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19 décembre 2022 1 19 /12 /décembre /2022 09:01
L’impérialisme et les impérialistes...

Seule l’action de ceux qui pensent qu’un autre monde est possible et agissent localement et globalement en ce sens permette qu’autre chose n’advienne que cet impérialisme (pas « super » du tout) et arrête ces impérialistes fauteurs de guerre...

 

 

Un spectre hante le monde en ces années vingt du vingt et unième siècle, celui de l’impérialisme, ou plus précisément de la guerre inter-impérialiste (et donc mondiale). C’est reparti « comme en 14 » ?

 

 

Sources : &ATTAC par Bernard Dreano[1] | 
-  Le super-impérialisme ?

Il faut d’abord revenir aux sens du mot. Quand on parle de l’impérialisme, on fait généralement allusion à une forme de l’économie capitaliste globalisée, un concept qui émerge au début du XXe siècle, dans les milieux marxistes et autres. Mais les impérialistes font plutôt référence aux activités politiques (et militaires) des grandes puissances, à leur emprise sur tout ou partie du monde (sous forme juridique « d’empires » comme les empires d’Europe centrale ou les empires coloniaux, ou non, comme la « république impériale » dominatrice des États-Unis). Les deux niveaux se distinguent, mais se recoupent aussi.

 

L'impérialisme: une étude Broché - 1er septembre 2005

Le premier qui parle d’impérialisme est sans doute l’économiste libéral britannique John A. Hobson, avec son livre de 1902 " Imperialism : A Study ", décrivant le système de l’oligarchie capitaliste. Des membres de la IIe internationale vont reprendre et approfondir ce concept, par exemple du côté des radicaux russes, les bolcheviks Lénine et Nicolas Boukharine, ou des réformistes sociaux-démocrates, l’Autrichien Rudolf Hilferding et l’Allemand Karl Kautsky (deux stars de la social-démocratie bien oubliées aujourd’hui).

  • Pour tous, l’impérialisme, c’est le capitalisme mondialisé avec la possession monopolisée des territoires d’une planète entièrement partagée, conséquence de la concentration de la production et du capital, de la fusion du capital bancaire et financier, de l’exportation massive de capitaux. Le « stade suprême du capitalisme » (Lénine) avant la crise finale de ce système et l’avènement du socialisme. Kautsky entrevoit la perspective d’un super-impérialisme, un monde « cartellisé », mais ouvert (libre-échangiste) permettant de passer pacifiquement au socialisme, tandis que la gauche (Lénine, Rosa Luxembourg) voit dans cette utopie la justification d’une soumission d’une aristocratie ouvrière profitant du système capitaliste mondialisé, au détriment des plus pauvres et des régions périphériques du monde.


À l’époque l’oligarchie, les « trusts » (on ne parle pas encore de multinationales), se développent à partir de bases nationales, dans les principales puissances où les États et les élites sont volontiers impérialistes au sens plus trivial du mot, c’est-à-dire imbus de supériorité « civilisationnelle », avides de conquêtes, et fortement militarisés. Il en résulte la Première Guerre mondiale, une guerre donc clairement inter-impérialiste[2].


À peine celle-ci terminée, le système financier mondial connait la crise de 1929 (qui part des États-Unis), immédiatement perçue comme LA crise majeure (sinon finale) de l’impérialisme.


Les conséquences de la Première Guerre mondiale et de la crise de 1929 provoquent la Seconde Guerre mondiale, une guerre inter-impérialiste comme la première, même si elle n’est pas que cela.

 


- La Seconde Guerre mondiale n’entraîne pas du tout l’effondrement du système capitaliste-impérialiste, mais débouche sur la tripartition du monde.

Incontestables triomphateurs, les États-Unis d’Amérique imposent leur domination sur le monde capitaliste (dit « libre »), grâce à leur force militaire, le privilège de leur monnaie associé à la prééminence des « institutions de Bretton Woods » (Fonds monétaire international et Banque mondiale) sur toutes les structures des nouvelles Nations unies, la puissance de leurs grandes entreprises, la diffusion de leurs biens culturels. Un impérialisme sous pilotage états-unien même si des contradictions demeurent, au sein duquel existent quelques « impérialismes secondaires », jouissant d’un relative autonomie d’action (on peut effectivement parler d‘impérialisme français[3][4]).


Face à ce bloc « occidental » s’affirme un camp (dit « socialiste »), qui échappe objectivement au système impérialiste au sens défini précédemment, car il n’est à l’évidence pas dominé par le capital financier, et qui se développe largement séparé du reste du monde. Mais où existent des tendances impérialistes, dominatrices et expansionnistes au deuxième sens du mot. Après leur rupture avec l’URSS en 1960-62 les Chinois décriront celles-ci comme « social-impérialisme ».

Mouvement des non-alignés

 

Dès 1920, Alexandre Zinoviev, le bolchevik, alors dirigeant de la toute jeune IIIe Internationale, avait proclamé au Congrès des peuples d’orient à Bakou, le « Djihad contre l’impérialisme ». C’est que, dès l’après-Première Guerre mondiale se levait le mouvement d’émancipation des peuples contre la domination impérialiste et coloniale. Elle allait s’amplifier après la Seconde Guerre mondiale, avec ce que l’économiste français Alfred Sauvy appelait « le tiers-monde », et s’incarner politiquement dans le Mouvement des non-alignés[5], des États refusant l’alignement sur les deux blocs et se réclamant peu ou prou de « l’anti-impérialisme ».

 


- Cette deuxième partie du XXe siècle connaît de très grandes mutations technologiques qui vont modifier le monde de la production et des échanges avec la troisième révolution industrielle (celle de l’électronique et de la bio-ingénierie)[6]

Les formes de l’impérialisme se modifient, une nouvelle division du travail s’organise au niveau mondial. Aux côtés des grandes entreprises multinationales traditionnelles (industrie, extraction) apparaissent progressivement de nouvelles entreprises géantes dans le numérique et le commerce. Surtout les échanges monétaires s’amplifient de manière exponentielle, accentuant la domination du capital financier transnational qui l’accompagne et la constitution d’une nouvelle oligarchie de super-riches.


André Gunder Frank, Samir Amin et d’autres décrivent ce monde comme un système avec son « centre » et ses périphéries (pays - ou secteurs à l’intérieur des pays, semi-périphériques et périphériques). Immanuel Walerstein fera la description la plus aboutie du système-monde[7], avec cette économie dite « de marché » mondialisée, gérée par le modèle néolibéral basé sur le libre-échange, c’est-à-dire la concurrence féroce et totalement faussée.


L’extension de ce modèle inégalitaire s’accentue à la fin du siècle. À partir de 1995, l’Organisation mondiale du commerce impose ses règles (de dérégulation) au détriment des droits des personnes, des communautés, des États et de la nature. Entretemps, le bloc soviétique, miné par ses contradictions internes et par la pression néolibérale s’est effondré.

 


- Cette fois-ci nous y sommes, est-ce le super-impérialisme ?

C’est ce que pense l’américain Francis Fukuyama, mais ce n’est pas du tout l’antichambre du socialisme mondial dans rêvait Kautsky, c’est la « fin de l’histoire » et le triomphe d’un modèle capitaliste auquel adhèrerait plus ou moins la planète entière. Le règne de « l’Empire », expliquent en 2000 Toni Negri et Michael Hardt[8], à direction américaine est un « ultra-impérialisme » où ce ne sont plus les États qui font la loi, mais les transnationales.

  • Les États les plus faibles se disloquent ;
  • dans l’ensemble les États, même ceux encore puissants, abandonnent leur rôle de médiateur entre l’économie nationale et les forces économiques externes, et deviennent des agences responsables d’adapter l’économie locale aux besoins du marché global.


Toutefois ce système monde est loin d’être ordonné, il est profondément injuste et violent, ce qui provoque dans les peuples révoltes, développement de mouvements de réaction identitaires, dislocation dans les sociétés et guerres. Il est surtout totalement incapable de répondre aux défis des crises écologiques qui menacent à court terme toute l’économie. L’hégémonie économico-politico-militaire du bloc « occidental » (les États-Unis, leurs alliés européens et de la zone Pacifique) est remise en cause, avec les échecs militaires, de l’Irak à l’Afghanistan ou à l’Afrique sahélienne, et surtout l’émergence d’autres puissances dans la nouvelle configuration de la division mondiale du travail, en particulier la Chine.

 

 
-  La guerre en Ukraine, première étape d’une guerre inter-impérialiste généralisée ?

  • Chronique de la « GUERRE GLOBALE » : tension extrême dans le DÉTROIT DE FORMOSE
    Cela signifie-t-il que nous sommes entrés dans une nouvelle phase, pouvant déboucher sur un conflit inter-impérialiste majeur comme au début du XXe siècle, avec comme moteur l’affrontement entre la Chine, puissance émergente et les États-Unis, puissance déclinante[9] ?
  • Et, dans ce contexte, la guerre engagée par la Russie contre l’Ukraine serait-elle un avant-goût de la conflagration générale, un peu comme les guerres balkaniques des années 1912-13 avant la mondiale de 1914 ?


La politique de la Fédération de Russie est, au début du XXIe siècle, clairement impérialiste au sens d’une politique de conquête (dans l’esprit de Poutine, de reconquête), de territoire et de zone d’influence, portée par une idéologie nationaliste suprématiste mêlant références néo-tsaristes et post-staliniennes. Les Ukrainiens sont victimes des impérialistes russes, ce qui ne signifie pas pour autant que la Russie, avec son État, et ses oligarques, soit encore une actrice impérialiste majeure au sein du « système monde », ce qu’était l’URSS entre 1945 et les années 1980. C’est une puissance moyenne (PIB de l’Italie), qui n’est riche que de ses ressources en matières premières et d’abord des hydrocarbures, et surtout disposant d’un appareil militaire surdimensionné (mais dont l’efficacité s’avère limitée) et d’un stock considérable d’armes nucléaires (argument politique, mais dont l’utilisation pratique est plus que problématique). Disposant de la capacité de paralyser l’ONU grâce à son droit de véto, Poutine espère compter sur des alliés inquiets de la puissance que conserve « l’Occident », ou soucieux de rompre avec « l’hégémonie » du super-impérialisme américain.


Le soutien de cet Occident, d’abord états-unien, aussi européen, aux Ukrainiens peut donner l’impression que la guerre inter-impérialiste est déjà en cours. D’autant qu’une rhétorique datant de la guerre froide, considérant cette guerre comme celle du monde « libre » contre le « totalitarisme » fleurit.

 


- Simple guerre locale d’agression impérialiste russe contre l’Ukraine ou (et ?) lever de rideau du grand affrontement ?

La situation n’est pas celle qui prévalait dans les années 1905-1914 sur plusieurs plans : les systèmes d’alliance ne sont pas stables comme ils l’étaient (plus ou moins) en Europe au début du XXe siècle ni comme les « blocs » de la guerre froide. L’interdépendance économique, qui existait au début du XXe siècle et que certains pensaient alors comme facteur de paix, est aujourd’hui beaucoup plus forte qu’à l’époque. Cependant, si la reproduction d’un scénario de type 1914 est peu probable, la situation est loin d’être rassurante pour autant.


La volonté de puissance chinoise d’une part, la volonté américaine de reprendre le contrôle d’autre part (cf. Trump), sont inquiétantes.

  • La course aux armements qui reprend un peu partout, quantitativement et qualitativement, est dangereuse.
  • La crise même du système monde impérialiste provoque crispations nationalistes et hystéries identitaires à une échelle inconnue depuis les années 1930.
  • Enfin, et surtout, la criminelle passivité des grandes puissances, États comme entreprises multinationales, face au changement climatique et à l’effondrement de la biodiversité, va provoquer, provoque déjà, des situations intolérables qui vont à court terme décupler conflits et violences…


...À moins que l’action de ceux qui pensent qu’un autre monde est possible et agissent localement et globalement en ce sens permette qu’autre chose n’advienne de cet impérialisme (pas « super » du tout) et arrête ces impérialistes fauteurs de guerre.

 

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12 décembre 2022 1 12 /12 /décembre /2022 15:56
Au PCF, l’opposition à Fabien Roussel fait entendre sa voix
Au PCF, l’opposition à Fabien Roussel fait entendre sa voix

« Il y a la tentation de la direction de faire un congrès pour ou contre Fabien Roussel. Or le fond du débat est stratégique »

 

Après un Conseil national tendu, le projet de la direction du parti communiste pour le prochain congrès[1] n’a obtenu que 58 % des suffrages exprimés. Un appel signé par trente-cinq cadres critique une perte de boussole idéologique. Un événement, dans un parti aux habitudes légitimistes.

 

 

Sources : Mediapart par Mathieu Dejean | mis à jour le 30/01/2023

-  Est-ce un début de fronde ?
Les oppositions internes à Fabien Roussel, élu il y a quatre ans sur la promesse d’une réaffirmation identitaire du Parti communiste (PCF), sont sorties de leur réserve lors d’un conseil national (CN) tendu, les 3 et 4 décembre à Paris. Alors que le parti centenaire prépare son 39e congrès, prévu à Marseille (Bouches-du-Rhône) début avril 2023, le résultat du vote sur le projet de « base commune » de la direction, censé fixer les grandes orientations pour les quatre prochaines années, témoigne d’une défiance qui gagne du terrain.

 

Le texte présenté par la direction a certes obtenu 58 % des suffrages exprimés par les membres du CN (composé de la direction et des cadres intermédiaires du parti) : 84 voix pour, 55 contre et 5 abstentions sur 185 inscrits. Sur le papier, Fabien Roussel peut donc se targuer d’avoir obtenu une majorité (qui n’équivaut cependant qu’à 45 % du total des membres du CN, en comptant les absent·es).

  • « Ce résultat montre qu’il y a un débat dans le parti, mais qu’une très large majorité de la direction, des secrétaires départementaux – et je suppose des adhérents – se retrouvent dans l’orientation proposée », défend Christian Picquet, proche du secrétaire national, qui préside la commission du texte. Il voit même dans ce résultat « l’indice d’une progression significative », car la proposition de candidature de Fabien Roussel à la présidentielle n’avait obtenu que 52% des voix du CN en 2021.

 

 

-  La fracture
Il n’en demeure pas moins que le PCF est « fracturé en deux », comme le dit l’ancienne secrétaire nationale de l’Union des étudiant·es communistes (UEC), Anaïs Fley, qui siège au CN. Le « grand parti de la classe ouvrière » avait en effet habitué ses adhérent·es à davantage de légitimisme : « Ce n’est pas dans la culture communiste d’avoir un résultat comme celui-ci. D’habitude on évite d’avoir des votes qui se divisent. Là, il y a eu un gros débat sur le texte, qui n’a pas évolué car son sens n’était pas amendable », décrit Hadrien Bortot, secrétaire de section dans le XIXe arrondissement de Paris, présent ce week-end sous la coupole de Colonel-Fabien, le siège du PCF.

 

Signe supplémentaire de crispation : à la demande de Fabienne Haloui, secrétaire fédérale du PCF du Vaucluse, le vote s’est fait à bulletin secret, ce qui a irrité la direction. « Ce n’est pas commun au PCF de faire un vote à bulletin secret, confirme Christian Picquet. Je ne suis pas convaincu que ça avait véritablement un objet, mais c’est de droit dans nos statuts, et on y a accédé, ça ne nous a pas effrayés. »

 

Mardi 6 décembre, trente-cinq membres du CN ont cependant signé un appel confirmant l’ouverture d’un front oppositionnel. Parmi les signataires, des habitué·es de la fronde qui avaient notamment soutenu le texte « Pour un printemps du communisme » en 2018 (12 % des suffrages exprimés), comme Frank Mouly. Mais aussi des proches de l’ancien secrétaire national, Pierre Laurent, qui n’ont pas pour habitude de sortir du rang.

 

🔴 « Il y a la tentation de la direction de faire un congrès pour ou contre Fabien Roussel. Or le fond du débat est stratégique ». Hadrien Bortot, membre du Conseil national

 

Ils affirment que le texte de la direction « ne fait pas base commune », et regrettent en particulier une « non-prise en compte du risque imminent de prise de pouvoir par l’extrême droite » et « l’absence de discussion ouverte sur la Nupes et sur la conception du rassemblement portée par le PCF ». « Il y a la tentation de la direction de faire un congrès pour ou contre Fabien Roussel. Or le fond du débat est stratégique, politique, il s’agit d’une vision de ce que doit être le PCF dans la gauche », commente Hadrien Bortot, un des signataires. S’ils réunissent trois cents cotisants venant d’au moins trente fédérations d’ici le 8 janvier, il y aura donc une base commune alternative de leur part.

 

En cause, des divergences sur le bilan électoral du parti ces quatre dernières années : « L’objectif de la direction est de dire qu’on a volé de victoire en victoire pendant quatre ans… Comment construire une suite qui ait un tout petit peu d’efficacité à partir d’un bilan aussi déconnecté de la réalité ? », s’inquiète ainsi Frank Mouly, qui a manifesté sa « surprise » au CN.

 

Les communistes se divisent aussi sur l’analyse de la présidentielle. La direction met le score décevant de Fabien Roussel (2,3 % des suffrages exprimés) sur le compte de « l’hyper-présidentialisation de la vie politique » dont aurait bénéficié Jean-Luc Mélenchon. La stratégie de celui-ci, qualifiée à plusieurs reprises dans le texte de « populiste de gauche », aurait permis de répondre à « l’attente de radicalité de certains secteurs de la société et de tout un pan de la jeunesse, mais [en] ignorant délibérément la question stratégique clé de la reconquête des fractions du monde du travail qui se sont détournées de la politique ».

 

 

-  Le spectre de l’extrême droite
Quant à la Nouvelle Union populaire, écologique et sociale (Nupes), elle a atteint un « plafond de verre », lit-on dans le texte qui sera bientôt envoyé aux adhérent·es. « Manifestement, Jean-Luc Mélenchon pense que le monde du travail, le salariat, doit se fondre dans un peuple qu’il mythifie, critique Christian Picquet. Il dit que le peuple est le nouvel acteur du changement, qui a son expression politique à travers LFI. Nous, nous disons que l’acteur du changement est le monde du travail, qui est la force motrice de l’union de tous ceux qui ont intérêt au dépassement du capitalisme. »

 

Cette manière de suggérer, en creux, que la Nupes serait le réceptacle d’une gauche « sans le peuple » a été contestée pendant le CN par des délégués soucieux de travailler au rassemblement à gauche. « Le rôle du PCF serait, pour la direction, d’aller conquérir des électorats des zones rurales et périphériques, mais poser la question en ces termes, c’est tomber dans un piège, estime ainsi Antoine Guerreiro, ancien secrétaire national de l’UEC et militant dans le Val-de-Marne. C’est faire fi de toutes les catégories de population qui se sont rassemblées autour de la Nupes, comme s’il fallait les séparer des autres. De plus, si la Nupes ne suffit pas, alors il faut proposer autre chose qui puisse faire ses preuves. »

 

Réforme des retraites : Fabien Roussel demande un référendum "plutôt qu'un blocage du pays"
Fabien Roussel veut un référendum "plutôt qu'un blocage du pays"

« Ce texte est habilement construit, mais on se pose comme des donneurs de leçons, et on ne prend aucun engagement. C’est la porte ouverte à ce qu’au final, toute la ligne politique du parti soit dictée par Fabien Roussel », abonde la jeune membre du CN Anaïs Fley. Les sorties médiatiques de celui-ci (Fabien Roussel) , comme sur la « gauche des allocations » à la Fête de l’Humanité en septembre[3], ou encore ces jours-ci sur le référendum sur les retraites (dans une interview à Ouest-France, il déclare que le PCF est le « meilleur allié » des chefs d’entreprise, et qu’il vaut mieux un référendum « qu’un blocage du pays, avec manifs, grèves et compagnies[4] ») ont fini par lui valoir des inimitiés.

 

 

-  Chacun à gauche doit faire une analyse critique, y compris le PCF.

Chaque force de gauche travaille bien trop souvent dans son propre couloir.

Laurence Cohen, sénatrice et membre du Conseil national du PCF : « Enfin, le danger d’une possible accession au pouvoir de l’extrême droite en 2027 est négligé aux yeux de ces communistes, hétérodoxes malgré eux ». « On a en France une gauche extrêmement affaiblie et un Rassemblement national en dynamique. Dans cette situation, chacun à gauche doit faire une analyse critique, y compris le PCF. Chaque force de gauche travaille bien trop souvent dans son propre couloir », affirme la sénatrice communiste Laurence Cohen, qui appelle de ses vœux « un texte qui ne donne pas dès le départ des conclusions ».

 

Certains communistes ne digèrent pas le choix fait en 2022 d’une candidature « quoi qu’il en coûte » de Fabien Roussel, alors que le Rassemblement national (RN) aurait pu être éliminé au premier tour : « Alors que l’exigence d’empêcher l’extrême droite d’accéder au second tour montait dans la campagne, on est apparu comme un obstacle à cet objectif, avec les conséquences que l’on sait : la force de propulsion dont le RN a bénéficié pour les législatives. C’est une faute grave, qui est passée sous le tapis », juge ainsi Frank Mouly.

 

Les critiques longtemps restées mezza-voce à l’intérieur du PCF se font donc entendre plus distinctement[2]. De là à présager un résultat inattendu au congrès d’avril, il y a cependant un pas. En 2018, le courant des « rénovateurs » ne pesait plus que 12% des voix. Cette fois-ci, une alliance avec d’anciens soutiens de Pierre Laurent pourrait se dessiner.

 

  • Celui-ci, qui préside le Conseil national, avait réuni 38 % des voix en 2018 sur sa propre « base commune ». Pour la première fois de l’histoire du PCF, les militants communistes avaient mis en minorité leur équipe dirigeante, propulsant Fabien Roussel à la tête du parti. Un coup de tonnerre que certains espèrent désormais répéter, en sens inverse.

 

 

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- Un texte premier alternatif à celui de la direction autour de Roussel est proposé aux militants du PCF.
Le 1er texte alternatif « Urgence de communisme », se veut une proposition de base commune différente de celle votée par le Conseil national, début décembre. Les signataires interrogent l’orientation et la stratégie de la direction sortante.

 

Il est soutenu par les anciens dirigeants du PCF (Marie-Georges Buffet et Pierre Laurent), ainsi que par des députés du PCF proches de la France insoumise et favorables à la NUPES. Il est également soutenu par Bernard Friot, qui voit ses thèses reprises, de façon édulcorée, dans ce texte.

  • Lire le texte alternatif à celui de Fabien Roussel ICI

ou ci-dessous 👇

L'ancienne députée européenne Marie-Pierre Vieu, la maire de Chevilly-Larue Stéphanie Daumin et la conseillère départementale de Seine-Saint-Denis Emilie Lecroq, sont les invitées de #LaMidinale pour aborder le sujet dutexte alternatif .

 

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9 décembre 2022 5 09 /12 /décembre /2022 08:53
Olivier Faure aux côtés d'Hélène Geoffroy, sa concurrente, lors du dernier congrès du PS, à Villeurbanne, en 2021

Olivier Faure aux côtés d'Hélène Geoffroy, sa concurrente, lors du dernier congrès du PS, à Villeurbanne, en 2021

L’union de la gauche sans LFI, ça n’a aucun sens politique, c’est suicidaire !

 

 

Le Parti socialiste entre dans sa campagne pour le congrès, qui se tiendra fin janvier 2023 à Marseille. Olivier Faure, le premier secrétaire sortant, pourrait être challengé par deux autres motions.

Derrière Olivier Faure, Hélène Geoffroy et Nicolas Mayer-Rossignol, trois équipes se disputent la direction du Parti socialiste. Mi-janvier, les adhérents les départageront sur la base de « textes d’orientation » aux stratégies bien distinctes.

La principale ligne de fracture : le rapport à la Nupes. Les socialistes ont fixé leur rendez-vous : à Marseille, du 27 au 29 janvier 2023.

 

 

Sources : Mediapart par Fabien Escalona | mis à jour le 26/01/2023

-  Dans leur affrontement pour la tête du Parti socialiste (PS), ses élites dirigeantes en passent encore par la production de textes collectifs.
C’est en effet sur cette base qu’elles seront départagées par les membres du parti à jour de leur cotisation, au cours d’un vote organisé le 12 janvier prochain, préalable au renouvellement de la direction qui sera acté lors du congrès prévu à Marseille à la fin du même mois.

 

Dévoilés il y a une semaine, trois « textes d’orientations » (TO) sont ainsi censés sublimer les luttes de pouvoir internes, par leur affirmation respective d’un cap doctrinal et stratégique singulier. Il y a celui des soutiens d’Olivier Faure, député et actuel premier secrétaire ; celui des soutiens d’Hélène Geoffroy, son opposante en 2021, maire de Vaulx-en-Velin ; et enfin celui des soutiens de Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen cherchant à incarner une voie médiane. Mediapart a passé en revue ces dissertations d’une grosse vingtaine de pages.

 

 

-  À première vue, les différences ne sautent pas aux yeux.

Tous les signataires de ces textes s’affirment conscients des grandes crises du moment, en tirent la conclusion qu’un retour des socialistes au pouvoir est nécessaire, sur la base d’une union de la gauche dans laquelle ils auront regagné en influence, afin de mettre en œuvre des politiques écologistes, féministes et de justice sociale, propres à regagner la confiance des catégories populaires.

