Le Conseil de paix de Donald Trump se veut être une substitution aux Nations unies, même si le président américain a dit avoir toujours vanté le " potentiel " de l'ONU[3].
Le « Board of Peace » pour Gaza de Trump : diplomatie de façade et remise en cause de l’ordre international[6].
Au sommet des « globalistes »[0] de Davos, Trump, très affaibli, a officiellement lancé son « Board of Peace » (Conseil pour la Paix[1]). Une alliance de 19 Etats qui, contrairement à ce qui était envisagé précédemment, ne se contentera pas de viser à reconstruire Gaza, mais prendra aussi d’autres conflits en cours ou à venir. Pour en faire partie, il faut verser 1 milliard de dollars à Trump.
Moins de 10% des pays de la planète ont décider de se lier à l’hubris américain qui veut recomposer l’ordre international. L’absence d’Israël, le pays le plus concerné par la reconstruction de Gaza après la Palestine, est notable. Trump et sa famille offrent leurs compétences au monde, après les avoir offertes aux Étasuniens. Ces compétences reposent exclusivement sur l’arnaque, la corruption, et la violence. Le Board of Peace n’est pas fait pour durer, mais peut-être que sa nouvelle manière de gérer les affaires internationales, elle, le pourrait. Depuis la victoire éclair au Venezuela et le kidnapping spectaculaire de son ancien président, Nicolas Maduro, les problématiques internationales sont prises à bras-le-corps par l’administration Trump.
Le Board of Peace (BoP) est un délire corporatiste d’Etat sous kétamine. Composé d’individus représentant aussi bien des intérêts privés qu’étatiques, il comprend un empereur (le président du BoP) à vie qui a droit de veto sur tout (Trump), et une cour (le comité exécutif du BoP) :
Nickolay Mladenov, ancien politicien polonais et rapporteur onusien :
et aussi un PDG d’entreprise milliardaire, Marc Rowan.
Le BoP contient un comité exécutif dédié à Gaza spécifiquement, où l’on retrouve les profils les plus invraisemblables, comme un haut responsable du renseignement égyptien, Yakir Gabay (un milliardaire israélien)[3].
Bref, le BoP mélange tous les profils, ravira ceux qui pensent que la politique internationale doit être re-dynamisée, la « sclérosée ONU » ayant fait son temps. Le droit international empêcherait la résolution rapide des conflits, donc pourquoi pas essayer autre chose.
La victime n°1: l’ONU et le droit international
L’ONU est l’anti-thèse du trumpisme. Système rationnel-légal, bureaucratique, il fait la part belle à la négociation. Bien que son Conseil de sécurité soit représentatif de l’ancienne hiérarchie mondiale, avec les 5 pays au droit de veto[4], et puisse être largement critiqué, il offre la possibilité de le critiquer. Mais ce qui est intéressant de rappeler au sujet de l’ONU, ce qu’il n’a peut-être pas réussi à mettre fin à de nombreuses guerres, mais a encouragé les États à se restreindre en matière de conflits depuis la création de l’ONU. Avant 2016, le nombre de conflits dans le monde était au plus bas.
Or, les conflits ne cessent, depuis quelques années, d’augmenter: le nombre de morts dans les conflits armés ne cesse d’augmenter[5] :
2023 et 2024 sont deux des 4 années les plus meurtrières depuis la fin de la Guerre Froide.
2025 a été pire encore.
L’ONU a rendu hors-la-loi le conflit comme résolution des différends ; l’organisation n’a certes jamais réussit à arrêter la plupart des conflits, mais elle a réduit leur nombre et promu une culture de paix, et calmé les ardeurs militaires en normalisant le commerce et le droit comme échanges privilégiés entre nations.
Trump ambitionne de remplacer l’idéal libéral onusien par une oligarchie internationale du BoP, aux valeurs conservatrices et rejetant la raison du succès des démocraties[3] : l’Etat de droit, le processus légal. Depuis la première administration Trump, la désaffection envers l’ONU par de nombreux pays n’est pas feinte ;
si la plus grande armée du monde s’en désintéresse totalement… pourquoi accorder le moindre intérêt à l’ONU ?
Pourquoi engager des ressources si c’est pour se faire critiquer, et ne rien résoudre ?
Est-ce que nous allons perdure l’ONU en raison du BoP ?
Mais nous pourrions tous, collectivement, être victime
Est-ce que des 19 membres aujourd’hui, nous verrons progressivement plus d’Etats prêter allégeance à l’Empereur Trump ? En politique, les certitudes sont dangereuses, et personne n’aurait parié en 2024 qu’un homme condamné pour viol, fraude électorale et fraude économique, poursuivit pour sédition et tant d’autres choses, puisse devenir à nouveau président des Etats-Unis.
🔴 Mais il faut précisément se débarrasser des réflexes qui nous portent à accorder tant de rationalité aux acteurs : Trump et sa famille sont des spécialistes en arnaques. Fausse université, faux téléphones portables, bibles signées, vodka, casinos… l’objectif unique de Trump a été de s’enrichir et augmenter son pouvoir personnel. Il n’a aucun respect pour sa fonction, ni pour la destinée américain. Il n’est pas un politicien, pas même un très bon homme d’affaire, mais il excellent toutefois dans un métier : celui de producteur. Trump sait se mettre en scène et inspirer des émotions radicales, qui ne laissent personne indifférent. Le président étasunien n’est pas intéressé par les compétences, c’est pourquoi il s’est entouré d’une cour pour son deuxième mandat. On peut ainsi acheter les faveurs de Trump en espèce sonnante et trébuchante, mais aussi en fidélité. L’expertise est balayée, Trump est un populiste opportuniste, c’est-à-dire qu’il remplace l’ancienne élite, celle des intellectuels et technocrates, par la sienne, familiale et amis milliardaires.
🔴 La marque de fabrique de Trump est de beaucoup parler, et ne rien savoir construire. Symbole de sa manière d’opérer, l’aile est de la Maison Blanche, promptement détruite sans plan pour reconstruire, et dont le budget n’a cessé d’augmenter au fil des mois, jusqu’à atteindre la somme 400 millions récemment. Ou encore, son arnaque lancée alors qu’il était déjà investi comme président, des téléphones portables « Trump » dorés, que ses fans attendent toujours de recevoir, presque une année après leur pré-commande. Le modus operandi de Trump a toujours été celui de détruire, car cela impressionne. Et construire, uniquement lorsqu’on ne peut pas filer à l’anglaise avec l’argent récolté
🔴 Le BoP n’est pas différent. Il s’agit cependant cette fois-ci une arnaque internationale, destinée à escroquer des pays cette fois-ci, et faire oublier les problèmes rencontrés dans les affaires intérieures. Il y aura inflation financière, Trump demandera toujours plus d’argent aux membres. La reconstruction de Gaza, pour peu qu’elle se concrétise, se fera avec des fonds douteux, avec du béton qui s’effondrera à la première intempérie. Trump n’a rien inventé, la Mafia le fait depuis toujours.
🔴 Mais cette arnaque trop invraisemblable pour être adaptée au cinéma pourrait aura des conséquences réelles sur l’ONU. Le désengagement des USA délégitimise l’organisation international, ou même l’engagement de la société civile à l’international. Ceux qui pensent que la voie suivie par les Etats-Unis est la même que précédemment, mais seulement moins hypocrite, se trompent : ils ont toujours eu des méthodes de gangster, mais oeuvraient pour un monde plus stable. La paix ou la démocratie ne sont aujourd’hui plus une préférence des Etats-Unis. Et le monde, sans le droit international, pourrait revenir à l’Etat qui était le sien avant le droit international.
Car oui, ce à quoi nous assistons en ce moment, ressemble bien à la fin de la domination de l’empire US sur le reste du monde et probablement par implosion, ce qui pourrait abréger son agonie. Il faut dire que les États-Unis d’Amérique étaient depuis au moins quatre-vingt ans la première puissance économique du monde, dominant de loin toutes les autres nations, surtout depuis l’implo
L’ère qui s’ouvre n’est pas celle d’un monde multipolaire équilibré, mais celle d’un système international hiérarchisé, rigide et polarisé, dans lequel la neutralité devient un luxe stratégique de plus en plus inaccessible.
La publication, début décembre 2025, de la « nouvelle doctrine de sécurité nationale » des États-Unis marque une rupture brutale par son caractère ouvertement militariste, autoritaire et idéologiquement réactionnaire[2].
À rebours de l’image d’un Trump imprévisible et chaotique, le second mandat du président américain révèle une architecture stratégique froide, méthodique et profondément transactionnelle. Entre encerclement de la Chine, subordination de l’Europe et verrouillage de l’Afrique du Nord, les États-Unis redessinent l’ordre mondial non plus autour du droit international, mais autour de rapports de force énergétiques, technologiques et militaires. Nous assistons à la naissance d’un nouvel âge : celui de l’hégémonie verrouillée.
Dans les années qui suivent l’élection présidentielle américaine de 2024, l’ordre mondial semble se déployer selon des règles nouvelles et moins visibles que celles du droit international : des rapports de force énergétiques, technologiques et militaires prennent le pas sur les coalitions et les normes. Le présent article s’attache à décrire ce basculement, non comme une prophétie abstraite, mais comme une dynamique plausiblement encastrée dans les choix et les pratiques d’une puissance qui a démontré, depuis son installation au sommet, une capacité à redessiner les contours de l’influence des États-Unis.
Ce texte avance l’hypothèse d’un “ Grand Basculement Géopolitique ” entre 2025 et 2028, où l’hégémonie américaine se déploie selon une logique de verrouillage et de segmentation de l’espace international. L’argument central est que le recours croissant à des instruments matériels et coercitifs, contrôle des flux énergétiques, réorganisation des chaînes de valeur, maîtrise des accès maritimes et des hubs stratégiques, peut conduire à une systématisation de la puissance en dehors d’un cadre multilatéral traditionnel. Dans ce cadre, l’Europe, déjà confrontée à une valse des loyautés et des dépendances, se voit redéfinir son autonomie stratégique :
la Chine et la Russie évoluent sous la pression d’une compétition qui se déplace des idéologies vers les conditions matérielles de la puissance ;
et l’Afrique du Nord occupe une position centrale, non plus périphérique, dans le dispositif de sécurité et d’économie régionale.
🔴La thèse porte sur trois axes : les mécanismes par lesquels Washington cherche à “ verrouiller ” des flux et des ressources
les coûts et les contraintes imposées à ses partenaires et adversaires ;
et les marges d’action possibles pour l’Europe et les autres acteurs structurants du système international.
L’objectif est moins d’établir une prédiction définitive que d’interroger les dynamiques de pouvoir qui semblent déjà avoir modelé une période charnière — une période où la stabilité internationale se mesure moins au respect des traités qu’à la capacité de contrôler les leviers matériels du pouvoir.
En dégageant les logiques internes de ce projet, l’article invite à réfléchir non seulement à ce qui pourrait advenir, mais aussi à ce que ces scénarios impliquent pour les choix stratégiques, économiques et moraux des États et des sociétés. Il convient enfin de rappeler que, même si les flux et les alliances peuvent paraître immuables, l’histoire géopolitique a toujours su réécrire les règles : la question est précisément de savoir qui aura l’influence suffisante pour le faire à l’échelle du XXIe siècle.
1.2025–2026 : Le retour du “ réalisme musclé ” L’année 2025 marque une rupture nette avec les illusions multilatérales de l’après-guerre froide. Washington n’agit plus comme l’architecte d’un ordre global, mais comme le gestionnaire brutal de zones d’intérêt vital.
🔴L’intervention décisive au Venezuela, début 2026, constitue un signal sans ambiguïté[0].
En mettant fin à l’ère Maduro, les États-Unis sécurisent les plus grandes réserves pétrolières mondiales tout en expulsant physiquement l’influence russe et chinoise du continent sud-américain. Il ne s’agit pas seulement d’énergie, mais de réaffirmer la doctrine Monroe dans sa version XXIᵉ siècle : tolérance zéro pour toute puissance rivale dans l’hémisphère occidental.
▶️ Cette séquence inaugure ce que l’on pourrait appeler l’An I du fait accompli stratégique.
2. L’encerclement de la Chine : de l’intégration à l’asphyxie Le cœur du projet trumpien n’est plus la négociation avec Pékin, mais son isolement progressif.
▶️ En Asie :les droits de douane atteignant 60 %, combinés à une militarisation accrue du détroit de Taïwan, forcent la Chine à une posture défensive coûteuse. L’objectif n’est pas la guerre ouverte, mais l’épuisement économique et stratégique.
▶️En Afrique : c’est sur ce continent que se joue la bataille décisive des ressources. En ciblant la Côte d’Ivoire (hub logistique et portuaire) et l’Afrique du Sud (minerais critiques)[1], Washington cherche à court-circuiter les Routes de la Soie. Privée de ses intrants industriels essentiels, l’économie chinoise perd son avantage structurel. La domination n’est plus idéologique : elle est logistique et minérale.
3.Afrique du Nord : le nouveau verrou stratégique La véritable innovation du second mandat de Trump réside dans la centralité accordée à l’Afrique du Nord. Longtemps considérée comme périphérique, elle devient le centre de gravité du corridor Europe-Afrique.
▶️ En renforçant sa présence militaire, navale et technologique de la Tunisie au Maroc, Washington contrôle :
les flux commerciaux transitant par Gibraltar,
les routes énergétiques algériennes et libyennes,
et, par ricochet, la survie industrielle de l’Europe.
Celui qui tient le robinet énergétique du Maghreb tient l’économie allemande et italienne. Cette réalité transforme les États-Unis en arbitres directs de la souveraineté européenne.
4.La subordination méthodique de l’Europe Loin d’être un allié émancipé, l’Union européenne apparaît comme la grande perdante de ce basculement.
▶️ L’arme migratoire :En influençant les accords sécuritaires et migratoires avec les pays nord-africains, Washington dispose d’un levier redoutable. Stabiliser ou déstabiliser les flux devient une variable d’ajustement diplomatique, contraignant Bruxelles à accepter des concessions commerciales et stratégiques majeures.
▶️ Le détournement des chaînes de valeur :Les États-Unis implantent des Zones Économiques Spéciales sous contrôle américain, notamment au Maroc et en Afrique de l’Ouest.
Résultat : le Maghreb cesse d’être l’arrière-cour industrielle de l’Europe pour devenir l’atelier externalisé de l’économie américaine, hors normes réglementaires européennes.
5.Russie marginalisée, Chine contenue La Syrie, la Somalie et l’arc méditerranéen ne sont plus des théâtres de “ guerres éternelles ”, mais des avant-postes de contrôle. La Russie est contenue loin des mers chaudes, la Chine empêchée d’accéder durablement à la Méditerranée. Un rideau de fer nouveau genre s’abat : commercial, numérique, énergétique et géographique.
6.La doctrine de la continuité La question n’est plus de savoir si ce projet survivra à Trump, mais comment. En trois ans, l’administration américaine a :
Purgé l’appareil d’État,
Verrouillé des traités bilatéraux de long terme,
Relocalisé une partie de son complexe militaro-industriel dans les zones clés.
Le successeur de Trump, même issu d’un camp opposé, héritera d’une hégémonie déjà installée, difficilement réversible sans coût systémique majeur.
Vers une hégémonie américaine de verrouillage systémique Le second mandat de Donald Trump ne constitue ni une anomalie historique ni une parenthèse populiste, mais l’expression la plus aboutie d’un basculement structurel du système international. Derrière une apparente brutalité décisionnelle se dessine une logique cohérente de réalisme offensif assumé, dans laquelle la stabilité ne repose plus sur le droit international ou la coopération multilatérale, mais sur la contrainte, la dépendance et le contrôle des flux stratégiques.
🔴Ce que Washington met en place entre 2025 et 2028 ne relève pas de la construction d’un nouvel ordre mondial normatif, mais de l’instauration d’un système de verrouillage hégémonique. Les États-Unis ne cherchent plus à diriger le monde par le consensus, mais à le fragmenter en zones de loyauté différenciées, reliées à leur centre par des chaînes énergétiques, technologiques, logistiques et sécuritaires étroitement contrôlées. Dans cette configuration, l’Afrique du Nord cesse d’être une périphérie instable pour devenir une infrastructure géopolitique centrale, essentielle à la fois à l’encerclement de la Chine, à la marginalisation de la Russie et à la subordination durable de l’Europe.
🔴L’Union européenne apparaît dès lors comme le paradoxe majeur de cette reconfiguration. Puissance économique de premier plan, elle se révèle incapable de convertir ses capacités en autonomie stratégique effective. Dépourvue de souveraineté énergétique, dépendante militairement et structurellement vulnérable sur le plan migratoire, elle se trouve objectivement intégrée au dispositif américain non comme partenaire égal, mais comme espace régulé placé sous protection conditionnelle.
🔴La Chine, quant à elle, est confrontée à une forme de conflictualité inédite. Plus qu’un affrontement militaire direct, elle subit une guerre de position structurelle, visant à l’exclure progressivement des nœuds logistiques, miniers et numériques indispensables à la reproduction de sa puissance économique. La rivalité sino-américaine se déplace ainsi du terrain idéologique vers le contrôle des conditions matérielles de la puissance.
🔴Pour l’Afrique du Nord, ce basculement revêt un caractère tragique. Il impose un choix étroit entre une croissance accélérée sous tutelle stratégique américaine et la recherche risquée d’une autonomie susceptible de transformer la région en principal théâtre de confrontation entre les grandes puissances du XXIᵉ siècle. Dans les deux cas, les marges de manœuvre se réduisent rapidement.
🔴Le monde post-2025 ne marque pas la fin de l’histoire, mais la fin de ses illusions. L’ordre libéral international n’a pas été renversé par ses adversaires : il a été méthodiquement abandonné par son principal architecte.
En définitive, l’ère qui s’ouvre n’est pas celle d’un monde multipolaire équilibré, mais celle d’un système international hiérarchisé, rigide et polarisé, dans lequel la neutralité devient un luxe stratégique de plus en plus inaccessible.
La loyauté supplante l’adhésion, la dépendance remplace la coopération, et la géopolitique retrouve sa nature première : la gestion brute des rapports de force.
On ne peut pas comprendre l’enlèvement de Nicolas Maduro si l’on ignore les masses financières colossales associées à un changement de régime à Caracas[4].
Politique intérieure américaine Au dos de chaque billet d’un dollar, la phrase Novus Ordo Seclorum (« Un nouvel ordre pour les siècles ») fait allusion au principe qui guide la nouvelle stratégie de sécurité des États-Unis
L’attaque contre le Venezuela et la capture du président Nicolás Maduro[0] annoncent le découplage des États-Unis de Trump de l’ordre international fondé sur des règles et la fin de l’ordre libéral dans son ensemble. Un nouvel ordre international est en train d’émerger, fondé sur l’usage de la force, le révisionnisme et la sécurité pour le continent américain.
Voici cinq clés pour comprendre les conséquences de l’intervention militaire et le nouvel ordre qu’elle inaugure.
Sources :The Conversation Juan Luis Manfredi | mis à jour le 24/01/2026 1. Élargissement des pouvoirs présidentiels Cette attaque consacre[0] cette nouvelle doctrine d’un président « impérieux », qui met en œuvre ses décisions sans attendre l’approbation du Congrès, la validation juridique ou l’avis des médias.
▶️ Avec l’affaiblissement des freins et contrepoids, la deuxième administration Trump est libre de présenter le nouvel ordre comme une question de sécurité pressante : les États-Unis étant en guerre contre le trafic de drogue (ou l’immigration) et menacés par de « nouvelles puissances » (euphémisme pour désigner la Chine), ils n’ont pas besoin de respecter les procédures ou les délais habituels.
▶️ Trump s’identifie aux présidents fondateurs historiques des États-Unis, tels que Washington, Lincoln et Roosevelt. Tous trois étaient des leaders charismatiques, et à l’approche du 250e anniversaire de la république américaine,ces comparaisons alimentent la rhétorique autoritaire de Trump.
🔴L’érosion du système politique et juridique américain est indéniable. Le président a approuvé un vaste ensemble de réglementations qui favorisent les mesures d’urgence, un état de crise permanent et la suppression de l’opposition politique et du système judiciaire. L’attaque contre le Venezuela est une nouvelle étape importante dans la reconfiguration des relations de la présidence avec les pouvoirs législatif et judiciaire, conformément à la tradition hamiltonienne d’un pouvoir exécutif fort et unificateur.
2. L’Amérique (latine) pour les Américains (des États-Unis) Sur la scène internationale, l’attaque contre le Venezuela fait progresser un programme diplomatique fondé sur la défense des intérêts nationaux. La notion d’« Amérique pour les Américains » a fait un retour en force : le Panama, le Mexique et le Canada ont tous été contraints de se plier à la volonté de Trump, tandis que l’administration continue de faire pression pour prendre le contrôle le Groenland[1].
▶️ En Amérique latine, les gouvernements de gauche du Brésil et de Colombie mènent l’opposition régionale aux États-Unis, tandis que le nouveau président chilien José Antonio Kast et l’Argentin Javier Milei sont les alliés idéologiques de Trump. L’ensemble du continent connaît un vaste mouvement en faveur des partis nationalistes de droite qui s’opposent à l’immigration.
▶️ Si la transition post-Maduro au Venezuela s’aligne sur ces valeurs, tout espoir d’unité nationale et de transition pacifique vers une démocratie pleine et entière disparaîtra.
3. Contrôle des ressources Une fois de plus, tout tourne autour du pétrole, mais pour des raisons différentes de celles qui prévalaient en Irak.Dans un monde où la mondialisation a cédé la place à la géoéconomie, les États-Unis veulent projeter leur puissance sur les marchés internationaux de l’énergie et leur réglementation. Les infrastructures, les ports et les minéraux du Venezuela sont essentiels pour y parvenir.
▶️ Les États-Unis ne veulent donc pas seulement que le pétrole vénézuélien alimente leur marché intérieur, ils veulent également imposer les prix internationaux et dominer l’offre. Leur nouvelle approche vise à aligner la souveraineté énergétique et le développement technologique sur le commerce et la sécurité.
▶️ Pax Silica[2] – l’alliance internationale dirigée par les États-Unis et signée fin 2025 pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement des technologies critiques telles que les semi-conducteurs et l’IA – inaugure une ère de diplomatie transactionnelle : des puces informatiques en échange de minéraux. Pour le « nouveau » Venezuela, ce sont ses réserves de pétrole qui lui permettront de prendre part à cette nouvelle dynamique de pouvoir.
4. Réalignement géopolitique La conception américaine de la notion de territoire nourrit une politique étrangère révisionniste fondée sur la souveraineté – similaire à celles de la Chine, d’Israël ou de la Russie – qui trouve ses racines dans le concept de « nomos », tel que défini par le philosophe allemand Carl Schmitt au milieu du XXe siècle. Il s’agit d’une vision du monde où la division des nations en « amis ou ennemis » prévaut sur une vision libérale régie par la coopération, le droit international, la démocratie et le libre marché.
▶️ Selon cette logique, des sphères d’influence émergent, les ressources sont réparties et les blocs de pouvoir s’équilibrent, comme le montrent les exemples ci-dessus :
sans opposition, la Chine dominerait l’Asie du Sud-Est ;
la Russie réduirait son effort de guerre en échange de 20 % de l’Ukraine et du contrôle de ses ressources matérielles et énergétiques ;
et Israël redessinerait la carte du Moyen-Orient et conclurait des accords commerciaux avec les pays voisins.
5. L’Europe, la démocratie et Hobbes Des idéaux comme la démocratie, l’État de droit et le libre-échange s’estompent rapidement, et faute de moyens efficaces, les choses ne se présentent pas bien pour l’Union européenne. Comme nous l’avons vu avec Gaza, l’UE a souvent de forts désaccords idéologiques avec d’autres grandes puissances, mais elle n’inspire pas suffisamment le respect pour faire quoi que ce soit. L’intervention militaire des États-Unis ressuscite le réalisme politique hobbesien, où la liberté est cédée à un souverain absolu en échange de la paix et de la sécurité.
🔴En quelques mots.. Dans le nouvel ordre de Trump, c’est l’autorité présidentielle – et non la vérité, les lois ou les valeurs démocratiques – qui a le dernier mot.
Politique intérieure américaine 2026 est une année électorale aux États-Unis, avec trente-neuf élections gouverneuriales et une série d’élections locales et régionales qui se dérouleront entre mars et novembre. ([NDLR] Un sondage révèle que deux tiers des Américains n’approuvent pas l'intervention au Venezuela qui a renversé Nicolás Maduro.[3])
🔴À travers son intervention au Venezuela, l’administration Trump débat en fait de la question de la succession.
Une faction, menée par JD Vance, souhaite éviter les problèmes à l’étranger et rénover son modèle économique industriel.
L’autre, menée par le secrétaire d’État Marco Rubio, est déterminée à reconstruire l’ordre international avec des États-Unis forts et dominants.
L’issue de l’opération vénézuélienne pourrait faire pencher la balance et déterminer qui succédera à Trump lors des élections présidentielles de 2028.
🔴L’attaque contre le Venezuela ne se résume pas à une opération d’ingérence dans la région Elle reflète également les mutations que connaît notre époque. Alors que le trumpisme international se limitait auparavant à des slogans désordonnés, il fait désormais ses premiers pas dans la stratégie militaire. L’époque du « pouvoir doux », des relations transatlantiques et de la paix en Ibéro-Amérique est révolue. Un nouvel ordre est en train de naître.
Les déclarations de Donald Trump sur le Groenland sont-elles un moyen de détourner l’attention d’autre chose ?
Groenland : Trump fait monter la pression sur l'UE enpromettant d'imposer des droits de douane de 10 % à huit pays européens, dont la France[14].
Le président états-unien a de nouveau suscité polémique et réprobation en réaffirmant sa volonté d’annexer le territoire autonome danois situé entre l’Atlantique Nord et l’océan Arctique[2]. L’Union européenne a exprimé sa solidarité envers le Groenland et le Danemark.
