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4 mai 2021 2 04 /05 /mai /2021 13:47
Après le 1er mai 2021, il y a urgence à refonder la police !

Les images de la violence à l'encontre de la CGT le 1er mai, ont fait le tour de France soulevant l'indignation du monde ouvrier et d'une partie du monde politique, notamment de gauche.
Syndiqué CGT, j'apporte moi aussi mon soutien à la CGT et aux camarades blessés à Paris.
La lutte sociale et les revendications du 1er Mai ont toujours besoin d’un mouvement de masse.

Mais, aujourd'hui, il faut aller au fond du pourquoi et du comment... (interrogations déjà soulevées lors du mouvement citoyen des gilets jaunes dont les victimes ont été nombreuses, et précédemment lors de la main contre la manif du 14 juin 2016 à Paris contre la Loi Valls/ El Khomri auquel j'ai participé et ou à l'issue, j'accuse " Gazer, mutiler, soumettre : la police au service du néolibéralisme autoritaire, je l'ai vue à l'œuvre ! "[1].

 

Sources : Eric Durand | mis à jour le 05/05/2021

- Partant du principe que la violence divise, fait peur, dissuade de participer à l'action, casse les mouvements populaires de masse

  • Qui sont les violents, au service se qui ?
  • Pourquoi le Préfet Lallement est incapable d'assurer, ou ne veut pas assurer... et sur ordre de qui la sécurité des manifestations pour permettre aux citoyens de défiler tranquillement ? D'ailleurs, en 2016, un CRS ne dénonçait-il pas déjà la responsabilité du gouvernement dans les violence[2] ;
  • N'est-on pas face à des groupuscules (Black bloc ou autres d'extrême droite) manipulés pour se mettre au service du système en utilisant la violence en complicité de fait avec des forces de police qui " laissent faire " parce-qu' elles n'ont pas d'ordre d'agir, amenant la CGT à La CGT-police a critiquer la gestion du maintien de l'ordre [3]  ;
  • Mais pas que : le syndicat de police Alliance s'interrogeait en 2016, sur les consignes de non-intervention reçues face aux casseurs et accusait le gouvernement de vouloir décrédibiliser les mouvements sociaux [4] et la situation n'a fait que j'aggraver depuis ; 
  • Par ailleurs, gardien de la paix au renseignement territorial, secrétaire général de la CGT police, Alexandre Langlois, affirmait en 2016 « Tout est mis en place pour que ça dégénère » [5] ;
  • N'est-on pas face à une instrumentalisation des forces de maintien de l'ordre pour casser les luttes sociales ? Ou dit autrement n'assistons nous pas à une « politique néolibérale du désordre » liée à la transformation de notre modèle social [6] ? 
  • OUI, comme en 2016, en 2018/2019, ce 1er mai 2021 confirme que " Les casseurs sont instrumentalisés par le pouvoir " [7] ; 

 


- Alors, forces de l’ordre ou forces aux ordres

Les policiers dans le piège des politiques méritent mieux que ce rôle de rempart contre le changement, qu’on essaye de leur faire jouer. En la matière je vous invite à consulter le Rapport de la Mission civile sur les actions de maintien de l’ordre depuis le début des manifestations contre la loi travail de 2016, qui confirme la dangereuse dérive que nous vivons sous l'ère de la monarchie républicaine macronienne [8].

 

Dans ce schéma, sur Paris, le préfet de police Lallement est loin de chercher à calmer le jeu et de faire respecter les droits et libertés démocratiques

  • Didier Lallement, qui, en 2015, ambitionne le poste de préfet de police de Paris, est nommé à ce poste le 20 mars 2019. Il est décrit par son entourage professionnel comme un « préfet impitoyable » et autoritaire, choisi par le gouvernement pour « une reprise en main musclée de la préfecture de police » [17]
  • Fin avril 2019, un rapport de l'Observatoire girondin des libertés publiques (qui regroupe différentes associations, telles que la Ligue des droits de l'homme, le Syndicat des avocats de France, Médecins du monde ou Greenpeace), qualifie de « politique d'intimidation » les stratégies de maintien de l'ordre de Didier Lallement à l'égard des manifestations, dont celles des Gilets jaunes, lorsqu'il était préfet de Gironde[18]. Le rapport dénonce notamment l'usage de sommations « purement formelles », la mise en place de pelotons voltigeurs à motos (dissous en 1986 après l'affaire Malik Oussekine), ainsi que l'usage jugé abusif des nasses, ce qui aurait entraîné des traitements dégradants et des problèmes de santé chez certains manifestants[19].
  • Le 8 mars 2020, à l'occasion de la journée des droits des femmes, la police réprime à Paris une marche féministe. Les violences sont dénoncées non seulement par les féministes et des personnalités politiques de gauche. Le sénateur de Paris Philippe Dominati (LR), émet des doutes sur la doctrine du maintien de l’ordre de Didier Lallement[20].
  • En décembre 2020, une enquête pour « faux témoignage » est lancé par le parquet de Nanterre contre le préfet de police de Paris ainsi que cinq hauts magistrats, suite à des signalements du président de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les obstacles à l’indépendance du pouvoir judiciaire, le député LFI Ugo Bernalicis. Il est soupçonné d’avoir tenu des propos mensongers lors de son audition devant la commission d’enquête, lorsqu'il a déclaré ne pas avoir «trouvé les organisateurs» de manifestations policières illégale en juin sur la place de l'arc de triomphe[21] [22].

 

👉 En conclusion, pour la France insoumise, le préfet Lallement doit partir, son limogeage est demandé[23] [24].

 

 

- D'un autre côté

  • La sécurité et la lutte contre la violence ne sont-elles pas le " cheval de bataille politique de la droite et de l'extrême droite " (SONDAGE. Pour 86% des Français, la lutte contre l'insécurité serait importante dans leur vote en 2022 ) [9] ?
  • Que leur resterait-il comme raison d'être s'il n'y avait pas de violence, y compris lors de mouvements sociaux ?
  • Ne contribue t-il pas en catimini à l'organisation, l'instrumentalisation de cette violence pour pouvoir ensuite faire la " propagande " en jouant sur la détresse du peuple [10]? 
  • La police infiltrée par l'extrême droite[11] œuvre n'agit-elle pas pour entretenir l'insécurité et la peur au bénéfice de " l'enjeu majeur " pour le RN de Le Pen [12] ?
  • Tout en remettant en cause le droit de manifester (elle n'est pas à une contradiction prêt) ! [13]

 

👉 Sur la manifestation parisienne du 1er mai de cette année réaction de la CGT :

Invité à commenter ces faits sur le plateau de Public Sénat le 3 mai, le secrétaire général Philippe Martinez pointait de son côté l’extrême droite[25] rappelant que les affrontements place de la Nation ont fait “ 21 blessés dont 4 graves ” selon un bilan du syndicat[26].

 

Précisant : “ Le mode opératoire ”, avec “ quelque chose de prémédité ” et les “ slogans racistes, homophobes, xénophobes ” entendus place de la Nation sont “caractéristiques de cette violence d’extrême droite”, a estimé Philippe Martinez mercredi. “ On est en train d’analyser les images, les photos, certains sont connus sur les réseaux sociaux pour leur appartenance, leur soutien au milieu d’extrême droite effectivement ”, a-t-il assuré.... et c'est la raison pour laquelle la CGT exige la révocation du préfet Lallement après les violences[26].

 

✍️ En définitive, j'accusais à l'issue de la manif du 14 juin 2016[1], le gouvernement Hollande, Valls, Cazeneuve d'utiliser les vieilles ficelles inventées par la droite hier au pouvoir :
- en se servant des forces de l'ordre à des fins de provocation ;
- en laissant entrer les casseurs et en laissant faire la casse en ne donnant pas d'ordres ;
pour ine-fine interdire l'expression du mouvement social et tenter de passer sa loi en force...
j'ai maintenu cette accusation ayant vécu de l'intérieur le mouvement des gilets jaunes,.... et le 1er mai 2021 la valide malheureusement.

 

 

- Les insoumis ne laisserons pas faire : RÉSISTANCE et force de proposition !
Dans ce contexte dangereux pour notre démocratie, la France insoumise entend refonder la police et notamment :

  • réécrire le code de déontologie et insister sur son importance lors de la formation des forces de police, et rétablir les missions de défense des libertés et de la République supprimées par Manuel Valls en 2014[14] ;
  • refaire la police républicaine (point 12)[15] ;
  • A votre disposition le #2 des « Livrets de la France insoumise » aborde les thèmes de la sécurité et la sûreté[16] ;

 

Et Jean Luc Melenchon confirme la volonté politique de la France insoumise de refonder la police 

Notes :

[1] J'accuse " Gazer, mutiler, soumettre : la police au service du néolibéralisme autoritaire, je l'ai vue à l'œuvre ! "

[2Responsabilité du gouvernement dans les violences : un CRS donne raison à Mélenchon.

[3La CGT-police critique la gestion du maintien de l'ordre

[4syndicat policier majoritaire Alliance : Un syndicat de policiers dénonce les consignes reçues pendant les manifs

[5CGT police : « Tout est mis en place pour que ça dégénère »

[6N'assistons nous pas à une « politique néolibérale du désordre » liée à la transformation de notre modèle social

[7" Les casseurs sont instrumentalisés par le pouvoir", accuse la CGT Police

[8Forces de l’ordre ou forces aux ordres : les policiers dans le piège des politiques méritent mieux que ce rôle de rempart contre le changement, qu’on essaye de leur faire jouer : Rapport de la Mission civile sur les actions de maintien de l’ordre depuis le début des manifestations contre la loi travail, dangereuse dérive 

[9SONDAGE. Pour 86% des Français, la lutte contre l'insécurité serait importante dans leur vote en 2022

[10Dominique Martin, Membre du Bureau politique du Front National explique à des militants comment faire la "propagande" en jouant sur la détresse du peuple

[11] Radicalisation policière : le poids de l’extrême droite dans les forces de l’ordre

[12] « La sécurité est un sujet majeur » : Marine Le Pen fait sa rentrée, ce dimanche, à Fréjus

[13] Etat d'urgence : Marine Le Pen pour l'interdiction des manifestations

[14] Réécrire le code de déontologie et insister sur son importance lors de la formation des forces de police, et rétablir les missions de défense des libertés et de la République supprimées par Manuel Valls en 2014

[15] Refaire la police républicaine

[16] Livrets de la France insoumise

[17] Lallement, le nouveau préfet qui fait flipper les flics

[18] Bordeaux : la politique de maintien de l'ordre dénoncée par un rapport de l'OGLP

[19] Maintien de l’ordre: à Bordeaux, la «politique d’intimidation» du préfet

[20] Le préfet Lallement dans la tourmente

[21] Enquête pour "faux témoignage" : ce qui est reproché au préfet Didier Lallement

[22] Le préfet Didier Lallement et plusieurs hauts magistrats visés par une enquête pour « faux témoignage »

[23] Communiqué du groupe parlementaire de La France insoumise en date du 9 janvier 2020.

[24] Pour en savoir plus

[25] Violences du 1er-Mai contre la CGT: Philippe Martinez cible " l'extrême droite "

[26] La CGT exige la révocation du préfet Lallement après les violences du 1er Mai

 

Pour en savoir plus :

- Un syndicat de policiers dénonce les consignes reçues pendant les manifs

- Oui, le port du matricule est obligatoire pour les policiers et les gendarmes

 

 

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10 mars 2021 3 10 /03 /mars /2021 14:07
Comment les classes dominantes ont détourné le suffrage universel

Que reste-t-il aux classes populaires pour défendre leurs intérêts ? A se mobiliser pour,  face à la crise démocratique, convoquer l’Assemblée constituante de la 6e République[1bis] !

 

Macron mène une politique favorable seulement aux 0.1 % les plus riches. Pourtant, c'est le suffrage universel qui l'a désigné. Comment les élites ont-elles détourné le suffrage universel, de 1848 à nos jours ?

Réponse en 7 points....

 

Sources : LE BLOG D'ANTOINE LEUCHA - lamuledupape | mis à jour le 14/05/2021

LE VOTE OU LE FUSIL.

En mars 1848, les révolutionnaires républicains, dont une grande partie d’ouvriers à tendance socialiste, mirent fin à la monarchie et proclamèrent le suffrage universel[1]. Ces révolutionnaires en armes permirent ainsi à près de 10 millions de français de voter dès le mois d’avril : ces nouveaux citoyens profitèrent alors de ce droit inédit qui leur était octroyé par le pouvoir socialiste-démocrate pour envoyer à l’Assemblée… une majorité conservatrice : monarchistes légitimistes ou orléanistes, républicains modérés ! Les principales mesures prises par les démocrates socialistes au pouvoir furent alors abolies, excepté le suffrage universel. Les dominants avaient compris qu’ils pourraient s’en accommoder.


Ce n’est pas l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 qui les fera se retourner dans leur tombe, le nombre de millionnaires ayant augmenté de plus de 11 % dès la première année de son mandat[2]. La suppression de l’impôt sur les yacht n’est pas une mesure que l’on s’attendrait à voir plébiscitée par la majorité du peuple.

  • Comment, de 1848 à aujourd’hui, les élites ont-elles détourné le suffrage universel (Par le terme d'élites, j'entends les individus et groupes sociaux occupant des positions de pouvoir économique, politique et communicationnelle qui les placent au sommet de la hiérarchie sociale) ?
  • Comment un système basé sur la volonté de la majorité entretient-il la domination d’une minorité ?

 

Réponse en 7 points, à lire à la suite ou de manière indépendante.

 

 

- 1 :  En confisquant la parole publique et les fonctions politiques
Parmi les personnes que l’on voit apparaître et s’exprimer à la télévision, on compte 60 % de cadres supérieurs contre 4 % d’ouvriers[3]. Cette représentation est en complet décalage avec la réalité sociale puisque les cadres apparaissent sept fois plus souvent qu’ils ne le devraient si le temps d’antenne était réparti en fonction de leur part dans la population. Comment donc défendre leurs intérêts et leur vision du monde dans l’opinion ? Pourtant, si la représentation des femmes et des minorités est interrogée, celle des différents groupes sociaux n’est jamais mise en question.

 

Cet écart de représentation est encore plus édifiant dans les institutions politiques nationales. Aucun ouvrier à l’assemblée et au gouvernement. Etonnant pour une démocratie qui se dit « représentative ».

 

Voilà qui renvoie aux débats de l’époque de la Révolution Française entre les partisans d’un gouvernement par le peuple dans son ensemble (idéal démocratique) et ses pourfendeurs qui proposent un gouvernement par les meilleurs en évoquant le critère de la compétence (vision des libéraux qui défendaient le suffrage censitaire). Le choix du suffrage universel en 1848 repose sur la souveraineté populaire, c’est à dire l’identité entre gouvernants et gouvernés. Les élus doivent être à l’image du peuple pour les représenter. Au nom du principe d’égalité, chaque citoyen a la même valeur indépendamment de sa position sociale.

 

Si cela ne recouvre aucune réalité aujourd’hui, cela n’a pas toujours été le cas : dans les années 45-70, le monde ouvrier pesait dans l’espace public grâce au parti communiste qui leur confiait des responsabilités politiques. Ainsi, les 2/3 des secrétaires fédéraux étaient ouvriers. Il leur donnait également une formation et une culture politique et leur permettait de participer à la vie citoyenne en jouant un rôle politique : réunions de cellules, rédaction et diffusion de journaux, action syndicale, engagement associatif et culturel… Nombreux ont été élus maires, d’autres députés voire ministres. Cela n’a pas empêché la France de connaître durant cette période le plus grand boom économique de son histoire. Depuis les années 80, nous ne pouvons que constater un retour à un suffrage censitaire de fait : les classes populaires s’abstiennent en masse[4] et n’exercent à aucun poste de pouvoir politique.

 

La question de la prétendue compétence a totalement occulté la divergence d’intérêts. Si l’on admet qu’E. Macron a des compétences, il faut voir au service de qui il les met. Certainement pas au service de la majorité du peuple. Pour éviter l’accaparement des postes de pouvoir par les plus riches et les plus puissants, les inventeurs de la démocratie à Athènes avaient une solution : le tirage au sort[5]. Voilà un procédé qui pourrait s’avérer plus égalitaire.

  • En attendant, le contrôle de la parole publique par les puissants leur assure un quasi monopole sur la formation de l’opinion publique.

 

 

- 2 :  En contrôlant l’opinion pour influencer les votes

  • « Nous devions aller voter ensemble au bourg de Saint-Pierre, éloigné d’une lieue de notre village. Le matin de l’élection, tous les électeurs (c’est-à-dire toute la population mâle au-dessus de vingt ans) se réunirent devant l’église. Tous ces hommes se mirent à la file deux par deux, suivant l’ordre alphabétique ; [...] ; je sus qu’on désirait que je parlasse. Je grimpai donc sur le revers d’un fossé, on fit cercle autour de moi et je dis quelques mots que la circonstance m’inspira. Je rappelai à ces braves gens la gravité et l’importance de l’acte qu’ils allaient faire ; je leur recommandai de ne point se laisser accoster ni détourner par ceux, qui, à notre arrivée au bourg, pourraient chercher à les tromper ; mais de marcher sans se désunir et de rester ensemble, chacun à son rang, jusqu’à ce qu’on eût voté. Ils crièrent qu’ainsi ils feraient, et ainsi ils firent. Tous les votes furent donnés en même temps, et j’ai lieu de penser qu’ils le furent presque tous au même candidat (NDLR : à Tocqueville). Aussitôt après avoir voté moi- même, je leur dis adieu, et, montant en voiture, je repartis pour Paris. » Alexis de Tocqueville, Souvenirs[6].
  • « L’éditorialiste est un tuteur sur lequel le peuple, comme du lierre rampant, peut s’élever ». « Les Français doivent renoncer à leur cinquième semaine de congés payés » Christophe Barbier[7].

 

➡️ A l’époque de Tocqueville, c'est à dire lors du premier exercice du suffrage universel en 1848, l’influence des élites sur le petit peuple rural passait par des relations d’interconnaissance. Comme un ultime héritage de la féodalité, les aristocrates ordonnaient à leurs ouailles des consignes de vote dans leurs provinces respectives.

 

➡️ Aujourd’hui :

  • les élites n’ont même plus besoin de quitter Paris pour donner leurs consignes et expliquer au peuple à quoi ils doivent renoncer. Les moyens de communication et d’information permettent d’influer sur les opinions à distance. Les journaux commencèrent à être efficients pour communiquer avec les classes populaires au tournant du XX è siècle grâce à la scolarisation mise en place par la IIIè République mais ils permettaient alors une pluralité d’opinions. Le journal L’Humanité, par exemple, fut fondé par Jean Jaurès en 1904 et connut très vite un réel succès. Jusque dans les années 70, la presse était globalement pluraliste : trois journaux affiliés au communisme tiraient à 2,3 millions d’exemplaires en 1945, le Nouvel Observateur n’hésitait pas à s’opposer au pouvoir et dénonçait la guerre d’Algérie dès 1955 en publiant l’article « Votre Gestapo d’Algérie »[8] ;
  • le paysage médiatique est frappé d’unanimisme, que ce soit la presse écrite, radiophonique ou la télévision (le cas d’internet est ici non cité car il suit une logique propre et personnalisée en fonction de l’utilisateur). Avec la professionnalisation du métier de journaliste, le journalisme d’opinion a laissé la place à un journalisme dit d’information mais derrière le visage de la neutralité se cache la sacralisation de l’ordre établi que l’on se refuse à remettre en cause (services publics y compris[8bis]).

 

➡️ Pourquoi cette unanimité pour soutenir l’ordre établi, le capitalisme néolibéral ?

Car, à l’heure du néolibéralisme, la logique économique s’impose aux médias et ce sont donc les dominants qui ont le contrôle de l’information. Pas les élites intellectuelles non, ni même les élites politiques. Mais les élites économiques. Ainsi, Bernard Arnault possède les Echos, Radio Classique, le Parisien, Aujourd’hui en France[9]. Xavier Niel détient 5 quotidiens de presse régionale, Le Monde, Courrier International, Télérama, l’Obs. Patrick Drahi détient RMC, BFM, Libération, l’Express[10]. Les autres grands patrons de presse peuvent être comptés sur les doigts: Lagardère, Bolloré, Bouygues, Patrick Drahi. La concentration médiatique atteint des proportions jamais atteintes jusqu’alors.

 

➡️ Mais l’actionnariat ne suffit pas à rendre compte de la prégnance du grand capitalisme dans l’information de masse.

Les investissements publicitaires ont également un impact fort dans la ligne éditoriale : ainsi, le grand capital s’immisce dans tous les journaux qui sont sous le régime des contrats publicitaires, c’est à dire tous les journaux de masse excepté Médiapart et le Canard Enchaîné. Cette logique publicitaire donne une puissance de diffusion plus importante aux journaux concernés car elle pourra faire baisser le prix de vente, jusqu’à la gratuité pour le 20 minutes.

 

C’est ainsi que l’information de mauvaise qualité se diffuse plus vite et que, sous couvert de neutralité, tous ces acteurs ont intérêt à la diffusion de la doctrine néolibérale qu’ils sont parvenus à imposer depuis les années 80. Prétendre à la neutralité place par ailleurs celui qui conteste ou présente une autre interprétation du réel dans le camp des idéologues.

 

Selon la " cultivation theory[11] ", la fonction principale des moyens de communication de masse est de façonner les perceptions, les attitudes, les valeurs et les comportements des sujets. Ainsi, le terme « mainstream » apprécié des complotistes a un réel fondement scientifique. Il se réfère au processus d'homogénéisation des perceptions, des attitudes et des valeurs du public suite à l'exposition aux messages, en particulier ceux véhiculés par les programmes de télévision. Contrairement à ses prétentions, la télévision ne permet pas de se forger des opinions, elle les neutralise. Elle annihile les idées.

 

L'homogénéisation est proportionnelle à la quantité d'expositions : plus les spectateurs sont assidus à la TV, plus les différences d'attitude qui distinguent habituellement les différences groupes sociaux s'estompent. L'exposition réduirait donc les divergences d'opinion. C'est pourquoi Gerbner considérait que l’opinion politique elle‐même était canalisée par la télévision[11]. Et on observe effectivement que plus l’audience visée est large et hétérogène, moins les messages sont « dérangeants », plus on développe une argumentation consensuelle, médiane, que l’on prétendra alors « non‐idéologique ». Il s’agit en fait de ne pas heurter l’idéologie dominante.

  • Par conséquent, les personnes qui regardent souvent la TV ont moins tendance à être politiquement extrêmes et adoptent davantage une pensée convergente que ceux qui la regardent moins.  

 

➡️ Ainsi, les médias mainstream imposent la façon de penser de la haute bourgeoisie néolibérale en imposant leur vocabulaire.

Exemples :

- La valeur ajoutée du travailleur est appelée paradoxalement « coût du travail » ;

-  la demande d’emploi du patron est appelée « offre d’emploi » comme si c’était l’entreprise qui rendait service au travailleur qu’elle exploite ;

- les licenciements de masse sont appelés « plans sociaux » dans un doux euphémisme qui laisse presque rêveur ;

- la lutte raisonnable de travailleurs qui défendent leurs intérêts est appelée avec mépris une « grogne » comme s’il s’agissait d’une réaction émotionnelle injustifiée et vouée d’emblée à l’échec ;

- le mot de solidarité qui justifiait les aides sociales est remplacé par celui d’ « assistanat » pour les disqualifier ;

- les assassins islamistes sont appelés « terroristes » tandis que les assassins d’extrême droite, pour un fait similaire, sont qualifiés de « déséquilibrés »…

  • George Orwell avait bien souligné dans 1984[12] l’importance du choix du vocabulaire qui a la capacité de restreindre la pensée et de la canaliser. La novlangue est un instrument de domination. Aujourd’hui, c’est le vocabulaire libéral qui s’est imposé dans les médias et, par leur biais, dans l’opinion.

➡️ L’élection d’E. Macron est le résultat de toutes ces dynamiques.

Libéral, ex banquier chez Rotschild, n’hésitant pas à donner dans le mépris de classe, responsable de la loi sur la dérégulation du travail[13], E. Macron n’a rien pour plaire au travailleur. Sa ligne politique libérale n’est favorable qu’aux 0,1 % les plus riches. Pourtant, en 2017, il a été élu à la présidence de la République.

 

  • Pourquoi donc ?

L’image ci-contre, issue de l'article de lvsl " comment les médias ont fabriqué le candidat macron "[14], est un élément de réponse. Les unes mélioratives à l’égard du candidat se sont multipliées, les journaux rivalisant d’adjectifs favorables pour le qualifier alors qu’il n’avait même pas encore présenté au peuple son programme. Nul doute que certaines personnes bien placées le connaissaient déjà, puisque, nous le verrons, ils n’ont pas hésité à jouer un billet sur lui[15].

 

  • Pour les autres, ce que les spécialistes appellent « l’effet de simple exposition » a suffi.

Selon les études chiffrées de Thomas Guénolé[16], le matraquage publicitaire massif autour du candidat a engendré une véritable « bulle médiatique » facilement mesurable : durant le printemps et l'été 2016, Emmanuel Macron a recueilli 43% de part de voix dans les parutions des médias, contre 17% sur les réseaux sociaux.

  • La différence entre les deux sources ?

L’une est sous la direction de milliardaires, l’autre est plus représentative du peuple dans son ensemble, mais la première a une puissance de diffusion nettement supérieure à la seconde.

 

- Xavier Niel résume le sentiment partagé par de nombreux patrons : « Dans les bons milieux parisiens, il est adoré (…). J’aime bien Emmanuel pour son côté volontariste et libéral ». Le Monde a l’air particulièrement en accord avec son actionnaire principal puisqu’Arnaud Leparmentier s’y enthousiasme pour cet héritier du blairisme qui propose « la recette raisonnable cuisinée par l’économiste de centre gauche Jean Pisani-Ferry pour redresser l’État social français ».

- Patrick Drahi saura également se montrer reconnaissant à E. Macron d’avoir mis fin, en arrivant au ministère des finances, aux tracasseries fiscales qu’A. Montebourg avait mis en branle.

 

- Quant au journal Challenges, il titre en janvier 2017 : « Gauches : le boulevard fait à Macron ». A ce moment-là, J.-L Melenchon est aussi bien placé dans les sondages mais Challenges semble avoir fait son choix pour la « gauche ».

  • Par le truchement des médias de masse qu’ils contrôlent, les classes dominantes imposent leur grammaire ; c’est à dire leurs règles, leurs valeurs et leur vocabulaire. Ils s’appliquent également à dépolitiser les débats.

 

 

- 3 :  En dépolitisant les masses
Constatant la soumission des masses aux jugements des anciennes élites qui entraînaient des désillusions électorales, les républicains de la IIIè République ont mis un point d’honneur à instruire les classes populaires pour les émanciper. Lois sur l’obligation et la gratuité de l’école en 1882, loi sur la liberté de la presse en 1881 accompagnée par la naissance d’une profusion de journaux d’opinion animés par des hommes politiques, etc.

