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11 juillet 2025 5 11 /07 /juillet /2025 13:50
Se convertir au sionisme : comment les descendants des nazis sont devenus les “ nouveaux juifs ”

Dans le cadre de son “ nouveau chapitre ” historique, l’Allemagne s’est transformée en une sorte de shtetl juif. Les descendants des nazis adoptent des symboles juifs, admirent le sionisme et s’attaquent aux juifs qui critiquent Israël – le tout bien sûr, au nom de la lutte contre l’antisémitisme.
Lors de ma première année à Berlin, j’ai entendu un enfant raconter cette “ blague ” : “ Quelle est la différence entre les juifs et les musulmans ? Les juifs, eux, y sont déjà passés. ” Ce n’était pas drôle à l’époque, et ça l’est encore moins aujourd’hui, car comme dans toute blague, il y a un fond de vérité. Ici, cette vérité touche aux fantasmes meurtriers de la majorité blanche et aux peurs des minorités. L’enfant qui a raconté cette blague était juif, petit-fils de survivants de la Shoah qui ressentent aujourd’hui un certain soulagement, car ils “ y sont déjà passés ”.
Texte écrit par Iris Hefetz et publié en hébreu le 30.06.2025 sur le site de la revue Mekomit, traduit par les membres de Tsedek! avec son autorisation. 
Iris Hefetz est psychanalyste et membre de l’organisation « La Voix Juive pour une Paix Juste au Moyen-Orient ».

 

 

Sources : Iris Hefetz |
- L’Allemagne d’il y a 23 ans était une autre Allemagne.
C’était encore une société et un État antimilitaristes et antinationalistes, qui respectaient dans une certaine mesure leur Constitution et le droit international. À l’époque, un million de personnes avait défilé contre la guerre illégale des États-Unis en Irak à laquelle l’Allemagne avait refusé de participer. C’était une société dans laquelle de nombreuses personnes avaient personnellement vécu les conséquences du régime nazi, et les séquelles de ce projet mégalomane, ainsi que de la guerre froide. Les pancartes contre la course à l’armement face à l’URSS affluaient en masse à Berlin.

 

Konrad Hermann Joseph Adenauer , né le 5 janvier 1876 à Cologne et mort le 19 avril 1967 à Rhöndorf, est un homme d'État allemand.
Konrad Adenauer

🔴 L’Allemagne d’après la défaite nazie était un lieu en ruines. Son premier chancelier, Konrad Adenauer, déclara dans une interview télévisée :

  • Nous avons causé un tel tort aux juifs, commis contre eux des crimes si horribles, qu’il fallait les expier ou  les réparer d’une certaine manière, si nous voulions regagner le respect des peuples du monde. ”
  • Puis il ajouta un point crucial :
    Le pouvoir des juifs – même aujourd’hui, surtout en Amérique – ne doit pas être sous-estimé. C’est pourquoi j’ai consciemment et modérément investi tous mes efforts dans la réconciliation entre le peuple allemand et le peuple juif. ” Cette déclaration antisémite, qui attribue un pouvoir aux juifs, reflète une vision toujours vivace aujourd’hui. Elle s’accorde avec le fait qu’Adenauer employait Hans Globke, un nazi ayant contribué à rédiger les lois de Nuremberg, comme secrétaire général de son cabinet (avec l’approbation de Ben Gourion, qui avait signé l’accord de réparations).

 

L’identification - elle-même antisémite - entre Israël et les juifs est aujourd’hui plus forte que jamais et caractérise particulièrement la politique de l’Allemagne post-réunification. Si autrefois les juifs étaient perçus comme des “ autres ” menaçants qu’il fallait anéantir, aujourd’hui – après que l’Allemagne a exterminé une grande partie des juifs d’Europe et certains d’Afrique du Nord – les juifs sont devenus des accessoires convoités. Autrefois, pour qu’une Allemande puisse “ se libérer  de son passé nazi, elle devait aller dans un kibboutz comme volontaire, trouver un kibboutznik séduisant, se convertir selon les règles strictes, et mettre au monde des enfants qui rejoindraient l’armée, faisant d’elle une “ bonne juive ”.

 

 

- Noa Tishby en Allemand
Aujourd’hui, ce long parcours n’est plus nécessaire. La majorité des Allemands s’est convertie au sionisme, se passant de la circoncision ou de toute démarche religieuse. Une partie de la “ gauche ” allemande est composée d’hommes en quête d’une identité qu’ils ont su trouver dans l’image d’Israël. Ils parlent comme Noa Tishby, s’enveloppent dans des drapeaux de l’Etat israélien ou de son armée, assistent à des spectacles de danses folkloriques pour fêter les relations diplomatiques, et sauvent les juifs de “ l’antisémitisme ”.

 

🔴 Selon des données publiées dans le magazine israélien berlinois Spitz (article supprimé par la suite), plus de la moitié des plaintes pour actes antisémites en Allemagne proviennent  par exemple d’Allemands chrétiens, dont les grands-parents étaient nazis, qui se disent agressés par des juifs manifestant contre Israël.

Il semblerait que les petits-enfants de nazis sont très sensibles aux “ attaques antisémites ” censées les viser, surtout si elles viennent de juifs ou d’Israéliens. Cela blesse leurs sentiments et trouble leur identité. Le journaliste d’Haaretz Itay Mashiach[0], qui a enquêté sur les chiffres prétendument élevés de l’antisémitisme en Allemagne, a découvert qu’ils sont largement manipulés, sans transparence, souvent basés sur des échanges de mails avec une seule personne – chaque mail étant compté comme un “ incident antisémite ”.

 

Moshe Zimmermann, Israeli historian: ‘Jewish nationalism tends to consider everything that does not belong to its nation as the enemy’
M. Zimmermann, 01/2024.Avishag Shaar-Yashuv

🔴 Autre exemple : le professeur d’histoire Moshe Zimmermann a déclaré devant le parlement du Land de Saxe que la leçon tirée de la Shoah se devait d’être universelle - et qu’elle serait donc valable aussi pour Israël.
L’Office fédéral de surveillance de l’antisémitisme a décidé que cette déclaration équivalait à comparer Israël au régime nazi, et l’a classé comme “ incident antisémite ”. Comme ces institutions sont conscientes du fait qu’elles se ridiculisent, elles n’ont pas précisé qu’il s’agissait d’un juif israélien (issu d’une famille de survivants de la Shoah allemande) mais le décrivent comme un simple “ orateur ”. C’est aussi le cas pour tout juif ayant manifesté contre le génocide à Gaza depuis le 7 octobre avec une pancarte s’identifiant comme tel : tous les membres de l’organisation Jüdische Stimme (Voix Juive pour la Paix[1]) et d’autres non affiliés ont été arrêtés et ont fait l’objet d’accusations (d’incitation ou d’usage de symboles inconstitutionnels) qui ont par la suite été levées. J’ai moi-même été arrêtée cinq fois. Ces cas nourrissent les statistiques des “ incidents antisémites en Allemagne ”.

 

🔴 La célèbre « culture du souvenir » allemande, originellement portée par des membres de la société civile - des personnes fouillant dans les archives familiales et de quartier et confrontant leurs proches qui niaient souvent avec véhémence les crimes de leurs parents et grands-parents - a beaucoup changé.
A la place de ces projets individuels et marginaux, cette culture de la mémoire s’est institutionnalisée en un projet étatique doté de moyens financiers importants. La chute du mur n’a pas seulement été un moment de joie : pour beaucoup elle a aussi suscité l’angoisse. C’était la fin de la punition infligée à l’Allemagne pour sa folie meurtrière qui avait conduit à deux guerres mondiales et à des millions de morts en Europe. Cette marque d’infamie a été effacée aux yeux de l’Allemagne, qui s’est alors engagée dans un nouveau chapitre.

 

🔴 L’une des étapes fut la création du Mémorial aux juifs assassinés d’Europe, en plein cœur de Berlin.
Elle fut initiée par une Allemande chrétienne du nom d’Edith Rosh, qui a changé son prénom en Lea. La communauté juive institutionnelle n’a pas été impliquée dans ce projet, et Rosh l’a clairement fait savoir au chef de la communauté : “ Cela ne vous concerne pas, ce sont les descendants des agresseurs qui construisent le mémorial, pas les juifs. Mais ce serait bien si vous pouviez acquiescer d’un signe de tête. Le peuple allemand érigera un mémorial afin que tout le monde comprenne que nous avons traité notre histoire ”. Puis elle a ajouté cette phrase : “ Nous, les Allemands, devons poser un signe clair et visible, fournir une preuve publique du fait que nous assumons la responsabilité de notre passé, et que nous avons l’intention d’écrire un nouveau chapitre de notre histoire.

 

 

- Le Shtetl juif, version Allemande
Dans le cadre de ce “ nouveau chapitre ”, l’Allemagne s’est transformée en une sorte de shtetl juif. Il n’existe aucun autre endroit au monde où l’on peut entendre autant de musique klezmer, adaptée à l’oreille allemande. Les prénoms les plus courants en Allemagne ces dernières décennies sont des prénoms hébraïques et juifs. Une liste aléatoire d’étudiants semble tout droit sortie de Mea Shearim : Samuel, Yaakov, Esther, Yehudit, Léa, Rahel, Rivka, Hanna — et bien sûr, le prénom juif par excellence pour les femmes : Sarah. Les Chrétiens ont enfanté leurs propres juifs, comme si ces derniers n’avaient jamais été exterminés.

 

🔴 L’État allemand a commencé à financer la conversion de chrétiens au judaïsme dans un cadre réformé, recréant ainsi le judaïsme libéral allemand qui avait été anéanti - une “ nouvelle judaïté ” évidemment bien plus désirable que celle des ultra-orthodoxes, qualifiés d’” Ostjuden ”.
Des départements d’études juives ont poussé comme des champignons après la Shoah, avec un corps enseignant composé presque entièrement de chrétiens convertis formant des rabbins au sein des universités[2] (comme on y forme aussi les pasteurs protestants, ou les médecins, qui passent ensuite des examens d’État). Les écoles rabbiniques ont envoyé des rabbins dans tous les recoins de l’armée et de la police, et l’Allemagne s’en est vantée — bien qu’il n’y ait même pas un seul minyan dans l’armée ou la police allemande, pas même pour Yom Kippour.

 

🔴 Il s’agit d’un Luftgeschäft - une entreprise fictive - visant à améliorer l’image de l’Allemagne, en lui permettant de redevenir ce qu’elle était avant la Seconde Guerre mondiale : autrement dit, nier la Shoah en créant l’illusion d’un retour à une vie juive d’avant-guerre.
C’est pour cette raison qu’être juif est devenu quelque chose de très convoité en Allemagne. Tellement convoité, que les suppléments des journaux sont remplis de scandales :

▪️ on découvre fréquemment qu’un grand rabbin s’était en fait fait passer pour juif ;

▪️ deux auteurs juifs se disputent afin de savoir “ qui est juif ”, parce que l’un n’a qu’un seul grand-père juif qui a été dans un camp de concentration, et l’autre a deux parents juifs ;

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Berliner Zeitung

▪️ Le dernier scandale[3] a éclaté lorsque l’auteure Deborah Feldman a découvert par hasard que le rédacteur en chef du journal de la communauté juive institutionnelle en Allemagne - financé par l’État - se présentait comme juif et utilisait ce statut pour discréditer toute personne qui ne soutiendrait pas Israël. Il affirmait que la famille de sa mère iranienne avait jadis été juive et qu’elle avait adhéré à la foi bahaïe en Iran uniquement à cause des persécutions antisémites (histoire fortement invraisemblable, puisque les bahaïs sont beaucoup plus persécutés que les juifs en Iran).

