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3 mai 2022 2 03 /05 /mai /2022 12:49
1. LIVRET-Conférence-C.indd
Une brochure écrite par Jean-Luc Mélenchon

 

" Nous sommes le mouvement de la révolution citoyenne en France. "

 

L’élection présidentielle de 2022 a été pour le pays un moment politique intense. Non pas, comme c’est le cas avec les élections présidentielle lors des périodes de stabilité, parce qu’elle aura purgé de grands conflits qui traversent la société.

C’est le contraire, son second tour n’a rien réglé des grands sujets de notre époque. Mais elle a fait émerger un nouveau paysage politique, achevé en quelque sorte une recomposition à l’œuvre depuis 2017. Nous en avons été les acteurs de premier plan et non des observateurs extérieurs. Pourtant, une fois la poussière retombée, nous devons nous efforcer d’un travail théorique et d’analyse.

 

Sources :  Le Blog de Jean-Luc Mélenchon

En effet, le raisonnement théorique permet le raisonnement stratégique et les conclusions tactiques. Pour citer un grand nom parmi d’autres, Kant dit : « la théorie sans la pratique est absurde ». Et il ajoute : « la pratique sans la théorie est aveugle ».

 

 

- Car l’analyse des résultats d’une élection est toujours un enjeu idéologique.

Les chiffres ne parlent pas d’eux-mêmes. Il faut les mettre en rapport les uns avec les autres, les comparer, les additionner, les mettre en perspective pour qu’ils prennent du sens. Ainsi, faire parler les chiffres n’est pas un exercice neutre. C’est pourquoi, pour une force comme la nôtre, il est impossible de laisser aux autres le soin d’interpréter les résultats d’une élection comme la présidentielle 2022.

 

Cette analyse se place dans le cadre qui a été depuis le début celui de notre action : la théorie de l’ère du peuple et de la révolution citoyenne. Nous sommes le mouvement de la révolution citoyenne en France. C’est-à-dire du processus politique de rupture du peuple, entendu comme nouvel acteur central de la modernité.

  

1. LIVRET-Conférence-C.indd
Une brochure écrite par Jean-Luc Mélenchon

- Nous avons vu ce type de révolution dans de nombreux endroits du monde et nous avons pu en apprendre les principales caractéristiques.

Elles ne ressemblent pas aux révolutions du passé. Ce sont des révolutions qui mettent au coeur de leurs objectifs la reprise du contrôle sur sa vie. C’est pourquoi elles embrassent non seulement les questions sociales mais aussi démocratiques, écologiques et de liberté individuelle. La révolution féministe, par exemple, est pleinement inscrite dans ce processus puisqu’elle exprime une synthèse entre les questions sociales, environnementales et individuelles de la politique.

 

Ainsi, nous ne pouvons pas agir d’une manière conséquente par rapport à nos objectifs sans une compréhension théorique claire du monde dans lequel nous vivons, de ce qui le met en mouvement, des principes autoorganisateurs qui font les sociétés et les orientent. L’analyse électorale du premier et du second tour sont intéressantes non seulement pour comprendre mais donc aussi pour agir. Elles nous aident à définir notre cap pour la prochaine séquence de notre combat.

 

  • Ce document (Les 3 blocs et l'avenir de l'Union Populaire) doit être lu comme une contribution à tout cela.

Il a été constitué à partir de la conférence donnée le 21 avril 2022 à la Maison de la Chimie et des graphiques qui y ont été présentés. Un ultime chapitre a été ajouté sur le second tour, à partir de ma déclaration du 24 avril 2022.

 

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- Ci dessous l'état des lieux de la 1ére circonscription de Charente Maritime

 

Les 3 blocs et l’avenir de l’Union populaire par Jean-Luc Mélenchon
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19 avril 2022 2 19 /04 /avril /2022 21:29
L’union populaire : une stratégie globale

 

Le sociologue Didier Eribon, qui a soutenu la campagne de Jean-Luc Mélenchon, analyse les causes de la poussée de l’extrême droite, et les défis qui attendent La France insoumise pour reconstituer durablement une pensée de gauche.

 

 

Dans Retour à Reims (Fayard, 2009)[1], récemment adapté au cinéma par Jean-Gabriel Périot, le philosophe et sociologue Didier Eribon analyse, à travers le récit intime de sa famille, le glissement du vote de la classe ouvrière du communisme vers le Front national (FN), puis le Rassemblement national (RN). Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle, le 10 avril, confirme selon lui l’inscription dans le temps d’un « vote de classe » favorable à l’extrême droite.

Une partie des causes de ce basculement est à chercher dans la conversion au néolibéralisme du Parti socialiste (PS), qui a « créé de la colère, de l’abstention, et finalement le vote » des classes populaires qu’il devait représenter contre lui – c’était l’objet de son essai, D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française (Léo Scheer, 2007). Le score piteux du PS (1,75 %) marque à ce titre « l’aboutissement d’un processus entamé au début des années 1980 », et qui a abouti à l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, explique-t-il.

Il estime cependant que la dynamique de Jean-Luc Mélenchon[2] (qu’il a soutenu publiquement), plébiscité dans les quartiers populaires, peut être de nature à faire dérailler l’anéantissement « programmé » de la gauche.

 

Sources : Didier Eribon | mis à jour le 28/04/2022

- Le premier enseignement de ce premier tour de l’élection présidentielle, c’est que l’extrême droite obtient plus de 30 % des voix, et qu’elle s’installe pour la deuxième fois consécutive au deuxième tour de ce scrutin. Comment interprétez-vous ce phénomène structurant de la vie politique française ?

Didier Eribon : Je crois que malheureusement le vote à l’extrême droite est bien installé. Cela s’est produit progressivement, depuis le milieu des années 1980. Au départ, c’était en grande partie un vote de protestation. Quand j’ai demandé à ma mère pourquoi elle avait voté Le Pen pour la première fois, elle m’a dit : « Pour donner un coup de semonce ». La deuxième fois, c’était sans doute pour donner un deuxième coup de semonce. Et la troisième fois, cela devient le vote naturel qui a remplacé celui d’autrefois pour la gauche.

 

Cela signifie que c’est toute la perception du monde qui change. Les conversations quotidiennes, le rapport aux autres, aux partis politiques, à ses propres aspirations personnelles. Le vote n’est pas seulement un acte électoral.

 

C’est aussi une sorte de culture au sens très large du terme. Comme je le disais dans Retour à Reims, dans ma famille, on ne votait pas seulement pour le Parti communiste français (PCF) : c’était toute une culture qui allait avec. On parlait le langage du Parti communiste. Il y avait une culture communiste, qui s’est délitée, laissant les individus à l’état d’abandon politico-idéologique.

 

C’est, bien sûr, lié à la transformation du monde du travail. Quand ma mère était ouvrière, dans les années 1970 et 1980, aux Verreries mécaniques champenoises, il y avait 1 700 ouvriers, dont 500 étaient membres de la CGT. C’était une force mobilisable, et souvent mobilisée, une force collective considérable.

 

L’usine a fermé dans les années 1980. Les enfants et petits-enfants de ces ouvriers n’ont pas retrouvé de travail dans ce type d’usines, qui fermaient les unes après les autres.

 

Quand ils ne sont pas chômeurs, ou au RSA, ou occupant des emplois temporaires, ils travaillent maintenant beaucoup dans la logistique, dans les entrepôts d’Amazon. Or, si vous êtes livreur, que vous travaillez dans un entrepôt, où la syndicalisation est difficile et risquée, il est évident que vous n’avez plus le même rapport à la politique. Vous étiez une force collective, vous êtes devenu un individu isolé.

 

  • Les gens privés de cette culture politique, et du mode d’expression qu’elle leur conférait, se sont reconstitué individuellement et collectivement une autre culture et un autre moyen de s’exprimer : le vote pour le FN, puis le RN. Pour eux, c’est une manière de se constituer collectivement comme sujet politique.

 

C’est ainsi que Marine Le Pen obtient des scores impressionnants dans l’Aisne, le Pas-de-Calais, le Nord, la Moselle, la Meurthe-et-Moselle, etc., c’est-à-dire les anciens bastions ouvriers, miniers, qui avaient été les berceaux du mouvement ouvrier français, et qui sont désormais désindustrialisés, précarisés, désespérés.

 

Si c’est une autre forme de vote ouvrier, de vote des catégories populaires, on peut donc dire que c’est un vote de classe. Ce qui est inquiétant, c’est que ce vote de classe s’est durablement inscrit dans le paysage politique. Il faut alors essayer de comprendre pourquoi. Et on ne peut pas comprendre ce qui se passe si on ne fait pas l’histoire dans le temps long, en remontant à la fin des années 1970.

 

 

- Dans votre livre sorti en 2007, D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française, vous situez l’origine de ce que nous vivons au tournant idéologique effectué par le Parti socialiste (PS) dans les années 1980. Pensez-vous qu’avec le score réalisé par le PS à cette élection, 1,75 %, on est arrivés au bout de cette séquence politique ?

Didier Eribon : On assiste à l’aboutissement d’un processus entamé au début des années 1980. La démarche critique, politique et intellectuelle a certes reflué par des effets structuraux après l’effervescence des années 1960 et 1970. Mais il y a eu aussi une volonté intellectuelle mise en œuvre par des think tanks dont l’objectif explicite était de défaire tout ce qui faisait que la gauche était la gauche, en démantelant la pensée de gauche, la pensée critique : Foucault, Bourdieu, Derrida étaient – déjà ! – les cibles principales.

 

Des cénacles se sont créés, comme la fondation Saint-Simon, créée par François Furet, avec des universitaires, des patrons de l’industrie et de la banque comme Roger Fauroux, Jean Peyrelevade, des journalistes, etc.

 

Ils ont activement organisé ce basculement vers la droite du champ politico-intellectuel en combattant la pensée de gauche – François Furet n’avançait pas masqué, puisque sa référence était Raymond Aron. Le Parti socialiste (PS) a été l’un des acteurs et des vecteurs de ce glissement organisé vers la droite. Si vous remplacez la notion de classe sociale, l’idée de mobilisation sociale et l’idée pourtant élémentaire qu’un parti de gauche doit s’appuyer sur ces réalités et sur ces processus, et doit représenter les ouvriers, les précaires, les chômeurs, et porter leur voix dans l’espace public, si tout cela est ignoré, repoussé et combattu idéologiquement, qui va se reconnaître dans ces partis de gauche ?

 

Pierre Bourdieu m’avait dit au milieu des années 1990 : « Ce pur produit de l’ENA [École nationale d’administration] qu’est François Hollande, se faisant élire à Tulle, ça veut dire le FN à 20 % dans dix ans. »

 

  • Que des technocrates élus sous l’étiquette PS dans des régions ouvrières développent des politiques néolibérales destructrices pour les vies des gens qui les ont élus, cela crée de la colère, de l’abstention, et finalement le vote contre ces gens-là.

 

Si les partis de gauche ne représentent plus, ne soutiennent plus, ne se font plus les porte-voix des ouvriers, des précaires, dans la sphère publique, alors ceux qui sont ainsi abandonnés ne votent plus à gauche, ils s’abstiennent ou votent FN. J’ai observé comment quasiment toute ma famille est passée en moins de dix ans d’un vote communiste à un vote FN.

 

En écrivant Retour à Reims, je me suis aperçu, par exemple, que c’était devenu aussi naturel pour un de mes frères de voter FN que pour mes parents de voter communiste autrefois. Il n’y a pas eu de transmission d’héritage politique, si ce n’est un héritage de révolte, de colère contre la situation qui est faite aux subalternes, et du vote comme moyen collectif de protestation. Le contenu du vote a changé, mais le geste est le même.

 

  • Si la gauche avait été du côté de Bourdieu au moment de la grande grève de décembre 1995, et pas du côté des cénacles qui la dénonçaient et qui insultaient les grévistes et les intellectuels qui la soutenaient, si elle avait soutenu et représenté les mouvements sociaux au lieu de les combattre, nous n’en serions pas là.

 

Les journalistes ont aussi une part de responsabilité. Libération employait contre Bourdieu des vocables que ce journal n’employait même pas contre Le Pen. Dans The Class Ceiling : Why It Pays to Be Privileged, de Sam Friedman et Daniel Laurison, il y a un tableau qui montre que les professions dont l’accès est le plus réservé aux classes supérieures, c’est la médecine puis le journalisme. Cette homogénéité ne peut pas ne pas avoir de conséquences. Cela explique évidemment le soutien de la presse à Emmanuel Macron en 2017 : l’affinité des habitus l’emporte sur les différences de surface.

 

 

 

- Finalement, nous aurions pu vivre en France un scénario à l’italienne, c’est-à-dire une disparition de la gauche ?

Didier Eribon : C’était programmé, en effet. Le PS a renoncé depuis longtemps à faire vivre la pensée de gauche. À la parution de mon livre sur la révolution conservatrice, Christian Paul m’avait dit vouloir créer des ateliers pour réinventer cette pensée. Le premier invité était Alain Finkielkraut, et le deuxième était Marcel Gauchet. Réinventer la gauche avec des idéologues aussi réactionnaires ! Vous voyez où on en était.

 

Il est évident que quelque chose se jouait à ce moment-là. Le PS s’est de plus en plus dissocié à la fois des classes populaires d’un côté, et des intellectuels de gauche de l’autre. C’est devenu un parti d’énarques dont les références intellectuelles se situent très, très, très à droite.

 

Ça a commencé sous Jospin, et l’aboutissement de tous ces processus a été la présidence Hollande, élu contre Sarkozy. Son secrétaire général adjoint était Emmanuel Macron, devenu son ministre de l’économie.

 

Rétrospectivement, on se dit : si le ministre de l’économie d’un gouvernement qui se disait de gauche à ce moment-là était Emmanuel Macron, comment aurait-il pu être possible que les classes populaires se reconnaissent dans le PS ? Le divorce, qui était déjà bien entamé, allait devenir un gouffre. C’était évident. Hollande n’a même pas pu se représenter.

 

Puis la droite a soutenu Macron, aux côtés de tous les hiérarques socialistes, préoccupés par leurs postes : on a vu Olivier Véran et Muriel Pénicaud gouverner avec Bruno Le Maire et Gérald Darmanin. S’ils peuvent cohabiter dans un même gouvernement, c’est qu’ils pensent tout simplement la même chose. Ils sont les mêmes : des représentants des classes supérieures qui regardent le monde social d’en haut et imposent leurs décisions. Tout cela a provoqué chez les électeurs de gauche un sentiment profond de révolte, de fureur même…

 

  • L’effondrement du PS est l’aboutissement de cette droitisation. Et l’aboutissement logique de cette séquence, c’est Macron, l’enfant idéologique de François Hollande et de la technocratie néolibérale qu’il avait épousée en noces publiques en édictant la loi Travail, et autres mesures du même genre.

 

 

Macron est l’incarnation de cette séquence historique. Il n’a pas de talent particulier : il est un effet, un produit de ces processus historiques. Il n’y a plus besoin d’un PS néolibéral, oxymore qui se retrouve condensé dans sa personne. Et la vraie droite et la fausse gauche réunies dans leur programme commun.

 

C’était le projet de la fondation Saint-Simon dans les années 1980. Réunir droite et gauche au « centre », ce qui veut dire à droite.

Au fond, Furet et Rosanvallon étaient les prédécesseurs de Blanquer et Vidal, avec leur assaut contre la pensée critique, qui représentait à leurs yeux une menace pour la « cohésion sociale », le « pacte social », la « rationalité gouvernementale », la « modernité économique », et toutes ces notions qui ressortissent à une perception bourgeoise, conservatrice et autoritaire de la vie politique. Bourdieu était leur cible principale. On voit aujourd’hui le beau résultat de leurs agissements délétères.

 

 

 

- Jean-Luc Mélenchon a-t-il réussi à faire dérailler durablement ce scénario à l’italienne programmé depuis les années 1980 ? Est-il de nature à desserrer l’étau qui nous enferme dans l’alternative entre l’extrême droite et l’extrême libéralisme de Macron ?

Didier Eribon : C’est l’autre phénomène le plus frappant de cette élection de 2022 : la dynamique qu’a su créer Jean-Luc Mélenchon en mobilisant les énergies à gauche, sur un programme élaboré. Ce succès est insuffisant, mais tout de même incroyable. Il faut s’interroger sur ce que ça peut signifier pour les possibilités futures de recréer une dynamique de gauche.

 

Sartre dit, dans un entretien, qu’il y avait une puissante force collective de transformation sociale en mai 1968, qui s’est effondrée quand chacun s’est retrouvé dans l’isoloir, le 30 juin. Le régime gaulliste a été sauvé par les votes des millions de travailleurs dont les grèves l’avaient si brutalement ébranlé.

 

Au fond, le PS des années 1980, 1990, 2000 a rêvé, comme la droite, d’un 30 juin permanent, c’est-à-dire de la fin de la protestation sociale et la soumission des gouvernés aux décisions des gouvernants. Ce à quoi il est urgent et nécessaire d’opposer un « Mai 68 » permanent ou en tout cas un « esprit de 68 ».

 

Je pense que les mouvements sociaux de ces dernières années ont réinventé une dimension collective de la perception de soi. La violence de la répression subie par ces mouvements a accentué cette dimension collective. Et, cette fois-ci, Mélenchon a su faire passer l’idée qu’une dynamique de gauche était encore possible dans les manifestations, mais aussi à travers le vote, pensé comme un acte de regroupement, de reconstitution d’une force qui va compter, qui va peser. On n’est plus les objets de la décision politique, on redevient des sujets.

 

Olivier Masclet a écrit un livre important sur la manière dont la gauche n’a jamais su s’intéresser aux énergies dans les quartiers populaires (La gauche et les cités. Enquête sur un rendez-vous manqué, 2006 – ndlr[3]). La gauche a méprisé, oublié les habitants de ces quartiers. Ils ne vont plus voter. Mélenchon a su les respecter, les défendre, les soutenir et leur faire considérer qu’ils pouvaient se faire entendre dans l’espace public par le moyen de leur vote.

 

On voit ce qui s’est passé à Marseille, à Roubaix, ou en Seine-Saint-Denis : une bonne partie du vote des quartiers populaires s’est portée sur son nom. Il a mobilisé un électorat qui ne votait plus. Mélenchon, malgré toutes les critiques que je peux lui faire, a réussi à recréer une dynamique de gauche.

 

 

- Mais est-ce durable ? Mélenchon a fait des scores importants dans l’ancienne ceinture rouge de la banlieue parisienne, où le PCF n’existe plus. Mais La France insoumise (LFI) n’a pas les structures partisanes du PCF de la grande époque…

Didier Eribon : Il est entouré d’une équipe de gens très talentueux, dont j’admire le travail et l’engagement. Maintenant, il est vrai qu’ils n’ont pas beaucoup de mairies, ni d’implantation dans des structures stables comme le PCF ou le PS, dans les régions ouvrières du Nord, en avaient autrefois. J’imagine que les Insoumis s’en préoccupent. À lire aussi Jean-Luc Mélenchon a rassemblé plus de 22 % des suffrages au niveau national et réalisé une percée spectaculaire dans les grandes villes et les banlieues alentour[4].

 

Quand le meeting, la manifestation, l’élection s’arrêtent, il faut faire perdurer la mobilisation dans le « pratico-inerte », selon le mot de Sartre, rappelé par Geoffroy de Lagasnerie dans Sortir de notre impuissance politique : c’est-à-dire dans la vie quotidienne, sur les lieux de travail, dans les quartiers, etc.

 

Ce n’est pas simple. Et je ne donne pas de leçons. Je sais que cela ne se décrète pas. Il faut aussi que des gens le veuillent et le puissent, alors qu’ils ont des préoccupations quotidiennes plus urgentes. Le vote ouvrier (blanc et non diplômé) du Nord et de l’Est est d’ailleurs allé globalement davantage à Marine Le Pen, alors que celui des jeunes urbains des villes universitaires (Nantes, Grenoble…) est allé à Mélenchon. Ce sont des blocs importants, dans les deux cas, la question étant pour la gauche de savoir comment les rapprocher, les réconcilier.

 

 

 

- Cette composition de son électorat ne donne-t-elle pas finalement raison au rapport de Terra Nova sorti en 2011 (« Gauche : quelle majorité électorale pour 2012[5] »), dans lequel on lisait : « La classe ouvrière n’est plus le cœur du vote de gauche, elle n’est plus en phase avec l’ensemble de ses valeurs. » L’électorat de Mélenchon, urbain, jeune, diplômé, ne confirme-t-il pas ce rapport, malgré lui ?

Didier Eribon : Pour moi, ça ne donne pas du tout raison à Terra Nova, car leur rapport concluait qu’il ne faut plus s’occuper des classes populaires, qu’elles seraient définitivement perdues. Si vous voulez seulement vous occuper du féminisme, de l’écologie et du mouvement LGBT (et je n’ai pas besoin de préciser à quel point ces mouvements sont importants à mes yeux), délaissant les questions sociales, vous laissez des pans entiers de la société en déshérence politique, sans cadre pour se penser, et qui finissent par voter FN, ou qui continueront à le faire...

 

Ce rapport était un signe supplémentaire que la bourgeoisie socialiste cherchait à justifier son effacement des questions ouvrières. David Gaborieau, un sociologue qui travaille sur les métiers de la logistique et les entrepôts d’Amazon, montre bien qu’il y a une classe ouvrière nouvelle, qui ne ressemble pas à celle des années 1950 ou 1960.

 

Il suffit de voir le film de Ken Loach, Sorry We Missed You, pour le comprendre. La classe ouvrière aujourd’hui, c’est, pour une bonne part, le livreur Amazon et l’aide à domicile. Mais sans la grande usine, comment se mobiliser ? Il n’y a plus de lieu où peut se créer la solidarité de classe.

 

  • Au lieu de les effacer du paysage intellectuel et organisationnel de la gauche, il faut au contraire les y intégrer en multipliant et renforçant les organisations syndicales et politiques qui offrent à cette nouvelle classe ouvrière les moyens de se penser comme sujet politique collectif.

 

 

- Vous plaidez pour le retour d’un discours de classe ?

Didier Eribon : La classe ouvrière est une réalité économique et objective. Mais c’est aussi une production discursive performative. Il y a des classes sociales, parce que Marx a dit qu’il y avait des classes, et la théorie, en proposant une perception du monde, façonne la réalité et notamment celle des luttes.

 

Il faut repenser, retravailler ces cadres théoriques qu’on ne peut jamais tenir pour acquis et définitifs. La réalité change. La théorie doit changer. La grande tâche de LFI est d’élaborer un tel cadre théorique, qui donne un cadre politique pour se penser soi-même comme une force collective de gauche.

 

Quand le PCF faisait ses meilleurs scores (plus de 20 % des voix), c’étaient à peu près 30 % à 40 % des ouvriers qui votaient pour lui, et les autres, c’étaient des enseignants, des employés, le monde de la culture, etc... Pourtant, ce parti se présentait comme le parti de la classe ouvrière et, d’une certaine manière, il l’était effectivement. Il l’était pour mes parents, ma famille, des millions d’autres, même si de nombreux ouvriers votaient à droite.

 

Le cadre discursif produit performativement le creuset, le foyer politique, dans lequel un « bloc », pour parler comme Gramsci, constitué de catégories différentes, peut s’agréger.

 

Et je ne pense pas que le concept central puisse en être la notion de « peuple ». Je n’adhère pas à l’idée d’un « populisme de gauche », même dans la version éminemment sophistiquée et séduisante qu’en propose mon amie Chantal Mouffe.

 

L’idée de « peuple » ne peut pas venir remplacer l’idée de classe, même s’il s’agit d’articuler les « équivalences » entre différents mouvements – classe, genre, race, écologie... La notion de « peuple » peut paraître combler les manques de la notion de classe mais elle revient à dire qu’une demande sociale ne devient politique que si elle se réfère à une notion commune de « peuple » et se transcende dans cette notion.

 

Il me semble qu’il faut au contraire penser la multiplicité, la spécificité et l’autonomie des mouvements, chacun ayant ses traditions, ses revendications, ses formes d’organisation, ses divergences internes… Disons que ce serait déployer une activité critique généralisée, tant théorique que pratique, pour défaire les différentes formes instituées de pouvoir et de domination.

 

La notion de « peuple » construit la politique en référence à une identité fictive, alors que, selon moi, il faut ancrer la politique dans les expériences et les identités vécues, les oppressions concrètes…. Et il incombe aux organisations politiques telles que LFI d’essayer de « travailler avec » tous ces mouvements pour proposer des débouchés politiques effectifs. Cela s’appelle la gauche. Une démarche de gauche.

 

 

- À l’aune de la campagne de Mélenchon en 2022, peut-on dire que le « moment populiste » de 2017 est terminé ?

Didier Eribon : Je ne sais pas. Il peut prendre d’autres formes. Ou resurgir plus tard ou ailleurs. Et cela peut toujours avoir des effets mobilisateurs. Mais l’essentiel pour moi n’est pas là. Je crois qu’opposer le « peuple » à la « caste », ou à l’ « oligarchie », n’est pas une stratégie pertinente ni viable à long terme.

 

On voit ce que ça a produit en Espagne, où les fascistes de Vox sont à 18 %, en prétendant défendre le « peuple », et Podemos à 10 ou 11 %. L’idée de peuple est dangereuse à manipuler. Marine Le Pen peut très bien elle aussi opposer le « peuple » à « l’oligarchie ». Si « peuple » est un « signifiant vide », comme le disent Laclau et Mouffe, on peut hélas y mettre ce qu’on veut, et cela ne correspond pas toujours aux souhaits agréables de ces deux auteurs.

 

Il est plus difficile pour l’extrême droite de se réclamer d’une idée de « classe ouvrière » organisée, de mobilisations sociales ancrées dans une perspective de justice sociale, de solidarité collective, de protection sociale, d’égalité, de développement des droits sociaux…

 

Un des défis de LFI est de construire un cadre qui puisse rendre compte des transformations de la classe ouvrière : la précarisation, le chômage… Comment s’adresser au père ou à la mère d’Édouard Louis, qui sont au RSA et qu’on menace de radier s’ils ne reprennent pas un travail, alors qu’ils ont le dos brisé, les articulations usées, et qui ont souvent voté FN ? Il faut justement leur donner un moyen de s’exprimer qui ne passe pas par le vote Le Pen. Un programme social comme celui de LFI (l'Avenir en Commun[6])peut contribuer à ce changement.

 

Je suis frappé quand on dit de Mélenchon qu’il est de gauche radicale. Mélenchon a un projet social-démocrate classique. Dans " L’Esprit de 45[7] ", Ken Loach montre bien ce qu’était le projet des travaillistes britanniques après la Deuxième Guerre mondiale : création de services publics dans tous les secteurs, nationalisations… C’est ce projet, largement réalisé, que la droite s’est acharnée à détruire par la suite avec le thatchérisme, et qu’aujourd’hui on considérerait comme extrémiste, quasiment soviétique.

 

  • Mélenchon ne pourrait même pas envisager d’aller si loin. Celui qui a un programme extrémiste, c’est Macron, il est du côté du thatchérisme, de la violence sociale du néolibéralisme.