 

➡️ Pourtant, 140 ans plus tard, ce qui est frappant dans le cas de la médiatisation d’E. Macron, c’est l’absence de contenu en terme d’idées.

Nous pouvons y voir l’aboutissement de la dynamique de la personnalisation et du « horse race » initiées dans les années 70, c’est à dire la focalisation sur la compétition entre les candidats et les punchlines au lieu de mettre en lumière le débat d’idées.

E. Macron n’a pas de programme mais ce n’est pas important : il est jeune, il est talentueux, il est cool, il est ambitieux et il gagne dans les sondages des parts de voix sur ses adversaires. De surcroît, par le fait du média télévisuel et par une dérive de la presse papier initiée par Paris-Match, « l’image » est devenue primordiale. (situation identique aujourd'hui, à 1 an du scrutin des présidentielles 2022, hors France insoumise avec l'Avenir en commun[17], on ne parle pas programme, mais du second tour potentiel Macron/Le Pen[18]).

 

➡️ Ce tournant a été opéré en 1960 aux Etats-Unis avec le premier débat présidentiel entre Nixon et Kennedy[19].

Alors que le premier a dominé le débat chez ceux qui l’ont écouté à la radio, impressionnés par son expérience manifeste et sa bonne connaissance des dossiers, c’est le second qui l’a emporté chez ceux qui ont regardé le débat sur leur poste de télévision. Kennedy est jeune, élégant, charismatique, souriant, respire l’aisance et montre qu’il a bien l’étoffe d’un président. De son côté, Nixon arbore un costume gris qui se confond avec le décor. Plus âgé, mal à l’aise, l’air contrarié, il a les traits tirés, semble fatigué et se remet d’un rhume. Quelques semaines plus tard, c’est Kennedy qui remporte les élections, devançant son adversaire de quelques centièmes de pourcents, que les observateurs avisés attribuent à sa performance télévisuelle.

 

➡️ Dès lors, l’image et la personnalisation vont peu à peu prendre le pas sur les idées dans les campagnes électorales.

Cette tendance traverse l’Atlantique en 1965 avec la campagne de Jean Lecanuet (alias « dents blanches, haleine fraîche ») face au général de Gaulle. Cet événement fait office de mythe fondateur de la communication politique en France : la campagne centrée sur sa personne, inspirée par Kennedy, lui permet d’obtenir 16 % des suffrages alors qu’il était crédité de 5 % dans les sondages un an plus tôt.

 

Dans la foulée, les affiches électorales se vident progressivement de mots et la photographie des candidats occupent de plus en plus d’espace. Les spin doctors, ces conseillers en communication venus du monde de la publicité, deviennent progressivement indispensables pour manipuler l’opinion.

 

Il ne s’agit plus d’informer de son programme en appelant à la raison des électeurs mais de plaire en jouant sur l’image, autrement dit sur les préjugés et les émotions. Le spectacle prend le pas sur l’information : capter l’intérêt devient une fin en soi plutôt que de retranscrire le réel et de véhiculer des idées pour le transformer.

 

➡️ Mieux vaut un sourire et une petite phrase qu’un long discours.

Ainsi, en 2017, si B. Hamon avait un programme beaucoup plus riche qu’E.Macron (c’est là un fait objectif : ce dernier n’en avait même pas du tout pendant la majeure partie de la campagne), il était attaqué sur sa « présidentiabilité ». Libération et l’Obs, qui se présentent comme des journaux orientés à gauche, ont consacré nettement plus de papier à E. Macron qu’à B. Hamon. La photographie du premier et un adjectif qualificatif évoquant un trait de caractère supposé de sa personne suffisent à occuper l’espace d'une couverture : voilà un bel exemple de personnalisation de la vie politique. Le système médiatique de la peopleisation et le système politique présidentiel de la Vè République s'harmonisent pleinement pour cette simplification très réductrice de la vie politique.

 

➡️ L’infantilisation du peuple, qui se veut officiellement lui rendre la politique plus accessible, l’empêche au contraire d’y accéder.

Les informations nécessaires à la compréhension des enjeux politiques profonds ne lui sont pas fournies, notamment la grille de lecture sociale, en imposant la question identitaire nationale pour faire écran.

 

 

- 4 :  En camouflant les divisions de classe par l’érection du mythe national
« Les médias peuvent ne pas parvenir tout le temps à dicter aux gens ce qu’il faut penser, mais ils sont d’une redoutable efficacité pour leur dire ce à quoi il faut penser » B.C. Cohen, The press and Foreign Policy, 1963[11]

 

➡️ Avec l’avènement du suffrage universel, le sort des élites dépendait désormais des masses.

🔴 Il fallait donc souder artificiellement les classes dominantes et les classes dominées.

🔴 L’invention du nationalisme et son versant xénophobe permet de désolidariser les classes populaires et de donner l’illusion d’un « nous » partageant les mêmes intérêts et valeurs indépendamment de la classe sociale.

 

  • C’est ainsi que, selon l’historien spécialiste de l’immigration Gérard Noiriel, le premier événement médiatique xénophobe a lieu en 1881[20].

Des ouvriers italiens auraient sifflé la marseillaise en raison d’un conflit colonial franco-italien et cela a occasionné une rixe avec des ouvriers marseillais. C’est là que la presse a commencé à englober les classes populaires dans le « nous » national, par opposition aux « étrangers ». Ce terme est presque alors un néologisme, puisqu’il désignait auparavant toute personne non domiciliée dans la ville et il devient à ce moment-là le négatif du national. Alors qu’on parlait jusqu’alors de piémontais et de provençaux, le cadre national s’impose et l’affaire devient une affaire nationale entre « italiens » et « français ». Voilà de quoi proposer un contre-discours au paradigme marxiste naissant de la lutte des classes. Aussi, cela permet à la presse parisienne d’instaurer une connivence avec le lecteur malgré la distance géographique et l’écart social.

 

Le paradigme marxiste et le paradigme nationaliste ont coexisté jusque dans les années 1980 mais, pour des raisons que nous développerons ensuite, le discours nationaliste a fini par avoir le monopole. Pratique pour la classe dominante puisqu’il lui rallie une large faction des classes populaires tout en fracturant ces dernières. Le nationalisme est bien pratique en tant qu’il brise la solidarité de classe.

 

➡️ Aujourd’hui, cette instrumentalisation de la xénophobie permet par exemple de stigmatiser les aides sociales qui seraient attribuées et captées par les immigrés.

Voilà de quoi rendre moins impopulaire le discours d’E. Macron qui reproche aux aides sociales de coûter « un pognon de dingue[21] ». Les fraudes aux minima sociaux des familles immigrées sont pointées du doigt tandis que les fraudes fiscales de nos riches émigrés sont acceptées par la presse.

 

Le nationalisme a permis également de décrédibiliser la révolte sociale des banlieues en 2005, intégralement lue sous l’angle racial et identitaire sous prétexte que la majorité des pauvres en question étaient issus de l’immigration. En 2019 au contraire, étant donné que la révolte sociale[22] concernait des " blancs ", la lecture raciale et identitaire en a fait des racistes, érigeant des propos isolés en vérités générales sur le mouvement.

 

➡️ Dans tous les cas, il s’agit de diviser les classes populaires pour mieux régner.

Voilà pourquoi G. Darmanin, J.-M. Blanquer ou encore F. Vidal n’hésitent pas à véhiculer des concepts et discours jouant sur le racisme, n’ayant sans doute fondamentalement que faire de ces problématiques. Que l’on soit pour défendre les droits des « racisés » ou pour les exclure de la communauté nationale, la classe politique et les médias ont réussi à imposer la grille de lecture identitaire aux dépends de la grille sociale.

C’est la divergence des luttes. C'est cela que dénonce G. Noiriel dans sa tribune sur " l'impasse des politiques identitaires " dans le Monde Diplomatique[23] et il le démontre dans son ouvrage Histoire populaire de la France[24].

 

➡️ Cela vaut toujours mieux pour la classe dominante que de voir émerger la question sociale qui montrerait leur déconnexion vis à vis de la majorité du peuple et de ses intérêts.

Pourtant, si les élites se paient de mots sur l'identité nationale, cela ne se traduit pas par de la solidarité nationale dans les actes. Par exemple, la majorité des ministres de l'Education Nationale successifs depuis plus de 10 ans ont placé leurs enfants dans des écoles privées et la fille de Brigitte Macron veut carrément en fonder une à 9 500 euros l'année. Si le discours des élites est volontiers nationaliste, l'entre-soi social est privilégié dans la pratique. Les élus de la République ne se sentent pas concernés par ses institutions car ils les évitent soigneusement par un rejet du commun. Quant aux élites économiques, elles n'hésitent pas à donner dans l'évasion fiscale et les délocalisations d'usines. La ligne éditoriale de CNews correspond mal aux pratiques de son propriétaire Vincent Bolloré, mais ce sont pourtant les idées qu'il souhaite véhiculer[25].

 

  • Le nationalisme n'est destiné qu'à distraire les pauvres.

Si l’Ancien-Régime reposait sur la croyance en la Trinité (Tiers-Etat, Clergé, Noblesse / Dieu, Jésus, Esprit Saint), la République repose sur la doctrine de l’unité (un seul peuple / une seule voie possible).

 

 

- 5 :  En confondant l’actuel et le potentiel pour préserver l’ordre établi
Toute personne qui viendrait remettre en cause l’ordre établi et y proposer des corrections serait un utopiste. En empêchant toute alternative, on impose des limites à la pensée et on interdit tout changement : l’ordre établi se voit préservé car sacralisé.

 

➡️ Selon l’éditorialiste de base, ce qui n’est pas ne peut pas être.

Cela passe d’abord par une négation de l’histoire : on fait mine de penser que le capitalisme libéral est éternel et consubstantiel à l’humanité. Le cas échéant, à la démocratie. Là, l’inculture historique est la clef. Si l’on ne sait pas que cela a pu en être autrement avant ou ailleurs, quiconque conteste le système actuel est un utopiste et n’est pas « réaliste ». Ou « pragmatique » pour les journaux les plus chics.

 

Cela explique la synchronie entre dérégulation du marché et éclatement de l’URSS. C’est en parallèle à une URSS affaiblie que Reagan et Thatcher libéralisent l’économie dans les années 80 et c’est lorsque l’URSS a disparu que la France a renoncé au keynésianisme et à l’Etat-Providence. Il n’y a plus d’alternative : le communisme n’inquiète plus les classes dominantes qui n’ont dès lors plus besoin d’adoucir le capitalisme pour le faire accepter puisqu’il n’y a plus d’alternative possible pour les classes dominées. Un bataillon de philosophes de bas étage façon BHL sont alors avalisés par les médias (beaucoup moins par les universitaires) pour transformer dans l’opinion un échec historique conjoncturel en un échec structurel nécessaire. Le syllogisme est simple : Staline est communiste, Staline a mis en place le goulag et un régime totalitaire, donc le communisme est totalitaire. Ou encore : l’URSS était communiste, l’URSS s’est effondré, donc le communisme n’est pas viable.

  • Conclusion : même si vous n’aimez pas le capitalisme ultralibéral, c’est la seule société possible.

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- ​​​​​​​Toute volonté de transformer la société est présentée comme au mieux irréaliste, au pire dangereuse. Il s’agit donc de se soumettre à la fatalité : l’élection n’est pas un choix de société mais se résume à choisir le meilleur gestionnaire de la société actuelle.

- Autre argument allant dans le même sens : mettre les décisions politiques nationales sur le dos de la nécessaire compétitivité dans la mondialisation ou des injonctions de l’Union Européenne, dont le pouvoir, il est vrai, s’est nettement accru à partir du traité de Maastricht de 1992[26].

En d’autres termes, bien qu’on lui propose de voter, la nation est dépossédée de sa souveraineté. Ce n’est plus la communauté de citoyens qui gouverne mais quelques lobbies entrepreneriaux internationaux privés et des bureaucrates basés à Bruxelles, eux-mêmes largement sous l’emprise de ces lobbies.​​​​​​​

  • D’autres moyens de lutte s’imposent alors pour défendre les intérêts de la majorité mais ces moyens sont fustigés voire criminalisés.

- 6 :  En s’appuyant sur l’autorité du suffrage universel pour déligitimer l’action directe
« L’époque des élections générales approchait, et, chaque jour, l’aspect de l’avenir devenait plus sinistre ; toutes les nouvelles qui arrivaient de Paris nous représentaient cette grande ville comme étant sur le point de tomber sans cesse dans les mains des socialistes armés. On doutait que ceux-ci laissassent faire les électeurs, ou du moins qu’ils se soumissent à l’Assemblée nationale. Déjà, de toutes parts, on faisait jurer aux officiers de la garde nationale de marcher contre l’Assemblée s’il s’élevait un conflit entre celle-ci et le peuple. » Alexis de Tocqueville pointait ici les deux centres de gravité de la démocratie naissante : l’assemblée représentative et le peuple en armes[27].

  • D’un côté, l’action directe menée par les forces progressistes les plus impliquées, prêtes à donner leur vie.
  • De l’autre, les partisans de la délégation de pouvoir menés par les forces conservatrices et des citoyens soucieux avant tout de préserver l’ordre et leur sécurité.

 

➡️ A partir de 1789 et avant l’instauration du suffrage universel, ce sont les citoyens les plus politisés qui font l’histoire.

En février 1848, reconnaissant ainsi la légitimité du peuple parisien qui se révolte, le roi Louis-Philippe s’enfuit sans opposer de réelle résistance. En juin 1848, forts de la légitimation du suffrage universel, les conservateurs au pouvoir répriment violemment l’insurrection populaire[28]. C’est là un tournant majeur de l’histoire en tant qu’il change la conception française de la démocratie.

 

Dès lors que les républicains révolutionnaires ont instauré le suffrage universel, ils perdent tous les combats lorsqu'il s'agit de prendre le pouvoir par l'émeute :

  • en juin 1848 où le gouvernement fraîchement élu réprime férocement les insurgés ;
  • en juillet 1871 où la Commune insurrectionnelle est violemment réprimée par Adolphe Thiers lors de la semaine sanglante ;
  • ou encore le 30 juin 1968 où il suffit que la « majorité silencieuse » gaulliste donne à son groupe la victoire à l’assemblée pour mettre un point final au mouvement de mai.

 

« Ce n’est pas la rue qui gouverne » s’exclamait J-P Raffarin au tournant du XXIè siècle pour justifier le fait qu’il campait sur ses positions alors que des millions de personnes défilaient contre ses lois de régression sociale[29]. L’affirmation a été maintes fois reprises depuis par les gouvernements élus. Quid alors de la Révolution Française pour ces gens-là, qui choisissent de mépriser à ce point l’engagement politique des masses ? N’est-ce pas la rue qui a fait naître la première République ?

 

➡️ Prétendre que ce n’est pas la rue qui gouverne est une forme de négationnisme.

- La rue a pris la Bastille le 14 juillet 1789 pour y trouver les armes nécessaires à la Révolution, la rue (ou plutôt la campagne) a obtenu l’abolition des privilèges la nuit du 4 août 1789 en raison de la Grande Peur inspirée aux nobles de province par la violence des paysans, la rue a chassé le roi du pouvoir en septembre 1792 en prenant d’assaut le palais des Tuileries ;

- La rue a obtenu une charte libérale en 1830 pour limiter le pouvoir de la monarchie, c’est même la rue qui a obtenu le suffrage universel en 1848 !

 

➡️ Comment peut-on décemment les opposer ?

Depuis, la rue n'a certes jamais causé un renversement total du gouvernement, mais elle en fait céder plusieurs à ses revendications :

- c'est la rue qui a permis aux travailleurs d'obtenir les congés payés, une réduction du temps de travail et une augmentation des salaires en juin 1936 par la grève générale en soutien au Front Populaire (les "grèves joyeuses" caractérisées par leur importance numérique et sa forme: les occupations d'usines) ;

- la rue a obtenu la libération de la France par les FFI en 1944 puis de nouveaux droits sociaux en 1945 (Sécurité sociale notamment) que les grèves de masse orchestrées par la base de la CGT en 1947-1948 ont permis de renforcer ;

- en 1968, la rue a obtenu une augmentation des salaires et une transformation majeure des mentalités.

- En 2019, la rue n’a pas été écoutée lors des défilés pacifiques rassemblant des millions de personnes contre la réforme des retraites mais les gilets jaunes, moins nombreux, ont réussi à faire plier le gouvernement en inspirant la peur aux classes dominantes par des actions spectaculaires (porte du secrétariat d’État de Benjamin Grivaux enfoncée par ce que la presse a décrit comme un transpalette, saccage du Fouquets, prise de contrôle des péages…).

 

Il est important de rappeler ces faits car l'histoire est souvent édulcorée et " pacifiée " : les acquis de la période du Front Populaire sont souvent attribués à tort à la seule action du gouvernement élu, on oublie que la sécurité sociale est issue du programme du Conseil National de la Résistance qui a libéré la France par les armes et les grèves massives de l'après-guerre, qui ont fait craindre une révolution, sont rejetées aux oubliettes de l'histoire.

  • En France, l’histoire montre que les dominants ne renoncent à leurs privilèges que lorsqu’un retournement des rapports de force les y contraint.

 

➡️ Le vote ne suffit pas !

- Le seul exemple de progrès social conséquent acquis par les urnes est la politique mise en place par F. Mitterrand en 1981 mais il tourne dès 1983 le dos à son électorat en opérant le « tournant de la rigueur[30». Non seulement les résultats du suffrage universel sont biaisés par les mécanismes que nous avons explicité plus haut, mais en plus, une fois au pouvoir, le personnel politique a tendance à déroger à son programme en faveur des puissants ;

- Jacques Chirac le résumait bien par la formule « Les promesses n’engagent que ceux qui les croient » ;

- Nicolas Sarkozy choisit plutôt de l’illustrer par l’exemple en passant outre le « non » au referendum de 2005 et en imposant la Constitution Européenne aux Français.

- Emmanuel Macron, pour s’attirer le vote de la classe moyenne, se prétendait auprès d’eux « ni de droite ni de gauche » tandis qu’il promettait secrètement aux plus riches qui finançaient sa campagne une politique ultralibérale ;

- Quant à Georges Clemenceau, pour remonter le fil de l’histoire, il est le symbole du revirement que peuvent opérer les politiciens de gauche une fois au pouvoir. De l’ardent défenseur de la classe ouvrière alors qu’il était dans l’opposition, il deviendra l’un des briseurs de grèves les plus violents une fois au pouvoir[31].

 

Voilà pourquoi les classes dominantes s’accommodent du suffrage universel mais mènent une lutte idéologique acharnée contre toutes les formes de l’action directe. En effet, ces dernières sont de plus en plus stigmatisées comme violentes alors qu’elles sont de plus en plus pacifiques.

 

➡️ Pour exemple, le traitement médiatique des grèves.

Le vocabulaire employé est militaire puisque les journalistes ont pris l’habitude de plaindre les usagers « pris en otage ». La grammaire du fait divers chère aux journalistes, étudiée par Dominique Kalifa, est transposable à la médiatisation des grèves. Il s’agit de capter l’attention du grand public et de lui proposer une vision simple du monde :

- les usagers sont les victimes ;

- les grévistes les agresseurs ;

- et les policiers qui tabassent les manifestants ou tout au moins les empêche de mener leurs actions sont les sauveurs ;

- Le patron ou l’homme politique responsable du mécontentement des grévistes est un personnage secondaire non évoqué..

Le travail journalistique consiste à donner la parole à un usager mécontent pour stigmatiser la grève. Les revendications des grévistes ne sont généralement pas développées ni même simplement exposées.

 

Une autre clef de lecture pourrait s’avérer plus pertinente en remontant à l’origine de la grève : le patron ou l’homme politique à l’origine de la régression sociale enclenchant la grève serait l’agresseur, le gréviste la victime tentant de devenir son propre sauveur. L’usager serait quant à lui le personnage secondaire. Cela permettrait, me semble-t-il de mieux cerner l’enjeu du conflit.

 

Mais l’objectif des medias aujourd’hui, comme on l’a dit plus haut, est de faire de l’audience, pas de proposer la grille de lecture du monde la plus pertinente. Plutôt que de traiter la grève comme le simple sommet de l’iceberg, à savoir le conflit opposant les travailleurs à la direction de l’entreprise ou au gouvernement, elle est retranscrite pour elle-même comme un spectacle.

 

Ce sont les violences marginales, les « débordements » qui vont focaliser l’attention. Et si jamais l’on donne la parole à un responsable syndical, ce sera pour exiger de lui de « condamner ces violences».

 

➡️ Interrogeons-nous sur cette notion de violence brandie à tort et à travers par les médias de masse.

« Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides, et qui ayant tout disent avec une bonne figure « Nous qui avons tout, nous sommes pour la paix ! », je sais ce que je dois leur crier à ceux-là : les premiers violents, les provocateurs, c’est vous !... Quand le soir, dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits enfants, avec votre bonne conscience, vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscients, au regard de Dieu, que n’en aura jamais le désespéré qui a pris les armes pour essayer de sortir de son désespoir. Mais ne nous trompons pas, il n’y a pas de violence qu’avec des armes, il y a des situations de violences. La violence n'est pas que dans les coups, elle est dans les situations établies, existantes, qu'on refuse de remettre en question, qu'on refuse de changer. » l’abbé Pierre[32]

 

🔴 Le 5 octobre 2015, le DRH en charge du « plan de restructuration » de 2900 salariés d’Air France est pris à partie : sa chemise est déchirée sans qu’aucun coup ne soit porté contre lui malgré la présence massive de salariés licenciés.

Qui est violent : Les salariés en colère ou l’entreprise qui les met au chômage ?

Si l’on mesure la violence à l’ampleur des dégâts, le prix de la chemise du DRH n’excède certainement pas sa prime pour mettre en place le « plan de restructuration » tandis que les salariés licenciés vont être privés de revenus.

- Si l’on juge la violence à sa légitimité, il semble que licencier quelqu’un alors qu’il a accompli son travail est de la violence gratuite tandis que quelqu’un qui arrache la chemise de celui qui le prive de son emploi a des raisons d’être énervé.

- Si l’on juge à la spectacularité des images, l’acte de violence le plus marquant est celui de la chemise arrachée : bingo, c’est l’axe choisi par les médias et la vidéo a fait le tour de l’Europe. C’est dire si le seuil de tolérance à la violence politique est tombé bien bas.

 

🔴  Pierre Bourdieu parlait ainsi de violence douce de l’économie, qui s’exerce en mobilisant les moyens symboliques de la communication pour engendrer une acceptation implicite de l’ordre établi afin que celui-ci semble légitime même pour ceux qui en sont les victimes.

 

Le 4/09/2020 sur son site, le Point évoque en titre que 17 gilets jaunes seront jugés pour le « saccage de l’arc du triomphe ».

 

Au cœur de l’article, on en apprend plus sur ledit saccage. « Quatre personnes parmi ces dix-sept seront par ailleurs jugées pour des vols par effraction : «  tour Eiffel miniature », «  cartes postales », «  livres » ou encore «  reproduction d'un pistolet à silex Napoléon an III ». Six sont renvoyées devant le tribunal de police pour la seule contravention d'«  intrusion non autorisée dans un lieu classé ou inscrit au patrimoine historique ». Une personne se voit reprocher la dégradation d'une statue ; deux, des «  coups de pied et d'extincteur sur une porte » ; un manifestant lié à l'ultra-droite, un tag sur l'Arc ; un autre, la dégradation d'une vitre d'un préfabriqué.[33] » A savoir : ladite statue est une reproduction en carton-pâte. Le choix du terme « saccage », qui reflète bien la ligne générale des médias sur l’événement, laisse perplexe.

 

🔴 Philippe Martinez est ici représenté en position de fermeture, les bras croisés, le visage fermé illustrant parfaitement le mot de « gronde » si cher aux éditorialistes. Il contraste avec les photographies d’E. Macron évoquées plus haut, souriant et les bras ouverts. Est-ce à dire que ces images reflètent des caractères opposés dans la réalité, que P. Martinez vit en tirant la gueule alors qu’E. Macron vit en souriant et en écartant les bras ? Non, bien évidemment, il s’agit d’un choix éditorial visant à véhiculer des opinions.

 

Le message simpliste au-dessus « comment la CGT ruine la France » achève Martinez : le syndicat qu’il dirige ruine la France, c’est un axiome incontestable pour le Point, il s’agit simplement de savoir comment. Je suis bien placé pour savoir que ce titre est clairement un parti pris. Pourtant, le magazine se prétend neutre.

 

  • Pourquoi la CGT est ainsi accablée ?

Car c’est l’un des derniers bastions de la solidarité de classe et de l’action populaire. Il est important pour les classes dominantes d’atomiser les classes populaires, de les cantonner à l’individualisme pour les affaiblir. L’image du syndicat qui est contre les avancées s’est ainsi imposée dans les médias au mépris de la réalité historique : c’est la CGT qui a acquis les congés payés et la réduction du temps de travail en 1936 et qui a obtenu des multiples avancées sociales de l’après-guerre aux années 70.

 

➡️ On conduit les travailleurs dans un mur et on leur reproche de freiner
Par une inversion totale des valeurs, la CGT est taxée aujourd’hui d’empêcher la société d’avancer parce qu’elle s’oppose aux régressions sociales que veulent imposer les classes dominantes. Le progrès de la société serait de renoncer à son confort de vie et d’être exploité sans limites : quiconque défend ses droits et sa protection sociale est présenté comme réactionnaire !

 

  • En cherchant cette une sur Philippe Martinez que j’avais encore en tête pour l’avoir subie sur tous les abris bus à l’époque, je suis tombé sur la dernière une du Point à propos du procès de Nicolas Sarkozy : « Les coups tordus d’une justice très politique[34] ». Encore une fois, un bel exemple de neutralité. Pour paraphraser la Fontaine, selon que vous soyez puissant ou misérable, les jugements du Point vous rendront blanc ou noir. Bien que je n’ai pas choisi d’acheter ce journal, il s’impose dans l’espace public.

 

  • Ainsi, alors que les classes populaires ont été éjectées des institutions représentatives, leur dernier levier d’action qu’est l’action syndicale est méprisé voire mis à l’index. Donc non contents de dépolitiser les citoyens par une pseudo neutralité journalistique, les médias de masse conchient ceux qui persistent dans l’engagement politique.

 

  • Le seul engagement politique valorisé est le vote, alors que la moitié des Français a déserté les urnes. Cette réalité est camouflée par la non-prise en compte du vote blanc, comptabilisée comme de l’abstention donc comme du jemenfoutisme. Pourtant, il s’agit d’un message politique[35] : l’absence de confiance dans les candidats prétendant au pouvoir. Les statistiques ignorent l’abstention et les votes blancs lorsqu’ils annoncent les résultats, pour ne pas écorner la légitimité du candidat élu.