 

🔴 Donc, il y a en Allemagne de nombreux “ faux Jjuifs ” - des chrétiens convertis au sionisme - qui “ protègent la vie juive en Allemagne ”.
Et qui vient perturber ce récit ?

  • Ce sont les juifs non sionistes, ceux qui refusent que le duo Allemagne–Israël parle en leur nom. Aujourd’hui, environ un tiers des personnes licenciées, interdites de parole dans les espaces publics ou soumises à un boycott silencieux pour “antisémitisme” en Allemagne, sont des juifs[4]. Des Allemands d’origine chrétienne ou avec un histoire familiale nazie traitent des juifs d’antisémites.
  • Récemment, la cheffe de la police de Berlin a déclaré dans une interview au journal libéral Die Zeit[5] qu’elle déconseillait aux juifs et aux homosexuels de se rendre dans certains quartiers de Berlin, à forte population immigrée. Lorsqu’on lui a demandé si elle disposait de données empiriques pour justifier cette mise en garde, elle a répondu que “ heureusement, rien ne s’était produit ”, mais que tout de même, des policiers allemands étaient victimes d’attaques à caractère antisémite lors des manifestations pro-palestiniennes. Cela inclut bien sûr tous les juifs qui ont été arrêtés par la police et parfois même battus. Les images de ces violences policières circulent de manière virale à travers le monde[6], et exposent la réalité de “ la protection de la vie juive en Allemagne ”. En vérité, les “ nouveaux juifs ” sont les policiers allemands.

 

🔴 En Allemagne, les juifs sont censés soutenir la société à majorité blanche et raciste qui persécute à la fois les musulmans mais aussi les migrants.
L’Allemagne, comme la plupart des pays occidentaux, est dépendante de l’immigration. Après de nombreuses années de faible natalité, elle manque de travailleurs dans presque tous les secteurs. Un quart des employés du système de santé allemand, qui souffre déjà d’une pénurie de personnel, sont des migrants ou des personnes ayant un “ arrière-plan migratoire ” (terme de la bureaucratie allemande selon lequel - comme dans les lois de Nuremberg - ceux qui ont un grand-père ou une grand-mère migrants appartiennent à cette catégorie).

 

🔴 Cela a poussé l’ancienne chancelière Angela Merkel à accueillir en Allemagne une grande vague d’immigration, principalement en provenance de Syrie[7], ce qui a été un succès sur le plan de l’emploi.
La politique économique de l’Allemagne s’étant ces dernières décennies orientée vers le néolibéralisme (ce qui creuse les écarts entre riches et pauvres, fragilise la classe moyenne et affecte les services publics privatisés puis rachetés, etc.), cette immigration permet de désigner un bouc émissaire classique : après avoir exterminés les juifs, ce sont désormais les musulmans et les arabes qui sont visés. Des études font état d’une discrimination évidente envers les non-blancs, surtout à des postes d’influence. Les Allemands blancs n’ont pas de problème avec les médecins musulmans, les avocats arabes ou les ingénieurs noirs. Il y a un problème quand ils accèdent à des positions de pouvoir : de députés, d’enseignants, de politiciens, de juges. Dans ces cas-là, des oppositions se font entendre.

 

Les persécutions et les discriminations se sont nettement aggravées depuis les attentats du 11 septembre, et, si l’on pensait que la situation s’était un peu calmée, la politique des élites allemandes après le 7 octobre a détruit la société allemande unifiée.

 

- Israélisation de la politique

L’Allemagne connaît une israélisation de sa politique : après de nombreuses années avec  un gouvernement de coalition, le programme de l’ensemble des partis a dérivé vers la droite (vous savez comment c’est, il faut faire des compromis, influencer de l’intérieur, etc.). La motivation principale des politiciens est de conserver leur pouvoir, tandis que les lobbies font leur travail. 

 

🔴 Autrefois, l’Allemagne se caractérisait par une vie politique austère, des débats parlementaires sans éclat et des fonctionnaires absorbés par la rédaction de lois sophistiquées.
Mais ces dernières années, le Parlement est le théâtre de scènes d’enthousiasme collectif. Tous, de gauche comme de droite dans cette unité blanche allemande tant convoitée, applaudissent suite à une mesure adoptée contre le mouvement BDS qui implique de contourner la constitution allemande, ou s’emballent après avoir validé un dépassement budgétaire destiné à investir des millions d’euros dans l’armement. Selon eux, l’Allemagne “ a travaillé sur son passé ” et peut ouvrir un nouveau chapitre. Comme l’a dit le chancelier allemand, “ l’Allemagne fait son comeback ”.

 

🔴 L’identification à Israël accompagne l’Allemagne dans son retour vers un État militaire.

  • Elle contribue à briser le tabou du nationalisme ;
  • elle participe aussi à la réhabilitation de l’image de l’homme allemand, qui, dans les années suivant la guerre, avait tenté de ne plus être “ allemand ” en mettant en avant des traits plus doux - une éducation non autoritaire des enfants, le fait de fumer (les nazis y étaient opposés), le tricot, le port de salopettes dans des communautés de gauche, et parfois même le soutien à la cause palestinienne.

Tout cela est désormais dépassé. L’Allemagne est en crise économique depuis au moins deux ans. Son industrie automobile s’effondre et se transforme en industrie de l’armement. Les actions des entreprises d’armement allemandes montent en flèche, et des “ experts en sécurité ” parlent dans les studios et les journaux de la formidable et sophistiquée armée israélienne comme un modèle à suivre.

 

F. Merz, 17 juin 2025, à Kananaskis, au Canada

🔴 Récemment, le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré qu’Israël “ fait pour nous le sale boulot[8] ” en référence à une attaque contre l’Iran.
Roderich Kiesewetter,l ’expert en sécurité de son parti a affirmé : “ Nous sommes aussi prêts à mourir pour Israël[9] ”. C’est ainsi que l’Allemagne – pays où la collectivisation était tabou – construit un “ nous ” et prépare la société à la conscription obligatoire (qui existe dans la loi mais n’est pour le moment pas appliquée). Ces déclarations antisémites sur des juifs qui feraient le “ sale boulot ” pour l’Allemagne ne sont pas nouvelles, et qualifier le meurtre de civils de “ sale boulot ” rappelle le discours de Posen prononcé par Himmler, ou le propos de Rudolf Höss lors des procès de Nuremberg. L’Allemagne fait son come-back.

 

🔴 Ce retour en force implique, comme en Israël, des attaques contre les organisations de la société civile.
Et cela se traduit par :

  • des attaques contre des avocats et des tribunaux ;
  • la violence policière pour réprimer les manifestations de la gauche contre les néonazis qui défilent déjà en plein cœur de Berlin, ou les manifestations pro-palestiniennes (un nouveau rapport du commissaire aux droits de l’homme de l’Union européenne en fait état[10) ;
  • la qualification de l’organisation “ Derniè]re Génération ” — qui lutte contre la crise climatique et dont les militants se sont physiquement collés à la chaussée sur des autoroutes  — comme organisation terroriste ;
  • la persécution politique des organisations pro-palestiniennes ;
  • les attaques contre la liberté d’expression (interdiction d’entrée à des intervenants, y compris des citoyens européens ou des employés de l’ONU qui parlent de la question palestinienne, présence de policiers lors des conférences où ils s’expriment, usage d’agents secrets dans les universités “ pour protéger la vie juive en Allemagne ”) ;
  • des artistes qui avaient trouvé refuge en Allemagne, parce qu’on pouvait y étudier gratuitement et obtenir des bourses généreuses pour des projets artistiques, commencent à partir. L’Allemagne a adopté la définition de l’antisémitisme de l’IHRA[11][12] et les artistes qui reçoivent une bourse doivent la signer, et si leur projet est jugé non conforme à cette définition, ils doivent alors rembourser l’argent.

En bref, tout l’arsenal des États autoritaires est mis en œuvre sous couvert de lutte contre l’antisémitisme.

 

🔴 En même temps :

  • des politiciens tels que le chancelier parlent du “ drapeau juif ” en désignant le drapeau d’Israël ;
  • et des journalistes (du journal Der Spiegel, à deux reprises déjà) ont écrit à propos d’événements qu’ils avaient eu lieu à “ l’ambassade juive à Berlin ”.
  • Par ailleurs, certains policiers ont été surpris en train d’échanger dans des groupes de discussion où circulaient des propos néonazis, tandis que le pays est dirigé par des descendants de nazis, dont certains revendiquent cet héritage ou choisissent de garder le silence (le chancelier actuel est resté silencieux sur le passé nazi de son grand-père[13], celui d’Annalena Baerbock, ancienne ministre des Affaires étrangères, et les grands-pères de Beatrix von Storch du parti d’extrême droite étaient soldats dans l’armée allemande, et l’un d’eux fut ministre nazi des Finances).

 

Il est probable que les attaques actuelles contre la société civile ne soient pas liées au conflit israélo-palestinien, mais que la “ lutte contre l’antisémitisme ” serve de levier pour promouvoir un agenda politique de droite, à un moment où les migrants arrivés en Allemagne lors de la vague de 2015 deviennent citoyens et gagnent en influence politique. L’Allemagne leur fait comprendre[14], aux millions de Syriens, Turcs, Afghans, qu’ils peuvent bénéficier de ce qu’elle a à offrir à condition qu’ils soient “ de bons migrants ”, c’est-à-dire s’ils acceptent d’être des sujets sans droits politiques. Comme en Israël : soyez de bons Palestiniens, occupez-vous du folklore, du houmous ou de la musique orientale, la majorité blanche s’occupe du programme politique. 

 

🔴 L’Allemagne est entrée dans une course à l’armement et fournit à Israël au moins un tiers des armes utilisées pour le génocide à Gaza[15].
On y observe également une montée significative de la droite[16] et des tendances autoritaires qui se sont clairement renforcées au fil des années. Malgré tout cela, à la différence d’autres pays occidentaux adoptant des politiques comparables, l’opposition demeure très timide. Suite à une campagne d’épuration dans la presse, il n’y reste essentiellement que des journalistes qui font la promotion d’Israël et amplifient ses discours. Il y a là une politique d’incitation et de répression de toute activité et voix critique envers la politique israélienne, et ce n’est que récemment, après les dernières élections, que des politiciens s’opposant clairement au génocide mené par Israël sont entrés au parlement.

