEL TEND LA MAIN AUX ÉLECTEURS DE LA " DROITE SOCIALE "

[34Les différences entre le populisme d'extrême droite et de gauche

[35]  Collectif Focale, Votes Populaires ! Les bases sociales de la polarisation électorale dans la présidentielle de 2017, Éditions du Croquant, 2022

[36] Il faut entendre ici par méritocratique, une capacité à assigner une responsabilité individuelle à la situation vécue par un individu. Les électeurs du RN répondent par exemple massivement dans les enquêtes d’opinion que les « chômeurs trouveraient un travail s’ils le voulaient vraiment ». L’électorat de gauche a lui plutôt tendance à investir cette situation d’une réponse holiste : le chômage est aussi la responsabilité de la société ou des structures de l’économie.

[37] Hidalgo pointe les "ambiguités" d'EELV et Mélenchon sur la République

[38] Dans dessin récent, au détour d’une blague douteuse sur l’inceste et la pédocriminalité, Xavier Gorce en a profité pour exprimer sa haine des personnes trans

[39] la sélection des invités confirme un virage politique opéré par mon parti depuis qqes mois. Et le Printemps républicain s’en frotte les mains…

[40] Friture chez les communistes sur fond d’hommage à «Charlie Hebdo»

[41] On a lu pour vous « Printemps républicain » d’Amine El Khatmi

[42] Sortie xénophobe : pour F. Roussel (PCF), sans droit d’asile "on a vocation à rentrer chez soi"

[43] Texte « Pour un manifeste du Parti Communiste du 21ème siècle », p.29

[44] Programme « La France en commun », p.16

[45] Programme « La France des jours heureux », p.106

[46] Karl Marx, Le Capital, vol 1, IV Section : « La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur ».

[47] Foie gras, sapin de Noël… Les maires écolos, boulets de Jadot ?

[48] Présidentielle 2022: Olivier Dussopt, ministre délégué chargé des comptes publics, déclare sa sympathie à Fabien Roussel, le candidat du parti Communiste

[49] Mathieu Bock-Côté : " Comment Fabien Roussel peut parler aussi justement et être communiste "

[50] Compte twitter de Fabien Roussel

[51] Ibid

[52] « Manifeste pour un Parti Communiste du 21ème siècle », p.12

[53] Comme l’élection de représentant·es dans les instances de la Sécurité Sociale par les salarié·es.

[54] Fabien Roussel revient aux fondamentaux du PCF

[55] Cette vision de la protection sociale propose notamment le remplacement du système de cotisation sociale par des impôts (ie CSG) et de substituer au droit à la continuité du salaire sur lequel ont été fondés le système des retraite, d’assurance chômage et les premières allocations familiales, un revenu contributif.

[56] " Les Insoumis estiment que chacun doit avoir un travail et que si quelqu'un n'en trouve pas, l'Etat doit être employeur en dernier ressort. Nous ne partageons pas du tout cette philosophie là, ça c'est l'époque soviétique, le kolkhoze."

[57] André Chassaigne : « Il est illusoire d’espérer être au second tour »

[58] "J'ai l'impression de Joe Biden a pris sa carte au Parti communiste français"

 

Pour en savoir plus :

- Programme du PCF : la France ne commun version 2017 👇

Le culte de la division du peuple pour empêcher le candidat porteur d'un programme de gauche d'être au second tour et exister !
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  • Pour une Révolution citoyenne par les urnes
  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, ex secrétaire de syndicat, d'Union locale et conseiller Prud'homme CGT  de 1978 à 2022.
  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, ex secrétaire de syndicat, d'Union locale et conseiller Prud'homme CGT de 1978 à 2022.

La France insoumise

-Pour une MAJORITÉ POPULAIRE, renforcer la France insoumise pour GAGNER !

🔴  La France insoumise et ses 71 députés sont au service des Françaises et des Français face à l'inflation et l'accaparement des richesses par l'oligarchie.

✅ La dissolution, nous y sommes prêts ! 
Avec la #Nupes, la France Insoumise propose l’alternative 


📌 Pourquoi La France insoumise, ses origines ? La France insoumise : comment ? La France insoumise : pour quoi faire ?

Autant de questions dont vous trouverez les réponses... ✍️ en cliquant ci-dessous 👇

 

Qu’est-ce que La France insoumise ? - Nouvelle brochure

 

-N'attendez pas la consigne !

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