 

 

- L’électorat de Mélenchon se divise sur l’attitude à avoir au deuxième tour. Il a donné pour consigne de ne pas donner une seule voix à l’extrême droite, mais ça ne suffira peut-être pas…

Didier Eribon : Tous mes amis ont voté pour Mélenchon et, évidemment, personne ne songe, même une seule seconde, à voter Marine Le Pen. Cela va de soi. Certains vont se résigner à voter Macron, malgré le dégoût profond qu’il leur inspire…

 

Mais nous ne sommes pas représentatifs de l’électorat de Mélenchon, et il est possible que la colère contre Macron soit si forte que certains dans d’autres catégories sociales soient prêts à faire n’importe quoi pour le lui faire savoir.

 

 

Plusieurs de mes amis vont s’abstenir. Et c’est ce que je vais faire aussi. Il m’est difficile de voter pour quelqu’un qui, à chaque fois que j’ai voulu exprimer mon opinion, m’a envoyé la police la plus violemment répressive, m’a asphyxié dans des nuages de gaz lacrymogène, a terrorisé des gens pour qu’ils ne manifestent plus. Selon l’Observatoire des street-médics[8], il y a eu 28 000 blessés dans les manifestations entre fin 2018 et début 2020. Le bilan du macronisme est effarant.

 

Et puis, il ne faut pas inverser les responsabilités. J’ai soutenu les grèves de 1995, j’ai manifesté contre la loi Travail, contre les réformes des retraites, j’ai soutenu l’hôpital public, j’ai prévenu que la destruction des services publics et l’appauvrissement et la précarisation des plus pauvres allaient faire monter l’extrême droite.

 

Depuis 30 ans, je « fais barrage ». J’ai écrit avant le premier tour de 2017 que voter Macron aurait pour résultat inéluctable de faire monter Le Pen. J’avais raison. Ceux qui nous ont combattus, insultés, réprimés sont les responsables de la situation actuelle. Les responsables, ce sont ceux qui ont installé le macronisme, soutenu cette politique ! Pas moi !

 

J’ajoute que ceux qui voulaient faire barrage à Marine Le Pen avaient un moyen très simple : voter pour Mélenchon au premier tour. Il lui a manqué un point. Et je n’oublie pas que ceux qui viennent donner des leçons aujourd’hui allaient jusqu’à proclamer que, en cas de deuxième tour entre Mélenchon et Le Pen, ils s’abstiendraient, ou même iraient jusqu’à voter Le Pen. Je n’invente rien !

 

  • Et ils viennent nous dire désormais que s’abstenir, c’est être complice de Le Pen, alors qu’ils étaient prêts à voter pour elle, il y a encore quelques jours ? On croit rêver.

- La possible victoire de Marine Le Pen, alors qu’on sait ce qu’elle ferait si elle arrivait au pouvoir, ne vous oblige-t-elle pas, justement, à faire barrage malgré tout ?

Didier Eribon : Je pense vraiment qu’il y a fort peu de chances pour que Le Pen puisse gagner cette élection. Le risque est très faible, quasiment inexistant. On essaie de nous faire peur pour augmenter le score de Macron afin qu’il puisse ensuite affirmer que son projet a été soutenu par un grand nombre d’électeurs.

 

Et dès qu’il sera élu, il reprendra sa politique de démolition, et accueillera tous ceux qui voudront protester avec des charges policières, des grenades lacrymogènes, des « balles de défense », provoquant à nouveau blessures et mutilations.

 

  • Ce n’est donc pas seulement que je ne veux pas voter pour Macron, c’est que je ne peux pas. La politique de classe qu’il incarne me révulse. Il a fait barrage aux mouvement sociaux, aux revendications syndicales, aux demandes sociales.
  • Il a fait barrage aux libertés publiques, à la démocratie. Il nous dit qu’il va changer, qu’il va écouter, mais c’est évidemment une obscène plaisanterie. Comment pourrait-il changer ?
  • Non, sauf dans le cas tout à fait improbable où les sondages indiqueraient qu’il existe un danger réel, je ne voterai pas pour lui.

 

 

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- François Ruffin, député France insoumise

Les campagnes de la Somme ont voté, hors Amiens, à 61% pour Marine Le Pen. Alors, on fait quoi ? On les abandonne au RN ? Non, on relève le gant, ici et ailleurs. Sur le papier, électoralement, je suis mort ! Et pourtant, on va ressusciter, et pourtant, à la fin, c'est nous qu'on va gagner !

 

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9 février 2022 3 09 /02 /février /2022 20:40
Fabien Roussel, Don Quichotte d’un communisme introuvable
Fabien Roussel, Don Quichotte d’un communisme introuvable
Fabien Roussel, Don Quichotte d’un communisme introuvable
Fabien Roussel, Don Quichotte d’un communisme introuvable

« Le social-chauvinisme, c’est l’opportunisme sous sa forme la plus achevée. Il est mûr pour une alliance ouverte, souvent vulgaire, avec la bourgeoisie et les états-majors[1] »

 

Un double mystère entoure la campagne de Fabien Roussel, le candidat du Parti communiste français pour la prochaine élection présidentielle. Comment un candidat qui recueille invariablement entre 1 et 3% dans les sondages d’opinion peut-il être autant invité dans les « grands » médias ? Comment le candidat d’un parti communiste peut-il recevoir à ce point les louanges de politicien·nes de droite voire de journalistes et d’idéologues réactionnaires ?

C’est à dissiper ce double mystère que s’attache ici Paul Elek, ancien militant du PCF. Il montre en particulier que la campagne de Fabien Roussel, loin de permettre la relance d’un projet de rupture avec le capitalisme, a essentiellement pour objectif de faire exister l’organisation par une stratégie de distinction vis-à-vis du candidat de gauche qui avait frôlé le 2nd tour en 2017 [ndlr : avec 19,6%], à savoir Jean-Luc Mélenchon[2].

Cela amène Fabien Roussel à prendre régulièrement pour cible ce dernier, et à alimenter les poncifs réactionnaires que ne cessent de marteler les médias dominants à l’encontre de la gauche dans son ensemble (sur la laïcité, la sécurité, le terrorisme, l’écologie, etc.). En outre, alors même que Roussel prétend reconquérir les classes populaires, il se situe dans la plupart des sondages à 4-5% dans les catégories intermédiaires et supérieures, contre 1-2% dans les catégories populaires.

Ce texte est une contribution au débat tactique et stratégique à gauche. Elle ne reflète pas la diversité des points de vue au sein de la rédaction de Contretemps mais elle nous a semblé importante et en appelle d’autres. 

 

 

Sources : CONTRETEMPS REVUE DE CRITIQUE COMMUNISTE | mis à jour le 15/04/2022

- Introduction

Pierre Laurent a cédé sa place à la tête du Parti communiste français lors du 38e congrès, en novembre 2018. Le texte d’orientation « Pour un manifeste du Parti Communiste du 21ème siècle »[3], emmené par André Chassaigne[4] et une coalition hétéroclite de secteurs du parti, était arrivé en tête. À l’époque, le contenu idéologique du texte s’était fait voler la vedette par le coup d’éclat du congrès : les communistes avaient voté majoritairement pour un texte alternatif à celui de la direction nationale, pour la première fois de leur histoire.

 

Les débats étaient alors dominés par les « préoccupations des communistes » quant à « l’affaiblissement électoral » et la « perte de visibilité nationale »[5] du parti, mis en avant dès le début du texte adopté à l’issue du vote.  L’objectif des partisans de ce manifeste était cristallin et ambitieux : « reconquérir l’influence [du] parti et reconstruire une organisation révolutionnaire de notre temps ».

 

Dans un contexte d’envenimement des relations entre les communistes et la France insoumise et de tergiversations du secrétariat national sur la direction à prendre, l’enjeu stratégique et tactique a ainsi enfermé le congrès sur une question : celle du devenir de l’organisation. Les auteurs du manifeste considéraient que le Parti communiste devait travailler « à créer les conditions d’une candidature communiste à l’élection présidentielle de 2022 »[6].

Elsa Faucillon : « Je redoute un repli identitaire du PCF »

En proposant d’« être présents avec nos candidates et candidats à toutes les élections »[7], ils ont répondu à une attente partagée par de nombreux communistes qui voyaient dans le retour d’une stratégie autonome la condition sine qua none d’un redressement de l’avenir du mouvement [ndlr : ce qui valait la déclaration suivante de la part de la députée communiste Elsa Faucillon : « Je redoute un repli identitaire du PCF »[8]).

 

La victoire du texte n’aurait pas été permise sans des retournements d’alliances internes voyant des soutiens historiques de Pierre Laurent, comme Igor Zamichiei[9] ou Ian Brossat basculer en faveur du texte « manifeste » sur la base d’ambitions personnelles. Finalement, c’est Fabien Roussel qui fut désigné secrétaire national du PCF avec pour mandat d’organiser le redressement de l’organisation. Sans comprendre cette obsession interne pour l’avenir de la boutique, fièrement épousée dans le slogan « PCF is back ![10] », difficile de comprendre aujourd’hui la volonté affichée par le candidat Roussel de se démarquer coûte que coûte de son ancien allié de la France insoumise et de tracer sa route, seul.

 

En 2021, le nouveau secrétaire du Parti communiste a été largement promu médiatiquement :  il apparaît ainsi comme la quatrième personnalité politique la plus invitée des principales émissions politiques de l’audiovisuel français, et la première à gauche[11]. Ce regain d’intérêt pour un candidat communiste ne provient pas de son potentiel électoral, puisque la candidature Roussel oscille entre 1 et 3% dans les sondages. Dès lors, difficile de ne pas penser que cette soudaine appétence médiatique pour le candidat du PCF, et ce dans un paysage médiatique largement droitisée, est liée au fait qu’il constitue un utile contre-feu au principal candidat de gauche, qui a frôlé le 2nd tour en 2017, à savoir Jean-Luc Mélenchon.

 

Salué à droite, applaudi en macronie... Le candidat du PCF vit son heure de gloire et rêve de dépasser les socialistes. Mais un communiste ne reste-t-il pas un "coco" ?

De plus, le profil de la campagne Roussel a l’énorme avantage pour le commentariat réactionnaire – qui ne cesse de le féliciter[12] (mais aussi salué à droite, applaudi en macronie...[12bis]) – de reprendre à son compte une série de poncifs médiatiques constamment opposés à la gauche et aux mouvements sociaux (antiracistes, féministes, écologistes, etc.), et visant à les disqualifier. Mais cela a évidemment un coût : à gauche la division et la désorientation idéologique ; au sein du PCF l’abandon progressif des orientations données par le congrès, remplacées par un opportunisme exaspérant pour de nombreux communistes.

 

 

- Une stratégie qui renforce la droite

Municipales : un scrutin à plusieurs faces

Face à la perte continue des bastions électoraux communistes[13], le nouveau secrétaire national du Parti communiste français a en effet misé sur une nouvelle stratégie, inspirée de considérations très personnelles. Dans son ouvrage " Ma France- heureuse, digne, solidaire ", Fabien Roussel accuse par exemple à demi-mot les directions précédentes d’avoir « laiss[é] au seul Front national la mainmise sur des sujets comme la nation, la souveraineté, la sécurité, le vivre-ensemble »[14].

 

Explication un peu courte des succès du FN, tant tous ceux qui à gauche se sont essayé ces dernières décennies à jouer ces cartes du « nationalisme de gauche » ou du sécuritaire ont non seulement sombré politiquement (Chevènement, Valls, etc.) ou sont demeurés absolument marginaux (PRCF, Kuzmanovic, etc.). Ne parvenant jamais à conquérir l’électorat populaire, ils ont toutefois assurément contribué à l’hégémonie réactionnaire. Ce type de politique prônée par le nouveau secrétaire national du PCF et ses alliés paraît ainsi relever plutôt d’une nostalgie impuissante, qui concourt avec son adoration pour Georges Marchais[15], que d’une stratégie politico-électorale capable de reconstruire l’influence du PCF.

 

Roussel estime en outre que la gauche a « tiré un trait sur l’électorat populaire »[16], ce qui est vrai à l’évidence du Parti socialiste (bien souvent en alliance, locale et/ou nationale avec le PCF…) mais pas – dans la période récente – de La France Insoumise[17]. Cette force était en effet parvenue en 2017 – avec le soutien du PCF cette fois – à obtenir de bons résultats dans les classes populaires, ce qui constituait une base sérieuse pour la reconquête durable de cet électorat : 25% parmi les ouvriers·ères, 24% chez les employé·es, 32% des chômeurs·ses[18]. Bruno Cautrès parlait ainsi, pour qualifier le vote pour Jean-Luc Mélenchon, de « vote néocommuniste », même si « la géographie électorale du candidat de La France insoumise ne se résume pas à [cette] seule dimension »[19].

 

André Chassaigne : « Il est illusoire d’espérer être au second tour »

André Chassaigne, artisan de la victoire du texte « manifeste » et président du groupe parlementaire des communistes à l’Assemblée nationale, estime de son côté qu’« il faut aller chercher ceux qui s’abstiennent et ceux qui votent en faveur de l’extrême droite », et que le Parti communiste a abandonné ses fondamentaux « au nom d’une forme de boboïsation intellectuelle ». Résultat, « le Parti communiste a[urait] perdu ses bases ouvrières parce qu’il a délaissé la valeur travail ». Pour André Chassaigne la faiblesse de la gauche serait d’ailleurs telle « qu’il est illusoire d’espérer être au second tour[20] », une thèse désespérante visant à justifier une politique solitaire en vue de la sauvegarde de la boutique.

 

Dans sa recherche d’un âge d’or perdu, qui comme tous les âges d’or est réécrit au prisme d’obsessions présentes, Fabien Roussel rencontre donc une difficulté majeure. Le secrétaire national du Parti communiste doit se démarquer de Jean-Luc Mélenchon avec lequel les communistes partagent une grande partie de leurs propositions programmatiques. Pour cause, ils l’ont défendu ensemble à deux reprises, et avec succès, lors de l’élection présidentielle. Du NPA à La France insoumise en passant par le PCF, les organisations à la gauche du PS partagent toute une série de revendications similaires comme la hausse du salaire minimum, la défense des services publics, la lutte contre la précarité, un certain degré de rupture avec l’économie de marché, etc. Dans ces conditions, difficile de se singulariser sur le projet social.

 

  • Dans son livre, Fabien Roussel n’en semble pas embarrassé.

Pour lui, la distinction sera remarquée lors de l’élection présidentielle [21]:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Le dirigeant communiste dresse ensuite la liste de ses désaccords, sous la forme d’une pique pleine de sous-entendus :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La gauche presque au complet à la manifestation contre l’islamophobie

En somme, c’est sur ces sujets que Fabien Roussel entend construire sa stratégie de singularisation du PCF, donc le profil politique de sa campagne. Force est de constater que ce commentaire de 2021 reprend finalement, à peu de choses près, l’angle d’attaque que la droite et l’extrême-droite ont engagé contre le candidat de la France Insoumise, notamment depuis sa participation à la marche du 10 novembre 2019 contre l’islamophobie[22][23][23bis] : Jean-Luc Mélenchon aurait rompu avec la laïcité, donc avec la République ; il ferait preuve d’un « angélisme » vis-à-vis de la délinquance et d’un « aveuglément » à l’égard de « l’islamisme radical », se rendrait coupable de « haine anti-flics » en dénonçant les violences policières contre les quartiers populaires et les mobilisations sociales, etc.

 

L’épisode de la manifestation contre l’islamophobie du 10 novembre 2019 est particulièrement intéressant. À l’époque, la France insoumise sortait de sa réserve sur le climat islamophobe dans le pays[24], extrêmement violent au cours de cet automne, et elle fut confrontée à une violente offensive médiatique et politique sur la légitimité même de la tenue d’une telle manifestation. Le PCF, qui avait signé l’appel à la rejoindre[25], ne fut représenté que par certain·es de ses élu·es comme la députée Elsa Faucillon et le porte-parole du PCF, Ian Brossat. Le secrétaire national, absent, déclarait alors trouver le terme d’islamophobie « réducteur[26] ». Le texte d’orientation qui l’avait conduit à la direction du parti proclamait pourtant que « les actes racistes, antisémites, xénophobes, islamophobes, quelles que soient leurs cibles et leur nature sont toujours très nombreux et augmentent en France. Cela correspond à un paysage européen extrêmement inquiétant, avec l’essor de l’extrême droite xénophobe et ethniciste et la complaisance de la droite vis-à-vis de cette dernière ».

 

  • L’opportunisme du dirigeant communiste s’avéra payant pour la première fois.

Alors que se déchaînait le procès en « islamo-gauchisme » contre une partie de la gauche, Fabien Roussel, à couvert, traversait la tempête sans encombre. Ce faisant, il abandonnait à son sort une partie non négligeable des classes populaires, vouées aux gémonies et exposées à la violence de l’offensive réactionnaire. Le texte du congrès, qui voyait dans le racisme un « rapport social de domination, d’exploitation et d’oppression » et dénonçait les « discriminations enracinées et les imaginaires puissants » qui conduisent des « citoyen.ne.s, français.es depuis plusieurs générations et descendant.e.s de l’immigration postcoloniale ou des citoyen.ne.s d’outre-mer, à subir elles/eux-mêmes le racisme (…) »[27], fut balayé, au bénéfice d’un électorat populaire, fantasmé par le député du Nord.

 

  • Cerise sur le gâteau, Fabien Roussel, arrivé à la tête du PCF pour imposer une candidature communiste à l’élection présidentielle, reproche à son ancien partenaire Jean-Luc Mélenchon d’être un adversaire du rassemblement à gauche :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peut-être évoque-t-il seulement les alliances avec le Parti socialiste que la direction du Parti communiste ne néglige jamais pour conserver de précieux élus locaux. Pendant la période du Front de Gauche (2009-2016), la question de listes autonomes vis-à-vis du Parti Socialiste au pouvoir avait suscité de vives tensions entre le Parti de gauche (de Mélenchon) et le PCF. Fabien Roussel a tranché, ce sera avec les socialistes.

 

Cinq mois avant la sortie de ce livre, qui théorise son tournant opportuniste, Fabien Roussel faisait de nouveau parler de lui en choisissant de participer, aux côtés de l’extrême droite et de la droite mais aussi d’Anne Hidalgo et de Yannick Jadot, à la manifestation des syndicats de policiers du 19 mai 2021. Rassemblé devant l’Assemblée nationale, le corporatisme policier venait faire pression sur les parlementaires, certains voulant faire « sauter les digues de la Constitution[28] ». Le dirigeant du Parti communiste, lui, « assumait » alors de parler haut et fort de sécurité au nom des classes populaires et des policiers, ces « ouvriers de la sécurité[29] ». Fabien Roussel faisait-il cependant autre chose que de venir objectivement à l’appui de la droite et de l’extrême droite, qui intentent en permanence un procès en laxisme à l’ensemble de la gauche ?

 

Contre-sens évident, dans un contexte où la mobilisation du Comité Adama et des collectifs de familles de victimes contre les violences policières et leur impunité, le traumatisme de la répression des Gilets jaunes et la succession de lois sécuritaires semblaient avoir en partie déverrouillé la capacité de la gauche à s’engager dans une critique de l’expansion de l’appareil sécuritaire et des violences d’État. Fabien Roussel prenait donc à contre-pied son camp politique, à commencer par les militants communistes présent·es dans la lutte contre la politique de durcissement autoritaire menée par la classe dirigeante.

 

Il avait cependant une excuse toute trouvée, estimant[30} qu’avoir « défendu l’idée que la gauche devait prendre à bras-le-corps les questions d’insécurité qui gangrènent l’existence de tant de villes et quartiers populaires » justifiait le fait de participer « avec d’autres parlementaires et élus du PCF au rassemblement des syndicats de policiers ». De nouveau, reprenant l’idée (fausse) selon laquelle la gauche aurait perdu les classes populaires en abandonnant le terrain de la nation ou de la sécurité, le dirigeant du PCF abandonnait les franges de ces classes, bien réelles, qui s’étaient mobilisées avec une combativité précieuse, des ronds-points du périurbain aux banlieues populaires.

 

 

- Derrière la surenchère, les renoncements
Depuis le début de l’année 2022, à l’approche de l’élection présidentielle, Fabien Roussel et sa direction de campagne multiplie ainsi les signes d’opportunisme, comme pour recevoir la clémence de la droite et de l’extrême droite et continuer son dialogue avec l’électorat populaire fantasmé auquel le candidat prétend s’adresser. Dans une série de sondages Ifop qui détaillent les différentes catégories sociales au sein de son électorat potentiel[31], le candidat communiste est crédité d’intentions de vote auprès des catégories populaires systématiquement inférieures à sa moyenne dans l’électorat. Dans le sondage OpinionWay du 31 janvier 2022[32], qui le donne à 3%, il apparaît de nouveau en-dessous de sa moyenne dans l’électorat chez les catégories « CSP – ».

 

"J'espère qu'il n'y aura pas de parrainage qui iront soutenir d'autres candidats parce que ce serait aller soutenir un adversaire"

Dans sa quête impossible, le Don Quichotte d’un communisme introuvable, entend interdire aux élus communistes de parrainer un autre candidat et en premier lieu Jean-Luc Mélenchon (drôle de conception de la démocratie), et tend aujourd’hui la main aux « électeurs de la droite sociale[33] » et aux fameux électeurs d’extrême droite qui se tromperaient de colère et que la gauche (notamment le PCF) aurait perdu au profit de l’extrême droite. Il renoue ici avec une idée reçue, répandue à gauche. Pourtant, élections après élections, on observe que les transferts électoraux d’un parti vers un autre se font massivement vers les options qui sont idéologiquement proches et seule une minorité statistiquement insignifiante passe de l’extrême droite à la gauche radicale (ou inversement)[34]. D’une certaine manière, la stratégie de Fabien Roussel revient à lâcher la proie pour l’ombre, c’est-à-dire à abandonner les franges de l’électorat populaire qui votent très majoritairement à gauche (notamment les descendants d’immigrés non-européens), et qui ont voté massivement pour J.-L. Mélenchon en 2017[35], en imaginant pouvoir conquérir les franges de ces classes qui votent à droite ou à l’extrême droite.

 

L’objectif de reconquérir les classes populaires est évidemment juste. Mais il est extrêmement douteux qu’une stratégie consistant à aller sur le terrain idéologique de l’extrême droite, comme celui de la nation menacée et de l’insécurité galopante, puisse être en quoi que ce soit efficace dans ce sens : pour les franges de ces classes qui votent à gauche, cela a toutes les chances de les éloigner ; pour les autres, attirés par l’extrême droite non pour son programme « social » mais pour ses obsessions identitaires et sécuritaires ainsi que son discours individualiste et « méritocratique »[36] stigmatisant les « assistés », pourquoi se mettraient-ils à voter pour le PCF ?

 

Ainsi, la recherche par Fabien Roussel et son équipe d’un espace électoral et d’éléments de distinction avec Jean-Luc Mélenchon l’amène à offrir un point d’appui inespéré à la droite réactionnaire, chaque fois qu’elle se lance dans la critique de son propre camp social. En effet, cette recherche de singularisation, moins dans le but de construire une alternative politique que de restaurer la boutique PCF, vient systématiquement s’attaquer à la gauche qui n’a pas renoncé à défendre les conditions d’existence des classes populaires et à s’opposer à l’islamophobie et aux violences d’État.

 

Évidemment que le PCF peut et doit organiser des hommages à Charlie.

Dans son livre, entonnant d’ailleurs le même refrain qu’Anne Hidalgo[37], il sous-entendait déjà que la France insoumise en la personne de Jean-Luc Mélenchon entretenait une ambiguïté dans son rapport aux « valeurs républicaines ». Cette affirmation s’éclaira parfaitement lorsque, début janvier, dans le cadre d’un hommage à Charlie Hebdo, Fabien Roussel déroula le tapis rouge à des figures proches du Printemps Républicain comme la journaliste Caroline Fourest ou le dessinateur Xavier Gorce[38]. La députée Elsa Faucillon, lasse mais lucide, évoquera le lendemain sur Twitter[39] une soirée qui « dépassait largement l’hommage : la sélection des invités confirm[ant] un virage politique opéré par [son] parti depuis qqes mois.(…) ». Le dirigeant communiste et sa direction de campagne regretteront, eux, le « sectarisme » de l’élue[40].

 

Il y avait pourtant des raisons de s’inquiéter de l’invitation donnée à des partisans d’une organisation, le Printemps républicain, dont le président propose par exemple[41] « d’appliquer la préférence nationale dans l’attribution du logement social, justifie l’usage de tests osseux sur les mineurs étrangers », et dont les militants usent de méthodes de harcèlement systématique vis-à-vis des militant·es antiracistes et, plus généralement de gauche, qui se solidarisent avec les musulman·es face à l’islamophobie. Fabien Roussel n’est d’ailleurs pas exempt de reproches au sujet de l’immigration. Le 10 juin 2021, sur Cnews, il avait déclaré que les déboutés du droit d’asile avaient « vocation à repartir et être raccompagnés chez eux[42] ». Le tollé provoqué chez les communistes l’avait contraint de retirer ses propos et de s’en excuser. Le texte du 38e congrès voyait, lui, dans la lutte des « travailleurs étrangers avec ou sans papiers » une lutte « aux potentiels émancipateurs considérables »[43].

 

Au-delà des curieuses fréquentations de sa direction, le projet démocratique des communistes en a pris un coup dans la plateforme présidentielle du candidat, et son ambition pour la République aussi.

Dans le programme « La France en commun de 2017 », défendu dans le cadre de la campagne autonome de soutien à Jean-Luc Mélenchon, les communistes français écrivaient[44] :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aujourd’hui, le nouveau programme du candidat Roussel défend la vague « perspective d’une nouvelle République (…) Une République sociale, démocratique, écologique, féministe, résolument laïque, internationaliste…»[45]. Le paragraphe 132, qui affirme qu’« il sera proposé au pays et au Parlement d’engager des changements majeurs des équilibres institutionnels », ne comporte cependant aucune mention d’un processus constituant. Là où le projet de 2017 misait donc sur la participation populaire massive pour mener une révolution démocratique permettant de déverrouiller le champ institutionnel, Fabien Roussel veut engager le mouvement communiste dans la défense d’une réforme institutionnelle dans le cadre du parlementarisme. Le programme critique bien la « prééminence » du Président sur le Parlement, propose la suppression de « son élection au suffrage universel » et du 49-3, ou l’installation de la représentation proportionnelle, mais l’appel à un processus d’implication populaire n’a pas survécu. Derrière les signaux envoyés à un électorat introuvable, des renoncements bien réels sont proposés aux communistes.