 

🔴 Pourtant, une majorité écrasante de la société allemande s’oppose de manière constante à la fourniture d’armes à Israël[17].
Et malgré toute la propagande pro-israélienne et les drapeaux israéliens qui flottent au-dessus de chaque bureau gouvernemental en Allemagne, 73 % des individus pensent qu’Israël commet un génocide à Gaza, même si les manifestations contre ce génocide mobilisent peu. L’obéissance de l’élite blanche, et la coopération des universitaires et des artistes qui (comme d’habitude) restent silencieux ou s’identifient ouvertement au système, est assourdissante.

 

Se convertir au sionisme : comment les descendants des nazis sont devenus les “ nouveaux juifs ”

Notes :

[0En Allemagne, une chasse aux sorcières fait rage contre les critiques d'Israël. Nombreux sont ceux qui commencent à en avoir assez

[1] Voix juives pour une paix juste au moyen Orient

[2] Rabbin militaire de la Bundeswehr. Plus de rabbins que de soldats ?

[3] Deborah Feldman : Les curmatoires de la vie allemandes. Dans le magazine Die Weltb'hne, l'auteur à succès traite des pièges de l'identité juive. Une impression originale

[4The German Questions w/Emily Dische-Becker

[5Berlin : Le président de la police met en garde les Juifs et les homosexuels contre des endroits dangereux

[6] Un manifestant juif antisioniste affronte la police allemande

[7A l'initiative d'Angela Merkel, le pays a accueilli plus d'un million de réfugiés de Syrie ou d'Irak de 2015 à 2016

[8« Israël fait le sale boulot pour nous tous » : pourquoi cette phrase du chancelier allemand n’est pas qu’un dérapage

[9Roderich Kiesewetter, député du Bundestag : « Nous sommes prêts à défendre la sécurité d’Israël au péril de nos vies. » 

[10] L'Observatoire européen des droits de l'homme suscite des inquiétudes quant à la liberté d'expression en Allemagne dans le contexte des manifestations de Gaza 

[11] La définition déformée de l'antisémitisme protège Israël de toute critique. L'IHRA a été créée en tant qu'organisation internationale pour lutter contre l'antisémitisme, mais ses définitions actuelles du terme sont devenues un outil pour museler toute critique à l'égard d'Israël. Au lieu de s'excuser de l'occupation, Israël est devenu un accusateur.

[12] L'IHRA Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste

[13Merz peut-il rester silencieux en tant que chancelier? Le grand-père de Friedrich Merz a essayé d'inclure sa propre inclusion dans le NSDAP – et est devenu membre auparavant plus connu. 

[14La police allemande cible-t-elle délibérément le mouvement de solidarité pro-palestinien ?

[16] L'extrême droite incarnée par l'AfD s'impose comme la principale force d'opposition en Allemagne, après les élections fédérales anticipées. En Allemagne de l'Est, un homme sur quatre a voté pour le parti d'extrême droite

[17La guerre au Moyen-Orient : 80 % des Allemands critiquent les actions israéliennes dans la bande de Gaza

 

Pour en savoir plus :

Juifs rescapés de la shoah, opposants à l’ultranationalisme d’Israël

- Pourquoi le gouvernement allemand soutient le génocide à Gaza ?

 

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21 juin 2025 6 21 /06 /juin /2025 12:53
Ugo Palheta sociologue, maître de conférences à l’université de Lille et chercheur au Cresppa-CSU.

Ugo Palheta sociologue, maître de conférences à l’université de Lille et chercheur au Cresppa-CSU.

Sociologue spécialiste des extrêmes droites, Ugo Palheta analyse dans son dernier ouvrage l’accélération du processus de « fascisation » en France. Comment le fascisme gagne la France est une version largement remaniée et augmentée d’un premier opus, la Possibilité du fascisme, paru en 2018. Ugo Palheta y note une progression des thèses racistes et xénophobes, tout en réfutant l’inéluctabilité d’une victoire prochaine du Rassemblement national[0]. À condition de « renouer avec l’antifascisme ». Il appelle à un sursaut et à un débat stratégique au sein de la gauche.

 

 

Sources : l'Humanité |
- Diego Chauvet : Qu’est-ce qui a changé depuis « la Possibilité du fascisme » paru en 2018 pour justifier cette nouvelle édition ?
Ugo Palheta : Le changement tient surtout à l’amplification de dynamiques que j’avais identifiées à l’époque, et pour commencer la progression électorale du Rassemblement national (RN). En 2018, on croyait encore que le RN avait atteint un plafond de verre. Après le débat raté de Marine Le Pen face à Emmanuel Macron en 2017 et les mauvais scores du parti aux législatives qui avaient suivi, beaucoup pensaient que l’extrême droite était durablement affaiblie. En réalité, elle a depuis poursuivi une dynamique de renforcement. Aujourd’hui, elle constitue le seul bloc en expansion dans un paysage politique tripolaire, aux côtés du pôle néolibéral-autoritaire (Macronie-LR) et du pôle de gauche. Autre amplification majeure : le durcissement autoritaire de l’État.

 

Cela avait commencé sous Nicolas Sarkozy et François Hollande, mais cela a pris une ampleur inédite avec Emmanuel Macron :

  • répression brutale des mobilisations (gilets jaunes, quartiers populaires, Sainte-Soline…)[1]
  • surarmement de la police ;
  • interdictions croissantes de manifester[2] ;
  • marginalisation du Parlement…
  • Ce basculement s’accompagne de la banalisation et de la radicalisation du racisme d’en haut[3].

Non seulement les politiques anti-immigrés ont été considérablement durcies par les droites au pouvoir, mais les partis et médias dominants n’ont cessé de construire l’islam et les musulmans comme ennemi de l’intérieur[4]. Les deux meurtres récents visant explicitement des musulmans nous rappellent une fois de plus que ce racisme tue.

 

 

- Diego Chauvet : Pourquoi le discours sécuritaire et xénophobe de la droite et du centre ne siphonne-t-il pas l’électorat de l’extrême droite  ?
Ugo Palheta : En fait, ces stratégies ne neutralisent pas l’extrême droite. Au contraire, elles banalisent ses idées et les rendent hégémoniques. Prenons 2007 : Nicolas Sarkozy a capté une partie de l’électorat du Front national, mais ça n’a été que provisoire. En reprenant les thèmes de l’extrême droite, les partis traditionnels déplacent le centre du débat public vers ses obsessions[5] : immigration, islam, insécurité. Être hégémonique pour une force politique, c’est, notamment, parvenir à imposer les termes du débat, donc que les autres forces débattent ou légifèrent à partir de ce qui fait « problème » pour vous. Ainsi, quand la droite ou le centre gauche reprennent les obsessions de l’extrême droite, ils contribuent à bâtir les conditions de son hégémonie. À court terme, ils peuvent grappiller des points aux élections mais, à moyen et long terme, c’est l’extrême droite qui rafle la mise.

 

 

- Diego Chauvet : Vous notez également une part de responsabilité de la gauche. Quelle est-elle ?
Ugo Palheta : Le premier problème, c’est que la gauche dite de gouvernement a elle-même mené des politiques destructrices socialement :

  • austérité sous François Mitterrand (la « rigueur »)[6] ;
  • privatisations massives sous Lionel Jospin[7]
  • politique de l’offre sous François Hollande[8].

Ces choix ont généré précarité, insécurité sociale, concurrence généralisée. Mais, si cette insécurité sociale a pu favoriser l’extrême droite, c’est que les politiques néolibérales, de droite comme de gauche, se sont accompagnées de discours et de politiques anti-immigrés et plus tard islamophobes. Si bien que les incertitudes et les peurs croissantes (de la précarité, du déclassement, etc.) ont été politisées selon un schéma xénophobe et raciste, orientées vers des boucs émissaires fournis notamment par toute l’histoire coloniale de ce pays : immigrés, musulmans, quartiers populaires.

 

🔴 La gauche n’a pas troqué les immigrés contre la classe ouvrière.

Elle a durci son discours et ses politiques d’immigration au moment même où elle abandonnait les travailleurs. Mais il y a eu aussi des reculs idéologiques : outre l’acceptation de l’idée qu’il y aurait « trop d’immigrés », tout le discours historique de gauche autour de l’exploitation et de la lutte des classes a disparu dans ces années au profit d’une rhétorique vaguement « citoyenniste » ou contre l’exclusion, qui ne désignait plus aucun ennemi et épargnait ainsi la bourgeoisie. Or ce vide a été comblé par les récits identitaires de l’extrême droite : la nation menacée, l’islam contre la République, l’étranger comme ennemi intérieur.

 

 

- Diego Chauvet : Vous évoquez un basculement de l’État social vers un État pénal. En quoi cela relève-t-il d’une fascisation plutôt que d’un simple durcissement sécuritaire ?
Ugo Palheta : On parle souvent de « dérive », mais cela atténue la portée du phénomène. Mon hypothèse, c’est que ce qui se cherche ou se prépare n’est pas juste un État capitaliste démocratique un peu plus répressif, mais un État d’exception :

  • suspension de l’État de droit[9] ; 
  • dissolution d’organisations[10],
  • écrasement de toute contestation, etc...

En outre, certains groupes – Roms, migrants, musulmans – subissent d’ores et déjà un traitement d’exception. Ce qui commence à la marge finit par s’appliquer à tous, sous la forme d’un État policier[12].

 

🔴 Cette évolution repose aussi sur une alliance renforcée entre autoritarisme et pouvoir économique.

Des secteurs entiers du capital – industries fossiles, sécurité, armement, Big Tech, agrobusiness – parient désormais sur des stratégies autoritaires. Bien sûr, ce durcissement a pour objectif d’imposer la refonte néolibérale des rapports sociaux et de relancer l’accumulation du capital, mais il a aussi des visées banalement électorales : si, dès 2017, Macron a opéré un virage autoritaire et raciste[11], c’était pour capter l’électorat de droite, élargir sa base sociale et ainsi se maintenir au pouvoir en 2022. 

 

 

- Diego Chauvet : Cette fascisation ne résulte-t-elle pas d’une stratégie réussie de la part du RN ?
Ugo Palheta : Le RN a mené une stratégie bien pensée de respectabilisation (dite « dédiabolisation »), mais certaines conditions ont favorisé leur succès.

  • D’abord, cette stratégie n’aurait jamais fonctionné à ce point sans un haut niveau de complicité politique et médiatique, acceptant l’idée même que le RN d’aujourd’hui n’aurait plus rien à voir avec le FN d’autrefois.
  • En outre, le RN prospère sur un terreau d’instabilité et d’incertitudes produit par des politiques néolibérales, face à une gauche impuissante ou carrément complice là encore.

Dans ce contexte, un électorat s’est structuré à partir des années 1980, composé pour l’essentiel de gens qui n’ont jamais été politisés à gauche et qui sont imprégnés profondément par des rhétoriques de droite et d’extrême droite (mêlant refus du prétendu « assistanat » et refus de l’immigration).