Noël à la sauce Trump Donald Trump a de nouveau réservé un drôle de cadeau de Noël au Groenland, l’île la plus grande au monde – près de quatre fois la France avec une superficie de plus de deux millions de kilomètres carrés – peuplée de 57 000 habitant·es, en grande majorité des Inuit·es. Un territoire situé au large des côtes canadiennes, entre l’Atlantique Nord et l’océan Arctique, dont il souhaite s’emparer pour des raisons stratégiques et économiques, « d’une manière ou d’une autre », avait-il lancé dans son discours sur l’état de l’Union en mars[0].
▶️Il y a un an, à peine élu et à quelques mois de son retour à la Maison-Blanche, il avait déjà suscité la polémique en s’adressant, dans son message de Noël 2024, « au peuple du Groenland, dont les États-Unis ont besoin pour des raisons de sécurité nationale et qui souhaite la présence américaine sur place : nous y serons ![1] ».
▶️Un an plus tard, [NDLR : le 21 décembre 2025] le président états-unien récidive dans la provocation en annonçant la nomination d’un envoyé spécial pour le Groenland, pays constitutif du royaume de Danemark et territoire d’outre-mer associé à l’Union européenne(UE)[2].Il s’agit de l’actuel gouverneur de la Louisiane, le Républicain Jeff Landry, un allié fidèle de Donald Trump.
« Jeff comprend à quel point le Groenland est essentiel à notre sécurité nationale et défendra avec vigueur les intérêts de notre pays pour la sûreté, la sécurité et la survie de nos alliés, et même du monde entier », a-t-il écrit dimanche dans un message publié sur son réseau social Truth Social[2].
« Sécurité nationale » Interrogé lundi par les journalistes, Donald Trump a expliqué qu’il s’agissait d’une question de « sécurité nationale » et non de « ressources minières ». « Nous avons déjà tellement de gisements de minéraux, de pétrole et autres, a-t-il déclaré.Si vous regardez le Groenland, si vous regardez le long de ses côtes, vous verrez des navires russes et chinois partout. Nous en avons besoin pour notre sécurité nationale. Il nous le faut.[3] »
Landry, qui ne peut se targuer d’aucune expérience en matière de questions internationales et de diplomatie, s’est expliqué sur la chaîne de télévision trumpiste Fox News. « Il y a près d’un an, personne ne parlait du Groenland, a-t-il dit. Et tout d’un coup, Donald Trump arrive et dit : la doctrine Monroe existe bien, il est nécessaire de protéger les intérêts américains dans ces pays et dans l’hémisphère occidental [les Amériques selon la vision stratégique de Washington – ndlr]. »
Aaja Chemnitz, élue groenlandaise au parlement danois : " Le Groenland n’est pas à vendre. L’avenir du Groenland dépend de nous. "
Base spatiale de Pituffik
Situé entre l’Atlantique et l’Arctique, le Groenland appartient au royaume de Danemark, allié des États-Unis et membre de l’OTAN, mais bénéficie de son propre gouvernement et parlement dans le cadre de l’autonomie accordée en 1979 puis renforcée en 2009.
Le territoire, où les États-Unis disposent d’une base militaire à Pituffik[4] depuis les années 1950, suscite les convoitises des grandes puissances comme à l’époque de la guerre froide, à la fois pour des raisons stratégiques et économiques, car il dispose dans son sous-sol de richesses minières indispensables aux industries des nouvelles technologies, comme les métaux rares. Cependant les conditions extrêmes et l’opposition du gouvernement local pour des raisons environnementales ont empêché l’exploitation.
🔴 L’exemple de la Louisiane Affirmant que « les États-Unis ont toujours été un pays accueillant » [sic], Jeff Landry a mis en avant l’histoire de la Louisiane – un territoire baptisé par les colons français en l’honneur du roi de France Louis XIV.
▶️ « Nous représentons la liberté, la force économique, la protection, a-t-il affirmé. Personne ne le sait mieux que la Louisiane. Ma famille est installée en Louisiane depuis plus de trois cents ans. Nous avons vécu sous plus de drapeaux que quiconque sur le continent des États-Unis. Nous avons fini par nous installer sous le drapeau des États-Unis et c’est la raison pour laquelle la Louisiane a mieux vécu. C’est un sujet dont nous devons discuter avec les habitants du Groenland. »
🔴 Le Groenland n’est pas à vendre. L’avenir du Groenland dépend de nous.
« Il est le bienvenu au Groenland, nous sommes prêts à collaborer avec les États-Unis, mais tout cela doit se faire dans le respect de la souveraineté du Groenland et de ses habitants et, encore une fois, je le répète, le Groenland n’est pas à vendre. L’avenir du Groenland dépend de nous », réagit auprès de Mediapart Aaja Chemnitz, élue groenlandaise au parlement danois et membre de Inuit Ataqatigiit (IA, « La communauté du peuple »), appartenant à la gauche indépendantiste.
Ces derniers mois, Trump a multiplié les déclarations agressives à tel point que, selon les révélations du journal Politiken fin novembre, le ministère des affaires étrangères danois a mis en place, en raison du décalage horaire, une « veille de nuit » pour surveiller les déclarations et les mouvements du président états-unien pendant que le Danemark dort[5].
Elle commence à 17 heures, heure locale, tous les jours et, à 7 heures du matin, un rapport est produit et distribué au sein du gouvernement danois et des départements concernés sur ce qui a été dit et ce qui s’est passé, selon le quotidien danois.
On ne peut pas annexer un autre pays. Même en invoquant la sécurité internationale. Washington a montré aussi sa volonté d’accroître sa présence militaire dans l’Arctique face aux rivaux russe et chinois.
▶️En octobre, les garde-côtes états-uniens ont ainsi annoncé l’achat à la Finlande de quatre brise-glaces[6], renforçant ainsi la capacité des États-Unis à déployer des moyens militaires dans l’Arctique. L’accord a été dévoilé au moment où Donald Trump recevait à la Maison-Blanche le président finlandais Alexander Stubb.
▶️ Selon des déclarations d’un responsable américain à CNN, au total Washington souhaite acquérir 11 navires de ce type (Quatre seront construits en Finlande et sept aux États-Unis), pour un budget d’environ 6,1 milliards de dollars (plus de 5 milliards d’euros)[7].
🔴 Mais les ambitions hégémoniques de Trump rencontrent l’hostilité du Danemark et du Groenland. La première ministre danoise Mette Frederiksen et le premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen ont dénoncé, dans un texte commun lundi, les desseins de Trump : « On ne peut pas annexer un autre pays. Même en invoquant la sécurité internationale. » « Le Groenland appartient aux Groenlandais et les États-Unis ne doivent pas s’en emparer », affirme le communiqué conjoint[8].
Lors des élections législatives organisées en mars, la seule formation favorable à l’administration Trump avait été balayée[11].
▶️ Copenhague a également convoqué l’ambassadeur des États-Unis. « Je suis profondément indigné par cette nomination et par cette déclaration, que je trouve totalement inacceptables », a réagi le ministre danois des affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen dans un entretien avec la chaîne de télévision TV2 Danmark[9].
▶️ En août dernier, le représentant diplomatique des États-Unis avait déjà été convoqué après des informations selon lesquelles trois Américains proches du président Trump menaient des opérations d’influence secrètes au Groenland[10].
▶️ De leur côté, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, António Costa, ont également insisté sur le fait que l’intégrité territoriale et la souveraineté étaient des « principes fondamentaux du droit international ». «Ces principes sont essentiels non seulement pour l’Union européenne, mais aussi pour les nations du monde entier. Nous sommes pleinement solidaires du Danemark et du peuple du Groenland[12]», ont-ils écrit sur X.
▶️ Emmanuel Macron, qui s’était rendu à Nuuk, capitale du Groenland en juin, a jugé mardi que le territoire autonome « appartient à son peuple » et que « le Danemark en est le garant ». « J’associe ma voix à celles des Européens pour exprimer notre pleine solidarité[13] », a-t-il écrit sur X.
Le 10 décembre, dans son évaluation annuelle des menaces, les services de renseignement militaire danois ont exprimé leurs inquiétudes au sujet des États-Unis, faisant référence à l’arme des droits de douane utilisée contre les pays alliés de Washington. Une première dans l’histoire des relations entre les deux pays.
Maisons détruites après les bombardements israéliens qui ont visé un quartier résidentiel du camp de réfugiés d’Al Shati, ville de Gaza, 29 octobre 2025.
Dans un rapport publié le 27/11/2025, Amnesty International dénonce la poursuite du #génocide dans l’enclave de #gaza, malgré l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu[9]
Pour la première fois, en Janvier 2026 Israël reconnait le bilan de 70 000 morts à Gaza avancé par le Hamas. Ce décompte n'inclut pas les personnes mortes de faim, ni d'aggravation de maladies, depuis le début de la guerre[10].
Entretien avec Gilbert Achcar à l’occasion de la sortie de son dernier livre " Gaza, génocide annoncé – Un tournant dans l’histoire mondiale "
Gilbert Achcar est un chercheur franco-libanais et écrivain. Depuis 2007, il est professeur à la School of Oriental and African Studies (SOAS) de l'Université de Londres, donnant des cours sur les questions de développement et de relations internationales.
Joseph Daher : Bien loin des illusions qu’il promeut, en quoi le « plan de paix » pour Gaza en vingt points du président Trump[0]constitue-t-il une nouvelle étape pour liquider la question palestinienne et les droits du peuple palestinien ? Quel devrait être selon toi, les bases fondamentales d’un véritable « plan de paix » pour assurer les droits du peuple palestinien ? Gilbert Achcar :La première caractéristique de ce « plan de paix » est qu’il est le plus bâclé de l’histoire du conflit israélo-arabe, comme je l’ai décrit tout récemment dans Le Monde diplomatique (novembre 2025[1]). C’est pourquoi il y a un grand scepticisme quant à sa réalisation, d’autant plus qu’il fait l’objet d’interprétations divergentes de la part des principaux protagonistes.
🔴 Ce qui est très clair, c’est que ce « plan Trump » fait fi du droit à l’autodétermination du peuple palestinien.
Il envisage un maintien à long terme de l’occupation israélienne à Gaza – dans un « périmètre de sécurité » le long de la frontière de l’enclave, à tout le moins – et place le reste du territoire sous la tutelle quasi coloniale d’un conseil d’administration dit « Conseil de paix », présidé par Donald Trump lui-même.
Ce Conseil est censé compter parmi ses membres l’ex-premier ministre britannique Tony Blair[2], partenaire des États-Unis dans l’invasion de l’Irak en 2003 et dont le CV inclut les tutelles inspirées des mandats coloniaux de la Société des Nations (ancêtre de l’ONU), tant au Kosovo qu’en Irak.
De droit du peuple palestinien à l’autodétermination et d’État palestinien, il n’est question que sous la forme d’une hypothèse d’avenir qui ne sera envisagée que si l’Autorité palestinienne (AP) est « réformée » au goût d’Israël et des États-Unis. Quand on sait que l’AP actuelle est déjà honnie par la très grande majorité des Palestinien·nes parce qu’elle est perçue comme soumise à l’occupant, on peut imaginer à quoi ressemblerait une AP « réformée » dans ce sens.
🔴Pour qu’un règlement pacifique des rapports israélo-palestiniens puisse voir le jour de manière convaincante et durable, il devrait prendre comme principe de base les droits du peuple palestinien
Concrètement : l’autodétermination, le retour et la compensation des réfugié·es, et l’égalité des droits. En somme, il faudrait mettre fin au sionisme en tant qu’entreprise coloniale fondée, comme toute entreprise de cette nature, sur un mépris raciste des indigènes et axée autour d’un État défini sur une base ethnico-religieuse en tant qu’État « juif ». Alors seulement sera-t-il possible pour la population judéo-israélienne de coexister pacifiquement et égalitairement avec la population palestinienne.
Dans cette perspective, il faudrait :
la libération de tou·tes les prisonnier·es palestinien·nes détenu·es par Israël ;
le retrait total et inconditionnel de l’armée israélienne de tous les territoires occupés depuis 1967, c’est-à-dire la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, et Gaza (ainsi, bien sûr, que les autres territoires arabes occupés, en Syrie et au Liban) ;
l’évacuation des colons sionistes ;
le démantèlement du mur de séparation ;
ainsi qu’une véritable égalité en droits pour les palestinien·nes qui détiennent la citoyenneté israélienne – aujourd’hui citoyen·nes de deuxième classe dans l’État d’Israël.
Plus immédiatement, à Gaza, outre le retrait de l’occupant, il faudrait imposer à Israël et à son parrain étasunien des réparations massives, permettant de reconstruire et réhabiliter le territoire ravagé par la guerre génocidaire et très destructrice qu’y a menée l’armée israélienne.
Au lieu de cela, Donald Trump, ses fils et leur business familial, son gendre Jared Kushner, son ami Steve Witkoff et son propre fils, tous promoteurs immobiliers, envisagent de faire passer les monarchies pétrolières arabes à la caisse pour financer une reconstruction dont ils tireraient de gros bénéfices. C’est dire à quel point nous sommes loin d’un véritable « plan de paix » même s'il a été adopté par le Conseil de sécurité de l'ONU qui a voté en faveur du déploiement d'une force internationale à Gaza le 17/11/2025[6][8].
Joseph Daher :Tu parles dans ton livre d’un « génocide annoncé » en discutant de la tragédie que vivent les Palestinien·nes depuis le 7 octobre 2023, en insistant notamment sur la nature de colonie de peuplement du projet politique sioniste. Peux-tu nous en résumer les grandes lignes ? Gilbert Achcar :La guerre génocidaire à Gaza s’inscrit en droite ligne dans une histoire qui commence avec la fondation du mouvement sioniste à Bâle à la fin du 19e siècle[3] autour d’un projet conçu comme entreprise auxiliaire de l’expansion coloniale européenne, alors à son apogée. Plusieurs des colonialismes de peuplement qu’a connu l’histoire ont été fauteurs de génocide : il n’est qu’à penser à l’Amérique du Nord et à l’Australasie pour prendre deux exemples bien connus.
🔴Le racisme inhérent à l’entreprise coloniale est ainsi toujours potentiellement génocidaire.
Pour que ce potentiel se réalise, surtout à notre époque, il lui faut des conditions politiques particulières. Celles-ci se rapportent à un autre potentiel inhérent à l’entreprise coloniale, qui est sa tendance à dériver vers l’extrême droite.
Comme l’avaient prévu de nombreux intellectuel·les critiques du sionisme, cette tendance n’a pas tardé à se réaliser dans l’État d’Israël. Après une première période dans laquelle cet État était gouverné par l’aile social-démocrate du mouvement sioniste,l’aile néofasciste, le Likoud, est arrivée au pouvoir en 1977 et s’y est maintenu quasiment en continu depuis lors.
Le gouvernement actuel de Benyamin Netanyahou est une coalition entre le Likoud et des groupes encore plus droitiers, qu’un spécialiste israélien de la Shoah n’a pas hésité à qualifier de néo-nazis dans le quotidien Haaretz.
Joseph Daher : Dans ton livre, tu parles des perspectives de stratégie de libération pour le peuple palestinien, en insistant notamment sur deux points fondamentaux basés sur la lutte de masses et le cadre régional, peux-tu développer ? Gilbert Achcar :Comme toute stratégie, celle visant la libération doit se fonder sur une considération du terrain et des rapports de force.Elle doit se fonder sur la spécificité des conditions.Or, la résistance palestinienne née en 1964 avec l'OLP[4] s’est longtemps inspirée de la lutte de libération algérienne, sans prêter attention aux grandes différences entre l’Algérie où les colons européens étaient minoritaires et la Palestine où la population judéo-israélienne est très majoritaire au sein des frontières officielles de l’État d’Israël et dans un rapport près de l’équivalence avec les Palestinien·nes sur l’ensemble du territoire compris entre le fleuve Jourdain et la mer Méditerranée.
🔴Quant à la disproportion des forces militaires, elle est extrême.
C’est pourquoi une stratégie qui vise à vaincre le sionisme militairement est vouée à l’échec et ne peut aboutir qu’à l’aggravation du malheur palestinien – aujourd’hui à son comble avec le génocide qui a suivi l’opération du 7 octobre 2023, avec de surcroît la menace accrue d’une nouvelle épuration ethnique complétant la Nakba de 1948[5].
Au vu des conditions spécifiques de la lutte palestinienne, elle ne peut triompher qu’en parvenant à gagner à sa cause une majeure partie de la population judéo-israélienne, comme les Noir·es étasunien·nes ne sont parvenu·es à remporter des victoires qu’au moyen d’un mouvement de masse non-violent pour les droits civiques. C’est pourquoi je souligne que pour qu’une stratégie fasse sens pour la lutte palestinienne, elle doit viser à détacher du sionisme une partie croissante de la population judéo-israélienne.La stratégie du Hamas produit l’effet contraire.
Joseph Daher : Finalement, quelles sont les taches de la gauche au niveau international dans le soutien à la cause palestinienne ? Gilbert Achcar :C’est là l’autre levier potentiel dont dispose la lutte palestinienne et qu’il lui faut développer. Il lui faut s’appuyer sur la solidarité internationale.Or, l’horreur de la guerre génocidaire menée par Israël à Gaza a fini par susciter un grand mouvement de solidarité avec les Palestinien·nes dans les pays occidentaux eux-mêmes, soutiens traditionnels de l’État sioniste[7].Cela est d’autant plus important que cette solidarité se manifeste également dans le principal soutien d’Israël que sont les États-Unis – et surtout de la part des Juif·ves américain·nes, de la jeunesse judéo-américaine en particulier.
🔴Mais pour cultiver cette solidarité, il faut également une stratégie qui sache s’appuyer sur les valeurs démocratiques et humanistes qui font la supériorité morale des opprimé·es sur leurs oppresseurs.
La gauche internationale doit contribuer au renforcement d’une telle stratégie, en augmentant son engagement dans le mouvement pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS) plus que jamais à l’ordre du jour face à un État génocidaire.
Il faut continuer d’exiger des États la rupture des relations diplomatiques et commerciales, et des relations militaires à plus forte raison, avec l’État d’Israël. Accentuer cette pression est un élément essentiel d’un véritable plan de paix.
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Informations sur l’auteur :
Gilbert Achcar est un chercheur franco-libanais et écrivain. Depuis 2007, il est professeur à la School of Oriental and African Studies de l'Université de Londres, donnant des cours sur les questions de développement et de relations internationales.
Fils d'un industriel, Gilbert Achcar étudie au lycée français de Beyrouth, où il s'engage dans la Jeunesse étudiante chrétienne. Opposé à la guerre du Vietnam et soutien du mouvement palestinien, il indique devenir marxiste en 1967, à partir de la guerre des Six Jours. Il rompt toutefois avec le Parti communiste et rejoint un groupe communiste dissident, refusant à la fois le nationalisme arabe et stalinisme.
Il a vécu au Liban jusqu'en 1983, date de son arrivée en France. Jusqu'en 2003, il a été professeur de sciences politiques et de relations internationales à l'université de Paris VIII. Il est ensuite parti poursuivre son travail au Centre Marc Bloch de Berlin.
En 2025, dans la continuité de 77 ans d'histoire ponctuée de conflits[0],cette nouvelle guerre génocidaire à Gaza, dont les enjeux sont multiples, dure depuis plus de 24 mois.
Notre responsabilité est importante dans la trajectoire de la résistance internationale et les rochelais assument.
77 ans après la Nakba[2] (la grande catastrophe) qui a vu l'expulsion de 800 000 Palestiniens de leur terre ancestrale vers le Liban, la Syrie, l'Egypte, Gaza et la Cisjordanie... Israël plonge dans la dérive totale pour l'accomplissement du projet sioniste, celui du " grand Israël[1] ".
Résultat : après deux ans de guerre 65 000 morts reconnus, mais combien sous les gravats... Dix fois plus selon des experts militaires qui ont répondu à la commission d'enquête mandatée par l'ONU, terrible estimation reprise par Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale de l'ONU pour la Palestine... et plus de 167.000 ont été blessés à Gaza (les civils représentent plus de 80 % des victimes). Affaiblis par la famine, privés d’aide humanitaire, tués par les frappes de l'armée israélienne et harassés par les déplacements forcés successifs, les Gazaouis désespérés n’entrevoient aucun avenir. Seuls un cessez-le-feu immédiat, un accès humanitaire sans entrave, la libération de tous les otages et des personnes détenues de manière arbitraire par Israël, et la reconnaissance d'un état palestiniens pourront mettre fin aux souffrances des civils... et solidairement, toutes les semaines les rochelais sont mobilisés...
Sources :Eric Durand| mis à jour le 06/0/2026
Les rochelais rassemblés autour du collectif pour la paix en Palestine de Charente-Maritime ne se tairont pas ! Nous continuons à dénoncer le génocide en cours du peuple palestinien et nous exigeons le respect du droit international en Palestine et la liberté des Peuples à disposer d'eux-mêmes.
🔴 L’enjeu des mobilisations pour nous
La première raison est évidente, il s’agit d'enjeux humanitaires et humains, avec les centaines de milliers de morts causées par la guerre, et la menace raciste et fasciste incluse dans ce conflit basé sur un nettoyage ethnique et une idéologie suprémaciste. Nous voulons à tout prix arrêter ce génocide par tous les moyens dont nous disposons. Cela permet de se battre concrètement contre le fascisme et le racisme là-bas, mais aussi ici, car il y a partout des répercussions à cette guerre et l’augmentation du racisme et de l’islamophobie en France explique en partie le changement de paradigme diplomatique de la France par rapport à la situation sur place.
La deuxième raison est un enjeu plus global, nous nous inscrivons dans un soutien inconditionnel au peuple palestinien et à la résistance. Ce n’est pas parce que nous soutenons la résistance aux massacres subis par les Palestinien·nes que nous défendons le projet politique du Hamas. Mais nous considérons que c’est aux Palestinien·nes de choisir leur direction, de se donner les moyens d’en changer, et que notre soutien inconditionnel est la meilleure façon de les y aider.
👉🚩 Le soutien de #Macron au gouvernement Israélien coupable de crimes de guerre est insupportable.
A La Rochelle le 28 OCTOBRE 2023 comme à Marseille, Paris, Londres, partout en France et dans le monde, des millions de voix s’élèvent pour la paix en #Palestine.
👉🚩« Stop au génocide, levée du blocus »
Plus d'enfants sont morts à Gaza que dans toutes les zones de conflit du monde.
❌ Malgré les tornades et la pluie, on est là aujourd'hui 4 novembre 2023 à La Rochelle pour appeler à un cessez-le-feu immédiat à Gaza.
👉🕊️Aujourd'hui 11 Novembre 2023, à La Rochelle on est plus de 400 dans la rue pour appeler à un #CessezLeFeu immédiat à #Gaza.
👉🚩 Aujourd'hui 18 novembre 2023, partout en France (100 000 personnes), et y compris à La Rochelle 👇, aux côtés de plus d'une centaine d'organisations, les insoumis marchent pour que se taisent les bombes, que soient libérés les otages, contre la guerre, pour la paix au Proche-Orient, pour la fin des massacres à Gaza via un cessez-le-feu immédiat. #CessezLeFeu #PourLaPaix #Palestine #Gaza
👉🚩 Aujourd'hui, 24 novembre 2023, à La Rochelle nouvelle marche rochelaise pour la Paix, la Justice en Palestine et un cessez-le-feu permanent.
👉🚩 A La Rochelle aujourd'hui, 2 décembre 2023, plus de 150 rochelais, comme partout en France, comme partout dans le monde, les peuples veulent le cessez-le-feu permanent, la paix et la fin de la colonisation en Palestine.
👉🚩A l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17 on ne lâche rien ! Présent•es à la manifestation pour un cessez-le-feu immédiat et permanent en Palestine de ce samedi 16 décembre 2023, pour continuer d'exprimer notre soutien au peuple palestinien, demander un cessez-le-feu immédiat, la levé du blocus à Gaza et l'arrêt des politiques israéliennes d'apartheid et de colonisation !
👉🚩 A l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17 on ne lâche rien !
Le samedi 23 décembre 2023 nous sommes présent•es à la manifestation pour un cessez-le-feu immédiat et permanent en #Palestine !
👉🚩 Cet après-midi du 6 JANVIER 2024, " place des petits bancs ", nouveau rassemblement rochelais pour la PAIX en Palestine, à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17 : on ne lâche rien !
👉🚩 Cet après midi, 13 janvier 2024 un nouveau rassemblement a eu lieu " Place de la Motte rouge " à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17 : pour les palestiniens, on ne lâche rien !
👉 Le " die in " (symbolisation des morts etdes mortes) s'est tenu sur le port, avec en fond sonore le vacarme des bombardements israéliens, suivi d'une minute de silence.
👉🚩 Cet après midi, 20 janvier 2024 un nouveau rassemblement a eu lieu " Place de la Motte rouge " à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17 : pour les palestiniens, on ne lâche rien !
👉🚩 Pour la PAIX en Palestine, le samedi27 janvier 2024, à La Rochelle on ne lâche rien, répondant à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17 pour la Palestine !
👉🚩 Pour la PAIX en Palestine, le samedi 3 FÉVRIER 2024, à La Rochelle, on est là à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17 pour la Palestine !
👉🚩 Le 10 FÉVRIER 2024, toujours présents à la manifestation rochelaise de soutien & solidarité avec le peuple palestinien à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17 pour la Palestine !
👉🚩 “ Il faut que, pas un jour ne passe, qui puisse donner l’impression que vous soyez complices ou silencieux. A bas le silence ! Ça ne peut être que celui des cimetières, nous sommes les vivants ! ” Nouvelle mobilisation à La Rochelle place de la motte rouge le 9 mars 2024 pour réclamer un Cessez-le-feu immédiat et permanent à Gaza.
👉🚩 #PALESTINE #GAZA : poursuivons l'exigence d'un cessez le feu permanent !
📍 Le samedi 16 mars 2024, les rochelais disent haut et fort " STOP GÉNOCIDE GAZA " !
👉🚩Cet après midi du22 MARS 2024à La Rochelle, nouvelle manifestation pour la #Palestine : le massacre et le génocide doivent s'arrêter. Cessez-le-feu immédiat et durable !
👉🚩 “ Il faut que, pas un jour se passe, qui puisse donner l’impression que nous soyons complices ou silencieux. A bas le silence ! Ça ne peut être que celui des cimetières, nous sommes les vivants ! ” Aujourd'hui 13 avril 2024, nouvelle mobilisation à La Rochelle place de la motte rouge et dans les rues, pour réclamer un Cessez-le-feu immédiat et permanent à Gaza, pour une paix juste et durable entre palestiniens et israéliens.