 

  • Ainsi, lorsque l’opposition s’exprime pendant le mandat d’un gouvernement, la réplique « vous avez perdu les élections » peut rester l’argument massue. Comme si être élu donnait carte blanche à tout et n’importe quoi pendant la durée du mandat. Plutôt que de cacher sous le tapis la défiance à l’égard des politiciens en accusant ceux qui ne leur ont pas accordé leur vote, peut-être serait-il judicieux de proposer au citoyen un contrôle des élus pendant leur mandat, avec possibilité de révocation comme le prévoyait la Commune[35].

 

  • Avant même de contrôler les élus pendant leur mandat, il faudrait également renforcer le contrôle des candidats pendant leur campagne, puisque certains contournent la démocratie en demandant l’appui des plus riches.

 

- 7 :  En finançant les campagnes électorales

Voilà un aspect qui a pris une ampleur inédite avec la campagne d’E. Macron en 2017. L’investigation de Franceinfo a permis d’éclairer le financement opaque de la campagne d’En Marche[36]Le candidat a mystérieusement levé 16 millions d’euros entre la création d’En Marche en mars 2016 et décembre 2017. Jamais un candidat n’avait rassemblé autant d’argent auprès des particuliers en partant de rien.

 

  • E. Macron s’est targué à l’époque d’une mobilisation collective mais FranceInfo explique aujourd’hui que c’est parce qu’il a su contourner la législation démocratique prévue pour interdire les grands donateurs[37].

 

  • La réglementation autorise un particulier à donner 7 500 euros par an à un parti politique. Ce même particulier peut également donner jusqu’à 4 600 euros au candidat de son choix par élection.

 

Franceinfo a pu retrouver des donateurs qui ont donné 7 500 euros à En Marche dès 2016, puis renouvelé leur don en 2017, et fait un troisième chèque de 4 600 euros (parfois arrondi à 4 500) à l’association de campagne du candidat. Certains ont également multiplié cette somme par deux au nom de leur conjoint(e), le chèque ou le virement partant du même compte commun.

 

➡️ Voilà comment E. Macron a « optimisé » la législation en contournant les règles.

Ainsi, contrairement à l’esprit des lois, les dons sont fortement concentrés entre les mains de contributeurs très riches. Si E. Macron brandit un chiffre avoisinant les 100 000 dons, seules 800 personnes ont financé la moitié de sa campagne. Nous constatons également que la moitié des dons provient des quartiers huppés ouest-parisiens. Dans les premiers mois de la campagne, le candidat est totalement dépendant des généreux contributeurs de sa campagne : banquiers d’affaires, gestionnaires de fonds, avocats, entrepreneurs du web…

 

Les déplacements à l’étranger du candidat pour lever des fonds peuvent également interroger. Au total, Emmanuel Macron a reçu 2,4 millions d’euros de dons en provenance de l’étranger, dont 1,8 million émanant de donateurs aisés (dons supérieurs à 4 000 euros).

 

  • Par ailleurs Franceinfo indique que l’équipe d’En Marche! a bénéficié de ristournes étonnantes pour l’organisation de ses meetings. Ainsi, la Bellevilloise a accueilli une réunion publique En Marche pour 1 200 euros, alors qu’elle a facturé le même service à B. Hamon. pour 4 838 euros[38]. Voilà encore une manière de contourner la législation sur les financements des campagnes.

 

➡️ En 2017, le seul à avoir adopté une stratégie d’appel aux dons comme Emmanuel Macron est Jean-Luc Mélenchon mais il n’a récolté que 2,8 millions d’euros, soit 6 fois moins qu’E. Macron.

Cela s’explique non par l’importance numérique des donateurs mais par leur composition sociale : seul un don atteint 7 020 euros et moins d’une cinquantaine de contributions sont supérieures à 1 000 euros. Au vu du programme, on peut comprendre que le potentiel financier des donateurs ne soit pas le même… Si chaque voix compte autant dans l’urne, ce n’est pas le cas pour le financement de la campagne.

  • Ce qu’E. Macron a vanté comme une mobilisation populaire est en fait un investissement de la fraction de la population française (et étrangère) la plus riche. Voilà de quoi s’interroger sur les contreparties !

 

➡️ Les investisseurs, évidemment, attendaient d’en récolter les fruits par la politique d’E. Macron une fois arrivé au pouvoir.

Ils n’ont pas dû être déçus car il s’est effectivement montré par la suite très favorable à leur égard. C’est l’absence de générosité du monde des affaires, envers les travailleurs et les citoyens dans leur ensemble, qui l’a poussé à être si généreux avec E. Macron. 800 personnes au capital financier permettant de donner 10 000 euros ont ainsi autant de poids que 400 000 personnes cotisant chacun pour une adhésion au parti à 20 euros.

  • Selon la catégorie sociale de ses adhérents, un parti n’aura donc pas la même force de frappe pour mener sa campagne. Dès lors, ce n’est pas la volonté de la majorité qui dispose de la souveraineté mais la volonté des plus riches : voilà qui est fort peu démocratique.

 

Le système démocratique de la Vè République s’était doté de garde-fous : subventions publiques pour les partis représentatifs d’un certain nombre d’électeurs, système de cotisations qui donne un poids financier en fonction du nombre d’adhérents, limitations des dons à 4500 euros pour les campagnes électorales. Mais E. Macron, en se présentant comme un candidat « anti-système », a déjoué ces garde-fous : s’il a contourné le système démocratique des partis, il s’est vautré dans le système financier du grand capital dont il s’est rendu dépendant, entraînant la France entière dans sa soumission.

 

➡️ Contrairement à ce que son marketing politique a voulu nous faire croire, l’absence de parti derrière lui n’est pas un progrès démocratique mais un nouveau coup de buttoir des magnats de l’économie contre la souveraineté populaire.

L’apparition des partis à la fin du XIXè siècle[39] a permis l’introduction des masses dans la vie politique. Faire disparaître les partis, c’est les en éjecter.  Ne pas avoir de parti derrière soi n’est pas signe de liberté, c’est signe de dépendance à l’égard de gros investisseurs privés. C’est signe également que l’on peut se passer du peuple. Aux Etats-Unis, le système du financement des campagnes présidentielles par les gros investisseurs a donné à des entreprises un pouvoir de lobbying démesuré : ainsi, la NRA, association agrégeant des groupes d’intérêt favorables aux armes, empêche toute législation pour limiter le port d’armes[40]. C’est ce système qu’E. Macron est en train d’importer.

  • Une campagne électorale peut se passer désormais de militants convaincus et les classes dominantes peuvent « investir » directement un représentant de leurs intérêts à la tête de l’Etat.

 

🔴 Voilà comment on se retrouve avec 12 millionnaires parmi les 31 ministres du gouvernement[41] et sans aucun ouvrier à l’Assemblée Nationale alors qu’ils représentent encore 15 % de la population.

🔴 Voilà pourquoi, alors que les décisions sont censées être prises à la majorité, 5 % de la population détient le tiers des richesses. Le suffrage universel a permis de pacifier les rapports sociaux mais il est abusivement brandi par le(s) pouvoir(s) économiques, politiques et informationnels comme la seule source légitime d’autorité. Les tours de passe-passe des élites ne permettent pas à la souveraineté nationale de s’exercer pleinement dans le vote et ses autres modes d’expression sont vilipendés par des médias jouant le rôle de chiens de garde. Si les classes dominantes se réservent la représentation nationale et réfutent la légitimité de l’action syndicale, si elles s’assoient sur les manifestations rassemblant des centaines de milliers de personnes, que reste-t-il aux classes populaires pour défendre leurs intérêts ?

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- Comment la macronie commence à manipuler les présidentielles 2022

Bastien Lachaud, député de la France Insoumise, dépose une motion de rejet concernant les changements dans l'élection du Président de la République. Bastien Lachaud explique en détail pourquoi ce qu'est en train d'imposer la majorité est préjudiciable au peuple français et favorise les partis riches propulsés par l'oligarchie.

Sources :

[1] 5 mars 1848 : instauration du suffrage universel masculin en France

[1bis] Face à la crise démocratique, convoquer l’Assemblée constituante de la 6e République

[2] Forte progression du nombre de millionnaires en France par rapport au reste du monde

[3] Une représentation des catégories socioprofessionnelles à la télévision loin de la réalité sociale

[4] Municipales : Jean-Luc Mélenchon s'inquiète d'une «grève civique» après l'abstention record au second tour

[5] Tirage au sort et démocratie en Grèce ancienne

[6] Dans ses Souvenirs, le comte Alexis de Tocqueville évoque les premières élections au suffrage universel dans son village normand, qui porte le nom de Tocqueville. « Presque tous »

[7] CHRISTOPHE BARBIER PETIT MARQUIS LIBÉRAL LIBERTAIRE

[8] 13 janvier 1955 : Claude Bourdet: « Votre Gestapo d'Algérie. » (Algérie)

[8bis] France Télévisions : émoi après la nomination d’un nouveau chef au service politique

[9] Bernard Arnault, le nouveau magnat de la presse française, reprend sa revanche sur le numérique

[10] Xavier Niel

[11] Médias et invisibilité sociale : Le rôle des médias dans le processus de visibilité ou d’invisibilité sociale de certains publics

[12] George Orwell : le langage comme outil de contrôle politique

[13] Ordonnances Macron 2017

[14] COMMENT LES MÉDIAS ONT FABRIQUÉ LE CANDIDAT MACRON

[15] Emmanuel Macron, le candidat des médias

[16] " La bulle Macron, un matraquage publicitaire massif "

[17] Notre programme, c’est l’Avenir en commun. Sa philosophie, c’est l’harmonie entre les êtres humains et avec la nature.

[18] Sondage exclusif – Macron-Le Pen: ci-gît le front républicain

[19] Le débat Kennedy-Nixon en 1960 à la télévision : le premier de tous les temps

[20] La France, un vieux pays d'immigration

[21] Macron : Les aides sociales coûtent-elles un "pognon de dingue"

[22] Les Jaunes !

[23Stéphane Beaud & Gérard Noiriel : Impasses des politiques identitaires

[24] Une histoire populaire de la France: De la guerre de Cent Ans à nos jours : Gérard Noiriel

[25] LIGNE ÉDITORIALE DE CNEWS : LA CGT REFUSE DE CAUTIONNER LA LIBRE DIFFUSION DE PROPOS DISCRIMINANTS ET RACISTES

[26] C'est la faute à l'Europe, c'est la faute à l'Europe..... STOP !

[27] Alexis de Tocqueville

[28] République. Les journées de juin 1848 : la guerre sociale en France

[29] Jean-Pierre Raffarin sur la réforme des retraites : «Ce n'est pas la rue qui gouverne !

[30] « Tournant de la rigueur » de 1983 : le tapis rouge aux saigneurs de la finance

[31] Jacques Julliard : Clemenceau briseur de grèves.

[32] L' Abbé Pierre : La voix des sans voix et “ Les premiers violents, les provocateurs, c’est vous ! ” L’Abbé Pierre en colère contre les riches.

[33] Gilets jaunes : 17 personnes seront jugées pour le saccage de l'Arc de Triomphe

[34] EXCLUSIF. Affaire Sarkozy : les coups tordus d’une justice très politique

[35] Propositions France insoumise (Avenir en commun) point 3 : reconnaissance du vote blanc et par le référendum d’initiative citoyenne, les citoyens qui réunissent suffisamment de signatures ont le droit de révoquer des élus, convoquer une Constituante, proposer ou abroger une loi

[36] La moitié de la campagne d'Emmanuel Macron financée par des grands donateurs

[37] L'histoire de la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron est aussi celle d'une levée de fonds sans précédent, qui s'est appuyée sur de grands donateurs dont l'importance a été minimisée.

[38] EXCLUSIF – 2017 : le point sur les affaires de gros sous de la campagne de Macron

[39] Les partis politiques au sens moderne du terme sont assez récents. Ils apparaissent à la fin du xixe siècle et au début du xxe14. Ils apparaissent en Angleterre avec la réforme électorale de 1832, aux États-Unis vers 1830.

[40] Défendant le droit des Américains de porter des armes, la National Rifle Association est la partie la plus visible d’un lobby très bien organisé et financé.

[41] Patrimoine : 12 millionnaires parmi les membres du gouvernement

Pour en savoir plus :

- LE PARTI MÉDIATIQUE assurance vie de l’oligarchie

- Ingénierie sociale (pratique de manipulation psychologique) : un outil puissant pour le contrôle total des populations et l’asservissement des peuples

- CNews, première chaîne d’intox de France… avec le soutien de l’Élysée : " il ne s'agit pas d'analyser la réalité, mais de construire une réalité contre laquelle les invités (toujours "bien" choisis) peuvent lutter en avançant leur propre idéologie militante. Un bel exemple de fabrication d'un réel fantasmé... autant dire un manuel méthodologique de propagande politique au service de M. Le Pen ".

- De l’Etat de droit à l’Etat de sécurité

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22 février 2021 1 22 /02 /février /2021 00:01
Loi sur le " séparatisme " : seul le groupe France insoumise s'oppose unanimement à ce texte stigmatisant
Loi sur le " séparatisme " : seul le groupe France insoumise s'oppose unanimement à ce texte stigmatisant
Loi sur le " séparatisme " : seul le groupe France insoumise s'oppose unanimement à ce texte stigmatisant
Loi sur le " séparatisme " : seul le groupe France insoumise s'oppose unanimement à ce texte stigmatisant

Séparatismes : Le macronisme nous fait courir le risque d’accélérer “ l’archipélisation ” d’un pays toujours plus divisé[1]

 

Le faux débat Le Pen/Darmanin et la névrose anti-musulmans s'inscrivent dans cette stratégie dangereuse pour notre démocratie[1ter]

 

Quand les nazis accusaient les juifs de séparatisme... exactement ce que disent Darmanin et Le Pen vis à vis des musulmans[1bis]

 

Dans le film de propagande nazie « Le péril juif » (1940), la Bête immonde accusait les Juifs de séparatisme du fait qu’ils ne se mettraient pas « au service d’objectifs communs ». Le film pointait l’incompatibilité entre les valeurs aryennes et les pratiques cultuelles juives qui étaient présentées comme des lois... Exactement ce que disent Darmanin et Le Pen[1bis].

Dans le même temps, Darmanin, est pointé du doigt pour le caractère antisémite de l'ouvrage qu'il a publié en février dernier, intitulé « le Séparatisme islamiste - Manifeste pour la laïcité » et qui s’inscrit dans le cadre de la loi sur le séparatisme[6].

A noter : 1ére lecture du texte gouvernemental, vote unanime honteux au Sénat contre la tenue des groupes de parole comme prétexte à dissolution des organisations qui les pratiquent avec le soutien des sénateurs du PCF et EELV ![7]...

 

Sources : l'Ère du peuple | mis à jour le 19/04/2021

- Pour une fois, le rouleau compresseur médiatique du covid qui dure depuis un an en écrasant tout le reste de l’actualité a du bon
Le débat parlementaire contre le séparatisme n’intéresse personne et ne sort pas des murs de l’Assemblée. Le pays se voit donc épargné des heures de meurtrières tirades infamantes contre les musulmans. Quel moment lamentable.  Mais dans l’hémicycle, c’est une torture. On « débat » actuellement sous le régime du « temps programmé ». Mais il faut beaucoup se taire. Car nous n’avons que 3H35 de temps de parole attribuées pour la discussion de 51 articles et 400 alinéas. La droite LR, pour sa part, dispose de 9h heures. LREM 7h45 (temps de parole du ministre et des rapporteurs en plus). Le modem 3H15. L’UDI 2H25 Le PCF 3h30 et le PS 4h20. Les présidents de groupe ont droit à une expression personnelle supplémentaire d’une heure. Nous devons donc subir le flot des interventions des autres sans broncher pour conserver un temps de parole sur chacun des articles les plus sensibles. Les non-inscrits (50 minutes) ont été purement et simplement privés de temps parole avant même la fin de la discussion de l’article 1. Ce n’est pas normal ni souhaitable.

 

 

- Je ne reviens pas ici sur le contenu des débats

Nos interventions sont en ligne en vidéo. Pour ma part j’ai bénéficié de la présence de 8000 auditeurs présents sur Facebook et YouTube en permanence pendant mon discours sur la motion de rejet du texte. Près de 400 000 personnes ont regardé la vidéo depuis. Mes camarades, Alexis Corbière, Ugo Bernalicis, Éric Coquerel, Jean Hugues Ratenon ont fait de magnifiques interventions. Alexis et moi avons parlé au milieu d’un hourvari permanent de cris et hurlements. À leur banc, les ministres participaient activement à la tactique de déstabilisation des orateurs par leur rires et bavardages. Cela, le téléspectateur ne le voit pas ni ne l’entend. Ils nous voient seulement forcer la voix pour dominer le vacarme et parfois ils s’en étonnent auprès de nous : « pourquoi criez-vous ? ».

 

 

- Certes on a vu pire

Le 2 février, Mathilde Panot avait été grossièrement insultée en séance[2]. L’alcool avait fait son œuvre, semble-t-il, chez certains marcheurs. Jaurès avait droit aussi à ces interruptions permanentes et on a même vu une occasion où un député est monté à la tribune pour le frapper tandis qu’il parlait[3]. Heureusement, nous n’en sommes pas là. Puis la réplique du ministre (Darmanin) et celle du rapporteur (de Rugy) se fit sur un mode très personnel, politicien et offensant. On a vite vu où serait l’angle des éléments de langage. Comme je défends la liberté du culte, et que je l’ai déjà fait contre la fermeture des lieux de culte, je serai un « porte-parole du cléricalisme ». Ni plus ni moins. Que j’ai félicité la conférence des évêques de France pour avoir dit que la loi de 1905 était « une loi de liberté » fait ricaner des bancs d’ignorants qui ne savent rien de la bataille de l’époque ou le pape avait appelé a ne pas appliquer cette loi[4]. Face au public d’un beuglant, quelle musique s’entend ?

 

 

- En fait, je n’attends rien de Darmanin et De Rugy, et surtout pas de la culture historique républicaine

Les deux procèdent par amalgames, insinuations et contrepèteries sur fond d’une culture contre-républicaine qu’ils ne peuvent me cacher. L’un nous rebat les oreilles avec son grand-père musulman et l’autre avec la chouannerie. Leur mépris pour les autres et leurs railleries à deux sous sont une honte visible. Car pour le reste, à l’honneur des collègues, dans les échanges entre députés, personne n’est aussi vulgaire et agressif dans les prises de parole. Nous n’avons jamais répliqué dans le même registre quand bien même admettez que ces deux-là auraient pourtant de quoi faire parler… Mais c’est désolant de voir des esprits hier si libres, répéter sur tous les tons les absurdités cuisinées de longue main dans l’extrême droite. Ainsi de madame Caroline Fourest désormais murée dans un fanatisme qui lui interdit de partager les principes qu’elle défendait hier : l’État chez lui, l’Église chez elle et la liberté de culte pour tous. La liberté de conscience est à ce prix.

 

 

- La société n’a pas à être laïque.... l’espace public ne l’est donc pas.

Cependant la société peut être de culture laïque. C’est même souhaitable. C’est à dire être à la fois respectueuse de l’engagement de chacun et refusant un point de vue imposé par le culte majoritaire ou un pouvoir. Par contre l’État est les services publics le sont par nécessité et sans exception. Je ne sais pas ce qu’il faudrait ajouter à cela. C’est en tous cas la position historique de l’école de pensée dans la tradition de 1905. La traduction de ces principes est très concrète.

  • Par exemple : elle exclut la police des habillements dans l’espace public et, à l’inverse, la présence des élus en écharpe dans les manifestations religieuses.

 

 

- Dans le débat...

  • Nous avons donc été dans un premier temps assimilé à des défenseurs des religion et même du cléricalisme quand nous refusions la police du vêtement contre le port du voile ;
  • Puis nous fumes repeints en « laïcards » ennemi des religions. Par les mêmes !!!! au moment où nous demandions que les élus ne cautionnent pas, par leur présence, les manifestations religieuses. Et dans chacune de ces postures contradictoires ce furent les mêmes lazzis, les mêmes moqueries. Le débat semblait patauger dans la mauvaise foi. Mais tout autant dans la bêtise la plus crasse. Les mêmes qui meuglaient en cadence contre le foulard dans l’espace public ne trouvaient rien à redire à la qualité de chanoine de Latran du président de la République ou à la participation des élus à des cérémonies comme celle de reconnaissance à la vierge pour la délivrance de la peste de 1630 !!! Au contraire, ils se posèrent soudain en défenseur de l’Église. Mais qui l’attaquait ? Personne. Au point qu’un de ces brillants amis des Lumières, l’instant d’avant, se risqua à dire que nous n’avions pas à discuter pour savoir si la vierge avait ou non protégé la ville de la peste ! Non ce n’étaient pas des républicains qui parlaient mais des croisés. Les brillantes plumes fermaient la marche de cette croisade. Dans Le Figaro une nouvelle fois la technique de prétendus « anciens cadres » de LFI , évidemment anonymes compte tenu du risque qu’il y a nous critiquer, viennent dire que Coquerel parle comme il le fait par électoralisme. Car, bien-sûr, il est bien connu qu’il n’y a aucun calcul électoral dans la propagande contre les musulmans. Nous parlons des 500 communes sans école publique ? Des élus dans les manifestations religieuses ? C’est que nous serions gênés par la question de l’islam, psalmodie Marianne. Le journal est désormais converti à l‘intérêt du débat sur les certificats de virginité et la lutte contre la polygamie et reste sans voix sur la question du Concordat ou des immeubles de rapport. Dommage que Macron ne soit pas imam d’honneur de la mosquée du Caire, on aurait été mieux compris dans ces colonnes-là.

 

Le résultat des simagrées du pouvoir est simple :

  • moins de liberté pour les associations ;
  • un serment pour tous ceux qui touchent des subventions ;
  • une latitude plus grande pour les préfets de dissoudre, contrôler et ainsi de suite.

Où est le terrorisme islamiste là-dedans ? Nulle part évidemment. On finit par se demander si c’était vraiment le sujet. La « démocratie défaillante » en France défaille un peu plus. Mais qui a la liberté de le dire à part la presse étrangère ?

 

 

- 1er février 2021 : Jean-Luc Mélenchon s’exprime sur la loi séparatisme à l’Assemblée nationale
Il intervention contre le projet de loi dit de renforcement « des principes républicains » et a dénoncé une loi inutile et dangereuse qui va semer de la division dans le peuple français en stigmatisant les musulmans. 

 

Après avoir rappelé que le gouvernement a réussi à mettre d'accord contre cette loi tous les cultes, le député insoumis a interpellé la majorité sur les défis qui sont devant nous. La pandémie, le dérèglement climatique, les 800 plans sociaux, les 10 millions de pauvres, l'augmentation du gaz, des péages, de l'électricité, les millions de personnes à l'aide alimentaire... Alors que le Parlement va discuter pendant deux semaines du voile, de la polygamie, des certificats de virginité, du contenu des cantines scolaires ou de la mixité dans les horaires des piscines. 

 

Il a enfin dénoncé ensuite l'hypocrisie du gouvernement, a a parlé des différents séparatismes qui existent bel et bien dans notre pays dont il n'est pourtant pas question dans cette loi : le séparatisme social des riches, le séparatisme religieux du Concordat, le séparatisme institutionnel de l'Union européenne.

 

Il a fait valoir que l'État est indifférent aux religions et que c'est le gage de notre liberté. Puis il a dénoncé l'amalgame insupportable entre islam et islamisme. Il a pris à partie l'Assemblée en demandant aux députés quand les musulmans avaient manqué à l'appel de la patrie et a conclu son discours en disant que la France est grande parce qu'elle fait France de tout bois et que l'amour de la République, comme tout amour, ne vaut rien sous la menace.

 

- 16 février 2021 : l'Assemblée adopte, en première lecture, le projet de loi relatif aux " Principes Républicains "

Ce texte qui s'attaque officiellement au " séparatisme ", mais constitue une loi de stigmatisation inutile des musulmans. Les députés France insoumise qui n'ont eu de cesse que de défendre la laïcité et la République Sociale, de dénoncer la suspicion généralisée ont unanimement voté contre[5].

 

A noter qu'à l'image des élus RN qui se sont abstenus, plus divisés, huit élus du groupe communiste se sont abstenus, 7 ont voté contre et 1 pour[5] [5bis].

 

 

- Loi sécurité globale : les macronistes votent définitivement cette nouvelle loi de la honte anti républicaine.
Après que députés et sénateurs se soient accordés sur la proposition de loi dite de " Sécurité globale, à l’Assemblée Nationale, la majorité macroniste vient de faire adopter définitivement en seconde lecture cette loi de la honte. Les députés du groupe insoumis ont voté contre, mais ils étaient bien seuls à s'y opposer (6 député(es) PS sur 29 ont voté contre, les 23 autres absent(es) ; 2 député(es) PCF ont voté contre, les 14 autres absent(es)[8].

 

Ainsi, Macron et sa clique adoptent une nouvelle loi, qui accroitra l’arbitraire policier et entraine notre pays dans une dérive autoritaire Ils n’ont écouté ni l'opposition de la France insoumise, ni les alertes des organisations de défense des droits de l’homme. Petit à petit, ils détruisent les libertés publiques. C’est ainsi que meurent les démocraties.

 

En 2022, avec Jean-Luc Mélenchon, nous abrogerons cette loi scélérate et restaurerons les libertés publiques ![9] "

Loi sur le " séparatisme " : seul le groupe France insoumise s'oppose unanimement à ce texte stigmatisant

Notes :

[1] Séparatismes : Le macronisme nous fait courir le risque d’accélerer “ l’archipélisation ” d’un pays toujours plus divisé

[1bis] QUAND LES NAZIS ACCUSAIENT LES JUIFS DE SÉPARATISME…

[1terLe Pen et Darmanin : faux débat et névrose anti-musulmans

[2] Scandale : Mathilde Panot insultée en plein hémicycle par un député LREM

[3] Un député de droite monte même à la tribune et frappe Jaures tandis qu'il...

[4] Le pape Pie X condamne la loi, considérant qu'il s'agit d'une rupture

[5] Analyse du scrutin n° 3421, deuxième séance du 16/02/2021 : scrutin public sur l'ensemble du projet de loi confortant le respect des principes de la République (première lecture).

[5bis] Loi contre le séparatisme : Colère des militants communistes face à l’abstention de certains de leurs députés

[6Gérald Darmanin accusé d’antisémitisme pour son livre sur « le séparatisme islamiste »

[7] Loi séparatisme 1ére lecture : les sénateurs adoptent un « amendement UNEF » permettant de dissoudre les associations faisant des réunions non mixtes racisées

[8] Analyse du scrutin n° 3658 Première séance du 15/04/2021 https://www2.assemblee-nationale.fr/scrutins/detail/(legislature)/15/(num)/3658

[9] Loi sécurité globale : les macronistes votent une nouvelle loi de la honte

 

Pour en savoir plus :

- Face à toutes les haines : la laïcité... “ L’Eglise chez elle, et l’État chez lui ”

- Religion et politique : un couple infernal à séparer de toute urgence !