 

Derrière ces passages obligés, des différences d’approche se logent malgré tout. Si elles servent bien sûr à se démarquer les uns des autres, il serait excessif de les considérer comme totalement artificielles.

  • D’une part, une fois écrites noir sur blanc, elles engagent un minimum les équipes qui les portent.
  • D’autre part, ces différences sont assez cohérentes pour traduire des degrés de radicalité distincts quant à la manière d’aborder la conflictualité sociale et la question écologique.
  • Enfin, leurs implications seraient lourdes en ce qui concerne la préservation (ou pas) de l’union des gauches la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) – à laquelle participe actuellement le PS.

 

 

-  La participation à la Nupes en suspens

Hélène Geoffroy
Hélène Geoffroy

C’est sur cet aspect stratégique que les positions sont les plus tranchées. Si l’union de la gauche est vantée dans son principe, tout le monde n’en a pas la même conception. Le texte d’Hélène Geoffroy, en particulier, tire à boulets rouges contre le choix de s’intégrer à la Nupes[1]. Cet « accord “sauve-qui-peut” », sans légitimité militante, aurait transformé le PS en « filiale » de La France insoumise (LFI)[2].

 

Or le parti (N.D.L.R. " mouvement " pas " parti ") de Jean-Luc Mélenchon n’est pas considéré comme un partenaire digne des socialistes, comme l’atteste le passage déplorant que « c’est désormais le cynisme qui prime, un populisme qui heurte nos valeurs, qui théorise l’apport des voix du RN lors des motions de censure votées récemment ». Exagérée, cette dernière affirmation colle au discours anti-LFI primaire de certains membres de la majorité présidentielle, de même que l’usage du vocable « extrême gauche » pour désigner cette force politique.

 

L’union trouvée aux législatives est clairement venue nourrir le refrain que les soutiens d’Hélène Geoffroy martelaient déjà lors du dernier congrès, à savoir celui de l’abandon d’une identité socialiste originale par la direction sortante. La conclusion pratique de ce diagnostic est assumée : dès février 2023, un PS dirigé par cette équipe procéderait à la « suspension de la participation à la Nupes et [à la] réintégration des candidats aux législatives exclus » pour s’être présentés en dissidents.

Olivier Faure
Olivier Faure

 

Le texte d’Oliver Faure, au contraire, défend son choix en renvoyant ses concurrents à l’évanescence de tout chemin alternatif : « Nous entendons ceux qui disent “ l’union, oui, mais une autre union ”. Mais laquelle ? Personne n’a jamais apporté de réponse à cette question. » Les scores réalisés par le PS aux élections de portée nationale tenues depuis 2017, de même que ceux des candidatures dissidentes lors des législatives de juin dernier, ne laissent guère entrevoir, en effet, de martingale électorale plus crédible.

 

L’accord de la Nupes était la seule façon pour la direction sortante d’éviter d’affronter l’actuel congrès avec pour seul bilan, catastrophique, le score piteux d’Anne Hidalgo à l’élection présidentielle. Puisqu’ils ne peuvent pas dire les choses aussi frontalement, les « fauristes » insistent sur les bénéfices collectifs qu’en a tirés le PS, « de retour au cœur de la gauche » après avoir sauvé une trentaine de sièges à l’Assemblée. Et pour désamorcer les craintes de disparition, ils minimisent le caractère contraignant de cette union.

 

« La Nupes […] est une coordination de groupes parlementaires et un espace de dialogue permanent, écrivent-ils. […] Nous assumons d’être engagés dans cette union tout en nous distinguant et contestant, lorsque c’est nécessaire, la stratégie ou la communication de nos partenaires. » Sur les sujets internationaux notamment, les positions des députés socialistes se sont effectivement distinguées de celles de LFI. « Il ne suffit pas de revendiquer une place plus importante au sein de l’union : il faut la mériter et la gagner auprès des électeurs », ajoute la direction sortante, qui compte bien s’y employer.

Nicolas Mayer-Rossignol
Nicolas Mayer-Rossignol

 

À cet égard, les tournures de phrases du texte de Nicolas Mayer-Rossignol traduisent assez bien une position au milieu du gué, qui gagne en œcuménisme ce qu’elle perd en courage et en clarté : « Pour nous, l’accord électoral Nupes, qu’il fût jugé nécessaire ou pas, respectueux ou pas de notre implantation, a été le produit de l’état “ comateux ” de la gauche sociale et écologique depuis 2017. […] Elle (sic) ne peut pas être le cadre politique durable de l’Union de toute la Gauche et des écologistes pour gagner. »


D’où une vague proposition d’« états généraux de la transformation sociale et écologiste », dont on ne voit pas pourquoi le cadre, au demeurant imprécis, serait préféré par les partenaires actuellement rassemblés dans la Nupes. Par rapport au texte de l’opposition la plus ancienne à Olivier Faure, les reproches à LFI sont moins crus et adressés de manière plus vague, même si la force mélenchoniste est clairement visée par la distinction établie entre « radicalité » et « démagogies et populismes ».

 

 

-  « Front de classe » contre « socialisme écologique » ?
Sur le fond du cap politique, les trois documents n’offrent pas un éventail de positions aussi large qu’à l’époque où des personnalités comme Dominique Strauss-Kahn et Jean-Luc Mélenchon cohabitaient dans le même parti.

 

C’est logique : depuis 2017 en particulier, les départs vers la « grande coalition » macroniste et une scission de l’aile gauche ont sérieusement réduit la diversité idéologique du parti. Cela se sent notamment à propos de l’intégration européenne : un énième appel à une refonte des traités est commun à tous les textes d’orientation, mais sans réelle stratégie à l’appui, ce qui n’empêche pas certains de rejeter explicitement la désobéissance promue par les Insoumis.

 

On observe néanmoins que plus la proximité avec la Nupes est défendue, plus la politique générale préconisée est ancrée à gauche en termes idéologiques. Il en résulte une configuration originale.

  • Alors que la direction du PS avait historiquement campé sur un centre de gravité lui permettant de s’appuyer tantôt sur des sensibilités plus conservatrices, tantôt sur des sensibilités plus transformatrices, c’est l’équipe de Mayer-Rossignol qui tente d’incarner cet espace – soit pour être faiseuse de rois, soit pour ravir directement la tête du parti.


Les balancements et les évitements rhétoriques typiques de ce positionnement se retrouvent sans coup férir dans le texte intitulé « Refondations ! » :

  • La proportionnelle sera introduite, mais seulement pour la moitié des députés.
  • Les inégalités seront combattues « à la racine », mais le mode de production capitaliste n’est jamais nommé en tant que tel.
  • De même, la planification écologique est mise en avant mais presque incidemment, sans aucune précision sur ses modalités et son degré de contrainte.

 

C’est finalement la direction sortante qui se retrouve dans la posture la plus « radicale ».

  • Elle affiche l’ambition d’un « socialisme écologique », poursuivant « la justice et l’émancipation » en prenant au sérieux « la limitation des ressources dans un monde fini », et nomme les personnes dont elle défendra les intérêts (celles qui sont pénalisées par les « déterminismes sociaux »), mais aussi les groupes dont les intérêts matériels seront lésés par la « bifurcation » à accomplir ceux qui vivent du travail des autres » et « les 10 % les plus riches »).

 

À cet égard, une certaine confusion peut naître de l’emploi, dans le texte d’Hélène Geoffroy, de la notion de « front de classe » comme base sociale d’un PS refondé. La notion provient en ligne directe des années 1970, lorsque le parti s’était reconstruit sous l’égide de François Mitterrand, sur une ligne fort à gauche.
À l’époque, comme l’expliquait le politiste Paul Bacot, ce front de classe désignait « l’ensemble du salariat exploité » et d’autres couches non salariées partageant « une situation de totale dépendance par rapport aux sociétés capitalistes » (comme certains paysans et artisans). Il s’agissait par là de désigner un projet de dépassement du capitalisme grâce à la coalition des forces qui y avaient intérêt.
Et ce projet impliquait simultanément l’union de la gauche avec l’autre composante majeure de l’époque : le Parti communiste, en dépit de sa complaisance avec les régimes du bloc de l’Est.

 

À lire le texte de l’opposition la plus farouche à Olivier Faure, on en est très loin.

  • Premièrement, parce que l’union avec LFI est rejetée en parallèle, ce qui rend la portée stratégique de la notion contradictoire.
  • Deuxièmement, parce que les composantes de ce front de classe version 2022 sont tellement nombreuses qu’elles semblent désigner la société tout entière : les « catégories populaires », les « classes moyennes », mais aussi « les classes favorisées […] parties chez LREM [le parti macroniste – ndlr] ».

 

De manière symptomatique, aucun adversaire social n’est désigné, qui empêcherait de faire « France commune » ou de satisfaire les intérêts des personnes les plus fragiles. Quant à la « transition écologique », elle est réduite à une stratégie d’« efficacité plus que [de] sobriété énergétique », ce que tous les écolos conséquents dénoncent. Alors que les autres textes envisagent de diversifier les indicateurs de richesses et de progrès social, celui-ci parle uniquement d’une « croissance nouvelle » assez mal définie.

 

Au sein du petit milieu auquel le socialisme français a été réduit, certes plus homogène qu’avant, les trois lignes qui s’affronteront au congrès de Marseille restent donc bien identifiables. Selon celle qui l’emportera, la dynamique d’ensemble de la fragile union des gauches (#Nupes) en sera forcément affectée.

 

Notes :

[1Nupes  

[2la France insoumise

 

Pour en savoir plus :

- Le 80e congrès du PS pour les nuls

- Congrès PS : le socialiste converti au macronisme François Rebsamen a voté pour faire battre Olivier Faure

Des socialistes anti-Olivier Faure ont offert un million d’euros au Parti radical de gauche 👇

Congrès du Parti socialiste : un PS coupé en deux et plus... la chute prémice à l'éclatement ?

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27 novembre 2022 7 27 /11 /novembre /2022 17:51
Marine Le Pen (France) - Jimmie Åkesson (Suède) - Giorgia Meloni (Italie) - Eric Zemmour (France) - Viktor Orbán (Hongrie) - Mateusz Morawiecki (Pologne)

Marine Le Pen (France) - Jimmie Åkesson (Suède) - Giorgia Meloni (Italie) - Eric Zemmour (France) - Viktor Orbán (Hongrie) - Mateusz Morawiecki (Pologne)

Allons-nous continuer longtemps à fermer les yeux sur la montée du fascisme européen ? Italie, Hongrie, Pologne... Ensemble pour un front antifasciste[9!

 

 

Ces derniers mois la montée de l’extrême droite a fait la “une” des pages politiques des journaux européens à la suite de la victoire de coalitions droite/extrême droite lors des dernières élections législatives en Suède comme en Italie.

En Suède, pays exemplaire pour la social-démocratie qui a dominé la vie politique du pays pendant près d’un siècle, la droite et l’extrême droite ont gagné les élections du 11 septembre 2022, le parti des “ Démocrates de Suède ” devenant le 2e parti du pays après les sociaux-démocrates avec 20% des voix. Ce parti a été fondé en 1988 par des néo-nazis, il a légèrement modéré ses positions tout en restant marqué par ce passé et sa ligne actuelle est avant tout anti-immigration.

En Italie, la coalition formée par un parti de droite et deux partis d’extrême droite a gagné les élections du 25 septembre 2022, et c’est Giorgia Meloni[0], la dirigeante des “ Frères d’Italie ”, un parti néo-faciste, qui devient Premier Ministre du pays.

 

 

Sources : Europe Solidaire Sans Frontières par Christophe Aguiton | Mis à jour le 27/12/2022

-  Ces dernières victoires électorales ne sont pas des phénomènes isolés.

En Pologne comme en Hongrie, des partis populistes d’extrême droite sont au pouvoir depuis des années et dans les autres pays européens l’extrême droite progresse. Par exemple Vox, en Espagne, avait obtenu 15% des voix lors des législatives de 2019 et les sondages les donnent en nette progression, et en France Marine Le Pen, la candidate du Rassemblement National a obtenu 23% des vois au 1er tour de l’élection présidentielle d’avril 2022 et 31% au 2nd tour[1].

 

Pour en rester au constat, la croissance de l’extrême droite en se limite pas à l’Europe. Dans d’autres régions du monde on voit surgir des dirigeants qui, comme Jair Bolsonaro au Brésil ou Donald Trump aux Etats-Unis, ressemblent beaucoup aux dirigeants d’extrême droite en Europe.

 

 

-  Des mouvements différents de ceux du 20e siècle
Quand on pense au fascisme italien ou au nazisme allemand des années 1920 et 1930, on comprend qu’il s’agit de partis qui construisent des milices violentes, rejettent la démocratie, s’attaquent avant tout au mouvement ouvrier et s’appuient sur une bourgeoisie qui veut rétablir l’ordre dans un continent marqué par des vagues révolutionnaires.

 

Les mouvements d’extrême droite européens actuels sont très loin du fascisme et du nazisme de l’entre-deux guerre, mais ils sont aussi différents de l’extrême droite qui s’est reconstruite après la 2e guerre mondiale. Des nostalgiques du fascisme ont reconstruit des partis, le MSI en Italie, le NPD en Allemagne ou le Front National en France[2], aujourd'hui RN, qui avaient tous les mêmes caractéristiques. Ils s’opposaient à l’immigration, mais ils étaient tout autant hostiles au communisme, aux syndicats et au mouvement ouvrier en général et étaient réactionnaires sur tout une série de sujets, les droits des femmes, l’homosexualité, etc.

 

Les partis d’extrême droite contemporains ont des positions différentes sur beaucoup de questions mais sont d’accord sur deux d’entre elles :

  • une obsession sur l’immigration, souvent liée à une haine de l’islam ;
  • et une défense de la nation contre les élites et les institutions qu’elles incarnent, en particulier l’Union Européenne.

 

Sur le reste, tout les séparent.

  • Certains partis sont conservateurs sur le plan des mœurs, antiféministes, anti-homosexuels et anti-avortement, en Pologne, Hongrie ou en Espagne... alors que d’autres, en France ou au Pays-Bas par exemple, s’appuieront sur les droits des femmes ou des homosexuels pour mieux s’attaquer à l’islam.
  • Certains soutiennent la Russie de Poutine, Orban en Hongrie ou Matteo Salvini en Italie, alors que d’autres sont pro-ukrainiens, comme le PiS polonais ou Giorgia Meloni en Italie.
  • Le changement climatique les a aussi séparé, certains d’entre eux niant ses causes humaines, tout comme les campagnes vaccinales contre la Covid-19.
  • La question des droits sociaux les divise également, en France Marine Le Pen, du RN, les défend et réclame verbalement le retour de la retraite à 60 ans (N.D.L.R. : mais dans les faits Marine Le Pen est contre la retraite à 60 ans et la hausse du SMIC[3][4])... alors que Eric Zemmour défend les entreprises et le néolibéralisme.

 

 

-  A la source de l’essor de l’extrême droite, la mondialisation néolibérale...

Depuis plusieurs décennies le monde est entré dans une phase de mondialisation néolibérale, ce qui a entraîné de nombreuses transformations dont certaines sont à la base de l’essor de l’extrême droite[5].

 

Trois d’entre elles sont particulièrement importantes.

  • La première est la croissance des inégalités et les transformations du travail.

Les pays européens, si l’on se réfère à l’indice Gini qui calcule le niveau d’inégalité pays par pays, sont parmi les plus égalitaires. Mais la mondialisation a permis une concentration des richesses toujours plus importante vers un tout petit nombre d’individus, et les élites sont perçues comme un monde à part, déconnecté de la vie quotidienne de la grande majorité de la population. Le néolibéralisme et la mondialisation ont entraîné une transformation profonde du travail, de nombreux emplois industriels ont disparu à cause des délocalisations, et pour ceux qui restent, tout comme ceux du secteur tertiaire, la précarité a progressé et les collectifs de travailleurs se sont fragmentés. Le résultat de ces évolutions, combiné à l’existence d’un filet de sécurité protégeant les plus pauvres, ont entraîné un tassement vers le bas de la pyramide des revenus et un sentiment de déclassement pour la classe ouvrière et les couches moyennes.

 

  • La seconde est l’affaiblissement des capacités des Etats et des institutions traditionnelles face à la puissance des marchés

Une évolution que l’on retrouve dans la plupart des régions du monde mais qui est particulièrement marquée en Europe où l’existence de l’Union Européenne éloigne encore plus les citoyens des lieux de décisions.

 

Dans les décennies qui ont suivi la seconde guerre mondiale, le commerce mondial était très limité, les principaux Etats, en Europe, avaient la possibilité de développer tel ou tel secteur d’activité et la vie politique s’organisait dans un bipartisme droite/gauche. Aujourd’hui les partis de droite ou de gauche dite “ de gouvernement ”, comme les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates ont des politiques comparables (N.D.L.R. : en France on l'a vu avec l'évolution du PS à partir de 1983 et sa finalité sous Hollande[6]) et ils perdent, des deux côtés, leurs électeurs traditionnels et l’on assiste, dans toute l’Europe à une fragmentation de la scène politique et à une percée de l’extrême droite qui, dans de nombreux pays, dépassent en voix les partis de droite traditionnels, (N.D.L.R. et en France la gauche traditionnelle comme en témoigne les résultats des élections présidentielles 2022 : Jadot : 4,63% ; Roussel : 2,28% ; Hidalgo : 1,75% ; Poutou : 0,77% ; Arthaud : 0,56%[6bis]).

 

  • La troisième transformation est la conséquence d’une « métropolisation » qui est une des conséquence de la mondialisation.

Il s’agit de l’adaptation des grandes villes aux besoins de l’économie néolibérale, à l’intensification des flux commerciaux et financiers et de la mise en relation des économies à l’échelle mondiale. Face à l’affaiblissement du rôle économique des Etats émerge un réseau hiérarchisé de métropoles qui dessine un archipel dominant l’économie mondiale. Mais la métropolisation a pour corollaire le déclin des territoires ruraux et des villes moyennes, très nombreuses en Europe, qui voient disparaître les services publics et la vie de leurs centres villes.

 

 

-  L’enjeu des classes populaires et des territoires ruraux
La percée de l’extrême droite ne peut se comprendre qu’en croisant les trois transformations que nous venons de rappeler. L’extrême droite perce chez les classes populaires et dans les territoires ruraux et les petites villes à cause d’un sentiment – qui est souvent une réalité factuelle – de déclassement et d’abandon face à un Etat qui ne les protège pas et est au service des élites. Toutes les études montrent l’importance des classes populaires dans l’électorat d’extrême droite.

 

Deux exemples :

  • les Démocrates de Suède a obtenu un score de 8% chez ceux qui ont fait des études supérieures et 25% chez ceux qui ont un plus faible niveau d’éducation ;
  • et, en France, le Rassemblement National a recueilli les voix de près de la moitiés des ouvriers mais seulement 15% des cadres[1].

 

La césure entre les métropoles et le reste des territoires est elle aussi frappante. En France presque toutes les grandes villes sont dirigées par la gauche et l’extrême droite y fait des scores très faibles alors que ce parti fait des scores importants dans les petites villes et les territoires ruraux. Une réalité que l’on observe dans de nombreux pays où les métropoles sont souvent plus à gauche que le reste du pays.

 

Ces réalités obligent les forces de gauche et les mouvements sociaux à une discussion stratégique. La gauche de gouvernement, qu’elle soit démocrate aux Etats-Unis, social-démocrate ou écologiste en Europe, a privilégié les questions “ sociétales ”, les droits des femmes, des communautés LGBTQ, l’antiracisme plutôt que les questions sociales qu’elle était prêt, dans la dernière période, à sacrifier aux noms des nécessités de l’économie dans une phase de mondialisation. Face à cette situation, une partie de la gauche explique qu’il faut relativiser les questions sociétales, en particulier sur l’immigration, pour se concentrer sur les questions sociales et tenter, par cette orientation, de regagner les classes populaires qui se sont tournées vers l’extrême droite.

 

Mais une nouvelle génération de mouvements politiques et de mouvements sociaux, en Europe comme dans le reste du monde, veut défendre l’ensemble de ces exigences, les questions sociales bien évidemment, mais aussi la justice climatique et environnementale, les droits des immigrés, des femmes et des minorités LGTB et l’antiracisme (N.D.L.R. : En France, c'est le cas de la France insoumise[7] et de la #Nupes[8]) !

 

Notes :

[0] Qui est Giorgia Meloni, la néofasciste qui s’apprête à gouverner l’Italie

[1Crise politique : le miroir électoral

[2] Les anciens SS ont reconstruit l'extrême droite française après 1945

[3] Marine Le Pen est contre la retraite à 60 ans et la hausse du SMIC

[4] Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes

[5] Le néo-libéralisme est le berceau de l’extrême droite

[6Mais pourquoi Olivier Faure du PS a t-il peur, en 2022, d'une baisse du FN/RN ?

[6bis] Présidentielles 2022 : ne cédons pas à la déception... la lutte continue !

[7] France insoumise

[8] La Nupes : Nouvelle Union populaire écologique et sociale

[9] Allons-nous continuer longtemps à fermer les yeux sur la montée du fascisme européen ? Italie, Hongrie, Pologne…

 

Pour en savoir plus :

- ÉTAT DES LIEUX DE L'EXTRÊME DROITE EN EUROPE

Le vote d’ouvriers et d’employés pour des candidats d’extrême droite : une problématique à ne pas esquiver

Jean-Luc Melenchon : Le moment brun doit être repoussé par l’action

- Suisse : la droite et l’extrême droite suppriment le salaire minimum

- Italie : le projet de Meloni, une restauration réactionnaire et libérale

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4 novembre 2022 5 04 /11 /novembre /2022 19:06
Jean-Luc Mélenchon : " Le mouvement France insoumise et son mode d’enracinement "

Les principes fondamentaux de la France insoumise[0]...

 

La France insoumise, un mouvement « gazeux » pour décrire la forme qui s’impose quand la « température » s’accroit par l’action populaire.

 

 

Je prolonge ici le fil des informations que je crois utile de donner sur la construction du Mouvement Insoumis.
C’est une exception de « la gauche », « radicale » ou pas, telle qu’elle se présente dans le monde. Sa forme, ses résultats et sa stratégie sont sans équivalent. Elle suscite un intérêt et des discussions un peu partout ici et là. Certes en France des articles et livres sporadiques (et très peu lus) se contentent d’en faire des caricatures absurdes et insultantes. Mais quelques exceptions ont aussi voulu comprendre le mécanisme en place chez les Insoumis autant sur le plan programmatique qu’organisationnel. Il arrive même que certains envisagent mon rôle personnel autrement que comme la caricature d’un gourou ou d’un nouveau Mao ou Jésus Christ comme l’a fait « Le Monde » ou « Maximilien Illich Mélenchon » comme l’a proposé «  Le Figaro » dans une contraction des prénoms de Robespierre et de Lénine. Je précise que je ne leur en veux nullement. Je trouve normal que ces journaux expriment la profondeur de leur pensée à la hauteur de celle qu’ils pensent être celle de leurs lecteurs. Ils les connaissent mieux que moi.

Ceci est donc la troisième partie de ce que je voulais communiquer sur ce sujet. Je pense en faire bientôt une de ces petites brochures qui peuvent être utiles a ceux qui militent dans nos rangs pour faire connaitre et aider à comprendre ce que nous essayons de faire.

 

 PREMIER ARTICLE SUR LA CONSTRUCTION DU MOUVEMENT INSOUMIS ICI 👉 : " NI PARTI NI AVANT GARDE, LE MOUVEMENT INSOUMIS "

 

 

Sources : Jean-Luc Mélenchon | mis à jour le 18/11/2022

 SECOND ARTICLE : LE MOUVEMENT ET SON MODE D'ENRACINEMENT

- Quel est le rapport entre la forme du mouvement et son projet politique ?
Je le résume à ma manière. C’est celle de l’un de ses fondateurs et non le moindre. La théorie de l’ère du peuple[1] et de la révolution citoyenne[2] postule que le peuple est le nouvel acteur de l’histoire à l’âge de l’anthropocène[3] et des huit milliards d’humains. Elle identifie ce peuple en trois formes (ce n’est pas la nomenclature de la géographie) :

  • le peuplement (le nombre des gens) ;
  • la population (les relations sociales qui les organisent) ;
  • et le peuple (moment où ils s’instituent et se constituent politiquement).

 

 

- Trois états d’une même réalité ?
Oui comme par exemple c’est le cas de l’eau. C’est à la fois un liquide, un solide, ou un gaz selon sa température tout en restant la même matière. De là le mot « gazeux » pour décrire la forme qui s’impose quand la « température » s’accroit par l’action populaire. Les processus de révolutions citoyennes dans le monde montrent partout sans exception le déroulement d’un processus en trois phases également :

  • instituante (« nous, le peuple nous demandons ceci ou cela ») ;
  • destituante (« qu’ils s’en aillent tous ») ;
  • et constituante (« il faut désormais faire comme ceci ou cela »).

De la population et des problèmes de son existence matérielle vient l’émergence du peuple politique.

 

 

- Le mouvement de la France insoumise est l’interface entre les deux états.