👉🚩 Nous n’arrêtons pas la mobilisation populaire, malgré la volonté politique de faire taire les porteurs de la parole de la Paix.
Nous nous sommes retrouvés le samedi 20 avril 2024, au pied de la Grande roue - Place du Commandant de la Motte Rouge pour défiler à La Rochelle malgré l'interdiction préfectorale d'accéder au port.
👉🚩 Israël lance son offensive dans le sud de #Gaza en bombardant Rafah : STOP !
⚡ On s'est retrouvé le samedi11 MAI 2024 Place de la Motte rouge à LA ROCHELLE...
👉🚩 Une centaine d'étudiants et personnes de mouvements associatifs et politiques rassemblés devant la Bibliothèque Universitaire de La Rochelle le 14 MAI 2024, à l'appel du comité jeunes pour le #CessezLeFeu en #Palestine...
👉🚩 Un minimum de 40 000 civils tués à #Gaza, sous nos yeux ! Les rochelais poursuivent la mobilisation pour exiger le cessez-le-feu, la reconnaissance de l’État de Palestine, des sanctions contre le gouvernement #Netanyahou en se retrouvant le 8 juin 2024 à la Grande roue - Place du Commandant de la Motte Rouge de La Rochelle
👉🚩 Pour la Palestine, le Liban... la paix au Moyen-Orient, nouvelle mobilisation le samedi 2 NOVEMBRE 2024 à La Rochelle
👉🚩 Israël l'agresseur, doit arrêter de bombarder et de massacrer la population libanaise. Pour la Palestine, le Liban... le Moyen-Orient, le samedi 9 NOVEMBRE 2024 à La Rochelle
👉 54 ème fois dans les rues de La Rochelle. Et aussi longtemps qu'il le faudra !
👉🚩 Mobilisation rochelaise le 23 NOVEMBRE 2024 pour la Palestine, le Liban... le Moyen-Orient
👉🚩 Le samedi 21 DÉCEMBRE 2024, de 17H00 à 18H30 à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17, nouvelle mobilisation sur le port et dans les rues de La Rochelle
👉🚩 Le samedi 4 JANVIER 2025, à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17, nouvelle mobilisation à La Rochelle, pour la paix au Moyen-Orient
👉🚩 Le samedi 11 JANVIER 2025, à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17, nouvelle mobilisation à La Rochelle, pour la paix au Moyen-Orient avec une partie en marche silencieuse car " se taire c'est dire autrement " !
👉🚩 Pour la PAIX en Palestine, le samedi 18 JANVIER 2025, à La Rochelle on ne lâche rien, répondant à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17 pour la Palestine !
👉🚩 Le samedi 1er FÉVRIER 2025, à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17, nouvelle mobilisation à La Rochelle
👉🚩 Le samedi 15 FÉVRIER 2025, à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17, nouvelle mobilisation à La Rochelle...
👉🚩 Le samedi 1er MARS 2025, nouvelle mobilisation à La Rochelle, à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17...
👉🚩 Le samedi 15 MARS 2025, à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17, nouvelle mobilisation à La Rochelle...
👉🚩 Le samedi 22 MARS 2025, à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17, une centaine de citoyens mobilisés à La Rochelle !
👉🚩 Le samedi 19 AVRIL 2025, à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17, nouvelle mobilisation à La Rochelle
👉🚩 Le samedi 26 AVRIL 2025, à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17, sous la pluie, nouvelle mobilisation à La Rochelle
👉🚩 Nous continuons à dénoncer le génocide en cours du peuple palestinien !
🚩 Le samedi 3 MAI 2025 à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17, 78éme mobilisation à La Rochelle
👉🚩 Le #CollectifpourlaPaixenPalestine17 ne se tait pas !
Le samedi10 MAI 2025, nouvelle mobilisation à La Rochelle à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17
👉🚩 Le samedi 17 MAI 2025, à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17, nouvelle mobilisation à La Rochelle...
👉 🚩 Le samedi 24 MAI 2025, à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17, nouvelle manifestation à La Rochelle contre l'offensive terrestre massive de l'armée israélienne sur tout le territoire de Gaza.
👉 📢 La France doit agir immédiatement pour empêcher la destruction totale du peuple Palestinien.
📌 Nouvelle mobilisation le samedi 31 MAI 2025 à La Rochelle à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17
👉 🚩 23 JUILLET 2025, RASSEMBLEMENT CITOYEN SPONTANÉ ET PACIFIQUE à La Rochelle
En plein été, le gouvernement israélien élimine les Palestiniens en les affamant, à #Gaza des enfants meurent de faim chaque jour sous les yeux du monde.En plein été, le gouvernement israélien élimine les Palestiniens en les affamant.
👉 🚩 Les rochelais à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17 refusent de regarder ailleurs et poursuivent la mobilisation le samedi2 AOÛT 2025 à La Rochelle.
👉 🚩 Les rochelais à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17 refusent de regarder ailleurs et poursuivent la mobilisation le samedi 30 AOÛT 2025 à La Rochelle.
👉 🚩 Le samedi 6 SEPTEMBRE 2025 à place des Petits Bancs à La Rochelle une centaine de citoyens mobilisés pour exprimer notre solidarité
👉 🚩 Le samedi 20 SEPTEMBRE 2025 après midi à La Rochelle manifestation de soutien au peuple palestinien
👉🚩 Pour la 100ème fois " Gaza ! Gaza ! La Rochelle est avec toi ! ". Le samedi 27 SEPTEMBRE 2025 après midi à La Rochelle nouvelle manifestation de soutien au peuple palestinien
👉🚩 URGENT - Flottilles arrêtées : rassemblements dans tout le pays pour la protection de la flottille de la liberté !
⚡ Les équipages de la Global Sumud Flotilla ont été arrêtés par l'armée de Netanyahu dans les eaux internationales ce soir.
📍 Mobilisation le 2 octobre 2025, Statue Duperré sur le port de La Rochelle, pour demander la libération immédiate des équipes et la fin du génocide à Gaza.
👉🚩 Le samedi 4 OCTOBRE 2025 sur le port et dans les rues de La Rochelle, nous manifestons notre soutien au peuple palestinien ! 📍 Pour la fin du génocide à Gaza ;
📍 Pour des sanctions immédiates contre Israël ;
📍 Pour la libération immédiate de la #GlobalSumudFlotilla ;
📍 Pour ouvrir Gaza !
👉🚩 Le lundi 6 OCTOBRE 2025 les parlementaires insoumis et les autres français détenus illégalement par Israël sont enfin libres !
⚡ Gloire à elles et eux. Et honte à la France qui les laisse sans aucune solution pour les rapatrier.
📍 Stop au génocide à Gaza, les rochelais vont poursuivre la mobilisation !
👉🚩 Le samedi 11 OCTOBRE 2025 dans les rues de La Rochelle, nous restons mobilisés et manifestons notre soutien au peuple palestinien ! 📍 Après la reconnaissance de l’État de Palestine, l’urgence demeure :
▪️ Retrait des troupes israéliennes de la bande de Gaza, libération de toutes les personnes détenues, dans le cadre d’un cessez-le-feu immédiat et durable.
▪️ Réouverture immédiate de tous les points de passage, et la reprise massive de l’aide humanitaire à Gaza sous le contrôle de l’ONU et des ONG internationales, et l’accès de Gaza aux soignants et journalistes internationaux.
▪️ Arrêt par la France de toute coopération militaire : livraison d’armes, munitions, équipements militaires à Israël, et interdiction de leur transit sur son territoire.
▪️ Reprise immédiate des opérations pour faire sortir des Palestinien-nes de Gaza, notamment des étudiants, des universitaires, des artistes, et leur accueil en France.
▪️ L'engagement par la France de sanctions diplomatiques contre Israël, la remise en cause des accords commerciaux, universitaires et de recherche avec Israël.
▪️ La mise en œuvre par la France des mandats de la CPI et l’ouverture d’enquêtes sur les Franco-israéliens susceptibles d’avoir commis des crimes de guerre.
▪️ La suspension de l’Accord d’Association entre l’Union européenne et Israël.
👉🚩 Le samedi 18 OCTOBRE 2025 nous restons mobilisés dans les rues de La Rochelle à l'appel du #CollectifpourlaPaixenPalestine17 , et manifestons notre soutien au peuple palestinien !
👉🚩 Une nouvelle fois " Gaza ! Gaza ! La Rochelle est avec toi ! ". Le samedi 25 OCTOBRE 2025 après midi à La Rochelle nouvelle manifestation de soutien au peuple palestinien : La Rochelle ne se taira pas !
👉🚩 Une nouvelle fois " Gaza ! Gaza ! La Rochelle est avec toi ! ". Le samedi 1er NOVEMBRE 2025 après midi à La Rochelle nouvelle manifestation de soutien au peuple palestinien : La Rochelle ne se taira pas !
👉🚩 Une nouvelle fois " Gaza ! Gaza ! La Rochelle est avec toi ! ". Le samedi 8 NOVEMBRE 2025 après midi à La Rochelle nouvelle manifestation pour soutenir les droits du peuple palestinien :
▪️ L'auto-détermination du peuple palestinien qui doit être l’acteur de son propre destin et le droit au retour des réfugiés palestiniens
▪️ La fin de l’occupation, de la colonisation, de l’apartheid
▪️ Des sanctions contre Israël
▪️ Un cessez-le-feu définitif et la fin du génocide
👉📢🚩 Ce samedi 15 NOVEMBRE 2025 à La Rochelle nouvelle manifestation de soutien au peuple palestinien : #CessezLeFeu #PourLaPaix #Palestine #goodvibesazaGenocide
👉🚩 Ce samedi 22 NOVEMBRE 2025 à La Rochelle nouvelle manifestation de soutien au peuple palestinien : #CessezLeFeu #PourLaPaix #Palestine #goodvibesazaGenocide
👉📢🚩 Ce samedi 29 NOVEMBRE 2025 à La Rochelle, sous une pluie battante et drue,nouvelle manifestation de soutien au peuple palestinien : contre le génocide, contre le plan colonial de Trump, pour la libération de la Palestine #CessezLeFeu #PourLaPaix #Palestine #goodvibesazaGenocide
👉🚩 Ce samedi 13 DÉCEMBRE 2025 à La Rochelle,nouvelle manifestation de soutien au peuple palestinien : contre le génocide, contre la colonisation de la Cisjordanie, pour la libération de la Palestine #CessezLeFeu #PourLaPaix #Palestine #goodvibesazaGenocide
👉🚩Cesamedi 27Décembre2025marchedeslumièrespour le peuple Palestinien :Stop au génocide toujours en cours et à la colonisation de la Cisjordanie, tous ensemble pour la PAIX !
👉🚩 Ce samedi 03 Janvier 2026 à La Rochelle, nous poursuivons notre soutien au peuple palestinien et dénonçons l'agression du Vénézuela par Trump !
⚡ Le Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens (CNPJDPI) dénonce l'impunité d’Israël, impunité des colons : il faut que cela cesse !
👉 Pour les droits du peuple palestinien, nous exigeons :
▪️ un cessez-le-feu pérenne, le retrait de l’armée israélienne et l’ouverture de tous les points de passage à l’aide humanitaire
▪️ La fin de l’occupation, de la colonisation et de la politique d’apartheid
▪️ Le droit au retour des réfugiés palestiniens
▪️ Le retrait immédiat de l’armée israélienne du Liban, et la pérennisation du cessez-le-feu
▪️ La libération des plus de 9.000 prisonniers politiques palestiniens/otages détenus au mépris du droit international, depuis des dizaines d’années pour beaucoup d’entre eux, et des milliers de Palestiniens de Gaza enlevés, disparus, ou transférés dans des centres de détention et de torture
▪️ Un soutien matériel et politique à l'UNRWA, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, honteusement attaquée par Israël
▪️ Un soutien sans ambiguïté à la Cour Pénale Internationale, et l’engagement d’appliquer ses décisions sans restriction ni réserve
▪️ La protection des journalistes palestiniens et l’ouverture de Gaza à la presse internationale
▪️ La fin de l’impunité de l’État d’Israël, et des sanctions tant qu’il ne respecte pas le droit international :
o la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël,
o Un embargo sur toutes les livraisons d’armes, de munitions et de composants militaires àdestination d’Israël,
o des sanctions diplomatiques,
▪️ L’engagement de poursuites contre les franco-israéliens, notamment les soldats et les colons, impliqués dans des crimes de guerre
▪️ La construction d’un avenir de paix entre les peuples palestinien et israélien fondé sur l’égalité des droits
▪️ Le respect de la liberté d’expression, de manifestation, de réunion., en particulier en France, où la solidarité avec le peuple palestinien est constamment attaquée
▪️ La lutte contre le racisme sous toutes ses formes dont l’antisémitisme, le refus de toute instrumentalisation de cette lutte et de tout amalgame.
#CessezLeFeu #PourLaPaix #Palestine #goodvibesazaGenocide
👉🚩 Ce samedi 10 Janvier 2026 à La Rochelle, nous poursuivons notre soutien au peuple palestinien !
⚡ Le Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens (CNPJDPI) dénonce l'impunité d’Israël, impunité des colons : il faut que cela cesse !
👉🚩 À La Rochelle on ne lâche rien comme en témoigne notre mobilisation en soutien au peuple palestinien ce samedi 17 Janvier 2026.
👉🚩 On est là, on est la... ce samedi 31 Janvier 2026 à La Rochelle, nous poursuivons notre soutien au peuple palestinien !
👉🚩 On est là, même sous la pluie on est la,ce samedi 07 février 2026 à La Rochelle, nous poursuivons notre soutien au peuple palestinien !
👉🚩 Ce samedi 28 février 2026 à La Rochelle, nous poursuivons nos mobilisations POUR LA PAIX AU MOYEN-ORIENT et le soutien au peuple palestinien !
👉🚩 Ce samedi 14 mars 2026 à La Rochelle, nouvelle mobilisation POUR LA PAIX AU MOYEN-ORIENT et le soutien au peuple palestinien !
⚡ Car le peuple palestinien a encore plus besoin de notre soutien. Nous ne lâchons rien !
▪️ Dès le lancement de la guerre contre l’Iran par Israël et les États-Unis, Israël a fermé les points de passage vers Gaza et coupé toute aide.
▪️ Les Palestiniens de la bande de Gaza craignent désormais un retour de la famine dans un contexte de pénurie alimentaire et de flambée des prix.
👉🚩 Ce samedi 04 avril 2026 à La Rochelle, nouvelle mobilisation POUR LA PAIX AU MOYEN-ORIENT (Gaza, Liban, Iran), pour un cessez le feu effectif à Gaza, contre la loi Yadan, et le soutien au peuple palestinien (l'aide humanitaire, l'arrêt de la colonisation en Cisjordanie) !
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🇵🇸 Nous, à La Rochelle, on ne lâchera pas ! Alors que Netanyahu affirme que l’armée israélienne " restera dans la majeure partie de Gaza " et que le plan de paix de Trump ne prévoit pas la création d’un État palestinien[3], rejoignez nous, ensemble on peut imposer à Macron de faire respecter le droit international.
Le plan Trump : une vision de paix ou une injustice cachée[0] ?... Le plan Trump pour Gaza n'est pas un plan de paix, mais une mascarade cynique donnant carte blanche à Netanyahou pour poursuivre le génocide.
Il ne prévoit aucune obligation pour Israël et perpétue la domination militaire & politique sur la Palestine[5].
Netanyahu le confirme en disant qu’il n’a « pas du tout » accepté un État palestinien et que l’armée israélienne restera sur place[4]
La parole de Donald Trump ne vaut pas grand-chose et les assurances faites durant ses discours sur les questions internationales sont elles aussi sujettes à caution. La versatilité et l’incohérence décisionnaire croissante du président américain, comme sa récente volte-face sur l’Ukraine vient de le démontrer , n’a cependant pas empêché plusieurs journaux de la presse anglophone – essentiellement américaines- de donner un certain crédit à la dernière « trumperie » en date[1]...
En dans le même temps, dix jours après l’entrée des troupes israéliennes au sol dans le plus grand centre urbain du territoire, la catastrophe humanitaire prend de l’ampleur et les morts se comptent chaque jour par dizaines. L’avancée des troupes israéliennes dans Gaza-ville provoque un exode massif des Palestiniens vers le sud de l’enclave.
L’armée israélienne détruit tout Les troupes israéliennes avancent, et les quartiers de Gaza-ville sont détruits les uns après les autres. Le quartier de Tal Al-Hawa est devenu ces derniers jours une des cibles privilégiées des bulldozers israéliens. En 24 heures, l’armée israélienne a annoncé avoir bombardé 170 fois l’enclave palestinienne.
D’après Ibrahim Al-Khalili, reporter d’Al Jazeera sur place, “ l’armée israélienne est stationnée sur trois axes, dans la ville de Gaza : l’axe nord-ouest dans le camp de réfugiés de Shati et le quartier de Nassr, l’axe nord-est près du quartier de Sheikh Radwan, et l’axe sud près de Tal al-Hawa. ”
Le quartier de Sabra, qui a aussi subi de nombreuses attaques de l’armée israélienne, voit nombre de ses habitants encore piégés sous les décombres : “ Ils sont coincés là-bas car s’ils décident de sortir, ils risquent d’être pris pour cible par les forces israéliennes. Les scènes de Palestiniens pris pour cible et de maisons résidentielles rasées au-dessus de la tête des habitants se répètent. ”
Des habitations aux centres de santé, aucun bâtiment n’est épargné dans la ville de Gaza. Ces derniers jours, pas moins de sept infrastructures de santé ont été mises à l’arrêt de force en raison des attaques de l’armée israélienne. Parmi ces infrastructures, on trouve notamment l’hôpital pour enfants Al-Rantisi, ou encore l’hôpital international de l’œil, seul centre de santé public dédié à la vue dans cette zone[2].
Les bombardements accrus dans le quartier de Tal al-Hawa ont endommagé la station d’oxygène de l’hôpital Al-Quds, qui ne tient désormais plus que grâce à quelques équipements qui pourraient tomber en panne dans les prochains jours, a averti aujourd’hui le Croissant rouge palestinien.
Le déplacement forcé des Palestiniens de Gaza-ville se poursuit D’après les dernières annonces du bureau des médias gazaoui, des centaines de milliers de Palestiniens ont fui la ville de Gaza ces dernières semaines. Conséquence de cet exode forcé massif,les gouvernorats gazaouis du sud et du centre se remplissent de réfugiés du nord à vue d’œil, et ont été déclarés pleins.
Dans sa déclaration, le bureau a expliqué : “ Il n’y a plus d’espaces vides ou sûrs pour accueillir davantage de personnes déplacées. ” Pendant ce temps, l’acheminement de tentes données dans l’enclave palestinienne continue d’être bloqué par l’armée israélienne, alors que les réfugiés s’entassent “ dans des conditions qui ne répondent pas aux exigences minimales de la dignité humaine ”.
Ces derniers jours seulement, des dizaines de milliers d’habitants de Gaza-ville ont pris la route pour fuir les tanks israéliens et les bombardements qui ravagent désormais la majeure partie de l’agglomération. Ces derniers partent sans savoir où aller, comme en témoigne Ahmed Salama, qui fuit le nord de la ville : “ Nous allons dans le centre de Gaza et nous ne savons pas où nous allons séjourner. La zone d’évacuation d’Al-Mawasi est surpeuplée de personnes déplacées. Il n’y a pas un seul endroit où s’installer. ”
Même chose pour Ahlam Aqel, elle-aussi déplacée de Gaza-ville : “ Nous sommes arrivés dans cette région isolée sans tentes ni installations. Nous ne pouvons pas nous approvisionner en eau. Les enfants ne trouvent rien à manger car nous sommes loin de tout le monde. ”
Dans une déclaration publiée mardi 23 septembre, le bureau des Nations Unies pour les droits humains dans les territoires palestiniens occupés a dénoncé “ l’escalade des attaques contre les civils et les infrastructures civiles dans la ville de Gaza, qui ont contribué à l’augmentation du nombre de personnes déplacées ” , mettant en garde contre “ le risque que ces déplacements deviennent permanents[3] ".
La situation humanitaire toujours plus dramatique Philippe Lazzarini, chef de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) a annoncé hier que Gaza détenait un nouveau record morbide. Avec plus de 4000 enfants concernés depuis le 7 octobre 2023, l’enclave palestinienne a désormais le taux le plus élevé d’amputations infantiles au monde. Il a déclaré sur X : “ Les conséquences sur les enfants et l’enfance vont bien au-delà des blessures physiques et de la famine qui se propage. Les cicatrices des enfants sont profondes et invisibles : anxiété, cauchemars, agressivité, peur. Beaucoup sont contraints à mendier, à piller ou à travailler : une enfance perdue.”
En parallèle de ce constat terrifiant, l’OMS a aussi condamné la politique israélienne vis-à-vis de la famine déclarée il y a déjà près d’un mois par l’ONU dans la bande de Gaza. Pour l’OMS, le régime israélien n’a eu de cesse de nier cet état de famine depuis qu’il a été déclaré, tout en maintenant l’étau de son blocus sur la bande de Gaza. Depuis le 7 octobre 2023, 440 Palestiniens sont morts de faim dans l’enclave palestinien. 15600 malades sont toujours dans l’attente d’une évacuation pour recevoir des soins vitaux.
▶️ L’armée israélienne continue méticuleusement et en toute impunité de cibler les infrastructures de santé, les habitations et d’empêcher l’aide humanitaire d’être acheminée dans la bande de Gaza. Au 719ème jour de guerre génocidaire, le régime israélien a déjà tué 65502 personnes dans l’enclave palestinienne assiégée, d’après le dernier bilan du ministère de la Santé gazaoui.
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Gaza : une carte pour visualiser les différentes phases du retrait militaire israélien selon le plan Trump[6] Conformément au plan de paix de Donald Trump visant à mettre fin à la guerre dans la bande de Gaza, l’armée israélienne a entamé un retrait progressif de l’enclave palestinienne en trois phases. La première est achevée : mais les deux suivantes, sans calendrier défini, sont conditionnées par le désarmement du Hamas et le déploiement d’une force internationale.
Dans une troisième phase, là aussi sans aucun calendrier, l’armée israélienne devra se retirer davantage, tout en gardant le contrôle sur une “ zone tampon de sécurité ” d’environ un kilomètre tout le long de la frontière de la bande de Gaza – ce qui représente environ 17 % du territoire. Et ce, jusqu’à ce que l’enclave palestinienne soit “ réellement protégée contre toute menace terroriste résurgente ”.
Comme l’écrit Al-Jazeera, “ de nombreuses questions demeurent quant à la manière dont le plan sera mis en œuvre, aux frontières exactes du territoire palestinien, au calendrier et à l’ampleur des retraits israéliens, au rôle de la force internationale de stabilisation et aux implications à long terme pour les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie ”.
- Cessez-le-feu à Gaza : soulagement et vigilance... " En l’état, la suite de ce « plan de paix » ne permet ni la formation d’un État de Palestine souverain, ni le respect des droits des Palestiniens, ni a fortiori de paix juste ni durable comme le confirme le maintien en détention de Marwan Barghouti. Aucun calendrier de retrait de l’armée israélienne de Gaza n’est envisagé. La Cisjordanie et Jérusalem-Est, où la colonisation israélienne n’a eu de cesse s’accélérer ces dernières années, sont ignorés. L’ONU, dont ce plan évacue des résolutions fondamentales, est ignorée au profit d’un « organe de transition » aux relents coloniaux et affairistes. "
Les coups de menton contre l’Algérie montrent qu’il n’en va pas de même dans des domaines où les brûlures de l’Histoire devraient avoir engendré plus d’expérience et de leçons qu’on ne le voit...
La stratégie du choc avec le gouvernement algérien ne mènera nulle part[1], « il n’y a pas d’avenir durable pour la France sans ou contre le Maghreb et ses peuples ».
Après Ségolène Royal[0], c’est au tour de Jean-Luc Mélenchon de s’exprimer sur l’escalade des tensions entre l’Algérie et la France provoquée par les nouvelles mesures anti-algériennes du président Emmanuel Macron.
Dans un long article publié le samedi 9 août sur son blog[1], le leader de La France Insoumise (LFI) laisse exploser sa colère contre le président Macron. Une preuve supplémentaire que les décisions de ce dernier dans la gestion de la crise franco-algérienne ne font pas l’unanimité en France.
« Après avoir fait expulser la France de presque toute l’Afrique[2], Macron a décidé d’accompagner les provocations de son ministre de l’Intérieur contre l’Algérie au moment où celui-ci fait la danse du ventre aux nostalgiques de la colonisation et aux arabophobes », assène Jean-Luc Mélenchon qui est l’une des personnalités politiques de premier plan en France à plaider pour une autre relation, apaisée, avec l’Algérie.
Sources :Jean-Luc Mélenchon| Jean Luc Mélenchon : « Le désastre algérien est servi »
Jean-Luc Mélenchon pointe « l’agressivité[3] » des gouvernants français qui « affligent, inquiètent et désespèrent ». « Le désastre algérien est servi », constate avec amertume le leader des Insoumis.
« Après avoir fait expulser la France de presque toute l’Afrique, Macron a décidé d’accompagner les provocations de son ministre de l’Intérieur contre l’Algérie au moment où celui-ci fait la danse du ventre aux nostalgiques de la colonisation et aux arabophobes », dénonce Jean-Luc Mélenchon qui pointe les « conséquences désastreuses » du « chemin d’absurdités » pris par Macron et Retailleau pour l’Algérie et la France ainsi que pour les deux peuples, algérien et français.
« L’Algérie est le mirage mortel des rêves de puissance des impuissances politiques des dirigeants français depuis 1830 et l’invasion de l’Algérie », assène le leader de La France Insoumise qui aborde frontalement le rôle néfaste des partisans de l’Algérie française dans la crise entre les deux pays.
Mélenchon plaide pour un rapprochement entre la France et le Maghreb Pour Jean-Luc Mélenchon, les « coups de menton » contre l’Algérie montrent qu’il « n’en va pas de même dans des domaines où les brûlures de l’Histoires devraient avoir engendré plus d’expérience et de leçons qu’on ne le voit ».