 

Plus récemment, la direction de campagne de Fabien Roussel semble avoir abandonné la question de la destruction engagée de l’écosystème de la liste de ses préoccupations. Qu’importe alors l’avertissement d’un Karl Marx sur la manière dont le capitalisme épuise à la fois « la terre et le travailleur » et engage une transformation irréversible et destructrice du métabolisme entre l’humanité et la nature[46]. Au lieu de pointer la contradiction fondamentale du mouvement écologiste, c’est-à-dire la persistance de sa recherche d’une transition écologique dans le cadre du capitalisme – personnalisée en 2022 par la candidature de Yannick Jadot – le dirigeant communiste polémique avec les écologistes en faisant écho aux débats médiatiques[47] marqués par des controverses ridicules sur les sapins de Noël ou le foie gras.

 

Olivier Dussopt, ministre délégué chargé des comptes publics, déclare sa sympathie à Fabien Roussel, le candidat du parti Communiste

Le texte du 38e congrès, adopté par les communistes, reprochait lui à Emmanuel Macron de chercher « à couper les revendications sociales d’autres luttes aux potentiels émancipateurs considérables : les luttes des femmes, (…) ainsi que celles concernant les dominations ou encore l’écologie ». En lieu et place d’une critique en règle de l’inaction climatique des dirigeants français, Fabien Roussel fait le choix de cliver, à contresens et en donnant de nouveau le point à l’adversaire. Résultat, il reçoit les salutations distinguées de ministres de la Macronie[48] ou d’éditorialistes réactionnaires comme Mathieu Bock-Côté, un habitué des micros des médias de Bolloré, qui se demande dans sa chronique sur Europe-1[49] : « Comment Fabien Roussel peut parler aussi justement et être communiste ? ». Tout cela alors que la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, une partie des écologistes ou encore le NPA, cherchent les voies prometteuses d’une articulation entre le social et l’écologique, et d’une bifurcation écologique qui suppose la rupture avec le capitalisme néolibéral.

 

Mieux, dans ses passes d’armes, Fabien Roussel n’hésite pas à reprendre à son compte la rhétorique pernicieuse de l’extrême droite : « Il y a la gauche caviar. Une bien-pensance qui voudrait interdire la viande et les voitures »[50]. Véritable arme idéologique de décrédibilisation, le procès d’intention en « bien-pensance » ne vise qu’un objectif, faire taire celles et ceux que les idéologues réactionnaires vilipendent à longueur d’antenne : les musulman·es (réputés « communautaristes »), les militant·es antiracistes (les alliés des premiers), les « néoféministes » (accusés d’haïr les hommes), les universitaires prétendument « islamo-gauchistes », les « wokes », ou encore les écologistes.

 

Quant à son obsession pour la viande, le vin et le fromage, soudainement érigée en ligne politique, Fabien Roussel n’a pas pu s’empêcher de la présenter comme un projet national car : « Manger, c’est sacré en France »[51] (on se ficherait donc de bien manger ailleurs ?). Que fait-il alors si ce n’est prolonger la mise en accusation promue par l’adversaire qui sous-entend sournoisement que les partisans d’autres régimes alimentaires ne sont pas de « bons français » ? Fabien Roussel a oublié que dans son histoire, le mouvement communiste fut décrié comme le « parti de l’étranger ».

 

En conséquence, la responsabilité écrasante du capitalisme dans l’empoisonnement des sols et des ressources naturelles, celle de l’agro-business dans la piètre qualité des produits alimentaires passent au second plan du discours car ses faveurs médiatiques ne servent finalement qu’à soulever les polémiques qu’il entretient. Le mystère règne d’ailleurs toujours sur l’endroit où Fabien Roussel se trouvait lors des deux votes de l’Assemblée nationale sur l’interdiction du glyphosate. Le texte adopté au 38e congrès était pourtant de nouveau formel[52] :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, sur le plan de son programme social et malgré certaines propositions salutaires portées par le PCF[53], Fabien Roussel s’attèle surtout pour le moment à opposer sa défense de « la valeur travail » à celle de « l’assistanat[54] ». Une curieuse formulation qui n’a rien à envier à la rhétorique de Valérie Pécresse ou d’Emmanuel Macron. Plutôt que de saisir l’opportunité de mener une critique de la conception de la protection sociale portée par la deuxième gauche rocardienne[55], Fabien Roussel fustige l’« assistanat » que représenterait la prime d’activité, et ce, au nom d’une défense évidemment légitime de l’augmentation des salaires. Avait-il besoin pour cela de reprendre le vocabulaire et le leitmotiv de la droite et de sous-entendre avec elle que tout allocataire d’une quelconque indemnité est supposé vivre au dépend de la société (« assistés ») ?

 

La pente prise par le dirigeant communiste est terrible.

Et si l’objectif du candidat communiste était avant tout de rassurer quant à son projet économique ? Cela expliquerait la facilité avec laquelle il dépeint ses anciens alliés en dangereux communistes (sic), comme lorsqu’il estimait que la « garantie d’emploi » proposée par la France Insoumise s’appuyait sur une philosophie propre à « l’époque soviétique, le kolkhoze »[56]. Le brillant polémiste confond au passage kolkhoze et sovkhoze, s’emmêlant les pinceaux dans sa soviétologie approximative. De nouveau, derrière ce type d’attaques, comment ne pas voir une forme d’opportunisme visant à se faire passer auprès des médias dominants pour une force « responsable », c’est-à-dire respectueuse de l’ordre social ?

 

Si le doute persistait sur l’absence de perspective ancrée dans la lutte des classes, les mots d’André Chassaigne devraient pouvoir trancher[57] :

 

 

 

 

 

 

 

Peut-être pourront-ils tout de même compter sur leur camarade, Joe Biden, dont Fabien Roussel se demandait s’il avait ou non pris sa carte au PCF[58]…  

 

 

- Une voie solitaire

Il est illusoire d’espérer être au second tour

Le mandat donné à Fabien Roussel pour accéder à la tête du Parti tirait ses origines d’une angoisse identitaire quant à la survie de l’appareil communiste. De nombreuses et nombreux militant·es communistes partageaient avec sincérité cette crainte sans pouvoir pressentir la vision opportuniste dans laquelle s’enferment aujourd’hui Fabien Roussel et la nouvelle direction du Parti. Constamment, poussé par la nécessité de se distinguer pour exister sur le devant de la scène médiatique, le candidat du PCF s’est attaqué à son camp politique, la gauche de rupture, adoptant ici et là la rhétorique de ses adversaires et se positionnant à contre-courant des mobilisations populaires (NDLR : et sans aucune perspective comme l'affirme André Chassaigne « Il est illusoire d’espérer être au second tour »[57]).

 

À la suite de son meeting du 6 février 2022 à Marseille, que le candidat communiste souhaitait mettre en scène comme le tournant de sa campagne, il a engrangé de nouveaux applaudissements sur Twitter de la part d’ami·es indéniables de l’émancipation tels que… Manuel Valls, Caroline Fourest, Eugénie Bastié, Zineb El Rhazoui, qui ont ainsi rejoint Marlène Schiappa, Jean-Michel Blanquer ou Christophe Castaner sur la liste des personnes trouvant Fabien Roussel « sympathique », « courageux », ou encore porteur d’un « discours qui fait chaud au cœur » à gauche. Amour soudain de ces braves gens pour la perspective communiste ou symptôme d’une triste dérive ?

 

Dans le paragraphe « 5.4 Une union populaire et politique agissante », le texte du 38ème congrès énonçait :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peut-être serait-il temps pour Fabien Roussel de s’inspirer de ces moments où les communistes ont su construire l’unité. Dans la situation actuelle de triple crise sociale, environnementale et sanitaire, un rassemblement autour d’un programme de rupture avec le capitalisme néolibéral serait ainsi une option enviable, loin de constituer « un but en soi », et en tout cas préférable à une stratégie de distinction qui sert les adversaires des travailleurs·ses et des opprimé·es.

 

Il n’est pas impossible pour Fabien Roussel de trouver à court terme un refuge électoral modeste pour satisfaire la boutique, d’autant plus si la seule ambition du PCF est de faire mieux que lors de sa dernière candidature à la présidentielle (Marie-George Buffet avait obtenu en 2007 1,93% des suffrages). Aux marges d’une gauche mise en difficulté par une bourgeoisie en pleine radicalisation, certain·es partagent peut-être même ses illusions sur la période et ses regrets qui le poussent à s’inspirer d’un passé revisité pour proposer une formule gagnante pour l’avenir.

 

Son positionnement à contretemps des mobilisations populaires constitue un pari dangereux, en mettant le PCF à distance du mouvement réel sans lequel le communisme est privé de carburant. Quant à l’opportunisme déployé dans le contexte électoral par Fabien Roussel et son équipe de campagne, il apparaît comme une succession de renoncements qui l’éloigne de l’objectif fixé par Marx et Engels pour le mouvement communiste, précisément dans le Manifeste du parti communiste :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Aujourd’hui, dans le contexte de la présidentielle, le vote pour le candidat de l'#UnionPopulaire pourrait bien de nouveau apparaître comme le débouché naturel des luttes sociales, des quartiers populaires et plus largement de l’électorat de gauche. Sa capacité à fonder une organisation politique pour les rassembler autour d’une proposition commune en rupture avec le capitalisme est plus incertaine, mais une telle perspective aurait assurément besoin de l’expérience de milliers de militant·es communistes.

 

 

- Ma conclusion personnelle...

Alors que Zemmour va faire venir au vote du premier tour des gens qui ne se seraient pas déplacés : les cathos tradis, les conspirationnistes, des groupuscules d’extrême droite qui ont quitté le RN il y a des années. Si jamais Marine Le Pen réussissait à être au second tour, elle pourrait bénéficier d’un électorat disponible plus important qu’aux présidentielles précédentes....

 

une seule réponse possible : STOP à la division

artificielle de la gauche sociale au nom du repli

identitaire... REGOIGNEZ l#UNIONPOPULAIRE

et son programme l'#AVENIR EN COMMUN !

Fabien Roussel, Don Quichotte d’un communisme introuvable

 

- Fabien ROUSSEL : le candidat " communiste " chouchou du système

Comment un homme labellisé de gauche, de surcroit issu du Parti Communiste, peut-il susciter l'engouement de personnalités comme le philosophe et polémiste Alain Finkielkraut, l'animateur Cyril Hanouna, ou encore de la ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur Marlène Schiappa ?

 

Pour le co-rédacteur en chef de Frustration magazine Nicolas Framont, auteur d'un article intitulé  " Pourquoi la bourgeoisie adore-t-elle le « communiste » Fabien Roussel ? ", le candidat du PCF à l'élection présidentielle est salué par la droite car il ne tient plus vraiment des positions de gauche. Qu'il s'agisse de l'écologie, des violences policières ou encore de la lutte contre le racisme et l'islamophobie, Fabien Roussel " se range plutôt du côté de la classe dominante ".

 

Pour aller plus loin, Théophile Kouamouo s'est entretenu avec lui depuis le plateau du Média.

 

Notes :

[1(Lénine, « L’opportunisme et la faillite de la 2e internationale », Vorbote, 1, 1916)

[2] Résultats de l'élection présidentielle 2017

[3] Le texte d'orientation du congrès de 2018 est accessible en ligne ici

[4André Chassaigne : « Pour un Parti communiste français à l’offensive et utile »

[5] Texte « Pour un manifeste du Parti Communiste du 21ème siècle », p.3

[6] Texte « Pour un manifeste du Parti Communiste du 21ème siècle », p.32

[7] Ibid (Dans le même ouvrage, dans le même passage d'un ouvrage déjà cité)

[8] Elsa Faucillon : « Je redoute un repli identitaire du PCF »

[9] À l’époque, il était secrétaire fédéral du PCF Paris et auparavant un collaborateur parlementaire de Pierre Laurent.

[10PCF is Back, maintenant c'est la remontada ! (Fabien Roussel)

[11passages télé et radio des hommes et des femmes politiques.

[12] Il a reçu par exemple l’assentiment positif de Sonia Mabrouk, Pascal Praud, Eugénie Bastié, Alain Finkielkraut, Cyril Hanouna, et de Valeurs Actuelles. et amène à la question suivante : Présidentielle 2022 : pourquoi tant de politiques disent-ils du bien de Fabien Roussel ?

[12bis] Salué à droite, applaudi en macronie... Le candidat du PCF vit son heure de gloire et rêve de dépasser les socialistes. Mais un communiste ne reste-t-il pas un "coco" ?

[13] Voir notamment l’article de Roger Martelli sur les municipales de 2020 : 

[14] Ma France- heureuse, digne, solidaire, Editions Le Cherche-Midi, 2021, p.42

[15] Dans son livre, Fabien Roussel note : « Georges Marchais, lui, je l’ai rencontré et j’ai toujours beaucoup d’affection pour ce qu’il représente. (…). Aujourd’hui encore, je me demande ce qu’aurait fait Georges dans telle ou telle situation. Le parti qu’il dirigeait était alors celui du monde du travail. Je souhaite que le Parti communiste français redevienne celui-là.» (p.24-25).

[16] Ma France- heureuse, digne, solidaire, Editions Le Cherche-Midi, 2021, p.52

[17] La France insoumise

[18] Ifop, Le profil des électeurs et les clefs du premier tour de l’élection présidentielle, 23 avril 2017

[19]  Cautrès, Bruno. « Chapitre 9 – Mélenchon, « vainqueur caché » de la présidentielle ? », Pascal Perrineau éd., Le vote disruptif. Les élections présidentielle et législatives de 2017. Presses de Sciences Po, 2017, pp. 175-192.

[20] André Chassaigne : « Il est illusoire d’espérer être au second tour »

[21] Ibid, p.57

[22] La gauche presque au complet à la manifestation contre l’islamophobie

[23] CGT : Un 10 novembre multicolore contre l’islamophobie

[23bis] Jean-Luc Mélenchon : Diaboliser une initiative pour discréditer son objectif ?

[24] France insoumise : Marche contre la haine des musulmans « la France est notre bien commun »

[25] Le 10 novembre, à Paris, nous dirons STOP à l’islamophobie !

[26] « Islamophobie », un terme « réducteur » pour Fabien Roussel

[27] Texte « Pour un manifeste du Parti Communiste du 21ème siècle », p.13

[28Manifestation des policiers : les magistrats font appel

[29] Dégoutée, la jeunesse communiste lâche-t-elle Fabien Roussel ?

[30] Droit à la sécurité : Fabien Roussel défend " une police nationale de proximité "

[31] Ifop, 5 janvier 2021

[32sondage OpinionWay du 1er février 2022

[33FABIEN ROUSSEL TEND LA MAIN AUX ÉLECTEURS DE LA " DROITE SOCIALE "

[34Les différences entre le populisme d'extrême droite et de gauche

[35]  Collectif Focale, Votes Populaires ! Les bases sociales de la polarisation électorale dans la présidentielle de 2017, Éditions du Croquant, 2022

[36] Il faut entendre ici par méritocratique, une capacité à assigner une responsabilité individuelle à la situation vécue par un individu. Les électeurs du RN répondent par exemple massivement dans les enquêtes d’opinion que les « chômeurs trouveraient un travail s’ils le voulaient vraiment ». L’électorat de gauche a lui plutôt tendance à investir cette situation d’une réponse holiste : le chômage est aussi la responsabilité de la société ou des structures de l’économie.

[37] Hidalgo pointe les "ambiguités" d'EELV et Mélenchon sur la République

[38] Dans dessin récent, au détour d’une blague douteuse sur l’inceste et la pédocriminalité, Xavier Gorce en a profité pour exprimer sa haine des personnes trans

[39] la sélection des invités confirme un virage politique opéré par mon parti depuis qqes mois. Et le Printemps républicain s’en frotte les mains…

[40] Friture chez les communistes sur fond d’hommage à «Charlie Hebdo»

[41] On a lu pour vous « Printemps républicain » d’Amine El Khatmi

[42] Sortie xénophobe : pour F. Roussel (PCF), sans droit d’asile "on a vocation à rentrer chez soi"

[43] Texte « Pour un manifeste du Parti Communiste du 21ème siècle », p.29

[44] Programme « La France en commun », p.16

[45] Programme « La France des jours heureux », p.106

[46] Karl Marx, Le Capital, vol 1, IV Section : « La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur ».

[47] Foie gras, sapin de Noël… Les maires écolos, boulets de Jadot ?

[48] Présidentielle 2022: Olivier Dussopt, ministre délégué chargé des comptes publics, déclare sa sympathie à Fabien Roussel, le candidat du parti Communiste

[49] Mathieu Bock-Côté : " Comment Fabien Roussel peut parler aussi justement et être communiste "

[50] Compte twitter de Fabien Roussel

[51] Ibid

[52] « Manifeste pour un Parti Communiste du 21ème siècle », p.12

[53] Comme l’élection de représentant·es dans les instances de la Sécurité Sociale par les salarié·es.

[54] Fabien Roussel revient aux fondamentaux du PCF

[55] Cette vision de la protection sociale propose notamment le remplacement du système de cotisation sociale par des impôts (ie CSG) et de substituer au droit à la continuité du salaire sur lequel ont été fondés le système des retraite, d’assurance chômage et les premières allocations familiales, un revenu contributif.

[56] " Les Insoumis estiment que chacun doit avoir un travail et que si quelqu'un n'en trouve pas, l'Etat doit être employeur en dernier ressort. Nous ne partageons pas du tout cette philosophie là, ça c'est l'époque soviétique, le kolkhoze."

[57] André Chassaigne : « Il est illusoire d’espérer être au second tour »

[58] "J'ai l'impression de Joe Biden a pris sa carte au Parti communiste français"

 

Pour en savoir plus :

- Programme du PCF : la France ne commun version 2017 👇

Le culte de la division du peuple pour empêcher le candidat porteur d'un programme de gauche d'être au second tour et exister !
Le culte de la division du peuple pour empêcher le candidat porteur d'un programme de gauche d'être au second tour et exister !
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24 janvier 2022 1 24 /01 /janvier /2022 15:34
Jean-Luc Mélenchon à « Sud Ouest » : L’austérité ne sert à rien !

Il faut augmenter les salaires pour pouvoir payer le bio...

Le modèle agricole doit changer de A à Z.

 

Primaire populaire, inflation, salaires, retraites, dette Covid…

 

Sources : Sud-Ouest |

- SUD OUEST : Une centaine d’artistes a appelé les candidats de gauche à participer à la primaire populaire. Vous qui ne souhaitez pas y être associé, que pensez-vous de cette initiative ?

Jean-Luc Mélenchon : Je suis choqué par la violence de ces procédés, comme mettre M. Jadot, Mme Hidalgo ou moi-même candidats contre notre gré. Je n’en dis pas plus. Trois cent mille personnes me parrainent, des dizaines de syndicalistes et personnalités. Donc je ne me sens pas concerné par cette initiative.

 

 

- SUD OUEST : Face à l’inflation, vous proposez le blocage des prix alimentaires. Comment défendre cette mesure et une juste rémunération des producteurs ?

Jean-Luc Mélenchon : Il n’y a pas de contradiction. Pour un euro que dépense le consommateur, 8 centimes vont à l’agriculteur. Le blocage sera donc répercuté sur la grande distribution qui baissera ses marges. Nous appliquerons un coefficient multiplicateur qui limitera par combien elle peut multiplier le coût de production réel à la vente. Et il n’y aura pas de vente à perte. Le blocage des prix a déjà été fait par Michel Rocard en 1991[1] sur les carburants et par Emmanuel Macron en 2020 sur les masques et le gel hydroalcoolique.

 

 

- SUD OUEST : Les produits bios sont plus chers. Comment les rendre plus accessibles ?

Jean-Luc Mélenchon : Il faut augmenter les salaires pour pouvoir payer le bio. Le modèle agricole doit changer de A à Z. L’actuel a épuisé la terre et contaminé 99 % des Français aux pesticides. Je veux supprimer le ministère de l’agriculture et le remplacer par un ministère de la production alimentaire. Produire n’importe quoi pour le marché mondial, c’est fini. Il faut produire bien pour manger tous et manger mieux.


 

- SUD OUEST : Dans le Sud-Ouest, les éleveurs de volailles sont confrontés à l’influenza aviaire[2]. Que leur proposez-vous ?

Jean-Luc Mélenchon : C’est la quatrième vague de grippe aviaire. Les élevages hyperintensifs, au-delà de la souffrance animale, facilitent les zoonoses[3], c’est-à-dire le passage des virus des animaux sauvages aux animaux domestiques puis aux êtres humains. Il faut les interdire. Pour l’instant, en France, il n’y a pas d’exemple de passage du virus de la grippe aviaire à l’être humain, mais en Asie oui. Les producteurs doivent se reconvertir. L’État doit le financer.

 

 

- SUD OUEST : Face à l’envolée des prix de l’énergie, le gouvernement a mis en place un bouclier tarifaire. L’ouverture du marché de l’énergie à la concurrence a touché ses limites ?
Jean-Luc Mélenchon : La démonstration est faite que le marché créé le chaos.

 

 

- SUD OUEST : Emmanuel Macron propose de miser sur le nucléaire avec le développement de mini-réacteurs…
Jean-Luc Mélenchon : Le nucléaire ne nous rend pas indépendants. Nous n’avons pas d’uranium en France[4]. Nous allons le chercher au Kazakhstan, dont le régime a montré ses limites, ou au Niger. D’ici à 2030, le nucléaire sera plus cher que les autres sources d’énergie. Je rétablirai notre indépendance énergétique grâce aux énergies en mer ou à l’hydraulique sur les rivières. Macron veut installer des mini-réacteurs nucléaires ? Qui en voudra près de chez soi ?

 

 

- SUD OUEST : L’éolien est aussi controversé…

Jean-Luc Mélenchon : L’éolien terrestre a du mal à être accepté. Et les gens ont raison de considérer importante la beauté d’un paysage. Mais dans la baie de Saint-Nazaire où ont été installés les premiers modèles d’éoliennes offshore, il n’y a pas de problèmes. Elles se trouvent au large. La mer contient 64 fois l’énergie dont nous avons besoin à terre. C’est incontournable.

 

 

- SUD OUEST : Vous plaidez la hausse du smic. Mais quid des autres salaires ?
Jean-Luc Mélenchon : On a 9 millions de pauvres et 8 millions de personnes à l’aide alimentaire. On ne peut pas vivre avec les revenus actuels. En France, cinq personnes détiennent autant que 27 millions. Il faut donc partager la richesse. Je suis pour la hausse du smic à 1 400 euros net. Quant aux autres salaires, je convoquerai en urgence les négociations annuelles obligatoires avec deux ajustements : elles auront lieu au niveau des branches et non des entreprises et devront être obligatoirement conclusives. Il faudra aussi bloquer les loyers.

 

 

- SUD OUEST : Un des marqueurs de la gauche, c’est la dépense publique. Le « quoi qu’il coûte » d’Emmanuel Macron, c’est une approche de gauche ?

Jean-Luc Mélenchon : Ce n’est pas le marché mais l’État qui a sauvé l’économie. C’est grâce au financement du chômage technique que l’appareil productif ne s’est pas effondré. Monsieur Macron a découvert un keynésianisme[5] assez classique.

 

 

- SUD OUEST : Le gouvernement maintient qu’il faudra rembourser la dette du « quoi qu’il en coûte »…

Jean-Luc Mélenchon : C’est absurde. Comment rembourser la dette ? Avec 10 milliards d’euros d’excédent budgétaire chaque année, il faudrait 270 ans. Avec 1,5 % de croissance, 248 ans. Prétendre qu’on va un jour rembourser cette dette est juste un prétexte à diminuer l’intervention de l’État. C’est pourtant le levier de développement le plus puissant. Ma proposition : annuler la dette déjà rachetée par la Banque centrale européenne[6]. Pas un épargnant privé ne serait lésé.

 

 

- SUD OUEST : La crise sanitaire prouve-t-elle qu’il y a une alternative à l’austérité ?
Jean-Luc Mélenchon : L’austérité ne sert à rien sinon à répandre du malheur. On me demande combien coûte mon programme, j’y répondrai. Mais quel est le coût du malheur ? Combien ça coûte de reculer l’âge de la retraite pour la santé ? Je rétablirai la retraite à 60 ans.

 

 

- SUD OUEST : Un candidat à la présidentielle peut-il affirmer « La République, c’est moi » ou « ma personne est sacrée » ?
Jean-Luc Mélenchon : ​​​​​​​La preuve ! Ces deux formules ont eu un très grand succès, on en a fait des t-shirts et des mugs. Comme l’a rappelé, il y a peu, le président de l’Assemblée nationale à propos des menaces de mort qui ont pesé sur les députés, les élus sont statutairement inviolables[7][8]. Ces deux phrases rappelaient dans un moment de grande tension des principes fondateurs de l’État républicain.

 

 

- SUD OUEST : Samedi, vous avez mis en cause un institut de sondage affirmant qu’il était lié au chef de l’État, ce qui est faux. Depuis vous avez effacé ce tweet. Une erreur ou vous craignez une manipulation ?
Jean-Luc Mélenchon : Un sondage qui oublie de préciser qu’il exclut de son résultat tous ceux qui ne sont pas sûrs à 100 % d’aller voter 3 mois avant est à mes yeux une manipulation. Il exprime le rêve d’une élection dont les milieux populaires très hésitants aujourd’hui s’excluraient eux-mêmes.
 

Jean-Luc Mélenchon à « Sud Ouest » : L’austérité ne sert à rien !
Jean-Luc Mélenchon à « Sud Ouest » : L’austérité ne sert à rien !
Jean-Luc Mélenchon à « Sud Ouest » : L’austérité ne sert à rien !
Jean-Luc Mélenchon à « Sud Ouest » : L’austérité ne sert à rien !

- Et pour aller plus loin....

Jean-Luc Mélenchon à « Sud Ouest » : L’austérité ne sert à rien !
Jean-Luc Mélenchon à « Sud Ouest » : L’austérité ne sert à rien !
Jean-Luc Mélenchon à « Sud Ouest » : L’austérité ne sert à rien !
Jean-Luc Mélenchon à « Sud Ouest » : L’austérité ne sert à rien !
Jean-Luc Mélenchon à « Sud Ouest » : L’austérité ne sert à rien !
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Jean-Luc Mélenchon à « Sud Ouest » : L’austérité ne sert à rien !
Jean-Luc Mélenchon à « Sud Ouest » : L’austérité ne sert à rien !

 

- Et à votre disposition

 

L'HARMONIE DES ÊTRES HUMAINS ENTRE EUX ET AVEC LA NATURE.

 

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2 janvier 2022 7 02 /01 /janvier /2022 14:23
La centrale nucléaire de Braud-et-Saint-Louis les pieds dans l’eau après la tempête fin décembre 1999

La centrale nucléaire de Braud-et-Saint-Louis les pieds dans l’eau après la tempête fin décembre 1999

Au moment ou la Commission européenne s’apprête, avec le soutien de la France, à classer le nucléaire comme énergie verte[0]... carte sur table à l'adresse de ceux qui défendent le nucléaire au nom de la réduction de l'empreinte carbone du pays !