  • Il est éclaireur (des possibles) et déclencheur (d’actions) ;
  • Il ne vise pas à construire une avant-garde révolutionnaire mais à rendre possible par tous les moyens de la démocratie l’émergence d’un peuple lui-même révolutionnaire.

Sur le plan concret, le Mouvement se présente sous la forme d’une interface dans un continuum.

  • Ses élus sont la pointe avancée du processus de politisation du peuple ;
  • Ses candidats en sont le maillon immédiatement précédent ;
  • et ses groupes d’action la première forme d’expression populaire.

Nous avons donc pour structure de base les groupes d’action dont la composition est à la discrétion de ceux qui les forment. Eux sont les éclaireurs et les déclencheurs. Quant à la forme de représentation politique populaire préfigurant les assemblées citoyennes de quartier, nous les organisons à partir des circonscriptions ou nos députés sont élus ou bien où nos candidats même battus ont recueilli les suffrages populaires. Ce schéma a été adopté cet été au cours de nos AMFIS d’été et la première réunion de ce type s’y est tenue.

 

D’un côté il y a donc :

  • trois cent cinquante mille membres inscrits ayant parrainé notre programme et nos candidats. Ils définissent leur niveau d’engagement personnel de la simple lecture des circulaires internes à l’inscription dans un groupe d’action certifié ;
  • De l’autre, une représentation des millions de suffrages recueillis par les candidats réunis en assemblée populaire de circonscription. Entre les deux, les assemblées autour des candidats ou des Groupes d’action.

 


- Tout cela est continuellement en chantier.
Tout évolue au fur et à mesure des expériences vécues. En ce moment nous vivons une phase de réorganisation. En effet, nous vivons un nouveau choc de croissance assez désarticulant quand tant de cadres du siège central et des régions sont devenus députés. La création du groupe parlementaire à 75 est en effet par nécessité un processus qui prend du temps. Passer d’une addition d’individus qui souvent ne se connaissaient pas avant cela à une organisation cohérente n’est pas une affaire qui se règle d’un claquement de doigts comme dans une rédaction autoritaire. Il y faut beaucoup de fraternité et de bienveillance.

  • D’autant que le groupe n’est pas le Mouvement et ne peut plus être sa direction de court terme. Trop nombreux à 75 et trop occupés à organiser collectivement en deux heures et demie chaque semaine l’activité parlementaire.
  • D’autant plus encore que tous les membres du groupe ne sont pas des Insoumis.
    Certains appartiennent pour le reste à des partis autonomes et indépendants comme le Parti ouvrier indépendant (POI) de Jérôme Legavre, le Parti de Gauche, le parti réunionnais de Jean-Hugues Ratenon ou le parti de la Révolution écologique pour le vivant d’Aymeric Caron. Sans oublier « Picardie Debout » de François Ruffin qui a déposé depuis fin juillet un nouveau parti. D’autres constituent des groupes parallèles tandis que leurs membres animent des groupes d’action fondus dans le mouvement sans affichage comme les « communistes insoumis » (trois députés), « ensemble insoumis » (quatre députés). Certains n’avaient aucune appartenance en arrivant, pas même au Mouvement Insoumis.

 

 

- C’est toute cette diversité que le Mouvement fait vivre ensemble depuis désormais six ans soit à l’Assemblée soit dans le pays soit aux deux.
Et ça fonctionne...
Avec 17 députés issus de cinq partis sans majorité dans le groupe, je n’ai pas vu un seul vote divergent à l’Assemblée en cinq ans. La méthode a donc fait ses preuves pour garantir liberté et unité sans déchirements. Le seul impératif qui ne pardonne pas chez les insoumis, c’est de ne pas faire réellement le boulot pour lequel on a un titre de responsabilité. Ou pire : de le faire sans le souci du collectif. Evidemment il faut faire preuve d’esprit positif, de tolérance mutuelle à l’égard des « caractères » car la pâte humaine insoumise est assez évidemment faite de rébellion et de caractères offensifs… Et alors ? La preuve de la valeur du mouvement, ce sont ses résultats.

 

  • Les évolutions du mouvement[4] proposés à la validation des insoumis·es par la dernière Assemblée représentative ont été adoptées le 8 juillet 2019[5]. L’organigramme qui en résulte[6} est en évolution permanente et différentes pages et fonctionnalités complémentaires ont été ajoutées au fur et à mesure de leur constitution.

 

 

- Nous irons plus loin dans les voies de l’innovation et de la perpétuelle remise en cause de nos méthodes.
Mais pas pour céder aux injonctions médiatiques. Par sens des responsabilités.

  • Nous sommes désormais la grande et première force de gauche. Nous sommes une des rares exceptions à l’effondrement général de la gauche en Europe.
  • En France, les partis de gauche traditionnels se sont effondrés en dessous de la barre des 5% aux présidentielles.

Nous devons assumer notre rôle. Ni une secte, ni un terrain de jeu, ni une avant-garde, ni un de ces partis enfermés dans le dialogue interne et voués aux manipulations médiatiques et groupusculaires. Notre but est de tout changer dans ce pays et de nous en donner les moyens sans régresser dans les impasses politiques et organisationnelles qui ont détruit successivement le Parti communiste comme le Parti socialiste et paralysent EELV.

 

🖍Entré dans une phase de réorganisation, notre ambition est la pérennité d’un très grand mouvement collectif dans lequel nous saurons une fois de plus nous dépasser comme nous l’avons fait déjà tant fois en si peu d’années.

 

 

POUR UNE MAJORITÉ POPULAIRE Renforcer la France insoumise pour gagner !

 

 

TROISIÈME ARTICLE ICI 👉 : VOICI LA NOUVELLE ORGANISATION DU MOUVEMENT PROPOSÉE ET VALIDÉE PAR L'ASSEMBLÉE REPRÉSENTATIVE DU 10 DÉCEMBRE 2022

🖍La France insoumise n’existe jamais pour elle-même mais toujours pour la mise en mouvement du peuple avec un objectif :  « se réorganiser pour aller chercher ceux qui manquent ».

 

 

Notes :
[0] Les principes de la France insoumise

[1Jean-Luc Mélenchon travaille depuis plusieurs années à l’élaboration d’une théorie universelle correspondant au retour du Peuple sur la scène politique au 21ème siècle. Cette théorie n’est pas encore achevée : Jean-Luc Mélenchon l’enrichit et l’ajuste depuis plus de 7 ans. Régulièrement, il la présente en conférences (Mexique, Espagne récemment) et partage ses réflexions avec les intellectuels et penseurs qu’il rencontre : L’ère du peuple " : sortie de la version 2016 de poche

[2] Révolution citoyenne ?

[3L'Anthropocène est une nouvelle époque géologique qui se caractérise par l'avènement des hommes comme principale force de changement sur Terre, surpassant les forces géophysiques.

[4] « La France insoumise, un mouvement évolutif »

[5] L’Assemblée représentative de la France insoumise se déroulait les Samedi 22 et dimanche 23 juin 2019

[6] La France insoumise, comment ça marche ?

 

Pour en savoir plus :

- Jean-Luc Mélenchon : " Contre la minorité gouvernementale... pour un nouveau Front populaire ! "

Jean-Luc Mélenchon : " ...La stratégie de la conflictualité part de l’idée que c’est par le conflit que l’on découvre un autre aspect de la réalité et donc la nécessité de l’alternative. Elle est productrice de conscience. Mais personne n’a dit que la production de conscience devrait déboucher sur la violence révolutionnaire. Elle doit déboucher sur de la radicalité politique, ce qui n’est pas synonyme de violence révolutionnaire. C’est pourquoi le cœur de ma stratégie, celle de la révolution citoyenne, c’est le processus constituant. Au sens ultra traditionnel, c’est-à-dire le peuple s’auto-constitue en faisant une assemblée constituante. Alors ça ne marche pas toujours génialement. Mais pour moi, il n’y a pas de stratégie alternative... "

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26 octobre 2022 3 26 /10 /octobre /2022 17:36
Jean-Luc Mélenchon :  " Ni parti ni avant-garde, le mouvement insoumis "

Comment les choses se passent réellement chez les insoumis ?

 

Un Mouvement et non un parti,... le modèle des « courants » n’en est pas un pour nous.

 

 

Jean-Luc Mélenchon : ici je traite du Mouvement « La France insoumise[1] ».
Ma formule sur le caractère « gazeux » du Mouvement dont j’ai parlé il y a quatre ans dans une interview revient sans cesse. Et quelques commentateurs en déduisent des conclusions conformes à leur propre engagement politique hostile aux insoumis.
Le mieux donc est de fournir les données pour expliquer comment les choses se passent réellement chez les Insoumis.
Ainsi chacun pourra se faire sa propre idée. Sur nous et autant sur l’honnêteté intellectuelle des campagnes de dénigrements permanents dont nous faisons l’objet.

 

 

Sources : Ni parti ni avant-garde, le mouvement insoumis par Jean-Luc Mélenchon | mis à jour le 01/11/2022

 PREMIER ARTICLE SUR LA CONSTRUCTION DU MOUVEMENT INOUMIS
- Le mouvement insoumis est une construction sans précédent en France.
En Europe, il est unique. Il est beaucoup regardé dans la « gauche radicale » des divers continents. En effet, son fonctionnement ne correspond à rien de connu jusque-là. Après des années d’articles, colloques et tribunes verbeuses sur la nécessité de « dépassement de la forme parti », quand un exemple concret se présente peut-être faut-il d’abord l’observer sans trop d’idées préconçues. Nos résultats en moins de dix ans devraient le suggérer au lieu d’en rester aux absurdités répétées à notre encontre en général et au mien en particulier. Mais pour être bien compris j’ai besoin d’abord de faire constater à nos lecteurs le niveau des affabulations colportées à notre sujet.

 


- « Chez les verts, au PS, les militants sont appelés à voter pour choisir leur numéro 1. Pas chez vous, pourquoi ? ”
Ainsi m’agresse dès sa première question Astrid de Villaines du Huffingtonpost, dans l’émission « Dimanche en Politique » devant près d’un million de téléspectateurs. C’est faux ! Mais elle s’en moque. Les faits, quelle importance ? La légende est servie. Ce n’est pas le seul cas loin de là. Dans « Le Monde » c’est le dénigrement permanent sur ce sujet en plus de l’open bar à qui veut dire du mal des Insoumis et/ou de moi. Le plus souvent c’est à coup de témoins qui « préfèrent garder l’anonymat ». Pourquoi seraient-ils anonymes ? Quels risques courent-ils ?


📌 La réalité occultée à notre sujet est à l’inverse de ce qui est rabâché.
Commençons par le plus simple. Pas élus nos responsables ? C’est l’inverse : tous sont élus. Tous et toutes. Sans exception.

  • La présidente du groupe et tout le bureau du groupe à l’Assemblée nationale ont été élus par les députés du groupe. Le bureau se réunit chaque lundi et le groupe chaque mardi.
    • Ils définissent eux-mêmes leur stratégie et contenu par consensus, tirage au sort et parfois par vote ;
    • Même situation au Parlement européen pour les deux présidentes de la délégation française insoumise et du groupe international européen « Gauche Unie[2] » ;
    • Idem pour le « coordinateur » élu par la coordination des « espaces » (secteurs d’action) du mouvement. Leurs représentants sont eux-mêmes élus dans ces « espaces ». Cette coordination se réunit toutes les semaines. Ses décisions sont appliquées sans autre filtre ;
    • Le personnel du siège, les organes d’expression du mouvement sont réunis une fois par semaine pour des bilans de séquence ;
    • La fédération d’élus insoumis et apparentés élit son bureau national. Toutes les directions de secteur du Mouvement sont en doublon mixte (femme/homme). Les votes se font sur candidatures ou proposition des uns ou des autres. Le critère ? Être « connu·e et reconnu·e » comme actif. C’est-à-dire faisant « le boulot » et surtout « travaillant en collectif ». C’est pourquoi parfois l’élection n’est pas le seul moyen d’avoir des responsabilités au mouvement insoumis. Se proposer pour prendre en charge une tâche est parfois une voie simple et directe d’accès aux responsabilités. Il a bien fallu faire comme ça au début de notre activité.

🔴 En tous cas, il n’est pas question ici de répartition entre états-majors de courant, ni de factions, ni de club de supporters, ni de vedette frivole, ni de titre ronflant sans engagement personnel ni résultats.


📌 Et le Mouvement dans son ensemble ?
Il tient des Conventions nationales à la cadence d’une tous les deux ans. Ses membres sont en parti élus par le secteurs d’action, et en partie (majoritaire) tirés au sort. De même pour les « Assemblées représentatives » (selon les besoins et les urgences, trois depuis cinq ans) ou les Assemblées représentatives des Groupes d’action dont les membres sont tirés également au sort.

 


- Un Mouvement, comme un Parti, a trois problèmes à régler dans la Cinquième République.
Le programme, la stratégie et les candidatures aux élections.

Normalement, la discussion et la pluralité des avis portent sur ces trois sujets pendant des périodes déterminées. Le harcèlement médiatique a créé un déballage permanent très personnalisé sans règles ni limites rendant impossible toute maturation interne.

  • Le programme :

Au contraire, chez les insoumis le programme fait l’objet d’une actualisation permanente. Un processus sérieux et tranquille depuis 2012 conclut par des votes en lignes. La mise à jour se fait par trois voies.

- D’abord le processus d’amendement au fil des textes de lois, rapports et commissions d’enquête à l’Assemblée nationale.

- Puis par les sessions ouvertes d’amendement en lignes (3000 amendements venus de cette façon à chacune des deux étapes dans l’édition actualisée en 2020 et 2021) et un processus de consultation populaire[4].

- Enfin par le travail de mise au point des « livrets thématiques » au long de l’année.

 

Qui fait mieux ? Plus ouvert ? Plus collectif ?  Plus productif ? Et sans déchirement.

 

  • Voyons la stratégie à présent :

Cette question a été tranchée avec la conclusion de l’accord NUPES. Mais la ligne unitaire avait été mise en échec à trois reprises auparavant d’abord avec l’offre de Front populaire[3] puis ensuite avec le Big Bang au lendemain de l’élection européenne. Le cap fut tenu et atteint dans sa forme la plus claire : adoption d’un programme partagé de 640 mesures de rupture et un accord électoral de candidat unique dès le premier tour.

 

  • Autre sujet qui génère toujours son lot de mécontents (aussitôt médiatiquement encouragés pour divertir le public) : les candidatures aux élections nationales, européennes ou législatives :

✅ Chez les Insoumis, ces candidatures sont établies à partir des listes de propositions remontées du terrain et des groupes d’action ou des propositions de la commission nationale.

- D’abord soumises à des équipes territoriales dont les membres sont aux 2/3 tirés au sort ;

- Elles sont au final tranchées par un comité électoral national. Celui-ci met en application les critères de choix établis par le mouvement (et parfois par la loi) : sociaux professionnels, parité, diversité, âges, etc..

 

Faut-il regretter le résultat ainsi acquis ? Les groupes parlementaires élus ne sont-ils pas plutôt une réussite de variété professionnelle observée par tout le monde ?

 

✅ La candidature à l’élection présidentielle ?
En 2022, les groupes parlementaires se sont réunis. La question a été posée devant eux de savoir qui était candidat. Je fus le seul. J’avais auparavant consulté en ligne (20 000 réponses)[5] sur cette hypothèse (je n’en étais pas convaincu). Puis ma proposition a été acceptée. À l’unanimité. Elle fut ensuite subordonnée au recueil préalable de 150 000 parrainages. Puis une fois ceux-ci acquis il y eut le vote d’une Convention nationale à Reims[6] qui fut également unanime. Ni lutte de clan, ni cliques, ni marchandage.

 

Faut-il le regretter ? Le résultat de 2017 comme celui de 2022 ne montrent-ils pas l’efficacité de ces méthodes ouvertes plutôt qu’aux lamentables primaires auto destructrices pour ceux qui les pratiquent ? Qui fait mieux ? Quel modèle devrions-nous imiter ? Il n’y a en a pas. C’est plutôt nous qui servons de référence pour des tas d’organisations (si nos renseignements sont bons).

 


- Il n’y a pas de « courant » dans le Mouvement Insoumis.
Nous n’en avons pas voulu dès la fondation. Nous n’en voulons toujours pas.

  • On voit chaque jour le résultat du modèle de fonctionnement sur la base des courants : de micro parti dans le parti, s’entredétruisant à longueur de confidences à la presse et réduisant à néant le travail des équipes militantes par des querelles vénéneuses et opaques.
  • Il tourne pour finir à la compétition de simples écuries présidentielles ou à la salle des enchères pour les postes éligibles.
  • La situation actuelle du PS et d’EELV et le pilonnage médiatique qu’ils subissent à cause de cela ne nous fait pas rêver. Dérapages internes et manipulations médiatiques ne sont pas séparables.
  • L’expérience montre comment loin d’être un moyen de démocratie cette pratique est au contraire un obstacle complet au travail collectif. Bien sûr cette façon de faire à une histoire honorable dans le passé. Mais elle correspond à un état de la société et de la « forme parti » qui n’a plus de réalité.
  • Les courants n’existaient autrefois qu’au PS. Ils étaient d’abord d’authentiques passerelles entre le monde salarial et associatif. Un milieu très développé à l’époque, implanté et structuré dans une population qui l’était tout autant. La pluralité de la presse accomplissait alors un travail civique d’animation du débat. Cette époque est révolue en tous points. La société est socialement explosée et la presse est à 90 % dans les 9 mains de gens qui pensent et veulent la même chose[7].

🔴 Nous avons donc fait un autre choix d’organisation en analysant notre époque et l’inadaptation de la « forme parti » face à notre projet politique et à l’état de notre société. 

Et d’abord celui d’être un Mouvement et non un parti.

  • Dans ce cas la seule référence commune « obligatoire » est le programmeTous sont appelés à travailler à son perfectionnement et à sa victoire. A rien d’autre.
  • Tout le reste est à la libre appréciation de chacun. Nous n’avons aucun « passé commun » à défendre, aucune prophétie à réaliser, aucune propriété exclusive de nos idées. Nous sommes provisoires et conscients de l’être dans un moment très spécial de réorganisation générale de la société et de l’action politique.


La pluralité des opinions et des analyses n’a de sens que sur les points où une décision doit être prise.

  • C’est le cas de la discussion sur le programme ou la stratégie. Comme je l’ai dit nous avons réglé cette question d’une manière originale : « au long cours » au fil de l’année et des travaux des députés et des livrets thématiques, puis au cours des sessions de réactualisation.
  • Aucune autre formation politique n’accorde une telle place et un tel pluralisme à la définition de son programme. Un sondage a montré comment l’adhésion au programme était la première motivation pour 80%[8] du vote insoumis. C’est un très grand succès pour nous et une puissante motivation pour persévérer.

 


- Ainsi le modèle des courants n’en est pas un pour nous.
Il ne correspond ni à la « forme Mouvement » ni à la nature de la liaison de celui-ci avec la société telle que nous les concevons. Nous en avons eu la confirmation avec l’évolution de nos amis de PODEMOS. Leur mouvement a choisi pour finir d’adopter le système des courants (« plateformes ») avec prime au vainqueur, secrétaire général et interdiction de la « double militance » dans un autre parti. Nous ne sommes pas intéressés à reproduire ce qui en est résulté. Notre formule a fait ses preuves. Elle continue d’évoluer autant que possible en dépit des pressions ininterrompues de certains médias dans laquelle je vois pour ma part une volonté de prendre le pouvoir sur nous ou de nous désorganiser pour le seul profit des objectifs de leurs propriétaires. Le comprendre nous aide à n’en tenir aucun compte.

 


- Ce qui fédère concrètement le mouvement, ce qui rend possible sa cohésion et sa discipline de travail, c’est l’action.
Tout le reste est du domaine de la libre détermination de chacun (références théoriques, philosophie, lien dans l’histoire). Y compris pour ce qui concerne la structure de base qu’est le groupe d’action : chacun peut créer ou quitter celui de son choix.

Cela peut parfois comporter des inconvénients comme :

  • lorsque des gens s’approprient mon nom pour créer des groupes Facebook ou autre.
  • Ou quand des gens s’approprient le nom Insoumis ou notre sigle ici ou là pour des aventures locales ou des règlements de comptes.

Ce n’est pas si dur à régler en bonne intelligence. Mais le régime de liberté générale et d’incitation à l’initiative spontanée (« la consigne est : n’attendez pas les consignes ») à d’innombrables vertus. Je les mesure d’autant mieux quand je regarde autour de nous. Ou quand je me réfère à mes propres souvenirs au PS. En effet les gens ne savent pas combien les courants soit-disant « garants de la démocratie » sont peu démocratiques avec ceux qui les composent. Notre système met notre fonctionnement hors de portée du star système, des gens qui marchandent leur pouvoir de nuisance des pique-assiettes et des ralliés de la vingt-cinquième heure.

  • L’action qui nous unit c’est celle des campagnes d’opinion et de mobilisations.

Celles-ci sont déterminées par des consultations en ligne. Ce sont ensuite nos participations à des luttes déclenchées sur le terrain par les uns et les autres et spécialement par des collectifs de citoyens. Et enfin ce sont les campagnes électorales puisque c’est le lieu de la démocratie républicaine. Cela forme un tout cohérent sur le plan doctrinal et politique. Mais cela insupporte aussi. « Le Monde » enrage : “ L’action, la campagne permanente une méthode efficace qui a aussi permis à LFI et sa direction d’éviter les débats et les discussions ”. Sans commentaire.

 


- Je ne regrette pas cette longue description. 
Il m’a paru utile de la faire pour qu’on comprenne mieux comment nous essayons de construire d’un genre si différent. Des personnes qui me lisent auront sans doute l’idée de la diffuser à l’occasion quand on reverra paraitre des caricatures fielleuses comme on en trouve dans « Le Monde » chaque fois qu’il est question de notre mouvement ou de moi.

 

 

SECOND ARTICLE ICI 👉 : LE MOUVEMENT FRANCE INSOUMISE ET SON MODE D'ENRACINEMENT

🖍Dans le second article, Jean-Luc Mélenchon traite de la forme du Mouvement en relation avec son fondement théorique dans la thèse de l’Ere du peuple[9]. Où l’on trouve l’explication du mot « gazeux » à propos du Mouvement.

 

Notes :

[1] La France insoumise fondée fondé le 10 février 2016

[2] Groupe de la Gauche au Parlement européen

[3] Jean-Luc Mélenchon : " Contre la minorité gouvernementale... pour un nouveau Front populaire ! "

[4] La consultation populaire a pour objectif d’auditionner un maximum de personnes partout en France, dont les contributions participeront à la réflexion programmatique autour de L’Avenir en commun.

[5] Jean-Luc Mélenchon demande leur avis à ses militants sur une éventuelle candidature en 2022

[6] Convention de l’Union Populaire de Reims

[7] Est-il vrai que « 90% des grands médias appartiennent à neuf milliardaires » ?

[8] sondage réalisé le 10 avril 2022, jour du scrutin par Ifop-fiducial pour TF1 et LCI 

[9] Jean-Luc Mélenchon travaille depuis plusieurs années à l’élaboration d’une théorie universelle correspondant au retour du Peuple sur la scène politique au 21ème siècle. Cette théorie n’est pas encore achevée : Jean-Luc Mélenchon l’enrichit et l’ajuste depuis plus de 7 ans. Régulièrement, il la présente en conférences (Mexique, Espagne récemment) et partage ses réflexions avec les intellectuels et penseurs qu’il rencontre : L'ère du peuple

 

Pour en savoir plus :

- FAQ sur la stratégie d’opposition du groupe LFI

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15 octobre 2022 6 15 /10 /octobre /2022 13:17
+1470% d’augmentation des aides publiques consacrées à nos (grandes) entreprises en 40 ans

C’est un secret bien gardé à Bercy : le montant des " aides " publiques dont bénéficient les entreprises  : 157 milliards d'€ par an c'est le " pognon de dingue " que nous coûtent nos grandes entreprises[0] !

 

 

Le coût du capital. Chaque année, l’État déverse au moins 157 milliards d’euros d’aides publiques aux (grandes) entreprises, sans aucune contrepartie[1]. Un pognon de dingue dénoncé aussi par la CGT[1bis]. Un chiffre choc révélé par des chercheurs du Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques (Clersé)[2], à la demande de l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires). Un chiffre qui représente au moins 41% du budget de l’État selon l'Ires[3]. Deux fois le budget de l’Éducation nationale. Un chiffre sous estimé, et en folle explosion.

Les chercheurs de l’Ires estiment à 8,4 % du PIB le montant total des aides publiques reçues par les entreprises[3] souvent inefficaces (CICE, CIR) et injustes (régime " mère-fille "[3bis])...
L’évolution du coût du capital en France donne en effet le tournis : il passe de moins de 10 milliards d’euros en 1980, à 157 milliards aujourd’hui. Une augmentation de 1470% ! Un chiffre qui serait de plus sous estimé, selon l’économiste Mathieu Cocq. Si on ajoute à ces 157 milliards d’aides publiques aux entreprises (qui vont essentiellement aux grands groupes du CAC40, pas aux PME), les « mesures déclassées » (des mesures qu’on décide de ne plus compter, considérant qu’il s’agit de la nouvelle norme fiscale), on arrive à plus de 200 milliards d’euros. 200 milliards chaque année ! Et ce, sans contrepartie sociale ni environnementale.