Il ajoute que la « stratégie du choc » avec le gouvernement algérien « ne mène nulle part ». « Elle renouvelle les mirages lamentables du passé », déplore-t-il.
Le leader des Insoumis enchaîne en mettant en garde contre un divorce avec le Maghrebauquel pousse la Macronie qui commet ainsi une « faute » dont la France « ne se relèvera pas aussi facilement que le croient ses élites gouvernementales obtuses et les divers lobbys à l’œuvre chacun pour leur petite cuisine »....Jean-Luc Mélenchon affirmait déjà, en 2012 que, « la France a besoin du Maghreb[4] ».
Jean-Luc Mélenchon rappelle dans la foulée ce qu’il a dit à Marseille lors d’un rassemblement populaire en 2016 : « Il n’y a pas d’avenir durable pour la France sans ou contre le Maghreb et ses peuples », et affirme que la politique de Retailleau à laquelle Macron « s’est soumis est une violence insupportable ».
🔴Et conclue :
«Elle ne mène nulle part sinon à de nouvelles déroutes et blessures. Et surtout à de profondes et inutiles déchirures dans notre peuple tel qu’il est, dans la France telle qu’elle est comme « Nouvelle France » qui doit travailler avant tout à son unité et à maîtriser son déploiement vers le monde ».
Nous ne voulons pas la guerre avec l’Algérie
Le 16 janvier 2025, Jean-Luc Mélenchon, a exprimé une vive indignation face à la campagne politique et médiatique agressive orchestrée par l'État français à l'encontre de l'Algérie, de sa diaspora et de ses intérêts en France. Il a sévèrement dénoncé la position du gouvernement français, l'accusant d'aggraver les tensions alors qu'il aurait été plus judicieux de privilégier le dialogue et la concertation avec le pays voisin au sud de la Méditerranée.
" Nous ne récupérons pas la colère populaire, nous proposons qu’elle nous utilise. Ce n’est pas pareil. "
Dans un entretien publié au quotidien italien « Corriere della Sera » le 13 mai 2025, le leader insoumis livre son analyse sur la situation politique en France et à l’international, caractérisée par la crise du capitalisme. Il revient sur les grandes notions développées dans son livre « Faites mieux[0] », traduit en espagnol, en anglais et bientôt en italien sous le titre de « Révoltez vous ! ».
Face à un capitalisme dépassé, et à une social-démocratie qui ne fonctionne pas, l’heure est à la révolution citoyenne, une révolution du peuple contre l’oligarchie.
Dans son bureau au siège des Insoumis dans un quartier populaire au nord de la capitale, avant d’aborder la discussion sur son livre qui va arriver dans le librairies italiennes, Jean-Luc Mélenchon invoque son amour pour l’Italie, pour la culture classique (le latin surtout) de la péninsule et aussi pour son histoire politique. « L’Europe, le monde, doivent à l’Italie l’organisation civique des cités après l’empire, la Renaissance, bien sûr, et combien d’autres choses…
Enfin pour moi, l’effondrement du parti communiste italien a été décisif. Voilà le prototype de gens qui ont cru bien faire : ils ont mis la cravate, ciré les chaussures pour se rendre respectables, Mais ils ont rallié la doctrine sociale-démocrate au pire moment. C’est-à-dire au moment où ça ne pouvait plus marcher. La dynamique du capitalisme ne peut plus produire d’avantages pour le peuple ! Vous avez un parti qui s’appelle « Parti démocratique » pour ne pas être clivant . Peut-on se dire anti-démocratique ? Autant s’appeler Parti-parti. C’est le vide qui ne convainc personne ».
L’Insoumission relaie dans ses colonnes l’entretien de Jean-Luc Mélenchon.
Corriere della Sera :Le titre de votre livre en italien est « Ribellatevi ! », « Révoltez-vous ! », et vous y évoquez une révolution citoyenne au XXI siècle. Quelles seront les caractéristiques de cette révolution ?
Jean-Luc Mélenchon : « La rébellion, ou l’insoumission, c’est la grande tradition italienne et française du refus de l’évidence, du choix de la conflictualité intellectuelle. C’est un point de vue fécond, créateur. Ce n’est pas le désordre, c’est le changement de la hiérarchie des normes juridiques, institutionnelles et l’incessibilité des biens communs dans l’intérêt général humain. ».
Corriere della Sera :Pourquoi vous précisez « citoyenne » ? Jean-Luc Mélenchon : « Ce n’est pas pour euphémiser la révolution socialiste. Il s’agit d’autre chose. Le citoyen, c’est l’exercice du pouvoir. Ce n’est pas la simple civilité. Les révolutions citoyennes sont donc toutes, au point de départ, des révolutions pour le contrôle, par des gens rendus dépendants de services collectifs qui leur échappent ou leur sont refusés. L’eau, l’électricité, la santé par exemple ? Pourquoi rien ne marche ? Pourquoi les services publics sont remplacés par des prestations marchandes ? La révolution citoyenne cherche à reprendre contrôle collectivement sur les réseaux commun d’existence matérielle et immatérielle, pour créer une société nouvelle ».
Corriere della Sera :Vous parlez beaucoup du peuple, dans le livre. Jean-Luc Mélenchon : « Oui. Être de gauche, c’est dire d’abord : il n’y a pas de pouvoir au-dessus de la souveraineté du peuple. Nous, nous sommes absolument hors de l’idée d’un avant-gardisme révolutionnaire. Certains de mes camarades italiens, souvent marqués par un marxisme un peu rigide, continuent à parler d’une classe ouvrière et de rapports sociaux de production, d’exploitation et d’accumulation tels qu’ils étaient au XXe siècle. Moi, je parle de mon époque, de concepts nouveaux. Avant, c’était bourgeois contre prolétaires. Aujourd’hui c’est l’oligarchie contre le peuple. Et je définis en matérialiste ce que tout cela change et d’où ça vient . ».
Corriere della Sera :Et vous citez Robespierre, qui se définissait lui aussi « homme du peuple ». Jean-Luc Mélenchon : « Quelqu’un a dit que Robespierre : c’est l’incarnation de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. J’admire sa vision de l’insoumission. Voyez sa lutte pour l’interdiction de l’esclavage. On lui dit que c’est économiquement impossible. Lui s’emporte et répond : « périssent les colonies, plutôt qu’un principe ! ». On peut l’accuser d’un sommet de l’irréalisme. Mais concrètement l’esclavage est-il un réalisme supportable ? Sa protestation à ce moment-là paraît une catastrophe économique. Mais il convainc une majorité. L’esclavage est aboli une première fois en France.
Cela signifie que la volonté humaine peut à tout moment restructurer ce qui semble être une évidence, une loi de la nature économique ». Madame Thatcher répétait à propos du marché, du capitalisme, " there is no alternative ". Nous, les Insoumis, nous pensons que ce n’est pas vrai.Nous nous opposons à cet ordre injuste socialement et destructeur de la civilisation humaine avec la crise climatique dont il veut tirer des profits. ».
Corriere della Sera :Marine Le Pen aussi évoque le peuple tout le temps. Quelle est la plus grande différence entre elle et vous ? Jean-Luc Mélenchon : « Notre définition du peuple résulte de ses relations sociales. Pour elle le peuple résulte d’une filiation génétique et traditionnelle. Une fois, dans un débat à l’Assemblée nationale sur la procréation médicalement assistée, elle m’a dit « M. Mélenchon, il y a un ordre biologique de la famille. » Et je lui ai répondu « Non, Madame, il n’y en a pas. La famille est toujours le résultat d’une culture. Le pater familias avait le droit de vie et de mort sur sa femme et ses enfants. Appellerez-vous ça, aujourd’hui, un ordre naturel traditionnel qu’il nous faudrait respecter ? »
Mais surtout, le peuple dont elle parle, est une construction idéologique dont le but est de séparer :
d’un côté les Français « de souche », les blancs, les chrétiens ;
de l’autre les noirs, les musulmans, les universalistes.
Nous, notre but, c’est d’unir pour satisfaire les biens et besoins communs. Nous sommes unifiants, ils sont discriminants. ».
Corriere della Sera :C’est votre concept de créolisation ? Jean-Luc Mélenchon : « Oui, mais ce n’est pas un programme, c’est une réalité.Leur opposition à la créolisation n’est qu’une des formes du rejet des autres.La France a toujours été le pays créole d’Europe. Qui parlait français dans ce pays ? Personne. La langue française est une invention et une décision politique du roi François I au seizième siècle. La créolisation a commencé dès le début avec l’emprunt au latin et au grec tous les mots manquants. c’est un fait culturel qui touche tous les domaines Voyez : les plus grands mangeurs de pizza de toute l’Europe, ce ne sont pas les Italiens, mais nous. La créolisation est aussi culinaire, musicale, plastique ».
Corriere della Sera :Vous indiquez un système capitalistique au bord de la rupture, qui pourrait s’effondrer à cause d’un grain de sable. Quel pourrait être ce grain de sable ?
Jean-Luc Mélenchon :« Ce système est à la limite de l’équilibre. Donc, il suffit de peu de choses. Vous serez surpris de ce qui déclenchera l’avalanche. Moi aussi. Hélas ! Car si j’étais capable de le prévoir, je serais en train de l’organiser. Mon livre montre le caractère inéluctable de la révolution citoyenne.Elle résulte des caractéristiques nouvelles de notre temps. Et d’un nouvel acteur social, le peuple. Le nombre d’humains, leur concentration dans la ville, sa dépendance aux réseaux collectifs créent une intense interdépendance sociale animée par les questions liées au revenu, à la répartition de la richesse. Les révolutions, aujourd’hui, sont des révolutions du peuple contre l’oligarchie ».
Corriere della Sera :Mais qu’est-ce que vous envisagez-vous après la révolution, après l’effondrement de ces systèmes ? Vous avez un projet à l’esprit ? Jean-Luc Mélenchon : « La première crise, c’est celle de l’écosystème en voie d’effondrement. Pour ça on a besoin de planification écologique, donc d’un contrôle citoyen. Pour celail faut un autre pouvoir politique fondé sur davantage d’intervention citoyenne. De beaucoup plus de pouvoir à l’échelon de la commune. La révolution citoyenne est une révolution concrète plus qu’idéologique. Nous sommes le mouvement de la radicalité concrète.
C’est pourquoi nos adversaires ont tellement intérêt à déplacer le débat. Les Insoumis ont un programme ? Nos adversaires préfèrent disserter sur Jean-Luc Mélenchon, mon caractère, mes goûts, mon entourage. Tout, plutôt que notre programme. Notre lutte propose une harmonisation des relations des êtres humains entre eux et avec la nature. C’est impossible dans un système capitaliste. ».
Corriere della Sera :Mais vous n’êtes pas le seul à subir de commentaires de caractère personnel. Pensez à tout ce qu’on a dit à propos du président Macron. Jean-Luc Mélenchon : « Mais pour lui c’était utile ! Parce que personne ne lisait son livre « Révolution »pendant ce temps-là. Sauf l’oligarchie libérale, qui l’a trouvé très à son gout et l’a propulsé ».
Corriere della Sera :A ce propos, est-ce que la révolution est une tentation française ? Et en quoi vôtre appel est différent de celui de Macron en 2017 ? Jean-Luc Mélenchon :« Dans l’imaginaire politique français la révolution est un mot qui a une résonance positive. La Révolution de Macron, c’est plutôt une contre-révolution.Car il promeut un néo-libéralisme anti collectif comme modèle de société.A l’inverse notre révolution citoyenne est processus populaire spontané au service du collectif populaire. ».
Corriere della Sera :Avez-vous renoncé à demander sa destitution[3] ? Jean-Luc Mélenchon : « Non, on ne peut pas. C’est une question de dignité démocratique[2]. Son pouvoir, son gouvernement, sont illégitimes. Il ne se soumet pas au résultat des élections qu’il a lui-même convoquées. Donc nous continuerons à demander sa démission. Nous étions proches du but, mais le Parti Socialiste a décidé de le sauver avec l’extrême droite en refusant de censurer son gouvernement[1]! ».
Corriere della Sera :A propos de la situation internationale, n’avez-vous pas le sentiment que vous et une partie de la gauche vous vous êtes trompé à l’égard de Poutine, en voyant toujours en Moscou un rempart contre le capitalisme et l’impérialisme de Washington, selon un vieux prisme de l’époque soviétique ?
Jean-Luc Mélenchon :« Comment nous pourrions confondre Poutine et l’URSS ? Moi j’ai été trotskiste, pas stalinien. Nous ne voulons ni de l’invasion ni de la guerre comme solution a un problème. A ceux qui disent qu’on fait la guerre pour la liberté, il avait répondu : aucun peuple n’aime les missionnaires armés. En tout cas, c’est une manipulation de s’en prendre à moi sur ce sujet. Moi je suis allé à Moscou faire une réunion avec ses opposants de gauche. Adressez-vous au vrai suspect : personne n’obligeait M. Macron à recevoir Poutine en grandes pompes à Versailles ! Pourquoi a-t-il fait cela ? »
Corriere della Sera :Peut–être pour l’amadouer ? Jean-Luc Mélenchon : « Alors ça n’a vraiment pas marché. Moi, j’ai une vision beaucoup plus pragmatique. Si je dirigeais ce pays, je ne ferais pas de disputes idéologiques à propos de M.Poutine. Je discuterai des garanties de sécurité pour l’Europe et la France sur les missiles moyenne portée, les centrales nucléaires ukrainiennes et le déminage de la mer noire. »
Corriere della Sera :Sur Gaza aussi vos positions vous attirent beaucoup des critiques. Faites-vous un lien entre ce qui se passe à Gaza et votre dénonciation de l’islamophobie en France ? Jean-Luc Mélenchon : « Notre position est le respect du droit international. C’est un ancrage nouveau pour les insoumis. Cela a été une rupture avec une certaine manière de mépriser le Droit en général, parce que c’est le droit des dominants. Il est imparfait ? On est d’accord. Mais c’est tout ce qu’on a. Et si ce n’est pas ça, il ne reste que la loi du plus fort. Et comme nous avons dénoncé un génocide, reconnu par la Cour international de justice, nous avons vécu 18 mois d’accusations terribles ».
Corriere della Sera :Faites-vous référence aux accusations d’antisémitisme ? Jean-Luc Mélenchon : « Oui, bien sûr. Que s’est-il passé ? Historiquement, l’accusation d’antisémitisme s’adressait à l’extrême-droite. Pour le gouvernement d’extrême-droite de Netanyahou quiconque critique sa politique serait antisémite. Tout le monde en a été accusé : le pape François, le secrétaire général de l’ONU, la Cour internationale de justice, et même Macron. Heureusement la situation se retourne devant l’ampleur des crimes commis.
Corriere della Sera :Et vous ? Jean-Luc Mélenchon : « Pourquoi voulez-vous qu’à 70 ans, je devienne antisémite ? Voyez ce qu’a été mon histoire personnelle. Mes adversaires ont dit : « vous faites ça par clientélisme pour les quartiers populaires ». Donc, ils créent une nouvelle équation : quartier populaire égal musulman, égal antisémite. C’est un autre racisme affiché au nom du refus de l’antisémitisme. Le problème numéro en France c’est plutôt le fidèle musulman qu’on tue dans la mosquée, ou des femmes qui se font arracher le voile dans la rue. N’oubliez pas que vous êtes dans un ancien pays colonial. Des blessures sont toujours là.
Ensuite il y a beaucoup de binationaux en France. L’islam est la deuxième religion du pays.La priorité c’est l’unité de notre peuple. La religion, c’est l’affaire de chacun, dans son privé. Enfin nous ne confondons pas un Juif avec un sniper de monsieur Netanyahu à Gaza ! Au total nous avons renversé les rôles à propos de l’unité du peuple, de la nation, du drapeau national, que nous nous sommes réappropriés contre le racisme et les guerres de religion.
Corriere della Sera :Que pensez-vous des efforts de l’Europe de bâtir une défense commune, en s’affranchissant des Etats Unis ? Jean-Luc Mélenchon :« Cela n’existe pas. « Nous allons faire l’Europe de la défense », disent-ils. Qui commence ? Personne. Van der Layen a fait voter un budget d’armement de 850 milliards. Pile les 5% du PIB réclamés par Trump ! On va faire « le pilier européen » de l’OTAN ?Mais ça ce n’est pas la défense de l’Europe car le commandement suprême est aux USA. Les États-Unis d’Amérique menacent d’envahir un pays européen, le Groenland. Réponse ? Aucune.Nous pensons qu’il faut s’affranchir de l’économie d’armement des États-Unis, pour bâtir une économie de la paix dont l’Europe est capable. Pour nous la priorité c’est la protection commune contre le changement climatique. ».
Corriere della Sera :Et la possibilité que la Russie, après l’Ukraine, continue son attaque à l’Europe ? Jean-Luc Mélenchon :« La Russie va venir à Paris pour nous voler la Tour Eiffel. ? Pendant toute la guerre froide, on parlait déjà des chars russes sur les Champs Elysées. C’est grotesque. ».
Corriere della Sera :Est-ce que l’Otan est toujours d’actualité ? Jean-Luc Mélenchon : « Il faut quitter l’OTAN et le faire de manière maitrisée, c’est-à-dire par étapes. Mais on quitte l’OTAN pour être non-aligné.On ne peut pas être non-aligné et appartenir à une alliance militaire, gendarme du reste du monde. Il n’y a plus d’Urss mais il y a encore l’OTAN ! Il faut plutôt une diplomatie altermondialiste faites de la défense des causes communes de l’humanité : l’eau, la faim, les épidémies.Autant de droit international à construire. ».
Corriere della Sera :Que ferez-vous si en 2027 vous réussissez à conquérir l’Elysée ? Jean-Luc Mélenchon : « Il faudrait déjà que je sois candidat !. Mais admettons qu’un insoumis ou une insoumise gagne la présidentielle. Dans une campagne j’avais choisi une formule un peu provocatrice, j’avais dit : « Je serais le dernier président de la Vᵉ République autoritaire et je me prépare à jeter les clés de l’Élysée dans la Seine ». C’était pour dire qu’il faut passer à une 6ème République celle d’un pouvoir populaire élargi avec des moyens comme le referendum révocatoire des élus, inclus le président de la République. »
Corriere della Sera : Et l’Europe ? Jean-Luc Mélenchon : « Ma priorité à moi c’est l’Europe latine :France, Italie, Espagne ce sont les trois puissances après l’Allemagne., et puis les Grecs, les Portugais, les roumains …L’Europe latine est celle qui produit le plus sur le continent. Pendant que nos amis allemands nous méprisent et nous imposent les recette mortifères du néo libéralisme. Mais le premier qui rompt le mensonge collectif du discours, c’est M. Trump quand il dit : ce n’est pas la main invisible du marché, la concurrence libre, mais c’est moi l’Etat, qui décide des prix à cout de droit de douane. Rions-en : il parle comme Brejnev ».
Corriere della Sera : Convoquerez-vous une assemblée constituante, comme vous l’évoquez dans le livre ? Jean-Luc Mélenchon :« Oui, l’assemblée constituante est une stratégie révolutionnaire et la voie la plus pacifique pour changer la France en profondeur. C’est le peuple qui décidera. Nous ne sommes pas un parti guide d’avant-garde. Nous ne récupérons pas la colère populaire, nous proposons qu’elle nous utilise. Ce n’est pas pareil. »
Les ministres israéliens déclarent de plus en plus ouvertement que le prétexte d'une guerre pour « sauver les otages » est en train d'être abandonné.... et, si la France reconnaît la Palestine « Nous répondrons en annexant les colonies de Cisjordanie[6] » !
et... alors que la France n'a toujours reconnu la Palestine, le 29 mai 2025, un ministre d’extrême-droite annonce la création de 22 nouvelles colonies juives en Cisjordanie[8]...
Un jour après que le cabinet israélien a voté l'approbation d'un plan pour l'occupation militaire totale de Gaza, le déplacement interne de sa population et la prise en charge des approvisionnements alimentaires par les Forces de défense israéliennes (FDI), le ministre des finances Bezalel Smotrich a clairement indiqué qu'il s'agissait de l'étape suivante dans le nettoyage ethnique total de Gaza[0].
Sources :World Socialist Web Site (Article paru en anglais le 7 mai 2025) | mis à jour le 09/07/2025
Bezalel Smotrich s’est engagé à ce que : D'ici un an, [...] Gaza sera entièrement détruite, les civils seront envoyés [...] dans le sud, dans une zone humanitaire [...] et de là, ils commenceront à partir en grand nombre vers des pays tiers[0].
🔴 Cette proposition de destruction de Gaza, d'occupation militaire et de nettoyage ethnique de sa population est en fait le plan opérationnel de la « guerre » d'Israël à Gaza, qui a été lancée sous le prétexte de l'attaque du Hamas et de la prise d'otages du 7 octobre 2023.
🔴 Afin de fournir une couverture politique au génocide planifié, le président américain Joe Biden, le Parti démocrate [NDLR : et le gouvernement français] et les médias ont prétendu qu'Israël menait une guerre contre le Hamas, visant à restituer les otages, alors même qu'ils fournissaient à Israël des milliers de bombes d’une tonne dont la seule utilité était de détruire des pâtés de maisons entiers.En février, le président américain Donald Trump a annoncé publiquement la politique actuelle, à savoir la démolition totale de la bande de Gaza. Israël et les États-Unis allaient « raser le site », déplacer sa population et annexer le territoire[1].
🔴Le plan annoncé lundi 5 mai par le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou[2][2bis], comme l'a clairement expliqué Smotrich[0], marque la mise en œuvre à grande échelle de cette vision.Les Palestiniens de Gaza seront rassemblés, déplacés dans des camps de concentration dans le sud du territoire, puis forcés à traverser le désert jusqu'en Égypte ou embarqués sur des bateaux.
Ce plan sera présenté comme une relocalisation « volontaire », dans le contexte d'un blocus total de la nourriture, de l'eau et de l'électricité dans la bande de Gaza. Mais il ne sera « volontaire » que parce que rester dans un endroit sans nourriture sera une condamnation à mort.
Bien sûr, ce sera une condamnation à mort pour les otages restés à Gaza, qui mourront de faim avec le reste de la population palestinienne. Mais les ministres israéliens déclarent de plus en plus ouvertement que le prétexte d'une guerre pour « sauver les otages » est en train d'être abandonné.
Comme l'a déclaré Smotrich à l'Agence France-Presse (AFP) : Israël n'a pas l'intention de se retirer des territoires capturés par Tsahal, pas même dans le cadre d'un accord de libération d'otages. En réponse au projet d'occupation totale de la bande de Gaza, le Hamas a déclaré qu'il n'engagerait plus de négociations avec Israël.
Basem Naim, haut responsable du Hamas, a déclaré à l'AFP :
« Il ne sert à rien d'engager des pourparlers ou d'envisager de nouvelles propositions de cessez-le-feu tant que la guerre de la faim et la guerre d'extermination se poursuivent dans la bande de Gaza.[3] »
Le plan israélien d'occupation et de nettoyage ethnique de Gaza a été accueilli par le silence du Parti démocrate israélien : Hakeem Jeffries, chef de la minorité parlementaire, Chuck Schumer, chef de la minorité sénatoriale, Joe Biden, ancien président, Barack Obama et Nancy Pelosi, ancienne présidente de la Chambre des représentants, sont restés muets.
Depuis le 2 mars, Israël bloque totalement l'entrée de la nourriture, de l'eau et de l'électricité dans la bande de Gaza, ce qui a entraîné une augmentation de la malnutrition. Un sac de farine, vendu auparavant 5 dollars, coûte désormais jusqu'à 500 dollars.
Israël utilise délibérément la famine comme arme de guerre. Le mois dernier, le ministre israélien de la défense, Israël Katz, a déclaré :
« La politique d'Israël est claire : aucune aide humanitaire n'entrera à Gaza, et le blocage de cette aide est l'un des principaux moyens de pression empêchant le Hamas de l'utiliser comme un outil auprès de la population. [...] Personne ne prévoit actuellement d'autoriser l'entrée de l'aide humanitaire dans la bande de Gaza, et rien n'est prévu à cet effet. »
Environ 69 % de la bande de Gaza a été incorporée dans une zone tampon israélienne ou fait l'objet d'ordres d'évacuation, laissant la population restante de Gaza, qui a été déplacée à de multiples reprises, piégée dans des enclaves de plus en plus petites.
Dans une déclaration faite cette semaine, le Croissant-Rouge palestinien (CRP) a indiqué que « la nourriture était complètement épuisée, tant sur les marchés que dans les centres de distribution »[4].
Dans sa dernière mise à jour humanitaire, le Croissant-Rouge palestinien a déclaré : « La population est à nouveau exposée à un risque extrême de famine » et « il est impossible de répondre aux besoins quotidiens minimums de plus d'un million de personnes déplacées »[4].
Dans une déclaration, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a indiqué : «Les besoins des civils à Gaza sont actuellement écrasants » et «en vertu du droit humanitaire international, Israël a l'obligation d'utiliser tous les moyens disponibles pour veiller à ce que les besoins fondamentaux de la population civile sous son contrôle soient satisfaits. »
Dans un communiqué publié mardi, l'UNICEF a fait remarquer : «Au cours du mois dernier, plus de 75 % des ménages ont signalé une détérioration de l'accès à l'eau : ils n'ont pas assez d'eau à boire, ne peuvent pas se laver les mains lorsque c'est nécessaire et sont souvent obligés de choisir entre se doucher, faire le ménage et cuisiner.»[5]. L’organisme ajoute : «La malnutrition est également en hausse. Plus de 9000 enfants ont été admis pour traitement de la malnutrition aiguë depuis le début de l'année. Des centaines d'autres enfants ayant désespérément besoin d'un traitement ne peuvent y accéder en raison de l'insécurité et des déplacements. Depuis le 18 mars, les hostilités se sont intensifiées, entraînant le déplacement de 390 000 personnes qui n'ont nulle part où aller en toute sécurité. »[5].
Aya al-Skafy, une habitante de la ville de Gaza, a déclaré à Al Jazeera que son bébé était mort la semaine dernière de malnutrition :«Elle avait quatre mois et pesait 2,8 kg. En raison de sa malnutrition sévère, elle souffrait d'acidité sanguine, d'insuffisance hépatique et rénale, et de nombreuses autres complications. Elle a aussi perdu ses cheveux et ses ongles à cause de la malnutrition ».