- Jean-Luc Mélenchon : " Nous combattons l'islam politique...avec les musulmans "

- Séparatisme : Mélenchon dénonce la «mise en scène» politicienne de Macron

- Patrick Le Hyaric : « Séparatisme » : une entorse inquiétante à la loi de 1905

- Jean-Luc Mélenchon, invité ce samedi de l'émission "On n'est pas couché" de Laurent Ruquier, réagit après l'attaque terroriste de Paris.

- Jean-Luc Melenchon : De quoi la lutte contre l’« islamo-gauchisme » est le nom ?

- Laïcité, "séparatisme", République : décryptage du projet de loi par Alexis Corbière, député France insoumise

- A Corbière : Une République sociale, démocratique et laïque : combat que nous mènerons jusqu'au bout !

- Jean-Luc Melenchon : Vous stigmatisez les musulmans avec une loi inutile et dangereuse

- Débat parlementaire contre le séparatisme : un moment lamentable

- CGT : Le 16 février 2021, le texte de loi « confortant le respect des principes de la République » était adopté par l’Assemblée nationale. Présenté comme le texte des libertés, il est dans les faits uniquement répressif.

- Lettre unitaire ouverte aux sénatrices et sénateurs sur le « projet de loi confortant les principes républicains »

- Mina Idir, secrétaire départementale PCF dans le Vaucluse : « Que dire de ma colère quand je vois que notre secrétaire national parle comme l’extrême droite et valide leurs propos, les reprend », dénonce avec véhémence Mina Idir.

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17 janvier 2021 7 17 /01 /janvier /2021 14:21
Crédit photo : afp.com/PHILIPPE HUGUEN

Crédit photo : afp.com/PHILIPPE HUGUEN

Non, le Brexit n’est pas né uniquement de la colère du peuple contre les élites, mais d’une stratégie d’un pan de la finance, emmené par les hedge funds, désireux de quitter l’UE pour dérégulariser davantage. C’est la thèse d’un essai sombre, qui annonce l’avènement d’un « libertarianisme autoritaire ».

 

Sources : Midi Insoumis, Populaire et Citoyen | modifié le 27/05/2021

- Le feuilleton du Brexit s’est souvent apparenté à une pièce de théâtre shakespearienne, avec coups de bluff, trahisons en série et jusqu’à l’assassinat d’une députée

Mais l’essai que viennent de publier deux sociologues français, Marlène Benquet et Théo Bourgeron[1] Quand la City de Londres faisait campagne pour le Brexit ", braque les projecteurs sur un personnage qui ne semblait être, jusqu’à présent, qu’un second couteau du drame en cours : ces hedge funds, fonds de capital-investissement et de trading à haute fréquence, qui prospèrent « aux marges les moins régulées du secteur financier ».

 

En choisissant de s’intéresser, non pas aux ressorts psychologiques des électeurs du Brexit, ou à leurs conditions socioéconomiques, mais aux « intérêts patronaux » de ceux qui l’ont provoqué, La Finance autoritaire (Raisons d’agir) déplace la focale. Elle se penche sur les intérêts économiques des classes dominantes, et ceux, en particulier, de la City de Londres, moins monolithique qu’elle n’est souvent décrite. « Le Brexit est la répercussion d’une opposition économique, devenue conflit institutionnel et politique, entre deux fractions du patronat financier », écrivent Benquet, chargée de recherche au CNRS, et Bourgeron, post-doctorant à Dublin.

 

 

- Ces deux universitaires vont plus loin

Ils font du Brexit « le premier exemple significatif du basculement d’un pays du néolibéralisme vers le libertarianisme autoritaire », une dynamique également à l’œuvre, selon eux, dans les États-Unis de Trump ou au Brésil de Bolsonaro. Le Brexit a souvent été narré comme « l’histoire d’un mauvais calcul stratégique », le résultat d’un aventurier opportuniste nommé David Cameron, désireux d’asphyxier le UKIP de Nigel Farage sur sa droite. Mais ce récit manquerait peut-être l’essentiel : la bataille à laquelle se sont livrés, au cours de l’année 2016, deux pans de la finance, l’une « historique » (banques, assurances, etc.), l’autre, alternative, autour des fonds spéculatifs.

 

La principale différence entre ces deux acteurs de la City, pour reprendre la terminologie marxiste maniée par les deux auteurs, est liée à leur « mode d’accumulation » :

  • les premiers s’enrichissent avant tout sur les marchés boursiers ;
  • les seconds interviennent sur des marchés de gré à gré, c’est-à-dire non organisés.

Benquet et Bourgeron opposent une « première financiarisation » à une « seconde financiarisation », encore moins régulée. Les deux forces se trouvent désormais « en concurrence pour la négociation d’un régime politique d’accumulation institutionnalisant leur droit à accumuler ».

 

 

- L’une des pièces maîtresses de leur raisonnement est un travail de compilation inédit

A partir des chiffres publiés par la Commission électorale du Royaume-Uni, ils ont analysé l’origine des 349 lignes de dons accordés par 313 donateurs distincts aux plateformes en faveur du maintien (remain) ou du divorce (leave) – soit 33 millions de livres (37 millions d’euros environ) dépensées en cinq mois.

 

Alors que les médias ont souvent écrit que la City tremblait devant la perspective d’un Brexit, ils observent que 57 % des recettes de la campagne en faveur du " leave " (partir) proviennent du secteur financier, contre 36 % pour celle du " remain " (rester). En affinant les recherches, ils découvrent que les " hedge funds " (fonds spéculatifs) ont consacré près de 90 % de leurs ressources au leave.

 

👉 Au total, la campagne du leave est financée à 94 % par des acteurs de ce qu’ils nomment « la seconde financiarisation ».

 

La presse britannique a déjà souligné, ces dernières années, le rôle discret joué dans la campagne par certains gestionnaires de hedge funds, Arron Banks, mécène du Ukip et cofondateur de la plateforme Leave.EU, étant sans doute le plus connu (Mediapart avait publié son portrait ici). Des journalistes, à l’instar de Peter Geoghegan (Democracy for sale, 2020), ont publié des essais ultradocumentés sur l’opacité des financements de la campagne du leave (Mediapart en a parlé en 2019).

 

..............................................

 

- Quels enseignements en tirer ? Regardons ce qu'en dit la France insoumise (extrait)[2]

Partant du constat que le Brexit est une sortie néolibérale de l’Union européenne, et donc la pire envisageable, les citoyens et citoyennes que nous sommes doivent tirer les leçons de cet épisode :

  • 1- La Commission européenne confirme qu’elle ne sait, ne peut, ni ne veut négocier. Elle est soumise à des impératifs idéologiques si puissants qu’elle ne sait faire preuve d’aucune souplesse. On peut sans risque affirmer que ce qui lui importe essentiellement dans cette négociation Brexit c’est d’imposer un accord qui se voudrait punitif pour ne pas donner l’exemple à ceux des autres peuples qui pourraient être taraudés par l’idée de la quitter ;
  • 2- Le Brexit est une sortie néolibérale de l’Union européenne, et donc la pire envisageable. Cela confirme que sortir de l’UE pour sortir de l’UE n’est pas un programme. Car dans cette affaire, une seule certitude demeure : avant comme après, les Britanniques subiront la même politique néolibérale, au moins aussi féroce, voire pire. L’important consiste bien pour nous à se fixer des objectifs politiques et sociaux de justice sociale, environnementale et fiscale, et de les appliquer. Dès lors que, ces objectifs étant fixés, l’UE est un obstacle, il faut la combattre comme telle ;
  • 3- Instaurer un rapport de forces est la condition nécessaire au changement. L’UE est obstacle au changement, il faut instaurer avec elle un rapport de forces et ne pas imaginer que la négociation soit réellement possible avec l’UE telle qu’elle est.

 

- Jean-Luc Melenchon : Vous tuez l'idée européenne
On ne tuera jamais si bien et si efficacement l’idée européenne qu’en la traitant comme on est en train de le faire... 

 

  • Les propositions de la France insoumise :

« L’Avenir en commun, en Europe aussi ! » : Ce document programmatique pour les élections européennes est proposé par l’espace du programme de La France insoumise, coordonné par Charlotte Girard et Boris Bilia[3].

« L’Avenir en commun, sortir des traités européens » : Plan A : Proposer une refondation démocratique, et appliquer un « plan B » en cas d’échec des négociations[4]

 

Notes :

[1] Quand la City de Londres faisait campagne pour le Brexit

[2France insoumise : Brexit ou le jeu de dupes 

[3] « L’Avenir en commun, en Europe aussi ! »

« L’Avenir en commun, en Europe aussi ! » téléchargeable

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4 décembre 2020 5 04 /12 /décembre /2020 14:16
Radicalisation policière : le poids de l’extrême droite dans les forces de l’ordre
Radicalisation policière : le poids de l’extrême droite dans les forces de l’ordre

Et si on s'intéressait au syndicalisme d’extrême droite dans la Police[23] !

Et dans le même temps, elle s'infiltre dans la justice, dans l'armée...

 

 

Préambule :

Les policiers titulaires et stagiaires qui composent la police sont des fonctionnaires de l'État. Elle naît le 14 août 1941 , sous le régime de Vichy, par un décret signé par Pétain, texte d'application de la loi du 23 avril 1941 portant création de la Police nationale[0].

Le 14 mai 1941, à Paris, plus de 6 000 juifs étrangers sont arrêtés par la police française lors d’une opération présentée à l’origine comme un vaste contrôle d’identité. La plupart vont mourir en déportation[1bis].

Introduction :

Le site Quartiers libres avait, 2017, publié un article très complet sur le poids et l’influence des idées d’extrême droite dans l’esprit et la pratique des membres des forces de l’ordre. Je le reproduis ci dessous en le complétant

Le syndicalisme d’extrême droite dans la police : dans le numéro d’octobre de Ripostes Syndicales, (bulletin téléchargeable d’infos du groupe de travail sur l’antifascisme de Solidaires), on peut lire un intéressant dossier qui présente différentes initiatives de l’extrême droite, passées et présentes. Ce panorama est plus significatif, à notre sens, que le symbole du Punisher sur certains uniformes policiers, et ce d’autant moins que ce personnage Marvel, aux méthodes certes expéditives, est également à ses heures chasseur de nazis[6].

2019,.. quand, le 26 septembre 2019, un rassemblement de policiers s’est tenu devant le siège de la France insoumise à l’appel du syndicat Alliance, cette mobilisation constitue pour le chercheur Christian Mouhanna « une première » et « un symptôme inquiétant ». « Cela signifie que la police n’accepte plus aucune critique et veut s’immiscer dans le jeu politique. Ils peuvent ne pas être d’accord mais vouloir faire pression comme ça, c’est assez insupportable », développe-t-il[10].

 

Sources : Quartiers libres | mis à jour le 18/05/2021

- Les forces de l’ordre, et plus spécifiquement la police nationale, sont souvent résumées comme un appendice des institutions, « le bras armé de l’État »

Cette description commune dans les milieux militants empêche de voir les dynamiques politiques propres aux forces de l’ordre. L’analyse du comportement des forces de l’ordre à l’aune des décisions du gouvernement du moment ne permet pas à elle seule d’expliquer l’augmentation des violences policières que nous subissons.

 

Il existe évidemment un contexte, celui du monopole de la violence délivré à l’État, associé à celui des orientations sécuritaires et racistes des gouvernements qui tous deux permettent et couvrent les violences policières que nous connaissons aujourd’hui, mais cela ne peut pas être la seule explication aux comportements policiers actuels.

 

Violence légitime de l’État et poids des politiques gouvernementales, masquent les multiples dynamiques politiques qui travaillent chaque policier et qui s’articulent autour du nationalisme, du " républicanisme ", des valeurs d’ordre et du sécuritaire. Thématiques qui forment aujourd’hui l’ossature de nombreux mouvements d’extrême droite en France.

 

Cette influence idéologique de l’extrême droite dont on voit les manifestations concrètes dans les votes des forces de l’ordre[1] et que traduit la surreprésentation du Front National dans des bureaux de vote à proximité de casernes de gendarmes par exemple mais aussi et surtout dans les oppositions de plus en plus affichées et franches à l’encontre des autres institutions (syndicats, justice, gouvernement, partis institutionnels).

 

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Source : Cevipof

 

- De plus en plus de policiers revendiquent un rôle politique au sein même de l’exercice de leur métier
Bien sûr de par sa fonction au sein de la société : garantes de l’ordre et de l’application des lois et détentrices du monopole de la violence d’état, les forces de l’ordre sont plus sujettes à attirer des gens qui ont ce type de convictions. Il ne faut donc pas s’étonner de la surreprésentation d’un vote de droite et d’extrême droite en son sein et de l’intérêt que lui ont porté les mouvements et les militants d’extrême droite. Les faits divers policiers regorgent d’exemple de ces histoire d’amour entre fafs et policiers comme en témoigne l’affaire des trafiquants d’armes d’extrême droite qui ont fournis les armes au terroriste du 13 novembre grâce a la protection que leur offrait leur amis des forces de l’ordre[2]. Si les liens d’amitiés entre militants d’extrême droite et policiers sont monnaie courante, la police est aussi travaillée plus en profondeur par les organisations de l’extrême droite radicale.

Claude Hermant, militant nationaliste, trafiquant d’armes et indic de police.

 

 

- L’extrême droite a toujours été présente et active politiquement dans la Police comme en témoigne l’histoire du PNFE
Organisation  néonazie (1985) dont la devise « France d’abord, blanche toujours » résume son programme et sa vison du monde. Le PNFE (Parti National Français et Européen[3]) a privilégié un recrutement au sein des policiers membres du syndicat policier d’extrême droite FPIP[4] – Fédération Professionnelle Indépendante de la Police. Le PNFE dans les années 1980 va être à l’origine d’une campagne d’attentats et de violences qui culmine avec un attentat à la bombe contre un foyer de travailleurs immigrés(1988) qui fait un mort et douze blessés[5]. Le terrorisme d’extrême droite a frappé en France et a recruté prioritairement dans la Police. Les campagnes de recrutement de l’extrême droite à destination des forces de l’ordre ne sont pas nouvelle et continuait comme avec l’Œuvre Française (aujourd’hui dissoute) qui elle privilégiait par exemple le recrutement de militaires. 

 

Attentat du PNFE foyer Sonacotra, en 1988.

 

- Même le FN s’est un temps doté de son relais policier officiel avec  la création du syndicat Front National Police (FNP)
Reconnu en 1995 par le ministère de l’Intérieur, le FNP[7] fut le premier syndicat mis en place par le Front national il réalisa 7,4 % des voix aux élections professionnelles de 1995. Il siégea à l’instance paritaire de la police nationale. En 1998 le syndicat est invalidé par la Cour de cassation[8] sur réquisition des autres syndicats policiers. Le tribunal lui reproche son objectif de « diffuser l’idéologie d’un parti politique » et le fait que son président doit statutairement « être informé de l’appartenance politique de ses adhérents ».

 

Le taux de syndicalisation étant très élevé au sein de la police et sachant que les syndicats jouent un grand rôle dans les promotions, après la dissolution du FNP de nombreux policiers ouvertement d’extrême droite se sont syndiqués auprès d’une grande centrale plutôt qu’un syndicat minoritaire d’extrême droite.

 

 

- Tout cela a concouru a faire basculer vers l’extrême droite la majorité des policiers aujourd’hui

Les ingrédients sont donc réunis pour que l’on assiste à une droitisation des forces de l’ordre dans ses convictions mais surtout dans ses pratiques. Une radicalisation des forces de l’ordre qui se transforme en problème politique et qui accentue le danger physique pour les classes populaires et le mouvement social. Face à nous nous n’avons plus sous l’uniforme seulement un gardien de l’ordre établi mais aussi très souvent des acteurs politiques qui rêvent d’un autre monde, bien à plus à droite. 

 

La dangerosité des forces de l’ordre dans le maintien de l’ordre capitaliste n’est plus à démontrer : elles ont largement fait leur preuve tout au long de leur histoire.

 

 

- Cependant l’histoire nous enseigne que leur dangerosité est démultipliée lorsqu’elles se posent en tant qu’acteur politique

En 1958, le coup d’État qui a permis l’avènement du pouvoir gaulliste[9] dans le cadre des nouvelles institutions de la Vème République s’est appuyé sur l’armée et la police[9bis]. Si la séquence militaire de ce coup d’État gaulliste est relativement bien connu au travers du rôle de l’armée le 13 Mai à Alger avec la prise du Gouvernement Général et la création d’un Comité de Salut Public, le rôle joué par les forces de police est lui moins connu. 

 

Manifestation policière, le 13 mars 1958.

 

 

Le 13 mars 1958[11], une manifestation de policiers a eut lieu à l’appel des syndicats contre les attaque du FLN. De cette manifestation un cortège « sauvage » marchent vers l’assemblée nationale aux cris de « Les députés au poteau ! », « À bas les députés ! » ou encore « Vendus, salauds ! Nous foutrons une grenade au Palais Bourbon »[9bis]. Ce dérapage contrôlé des forces de l’ordre par les réseaux gaullistes permettra de mettre la pression sur l’assemblée nationale qui s’auto-sabordera quelques semaines plus tard permettant ainsi le passage de la IVeme République vers la Veme, régime fabriqué sur mesure par de Gaulle.

 

Le nouveau régime sera marqué par l’accentuation de la torture y compris en métropole dans les commissariats et par le massacre colonial du 17 octobre 1961 à Paris et sa banlieue et celui à l’encontre des opposants communistes en février 1962 à Charonne[12]. Cette séquence nous enseigne que la police alors acquise au gaullisme a contribué à renverser la 4eme République et a gagner en retour le droit de mener « son combat » contre le FLN en important en métropole les techniques contre-insurrectionnelles pratiquées en Algérie. Les policiers français en métropole ont pu alors se livrer à des violences de très haute intensité sur « leur » ennemi de l’époque : les populations algériennes acquises à l’indépendance et leurs soutiens. Ces violences ont structuré les rapports policiers/population bien au-delà de la guerre d’Algérie en particulier pour les enfants de l’immigration dans les années 70/80 où les crimes racistes et policiers étaient nombreux.

 

 


- Au regard de l’histoire et des discours policiers actuels se posent la question de qui est considéré aujourd’hui comme l’Ennemi de la police ?

Le tiercé dans le désordre de la haine policière : la jeunesse des quartiers populaires, le militant de la gauche extra-parlementaire, de la France insoumise, les populations immigrées et/ou étrangères.

 

La banalisation des crimes policiers du quotidien dans les quartiers populaires (viol de Théo, meurtre d’Adama Traore …) mais aussi à l’encontre des migrants comme la violente répression à l’encontre du mouvement social contre la loi travail[13] (et les gilets jaunes en 2018/2019[14] [14bis]) ont provoqué ces dernières années  des morts mais aussi des milliers de blessés, des mises en examen, des incarcérations. Cette répression et l’entrain qu’ont mis les policiers a l’exercer témoigne de cette radicalisation dans la violence des forces de l’ordre tout autant que de la sous traitance gouvernementale par la terreur policière des questions sociales et raciales en France. Les forces de l’ordre comme sous-traitant politique, fonction qui n’est pas nouvelle pour les quartiers populaires mais qui le devient pour tout le reste la société.

 

Deux événements ont marqué symboliquement cette irruption policière comme acteur politique. Le 18 mai 2016 un rassemblement est organisé à l’appel de syndicats de police comme Alliance et le FPIP contre « la haine anti-flics ». Ce rassemblement dont l’impact a été masqué médiatiquement par l’affaire de la voiture brûlée du Quai Valmy a été un moment clé. On a assisté lors de ce rassemblement de policier au coming out de l’extrême droite policière : Marion Maréchal Le Pen et Gilbert Collard, les deux députés Front National ont participé à ce rassemblement sans la moindre opposition des policiers dits républicains et au contraire ont reçu un accueil chaleureux et ont multiplier les selfies avec les policiers présents[15]. De nombreux policiers à visage découvert dans le cadre d‘un rassemblement officiel ont affiché leurs sympathies frontistes.

 

G. Collard et M. M. Le Pen à la manif syndicat Alliance
M. M. Le Pen syndicat FPIP

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Les manifestations policières illégales d’octobre 2016 dans lesquelles se mêlaient de multiples revendications matérielles et politiques sont la séquence politique la plus importante.

Lors de ces nuits d’octobre 2016, des policiers, cagoulés et armés dans des manifestations sauvages ont organisé un coup de pression politique. Ces manifestations ont débordé les syndicats et ont été un moyen d’expression et surtout de critiques à l’encontre de leur hiérarchie, de la justice et du gouvernement. Des slogans type « les francs-mac en prison » qui appartiennent au registre de l’extrême droite classique comme la présence avérée de militants d’extrême droite ont témoigné, si besoin en était, de la radicalisation politique de la Police nationale. Alliance, syndicat classé pourtant bien à droite, par la voix de son secrétaire générale a parlé d’infiltration et de manipulation de l’extrême droite, reconnaissant par là une radicalisation de la base policière.

 

À gauche, le même slogan du FN à 20 ans d’intervalle : Jean-Marie Le Pen (avec Marion Maréchal bébé) en 1992, et Wallerand de Sain-Just en 2015. À droite, un visuel du FN pour les réseaux sociaux.

 

- Le discours véhiculé et entretenu dans les réseaux sociaux communautaires des forces de l’ordre les présentent comme le dernier rempart de la France face aux racailles, aux islamistes, aux gauchiste, au laxisme…

Nombreux sont les policiers qui sur ces forums et fb parlent de guerre civile avec les thématiques de Grand Remplacement et de la présence d’un ennemi intérieur dont ils seraient les seuls à pouvoir venir a bout. Des policiers n’hésitent plus à menacer publiquement de mort des militants politiques ou de simple journaliste comme en témoigne les menaces et violences qu’ont subi entre autre les journalistes Nnoman Cadoret[16] et Gaspard Glanz (Taranis News)[17]. 

 

Ces dernières séquences traduisent une accélération de l’autonomisation et de la radicalisation politique de fractions importante des forces de l’ordre. Face au fantasme d‘une faiblesse et d’un laxisme des institutions républicaines, l’idée d’une rupture politique avec le « cadre républicain démocratique » existant fait tranquillement son chemin dans la police.

 

Les différentes législations d’exception (Etat d’urgence, loi sur la légitime défense…) et le large consensus de soutien inconditionnel qui émane de la classe politique conforte cette dynamique d’une autonomisation et radicalisation politique des forces de l’ordre, en particulier dans la Police Nationale.

 

  • C’est cette autonomisation et radicalisation politique qui permet l’augmentation de la répression violente du mouvement social comme celle des quartiers populaires.
  • Ce n’est donc plus seulement à l’aune de la couleur politique des pouvoirs en place que le comportement des forces de l’ordre doit se comprendre mais aussi à celui des dynamiques politiques internes de l’institution et de l’hégémonie de plus en assumée de la radicalité politique d’extrême droite au sein de la police. Ce simple constat doit permettre à chacun et chacune de se prémunir des dangers qui en découlent et des risques que nous courrons face à la radicalisation policière.

 

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- Comment régler le moindre dysfonctionnement quand on est à ce point dans le déni ?

UNITÉ SGP POLICE @UNITESGPPOLICE le 05/12/2020

Le 4 décembre, Emmanuel Macron a annoncé le lancement en janvier prochain d’une plateforme nationale de signalement des discriminations et a aussi évoqué l’existence de « policiers violents »[18].

 

Les policiers disposent d'un droit syndical mais l'essence même de leur métier les empêche d'interrompre leurs activités. Selon la loi du 29 septembre 1948, « toute cessation concertée du service peut être sanctionnée »[19].

 

Cette réaction au propos d'E. Macron, ici " d'Unité CGP Police " est surtout totalement illégale et anti-républicaine :  " Nous sommes violents, n’interpellez plus ! Nous sommes racistes, ne contrôlez plus ! Blocage total !!! "

 

 

 

 

 

 

 

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- Face aux appels aux meurtres, que fait le gouvernement ?

Page Facebook " Hors service " qui appelle au meurtre
  • Suite aux manifestations du 5 décembre contre la Loi dite de " Sécurité globale ", le 6 décembre, l’association pro-police " Hors service ", a publié sur sa page facebook un appel à " ouvrir le feu " sur les manifestants et de ne plus les épargner[20] !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Le 9 décembre 2020, des membres de cette organisation policière " Hors service " menacent Jean-Luc Melenchon de mort, qui déclare : " J'ai saisi le commandant qui assure la sécurité de l'assemblée nationale. Je vous informe. Quelle autre protection ? Jlm "
Appel au meurtre contre les " premiers de cordée " par L. Boussières

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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- Face aux factieux qui ne respectent rien, que fait le gouvernement ?

Pour voir la vidéo, cliquez sur l'image
  • Après avoir agressé le siège insoumis[22], les factieux d'Alliance Police attaquent le domicile de la maire de Rennes la nuit du 17 décembre. Le préfet Lallement félicite ses petits, Darmanin et Le Pen apprécient.
  • Comment prétendre faire respecter la loi et l'uniforme quand ceux qui sont censés le faire font ça ? Il faut se réveiller avant qu'il ne soit trop tard

 

 

 

 

 

Pour voir la vidéo, cliquez sur l'image

 

  • Nouvelle manifestation illégale des factieux de  Rennes :
  • RAPPEL : Article R434-29  du code de Sécurité Intérieur : « Le policier est tenu à l’obligation de neutralité. Il s’abstient, dans l’exercice de ses fonctions, de toute expression ou manifestation de ses convictions religieuses, politiques ou philosophiques."

 

 

 

 

 

 

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- L'extrême droite infiltre t-elle aussi la justice ?

On peut légitimement se poser la question !

En effet, la cour d’appel de Grenoble a, le 16 décembre 2020, prononcé la relaxe générale dans l’affaire de la très médiatique opération anti-migrants montée par Génération identitaire dans les Alpes en 2018[21].

 

Une banderole de Defend Europe lors d'une opération anti-migrants dans les Alpes, le 21 avril 2018. Photo Romain Lafabregue. AFP

 

 

- L'extrême droite infiltre aussi l'armée

Croix gammées, saluts nazis, insignes et tatouages faisant référence au IIIe Reich, voici un ensemble d’ignominies qui devraient ne figurer que dans les livres d’Histoire, et qui pourtant existent dans les rangs des militaires français. C’est ce que montre une enquête de Médiapart[24], publiée le mardi 16 mars 2021, qui vient compléter une première investigation menée en juillet 2020[25] par le journal en y rajoutant plus de 50 nouveaux cas de néonazis dans l’armée.

 

  • Le gouvernement : une réaction sans action

L’enquête de Médiapart interpelle : comment le gouvernement a-t-il pu laisser passer de telles horreurs au sein même de l’armée ? Les preuves étaient pourtant là, directement accessibles sur les réseaux sociaux. Si des journalistes peuvent les voir, peut-on croire que ce n’est pas le cas de la Direction du renseignement et de la sécurité de la Défense (DRSD) ?