 

A souligner que les raisons de sortir du nucléaire sont multiples :

  • l'indépendance énergétique : il n'y a pas d'uranium en France, nous l'importons ;
  • la  vétusté des installations : deux d'entre elles (Fessenheim et Bugey) ont plus de 40 ans, treize autres ont plus de 30 ans, parmi lesquelles Tricastin, Gravelines, ou encore Blayais et Paluel ;
  • le manque de sécurité vis à vis des risques extérieurs[01] ;
  • la gestion des déchets : il n’existe toujours pas de solution durable et sûre pour gérer les déchets nucléaires[03] ;
  • le coût de la remise à niveau des installations qui pourrait contribuer à financer la transition énergétique ;
  • la militarisation de l'espace[2] à laquelle participe la France[02] et qui fait des centrales nucléaires des cibles potentielles (il suffirait d’un tir sur la centrale de Nogent et il n’y aurait plus de France. Nous serions totalement désorganisés par le déménagement de 12 millions de personnes) ;
  • le changement climatique qui menace nos installations nucléaires....👇

Lorsque l’on parle de l’énergie nucléaire et de l’évolution du climat, c’est généralement dans un certain contexte : elle peut nous fournir suffisamment d’énergie en remplacement des combustibles fossiles. Et sur le plan de la productivité, les centrales atomiques ont leur mot à dire. Mais l’énergie nucléaire n’est certainement pas le pari le plus sûr pour l’avenir. L’élévation du niveau de la mer et d’autres effets du changement climatique menacent déjà le fonctionnement de cette industrie.

 

 

Le débat sur le nucléaire civil en France

-Introduction : le Nucléaire c'est 1000 incidents par an en France
1000 incidents par an sur les installations nucléaires, en France[2bis]. Ce sont les chiffres de l’Agence de Sûreté Nucléaire, qui les répertorie. Son classement va d’un niveau 0 (incidents mineurs) à un niveau 7 (« accident majeur »), correspondant aux catastrophes de Fukushima et Tchernobyl.

Des incidents… parfois dissimulés ou minimisés. Ainsi, un cadre de la centrale nucléaire du Tricastin (Drôme) a déposé plainte contre EDF[2ter]. Ses accusations sont graves. Il accuse sa direction de l’avoir écarté « pour avoir dénoncé la dissimulation d’incidents de sûreté ». Il dénonce plusieurs cas d’incidents dissimulés. Le plus flagrant a eu lieu en 2018, lorsqu’une inondation a eu lieu dans l’un des bâtiments électriques de la centrale. Ses supérieurs l’auraient dissuadé de prévenir l’Autorité de Sûreté Nucléaire. Un mois et demi plus tard sortait un rapport traitant de l’incident : celui-ci était largement minimisé.

 

 

Sources : newsmonkey | mis à jour le 04/03/2022

-Pourquoi le réchauffement climatique et l’énergie nucléaire ne font pas bon ménage ?

On attribue souvent à l’énergie nucléaire le mérite d’assurer la sécurité énergétique en période de changement climatique. De plus, les centrales sont peu émettrices de CO2. Mais, ironiquement, ce sont précisément les effets de ce changement climatique qui les sapent.


La grande majorité des centrales nucléaires en activité aujourd’hui ont été mises en service bien avant que la science du changement climatique ne soit bien établie. Deux centrales nucléaires sur cinq se trouvent sur la côte, et au moins 100 ont été construites à quelques mètres seulement au-dessus du niveau de la mer. L’énergie nucléaire est littéralement en première ligne du changement climatique – et pas dans le bon sens.

 

Des données scientifiques récentes indiquent que le niveau mondial des mers augmentera davantage et plus rapidement que ne le laissaient supposer les prédictions précédentes[3]. Dans les décennies à venir, alors que les phénomènes météorologiques extrêmes deviendront plus fréquents et plus destructeurs, les vents forts et la faible pression atmosphérique provoqueront des ondes de tempête plus importantes qui pourraient menacer les installations côtières.

 

 

-Environ 516 millions de personnes se trouvent dans un rayon de 80 km autour d’une centrale nucléaire en service
Les centrales nucléaires doivent puiser dans de grandes sources d’eau pour refroidir leurs réacteurs, c’est pourquoi elles sont souvent construites près de la mer. Celles situées plus à l’intérieur des terres seront confrontées aux mêmes problèmes d’inondation dans un monde qui se réchauffe. Et les sécheresses et les incendies de forêt[4] de plus en plus graves ne font qu’accroître la menace.

 

L’élévation du niveau de la mer et d’autres effets du changement climatique menacent déjà le fonctionnement de l’industrie nucléaire. Au Moyen-Orient, par exemple, l’eau de mer devient trop chaude pour refroidir correctement les réacteurs nucléaires. En France et aux États-Unis, les rivières se sont tellement asséchées que les centrales nucléaires ont dû être fermées à des moments où leur puissance était nécessaire de toute urgence.

 

Dans le monde, environ 516 millions de personnes vivent dans un rayon de 80 kilomètres autour d’une centrale nucléaire en activité et 20 millions de personnes vivent dans un rayon de 16 kilomètres. Ces personnes sont confrontées aux risques pour la santé et la sécurité de tout futur accident nucléaire. Les efforts visant à construire des installations capables de résister au changement climatique augmenteront considérablement les coûts déjà importants liés à la construction, à l’exploitation et au démantèlement des centrales nucléaires, sans parler des déchets radioactifs..

 

 

-

60% de la capacité nucléaire est menacée par l’élévation du niveau des mers, les tempêtes violentes et les pénuries d’eau de refroidissement

On attribue souvent à l’énergie nucléaire le mérite d’assurer la sécurité énergétique en période de changement climatique. Mais, ironiquement, ce sont précisément les effets de ce changement climatique qui la sapent. Les inondations, sécheresses[5] et tempêtes extrêmes, autrefois rares, deviennent de plus en plus fréquentes, rendant de plus en plus obsolètes les mesures de protection prises par l’industrie, élaborées à une époque antérieure.

 

Les risques climatiques pour les centrales nucléaires ne seront ni linéaires ni prévisibles. L’élévation du niveau des mers, les tempêtes et les fortes précipitations affectant les défenses des eaux côtières et intérieures, les barrières naturelles et artificielles atteindront leurs limites.

 

La Commission de réglementation nucléaire américaine[6] a déjà conclu que la grande majorité de ses sites nucléaires n’ont jamais été conçus pour résister aux effets climatiques futurs auxquels ils seront confrontés, et beaucoup ont déjà subi des inondations (en France ce fut le cas de la centrale du Blayais en 1999[7]).

 

Un récent rapport de l’US Army War College[8] indique également que les centrales nucléaires risquent fort d’être fermées temporairement ou définitivement en raison des menaces climatiques. En effet, 60% de la capacité nucléaire américaine est menacée par l’élévation future du niveau des mers, les tempêtes violentes et les pénuries d’eau de refroidissement. Il n’existe pas encore d’analyse de ce type pour l’Europe....

 

  • Mais les experts du climat ont, en septembre 2019, présenté leur rapport sur les océans, les régions polaires et les glaciers, selon lequel le niveau marin pourrait monter de plus d’un mètre et les inondations côtières se multiplier d’ici la fin du siècle (rapport du GIEC)[9]. D'autres scénarios argumentés considèrent que la catastrophique montée des océans ne sera pas pour dans trente ou cinquante ans, que ça ne se passera pas dans un siècle..., non, c’est pour 2030, autant dire demain[10].
  • Sans céder au catastrophisme, un courant océanique majeur de l'Atlantique menace de se détraquer, et c'est inquiétant... notamment parce-que le niveau de l'océan Atlantique connaîtra une forte hausse[11]. 

 

 

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En France, Jean-Luc Mélenchon rétablit la réalité de la situation :

“ Je voudrais débarrasser la question du nucléaire d’un aspect idéologique qui n’a rien à y faire. Je ne suis pas pour sortir du nucléaire parce que je ne supporterais pas le nucléaire. Le sujet, c’est que c’est très dangereux[12] ”. Nous sommes un pays d'une petite superficie. Je m'oppose à ce qu'on reste dans ce danger. Je veux qu'on en sorte.

 

  • " Plusieurs centrales nucléaires sont dans des zones qui vont être inondées : à Blaye, estuaire de la Gironde, ou Gravelines, dans le Nord[1][1ter]. "

« Mesdames et messieurs, s’il arrive pour notre malheur, qu’il se passe quoi que ce soit à la centrale de Gravelines, il faudra quitter Lille, Roubaix, Calais pour 10 000 ans. S’il arrive quoi que ce soit à la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine qui est en amont de la capitale [Paris], il faudra évacuer 12 millions de personnes et ne pas revenir dans le secteur avant 20 000 ans », a dit le leader de la France insoumise, évoquant d’abord des accidents liés à l’âge et l’entretien des centrales[1bis] ».

 

  • " Ce que montre la militarisation de l’espace... autant de raison de démanteler le réseau des centrales françaises qui sont autant de cibles destructrices pour notre pays[2]. "

L’espace était démilitarisé par un accord signé notamment par la France et les États-Unis. Les Américains ont décidé de le déchirer et de créer un état-major de l’Espace. Macron en a fait autant.

« La menace militaire vient dorénavant de l’espace. Nous sommes de cibles. Nous présentons 58 cibles à portée de l’espace. Voilà pourquoi on ne peut pas continuer comme ça[1bis] ». 

 

  • " La guerre en Ukraine, un danger pour notre pays[18]. "

Cet événement sur lequel nous avions alerté en temps utile[19] nous rappelle que le nucléaire civil est une cible militaire possible et facile d’atteinte dans les guerres. En France, 40 millions d’habitants vivent en zone de contamination possible à moins de cent kilomètres d’une centrale. C’est 60 % de la population de notre pays. Dans l’immédiat, en temps de guerre en Europe, je demande le renforcement des mesures militaires et civiles de protection des sites nucléaires de notre pays...

 

Ukraine nucléaire – Communiqué de Jean-Luc Mélenchon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • A méditer en ce qui concerne l'indépendance énergétique de la France :

 

Le débat sur le nucléaire civil en France

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 2017, Jean-Luc Mélenchon dénonçait la dictature au Khazakstan... La macronie, elle, la félicitait[13].

  • Et en Août 2021 " Macron et le Président Tokaïev convenaient de renforcer encore le partenariat entre la France et le Kazakhstan, notamment dans le domaine économique.[14] " ;
  • Vive le nucléaire nous dit Macron : En 2016, plus des deux tiers de la production mondiale d’uranium provenaient des mines de trois pays dont le Kazakhstan (39,4% de la production mondiale) et alimente la France à partir des mines de Muyunkum et Tortkuduk[15]... et ce alors que la dictature poursuit son œuvre avec l’escalade de la violence et de la répression[16]... mais chut !

 

Pourquoi le réchauffement climatique et l’énergie nucléaire ne font pas bon ménage et Jean-Luc Mélenchon veut en sortir ?
Pourquoi le réchauffement climatique et l’énergie nucléaire ne font pas bon ménage et Jean-Luc Mélenchon veut en sortir ?
Pourquoi le réchauffement climatique et l’énergie nucléaire ne font pas bon ménage et Jean-Luc Mélenchon veut en sortir ?
Pourquoi le réchauffement climatique et l’énergie nucléaire ne font pas bon ménage et Jean-Luc Mélenchon veut en sortir ?
Pourquoi le réchauffement climatique et l’énergie nucléaire ne font pas bon ménage et Jean-Luc Mélenchon veut en sortir ?
Pourquoi le réchauffement climatique et l’énergie nucléaire ne font pas bon ménage et Jean-Luc Mélenchon veut en sortir ?
Pourquoi le réchauffement climatique et l’énergie nucléaire ne font pas bon ménage et Jean-Luc Mélenchon veut en sortir ?
Pourquoi le réchauffement climatique et l’énergie nucléaire ne font pas bon ménage et Jean-Luc Mélenchon veut en sortir ?

 

 

- Mélenchon défend l’éolien en mer : bientôt moins cher que le nucléaire

Le débat sur le nucléaire civil en France

L’éolien sera 30 % moins cher que le nucléaire d’ici 2030...
Lors de son déplacement au Croizic, le 15 janvier 2022, Jean-Luc Mélenchon a rappelé qu’avec le vieillissement du parc nucléaire français, les temps d’arrêts des centrales sont de plus en plus longs et de plus en plus fréquents. Le facteur de charge des éoliennes en mer est désormais équivalent à celui du nucléaire, c’est-à-dire 60 %. Il a aussi rappelé que les scientifiques étaient désormais certains que d’ici 2030 l’énergie éolienne serait 30 % moins cher que le nucléaire[17].

 

Le candidat de l’Union Populaire à l’élection présidentielle a vanté les changements apportés par une bifurcation sur l’éolien : « fabriquer, installer, entretenir, aller et venir, construire les bateaux nécessaires, former du personnel, ce sera un monde nouveau avec des activités nouvelles ». Et Jean-Luc Mélenchon conclut : « On sait le faire, ce n’est qu’une décision politique. Tout est dans la politique à cette heure. »

 

 

- Et un outil à votre disposition

 

Organiser le 100% d'énergies renouvelables en 2050 et la rénovation énergétique

 

 

-

Nucléaire : Macron un président sous influence

Sûreté, coûts, souveraineté, pollution... Mathilde Panot, députée france insoumise, rétablit la vérité sur le nucléaire dans le dernier épisode d'Expression Direct.

 

 

 

Notes :

[0LA COMMISSION EUROPÉENNE S’APPRÊTE À CLASSER LE NUCLÉAIRE COMME ÉNERGIE VERTE

[01un rapport de l’ONG Greenpeace pointe avec inquiétude la vulnérabilité des centrales françaises face au risque d’attaques extérieures

[02Un état-major de l’espace pour l’OTAN a été installé à Toulouse.

[03] En France, il n’existe toujours pas de solution durable et sûre pour gérer les déchets nucléaires

[1] Jean-Luc Melenchon : Plusieurs centrales nucléaires sont dans des zones qui vont être inondées : à Blaye, sur l’estuaire de la Gironde, ou Gravelines, dans le Nord

[1bis] Jean-Luc Melenchon : La question du nucléaire n'est pas une question idéologique mais une affaire de danger pour les êtres humains. 

[1terCLIMAT : VOICI LES VILLES DE FRANCE QUI DEVRAIENT ÊTRE ENGLOUTIES PAR LA MONTÉE DES EAUX

[2] Jean-Luc Melenchon : Ce que montre la militarisation de l’espace... autant de raison de démanteler le réseau des centrales françaises qui sont autant de cibles destructrices pour notre pays.

[2bis1000 incidents par an sur les installations nucléaires

[2ter] un cadre de la centrale nucléaire du Tricastin (Drôme) a déposé plainte contre EDF.

[3le niveau mondial des mers augmentera davantage que ne le laissaient supposer les prédictions précédentes.

[4] les sécheresses et les incendies de forêt de plus en plus graves ne font qu’accroître la menace

[5] Le point de basculement est proche: les chaleurs extrêmes feront bientôt plus de morts que les vagues de froid

[6] la grande majorité de ses sites nucléaires n’ont jamais été conçus pour résister aux effets climatiques futurs

[7Inondation de la centrale nucléaire du Blayais en 1999

[8] Récent rapport de l’US Army War College

[9rapport du GIEC

[10Le niveau des océans pourrait s'élever de 25m dés 2030

[11] Climat : un courant océanique majeur de l'Atlantique menace de se détraquer, et c'est inquiétant

[12Le sujet, c’est que le nucléaire c’est très dangereux

[13] Le président du groupe « La France insoumise » a rappelé quelles étaient les conditions de vie de l'opposition dans ce pays et combien Nazerbaïev était un tyran qui pratique la torture, l'emprisonnement et la répression. Il a dénoncé l'hypocrisie de ceux qui, en France, parlent dans ce pays de « progrès démocratiques ». 

[14Août 2021 " Macron et le Président Tokaïev convenaient de renforcer encore le partenariat entre la France et le Kazakhstan, notamment dans le domaine économique.

[15] En 2016, plus des deux tiers de la production mondiale d’uranium provenaient des mines de trois pays dont le Kazakhstan (39,4% de la production mondiale en 2016)

[16] Au Kazakhstan, l’escalade de la violence et de la répression

[17] Mélenchon défend l’éolien en mer : bientôt moins cher que le nucléaire

[18Ukraine nucléaire – Communiqué de Jean-Luc Mélenchon

[19] Guerre en Ukraine : Jean-Luc Mélenchon " pro-Poutine " ? Remettons les pendules à l'heure !

 

Pour en savoir plus :

- Le débat sur le nucléaire civil en France

- L'alternative au nucléaire : Scénario négaWatt 2022

Jean-Luc Mélenchon : « Éviter le black-out nucléaire » – Tribune dans le JDD

- « Des milliards et des milliards d’euros », voilà ce que coûtera… l’enfouissement des déchets nucléaires

- LA DISPONIBILITÉ DES CENTRALES NUCLÉAIRES FRANÇAISES AU PLUS BAS

- NUCLÉAIRE. 4 QUESTIONS APRÈS LA FUITE À LA CENTRALE DU TRICASTIN (DRÔME)

- L’Écosse a utilisé les énergies renouvelables pour 97% de ses besoins électriques en 2020

- Stéphane Lhomme, le directeur de l'Observatoire du nucléaire : « Mali : la France " a absolument besoin d'être là pour protéger ses mines d'uranium au Niger " »

- Le débat sur le nucléaire civil en France

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19 décembre 2021 7 19 /12 /décembre /2021 18:54
La politique n'est pas une rivière paisible et encore moins pour 2022 !

Le seul objectif de la « primaire populaire », avec ou sans Taubira[0], c’est d’éliminer Mélenchon et surtout le programme « l’avenir en commun » pour mettre la révolution citoyenne par les urnes en échec !

...Primaire populaire = Primaire PS ?

👉 Jean-Luc Mélenchon : " Nous demandons à ne pas être impliqué par la prétendue « primaire populaire[1bis] » "... à 3 mois de l’élection présidentielle, concentrons nous sur l’objectif réel : mobiliser !

 

La politique n’est pas une rivière paisible et il faut d’abord partir de ce constat : la politique est un affrontement violent entre partisans de choix de société radicalement différents qui sous tendent des philosophies sur la place de l’homme, soit sujet d’un pouvoir et devant s’adapter, soit auteur de sa propre histoire visant son émancipation et pas seulement la liberté des apparences et des déclamations. 

 

Sources : Fabrice Aubert | mis à jour le 30/01/2022

- S’y rajoutent...

  • les différents masques que portent des acteurs, en vue justement de masquer, l’affrontement initial et fondamental, entre le Capital qui possède les moyens de production et le Travail qui ne possède que sa force de travail ;
  • à l’intérieur même du mouvement révolutionnaire celles et ceux qui volontairement ou pas, vont glisser, par facilité, dans, justement ce qui apparait comme le plus facile à atteindre, alors que nous sommes justement partis de l’idée que la politique n’est pas une rivière facile.
    Le questionnement apparemment pacifique, entre « primaire populaire » ou « union populaire »
    matérialise de manière parfaite l’affrontement réel entre « social-démocratie » et « Révolution-bifurcation ».
  • Des amis insoumis qui appellent à participer à la « primaire populaire » m’expliquent, comme les généraux qu’ils se croient être, comme étant un « coup tactique », en vue de faire gagner « Mélenchon » et ils se trompent.

 

Le seul objectif réel de la « primaire populaire » est justement de dégager Mélenchon, c’est à dire le programme « l’avenir en commun », seul programme portant sur les fonds baptismaux, l’idée et la démarche de 6ème République par constituante, c’est-à-dire par le peuple lui-même.

 

 

- Mais qu'est-ce que la tactique ?

Puisque les camarades parlent de tactique, regardons-en tout d’abord la définition :

« La tactique » se rapporte à l’organisation et à la marche suivie pour réussir dans quelque affaire. Initialement lié au domaine militaire, ce terme s'applique à toute confrontation (économique, commerciale, sportive, ludique, diplomatique, etc.) et décrit l'art de combiner de manière optimale les modes opératoires et les moyens dont on dispose, pour emporter un gain ou une décision.

 

Elle se distingue de la stratégie, en ce sens qu'elle concerne des objectifs à court terme tels que la victoire d'une bataille alors que stratégie concerne des objectifs à moyen ou à long terme tels que la victoire d'une guerre ou une politique diplomatique particulière.


Donc de fait si l’objectif est de gagner, la tactique est un outil de court terme, alors que la stratégie est un outil de long terme. De ce fait d’ailleurs, fondé sur la question du temps, la tactique du « court terme », renvoie à la philosophie du marché, tandis que la stratégie renvoie au long terme du collectivisme et de la « planification ».

 

 

- La tactique est le domaine de la social démocratie

Disons le clair, la tactique est le domaine de prédilection de la sociale démocratie en adaptation permanente aux forces dominantes… et qui dès 1983 en adoptant les politiques de rigueur (« désinflation compétitive »), tournait le dos aux programme commun et s’adaptait au « capitalisme mondialisé » (mondialisation) imposé par le couple « Reagan-Thatcher »…

  • Or, lorsque l’on se mets sur le terrain de l’adversaire, on est sur de perdre…

 

🔴 Le Rassemblement National (ex FN) est un produit de la tactique de la sociale démocratie

Je sais que je vais choquer et je sais aussi que si Jean-Luc lit ce papier (il lit beaucoup) …mais il ne faut jamais oublier que la montée du F.N et de Le Pen est le pur produit de la sociale démocratie. Lorsqu’en 1983 avec le tournant de la rigueur et les ministres communistes partis, la sociale démocratie se retrouve seul au pouvoir (P.S + radicaux de gauche), la question prioritaire qui vient est : « comment se maintenir au pouvoir », or la première heure de vérité de Le Pen a lieu le 13/02/1984 juste avant le départ effectif des ministres communistes (Juillet 1984).
 

Ne voulant pas rompre avec l’Europe, ne voulant pas rompre avec le capitalisme mondialisé, et voulant rester au pouvoir il fallait affaiblir le P.C.F et fait monter un monstre en vue de pouvoir ramener à la bergerie les « moutons raisonnables »[1]. De fait le P.C.F qui pesait encore 20 % des voix en 1981 chuta à moins de 10 % et Mitterrand fut réélu…(j’ai vécu de près la période).


Toute ressemblance avec la situation actuelle et E. Z., qui pour moi a été lancé par Jupiter (Macron) lui-même, n’est pas juste une coïncidence.... Comprenons, le fascisme est souvent, pour ne pas dire toujours, les conséquences de politiques conjoncturelles de court terme et tactique, car ne voulant pas s’attaquer aux vrais problèmes avec des vraies solutions, en tout cas à même d’apporter des solutions les plus efficaces.

 

 

- Eliminer Mélenchon seul objectif de la " primaire populaire "

Alors, rentrons dans le vif. Vu l’état de la situation de la sociale démocratie (P.S + alliés) obligée de reconnaitre les 19,6 % de Mélenchon de 2017, se voyant aujourd’hui obligée de jouer les supplétifs de Jadot, sondé à 5 %, Montebourg à 1 %, Hidalgo à 5%,  aujourd’hui, face à Mélenchon estimé à 13 % et qui de plus est le seul à avoir et proposer un programme et une dynamique politique, conséquence de ces faits la sociale démocratie est à la recherche de la survie… D’où la " primaire populaire "[3]…  et l’opération Taubira qui annonce son soutien... à la Primaire populaire[4] !

 

  • J’alerte mes camarades qui pensent qu’il suffit qu’il se présente pour gagner la primaire, qu’ils se mettent le doigt dans l’œil jusqu’au coude. 
    • J’alerte sur le fait que l’appel à une primaire dite " populaire " au nom du fait que JLM n’a rien à craindre, du fait du rapport de forces actuelle, verra se précipiter tous ceux qui craignent « l’avenir en commun » et Mélenchon en vue de l’éliminer car le plus dangereux pour le système ;
    • Rappelez-vous en 2017, Juppé était favori, il devait gagner, il était le candidat le plus crédible, pas trop à droite et présentant bien. Le résultat des courses ce fut Fillon, et l’on connait la suite. Les ennemis de Juppé et les amis de Macron avaient été voté en masse
    • Arrêtez de jouer au poisson rouge… le seul objectif de la " primaire populaire " c’est d’éliminer Mélenchon et surtout le programme " l’avenir en commun ", qui dérange tellement le système capitaliste mondialisé actuel d’où la propagande médiatique actuelle dont Taubira-Hidalgo participent.

 


- L'"Union Populaire " un choix stratégique

Face à ces " tactiques " de " subversion de marché ", promues de manière médiatique (quel citoyen dans la rue nous demande à nous militant de participer à la primaire populaire ???) il n’existe qu’une seule réponse, la stratégie de " l’union populaire ", qui pour le coup-là est une stratégie globale[5] et révolutionnaire (« pas de Révolution sans théorie révolutionnaire » / Lénine). La démarche de l’Union populaire, c’est au-delà du programme " l’avenir en commun[6] " de proposer une démarche qui anticipe et matérialise la 6ème République par constituante, c’est-à-dire l’appel au peuple.

 

 

- Un peu de sémiologie

La " sémiologie ", c’est l’étude des messages développé par l’image, car l’image est une langue dont il faut connaitre les idiomes. Or si l’on mets côte à côte le logo de la " primaire populaire " et de " l’union populaire " on observe :

  • que pour la " primaire populaire ", le symbole est une bulle visant à représenter l’idée de la parole au peuple, de plus tout ceci se déroule sur un fond rouge " communiste ", de débat intense ;
  • Au contraire la couleur de fond de " l’union populaire " est bleu, rassurant, car appuyé sur un programme élaboré en 2016, rediscuté depuis 2 ans et remis à jour (grâce 15 000 contributions citoyennes intégrées au programme + le fruit de 5 ans de travail parlementaire).

 

En synthèse : On a donc d’un côté l’illusion d’un appel au débat au dernier moment précipité et agressif (tactique) et de l’autre une " force tranquille " appuyée sur les débats et discussions faits depuis plus de 2 ans, formalisé dans un programme dont la première action est la 6ème République par constituante, ce qui ne se trouve pas dans les idées retenues pas " la primaire populaire ".

 


- Pas de rupture-bifurcation possible sans 6iéme République

Je vous dis mon sentiment personnel… J’ai toujours voté comme communiste au second tour de toutes les élections pour le candidat le mieux placé à " gauche " et ce jusqu’à Hollande. C’est fini et pourtant j’ai plus 20 ans, mais 63 printemps, mais ma sève est encore plus puissante d’exigences que lors de mes 20 printemps et pourtant j’étais déjà " casse-couille "… Alors je dis, qu’en 2022, sans rupture constitutionnelle (6ème République par constituante) il ne peut y avoir de ruptures sociales et écologiques, car le système institutionnel actuel est en correspondance et au service du système économique du Capitalisme mondialisé


Aucun changement de politique économique ne pourra se faire sans changer avant de constitution, car c’est la constitution, loi fondamentale, qui définit les priorités sociales et économiques d’une Nation. D’où cette question : Quel est le seul programme et le seul candidat qui proposent d’abolir la Vème République et passer à la 6ème République par constituante, c’est-à-dire appel au peuple ?... L'AVENIR EN COMMUN[6] !