Mohammed al-Seikaly, un autre habitant de la ville de Gaza, a déclaré à Reuters :« Il ne reste plus rien dans la bande de Gaza qui n'ait été frappé par des missiles et des barils explosifs. [...] Je demande devant le monde entier : « Que reste-t-il à bombarder ?»[7].
🚩Gaza : les images authentifiées de l’opération sans précédent menée par Israël à Rafah
Dans un immeuble anonyme de Paris, Pierre-Yves Bocquet a consulté les archives de la Caisse des Dépôts et Consignations. Les découvertes qu'il y a faites sont consternantes.
Pierre-Yves Bocquet est directeur adjoint de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME). Il a été en 2014 le conseiller mémoire de François Hollande, alors président de la République. Cela fait des années qu’il s’intéresse au sujet de la double dette d’Haïti. Il a raconté pour le « Nouvel Obs », sa dernière découverte aux archives de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC)
Le reliquat de l’argent d’Haïti était allé dans les caisses du Trésor public français : voilà ce que disaient les quelques notes, vieilles de plus d’un siècle, que je tenais entre les mains. C’est donc cela, que ressentent les chercheurs en histoire quand ils font une découverte ?
Tressaillir, en ouvrant une chemise en papier de couleur, en sortir la liasse de vieux papiers jaunis qu’elle contient, parcourir les lignes qu’ont tracées des gens morts depuis longtemps et, tout à coup, y lire ce qu’on est venu chercher : la pièce manquante du puzzle, celle qui révèle le sens de l’image incomplète, la clé de l’énigme irrésolue.
Le récit d’une découverte Je suis dans un immeuble anonyme du quai Anatole-France, à Paris, dans une petite pièce sans fenêtre d’un bâtiment de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), l’institution vénérable qui, depuis plus de deux cents ans, effectue les missions financières de confiance de l’Etat français. Pour le meilleur – la Sécurité sociale est en partie née dans les livres de la Caisse, qui géra quelques-uns des premiers systèmes de retraites publiques dès le XIXe siècle – et pour le pire – quand une ancienne puissance coloniale, défaite par ceux qu’elle avait réduits en esclavage, rançonna pendant des décennies le petit Etat qu’ils s’étaient donné. Et aspirant sa richesse avec cette constance et cette efficacité qui font la réputation des administrations françaises lorsqu’il est question d’argent.
Je suis dans cette petite pièce sans fenêtre car je suis venu y consulter les traces écrites de l’une des plus grandes injustices de l’histoire : l’indemnité faramineuse que la France du roi Charles X a imposée en 1825 à la République d’Haïti, son ancienne colonie alors appelée Saint-Domingue, pour reconnaître son indépendance, qu’elle avait pourtant gagnée vingt et un ans plus tôt au terme d’une guerre coloniale sanglante contre les troupes que Napoléon Bonaparte y avait envoyées.
Des boîtes pleines de notes et de procès-verbaux
Cette indemnité, d’un montant de 150 millions de francs-or (ramenés en 1838 à 90 millions de francs-or), représentait plusieurs années de la production nationale de la jeune république – essentiellement le café cultivé par une population formée par les anciens esclaves émancipés et leurs descendants. Cette somme exorbitante était destinée à leurs anciens maîtres, ces riches propriétaires terriens de l’Ancien Régime, dont beaucoup n’avaient même jamais mis les pieds à Saint-Domingue, qui avaient vu leur fortune s’évanouir quand les esclaves qui en faisaient le prix (que vaut une plantation sans personne pour la cultiver ?) se sont révoltés et ont brisé les chaînes du système qui les opprimait.
Je suis dans cette petite pièce sans fenêtre car je suis venu y toucher du doigt la réalité de cette « rançon », que la CDC a gérée avec son efficacité coutumière pendant un siècle exactement ; et je suis venu y chercher une réponse à une de ces questions que je me pose depuis des années, sans avoir trouvé de réponses complètes et définitives dans les articles et ouvrages que j’ai lus :
puisque Haïti a payé intégralement la somme que la France lui avait imposée, cet argent a-t-il été totalement dépensé ?
Et s’il est resté un écart entre les sommes perçues – jusqu’en 1888 – et les sommes distribuées aux descendants des anciens colons (car en 1888 ces derniers étaient tous morts depuis longtemps), où est allée cette différence ?
Qui en a bénéficié ?
A-t-il été restitué « aux habitants actuels de la partie française de Saint-Domingue » à qui, selon les termes de l’ordonnance de Charles X, ces millions avaient été extorqués, ou d’autres s’en sont-ils enrichis ?
Pénétrer dans les archives de la CDC pour trouver une réponse à ces questions, c’était pour moi, pour la première fois de ma vie, faire un travail d’historien. Je peux dire que je suis né dans l’histoire, fils de deux professeurs d’histoire-géographie, ayant grandi dans une maison remplie de livres d’histoire, dans une région pleine de lieux de mémoire (champs de bataille, monuments aux morts, forteresses, musées), dans une famille où mes parents, qui avaient connu la Seconde Guerre mondiale, nous ont élevés, mon frère et moi, dans les récits de leurs souvenirs de cette période qui fut la plus effrayante de leur vie. Mais, après avoir quitté Sciences-Po, c’est la carrière de haut fonctionnaire que j’ai embrassée, dans le secteur social, pendant laquelle j’ai inspecté, évalué, administré en tant qu’inspecteur général des affaires sociales.
Et puis, un jour, j’ai retrouvé professionnellement l’histoire, celle qui se fait et celle qu’étudient les historiens, lorsque je suis devenu en 2014 conseiller mémoire du président de la République François Hollande ; et je travaille aujourd’hui à sa transmission, dans une institution mémorielle que j’ai aidée à créer, sous la présidence de l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault, la Fondation pour la mémoire de l’esclavage.
C’est dans ce cadre que je me suis intéressé à l’indemnité d’Haïti de 1825, parce que cette année 2025 en marquera le deuxième centenaire. Depuis plusieurs années, j’ai donc cherché à comprendre cette histoire passablement embrouillée, comme le sont toujours les histoires postcoloniales mal dénouées.
Un point m’a plus particulièrement intéressé, sans doute parce qu’il m’a rappelé le genre de questions sur lesquelles j’ai eu à travailler comme inspecteur général des affaires sociales : la façon dont la CDC avait géré le recouvrement de cette indemnité, et de l’emprunt que Haïti avait souscrit en 1825 pour en payer la première annuité – ce qu’on a appelé la « double dette » d’Haïti, jusque dans les livres de comptes de la Caisse où cette étrange appellation a subsisté jusqu’en 1925.
C’est cela que je suis venu regarder, dans la petite pièce aveugle du quai Anatole-France : les traces concrètes, matérielles, de ce grand transfert de richesses qui a duré pendant trois quarts de siècle, depuis les Caraïbes jusqu’à Paris. Et les traces étaient bien là, devant mes yeux, dans ces boîtes pleines de notes, de procès-verbaux, de documents divers qui tout à coup prenaient sens et se mirent à me parler, à mesure que je les parcourais, avec d’infinies précautions pour ne pas les déchirer.
Des caisses cerclées de fer, remplies de pièces d’or et d’argent Ils me racontaient une histoire qui me faisait penser (dans sa matérialité et non dans sa signification) à cette séquence au début de « Casino » de Martin Scorsese où l’on voyait l’argent liquide circuler de la chambre forte du casino à Las Vegas à l’arrière-boutique d’une épicerie italienne de Kansas City, passer d’une caisse à un sac, d’un sac à un coffre, d’un coffre à une mallette transportée ensuite à pied, en voiture, en avion.
L’histoire que racontaient les papiers de la Caisse des Dépôts remplaçait les billets verts par des monnaies d’or et d’argent de toute la Caraïbe, piastres, doublons espagnols ou colombiens, aigles américains, qu’on avait rassemblées à Port-au-Prince ou Cap-Haïtien, chargées dans des caisses cerclées de fer, embarquées dans un bateau français, déchargées et pesées à Brest sous la surveillance du receveur général des finances, transportées jusqu’aux locaux de la Caisse des Dépôts, rue de Lille dans le 6e arrondissement, à deux pas de là où j’étais, où les caisses étaient de nouveau pesées, puis descellées en présence de responsables de la Caisse et du gouvernement français.
Les pièces étaient alors comptées, en plusieurs jours car il y en avait parfois des centaines de milliers, puis dûment enregistrées sur un bordereau, comme l’un de ceux que j’ai en main et sur lequel la plume d’un agent avait noté le poids des caisses (1 968 kilogrammes pour la livraison de mai 1841) et le nombre des monnaies qu’elles contenaient (85 961 pièces d’or).
Restait ensuite à convertir ces piles de pièces d’or étrangères en bons francs français pour payer aux pauvres colons esclavagistes ce qu’on leur avait promis : ce serait chose faite après une mise en vente dans les locaux de la CDC dont la tenue était annoncée par voie d’affiches, dont les archives de la Caisse avaient conservé quelques exemplaires, vieux de près de deux cents ans. Sur l’un d’entre eux, on lisait que, dans ces opérations, le gouvernement d’Haïti était représenté par Jacques Laffitte, sans doute le financier français le plus célèbre de cette première moitié du XIXe siècle, qui avait été banquier, gouverneur de la Banque de France et même ministres des Finances au début du règne de Louis-Philippe.
Ce que l’affiche ne dit pas, c’est à quoi pensait le financier en voyant passer ces pièces d’or venues de l’autre côté de la mer tandis qu’on les mettait à l’encan.
Pensait-il aux paysans haïtiens dont chacune de ces pièces représentait un peu de la sueur qu’ils avaient versée pour gagner cette somme qu’ils ne toucheraient jamais ?
A l’absurdité de ces transports d’argent à travers l’océan pour enrichir des gens en France qui n’avaient plus aucun lien avec Haïti depuis des décennies ?
Ou juste à sa propre situation, lui qui avait cru faire une bonne affaire en prêtant son argent à Haïti et qui se retrouvait près de vingt ans plus tard à devoir compter des pièces d’or pour espérer un jour être remboursé ?
Les papiers de la CDC ne disent rien de tout cela. Ils racontent par contre comment, de décennie en décennie, il y a toujours eu des agents pour compter, vérifier, recompter et noter d’une belle écriture à la plume combien d’argent Haïti devait encore payer pour solder sa double dette.
A partir de 1847, les caisses de pièces de monnaies ont cessé d’arriver jusqu’à la rue de Lille ; transférer des tonnes d’or dans un bateau français à Port-au-Prince créait chaque année des émotions en Haïti, et les deux gouvernements décidèrent de mettre en place un système plus simple basé sur des traites à payer, qui permettait à la Caisse des Dépôts de récupérer les sommes dues directement auprès des clients français d’Haïti, sans obliger à cette manutention douloureuse pour le jeune Etat pauvre et fragile…
Une belle mécanique parfaitement rodée Et c’est ainsi que, en France, les gouvernements et les régimes pouvaient passer, cela ne remettait jamais en cause la méticulosité de la Caisse qui savait toujours dire, quarante ans, cinquante ans, soixante ans après l’ordonnance de 1825, combien le malheureux peuple haïtien devait encore aux anciens colons esclavagistes d’avant 1789 et à leurs ayants droit de plus en plus lointains et anonymes…
🔴 Il n’y eut que la Commune de Paris pour ébranler cette belle efficacité, car une partie des archives de la Caisse était partie en fumée lors des grands incendies de la Semaine sanglante. Les flammes avaient notamment détruit les registres sur lesquels étaient notés les noms des bénéficiaires des titres que la CDC avait émis en 1840 quand, pour simplifier la gestion de l’indemnité, une loi l’avait transformée en titres au porteur similaires à une obligation de l’Etat haïtien (à cette différence près que, de cet emprunt d’Etat-là, le gouvernement d’Haïti n’avait rien touché). Les agents de la CDC étaient donc dans l’incapacité de savoir à qui était allé l’argent d’Haïti avant 1870, et à qui la Caisse devait encore des sommes.
🔴 Mais il aurait fallu bien plus que cela pour arrêter cette belle mécanique désormais parfaitement rodée. Dans les archives de la CDC, on trouve en effet des notes des années 1870, 1880 et 1890, un siècle après le déclenchement de la révolution haïtienne, qui calculaient avec la plus grande précision combien Haïti devait encore à la France – à la France républicaine, non plus à la France réactionnaire de la Restauration –, sur les différents aspects de sa double dette : les indemnités restant à régler aux ayants droit des anciens colons, le capital et les intérêts du prêt de 1825 et même, à partir de 1873, des pénalités de retard, que la France a imposées et obtenues d’Haïti, à hauteur de plus de 5 millions de francs au total, prélevés sur les paiements effectués jusqu’en 1888 par le gouvernement d’Haïti.
Il faudra néanmoins que le ministère français des Affaires étrangères informe la CDC en 1893 que, après avoir conduit une mission à Port-au-Prince, il considérait que la double dette d’Haïti était éteinte pour que la CDC en donne acte au gouvernement haïtien, auquel elle continuait de réclamer des sommes.
Tout cela était écrit dans les papiers conservés dans les boîtes rangées dans la petite pièce aveugle du quai Anatole-France.
Il restait néanmoins un mystère : une fois les sommes encaissées, inscrites dans les livres de la Caisse, elles devaient être distribuées.
Mais il fallait pour cela les réclamer : cela était-il encore le cas à la fin du XIXe siècle, cent ans après la révolution qui avait balayé la société coloniale esclavagiste de Saint-Domingue ?
Les papiers de la Caisse montraient que oui : des personnes se manifestaient toujours à la suite des avis de versement que la CDC faisait paraître au « Journal officiel » et dans diverses publications suivies, sans doute, par les notaires et rentiers français qui étaient les seuls à se souvenir encore à cette époque de l’indemnité de Saint-Domingue et de l’emprunt de 1825. Et, oui, il y eut bien un reliquat entre les sommes versées par Haïti et la somme des montants réclamés par les indemnitaires. Pas très élevé : entre 600 000 francs et 1,2 million de francs au début du XXe siècle, soit entre 0,5 % à 1 % des 112 millions de francs que Haïti avait versés pour sa double dette, entre 1825 et 1888.
Quand le Trésor public s’enrichit
C’était la réponse que j’étais venu chercher dans la petite pièce aveugle du quai Anatole-France. Elle était dans une chemise à la couleur verte passée, classée dans un gros dossier baptisé « Prescription trentenaire », qui contenait les notes de la CDC à propos de l’application de la loi de 1895 qui définissait la position à prendre sur les dépôts et sommes consignés depuis plus de trente ans et qui n’avaient fait l’objet d’aucun mouvement dans cette période. Les notes montraient que les services de la Caisse n’avaient aucun doute sur l’applicabilité de ce texte aux sommes qu’elle conservait au titre de la double dette d’Haïti : ce solde devait revenir au Trésor public français.
🔴 Dès 1893, après confirmation que le gouvernement d’Haïti avait bien réglé tout ce qu’il devait depuis 1825 et 1838, lorsque les sommes résiduelles liées à la double dette furent réunies sur une seule ligne dans le bilan de la Caisse, un calendrier avait été défini :
les sommes liées à l’indemnité, issues des derniers paiements d’Haïti à ce titre opérés en 1878, seraient frappées par la déchéance trentenaire en 1908 ;
celles relatives à l’emprunt, dont les dernières opérations avaient eu lieu en 1893, le seraient en 1923.
🔴 Et c’est bien ce que racontaient les notes que je consultais ce jour-là, extraites de la chemise à la couleur vert passé : en 1907 et 1908, la CDC et le ministre des Finances de l’époque (Joseph Caillaux) avaient échangé des courriers à propos du montant élevé des sommes reversées par la Caisse au Trésor Public au titre de la déchéance trentenaire, et la Caisse avait expliqué que ce montant était lié à la déchéance du montant résiduel du compte de l’indemnité de Saint-Domingue : près de 600 000 francs de dépôts, augmentés de trente ans d’intérêts représentant 800 000 francs, et 600 000 francs de consignations plus anciennes, soit un total de 2 millions de francs, qui auraient été alors versés à l’Etat français.
🔴 J’ai demandé à l’archiviste de la CDC qui m’avait ouvert les dossiers de regarder s’il pouvait trouver la trace de ce versement ; ses recherches se sont avérées pour le moment infructueuses. Mais j’ai bien retrouvé la trace de la diminution du montant de la ligne « Fonds affectés au règlement de la double dette du gouvernement d’Haïti » dans le bilan de la CDC pour 1907, de 564 47, 37 francs à 29 000 francs. Et en 1924, on trouve bien un versement ultime de 13 000 francs sur cette même ligne, après lequel elle a totalement disparu des livres de Caisse des Dépôts et Consignations, qui aura ainsi géré la double dette d’Haïti pendant exactement un siècle.
Que nous apprennent tous ces mouvements bien techniques ? Tout d’abord, que les archives peuvent encore parler. Certaines historiennes (Gusti-Klara Gaillard-Pourchet et Frédérique Beauvois) ont évoqué la déchéance trentenaire dans leurs travaux très précieux sur la double dette. Mais je n’avais jamais vu d’évaluation chiffrée de son application, ou cela m’aura échappé : et si cet article permet de mieux diffuser des travaux aujourd’hui méconnus, j’en serais très heureux. La CDC elle-même ne s’est pas penchée sur cette question, sur laquelle elle est pourtant régulièrement interpellée. En 1966, lorsqu’elle a célébré son 150e anniversaire en publiant un luxueux livre d’histoire signé du journaliste économique Roger Priouret, un chapitre entier est consacré à sa gestion de la double dette d’Haïti, mais rien n’est dit de la clôture de cette histoire.
Le point pourrait sembler anecdotique : il ne l’est pas, car il montre que, à la fin de l’histoire, c’est le Trésor public français qui s’est enrichi du reliquat de la double dette d’Haïti. Cette somme qui n’avait pas été versée aux ayants droit des colons auxquels elle était exclusivement destinée n’a pas été rendue à Haïti. Il n’en a même jamais été question, dans aucun des documents que j’ai consultés. Pendant un siècle, l’Etat français n’avait cessé de rappeler qu’il n’était pas partie à ces opérations, qui ne concernaient que d’une part les anciens colons et leurs ayants droit et d’autre part l’Etat haïtien. Mais lorsqu’il a fallu décider du sort du trop-versé par Haïti, personne n’a songé que cette somme appartenait aux habitants d’Haïti, selon les termes mêmes de l’ordonnance de Charles X. Elle est allée couvrir les dépenses courantes de l’Etat français, où elle a disparu définitivement.
Deux millions de francs de 1907 représentent en valeur actuelle exactement 9 133 220, 62 €. Quoi que l’on pense de la légitimité des demandes de restitution des montants injustement extorqués à Haïti par la France au titre de la double dette de 1825, cette somme-là appartient incontestablement au peuple haïtien et devrait lui être rendue. Ce n’est pas le seul geste que la France devrait faire à l’égard d’Haïti, si elle se décide à reconnaître enfin le caractère injuste de l’ordonnance de 1825. Mais celui-là pourrait être le premier.
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Interpellé sur la double dette coloniale d'Haïti, le 17 avril 2025, E. Macron appuie sur le bouton " Commission d'historiens " après avoir, 6 mois plus tôt, traité les responsables haïtiens " d'être complètement cons ".
Emmanuel Macron reconnaît une " injustice initiale " mais évite les réparations. Le président français Emmanuel Macron a reconnu, ce jeudi, une " forme d'injustice initiale " concernant la dette imposée par la France à Haïti en 1825 pour la reconnaissance de son indépendance[0].
L’Afrique se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins, coincée entre des crises internes, une évolution des rapports de force internationaux et le lent délitement de l’ordre politique post-libéral. Sur l’ensemble du continent, les partis au pouvoir qui ont autrefois acquis une légitimité en tant que forces de libération nationale perdent peu à peu leur emprise ; pourtant, l’offre gouvernementale alternative de l’opposition reste fragmentée et peu convaincante.
Les élections mozambicaines de 2024 sont l’un des exemples les plus frappants de ce déclin, le parti au pouvoir, le Frelimo, ayant proclamé sa victoire dans le prolongement d’un scrutin largement dénoncé comme frauduleux. Le chef de l’opposition, Venâncio Mondlane, se présentait sous la bannière du nouveau parti Podemos. Il a accusé le gouvernement d’avoir orchestré une manipulation électorale massive après que des comptages parallèles des voix eurent fait apparaître qu’il avait en réalité gagné. Le parti au pouvoir a répondu aux manifestations de masse par une répression violente[1]. Cela s’inscrit dans une tendance à la répression de la dissidence politique par des moyens de plus en plus autoritaires.
🔴 L’illégitimité croissante de ces gouvernements issus de l’après-guerre de libération ne se limite pas au Mozambique.
En Afrique du Sud, l’ANC[0] a perdu sa majorité absolue pour la première fois depuis 1994, ne recueillant qu’environ 40 % des voix aux élections de 2024. Après des décennies de domination politique, le parti se retrouve désormais dans une coalition précaire et extrêmement fragile avec l’Alliance démocratique (DA), son rival de longue date. Cela a contraint l’ANC à adopter une position gouvernementale plus centriste, limitant sa capacité à poursuivre les politiques que sa base traditionnelle pouvait attendre.
Alors que certains au sein de l’ANC considèrent cette coalition comme un compromis nécessaire pour maintenir la stabilité, d’autres y voient une trahison de la mission historique du parti, en particulier compte tenu de l’orientation politique néolibérale de la DA. Les conséquences de cette entente restent incertaines : la coalition durera-t-elle, provoquera-t-elle une nouvelle fracture au sein de l’ANC ou donnera-t-elle naissance à des mouvements d’opposition plus forts en dehors du processus électoral traditionnel ?
Le déclin de l’ANC s’inscrit dans une tendance plus large en Afrique australe.
Au Zimbabwe, le Zanu-PF reste bien ancré grâce à la répression plutôt qu’au soutien populaire, s’appuyant sur le pouvoir judiciaire et la commission électorale pour écarter toute concurrence sérieuse de l’opposition.
Parallèlement, le Swapo namibien et le BDP botswanais ont tous deux fait face à des défis électoraux sans précédent (le BDP ayant perdu une élection pour la première fois depuis l’indépendance), ce qui montre que même les partis au pouvoir autrefois stables ne sont plus assurés de victoires faciles.
Le délitement de ces mouvements suggère que les références à la lutte de libération, autrefois si efficaces, ne suffisent plus pour asseoir leur légitimité au pouvoir.
Conflit L'affaiblissement de ces gouvernements se déroule sur fond d'aggravation des conflits et d'instabilité ailleurs sur le continent.
Darfour devenu une calamité humanitaire, une crise des droits humains
Le Soudan :reste enfermé dans une guerre dévastatrice entre les forces armées soudanaises (SAF) et les forces paramilitaires de soutien rapide (RSF) du général Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti »[2]. Il s’agit d’un conflit qui a déplacé des millions de personnes tout en s’internationalisant de plus en plus, l’Égypte et les Émirats arabes unis soutenant des camps opposés. La guerre a non seulement aggravé l'effondrement économique du Soudan, mais menace également la stabilité régionale, avec des retombées au Tchad, au Soudan du Sud et en Éthiopie.
La République démocratique du Congo (RDC) : continue de lutter contre les insurrections armées, en particulier la résurgence du M23, dont le soutien du Rwanda a exacerbé les tensions régionales[3]. Les accusations d’ingérence transfrontalière mettent encore plus à rude épreuve les relations diplomatiques.
Ces crises ne sont pas isolées : elles reflètent un échec plus profond de la gouvernance à travers l'Afrique, où l'État est souvent incapable de résoudre les griefs sociaux et économiques sans recourir à la violence.
L'effet Trump
En plus de ces crises, l’Afrique est également confrontée à un ordre international en pleine mutation. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a déjà commencé à remodeler les relations entre les États-Unis et l’Afrique. On observe un mouvement vers une approche plus axée sur les transactions et un regain d’intérêt pour la sécurité au détriment du développement. L’une des premières mesures importantes de Trump en matière de politique étrangère a été de réduire considérablement l’aide étrangère, de démanteler l’USAID et de couper les financements de grands programmes dans le domaine de la santé, dont le PEPFAR[4]. Des millions de personnes se sont ainsi retrouvées privées d’accès au traitement du VIH et à d’autres services essentiels.
Les pays où les systèmes de santé sont déjà très en difficulté ont été les plus touchés, ce qui a exacerbé les crises de santé publique et pourrait avoir des effets déstabilisateurs à long terme. La justification de ces coupes budgétaires par l’actuelle administration s’enracine dans son principe général « America First »[5]. L’aide étrangère y est considérée comme une dépense inutile plutôt que comme un investissement stratégique dans la stabilité.
🔴 Et cela a coïncidé avec un durcissement de la politique américaine en matière d’immigration.
L’actuelle administration envisage une suppression généralisée des visas qui pourrait affecter des dizaines de pays africains, limitant les déplacements des étudiants, des travailleurs et des touristes. Cette politique rappelle les restrictions aux déplacements imposées par Trump lors de son premier mandat. Elle traduit un isolationnisme croissant des États-Unis vis-à-vis de l’Afrique, le continent étant davantage considéré comme un risque en matière de sécurité et de migration que comme un partenaire diplomatique ou économique.
Trump et l'Afrique du Sud L'hostilité de l'administration à l'égard de l'Afrique du Sud a été particulièrement frappante. Trump a expulsé l’ambassadeur sud-africain et imposé des sanctions. C'était en réponse aux politiques d'expropriation des terres de Pretoria et à ses positions de politique étrangère, en particulier ses efforts pour tenir Israël responsable de son génocide à Gaza[6]. L'administration marque cette sympathie pour le Hamas et l'Iran.
Ces mesures punitives reflètent l'inconfort plus large de l'administration à l'égard des gouvernements qui contestent l'hégémonie américaine, en particulier ceux au sein des BRICS. En présentant les positions politiques de l'Afrique du Sud comme “ anti-américaines, ” Trump a effectivement rompu l'une des relations diplomatiques les plus importantes entre les États-Unis et une puissance africaine. Cela joue également dans l'accent plus large mis par son administration sur le privilège des États de droite alignés sur les autoritaires tout en isolant les gouvernements perçus comme étant de gauche ou indépendants.