 

Pour revenir au FN-RN, Marine Le Pen a cherché à se démarquer des déclarations antisémites et négationnistes de son père (qu’elle avait toujours acceptées jusque-là), tout en conservant l’essentiel de son idéologie. Elle a aussi habilement ajouté plusieurs notes à sa gamme ethno-nationaliste, par exemple en instrumentalisant la cause des femmes à des fins racistes (les immigrés et les musulmans seraient responsables de la persistance du patriarcat et des violences de genre) ou encore la lutte contre l’antisémitisme, prétendant que les ennemis des juifs seraient aujourd’hui les musulmans et la gauche.

 

 

- Diego Chauvet : Faut-il considérer la progression de l’extrême droite comme inéluctable ? Peut-on encore infléchir cette dynamique ?
Ugo Palheta : Le récit de l’inéluctabilité est lui-même un facteur de défaite. En juillet 2024, l’ensemble des sondages donnaient le RN largement gagnant[13]. Pourtant, ce n’est pas ce qui s’est passé. Certes, il a progressé, mais c’est la gauche qui a obtenu une majorité relative grâce notamment à une forte mobilisation militante[14]. Cela montre que la mécanique peut être brisée. « Ceux qui luttent peuvent perdre, mais ceux qui ne luttent pas ont déjà perdu », écrivait Brecht.

 

Un certain volontarisme est nécessaire, même si l’action en elle-même ne suffit pas : nous avons aussi besoin d’un débat stratégique sérieux pour savoir comment employer nos forces, quelles alliances sont nécessaires pour vaincre et changer la société. Ce livre ne propose donc pas un constat désespéré ou une énième lamentation. Il vise à réveiller les consciences, mais surtout à comprendre comment nous en sommes arrivés là et, à partir de là, à définir une stratégie.

 

 

- Diego Chauvet : Justement, quel est cet antifascisme avec lequel vous appelez à renouer ?
Ugo Palheta : D’abord, cela suppose de refuser la normalisation du RN, sa banalisation. Employer le terme de fascisme, c’est rompre avec un récit anesthésiant et nommer clairement le danger. On le voit avec Netanyahou, Poutine ou Trump, l’extrême droite, ce ne sont pas que des discours, ce sont des actes : massacres (jusqu’au génocide à Gaza), arrestations et expulsions arbitraires, assassinats ciblés, etc.

 

🔴 Renouer avec l’antifascisme, c’est donc d’abord défendre notre camp social, qui inclut l’antiracisme, le féminisme, l’écologie sociale, toutes les luttes contre les dominations.

Cette autodéfense est concrète : face aux agressions d’extrême droite, mais aussi pour protéger les droits fondamentaux des plus vulnérables. Mais l’antifascisme ne peut se limiter à la défense. Il doit redevenir un moteur politique, un point de ralliement. L’été dernier, un front commun a brièvement émergé à partir du ciment que constitue l’antifascisme et il faut prolonger cette dynamique : parce que l’extrême droite s’en prend à tout le monde, il nous faut l’unité des mouvements d’émancipation contre elle.

 

🔴 Le problème, c’est que cela est resté cantonné aux élections.

Le Nouveau Front populaire n’a pas donné lieu à des campagnes de terrain durables, faute de volonté commune et de travail collectif. Or la gauche est forte quand elle fait vivre les luttes, toutes les luttes : dans les quartiers, les villages, les universités et bien sûr les lieux de travail.

 

🔴 Il faut enfin livrer une bataille culturelle.

Pas seulement démonter les mensonges du RN, mais convaincre qu’une politique alternative est possible.

  • Beaucoup partagent nos idées mais n’y croient plus.
  • Il faut restaurer cette confiance, mais aussi articuler les propositions d’urgence à un horizon positif.
  • Ne pas se contenter de dire non aux politiques néolibérales ou répressives, mais formuler le projet d’une société libérée de l’exploitation, du racisme, du patriarcat.

C’est ce que le mouvement ouvrier a longtemps su faire : relier les luttes immédiates à un projet global de transformation.

 

 

🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴

 

 

Comment le fascisme gagne la France De Macron à Le Pen

 

Informations sur l’auteur :

Ugo Palheta, sociologue, maître de conférences à l'université de Lille, est l'auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels Défaire le racisme, affronter le fascisme (avec Omar Slaouti, La Dispute, 2022) ou La Nouvelle Internationale fasciste (Textuel, 2022). Il est également codirecteur de la revue en ligne Contretemps et anime un podcast sur les extrêmes droites intitulé " Minuit dans le siècle ".

 

- Par : Ugo Palheta

Éditions : La découverte

Collection :  Cahiers libres

Parution : 15 Mai 2025

Nombre de pages : 380

Disponibilité : chez l'éditeur La découverte

Format : 140 mm x 205 mm

ISBN : 9782348088209

ISBN numérique : 9782348088384

Prix numérique TTC : 14,99€

Prix papier TTC : 20,90€

 

 

Notes :

[0] François-Xavier Demoures : « Il faut arrêter cette spirale qui nous fait croire que Marine Le Pen a déjà gagné » 

[1] Violences d'État : à Sainte-Soline, la fuite en avant

[2Au prétexte de la participation de collectifs pro-palestiniens, une « marche nocturne féministe radicale » interdite par le préfet de police

[3] « C’est rempli de Mamadou », « La cage aux folles », « Les cocottes » : la gauche vent debout contre des propos racistes, sexistes et homophobes attribués à Emmanuel Macron

[4] Rapport sur la « menace » des Frères musulmans : le document déclassifié qui agite les passions 

[5] Grand remplacement, identité, sécurité, islam... : les thèmes de l'extrême droite sont partout  

[6Le « tournant de la rigueur » de 1983 : un moment décisif, vraiment ?

[7Le gouvernement Jospin est celui qui a le plus privatisé que la droite

[8Chez Hollande, la politique de l’offre est une constante

[9] Une remise en cause de l'etat de droit désormais assumée

[10C'est au tour d'Urgence Palestine et de La Jeune Garde d'être menacées de dissolution, mais..... Le Conseil d'Etat annule la dissolution des Soulèvements de la Terre

[11Dérive autoritaire et violences policières : la presse étrangère interloquée 

[12Le ministre de l'Intérieur lance une chasse aux migrants dans les gares avec 4 000 policiers et gendarmes

|13SONDAGE EXCLUSIF - Législatives 2024 : le RN plus fort que jamais, la gauche stagne, le camp Macron recule

[14Avec 182 députés élus ou réélus au second tour, dimanche 7 juillet 2024, le Nouveau Front populaire est sorti victorieux des élections législatives devant le camp présidentiel et le Rassemblement national.

 

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10 juin 2025 2 10 /06 /juin /2025 21:00
Congrès du PS 2025 : la victoire en trompe-l'œil d’Olivier Faure

Patrick Kanner, sénateur socialiste " Le Parti Socialiste est rentré dans une logique groupusculaire dans un climat crépusculaire[obis] "

 

 

Le premier secrétaire sortant a été réélu avec 50,9 % des suffrages exprimés, dans un congrès qui n’a bénéficié d’aucune réelle dynamique. Faible participation, effectifs en recul, clivages surjoués : le Parti socialiste n’est pas sorti de sa convalescence.

 

 

Sources : Mathieu Dejean | mis à jour le 18/06/202

- C’est une victoire au goût amer, mais une victoire quand même.

Olivier Faure est arrivé en tête du vote des adhérent·es du Parti socialiste (PS), jeudi 5 juin, avec 50,9 % des suffrages exprimés. Il devance de peu son adversaire Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen (Seine-Maritime), qui a engrangé 49,1 %. Les résultats doivent être ratifiés entre les 13 et 15 juin à Nancy (Meurthe-et-Moselle), où se terminera le congrès.

 

« Dès demain, nous poursuivrons le travail commencé en 2018 pour amplifier la dynamique, avec un Parti socialiste ancré au cœur de la gauche », a déclaré Olivier Faure sur X[0]. Pour ses partisan·es, sa reconduction au poste de premier secrétaire est un soulagement d’autant plus grand que sa défaite aurait mis un terme à la tentative – déjà fragile – de construction d’une candidature commune de la gauche et des écologistes pour la présidentielle de 2027.

 

Jusqu’au bout, Olivier Faure s’est posé en passerelle de l’union de la gauche, en s’affichant notamment aux côtés de François Ruffin[1] à Amiens (Somme) – qui s’est dit favorable à une primaire –, rappelant par là même que le scrutin interne du PS dépassait cette année ses frontières. « On a assumé une forme d’honnêteté auprès des militants. On souhaite une candidature commune et on ne fera pas un préalable du fait que ce soit une candidature socialiste », explique Johanna Rolland, maire de Nantes (Loire- Atlantique) et numéro deux du PS.

 

Mais le 81 congrès du PS a surtout mis en lumière la grande faiblesse d’un ancien parti de gouvernement, toujours partagé entre la nostalgie de sa « splendeur » passée et l’acceptation de sa relégation au rang d’une organisation modeste, affaiblie par ses résultats aux dernières élections présidentielles – 6,3 % en 2017 ; 1,7 % en 2022. Et qui ne peut plus prétendre à jouer les premiers rôles.

 

 

- Une victoire limitée
Le résultat du vote sur les textes d’orientation (TO) témoignait déjà de cette indétermination[2] :

  • le TO du premier secrétaire sortant avait obtenu 42,21 % des suffrages exprimés ;
  • celui de Nicolas Mayer-Rossignol, 40,38 %.

Alors qu’Olivier Faure revendiquait, fin 2024, dix mille nouvelles adhésions que l’on pouvait interpréter comme une adhésion à sa ligne unitaire, et qu’il pouvait mettre à son crédit le doublement du groupe socialiste après les législatives de 2024, il n’a bénéficié d’aucune dynamique dans ce congrès. Son résultat est très similaire à celui du congrès de Marseille (Bouches-du-Rhône), en 2023, lors duquel il avait obtenu 50,83 %[3] des suffrages exprimés.

 

  • De son côté, Nicolas Mayer-Rossignol espérait inverser la vapeur après avoir fusionné avec le courant d’Hélène Geoffroy, la maire de Vaulx-en-Velin (Rhône). Il n’en a rien été.
  • Quant à Boris Vallaud, le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, sa candidature a échoué à briser l’étau entre les deux pôles qui s’étaient déjà affrontés au congrès de Marseille[4].

 

🔴 « En fait, tous les trois ont perdu », analyse le politiste Pierre-Nicolas Baudot, spécialiste du PS.

  • Nicolas Mayer-Rossignol est moins fort que ce que la fusion des deux courants aurait dû produire ;
  • Boris Vallaud est arrivé troisième, donc il a été éliminé ;
  • et Olivier Faure n’a pas davantage mobilisé qu’à Marseille, il a simplement un peu moins perdu que les autres.

« Aujourd’hui, le PS n’arrive plus à faire circuler ses mots d’ordre dans la société. » pour Pierre-Nicolas Baudot, politiste

 

S’il a accepté les propositions faites par le patron des député·es socialistes durant la campagne[5] – gouvernance moins verticale, nouvelle école de formation militante… –, le premier secrétaire devra encore compter sur son avis et celui de ses soutiens sur des sujets aussi cruciaux que les alliances et les investitures aux prochaines échéances électorales : municipales et sénatoriales de 2026, comme présidentielle de 2027.