 

La ministre des Armées, Florence Parly, s’est exprimée sur les révélations de Médiapart. La ministre a jugé « très graves » les faits montrés par le site d’informations, désignant ces comportements comme « totalement inadmissibles ». Elle a également indiqué que « toutes les idéologies néfastes, nauséabondes, révisionnistes, extrémistes sont proscrites dans les armées ». En effet, dans l’armée française qui est républicaine, le code du soldat institué en 1999 stipule que le militaire doit « servir la France et les valeurs universelles dans lesquelles elle se reconnaît ». Il n’y a donc pas de place pour l’idéologie nazie, interdite en France.

 

Ces révélations n’ont pas tardé de faire réagir. Le groupe parlementaire insoumise à l’Assemblée nationale, a appelé à agir « pour mettre fin à toutes les petites lâchetés et à la complaisance dont bénéficie parfois l’extrême-droite jusque dans la majorité » tout en précisant que « l’armée française doit être républicaine ou bien elle n’est plus l’armée des Français.[26] »

 

- Et pour finir, retour sur plus de 70 ans d'Histoire de la police en France.
Alors que plus d'un jeune sur deux dit ne pas avoir confiance en la police et que les mouvements sociaux semblent sur le point de s'intensifier en 2021, Michel Kokoreff, sociologue et professeur à l'université Paris 8 publie " Violences policières  : généalogie d’une violence d’État " aux éditions Textuel. Il propose une généalogie des violences policières depuis la seconde guerre mondiale.

 

Peut-on parler d’une escalade de la violence, ces violences sont-elles systématiques ou ne sont-elles le fait que de quelques policiers

Du massacre de Charonne, aux émeutes de 2005 en passant par mai 68 ou les manifestations des Gilets jaunes, le sociologue identifie des continuités et des ruptures dans les pratiques policières.

A travers son approche sociologique, fruit d'un travail de plus de vingt ans d'observation des pratiques policières et des banlieues. 

Son constat est sans appel, les Français qui ont une bonne image de la police sont ceux qui ne sont pas en contact avec cette police au quotidien, et les violences policières sont un phénomène " récurrent et ancien ". 

 

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- Adrien Quatennens député France insoumise : « Nous voulons refonder la police de fond en comble »

[7] Syndicats Front national

[8En avril 1998 le syndicat est invalidé par la Cour de cassation

[9] 13 mai 1958, le coup d'état à l'origine de la Ve République

[9bisQuand les forces de l'ordre défient le palais Bourbon (13 mars 1958). Les policiers manifestants, l'arène parlementaire et la transition de régime

[10] Manifestation de policiers devant le siège de FI : « Une première » et « un symptôme inquiétant » pour le chercheur Christian Mouhanna

[11] Quand les forces de l'ordre défient le palais Bourbon (13 mars 1958)

[12] 8 février 1962, Charonne à Paris : un crime d'État pour l'exemple

[13] Paris 14 juin, j'y étais, j'ai vu, j'accuse...

[14] FRANCE : « GILETS JAUNES, HISTOIRE D’UNE RÉPRESSION D’ETAT », UN DOCUMENTAIRE POUR COMPRENDRE

[14bis] Le syndicat France Police reconnaît qu'il lui était demandé d'« écraser » le mouvement des Gilets Jaunes.

[15] Manif contre la «haine anti-flics» à Paris: voici ce qu'on a vu et entendu

[16] Nnoman Cadoret : https://www.facebook.com/nnomansland/videos/1888902958053281

[17] Gaspard Glanz (Taranis News) : http://www.lesinrocks.com/2017/06/news/gaspard-glanz-de-taranis-news-se-dit-victime-dun-harcelement-judiciaire/

[18] En colère après une annonce de Macron, des syndicats appellent les policiers à cesser les contrôles

[19] Loi n° 48-1504 du 28 septembre 1948 relative au statut spécial des personnels de police.

[20Que sait-on de l’association pro-police Hors service, qui appelle à «ouvrir le feu» ?

[21] Opération anti-migrants dans les Alpes : les identitaires relaxés en appel

[22] Rassemblés devant le siège de LFI à l’appel du syndicat Alliance, des policiers ont fustigé l’attitude « inadmissible » du chef de file du parti. Mardi, Jean-Luc Mélenchon a, en effet, qualifié les forces de l’ordre de « barbares ».

[23] Et si on s'intéressait au syndicalisme d’extrême droite dans la Police !

[24] Une filière néonazie au sein de l’armée française

[25] Des néonazis font carrière dans l’armée française

[26] Néonazis dans les armées : après la consternation nous exigeons l’éradication

 

Pour en savoir plus :

- En France, l’extrême droite s’arme… pour ressusciter les milices d’Hitler ?

- Les policiers et militaires votent de plus en plus pour le FN

- Ces policiers qui votent Le Pen

- Extrême droite : l'Allemagne veut faire le ménage dans la police

- Policiers en colère Attention danger... En plein état d'urgence, des centaines de policiers en armes ont défilé dans 25 villes, en toute illégalité

- À Perpignan, le RN a aussi conquis la bourgeoisie

- Quand l’extrême droite prolifère dans la police

- La symbolique fasciste à la mode dans la police

- Racisme : quand des policiers gardois se lâchent sur Facebook

- Des syndicats de police qui appellent à désobéir au président de la République

- Forces de l’ordre ou forces aux ordres : les policiers dans le piège des politiques méritent mieux que ce rôle de rempart contre le changement, qu’on essaye de leur faire jouer.

- Quand la France exportait en Argentine ses méthodes de torture et de répression expérimentées en Indochine et en Algérie

- À l’approche des quatre années de mandat, nous continuons notre " bilan du quinquennat et du danger que le Président fait peser sur la République, aujourd'hui sur : la police "

- Le syndicat de police " Syndicat France Police – Policiers en colère " appelle à tirer sur le peuple

- La police nationale : terreau de plus en plus fertile à l’extrême droite ?

Ce qu'en dit la France insoumise :

- Pour une police républicaine, il faut faire cesser les violences et le racisme qui s’y perpétuent

- Violences policières : les propositions de la France insoumise

- Insigne d’extrême droite porté par des policiers : scandale au conseil municipal de Pierrefitte

- La loi de sécurité globale : vers l’État policier

- Jean-Luc Melenchon : Sécurité, il faut refonder la police

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22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 11:55
Nathalie Sarles, députée LREM, pointe du doigt la dérive autoritaire et la suppression des libertés individuelles qui découlent de ce texte[18]
Nathalie Sarles, députée LREM, pointe du doigt la dérive autoritaire et la suppression des libertés individuelles qui découlent de ce texte[18]

Nathalie Sarles, députée LREM, pointe du doigt la dérive autoritaire et la suppression des libertés individuelles qui découlent de ce texte[18]

Jean-Luc Melenchon : " Si je suis élu en 2022, cette loi sera abrogée ![A] "

 

20 mai 2021 : Le Conseil Constitutionnel censure l’article 24 de la loi Sécurité globale qui interdisait de filmer les policiers[B].

 

20 novembre 2020 ! Éric Dupond-Moretti, garde des sceaux, sur le projet de Loi "sécurité globale" déclare : " Dans le droit pénal français, on ne peut pas poursuivre des gens pour une intention mais pour un acte ou pour un fait ".
Stupéfiant ! Éric Dupond-Moretti explique que le Projet de Loi "sécurité globale" est, en l'état, contraire au droit pénal, mais qu'il n'a pas pu le faire entendre au gouvernement et qu'il espère que le sénat l'amendera
[
T].

Entre tyrannie et absurdie, Macron conduit notre pays au chaos. Vivement la fin !

 

Sources : La Sociale | mis à jour le 20/05//2021

- La loi dite « sécurité globale » que le gou­ver­ne­ment est en train de faire voter est révélatrice d’une orientation déjà bien engagée depuis des décennies

On se sou­vien­dra des « lois anticasseurs[C] » de feu Marcelin, de la loi « sécurité liberté[D] » de Peyrefitte, des très nombreuses lois antiterroristes, de l’ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion de l’état d’urgence, etc. Toutes ces lois mettent progressivement en pièces les libertés publiques fon­da­men­ta­les, dans l'indifférence de la classe politique et de la plus grande partie de nos concitoyens. En fait, on étrangle la liberté, lentement, un clic après l’autre, la corde se resserre. La loi présentée au Parlement en cet automne (proposition 3452[E]) ne présente donc pas une grande nouveauté, mais fait de nouveaux pas vers l’ins­tau­ra­tion d’un État policier, c’est-à-dire d’un État où le pouvoir exécutif et sa police peuvent agir sans contre-pouvoir et sans contrôle de quelque ins­ti­tu­tion républicaine que ce soit.

 

 

- Typique de l’état d’esprit de ce genre de loi et des classes dirigeantes et de leur « Parlement » croupion, l’exposé des motifs définit… un champ indéfini de la loi

Il s’agit en effet de répondre à la menace que font peser toutes les formes d'insécurité, « depuis les invincibilités dans les transports jusqu’aux violences graves sur les personnes en passant par les trafics - notamment de stupéfiants - en bas des immeubles, les violences urbaines ou les rixes entre bandes. » Le législateur écarte d’emblée ce fait majeur que la première insécurité » qui touche tous les Français est l'insécurité sociale, la dégradation de la santé publique, les menaces sur les retraites, la précarité de l’emploi et le chômage galopant.... Voilà un premier point qui méri­te­rait à lui seul toute une réflexion.

 

 

- La notion d'insécurité est elle-même peu définie.

L'impolitesse, stricto sensu, est une incivilité, mais on se souvient aussi que le ministre des transports, Jean-Baptiste Djebbari, avait qualifié d'invincibilité le meurtre d’un chauffeur de bus par une bande de voyous[F]. Concernant les violences graves sur les personnes le législateur a-t-il en vue les violences exercées contre les manifestants Gilets jaunes, gazés, éborgnés, amputés par des forces de police déchaînées[G], à qui un ministre de l’intérieur, qui connaît bien les méthodes des voyous, avait lâché la bride.

 

Deuxième remarque concernant l’exposé des motifs. On n’y parle pas seulement de l’autorité de l’État ni de l’ordre public. Désormais, selon les normes du jargon à la mode, les « acteurs de la sécurité » sont considérés à l’égal des agents de l’État, ainsi les 165 000 agents privés de sécurité. C’est parfaitement révélateur de la pri­va­ti­sa­tion en cours des fonctions dites « régaliennes ». Et les députés LREM ajoutent : « toutes ces forces échangent et coo­pè­rent entre elles. Or, ce sont leur articulation et les conditions de leur col­la­bo­ra­tion qui font une partie importante de la qualité de la coproduction de sécurité dans notre pays et donc, de la sécurité de toutes et tous.[H] »

 

 

- La sécurité est donc bien une sorte de PPP (partenariat public/privé) d’un nouveau genre.

Demain ce sera le tour de la justice - ici le « cheval de Troie » est l’informatique, puisque l’on teste des programmes d’aide à la décision (IA)[I]. Dans la défense, les choses sont déjà bien engagées, même si officiellement des opérations de guerre ne sont pas encore sous-traitées à des agences privées. Le cadre « sécurité globale » permet donc maintenant de déléguer des tâches de maintien de l’ordre à des sociétés privées de sécurité qui doivent être « articulées » aux forces de l’ordre étatiques et municipales.

 

De là découle l’objectif de la loi : « savoir être inventif et innovant afin de renforcer le continuum de sécurité, tout en respectant pleinement les identités et les missions de chacun des acteurs qui y contribuent. » Là encore le vocabulaire, propre à l’époque, est entièrement issu du monde de LREM, c’est-à-dire le monde du marketing - car la victoire de LREM a été le triomphe des commerciaux sur les énarques et, plus anciennement, les ingénieurs de la Ve république encore jeune. Mais le mot important est « continuum[J] ».

 

Ceux qui attendaient que soient réglés les graves problèmes posés par l’usage incontrôlé d’armes létales contre les manifestants ou par les abus de pouvoir de la police en seront pour leurs frais : ce qui est visé est « une sécurité plus efficace, en traitant également la question du recours à de nouveaux moyens tech­no­lo­gi­ques pour les forces ». Efficacité et technologie, là encore les mots clés sont clairs et foin des considérations de droit et de liberté. Le maintien de l’ordre n’est pas au service de la liberté, mais il devient une fin en soi, ce qui est carac­té­ris­ti­que de l’État policier.

 

D’ailleurs dans ce texte, la liberté et les libertés sont à peine évoquées sinon sous l’angle (on y revient) des restrictions à apporter à la liberté de la presse[K]. Ou encore, concernant la possibilité de filmer par drones les manifestations, le texte « prévoit d’autoriser les services de l’État concourant à la sécurité intérieure et à la défense nationale et les forces de sécurité civile à filmer par voie aérienne pour des finalités précises, ce en fixant les garanties qui assurent le respect des libertés publiques. » Il s’agit bien de limiter « pour des finalités précises », les libertés publiques. Et tout est à avenant.

 

 

- Le premier titre commence par un élargissement des pouvoirs des polices municipales.

Pour l’instant, il ne s’agit que d’une expérimentation qui n’a donc pas valeur pour l’ensemble du territoire et ne concerne que les communes employant plus de vingt agents dans leur police municipale. Là encore, c’est un mouvementent en cours depuis longtemps, l’armement des polices municipales a été un tournant[L]. Cela s’inscrit dans le désengagement de l’État central et de la mise en place d’un véritable plan « police partout ». Jadis, les élégantes « auber­gi­nes » venaient coller des papillons sur les pare-brise des voitures mal garées. Désormais des patrouilles patibulaires, à qui ne manque que le casque intégral pour avoir l’air de tortues ninjas, font régner l’ordre sur la voie publique. On étend leur champ d’inter­ven­tion à toutes sortes de délits réels ou supposés, notamment ceux concernant le trafic de drogue. Pour la répression du trafic de drogue, il est possible que ce ne soit pas très efficace et contribue à semer la pagaille, mais l’effet « police partout » est la seule chose vraiment recherchée.

 

Concernant les sociétés privées de sécurité, les pouvoirs de leur agents sont étendus. Ainsi sous certaines conditions, ils peuvent retenir (c’est-à-dire arrêter) une personne suspecte d’un délit. Si de nouvelles dis­po­si­tions réglementaires encadrent les activités de ces sociétés, c’est seulement pour prendre en compte l’extension de leurs pouvoirs et de leurs domaines de compétence.

 

 

Eric Coquerel, député France insoumise " Je m'oppose à la privatisation de la sécurité publique, via le renforcement des compétences de la sécurité privée et de son utilisation de la sous-traitance.... "

 

- Le titre III du projet de loi porte sur la vidéosurveillance et la captation d’images.

On peut résumer d’un mot ce que propose celui qu’on appelle encore « le législateur » : « en avant vers le modèle chinois ! » On commence par étendre à des « agents individuellement désignés et dûment habitabilités » la possibilité d’exercer des missions de surveillance réservées jadis aux forces publiques.

  • La légalisation de dispositifs de vidéosurveillance aujourd’hui plus ou moins légaux est actée ainsi que la possibilité de la surveillance par drones. Là encore, tout était anticipé dans la pratique : la surveillance des plages par drones a été mise en œuvre dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire. La loi « sécurité globale » vient ainsi pour entériner extension indéfinie de la surveillance policière déjà mise en œuvre sous couvert d’état d’urgence, de lutte contre le terrorisme, etc. Un article d’une tartuferie singulière d’ailleurs nous prévient : « Le public est informé par tout moyen approprié de la mise en œuvre de dispositifs aéroportés de cap­ta­tion d’images et de l’autorité responsable, sauf lorsque les circonstances l’inter­di­sent ou que cette information entrerait en contradiction avec les objectifs poursuivis. » (art. L242-3[M]).

 

  • Vient ensuite le très controversé article 24[N] qui modifier article 35 de la loi 1881 sur la liberté de la presse[O] : « Est puni d’un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d’amende le fait de diffuser, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, dans le but qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique, l’image du visage ou tout autre élément d’identification d’un fonctionnaire de la police nationale ou d’un militaire de la gendarmerie nationale lorsqu’il agit dans le cadre d’une opération de police. » Autrement dit, filmer et diffuser des images de policiers en train de tabasser des manifestants peut coûter un an de prison[P] ! Poutine et Xi Jinping ont fait des émules.

On nous objectera que c’est seulement si on filme un policier « dans le but qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique », mais la formulation est si vague qu’elle per­met­tra s’envoyer tout audacieux sous les verrous pour un an.

 

  • Une autre modification n’est pas moins inquiétante : « II. - L’arti­cle 35 quin­quies de la loi du 28 juillet 1881 sur la liberté de la presse ne font pas obstacle à la com­mu­ni­ca­tion, aux autorités administratives et judiciaires compétentes, dans le cadre des pro­cé­du­res qu’elles diligentent, d’images et éléments d’iden­ti­fi­ca­tion d’un fonctionnaire de la police nationale ou d’un militaire de la gendarmerie nationale. » Autrement dit : les journalistes devront communiquer les images qui pourraient être diffusées et la police est investie d’un droit de censure ces images.

 

  • L’arti­cle 25 dont on a beaucoup moins parlé est tout aussi inquiétant[Q]. Il modifie ainsi le code de la sécurité intérieure : « “Art. L. 315 - 3. - Le fait qu’un fonctionnaire de la police nationale ou un militaire de la gendarmerie nationale porte son arme hors service, dans des conditions définies par arrêté du ministre de l’Intérieur, ne peut lui être opposé lors de l’accès à un établissement recevant du public. » ” On a bien lu : “ hors service ”. Un policier n’est plus un citoyen ordinaire qui accomplit un office public. En tant qu’homme privé (ce qu’il est « hors ser­vice »), il possède un droit exorbitante du droit commun. Tout cela confirme bien notre diagnostic : marche forcée vers l’État policier.

 

Les dispositions par­ti­cu­liè­res concernant la SNCF et la RATP et per­met­tant d’assu­rer la surveillance des ces réseaux sont étendues à la route, c’est-à-dire d’abord aux sociétés privées exploitant les autoroutes en attendant la pri­va­ti­sa­tion des routes nationales qui est maintenant possible légalement et techniquement[R].

 

L’arti­cle 30 nous indi­que que l’achat de pétards du 14 juillet sera soumis à un examen de compétence (c’est inclus dans le code l’envi­ron­ne­ment). Et enfin le coût de cette loi sera financé par une hausse des taxes sur tabac et les alcools…

 

D’autres points méritaient d’être analysés.... car la situation est à un tel point grave, que Nathalie Sarles, députée LREM, pointe du doigt la dérive « vers un État autoritaire » et la suppression des libertés individuelles qui découlent de ce texte[U].

 

 

- La défenseure des droits, nommé par Macron, en la personne de Claire Hédon, s’exprime sans ambages dans un communiqué en date du 5 novembre[S]

La Défenseure des droits, Claire Hédon, considère en effet que cette proposition de loi « sou­lève des ris­ques consi­dé­ra­bles d’atteinte à plu­sieurs droits fon­da­men­taux, notam­ment au droit à la vie privée et à la liberté d’infor­ma­tion. »

  • Elle est par­ti­cu­liè­re­ment préoccupée par les restrictions envisagées concernant la diffusion d’images des agents des forces de sécurité dans l’exercice de leur fonction.
  • Elle demande à ce que ne soient, à l’occa­sion de ce texte, entravés ni la liberté de la presse ni le droit à l’infor­ma­tion.
  • Elle tient en effet à rappeler l’impor­tance du caractère public de l’action des forces de sécurité et consi­dère que l’infor­ma­tion du public et la publication d’images relatives aux interventions de police sont légitimes et nécessaires au fonctionnement démo­cra­ti­que, comme à l’exer­cice de ses propres missions de contrôle du com­por­te­ment des forces de sécurité.

 

Dans son avis, la Défenseure des droits souligne également les points suivants comme étant susceptibles de porter atteinte à des droits fondamentaux : 

  • La possibilité pour les policiers municipaux et les agents de la ville de Paris de consulter les images des caméras de vidéo protection — habilitation jusque-là strictement encadrée — porterait une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée. Ces images étant de nature à permettre l’identification des personnes, cette disposition serait contraire à nos engagements européens comme à nos obligations constitutionnelles ;
  • L’exploitation en temps réel des images des caméras-piéton des policiers, sans objectif explicite dans le texte, est susceptible de porter une atteinte disproportionnée au respect de la vie privée.
  • Enfin, le recours aux drones comme outil de surveillance ne présente pas les garanties suffisantes pour préserver la vie privée. En effet, les drones permettent une surveillance très étendue et particulièrement intrusive, contribuant à la collecte massive et indistincte de données à caractère personnel. 
  • " La Défenseure des droits suivra avec la plus grande vigilance la suite des discussions parlementaires.”

 

Ine fine, comme le dit la chro­ni­queuse Anne-Sophie Chazaud, ce serait une faute cri­mi­nelle de lais­ser à l’extrême gauche mono­pole de la lutte contre cette loi.

Intervention de Jean-Luc Mélenchon le 24 novembre 2020 contre la proposition de loi « sécurité globale ». Le texte de l'intervention est disponible ici https://www.youtube.com/watch?v=Q5cajKqWUuE&feature=emb_logo à la lecture.

 

- 20 mai 2021 : Le Conseil Constitutionnel censure l’article 24 de la loi Sécurité globale qui interdisait de filmer les policiers[B]

Une victoire !

Le Conseil constitutionnel censure l’article 24 de la #LoiSecuriteGlobale contre laquelle nous nous sommes mobilisés. Cette loi liberticide n’apporte rien pour la sûreté publique, ni n’améliore les conditions de travail des fonctionnaires de police.

  • Heureusement, la France Insoumise est là pour défendre les libertés face à Macron, Darmanin et autres ! 
  • Le chaos, c'est eux ! Les républicains, c'est nous ! 

 

 

 

 

 

Notes :

[A] Jean-Luc Melenchon en 2022 : " Si je suis élu en 2022, cette loi sera abrogée ! "

[B] Loi « sécurité globale » : Le Conseil constitutionnel censure l'ex-article 24 qui prévoyait de punir la diffusion d'images de policiers

[CLa première Loi Anti casseur

[D] JUIN 1980 : LA DÉFENSE DES LIBERTÉS

[E] Proposition de loi nº 3452 relative à la sécurité globale

[F] Jean-Baptiste Djebbari, avait qua­li­fié d’inci­vi­lité le meur­tre d’un chauf­feur de bus

[G] Gilets jaunes : près de 400 enquêtes visent les forces de l’ordre

[H] RAPPORT DE LA MISSION PARLEMENTAIRE

[I] Genetec lance Citigraf : un nouveau système d’aide à la décision pour la sécurité publique

[J] Définitions : continuum

[K] L’article 24 « risque d’entraîner sur le terrain des comportements attentatoires à la liberté de la presse »

[L] « Pourquoi il ne faut pas armer les policiers municipaux » par Madjid Messaoudene

[M] TITRE III VIDÉOPROTECTION ET CAPTATION D’IMAGES

[N] arti­cle 24 qui modi­fier l’arti­cle 35 de la loi 1881 sur la liberté de la presse

[O] Article 35 de la Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse

[P] Mme Schiappa confirme que tout journaliste qui diffusera l'image d'un policier en train de commettre une violence policière pourra être renvoyé devant un Tribunal. Journalistes et directeurs de chaines, préparez vous au menottage, GAV 48H puis dépôt.

[Q] L’arti­cle 25 dont on a beaucoup moins parlé est tout aussi inquiétant

[R] Un décret publié au Journal officiel en août permet aux sociétés concessionnaires d'autoroutes de privatiser des sections de routes nationales

[S] PROPOSITION DE LOI « SÉCURITÉ GLOBALE » : L’ALERTE DE LA DÉFENSEURE DES DROITS

|T] Éric Dupond-Moretti : " Dans le droit pénal français, on ne peut pas poursuivre des gens pour une intention mais pour un acte ou pour un fait "

[U] Sécurité globale : une députée macroniste s’inquiète d’une dérive « vers un État autoritaire »

 

Pour en savoir plus :

- La loi de 1881 détricotée, la démocratie mutilée

- 28 novembre : 500000 manifestants partout en France contre la loi Sécurité Globale

- Les possibilités de fichage de la police discrètement élargies par trois décrets

- Présidentielles 2020 : MACRON / LE PEN : DU SOIT-DISANT “REMPART” AU MARCHE-PIED

 

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3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 13:34
La politique de Macron et Véran : un fléau pour la santé publique et pour les libertés démocratiques
La politique de Macron et Véran : un fléau pour la santé publique et pour les libertés démocratiques

La stratégie macronienne de gestion du COVID :

- Dans la Constitution de la 5ème République, le Président est irresponsable devant les tribunaux...

- Le Conseil de défense est lui aussi irresponsable...

En exécutant ses ordres, le gouvernement se protège de la Cour de Justice de la République.

 

Sources : L'insurgé | 

-Atteinte aux libertés démocratiques sous couvert de lutte contre un coronavirus
Jour après jour, s’appuyant sur une législation d’exception adoptée à l’occasion de l’épidémie de Covid[1] qui a débuté en mars 2020, O. Véran[2] annonce des décisions qui sont autant d’atteintes à des droits élémentaires...

 

Et toutes les villes et régions sont soumises aux aléas d’une carte sanitaire dont les critères ont été, en six mois, modifiés officiellement cinq fois. Et le gouvernement prépare d’autres mesures pouvant aller jusqu’à la remise en cause de la liberté de circuler. La première fonction de ces mesures confortées par une propagande visant à enraciner la peur et l’obéissance, c’est de camoufler la réalité de la politique gouvernementale : dislocation de la recherche scientifique sur les épidémies, destruction des stocks de masques, fermetures de lits d’hôpitaux et manque de personnels soignants, absence de tests au début de l’épidémie puis multiplication de tests peu fiables, entraves à la liberté de prescrire... ; le tout étant couronné par le « Ségur » de la santé.

 

 

-Une recherche scientifique asphyxiée financièrement
Tous les spécialistes le disaient depuis des années : une future pandémie serait, de manière quasi certaine, provoquée par un nouveau coronavirus, l’une des hypothèses les plus probables au côté de celle d’un flavivirus[3]. C’est au point qu’un romancier sud africain, après avoir consulté divers scientifiques, en avait fait le point de départ de son roman (Deon Meyer : L’Année du lion[4]. Fort logiquement, des scientifiques avaient commencé à travailler sur cette famille des coronavirus. Mais le gouvernement français – toujours soucieux d’économies sur le dos de la recherche publique – avait brisé le financement de cette recherche.

 

De même l’Union européenne (voir le témoignage édifiant de Bruno Canard, virologue au CNRS, lu lors du départ de la manifestation de l’enseignement supérieur et de la recherche - 9 mars 2020[5]). Et quand le coronavirus à l’origine de la maladie Covid 19 a surgi en Europe début 2020, la Recherche était désarmée. Or, il faut des années pour mettre au point un vaccin, qui devient obsolète si le virus mute. Et il faut de nombreuses années si l’on veut créer des médicaments à large spectre dans une famille virale, car cela implique de longues recherches scientifiques préalables sur l’ensemble de cette famille de virus.