Alors que le débat public se focalise largement sur le « coût du travail », la fraude sociale (700 millions d’euros par an), les « assistés », la « gauche des allocs[4] », il est capital de démasquer les parasites d’en haut, les responsables de la crise sociale et climatiques, dont on ne parle jamais, qu’on ne voit jamais. Pourtant, eux, pour le coup, nous coûtent vraiment un pognon de dingue.

 

Sources :  l'Insoumission et alternatives-économiques | mis à jour le 17/11/2022

- +1470% d’augmentation des aides publiques consacrées à nos (grandes) entreprises en 40 ans
« Vous voyez ce que ça fait déjà un million Larmina ? ». Cette réponse sexiste du film OSS117 a au moins le mérite de poser la question de l’échelle de grandeur. Qui, parmi nos lecteurs, se représente ce que ça fait un milliard ? Déjà, qui se représente ce que ça fait un million ? Qui a un millier d’euros sur son compte à la fin du mois ? Certains grands groupes, arrosés de milliards d’argent public ont des milliards. L’argent du contribuable, votre argent.


Parlons milliards. En 1979, le montant des aides publiques aux entreprises représentait 9,72 milliards d’euros. Déjà beaucoup. Une étude du Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques (Clersé), commandé par l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires) et par la CGT, va vous faire tourner la tête. Son manège à elle, c’est d’apporter au débat public le coût du capital. On parle à longueur d’antennes du « coût du travail », ou encore des « assistés » (d’en bas), mais jamais de ce que nous coûte ceux d’en haut.

  • Ce coût, il a explosé en 40 ans : un bond de plus 1470% ! Le coût du capital représentait en 2019… 156,88 milliards d’euros (cf graphique ci-dessous).

 

+1470% d’augmentation des aides publiques consacrées à nos (grandes) entreprises en 40 ans

 

- 157 milliards déversés sans aucune contrepartie éthique, sociale ni environnementale : faites ce que vous voulez mes Seigneurs, mais que ça ruisselle !
157 milliards c’est le chiffre que vous devez retenir pour vos futurs débats autour de la buche de noël avec votre oncle de droite. Tonton, le CAC40 que tu défends, qui crée de l’emploi, il nous coûte un pognon de dingue.

livret-10-Contre-parties.pdf

Et ces milliards et ces milliards, ils sont déversés sans aucune contrepartie (les exigences portées par les insoumis : " Pas d’argent magique sans contreparties éthiques, sociales et écologiques : nos 10 propositions pour conditionner les aides d’Etat aux grandes entreprises ! " étant rejetées par le gouvernement).

 

Vous pouvez être arrosés de milliards d’argent public, du contribuable, et « en même temps » reverser des milliards de dividendes et licencier. Mais Bruno Le Maire, notre gentil ministre de l’Économie vous enjoindra, les mains jointes et à genoux, d’être gentil et de partager un peu le magot.

 

Vous pouvez même lui dire à Tonton, que ce chiffre de 157 milliards, il est bien sous estimé. Nos grandes entreprises, nos grands seigneurs entrepreneurs, nous coûte encore plus d’oseille, si on on ajoute à ces 157 milliards les « mesures déclassées » (des mesures qu’on décide de ne plus compter, considérant qu’il s’agit de la nouvelle norme fiscale), on arrive à plus de 200 milliards d’€. 200 milliards chaque année !

 

+1470% d’augmentation des aides publiques consacrées à nos (grandes) entreprises en 40 ans

 

- 200 milliards d’euros... 8% du PIB en 2019... 41% du budget de l’Etat.

📌 Cliquez sur l'image 👇 pour accéder au détail

Total des aides aux entreprises en France, en % du PIB et du budget de l'Etat

Alors tous les libéraux qui lisez, nombreux, l’insoumission, indignez vous ! Pour réduire la dette publique (surtout ne vous attaquez pas à la dette privée et aux bulles spéculatives, d’où sont venues toutes les dernières crises financières), il faut réduire, mesdames et messieurs les libéraux, les milliards d’euros déversés sur les grands groupes. De l’argent il y en a, dans l’argent gaspillé par l’État.

 

Pour financer, enfin, la bifurcation écologique de notre modèle économique, pour financer, enfin, un vrai plan de sauvetage de l’Hôpital Public et de l’Éducation nationale, des milliards, il y en.

 

Qu’on aille les chercher. Qu’on détourne, enfin, la grande diversion médiatique organisée par le capital, de la fraude sociale (700 millions d’euros), de la gauche des allocs, du « coût du travail », vers les parasites d’en haut. 63 milliardaires polluent plus que la moitié des Français. 5 milliardaires détiennent autant que 27 millions de Français. Le grand capital vous exploite vous, et détruit la planète. Et il nous coûte un pognon de dingue

 

  • Alors que le gouvernement veut faire des économies sur le dos des chômeurs, des retraités,... à quand le grand ménage dans les aides aux entreprises ?
  • Partagez pour faire comprendre aux " gens " que les adversaires du peuple ne sont pas dans les piquets de grève !

 

 

 

🔶   A MÉMORISER !

Le secteur privé coûte au contribuable bien plus cher que nombre de services publics.

C’est deux fois le budget de l’Education nationale, et cela représente 30% du budget de l’État en 2021.

 

La grande subvention : Le capitalisme français sous perfusion

 

---------------------

 

 

TIENS AU FAIT.....

 

- " Jour du dépassement capitaliste : à partir de ce 22 septembre 2022, vous travaillez pour... les actionnaires " titrait Marianne[5]

Comme tous les ans, le 22 septembre marque l’anniversaire de la proclamation, en 1792, de la République. Elle n’est alors pas encore « sociale », mais la Fraternité s’apprête à rejoindre l’Égalité et la Liberté dans la trinité républicaine.
Ironie du calendrier, cette année, la date coïncide avec le jour du dépassement capitaliste pour les salariés.

  • À partir de ce jour d’équinoxe, les salariés des multinationales françaises bosseront uniquement pour rémunérer les actionnaires des sociétés du CAC 40.
  • En dix ans, ils ont capté 45 jours supplémentaires... En détail ci-dessous...

 

"Jour du dépassement" capitaliste : à partir de ce 22 septembre, vous travaillez pour... les actionnaires

 

Notes :

[0Des chercheurs lillois chiffrent à au moins 157 milliards d’euros par an les aides publiques à destination des entreprises, ce qui en fait le premier poste du budget de l’État.  

[1Gavage d’argent public aux entreprises qui licencient : on continue sans contreparties ?

[1bis] Le capitalisme sous perfusion d'aides publiques

[2] Un capitalisme sous perfusion. Mesure, théories et effets macroéconomiques des aides publiques aux entreprises françaises

[341% du budget de l'Etat est consacré à des aides aux entreprises souvent inefficaces (CICE, CIR) et injustes (régime "mère-fille").
Les chercheurs de l’Ires estiment à 8,4 % du PIB le montant total des aides publiques reçues par les entreprises.

[3bisLe régime mère-fille est une option fiscale utilisée dans les groupes de société permettant de limiter les impacts fiscaux. La société mère jouit d'une exonération d'impôt sur les sociétés sur ces distributions à l'exception d'une quote-part de 5% pour les frais et les charges.

[4] La faute de Fabien Roussel secrétaire national du PCF

[5] " Jour du dépassement capitaliste : à partir de ce 22 septembre 2022, vous travaillez pour... les actionnaires " titrait Marianne

 

Pour en savoir plus :

- " CGT : Profits, il faut redistribuer les richesses aux travailleurs qui les créent "

- Vol au-dessus d’un nid de dividendes : Bernard Arnault, 1er assisté de la République

- Casse du siècle : Rodolphe Saadé, l’homme qui a pris 30 milliards d’euros en une année de Covid

- Carrefour : 8 millions d’euros pour Alexandre Bompard, l’équivalent de 300 années de travail d’un salarié

- Ces dix dernières années, Total a touché plus d’argent de l’Etat qu’il n’a payé d’impôts sur les sociétés en France. Malgré des bénéfices record et sans jamais être inquiété par le fisc.

- Le classement des super-profiteurs : ce tableau que les ultra-riches veulent cacher

- Patrick Drahi : super-profits, super-censure

- L’État néolibéral assure la sécurité sociale du capital

- La grande subvention : Le capitalisme français sous perfusion

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11 octobre 2022 2 11 /10 /octobre /2022 10:02
5/10/1789 Parisiennes vont chercher le roi à Versailles

5/10/1789 Parisiennes vont chercher le roi à Versailles

Jean-Luc Mélenchon : « L’onde de choc de la Révolution de 1789 n’est pas épuisée »[0]

 

« Ainsi, faire référence à la Révolution française serait devenu du fascisme », par Alexis Corbière[1]

 

« Le 5 et le 6 octobre 1789 les femmes marchent sur Versailles contre la vie chère. Elles ramènent le roi la reine et le dauphin de force à Paris sous contrôle populaire. Faites mieux le 16 octobre. ». Ce tweet de Jean-Luc Mélenchon, fait il y a quelques jours avait vocation à appeler à participer à la marche contre la vie chère et l’inaction climatique. Sa référence historique, un épisode connu de la Révolution française, pouvait sembler assez banal à qui est familier des discours du leader insoumis ou même du mouvement social traditionnel français.... et pourtant elle a provoqué l’indignation de la majorité et l’embarras d’une partie de la gauche[2].

 

 

Sources :  l'Insoumission par Antoine Salles-Papou | mis à jour le 04/11/2022

- La référence à 1789 est en effet un trait commun aux grands meetings insoumis, aux cortèges syndicaux et aux manifestations gilets jaunes.

Le 5 et le 6 octobre 1789 les femmes marchent sur Versailles contre la vie chère. Elles ramènent le roi la reine et le dauphin de force à Paris sous contrôle populaire. Faites mieux le 16 octobre.

Rien de particulièrement provocateur à priori. Pourtant, le tweet a suscité des réactions indignées et même affolées de la part de représentants politiques, intellectuels et journalistiques du pouvoir macroniste... et l’embarras d’une partie de la gauche. Olivier Véran, porte-parole du gouvernement, a parlé « d’appel à la violence sociale ».

 

Quant à Aurore Bergé, présidente du groupe du Président à l’Assemblée nationale, elle carrément jugé qu’après son tweet, Jean-Luc Mélenchon n’était « pas crédible pour continuer à être un homme politique ». Pour elle, il s’agit ni plus ni moins d’un appel à « la guillotine » et de « mots que l’on a pas le droit d’employer ». Le grand intellectuel et ami d’E. Zemmour, E. Naulleau a réagi avec mesure : « avec cet appel à l’émeute et au meurtre, Jean-Luc Mélenchon quitte à jamais le champ républicain ».

 

 

- Bien sûr, il y a dans ces mots excessifs une part surjouée, une tactique pour décrédibiliser par avance la mobilisation de la NUPES[3] contre la vie chère et l’inaction climatique prévue le 16 octobre.
Mais elle est assez maladroite quand on y pense. Car son effet a été plutôt de mettre en lumière la date de la marche et de replacer le clivage politique entre la macronie et la NUPES et sur le champs social. De plus, il n’est pas certain que les insoumis et leurs alliés qui cherchent à mobiliser pour cette manifestation soient choqués par la référence à la marche des femmes de 1789. C’est même plutôt le contraire qui est certain.

 

De ce point de vue, on peut penser que la réaction du pouvoir était plus épidermique que contrôlée. Quelque chose de plus que le simple calcul politique se joue ici. Dans l’exagération ridicule des réactions à un simple tweet, il se montre une sincérité dans le dégout, la haine ou la peur suscités par la référence révolutionnaire. Cet épisode n’est pas sans rappeler un autre. C’était au début du premier mandat d’Emmanuel Macron. La France Insoumise avait organisé une marche contre la réforme du code du travail[4].

 

"C’est la rue qui a abattu les rois, c’est la rue qui a abattu les nazis…": l’anaphore de Mélenchon contre Macron

Jean-Luc Mélenchon avait dans son discours à cette occasion énuméré tout ce que “ la rue ” avait accompli dans l’histoire contemporaine française en commençant par la Révolution en finissant son énumération par “ la défaite des nazis ”[5]. Là encore l’évocation d’un récit historique nationale où le peuple tient une place centrale et glorieuse avait tordu d’indignation et de colère les macronistes.

 

Ils avaient criés ensemble à la « fake news », à la réécriture de l’histoire et à la sortie du champs « républicain ». Encore une fois : que les représentants du bloc bourgeois attaquent ceux du bloc populaire est normal et attendu. La question est plutôt : pourquoi l’attaquer là dessus ? Ou dit autrement : pourquoi détestent-ils tant la Révolution française ? 

 

 

- L’esprit revanchard de la bourgeoisie française
Il y a un état d’esprit particulier de la bourgeoisie française. Le macronisme[6] l’incarne parfaitement. Cet état d’esprit on pourrait le caractériser d’un seul mot : revanchard. Depuis le début de l’ère néolibérale, la bourgeoisie française a longtemps eu l’impression d’être à la traîne dans les “réformes” à accomplir. Justifié ou pas, ce sentiment est tellement fort qu’il fait partie désormais des lieux communs les plus partagés au sein de la bourgeoisie française.

 

Elle jalouse ses homologues anglo-saxons, d’Allemagne ou d’Europe du nord. Et elle utilise fréquemment les mots “ archaïque ”, “ en retard ” ou “ irréformable ” pour désigner l’état de son propre pays, signe de sa grande frustration. Cet état d’esprit vient de plusieurs événements traumatiques qui ont démontré la capacité de résistance populaire relativement plus grande en France que dans d’autres pays.

  • D’abord, au début des années 1980, alors que Thatcher et Reagan triomphaient au Royaume-Uni et au États-Unis, le peuple français portait à la victoire la gauche sur un programme radical : le programme commun socialistes-communistes[7].
  • Même s’il y a eu le tournant de 1983 et même si l’esprit du programme commun n’y a pas survécu, cette victoire de 1981 a laissé des traces. Elle explique la relative lenteur à mettre en place certaines réformes néolibérales en France. Certains des acquis de 1981, en total contradiction avec le mouvement de réforme du capitalisme ont même duré 30 ans comme la retraite à 60 ans. Ensuite, il y a eu plusieurs mouvements sociaux victorieux contre des réformes néolibérales.
Le Non français au traité constitutionnel européen (mai 2005) Sur deux lectures « polaires » du scrutin

On peut penser en particulier au retrait de la loi sur l’université en 1986 ou aux grandes grèves de 1995. Même à la fin des années 1990 et au début des années 2000, il y a encore des victoires politiques pour le camp antilibéral. Le gouvernement Jospin intègre des ministres communistes et fait les 35h, même s’il y aussi des éléments plus en phase avec le capitalisme mondial dans son bilan. Et en 2005, le référendum sur la constitution européenne, qui voulait valider l’inscription dans le marbre des principes ordo-libéraux, a donné la victoire au “ non ”[8].

 

 

 - De sorte qu’en mettant à la suite tous ces évènements, on peut dire que le peuple français a une histoire particulière de résistance au rouleau compresseur néolibéral, en tout cas à l’intérieur de l’espace européen / nord-américain.
Comme le montrent des économistes comme Bruno Amable et Stefano Palombarini, ceci explique les chemins particuliers pris par le néolibéralisme à la française, par lesquels les blocs de droite et de gauche ont essayé tant bien que mal de retarder certaines transformations et qui finissent par la cristallisation d’un bloc bourgeois.

 

Avec Macron, la bourgeoisie française a enfin trouvé son petit Thatcher à elle, celui qui ne reculera pas devant les oppositions populaires et qui pourra enfin adapter l’économie française à la mondialisation[9]. Elle tient enfin sa revanche. Sauf que c’est totalement à contre-temps. Elle a la mentalité des bourgeoisies anglo-saxonnes des années 1980 mais 40 ans plus tard. Macron mène, au nom de son bloc bourgeois, un combat d’arrière garde avec une posture d’arrière garde et des méthodes d’arrière garde.

 

La bourgeoisie française, du fait de son obsession pour le “ retard français ” est elle-même devenue arriérée. Par définition, elle n’est pas équipée pour faire face aux problèmes contemporains puisqu’elle se croit encore dans une autre époque. 

 

 

- Le problème du national-populaire

Révolution passive

Cette spécificité a des conséquences sur son état mental, sur son imaginaire et sur les imaginaires qu’elle est capable de déployer comme élite de la société. En France, la transformation néolibérale a bien eu lieu avant l’arrivée de Macron, et même depuis les années 1980, mais sous la forme d’une “ révolution passive[10] ”, pour reprendre une expression du communiste italien mort en 1937 Antonio Gramsci.

 

Le dirigeant du PCI a passé les onze dernières années de sa vie dans les prisons fasciste. Il y a écrit des « cahiers » dans lesquels il tâche d’analyser comment s’organise la domination d’une classe sociale, la bourgeoisie, dans des sociétés complexes, c’est-à-dire les sociétés capitalistes avancées. Il décrit un certain nombre de dispositifs hégémoniques encore utilisés aujourd’hui pour comprendre les mécanismes de domination, la politique en régime capitaliste, l’État et les dynamiques de luttes de classes. Dans l’un de ses cahiers, Gramsci compare les situations de la bourgeoisie française et italienne. Les deux utilisent le même outil politique, administratif et culturel pour reproduire leur situation dominante : l’État-nation.

 

Mais elles diffèrent dans la manière dont cet État Nation unitaire a été créé.

  • En s’appuyant sur des révolutions populaires, par en bas, en France.
  • Ou bien uniquement par en haut dans le cas de la réalisation de l’unité italienne.

Ces conditions historiques expliquent pour Gramsci la faiblesse spécifique de la bourgeoisie italienne. En particulier, c’est en partie pour cela selon lui qu’elle n’est pas parvenue à créer de culture « nationale-populaire », c’est-à-dire une culture qui, bien que légitimant la domination bourgeoise, incorpore des éléments émanant du peuple.

 

Il n’y a pas, pour lui (Antonio Gramsci), de romancier ou de journaliste italien qui capte une partie de la culture profonde populaire et la transforme en idéologie bourgeoise. Cette absence de culture ou encore de « sentiment » national-populaire en italien signifie que les visions morales répandues en Italie ne sont pas aussi alignées qu’elles pourraient l’être avec les intérêts du haut de la société. Un siècle plus tard, on peut dire que c’est la bourgeoisie française qui se retrouve dans la situation des élites transalpines décrites par Gramsci. La transformation néolibérale de son pays a eu lieu par en haut, et sans intégrer de composante populaire.

 

 

- La réforme du capitalisme français s’est faite d’abord en catimini, par les aspects qui se voyaient le moins comme la libéralisation financière.
Puis elle a été externalisée en quelque sorte, par l’Union européenne. Les gouvernements qui ont mené cette réforme, notamment les privatisations et libéralisations de grands pans de l’économie l’ont justifié, non par les bienfaits intrinsèques de ces changements mais par le fait qu’ils étaient une nécessité pour construire l’Europe.

Jacques Chirac : un libéral ambivalent qui dénonçait la « fracture sociale »

C’est-à-dire au final comme une contrainte imposée de l’extérieur[11].

Encore au milieu des années 1990, Jacques Chirac menait encore campagne sur le thème de la “ fracture sociale ”[12], c’est-à-dire en mobilisant des affects très éloignés de la révolution néolibérale.

 

La bourgeoisie française, dans les décennies 1980 et 1990 n’a pas construit de récit national-populaire capable d’accompagner le changement néolibéral. Face aux conditions du rapport de forces avec les masses populaires françaises, elle a préféré développer une stratégie de contournement, de transformation uniquement par en haut, négligeant la “ réforme intellectuelle et morale ” c’est-à-dire le changement des mentalités. On peut pour s’en convaincre comparer cette attitude de la bourgeoisie française avec la façon dont les bourgeoisies états-uniennes ou britanniques ont mené les mêmes transformations dans leurs pays.

 

Dans ces nations (états-uniennes ou britanniques), les réformes économiques et sociales ont été soutenues et accompagnées par un nouveau récit sur le prestige national, avec la victoire finale dans la guerre froide notamment,  ou sur ce qui signifie être britannique ou américain : exaltation de l’esprit d’entreprise individuel, revivification de l’ “ american dream ”, etc. On peut noter dans le domaine de la culture, un âge d’or du blockbuster patriotique avec un héro individualiste à Hollywood dans les années 1980, avec des séries comme Rocky ou Rambo. Des pans entiers de l’histoire populaire des États-Unis sont mis en avant avec le prisme de ce patriotisme néolibéral : la révolution de 1776 évidemment, mais aussi l’histoire de l’immigration dans le pays ou celle des pionniers.


Bref, s’il serait abusif de parler de révolution “ par en bas ”, il est certain en tout cas que la révolution néolibérale au États-Unis a été attractive pour d’amples fractions populaires en tant qu’elle a pris la forme d’une “ réforme intellectuelle et morale ” de la culture populaire nationale. En France, donc, rien de tout cela puisque la bourgeoisie nationale a mené la transformation sans ni le concours du peuple, ni même son consentement. Avec le temps, cette indifférence au peuple s’est transformée en handicap structurel.

 

  • Le sentiment que le peuple lui faisait perdre du temps dans la course au néolibéralisme, sa frustration de ne pouvoir l’emmener avec elle ouvertement lui ont fait développer une aversion extrême pour le populaire national français. La bourgeoisie française n’est plus capable d’intégrer des composantes populaires à l’identité nationale française tant elle les haï.

 

Son rapport au récit historique national est en fait un symptôme de sa faiblesse. Elle peine à intégrer les épisodes révolutionnaires ou même seulement populaires à un récit historique mobilisateur et unificateur sur la Nation française. Ce que pourtant elle était parvenue à faire dans le passé. Elle voit cette irruption du peuple sur la scène de l’histoire soit comme incongrue, soit comme une source de retard pour la France, soit carrément comme la matrice de tous les malheurs de l’Humanité au 20ème siècle.

 

Son incapacité à formuler un récit national populaire fragilise bien sûr encore plus sa position. Elle n’est bonne qu’à contempler les “fractures françaises” et geindre dessus sans se rendre compte que c’est sa propre arriération qui en est la cause. À cause des conditions particulières de la révolution néolibérale en France, la bourgeoisie française ne joue pas son rôle d’élite dans la société : pas de capacité d’homogénéisation, pas de direction entrainante pour la société, pas d’attractivité. Elle en est réduite pour perpétuer sa domination à des réflexes régressifs : se renfermer sur elle même politiquement et culturellement.

 

 

- Une opportunité pour le bloc populaire 

Les 3 blocs et l’avenir de l’Union populaire par Jean-Luc Mélenchon

Pour le camp populaire[13], il est important de comprendre cette configuration particulière. Elle confirme la fragilité structurelle du bloc bourgeois, proportionnelle d’ailleurs à son agressivité. Mais elle offre aussi une brèche. La voie est donc ouverte pour articuler notre propre récit national-populaire. C’est-à-dire donner à des éléments de la culture populaire française un autre sens, pour promouvoir d’autres valeurs, visions du monde, imaginaires en ligne avec des objectifs révolutionnaires : collectivisme, harmonie avec le monde vivant, égalité, émancipation, etc.


Par exemple, pour reprendre l’exemple du récit historique, en utilisant intelligemment les mémoires collectives pour en faire un élément qui soude entre elles les fractions du peuple dans une perspective progressiste. De ce point de vue, le travail politique pour construire un récit sur la révolution française, et plus largement sur l’histoire et ce que signifie “ français ” est une tâche révolutionnaire de premier ordre. Les nombreuses références de Jean-Luc Mélenchon sont de ce point de vue bien plus que du folklore. Elles font partie d’une stratégie de construction hégémonique qui a d’autant plus de chances de fonctionner qu’elle se base sur une faiblesse structurelle de l’adversaire.

 

  • Le sociologue Federico Tarragoni et l’historienne Déborah Cohen reviennent longuement sur cet aspect dans un article récent « Mélenchon, le populisme et l’histoire[14] » paru sur le site AOC. Dans la même veine, on peut citer le travail du député insoumis Antoine Léaument. Lui aussi s’en explique longuement dans un article publié par Le Vent Se Lève « La République a un contenu politique et nous le revendiquons[15] ». Ce travail peut venir combler un vide et réduire les fractures à l’intérieur des espaces populaires de façon à renforcer à la fois l’étendue et la dynamique de notre bloc.

 

 

- Pour conclure
Ici nous avons parlé particulièrement de la question du récit historique. Elle est cruciale pour impulser une « réforme intellectuelle et morale » dans un autre sens. Mais il conviendrait de faire la démonstration et d’explorer les moyens de mener ce travail politique en cinéma, en littérature, dans la télévision, la culture internet, etc.

 

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8 octobre 2022 6 08 /10 /octobre /2022 18:44
« Valeur travail » : le « travail » n’est pas une valeur, c’est un concept !

« Bernard Friot : " La souveraineté populaire sur le travail est une urgence " ![0] »

 

« Valeur travail » : version actualisée de la devise « le travail rend libre » ?

 

Ce texte un peu long est destiné aux amis et ex-étudiants de Gérard Prévost qui l’ont sollicité pour donner son avis sur le débat actuel.