Les ressources des États-Unis, de la Chine et de l’Afrique
Dans le même temps, l’administration Trump poursuit un autre type d’engagement avec d’autres États africains, notamment dans le secteur des ressources. L'administration négocie actuellement un accord minerais contre sécurité avec la RDC[7]. Ils offrent une assistance militaire en échange d'un accès exclusif aux minéraux critiques, essentiels pour les industries américaines avancées, en particulier dans les domaines de la technologie et de la défense. L’accord accorderait aux entreprises américaines un contrôle étendu sur le cobalt et d’autres minéraux essentiels. Cela reflète un changement dans la stratégie américaine, passant de l’aide au développement à l’extraction économique directe ([NDLR : idem avec l'Ukraine[8]).
🔴 L'administration affirme que ce partenariat contribuera à stabiliser la RDC en fournissant une assistance en matière de sécurité.
Les critiques préviennent qu’il risque d’approfondir la dynamique néocoloniale en donnant la priorité à l’extraction des ressources plutôt qu’au véritable développement économique.
🔴 Dans le même temps, l'approche de la Chine à l'égard de l'Afrique change également.
Pendant deux décennies, Pékin a été le partenaire économique dominant du continent[9], finançant les infrastructures et le commerce à une échelle inégalée par aucune autre puissance extérieure[10]. Cependant, avec le ralentissement de l'économie intérieure de la Chine, sa volonté d'accorder des prêts à grande échelle aux gouvernements africains a diminué. Des pays comme la Zambie et le Kenya, lourdement endettés envers la Chine, ont déjà ressenti la pression de la stratégie de prêt recalibrée de Pékin. L’époque où la Chine offrait un crédit facile pour de grands projets d’infrastructure touche peut-être à sa fin, laissant les États africains dans une position précaire. De nombreux gouvernements, ayant structuré leur économie autour de la poursuite des investissements chinois, ont désormais du mal à s’adapter à cette nouvelle réalité. Ce changement laisse à l’Afrique moins d’options de financement extérieur, dans la mesure où les institutions financières occidentales ont également durci les conditions de prêt, en particulier pour les pays lourdement endettés.
Une nouvelle politique possible ? Pour les gouvernements africains, ces évolutions soulèvent des questions difficiles sur la stratégie politique et économique.
Le déclin des mouvements de libération nationale n’a pas encore abouti à l’émergence d’alternatives progressistes viables.
Les partis d’opposition de la région ont largement adopté des modèles de gouvernance néolibéraux plutôt que d’articuler de nouvelles visions de transformation économique.
Au lieu d’un changement décisif vers le renouveau démocratique, une grande partie du continent semble osciller entre une répression accrue de l’État et une opposition fragmentée.
De nombreux partis d’opposition, bien que critiquant ouvertement les gouvernements au pouvoir, n’ont pas réussi à proposer des programmes économiques qui rompent avec le paradigme néolibéral dominant.
Cela signifie que, même lorsque les partis au pouvoir sont confrontés à un déclin électoral, rien n’indique que leurs remplaçants modifieraient fondamentalement le paysage politique ou économique.
Même si les mouvements enracinés dans les luttes syndicales et populaires continuent de promouvoir le changement, leur capacité à remettre en question les structures de pouvoir bien établies reste incertaine. La faiblesse des alternatives de gauche en Afrique reflète aujourd’hui des tendances mondiales plus larges, où les forces socialistes et sociales-démocrates ont eu du mal à se réaffirmer dans un monde façonné par le capital financier et le pouvoir des entreprises.
🔴 Cependant, certains signes indiquent que cela pourrait changer.
Sur tout le continent, des appels croissants à la souveraineté économique, des demandes en faveur de programmes de protection sociale plus solides et une résistance accrue aux diktats financiers extérieurs se multiplient[11]. Si ces luttes se fondent en formations politiques plus cohérentes, elles pourraient constituer la base d’un nouveau type de politique qui romprait à la fois avec les échecs des partis post-libération et avec les limites des forces d’opposition libérales.
🔴 L’ordre politique post-libération en Afrique s’effondre, mais la suite est loin d’être claire.
L’érosion de la légitimité du parti au pouvoir ne s’est pas encore traduite par une transformation systémique significative. Dans de nombreux cas, cela a simplement ouvert la porte à de nouvelles formes de manœuvres d’élite. En ce moment de transition, la véritable bataille ne porte pas seulement sur les élections mais sur la nature même de l'État, la gouvernance économique, et la place de l'Afrique dans un ordre mondial en mutation rapide.
Jusqu'à ce que des alternatives émergent qui remettent en question la dépendance du continent à l'égard de la finance mondiale, de l'extraction des ressources et d'une croissance tirée par la dette, l'Afrique restera enfermée dans des cycles d'instabilité, avec ou sans les anciens mouvements de libération à la barre.
[5] America First fait référence à une théorie politique populiste aux États-Unis qui met l'accent sur la notion fondamentale de « prioriser l'Amérique », ce qui implique généralement d'ignorer les affaires mondiales et de se concentrer uniquement sur la politique intérieure aux États-Unis. Source : Wikipédia
« Tout est réuni pour que la politique de Trump produise à la fois une crise du capitalisme et une crise politique populaire... » Par cette porte inattendue, la « révolution citoyenne » peut surgir !
Dans les colonnes de l'Insoumission, Jean-Luc Mélenchon analyse les crises et les chocs provoqués par la mise en application des mesures de droit de douane aux Etats-Unis d’Amérique qui cherchent par tous les moyens à conserver leur domination sur le monde. Le leader insoumis alerte sur les chocs majeurs, un choc récessif et inflationniste dans tous les pays, un choc financier, et un choc social qui s’ajoute comme conséquences des dévastations que les deux premiers vont produire, ainsi qu’un choc guerrier.
« Condamner la politique absurde de Donald Trump ne signifie pas que nous serions d’une manière ou d’une autre ralliés à la doctrine du libre-échange »
La mise en application des mesures de droits de douane aux États-Unis d’Amérique est dorénavant bien comprise comme un événement considérable.
Il s’agit ici de la re-fragmentation du système des échanges commerciaux mondiaux et par conséquent de tous les aspects de la production et de l’organisation des échanges et de la division internationale du travail.
Est mis à terre l’ordre sur lequel reposait toutes les mesures politiques, économiques et sociales depuis quarante ans au moins.
Il est impossible qu’un tel revirement survienne sans provoquer de considérables secousses.
🔴 Nous-mêmes, Insoumis, n’avons jamais été partisans du libre-échange.
Mais nous avons toujours considéré qu’il n’était pas possible de procéder à la hache pour mettre en place le protectionnisme nécessaire pour permettre à notre nation de retrouver par exemple sa souveraineté alimentaire et sanitaire. Et de même pour l’essentiel des produits industriels dont elle a besoin pour assurer ses industries de pointe comme le spatial, le numérique, le maritime, en imposant sur tous ces terrains d’actions économiques 100 pour-cent de droits de douane.
C’est pourquoi nous parlions de « protectionnisme solidaire », ce qui signifiait dans notre esprit un retour au bilatéralisme pour ce qui est de la négociation des droits de douane, en fonction des intérêts mutuels qui pouvaient être négociés dans cette circonstance, au cas par cas, pays par pays. Condamner la politique absurde de Donald Trump ne signifie pas que nous serions d’une manière ou d’une autre ralliés à la doctrine du libre-échange et de la « concurrence libre et non faussée ».
Mais nous ne pouvons accepter qu’en tel choc soit infligé à l’ensemble de l’économie mondiale. Et donc très directement à tous les peuples du monde. Surtout venant d’une puissance brutale qui n’a aucun autre objectif que de conforter sa puissance, et si possible de l’amplifier. Et dans tous les cas de l’imposer au reste du monde.
« La certitude d’une aggravation des tensions sociales partout et des « lutte de classes ». » Nous pouvons deviner au moins deux conséquences probables au vu des conditions dans lesquelles s’opère la politique de Monsieur Trump.
La première est que d’un côté les droits de douane des USA,
de l’autre les répliques dans tous les autres pays du monde ce sera autant d’inflation importée partout.
Et cette inflation vient s’ajouter à celle qui déjà s’est produite après la COVID du fait du rattrapage par les prix des retards d’accumulation des principales puissances capitalistes, grandes entreprises, banques et autres. Dans la période immédiatement précédente, aucune compensation salariale n’a été accordée d’une manière générale pour rattraper la ponction de l’inflation sur les salaires. Seuls quelques pays, seuls quelques activités dans quelques pays ont bénéficié de rattrapage.
Mais globalement, les peuples se sont appauvris. Le nouveau choc inflationniste va donc tomber sur un terrain déjà meurtri. Et dans une logique des rapports sociaux qui sont celles de la période du néolibéralisme triomphant. C’est-à-dire des rapports sociaux brutaux et totalement déséquilibrés.C’est donc la certitude d’une aggravation des tensions sociales partout et des « lutte de classes ». Qui en résulte d’une façon générale.
Dans de telles circonstances. Plus ces tensions interviendront dans des sociétés déjà déséquilibré du point de vue du fonctionnement de leur démocratie et de l’exaspération des tensions déjà présentes, plus évidemment, elles généreront de crises politiques. Jusque dans des formes majeures, comme celle de « révolutions citoyennes ». C’est-à-dire d’une volonté de reprise du contrôle par le grand nombre sur sa destinée.
« Tout est réuni pour que la politique de Trump produise à la fois une crise du capitalisme et une crise politique populaire » À côté de cet événement social, et peut-être avant lui l’autre conséquence de la politique douanière de Trump, c’est le déséquilibre qu’il introduit à l’intérieur de la sphère financière globale c’est-à-dire du choc qui lui inflige et qui peut produire par effet domino une contagion de paniques boursières. Et d’effondrement en chaîne de sociétés liées les unes aux autres, soit par des prêts interentreprises, soit par des prêts bancaires qu’elles ne peuvent plus honorer. Dans ces conditions, tout est réuni pour que la politique de Trump produise à la fois une crise du capitalisme et une crise politique populaire.
L’intéressé, Donald Trump lui-même a d’ores et déjà admis que sa politique aurait un effet récessif aux États-Unis d’Amérique. Mais évidemment, et par contagion, danstoutes les nations productives du monde qui verront leur commerce mutuel passer au ralenti d’une manière considérable.
À mes yeux, il n’y a aucune chance pour que les États-Unis dans un tel épisode et en 4 ans, de la durée d’un mandat présidentiel arrive à reconstituer une base productive industrielle au niveau auquel Trump voudrait la voir parvenir pour effacer le solde abyssal du déséquilibre du commerce extérieur nord-américain. Encore faut-il bien comprendre que ce déséquilibre a été le mode d’organisation de l’économie mondiale depuis 1971. C’est parce que les États-Unis achetaient à crédit partout qu’une animation du commerce et de la production avait lieu sans qu’on ne demande jamais aux États-Unis la contrepartie des dollars qu’ils émettaient pour combler leur déficit.
Un tel système ne durera pas et poussera sans aucun doute les nations qui ont été piégées par l’usage du dollar à devoir s’en passer et à se passer des relations avec les États-Unis d’Amérique. Mais rien de tout cela ne peut avoir lieu sans que tout commence par la récession.Or, d’ores et déjà, plusieurs économies, et non des moindres dans le monde, comme celle de l’Allemagne sont en récession. La France de son côté ne prévoit pas d’augmentation de sa croissance de plus de 0,7%, c’est à dire quasiment la stagnation.
Dès lors :
les recettes fiscales seront en baisse.
Les dépenses sociales liées au chômage et à la mauvaise santé seront en hausse.
Et la mécanique qui a déjà ruiné le pays s’amplifiera puisqu’on refuse de mettre à contribution les grandes fortunes.
Tout cela ne peut que conduire au chaos comme celui qui se prépare avec par exemple le gel de 9 milliards des crédits votés dans le budget de l’État.
Des chocs majeurs vers un choc guerrier On ne sait combien de temps Donald Trump pourra continuer sur sa lancée sans rencontrer de résistance. La politique dont il a fixé les grandes orientations, à savoir :
la paix en Europe aux conditions de la Russie et sans la participation des Européens pour obtenir des garanties mutuelles avec les Russes se conclura donc dans des conditions instables et menaçantes pour le futur.
La paix au Moyen-Orient semble prendre chaque jour prendre un visage de bouleversement de la carte géopolitique que ce soit aux frontières du Liban, de la Syrie et sans doute ensuite plus loin comme avec l’Iran.
Mais fondamentalement, la préparation de la guerre[0]dans la mer de Chine n’aura pas cessé un seul jour depuis des mois et des mois.Les incidents sont quasi quotidiens. L’installation sur la pointe avancée des Philippines d’ogives nucléaires nord-américaine capable d’atteindre le continent et en particulier le territoire de la Chine[1] continentale, est une provocation. Elle fait penser à celle qui fut organisée contre la Russie soviétique quand les Américains installèrent en Turquie leurs missiles, a quoi les Russes répondirent par l’installation des leurs missiles à 150 km eux aussi de la frontière des États-Unis d’Amérique, à Cuba.
Il est absolument exclu d’imaginer que les Chinois, d’une quelconque manière, se laissent intimider par la puissance déclinante des États-Unis d’Amérique.
Il est également exclu de penser que les États européens, contrairement à ce que disent leurs discours, soient capables d’organiser une « défense européenne » souveraine.
Rien n’en prend le chemin.C’est par dizaines et dizaines que des avions F 35 sont commandés aux États-Unis d’Amérique par tous les pays d’Europe. Tous ces avions interviennent dans le cadre de l’Inter opérationnalité avec le matériel américain. C’est-à-dire sous le contrôle direct de la présidence des États-Unis d’Amérique qui peut décider quel avion décolle et quel avion ne décolle pas, quelle cible peut être visée et qu’elle ne peut pas l’être.
Et cela dans le même temps où la pression pour confisquer le Groenland au profit des États-Unis d’Amérique contre le Danemark n’a pas cessé un seul jour et semble se diriger, comme pour les autres objectifs fixés par Trump par une mise en œuvre matérielle concrète, à horizon très proche. Tout cela inflige donc des chocs majeurs :
un choc récessif et inflationniste dans tous les pays ;
un choc financier sur l’ensemble de la sphère numérique financière globale ;
un choc social s’ajoutant comme conséquences des dévastations que les deux premiers vont produire ;
La « révolution citoyenne » peut surgir par cette porte inattendue ouverte par l’absurdité de la politique des USA. Ce qui compte n’est pas l’addition des crises, mais leur superposition. Et cette superposition, intervient elle-même dans un contexte d’aggravation des conséquences de la crise climatique globale.Il est donc prévisible, a moins d’un changement d’orientation majeur que cela conduise d’une façon générale à une crise de la civilisation humaine comparable à celles qui ont été le résultat des 2 premières guerres mondiales.Et par conséquent, toutes les sociétés seront mises au défi de savoir où elles veulent aller et quels moyens elles se donnent de le faire.
Il faudra s’aligner sans rechigner et sans discuter sur les désidératas des Nord-américains et payer le tribut qu’ils ont fixé à tous leurs alliés.
C’est-à-dire 5% de leur PIB consacré à des dépenses militaires pour acheter du matériel américain.
Ou bien s’inscrire dans une logique alternative c’est-à-dire de non-alignement aux côtés de tous ceux qui refusent de céder, qui refusent d’entrer dans une logique de confrontations violentes et guerrières avec l’une ou l’autre des puissances.
🔴 C’est à la fois un moment très dangereux et un moment plein d’opportunités.
Mais un moment dans lesquels les faux pas, les à-peu-près, et les faux-semblants ne peuvent produire que des désastres.Plus que jamais les Insoumis doivent se présenter comme l’alternative à la marche, à la ruine du monde cela dans notre pays avec le peuple qui le fait vivre.
Sans concession.
Sans arrangement.
Sans dilution de la clarté et de la cohérence des objectifs de son programme si l’on veut d’un « avenir en commun ».
La « révolution citoyenne » peut surgir par cette porte inattendue ouverte par l’absurdité de la politique des USA.
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Alors quelle riposte efficace contre Trump ?
Beaucoup d’argent est en train de s’envoler en fumée, comme c’est toujours le cas lorsqu’il y a une crise financière du capitalisme. Je complète mon analyse parue ci-dessus puisque les événements confirment mon angle d’analyse.
Pour accéder au texte d'analyse complet sur la riposte à Trump cliquez sur l'image de Trump ci-dessous.👇
Israël : le " transfert " des Palestiniens hors de la bande de Gaza, un fantasme devenu projet[9]!
Les masques tombent : " Il n'y aura pas d'Etat palestinien, cet endroit nous appartient " affirme Benyamin Netanyahou[10] !
Le ministre israélien de la défense, Israël Katz, a publié une déclaration[0] explicite d’intention génocidaire à l’égard de la population de Gaza, menaçant les civils de l’enclave d’une punition collective sous la forme d’une « dévastation totale » s’ils ne trouvent pas le moyen de renverser le Hamas et de libérer tous les otages israéliens.
🔴 « Résidents de Gaza, ceci est votre dernier avertissement. Le premier Sinwar a détruit Gaza, et le second Sinwar entraînera sa ruine totale. L’attaque de l’armée de l’air israélienne contre les terroristes du Hamas n’était que la première étape. Ce qui suivra sera bien plus dur, et vous en supporterez tout le coût.
🔴 « L’évacuation de la population des zones de combat reprendra bientôt. Si tous les otages israéliens ne sont pas libérés et si le Hamas n’est pas chassé de Gaza, Israël agira avec une force que vous n’avez jamais connue auparavant.
🔴« Suivez le conseil du président américain : rendez les otages et chassez le Hamas, et de nouvelles options s’ouvriront à vous, y compris la relocalisation dans d’autres parties du monde pour ceux qui le souhaitent. L’alternative est la destruction et la dévastation totale ».
Lorsque Katz dit « Suivez le conseil du président américain », il fait référence à une déclaration faite par le président Trump le 5 mars, qui a fait essentiellement la même menace adressée « au peuple de Gaza », en disant : «Un bel avenir vous attend, mais pas si vous retenez des otages. Si vous le faites, vous êtes MORTS ! Prenez une décision intelligente. LIBÉREZ LES OTAGES MAINTENANT, OU IL Y AURA UN ENFER À PAYER PLUS TARD ! »
Lorsque j’ai critiqué le président américain pour ces remarques qui menacent explicitement les civils de Gaza, j’ai reçu un déluge de partisans de Trump me disant qu’il ne parlait pas vraiment de « la population de Gaza » comme il l’a dit, mais qu’il ne parlait plutôt que de ceux qui retiennent activement des otages. La déclaration de M. Katz montre clairement qu’ils avaient tort et que ceux d’entre nous qui ont appelé un chat un chat à l’époque avaient raison.
Le ministre israélien de la défense ne fait que suivre la position de Trump et réitérer ce que tous ceux qui ne sont pas des partisans à œillères savaient que Trump disait il y a deux semaines. Il le fait exactement de la même manière que Benjamin Netanyahou a suivi la position de Trump sur le nettoyage ethnique de Gaza le mois dernier en " approuvant avec enthousiasme[3] " le plan proposé par Trump pour " expulser définitivement tous les Palestiniens de l’enclave[4] ". Trump propose un plan, et les responsables israéliens le mettent en œuvre.
Les gouvernements américain et israélien menacent donc ouvertement l’ensemble de la population de la bande de Gaza du crime de guerre de " punition collective[5] " s’ils ne chassent pas le Hamas de Gaza, et annoncent en outre leur intention d’infliger une « dévastation totale » à cette population s’ils ne le font pas.
🔴Il s’agit là de l’aveu le plus explicite possible d’une intention génocidaire.
Dans le cadre du procès pour génocide intenté à Israël devant la Cour internationale de justice[6], les procureurs sud-africains ont rassemblé une montagne de preuves[7] attestant de l’intention des responsables israéliens de commettre un génocide à Gaza.Ainsi, M. Netanyahou a qualifié la population de Gaza d’« Amalek », en référence à un récit biblique relatant l’histoire d’un peuple qui a été complètement anéanti sur ordre de Dieu, ou l’ancien ministre israélien de la défense, Yoav Gallant, a décrit les Palestiniens de Gaza comme des « animaux humains » tout en déclarant un « siège total » de l’enclave.
🔴Raz Segal et Penny Green, d’Al Jazeera, ont écrit ce qui suit[8]à propos de l’affaire de la CIJ l’année dernière :
« Le crime de génocide comporte deux éléments - l’intention et l’exécution - qui doivent tous deux être prouvés lorsque des accusations sont portées... L’intention est généralement plus difficile à prouver lorsque des accusations de génocide sont portées ; le requérant doit être en mesure de prouver « l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel », selon les termes de la Convention des Nations unies pour la prévention et la répression du crime de génocide. Mais dans le cas d’Israël, l’intention a également été mise à nu par un grand nombre de preuves, comme l’a souligné l’équipe juridique sud-africaine».
La déclaration de M. Katz est probablement l’aveu le plus clair et le plus explicite à ce jour. Il est difficile d’imaginer une déclaration d’intention génocidaire plus claire que la diffusion d’une vidéo adressée à une population civile la menaçant de « dévastation totale » si elle ne fait pas ce qu’on lui dit de faire.
Nous pouvons être sûrs que ces déclarations de Katz et de Trump ont été ajoutées aux dossiers de ceux qui espèrent pouvoir un jour poursuivre avec succès ces monstres pour crimes de guerre.
Nous pouvons également être sûrs qu’elles seront enregistrées dans ce qui sera finalement considéré comme l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire de notre civilisation.
Des millions provenant des oligarques – pour le bien-être et la défense ! Pour une Ukraine sans oligarques ni occupants !
Les politiques prédatrices du nouveau président américain rendent impossible l’instauration d’une paix durable pour les Ukrainiens. Le refus de l’Ukraine de signer l’accord d’extraction minière, conçu pour servir les intérêts du capital américain, témoigne de sa détermination à éviter la dépendance coloniale. Cela ouvre la voie à l’exploration d’un modèle de relations plus équitables entre l’Ukraine et les États d’Europe, d’Asie et du reste du monde, sous le signe de la résistance à la domination impérialiste. Cependant, si la politique actuelle persiste, l’Ukraine risque une réduction imminente, voire un arrêt complet, de l’aide militaire des États-Unis.
Cette aide n’a jamais été opportune ni suffisante.Cependant, son arrêt serait profondément ressenti.
Si l’État ukrainien est déterminé à maintenir l’effort militaire jusqu’à la libération de ses territoires ou la défaite décisive de l’agresseur, il doit adopter les méthodes appropriées. Selon nous, la défense de l’Ukraine pourrait être renforcée par une transition vers une politique de « socialisme de guerre », qui impliquerait la mobilisation de capitaux suffisants pour servir l’État par le biais de confiscations et l’abandon de la régulation économique fondée sur le marché.Une telle politique, combinée à une redistribution des richesses, réduirait le fardeau de la guerre qui pèse de manière disproportionnée sur les couches les plus pauvres de la société ukrainienne.
La communauté européenne a déjà réagi aux déclarations de Trump en augmentant ses budgets de défense et en augmentant son aide militaire à l’Ukraine. Il convient de noter que depuis l’invasion à grande échelle, le gouvernement a pris des mesures importantes pour renforcer ses propres capacités de défense, ancrer localement la production occidentale, relancer ses programmes de missiles et intensifier son programme de drones. Cependant, l’Ukraine dispose encore d’un potentiel substantiel pour mobiliser ses ressources internes.
Le Mouvement social (Sotsialnyi Rukh) a longtemps souligné la nécessité de ces mesures, mais elles sont désormais essentielles pour la capacité de l’Ukraine à se défendre.
Le principal obstacle à une mobilisation efficace des ressources est la politique néolibérale, qui privilégie la propriété privée, encourage le profit et permet l’accumulation de richesses par des particuliers. Tant que les villes ukrainiennes resteront occupées et que l’agresseur russe conservera ses capacités offensives, tous les secteurs de l’économie doivent fonctionner de manière coordonnée, maximisant leur contribution à l’effort de défense.
La majeure partie des ressources financières devrait être concentrée entre les mains de l’État et investie dans le secteur de la défense, tandis que les capitaux privés devraient être soumis à une fiscalité progressive pour renflouer le budget de l’État. Le renforcement de la défense est indissociable d’investissements massifs dans le domaine social :
création d’emplois (notamment dans les secteurs d’infrastructures critiques) ;
amélioration du secteur des soins pour permettre à davantage de femmes d’intégrer le marché du travail, et amélioration de l’accès aux services sociaux tels que les soins de santé ;
l’hébergement temporaire et la réadaptation.
Ces mesures pourraient également contribuer à faire revenir des citoyens de l’étranger.
En outre, il est essentiel d’améliorer les garanties sociales pour les militaires, en particulier ceux qui défendent l’Ukraine depuis 2022.
La singularité de la situation ukrainienne réside dans le fait que le démantèlement du capitalisme oligarchique est devenu plus que jamais possible dans un contexte de guerre totale et que cela est légitimé par la société.
Premièrement, une part importante des services publics essentiels, déterminants pour la résilience de l’Ukraine, est déjà assurée par des entreprises publiques (chemins de fer, services postaux, santé, éducation, banques).
Deuxièmement, de nombreuses entreprises (principalement celles liées aux oligarques russes) ont été nationalisées et la part du PIB redistribuée via le budget a augmenté.
Troisièmement, les oligarques ukrainiens ont déjà perdu une partie de leur richesse et de leurs leviers de contrôle, se soumettant de plus en plus à l’influence du pouvoir d’État.
🔴 Il est donc urgent et nécessaire de mettre en œuvre :
Un audit des ressources naturelles et des terres permettra de déterminer leurs propriétaires et les avantages publics découlant de leur exploitation. La transparence dans le contrôle de la richesse nationale n’est pas nécessaire pour la commercialisation hâtive de ces ressources, mais pour comprendre les fondements sur lesquels repose la croissance de la prospérité générale. Cela motivera la population à lutter plus efficacement pour sa patrie et ses perspectives sociales.