  • Or ces recherches furent asphyxiées. C’est un premier crime impardonnable.

 

 

-L’hôpital public au bord de la dislocation
Durant toute l’année qui a précédé le début de l’épidémie, les personnels hospitaliers n’ont cessé de se mobiliser contre les fermetures de lits[6] et le manque de personnels, en particulier de soignants[7]. Le gouvernement a tourné le dos à ces revendications (notamment pour les personnels des services d’urgences : 300 euros par mois, ainsi que des embauches massives et l’ouverture de lits).

 

Lorsque l’épidémie a surgi, les services d’urgences ont donc immédiatement été submergés. Dans nombre de villes, à Paris par exemple, les malades étaient renvoyés chez eux, sans soin. On demandait aux malades de rester chez eux tant qu’ils ne suffoquaient pas ; mais alors, il était souvent trop tard : certains moururent à domicile[8], d’autres en arrivant à l’hôpital tardivement. Et nombre de personnes âgées moururent dans les Ehpad[9].

Plus encore : durant des semaines, le gouvernement a été incapable de fournir au personnel des masques et des blouses. Certains, contaminés, en sont morts.

 

 

-

Stocks de précaution détruits ou périmés

Antérieurement, à l’occasion d’une précédente épidémie, un important stock de masques avait été constitué sous le contrôle du ministère de la Santé. Mais à l’ouverture de l’épidémie de 2020, on découvrit que la quasi totalité des masques, jugés périmés, avaient été détruits et que le stock n’avait pas été renouvelé[10]. Imperturbable, le ministre Véran expliqua le 4 mars que « l’usage des masques était inutile » en dehors des règles d’utilisation définies, pour les professionnels en particulier[11]. (Le 18 mars 2020, Jérôme Salomon, Directeur général de la santé, indique de son côté : « Il ne sert à rien de porter des masques dans la rue »[12]).

 

Et rapidement, nombre de médicaments vinrent également à manquer, notamment des produits nécessaires aux anesthésistes. On apprendra quelques mois plus tard, en septembre, que ce n’était pas seulement les masques, mais la totalité des stocks dit stratégiques de médicaments qui avaient été mis à mal avant même le début de l’épidémie. Ainsi, pour les antibiotiques, les stocks s’étaient effondrés (à 12 millions d’unités au lieu de 86 millions[13]). Or, nombre de médecins jugeaient efficace le recours à certains antibiotiques pour réduire l’impact du virus.

 

 

-Le confinement : une parade de pauvre
C’est parce que le système de santé était asphyxié avant même l’apparition de l’épidémie, la Recherche désarmée, les stocks stratégiques défaillants que le gouvernement imposa cette mesure de confinement catastrophique sur le plan économique, sanitaire et humain, et profondément attentatoire à la liberté de circuler. Et, alors que certains médecins prônaient le dépistage systématique, le gouvernement s’y refusa des mois durant[14]... Pourtant, les laboratoires vétérinaires avaient offert leur aide dès le début de la crise[15]. La France, comme d’autres puissances impérialistes, n’eut ainsi comme recours qu’une réponse de pays pauvre.

 

 

-

Toute puissance des trusts pharmaceutiques

Bien évidemment, du fait des colossaux enjeux financiers, tous les grands laboratoires pharmaceutiques se lancèrent dans la course au vaccin, à de nouvelles molécules médicamenteuses, quitte à brûler les étapes (en particulier la recherche sur les effets secondaires) ou à bafouer les règles qu’ils ont eux-mêmes contribué à institutionnaliser (essais randomisés, type d’étude au demeurant soumis à bien des critiques, notamment parce que cela impliquait de renoncer à soigner une partie des malades).

 

En attendant la découverte d’un traitement miraculeux (miraculeux pour les profits de « Big pharma »), nombre de médecins tentèrent de sauver leurs malades en réutilisant (comme cela se fait depuis des décennies) des médicaments anciens déjà en usage pour d’autres pathologies (ou des pathologies proches) et dont les éventuels effets secondaires étaient parfaitement maîtrisés. Ce fut le cas avec le recours à l’hydroxychlorochine[16] ou/et à des antibiotiques. Il en résulta une formidable querelle, comme l’histoire de la médecine en connaît peu souvent, les désaccords entre spécialistes étant envenimés par les médias et des journalistes souvent incompétents sur le plan scientifique, et envenimés par des enjeux politiques et financiers.

 

Car les laboratoires pharmaceutiques veillaient au grain, inquiets de l’usage possible de médicaments déjà existants et peu coûteux. Et nombre de chercheurs et revues scientifiques dépendant des financements assurés par Big Pharma se sont faits les relais de leurs intérêts. Dans ces conditions, il est parfaitement compréhensible que, bien souvent, ceux qui observaient cette querelle furent, et demeurent, dubitatifs quant à l’intérêt ou l’inutilité de ce type de traitement (que l’on qualifie de « compassionnel » quand son efficacité est sujette à caution). Mais en cette affaire il y a au moins un point qui ne devrait guère prêter à débat et qui engage la responsabilité du ministre de la Santé, qui est la question de la liberté de prescription.

 

 

-

Remise en cause de la liberté de prescription
Dans le cadre du serment d’Hippocrate, la liberté de prescription du médecin selon la maladie et l’état du malade est une question fondamentale[17]. Or, c’est ce droit à prescrire qu’Olivier Véran a remis en cause. On ne souvient que la revue The Lancet publia une étude selon laquelle l’hydroxychloroquine était dangereuse pour la santé. Dans les heures qui suivirent, sans même vérifier quoi que ce soit, Véran renforçait l’interdiction de l’usage de ce traitement[18]. Peu de jours après, fait rarissime, The Lancet retirait l’article publié tant étaient grossièrement fausses les données utilisées par cette prétendue « étude ». Et plusieurs des chercheurs associés à cette publication présentèrent leurs excuses. Mais pas Olivier Véran, qui refusa de retirer son interdiction de prescription[19].

 

Pourtant, il est reconnu que ce médicament banal ne présente à minima aucun danger particulier s’il est utilisé contre le Covid sous contrôle médical. De même les pressions se multiplièrent conte les médecins qui voulaient prescrire des antibiotiques pour faire face à ce virus (certains antibiotiques ayant des propriétés antivirales). Ces pressions furent exercées en particulier par l’ordre des médecins, qui alla jusqu’à convoquer deux médecins mosellans qui avaient prescrit un antibiotique à des malades du Covid (au lieu de se contenter de paracétamol...) et l’avaient fait savoir[20].

 

 

-

Deuxième vague ou Ségur de la Santé ?
La vague épidémique une fois passée, et la population partiellement dé-confinée, les personnels hospitaliers et nombre de scientifiques, soutenus par l’immense majorité de la population, demandèrent des comptes au gouvernement sur l’état d’impréparation totale du système de santé et de sa déliquescence due à des années de rigueur budgétaire. Des commissions d’enquête furent lancées[22], des plaintes déposées, contre des membres du gouvernement notamment[23]. Et les rassemblements, puis des manifestations, reprirent devant les hôpitaux.

 

Certains s’imaginèrent que le gouvernement allait enfin satisfaire les revendications des personnels, sauvegarder l’hôpital public... d’autant que le ministère de la Santé multipliait les annonces sur l’arrivée d’une future deuxième vague. Si une deuxième vague menaçait, ne fallait- il pas de toute urgence pourvoir les postes non pourvus, financer des créations de postes, rouvrir des lits, renforcer les services d’urgences ?

 

Il n’en fut rien : le seul souci de Macron et Véran était de désarmer la mobilisation renaissante et de détourner la colère populaire. Le gouvernement convoqua une vaste concertation, le « Ségur de la santé[24] » : cette opération de dialogue social (lire : de déminage de la colère sociale) fut cautionnée par les organisations syndicales qui toutes, participèrent à son lancement. Puis les discussions s’éternisèrent. Il en ressortit des conclusions, entérinées par certaines organisations syndicales (ce qui ajouta la division à la confusion).

 

Les personnels eurent droit à des miettes, très loin de ce qu’ils revendiquaient[25]. Le gouvernement obtint des contreparties (renforcement de la gestion locale, projet de création d’une sous-catégorie de médecins..). Il obtint surtout le reflux de la mobilisation, au moins pour un temps. Sur cette base, les fermetures de lits purent reprendre[26].

 

 

-

Deuxième vague ou répliques ?
L’hôpital plus que jamais en difficulté Durant tout l’été, le gouvernement redoubla de propagande pour créer une situation anxiogène : car la peur est un outil pour entraver les mobilisations. Pourtant, au moins jusque fin septembre, la reprise des hospitalisations et décès pour coronavirus fut extrêmement limitée. Rien à voir avec la croissance exponentielle enregistrée en mars. Mais outre que le gouvernement, alors que s’annonce une authentique vague de licenciements, préfère jouer d’une forme de « stratégie de la peur » pour prévenir des mobilisations contre ces licenciements, ce gouvernement sait que le système hospitalier est incapable de faire face à un rebond même ténu des hospitalisations.

 

Et que nombre de soignants sont en congé maladie ou démissionnent, écrasés par la surcharge de travail. Or, si l’on prenait au sérieux les discours du ministère de la Santé se disant capable de disposer de 12 000 lits en réanimation, il aurait fallu pourvoir 24 000 postes d’infirmières et 10 500 postes d’aides soignants supplémentaires. Le répit de l’été n’a pas été mis à profit pour donner à l’hôpital les moyens nécessaires en personnels, bien au contraire, ce dont le gouvernement est seul responsable.

 

Cette situation est à elle seule un pur scandale, qui nourrit un regain de protestations, comme Macron put le mesurer lui-même le 6 octobre à l’hôpital Rothschild face à la colère des personnels[27]. Le gouvernement cherche donc à éviter que le plus petit surcroît d’hospitalisations ne fasse paraître aux yeux de tous le scandale de la situation : c’est là, pour le gouvernement, l’une des principales déterminations de ses discours anxiogènes et de ses mesures coercitives.

 

 

-

État d’exception, et stratégie de la peur « à géométrie variable »
L’inconvénient d’une « stratégie de la peur », c’est qu’elle n’incite pas à la reprise du travail. Or la priorité du gouvernement, c’est de remettre tous les salariés au travail. C’est la première détermination de sa politique. Ce qui ne va pas sans incohérences : ainsi les terrasses de café deviennent des dangers publics... quand les transports en commun sont déclarés tout à fait sûrs !

 

Le discours change ainsi du tout au tout. Il en est de même des écoles, dont l’ouverture est fondamentale pour que les parents puissent aller au travail. Les protocoles ne cessent de s’adapter à cet objectif. Car, en termes de moyens, rien n’a été fait pour garantir de quelconques mesures sanitaires : où sont donc les dizaines de milliers d’agents qu’il aurait fallu recruter pour aider à l’hygiène, les enseignants nécessaires à la réduction des effectifs par classe, les locaux supplémentaires ?

 

Pour atteindre l’objectif général de reprise du travail et éviter l’explosion du système de santé, pour gérer les incohérences de leur politique, Macron et son nouveau Premier ministre ont donc prolongé les mesures d’exception qui permettent au pouvoir de poursuivre les mesures liberticides et aux préfets d’individualiser ces mesures. Ainsi, en dépit de la réalité des données publiées, Marseille fut frappée fin septembre par des mesures générales (dont la fermeture totale des cafés et restaurants) jugées inacceptables par une grande partie de la population au vu du nombre réel des hospitalisations et décès[28]. Mais Véran pouvait ainsi régler quelques comptes avec une ville où il avait été durement critiqué...

 

Puis les mesures imposées à Marseille furent atténuées en même temps qu’elles étaient imposées dans d’autres villes, etc. Et, pour justifier ces mesures ajoutées de semaine en semaine, le gouvernement choisit de s’appuyer sur des critères qui font débat, en particulier sur les résultats des tests qui se sont multipliés à la fin de l’été.

 

 

Des tests très politiques-

Au début de l’épidémie, le gouvernement n’a pas réalisé le dépistage systématique des personnes sympto-matiques. Puis a annoncé, à la fin du printemps, des tests massifs, mais il a alors choisi ou été incapable de les organiser. Finalement, à la fin de l’été, le nombre de tests pratiqués s’est envolé, dans une indescriptible pagaille : quiconque, asymptomatique ou non, pouvant se faire tester, il fallait attendre des jours pour passer un test dont les résultats n’étaient connus ensuite que des jours plus tard, et de ce fait inutiles, les personnes testées ayant alors souvent cessé d’être contagieuses.

 

Mais cela contribue à ruiner la Sécurité sociale, le gouvernement lui imposant de rembourser tous les tests (on parle de 10 milliards d’euros[29]). Et cette explosion du nombre de tests même inutiles se traduit par une hausse du nombre de « cas » dits « positifs », et permet toute une propagande gouvernementale pour justifier les mesures liberticides[38].

 

Or, facteur lourdement aggravant, l’hypersensibilité des tests pratiqués en France conduit à juger « positives » des personnes qui ne sont plus contagieuses depuis belle lurette, ou n’ont jamais été (ni ne sont) malades même à leur insu, sous une forme bénigne. En mettant l’accent sur les cas dits « positifs », en laissant croire que cela est synonyme de « cas contaminants », le gouvernement et les médias organisent la confusion, mêlant personnes pouvant contaminer et personnes ne le pouvant pas.

 

 

-

Un conseil fort peu scientifique
Ce conseil, installé par le gouvernement, est censé apporter un avis scientifique pour « aider » le gouvernement à prendre des décisions. En réalité, ses avis sont bien plutôt politiques. En témoigne l’avis du 14 avril[30], constitué exclusivement d’un catalogue de considérations politiques parmi lesquelles domine la crainte que s’affirme une résistance à la politique du Pouvoir, dans une section intitulée « Éviter que ne se forme une « contre-société » sur Internet en période de crise ».

 

Ce qui conduit la Commission à un long développement titré : « Propositions pour « garder la confiance ». En témoigne l’avis rendu le 22 septembre[31], fondé sur une série de paramètres dont la crédibilité est jugée douteuse y compris par l’un des membres de la commission, Simon Cauchemez[32] : « il y a beaucoup d’incertitudes autour de ces paramètres » et précisant : il y a aussi « pas mal d’incertitudes liées à l’âge des patients hospitalisés, à la sévérité des cas admis à l’hôpital, et à l’évolution de la prise en charge ».

 

Ce qui n’empêche pas ce même conseil « scientifique » d’échafauder différents scénarios plus ou moins catastrophiques et de formuler un certain nombre de propositions tout en s’inquiétant que des « mesures fortes et précoces » puissent être « difficiles à accepter ». Parmi ces propositions, le confinement contraint de toutes les personnes jugées à risques, dont l’ensemble des personnes âgées, soit... 22 millions de personnes (celles jugées inutiles pour la production capitaliste). Le conseil reprend ainsi la proposition déjà formulée au printemps par J. F. Delfraissy[33], son président, et qui avait fait scandale, ce qui avait conduit ce monsieur à prétendre qu’il avait été « mal compris »...Et ce sont ces « avis » qui cautionnent et justifient les décisions les plus brutales et autoritaires que prend ensuite le gouvernement. Dissoudre un tel conseil est donc une revendication légitime[34] (d’autant que nombre de ses membres ont des liens financiers avec Big Pharma).

 

 

-

Perpétuation de l’état d’exception (sanitaire)
En France comme quasiment partout ailleurs, l’épidémie permet d’imposer des mesures d’exception attentatoires aux libertés individuelles, et la pérennisation de ces mesures ; après avoir fait voter, au printemps, une loi instaurant un « régime transitoire » de « sortie de l’état d’urgence » applicable jusqu’au 30 octobre, le gouvernement a fait voter le 1er octobre sa prolongation jusqu’au 1er avril 2021[35].

 

Cette loi permet au gouvernement d’interdire les déplacements, de limiter les rassemblements, de fermer les établissements, de conserver les données individuelles collectées... Mieux encore : le gouvernement annonce pour janvier un projet de loi qui instituera un « dispositif pérenne de gestion de l’urgence sanitaire ». Même un député LREM s’inquiète : « on glisse progressivement vers davantage de restrictions sur les libertés individuelles ».

 

D’autres redoutent qu’en réaction contre ces mesures surgisse « une énergie contestataire potentiellement non maîtrisable ». De fait, tant que la mobilisation ne mettra pas en échec cette politique, le gouvernement continuera d’avancer, à l’instar du gouvernement du très « démocratique » du Québec qui vient d’interdire que l’on puisse recevoir ami ou famille à son domicile, et qui autorise la police – sur simple dénonciation – à pénétrer dans ces domiciles et infliger des amendes équivalant à un millier d’euros[36] !

 

 

-

Domestiquer la jeunesse et la population, faire passer de nouvelles réformes
L’un des fils conducteurs de cette politique gouvernementale, dont témoigne l’obligation, dans les principales agglomérations, de porter un masque même dans une rue déserte, c’est la volonté de domestiquer la population[21]. Cette discipline, cette soumission de tous les instants à l’autorité de l’État, est une nécessité pour faire accepter le développement du chômage, l’extension imposée du télétravail à domicile, la remise en cause des statuts (dont celui des enseignants qui devraient accepter de travailler à distance comme en « présentiel »), et toutes les réformes prévues par le gouvernement (dont celle, maintenue, des retraites). Complément indispensable à cette politique coercitive : le dialogue social, auquel se prêtent les directions syndicales. Ainsi, comme il y a eu le « Ségur » de la santé, il doit y avoir bientôt le « Grenelle » de l’enseignement[37]. Une exigence principielle est donc le boycott de ce Grenelle.

 

 

-

Pour en finir avec cette politique
Mettre fin à cette politique contre la santé publique implique de combattre à la fois pour les revendications formulées par les personnels hospitaliers, contre la soumission du ministère aux trusts pharmaceutiques, pour le financement massif de la Recherche publique et pour son indépendance, pour en finir avec les pseudos conseils scientifiques (qui sont très politiques), et en même temps d’imposer la rupture du dialogue social. Mais la politique du gouvernement forme un tout : la destruction de la Santé publique s’inscrit dans ce cadre.

 

Fondamentalement, gagner sur ces revendications n’implique pas seulement d’en finir avec Véran et sa politique. Elle implique tôt ou tard d’en finir avec toute cette politique, avec ce gouvernement. Ce qui implique la formation d’une alternative politique, qui passe en particulier par l’unité sur les revendications des salariés, de toute la population laborieuse. Sur cette perspective, mettre fin au le dialogue social serait un point d’appui décisif.

----------------------

 

-Pour les insoumis, il faut des alternatives au confinement général

Le 3 novembre 2020, Jean-Luc Mélenchon intervenait à l’Assemblée nationale pour s’opposer à la prorogation de l’état d’urgence sanitaire. Il a dénoncé une situation où la pandémie est « hors de contrôle » et où les consignes sanitaires ne sont pas pleinement obéies du fait de l’absence de consentement de la population aux mesures prises. Il a aussi expliqué que la multiplication des situations d’état d’urgence passant ensuite dans le droit commun posait un problème démocratique. Une position également défendue dans un document rendu public ce même jour sur la « dérive autoritaire de Macron[21] ».

 

Le président du groupe parlementaire « La France insoumise » a appelé à créer les conditions du consentement aux mesures sanitaires en trouvant des alternatives au confinement général. Il a notamment proposé de ré-ouvrir les commerces de proximité et à faire un roulement dans les classes d’école.

Notes :

[1] LOI n° 2020-290 du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19 

[2] Olivier Véran

[3] Le virus Zika L’émergence d’une menace

[4] L'année du lion

[5] Témoignage de Bruno Canard, virologue au CNRS, lu lors du départ de la manifestation de l’enseignement supérieur et de la recherche - 9 mars 2020

[6] Grève des urgences : « On a fermé 100 000 lits en 20 ans »

[7] Hôpital public : 10 000 personnes ont manifesté à Paris

[8] Covid-19 : on connaît dorénavant le nombre de personnes décédées à domicile en France, au moins 1 800.

[9] 12 079 décès en Ehpad, au 03/11/2020

[10] 2017-2020 : comment la France a continué à détruire son stock de masques après le début de l’épidémie

[11] Olivier Véran: "L'usage des masques est inutile" en dehors des règles d'utilisation définies

[12"Il ne sert à rien de porter des masques dans la rue", a déclaré ce mercredi Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé.

[13] Les stocks stratégiques de médicaments de la France étaient au plus bas au début de l’épidémie de Covid-19

[14] La France compte parmi les pays effectuant le moins de tests de dépistage.

[15] Pourquoi l'Etat a-t-il refusé l'aide de labos vétérinaires pour fabriquer des tests Covid-19 ?

[16] Hydroxychloroquine

[17] Conseil national de l‘Ordre des médecins : Article 8 - Liberté de prescription

[18] Coronavirus - Olivier Véran demande une révision urgente des règles de prescription de l'hydroxychloroquine 

[19] La France interdit l’hydroxychloroquine pour traiter le Covid-19

[20] Des médecins mosellans sommés de se taire

[21] Macron à la dérive autoritaire

[22] France insoumise enquête sur la gestion du Covid-19 : Mensonges et fiascos

[23] Coronavirus : déjà 63 plaintes contre des membres du gouvernement français pour leur gestion de la crise sanitaire

[24] Ségur de la santé

[25] Ségur de la Santé, la CGT ne signe pas, explications !

[26] Le gouvernement continue de supprimer des lits d’hospitalisation : la carte des hôpitaux concernés

[27] Covid-19. Macron interpellé par des soignants lors de sa visite dans un hôpital à Paris

[28] Marseille-Aix. Bars et restaurants totalement fermés à partir de samedi 26/09/2020 ressenti comme un coup de massue et comme une injustice.

[29] La crise du Covid-19 a déjà coûté 10 milliards d’euros à la Sécurité sociale

[30] Réunion du Conseil pour l’engagement des usagers (CEU)

[31] Note d’Alerte du Conseil scientifique COVID-19 22 septembre 2020

[32] Il y a beaucoup d'incertitudes autour de ces paramètres », rappelle Simon Cauchemez, membre du conseil scientifique

[33] Coronavirus : 18 millions de Français « à risque » resteront confinés après le 11 mai

[34] Coronavirus. Des médecins et des chercheurs appellent à « dissoudre » le Conseil scientifique

[35] Projet de loi prorogeant le régime transitoire institué à la sortie de l’état d’urgence sanitaire

[36] Covid-19. Au Québec, la police peut entrer chez les habitants pour vérifier qu’ils ne reçoivent pas d’invités

[37] Le gouvernement lance un « Grenelle de l'éducation »

[38] J.L. Melenchon : Dette de la Sécu.... un trop beau prétexte pour Macron

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1 novembre 2020 7 01 /11 /novembre /2020 13:57
Du « Judéo-bolchévisme » des fascistes d'antan... à « l’islamo-gauchisme » des forces réactionnaires d’aujourd’hui
Du « Judéo-bolchévisme » des fascistes d'antan... à « l’islamo-gauchisme » des forces réactionnaires d’aujourd’hui
Du « Judéo-bolchévisme » des fascistes d'antan... à « l’islamo-gauchisme » des forces réactionnaires d’aujourd’hui
Du « Judéo-bolchévisme » des fascistes d'antan... à « l’islamo-gauchisme » des forces réactionnaires d’aujourd’hui
Du « Judéo-bolchévisme » des fascistes d'antan... à « l’islamo-gauchisme » des forces réactionnaires d’aujourd’hui
Du « Judéo-bolchévisme » des fascistes d'antan... à « l’islamo-gauchisme » des forces réactionnaires d’aujourd’hui
Du « Judéo-bolchévisme » des fascistes d'antan... à « l’islamo-gauchisme » des forces réactionnaires d’aujourd’hui

De quoi la lutte contre l’« islamo-gauchisme » est le nom ?[1bis]

 

L’accusation d’islamo-gauchisme : un nouveau terrorisme idéologique issu de l’extrême droite relayant celui de Judéo-bolchevisme et porteuse de l'islamo-lepénisme[11]

 

En réponse à l’extrême droite et à l’islamisme, une seule question : qui sommes nous[12] ?

 

Après la déclaration de Darmanin à l'Assemblée nationale du 6 octobre[1], on assiste depuis plusieurs jours à une charge des médias comme appareil idéologique de combat contre La France Insoumise et même le PCF considérant ces organisations comme ayant une sympathie non avouée pour l’islam politique.

Cette charge est une construction politicienne fondée sur des fausses informations ou informations tronquées comme nous allons le voir ci-dessous.

Elle a plusieurs fonctions :

-  affaiblir la gauche populaire remettant en cause le système économique actuel ;

-  faire diversion à la crise économique, sociale et sanitaire ;

- valoriser le PS pour le faire renaître de ses cendres ;

- favoriser l’influence du RN en relayant ses thématiques pour construire un face-à-face entre Macron et Le Pen en 2022 ;

Que des gens manifestent leur réprobation contre l’attaque d’une mosquée occasionnant deux blessés est une démarche naturelle pour tout républicain respectant les droits de l’homme et du citoyen.

La réprobation de ces mêmes gens serait identique s’il c’était agi de l’attaque d’une église, d’une synagogue ou d’un temple bouddhiste.

Sur le fond, pour tout démocrate républicain attaché à la laïcité, il n’y a pas de controverse en la matière : les choses sont simples.

Mais malheureusement, dans un pays où la république est malade et la démocratie moribonde, ce genre de réaction humaniste « naturelle » pose problème.

Nous traversons une période de polycrises (sanitaire, économique, sociale, sécuritaire) durant laquelle la peur devient un instrument de manipulation politique et de gouvernement.

Une telle période nécessite de la rigueur, de la précision, de la raison pour ne pas se trouver asservi par l’émotion et surtout par le flou.

La formation des journalistes ne favorise pas la rigueur et le raisonnement. Il suffit simplement de savoir parler et écrire avec fluidité, de savoir commenter des comportements.

EN DÉFINITIVEcomme l’écrit Shlomo Sand, le terme « islamo-gauchisme » est une « symbiose propagandiste » redoutablement efficace, comme le fut le « judéo-bolchévisme » en son temps. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de faire croire à l’existence d’un complot contre le mode de vie fantasmé de Français essentialisés.

 

Sources : par Shlomo Sand, Hervé Debonrivage, Antoine Léaument, complément de Hervé Kempf mis à jour le 23/05/2021

- « L'islamo-gauchisme », voilà l'ennemi

C’était le message envoyé régulièrement par Manuel Valls en 2016 dans ses différentes prises de parole publiques. Un concept assez flou dans lequel le Premier ministre englobe à la fois Clémentine Autain et Tariq Ramadan[2]. Professeur d’histoire contemporaine à l’université de Tel-Aviv, Shlomo Sand s’interroge sur l’utilisation de cette rhétorique.

 

Dans les années 1930, en France comme dans d’autres pays d’Europe, les communistes et diverses personnalités de la gauche radicale étaient fréquemment qualifiés de « judéo-bolcheviks ». Ainsi, par exemple, mon père qui, avant la Seconde Guerre mondiale, était un communiste polonais, était considéré par les autorités et la presse du pays comme faisant partie de la « Zydokomuna ».