 

 

Sources : Gérard Prévost | mis à jour le 26/11/2022

- Le « travail » n’est pas une valeur, c’est un concept !
Présenter le travail comme « valeur » renvoie à l’idée d’une valeur morale, à le penser comme lieu « où l’individu se construit, se réalise et s’épanouit », le lieu du « beau travail », du « travail bien fait » sinon comme « art » - le travail artiste - par analogie avec la production artisanale, précapitaliste, de biens, devenue en effet « art » aujourd’hui, ou vendue et exposée comme telle souvent de façon abusive. Le « travail » ainsi idéologisé fonctionne peut-être dans les premières années d’un « travailleur », mais il évolue et se termine le plus souvent dans la souffrance[1][1bis]. Si c’est çà la « valeur travail », alors oui c’est une valeur de Droite ! Elle l’impose à la société du fait qu’elle détient, autrement dit les forces sociales qui la composent, le monopole du pouvoir de dire ce que doit être le travail et ce qu’il doit produire pour l’ensemble des « travailleurs : une définition capitaliste du travail.

 

 

- Quel est le sens du travail ressenti par les travailleurs salariés ?
On sait maintenant qu’elle est largement contredite par les enquêtes sur le peu de sens du travail ressenti par les travailleurs salariés[2] : désintérêt, ennuis, rapports hiérarchiques autoritaires, suicides etc. Tout cela est abondamment documenté (Graeber, Chevalier, Coutrot-Perez). De fait, pour les « travailleurs » seules comptes les fins de semaine, les congés payés, les jours fériés et à partir de 50 ans ils ne pensent plus qu’à une seule chose : le moment où ils pourront faire valoir leur droit à la retraite ! Ce sont des droits qui valent « droit à la paresse » !

Le Droit à la paresse Paul Lafargue

 

D’où l’angoisse ressentie à la veille de la reprise et du retour obligé au travail. Paul Lafargue (Le droit à la paresse) s’étonnait de l’amour apparent de la « classe ouvrière » pour le travail et que l’on puisse supporter l’exploitation plus de 3 heures par jour. Or, aimer son travail découle de la nécessité, on a pas le choix ; c’est la nécessité d’aimer son présent : « l’amour du bonheur présent » comme disait Bourdieu. Cependant, les moments de « paresse » ne sont jamais vide d’activités et de sens ; au contraire, le « temps libre » promotionné par le ministère d’André Henry en 1981[4], le « hors travail », comme l’a montré Florence Weber, est le lieu d’amples occupations de travail, le plus souvent non salariées, de don et de contre don, d’entraides, de créativité, jusqu’à des formes contemporaines de potlatch. Certes, c’est moins vrai dans les catégories moyennes hautes, où l’on est plutôt mobilisé en permanence pour suivre des stratégies de carrière.

 

 

- C’est hélas cette vision « capitaliste » du travail que Fabien Roussel tente de répandre[5][6], alors que son rôle devrait être d’en faire la critique comme activité exploitée dont il faut s’émanciper.
Bernard Friot, membre du PCF, ne doit pas être fier. Roussel ferait bien de le lire pour comprendre que les allocs sont indissociables du travail salarié ; certains pensent qu’il voulait dire autre chose, par exemple « je veux une société du travail libéré des logiques capitalistes » : ce n’est pas ce qu’il a fait. La raison de cette posture ? Usul (Médiapart)pose l’hypothèse d’un déficit de formation politique, mais il se trompe, Roussel a été formé au sein d’un PCF profondément stalinisé : il s’est nourri de la vieille chimère du PCF comme parti du travail et des travailleurs, y compris dans sa forme la plus populiste : la bonne viande et le bon vin pour tous (j’ai expliqué çà dans une précédente publication).

 

Opposer « la France qui bosse » à « la France des allocs », ce n’est pas le combat de la gauche, ce ne sont pas mes mots. Les assistés sont là-haut, gavés de milliards par Macron : c’est notre travail politique quotidien que d'unir le bas contre le haut.

Tout en s’affranchissant aussi d’une telle critique, François Ruffin ne dit pas çà ; il met l’accent sur la dignité au travail surtout pour les activités de « travail essentiel », sous forme d’héroïsation et sur le travail comme ressource pour vivre ou survivre. Son point de vue[7] le rapproche d’une définition générique du travail développée par l’économie politique (Marx et Ricardo) : le « travail » est un des universaux de la culture comme sens de l’activité humaine orientée vers la survie, le maintient et la reproduction de l’espèce, laquelle inclut celle de la « force de travail ».

 

 

- Le concept de travail n’est compréhensible que dans son rapport aux pratiques sociales de travail.
On peut considérer comme Marx que le « travail » est consubstantiel à la vie humaine, il n’est en rien comparable aux activités des cueilleurs-chasseurs. L’activité humaine y crée certes des valeurs d’usage de survie, néanmoins les valeurs d’échange produites ne s’y articulent pas identiquement, elles s’actualisent selon des formes congruentes avec la période historique : antiquité, pré-capitaliste et capitaliste. On troc, on achète, mais on n’échange pas toujours, on tue aussi face à la nécessité. Ce que raconte le mythe de la guerre du feu s’inscrit dans cette structure dont l’inversion a accouché de la civilisation : on en est encore qu’au début.


Autrement dit, c’est quand il y a des pratiques de « travail » très différenciée que le concept de travail en général apparaît et se simplifie et se généralise quand apparaît une complexification des pratiques dans la réalité sociale et dans les formes de solidarité chère à Durkheim : mécaniques et organiques.

 

 

- En résumé, il est impropre d’évoquer « la valeur travail », puisquel’activité de « travail », comme le disait Marx, est la source unique de la valeur
Ce qui revient à dire que le travail ne consiste pas à produire de la richesse mais à mettre en valeur du capital : pour çà il crée des valeurs d’usage et d’échange, de même que des dispositifs de valorisation de la valeur, lesquels engendrent une fascination envers les objets à haute valeur monétaire et envers ceux qui les possèdent. Dire qu’une société est riche parce qu’elle produit des biens en abondance est donc une affabulation ; il faut que leur « valeur » soit reconnue : c’est le marché qui en décide (et la lutte de classe) tout en confortant l’idéologie de la richesse. Quand la valeur monétaire d’un bien rare ou pas, (la seule qui compte), décline, son effet « richesse » décline en même temps, jusqu’à sa destruction quand sa valeur de marché est trop faible (exemple des produits agricoles).

 

Pour que la notion de richesse d’une société se vérifie, il faudrait que les biens produits soient répartis équitablement dans la population. Évidemment ce n’est pas le cas.

 

Conclusion : dans la lutte pour s’accaparer des biens utiles en vue de la reproduction de notre espèce, la « valeur travail » n’est autre que la « valeur » de chaque « travailleur » mesurée en kilo-euro ; quel son poids en euros, c’est à dire de quoi il dispose pour vivre.

 

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6 octobre 2022 4 06 /10 /octobre /2022 18:20
Chronique de la « GUERRE GLOBALE » : tension extrême dans le DÉTROIT DE FORMOSE

Taïwan : les tensions entre Chine et États-Unis se radicalisent[0] !

 

Après le point sur la guerre en Ukraine dans notre précédent numéro, ce second volet de la « guerre globale » se penche sur l’Extrême-Orient. Nous vivons l’étape ultime précédant une guerre éventuelle, comme c’était le cas en Ukraine dans les années 2000 et 2010, à savoir l’étape du pré positionnement stratégique belliqueux. La tension monte et les Occidentaux, tout comme la Chine populaire, guettent l’erreur éventuelle de l’adversaire pour ouvrir les hostilités.

 

 PREMIERE ARTICLE ICI 👉 : POINT SUR LA GUERRE EN UKRAINE EN SEPTEMBRE 2022

 

 

Sources : RESPUBLICA | mis à jour le 14/12/2022

 SECOND ARTICLE : TENSION EXTRÊME DANS LE DÉTROIT DE FORMOSE

- L’étincelle Pelosi

Nancy Pelosi fraîchement reçue à Tokyo et Séoul, embarrassés par les conséquences de sa visite à Taïwan

L’histoire retiendra peut-être cette date : le 2 août 2022. C’est le jour où Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, est arrivée à Taïwan, devenant ainsi le plus haut responsable politique américain à se rendre sur l’île en 25 ans[1]. Ainsi les États-Unis ont décidé, totalement « à froid », de raviver un conflit vieux de 73 ans, et cela en pleine guerre en Europe.

  • Pourquoi cette provocation ?

Il est impossible d’apporter aujourd’hui une réponse définitive à cette simple question. Pourtant, l’enjeu est considérable. Provoquer la Chine populaire, c’est provoquer une Russie multipliée par 10 ! En effet, la Chine représente dix fois la Russie en termes de produit intérieur brut en 2020 (PIB russe : 1,483 billion dollars ; PIB Chine : 14,720 billions dollars[2]), comme en termes de population (Russie : 144 millions ; Chine : 1,402 milliard).

 

Cette fois-ci, la Chine de Xi Jinping n’a pas fait le dos rond et a relevé le défi. Des manœuvres militaires de grande ampleur ont été organisées par l’armée chinoise, l’APL (Armée populaire de libération). À la veille de son vingtième congrès qui se tiendra cet automne, le Parti communiste chinois (PCC) change de ton et abandonne sa traditionnelle réserve, si chère à Deng Xiaoping. Ce dernier avait pour règle d’or la prudence et le refus de céder aux provocations des Occidentaux. Aujourd’hui, le maître de la cité interdite refuse de courber la tête. Tout est donc prêt pour une escalade dans les prochains mois.

 

Depuis « l’étincelle Pelosi », le complexe militaro-industriel américain utilise tout son poids politique et d’influence pour armer Taïwan. Un formidable marché pour rénover la flotte d’avions de guerre taïwanaise est à l’ordre du jour. Lockheed Martin et Boeing jouent des coudes pour fournir les armes aériennes de dernière génération.

 

Car les États-Unis mettent le paquet, n’hésitant pas à se mettre en parfaite contradiction… avec eux-mêmes ! Car l’enjeu du conflit est un pays, Taïwan, qu’ils n’ont jamais reconnu[3].


Taïwan est un curieux pays, une sorte d’ambiguïté territoriale : cette île est exclue de toutes les instances mondiales, l’ONU, la Banque mondiale, l’OMS ou du FMI. Elle a réussi uniquement à intégrer l’organisation mondiale du commerce (OMC). L’immense majorité des pays du monde, dont les États-Unis, ne reconnaissent qu’une seule Chine, la Chine populaire[4]. La communauté occidentale reconnaît par là même l’appartenance de l’île de Taïwan à la nation chinoise unique. Pour surmonter idéologiquement cette contradiction, les États-Unis ont inventé le concept « d’ambiguïté stratégique[5] », maniant le flou total sur leur participation à une éventuelle défense de Taïwan en cas d’attaque de la Chine continentale, c’est dire la clarté de la situation actuelle !

 

 

- De Taïwan à Baltimore
Pour mieux comprendre le voyage de Nancy Pelosi, un détour est nécessaire par la grande histoire contemporaine de la Chine, mais aussi par la petite histoire d’une ville américaine du Maryland, Baltimore… lieu de naissance justement en 1940 de l’actuelle présidente de la Chambre des représentants des États-Unis.

 

 

- « Formosa » entre Chine et Japon
Cette île, remarquée par les intrépides navigateurs portugais qui l’appelèrent « Formosa » (« belle » en portugais) et peuplée historiquement d’aborigènes, était plutôt hostile aux empereurs chinois. Il y avait de quoi : les Chinois méprisaient les natifs considérés comme des « sous-hommes ». Les îliens changèrent d’oppresseur à la fin du XIXe siècle, se retrouvant sous souveraineté japonaise après la défaite de l’empire de Chine contre le Japon en 1895. L’île de Taïwan (« grande baie » en chinois) subit une dure occupation de la part des Japonais, également teintée d’un profond mépris raciste. Ce qui amena sa population à adhérer aux idées progressistes et républicaines de Sun Yat-sen, fondateur de la République de Chine. Notons que les idées communistes étaient aussi partagées par beaucoup d’habitants de la « belle » île. Le 2 septembre 1945, lorsque le Japon capitula sans condition, Taïwan fut évacué par l’armée nippone[4].

 

 

- Un refuge pour le Kuomintang
Toutefois, la république de Chine ne va pas récupérer directement ce territoire, mais c’est l’ONU tout juste créée qui reçut mandat de décider de l’avenir de l’île. L’organisation internationale confia donc à l’armée des États-Unis le soin du transfert de souveraineté à la Chine continentale, c’est-à-dire à l’époque au Kuomintang de Tchang Kaï-chek.

Ainsi, l’histoire de Taïwan croisa celle des États-Unis dès l’après-guerre. L’armée yankee et celle de Tchang Kaï-chek prirent possession des lieux. Mais, dès 1946, ce qui deviendra la « guerre froide » commença à régir les rapports entre les puissances. Et sur le terrain chinois, les troupes communistes de Mao Zedong volèrent de victoire en victoire, les jours du Kuomintang étaient comptés.

 

LE MASSACRE / L’INCIDENT 228 二二八事件 – 28 FÉVRIER 1947

 À Taïwan, les troupes nationalistes, avec les conseils du corps de Marines américain, envisagent que l’île devienne un refuge en cas de malheur. Le 28 février 1947, resté dans l’histoire sous le nom de « l’incident 228[6] », débuta une grande révolte populaire contre le gouvernement du Kuomintang. Celui-ci réagit en massacrant méthodiquement tous les « communisants », et pour éviter d’en oublier un seul, ils liquidèrent également tous les progressistes. Bilan : entre 10 000 et 30 000 morts selon les estimations. L’inévitable défaite du KMT (Kuomintang) sonna bel et bien en 1949. Le Parti communiste chinois prit le pouvoir le 1er octobre de cette année.

 

Les débris de l’armée de Tchang Kaï-chek, plus de deux millions d’hommes souvent accompagnés de leurs familles, traversèrent le détroit de Formose et débarquèrent à Taïwan. Le KMT imposa sa dictature sur Taïwan en se prétendant le pouvoir légal chinois et le représentant de toute la république de Chine. Notons au passage un point important  : la « sinisation[7] » définitive de cet archipel (Taïwan est en fait un archipel composé de dizaines d’îles et de centaines d’îlots) date de cette époque, les aborigènes et les descendants de l’occupant japonais étant noyés sous les millions de Chinois fraîchement débarqués du continent.

 

 

- Une épouvantable dictature à l’ombre de la 7e flotte
Tchang Kaï-chek et le KMT instituèrent la loi martiale qui resta en vigueur jusqu’en 1987. Une terrible « terreur blanche » (en chinois : 白色恐怖 ; pinyin : báisè kǒngbù) se déchaîna durant quatre décennies : on compte des milliers de morts par exécution, des dizaines de milliers d’emprisonnés. Ce régime sanguinaire a survécu grâce à l’assistance économique et à la protection militaire américaine de la 7e flotte dans le détroit de Formose[8].

 

Toutefois, le régime du KMT disposait de deux atouts de première main :

  • D’abord, il détenait le siège permanent chinois au conseil de sécurité de l’ONU jusqu’en 1971, date de sa restitution à la Chine populaire. Que Taïwan fasse partie du Conseil de sécurité de l’ONU a été important pour les États-Unis, permettant par exemple au début des années 1950 que le corps expéditionnaire américain en Corée soit déployé sous l’égide de l’ONU et non sous étendard yankee (bénéficiant aussi de l’erreur de l’URSS jouant alors la politique de la « chaise vide » durant deux séances décisives du Conseil de sécurité).

 

  • Deuxième atout, une influence sur la diaspora chinoise, la plus grande du monde, une influence certes minoritaire, mais essentielle pour les États-Unis. En effet, l’enjeu était d’une extrême importance en Asie, en particulier entre les années 50 à 80 pour éviter que les communautés chinoises basculent du côté des communistes, comme cela a été le cas en Indonésie où s’est déchaînée une terrible répression anti communiste en 1965-1966 (entre 500 000 et 3 millions de morts[9]) et à Saïgon avec le soulèvement pro Viêt-Cong du quartier chinois de Cholon au moment de l’offensive du Têt en janvier 1968. Il était donc essentiel pour les USA de doter Taïwan de moyens exceptionnels pour contrecarrer la domination de Pékin sur la diaspora.
    • Une alliance stratégique anti-communiste a été mise en place entre la CIA, le Kuomintang et les « Triades ».
      Membres de triades arrêtés en Thaïlande avant 1950.
      Membres de triades arrêtés en Thaïlande avant 1950.
      Ces dernières étaient des sociétés secrètes patriotiques créées à la fin du XIXe siècle qui se transformèrent progressivement au cours du siècle suivant en organisations purement mafieuses. Interdites par la Chine communiste en 1949, elles se replièrent à Hong Kong et surtout à Taïwan. Leur rayonnement sur la diaspora chinoise fut considérable, car la CIA les laissa dominer totalement le trafic des opiacés, y compris sur le territoire américain, générant des revenus monstrueux. Les experts estiment que dans les années 1980, le chiffre d’affaires des « triades » était de l’ordre de 1,1 % du produit intérieur brut des USA, soit plus de 50 milliards de dollars de l’époque[10].
    • Cette masse financière permit entre autres la surveillance et le contrôle des diasporas chinoises, malgré l’activisme patriotique de la Chine populaire.

 

 

- « Triades » chinoises pro Taïwan et mafias « démocrates » américaines
Le point de contact entre les « Triades » monopolisant le trafic des opiacés et les mafias américaines, en particulier d’origine italienne, est la collaboration commerciale pour la diffusion de drogue. De leur côté, les organisations mafieuses américaines étaient historiquement du côté des « démocrates ». Le président Kennedy fut d’ailleurs élu en 1960 de justesse (un écart de 0,17 %) grâce aux voix achetées par les maffiosi de Chicago ou d’ailleurs[11].

 

À Baltimore, nœud ferroviaire et routier de la côte Est des États-Unis permettant la distribution des produits licites et illicites sur tout le rivage atlantique des États-Unis, ce fut le père de Nancy Pelosi[1], Thomas D’Alesandro Jr, qui d’abord régna sur la ville, maire de 1947 à 1959. Connue sous le nom de « Big Tommy », sa base était située dans le quartier de « little Italy ». Puis, après un court intermède, ce fut le frère de Nancy Pelosi, également démocrate, Thomas D’Alesandro lll, qui lui succéda à la mairie de Baltimore de 1967 à 1971. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la réputation du père comme du fils était fort sulfureuse, tout comme d’ailleurs celle d’un autre italo-americain, Paul Pelosi, mari de Nancy. Celui-ci a fait fortune dans l’immobilier avec des opérations financières pour le moins suspectes. Bref, des années 1960 aux années 2000, la convergence entre les « Triades » et les Italo-américains a été constante pour les « affaires », légales ou non, et s’est traduite sur le plan politique par un soutien sans faille au Parti démocrate. Le soutien du lobby de Taïwan au « parti bleu », en particulier après la restitution de Hong Kong à la Chine populaire en 1997 a été permanent et puissant. Plusieurs scandales de subventions financières occultes des campagnes présidentielles démocrates par des intérêts taïwanais liés aux « Triades » ont fait grand bruit au cours des années 1980 et 1990.

 

Le lobby pro-Taïwan aux USA, dont Nancy Pelosi a toujours fait partie, a été caractérisé par un ultra activisme agrémenté de « dessous de table » à Washington. Visiblement, le voyage de 2 août de la présidente de la Chambre des représentants a peut-être été une opération diplomatique « au forceps ». Car, il semble bien que l’administration Biden ait été mise au pied du mur. Il n’empêche qu’aujourd’hui le basculement vers la confrontation USA-Chine populaire est la ligne de plus forte pente.

 

 

- Le tournant taïwanais vers la démocratie… et les semi-conducteurs
De nos jours, le soutien occidental à Taïwan se renforce constamment, bien que les pays du camp occidental et de l’OTAN n’aient pas reconnu diplomatiquement l’île. Il s’agit pour l’instant d’un soutien économique et idéologique. Depuis peu, le soutien militaire massif commence à pointer son nez aussi.

 

Sur le point de « la guerre des idées », il est aisé en 2022 pour les démocraties libérales de présenter Taïwan comme un « modèle » en termes de liberté et de droits de l’homme en Asie, à l’instar d’ailleurs de la présentation positive de la « démocratie ukrainienne » sur le continent européen.

 

En effet, depuis la fin des années 1990, l’île chinoise est passée d’une épouvantable dictature à une démocratie pluraliste formelle. Bien sûr, il s’agit d’une démocratie totalement cadenassée qui se réduit en fait à un duel permanent entre le vieux parti KMT (Kuomintang) et le Parti démocrate progressiste (Minjindang). Le premier de ce duo politique penche pour un dialogue avec Pékin sur l’avenir définitif de l’île, le second se positionnant pour une marche vers l’indépendance. Car, jusqu’à présent, Taïwan n’a jamais proclamé son indépendance ! Encore une autre « ambiguïté stratégique ».

  • Donc, aussi curieux que cela paraisse, de nombreuses voix s’élèvent en Occident pour défendre une entité qui n’est pas reconnue internationalement et qui n’a jamais déclaré sa propre indépendance… C’est ce que l’on pourrait appeler une zone grise en plein brouillard ! Les médias des pays alliés des États-Unis se mobilisent à fond pour « promouvoir » la « démocratie exemplaire taïwanaise ».
  • Pots-de-vin et morts mystérieuses: les frégates de Taïwan, une affaire digne d'un thriller
    En France par exemple, le sujet est d’actualité à longueur de colonnes et régulièrement présent sur les ondes. Notre pays aurait-il oublié son pire scandale de corruption par la masse financière des « pots-de-vin » que l’on nomma à l’époque « l’affaire des frégates de Taïwan »[12]) ? « Une enquête fut ouverte à propos des rétrocommissions (interdites par la loi), mais les juges se sont vu opposer le secret défense par les gouvernements de droite comme de gauche »[13]. Pourtant, cette affaire date des années 1990 et 2000, c’est-à-dire à une époque où Taïwan était déjà une « démocratie exemplaire ». L’esprit des « Triades » a, semble-t-il, encore de beaux restes !

 

Mais l’atout maître en 2022 de Taïwan, c’est son industrie high-tech, en particulier sa place de leader dans une industrie vitale pour le monde occidental, celle des semi-conducteurs : les « puces » électroniques étant indispensables aux automobiles, avions, ordinateurs, smartphones… Et Taïwan représente 60 % de leur production mondiale[14]. Des investissements monstres ont été nécessaires pour construire cette industrie. Le trésor des « Triades » y a certainement largement contribué. Avec la montée de la tension dans le détroit de Formose, la Chine communiste bloque les importations de la silice dans l’île, matière première de la fabrication des « puces » électroniques[15]. Notons que les relations économiques entre Taïwan et la Chine continentale sont particulièrement développées. En fait, depuis une vingtaine d’années, les deux entités industrielles sont quasiment intriquées. Par exemple, la principale entreprise de Taïwan pour les semi-conducteurs, le mastodonte Taïwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC), produisant quasiment la moitié des « puces » électroniques de la planète, dirige ses usines géantes aussi bien sur l’île, que sur le continent chinois. Un éventuel blocus de Taïwan par la Chine populaire, similaire à celui de Cuba par les États-Unis, serait fatal pour l’industrie high-tech de la « belle » île.

 

Face à cette situation industrielle très tendue, les États-Unis semblent jouer sur deux tableaux :

  • d’une part, augmenter leur soutien, y compris militaire, à Taïwan,
  • et d’autre part déclencher une relocalisation en urgence des usines de semi-conducteurs sur le territoire américain.

Le dernier accord américano-mexicain de septembre 2022 porte d’ailleurs sur la construction de gigantesques unités de production de « puces » de part et d’autre de la frontière du Rio Grande[16]. Ainsi, les États-Unis se préserveraient d’une perte définitive de l’île chinoise… un élément assez inquiétant pour le Parti démocrate progressiste actuellement au pouvoir à Taïwan.

 

 

- « L’ambiguïté stratégique » peut durer longtemps… y compris en cas d’invasion de Taïwan
Comment réagiraient les USA, l’AUKUS (acronyme désignant l’alliance politico-militaire Australia, United Kingdom et United States) ou encore l’OTAN, en cas d’intervention de la Chine communiste pour récupérer sa province taïwanaise ? Il est très difficile de conclure définitivement sur cette question. À l’ère des missiles hypersoniques « tueurs de porte-avions », la 7e flotte ne dispose plus de la suprématie totale sur mer. De son côté, la Chine n’est plus un « nain militaire », depuis un quart de siècle, son armée (APL) est devenue une force non négligeable, et le pays dispose d’une puissance atomique, ainsi que d’une flotte de satellites spatiaux permettant une parfaite connaissance des moindres mouvements des flottes militaires occidentales.

 

 

Il est donc fort possible qu’en cas de débarquement de l’APL (Armée populaire de libération) à Taïwan, les États-Unis jouent un simple soutien à une guerre prolongée, une sorte de guérilla high-tech à l’image de la résistance ukrainienne à l’invasion russe en mars-avril dernier. Problème : Taïwan est une île dont le ravitaillement en armes et munitions ne pourrait se faire qu’en brisant un éventuel blocus maritime ou en empêchant militairement la Chine populaire de contrôler l’espace aérien de Taïwan. Aussi les dangers d’affrontements directs entre l’APL et l’US Army et ses alliés sont potentiellement très importants.