 

  • Et c’est pour ce programme et son candidat que je milite et que je voterais.
    • Je ne suis donc pas dans l’adoration d’un " gourou ", mais dans l’analyse concrète des rapports sociaux et politiques et des solutions humaines et humanistes à apporter. Je ne vote pas pur un homme mais pour un programme et son intelligence programmatique (planification).
    • Qui refuse la 6ème République refuse en fait tout changement effectif et souhaite de fait le maintien du régime de monarchie présidentiel actuel…ce qui confirme la domination du marché sur le politique, donc le court terme, là où il faut reconquérir le long terme de la société.

 


- Aux illusionnés de l'illusion

Alors amis et camarades, l’urgence tactique, si je puis dire, est de poursuivre avec force et détermination la stratégie de " l’Union populaire "… C’est à la fin du match que l’on observe le gagnant…
Quand les chiens aboient… la caravane insoumise passe.

 

 

 

- Et... que l'on ne vienne pas prendre 1981 et l'élection de François Mitterand pour exemple

Combien de fois faudra-t'il répéter qu'au premier tour de 1981 IL N'Y AVAIT PAS D'UNION DE LA GAUCHE !!

C'est au second tour qu'il y a eu de bons reports sur François Mitterrand ...

 

 

 

- Et... que l'on ne vienne pas nous dire que la victoire chilienne est due à une " primaire de la gauche " ou une " primaire populaire "

Prenant appui sur un large front antifasciste de la jeunesse et de la génération du coup d’État, Gabriel Boric a mené une intense campagne de politisation pour faire reculer l’extrême droite et une abstention galopante. Sa victoire est à la hauteur espérée.

Mais, Contrairement à ce que certains disent, ce n'est pas une " Gauche unie " qui a gagné au Chili (même s'il y avait eu une " primaire " le dimanche 21 juillet 2021) qui n'a pas été respectée par la quasi totalité des organisations y ayant participé, ce qui ne permet pas d'affirmer que la victoire chilienne est due à une " primaire de la gauche " ou une " primaire populaire " comme le fait le PS.

  • Au 1er tour il y avait 4 candidats de Gauche[6bis] :

- Gabriel Boric, Gauche radicale : 25,8 %
- Eduardo Artés, extrême-Gauche : 1,5 %
- Marco Enríquez-Ominami, centre Gauche : 7,6 %
- Yasna Provoste, centre Gauche : 11,6 %
-
Seul Boric est resté qualifié pour le 2e tour. 

 

  • Au second tour, avec 56% des voix contre le candidat d’extrême droite José Antonio Kast, la victoire est écrasante pour Gabriel Boric, ancien député et leader étudiant, défenseur de l’Etat-providence et pourfendeur du néolibéralisme. À 35 ans, il est le nouveau président du Chili. 48 ans après le coup d’état du 11 septembre 1973 contre le président socialiste démocratiquement élu Salvador Allende, cette victoire est historique pour la gauche. « Le néo-libéralisme est né au Chili, et ce pays sera son tombeau » a déclaré le tout nouveau président. Un vent d’espoir incroyable s’est levé au Chili[7].

 

 

 

- Primaire populaire = Primaire PS ?

Raquel Garrido aux manettes de l'Émission Populaire, une émission 100% politique et 100% populaire ! Un espace de débat pour commenter et réfléchir à cette campagne présidentielle française et surtout... à l'après-Macron. 

Entourée de ses chroniqueurs et invités Didier Maïsto, Malika Rahmani, Hélène Boussel et Xavier Mathieu, Raquel vous invite à la rejoindre pour faire un point politique et médiatique. Nous aborderons notamment ces sujets :

  • Actu de campagne : ceux qui entrent et ceux qui sortent ;
  • Primaire populaire = primaire PS ?

Notes :

[0] Sainte-Taubira nous sauvera-t-elle ?

[1] Mitterrand et le bon usage du FN

[1bis] Jean-Luc Mélenchon : " Nous demandons à ne pas être impliqué par la prétendue « primaire populaire » "

[2] Baromètre hebdomadaire S50 : Présidentielle 2022

[3La primaire Populaire : qui se cache derrière ?

[4] Christiane Taubira annonce son soutien à la Primaire populaire, « dernier espace pour construire l’union » de la gauche

[5] Jean-Luc Mélenchon : " L’union populaire : une stratégie globale "

[6] Programme de l'Union populaire 2022 " L’avenir en commun "

[6bis] Élection présidentielle chilienne de 2021

[7] Victoire historique au Chili : Gabriel Boric est le nouveau président

 

Pour en savoir plus :

- Jean-Luc Melenchon : après l'union de la gauche, vite L'UNION POPULAIRE !

- Sondages : la dynamique Mélenchon se confirme

Pourquoi la "Primaire Populaire" est déjà un échec ?

- Mise au point sur les chances à "gauche" pour 2022 et la mauvaise idée d'une primaire

- Sainte Christiane Taubira peut-elle tous nous sauver ?

- Mais qu’allait-elle faire dans cette galère ? A quoi la candidature de Christiane Taubira pourrait-elle bien servir ?

- Plaidoyer d'un fossoyeur de la gauche

- Primaire de toute la «gauche» : une fausse bonne idée

- PRIMAIRE POPULAIRE : LE CULTE DE L’UNION SUPRÊME

- Jean-Luc Mélenchon : La stratégie du désespoir

- TRIBUNE. "La primaire populaire est illégale", selon le juriste Jean-Philippe Derosier

- Un article très juste : la primaire 2022 Ni primaire… ni populaire

- Fred Borras : Le mirage Taubira

Sur les primaires : tirons les leçons du passé récent... 2016 l

- Alexis Corbière : " Les primaires sont un papier tue-mouche sur lequel viennent se coller les participants " 

- “ Les primaires à gauche, un remède pire que le mal ”

- Une primaire de Hollande à Juppé : tout sauf Mélenchon

- Les primaires à gauche, ou le casting de la tambouille

- Les Primaires contre la Gauche

- Gauche : Gare au prix amer de la primaire !

- Jean-Luc Mélenchon en 2016 : " Les primaires : la loi du mensonge et de la triche.... " [...] " ces primaires qui se disent d’autant plus démocratiques qu’elles se veulent « ouvertes » seront par là même un moment de plus qui aggravera la confusion et le  règne du mensonge. En cela elles plombent un peu plus lourdement le système politique qu’elles prétendaient pourtant rénover."

La politique n'est pas une rivière paisible et encore moins pour 2022 !
La politique n'est pas une rivière paisible et encore moins pour 2022 !
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17 novembre 2021 3 17 /11 /novembre /2021 16:53
L’histoire du libre-échange et du protectionnisme... et demain...
L’histoire du libre-échange et du protectionnisme... et demain...

...Pour aboutir à quoi : l'instauration d'un protectionnisme solidaire pour produire en France comme le propose l'Avenir en Commun[15] ?

 

La querelle entre libre-échange et protectionnisme naît pratiquement avec le capitalisme. Mais l’histoire nous montre qu’il y a eu alternance de ces deux options. Nous verrons quelles forces sociales les ont promues.

 

Sources : gauchemip.org & Durand Eric | 

- I. Naissance du concept de libre-échange

Le Lorrain, Port de mer au soleil couchant, 1639.

Jusqu’au début du XVIIIe siècle le mercantilisme a été la doctrine sur les échanges internationaux[1]. Son principe était qu’il fallait réduire au minimum les importations et accroître au maximum les exportations. Tout cela dans le but de concentrer dans le pays le maximum de métaux précieux qui étaient considérés comme étant à la base de la richesse nationale...

 

En 1760, les physiocrates Quesnay, Turgot préconisent le libre-échange. Mais son premier théoricien est Adam Smith (1723 - 1790) qui publie en 1776 recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations. Il est l’inventeur de la parabole de la main invisible, selon laquelle chaque individu, en ne suivant que ses fins propres « est conduit par une main invisible à remplir une fin qui n’est nullement dans ses intentions ». Contrairement à ce que disent aujourd’hui les néolibéraux, Smith n’était pas partisan du laisser-faire. Il allouait un rôle économique à l’Etat qui outre ses fonctions régaliennes devait prendre en charge les activités que les entrepreneurs ne pouvaient assumer. La première application de ses théories fut la signature du traité de commerce anglo-français de 1786. Ce traité favorisait l’exportation des vins du bordelais mais ce fut une catastrophe pour l’industrie française, moins développée que sa concurrente anglaise. Ce fut probablement une des causes de la Révolution française[2]. Le XVIIIe siècle se termina par un retour au protectionnisme à cause des espoirs déçus du traité de 1786 ainsi que de la guerre.

 

David Ricardo (1772 - 1823) est le véritable théoricien du libre-échange avec la théorie des « avantages comparatifs »[3]. Il affirme que le commerce enrichit les deux partenaires, car rapidement chacun fait ce pourquoi il est le plus doué. Pourtant, ces deux théoriciens oubliaient que l’Angleterre avait construit son industrie lainière dans les siècles précédents à l’abri de la concurrence hollandaise. Alors qu’au XVe siècle l’Angleterre exportait sa laine brute en Hollande, elle en avait ensuite fortement taxé ses exportations et avait pu construire son industrie.

 

 

- II. 1815 - 1914, ou le rôle moteur de la Grande Bretagne dans les périodes d’ouverture ou de fermeture au commerce international...

L’histoire économique du monde développé de 1815 à 1914 peut être découpée en cinq phases selon l’économiste belge Paul Bairoch (1930 - 1999) :

  • 1 - 1815-1846 : adoption graduelle de libre-échange au Royaume Uni, mais maintien du protectionnisme dans le reste de l’Occident ;

En 1815, le parlement anglais sous la pression de la noblesse terrienne vota les Corn Laws. Lors des bonnes récoltes les droits de douane étaient relevés et ils étaient abaissés lors des mauvaises. La gentry était ainsi assurée de revenus réguliers. Mais les ouvriers de l’industrie payaient cher les produits alimentaires, ce qui obligeait les industriels à leur payer des salaires relativement élevés. Avec le libre-échange, les industriels paieraient des salaires faibles, ce qui, compte tenu de la forte mécanisation rendrait leurs usines compétitives.

- Les intérêts de l’industrie, donc du libre-échange furent défendus par le Political Economy Club, fondé par David Ricardo et ses amis afin de promouvoir la nouvelle pensée économique.

- Ils profitèrent des mauvaises conditions climatiques de 1845, auxquelles s’ajouta la récolte catastrophique de pommes de terre en Irlande et le 6 juin 1846 les Corn Laws étaient abrogées[4].

  • 2 - 1846-1860 : efforts du Royaume-Uni pour étendre la politique libérale à l’Europe continentale ;

- de 1846 à 1860, l’Angleterre s’efforça de propager le libre-échange en Europe continentale.

L. Palmerston débats traité franco-britannique
  • 3 - 1860-1879 : phase libre-échangiste dans la plupart des pays européens ; mais maintien ou accentuation du protectionnisme dans les pays développés d’outre-mer ;

- 1860-1879 : phase libre-échangiste dans la plupart des pays d’Europe. En 1860, Napoléon III négocia secrètement un traité de commerce avec le Royaume-Uni (Traité Cobden-Chevalier) que la grande majorité des membres de la Chambre des députés qualifia de nouveau coup d’état[5]. Le reste de l’Europe continentale adopta le libre-échange, mais eut à subir une dépression de 1869 à 1873 qui fut plus forte que celle de 1929, en ce qui concerne le recul du PNB.

- En totale opposition avec le virage libéral de l’Europe, pratiquement tous les pays développés d’outremer renforcèrent ou adoptèrent le protectionnisme dans les années 1860-1880. Aux Etats-Unis, la guerre de Sécession (1861-1865) entre le Nord anti-esclavagiste et le Sud favorable au système esclavagiste est aussi une guerre entre le Nord protectionniste et le Sud libre-échangiste. 1879-1892, retour de l’Europe continentale au protectionnisme : l’Allemagne montre la voie avec la Realpolitik de Bismarck. La France, quant à elle, ne retourna au protectionnisme réel qu’avec le tarif dit « de Méline » de 1892[6].

  • 4 - 1879-1892 : retour de l’Europe continentale au protectionnisme ;
  • 5 - 1892-1914 : accentuation de la pression protectionniste au Royaume-Uni et renforcement du protectionnisme en Europe continentale et dans les pays de peuplement européen.

- 1892-1914 : tandis qu’au Royaume-Uni, Chamberlain militait sans succès pour le « Fair Trade » (qu’on peut traduire par commerce loyal ou équitable), opposé au « free trade », on assistait au renforcement du protectionnisme dans le reste du monde développé[7].

- Les Etats-Unis qui n’avaient pas pris part au mouvement de libre-échange, et au contraire, avaient relevé le niveau de leur protection, connurent une période de forte croissance, alors que l’Europe était en pleine dépression.

- Cette période est même une des plus prospères de l’histoire des Etats-Unis.

- En Europe continentale, il y eut reprise dès qu’une politique protectionniste fut décidée.

- D’ailleurs, au cours de la phase d’expansion économique 1889/1892 à 1913, la croissance a été de 0,9% par habitant au Royaume-Uni, resté fidèle au libre-échange tandis qu’en Europe continentale devenue protectionniste, elle était de 1,5%. Entre 1891/1893 et 1913, le volume des exportations européennes s’accrut de 3,9% par an, contre moins de 3% pendant la période de libre-échange[8].

 

 

- Conclusion sur le XIXe siècle

Trois enseignements peuvent être tirés de cette période :

  • I. Le libre-échange ne peut être efficace qu’entre pays ayant le même niveau de développement ;
  • II. les pays les moins avancés ont besoin du protectionnisme pour rattraper les plus développés. Les Etats-Unis d’Amérique furent protectionnistes de leur création à la fin de la seconde guerre mondiale, leur suprématie industrielle étant alors fermement assurée. Ulysses Grant, président des Etats-Unis de 1768 à 1876 avait anticipé cette évolution : « Pendant des siècles, l’Angleterre s’est appuyée sur la protection, l’a pratiquée jusqu’à ses plus extrêmes limites, et en a obtenu des résultats satisfaisants. Après deux siècles, elle a jugé commode d’adopter le libre-échange, car elle pense que la protection n’a plus rien à lui offrir. Eh, Messieurs, la connaissance que j’ai de notre pays me conduit à penser que dans moins de deux cents ans lorsque l’Amérique aura tiré tout ce qu’elle a à offrir, elle adoptera aussi le libre-échange[9]».

Il ne s’était pas trompé dans la prédiction, seulement sur le délai.

Le développement économique des pays s’est toujours fait à l’abri de frontières fermées, et les périodes d’ouverture, correspondent au désir des pays développées soit de s’assurer des approvisionnements de matières premières à bas coût, soit de s’assurer de débouchés au-delà de leur marché national (kicking away the ladder, théorie de « l’échelle tirée » de Friedrich List qui disait que les prêches britanniques en faveur du libre-échange faisaient penser à celui qui parvenu au sommet d’un édifice, renvoie l’échelle d’un coup de pied afin d’empêcher les autres de le rejoindre). List le promoteur du Zollverein, l’union douanière allemande dont les débuts datent de 1818, ne voyait aucune contradiction entre celui-ci, et la protection des industries naissantes, car il considérait que les états allemands avaient des niveaux de développement relativement proches[10].

  • III. A l’intérieur d’un pays, les luttes entre protectionnistes et libre-échangistes masquent des conflits de classe (en Angleterre, de 1815 à 1846 la noblesse terrienne contre la bourgeoisie industrielle, aux Etats-Unis à l’époque de la guerre de sécession, la classe colonialiste du Sud contre la bourgeoisie industrielle du Nord). La classe la plus pauvre d’un pays (les ouvriers anglais et les esclaves noirs américains) pâtit encore plus que les autres du libre-échange. Le libre-échange signifie la guerre économique et les pays qui le pratiquent cherchent à améliorer leur compétitivité en jouant sur les conditions de vie de leurs travailleurs.

 

 

Du GATT à l'OMC

- Problèmes des XXe et XXIe siècles.

Au XXe siècle, le monde connut une période de libre-échange débridé jusqu’à la crise de 1929. Devant la catastrophe, les états sortirent de la crise au moins partiellement grâce à des mesures protectionnistes. Certains économistes libre-échangistes ont accusé le protectionnisme d’avoir été la cause de la guerre, alors que le protectionnisme était seulement une réponse à la crise de 1929. Dans tous les pays industriels, le chômage avait diminué à la veille de la guerre.

 

Après la seconde guerre mondiale, il y eut une période protectionniste. Les Etats-Unis étaient devenus la principale puissance économique du monde et selon la prédiction d’Ulysses Grant, ils devinrent libre-échangistes[9]. A leur initiative, le GATT (signé le 30 octobre 1947 par 23 pays)[11] fut créé dont le but était la baisse des tarifs douaniers dans le monde. Cette entreprise mit un certain temps. La Communauté européenne à sa création pratiquait la préférence communautaire, tandis que les dragons asiatiques se développaient à l’abri de barrières douanières. En 1995, le GATT se transformait en OMC[12] et le monde entier s’est mis à l’heure du libre-échange.

 

  • Dans les pays occidentaux, le libre-échange entraîne les délocalisations vers les pays à bas salaires, dans les pays du Sud la destruction de l’agriculture locale par la concurrence des de l’agriculture mécanisée et subventionnée du Nord.

 

  • Le protectionnisme a mauvaise presse, il est accusé de protéger des activités non rentables, donc ringard. D’après certains économistes d’Attac, ce serait une réaction égoïste des pays industrialisés voulant conserver des situations acquises et empêcher le développement du tiers monde[13]. Pourtant les ouvriers occidentaux voient leurs emplois détruits par la concurrence des ouvriers du tiers monde dont les salaires sont 20 fois plus faibles pour la Chine. Ce pays ne ferait-il pas mieux de développer le niveau de vie de son peuple au lieu de se faire un avantage de ses faibles salaires ?

 

  • Des économistes comme Jacques Sapir et Maurice Lauré ont inventé la notion de protectionnisme altruiste et écologiste[14]. Pour répondre à l’accusation de xénophobie, ils proposent d’appliquer des droits de douane proportionnels à la différence des salaires du pays importateur et les salaires du pays exportateur. Ces droits de douane modulés par une taxe écologique seraient reversés au pays exportateur, afin qu’il améliore les droits sociaux de ses salariés et prenne en compte les contraintes écologique dans la production. Rappelons que le protectionnisme n’est pas l’autarcie.

 

 

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- Pour les présidentielles de 2022 (comme pour celles de 2017) la France insoumise propose l'instauration d'un protectionnisme solidaire dans son programme l'Avenir en commun[15]

En partant du constat :

Instaurer un protectionnisme écologique et solidaire pour produire en France et assurer notre indépendance
  • des droits sociaux soumis au chantage permanent du dumping ;
  • un bilan écologique désastreux ;
  • une industrie dévastée ;
  • une agriculture désorganisée ;
  • des régions entières condamnées... 

le grand déménagement du monde doit cesser.

 

La France ne doit pas dépendre d’autres États pour ses productions essentielles : lorsqu’une crise éclate, il est déjà trop tard pour relocaliser la production. 
 

Le protectionnisme que nous souhaitons mettre en place n'est pas le même que celui prôné par l'extrême droite, nous souhaitons un protectionnisme solidaire, c'est à dire un protectionnisme écologique et social :

- Mesure clé : relocaliser d’urgence les productions essentielles à la vie de notre pays ;

 

- Pour un protectionnisme écologique, nous voulons mettre en place une taxation écologique aux frontières qui prend en compte les modes de production et de transport. Ainsi, nous taxerons les produits venant de pays éloignés et/ou étant produits avec du charbon par exemple, pour privilégier les circuits courts ;

 

- Pour un protectionnisme social, nous voulons déjà faire l’inventaire et l’évaluation des accords déjà appliqués et souhaitons interdire complètement les produits réalisés dans des conditions inacceptables, issus de l'esclavage comme au Pakistan ou en Inde, du travail d'enfants ou de pays n'ayant aucun droit syndical ;

 

- Nous souhaitons aussi arrêter immédiatement d'appliquer la directive des travailleurs détachés, en étendant les cotisations et le salaire sur le droit français. Aussi, nous voulons réaliser une taxation sociale aux frontières sur la base du droit social du pays exportateur, concernant le salaire minimum ou le droit à la retraite en l'absence d'accord entre le pays et la France ;

 

- Et aller plus loin : nous voulons réviser le Code des marchés publics pour favoriser les entreprises sociales et solidaires, écologiques et locales...

 

 

- Clémence Guetté vous présente chaque semaine une des mesures de notre programme " L'Avenir en commun " pour les élections présidentielles de 2022.

Cette semaine : Le protectionnisme solidaire ⤵️

 

Notes

[1] Mercantilisme

[2] Georges Weulersse. La physiocratie à l’aube de la Révolution, 1781 - 1792, p. 264.

[3] David Ricardo, né le 18 avril 1772 à Londres et mort le 11 septembre 1823 à Gatcombe Park, est un économiste et philosophe britannique, également agent de change et député.

[4] Paul Bairoch. Victoires et déboires. Histoire économique et sociale du monde du XVIe siècle à nos jours, t. 2, pp. 279-284.

[5] Par la clause de la nation la plus favorisée, on entend le principe que tout avantage qu’un pays accorde à n’importe quel autre pays doit être automatiquement accordé aussi au pays avec lequel on a signé une telle clause : si la France est liée à la Suisse par un traité comportant la clause de la nation la plus favorisée, et si elle réduit ses droits de douane sur le fromage hollandais, elle est tenue d’accorder les mêmes tarifs au fromage suisse (Traité Cobden-Chevalier)

[6] C’est à cette époque qu’il y eut une sophistication des tarifs. L’un dit autonome ou statutaire est un tarif établi et modifié par des lois, le second type est qualifié de conventionnel, c’est à dire qu’il peut être modifié ou établi avec d’autres pays (11 janvier 1892 : Méline fait voter la loi protectionniste du double tarif).

[7] idem, pp. 291-300.

[8] Paul, Bairoch. Mythes et paradoxes de l’histoire économique, pp. 233-234.

[9] Ulysses Grant, président des États-Unis de 1868 à 1876

[10] Ha-Joon Chang : « L’amnésie des économistes libéraux » in Manière de voir, Janvier-Février 2007, pp. 15-18.

[11] Le GATT est l'acronyme de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, conclu en 1947 et en vigueur jusqu'en 1994.

[12] Organisation mondiale du commerce

[13] Thomas Coutrot. Quelles alternatives au libre-échange ? Quelques éléments pour lancer un débat. Février 2006. par Christian Schneider

[14] Jacques Sapir : "Il faut accepter des formes de protectionnisme au sein de l'Europe"

[15] L'Avenir en commun

 

Pour en savoir plus :

Jean-Luc Mélenchon : “La lutte contre la délocalisation passe par du protectionnisme sélectif et solidaire”

- Pour en savoir plus : Le #20 des « Livrets de la France insoumise » aborde le thème du commerce et de l’industrie.

 

 

Et pour ceux qui veulent en savoir encore plus :

livret thématique produire en France
  • Le #20 des « Livrets de la France insoumise » de l'Avenir en commun version 2017 aborde le thème du commerce et de l’industrie.
  • Il a été préparé par un groupe de travail animé par Jean-Charles Hourcade, ancien directeur générale du fonds France Brevet et membre de l’Académie des technologies, et Antoine Pyra, socio-écononomiste.
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12 novembre 2021 5 12 /11 /novembre /2021 18:57
L’Outsider. — « Abécédaire de drapeaux français », 2017

L’Outsider. — « Abécédaire de drapeaux français », 2017

" Préférence nationale " : une escroquerie démagogique récurrente.

 

Le mot d’ordre de la « préférence nationale » fait parti depuis fort longtemps, du fonds de commerce électoral de l’extrême droite. On peut être étonné que malgré son obsolescence, un tel slogan soit encore crédible pour une part de la population. Mais un nouveau thème de remplacement apparaît. La préférence civilisationnelle.

À six mois de l’élection présidentielle en France, l’extrême droite monopolise la scène médiatique et politique. Ses deux candidats potentiels, Mme Marine Le Pen et l’éditorialiste xénophobe Éric Zemmour, totalisent 35 % des intentions de vote dans les sondages — une situation inédite. Profitant de l’atonie et de la dispersion des forces de gauche, ils imposent leurs thèmes. Parmi ceux-ci, entre le « grand remplacement[1] » et la menace islamiste, la préférence nationale occupe une place de choix.

 

Sources : Benoît Bréville | 

- Petit rappel

Article 1 de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789[2]

 

" Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. "

 

" Préférence nationale ", un remède de charlatan !

 

 

- Elle réapparaît subitement sitôt qu’une élection approche.

Elle est la clé de voûte de tous les programmes d’extrême droite ; la pierre philosophale qui doit redonner au pays son lustre d’antan ; la mesure supposée tout résoudre, du chômage au déficit public, du mal-logement à la crise migratoire, de la délinquance au problème des retraites. Cette solution miraculeuse tient en deux mots : « préférence nationale ».

 

Outre sa concision, le concept présente l’avantage de se décliner à toutes les sauces sans nécessiter de trésors argumentatifs, en jouant sur le réflexe chauvin qui se développe en temps de crise, quand les ressources se raréfient.

  • Le logement social ? « Étant financé par les Français, il est logique qu’il soit attribué prioritairement aux Français », énonce ainsi Mme Marine Le Pen, la candidate du Rassemblement national (RN) au scrutin présidentiel de 2022[3] ;
  • Les allocations familiales ? « 43 % des allocataires de la CAF — allocations familiales et allocations logement — sont nés à l’étranger », s’étrangle l’éditorialiste Éric Zemmour, qui prône donc la « préférence nationale » afin de mettre fin à cette « folie française »[4] ;
  • L’emploi ? Il faut « faire travailler en France des Français pour produire français », professe encore M. Florian Philippot, le chef du parti Les Patriotes[5] ;
  • Grâce à sa plasticité et à son aspect rudimentaire, la mesure se convertit aisément pour le Front national (FN, devenu Rassemblement national) en slogans de campagne. Présidentielle : « Défendre les Français » (1974). Législative : « Les Français d’abord. Un million de chômeurs, c’est un million d’immigrés en trop » (1978). Référendaire : « Produisons français avec des Français » (1992). Européenne : « Formation, boulot, logement : priorité pour toi chez toi » (2009). Municipale : « Les Français premiers servis » (2010)…

 

 

- Panacée pour l’extrême droite, la préférence nationale fait l’objet d’un vif rejet sur le reste de l’échiquier politique.

Beaucoup l’érigent même en repoussoir absolu, en ligne rouge qui séparerait le « camp républicain » et les ennemis de la démocratie, les défenseurs des droits humains et les nostalgiques des « heures sombres de l’histoire ». La Constitution ne garantit-elle pas l’égalité des droits et de l’accès à l’emploi sans distinction d’origine ? La France, qui prohibe toute discrimination et défend l’universalité du service public, ne saurait admettre la préférence nationale. Au passage, cette frontière permet d’absoudre tous ceux qui sont du bon côté : ils peuvent s’en donner à cœur joie sur l’immigration, ils restent dans le camp des gentils humanistes du moment qu’ils refusent la préférence nationale.