Il faut établir un contrôle étatique sur les entreprises des secteurs stratégiques de l’économie et mettre en place une production de masse pour répondre aux besoins des populations en première ligne.
L’industrie doit œuvrer dans l’intérêt de la défense, et non pour suivre les fluctuations du marché.
Il faut restituer à l’État la propriété des infrastructures essentielles
L’accès aux biens de première nécessité ne doit pas servir de pâture aux oligarques ni de moyen de détourner les aides de l’État vers les poches des monopoleurs.
Maintenir DTEK Société de carburant et de l’énergie du Donbass- NDT entre les mains de Rinat Akhmetov ou les entreprises énergétiques régionales entre les mains de Vadym Novynskyi est un acte injustifié de charité de l’État en faveur des oligarques.
Réexaminer les résultats de la privatisation spoliatrice.Les entreprises rachetées pour une bouchée de pain devraient être restituées à l’État, sinon la différence entre le prix d’achat et la valeur marchande réelle devrait être compensée. En premier lieu, les entreprises des secteurs minier, mécanique et chimique, essentielles à la défense, devraient être placées sous le contrôle de l’État. Il faut arrêter de ponctionner les subventions ; que les oligarques paient !
Dénoncer tout accord visant à éviter la double imposition avec Chypre, les Îles Vierges et d’autres juridictions offshore. La valeur ajoutée créée grâce aux ressources naturelles, aux infrastructures et à la main-d’œuvre ukrainiennes devrait être imposée ici, et uniquement ici.
Instaurer une fiscalité progressive et une taxe de luxe. La défense du pays repose sur l’héroïsme et les sacrifices des paysans, des ouvriers et des petites entreprises ukrainiens. Pour préserver le pays, les plus riches doivent sacrifier leur fortune, proportionnellement à l’influence qu’ils exerçaient avant la guerre - le taux d’imposition maximal devrait atteindre 90 % du revenu. Sans activisme fiscal, l’Ukraine tombera dans un piège d’endettement insurmontable (d’ici 2025, la dette extérieure pourrait approcher 100 % du PIB).
Instaurer le contrôle des travailleurs dans les entreprises comme outil efficace d’audit interne et forme de société auto-organisée. Depuis les premiers jours de la guerre jusqu’à aujourd’hui, le pays a été le théâtre de scandales de corruption liés à des détournements de fonds. Un contrôle permanent par les syndicats et les comités d’entreprise est essentiel pour une plus grande transparence des actions des dirigeants et pour prévenir la corruption. Il est possible de corrompre des individus, mais impossible de corrompre une collectivité entière. Accorder des pouvoirs de contrôle effectifs aux syndicats encouragera le développement d’un véritable mouvement ouvrier.
Abandonner la pratique antérieure de sous-financement de l’éducation et de la science. La haute technologie de la guerre moderne rend le rôle des ingénieurs et des ouvriers qualifiés tout aussi important que celui des soldats.
Seule l’inertie éducative de l’époque précédente, combinée à la culture technique répandue de la population ukrainienne, a rendu possibles la conception, la production et la maîtrise de nombreux outils techniques modernes qui nous confèrent un avantage sur le champ de bataille. Nous ne pouvons plus compter sur l’inertie des époques passées. Des investissements importants dans l’éducation et la science auraient été nécessaires hier. Sans développement du secteur social, l’Ukraine est confrontée à une émigration massive et à une crise démographique qui l’empêcheront de compenser les pertes humaines.
Monopole d’État sur les exportations. En 2024, les exportations de produits agricoles ont atteint le chiffre record de 24,5 milliards de dollars, alors que les profits continuent de profiter aux particuliers.
Révision des relations avec l’Europe concernant le sort des actifs russes. En se débarrassant des vestiges de l’influence oligarchique, l’Ukraine guérira de la corruption, ce qui permettra d’engager une discussion de fond sur le transfert des actifs russes gelés pour les besoins ukrainiens. Actuellement, environ 200 milliards de dollars sur les 300 milliards de dollars d’actifs d’origine russe sont détenus dans des pays européens.
Améliorer le prestige social du personnel militaire. La reconstitution du budget de l’État permettra de verser une juste compensation financière aux soldats blessés souhaitant reprendre du service. Il est essentiel de rétablir le maintien du salaire moyen des militaires mobilisés, ce qui garantira aux forces armées ukrainiennes le potentiel nécessaire en effectifs.
La mise en œuvre de ces mesures est impossible sans une rupture entre les dirigeants du pays, les grandes entreprises et leurs vecteurs d’influence.
Si certaines de ces mesures sont mises en œuvre, elles renforceront la confiance du public envers le gouvernement. Les véritables garanties de la sécurité de l’Ukraine résident dans le renforcement des liens sociaux internes. D’un autre côté, les autres pays ne nous aideront pas tant que nous n’aurons pas démontré notre volonté de privilégier les intérêts de la défense plutôt que ceux du marché. Et, 34 ans après son indépendance, l’Ukraine devra apprendre à vivre sans oligarques et capitalistes.Alors que l’Ukraine dispose encore d’importantes ressources financières, industrielles et humaines, ne pas progresser vers leur socialisation serait une erreur majeure.
🔴 Le gouvernement ukrainien a désormais une occasion unique de démontrer concrètement ce qu’il est prêt à sacrifier : le pays ou les oligarques.
Si nous mettons fin au chaos néolibéral qui creuse le fossé entre riches et pauvres, nous unirons le peuple et deviendrons une force unificatrice d’envergure mondiale !
Si nous reconstruisons l’économie sur des principes sociaux, nous résisterons.
Des millions provenant des oligarques – pour le bien-être et la défense !
Hillary Clinton : « La guerre contre la Libye visait à empêcher la souveraineté économique de l’Afrique ![1]»
En France : « Déclaration du Gouvernement sur l’intervention des forces armées en Libye et débat sur cette déclaration », séance du 21 mars 2011 à l’Assemblée nationale avec Fillon, Juppé, Ayrault etc. « tous ensemble, tous ensemble…[2] »
Le 19 mars 2011, les forces EU/OTAN commençaient le bombardement aéronaval de la Libye. La guerre fut dirigée par les États-Unis, d’abord via le Commandement Africa, puis par l’OTAN sous commandement des EU.
Le 19 mars 2011, les forces EU/OTAN commençaient le bombardement aéronaval de la Libye.
En sept mois, l’aviation EU/OTAN effectue 30 mille missions, dont 10 mille d’attaque, avec plus de 40 000 bombes et missiles. L’Italie – avec le consensus multi-partisan du Parlement (Partito democratico au premier rang) – participe à la guerre :
avec 7 bases aériennes (Trapani, Gioia deL Colle, Sigonella, Decimomannu, Aviano, Amendola et Pantelleria) ;
avec des chasseurs bombardiers Tornado, Eurofighter et d’autres, avec le porte-avions Garibaldi et d’autres navires de guerre.
Avant même l’offensive aéro-navale, avaient été financés et armés en Libye des secteurs tribaux et groupes islamistes hostiles au gouvernement, et infiltrées des forces spéciales notamment qataris, pour propager les affrontements armés à l’intérieur du pays.
Ainsi est démoli cet État africain qui, comme l’expliquait la Banque mondiale en 2010, maintenait « de hauts niveaux de croissance économique »
Ces « hauts niveaux de croissance économique » se traduisaient par une augmentation annuelle du PIB de 7,5%, et enregistrait « de hauts indicateurs de développement humain » parmi lesquels l’accès universel à l’instruction primaire et secondaire et, pour plus de 40% aux universités. Malgré les disparités, le niveau de vie moyen était en Libye plus haut que dans les autres pays africains. Environ deux millions d’immigrés, en majorité africains, y trouvaient du travail.
L’État libyen, qui possédait les plus grandes réserves pétrolifères de l’Afrique plus d’autres en gaz naturel, laissait des marges de profit limitées aux compagnies étrangères.
Grâce à l’exportation énergétique, la balance commerciale libyenne avait un excédent annuel de 27 milliards de dollars.
Avec de telles ressources, l’État libyen avait investi à l’étranger environ 150 milliards de dollars.
Les investissements libyens en Afrique étaient déterminants pour le projet de l’Union africaine de créer trois organismes financiers : le Fonds monétaire africain, avec siège à Yaoundé (Cameroun) ; la Banque centrale africaine, avec siège à Abuja (Nigeria) ; la Banque africaine d’investissement, avec siège à Tripoli. Ces organismes auraient servi à créer un marché commun et une monnaie unique de l’Afrique.
Ce n’est pas un hasard si la guerre OTAN pour démolir l’État libyen commence moins de deux mois après le sommet de l’Union africaine
Car, le 31 janvier 2011, ce sommet de l'Union Africaine avait donné son feu vert pour la création dans l’année du Fonds monétaire africain.
Le prouvent les e-mails de la secrétaire d’État de l’administration Obama, Hillary Clinton, mis en lumière ensuite par WikiLeaks : États-Unis et France voulaient éliminer Kadhafi avant qu’il n’utilise les réserves en or de la Libye pour créer une monnaie pan-africaine alternative au dollar et au franc CFA (la monnaie imposée par la France à 14 de ses ex-colonies).
Ceci est prouvé par le fait que, avant qu’en 2011 n’entrent en action les bombardiers, ce sont les banques qui entrent en action : elles séquestrent les 150 milliards de dollars investis à l’étranger par l’État libyen, dont la plus grande partie disparaît.Dans la grande rapine se distingue Goldman Sachs, la plus puissante banque d’affaires étasunienne, dont Mario Draghi a été vice-président.
Aujourd’hui en Libye les entrées de l’export énergétique se trouvent accaparées par des groupes de pouvoir et des multinationales, dans une situation chaotique d’affrontements armés.
Le niveau de vie moyen de la majorité de la population s’est effondré. Les immigrés africains, accusés d’être « des mercenaires de Kadhafi », ont été emprisonnés jusque dans des cages de zoo, torturés et assassinés.
La Libye est devenue la principale voie de transit, aux mains de trafiquants d’êtres humains, d’un chaotique flux migratoire vers l’Europe qui a provoqué beaucoup plus de victimes que la guerre de 2011.
À Tawerga, les milices islamistes de Misrata soutenues par l’OTAN (celles qui ont assassiné Kadhafi en octobre 2011) ont accompli un véritable nettoyage ethnique, contraignant presque 50 000 citoyens libyens à fuir sans pouvoir y revenir.
De tout cela est responsable aussi le Parlement italien qui, le 18 mars 2011, engageait le Gouvernement à « adopter toute initiative (c’est-à-dire l’entrée en guerre de l’Italie contre la Libye) pour assurer la protection des populations de la région ».
L’impérialisme chinois ne s’étend pas en créant des bases militaires ou en occupant du territoire, mais dispute avec le centre impérial la domination sur une partie du monde – et là, il a gagné.
À la fin de la première semaine de septembre 2024, le Forum de la Coopération sino-africaine s’est réuni en Chine, avec la présence de 53 des 54 pays africains[0] (l’eSwatini, anciennement Swaziland, est resté à l’écart, étant le seul pays du continent à reconnaître Taïwan).
Lors du forum, Jinping (Président de la République populaire de Chine) a promis que dans les trois prochaines années, la Chine investirait environ 50 milliards de dollars en Afrique[3], soit en investissements directs (un cinquième de cette valeur), soit en prêts et en dons. La question que je pose ici est la suivante : la Chine est-elle une puissance impérialiste et cette relation avec l’Afrique fait-elle partie d’un projet néocolonial ?
La transformation de l’économie chinoise en usine du monde ne compte que quelques décennies. C’est donc pendant cette période récente que la Chine est devenue une puissance économique, en maintenant le contrôle public sur le système financier et les règles pour l’investissement étranger, tout en appliquant un taux élevé d’effort d’investissement, de développement technologique planifié et d’accumulation de capital dans certaines grandes entreprises privées. Son PIB est supérieur à celui des Etats-Unis en parité de pouvoir d’achat[1] et pourrait bientôt être plus important en termes absolus (bien que, la population chinoise étant cinq fois plus importante, le PIB par habitant soit beaucoup plus faible), ses excédents commerciaux sont plus importants et sa capacité à thésauriser des réserves est donc supérieure à celle de ses concurrents.
🔴 En 2013, le gouvernement chinois a lancé une initiative économique et diplomatique, la « Nouvelle Route de la Soie », par analogie avec les circuits commerciaux depuis l’époque de Marco Polo, mais cette fois sous direction chinoise (Ce projet baptisé Belt and Road Initiative (BRI) a pour objectif d’améliorer les voies de communication et la coopération à l’échelle transcontinentale][2].
🔴 En 2023, 152 pays se sont réunis pour célébrer ce mouvement de capitaux et d’intérêts. La réunion de septembre
avec les pays africains correspond à un processus parallèle qui, comme le montre le graphique, s’est développé depuis 2000 jusqu’à ce que la Chine devienne le principal partenaire commercial de l’Afrique et, de loin, la principale économie investisseuse. En annonçant les 50 milliards, le président chinois a ajouté qu’ils créeraient un million d’emplois[3], mais a aussi entendu les dirigeants africains contester le poids des dettes antérieures et demander que la relation inégale ne soit pas accentuée. De plus, comme le montre le graphique, entre 2016 et aujourd’hui, les prêts chinois ont été réduits d’environ moitié en termes de poids dans le PIB africain, et le montant annoncé est inférieur à celui des années de pic de cette relation. Par ailleurs, les investissements se concentrent dans quelques pays (dans l’ordre : Afrique du Sud, Angola, Nigeria, Congo, Égypte).
Il n’y a eu aucun signe d’allègement de la dette. Cette relation économique subordonne donc les pays africains. Et, si les infrastructures créées sont particulièrement orientées vers l’extraction minière (le commerce entre la Chine et l’Afrique a augmenté en 2023 pour atteindre 282 milliards de dollars[4]), l’engagement de ces économies africaines dans le rentisme extractif est la contrepartie de la rentabilité des grandes entreprises technologiques chinoises. Ainsi, cette forme de subordination est une exploitation néocoloniale.
Empire La transformation de la Chine en une économie capitaliste n’a pas d’équivalent avec ce que l’on connaît dans d’autres pays. Avec la chute du régime de l’URSS, sa structure politique s’est effondrée et, s’il est vrai que beaucoup des bénéficiaires du raid de la piraterie privatisatrice, les nouveaux magnats, avaient été des chefs du parti communiste et des bureaucrates régionaux ou nationaux, ce transit s’est fait dans un nouveau cadre politique, à l’époque dirigé par Eltsine. Dans le cas angolais, c’est le parti de la résistance anticoloniale qui, arrivé au pouvoir, a donné à son président et à ses généraux le pouvoir de voler les ressources et de constituer leurs fortunes personnelles[5]. Ainsi, l’accumulation de capital s’est faite par la rupture politique.
🔴 Or, dans le cas chinois, il y a une continuité politique garantie par l’hégémonie du parti communiste. C’est précisément sa bureaucratie qui répond aux deux principales formes de création d’une classe capitaliste, l’une pour la combattre et l’autre pour la promouvoir :
la corruption, qui est fustigée par les autorités car elle empêche leur contrôle sur les mécanismes de formation des fortunes ;
et la propriété et la direction d’entreprises qui bénéficient des exportations et, de plus en plus, du marché intérieur.
🔴 Ainsi, c’est un capitalisme tutélaire de l’État sous une forme historiquement inédite, étant donné la particularité d’être dirigé par un parti communiste. Mais c’est une économie capitaliste et 60% du PIB est généré par ces secteurs d’accumulation privée, correspondant probablement aux trois quarts de l’emploi[6]. La relation avec l’Afrique, qui vise à obtenir des importations d’énergie fossile et surtout de minéraux fondamentaux pour les productions de matériel de communication, est une composante importante de cette carte.
En même temps, Jinping (Président de la République populaire de Chine) assure la fidélité des alliés et, étant de loin le principal partenaire économique de l’Afrique, dirige un réseau d’alliances qui secondarise le rôle de Washington sur ce continent. L’impérialisme chinois ne s’étend pas en créant des bases militaires ou en occupant du territoire, mais dispute avec le centre impérial la domination sur une partie du monde – et là, il a gagné.
« Tu es restée bien silencieuse le 7 octobre. »
Quelques semaines après l’attaque du Hamas contre des soldats et des civils israéliens, il y a un an, une de mes connaissances racontait sur Facebook avoir reçu ce message d’une amie. Je n’ai pas échappé non plus à ce flicage de l’expression de la sympathie pour les victimes israéliennes, la mienne ayant été jugée trop tardive. Horrifiée, je l’étais ; mais j’étais aussi tétanisée, et désespérée.
🔴 Tétanisée, parce que je voyais combien le choc provoqué par le massacre du Hamas était immédiatement instrumentalisé, y compris par une surenchère d’allégations mensongères « bébés décapités », « femme enceinte éventrée », « bébé placé dans un four », afin de mieux exciter la soif de vengeance. Il a été utilisé pour justifier les bombardements sur Gaza, qui ont commencé dès le 7 octobre, puis ce qui n’allait pas tarder à devenir le génocide du peuple palestinien. Israël a « transformé le traumatisme en arme de guerre », comme Naomi Klein vient de le décrire dans un article époustouflant [0].
🔴 Et désespérée, parce que je comprenais brusquement une chose : la justice pour les Palestiniens, que ne cessaient d’attendre – sans doute naïvement – toutes les personnes qui, comme moi, suivent avec attention la situation en Israël-Palestine depuis trente ans ou plus,cette justice ne viendrait jamais.
Les bombardements sur Gaza et la décimation de familles entières, en particulier en 2008-2009 et en 2014[1] ;
La répression de la Grande marche du retour, en 2018, au cours de laquelle les snipers israéliens, en plus de tuer 223 manifestants, ont pulvérisé des rotules à la chaîne ;
le meurtre d’Ahmad Erekat[1bis], en 2020, et tant d’autres exécutions sommaires ;
l’assassinat de la journaliste Shireen Abu-Akleh, en mai 2022, puis l’attaque de son convoi funéraire par la police israélienne, qui a presque renversé son cercueil (Abu-Akleh était chrétienne) [2] ;
Nora Sub Laban expulsée de sa maison de famille à Jérusalem, en juillet 2023, après des années de bataille judiciaire, et l’emménagement immédiat de colons qui ont jeté les meubles dans la rue et accroché des drapeaux israéliens aux fenêtres...
rien de tout cela – pour ne citer que quelques faits marquants – n’avait ému l’opinion ou la classe politique.
Absente au cours des années précédentes, l’émotion du grand public a déferlé comme une vague le 7 octobre, puis elle a aussitôt reflué, alors que la descente aux enfers définitive des Palestiniens commençait.
Que l’humanité et la sacralité de la vie ne soient accordées, sur un même territoire, qu’à une partie de la population est un scandale qui n’en finit plus de me bouleverser. Le découpage minutieux par lequel les médias et les dirigeants occidentaux distinguent les victimes dignes d’être pleurées de celles qui ne méritent pas une seconde d’attention me fait penser à ces vieilles photos de l’URSS sur lesquelles la censure effaçait soigneusement les contours des dignitaires tombés en disgrâce.
C’est d’autant plus révoltant que cela brouille totalement la réalité du rapport de forces. On en vient à avoir l’impression que ce ne sont pas les Palestiniens qui sont sous la botte, opprimés, dépossédés, expulsés et tués depuis des décennies, mais les Israéliens. Une amie qui a fait ses études en Allemagne me racontait qu’une autre étudiante lui avait un jour dit très sérieusement : « Tout de même, les Palestiniens ont envahi Israël. » D’où, aussi, les comparaisons aberrantes entre Israël et l’Ukraine – alors qu’Israël est dans le rôle de la Russie (à cette différence près que la Palestine, territoire occupé et morcelé, n’est pas un État souverain comme l’Ukraine).
Depuis un an, celles et ceux qui continuent de suivre la situation en Palestine, essentiellement à travers les journalistes palestiniens présents sur les réseaux sociaux, voient tous les jours des images qui leur retournent l’estomac. Tous les jours, tous les jours, tous les jours :
les immeubles pulvérisés ;
les enfants blessés allongés sur le sol d’un hôpital ;
les corps vivants ou morts coincés sous les décombres ;
les blessés dont les bras ou les jambes pendent, presque détachés du reste de leur corps ;
les cadavres alignés dans des linceuls, les proches hagards de douleur ;
la jubilation mauvaise des soldats israéliens pillant et saccageant les intérieurs de familles déplacées ou tuées ;
les enfants agonisants, squelettiques, en raison du blocus sur la nourriture et l’eau annoncé par le ministre de la défense israélien Yoav Gallant dès le 9 octobre 2023. Je reste aussi hantée par les images, vues à deux reprises, d’enfants au visage intact, mais à la boîte crânienne explosée, béante, complètement vide.
Et enfin, ce matin, les images insoutenables de Palestiniens prisonniers des flammes[3bis] après le bombardement d’abris de fortune installés dans la cour de l’hôpital Al-Aqsa.
Au cours de l’année écoulée, Israël a commis à Gaza l’équivalent d’un massacre du 7 octobre chaque semaine
▶️ En octobre, le journaliste Wael Al-Dahdouh apprenait en direct, pendant qu’il travaillait, la mort de sa femme et de deux de ses enfants (en décembre, il a vu son cameraman, Samer Abu Daqqa, mourir à ses côtés, puis, en janvier, il a perdu un autre fils, Hamza Al-Dahdouh, également journaliste).
▶️ En novembre, il y a eu la vieille femme tuée par un sniper alors qu’elle tenait la main de son petit-fils, le petit Taim Abd Al-Aati, qui agitait un drapeau blanc. Ce même mois, les cadavres décomposés des bébés prématurés de l’hôpital Al-Nasr, que le personnel a été forcé d’abandonner dans leurs couveuses par l’armée israélienne.
▶️ En janvier, le meurtre de Hind Rajab, six ans, qui a vu les siens mourir autour d’elle quand leur voiture a été prise pour cible par un char, et qui a supplié les secours de venir la sauver avant d’être à son tour tuée, de même que deux ambulanciers qui tentaient de l’atteindre. (En avril, les étudiants de l’université Columbia à New York, qui occupaient leur campus, ont renommé le Hamilton Hall « Hind’s Hall » en son honneur ; c’est également le titre que le rappeur américain Macklemore a donné à sa chanson en soutien au mouvement étudiant pour la Palestine.)
▶️ En février, le corps de Sidra Hassouna, petite fille de sept ans, accroché au mur sur lequel il avait été projeté par la déflagration. Le « massacre de la farine », quand l’armée israélienne a ouvert le feu sur les Palestiniens affamés par le blocus qui se pressaient autour d’un convoi d’aide alimentaire, tuant au moins 118 d’entre eux. À l’hôpital Nasser, un prisonnier, Jamal Abu Al-Ola, envoyé par les soldats, les mains liées, pour dire aux patients et au personnel d’évacuer, puis abattu sous les yeux de sa mère.
▶️ En mars, Razan Muneer Arafat, onze ans, dans un fauteuil roulant, pleurant à chaudes larmes ses jambes perdues.
▶️ En mai, le cadavre sans tête d’Ahmad Al-Najar, dix-huit mois, décapité quand l’armée israélienne a bombardé des tentes de personnes déplacées à Rafah, faisant quarante-cinq victimes, la plupart brûlées vives.
▶️ En juin, le massacre de Nuseirat, lorsque des soldats israéliens ont tué plus de 270 civils palestiniens pour libérer quatre otages – une opération fêtée comme un « grand succès » dans les chancelleries et les médias occidentaux.
▶️ En juillet, Muhammed Bhar, jeune homme atteint du syndrome de Down, déchiqueté par un chien de l’armée ; les soldats l’ont laissé agoniser, en empêchant ses proches de lui porter secours.
▶️ En août, le journaliste Ismail Al-Ghoul, dans sa voiture visée par un tir de drone, vêtu de son gilet « presse », la tête arrachée – tué avec son cameraman Rami Al-Rifi, ce qui portait alors à 165 le nombre de journalistes tués à Gaza en moins d’un an.
▶️ En septembre, un fœtus sanguinolent tiré des décombres d’un immeuble. Un père embrassant le pied arraché de sa petite fille – tout ce qu’il restait de son corps. Un soldat rigolard fumant une cigarette tandis qu’une mosquée brûle dans son dos. Une effarante accumulation de crimes de guerre, qu’Al-Jazeera a tenté de répertorier dans un documentaire récent [4].
🔴Au cours de l’année écoulée, selon les calculs de Joseph Confavreux dans un article de Mediapart, Israël a commis à Gaza l’équivalent d’un massacre du 7 octobre chaque semaine[5]. Et pourtant… Rien de tout cela ne semble s’être imprimé dans les esprits des gens autour de nous – pas plus que tout ce qui a précédé ne s’y était imprimé. Pour tout le monde, seul existe le massacre du 7 octobre en Israël.
Cette insensibilité explique la grossièreté de ces intervieweurs occidentaux qui reçoivent des Palestiniens endeuillés, ayant perdu plusieurs membres de leur famille (parfois des dizaines), et qui leur lancent d’un seul souffle : « Toutes mes condoléances, est-ce que vous condamnez le meurtre de civils par le Hamas ? ».
Un sommet d’obscénité a été atteint ce 7 octobre avec l’interview sur BFMTV du journaliste Rami Abou Jamous, qui témoigne chaque semaine sur Orient XXI de l’enfer qu’est devenu Gaza. Il n’a été interrogé que sur le Hamas et le 7 octobre[6]. On parle d’un homme épuisé et traumatisé, dont – pour ne citer qu’un exemple – la belle-sœur a été grièvement blessée par un quadricoptère (un petit drone) qui l’a poursuivie jusque sous sa tente de déplacée[7].