 

Étant donné que plusieurs dirigeants de la Révolution d’Octobre, tout comme nombre de communistes et de défenseurs de l’URSS, dans toute l’Europe, étaient d’origine juive, l’association langagière entre judaïsme et menées subversives était très populaire parmi les judéophobes.

 

 

- Une symbiose propagandiste très efficace

D’Adolf Hitler[3] à Carl Schmitt[4] et Martin Heidegger[5], de Charles Maurras[6] à Louis-Ferdinand Céline[7] et Pierre Drieu-La Rochelle[8], l’identification rhétorique entre juifs et bolcheviks a toujours été empreinte de tonalités effrayantes puisées dans une vieille tradition religieuse, mêlée à des menaces pleinement modernes et laïques.

Cette symbiose propagandiste s’avéra très efficace, et elle conduisit, entre autres, à ce que plus de 5 millions de Juifs croyants, et leurs descendants, ainsi que 2 millions de soldats soviétiques furent exterminés, en même temps, dans les camps de la mort nazis. Hitler avait ainsi espéré enrayer le « danger » d’une conquête judéo-bolchévique de l’Europe.

 

Si, à la fin du XXe siècle, la judéophobie n’a pas totalement disparu, elle a, cependant, très notablement régressé dans les centres de communication des capitales européennes. Les élites intellectuelles et politiques ont voulu oublier et ont aspiré à se fondre dans leur civilisation blanche, à l’aide d’une nouvelle politique des identités. À toutes fins morales utiles, cette civilisation a même troqué son appellation de « chrétienne » en « judéo-chrétienne ».

 

Les juifs survivants et les bolchéviks, quasiment disparus, ont cessé de constituer une menace pour la position et l’identité des élites dominantes, mais l’état de crise permanent du capitalisme, et l’ébranlement de la culture nationale, consécutif à la mondialisation, ont incité à la quête fébrile de nouveaux coupables.

 

 

- Une appellation qui émerge dès 2002

La menace se situe désormais du côté des immigrés musulmans et de leurs descendants, qui submergent la civilisation « judéo-chrétienne ». Et voyez comme cela est étonnant : de nouveaux incitateurs propagandistes les ont rejoints ! Tous ces gens de gauche qui ont exprimé une solidarité avec les nouveaux « misérables » ont fini par s’éprendre ouvertement des invités indésirables venus du sud.

 

Ces antipatriotes extrémistes trahissent une nouvelle fois la glorieuse tradition de la France dont ils préparent l’humiliante soumission « houellebecquienne ». L’appellation « islamo-gauchiste » a émergé parmi les intellectuels, avant de passer dans l’univers de la communication, pour, finalement, être récupérée par des politiciens empressés.

 

Pierre-André Taguieff[9], futur conseiller du CRIF, fut, semble-t-il, le premier à recourir à la formule « islamo-gauchisme » (dans le sens actuel de terme), déjà en 2002. Caroline Fourest, Elisabeth Badinter, Alain Finkielkraut et Bernard-Henry Lévy s’emparèrent du terme et veillèrent à lui assurer une diffusion à longueur d’interviews et d’articles. Des figures comme Alain Gresh, Edwy Plenel, Michel Tubiana et Raphael Liogier devinrent des « islamo-gauchistes » archétypiques.

 

Une marche supplémentaire vient cependant d’être franchie. Cela a commencé avec Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement, qui, au nom du républicanisme universel, dans un article intitulé : « La gauche qui vient[10] », s’en est pris à la gauche de la gauche, accusée de soumission au pluralisme culturel. Il a particulièrement ciblé Clémentine Autain, la porte-parole d’Ensemble, l’une des composantes du Front de gauche.

 

 

- La lourde charge de Manuels Valls

Mais c’est de Manuel Valls qu’est venue la charge la plus lourde, dans la vague de stigmatisation de « l’islamo-gauchisme ». À l’occasion d’une interview accordée, le 21 mai, à Radio J, une radio communautaire juive, n’a-t-il pas déclaré[2] :

  • « Il y a ces capitulations intellectuelles… Les discussions entre Madame Clémentine Autain et Tariq Ramadan, les ambiguïtés entretenues qui forment le terreau de cette violence et de cette radicalisation. »
  • Et Manuel Valls de ne pas hésiter à ajouter : « Il n’y a aucune raison pour que M. Tariq Ramadan obtienne la nationalité française ».


Il convient tout d’abord de préciser que Clémentine Autain n’a jamais rencontré Tariq Ramadan, dont, évidemment, elle n’approuve pas le discours idéologique. Il faut ensuite se féliciter qu’en France, le droit d’obtenir la citoyenneté relève de la loi, et non pas d’une décision d’un chef du gouvernement. Tariq Ramadan réside en France où il est actif ; il est marié, depuis plusieurs années, avec une citoyenne française, ses enfants sont français, et, à ma connaissance, il n’a pas enfreint la loi ni prêché la violence.


Enfin, les auditeurs de Radio J, à Paris et à Jérusalem, ont certainement apprécié cette flatteuse interview, et si d’aventure, elle a été diffusée en Arabie saoudite, il est probable qu’elle y aura également été reçue avec sympathie, puisque Tariq Ramadan y est interdit de séjour. Après cette interview passionnée de Manuel Valls, je suis persuadé que Tariq Ramadan n’a aucune chance de se voir décerner la Légion d’Honneur, contrairement au prince héritier du roi d’Arabie saoudite.

 

 

- Une formule qui permet de faire diversion

Lorsque j’ai entendu ces propos de Manuel Valls, je n’ai pas pu m’empêcher de m’interroger sur ce qui se serait passé si Tariq Ramadan avait été un fidèle juif et non pas musulman.

 

Si, par exemple, comme l’ensemble des fidèles juifs (mais non pas juives), il avait dû dire, dans sa prière du matin : « Sois béni de ne pas m’avoir fait femme, et sois béni de ne pas m’avoir fait goy (non-juif) ». Autrement dit : un authentique fidèle juif, dont les valeurs fondamentales diffèrent totalement de ma conception du monde républicaine et laïque.

 

Malgré tout, même s’il s’agissait d’un juif conservateur, porteur d’un système de valeurs réactionnaire, je me serais, sans aucun doute, employé de toutes mes forces pour que lui soit attribués des droits d’égalité citoyenne. Je l’aurais combattu au plan de la réflexion théorique, mais j’aurais vu en lui un compagnon politique légitime, dans la lutte contre toute forme de judéophobie et de discrimination raciale, sous le masque d’une laïcité culturelle.

 

J’ai, envers la philosophie de Tariq Ramadan, une vision fortement critique, tout comme, pour d’autres raisons, envers celle d’Alain Finkielkraut. Mais exploiter des positions conservatrices de l’intellectuel musulman afin de salir ceux qui luttent contre la propagation du racisme, en faire un dangereux épouvantail pour utiliser le terme stigmatisant d’islamo-gauchiste, n’est pas à l’honneur d’un chef de gouvernement socialiste, qui, par ailleurs, commet une erreur en assimilant antisionisme et antisémitisme (je suis quasiment sûr que le républicain Manuel Valls ne soutient pas la politique communautaire d’un État qui, par principe, appartient, non pas à tous ses citoyens mais aux juifs du monde entier, qui n’y résident pas).

 

Certes, le terme d’ »islamo-gauchisme » n’est pas encore identique ni proche de la vieille appellation du « judéo-bolchévisme ». Il est destiné, pour le moment, à clouer le bec, et à faire diversion dans le débat public, par rapport à d’autres problèmes sociaux et politiques un peu plus sérieux. Toutefois, qui peut affirmer que le recours à la formule « islamo-gauchisme » n’est pas promis à un sombre futur imprévu ? Il se pourrait qu’elle constitue une contribution rhétorique, non marginale, vers l’approche d’un trou noir supplémentaire dans l’histoire moderne de l’Europe.

 

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- « Islamogauchisme » : depuis quelques mois, les macronistes n'ont plus que ce mot là à la bouche.

Pourtant, il ne veut rien dire, ne désigne rien et n'a pas de sens. Pour résumer : l'islamogauchisme n'existe pas. Alors à quoi sert ce mot pour ceux qui l'utilisent ? 

 

Dans cette vidéo, j'explique comment ce mot est apparu à l'extrême droite avant d'être repris par Manuel Valls puis par l'ensemble de la macronie. J'explique qu'il vise deux objectifs : faire diversion et disqualifier politiquement un adversaire, en l'occurrence la France insoumise

 

Pour bien analyser le moment où apparaît ce mot, je retrace l'historique de son apparition et j'explique pourquoi il constitue l'aboutissement d'une double stratégie du système médiatique de dédiabolisation de Marine Le Pen et de l'extrême droite d'un côté et de diabolisation de l'opposition insoumise et de Jean-Luc Mélenchon de l'autre.

 

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- Pour Hervé Kempf  " Il faut cibler les causes du phénomène, à savoir ces alliances coupables et notre dépendance au pétrole qui en est le ressort "

Derrière l’accusation d’"islamo-gauchisme", les classes dirigeantes veulent cacher leur propre responsabilité dans le terrorisme islamique, lourde du fait de leurs liens avec les pétromonarchies et leur radicalisation néolibérale. Ce qui émerge, en fait, c’est un « capitalo-fascisme », qui abandonne les idéaux républicains de liberté, d’égalité et de fraternité pour maintenir un ordre inégal, destructeur de la biosphère, et écrasant les libertés publiques[13].

 

Notes :

[1] Pour Darmanin, LFI est liée à l'« islamo-gauchisme » qui « détruit la République »

[1bis] Jean-Luc Melenchon : De quoi la lutte contre l’« islamo-gauchisme » est le nom ?

[2] Valls, Autain, Tariq Ramadan et l'axe "islamo-gauchiste" : polémique en 4 actes

[3] Adolf Hitler ; [4] Carl Schmitt ; [5] Martin Heidegger [6] Charles Maurras [7] Louis-Ferdinand Céline ;  [8] Pierre Drieu la Rochelle ; [9] Pierre-André Taguieff 

[10] "Islamo-gauchisme": Autain "porte plainte politiquement" contre Le Guen

[11] Attentat de Conflans-Sainte-Honorine : deux amis de Le Pen en lien avec l'islamiste Sefrioui

[12] En réponse à l’extrême droite et à l’islamisme, une seule question : qui sommes nous ?

[13] Hervé Kempf ; Islamo-gauchisme et capitalo-fascisme. Il faut cibler les causes du phénomène, à savoir ces alliances coupables et notre dépendance au pétrole qui en est le ressort

 

Pour en savoir plus :

Après le Judéobolchevisme proféré par les fascistes d’antan, voici maintenant l’islamogauchisme proféré par les forces réactionnaires d’aujourd’hui

- Islamo-gauchisme, le nouveau judéo-bolchevisme

- Gérald Darmanin et l'«islamo-gauchisme», qualificatif usé jusqu’à la corde

- Vous avez dit “ islamo-gauchisme " ?... et si nous parlions de l'islamo-capitalisme !

- Ce que l’unité du pays veut dire

- Quand Jaurès parlait des " fanatiques de l'Islam "

- En réponse à l’extrême droite et à l’islamisme, une seule question : qui sommes nous ?

- Jean-Luc Melenchon : Ce que l’unité du pays veut dire

- « Islamo-gauchisme » : un mot pour bastonner

- CNRS : L’« islamogauchisme » n’est pas une réalité scientifique

- Islamo-gauchisme et capitalo-fascisme

- Le judéo-bolchevisme, histoire d’un amalgame meurtrier

- SONDAGE : 6 FRANÇAIS SUR 10 PENSENT QUE L’ISLAMO-GAUCHISME EST UN COURANT DE PENSÉE RÉPANDU EN FRANCE

- Présidentielles 2020 : MACRON / LE PEN : DU SOIT-DISANT “REMPART” AU MARCHE-PIED

Quand les nazis accusaient les juifs de séparatisme…

- "ISLAMOGAUCHISME" : LE PIÈGE DE L’ALT-RIGHT SE REFERME SUR LA MACRONIE

- “Islamo-gauchisme” : quand la macronie s’inspire du vocabulaire fasciste pour lancer son ultime chasse aux sorcières

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- La riposte politique et sociale

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2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 13:40
Séparatismes : Le macronisme nous fait courir le risque d’accélerer “ l’archipélisation ” d’un pays toujours plus divisé
Séparatismes : Le macronisme nous fait courir le risque d’accélerer “ l’archipélisation ” d’un pays toujours plus divisé
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Séparatismes : Le macronisme nous fait courir le risque d’accélerer “ l’archipélisation ” d’un pays toujours plus divisé

Le macronisme est un séparatisme !

 

Pour sa part, Le député France Insoumise Alexis Corbière critique, dans une tribune au « Monde », le projet de loi « contre les séparatismes », qu’il juge inefficace et dont il estime les « conséquences délétères » pour les millions de musulmans en France.

L’attaque contre les anciens locaux de Charlie Hebdo et ses deux victimes nous rappellent cruellement que la lutte contre le fanatisme religieux et l’islamisme radical ne doit jamais être relâchée. Le président de la République a jusqu’ici choisi de réserver sa parole mais il prononcera vendredi 2 octobre un discours sur le « séparatisme » et une loi sera présentée dans la foulée.

On s’étonnera, quand une partie de la majorité crie à l’urgence d’agir, que cette loi ne soit ensuite débattue à l’Assemblée nationale qu’à la fin de 2021. Mais les mêmes approuveront un calendrier qui leur permettra de faire traîner le débat pour occuper plus longtemps l’espace médiatique.

 

Sources : Alexis Corbière | mis à jour le 21/02/2021

- Qu’est-ce que ce « séparatisme » ?

Pour Emmanuel Macron, « la volonté de ne pas vivre ensemble, de ne plus être dans la République, et au nom d’une religion, l’islam, en la dévoyant ». Pour le ministre de l’intérieur, « les “principaux séparatistes” en France sont les islamistes radicaux » et notamment « ceux qui pratiquent la taqiya, c’est-à-dire la dissimulation : qui par l’islam politique, qui par une sorte d’entrisme qui ne dit pas son nom, essaient de changer la vie de nos concitoyens et d’imposer leurs vues ».

 

 

- Comment démontrer la fourberie condamnable ?
Contre le risque terroriste en général, et celui de l’islamisme radical en particulier, pas moins de 28 lois ont été adoptées depuis 30 ans pour renforcer l’arsenal répressif. Chaque fois, l’objectif affiché était de développer le renseignement, de surveiller les lieux de culte, les associations, les clubs sportifs, de repérer les pôles de radicalisation, de développer des veilles numériques sophistiquées pour cibler les individus qui pourraient passer à l’acte, etc...

 

Cet attirail législatif, critiquable sur beaucoup de points, a peut-être pu éviter des attentats – ce dont il faut se féliciter – mais c’est souvent l’insuffisance de moyens humains qualifiés qui a empêché que les terroristes soient repérés et neutralisés avant qu’ils passent à l’action. Mais, le projet de loi « séparatisme » entend agir sur un autre terrain.

 

Même si nous ignorons actuellement le détails, plusieurs déclarations publiques de ses partisans autorisent déjà quelques réflexions. Il s'agirait donc de lutter contre la dissimulation. Toute conscience républicaine, attachée au droit, mesure la difficulté. Comment juger, non des actes, mais des intentions dissimulées. Comment démontrer la fourberie condamnable ? Comment ne pas sombrer dans le délit d'intention ? Qui ne comprend pas le risque s'une prochaine « loi des suspects » ?

 

 

-Le thème de l'impuissance de l'État

Le gouvernement veut agir contre ceux qui " veulent imposer leur vue " à d'autres, on imagine par la contrainte ou la manipulation mentale. Disons le plus simplement : contre le fanatisme religieux et les pratiques sectaires, en particulier celles issues de l'islam. Mais alors, pourquoi réduit-il si drastiquement les moyens de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) qui est aujourd’hui menacée de disparition[1] ?

 

Les promoteurs ministériels du futur projet de Loi agitent le thème d'une impuissance de l'État face aux pratiques obscurantistes d'écoles musulmanes hors contrat. Mais la Loi Gatel de 2018, dont se félicitait il y a encore peut de temps le Ministre de l'éducation nationale ne permet-elle pas précisément de les fermer[2] ?

 

Pourquoi aussi sous-entendre que l'on ne peut pas fermer des lieux de cultes alors que 15 au moins l'ont été ses trois dernières années, dont une majorité n'était d'ailleurs pas musulmane ? La grande Loi laïque de 1905, qui reste d'une brûlante actualité, ne contient-elle pas déjà de rigoureuses dispositions en matière de police des cultes[3] ?

 

 

-Pour une égalité de traitement

  • Faut-il rappeler au passage qu'elle est d'ailleurs régulièrement malmenée par les gouvernements successifs et qu'en raison du Concordat elle ne s'applique toujours pas sur l'ensemble du territoire national[4] ?
  • Concernant le contrôle des flux de financement financements étrangers douteux de certains lieux de culte, possiblement liés à des réseaux terroristes, pourquoi ne pas rappeler que c'est précisément la mission de TRACFIN depuis 1990[5] ?
  • Est-il bien sérieux de vouloir légiférer parce-que dans certains clubs sportifs on ne se doucherait plus tout nu ? Mais trop souvent aux yeux du ministre de l'intérieur, avec un maillot ?
  • Est-il crédible de dénoncer la non mixité d'une poignée de clubs sportifs de Seine Sain-Denis, quand on finance avec l'argent public des écoles privées catholiques sous contrat qui font de la non mixité un projet pédagogique pour les enfants de la bourgeoises des Hauts-de-Seine[6] ?
  • Qui, d'ailleurs, dénoncera les clubs privés sélectes de l'oligarchie française où, à quelques mètres des Champs Elysées, les femmes sont encore interdites ? Ce qui préoccupe dans le 93 doit être toléré dans les beaux quartiers de la capitale ?
  • Enfin, si nous sommes tous d'accord pour dénoncer que des médecins délivrent d'abjectes certificats de virginité, est-il possible de savoir combien sont attribués chaque année et si cette pratique détestable est en augmentation ou en voie de disparition ?

 

-Un risque d'accélérer " l'archipélisation "

  • Qu'attends le gouvernement pour publier le bilan des cellules départementales contre l'islamisme et le replis communautaire (CLIR) présentes dans 83 départements[7] ?
  • Est-il possible d'avoir sur ces sujets un débat sérieux et rationnel basé sur des faits, des chiffres et des études partagées plutôt que le spectacle et le " buzz " de ministres à la recherche permanente du sensationnalisme, sur le dos de toujours les mêmes personnes.... nos citoyens de confession musulmane vivant dans les quartiers populaires. 

 

➡️ Cette stratégie gouvernementale qui encourage la défiance de masse est irresponsable !

Notre pays n'a pas besoin d'une Loi des suspects sans efficacité concrète contre l’islamisme radical et les fanatiques meurtriers, mais aux conséquences délétères pour plusieurs millions de nos concitoyens lassés d'être les victimes d'un vindicte confuse et malsaine.

 

En agitant la société sur des sujets ultra-minoritaires qui développent une suspicion majoritaire, le macronisme nous fait courir le risque d'accélérer " l'archipélisation " d'un pays toujours plus divisé.

 

Le creusement des inégalités, de la précarité, la dégradation de l'école, de l'hôpital et de tous les services publics, le COVID et ses terribles conséquences sanitaires et sociales, la crise crise démocratique qu’atteste l'abstention de plus en plus forte, tous les maux qui ravagent nos départements populaires et en particulier la Seine Saint-Denis ne suffisent-ils pas ?

 

A contrario, qui ne voit pas prospérer le " séparatisme " des riches[8], de moins en moins lies aux restes de la collectivité nationale, refusant la mixité sociale, vivant dans l'entre-soit confortable de leurs quartiers fermés, de leurs villégiatures de luxe et de leurs très chères écoles ou cliniques privées ?

 

- Le remède aux ferments de l'éclatement social ne peut consister dans la gesticulation politicienne contre un " séparatisme " aux contours aussi flous.
- La République ne peut être confondue avec une politique de soupçon.

 

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- Alexis Corbière : " On devait nous parler des séparatismes, on ne nous parle que d'un séparatisme : celui de l'islamisme radical "

Le député LFI de de Seine-Saint-Denis réagit au discours d'Emmanuel Macron sur les séparatismes.

 

 

 

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-Le macronisme est un " séparatisme ! " par Adrien Quatennens député France insoumise

 

 

Notes :

[1] Lutte contre les sectes : la Miviludes va disparaître

[1bis] Quand les nazis accusaient les juifs de séparatisme…

[2] [Journal Officiel] Notre analyse du décret permettant l’application de la “ Loi Gatel ”

[3] La police des cultes et loi du 30 octobre 2017

[4] la France insoumise souhaite revenir sur le statut particulier de ce territoire, où la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat ne s'applique pas. 

[5] Le rôle de Tracfin

[6] Pourquoi la mixité scolaire filles/garçons n’est pas obligatoire

[7] Selon les données communiquées par le CIPDR, 83 départements auraient installé, au 15 juin 2020, une cellule départementale contre l'islamisme et le repli communautaire.

[8Alexis Corbière député LFI de de Seine-Saint-Denis : « On pourrait aussi évoquer le séparatisme des riches »

 

Pour en savoir plus :

- Le « progressisme », une auto-définition du macronisme ?

- Alexis Corbière: " On devait nous parler des séparatismes, on ne nous parle que d'un séparatisme: celui de l'islamisme radical "

- Jean-Luc Mélenchon : " Nous combattons l'islam politique...avec les musulmans "

- Séparatisme : Mélenchon dénonce la «mise en scène» politicienne de Macron

- Patrick Le Hyaric : « Séparatisme » : une entorse inquiétante à la loi de 1905

- Jean-Luc Mélenchon, invité ce samedi de l'émission "On n'est pas couché" de Laurent Ruquier, réagit après l'attaque terroriste de Paris.

- Jean-Luc Melenchon : De quoi la lutte contre l’« islamo-gauchisme » est le nom ?

- Laïcité, "séparatisme", République : décryptage du projet de loi par Alexis Corbière, député France insoumise

- A Corbière : Une République sociale, démocratique et laïque : combat que nous mènerons jusqu'au bout !

- Jean-Luc Melenchon : Vous stigmatisez les musulmans avec une loi inutile et dangereuse

- Débat parlementaire contre le séparatisme : un moment lamentable

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9 septembre 2020 3 09 /09 /septembre /2020 20:00
Jean-Luc Mélenchon, le 18 mars 2012 – discours pour la sixième République place de la Bastille
Jean-Luc Mélenchon, le 18 mars 2012 – discours pour la sixième République place de la Bastille

Jean-Luc Mélenchon, le 18 mars 2012 – discours pour la sixième République place de la Bastille

Je rentre fraîchement des AMFiS de Valence[1], après quatre jours denses et extrêmement enrichissants. Pour commencer, il est nécessaire de remercier les organisatrices et organisateurs, militantes et militants bénévoles pour l’excellente tenue de nos universités d’été de la France insoumise. Ceci étant dit, je vais passer directement au cœur de ce que m’a inspiré cette édition 2020 de nos AMFiS à Valence. Mon avis est qu’avec dix ans d’implication et de recul sur la théorie et la pratique politiques, la révolution citoyenne s’inscrit dans un temps long.

 

Je me souviens comme si c’était hier de mon premier grand meeting politique : c’était le lancement de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon le 29 juin 2011 à Paris, place Stalingrad[2]. A cette époque, tout jeune militant de 24 ans, je n’avais pas pris la mesure de ce qui allait être germé par le primo-candidat d’alors : les graines de la révolution citoyenne. La victoire de François Hollande n’avait pas permis de comprendre ce qui s’était passé lorsque pour la première depuis des décennies, une gauche radicale atteignait 11% à l’élection présidentielle. Les analyses de l’époque étaient centrées sur la personnalité du candidat Mélenchon. Pas sur ce qu’il portait à l’époque.

 

Sources : ARNAUD GUVENATAM |

- La théorie de l’ère du Peuple est absolument nécessaire et centrale pour comprendre qu’une révolution citoyenne se traduit sur un temps long.

Et les 11% de Jean-Luc Mélenchon sont la première étape de ce processus de révolution qui ne va pas s’arrêter. L’ère du Peuple décrit comment une révolution citoyenne passe par plusieurs étapes, parfois distinctes entre elles, parfois mêlées : ce sont les phases destituantes et constituantes. 2012 a été la première étape de la phase destituante du processus. Il s’agissait à l’époque de se redéfinir comme un « nous ». En cela, l’introduction du discours pour la 6ème République en 2012 place de la Bastille[3] est une illustration parfaite du mon propos. Je cite : « Et où on était passés ? Où on était disparus, tout ce temps ? On se manquait, on s’espérait, on s’est retrouvés ! Génie de la Bastille, qui culmine sur cette place, nous voici de retour ! Le Peuple des révolutions et des rebellions en France ! ». Ainsi, le « nous » était constitué.

 

 

- La deuxième phase du processus destituant a donc été de lancer ce « nous » contre le « eux ».

C’est la période mondiale des Indignés, du mouvement des 99%. Elle se matérialiste par le lancement de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon le 5 juin 2016 à Paris[4] avec le défilé de la France insoumise. Toutes les professions ont défilé pour affirmer qu’ensemble, nous avons un « Avenir en Commun ».

 

La construction du programme a été faite avec les citoyens, les experts de tous les domaines, les associations et que sais-je encore. Cette nouvelle étape s’était voulue constituante, bien que la phase destituante était encore à l’œuvre. François Hollande en incapacité de se présenter, effondrement des partis traditionnels, émergence et élection d’Emmanuel Macron, le pays a continué à être traversé par le dégagisme de la phase destituante, alors même que le programme l’Avenir en Commun et Jean-Luc Mélenchon réunissaient 7 millions de voix et presque 20% à l’élection présidentielle de 2017. 

 

Jean-Luc Mélenchon, le 5 juin 2016 au défilé de la France insoumise à Paris

Jean-Luc Mélenchon, le 5 juin 2016 au défilé de la France insoumise à Paris

- Chacun le sait, ces deux phases sont encore et toujours à l’œuvre.

Le mouvement des Gilets Jaunes est passionnant en ce sens qu’il concentre, en son sein, les deux phases entremêlées de la révolution citoyenne qui adviendra dans les deux prochaines années. Pourquoi ? Une part immense du Peuple français a soutenu les GJ, même dans les phases les plus aigües de la crise. Les mots étaient sensiblement les mêmes que ceux que l’on retrouve partout où des révolutions citoyennes ont lieu : « Macron démission ! », « Dégage ! », et ainsi de suite. La phase destituante est donc bel et bien en cours entre 2018 et aujourd’hui alors que dans le même temps, la conscience de changer de république, de mode de pratiques politiques, allant vers plus de participation et de démocratie fait corps au sein des catégories de la population étant les plus éloignées de la politique. C’est la phase constituante qui est à l’œuvre.