 

Ainsi, Mme Valérie Pécresse (Les Républicains) promet d’instaurer des quotas de migrants, d’affréter des « charters d’éloignement », de placer les demandeurs d’asile dans des « centres dédiés », de restreindre l’aide médicale d’État aux seuls soins urgents et maladies contagieuses… Mais, quand on lui demande ce qui distingue son projet et celui de Mme Le Pen, elle s’offusque : « Elle, elle dit “ préférence nationale ”. Moi, je ne ferai jamais ça[6]. » Après la « savonnette à vilain » de l’Ancien Régime, sobriquet donné aux charges que les roturiers achetaient pour s’anoblir, voici la « savonnette républicaine », qui lave les soupçons de dérive xénophobe.

 

 

- La notion fut pourtant théorisée au milieu des années 1980 par un haut fonctionnaire que le très respecté Institut d’études politiques de Paris n’avait pas hésité à embaucher comme maître de conférences.

Inspecteur général de l’administration, cofondateur du Club de l’Horloge — un cercle de réflexion fondé en 1974 par de jeunes élèves de l’École nationale d’administration (ENA), dont beaucoup passeront au FN dans les années 1980 et qui se réclame du national-libéralisme —, M. Jean-Yves Le Gallou est encore membre de l’Union pour la démocratie française (UDF) quand il publie en 1985 " La Préférence nationale : réponse à l’immigration " (Albin Michel), en réaction à l’ouvrage du député Bernard Stasi " L’Immigration, une chance pour la France " (Robert Laffont, 1984) — il ne prend sa carte au FN que quelques mois plus tard. Son livre, construit comme un rapport d’énarque, avec statistiques et références législatives à en donner le tournis, dresse un tableau apocalyptique de la France, tout à la fois menacée par l’islam, l’invasion migratoire, l’insécurité, la banqueroute. Seule la préférence nationale peut sortir le pays de l’ornière. Car, en excluant les étrangers des aides sociales et des logements publics, explique M. Le Gallou, l’État fera des économies considérables, ce qui réduira son déficit. Du même coup, la France perdra de son attrait pour les migrants, qui resteront chez eux ou choisiront une autre destination, débarrassant ainsi le pays de potentiels fauteurs de troubles. Et ceux qui sont déjà là, désormais dépourvus d’emplois car frappés par la préférence nationale, seront poussés à quitter l’Hexagone... Voilà pour la théorie.

 

Un principe déjà appliqué : faute d’accéder au pouvoir, le FN n’a heureusement jamais pu appliquer ce programme. Il a bien tenté de trouver une autre voie, en passant par ses mairies, mais il s’est alors heurté à des obstacles juridiques. Comme à Vitrolles en 1998, quand la maire Catherine Mégret a voulu créer une « allocation municipale de naissance » réservée aux familles françaises : la mesure fut retoquée trois mois plus tard par le tribunal administratif de Marseille[7].

 

 

- Pourtant, à y regarder de plus près, ce principe s’applique déjà dans de nombreux domaines.

  • Les étrangers extracommunautaires ne peuvent être recrutés dans la fonction publique — sauf en cas de pénurie, auquel cas un anesthésiste tunisien fait très bien l’affaire —, tandis que les postes dits « de souveraineté » (police, justice, défense, diplomatie…) sont strictement réservés aux titulaires de la nationalité française. Au total, selon l’Observatoire des inégalités, plus de cinq millions d’emplois demeurent inaccessibles aux étrangers non européens, soit plus d’un emploi sur cinq[8], y compris dans le secteur privé, où perdurent une cinquantaine de restrictions, en particulier pour les professions libérales, cadenassées depuis les années 1930.

 

À l’époque, l’afflux de réfugiés issus de milieux intellectuels inquiète les classes supérieures, qui craignent une concurrence étrangère dont elles étaient jusque-là protégées. Avocats, médecins, notaires, experts-comptables, architectes, pharmaciens, vétérinaires, huissiers, commissaires-priseurs, géomètres experts…, tous se mobilisent pour obtenir la sanctuarisation de leur métier. Les parlementaires se montrent très réceptifs : en plus de la nationalité française, un diplôme hexagonal sera exigé, excluant de fait de nombreux Français naturalisés. Si les conditions ont été légèrement assouplies depuis, ces professions demeurent soumises à d’importantes restrictions pour les étrangers. Héritage du corporatisme des années 1930, ces discriminations ne répondent généralement à aucun impératif particulier. La France ne fut pas déstabilisée en 1971 par la suppression de la condition de nationalité encadrant la fonction d’expert auprès des tribunaux ; ni, en 1985, quand le métier de masseur-kinésithérapeute s’ouvrit aux étrangers[9]. Mais, quand il s’agit de protéger leurs emplois, les classes supérieures s’accommodent très bien de la préférence nationale.

 

  • L’accès aux aides sociales connaît lui aussi diverses limitations. N’en déplaise à Mme Le Pen et à Éric Zemmour, il ne suffit pas de poser le pied en France pour y toucher le minimum vieillesse, les allocations familiales ou le revenu de solidarité active (RSA). L’obtention de ces prestations, un chemin de croix, nécessite de répondre à plusieurs critères qui sont autant de manières d’exclure certains étrangers. La « régularité du séjour », par exemple, une condition que la loi Pasqua de 1993 a généralisée à l’ensemble de la protection sociale[10] : pour bénéficier d’une aide de l’État, un étranger doit disposer de papiers en règle. Cela semble couler de source. Pourtant, comme le souligne l’économiste Antoine Math, « il existe autant de définitions de la régularité de séjour et de listes différentes de titres de séjour que de prestations sociales. Et plus la condition de régularité de séjour pour l’accès à une prestation est délimitée de façon étroite, plus le nombre d’étrangers en situation régulière n’ayant pas le “bon” titre pour être éligible à la prestation sera important [11] ».

 

  • Autre critère d’exclusion particulièrement efficace, la condition d’« ancienneté de résidence » impose d’habiter en France depuis un certain temps pour bénéficier d’une allocation. Là encore, rien d’illogique. Sauf que le « certain temps » est totalement arbitraire, que les législateurs peuvent l’allonger à discrétion, et qu’ils ne s’en privent pas. Alors qu’il fallait jadis résider en France depuis trois ans pour toucher le revenu minimum d’insertion (RMI), il faut justifier de cinq ans pour prétendre au RSA, son équivalent moderne. Il fut un temps où un étranger pouvait toucher l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA, ou minimum vieillesse) sitôt qu’il vivait en France depuis un an. La barre est passée à trois ans en 2006, puis à dix ans en 2011. Et rien n’empêchera un jour de la placer à vingt ans, ou trente ans. De la préférence nationale ? Pensez-vous !

 

 

- Mais puisque la France connaît ainsi des formes déguisées de « patriotisme social », selon la formule euphémisée qu’affectionne Mme Le Pen, un constat pourrait s’imposer : l’idée n’a rien du remède miracle vanté par ses promoteurs.

Le durcissement continu de l’accès aux prestations sociales n’a eu aucun effet sur le volume des flux migratoires car, comme le savent les spécialistes des migrations, les déplacements de population sont essentiellement déterminés par les raisons de partir de chez soi (facteurs de push), tandis que celles d’aller vers une destination (facteurs de pull) jouent surtout pour les migrants très qualifiés, qui font le voyage pour un poste précis ou pour une place dans une université — les médias parlent alors d’« expatriés ». Ainsi, un pays au système social peu généreux comme les États-Unis n’en voit pas moins arriver chaque année des centaines de milliers d’étrangers[12] ; et personne ne quitte famille et amis pour s’installer en France dans l’espoir de toucher l’aide personnalisée au logement (APL). Reposant sur un mythe — l’étranger chasseur d’allocations —, la préférence nationale ne saurait déterminer les flux migratoires.

 

 

- « Respecter notre civilisation » Jouant quant à elle sur le stéréotype du voleur d’emploi, la priorité à l’embauche peut même avoir des effets contre-productifs.

Si la France s’y est timidement essayée à la fin du XIXe siècle, avec les décrets Millerand d’août 1899 réglementant le recrutement des étrangers employés dans les entreprises de travaux publics, c’est avec la crise des années 1930 que s’imposent des formes officielles de préférence nationale pour l’emploi. Tandis que le chômage augmente, de nombreux ouvriers autochtones « ressentent comme une injustice impardonnable le fait que les Français soient au chômage alors que des étrangers travaillent », écrit l’historienne Claudine Pierre[13]. Des rixes éclatent dans les usines, des lettres et des pétitions sont envoyées aux élus pour réclamer le renvoi des étrangers. En réponse, le 10 août 1932, le gouvernement radical d’Édouard Herriot fait passer une loi « protégeant la main-d’œuvre nationale », qui ouvre la voie à des quotas d’étrangers par entreprise ou par secteur. Dans les secteurs frappés par la crise, les patrons licencient prioritairement les étrangers. En cinq ans, des centaines de milliers de Polonais, d’Italiens, de Belges, désormais dépourvus de contrat de travail, doivent rentrer au pays.

 

 

- Pourtant, le chômage continue d’augmenter, et la fièvre nationaliste ne s’estompe pas.

Privées de leurs travailleurs étrangers corvéables à merci, certaines entreprises voient leurs coûts augmenter et plongent encore davantage dans la crise. « Avec le chômage, alors même que leurs bénéfices s’effondrent, les maîtres des forges doivent donc faire face à des dépenses d’entretien de la force de travail plus lourdes, constate l’historien Gérard Noiriel dans son étude sur Longwy[14]. La “solution” consistant à renvoyer les immigrés célibataires aggrave le problème, car les patrons se privent ainsi des avantages que représentait la mobilité d’une partie importante de la main-d’œuvre. » De plus, une fois les étrangers partis, les nationaux ne se sont pas pressés pour se faire embaucher dans les hauts-fourneaux, des emplois dangereux, mal payés, éreintants. Dans la Lorraine des années 1930 comme dans la France contemporaine, la main-d’œuvre immigrée ne vient pas remplacer les travailleurs nationaux : elle occupe les emplois que ces derniers délaissent, parce que trop peu attractifs. Hier dans les mines ou la sidérurgie ; aujourd’hui dans la restauration, le nettoyage, les services à la personne ou le bâtiment, des secteurs qui manquent de personnel et doivent recourir à une main-d’œuvre étrangère.

 

Quand, durant le confinement du printemps 2020, les saisonniers marocains et roumains n’ont pu se rendre en France pour participer aux récoltes[15], les nationaux ne se sont pas bousculés pour venir les remplacer, malgré les appels répétés du gouvernement.

 

 

- Le théoricien de la préférence nationale, M. Le Gallou, a lui-même abandonné son concept au profit d’une nouvelle idée : la préférence de civilisation, ou préférence européenne[16]

 « La préférence nationale était nécessaire il y a trente ans, la préférence de civilisation est une exigence absolue aujourd’hui », concluait-il, dès 2016[17]. Car la guerre ne serait plus tant économique que culturelle, et l’ennemi peut parfaitement posséder un passeport français : « Nous sommes du côté des bâtisseurs des cercles mégalithiques, des temples grecs, des oppida celtes, des églises romanes, des cathédrales gothiques, des palais Renaissance, des châteaux classiques, des édifices Art nouveau, poursuit M. Le Gallou. (…) Il s’agit d’affirmer notre volonté de respecter notre civilisation, d’en reprendre et d’en enrichir les traditions et de les transmettre à nos descendants. Bref de refuser la table rase et le grand remplacement génocidaire. » Éric Zemmour a trouvé son premier ministre…

 

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- Texte connexe (Benoît Bréville)

📌 Faire dire aux chiffres ce qu’ils ne disent pas[18] : 

  • L’ouvrage de Charles Prats Cartel des fraudes[19] sert de Bible à Éric Zemmour et à Mme Marine Le Pen, qui y trouvent les chiffres propres à alimenter leur discours sur la préférence nationale. C’est là, par exemple, que l’éditorialiste a repéré son leitmotiv : « 43 % des allocataires de la Caisse d’allocations familiales sont nés à l’étranger. » Une statistique trompeuse, puisqu’elle rapporte le nombre d’individus nés à l’étranger ayant des droits ouverts aux prestations familiales (5,3 millions) au nombre de foyers allocataires (12,7 millions), lesquels comptent souvent plusieurs individus ;

 

  • Les « décodeurs » et « fact-checkeurs » peuvent bien démonter la supercherie, l’important est d’empiler toujours plus de chiffres en les enrobant de propos alarmistes. À cause de l’aide médicale d’État (AME), accordée aux étrangers en situation irrégulière, « l’hôpital est assiégé par une population venue du monde entier », explique ainsi M. Zemmour. L’AME représente 990 millions d’euros par an, 0,5 % des dépenses de l’assurance-maladie. En 2019, les hôpitaux de Marseille ont accueilli 2 513 bénéficiaires de cette aide et les hospices civils de Lyon, 905[20], soit une moyenne d’un tous les cinq jours dans chacun des treize établissements. Pas vraiment un état de siège.

 

  • Autre exemple : selon Mme Le Pen, les logements sociaux seraient « massivement » attribués aux étrangers ; il y aurait même en ce domaine une « préférence étrangère ». « Les ménages immigrés sont deux fois plus souvent locataires de HLM [habitations à loyer modéré] que les autres », affirme-t-elle encore. En 2015[21], les étrangers constituaient 22,3 % des demandes de logements sociaux, mais seulement 16,8 % de ceux qui avaient reçu une réponse positive. Et, si 34 % des ménages dont la personne de référence est née à l’étranger vivaient alors dans un logement social (contre 16 % pour celles nées en France), c’est tout simplement parce qu’ils répondent fort bien aux critères d’attribution : les immigrés vivent davantage dans des logements insalubres, surpeuplés, ils sont plus souvent expulsés sans solution de relogement, ils disposent de plus faibles revenus que les autres… Insalubrité de l’habitat, expulsion des locataires, pauvreté des habitants : trois domaines où règne une « préférence étrangère »

 

Notes

[1] D'hier à aujourd'hui : la thèse du « grand remplacement »

[2] Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789

[3] Le logement social "financé par les Français"? L'affirmation inexacte de Marine Le Pen

[4] E. Zemmour : « 43% des allocataires de la CAF sont nés à l’étranger, il faut de la préférence nationale partout »

[5] 2 févr. 2017 — Florian Philippot expliquait ainsi sur Radio Classique jeudi matin qu'il souhaitait «faire travailler en France des Français pour produire Français

[6] Présidentielle 2022 : Valérie Pécresse abat ses cartes sur l'immigration

[7] Vitrolle: le tribunal interdit la "préférence nationale"

[8] « Cinq millions d’emplois demeurent fermés aux étrangers non européens », Observatoire des inégalités, Paris, 19 août 2019.

[9Antoine Math et Alexis Spire, « Des emplois réservés aux nationaux ? Dispositions légales et discriminations dans l’accès à l’emploi », Informations sociales, n° 78, Paris, 1999.

[10] La loi du 24 août 1993, dite « loi Pasqua », a opéré un tournant majeur dans l'accès aux soins des étrangers en subordonnant le droit à l'assurance maladie à la régularité du séjour du bénéficiaire, introduisant ainsi une discrimination entre Français et étrangers dans l'accès au service public de santé.

[11Antoine Math, « Minima sociaux : nouvelle préférence nationale ? », Plein Droit, n° 90, Paris, octobre 2011

[12] Ex, en 2019, les États-Unis sont restés le premier pays de destination (50,7 millions de migrants internationaux) page 23.

[13] Claudine Pierre, « Les socialistes, les communistes et la protection de la main-d’œuvre française (1931-1932) », Revue européenne des migrations internationales, vol. 15, n° 3, Poitiers, 1999.

[14Gérard Noiriel, Immigrés et prolétaires. Longwy, 1880-1980, Agone, Marseille, 2019 (1re éd. :1984).

[15La Covid-19 révèle la dépendance de l'agriculture à la main-d'œuvre étrangère

[16Cf. notamment Jean-Yves Le Gallou, Européen d’abord. Essai sur la préférence européenne, Via Romana, Versailles, 2018.

[17Conclusion du colloque « Face à l’assaut migratoire, le réveil de la conscience européenne », Iliade-Institut pour la longue mémoire européenne, Paris, 9 avril 2016.

[18] Faire dire aux chiffres ce qu’ils ne disent pas !

[19] Le cartel des fraudes : les révélations d'un magistrat français

[20« Les hôpitaux “assiégés” par les étrangers bénéficiant de l’AME ? », Le Quotidien du médecin, 18 octobre 2021.

[21] Derniers chiffres disponibles. La dernière « Enquête logement » de l’Insee (2017) repose sur des données de 2013. La prochaine est annoncée en 2022 ou 2023. Cf. Le Figaro Immobilier (25 septembre 2021), et Le Monde, 2 mai 2017.

 

Pour en savoir plus :

D'hier à aujourd'hui : la thèse du « grand remplacement »

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 13:55
L'Avenir En Commun un programme écosocialiste ?
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Jean-Luc Mélenchon : « Assez de bavardage écologique : contraintes et sanctions sont nécessaires... Sans obstacles, les multinationales poursuivent leur saccage »[0!

 

Jean-Luc Mélenchon : " Trente ans de conférences internationales et de rapports scientifiques ont sonné l’alarme climatique. Pour quel résultat ? 60% d’émissions de CO2 supplémentaires en 26 ans. Le changement climatique est commencé. Il est irréversible. On ne se bat plus en réalité que pour empêcher davantage de dégâts. Car de nouveaux points de non-retour climatiques seront franchis très bientôt. En effet les émissions de gaz à effet de serre continuent de croître et un réchauffement de 4 degrés à la fin du siècle semble assuré. "[0]

 

Sources : Eric Durand & Matthieu Le Quang | mis à jour le 27/03/2022

- Introduction

Face à l’urgence climatique, sociale et démocratique, face aux politiques d’austérités, aux logiques de délocalisation et de libre-échange, de perte d’indépendance des Etats, l’écosocialisme[1] se présente comme un concept unificateur et une alternative politique puissante pour notre civilisation, et, en France est porté par une seule force politique, le Parti de Gauche[2].

 

La crise sanitaire actuelle (coronavirus[3]) est bien la conséquence du mode capitaliste d’exploitation, de production, de consommation et d’échanges. Son caractère prédateur a martyrisé la nature, la biodiversité et a bouleversé notre rapport au vivant, aux espèces animales et végétales. Les effets sont amplifiés par les pressions austéritaires, les coupes sombres sur les services publics, la santé et   les conséquences sociales sont considérables. Cette crise a clairement démontré que le capitalisme est incompatible avec l’intérêt général de l’avenir de la vie sur terre et de la planète elle-même.

 

Au-delà et en deçà d’un programme de gouvernement, une ligne d’horizon doit être visible pour tous : un projet de société fondé sur une conception de l’Humain qui ne soit pas contradictoire avec les données de la science contemporaine.

 

 

 

-

Qui l'eût cru ? Les français écosocialistes sans le savoir !

  • Le système capitaliste est incompatible avec la lutte contre le réchauffement climatique pour 52% des Français ;
  • 81% favorables au "refus d'accorder les aides de l'Etat aux entreprises polluantes sans contreparties écologiques contraignantes"... ce que propose la France insoumise[4]

Enquête réalisée en ligne entre le 27 mai et le 1er juin 2020 auprès d'un échantillon représentatif de 1.003 Français âgés de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas[5].

 

 

 

- Caractéristiques générales de l’écosocialisme (selon Matthieu Le Quang)
Si l’écosocialisme se positionne comme héritier de la longue tradition socialiste, il cherche à apprendre des erreurs du passé et condamne particulièrement ce qu’on a appelé le « socialisme réel » c’est-à-dire la tentative d’application des thèses marxistes dans l’ex-Union Soviétique. Il y a donc une volonté de refonder le socialisme en prenant en compte l’écologie et en le libérant ainsi de ses scories productivistes.

 

L’urgence écologique ne peut pas laisser de côté les grandes inégalités sociales et, inversement, les exigences d’équité sociale ne doivent pas être pensées indépendamment des impératifs écologiques. Il faut donc à la fois repenser les rapports des êtres humains avec la nature et transformer les rapports des êtres humains entre eux : « L’enjeu planétaire de ce processus de transformation radicale des rapports des humains entr’eux et avec la nature est un changement de paradigme civili­sa­tionnel, qui concerne non seulement l’appareil productif et les habitudes de consommation, mais aussi l’habitat, la culture, les valeurs, le style de vie. »[6] Ce programme ambitieux de changement de société ne peut se faire sans une planification qui doit être à la fois écologique, sociale et démocratique. Cette planification a pour but de penser simultanément le court terme et le long terme, de ne pas les opposer, afin de mettre en place une transition qui soit la plus courte et la moins douloureuse possible.

 

 

- Une planification écologique

  • La planification écologique doit abandonner la notion de « maîtrise humaine de la nature »[7] et réorganiser la production en fonction des besoins sociaux et de la protection de l’environnement. Cela doit passer notamment par la subordination de la valeur d’échange à la valeur d’usage. On doit aller vers la réorientation écologique de l’économie et de l’appareil de production avec un changement radical de mentalité qui aurait comme objectif la baisse de la consommation, ce qui entraînerait de manière simultanée la baisse de la production. Cette baisse est d’autant plus nécessaire que la production de nouveaux objets suppose aussi la production de déchets liés à ces objets. Si les techno-scientistes pensent que le problème du réchauffement climatique va se résoudre avec de nouvelles technologies et les sciences, le pic pétrolier nous démontre que ces technologies ne pourront pas tout remplacer. D’autant plus que ce pic pétrolier commence à s’enchevêtrer aussi avec le déclin des réserves mondiales de métaux (or, argent, uranium, cuivre, zinc, etc.)[8].

 

  • Cette planification doit penser la transition vers une société post-pétrolière, une société qui ne dépendrait plus des énergies fossiles, ce qui ne signifie pas qu’elle n’utilisera plus de pétrole ou autre ressource naturelle non renouvelable. Il parait nécessaire de se préparer dès maintenant à cette société post-pétrolière, davantage à cause des changements climatiques drastiques, dont est en grande partie responsable l’utilisation du pétrole, que pour l’inévitable épuisement des réserves pétrolières. En d’autres termes, il s’agit à partir de maintenant de laisser le plus de réserves de pétrole sous terre au lieu de les exploiter.[9] Sans cela, l’adaptation va coûter de plus en plus chère et va amener de plus grands risques. Ce qui démontre la nécessité d’une planification écologique afin de préparer les conditions pour une transition non traumatisante.

 

  • La réduction de plus en plus importante des réserves de matières premières exige une réduction drastique de la consommation d’énergie mais aussi de la consommation d’objets matériels. Le capitalisme se base sur la production et la consommation d’énergies non renouvelable, en bénéficiant en plus d’un prix d’exploitation infime, même si celui-ci est de plus en plus élevé en ce qui concerne le pétrole et le gaz. La réorientation de la production énergétique vers le développement des énergies renouvelables ne devrait pas tenir compte du coût économique plus important de ces énergies, mais considérer leur apport pour l’environnement et les êtres humains en baissant les émissions de gaz à effet de serre. L’important est de diversifier ces sources d’énergies renouvelables (éolienne, solaire, bioénergie, géothermie, hydrolien, biomasse, eau, etc., selon les pays) pour ne pas dépendre des aléas possibles liés seulement à l’une d’entre elles, et de bien planifier leur complémentarité. L’imprévisibilité et la variabilité naturelle de ces sources entrainent une génération fluctuante d’électricité. Il faut aussi tenir compte des impacts de ces énergies sur l’environnement, l’agriculture, l’eau, la production, l’emploi et la planification urbaine. Il existe une interaction entre tous ces secteurs au moment de penser la planification énergétique. La décentralisation de ces projets est un impératif afin de ne pas reproduire les grands projets qui sont souvent nocifs en termes environnementaux.

 

Cette réorientation énergétique, qui passe aussi par l’interdiction des centrales nucléaires (et donc la planification de la fermeture des centrales en fonctionnement), permettra la décarbonisation de l’économie et des transports. En effet, ces deux secteurs sont basés sur l’utilisation des énergies telles que le pétrole, le charbon ou le gaz, émettrices de gaz à effet de serre. Au niveau des transports, en plus de décourager l’utilisation de la voiture individuelle dans les déplacements quotidiens, la société écosocialiste devra promouvoir les transports publics bon marché ou gratuits. La gratuité ou non de ces transports devra faire l’objet d’une décision démocratique de la population.

 

 

 

- Une planification sociale

  • La planification sociale suppose la propriété collective des moyens de production, une égalité sociale et la fin des inégalités économiques. Les différentes crises actuelles nous obligent à penser de nouvelles émancipations collectives des dominés tout en les articulant avec les exigences de protection de l’environnement. Comme le constate Hervé Kempf, « le système social qui régit actuellement la société humaine, le capitalisme, s’arc-boute de manière aveugle contre les changements qu’il est indispensable d’opérer si l’on veut conserver à l’existence humaine sa dignité et sa promesse »[10]. La lutte contre l’oligarchie démontre que les classes sociales, et donc la lutte des classes, n’ont pas disparu.

 

  • La réappropriation des moyens de production et la transformation des rapports sociaux est un des débuts pour l’émancipation collective. Les formes de propriété peuvent être publiques, collectives, coopératives voire privées. Ici il ne faut pas tomber dans l’erreur commise par les socialismes réels qui ont compris « propriété collective » comme étatisation de certaines entreprises, la plupart considérées comme stratégiques, alors que l’Etat peut aussi être un puissant instrument de domination.

 

  • Selon Roger Rashi, l’écosocialisme doit « chercher à révolutionner les rapports sociaux ainsi que les forces productives. En d’autres termes, il se doit de changer la façon de travailler et de vivre (ce qui constitue les rapports sociaux) ainsi que la façon de produire et d’agir sur la nature (autrement dit, les forces productives). »[11] Cette transformation des rapports sociaux passe par le fait de changer radicalement les forces productives et donc de passer du « travail mort », symbolisé par la mécanisation de multiples secteurs comme l’agriculture par exemple, à un « travail vivant » qui permettrait de créer des emplois et d’humaniser les rapports de travail. L’appareil productif n’est pas neutre : en plus de viser à l’expansion illimitée du marché, il essaie de contrôler la vie des personnes en organisant leur temps de travail et même leur temps libre. La lutte contre le travail qui domine la vie ne signifie pas la fin du travail, mais penser à un travail solidaire, un travail libre dans une volonté de construire collectivement les nouvelles forces de production.