Arwa Mahdawi : « Les mêmes personnes qui nous sommaient de désavouer la violence salivent sur notre mort et célèbrent le meurtre à une échelle inimaginable » Au fil des mois, déjà, on avait pu mesurer l’ampleur du « deux poids, deux mesures ». Les massacres, les viols[8] : au vu de l’indignation générale soulevée, à juste titre, quand des Israélien·nes en ont été victimes, on avait pu en déduire, naïvement, que ces crimes étaient condamnables en eux-mêmes. Mais l’indifférence, voire l’approbation, rencontrées quand des Palestinien·nes en sont victimes à leur tour nous force à en déduire que ce qui est réellement terrifiant, ce n’est pas d’être violé·e, décapité·e, massacré·e : c’est de l’être par des Arabes. Les mêmes personnes qui s’étranglaient d’indignation à l’idée que le Hamas se soit attaqué à des civils reprennent sans sourciller la rhétorique raciste des « boucliers humains » ou des « victimes collatérales » concernant les morts palestiniens.
Des témoignages de viols au moyen de barres de métal brûlantes et d’autres objets émanent de la prison israélienne de Sde Teiman - information enterrée tout à la fin d’un article du New York Times [9]. Pourtant, quand, fin juillet, dix soldats ont été arrêtés pour avoir violé en réunion un prisonnier – lequel a été hospitalisé –, viol dont la vidéo a fuité, des manifestants d’extrême droite, parmi lesquels des ministres, ont pris d’assaut la prison pour les faire libérer.
Le ministre Itamar Ben-Gvir a clamé que tout était permis, même le viol, face à l’ennemi palestinien.
Son collègue Bezalel Smotrich a exigé une enquête, non pas sur le viol lui-même, mais sur la fuite de la vidéo.
Les soldats ont finalement été libérés, et l’un d’eux a été invité sur les plateaux de télévision pour se défendre [10].
L’idée selon laquelle les crimes du 7 octobre justifient une vengeance aveugle, cruelle, sans limite, sur toute une population (soit exactement ce qui était condamnable dans l’attaque du 7 octobre elle-même), a normalisé les discours sanguinaires, voire génocidaires. La Une jubilante du New York Post après l’attaque des bipeurs au Liban, alors que cette attaque a fait des milliers de victimes civiles, qui ont eu des bras, des yeux arrachés, au point que les hôpitaux libanais ont été débordés par l’afflux des blessés, l’illustre bien. De même que la décomplexion des appels au meurtre sur les plateaux de télévision français. « Qu’ils crèvent tous. Israël fait le travail de l’humanité ici », a par exemple osé déclarer Louis Sarkozy sur LCI le 26 septembre[10bis].
🔴« Nous, Palestiniens, n’avons pas le droit d’ouvrir nos bouches sans que quelqu’un nous demande de dénoncer la violence et de condamner le Hamas. Puis on nous ordonne de la fermer et de rester silencieux tandis que les mêmes personnes qui nous sommaient de désavouer la violence salivent sur notre mort et célèbrent le meurtre à une échelle inimaginable », écrit la journaliste palestinienne-américaine Arwa Mahdawi[11].
Lina Mounzer : « Nos quartiers ne sont pas des endroits où nous avons joué, grandi, élevé des enfants et rendu visite à des amis : ce sont des “ bastions ” » Une analyse de la presse américaine publiée par le média indépendant The Intercept en janvier dernier a montré que des termes chargés d’émotion, comme « massacre » ou « horrible », étaient réservés aux victimes israéliennes[12]. On observe le même phénomène dans la presse française, par exemple avec ce titre du Monde : « 7 octobre 2023 : une journée atroce, une année tragique » (5 octobre 2024 ; c’est moi qui souligne). L’atrocité, ce sont les crimes du Hamas, et eux seuls ; ce qui a suivi est simplement « tragique » – autrement dit : ce n’est réellement la faute de personne. L’analyse de The Intercept mettait aussi en lumière la façon dont les journaux américains multiplient les contorsions pour éviter de nommer le perpétrateur israélien, ce qui produit des titres en forme de haïkus étranges, dont l’insurpassable et énigmatique « Lives ended in Gaza[12bis] » – « Des vies ont pris fin à Gaza » –, dans le New York Times (2 mars 2024).
Ancienne responsable du bureau du New York Times à Jérusalem, Jodi Rudoren assume ce choix lexical : « Il y a eu un massacre le 7 octobre. Des atrocités ont été commises. Elles étaient barbares. La réponse a été… intense [sic], elle a impliqué beaucoup de mort, de destruction et de déplacement, mais je ne suis pas sûre que “massacre”, “atrocités” et “barbare” soient des termes appropriés, en tout cas pas pour la guerre dans son ensemble (…). Vous parlez de deux choses très différentes, qui nécessitent des adjectifs différents[13]. » Je l’avoue, ces mots, et la décontraction avec laquelle ils sont prononcés, me donnent envie de hurler.
🔴Le post du dessinateur libanais Mazen Kerbaj (ci-dessous 👇) traduit, je crois, l’état d’esprit de beaucoup.
Dans un article brillant, l’autrice libanaise Lina Mounzer a parfaitement décrit le désespoir que l’on peut ressentir devant ces yeux qu’aucune souffrance palestinienne ou libanaise ne semble assez grande pour dessiller. « Nos quartiers ne sont pas des endroits où nous avons joué, grandi, élevé des enfants et rendu visite à des amis : ce sont des “ bastions ”, écrit-elle. Les corps de nos hommes ne sont pas les poitrines bien-aimées contre lesquelles nous nous appuyons, ni les mains que nous tenions ou par lesquelles nous étions tenus, ni les bras forts qui nous portaient, ni les lèvres douces qui nous embrassaient pour nous souhaiter une bonne nuit. Ce sont des “ suspects ”, des “ militants ”, des “ terroristes ”, et leur mort est toujours justifiable parce qu’ils sont des hommes et nos hommes sont mauvais, et c’est comme ça que ça a toujours été, c’est comme ça que nous avons toujours été pour eux.[14] »
Elle observe : « L’Occident cherche à préserver l’image de sa propre humanité en effaçant complètement la nôtre. Comment peuvent-ils être coupables de meurtre si ceux qu’ils tuent ne sont que des “ terroristes ” ou des “ animaux humains ” ? En fait, non seulement ils ne sont pas coupables de meurtre, mais ils sont des héros qui nettoient le monde. Je ne sais pas quel langage il est possible d’employer avec des gens qui ne vous verront jamais comme un être humain. Qui entendront toujours un animal braire lorsque vous parlez.[14] »
Le soutien massif à Israël dans un paysage politique et médiatique français qui penche de plus en plus nettement vers l’extrême droite – une évolution très loin de se cantonner aux médias Bolloré – n’a guère de quoi étonner.Nous avons globalement quitté la normalité (si relative qu’elle ait pu être) : il faut rappeler que, depuis quelques mois, nous ne vivons plus en démocratie. Cela implique de s’exposer à quelques désagréments quand on a la mauvaise idée de vouloir plaider la cause des Palestiniens. Dernier cas en date : celui de Yannis Arab, doctorant en histoire et auteur de plusieurs ouvrages sur la Palestine, arrêté et perquisitionné par la gendarmerie le 8 octobre pour « apologie du terrorisme[14bis] ».
Pour ma part, j’y suis résignée. Ce que peuvent penser de moi des gens qui défendent un génocide m’est complètement indifférent. Ma seule préoccupation est désormais de ne pas décevoir ou trahir celles et ceux – chrétien·nes, juif·ves, musulman·es, athées ou croyant·es – dont je partage la sensibilité sur ce sujet. Comme l’écrit encore Lina Mounzer, le niveau de violence mis en œuvre par Israël dès octobre 2023 était « si bouleversant qu’il a immédiatement divisé le monde en deux : entre ceux qui savaient ce qui se passait et ceux qui le niaient ».
Les anglophones ont un acronyme pour cela : PEP, ou « progressive except for Palestine » – « progressiste, sauf sur la Palestine » Ce qui est réellement douloureux, cependant, c’est de se heurter aux mêmes préjugés, au même hermétisme, chez des journalistes et des personnalités de gauche, dont on se sent politiquement proche, que l’on estime, avec qui l’on est par ailleurs d’accord sur à peu près tout. Les anglophones ont un acronyme pour cela : PEP, ou « progressive except for Palestine » – « progressiste, sauf sur la Palestine».
Ainsi, dans une interview à Télérama, en avril, à l’occasion de la publication de son livre sur le choc du 7 octobre, l’avocat Arié Alimi expédiait en quatre lignes la question des agissements de l’armée israélienne à Gaza : « Soyons clairs, je suis aussi révolté par une forme d’insensibilité à ce qui est en train de se passer à Gaza ; par le fait qu’aujourd’hui, il y a un risque plausible de génocide – et de plus en plus de traces laissent penser qu’un jour cette qualification sera retenue [15][15bis]. » Pardon, mais si on pense sincèrement qu’un génocide risque de se dérouler, cela ne justifierait-il pas d’en faire son sujet principal ?
De même, plus récemment, dans sa critique du livre remarquable de Didier Fassin, Une étrange défaite, qu’elle disqualifie d’un « Bof », Valérie Lehoux reproche à l’auteur d’user de procédés malhonnêtes pour « mieux affirmer que le drame gazaoui est un génocide – il est tout à fait possible que la justice le reconnaisse un jour comme tel – qu’il est honteux de ne pas arrêter ». Elle aussi admet donc l’hypothèse d’un génocide… mais, à nouveau, entre tirets, sans en tirer aucune conséquence[16].Un génocide est donc moins grave qu’un massacre ?
La conviction profonde selon laquelle il est moins grave de s’en prendre à des colonisés qu’à des colons Autre exemple, qui me semble révélateur des hésitations d’une gauche par ailleurs impeccable sur tant de sujets.Dans l’article de Joseph Confavreux déjà cité plus haut, et par ailleurs excellent, quelques lignes me font sursauter : « Certes, d’un point de vue anthropologique, le théâtre de la cruauté déployé par le Hamas durant les massacres d’octobre dernier n’est pas similaire, terme à terme, avec les actes commis par l’armée israélienne depuis un an[16bis]. »
Je me frotte les yeux. Si la mutilation de dix enfants par jour en moyenne, les parents tués devant leurs enfants et inversement, l’agonie durant des heures ou des jours sous les décombres d’un immeuble (des milliers de cadavres y sont ensevelis), les enfants visés à la tête par des snipers [17], les civils désarmés poursuivis et pulvérisés par des tirs de drone, le fait de priver toute une population d’eau et de nourriture (mais aussi de produits d’hygiène, de sorte que les maladies de peau se propagent), de diffuser ses crimes de guerre sur TikTok avec des musiques entraînantes, ne relèvent pas également d’un « théâtre de la cruauté », et cette fois à l’échelle de tout un peuple, j’aimerais vraiment savoir comment il faut les qualifier.
Quelques jours après la parution de l’article, ce passage a été modifié. On lit désormais : « Les façons de mettre à mort, les projets plus larges dans lesquels les meurtres s’inscrivent, l’intentionnalité de tuer des civils, la volonté d’effrayer et/ou d’éliminer une population sont aussi à prendre en compte. Tout ne se mesure pas avec le décompte macabre des cadavres. » J’avoue que j’y perds mon latin. Faut-il en déduire que l’armée israélienne n’a pas de « projet plus large » ? Qu’elle n’a pas de volonté de « tuer des civils » ou « d’effrayer et/ou d’éliminer une population » ? Que tous ces crimes relèvent d’une touchante maladresse?
Difficile de ne pas déceler ici la conviction profonde selon laquelle il est moins grave de s’en prendre à des colonisés qu’à des colons. Cela me rappelle ce que m’avait raconté il y a quelques mois l’une de mes amies, qui est algérienne et qui enseigne dans une université américaine. Alors qu’elle évoquait le cas d’un colon violemment battu lors d’une révolte au XIXe siècle en Algérie, ses étudiants s’étaient mis à pousser des exclamations horrifiées. Exaspérée, elle leur avait lancé : « Mais enfin, je viens de vous parler d’enfumades[17bis] et d’autres atrocités, et vous n’avez pas bronché ! »
Une incapacité à renoncer à l’image vertueuse d’Israël L’indulgence irréelle manifestée envers l’armée israélienne procède aussi, je crois, d’une réticence persistante à renoncer à l’image d’Israël comme un État vertueux, peuplé de gens cultivés, progressistes, démocrates, humanistes, en refusant de voir que ces Israéliens, s’ils existent bien, sont aujourd’hui une toute petite minorité, dans un pays que des décennies de racisme institutionnalisé et d’impunité internationale ont mené au fanatisme, avant que le 7 octobre le radicalise encore davantage.
Ainsi, beaucoup de gens veulent croire que les manifestations parfois massives contre le gouvernement Netanyahou qui se déroulent en Israël ces temps-ci concernent aussi les crimes commis à Gaza, alors que ce n’est pas le cas. « Netanyahou est peut-être méprisé par la moitié de la population, mais sa guerre contre Gaza ne l’est pas, et, selon des sondages récents, une majorité substantielle d’Israéliens pensent que sa riposte est appropriée, voire qu’elle n’est pas allée assez loin », écrivait Adam Shatz en juin[18].
Partout s’exprime cette « obsession de la symétrie » que Joss Dray et Denis Sieffert pointaient déjà il y a plus de vingt ans[19].
Si on dit un peu de mal des Israéliens, alors on s’empresse d’en dire aussi des Palestiniens pour faire bonne mesure ;
Si on dit un peu de bien des Palestiniens, alors on s’empresse d’en dire aussi des Israéliens.
On ne manque pas de souligner qu’un deuil est toujours une tragédie, qu’une vie vaut une vie, que chaque vie est précieuse, que « les chiffres ne disent pas tout », en renvoyant à leur supposée mesquinerie ceux qui pointent la folle disproportion du bilan des victimes entre le camp de l’occupé et celui de l’occupant.
Est-il vraiment si difficile d’appeler à l’arrêt des massacres, au lieu d’aligner des propos creux sur « la valeur de chaque vie », « l’empathie » ou « la paix » ? Oui, bien sûr, sur le plan intime et privé, c’est vrai : un deuil est toujours une tragédie. Mais on ne devrait pas se servir de cette vérité pour occulter une réalité politique. Cette réalité n’est pas celle de « deux peuples qui se déchirent depuis très longtemps pour une même terre sans qu’on y comprenne grand-chose », comme on l’entend si souvent, mais celle d’un État qui pratique le nettoyage ethnique et le massacre depuis sa création, qui occupe un autre peuple militairement et qui s’emploie actuellement à le rayer de la surface de la Terre sans rencontrer aucun frein.
À l’heure où j’écris, le massacre continue imperturbablement à Gaza ;
la Cisjordanie est elle aussi à feu et à sang ;
le tourbillon de souffrances infligées à la Palestine s’étend au Liban ;
Israël bombarde Beyrouth, rase des villages entiers au Sud-Liban, attaque les casques bleus de l’ONU[19a].
Est-il vraiment si difficile d’appeler à l’arrêt de tout cela, au lieu d’aligner des propos creux sur « la valeur de chaque vie », « l’empathie » ou « la paix » ? Comme le rappelait Rob Grams, rédacteur en chef adjoint de la revue Frustration, sur X, l’empathie pour les otages israéliens est « tout à fait présente, médiatique, officielle. Celle pour les Palestiniens est criminalisée[19b]». Est-il si difficile de le souligner ? «Pourquoi Gaza a-t-elle disparu derrière des sophismes, des approximations, des murmures désolés ? », interroge à raison l’écrivain palestinien Karim Kattan[19c].
« Mourir en un seul morceau est devenu un luxe à Gaza » Même si l’on s’en tient au plan intime et privé, ces déclarations bien-pensantes négligent une autre différence de taille.
Les Israéliens qui ont perdu un proche l’année dernière ont la possibilité de vivre leur deuil, qui est respecté et partagé dans tout l’Occident et au-delà. (Même les soldats d’une armée génocidaire sont honorés dans les médias occidentaux comme des héros.).
Les Palestiniens, traumatisés par des deuils multiples, obligés d’assurer quotidiennement leur survie, n’en ont pas les moyens. Certains n’ont pas de corps à pleurer : leurs proches ont disparu dans une prison, ou sont restés ensevelis sous les décombres de leur immeuble. Parfois, ils sont contraints de rassembler leurs restes dans des sacs en plastique. (Cette année, on a aussi vu, en mars, le garçon qui transportait dans son sac à dos le corps de son petit frère[19d].)
Parmi les enfants rencontrés à Gaza par la journaliste et écrivaine Susan Abulhawa (toujours dans le documentaire d’Al-Jazeera), certains lui ont confié qu’ils voulaient mourir, mais qu’ils espéraient seulement rester entiers. « Mourir en un seul morceau est devenu un luxe à Gaza », confirme Mariam Mohammed Al Khateeb [20]. Le 25 septembre, l’armée israélienne – qui a par ailleurs ravagé plusieurs cimetières, à Gaza mais aussi au Liban – a envoyé à Gaza un camion contenant des dizaines de corps, sans aucun document permettant de les identifier. Les proclamations vertueuses sur la valeur égale des vies, auxquelles je n’ai rien à redire, me semblent un peu vaines si on ne commence pas par dénoncer cette situation.
L’Orient vu comme un espace abstrait, insignifiant, appropriable ; comme une annexe de la scène européenne L’image bienveillante d’Israël que conservent beaucoup de gens à gauche procède pour une large part du fait qu’ils transposent telle quelle la réalité de l’oppression historique subie par les juifs en Europe dans le contexte du Proche-Orient[21]. Par là, ils reproduisent à leur insu la désinvolture du rapport colonial à une terre étrangère, l’habitude de la traiter comme un espace abstrait, insignifiant, appropriable ; comme une annexe de la scène européenne.
C’est cette désinvolture qu’Edward Saïd, dans L’Orientalisme, mettait en exergue chez Lamartine lors de son voyage en Orient, entrepris en 1833. L’écrivain français envisageait ce voyage comme un « grand acte de [s]a vie intérieure » : il s’agissait de projeter des fantasmes, plutôt que de rencontrer une autre réalité. Saïd observe : « Ses pages sur la pensée arabe, sur laquelle il disserte avec une confiance suprême, ne laissent paraître aucune gêne quant à son ignorance totale de la langue. ».
Le voyageur s’enthousiasme : « Cette terre arabe est la terre des prodiges, tout y germe, et tout homme crédule ou fanatique peut y devenir prophète à son tour. » Il traite l’Orient comme une « province personnelle », selon les mots de Saïd, qui résume plus loin : « La Palestine était considérée – par Lamartine et par les premiers sionistes – comme un désert vide qui attendait de fleurir ; les habitants qu’il pouvait avoir n’étaient, pensait-on, que des nomades sans importance, sans véritable droit sur la terre et, par conséquent, sans réalité culturelle ou nationale. »
Après avoir toujours clamé que la Palestine n’existait pas, certains colons israéliens affirment aujourd’hui que « le Liban n’existe pas[21bis] » et rêvent d’y implanter des colonies. L’automne dernier, peu après le 7 octobre, j’ai encore été effarée par la façon dont des gens pouvaient discuter, sur X, du pays arabe où il conviendrait d’expulser les Palestiniens. Il ne leur venait pas à l’idée, visiblement, que les Palestiniens étaient chez eux sur leur terre. Cela me donnait une furieuse envie d’envoyer mes interlocuteurs vivre sous une tente dans une banlieue de Turin ou de Copenhague – au hasard ; après tout, tous ces gens sont des Européens, ce sont plus ou moins les mêmes, non ?
Croire qu’on peut réparer l’écrasement d’un peuple en cautionnant l’écrasement d’un autre
Ainsi, en espérant réparer l’écrasement d’un peuple, nos amis de gauche pro-israéliens cautionnent, sans même s’en apercevoir, l’écrasement d’un autre. Dans un livre saisissant, l’universitaire américain d’origine palestinienne Saree Makdisi souligne ce fait qui dit tout : depuis le Mémorial de Yad Vashem, à Jérusalem, dédié aux victimes de la Shoah, on aperçoit les ruines du village palestinien de Deir Yassin, théâtre d’un massacre en avril 1948, lors de la fondation de l’État d’Israël, qui vit l’expulsion de quelque 750 000 Palestiniens[22] – la Nakba, ou « catastrophe », toujours en cours, aujourd’hui plus que jamais.
« Si des juifs avaient simplement voulu vivre en Palestine, cela n’aurait pas été un problème, écrivait soixante-dix ans après, en 2018, la juriste palestinienne-américaine Noura Erakat. En fait, juifs, musulmans et chrétiens avaient coexisté pendant des siècles dans tout le Moyen-Orient. Mais les sionistes voulaient la souveraineté sur une terre où d’autres gens vivaient. Leur ambition requérait non seulement la dépossession et le déplacement des Palestiniens en 1948, mais aussi leur exil forcé, leur effacement juridique et le déni qu’ils aient jamais existé[23]. ».
Comme le remarque Saree Makdisi, les innombrables élus démocrates américains qui clament leur attachement à un État « juif et démocratique » oublient – ou feignent d’oublier – la contradiction contenue dans cette formule :
soit Israël est un État juif, qui, pour se maintenir comme tel, doit opprimer, expulser, tuer, et dans ce cas il n’a rien de démocratique ;
soit il est réellement démocratique, et alors il doit accorder les mêmes droits et les mêmes libertés aux populations musulmanes et chrétiennes présentes sur son sol.
La forêt plantée pour dissimuler les ruines du village palestinien de Saffourieh, détruit en 1948 lors de la Nakba. Photo : Jason Bechtel, Interface Peace-Builders, 2010
Si la vision vertueuse d’Israël persiste à gauche, c’est aussi en raison des stratégies de relations publiques mises en œuvre par cet État afin de dissimuler son racisme structurel, que détaille Saree Makdisi dans son livre. Il raconte notamment comment, dès 1948, sous l’égide du Fonds national juif (FNJ), Israël a planté des arbres afin de recouvrir les ruines des villages palestiniens détruits – stratégie qui continue aujourd’hui avec les villages bédouins dans le Néguev.
Kamala Harris en 2017 : « Quand je me suis rendue en Israël pour la première fois, j’ai vu que l’ingéniosité israélienne avait réellement fait fleurir le désert » Le paysage naturel palestinien, avec ses oliviers, ses figuiers de barbarie et ses citronniers, a été éradiqué à coup d’herbicides et remplacé par des monocultures de conifères qui donnent à certains lieux des allures de paysage alpin. Depuis 1967, environ 800 000 oliviers ont été déracinés sur les territoires occupés cette année-là (ces derniers temps, cependant, la tendance est à l’appropriation plutôt qu’à la destruction[24]. Et quand un hôte de marque arrive dans le pays, on l’invite à planter un arbre : un geste pacifiste, écologiste, humaniste, dont personne ne songerait à questionner l’innocence.
C’est peu dire que cette stratégie de séduction fonctionne. En 2017, lors d’une conférence de l’American Israel Public Affairs Committee (Aipac), Kamala Harris déclarait : « Ayant grandi dans la baie de San Francisco, je me souviens avec tendresse de ces boîtes du Fonds national juif que nous utilisions pour collecter les dons afin de planter des arbres pour Israël. Des années plus tard, quand je me suis rendue en Israël pour la première fois, j’ai vu les fruits de ces efforts, et que l’ingéniosité israélienne a réellement fait fleurir le désert. »
14/05/2018. Inauguration ambassade USA à Jérusalem
Le livre de Saree Makdisi vient de paraître[22], mais il a été écrit avant le 7 octobre 2023. Dans sa conclusion, l’auteur observe que, « à l’époque des Trump, Bolsonaro, Duterte, Modi et cie », les autorités israéliennes semblent estimer qu’elles peuvent abandonner leurs campagnes de communication destinées à se concilier le public occidental progressiste, et assumer désormais ouvertement leur racisme. Ce que confirment les bonnes relations entre Netanyahou et Trump – qui, durant son mandat, fit déplacer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem[24bis], un geste hautement symbolique.
De fait, en persistant dans leur soutien à Israël, Joe Biden et Kamala Harris ignorent le tournant pro-palestinien de plus en plus marqué qui s’opère dans l’électorat démocrate, tandis que la droite, et en particulier la droite évangélique, violemment islamophobe (et antisémite !), s’affirme, elle, comme fanatiquement pro-israélienne. Il est dommage, alors, que tant de progressistes français s’accrochent encore à leur sympathie pour Israël. Sympathie qui est d’ailleurs le pire service à rendre y compris à Israël lui-même, enfermé dans une spirale sans issue de haine et de folie destructrice.
« Nous avons découvert l’étendue de notre déshumanisation, à tel point qu’il n’est plus possible de fonctionner dans le monde de la même façon » Cela ne m’amuse pas particulièrement de critiquer mes amis politiques. Mais je le fais parce que je crois que nous avons besoin de serrer les rangs.Le génocide en Palestine opère aussi comme une scène sur laquelle se joue, par procuration, le passage à l’acte d’un racisme anti-Arabes qui travaille à peu près toutes les sociétés occidentales. Avec l’afflux de doubles nationaux dans l’armée israélienne[25], la Palestine semble être devenue le stand de tir de tous les islamophobes de la Terre. En soutenant le carnage (ce génocide est américain au moins autant qu’israélien), les dirigeants occidentaux envoient aussi un clair message d’abandon, pour ne pas dire plus, à leurs citoyens d’origine arabe.
« Le niveau de traumatisme créé chez les Palestiniens-Américains par la normalisation du meurtre de leurs proches a laissé une communauté en lambeaux », écrit le journaliste Azad Essa[26]. « C’est comme être dans une relation abusive avec le monde », témoigne Nada al-Hanooti, qui vit à Dearborn, la ville américaine (dans le Michigan) où cette communauté est le plus présente[27]. Lina Mounzer lui fait écho : « Demandez à n’importe quel·le Arabe quelle prise de conscience a été la plus douloureuse cette année, et il ou elle vous répondra : nous avons découvert l’étendue de notre déshumanisation, à tel point qu’il n’est plus possible de fonctionner dans le monde de la même façon[28]. »
🔴La hantise de beaucoup – et notamment de Francesca Albanese[29], la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens – semble être que la violence déchaînée, en plus de détruire la Palestine, ne s’arrête ni aux limites de ce territoire, ni à celles des communautés arabes. La légitimation d’un tel degré de barbarie devrait inquiéter tout le monde. Et rend d’autant plus urgente une clarification des positions de la gauche.
Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, ex secrétaire de syndicat, d'Union locale et conseiller Prud'homme CGT de 1978 à 2022.
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