 

Le courant de Boris Vallaud a par ailleurs souhaité une gouvernance large, qui ne se fasse pas sans Nicolas Mayer- Rossignol. Celui-ci avait hérité en 2023 du titre de premier secrétaire délégué, un rôle globalement factice. « Dans les conditions qu’on a posées, il y a cette nécessité d’élargir. Le texte d’orientation de Nicolas Mayer-Rossignol doit rentrer dans la direction nationale pour qu’on sorte de cette logique bloc contre bloc, même si une sensibilité l’a emporté », explique-t-on dans l’entourage de Boris Vallaud.

 

🔴 « Il y a déjà eu des coalitions à la direction du parti, il a même fonctionné ainsi pendant les années 2000-2010 : tous les sous-courants se répartissaient les ressources, sauf l’aile gauche. Mais le camp de Nicolas Mayer-Rossignol n’aura aucun intérêt à travailler collectivement pour un parti dirigé par une autre écurie que la sienne. C’est tout le problème du fonctionnement clanique », décrypte le politiste Pierre-Nicolas Baudot.

 

 

- L’avenir des gauches s’est joué dans un parti rétréci
C’est bien là l’enseignement principal de ce congrès : alors qu’il est en perte d’influence électorale, les logiques anciennes de professionnalisation et de présidentialisation perdurent au PS, éclipsant tout débat d’idées[6]. Si en 2023 la conflictualité entre le camp d’Olivier Faure et celui de Nicolas Mayer-Rossignol pouvait encore s’expliquer par un différend sur l’alliance avec La France insoumise (LFI), ce n’est plus le cas cette année.

 

🔴 Pourtant, les rapports sont toujours aussi tendus.
Rappelons que la présidente de la région Occitanie,
Carole Delga, a menacé de quitter le PS en cas de victoire du premier secrétaire sortant[7]. Interrogé par Le Parisien sur le risque de scission, Nicolas Mayer-Rossignol ne l’a pas complètement écarté : « C’est toujours un danger. Les partis sont mortels, il ne faut pas l’oublier. Mais je ne le souhaite pas du tout.[8] »

 

La raison à ce climat éruptif est prosaïque : « Le PS est un parti recroquevillé sur lui-même, de professionnels de la politique qui ont en ligne de mire la gestion de ses ressources électorales », explique Pierre-Nicolas Baudot. Le corps électoral du parti s’est tellement tari que le poids des responsables locaux et des collaborateurs et collaboratrices d’élu·es est devenu disproportionné. D’où le « fétichisme des petites différences » qui renforce l’antagonisme entre courants internes.

 

Tout montre que cette dynamique interne accompagne voire participe à la dévitalisation du PS. Le nombre d’adhésions est en recul par rapport au congrès de Marseille – 39 000 cette année, contre 40 000 en 2023 –, même si c’est sous François Hollande que la chute a été vertigineuse. Et la participation a été faible au premier comme au second tour du scrutin – 24 700 votant·es environ –, malgré les efforts de la direction pour en dramatiser l’enjeu.

 

Patrick Kanner, président du groupe socialiste au Sénat, a ainsi déploré[9] : « C’est le plus petit nombre d’adhérents depuis 1945. Nous sommes entrés dans une logique groupusculaire, dans un climat crépusculaire. On a une galaxie socialiste très puissante et le paradoxe, c’est que nous avons maintenant un petit parti. »

 

🔴 Enfin, l’abîme entre le PS et le mouvement social, ses organisations et ses préoccupations n’a jamais été aussi profond.

« À l’époque de son hégémonie à gauche, le PS mobilisait par ses réseaux, ses militants étaient aussi à la CFDT ou à la LDH, il y avait donc un lien mécanique entre certains de ses slogans et le fait de voter PS. Aujourd’hui, le PS n’arrive plus à faire circuler ses mots d’ordre dans la société », ausculte Pierre-Nicolas Baudot.

 

Si un obstacle vers une candidature commune de la gauche et des écologistes à la prochaine présidentielle est levé avec la reconduction d’Olivier Faure, [NDLR : sans LFI] ses effets demeurent limités. Rien ne garantit à ce stade un sursaut d’estime ou d’adhésion massif dans l’opinion publique, capable d’enrayer la progression du Rassemblement national (RN).

Notes :

[0Merci aux militantes et militants qui me renouvellent, ce soir, leur confiance

[0bis] Selon le sénateur Patrick Kanner " Le Parti Socialiste est rentré dans " une logique groupusculaire dans un climat crépusculaire "

[1] Avec François_Ruffin en covoiturage, avec Cardon_Remi le 3 juin 2025

[2] Congrès du PS : Olivier Faure résiste à la fronde, Boris Vallaud devient faiseur de rois

[3] Congrès du PS 2023 : des militants soulagés d’avoir « sauvé les meubles »

[4] PS : « Ce congrès 2023 n’aura rien tranché »

[5] Boris Vallaud : « Je voterai pour Olivier Faure, mais ce n’est ni un chèque en blanc ni une ardoise magique »

[6Congrès du PS : le « pour ou contre Olivier Faure » l’emporte sur le débat d’idées

[7Carole Delga menace de quitter le PS si Olivier Faure gagne le congrès

[8Nicolas Mayer-Rossignol : « Aux militants résignés, je dis qu’on peut réveiller le PS »

[9Patrick Kanner sur le PS : « Nous sommes rentrés dans une logique groupusculaire »

 

Pour en savoir plus :
- Voilà pourquoi je déteste le Parti Socialiste !
 - Accords avec LFI : après la réélection d’Olivier Faure à la tête du PS, sa numéro 2 ne l’exclut pas, « au cas par cas »

- Pourquoi nous détestons le Parti socialiste

- Le PS n'est pas de gauche !

- Le député socialiste Philippe Brun " Sans Mélenchon, la gauche française serait au niveau de la gauche italienne "

- " Je ne veux pas rester dans un parti des soumis face aux Insoumis " : le président du département de l'Hérault claque la porte du PS

 

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4 juin 2025 3 04 /06 /juin /2025 15:00

La victoire serrée de Karol Nawrocki sur le candidat libéral Rafał Trzaskowski dans l’élection présidentielle de juin 2025[0] ne représente pas seulement une autre victoire conservatrice — elle ferme effectivement la porte aux droits reproductifs des femmes, à l’égalité LGBT+ et à la gouvernance laïque pour le reste de cette décennie.
 

 

Écrivant pour Krytyka Polityczna, Jakub Majmurek soutient que ce résultat représente quelque chose de bien plus sinistre : l’émergence potentielle d’une coalition de droite radicalisée qui pourrait faire paraître modérés les huit années précédentes de gouvernement du parti " Droit et Justice " (en polonais" Prawo i Sprawiedliwość (PiS)[2]).
Avec les garanties constitutionnelles affaiblies et le populisme autoritaire en pleine expansion mondiale, les mouvements progressistes de Pologne font face à leur heure la plus sombre depuis la chute du communisme.

 

 

Sources : Jakub Majmurek |

- La victoire de la droite n’est pas seulement la défaite du candidat libéral, le maire de Varsovie Rafał Trzaskowski — c’est un blocage politique pour les changements progressistes jusqu’à la fin de la décennie.
Les femmes, les personnes LGBT+ et les cercles de gauche ont finalement perdu leurs chances d’obtenir l’union civile, le droit à l’avortement et un État laïque.

 

Manifestation anti-gouvernementale à Cracovie

Il y a cinq ans (en octobre 2020), des centaines de milliers de femmes sont descendues dans la rues pour protester contre les [décisions restrictives sur l’avortement de Julia Przyłębska[1] [Présidente du Tribunal constitutionnel sous le règne du parti conservateur " Droit et justice ". Il semblait que quelque chose s’était fissuré dans le pays, qu’un espace s’était ouvert pour un changement progressiste. Aujourd’hui, il est clair que si ce soulèvement a eu une chance d’articulation politique, elle a été gaspillée. Après la victoire de Nawrocki, tout indique que les changements pour lesquels on s’est battu alors pourraient arriver au plus tôt en 2030 — si jamais ils arrivent.

 

 

- Pour les électeurs progressistes, la victoire de Nawrocki signifie l’application d’un frein d’extrême droite, voire carrément réactionnaire.
Pour les cinq prochaines années, il ne sert à rien de compter sur l’union civile, l’avortement légal ou des changements statutaires menant à un État laïque.

 

🔴 Bien sûr, on pourrait cyniquement demander quelle différence cela fait, puisque le Sejm (chambre basse du parlement polonais) actuel n’était de toute façon pas capable de les adopter, bloqué par l’ancrage conservateur de la majorité gouvernementale sous la forme du PSL (Parti populaire polonais - un parti centriste agraire[3]), Trzaskowski donnait au moins une chance théorique que quelque chose puisse changer pour le mieux pour les femmes ou la communauté LGBT+ cette décennie. La victoire de Nawrocki ferme définitivement cette possibilité.

 

🔴 De plus, en regardant à quel point la scène politique s’est déplacée vers la droite cette année, Donald Tusk [leader de la Plateforme civique (KO) et Premier ministre actuel] pourrait conclure que Trzaskowski a perdu parce qu’il était trop à gauche et progressiste pour les conditions polonaises.

  • Après tout, les élections présidentielles en Pologne ont toujours été remportées par des conservateurs, à la double exception d’[Aleksander] Kwaśniewski [post-communiste, président 1995-2005].
  • Le seul président de la Plateforme civique — Bronisław Komorowski — représentait l’aile droite du parti, et suggère clairement aujourd’hui que la Plateforme s’est déplacée si loin à gauche qu’il ne s’y retrouve plus.

Si la Plateforme décide que la droite croissante doit être contournée par le flanc droit — comme elle l’a fait plus tôt avec l’immigration — l’espace pour les politiques de gauche au gouvernement se rétrécira encore davantage.

 

🔴 Si, dans le cadre de l’idée de se déplacer vers la droite, le gouvernement prend une direction néolibérale, cherchant les voix de Konfederacja [Confédération - un parti libertaire d’extrême droite] pour des lois rejetées par la gauche — et testant ainsi le terrain pour une possible coalition future — on ne peut pas exclure que Nawrocki applique son veto, protégeant certains intérêts des électeurs plus pauvres. Le problème est que de tels vetos ne joueront politiquement qu’en faveur du PiS [Droit et Justice - le principal parti de droite], rendant encore plus difficile pour même la gauche la plus anti-gouvernementale d’atteindre ce groupe d’électeurs.

 

 

- La gauche doit maintenant réfléchir à la suite des événements.

La victoire de Trzaskowski :

  • aurait donné un répit non seulement à la Coalition civique, mais à toute la majorité gouvernementale.
  • aurait ravivé la foi de ses électeurs, y compris ceux de gauche, dans le sens de rester dans une coalition difficile et souvent frustrante.