 

  • La transformation du travail mort en travail vivant générera de nouvelles sources d’emploi qui devra se combiner avec une réduction du temps de travail, comme possible réponse au chômage. Cette réduction du temps de travail a pour corollaire l’augmentation du temps libre. Dans une société capitaliste, le temps libre est pris en charge par la société de consommation[12] et le marché. Selon Michael Löwy, « l’écosocialisme est fondé sur un pari, qui était déjà celui de Marx : la prédominance, dans une société sans classes, de « l’être » sur « l’avoir », c’est à dire la réalisation personnelle, par des activités culturelles, ludiques, érotiques, sportives, artistiques, politiques, plutôt que le désir d’accumulation à l’infini de biens et de produits. »[13]

 

  • Un indicateur de richesse alternatif au PIB et autres indicateurs économiques capitalistes pourrait être la mesure du temps. Selon René Ramírez, « le thermomètre le plus adéquat pour mesurer le Bien Vivre d’une société est celui qui nous permet de connaître combien de temps sa population vit en bonne santé en faisant ce qu’elle désire faire ; ou combien de temps dans la journée est dédié à la production de socialisation (être avec des ami-e-s, la famille, communauté politique), pour contempler de l’art, le produire et s’en délecter, pour s’auto-connaître, pour donner et recevoir de l’amour ; ou combien d’année de vie gagne un territoire en évitant la perte de forêt native ou grâce à la reforestation de son environnement naturel »[14]. Avec la mesure du temps libre, bien vécu ou vécu en plénitude, on sort de la logique économique capitaliste où la richesse se mesure à partir de l’accumulation de biens matériels ou immatériels, pour étudier plus particulièrement « la génération/jouissance de biens relationnels »[15].

 

  • La notion de « bien relationnel » doit être pensée en dehors de la logique capitaliste. Selon Bolívar Echeverría, un bien est un objet pratique qui s’intègre dans un processus social de production et de consommation et de reproduction d’un sujet social. Cet objet pratique peut être « n’importe quel élément de la nature, qu’il soit physique, chimique, vital, psychique ; n’importe quel fait, qu’il soit matériel ou spirituel, etc., n’importe quelle parcelle de réalité extérieure ou intérieure, n’importe quel bout de matière, qu’importe sa matérialité »[16]. Le but d’un bien est de satisfaire un besoin, c’est un élément de la richesse objective d’un sujet social qui possède une valeur d’usage pour la consommation.

 

  • Les êtres humains et les sociétés ont des besoins vitaux qui vont au-delà des besoins sociaux basiques (eau, alimentation, habitat, santé, éducation, etc.) et qui se satisfont dans les relations sociales. La reproduction de la vie passe par la sociabilité avec les autres êtres humains, la participation politique, la contemplation, les loisirs gratuits, etc. Les biens relationnels sont ainsi des biens dont l’accès à leur consommation ne passe pas nécessairement par la médiation de l’argent. Reprendre le contrôle de son temps, c’est aussi reprendre le contrôle de sa vie et s’émanciper des relations marchandes afin de participer à ces activités non marchandes.

 

  • Selon René Ramírez[17], les biens relationnels sont surtout des biens immatériels dont la production et la consommation sont conditionnées par les conditions matérielles de la société c’est-à-dire lorsque les besoins matériels de base sont satisfaits (même si leur insatisfaction n’empêche pas la génération et jouissance de biens relationnels dans certains cas). En s’appuyant sur une éthique aristotélicienne, Ramírez décrit quatre types d’activités pour la production et consommation de biens relationnels : le travail émancipateur, la contemplation (culture, art, récréation, sport, lecture, la réflexion, la contemplation de la nature, etc.), la création de société (les relations familiales, l’amitié, l’amour) et la vie publique (participation politique, associative, syndicale, activité sociale, etc.). Ainsi l’être humain est un être social qui partage son temps avec les autres, ce qui implique la génération d’espaces de rencontre, de débats, de délibération, la participation dans des actions collectives, la récupération de l’espace public. Ces activités ne peuvent que radicaliser la démocratie.

 

- Une planification démocratique

  • La planification écologique et sociale ne peut se faire que de manière démocratique afin d’obtenir le soutien de la grande majorité de la population. Michael Löwy affirme que l’écosocialisme implique une éthique démocratique afin de ne pas laisser l’avenir de la société et les décisions importantes dans les mains de l’oligarchie et de technocrates. Ces décisions démocratiques doivent se prendre sur les objectifs de la société, sur les buts et les nécessités de la production, afin de sortir du productivisme : « les grandes décisions concernant la production et la distribution ne sont pas prises par les « marchés » ni par un Politburo, mais par la société elle-même, après un débat démocratique et pluraliste, où s’opposent des propositions et des options différentes »[18].

 

  • Cette transformation impliquera forcément une décroissance de la consommation et donc le renoncement à un certain nombre de biens et habitudes ancrés dans la vie quotidienne de la population. Cela ne se fera pas sans résistance si ces besoins créés par le capitalisme ne sont pas remplacés par d’autres désirs. Le concept de « socialisme gourmand » développé par Paul Ariès appelle à cette prise de conscience que l’émancipation sociale et la transition vers le socialisme ne peut s’effectuer si elle est synonyme de manque. Selon lui, « il ne s’agit plus de combler un manque mais de développer les liaisons sociales » à partir d’un socialisme qui veut « chanter la vie au temps présent »[19].

 

  • Un thème fondamental qui mérite réflexion est celui de la gratuité et plus particulièrement de la gratuité des services de base correspondant aux besoins sociaux : eau, énergie, santé, éducation, etc. Selon Paul Ariès, penser la gratuité bouleverserait les consciences et amènerait à des comportements antiproductivistes et anticonsuméristes. Toutefois cette gratuité ne serait que pour le bon usage de ces services c’est-à-dire celui qui correspond aux nécessités humaines. Le mésusage ou la surconsommation devront faire l’objet d’un renchérissement, voire d’une interdiction si le peuple l’a décidé démocratiquement.[20] L’exemple type est celui de l’utilisation de l’eau : si nous avons besoin de l’eau pour boire, cuisiner et assurer l’hygiène quotidienne, et que donc cet usage devrait faire l’objet de gratuité, cela est moins vrai pour le fait de remplir sa piscine qui correspond à un mésusage. Ce thème de la gratuité, du renchérissement ou de l’interdiction du mésusage doit faire l’objet d’un débat et d’une prise de décision démocratiques.

 

  • La société écosocialiste ne peut donc reposer que sur une véritable démocratie qui dépasse la seule démocratie représentative. Cela n’est pas possible sans l’instauration d’une participation active au sein d’une réelle démocratie participative et l’instauration de différents mécanismes pour que les élus rendent des comptes à intervalles réguliers, pour que les citoyens puissent participer à l’élaboration des lois et proposer des projets de lois et pour que ces lois soient soumises régulièrement au vote à travers le référendum ou des consultations populaires.

 

- EN CONCLUSION...

L’écosocialisme est la jonction d’une écologie anticapitaliste et d’un socialisme débarrassé du productivisme, dans un projet de société alternatif porteur d’espérance.

  • Il est la réponse humaine raisonnée à la double impasse capitaliste et productiviste ;

Nous combattons donc les moteurs du système : le consumérisme sacrant l’accumulation matérielle, le creusement des inégalités sociales ; le productivisme qui épuise les écosystèmes, la mondialisation qui permet le dumping social et environnemental.

Nous désignons les vrais coupables : l’oligarchie financière, les idéologues de la concurrence « libre et non faussée » et du libre-échange.

 

 

 

Alors, pour moi, aujourd'hui, en, France, l'écosocialisme, c'est L'AVENIR EN COMMUN et Jean-Luc Mélenchon qui le porte !

 

L'écologie politique ne saurait passer sous silence la nécessaire rupture avec le capitalisme sans s’attaquer aux logiques productivistes qui dévastent, non seulement l’environnement, mais aussi les conditions d’existence de milliards d’êtres humains :

  • Notre projet vise une économie au service des besoins sociaux qui rompt avec la doxa libérale et qui passe par la désobéissance aux directives de l’Europe libérale ;
  • Notre projet impulse la réalisation d'un « compromis inédit entre bleus de travail et souci de la planète » en s'appuyant sur l'action populaire des salariés et autres citoyens porteurs de projets alternatifs au libéralisme car la remise en cause du système ne peut résulter d’une simple alternance électorale et de décisions venues d’en haut.

 

Jean-Luc Mélenchon : « Assez de bavardage écologique : contraintes et sanctions sont nécessaires... Sans obstacles, les multinationales poursuivent leur saccage » !

 

Notes :

[0] Assez de bavardage écologique : contraintes et sanctions sont nécessaires !

[1] Écosocialisme

[2] Le Parti de Gauche

[3Coronavirus

[4Pas d’argent magique sans contreparties éthiques, sociales et écologiques

[5Le système capitaliste incompatible avec la lutte contre le réchauffement climatique pour 52% des Français

[6] Michael Löwy, 2009, « Scénarios du pire et alternative écosocialiste », Nouveaux Cahiers du Socialisme.

[7] Daniel Tanuro, 2012, L’Impossible capitalisme vert, Paris, La Découverte, 2ndeédition (2010), p. 207.

[8] Voir l’article de Matthieu Auzanneau sur le blog Oil Man : « Raréfaction des métaux : demain, le “peak all” », 8 mai 2012.

[9] Voir Matthieu Le Quang, 2012, Laissons le pétrole sous terre ! L’initiative Yasuni-ITT en Equateur, Paris, Omniscience ; 2016, « La trajectoire politique de l’initiative Yasuní-ITT en Équateur : entre capitalisme vert et écosocialisme », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, n° 130, p. 105-121

[10] Hervé Kempf, 2007, Comment les riches détruisent la planète, Paris, Seuil, p. 8.

[11] Roger Rashi, 2008, « Capitalisme de désastre ou écosocialisme », Nouveaux Cahiers du Socialisme, mars.

[12] La base de la société de consommation et donc du capitalisme est la publicité qui devra être remise en cause et remplacée par l’information fournie par les associations de consommateurs. La publicité qui pousse à la consommation et à créer des besoins illusoires devra être fortement régulée voire interdite.
[13] Michael Löwy, 2009, « Scénarios du pire et alternative écosocialiste », Nouveaux Cahiers du Socialisme, août.

[14] René Ramírez Gallegos, 2012, La vida (buena) como riqueza de los pueblos. Hacia una socioecología política del tiempo, Quito, IAEN, INEC, p.15.

[15] René Ramírez Gallegos, 2012, La vida (buena) como riqueza de los pueblos. Hacia una socioecología política del tiempo, Quito, IAEN, INEC, p.Idem, p. 16.

[16] Bolívar Echeverría, 1998, op. cit., p.13.

[17] René Ramírez Gallegos, 2012, op. cit.

[18] Michael Löwy, 2011, op. cit., p. 124.

[19] Paul Ariès et Simon Lecomte, « Entretien autour du socialisme gourmand », Le Sarkophage, 17 mars/19 mai 2012, p. 10

[20] Paul Ariès, 2007, Le Mésusage. Essai sur l’hypercapitalisme, Lyon, Parangon.

 

Pour en savoir plus :

- Jean-Luc Mélenchon: Il est temps de mettre fin à la dictature du court-termisme

- Éco. quoi ? Écosocialisme ! Mais de quoi parle t-on ?

- « La planification c’est pas Staline c’est de Gaulle » : la victoire idéologique de Mélenchon

- « La lutte contre la dégradation de l’environnement est aussi une lutte anti-impérialiste »  Thomas Sankara

- Les mots de la campagne : La «planification écologique» de Jean-Luc Mélenchon, un sillon bien creusé

- Martine Billard : le climat ne sera pas sauvé par des yakafokon mais par une planification écologique qui s’émancipe réellement des politiques libérales et porte une vision globale des solutions pour éviter de proposer des solutions inapplicables ou entraînant d’autres dégâts que ceux censés être supprimés. 

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5 novembre 2021 5 05 /11 /novembre /2021 20:30
D'hier à aujourd'hui : la thèse du « grand remplacement »

Zemmour fait partie des monstres qui empêchent le cheminement vers l’émancipation humaine et c’est donc bien comme représentant du Capitalisme qui ne veut pas mourir, que son discours révisionniste se tient !

 

PREAMBULE : Le 23 septembre eut lieu un débat/ Confrontation entre Jean-Luc Mélenchon et Zemmour[1] qui devait permettre de faire le point sur la situation de la France, et notamment cette idée que la France subirait un « grand remplacement ». Au lieu de nier cette idée, de manière dialectique, je m’appuie dessus pour démontrer qu’un « grand remplacement » a lieu depuis 30 ans… mais qu’il n’est pas celui que dénonce Zemmour, dénonciation qui vise, sur le fond à masquer le « grand remplacement » effectif et réel, pour celui qui veut bien chausser les « appendices de Galilée » … (lunettes astronomiques, permettant de prouver le fait que c’est bien la terre qui tourne autour du soleil).

 

Sources : Fabrice Aubert le 25 septembre 2021 | 

- Le grand remplacement : introduction 

La thèse du « grand remplacement » est la thèse principale de Zemmour[2] et d’autres, dont l’objet est dire que les islamistes et musulmans sont en train de remplacer et de se substituer au peuple français, défini aussi comme homme blanc et de culture chrétienne, du fait du baptême de Clovis, dont on oublie, pour l’occasion de préciser qu’il s’autoproclama roi en décapitant un de ses adversaires… qui lui réclamait comme par hasard l’égalité de la distribution du butin… (trésor, donc renvoyant à impôt et fiscalité)... remettant en cause le principe de la distribution égale (comme pour le Vase de Soissons[2bis]). 

Charles Martel à la Bataille de Poitiers,
  • Au-delà du fait que les arabes furent arrêtés à Poitier en 732[3] par Charles Martel[4] et qu’ils n’y revinrent plus…, il faut surtout se souvenir que ce sont les blancs, « bons chrétiens » qui envahirent l’Arabie,,,,,,[5]…

 

  • Plus près de notre période, la théorie du « grand remplacement » fut développée par Hitler sous les thèses de l'eugénisme (L'eugénisme repose sur l'hypothèse qu'une catégorie d'êtres humains porteraient des gènes nuisant à une supposée pureté d'une race ou encore une autre catégorie de personnes considérée, par les eugénistes, comme supérieure). qui ont servi de base au nazisme[6], et dénonçait les juifs comme cause des malheurs de l’Allemagne. De tout temps, quand il est en crise, le Capitalisme cherche à trouver des responsables apparents en vue de masquer ses propres responsabilités, car au quotidien, il est plus facile de dénoncer son voisin que le banquier, apparemment inatteignable….

 

 

- Des croisades pour Dieu aux logiques commerciales

Les croisades effectuées au nom du Christ rédempteur et de la civilisations déchirèrent et meurtrirent l’orient et l’occident dans des guerres religieuses, dont les dieux n’était que le prétexte et comme pour la guerre de Troie[6bis], et pour toutes les guerres depuis, (dont les dernières Vietnam, Irak, Lybie Afghanistan) sous entendent des dominations économiques et financières marchandes de court terme, dont le Capitalisme marchand est la matrice porteuse.

 

 

- La conquête de l'Afrique

Si l’Afrique vue du ciel est un continent, vue par les géographes, une terre faite de plaines et de montagnes, pour un capitaliste, l’Afrique n’est qu’un continent exploitable du fait de ses richesses minières (or, argent, zinc, cobalt, pétrole, terres rares, Uranium etc…) et de « main d’œuvre » dénommé « ressources humaines » et ce fut la raison de la conquête de l’Afrique par les Capitalistes occidentaux, dont les Français[7], les Belges et les Anglais pour l’essentiel.

 

 

- Décolonisation

L’Histoire est ainsi faite que ce que tu prends par la force et le viol, ne peut, subsister. Avec l’Inde et Ghandi, la Grande Bretagne en fit l’expérience et nous subîmes à notre tour, cette leçon historique avec la guerre d’Algérie et du Vietnam, dont nombre des soldats de la République périrent pour rien, au vu de la situation actuelle. Cependant pour le capitalisme marchand, quel que soient les défaites, ce qui compte, c’est toujours la conquête du graal, en fait la domination économique sans laquelle il n’y a aucun pouvoir économique, quitte à vendre du lait pourri, comme c'est le cas en Afrique de l'ouest[8]. 

 

 

- Du déracinement : immigration ou esclavagisme mondialisé ?

Les colonies abandonnées, il fallait, en vu de maintenir la domination, au vu des luttes de classes existantes, notamment France (P.C.F -CGT) mettre en concurrence les salaires français et leurs cotisations sociales (finançant la sécurité sociale et ses prestations santé et retraite), à des salariés importés d’Afrique, comme les Etats-Unis le font avec l’Amérique du sud.

  • L’immigration des populations africaines, n’a jamais été désirée par les populations résidentes ;
  • L’immigration est d’abord Emigration, conséquence des guerres et guerres économiques développée par la « mondialisation », car la mondialisation n’est que le Capitalisme et l’exploitation des peuples, développées sur une base mondiale ;
  • En ce sens, l’immigration, est toujours d’abord un déracinement des peuples exploités par le Capital, dont le seul objectif est l’optimisation des profits financiers réalisés en occident. On parle alors de « financiarisation », c’est-à-dire de comment faire plus d’argent sans passer par la production industrielle, pourtant fondement du développement. Ici on substitue « l’immigration à la colonisation ».

 

Sans compter que l’essentiel de l’immigration n’est ni africaine ni musulmane[9]. mais pour s’en rendre compte faut lire, pas écouter Zemmour et s’en tenir aux apparences des burkinis des plages et des burkas des quartiers, forme de tâche noire sur un tableau blanc. Alors quand on lit, la théorie du « grand remplacement », versus Zemmour, s’effondre…

 

 

- Les salaires, les ouvriers, et l'industrie guillotinés

Alors Zemmour nous a dénoncé la guillotine de la Révolution et de Robespierre, dont pourtant l’œuvre est sanctifiée sur l’ensemble des autels de la République, car « Liberté, Egalité, fraternité », devise de la République, c’est, ne vous en déplaise, de Robespierre[10]. Triste condamnation dont le récit est faux, plus complexe, mais surtout mis en avant pour masquer, le fait matériel actuel suivant et sans contestation possible. A l’heure actuelle, c’est le Capitalisme marchand mondialisé et Européen (du sacrosaint « marché libre et non faussé ») qui aujourd’hui guillotine les salaires, guillotine les emplois industriels, ainsi que l’industrie « guillotinée » sur l’autel du « tout profit mondialisé ». Et j’attends d’être contredit… 

 

 

- Des privatisations ou le grand remplacement de l'industrie publique 

Comme le visualise le graphique et les chiffres[11], ce sont bien les privatisations massives, qui ont entrainé le « grand remplacement » de l’industrie publique par des groupes industriels privés mondialisés, dont le seul objectif est le profit de court terme. Toute privatisation, est une affaiblissement de la puissance public, débouchant sur « l’Etat impuissant », Etat rendu impuissant, du fait même des privatisations qui lui supprime ses capacités d’interventions politiques directes sur l’Economie et construit les dépendance au marché (masques, blouses, respirateurs, médicaments, automobiles, trains, turbines etc…). 

 

 

- Le grand remplacement entre le code du travail et le code du capital

Il en est de même du « code du travail » obtenu en 1910 après des années de luttes sociales contre le règne du seul Patron se substituant au Roy, dont les pouvoirs étaient de Dieu, auquel aujourd’hui, le marché régie par la « main invisible », Dieu inaccessible du marché, s’est substitué. Les lois qui ont détruit le code du travail (El Khomerie-Macron)[12], ne sont que l’expression du « grand remplacement » qui vise à substituer au « code du travail » qui protège les salariés, le « code du Capital » qui protège et garantit le Capital, par la planification des profits. Et ce grand remplacement des lois du capital en lieu et place des lois sur le travail (code du travail) est d’autant plus important que l’Etat est affaibli du fait des privatisations du secteur industriel… Plus l’Etat est faible et dépendant moins il peut imposer au marché les lois de la cité, fondées sur « l’intérêt général ».

 

 

- Des services publics... aux services marchandises

Il en est là aussi, d’une simplicité biblique pour comprendre le réel d’un système. Dès lors que l’industrie productive réelle n’apparait plus, (comme l’agriculture auparavant), comme le vecteur matriciel des profits et de l’accumulation financière privée rapide, et que les services apparaissent comme dominants dans la réalisation des profits, alors les capitalistes, de sang-froid, savent abandonner et détruire ce qui leur a profité au profit d’une source de richesses, plus importante, les services, et comme beaucoup de services sont de gestion publiques dans notre Pays, du fait de son histoire, alors la seule politique possible de l’Etat au service du Capital, doit être de « marchandiser » les services publics. D’où les privatisations successives du téléphone (France Télécom), de la poste, de l’énergie (E.D.F), de la santé (fermeture des hôpitaux et ouverture des cliniques privées) des barrages et sans le dire la destruction planifiée de l’école publique de l’Université, et de la recherche. Là encore, il s’agit de l’application d’une politique de « grand remplacement » de « services privés », en lieu et place des « services publics »[11].

 

 

- Quand l'argent se substitue à la monnaie

Dans le « grand remplacement », il y a aussi le rôle joué par l’argent qui est au Capital, ce que la monnaie est au peuple. Car si la monnaie est expression de la souveraineté du peuple, (la monnaie étant juste un outil public facilitant les échanges entre biens de nature et de fonction différente), dont la mesure de comparaison est le travail social humain, l’argent n’existe que sous la forme d’un capital à accumuler : « Accumulez, accumulez, c’est la loi et les prophètes » K.MARX[13]. L’argent n’est que le processus de privatisation de la monnaie. Quand la monnaie, au service des peuples producteurs est en circulation, l’argent est accumulation au service exclusif du Capital « Argent trop cher » Téléphone[14].

 

 

- Quand l'industrie financière remplace l'industrie productive

 Une fois l’industrie et la monnaie privatisée, le capitalisme peut alors ouvrir en grand son inconscient pulsionnel. La finance des banques et de la spéculation financière remplace et se substitue aux activités productives, qui elles répondent aux besoins humains, là où la finance, ne réponds qu’aux besoins de spéculation. Mais quand la finance passe, les quartiers et les populations trépassent.

 

 

- Des quartiers et populations abandonnées et livrés au « marché au black »

Après sa descente sur Marseille, pour sauver Marseille, Macron a tout juste poursuivi la litanie précédente en soutenant la bourgeoisie de « l’argent facile », à bout de bras… Les milliards tombent toujours du même côté, celui du Capitalisme, prédateur des peuples. Alors avec la désindustrialisation Marseillaise, les quartiers abandonnés par l’Etat central, les édiles locaux poursuivent leurs politiques de « grand remplacement » des populations résidentes, par de la « gentrification bourgeoise et possédante »…d’un centre-ville désormais dénommé « Hyper-centre », expression et matérialisation de « l’hyper capitalisme », gagé sur investissements publics sur la seule façade maritime (Les terrasses du Port, MUCEM), politique de façade, dont de fait d’attractivité du Capital, expliquant qu’à la différence des musées des villes, le MUCEM de Marseille soit implanté sur la « façade maritime », car dévolue aux seuls touristes venus de l’extérieur (croisiéristes), voilà aussi une trace du grand remplacement, car historiquement, la culture est l’œuvre et l’Histoire d’un peuple, ici tout n’est que de « façade » en vue d’attractivité, à l’image de la prostitution… Tout le reste est livré au « black Marché » c’est-à-dire le marché côté obscur[15]

 

 

- Du C.D.I. à l'intérim ou la grande substitution des règles du travail

Quand j’ai commencé à travailler au début des années 80, le marché du travail proposait aux jeunes 85 % de C.D.I, c’est à dire des contrats de travail à durée indéterminée, qui de fait permettaient de se projeter dans l’avenir et de fonder une famille. Aujourd’hui c’est l’inverse, pour les jeunes, de plus de plus en plus qualifiés (80 % d’une génération au niveau du BAC, c’est l’emploi esclavage, puisque 85 % des offres d’emplois du secteur privé, sont désormais hors C.D.I, c’est précaires ou intérims et aux durées effectives de plus en plus courtes (moins de 3 mois)[16]. Pense-t-on pouvoir bâtir une société stable sur ce terrain glissant. Le grand remplacement des contrats de travail est là et pas sous l’impulsion des musulmans, mais de la volonté du capitalisme lui-même qui ne veut plus de salariés en situation stables.

 

 

- Du capitalisme et de la société

Le Capitalisme du fait de ses principes et de sa philosophie (le libéralisme) qui sous-tend le développement de la pulsion primaire de l’homo-economicus-individus s’oppose de front aux logiques qui développent la société, c’est-à-dire l’idée Révolutionnaire qu’il ne peut y avoir de société que dans la recherche de « l’intérêt général », donc le collectif et le collectivisme au-dessus de l’intérêt privé de court terme.

 

 

- Quand la démocratie de marché remplace et se substitue à la République et la démocratie

Si La République est le système de la « chose publique » et de fait de l’intérêt général, le marché dans ses principes, ne vise que le profit et l’intérêt individuel. Si la Démocratie est le pouvoir du peuple, la « démocratie de marché », c’est quand le marché est au-dessus de la démocratie, expliquant que les toutes les décisions politiques sont, au-delà des privatisations, prises en faveur du marché (baisse de la fiscalité, suppression de l’ISF, soutiens à la compétitivité des entreprises, traités de libre échange etc…). Il y a donc bien ici, par la matérialisation des décisions politiques qui vont toujours dans le sens du marché la démonstrations que la « démocratie de marché se substitue et remplace la Démocratie, le pouvoir du peuple.

 

 

- Le grand remplacement quand les lois du capital se substituent aux lois sociales de la République

En définitive, Zemmour a raison de dénoncer le « grand remplacement » mais il dénonce les musulmans comme hier Hitler qui voyait dans les juifs et les communistes, la cause de tous les malheurs du peuple allemand, dans le cadre d’une crise majeur qui renvoie aujourd’hui aux mêmes affects primaires d’une causalité religieuse (l’Islam et les musulmans) monté en épingle de toute pièce. Il y a bien un « grand remplacement », mais ce n’est ni du côté des peuples et des religions qu’il faut chercher les causes.

 

Ce « grand remplacement » c’est quand les lois du Capital du tout profit se substituent aux lois sociales de la République. Dans le cadre de ce « grand remplacement », on passe de fait de la Démocratie (Pouvoir du peuple), à la démocratie de Marché, où le marché est au-dessus de la démocratie (la démocratie capturée par le marché[17])

 

Dans le cade de la crise globale actuelle qui en plus des crises classiques déjà traversées (financières, économiques et sociales) s’ajoutent les crises sanitaires (COVID 19) et écologiques, l’on sait qu’il nous faut donc inventer et accoucher « d’un autre monde ». Mais comme l’écrit Gramsci « Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître, et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres[18] ».

 

  • Zemmour fait donc partie des monstres qui empêchent le cheminement vers l’émancipation humaine et c’est donc bien comme représentant du Capitalisme qui ne veut pas mourir, que son discours révisionniste se tient, du côté obscur de la force et non du côté progressiste de l’Humanité.

 

Voilà le réel et le véritable enjeu, des élections, mais surtout du combat entre Capital et Travail entre libéralisme et communisme, entre individualisme et « avenir en commun », dont Jean-Luc Mélenchon est le porte-parole irremplaçable.