 

Pour sa part, la Chine populaire ne dévoile pas son jeu : elle attend de voir et d’analyser l’évolution de la guerre en Europe. Cette puissance asiatique a toujours privilégié le long terme au court terme.

  • Si la Chine connaît des problèmes économiques et financiers, c’est aussi le cas de l’occident. Qui tombera en premier ?
  • Comment les pays de l’OTAN supporteront-ils par exemple l’hiver de la guerre en Ukraine ?
  • Les populations occidentales vont-elles encaisser sans réagir l’hyper inflation actuelle ?
  • Les États-Unis peuvent-ils résoudre leur crise politique permanente avec Trump en embuscade ?

 

Il est donc fort possible, mais non fort probable, car la situation mondiale se révèle d’une instabilité inédite, que la Chine populaire patiente quelques mois ou quelques années, avant d’affronter les États-Unis en espérant un affaiblissement de sa puissance politique et militaire. Mais attention, car comme le disait Mao Zedong : « Une simple étincelle peut mettre le feu à la plaine ».

 

Notes :

[0] Taïwan : les tensions entre Chine et États-Unis se radicalisent

[1Nancy Pelosi fraîchement reçue à Tokyo et Séoul, embarrassés par les conséquences de sa visite à Taïwan

[2Comparaison de l'évolution de PIB annuel aux prix du marché de Russie vs Chine

[3] Cité du Vatican (Le Saint-Siège) (1942) ; Haïti (1956) ; Paraguay (1957) ; Guatemala (1960) ; El Salvador (1961) ; Honduras (1965) ; Swaziland (1968) ; Nauru (1980 – 2002, 2005) ; Saint-Vincent-et-les-Grenadines (1981) ; Îles Salomon (1983) ; Saint-Kitts-et-Nevis (1983) ; Sainte-Lucie (1984 – 1997, 2007) ; Belize (1989) ; Nicaragua (1990) ; Îles Marshall (1998) ; Palau (1999) ; Kiribati (2003).

[4] Taïwan

[5] Joe Biden entretient l'ambiguïté stratégique de Washington vis-à-vis de Taiwan

[6] LE MASSACRE / L’INCIDENT 228 二二八事件 – 28 FÉVRIER 1947

[7] Définition de SINISATION

[8] Pourquoi le gouvernement américain doit-il être responsable du problème de Taiwan ?

[9] Indonésie 1965, la plus terrible des répressions anticommunistes

[10] Source : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Triades_chinoises

[11] Le journaliste Seymour Hersh a avancé, dans son livre La face cachée du clan Kennedy (en fr. 1998), que la victoire de Kennedy était redevable de l'aide apportée par la mafia pour obtenir la majorité notamment dans l'Illinois  : Mafia Helped JFK to Win, Book Claims, latimes.com, 9 novembre 1997, et Was Nixon Robbed, David Greenberg, slate.com, 16 octobre 2000

[12] Voir : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Affaire_des_frégates_de_Taïwan

[13] Source Wikipédia citée plus haut.

[14] Taïwan, ce géant des puces électroniques qui fait rêver l'Europe

[15] Pourquoi Pékin interdit l'exportation de sable vers Taïwan

[16] Les États-Unis invitent le Mexique à se joindre à leur mégaplan sur les microprocesseurs

 

Pour en savoir plus :

- Comment le lobby chinois a façonné l’Amérique, par Jonathan Marshall

- Taïwan : les tensions entre Chine et États-Unis se radicalisent

-  Jean-Luc Mélenchon : « Taïwan : je refuse la guerre froide avec la Chine... c’est au chinois (dont ceux de Taïwan) de régler la question entre eux… »

- Chine/USA : UNE GUERRE DE GÉANTS POUR QUELQUES NANOMÈTRES

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2 octobre 2022 7 02 /10 /octobre /2022 20:23
Bloc OTAN contre bloc RUSSIE-CHINE, chronique de la « GUERRE GLOBALE »

Après le déclenchement de la guerre en Ukraine, la tension monte dangereusement dans le détroit de Formose. Durant les mois de juillet et d’août, nous avons assisté au développement du bellicisme aussi bien en Occident qu’en Orient.

Plutôt que d’envisager une troisième guerre mondiale, hélas forcément nucléaire, l’on s’oriente peut-être vers une « guerre globale » au niveau planétaire, c’est-à-dire vers des guerres conventionnelles de haute intensité en Europe et en Asie opposant le bloc OTAN et ses alliés au bloc Russie-Chine. La « danse sur le bord du volcan » est donc de plus en plus dangereuse, car un dérapage atomique est toujours possible. En cette rentrée de septembre, nous faisons le point sur cette « guerre globale », qui risque de marquer nos existences et la vie politique pendant une longue période.

Cet article est conçu en deux temps, la première partie (PUBLIÉE CI-DESSOUS) est consacrée à la guerre en Ukraine, la seconde traitera de la tension à Taïwan.

 

 

Sources : RESPUBLICA | mis à jour le 14/10/2022

 PREMIER ARTICLE : POINT SUR LA GUERRE EN UKRAINE EN SEPTEMBRE 2022

-  Le point début septembre sur la guerre en Ukraine
Notons en préambule qu’il est fort difficile d’accéder à une information fiable. Le contrôle de celle-ci par la Russie d’une part et l’OTAN d’autre part est total. Rappelons que les compétences et missions du « commandement intégré » de cette alliance politico-militaire incluent la coordination de l’information sur la guerre en Ukraine à destination du grand public de ses différents membres.

UKRAINE : LES TACTIQUES DE COMBATS UKRAINIENNES METTENT EN DANGER LA POPULATION CIVILE

Les reportages de journalistes sur la ligne de front proprement dite sont quasiment impossibles dans les deux camps. Les bilans indépendants sont rares et violemment attaqués : on a pu s’en apercevoir lors de la publication du rapport d’Amnesty International sur l’armée ukrainienne[1]. À peine sa parution a-t-elle eu lieu qu’un tollé médiatique s’est déclenché dans les pays occidentaux. Paraître critiquer légèrement l’Ukraine est quasiment impossible dans les pays de l’OTAN. Recouper l’information est donc fort difficile. Ainsi, sommes-nous réduits à des approximations, faute de chiffres et de bilans objectifs d’organisations internationales crédibles comme le CICR par exemple (Comité international de la Croix Rouge).

 

 

-  Gel du front russo-ukrainien en juillet et août et offensive ukrainienne en septembre 
En Ukraine, la guerre de haute intensité continue de plus belle, mais sur un mode statique en juillet et août. Puis une offensive ukrainienne a débuté début septembre, d’abord dans la région sud vers Kherson, puis à l’est vers Kharkiv. La première attaque de Kiev au sud semblait être un leurre pour masquer la vraie l’offensive à l’est. Au milieu de l’été, l’actualité guerrière était faite de bombardements réciproques par missiles de croisière, drones kamikazes et artilleries de précision du type canon Caesar d’origine française. Ni la Russie ni l’Ukraine a fortiori ne manquent d’armes ni de munitions… D’ailleurs l’offensive ukrainienne de ce mois de septembre le prouve : l’équipement de l’armée de Kiev est de la dernière génération technologique fournie par l’OTAN. À la mi-septembre, l’Ukraine semble marquer des points. La sophistication des armes occidentales est peut-être en passe de reproduire le désastre russe de mars-avril dernier qui a vu l’écrasement de ses colonnes blindées russes d’un autre âge. L’avenir le dira.

 

Mais ce sont les hommes qui font défaut. La raison en est certainement l’épuisement réciproque et le manque d’effectifs combattants. En effet, les deux protagonistes s’épuisent à la même vitesse. Les deux armées en présence sont de petite taille, autour de 200 000 hommes chacune tout au plus, en dehors des troupes de défense opérationnelle de territoire (DOT) pour les Ukrainiens et des séparatistes pro-russes des républiques autoproclamées du Donbass et de Lougansk. Or, beaucoup d’hommes ont été perdus en six mois. Le renseignement britannique évoque 86 000 morts et blessés du côté russe. Un chiffre à prendre bien sûr avec précaution, car Londres est le principal boutefeu de l’OTAN en Europe. Mais, il est vrai que la Russie a essuyé un revers en mars et avril, l’obligeant à revoir totalement son déploiement opérationnel pour se consacrer exclusivement, du moins pour le moment, au front de l’est et du sud de l’Ukraine. Cet échec militaire a dû être très coûteux en vies humaines, les colonnes blindées russes ayant été taillées en pièces en mars et avril au nord de Kiev.

 

 

-  Décompte macabre
Du côté ukrainien, la situation n’est guère plus brillante. L’état-major de l’armée annonçait le chiffre de 9000 morts le 22 août dernier, un chiffre manifestement sous-estimé.

GUERRE EN UKRAINE: KIEV RECONNAÎT LA MORT DE 9000 DE SES SOLDATS

Le président Zelensky évoquant lui-même 100 à 200 morts ukrainiens par jour dans l’est du pays, au plus fort de l’offensive russe en mai et juin derniers. Il est donc logique d’estimer les pertes entre 25 ou 40 000 morts, une fourchette assez large pour être réaliste. À cela, il faut ajouter les blessés graves. Suivant les ratios habituellement retenus, il peut être question de 15 à 30 000 soldats blessés sérieusement. Enfin, à ces pertes d’effectifs, les prisonniers doivent être rajoutés. Sur ce plan Kiev, ou Kyiv en ukrainien, a perdu le plus de troupes, en particulier après la défaite de Marioupol. Dans ce port de la mer d’Azov étaient retranchés des troupes d’élite des commandos de marine et des régiments politico-militaires de la division Azov (dont une partie des soldats se revendiquent comme néo-nazis). Plus de 7000 hommes au total ont été pris dans la tenaille russe et faits prisonniers. Bref, il est fort possible que l’armée ukrainienne ait perdu environ le tiers de ses effectifs en 6 mois… c’est-à-dire finalement une proportion à peu près du même ordre que l’armée russe et ses alliés ukrainiens pro-russes.

 

 

-  Une situation de guerre en miniature ?
Ainsi, aujourd’hui chaque camp en présence dispose de 120 à 130 000 hommes en force d’intervention (en dehors des forces de sécurité territoriales). Or, l’Ukraine est un grand pays dont la superficie (603 700 km2) dépasse celle de la France. Le front principal entre Kherson et Kharkiv s’étire sur plus de mille kilomètres. Il est donc impossible de tenir la « ligne de feu » de manière étanche pour l’une ou l’autre troupe. Nécessité faisant loi, nous assistons donc depuis juillet à des escarmouches sur un front discontinu, sans réelle cohérence opérationnelle ni offensive construite. 

 

Pour sortir de cette situation de « guerre en miniature », et l’offensive ukrainienne de septembre est la preuve de cette volonté, l’un et l’autre camp doivent regonfler d’urgence les effectifs combattants. Car les derniers combats de septembre dans la région de Karkiv sont encore une fois terriblement coûteux en vies humaines pour les deux camps. Là se situe le nœud du problème, car les implications politiques sous-jacentes sont énormes.

 

 

-  Russie : la ligne rouge de la conscription
Faisons le point à ce propos en passant en revue les deux protagonistes. Commençons par la Russie. Depuis le début de l’attaque russe, le 24 février dernier, le président Poutine ne parle pas de guerre… mais « d’opération spéciale ». Théoriquement, les troupes engagées sont professionnelles, sans participation du contingent. Une affirmation à prendre avec des pincettes, car il semble bien que des appelés figurent au nombre des victimes, d’après des témoignages de familles en deuil sur les réseaux sociaux. Avec une population de 144 millions, la Russie pourrait procéder à une mobilisation partielle ou générale (ce qu'elle vient d'engager[2]), mais le risque politique est énorme. Pour le moment, dans sa majorité, l’opinion publique semble se montrer neutre ou favorable au bellicisme du Kremlin. Mais le peuple russe est-il prêt à la guerre totale ? Il est permis d’en douter (Depuis l’annonce de Vladimir Poutine d’une « mobilisation partielle » de 300 000 réservistes en Russie, des citoyens russes cherchent à quitter le pays en masse[3]).

Guerre en Ukraine : des Russes fuient leur pays par milliers

Un autre indice confirme ce doute : la mini crise entre Moscou et Jérusalem sur la menace de fermeture de « l’Agence Juive », qui est en charge de l’émigration des juifs vers Israël (Alyah), sur le territoire russe. En effet, au cours du premier semestre 2022, 20 000 nouveaux immigrants sont venus de Russie, plus nombreux que ceux venant d’Ukraine, 11 000. Ceux qui quittent la Russie sont en général de jeunes diplômés, particulièrement qualifiés dans la high-tech.

 

Leurs motivations sont diverses, mais la peur de la conscription y est pour beaucoup. Malgré les bonnes relations entre Poutine et les premiers ministres successifs, Netanyahou en particulier, le Kremlin menace de fermer l’institution israélienne pour stopper l’hémorragie des jeunes et des cerveaux[4]. En fait, le départ des candidats éligibles à « l’alyah » (au minimum un grand-parent juif) est révélateur de l’esprit de l’ensemble de la jeunesse russe qui ne semble pas prête à « marcher vers la mort au pas cadencé » comme disait la chanson pacifiste de Francis Lemarque (« Quand un soldat », 1952). Par ailleurs, une mobilisation de la conscription désorganiserait encore davantage la production industrielle déjà atteinte par le blocus occidental. Seul un accord de coopération de grande ampleur avec la Chine populaire permettrait de surmonter ce problème. Or pour l’instant la Chine n’est pas disposée à venir sur ce terrain… à moins que la situation dans le détroit de Formose ne change la donne.

 

 

-  Manque de recrues aussi en Ukraine
Côté ukrainien, la situation n’est guère plus brillante. Bien sûr, la propagande joue sa rengaine. Le président Zelensky et l’état-major parlent de « lever une armée d’un million de soldats ». Théoriquement, c’est possible sur le papier en versant toutes les milices de la défense du territoire dans l’armée régulière. Mais dans les faits, c’est impossible. Accepter de défendre sa ville, son quartier, sa maison, est une chose, se retrouver fantassin dans un régiment de ligne de front en est une autre. Peu signalé par les médias des pays de l’OTAN, le fait que beaucoup de jeunes hommes fuient l’Ukraine. Dans ce pays où la corruption est généralisée, comme en Russie d’ailleurs, il est possible de quitter le pays assez facilement malgré l’interdiction faite aux hommes entre 18 et 60 ans. Face à cette situation, Kiev ratisse les fonds de tiroir dans les unités de défense territoriale et envoie ces nouvelles recrues au Royaume-Uni ainsi qu’en Suède depuis fin août, qui se chargent de la formation militaire avec les fonds de l’OTAN. Londres proclame pouvoir former 10 000 hommes par trimestre au combat, en particulier en zone urbaine. C’est possible, mais même en prenant ce chiffre pour argent comptant, cela ne fait qu’une quarantaine de milliers de militaires formés en un an. Une autre possibilité existe : la formation de régiment « privatisé » dont les frais sont payés par un oligarque ukrainien. La solde du soldat y est meilleure, ce qui peut provoquer des engagements… disons « alimentaires ». C’est le cas par exemple du « bataillon Porochenko », soutenu financièrement par l’ancien président, prédécesseur de Zelensky.

 

 

-  Les forces d’appoint
Devant ce manque d’effectifs aussi bien côté russe qu’ukrainien, l’un et l’autre camp font appel aux volontaires étrangers, aux mercenaires et aux sociétés privées de « sécurité ». L’état-major russe utilise des troupes tchétchènes, ils sont, semble-t-il, plusieurs milliers, et syriennes mais dans une moindre mesure. Aguerris et réputés pour leur sauvagerie, en particulier avec les prisonniers, ils sont aussi un moyen de guerre psychologique pour effrayer les velléités d’engagement dans le camp adverse. Sur le plan de l’utilisation des sociétés privées, l’état-major russe emploie l’entreprise Wagner, dont l’utilisation est déjà ancienne dans le Donbass.

 

Le côté ukrainien n’est pas en reste. Deux éléments militaires sont à sa disposition pour gonfler les effectifs : la « légion étrangère » et également les sociétés privées. Le président Zelensky a annoncé dès fin février la création d’une sorte de « brigade internationale ». Très peu d’informations circulent sur cette légion, officieusement soutenue politiquement par les gouvernements des pays membres de l’OTAN

Paris confirme la mort d'un second combattant français en Ukraine

Un exemple, le gouvernement français a présenté ses condoléances à la famille du deuxième français de cette unité étrangère mort en Ukraine… ce qui est assez étonnant, voire carrément illégal[5].

Il faut dire que le premier mort français était moins présentable puisque militant néo-fasciste identitaire acharné. Notons simplement que beaucoup de membres étrangers sont anglo-saxons, américains, britanniques, australiens, sud-africains. Cette « légion étrangère », en particulier un effectif suédois important, semble très présente dans l’offensive ukrainienne de septembre autour de Karkiv. Avons-nous à faire à des « idéalistes » ou est-ce le paravent d’une intervention étrangère de soutien à Kiev ? Impossible à dire avec certitude. Le fait est que la plupart des anglo-saxons de la légion étrangère sont d’anciens militaires. Difficile de parler de mercenaires, car la solde est faible. Il est possible que des unités d’élite de services secrets interviennent dans ces régiments, c’est en tous les cas la version du Kremlin. Autre structure de soutien étranger, les sociétés privées de guerre. Les Américains semblent reproduire la même stratégie qu’en Afghanistan… malgré le désastre de cette intervention. En effet, dans ce pays, les effectifs des sociétés privées étaient supérieurs à ceux de l’armée américaine régulière. Deux structures se taillent la part du lion : Blackwater, l’armée privée la plus importante du monde, et plus récemment l’agence Mozart (décidément les agences de mercenaires ont un faible pour les compositeurs classiques !). Payées directement par le budget américain, voté par le Congrès au titre de l’aide militaire à l’Ukraine, ces agences sont aujourd’hui omniprésentes à l’arrière du front et assurent également le rôle de conseil et de formation des troupes de combat. Ayant accompagné tous les désastres militaires des USA, en Irak, en Afghanistan, au Kurdistan ou ailleurs, elles sont, tels des vautours se nourrissant des cadavres, dotées d’un fort gros appétit (financier), mais disposent de capacités opérationnelles finalement assez réduites.

 

 

-  Comment sortir du blocage ?
Ainsi, la situation tactique s’apparente à un blocage total. La tentation est donc grande pour l’un ou l’autre des protagonistes de « renverser la table » pour sortir par le haut de ce bourbier et reprendre l’offensive vers une victoire espérée. La question est : comment ?

 

  • Pour Poutine, une solution possible : décréter la mobilisation partielle ou générale…

et faire avaler la pilule à son opinion publique (ce qu'il vient d'engager[2]). Il lui faut démontrer que la Russie est menacée dans son existence même. L’appel « à froid » à la conscription sur le seul dossier de la guerre en Ukraine serait la démonstration de son erreur initiale du 24 février dernier. Le président de la Russie et son état-major escomptaient un effondrement en quelques jours de l’Ukraine. Six mois après, ils sont dans l’incapacité de gagner la bataille sans mobilisation du contingent (Depuis l’annonce de Vladimir Poutine d’une « mobilisation partielle » de 300 000 réservistes en Russie, des citoyens russes cherchent à quitter le pays en masse[3]). Si un deuxième front s’ouvrait dans la Baltique, en Transnistrie ou ailleurs, Poutine pourrait décréter « la patrie en danger » et faire accepter le sacrifice de la jeunesse russe à sa population.

 

  • Pour l’Ukraine et son président Zelensky, les éléments du problème sont différents.

Son réservoir de soldats mobilisables est faible d’autant que 7 à 8 millions d’Ukrainiens ont déjà fui le pays. De plus, comme la situation économique est catastrophique, une mobilisation générale serait un coup fatal qui pourrait entraîner un effondrement dans tous les domaines, et en particulier sur le plan alimentaire. En fait, une seule possibilité existe : l’élargissement du conflit avec la participation directe de contingents de pays alliés. Il faudrait donc que des pays de l’Union européenne entrent dans le conflit… et rapidement. Sinon l’Ukraine risque de s’épuiser face à un ennemi disposant d’immenses réserves stratégiques, notamment en matières premières, et d’une population 4 fois plus importante (en intégrant le fait que 20 % des Ukrainiens ont quitté le pays). Pour l’instant, l’Union européenne n’est pas prête à l’entrée en guerre, mais les choses peuvent évoluer rapidement :

Volodymyr Zelensky signe une demande d’adhésion accélérée de l’Ukraine à l’Otan
  • d'autant que lors d'une cérémonie au Kremlin le 30 septembre, Vladimir Poutine a officialisé l'annexion des régions ukrainiennes de Louhansk, de Donetsk, de Kherson et de Zaporijjia, occupées par les troupes russes[6] ;
  • d'autant que Volodymyr Zelensky vient de signer une demande d’adhésion accélérée de l’Ukraine à l’Otan[7].

     

D’ailleurs, dans cette hypothèse, les opinions publiques commencent à être « travaillées ». En France, le président Macron a clairement affirmé que les Français devaient avoir « la grandeur d’âme » pour accepter les sacrifices « pour rester libres ». Espérons qu’il ne faille pas prendre cette déclaration au pied de la lettre ! En soutien médiatique à cette politique d’alignement OTAN, les médias français servent de caisse de résonance permanente pour instiller l’inéluctabilité de la guerre en Europe. Tout l’été, l’ensemble des grands quotidiens et magazines (Le Monde, Le Figaro, Libération, Le Point…) ont mis l’Ukraine à la une, avec des « live » quotidiens sur la situation… alors même qu’il ne se passait quasiment rien sur le front en juillet-août. Notons que Le Figaro, Le Monde et Le Point, entre autres, développent un argument particulièrement absurde : l’Ukraine manquerait d’armes. C’est en effet absurde, car la défaite russe de mars dernier dans sa tentative d’assaut de Kiev, et les soldats de Kiev qui viennent de reprendre des villes entières tombées aux mains des forces russes, démontre exactement le contraire[8].

 

Les Ukrainiens n’ont pas remporté ces victoire avec de vieilles pétoires et des cocktails Molotov, ils ont vaincu, car ils disposaient d’un armement high-tech de dernière génération (missiles sol-sol antichars et missiles sol-air portatifs, drones d’attaque…), face aux colonnes blindées russes à l’équipement obsolète datant des années 60 ou 80. L’Ukraine n’a jamais manqué d’arme ni de formation militaire pour ses soldats y compris donc avant le 24 février dernier. Depuis 2014, l’Ukraine a été préparée à la guerre par l’OTAN, c’était en tout cas l’affirmation au printemps dernier de l’état-major de l’armée française (sur ce sujet, relire ici[9]). Le but de cette mobilisation médiatique est de préparer l’opinion à une éventuelle intervention directe de l’Union européenne cet automne ou cet hiver.

 

Ainsi du côté russe comme ukrainien, la situation est intenable, et toute provocation est bonne à prendre pour sortir de la nasse. En ce début septembre, aucun signe n’existe de détente ni de possibilité d’un cessez-le-feu ni encore moins d’une conférence de paix. Or le temps va manquer.

 

 

-  Face à ce danger d’escalade et le risque de la « montée aux extrêmes », comme disent les militaires, c’est-à-dire la marche vers la guerre totale, les réactions politiques sont d’une faiblesse presque incroyable… en particulier en France.
Pourtant fin août, Emmanuel Macron a annoncé clairement la couleur dans son discours de Bormes-les-Mimosas. À part un commentaire d’Eric Ciotti à droite, le silence est assourdissant à gauche. Les partis de la NUPES sont aux abonnés absents. Seul Mélenchon est intervenu sur les tensions géopolitiques, mais plus particulièrement sur le dossier chinois[10]. Il faut bien constater son isolement. Car en fait, au sein de la NUPES, les positions sont divergentes sur la guerre, les Verts et le Parti socialiste soutenant en fait l’Ukraine en guerre et donc objectivement l’OTAN (NDLR : ce qui ne veut pas dire que Jean-Luc Mélenchon est pro-Poutine[11].

 

 

-  En fait, le président Macron a annoncé tout simplement la guerre
La France ayant rejoint le commandement intégré de l’OTAN, cela implique un alignement et un contrôle en termes de communication des alliés sur le conflit Russie-Ukraine. Donc, Emmanuel Macron ne peut pas parler « à la légère » sur ce dossier. Il est donc urgent d’intervenir, d’expliquer et expliquer encore qu’une autre voie que la guerre est possible. Or en ce mois de septembre, l’offensive ukrainienne marque des points sur le terrain et ressuscite l’espoir fou dans le camp de l’OTAN d’un effondrement total russe… et pourquoi pas d’un limogeage de Poutine du Kremlin. Ce désir d’une défaite totale russe est extrêmement dangereux justement. Si Poutine se retrouve au bord du gouffre, il n’hésitera pas à employer tous les moyens pour sauver sa peau et sortir de la nasse, y compris les moyens nucléaires !

 

-  Militer pour la République Sociale, dans l’esprit de Jaurès, c’est militer pour la paix en Europe et contre le bellicisme à outrance.