Nawrocki, jouant très probablement pour la paralysie du travail gouvernemental, avec qui la gauche aura beaucoup plus de mal à trouver un accord qu’avec Andrzej Duda [le président sortant, PiS], change complètement la situation stratégique de la gauche gouvernementale

 

Elle doit maintenant sérieusement considérer les conditions limites pour rester dans l’arrangement actuel, car on peut s’attendre à ce qu’elle continue de perdre du soutien, pour lequel les plus petits partenaires de coalition paieront un prix plus élevé que la Coalition civique hégémonique. C’est le moment où l’on devrait se préparer, en dernier recours, même à l’option de quitter la table — mais de manière à ce que ce soit clair et compréhensible pour les électeurs, que cela se réfère à leurs valeurs et intérêts.

 

Il est très possible que des élections parlementaires nous attendent dès l’année prochaine, si les deux principaux centres du duopole décident que c’est la seule façon de traiter le blocage sur la ligne Palais présidentiel — Sejm. Beaucoup plus tôt que probablement quiconque à gauche ne l’assumait, il faudra donc répondre à la question de savoir s’il faut parier sur une liste [contre la droite] ou sur un départ séparé [pour la gauche].

 

 

- Sans mesures de sécurité
En même temps, la victoire de Nawrocki ouvre la voie à une future coalition de PiS et Konfederacja[4]. Le PiS est condamné à ce partenaire de coalition. Peu importe à quel point la gauche pourrait aller dans l’alt-gauche, [le leader du PiS Jarosław] Kaczyński ne pariera jamais sur une telle alliance, ayant à sa droite un parti jeune et dynamique qui impose le langage, la façon de penser et les sujets à une grande partie de sa propre formation.

 

Peut-être, cependant, qu’une coalition PiS–Konfederacja nous attendait de toute façon, considérant la dynamique sociale et l’incapacité de la majorité actuelle à livrer des projets importants pour les électeurs. Néanmoins, la victoire de Trzaskowski aurait au moins appliqué les freins à une telle coalition et garanti le blocage de ses idées les plus anti-progressistes.

 

 

- Dans un avenir proche, nous faisons face à la perspective d’un gouvernement par une droite beaucoup plus radicale que celle de 2015–23.
Et sans mesures de sécurité, car après les années de règne du PiS, la Pologne n’a pas de système judiciaire constitutionnel fonctionnel. On peut s’attendre à des changements de grande portée dans l’esprit d’Ordo Iuris (organisation juridique catholique conservatrice[5]), à une politique utilisant les outils de l’État pour promouvoir activement ou même imposer des valeurs, idéologies et modes de vie conservateurs à la société. Peut-être combiné avec des actions dans le style de Viktor Orbán, [Premier ministre hongrois] visant la possibilité de fonctionnement libre des médias, ONG et institutions culturelles vues défavorablement par le gouvernement.

 

Il est difficile d’imaginer Nawrocki bloquant les impulsions autoritaires d’une coalition de droite dans cette matière. Je ne le vois pas non plus dans le rôle de gardien de l’héritage social du PiS du premier mandat du gouvernement de Beata Szydło [Premier ministre 2015-2017]. Si un nouveau gouvernement PiS–Konfederacja prend des décisions sur un tournant néolibéral, alors Nawrocki ne le bloquera certainement pas.

 

Pour de nombreux groupes associés à la gauche, la vie en Pologne deviendra bientôt beaucoup plus étouffante, claustrophobe, et la liberté artistique ou académique se rétrécira. Et même un parti de gauche d’opposition fort dans le prochain Sejm Rzeczypospolitej Polskiej (Diète de la république de Pologne[6] — bien qu’il soit important qu’il s’y trouve — ne changera pas grand-chose dans le pays.

 

Tout cela dans le contexte d’un retour de bâton populiste de droite mondial. Pendant plus d’une décennie, quand le PiS a d’abord pris le double électoral [remportant à la fois les élections présidentielles et parlementaires], à l’ère du Brexit et de Trump, la gauche et les libéraux répétaient que des temps difficiles arrivaient. Mais nous pourrions encore avoir la nostalgie des temps difficiles de l’ère de l’hégémonie précédente du PiS, quand Rafał Trzaskowski perdait pour la première fois.

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13 avril 2025 7 13 /04 /avril /2025 13:23
L'état et la place de l'Afrique dans le nouvel ordre mondial

L’Afrique se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins, coincée entre des crises internes, une évolution des rapports de force internationaux et le lent délitement de l’ordre politique post-libéral. Sur l’ensemble du continent, les partis au pouvoir qui ont autrefois acquis une légitimité en tant que forces de libération nationale perdent peu à peu leur emprise ; pourtant, l’offre gouvernementale alternative de l’opposition reste fragmentée et peu convaincante.

 

 

Sources : Will Shoki | 

- Situation de l'Afrique en déclinaison

Les élections mozambicaines de 2024 sont l’un des exemples les plus frappants de ce déclin, le parti au pouvoir, le Frelimo, ayant proclamé sa victoire dans le prolongement d’un scrutin largement dénoncé comme frauduleux. Le chef de l’opposition, Venâncio Mondlane, se présentait sous la bannière du nouveau parti Podemos. Il a accusé le gouvernement d’avoir orchestré une manipulation électorale massive après que des comptages parallèles des voix eurent fait apparaître qu’il avait en réalité gagné. Le parti au pouvoir a répondu aux manifestations de masse par une répression violente[1]. Cela s’inscrit dans une tendance à la répression de la dissidence politique par des moyens de plus en plus autoritaires.

 

🔴 L’illégitimité croissante de ces gouvernements issus de l’après-guerre de libération ne se limite pas au Mozambique.

En Afrique du Sud, l’ANC[0] a perdu sa majorité absolue pour la première fois depuis 1994, ne recueillant qu’environ 40 % des voix aux élections de 2024. Après des décennies de domination politique, le parti se retrouve désormais dans une coalition précaire et extrêmement fragile avec l’Alliance démocratique (DA), son rival de longue date. Cela a contraint l’ANC à adopter une position gouvernementale plus centriste, limitant sa capacité à poursuivre les politiques que sa base traditionnelle pouvait attendre.

 

Alors que certains au sein de l’ANC considèrent cette coalition comme un compromis nécessaire pour maintenir la stabilité, d’autres y voient une trahison de la mission historique du parti, en particulier compte tenu de l’orientation politique néolibérale de la DA. Les conséquences de cette entente restent incertaines : la coalition durera-t-elle, provoquera-t-elle une nouvelle fracture au sein de l’ANC ou donnera-t-elle naissance à des mouvements d’opposition plus forts en dehors du processus électoral traditionnel ?

 

Le déclin de l’ANC s’inscrit dans une tendance plus large en Afrique australe.

  • Au Zimbabwe, le Zanu-PF reste bien ancré grâce à la répression plutôt qu’au soutien populaire, s’appuyant sur le pouvoir judiciaire et la commission électorale pour écarter toute concurrence sérieuse de l’opposition.
  • Parallèlement, le Swapo namibien et le BDP botswanais ont tous deux fait face à des défis électoraux sans précédent (le BDP ayant perdu une élection pour la première fois depuis l’indépendance), ce qui montre que même les partis au pouvoir autrefois stables ne sont plus assurés de victoires faciles.

Le délitement de ces mouvements suggère que les références à la lutte de libération, autrefois si efficaces, ne suffisent plus pour asseoir leur légitimité au pouvoir.

 

 

- Conflit
L'affaiblissement de ces gouvernements se déroule sur fond d'aggravation des conflits et d'instabilité ailleurs sur le continent

Comment le Darfour est devenu une calamité humanitaire et une crise des droits humains
Darfour devenu une calamité humanitaire, une crise des droits humains
  • Le Soudan : reste enfermé dans une guerre dévastatrice entre les forces armées soudanaises (SAF) et les forces paramilitaires de soutien rapide (RSF) du général Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti »[2]. Il s’agit d’un conflit qui a déplacé des millions de personnes tout en s’internationalisant de plus en plus, l’Égypte et les Émirats arabes unis soutenant des camps opposés. La guerre a non seulement aggravé l'effondrement économique du Soudan, mais menace également la stabilité régionale, avec des retombées au Tchad, au Soudan du Sud et en Éthiopie
  • La République démocratique du Congo (RDC) : continue de lutter contre les insurrections armées, en particulier la résurgence du M23, dont le soutien du Rwanda a exacerbé les tensions régionales[3]. Les accusations d’ingérence transfrontalière mettent encore plus à rude épreuve les relations diplomatiques

Ces crises ne sont pas isolées : elles reflètent un échec plus profond de la gouvernance à travers l'Afrique, où l'État est souvent incapable de résoudre les griefs sociaux et économiques sans recourir à la violence.

 

 

- L'effet Trump

L’administration Trump a supprimé plus de 90 % des financements à l’étranger de l’Usaid

En plus de ces crises, l’Afrique est également confrontée à un ordre international en pleine mutation. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a déjà commencé à remodeler les relations entre les États-Unis et l’Afrique. On observe un mouvement vers une approche plus axée sur les transactions et un regain d’intérêt pour la sécurité au détriment du développement. L’une des premières mesures importantes de Trump en matière de politique étrangère a été de réduire considérablement l’aide étrangère, de démanteler l’USAID et de couper les financements de grands programmes dans le domaine de la santé, dont le PEPFAR[4]. Des millions de personnes se sont ainsi retrouvées privées d’accès au traitement du VIH et à d’autres services essentiels.

 

Les pays où les systèmes de santé sont déjà très en difficulté ont été les plus touchés, ce qui a exacerbé les crises de santé publique et pourrait avoir des effets déstabilisateurs à long terme. La justification de ces coupes budgétaires par l’actuelle administration s’enracine dans son principe général « America First »[5]. L’aide étrangère y est considérée comme une dépense inutile plutôt que comme un investissement stratégique dans la stabilité.

 

🔴 Et cela a coïncidé avec un durcissement de la politique américaine en matière d’immigration.

L’actuelle administration envisage une suppression généralisée des visas qui pourrait affecter des dizaines de pays africains, limitant les déplacements des étudiants, des travailleurs et des touristes. Cette politique rappelle les restrictions aux déplacements imposées par Trump lors de son premier mandat. Elle traduit un isolationnisme croissant des États-Unis vis-à-vis de l’Afrique, le continent étant davantage considéré comme un risque en matière de sécurité et de migration que comme un partenaire diplomatique ou économique.

 

 

- Trump et l'Afrique du Sud
L'hostilité de l'administration à l'égard de l'Afrique du Sud a été particulièrement frappante. Trump a expulsé l’ambassadeur sud-africain et imposé des sanctions. C'était en réponse aux politiques d'expropriation des terres de Pretoria et à ses positions de politique étrangère, en particulier ses efforts pour tenir Israël responsable de son génocide à Gaza[6]. L'administration marque cette sympathie pour le Hamas et l'Iran. 

 

Ces mesures punitives reflètent l'inconfort plus large de l'administration à l'égard des gouvernements qui contestent l'hégémonie américaine, en particulier ceux au sein des BRICS. En présentant les positions politiques de l'Afrique du Sud comme “ anti-américaines, ” Trump a effectivement rompu l'une des relations diplomatiques les plus importantes entre les États-Unis et une puissance africaine. Cela joue également dans l'accent plus large mis par son administration sur le privilège des États de droite alignés sur les autoritaires tout en isolant les gouvernements perçus comme étant de gauche ou indépendants.