 

 

- Nous sommes en résonance avec ces deux phases.

Chacun a bien compris depuis l’élection d’Emmanuel Macron que LFI était la principale opposition, mais dans le même temps, à chaque fois que le Peuple est entré en scène, par l’intermédiaire des Gilets Jaunes ou des manifestations pour le climat, nous sommes sortis renforcés. La débat médiatique se trompe totalement en mettant en avant les faibles scores aux européennes et aux municipales, pour plein de raisons, et finalement, il faut les en remercier. Ils n’ont pas conscience de ce qui se joue pour la présidentielle de 2022.

 

Nous sommes en résonance, disais-je. En effet, quand Macron convoque un grand débat, ou une convention citoyenne pour le climat, nous nous rendons compte que les résultats de ces travaux sont toujours à 90% en accord avec le programme l’Avenir en Commun. Nous gagnons des batailles idéologiques et concrètes depuis quelques années et cela ne va que dans le sens de ce que nous théorisons depuis plus de 10 ans maintenant. Tout cela, Mélenchon l’a bien détaillé lors de sa conférence sur l’ère du Peuple aux AMFiS de 2020.

 

 

- Passons maintenant à 2022.

Le discours de clôture des AMFiS d’été de Valence est un discours de campagne, quoi qu’on en pense. Radicalités concrètes, eau, énergie, propositions de fond et précisions tactiques, ce discours doit être vu par le plus grand nombre. D’ailleurs, l’intérêt a été grand puisque 3 chaînes d’informations en continu l’ont diffusé, 51 000 vues sur Youtube[5], 262 000 vues du meeting sur la seule page de Mélenchon sur Facebook, bref, l’audience a été large, et il faut l’amplifier !

 

Jean-Luc Mélenchon, le 23 août 2020 aux AMFiS d’été de la France insoumise à Valence

Jean-Luc Mélenchon, le 23 août 2020 aux AMFiS d’été de la France insoumise à Valence

2022 s’inscrira donc dans la fin de la phase destituante et l’avènement de la phase constituante du Peuple français sera rendue possible avec l’ambition de créer des « causes communes », comme le dit Jean-Luc Mélenchon. Après avoir construit patiemment le « nous », après avoir identifié le « eux », il s’agira maintenant de redéfinir collectivement les règles qu’on voudra se voir appliquées, bref refonder le Peuple français. C’est la convocation d’une assemblée constituante, le passage à une 6ème République, le partage de la richesse, la réappropriation des biens communs, le déploiement des services publics grâce aux outils de planification (écologique et économique), la réindustrialisation des secteurs clés de notre économie, et l’affirmation d’une souveraineté populaire retrouvée !

 

Quelle que soit la décision de Jean-Luc Mélenchon d’être notre candidat, ce que je souhaite, le mois d’octobre sera essentiel comme étape du processus de révolution citoyenne dans notre pays.

 

Alors que les partis traditionnels pensent que notre courant politique est isolé et essoufflé du fait des résultats aux européennes et aux municipales, nous pouvons continuer d’avancer sous les radars. Ils sont, comme les médias mainstream, incapables de replacer la politique dans le temps long. Ils sont déconnectés du Peuple français, du fait de ne pas considérer les révolutions comme des constructions sociales et politiques, dans un continuum, avec des temps chauds et des temps froids. Faut-il leur rappeler qu’en 2017, Mélenchon tutoie le second tour avec LFI alors que les municipales et les européennes de 2014 ont été mauvaises, de même que les cantonales et les régionales de 2015 ?

 

Ce Peuple constituant ne se déplace que lors de la seule élection susceptible de renverser la table : l’élection présidentielle. Et c’est exactement à cela qu’il faut continuer de travailler pour 2022.

De 2011 à 2022, la révolution citoyenne est un temps long
De 2011 à 2022, la révolution citoyenne est un temps long
De 2011 à 2022, la révolution citoyenne est un temps long
De 2011 à 2022, la révolution citoyenne est un temps long
De 2011 à 2022, la révolution citoyenne est un temps long

- Retrouvez la conférence des AMFiS 2020 « Des droits nouveaux pour une 6e République » avec :

  • Jean-Luc Romero-Michel (président de l’ADMD)
  • Raquel Garrido (Avocate)
  • Pierre-Yves Cadalen (groupe 6e République LFI)
  • Antoinette Baujard (CNRS)

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19 avril 2020 7 19 /04 /avril /2020 13:31
Coronavirus : J.L. Melenchon, transformer la dette,... en dette perpétuelle...
Coronavirus : J.L. Melenchon, transformer la dette,... en dette perpétuelle...

Jean-Luc Melenchon : " Autant le dire clair : la crise sociale va être terrible ! " 


Si l’économie productive n’est pas réanimée, le choc de la récession va détruire des millions d’emplois dans le monde, désorganisant les chaînes longues d’interdépendances des capacités productives.

 

À conditions et méthodes capitalistes égales, la violence du choc économique va donc avoir un impact social de très grande magnitude. Ce qui s’est toujours traduit dans l’Histoire par de grosses secousses politiques. Je ne développe pas ici. Je veux attirer l’attention sur autre chose. Les observateurs sans naïveté savent que la compétition pour que la sortie de crise donne un avantage comparatif est commencée. C’est dire l’état d’esprit qui règne. La date de sortie de confinement des Allemands en est une illustration des plus criantes.

 

Il faut donc tenter deux opérations en même temps : retrouver du crédit en grande quantité et faire bifurquer le modèle de production pour écologiser et relocaliser les appareils de production pour réduire les bien trop longues chaînes d’interdépendance qui les constituent d’un bout à l’autre de la planète. Le contexte aura été utile si nous le faisons car il n’y a pas de meilleure préparation aux chocs qui vont suivre : celui d’autres épidémies désormais certaines, et celui du changement climatique. Sinon, souvenons nous que des deux précédentes impasses de l’économie capitaliste mondiale sont sorti deux guerres mondiales qui ont failli emporter la civilisation humaine (pour lire l'intégrale[2]) .

 

Ainsi, le 17 avril 2020 à l’Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon a affirmé que la dette des États ne pourrait pas être remboursée et qu’il fallait « abattre le mur de la dette ».

Il a aussi soutenu que face à une situation aussi dangereuse qui peut mener les États à la guerre ou à la banqueroute, l’Europe se dérobait. Il a dénoncé l’échec subi par notre pays sur la question des eurobonds et a expliqué que la banque centrale du Royaume-Uni prêtait directement au gouvernement britannique et que la banque centrale américaine avait carrément aboli le risque en rachetant les dettes publiques et privées.

 

Jean-Luc Mélenchon a infine proposé que la dette des États soit rachetée par la Banque centrale européenne pour être transformée en dette perpétuelle à intérêt nul afin que les États retrouvent leurs capacités de financement et préparent la transition écologique[1].

 

Source : Eric Durand | mis à jour le 11/02/2021

-

Commençons déjà par dresser l'état des lieux de la dette en 2020

Car aujourd'hui, elle est à nouveau agitée pour que le peuple ait peur et se taise... alors que Le ministre du Budget a annoncé l'installation d'un groupe de travail chargé de réfléchir au redressement, à terme, des finances publiques françaises, c'est à dire au retour de l'austérité[6] :

  • On nous dit en effet : la dette atteindra 2 798 Mrd d'€ en 2021 soit 116,2% du PIB. Du jamais vu depuis la 2iéme guerre mondiale[4]
  • C'EST FAUX !... TAUX D'ENDETTEMENT 2020 de la France 14,5 % du Pib annuel[5] !

 

-La dette perpétuelle, une vieille idée qui a déjà fait ses preuves

Le principal avantage d’une obligation perpétuelle est de ne pas avoir à rembourser le capital de la dette vu qu’il n’y a pas d’échéance, mais seulement à verser des intérêts calculés sur le capital (dans le cadre de la proposition de J.L. Melenchon à intérêt nul) et ce, théoriquement de façon illimitée.

  • L’idée d’une dette perpétuelle est loin d’être nouvelle.

En plus d’être un spécialiste des obligations à très long terme (50 voire 100 ans), le Royaume-Uni a déjà émis, à plusieurs reprises, des obligations perpétuelles. Certains titres de dette datant du 18ème siècle sont ainsi toujours actifs mais l’inflation a depuis rendu leur remboursement quasi-insignifiant. Lors de la première guerre mondiale, le gouvernement britannique a aussi émis le « War Loan », qui reste la plus importante dette perpétuelle du Royaume aujourd’hui, estimée à 2,5 milliards d’euros. Mais plus pour longtemps, puisque le Trésor britannique a décidé de racheter le 9 mars prochain l’intégralité de cette dette, qui versait 5 puis 3,5% d’intérêt par an. La majorité des 120,000 détenteurs en détiennent toutefois pour moins de 1.000 livres. Le gouvernement britannique veut en effet profiter des taux extrêmement bas à l’heure actuelle pour racheter ses vieilles dettes et n’exclut pas d’émettre de nouvelles obligations perpétuelles, qui deviennent encore plus intéressantes dans ces conditions.

  • La France n’est pas non plus une débutante dans le domaine.

Le premier véritable emprunt public émis en 1535 sous François 1er était une dette perpétuelle, alors appelée « rente ». En 1825, l’Etat français a émis une obligation perpétuelle de 3% qui a couru jusqu’en 1987, date à laquelle ces titres de dette, mis en Bourse, ont tous été rachetés par le Trésor. De la même manière, une dette perpétuelle émise à la Libération a été définitivement rachetée à la fin des années 80.

 

Samedi 18 avril à l'occasion de la première manif numérique en ligne Jean-Luc Mélenchon expliquait que la dette des États doit être rachetée par la Banque centrale européenne pour être transformée en dette perpétuelle à intérêt nul.

 

 

-Jean-Luc Melenchon : coronavirus, « Il faut annuler la dette »

Comment annuler la dette pour redémarrer l’économie : " Plutôt que de racheter aux banques privées des titres de dettes des États , la BCE les achèterait directement aux États. Elle les stockerait en dette perpétuelle à intérêt négatif (c’est le cas des emprunts de long terme aujourd’hui). Les États retrouveraient leur capacité de financement pour de nouveaux emprunts et l’ancienne dette fondrait petit à petit, au fil de l’inflation dans les coffres de la Banque Centrale Européenne. Et ne serait jamais payée. Car bien sûr ces dettes ne seront jamais payées " déclare J.L. Melenchon le 11 avril.

 

-Décryptage de la solution Melenchon (par LE BON SENS - Antoine Léaument)

Pour faire face à la crise économique provoquée par la crise sanitaire du coronavirus, le gouvernement a décidé de creuser la dette. Celle-ci va maintenant dépasser les... 115% du PIB. Elle est devenue impayable, sauf à vouloir y consacrer tous les moyens de l'État pendant les cent prochaines années. Impensable alors qu'il nous faut engager au plus vite la transition écologique et développer de nouveau nos services publics. C'est pourquoi Jean-Luc Mélenchon propose de l'annuler.

 

Dans cette vidéo, j'explique pourquoi la dette est d'abord un outil politique utilisé par les libéraux pour détruire les services publics et les remplacer petit à petit par le privé. Je montre aussi comment ils l'utilisent pour faire toujours plus de cadeaux fiscaux aux plus riches alors qu'il faudrait au contraire les imposer davantage. 

 

Je parle également de la politique dite de « quantitative easing » mise en place par la BCE pour racheter aux banques privées une partie de leurs titres de dettes, y compris des dettes d'État. Je présente enfin la proposition de Jean-Luc Mélenchon d'une annulation de la dette des États qui passerait en sa transformation en une dette perpétuelle à taux nul. Une proposition de bon sens désormais partagée même par des libéraux comme Alain Minc. 

Notes :

[1Coronavirus : le mur de la dette doit tomber !

[2] Pourquoi et comment annuler la dette des États européens ?

[32020 : La dette à nouveau agitée pour que le peuple ait peur et se taise...

[4] Covid-19 : la France et le piège de la dette

[52020 : La dette à nouveau agitée pour que le peuple ait peur et se taise...

[6] Le ministre du Budget a annoncé l'installation d'un groupe de travail chargé de réfléchir au redressement, à terme, des finances publiques françaises, c'est à dire au retour de l'austérité

 

Pour en savoir encore plus :

Quand on parle de rapport dette/PIB (produit intérieur brut) de quoi parle-t-on ?

- En 2014 : La dette agitée pour que le peuple ait peur : STOP à l'enfumage ! Le principe de calcul de la dette par rapport au PIB est toujours d'actualité

- " maturité de la dette " : Bruno Lemaire donne raison à J.L. Mélenchon

- 2020 : La dette à nouveau agitée pour que le peuple ait peur et se taise...

- Coronavirus : cause unique de la crise économique et financière, ou déclencheur et accélérateur d’une crise majeure du système capitaliste ?

- Comment annuler la dette pour redémarrer l’économie ?

- J.l. melenchon : En Europe, le mur de la dette doit tomber – Tribune dans « Les Echos »

- Excellente tribune qui démontre qu'il n'y a pas obstacle juridique à l'annulation des dettes publiques par la BCE.

- Annuler les dettes ? Un choix politique, pas magique

- 2020 : Emmanuel Macron appelle à son tour à «annuler» les dettes des pays africains ,.... elle est seulement suspendue 

- Pour la Sécurité sociale aussi, l’avenir ne peut pas être consacré au remboursement de la dette.

- Pour l’après-Covid, plus de 100 économistes demandent à la BCE d’annuler les dettes publique

- Pourquoi et comment annuler la dette des États européens ?

- Mélenchon : " Mes solutions pour nous libérer d'un futur enchainé au remboursement sans fin de la dette "

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13 septembre 2019 5 13 /09 /septembre /2019 12:21
Services publics : Refonder plutôt que réformer !

C'est une bataille ritualisée entre des adversaires inégaux.

Elle commence toujours ainsi : au nom de la modernité, un gouvernement impose la mutilation du système d’intérêt général créé après-guerre comme un point d’appui pour des conquêtes à venir : le régime général de la Sécurité sociale, les retraites, le statut des fonctionnaires, le secteur nationalisé où les salariés échappent à l’arbitraire du « marché du travail ».

Aussitôt, les dirigeants éditoriaux déploient la « pédagogie de la réforme ».

La déréglementation serait « inéluctable » puisque nécessaire (ou l’inverse) ; sans appel, car révélatrice du « courage politique » d’un exécutif décidé à contourner le Parlement ; « juste », car pensée pour araser les « privilèges » de ceux qui travaillent dans des conditions un peu moins précaires que les autres.

Écrit lors de la réforme de la Sécurité sociale lancée par M. Alain Juppé en novembre 1995, ce scénario réserve aux opposants un rôle bien encadré et tout aussi rituel. Montrer que les « privilèges » ne se situent pas précisément où le gouvernement les désigne, contrer la crécelle médiatique et… défendre les services publics.

 

Sources : Le Monde Diplomatique par Pierre Rimbert

 

-Mais que défendre, au juste ?
Le 12 décembre 1995, lors d’une réunion publique de solidarité avec les cheminots en grève, le sociologue Pierre Bourdieu avait exposé la nécessité d’empêcher « la destruction d’une civilisation associée à l’existence du service public ». Un quart de siècle plus tard, ces institutions d’intérêt général sont abîmées. Parfois même en ruine. La « main droite » de l’État que forment le ministère de l’économie et des finances, d’une part, et la technocratie patronale, de l’autre, a accompli sa mission. De réformes en privatisations, la part du secteur public[1] dans l’emploi est passée de 19 % en 1985 à 5,5 % fin 2015, avec 791 000 salariés résiduels. Alors que ces entreprises produisaient un quart de la richesse nationale au milieu des années 1980, le chiffre est tombé à moins de 6 % trente ans plus tard[2]. Partout, les directions ont instauré les exigences comptables et la pression managériale en vigueur dans le privé.

 

À la réforme de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) M. Emmanuel Macron aimerait qu’on oppose la même défense de l’existant, qu’il sait vouée à l’échec, car fondamentalement insincère : on protège un service dont chacun déplore le mauvais fonctionnement quotidien. Soignants et patients alertent que l’hôpital implose, que les maisons de retraite craquent ; étudiants et enseignants préviennent que l’école et l’université dépérissent ; voyageurs et cheminots savent que la SNCF déraille. Réduits à l’ombre d’eux-mêmes, les services publics survivent et résistent. Mais cet existant-là n’est plus guère ni désirable ni mobilisateur.

 

Pris en tenaille entre la contrainte budgétaire et la concurrence du privé, l’hôpital public gère des flux de patients selon le budget de la Sécurité sociale, quitte à renvoyer chez eux des malades incapables de se débrouiller seuls, plutôt que de produire du soin en fonction des besoins de la population. L’université, créée pour former des esprits critiques et les pousser vers les plus hauts accomplissements, travaille désormais à l’équilibre des comptes et aligne ses exigences sur celles du marché du travail. La Poste, fondée pour rendre un service universel de communication, se transforme en prestataire pour Amazon. France Télécom, séparée de La Poste puis privatisée, n’a plus vocation à équiper le pays en infrastructures ni à servir ses usagers, mais à vendre des produits, à conquérir des parts de marché, à satisfaire des actionnaires. Installée sur le marché international de l’énergie, Électricité de France (EDF) rachète des entreprises privatisées au Royaume-Uni. Quant à la SNCF (lire Benoît Duteurtre, « Il paraît que les petites lignes de chemin de fer coûtent trop cher »), son obsession des lignes rentables à grande vitesse l’a conduite à sacrifier le transport de marchandises au profit de la route, à négliger les lignes conventionnelles — et à asperger les voyageurs d’une prose aux subtils accents poétiques : « TGV porte une nouvelle promesse client baptisée TGV inOUI[3].  »

 

 

-

« Faire entreprise » plutôt que faire société

Ce changement de finalité imposé contre l’avis des usagers fut mis en œuvre avec une détermination d’autant plus extrême qu’il rencontra la résistance de millions de fonctionnaires. À La Poste, à l’école, à l’hôpital, dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), les effets délétères des réformes furent longtemps masqués par le dévouement de salariés — en majorité des femmes — qui se mettaient en quatre pour assurer le service. Comment défendre les « services publics » quand les entreprises concernées infligent à leurs personnels l’obligation de trahir leur vocation ?

 

Les agents, explique la sociologue Danièle Linhart, « considèrent que leur tâche revêt une importance et une noblesse qui impliquent “naturellement” de leur part un engagement et une volonté de bien faire en toute circonstance. Ils s’affichent “au service du service public”, conscients d’incarner l’esprit républicain et de garantir l’intérêt général[4]  ». C’est ce que s’employa à tuer, au sens propre du terme, le management qui poussa au suicide des dizaines de salariés de France Télécom, et qui conduit désormais des membres du personnel de l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris à mettre fin à leurs jours.

 

 

- « Défendre les services publics »

Le mot d’ordre comporte une ambiguïté mortelle quand la main droite de l’État s’acharne à les rendre détestables à ceux-là mêmes qui les produisent comme à leurs usagers. Lutter avec quelque chance de succès pour le service public d’intérêt général suppose de sortir du cadre imposé par la bataille rituelle qu’engage chaque gouvernement depuis trente ans. De quitter les abris de la défense passive. Et de passer à l’offensive.

 

Le travail, la sécurité économique et sociale, l’éducation, la retraite, la santé, les loisirs, le transport, l’accès de tous à l’énergie, les grandes infrastructures que cet ensemble implique ne sont pas seulement des services. Ce sont des droits. Constitutionnels pour les uns, acquis par la loi pour d’autres, ils ne sont pas octroyés ni concédés par l’État et le patronat comme une cerise sur le gâteau démocratique : ils sont dus aux populations. En d’autres termes, les collectivités ont l’obligation d’assurer leur fourniture, d’en garantir l’efficacité et de s’abstenir d’y porter atteinte. Le préambule de la Constitution de 1946, repris dans celle en vigueur, indique d’ailleurs la voie à suivre : « Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité » (article 9).

 

Exiger en toute occasion la refondation d’un service public de haute qualité, conformément au droit inaliénable des populations, plutôt que défendre les entreprises publiques cabossées par les réformateurs présente des vertus unificatrices et mobilisatrices majeures. D’abord parce qu’une telle exigence s’appuie sur l’intérêt commun des usagers et des agents, des habitants des métropoles comme de ceux des petites villes, des banlieues, des campagnes, des territoires d’outre-mer. Elle donne de surcroît au mouvement social la visée positive et l’effet d’entraînement qui lui font si cruellement défaut après des décennies de luttes défensives : la refondation d’une institution universelle tournée vers l’avenir[5]. Nul n’aurait la naïveté d’attendre une victoire rapide ; mais chaque mobilisation offrirait l’occasion de marteler les trois principes d’un projet suffisamment consensuel pour agréger un bloc social majoritaire.

 

 

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Premier principe, qui remédie à l’un des grands maux du salariat moderne

Donner aux agents les moyens de bien faire leur travail. Cette condition élémentaire de l’épanouissement et de la qualité, les salariés du privé en furent dépossédés sous les coups du néomanagement des années 1990. Dès le milieu de la décennie suivante, infirmières, aides de vie scolaire, enseignants, postiers, cheminots, etc. en ont été à leur tour privés. Objectifs chiffrés absurdes, réductions d’équipes, ordres intenables de manageurs qui ne connaissent rien à la réalité du travail se rencontrent désormais aussi bien chez Lidl ou chez Free que dans un Ehpad. Ce lugubre trait d’union public-privé devient une ligne de force : parce qu’ici le manutentionnaire sait d’expérience ce que subit là-bas la soignante, et avec quelles conséquences, il se mobilisera peut-être plus volontiers pour que la collectivité se donne les moyens de traiter ses anciens avec respect.

 

 

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Le deuxième principe touche à l’unité et à l’aménagement du territoire

La refondation du service public devrait se donner pour priorité de doter des infrastructures les plus sophistiquées et des agents les plus qualifiés les populations vivant hors des grandes métropoles. C’est à Vierzon et à Saint-Étienne plutôt que dans le 11e arrondissement de Paris qu’on expérimentera des systèmes fiables et efficaces de santé, d’éducation, de transports, de communication, de socialisation des données numériques à des fins d’utilité publique. Sises majoritairement hors des grands centres urbains, les classes populaires se retrouveraient motrices de ces services réellement publics, tant du côté des agents que des usagers, comme elles le furent au sortir de la guerre en fondant la Sécurité sociale.

 

 

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Le troisième principe concerne le statut et le financement de cette institution d’intérêt général, « propriété de la collectivité »

Ici, une autre équation rituelle impose son évidence : au service du public, donc de statut public, donc d’État. Bien sûr, les statuts des électriciens-gaziers, du mineur, des fonctionnaires furent arrachés en 1946 comme la pointe avancée d’un modèle social par les communistes qui siégeaient alors au gouvernement (lire Anicet Le Pors[6]). Mais le lien entre l’État et l’intérêt général s’est effiloché, voire rompu. Parce qu’il subit les diktats du ministère de l’économie et des finances, tout service public se trouve à la merci des fondamentalistes du marché. En attendant le carambolage historique qui renversera la vapeur, le mouvement social gagnerait à revendiquer la création d’institutions de propriété collective certes garanties par l’État, mais indépendantes de Bercy, soustraites à la concurrence (donc au dumping social) et gérées par les usagers-salariés. C’est le cas du régime général de l’assurance-maladie — la « Sécu ». Comme l’explique l’économiste et sociologue Bernard Friot, elle tire ses ressources immenses non pas de l’impôt, mais, pour l’essentiel, de la cotisation sociale. Cette dernière n’échoit pas au ministère des finances, mais à des caisses qui, de 1946 à 1967, furent administrées par les salariés eux-mêmes. Un service public financé par la cotisation plutôt que par l’impôt, une richesse socialisée contrôlée par les producteurs plutôt que par des technocrates, des usagers ayant voix au chapitre : idée d’avenir…

 

Utopie, rétorquera-t-on !

Mais, dans les circonstances actuelles, refonder l’intérêt général n’est pas moins irréaliste que défendre le statut des cheminots. Non pas qu’il faille abandonner ce dernier. Mais le meilleur moyen de le sauver consiste à l’universaliser : à rendre au service public sa vocation fondatrice d’avant-garde du bonheur commun. 

 

Services publics : Refonder plutôt que réformer !

 

-Vu d'ailleurs, TRANSPORTS : les privatisations et la concurrence coûtent plus cher que le service public

Intervention de Jean-Luc Mélenchon à l’Assemblée nationale le 12 septembre 2019. Il a dénoncé la volonté d’ouvrir le réseau de la RATP à la concurrence et la désarticulation du service public qui était à l’oeuvre dans cette volonté.

 

Jean-Luc Mélenchon a également dénoncé le coût supplémentaire occasionné par le privé, qui doit faire de la publicité pour gagner des parts de marché et verser des dividendes pour satisfaire ses actionnaires. Il a expliqué comment le privé gérait les services rentables et laissait au service public le soin de s’arranger du reste.

 

Surtout, le président du groupe « La France insoumise » a expliqué que dans la nouvelle organisation du territoire, chaque Français parcourait en moyenne 45km par jour et que la mobilité n’était pas un choix mais une obligation. Il a donc appelé à ce que le service public en assure correctement la gestion.

Notes :

[1] Défini comme l’ensemble des sociétés directement détenues majoritairement par l’État ou appartenant à des groupes dont la tête est détenue majoritairement par l’État.

[2] Tableaux de l’économie française, Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), coll. « Insee références », Paris, 2018, www.insee.fr

[3] www.oui.sncf/aide. Sur ce processus, cf. Laurent Bonelli et Willy Pelletier (sous la dir. de), L’État démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse, La Découverte - Le Monde diplomatique, Paris, 2010.

[4] Danièle Linhart, « Comment l’entreprise usurpe les valeurs du service public », Le Monde diplomatique, septembre 2009

[5] Lire Bernard Friot, « En finir avec les luttes défensives », Le Monde diplomatique, novembre 2017

[6] Anicet Le Pors, « Les fonctionnaires, voilà l’ennemi »

 

Pour en savoir plus :

- Les étudiants livrés au marché de l’anxiété

- L’intérêt général à la casse, réussir sa contre-révolution

- Il paraît que les petites lignes de chemin de fer coûtent trop cher

- De Saint-Just à Macron, variations sur un même thème

- « Pas concernés »

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5 septembre 2019 4 05 /09 /septembre /2019 12:35
Retraites : bloquer le projet de Macron... et revendiquer l'amélioration du système actuellement en place !
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Le Président des riches (Macron) vient de nommer Jean-Paul Delevoye (quI a déjà était déjà chargé il y a seize ans de modifier le système de retraite des fonctionnaires sous Jean-Pierre Raffarin, avec un certain François Fillon)[1] au gouvernement comme « Haut-Commissaire à la Réforme des Retraites » avec comme objectif de mener à bien la suppression des régimes actuels de retraite et leur remplacement par un « Système universel par points[2] ».

 

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