Il faut qu’une fraction politique importante à gauche intervienne pour la promotion d’une conférence internationale de paix sous l’égide de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe). Si les républicains de gauche restent passifs, la guerre générale en Europe sera inévitable tôt ou tard et les populations européennes en subiront les conséquences.

 

 

 

 SECOND ARTICLE ICI 👉 : TENSION EXTRÊME DANS LE DETROIT DE FORMOSE

Notes :

[1] UKRAINE : LES TACTIQUES DE COMBATS UKRAINIENNES METTENT EN DANGER LA POPULATION CIVILE

[1bis] GUERRE EN UKRAINE: KIEV RECONNAÎT LA MORT DE 9000 DE SES SOLDATS

[2] 21 septembre 2022 : Vladimir Poutine décrète «une mobilisation militaire partielle» en Russie et, contrairement à ce qui a été annoncé à la télévision, le décret signé par Vladimir Poutine ne précise pas que seuls les militaires de réserve sont soumis à la conscription.

[3] Depuis l’annonce de Vladimir Poutine d’une « mobilisation partielle » de 300 000 réservistes en Russiedes Russes fuient leur pays par milliers mais aussi Depuis l’annonce de Vladimir Poutine de mobiliser partiellement sa population, des centaines de manifestants sont descendus dans les rues de plusieurs villes de Russie. Selon le groupe de surveillance indépendant russe OVD-Info, plus de 1 000 manifestants ont déjà été arrêtés par la police russe. et dans l’UE, 66 000 entrées en une semaine

[4] La Russie menace de fermer les bureaux de l’Agence juive à Moscou

[5] Paris confirme la mort d'un second combattant français en Ukraine

[6] Lors d'une cérémonie au Kremlin vendredi, Vladimir Poutine a officialisé l'annexion des régions ukrainiennes de Louhansk, de Donetsk, de Kherson et de Zaporijjia, occupées par les troupes russes.

[7] Volodymyr Zelensky vient de signer une demande d’adhésion accélérée de l’Ukraine à l’Otan

[8] Guerre en Ukraine : l'armée russe recule face à la contre-offensive éclair des forces de Kiev. Près de 6 000 kilomètres carrés ont déjà été libérés, selon Volodymyr Zelensky

[9] Le judoka Poutine aurait-il essuyé un « ko soto gari » ?

[10Jean-Luc Mélenchon : « Taïwan : je refuse la guerre froide avec la Chine... c’est au chinois (dont ceux de Taïwan) de régler la question entre eux… »

[11Guerre en Ukraine : Jean-Luc Mélenchon " pro-Poutine " ? Remettons les pendules à l'heure !

 

Pour en savoir plus :

Vladimir Poutine signe un décret visant à agrandir l’armée russe

- ADHÉSION DE LA FINLANDE ET DE LA SUÈDE À L’OTAN : LA BALTIQUE BIENTÔT ZONE DE GUERRE ?

- Situation géoéconomique de l’Ukraine dans les mailles de l’ultralibéralisme.

- Révélation : avant que l’Ukraine ne fasse sauter le pont de Kerch, des espions britanniques avaient préparé le coup.

- L’OTAN panique devant l’incapacité de trouver le sous-marin nucléaire russe Belgorod dans l’Arctique

- « La guerre en Ukraine menace l’Europe et met en péril son moteur premier, le couple franco-allemand »

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30 septembre 2022 5 30 /09 /septembre /2022 13:40
Le néo-libéralisme est le berceau de l’extrême droite

La montée des inégalités aboutit logiquement au repli sur soi et au vote extrême... 
C'était vrai en 2014 et toujours plus d'actualité de la Suède à l'Italie...

 

Ce n’est pas par hasard que l’extrême droite se développe en France et dans plusieurs pays étrangers à partir des années 1980. C’est précisément à cette époque que le néo libéralisme prospère en surface puis en intensité. Il en est de même de l’abstention.

L'analyse développée dans cet article tout à fait judicieuse garde plus son actualité huit années et demi après sa parution.

Mais une question se pose : comment expliquer que des électeurs qui souffrent des inégalités décrites ici puissent voter pour une extrême droite qui n’accorde aucune valeur à l’égalité ?

Cela s’explique probablement par le fait que ces électeurs ne connaissent que très partiellement l’idéologie de l’extrême droite.

Des sondages ont d’ailleurs montré que les électeurs du FN – RN, pour la plupart d’entre eux, ne connaissent pas le programme de ce parti.

 

 

Sources : Michel Santi, économiste texte publié en 2014 |

- Pourquoi ?...

  • Pourquoi de grandes et illustres voix comme Stiglitz et Krugman stigmatisent-elles les inégalités ?
  • Pourquoi Piketty a-t-il écrit son monumental travail " Le Capital au XXIe siècle[1] " ayant aujourd'hui un retentissement mondial ?
  • Est-ce par plaisir - ou pour se distinguer ? - que, depuis le déclenchement de la crise, les économistes keynésiens n'ont de cesse de dénoncer le néo-libéralisme et son lot d'injustices, de dérégulations, de phobie irrationnelle vis-à-vis de la création monétaire, d'obsession pour la compétitivité et de hantise à l'encontre d'une inflation qui ne se matérialise décidément pas ?
  • S'il va de soi que cette condamnation est d'abord mue par un sentiment humaniste et de solidarité sociale élémentaire, elle est également pointée du doigt par nous - les hétérodoxes - car les inégalités nuisent foncièrement à la croissance économique. 

 

 

- Même les institutions néo-libérales s'inquiètent des inégalités

Alors, il est clair que la masse des spéculateurs et investisseurs boursiers qui s'enrichissent virtuellement jour après jour, il est évident que ceux qui profitent pleinement de la financiarisation ayant asservi l'outil de travail, il va de soi que ceux qui sont complètement déconnectés des réalités de la vie,  n'ont que faire d'une croissance économique pérenne car ils ont - jusqu'à présent - gagné à tous les coups. Ils devraient pourtant commencer à se poser de sérieuses questions et à se rendre compte que leur orgie touche à sa fin, dès lors que des institutions symbolisant l'essence même du néo-libéralisme telles que le F.M.I.[2] et que le World Economic Forum concluent que « des sociétés moins égalitaires aboutissent à une croissance faible et fragile »

 

 

- L'immigration, cette véritable valeur ajoutée, ressentie comme une menace

Il en est de même pour l'immigration, source de croissance sur le long terme pour toute nation, car elle participe activement de la promotion de l'innovation et de la progression de la productivité. Ne feignons pas aujourd'hui d'être surpris par la montée en puissance des extrémismes, et ne soyons pas choqués par les succès électoraux des partis xénophobes. Ne soyons pas non plus surpris que les plus défavorisés et que la classe ouvrière - naguère acquis à la gauche - se reportent désormais en masse vers l'extrême droite.

 

Dans une société comme la nôtre burinée par les inégalités, où les entreprises favorisent le dumping salarial via l'embauche d'immigrés moins exigeants que les nationaux, où les loyers des logements sociaux connaissent une surenchère du fait de l'afflux d'étrangers, où les services publics sont de moindre qualité car dépassés par les évènements, il est fort compréhensible que l'immigration soit ressentie comme une menace et non pour ce qu'elle représente vraiment, c'est-à-dire une valeur ajoutée. 

 

 

- Seule une redistribution plus juste permettrait de ramener de la sérénité

Que droite et gauche républicaines ne s'en prennent qu'à elles et à leurs politiques respectives ayant toutes fait l'ardente promotion du néo-libéralisme si des pays comme la France et comme la Suisse subissent (NDLR et aujourd'hui la Suède et l'Italie) aujourd'hui l'émergence d'idéaux prônant le repli sur soi. Car seuls les riches aujourd'hui profitent vraiment de cette immigration et de ce travail à bon marché en s'enrichissant davantage, tandis que les pauvres pour leur part en subissent toutes les conséquences. En effet, pendant que le néo-libéralisme, que la financiarisation et que la dérégulation sauvage sont systématiquement synonymes de coupes salariales, de pertes de droits et - en finalité - de montées en puissance des haines et des intolérances, seule une redistribution plus juste des ressources est aujourd'hui susceptible de ramener la sérénité dans nos sociétés

 

  • Mesdames et Messieurs du gouvernement et de l'opposition Républicaine : l'acceptation sans faille de vos citoyens à l'ouverture totale des frontières et à la globalisation, de même que leur adhésion à cette Europe mal aimée ne se matérialiseront que grâce à une croissance stable.
  • C'est-à-dire par une société plus égalitaire, en établissant enfin une croissance au long cours, exempte de l'implosion épisodique de bulles spéculatives, où le travail redeviendrait une valeur.

 

🔴   Michel Santi est un macro économiste et un spécialiste des marchés financiers.

Il est l'auteur de :  " Splendeurs et misères du libéralisme " et " L'Europe, chronique d'un fiasco politique et économique "

 

----------------------------------

 

-  L'Extrême-droite, rempart contre le (du) Capitalisme.

Jean-Christophe Sellin, conférence des AMFIS 2022, « Histoire de l’extrême droite en France »

  • Qu'est-ce que le fascisme ? 
    • La politique de Macron se résume à : " Si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi. Tu es riche donc méritant mais si tu es pauvre, c’est de ta faute, donc si c’est de ta faute, on ne t’aidera pas. " Ce précepte avait été inauguré par Adam Smith au XVIIIe siècle sur une base de rhétorique religieuse.
    • Il s'agit bien d'un extrémisme ultralibéral , une autre forme du fascisme. " Aide-toi et le ciel t'aidera "
    • Le fascisme apparaît quand les intérêts privés priment sur l’intérêt collectif, quand les gouvernements et leurs instruments de coercition sont au service du capital, des banques et des industriels et non plus au service du citoyen.
    • Il est entendu que le totalitarisme qui est une forme de fascisme engendre le mal absolu. Absolu parce que ce système ne connaît plus les limites de la moralité et de l’éthique. Le bien-être du citoyen n’a plus la moindre importance, et celui-ci est réduit à l’état d’outil de production, dans le meilleur des cas, de charge inutile quand il n’est pas apte à produire, voire à l’état de parasite à éliminer. Seule compte l’avidité de richesses de la caste dirigeante, toute autre considération étant devenue secondaire. 

Georges Orwell avait compris la consubstantialité du fascisme et du capitalisme, disant quil ne sert à rien de lutter contre le fascisme si on ignore le capitalisme.

 

https://twitter.com/JLMelenchon/status/1568531312557932546

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20 septembre 2022 2 20 /09 /septembre /2022 22:25
La dévalorisation économique et sociale de la force de travail des salariés.

On est le 22 septembre 2022, et à partir d'aujourd'hui les salariés du CAC40 travaillent exclusivement pour gonfler les dividendes des actionnaires... un tiers de l'année sacrifié pour ces assistés[19].

 

Des primes qui minent le modèle social français... le travail ne paie pas !

 

La baisse, la stagnation et la croissance des salaires, du SMIC et des pensions de retraite constituent la problématique centrale des luttes sociales et des affrontements de classe entre salariés et employeurs depuis fort longtemps. Elle prend encore plus d’ampleur en période d’inflation et de chômage.

Le pouvoir politique et ses valets médiatiques tente de brouiller les cartes de la répartition des richesses en agitant une multitude de diversions dont l’une soit disant opposition entre la France des assistés et des travailleurs qui se lèvent tôt le matin.

Selon le président Macron, la « fin de l’abondance est arrivée[1] »... Mais dans quel monde vit-il ?

Celui des patrons d’entreprises publiques qui veulent faire sauter leur plafond salarial jugé trop bas (37 500 euros par mois) ? Celui des actionnaires ?

Pour beaucoup de familles, la rentrée se tient sous le signe de la chute du pouvoir d’achat, que les mesures de cet été ne compenseront pas.

 

 

Sources :  Le Monde diplomatique par Martine Bulard

-  Des aides, mais surtout pas de hausses de salaire.
Voilà qui pourrait servir de titre à la loi sur le pouvoir d’achat, proposée par le gouvernement choisi par M. Emmanuel Macron et adoptée le 3 août par les députés de la majorité présidentielle, de droite et du Rassemblement national, à deux exceptions près[2]. Venant de responsables qui ne cessent de vitupérer les assistés et n’ont que le mot « travail » à la bouche, le renversement idéologique ne manque pas de piquant… au moins en apparence.

 

Évolution des salaires de base et conditions d’emploi dans le secteur privé. Résultats provi

Avec une inflation qui grimpe dans les tours (6,8 % attendus pour cette année), notamment pour les produits de première nécessité, un pouvoir d’achat des salariés qui a chuté de 3 % en un an[3] et un mouvement des « gilets jaunes » dans toutes les mémoires, le président Macron ne pouvait rester inactif.

 

Il aurait pu ouvrir son second quinquennat par un geste marquant, en demandant au Parlement de rétablir l’échelle mobile des salaires[4], leur permettant d’augmenter au même rythme que les prix. Lancée en 1952 par Antoine Pinay — un homme de droite —, la loi instaurant cette pratique a fonctionné jusqu’en 1982, date à laquelle François Mitterrand et un gouvernement à majorité socialiste l’ont jetée au panier. Elle n’était pas parfaite et souvent les rémunérations mettaient un temps certain avant leur mise à niveau. Mais, globalement, elle protégeait les salariés. L’économiste Alain Cotta, champion de l’orthodoxie, qualifiera d’ailleurs sa suppression de « don Delors » (du nom du puissant ministre de l’économie) au patronat[5].

 

Cette mise à mort sonnera le début d’un nouveau partage des richesses produites, en faveur des profits et au détriment des salaires. La part de ces derniers dans la valeur ajoutée est passée de 74,1 % en 1982 à 63,5 % en 1998. Elle connaîtra ensuite de petites variations à la hausse ou à la baisse, mais ne remontera jamais au pic de 1982, et elle atteint 65,4 % en 2019[6][7].

 


-  Au contraire, M. Macron a préféré un panier de mesures qui évite toute croissance générale des rémunérations.
Seule exception, le point d’indice servant à calculer le traitement des fonctionnaires est relevé de 3,5 %. La revalorisation, bien en dessous de l’inflation de l’année, est à relativiser ; surtout, cet indice est bloqué depuis 2010 (sauf pour une courte parenthèse 2016-2017). Si l’on tient compte de la hausse des prix, il a perdu 17,6 % de sa valeur en vingt-deux ans[8]. Dit autrement, un fonctionnaire qui touchait 1 000 euros en 2010 ne reçoit aujourd’hui que l’équivalent de 820,40 euros. On s’étonne ensuite de ne plus trouver d’infirmières ni d’enseignants — parmi les plus mal payés en Europe.

 

Elisabeth Borne s'engage à faire toute la baisse promise des impôts de production dès 2023

« C’est mieux que rien » Il paraît que la France ne peut pas faire plus. Ministres et chroniqueurs nous expliquent — avec ce qu’il faut d’intonation dans la voix pour bien faire percevoir l’énormité de la somme en jeu — que cette hausse « historique » va

coûter la bagatelle de 7,5 milliards d’euros. Curieusement, pas une voix ne s’élève pour faire connaître ce que représente, par exemple, la baisse des impôts de production pour les entreprises annoncée par la première ministre Élisabeth Borne lors de son discours de politique générale à l’Assemblée nationale le 6 juillet dernier[9] : 8 milliards d’euros. Et nul ne s’interroge sur l’utilisation de cette manne.

 


-  Le paquet présidentiel comprend donc quelques « boucliers » tarifaires (loyers, gaz…).

  • Il impose ainsi une baisse de 30 centimes du litre d’essence jusqu’à la fin octobre, de 10 centimes pour les deux mois suivants, mais le gouvernement ne touche pas aux impôts indirects indexés sur les prix à la pompe, ni aux superprofits encaissés par les compagnies pétrolières. Il limite à 4 % la hausse du tarif de l’électricité jusqu’à la fin de l’année, mais contraint Électricité de France (EDF) à fournir 40 % de sa production bon marché à ses concurrents, plutôt que d’en faire bénéficier les usagers[10].

 

  • Il augmente de 4 % les retraites de base, dont les bénéficiaires avaient perdu 1,1 % de pouvoir d’achat rien qu’en 2019, ainsi que le revenu de solidarité active (RSA), essentiellement payé par les collectivités locales. Quant à l’aide personnalisée au logement (APL), elle grimpe de 3,5 %, mais cela ne compense pas — loin de là — les « 10 milliards d’euros économisés au détriment des plus modestes » depuis l’arrivée au pouvoir de M. Macron, comme le rappelle la Fondation Abbé Pierre dans son rapport annuel sur le mal-logement [11].

 

Pour le reste, M. Macron renouvelle l’opération de 2018, au sortir du mouvement des « gilets jaunes », encourageant les employeurs à verser une prime désormais joliment appelée « partage de la valeur ». L’annonce à grande pompe de son triplement (3 000 euros) ressemble fort à de la publicité mensongère, le montant moyen réellement reçu par les quinze millions de salariés (sur vingt-sept millions) qui en ont bénéficié en 2019 n’ayant pas dépassé 542 euros, à peine plus de la moitié du montant alors autorisé[12]. La décision d’élargir encore la défiscalisation des heures supplémentaires et de celles effectuées à la place des réductions du temps de travail (RTT) relève tout autant de la mystification.

 


-  Évidemment, devant les difficultés de fins de mois, on peut être tenté de se dire que « c’est mieux que rien ».

Pouvoir d'achat : les salariés pourront désormais troquer leurs RTT contre de l'argent

Pourtant, ces mesures masquent un nouveau recul social. Le plus évident concerne les RTT puisque les salariés sont incités à troquer leurs journées de repos pour un peu d’argent[13]. Pas besoin d’être grand clerc pour savoir que cette « monétisation » concernera d’abord les travailleurs à la paye maigrichonne, qui sont souvent ceux qui exercent des emplois parmi les plus harassants. Voilà comment on contourne en douceur la loi sur les trente-cinq heures, jamais digérée par le patronat, tout en se présentant comme un « président soucieux du petit peuple ».

 


-  Plus insidieux encore est le recours systématique aux primes.
Officiellement, celles-ci ne peuvent se substituer aux augmentations de salaire. Dans la vraie vie, elles les remplacent. Or, elles dépendent du bon vouloir (ou des capacités) de l’employeur et ne sont donc pas pérennes. Pour les salariés, elles n’ouvrent aucun droit et sont exclues du calcul des indemnités de congé maladie ou de maternité, des pensions de retraite et des allocations de chômage. Pour les caisses de la protection sociale et celles de l’État, elles représentent un manque de recettes considérable. Comme quoi on peut se dire inquiet de la dette et organiser les déficits.

 

C’est également vrai avec les primes d’intéressement (sans cotisation, par définition) que peuvent désormais distribuer les petites et moyennes entreprises. Sans oublier, bien sûr, les heures supplémentaires dont les exonérations sociales et fiscales pour les salariés existent depuis 2019, M. Macron ayant rétabli la mesure mise en place par le président Nicolas Sarkozy (2007-2012) et supprimée par son successeur François Hollande. Cette « générosité » sur le dos des caisses publiques avait le mérite de masquer un autre cadeau offert aux employeurs quelques mois plus tôt, lors des « ordonnances travail » : la moindre rémunération des heures supplémentaires dont la majoration tombait à 25 % et même à 10 % après accord d’entreprise, au lieu de 50 % (pour les huit premières heures). Le système est toujours en vigueur mais, en plus, l’allégement s’étend aux cotisations patronales.

 

Pouvoir d'achat : pourquoi les primes sont une arnaque ?

Un marché de dupes (une arnaque[14]) pour la très grande majorité de la population car ces exemptions à répétition, dont une partie est étendue cette année aux travailleurs indépendants, creusent les déficits de la Sécurité sociale et de l’assurance-chômage. Des « trous » qui seront compensés par des réductions de prestations aux conséquences incalculables pour les familles, notamment aux revenus les plus modestes. En clair, le pouvoir reprendra demain ce qu’il vient de concéder aujourd’hui.

 


-  Le mouvement est engagé de longue date.
Les premières exonérations de charges patronales sont apparues dans le paysage dès 1993, par la grâce du très conservateur Édouard Balladur, alors chef du gouvernement. Depuis, onze premiers ministres et quatre présidents de la République — de gauche et de droite — se sont succédé. Si certains ont renâclé, aucun n’a inversé la tendance. À tel point que, désormais, l’employeur ne paie plus aucune cotisation sur le smic, à l’exception de l’assurance-accident du travail dont le montant dépend des branches. On pourrait en conclure qu’un coup de pouce sur ces salaires ne mettrait pas les entreprises sur la paille. Que nenni. Comme les treize précédents, le quatorzième rapport du « comité d’experts » (qui ne comprend ni un syndicaliste, ni même un économiste un tant soit peu iconoclaste) a conclu que cela mettrait en péril l’économie française. Mieux, en ces temps d’inflation, il propose de mettre fin « au mécanisme d’indexation automatique[15] » du smic, le seul qui existe encore. Anticipant une vague de « travailleurs pauvres », il suggère de miser sur la prime d’activité. Encore une, inventée celle-là par M. Hollande, pour officiellement « inciter à prendre ou garder un emploi », même faiblement rémunéré. Elle a surtout incité les patrons à offrir des salaires extrêmement médiocres et des horaires atypiques dont sont victimes les femmes en premier lieu.

 


-  Pour l’heure, le smic reste heureusement indexé sur les prix et le niveau du salaire moyen.

Salaire minimum et coût de la main-d’œuvre dans l’Union européenne Données annuelles de 2000 à 2022

Il n’en est pas moins fort maigre par rapport à de nombreux pays européens au produit intérieur brut (PIB) comparable. En avril 2022 (dernière statistique européenne), avec un niveau de 1 603 euros brut, il se situait en dessous de celui du Luxembourg (2 257 euros), de l’Irlande (1 775 euros), des Pays-Bas (1 725 euros), de la Belgique (1 658 euros) et même de l’Allemagne (1 621 euros), qui n’a instauré un salaire minimum qu’en 2015[16]. Il a augmenté un peu le 1er août dernier, mais il reste inférieur à celui du Royaume-Uni, peu réputé pour son progressisme social.

 

De plus, les patrons se sentent si forts face à des syndicats affaiblis qu’ils ont établi des grilles salariales comportant des indices de base (ce que l’on appelle le salaire minimum conventionnel) inférieurs au smic. En 2020, 16 % des branches professionnelles étaient dans ce cas. En 2022, elles sont 70 %[17] ! Certes, les employeurs ne peuvent verser un salaire en dessous du smic, mais ils bloquent toute évolution (liée à l’ancienneté ou à une petite qualification), jusqu’à ce que les changements d’indice permettent d’atteindre le niveau du smic. On assiste ainsi à un écrasement de la hiérarchie salariale : par le bas avec des minima conventionnels trop faibles et par le haut, si l’on peut écrire, avec la non-répercussion de l’évolution du smic sur l’ensemble de l’échelle.

 

Au total, la moitié des employés du secteur privé et des entreprises publiques gagnent moins de 2 005 euros net par mois et 80 % moins de 3 000 euros net — tous font l’objet d’un allègement de cotisations patronales, dégressif jusqu’à 2,4 fois le smic[18]. Les employeurs ont donc intérêt à ne pas dépasser ce seuil.

 


-  Cette trappe à bas salaires a des conséquences sociales évidentes, mais aussi économiques.
En témoignent le recul industriel de la France dans les technologies de pointe, les difficultés à recruter dans les secteurs vitaux de services aux personnes âgées ou aux enfants, par exemple. Devant la pénurie, le gouvernement nommé par M. Macron a trouvé deux remèdes : réformer l’assurance-chômage pour contraindre les demandeurs d’emploi à prendre n’importe quel emploi, quitte à développer les primes d’activité, et réduire les exigences professionnelles pour certains postes. Un arrêté du 4 août 2022 publié au Journal officiel permet ainsi de recruter du personnel non qualifié dans les crèches grâce « à des dérogations aux conditions de diplôme ou d’expérience[20] ».

 

Et ce sombre tableau ne décrit que les salaires. Il doit être complété par la situation des près de deux millions d’autoentrepreneurs (qui touchent en moyenne moins de 900 euros par mois), souvent assujettis à des donneurs d’ordre (plate-forme, sociétés de services, etc.).

 


-  La logique de ce marché de l’emploi fracturé et pressuré ?

Baisser le « coût du travail » pour maintenir ou accroître celui du capital[21]... Moins le travail paie et plus l’actionnaire final gagne.

Michaël Zemmour : « “La prime Macron” creuse volontairement le déficit de la Sécurité sociale »
  • Et cela se fait à coups de déréglementations, de défiscalisation, de « définancement » de la protection sociale et… de primes pour rendre le tout à peu près supportable[22] ;
  • Les recettes manquent, les prestations diminuent ;
  • Le recours au privé (mutuelles, retraites surcomplémentaires, etc.) s’imposera… pour ceux qui peuvent. Les couches intermédiaires se débrouilleront ;
  • Les pauvres devront se contenter de produits bas de gamme, de coupons de réduction dans les hypermarchés ou de charité...

 

Ainsi, le modèle français, fondé sur la solidarité collective et la responsabilité sociale des entreprises, est attaqué de l’intérieur.

 

Petit à petit, il se délite et menace d’imploser, à l’image de ce qui s’est produit avec l’hôpital public, aujourd’hui en état de délabrement avancé.