 

 

- Les ressources des États-Unis, de la Chine et de l’Afrique

Dans le même temps, l’administration Trump poursuit un autre type d’engagement avec d’autres États africains, notamment dans le secteur des ressources. L'administration négocie actuellement un accord minerais contre sécurité avec la RDC[7]. Ils offrent une assistance militaire en échange d'un accès exclusif aux minéraux critiques, essentiels pour les industries américaines avancées, en particulier dans les domaines de la technologie et de la défense. L’accord accorderait aux entreprises américaines un contrôle étendu sur le cobalt et d’autres minéraux essentiels. Cela reflète un changement dans la stratégie américaine, passant de l’aide au développement à l’extraction économique directe ([NDLR : idem avec l'Ukraine[8]).

 

🔴 L'administration affirme que ce partenariat contribuera à stabiliser la RDC en fournissant une assistance en matière de sécurité.

Les critiques préviennent qu’il risque d’approfondir la dynamique néocoloniale en donnant la priorité à l’extraction des ressources plutôt qu’au véritable développement économique.

 

🔴 Dans le même temps, l'approche de la Chine à l'égard de l'Afrique change également.

Pendant deux décennies, Pékin a été le partenaire économique dominant du continent[9], finançant les infrastructures et le commerce à une échelle inégalée par aucune autre puissance extérieure[10]. Cependant, avec le ralentissement de l'économie intérieure de la Chine, sa volonté d'accorder des prêts à grande échelle aux gouvernements africains a diminué. Des pays comme la Zambie et le Kenya, lourdement endettés envers la Chine, ont déjà ressenti la pression de la stratégie de prêt recalibrée de Pékin. L’époque où la Chine offrait un crédit facile pour de grands projets d’infrastructure touche peut-être à sa fin, laissant les États africains dans une position précaire. De nombreux gouvernements, ayant structuré leur économie autour de la poursuite des investissements chinois, ont désormais du mal à s’adapter à cette nouvelle réalité. Ce changement laisse à l’Afrique moins d’options de financement extérieur, dans la mesure où les institutions financières occidentales ont également durci les conditions de prêt, en particulier pour les pays lourdement endettés.

 

 

- Une nouvelle politique possible ?
Pour les gouvernements africains, ces évolutions soulèvent des questions difficiles sur la stratégie politique et économique.

  • Le déclin des mouvements de libération nationale n’a pas encore abouti à l’émergence d’alternatives progressistes viables.
  • Les partis d’opposition de la région ont largement adopté des modèles de gouvernance néolibéraux plutôt que d’articuler de nouvelles visions de transformation économique.
  • Au lieu d’un changement décisif vers le renouveau démocratique, une grande partie du continent semble osciller entre une répression accrue de l’État et une opposition fragmentée.
  • De nombreux partis d’opposition, bien que critiquant ouvertement les gouvernements au pouvoir, n’ont pas réussi à proposer des programmes économiques qui rompent avec le paradigme néolibéral dominant.

Cela signifie que, même lorsque les partis au pouvoir sont confrontés à un déclin électoral, rien n’indique que leurs remplaçants modifieraient fondamentalement le paysage politique ou économique.

 

Même si les mouvements enracinés dans les luttes syndicales et populaires continuent de promouvoir le changement, leur capacité à remettre en question les structures de pouvoir bien établies reste incertaine. La faiblesse des alternatives de gauche en Afrique reflète aujourd’hui des tendances mondiales plus larges, où les forces socialistes et sociales-démocrates ont eu du mal à se réaffirmer dans un monde façonné par le capital financier et le pouvoir des entreprises

 

🔴 Cependant, certains signes indiquent que cela pourrait changer.

Sur tout le continent, des appels croissants à la souveraineté économique, des demandes en faveur de programmes de protection sociale plus solides et une résistance accrue aux diktats financiers extérieurs se multiplient[11]. Si ces luttes se fondent en formations politiques plus cohérentes, elles pourraient constituer la base d’un nouveau type de politique qui romprait à la fois avec les échecs des partis post-libération et avec les limites des forces d’opposition libérales.

 

🔴 L’ordre politique post-libération en Afrique s’effondre, mais la suite est loin d’être claire.

L’érosion de la légitimité du parti au pouvoir ne s’est pas encore traduite par une transformation systémique significative. Dans de nombreux cas, cela a simplement ouvert la porte à de nouvelles formes de manœuvres d’élite. En ce moment de transition, la véritable bataille ne porte pas seulement sur les élections mais sur la nature même de l'État, la gouvernance économique, et la place de l'Afrique dans un ordre mondial en mutation rapide.

 

Jusqu'à ce que des alternatives émergent qui remettent en question la dépendance du continent à l'égard de la finance mondiale, de l'extraction des ressources et d'une croissance tirée par la dette, l'Afrique restera enfermée dans des cycles d'instabilité, avec ou sans les anciens mouvements de libération à la barre.

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5 avril 2025 6 05 /04 /avril /2025 14:35
« Trump engage une crise globale du capitalisme » – L’analyse de Jean-Luc Mélenchon

« Tout est réuni pour que la politique de Trump produise à la fois une crise du capitalisme et une crise politique populaire... » Par cette porte inattendue, la « révolution citoyenne » peut surgir !

Alors quelle riposte efficace contre Trump[3] ?

 

 

Dans les colonnes de l'Insoumission, Jean-Luc Mélenchon analyse les crises et les chocs provoqués par la mise en application des mesures de droit de douane aux Etats-Unis d’Amérique qui cherchent par tous les moyens à conserver leur domination sur le monde. Le leader insoumis alerte sur les chocs majeurs, un choc récessif et inflationniste dans tous les pays, un choc financier, et un choc social qui s’ajoute comme conséquences des dévastations que les deux premiers vont produire, ainsi qu’un choc guerrier.

 

 

Sources : Jean-Luc Mélenchon | mis à jour le 12/04/2025

- « Condamner la politique absurde de Donald Trump ne signifie pas que nous serions d’une manière ou d’une autre ralliés à la doctrine du libre-échange » 

La mise en application des mesures de droits de douane aux États-Unis d’Amérique est dorénavant bien comprise comme un événement considérable.

  • Il s’agit ici de la re-fragmentation du système des échanges commerciaux mondiaux et par conséquent de tous les aspects de la production et de l’organisation des échanges et de la division internationale du travail.
  • Est mis à terre l’ordre sur lequel reposait toutes les mesures politiques, économiques et sociales depuis quarante ans au moins.

Il est impossible qu’un tel revirement survienne sans provoquer de considérables secousses.

 

🔴 Nous-mêmes, Insoumis, n’avons jamais été partisans du libre-échange.

  • Mais nous avons toujours considéré qu’il n’était pas possible de procéder à la hache pour mettre en place le protectionnisme nécessaire pour permettre à notre nation de retrouver par exemple sa souveraineté alimentaire et sanitaire. Et de même pour l’essentiel des produits industriels dont elle a besoin pour assurer ses industries de pointe comme le spatial, le numérique, le maritime, en imposant sur tous ces terrains d’actions économiques 100 pour-cent de droits de douane.
  • C’est pourquoi nous parlions de « protectionnisme solidaire », ce qui signifiait dans notre esprit un retour au bilatéralisme pour ce qui est de la négociation des droits de douane, en fonction des intérêts mutuels qui pouvaient être négociés dans cette circonstance, au cas par cas, pays par pays. Condamner la politique absurde de Donald Trump ne signifie pas que nous serions d’une manière ou d’une autre ralliés à la doctrine du libre-échange et de la « concurrence libre et non faussée ».

 

Mais nous ne pouvons accepter qu’en tel choc soit infligé à l’ensemble de l’économie mondiale. Et donc très directement à tous les peuples du monde. Surtout venant d’une puissance brutale qui n’a aucun autre objectif que de conforter sa puissance, et si possible de l’amplifier. Et dans tous les cas de l’imposer au reste du monde.

 

 

- « La certitude d’une aggravation des tensions sociales partout et des « lutte de classes ». »
Nous pouvons deviner au moins deux conséquences probables au vu des conditions dans lesquelles s’opère la politique de Monsieur Trump.

  • La première est que d’un côté les droits de douane des USA,
  • de l’autre les répliques dans tous les autres pays du monde ce sera autant d’inflation importée partout.

Et cette inflation vient s’ajouter à celle qui déjà s’est produite après la COVID du fait du rattrapage par les prix des retards d’accumulation des principales puissances capitalistes, grandes entreprises, banques et autres. Dans la période immédiatement précédente, aucune compensation salariale n’a été accordée d’une manière générale pour rattraper la ponction de l’inflation sur les salaires. Seuls quelques pays, seuls quelques activités dans quelques pays ont bénéficié de rattrapage.

 

Mais globalement, les peuples se sont appauvris. Le nouveau choc inflationniste va donc tomber sur un terrain déjà meurtri. Et dans une logique des rapports sociaux qui sont celles de la période du néolibéralisme triomphant. C’est-à-dire des rapports sociaux brutaux et totalement déséquilibrés. C’est donc la certitude d’une aggravation des tensions sociales partout et des « lutte de classes ». Qui en résulte d’une façon générale.

 

Dans de telles circonstances. Plus ces tensions interviendront dans des sociétés déjà déséquilibré du point de vue du fonctionnement de leur démocratie et de l’exaspération des tensions déjà présentes, plus évidemment, elles généreront de crises politiques. Jusque dans des formes majeures, comme celle de « révolutions citoyennes ». C’est-à-dire d’une volonté de reprise du contrôle par le grand nombre sur sa destinée.

 

 

- « Tout est réuni pour que la politique de Trump produise à la fois une crise du capitalisme et une crise politique populaire »
À côté de cet événement social, et peut-être avant lui l’autre conséquence de la politique douanière de Trump, c’est le déséquilibre qu’il introduit à l’intérieur de la sphère financière globale c’est-à-dire du choc qui lui inflige et qui peut produire par effet domino une contagion de paniques boursières. Et d’effondrement en chaîne de sociétés liées les unes aux autres, soit par des prêts interentreprises, soit par des prêts bancaires qu’elles ne peuvent plus honorer. Dans ces conditions, tout est réuni pour que la politique de Trump produise à la fois une crise du capitalisme et une crise politique populaire.

 

L’intéressé, Donald Trump lui-même a d’ores et déjà admis que sa politique aurait un effet récessif aux États-Unis d’Amérique. Mais évidemment, et par contagion, dans toutes les nations productives du monde qui verront leur commerce mutuel passer au ralenti d’une manière considérable.

 

À mes yeux, il n’y a aucune chance pour que les États-Unis dans un tel épisode et en 4 ans, de la durée d’un mandat présidentiel arrive à reconstituer une base productive industrielle au niveau auquel Trump voudrait la voir parvenir pour effacer le solde abyssal du déséquilibre du commerce extérieur nord-américain. Encore faut-il bien comprendre que ce déséquilibre a été le mode d’organisation de l’économie mondiale depuis 1971. C’est parce que les États-Unis achetaient à crédit partout qu’une animation du commerce et de la production avait lieu sans qu’on ne demande jamais aux États-Unis la contrepartie des dollars qu’ils émettaient pour combler leur déficit.