 

 

----------------------------

 

 

- Zemmour divise le peuple par Antoine Léaument (LE BON SENS)

Concernant les propos d'Éric Zemmour sur le Bataclan, j'ai dénoncé une insulte faite aux familles des victimes. J'ai expliqué qu'il divisait le peuple français et excitait les peurs plutôt que de permettre un traitement rationnel des questions de sécurité. En particulier, j'ai dit que l'immigration n'était pas le problème central dans les évènements du Bataclan et qu'il fallait renforcer la lutte contre les trafics et augmenter les moyens des services de renseignement. 

 

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4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 08:56
Carte sur table : J.L. Mélenchon est-il favorable à l'immigration ?

- Au delà du titre, la question est " reconnaît-il la liberté de circulation aux hommes et la possibilité de travailler et vivre sur un territoire "  et pourquoi ?

- Car seuls les capitalistes du « marché libre et non faussé » militent pour un monde sans frontières, sans frontière pour les marchandises et les profits... mais pas pour les hommes !


AVERTISSEMENT AU LECTEUR : J’ai 63 ans et Je suis économiste, formé à l’Université de « sciences économiques » d’Aix en Provence. J’ai eu la chance dans mon cursus universitaire iconoclaste de pouvoir suivre une licence dont la thématique principale, portait sur les « pays en voie de développement », terme pudique, qui déjà, en fait traitait des « Pays sous-développés » dont essentiellement les pays d’Afrique. J’ai donc eu la possibilité de me pencher sur les causes des migrations qui existaient déjà au début des années 80. Ce que j’écris ici, doit beaucoup à cette période qui combine à la fois apprentissage (écoute attentive des enseignants) et aussi recherches personnelles. La motivation de ce papier est liée au fait que je ne supporte plus les discours de haine portés et promus en boucle sur les médias, par des responsables politiques irresponsables, promus par des médias tout autant irresponsables et qui jamais dans ce cadre n’abordent le fond des questions posées. J’espère par ce papier, contribuer à amener de la sagesse humaine, celle de Sapiens.


INTRODUCTION : Comme je sais que la lecture est devenue de moins en moins facile, j’expose ici directement ma thèse répondant à la question posée dans le sous-titre. Du fait de sa philosophie (l’humanisme), de sa politique (le collectivisme et non l’individualisme) et de ses propositions (le programme « l’Avenir en commun[1] »), Jean-Luc MELENCHON est le candidat qui permettra de réduire ce qui est appelé « immigration » et qu’il faut véritablement appeler : « nomadisme salarial de survie », qui est une véritable sauvagerie, dont les causes profondes sont à rechercher dans le « Capitalisme mondialisé » et non dans les individus comparant les différents codes du travail et droits sociaux. Aucun océan ou mer, et aucun mur, mirador ou barbelé ne peut empêcher un peuple appauvri de partir. Tous les discours sur la dénonciation de l’immigration, au-delà de la haine portée est inefficace car ne portant pas sur les causes profondes et réelles des migrations humaines.

 

 

Sources : Fabrice Aubert le 30 octobre 2021 | mis à jour le 30/11/2021

- Des migrations pour masquer les problématiques sociales

Avant que d’attaquer le fonds, soulignons que cette question de l’immigration mise en permanence en avant dans les médias, n’a comme objectif politique principal que de faire oublier les questions sociales de notre Pays (salaires, emplois, Industrie, écologie, chômage, précarités, pauvretés, santé, hôpitaux, services publics etc…). De tout temps d’ailleurs, un pouvoir qui se sent menacé, du fait de ses échecs politiques patents, va faire émerger des questions qui permettent d’esquiver les vraies problématiques et reporter sur des individus (hier les juifs, aujourd’hui les musulmans) les causes des difficultés profondes. Je précise et soulignes que je suis athée, je n’aime donc aucune religion.

 

Enfin dernière remarque, aborder la question migratoire, n’est pas chose aisée, car vu l’âpreté des discussions sur ce sujet, il est facile de tomber soit du côté « pro-migration, on est tous frères et on abolit les frontières », soit du côté « obscur de la force », de la dénonciation du « tout migratoire » du « grand remplacement », expliquant la promotion médiatique permanente de Zemmour et Le Pen[2] qui ne développent que la haine, du fait de leur discours de peur. De ce fait, la position politique de Mélenchon est une ligne de crête, difficile à tenir, mais qui est la seule à permettre de combiner l’humanisme et construire des réponses politiques adaptées, répondant aux problématiques posées.

 

 

- Toutes et tous migrants//

Depuis que l’humain est sur terre, il n’a cessé de migrer. Zemmour et Le Pen ont des racines africaines, puisque sur ce point, à moins de croire au « créationnisme Américain », tous les scientifiques sont d’accords pour dire que les premières formes de vie humaine sont apparues en Afrique. Et que cela soit « Homo erectus », « Neandertal » ou « Sapiens », les humains ont entamé des migrations qui vont les conduire à occuper tout l’espace terrestre,

 

Ces premiers mouvements migratoires étant dus à trois raisons essentielles :

  • La pulsion humaine qui pousse toujours l’humain à chercher et à découvrir (aujourd’hui l’espace) ;
  • Les questions climatiques, de modifications qui le poussent à partir ;
  • L’épuisement de son environnement qui le pousse à partir vers d’autres territoires non encore exploités, expliquant le nomadisme (l’homme ne sait pas encore gérer son environnement et l’ayant « brulé » est obligé de partir (nomadisme), ce qui renvoie d’ailleurs à notre propre période historique (changement climatique).

 

Observons qu’à cette époque, il n’y a pas de code du travail ni de religion monothéiste, appuyée sur des textes écrits, fondateurs de croyances. L’Humain se déplace librement, tant qu’il ne rencontre pas d’obstacle naturel (montagne, fleuve) et c’est justement en rencontrant ces obstacles, qu’il va commencer à y répondre en concevant et construisant des premiers outils (ex-bateaux).

 

De ces faits, les migrations sont dans la « nature » de l’homme d’autant plus à l’époque où les nations et frontières n’existent pas, les humanoïdes vivent dans des tribus, première forme de société, où de plus le couple et le mariage n’existent pas et les enfants sont ceux de la tribu, pas d’un couple. La femme est d’ailleurs l’égale de l’homme, elle chasse, pêche au même titre que les hommes. De fait, il y a une certaine forme de communisme au sens où les classes sociales fondées sur les rapports de propriété, n’existent pas. Tout appartient à la tribu, obligé du fait des contraintes naturelles, à tout mettre en commun et à partager. Les chasseurs individuels du type Rahan n’existent pas, car dans un environnement hostile, la meilleure des sécurités individuelles est la sécurité collective, hier la tribu, aujourd’hui la sécurité sociale communiste. De ce fait, la tribu est un système collectif de protection et d’éducation de la naissance à la mort.

 

 

- Du nomadisme à la sédentarité

Avec le temps, l’apprentissage de l’environnement, la découverte de l’agriculture, la création d’outils, de nomades, les tribus vont devenir sédentaires, s’installant souvent à côté de cours d’eau, de rivières, de lacs ou de mers (l’eau indispensable à la vie). De vie imposées dans des cavernes, les humains construisent des villages et autour des villages se réalisent l’agriculture et l’élevage permettant aux humains de pouvoir vivre sans avoir à se déplacer. L’homme devient alors sédentaire et un début de division du travail et de la nécessité d’organiser la tribu (politique) s’impose pour la gestion du village (chef, druide etc.).

 

 

- Du commerce, des échanges et de la guerre

Marseille ville de plus de 2.600 ans, est le produit de cette histoire d’échanges commerciaux. Marseille fut créée par des marins grecs trouvant la rade superbe, y créèrent un port de commerce. Le commerce basé sur l’échange est de ce fait source de migrations. Le Commerce en situation de capitalisme naissant (le capitalisme est un processus), dans une logique de concurrence (déjà), généra les premières guerres de domination commerciale. 

 

 

- La guerre de Troie

Ainsi la guerre de Troie, n’eut pas lieu du fait de la belle Hélène, mais du fait que le port de Troie concurrençait durement le commerce des ports grecs. Il fallait épuiser et réduire l’adversaire, la guerre de Troie eut lieu : 

  • « Ainsi la guerre de Troie — celle de la réalité, sinon celle d'Homère, qui nous fournit seulement les indices de cette hypothèse — nous apparaît, non pas seulement comme un poème de l'honneur et de l'héroïsme, mais aussi comme une entreprise considérable, dont les causes profondes ont dû être des causes économiques ; son objet essentiel paraît bien avoir été, comme aujourd'hui, de délivrer l'Occident de la menace que la mainmise des Orientaux sur les détroits constitue pour le libre-échange, et de s'en assurer le libre usage.


Guerre économique, lutte pour la liberté des détroits, ce sont là des analogies assez frappantes avec ce qui se poursuit en ce moment et ce qui s'est passé dans l'histoire autour des Dardanelles[3]. 

Où l’on voit déjà que commerce guerre et migrations sont liées…et on n’est qu’au début du processus…

 

 

- Du commerce triangulaire

Les sociétés se développant, et avec la création de la monnaie, les systèmes techniques se modernisant, notamment les navires, en 1492, un certain Christophe COLLOMB « découvre » l’Amérique et ses indiens à la peau rouge, humanoïdes, partis d’Afrique, il y avait fort longtemps (voir début).

 

Les Vikings ont posé le pied en Amérique en 1021, 500 ans avant C. Colomb

A défaut de découvrir, ce que les vikings avaient déjà découvert[4], Collomb s’approprie au nom de l’Espagne, une terre qui n’est pas la sienne, et ce au nom de l’évangélisation (Dieu justification morale de la domination). Alors afin d’extraire les richesses du sol et du sous-sol de l’Amérique les « capitalistes commerçants », développèrent ce qui est désormais appelé le « commerce triangulaire[5] ». Il s’agissait de partir de d’Europe et notamment de France (port de Bordeaux et de Nantes), avec des bateaux chargés de pacotilles, d’aller en Afrique et acheter des esclaves noirs avec la pacotille, puis de traverser l’atlantique grâce aux alizés (vents du commerce), et décharger les esclaves en Amérique, pour ramener en Europe les marchandises demandées par la bourgeoisie (étoffe, soierie, tabac etc…). 

 

  • Observons donc que de fait, l’immigration des noirs d’Afrique en Amérique, est la conséquence d’une obligation imposé aux africains. Il n’y eut aucune volonté véritable des africains à vouloir se téléporter en Amérique pour y devenir esclaves…
  • Observons que cette migration des africains est la conséquence directe des logiques commerciales, du « moindre coût » tel, que le rêve le capitalisme.

 

 

- De la colonisation et de la guerre

La colonisation opérée par les puissances Européennes et notamment françaises, en Afrique, avait aussi comme objectif la conquête et l’appropriation de territoires, en vue d’imposer leur puissance sur l’échelon mondial. Au-delà il s’agissait de pouvoir user et abuser des richesses minières et de main d’œuvre de l’Afrique. Il s’agit donc bien encore, de raisons économiques d’exploitation qui expliquent les colonisations

  • « Mais au-delà de ces aspects techniques, c’est un nouveau contexte économique international qui incite à la colonisation. La décennie 1880 marque une nouvelle phase de l’industrialisation de l’Europe et, au-delà, un nouveau chapitre de l’histoire du capitalisme global. La mécanisation de l’industrie du textile arrive à maturité et cette industrie doit se trouver de nouveaux débouchés commerciaux ; les machines à vapeur permettent de nouveaux gains de productivité, et l’agriculture commence aussi à utiliser des machines qui diminuent les besoins en main d’œuvre. Les grandes plantations d’Amérique n’ont plus autant besoin d’esclaves qu’auparavant.[6» 

 

Et c’est du fait de cette concurrence entre nations européenne pour la possession des colonies, qu’au-delà des raisons économiques continentales (confrontation France-Allemagne[7]), que la première guerre mondiale fut déclenchée, engendrant la « grande boucherie »…développée par les généraux au nom de la Patrie, comme la guerre de Troie fut déclenchée au nom de la belle Hélène.

 

 

- Décolonisation ou néo-colonialisme ?

Passons rapidement sur la seconde guerre mondiale dont les causes profondes sont à rechercher dans la crise de 1929 (crise du Capitalisme), parti des Etats Unis (déjà) et des choix politiques visant à faire payer au peuple allemand, les conséquences des choix de leurs dirigeants. Le monde tirant les enseignements de la guerre, se reconstruit enfin, sur des principes plus sociaux (création du système monétaire de Bretton Woods, interventions publiques dans l’économie, reconnaissance des droits syndicaux) et pacifiques (création de l’O.N.U). Cependant les questions tournant autour des colonies ne sont pas abordées expliquant par la suite les guerres Révolutionnaires visant les décolonisations (Algérie, Vietnam). Une fois actée l’indépendance politique des anciens pays coloniaux, nous sommes rentrés, notamment vis-à-vis de l’Afrique, dans une période de néo-colonialisme, période dans laquelle la monnaie et l’économie se substituent aux canons[8]

 

 

- Marseille les trente glorieuses et la décolonisation

Marseille, déjà citée dans cet article, est un concentré de la période dites des trente glorieuses (1944-1971). Marseille fut capitale mondiale de l’alumine[9] en 1910. Marseille et le Département des Bouches du Rhône se sont donc développés sur l’industrie et les ouvriers qui formaient la population productive de la ville et du Département. Mais une grande partie de ce développement s’explique cependant par la possession des colonies. La Bourgeoisie Marseillaise utilisant la facilité concurrentielle des territoires occupées militairement, importa les matières premières obtenues à vil prix, qui retravaillées dans l’Hinterland (zones bordant le port) développèrent les industries (agroalimentaires, savonnerie) et l’industrie maritime (construction, entretien et réparation navale) nécessaires au développement du port et de la ville. La décolonisation brisa l’avantage comparatif colonial. Mise devant ce fait accompli, la Bourgeoisie Marseillaise abandonna l’investissement industriel et se réfugia sur la spéculation immobilière, expliquant les politiques de « façade maritime » fondé sur le « tout tourisme » expliquant les tours du business et les hôtels de luxe, sans que le « ruissellement promis » ne se réalise sur la population prise en otage…entre les logiques de business et les pauvretés des quartiers abandonnés par l’Etat.

 

 

- Les migrants pour faire baisser les salaires

Si les luttes de classe de notre Pays (1944-1968) ont permis l’amélioration des conditions salariales et de travail des salariés, le Capital, dans une volonté de revanche de ce qu’il a dû céder, va chercher à faire baisser les salaires en important des anciennes colonies, une main d’œuvre moins chère et moins revendicative dormant chez des marchands de sommeil[10] (encore du commerce). 

 

C’est donc bien le Patronat Français (et pas la C.G.T) qui, pour des raisons de profit capitaliste importe les travailleurs migrants, la puissance publique (L’Etat) se chargeant de les « parquer » dans les quartiers, pour en faire des ghettos de pauvres, surtout avec la crise.

 

 

- La « mondialisation des rapports sociaux »

Le Capitalisme mondialisé en réduisant les droits sociaux collectifs et en organisant la concurrence des salaires à l’échelle mondiale a développé l’immigration. Le « tout marchandise » et « tout concurrence » oblige le monde du travail à se déplacer sans cesse à la recherche de l’emploi perdu et de l’activité détruite, des américains se déplaçant d’est en ouest en caravane, aux prolétaires de la Métropole qui, chaque jour, pour gagner leur vie, subissent les affres des bouchons sans fin (Marseille) cause de stress, de pollutions et d’accidents.

 

 

- Les causes des migrations actuelles

Jamais les africains n’ont voulu migrer, toujours ils ont eu à subir des migrations forcées qu’elles soient celles des esclaves d’Amérique ou aujourd’hui où il servent d’esclaves aux possédants Européens, effectuant toujours les tâches, que personne ne veut faire, vu les conditions de travail et les salaires de survie imposés. Car ce sont les « blacks » d’Afrique payés au « black » qui sont dans les cuisines des restaurants des possédants blancs.


Les causes des migrations actuelles sont à rechercher :

  • dans la guerre économique menée par le Capital mondialisé et les guerres de domination des Etats-Unis (Afghanistan, Syrie, Lybie, Irak etc.) de la volonté de domination de l’Empire ;
  • Sans compter les migrations à venir, conséquences du réchauffement climatique. Et aucun mur ne pourra empêcher, dans ces conditions des populations humaines à la recherche d’espaces de survie de pouvoir migrer.

 

 

- L’humanisme de Jean-Luc Mélenchon

Alors oui, au nom de notre histoire, de celle de l’humanité profonde qui nous vient de Neandertal et de Sapiens, nos semblables qui débarquent sur nos rivages dans des conditions épouvantables doivent être accueillis dans la dignité à moins de vouloir transformer la méditerranée en mer de sang

 

 

- L’immigration est un enracinement

Mais au-delà de cette humanité, J.L. Mélenchon traite la question avec sérieux et ne veut pas combattre les effluves des migrations, mais les causes[12]. Car toute migration est d’abord un déracinement, si déracinement, il y a donc violence d’origine et, ne pas traiter les causes, revient à ne rien régler, mais à gérer l’immigration comme un support politique que l’on sort tous les 5 ans (Présidentielles). Le problème tient dans les logiques de développement inégal, conséquence du Capitalisme mondialisé. 

 

 

- Sortir du libre échange

Ce sont les logiques de « libre échange » imposé par le capitalisme mondialisé et sa priorité du commerce d’abord, qui sont cause de l’appauvrissement des Nations et des peuples et l’Afrique a déjà subi cela, lorsque le F.M.I a mis en place le P.A.S (Programme d’Ajustement Structurel) qui ont débouché sur l’aggravation de la situation des peuples africains[13], expliquant d’ailleurs pour partie l’émergence des réseaux mafieux déguisés derrière un discours religieux[14]. C’est donc encore là notre rapacité vis-à-vis des africains qui expliquent le système des bandes terroristes en Afrique, d’où l’échec de l’opération Barkhane[15]. 

  • On ne règle pas une problématique de développement et d’indépendance politique par des opérations militaires.

 

 

- Commerce libre ou commerce équitable ?

Ce modèle du commerce libre fut tellement décrié au vu de ses résultats, qu’une logique de commerce équitable (café) a commencé à se mettre en œuvre. Si, besoin de « commerce équitable », c’est donc bien que le « libre échange » ne permettait en aucun cas de favoriser le développement (et il faudrait discuter du concept d’équitable, qui n’est pas égal). Dans le marché fondé sur le profit, il ne peut y avoir de commerce égal. 

 

  • Seules les coopérations publiques peuvent permettre de construire des échanges égaux car non commerciaux et fondés sur le long terme et non sur celui du court terme des marchés.

 


- Pour le protectionnisme solidaire

Une des propositions phares de « l’Avenir en commun » est le développement du protectionnisme solidaire[16], revenant à refuser de « commercer » sur des produits et Pays, qui ne respectent pas des règles sociales et environnementales. Il faut donc rompre avec les accords de libre-échange mondialisé (A.M.I-A.L.E.N.A) qui mettent le commerce au-dessus de toutes les lois humaines (tribunaux d’arbitrage)[17].

 

 

 

- Désobéir aux traités européens
Pour sortir du libre-échange et du commerce libre qui de plus impose le glyphosate (au moins pour les produits importés) il faut désobéir aux traités Européens, fondés sur l’application, stricte des accords de libre-échange, donc de la poursuite de l’exploitation, voilà ce qui est aussi au cœur de l’avenir en commun. En désobéissant aux traités, observons que J.L. Mélenchon réhabilite sur le fonds la logique des frontières, des règles et de la loi de la Nation, comme porteuses et émanation de l’intérêt général humain universel[18].
 
Seuls les capitalistes du « marché libre et non faussé » militent pour un monde sans frontières, sans frontière pour les marchandises et les profits. C’est donc bien le Capitalisme mondialisé qui détruit et contourne les lois humaines : « Parler de mondialisation, c’est évoquer l’emprise du capitalisme sur l’espace économique mondial. Cette emprise ne se réduit pas au triomphe d’un bloc d’États sur un autre, ni même à celui d’un système économique sur ses concurrents. Elle tend en effet à transcender la logique d’un système interétatique à laquelle elle substitue une logique de réseaux transnationaux. La mondialisation est avant tout un processus de contournement, de délitement et, pour finir, de démantèlement des frontières physiques et réglementaires qui font obstacle à l’accumulation du capital à l’échelle mondiale. Elle consacre le retour en force d’une régulation marchande qui tend à se diffuser à l’ensemble de la vie économique, dans un double mouvement qui va de l’international vers le national et du monde financier vers le monde du travail[19] ». 

 

 

- Synthèse

 

En synthèse, le programme « l’Avenir en commun[1] » est un programme humaniste qui vise à répondre aux besoins des peuples en cherchant à sortir du Capitalisme mondialisé, fondé sur le « tout marché » et « tout concurrence », qui sont causes des inégalités de développement entre Pays et entre peuples qui sont les causes profondes des migrations, expliquant mon approche en termes de « nomadisme salarial mondialisé ».

Et tant que le « capitalisme mondialisé » s’imposera, alors l’humain sera sa variable d’ajustement expliquant les migrations faisant jouer aux humains le rôle de variable d’ajustement du « profit d’abord ».

  • La priorité est donc, par « l’avenir en commun », dont Jean-Luc Mélenchon est notre porte parole, de se sortir de la dictature du « capitalisme mondialisé ». 

 

Pour une politique migratoire humaniste et réaliste
Pour une politique migratoire humaniste et réaliste

◀️ A VOTRE DISPOSITION pour entrer ◀️ dans le détail du programme          ◀️ l'Avenir en commun sur ce thème

Ce livret qui a été rédigé par un groupe de travail coordonné par Aurélie Gries, cheffe de service socio-éducatif et membre de l’Association nationale des villes et territoires accueillants (ANVITA) et Mickaël Idrac, chercheur spécialiste des migrations.

Carte sur table : J.L. Mélenchon est-il favorable à l'immigration ?
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7 octobre 2021 4 07 /10 /octobre /2021 10:06
Zemmour/Le Pen : l'extrême droite véritable " roue de secours des puissants "

Sociologie du « zemmourisme ». Radioscopie d’un nouvel électorat national-populiste[1]

 

Depuis plusieurs mois, les médias offrent le tapis rouge à Eric Zemmour et aux thématiques de l'extrême-droite permettant ainsi la diffusion d'une vision ethnique et dangereuse de la France, à l’opposé d’une vision républicaine de la nation. L'objectif est simple : faire diversion et diviser pour mieux protéger les intérêts des puissants. Telle est la fonction de l'extrême-droite et ses thématiques, a fortiori en temps de crise. Et si celle-ci dit se revendiquer « du peuple », elle ne fait en réalité que de le détourner de ses intérêts en imposant ses obsessions racistes dans le débat public. Les propositions de l'extrême-droite dans le domaine économique et social sont en effet claires : la poursuite des politiques néo-libérales.

 

Sources : Le journal de l'insoumission | mis à jour le 10/05/2022

-Ne surtout pas parler du quotidien des gens et de leurs préoccupations.

Alors que le pays traverse une crise écologique, social et démocratique sans précédent, les sujets rabâchés par les médias mainstreams pour diviser la population et faire diversion ne manquent pas. Insécurité, chômage, habillement des femmes, immigration, Islam, laïcité… Nombre de sujets qui pourtant devraient faire l'objet de débats raisonnés, sérieux et argumentés sont ainsi organisés avec cet objectif.

  • En 2009, Nicolas Sarkozy proposait un grand débat nauséabond sur l'identité nationale.
  • En septembre 2013 durant le mouvement des retraites, Manuel Valls installait un débat sur le sort des Roms en France.
  • En 2016, la déchéance de nationalité semait la discorde et occultait le vrai débat de société de l’époque autour de la loi El Khomeri, loi de casse du contrat de travail.
  • Aujourd’hui l’épouvantail Zemmour permet d’éjecter les questions sociale et écologique du débat public.

 

Nous voilà ainsi gavés du fonds de commerce haineux de cet éditorialiste-candidat – pourtant condamné pour provocation à la haine raciale - qui depuis des années assène et vomit sa haine de l'autre, mélangeant tout jusqu'à l'absurde, allant jusqu’à remettre en cause la liberté de choix des prénoms donnés par les parents à leurs enfants.

  • Eric Zemmour n’est autre que l'un des visages de l’extrême droite. Une extrême droite en open bar sur les chaînes de certains oligarques, propriétaires de médias aux agendas politiques certains.

 

- Pourtant, alors que des lits continuent d’être supprimés, le débat ne devrait-il pas porter sur l'état du service public hospitalier ? N’avons-nous pas des leçons à tirer de la crise sanitaire ?
- Alors que la crise environnementale s'intensifie, hausse des températures, multiplication des catastrophes climatiques, sécheresses et inondations de ces derniers mois et ses conséquences, seraient-elles désormais derrière nous ? Le débat ne devrait-il pas porter sur l' urgence écologique ?
- Alors que parents d'élèves et enseignants dénoncent encore et toujours des classes surchargées, que l'on parle d'une baisse globale du niveau scolaire depuis plusieurs années, que la crise du covid et les confinements ont aggravé la situation en impactant largement la scolarité de nos jeunes, le débat - surtout durant la période de rentrée scolaire - ne devrait-il pas porter sur les enjeux de l’Ecole ?
- Alors que les fins de mois deviennent de plus en plus dures pour nombres de nos concitoyennes et concitoyens, n'y aurait-il pas un grand débat à avoir dans ce pays pour mettre fin à la pauvreté ?

 

 

-Surtout ne pas faire le lien entre enrichissement de quelques uns et appauvrissement du plus grand nombre.

Car ces dernières années la pauvreté a explosé.

Rappelons quelques chiffres :

  • entre 11 et 12 millions de pauvres[1bis] ;
  • 27% des français·es contraint·es de restreindre leur alimentation[2] ;
  • 32% qui éprouvent des difficultés à payer leur loyer[3] pour un total de 12,1 millions de personnes touchées par la crise du logement[4]. Se loger, payer les charges locatives et les facture d'eau ou d'énergie prend d'ailleurs de plus en plus de place dans le budget des français. Il faut dire que depuis l'ouverture à la concurrence, le prix du gaz a augmenté de 80%, celui de l’électricité de 60 %.
  • Et en même temps, durant les 4 premières années du quinquennat d' Emmanuel Macron, la fortune des 500 familles les plus riches de France a augmenté de 75% (+430 milliards). Leurs fortunes culminent ainsi à plus de 1000 milliards d'euros.
  • Et alors que près d'un français sur deux a subi une perte de revenu durant la crise sanitaire selon le baromètre annuel du secours populaire, 51 milliards d'euros ont eux été distribués aux actionnaires du CAC 40[5] cette année. Et ce, alors même que toutes ces entreprises ont bénéficié d'aide publique...

Comme quoi, l'argent pour répondre aux défis sociaux, écologiques et sociétaux existe bel est bien. Encore faut-il avoir la réelle volonté politique de le mobiliser là où il pourrait être réellement utile socialement. Marine Le Pen et Eric Zemmour, tout comme Emmanuel Macron, s'y refusent.




 -Avec Le