 

Le sort des générations futures dépend bien plus sûrement de la défense et de la rénovation de ce modèle que du poids de la dette publique.

 

  • en conclusion...  Jean-Luc Mélenchon : " Vous avez dit « Lutte des classes »[0] !

 

Notes :

[0] Jean-Luc Mélenchon : Vous avez dit « Lutte des classes »

[1] " Fin de l'abondance " : Emmanuel Macron change de stratégie et cherche à préparer les esprits

[2] Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes

[3] Jérôme Hananel, « Évolution des salaires de base dans le secteur privé. Résultats provisoires du deuxième trimestre 2022 », Dares indicateurs, n° 38, ministère du travail, du plein-emploi et de l’insertion, 12 août 2022.

[4] On en parle : annulation dette publique, inflation, échelle mobile des salaires...

[5] Lire Serge Halimi, « Ne rougissez pas de vouloir la lune : il nous la faut », Le Monde diplomatique, juillet 2011.

[6« Indicateurs économiques et sociaux de la CGT » (PDF), Confédération générale des travailleurs, Montreuil, 6 avril 2022. Cf. aussi Sophie Piton et Antoine Vatan, « Le partage de la valeur ajoutée : un problème capital », dans L’Économie mondiale 2019, La Découverte, Paris, 2018.

[7] On en parle : partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits

[8] Céline Mouzon, « Rémunération des fonctionnaires : un dégel ne fait pas le printemps », Alternatives économiques, Paris, 30 juin 2022.

[9] Elisabeth Borne s'engage à faire toute la baisse promise des impôts de production dès 2023

[10] L'Etat contraint EDF à brader sa production au profit de ses concurrents

[11] Cité dans Guillaume Jacquot, La réforme des APL a fait plus de perdants que de gagnants, selon un rapport du Sénat

[12] La prime Macron, l'alternative au salaire peu utilisée par les employeurs

[13] Pouvoir d'achat : les salariés pourront désormais troquer leurs RTT contre de l'argent

[14] Pouvoir d'achat : pourquoi les primes sont une arnaque ?

[15] « Rapport annuel du groupe d’experts SMIC », direction générale du Trésor, Paris, 15 décembre 2021.

[16] « Salaire minimum dans les pays de l’Union européenne en 2022 », Eurostat, 21 avril 2022.

[17] Salaires : dans 70% des branches, les minima conventionnels sont inférieurs au Smic

[18] Insee Première, n° 1898, Paris, avril 2022.

[19] Demain, 22 septembre, c'est le #JourDuDepassementCapitaliste. " Marianne " a calculé le jour à partir duquel les salariés du CAC 40 ne travaillent plus que pour leur actionnaire

[20] Pénurie de personnel en crèche : des recrutements de non-professionnels autorisés

[21] Lire Laurent Cordonnier, « Coût du capital, la question qui change tout », Le Monde diplomatique, juillet 2013

[22]  « La “prime Macron” creuse volontairement le déficit de la Sécurité sociale », Le Monde, 20 juillet 2022

 

Pour en savoir plus :

Le projet de loi réformant le régime de l'assurance-chômage ne laisse aucun doute sur le projet du gouvernement : précariser davantage les demandeurs d'emploi et faire pression sur les salariés.

- BERNARD FRIOT : « LA SOUVERAINETÉ POPULAIRE SUR LE TRAVAIL EST UNE URGENCE »

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19 septembre 2022 1 19 /09 /septembre /2022 10:57
Crise politique : le miroir électoral

Les ceintures populaires des métropoles se sont portées un peu plus vers la gauche et les espaces extramétropolitains sont allés un peu plus vers l’extrême droite : les deux constats ne s’opposent pas l’un à l’autre ; ils sont deux faces de la même réalité.

 

Abstention, rapport des forces gauche/droite, vote des fonctionnaires, ancrage des idées d’extrême droite... Le résultat du cycle électoral 2022 continue de nourrir de vigoureux débats à gauche. Deux enquêtes récentes fournissent de nouveaux éléments de compréhension. Analyse de Roger Martelli.

Deux rapports viennent compléter les regards portés sur les élections de l’année. Le premier est paru cet été sur le site de Fondapol, la fondation de droite présidée par Dominique Reynié, sous le titre « Mutations politiques et majorité de gouvernement dans une France à droite[1] ». Le second est une note de recherche du politiste Luc Rouban, paru sur le site du Cevipof et portant sur « le vote des fonctionnaires à l’élection présidentielle de 2022[2] ». Les deux études s’appuient sur des données de l’institut de sondage OpinionWay, téléchargeables sur le site de Fondapol[3]. Nous en résumons ici les principales conclusions.

 

Sources : Regards.fr par Roger Martelli | mis à jour le 29/11/2022

- Abstention : vers l’infini et au-delà ?
La crise politique s’épaissit. L’abstention grandit, d’élection en élection. À la présidentielle, elle est passée de 15,3% en 1965 à 27,9% en 2022. Aux législatives, elle s’incruste au-delà du seuil des 50%. L’enquête OpinionWay nous en livre les ressorts, sociologiques et politiques.

 

(1) La colonne additionne le pourcentage des interviewés qui répondent : « Parce qu’aucun candidat ne correspond à mes idées », « C’est ma façon de protester contre le système politique actuel », « C’est la même politique qui est menée quel que soit le résultat » et « Mon vote ne sert à rien ».

 

L’abstention législative garde les caractéristiques sociologiques qui séparent les catégories les plus aisées (35% d’abstentions chez les revenus mensuels supérieurs à 3500 euros) et les chômeurs (75% d’abstentions). L’âge, les faibles revenus, les statuts jugés inférieurs et les formations courtes continuent de creuser la distance des individus avec le fait électoral. Mais le motif de la prise de distance reste ouvertement politique : la moitié des abstentionnistes invoquent l’absence d’intérêt pour une élection dont on estime volontiers qu’elle ne sert à rien.

 

La dimension protestataire du vote est renforcée par la distribution des résultats. Les partis dominants n’ont plus le vent en poupe. Le PS et l’UMP se partageaient 56% des suffrages présidentiels en 2012, 26% en 2017 et 6% à peine en 2022. Le total des suffrages obtenus par Macron, Pécresse et Hidalgo approche tout juste le quart des électeurs inscrits (en 2017 encore, les candidats supposés « gouvernementaux » en totalisaient 38,2%).

 

 

- Tout va bien pour le RN !
Si la coalition des députés composant la Nupes forme le second bloc derrière la majorité relative macronienne, c’est le Rassemblement national qui peut se présenter comme le premier groupe d’opposition. Le plus préoccupant est que ses réserves électorales semblent loin d’être négligeables : 55% seulement des électeurs de Marine Le Pen du mois d’avril sont allés aux urnes en juin et ils sont plus nombreux (58%) que ceux de Jean-Luc Mélenchon (40%) à expliquer que leur absence est un geste de protestation contre le système électoral.

 

Quelle que soit l’élection de référence, présidentielle ou législative, premier ou second tour, l’extrême droite est le courant politique qui a le plus progressé en cinq ans. Cette progression n’est pas seulement l’effet d’un choix par défaut : 39% des électeurs se disent « tout à fait » ou « plutôt d’accord » avec les idées du RN (le pourcentage est de 28% pour LFI). Du coup, près de la moitié des interrogés (47%) voient comme « une bonne chose » l’entrée en force de l’extrême droite à l’Assemblée.

 

Les élections suggèrent donc, tout à la fois, une poussée de l’extrême droite – y compris en dehors de ses zones de force devenues traditionnelles – et une droitisation de la droite. C’est là encore près de la moitié (47%) des électeurs LR qui se disent proches des idées du RN, au point que les électeurs de droite sont plus nombreux (39%) à souhaiter un accord de LR avec le RN qu’avec la Macronie (34%). Voilà qui n’a rien d’étonnant, si l’on tient compte de ce que, pour 59% d’entre eux, le RN est capable de gouverner et que, aux yeux de 52%, le parti lepéniste incarne même une société dans laquelle ils souhaiteraient vivre.

 

Du point de vue idéologique, on aurait tort de sous-estimer le poids persistant des enjeux migratoires. Il est vrai que la plupart des sondages suggèrent depuis quelques mois que l’immigration n’est plus dans le trio de tête des sujets qui « préoccupent » les Français (la palme revient en général au pouvoir d’achat, à l’insécurité et aux enjeux sanitaires).

 

Mais ce n’est pas parce que les mots de l’immigration n’affleurent pas sur le terrain qu’ils n’agissent pas, confortant la conviction classique selon laquelle le RN « dit tout haut ce que les Français pensent tout bas »… Quand OpinionWay propose par exemple à ses interlocuteurs l’item « La plupart des immigrés ne partagent pas les valeurs de notre pays et cela pose des problèmes de cohabitation », plus de 90% des proches de l’extrême droite répondent affirmativement. Mais 80% des électeurs de la droite classique en font de même et les deux tiers des « sans préférence partisane » et des abstentionnistes. Au total, ce n’est qu’une courte majorité de 53% qui repousse l’idée centrale de la grande menace migratoire.

 

 

- Fonctionnaires : une citadelle pour la gauche ?
Pour le Cevipof, Luc Rouban a scruté plus particulièrement le comportement des fonctionnaires.

Nous l’avons résumé ici en deux tableaux, le premier qui synthétise le vote salarié en fonction des statuts du public, le second qui mesure les grandes évolutions entre 2017 et 2022.

 

[cliquez sur le graphique pour l’agrandir]

 

Le premier tableau confirme, dans le monde du salariat, la tripartition observée dans l’ensemble des suffrages exprimés. La droite et l’extrême droite (37% et 34%) sont en tête chez les salariés du privé, où la gauche est au-dessous de sa moyenne nationale (28%). En revanche la gauche est en tête (37%) dans la fonction publique d’État où elle dépasse sensiblement sa moyenne nationale et où l’extrême droite est plus à la traîne (28%). Les situations sont plus équilibrées dans les entreprises publiques, la fonction publique territoriale et la fonction publique hospitalière.

 

Les zones de force de la gauche restent dans le monde enseignant (49%) et les catégories A de la fonction publique (43%), celles de la droite macronisée restent du côté des cadres du privé et celles de l’extrême droite chez les policiers et militaires[5]. Mais cette situation a évolué entre 2017 et 2022, parfois de façon sensible.

Entre les présidentielles de ces années-là, la gauche radicale s’est renforcée chez les employés du privé, les fonctionnaires d’État et les catégories A, tandis que la droite a reculé dans la fonction publique d’État et les catégories A. Ce recul a droite est d’abord celui de la droite classique : à l’exception du monde enseignant – éloigné par quelques années de « blanquerisme » militant – la Macronie résiste plutôt bien, notamment en milieu hospitalier.

 

  • Mais, une fois de plus, c’est le Rassemblement national qui tire les marrons du feu. Il progresse de plus de 10% chez les cadres du privé, les enseignants et les hospitaliers et il se consolide sensiblement du côté des entreprises publiques et de la territoriale. La perte de confiance dans l’institution publique et la confusion grandissante du privé et du public brouillent les perceptions et déplacent les rapports de force électoraux.
  • Le second tour amplifie encore le mouvement. Marine Le Pen gagne 9% entre 2017 et 2022 dans la fonction publique d’État, 7% dans la territoriale et jusqu’à 15% chez les hospitaliers. Elle progresse dans toutes les catégories de fonctionnaires : 7% chez les « A », 13% chez les « B » et 9% chez les « C » (où elle attire les votes de 46% d’entre eux, quasiment la moitié de la catégorie).
  • Ayant pris ses distances avec l’ultralibéralisme de la droite traditionnelle, le RN a installé l’extrême droite comme une concurrente de la gauche sur le terrain du « social ». S’arc-boutant sur la défense des agents publics les plus défavorisés, Marine Le Pen a permis que, par un étonnant paradoxe, la protestation contre la confusion du privé et du public tourne avant tout au bénéfice de l’extrême droite, sans que le macronisme soit pour autant irrémédiablement distancé.

 

 

- Le devoir de lucidité
Malgré le grand retour de la gauche au sein de l’hémicycle (la Nupes rate la victoire entre 0,13 et 0,25 % du total des voix[4]), le cycle électoral de l’année 2022 a tourné plutôt en faveur de l’extrême droite. L’image des « deux France » chère à Christophe Guilluy est certes trop simple pour être retenue. Mais la gauche aurait tort de sous-estimer une réalité globale marquée par une conjonction, qui n’est hélas pas propre à la France et qui juxtapose une translation vers la droite du champ politique et une division accentuée des catégories populaires.

 

La spectaculaire abstention de la consultation législative, notamment dans les catégories populaires, atténue l’image sociologique dessinée par le premier tour de la présidentielle d’avril. Mais elle ne contredit pas les tendances alors dégagées. Le tableau ci-dessous reprend les données de l’enquête OpinionWay, en triant les pourcentages de pénétration des votes Nupes et RN, de part et d’autre de leur moyenne nationale.

 

[cliquez sur le graphique pour l’agrandir]

 

  • Plus que le vote Mélenchon d’avril, le vote en faveur de la Nupes est assez homogène : elle obtient rarement moins de 20% et rarement plus de 33%. Mais le profil général de cet électorat est typé : les pourcentages les plus élevés concernent les catégories jeunes, notamment lycéennes et étudiantes, les « CSP + » et les professions intermédiaires, les formations au-delà du baccalauréat, les revenus moyens et les grandes villes avec en tête l’aire urbaine de Paris et l’Île-de-France.
  • De son côté, le profil du vote RN est plus éclaté mais reste dominé par les catégories les plus populaires et les moins pourvues en « capital » matériel et culturel, installé en dehors de l’espace métropolitain et francilien.

 

La crise voue chaque situation à l’instabilité et rien n’indique que l’extrême droite a gagné définitivement la bataille de l’hégémonie et engagé inexorablement le processus qui peut la conduire au pouvoir. Mais elle a pour l’instant marqué des points importants, sur les terrains où elle est attendue (la protection, l’identité, l’immigration) et sur ceux où on l’attendait beaucoup moins (le social, la peur de l’avenir, la colère devenue ressentiment).

 

La gauche va mieux, elle s’est renforcée sur son flanc gauche et elle s’est réunie entre mai et juin. Mais elle reste dans ses basses eaux, n’a que partiellement regagné des points dans les milieux populaires et elle se retrouve profondément déséquilibrée. Elle est plus que concurrencée par l’extrême droite sur le terrain de la colère et n’a pas encore convaincu que ses projets de société sont renouvelés, pertinents et réalisables. Le temps de l’entre-deux est celui des possibles : le problème est qu’il en est des progressifs et d’autres trop tangibles et régressifs. Promouvoir les uns et conjurer les autres n’est pas qu’une affaire de volonté : c’est avant tout une question de pensée – et donc de repensée – et un processus maîtrisé de pratique populaire partagée.

 

Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu.  Bertolt Brecht

 

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- Retrouvez la conférence des #AMFIS2022 intitulée : « Vote RN et « assistanat » : que fait-on ?

Retrouvez la conférence des AMFIS 2022 intitulée : " Vote RN et " assistanat " : que fait-on ? ", avec : François Ruffin, député LFI-NUPES * Alma Dufour, députée LFI-NUPES * Charlotte Leduc, députée LFI-NUPES

 

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12 septembre 2022 1 12 /09 /septembre /2022 21:51
La faute politique de Fabien Roussel secrétaire national du PCF

« Gauche des allocs » : quand le Parti communiste entretient le mythe de la paresse des pauvres[2bis]

Fabien Roussel, candidat communiste ayant rassemblé 2% des bulletins au premier tour de l'élection présidentielle, a attaqué ce week-end “ la gauche des allocations ”, depuis la Fête de l'Humanité. Une faute politique... alors que les allocations sont un droit constitutionnel[2]

 

Fabien Roussel, secrétaire national du Parti Communiste Français, multiplie depuis quelques jours les déclarations provocatrices opposant une supposé « gauche qui doit le défendre le travail » à une « gauche des allocations et des minima sociaux ». M. Roussel est même allé jusqu’à affirmer : « Je veux mettre fin à un système qui nourrit le chômage par les allocations chômage et par le RSA ». Des propos d’une extrême gravité. Il me semble important de s’y arrêter ici.

 

Sources : Bastien Parisot | mis à jour le 20/10/2022

- Le chef de fil du Parti Communiste Français a quand même réussi une sacrée performance : se mettre l'intégralité de la gauche à dos en pleine Fête de l'Humanité.
La raison ? L'ancien candidat à la présidentielle a tancé “ la gauche des allocations ” ce week-end, affirmant lui préférer “ la gauche du travail ”[1]. Formule on ne peut plus surprenante pour un homme à la tête du parti d'Ambroise Croizat, membre du Parti Communiste en son temps et “père” de la Sécurité Sociale en France.

France insoumise, PS et EELV : chez les autres forces constituant la NUPES, la réaction a été unanime. Toutes se sont ainsi opposées aux déclarations de Roussel… qui a également du essuyer des critiques venant de ses rangs.

  • Il faut dire que cette déclaration semble plus sortie de la bouche d'un dirigeant de droite, voire d'extrême-droite[1bis], que de celle d'un communiste. 

 

 

- Sans repartir ici dans des explications techniques, rappelons que ces allocations visées par Roussel ont été pensées comme un “ revenu de remplacement ”
Ce revenu de remplacement vient subvenir aux besoins des Français lors d'une période de diminution ou de baisse de leurs revenus. Autrement dit : chaque mois, une partie de votre salaire est prélevée pour assurer ce revenu aux personnes en difficulté… et c'est précisément votre participation à ce système qui vous permet de profiter, en cas de besoin, de ce même revenu dit “ de remplacement ”. Bref, pour faire encore plus simple : ces allocations ne sont ni un cadeau de l'État, ni un acte de générosité, ni un privilège réservé à d'éventuels fainéants, mais une politique économique et sociale visant à assurer que toutes et tous puissent vivre dignement sur le territoire, peu importe leur situation, précaire ou non.

 

Il s'agit donc, bien sûr, de l'une des conquêtes sociales les plus importantes dans notre pays. Notez que j'utilise volontairement le terme de “ conquête ”, et non d’“ acquis ”, tant les libéraux de tous poils ne cessent de détricoter, doucement mais sûrement, chacune de ces conquêtes lorsqu'ils sont au pouvoir.

 

Au contraire il faudra combattre ensemble, salariés, précaires et chômeurs la réforme de l’assurance chômage.
Stéphane Peu : Député de la 2ème circonscription de la Seine Saint Denis. Militant PCF

 

Rappelez-vous toujours que ce n'est pas le capital qui augmente la valeur de la richesse : c'est le travail, et rien d'autre.

 

 

- Et c'est précisément là que le bât blesse
En reprenant ainsi le verbe accusatoire et offensif contre “ les allocs ”, Roussel donne du crédit aux discours dénonçant “ l'assistanat ”. Il participe à l'index tendu contre “celles et ceux qui en profitent”, “ceux qui ne bossent pas et qui pompent nos salaires”, et autres foutaises populistes entendues ici et là et rabâchées inlassablement par la droite depuis toujours. Il brouille les pistes, jette un flou sur le sens de nos luttes (je parle de la gauche toute entière) dans l'Histoire. C'est une faute politique assez incroyable pour un dirigeant communiste. Et alors que l'extrême-droite semble plus forte que jamais sous la Vème République, il n'est vraiment pas nécessaire que des personnalités de gauche leur servent ainsi la soupe.

 

Mathilde Panot met Fabien Roussel en PLS en face sans langue de bois.

 

 

- En tout état de cause, il y a d'autres urgence à traiter

  • Rappelons que la “ fraude sociale ” estimée en France (c'est à dire la fraude aux cotisations sociales et aux prestations sociales de la CAF) ne représente qu'un dixième de la fraude fiscale : environ 10 milliards pour la première, contre 100 milliards pour la seconde. Comprenez : la fraude des pauvres nous coûte 10 fois moins cher que celle des riches, comme le montre si bien ce graph d'Alternatives éco.

 

La fraude fiscale écrase la fraude sociale
Graphique d'Alternatives Économiques

 

  • Rappelons aussi que la France insoumise et la NUPES se mobilisent pour diffuser une pétition visant à taxer les super-profits[3] des multinationales profitant de la crise économique pour s'enrichir. Rappelons que sur les 6 premiers mois de 2022, les bénéfices des grandes entreprises du CAC 40 s'élèvent à… 73 milliards d'euros.

 

Déjà plus de 100 000 signatures sur la pétition #TaxeSuperProfits !

 

Dommage que Fabien Roussel n'ait pas préféré porter ce sujet dans le débat public, plutôt que d'inventer une “ gauche des allocs ” à combattre.

 

 

- Je dois bien admettre ici avoir eu une pensée pour les militants communistes assistant à tout cela.
Car mis à part le cercle rapproché du candidat ayant bénéficié de 2% des votes au premier tour de l'élection présidentielle, il est difficile de penser que des militants de gauche ayant à cœur l'émancipation et la défense des classes populaires, puissent donner quelque crédit ou quelque intérêt à un tel discours. Si j'imagine aisément qu'il doit être difficile de voir son engagement réduit à de telles sorties médiatiques largement reprises par la droite, je n'ai aucune légitimité à dire ce que les militants communistes doivent faire. Je n'en ai d'ailleurs pas plus l'intention. Mais je sais qu'ils tiendront bientôt un congrès qui devrait leur permettre de clarifier leurs priorités politiques et l'orientation de leur parti.

 


- Éteindre l'incendie ?

Roussel a tenté, depuis, de justifier son discours. Il a notamment affirmé, fièrement, qu'il disait tout haut ce que les Français pensaient tout bas… virant ainsi dans le populisme le plus gras.

  • Certains initiés seront peut-être surpris de me lire taper sur le “ populisme ”.

C'est tout le problème de ce terme qui veut dire deux choses : lorsqu'il définit une stratégie politique visant à simplifier son discours à l'extrême pour être compris de tous, en assumant de reprendre des codes populaires, des formes connues de toutes et tous, et en dépassant les cadres et les méthodes traditionnelles des partis politiques pour être efficace dans son discours de masse, alors oui, le populisme est une stratégie politique qui peut se défendre et qui a d'ailleurs fait ses preuves. À l'inverse, lorsqu'il définit une méthode visant à reprendre tout argument entendu ici et là pour donner l'illusion de coller aux revendications populaires… dans ce cas, non merci. Cela ressemble d'ailleurs plus à une tentative de stratégie marketing qu'à une stratégie politique…

 

  • Revenons à Roussel.

Sur les réseaux sociaux, des comptes de soutien ont essayé d'éteindre l'incendie, depuis 48 heures, en affirmant que le patron du PCF avait simplement affirmé qu'il valait mieux travaillé qu'être au chômage. Affirmation on ne peut plus logique et que peu de monde contestera. Malin… mais pas tellement pertinent, puisque les propos de Roussel ont largement tourné et que la sphère militante a largement eu le temps de les lire. Non, le député communiste a bien ciblé “ les allocations ”, qu'il a opposé au “ travail ”. Foutaises... et le délire continue

 

Divergences au sein de la Nupes : "Il y a ceux qui défendent le droit à la paresse.

 

Bref. Je ne vais pas expliquer ici à l'équipe de Roussel comment gérer une crise. Nul doute qu'avec de telles sorties, c'est l'expérience qui leur permettra de bientôt savoir le faire.

 

  • Sur les réseaux sociaux, notons également un nombre impressionnant de comptes fachos ayant pris la défense de Fabien Roussel.

Sidérant, et bien souvent la boussole qu'on est en train de se tromper de combat. Roussel a raison ” aurait pu devenir leur leitmotiv, tant leur joie de voir ainsi un leader de gauche reprendre leurs mots habituels semblait les contenter. Sûrement aussi insistent-ils pour tenter de bordéliser les NUPES, espérant secrètement faire exploser le bloc populaire ayant confirmé sa force et son implantation lors des élections cette année ?

 

C'est peine perdue : sur les allocs, c'est Roussel contre tous. Enfin, contre toute la gauche, mais soutenu par la droite toute entière. Bref, pas de quoi faire sauter la baraque.

 

Voici les comptes les plus suivis par les personnes ayant liké ce tweet de  @Fabien_Roussel .
Voici les comptes les plus suivis par les personnes ayant liké le tweet de Fabien_Roussel .

 

 

- À quoi joue Roussel ?
Reste que tout cela résulte d'une volonté affichée depuis plusieurs semaines de faire de la surenchère et de multiplier les provocations vis à vis de la NUPES.
À quelle fin ? Pour servir quel objectif ?

Après s'être rendu coupable de l'élimination de la gauche au premier tour de l'élection présidentielle en avril dernier,...

 

 

quel est le sens de toutes ces sorties, petites phrases, qui plaisent plus à la droite, parfois extrême, qu'à la gauche ? Et jusqu'où passera-t-il l'outrance ?
Seul Roussel sait.

 

 

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  • Un travail et un salaire décent pour toutes et tous. 
  • Protection et aide pour celles et ceux qui en ont besoin. 
  • Les deux ne s'opposent pas. Ils sont inséparables. 

C'était le combat d'Ambroise Croizat au fondement même de la protection sociale.
Fabien Roussel devrait le relire

 

 

Un travail et un salaire décent pour toutes et tous.  Protection et aide pour celles et ceux qui en ont besoin.