 

Un tel système ne durera pas et poussera sans aucun doute les nations qui ont été piégées par l’usage du dollar à devoir s’en passer et à se passer des relations avec les États-Unis d’Amérique. Mais rien de tout cela ne peut avoir lieu sans que tout commence par la récession. Or, d’ores et déjà, plusieurs économies, et non des moindres dans le monde, comme celle de l’Allemagne sont en récession. La France de son côté ne prévoit pas d’augmentation de sa croissance de plus de 0,7%, c’est à dire quasiment la stagnation.

 

Dès lors :

  •  les recettes fiscales seront en baisse.
  • Les dépenses sociales liées au chômage et à la mauvaise santé seront en hausse.
  • Et la mécanique qui a déjà ruiné le pays s’amplifiera puisqu’on refuse de mettre à contribution les grandes fortunes.

Tout cela ne peut que conduire au chaos comme celui qui se prépare avec par exemple le gel de 9 milliards des crédits votés dans le budget de l’État.

 

 

- Des chocs majeurs vers un choc guerrier
On ne sait combien de temps Donald Trump pourra continuer sur sa lancée sans rencontrer de résistance. La politique dont il a fixé les grandes orientations, à savoir :

  • la paix en Europe aux conditions de la Russie et sans la participation des Européens pour obtenir des garanties mutuelles avec les Russes se conclura donc dans des conditions instables et menaçantes pour le futur.
  • La paix au Moyen-Orient semble prendre chaque jour prendre un visage de bouleversement de la carte géopolitique que ce soit aux frontières du Liban, de la Syrie et sans doute ensuite plus loin comme avec l’Iran.

 

Mais fondamentalement, la préparation de la guerre[0] dans la mer de Chine n’aura pas cessé un seul jour depuis des mois et des mois. Les incidents sont quasi quotidiens. L’installation sur la pointe avancée des Philippines d’ogives nucléaires nord-américaine capable d’atteindre le continent et en particulier le territoire de la Chine[1] continentale, est une provocation. Elle fait penser à celle qui fut organisée contre la Russie soviétique quand les Américains installèrent en Turquie leurs missiles, a quoi les Russes répondirent par l’installation des leurs missiles à 150 km eux aussi de la frontière des États-Unis d’Amérique, à Cuba.

 

  • Il est absolument exclu d’imaginer que les Chinois, d’une quelconque manière, se laissent intimider par la puissance déclinante des États-Unis d’Amérique.
  • Il est également exclu de penser que les États européens, contrairement à ce que disent leurs discours, soient capables d’organiser une « défense européenne » souveraine.

Rien n’en prend le chemin. C’est par dizaines et dizaines que des avions F 35 sont commandés aux États-Unis d’Amérique par tous les pays d’Europe. Tous ces avions interviennent dans le cadre de l’Inter opérationnalité avec le matériel américain. C’est-à-dire sous le contrôle direct de la présidence des États-Unis d’Amérique qui peut décider quel avion décolle et quel avion ne décolle pas, quelle cible peut être visée et qu’elle ne peut pas l’être.

 

Et cela dans le même temps où la pression pour confisquer le Groenland au profit des États-Unis d’Amérique contre le Danemark n’a pas cessé un seul jour et semble se diriger, comme pour les autres objectifs fixés par Trump par une mise en œuvre matérielle concrète, à horizon très proche. Tout cela inflige donc des chocs majeurs :

  • un choc récessif et inflationniste dans tous les pays ;
  • un choc financier sur l’ensemble de la sphère numérique financière globale ;
  • un choc social s’ajoutant comme conséquences des dévastations que les deux premiers vont produire ;
  • et enfin un choc guerrier[2].

 

 

- La « révolution citoyenne » peut surgir par cette porte inattendue ouverte par l’absurdité de la politique des USA.
Ce qui compte n’est pas l’addition des crises, mais leur superposition. Et cette superposition, intervient elle-même dans un contexte d’aggravation des conséquences de la crise climatique globale. Il est donc prévisible, a moins d’un changement d’orientation majeur que cela conduise d’une façon générale à une crise de la civilisation humaine comparable à celles qui ont été le résultat des 2 premières guerres mondiales. Et par conséquent, toutes les sociétés seront mises au défi de savoir où elles veulent aller et quels moyens elles se donnent de le faire.

 

Il faudra s’aligner sans rechigner et sans discuter sur les désidératas des Nord-américains et payer le tribut qu’ils ont fixé à tous leurs alliés.

  • C’est-à-dire 5% de leur PIB consacré à des dépenses militaires pour acheter du matériel américain.
  • Ou bien s’inscrire dans une logique alternative c’est-à-dire de non-alignement aux côtés de tous ceux qui refusent de céder, qui refusent d’entrer dans une logique de confrontations violentes et guerrières avec l’une ou l’autre des puissances.

 

🔴 C’est à la fois un moment très dangereux et un moment plein d’opportunités.

Mais un moment dans lesquels les faux pas, les à-peu-près, et les faux-semblants ne peuvent produire que des désastres. Plus que jamais les Insoumis doivent se présenter comme l’alternative à la marche, à la ruine du monde cela dans notre pays avec le peuple qui le fait vivre.

  • Sans concession.
  • Sans arrangement.
  • Sans dilution de la clarté et de la cohérence des objectifs de son programme si l’on veut d’un « avenir en commun ».

La « révolution citoyenne » peut surgir par cette porte inattendue ouverte par l’absurdité de la politique des USA.

 

 

🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 

 

 

- Alors quelle riposte efficace contre Trump ?

 Beaucoup d’argent est en train de s’envoler en fumée, comme c’est toujours le cas lorsqu’il y a une crise financière du capitalisme. Je complète mon analyse parue ci-dessus puisque les événements confirment mon angle d’analyse.

 

Pour accéder au texte d'analyse complet sur la riposte à Trump cliquez sur l'image de Trump ci-dessous. 👇

 

Beaucoup d’argent est en train de s’envoler en fumée, comme c’est toujours le cas lorsqu’il y a une crise financière du capitalisme. Je complète mon analyse parue sur le site « l’Insoumission » puisque les événements confirment mon angle d’analyse.

 

La résistance de l'Union européenne à Trump se dégonfle à vue d'œil. Après la course aux négociations séparées, voici le renoncement collectif à la taxation des GAFAM. L'UE, c'est juste une publicité mensongère. Trump peut dormir tranquille, ses larbins continuent le service.

 

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22 mars 2025 6 22 /03 /mars /2025 09:30
Mouvement social d’Ukraine : " Pour une Ukraine sans oligarques ni occupants " !

Des millions provenant des oligarques – pour le bien-être et la défense ! Pour une Ukraine sans oligarques ni occupants !

 

 

Les politiques prédatrices du nouveau président américain rendent impossible l’instauration d’une paix durable pour les Ukrainiens. Le refus de l’Ukraine de signer l’accord d’extraction minière, conçu pour servir les intérêts du capital américain, témoigne de sa détermination à éviter la dépendance coloniale. Cela ouvre la voie à l’exploration d’un modèle de relations plus équitables entre l’Ukraine et les États d’Europe, d’Asie et du reste du monde, sous le signe de la résistance à la domination impérialiste. Cependant, si la politique actuelle persiste, l’Ukraine risque une réduction imminente, voire un arrêt complet, de l’aide militaire des États-Unis.

 

 

Sources : Mouvement social d’Ukraine (Sotsialnyi Rukh)[0] |

- Cette aide n’a jamais été opportune ni suffisante. Cependant, son arrêt serait profondément ressenti.
Si l’État ukrainien est déterminé à maintenir l’effort militaire jusqu’à la libération de ses territoires ou la défaite décisive de l’agresseur, il doit adopter les méthodes appropriées. Selon nous, la défense de l’Ukraine pourrait être renforcée par une transition vers une politique de « socialisme de guerre », qui impliquerait la mobilisation de capitaux suffisants pour servir l’État par le biais de confiscations et l’abandon de la régulation économique fondée sur le marché. Une telle politique, combinée à une redistribution des richesses, réduirait le fardeau de la guerre qui pèse de manière disproportionnée sur les couches les plus pauvres de la société ukrainienne.

 

La communauté européenne a déjà réagi aux déclarations de Trump en augmentant ses budgets de défense et en augmentant son aide militaire à l’Ukraine. Il convient de noter que depuis l’invasion à grande échelle, le gouvernement a pris des mesures importantes pour renforcer ses propres capacités de défense, ancrer localement la production occidentale, relancer ses programmes de missiles et intensifier son programme de drones. Cependant, l’Ukraine dispose encore d’un potentiel substantiel pour mobiliser ses ressources internes.

 

 

- Le Mouvement social (Sotsialnyi Rukh) a longtemps souligné la nécessité de ces mesures, mais elles sont désormais essentielles pour la capacité de l’Ukraine à se défendre.

Le principal obstacle à une mobilisation efficace des ressources est la politique néolibérale, qui privilégie la propriété privée, encourage le profit et permet l’accumulation de richesses par des particuliers. Tant que les villes ukrainiennes resteront occupées et que l’agresseur russe conservera ses capacités offensives, tous les secteurs de l’économie doivent fonctionner de manière coordonnée, maximisant leur contribution à l’effort de défense.

 

La majeure partie des ressources financières devrait être concentrée entre les mains de l’État et investie dans le secteur de la défense, tandis que les capitaux privés devraient être soumis à une fiscalité progressive pour renflouer le budget de l’État. Le renforcement de la défense est indissociable d’investissements massifs dans le domaine social :

  • création d’emplois (notamment dans les secteurs d’infrastructures critiques) ;
  • amélioration du secteur des soins pour permettre à davantage de femmes d’intégrer le marché du travail, et amélioration de l’accès aux services sociaux tels que les soins de santé ;
  • l’hébergement temporaire et la réadaptation.

Ces mesures pourraient également contribuer à faire revenir des citoyens de l’étranger.

 

En outre, il est essentiel d’améliorer les garanties sociales pour les militaires, en particulier ceux qui défendent l’Ukraine depuis 2022.

 

 

- La singularité de la situation ukrainienne réside dans le fait que le démantèlement du capitalisme oligarchique est devenu plus que jamais possible dans un contexte de guerre totale et que cela est légitimé par la société.

 ⁇ ️ Premièrement, une part importante des services publics essentiels, déterminants pour la résilience de l’Ukraine, est déjà assurée par des entreprises publiques (chemins de fer, services postaux, santé, éducation, banques).

 ⁇ ️ Deuxièmement, de nombreuses entreprises (principalement celles liées aux oligarques russes) ont été nationalisées et la part du PIB redistribuée via le budget a augmenté.

 ⁇ ️ Troisièmement, les oligarques ukrainiens ont déjà perdu une partie de leur richesse et de leurs leviers de contrôle, se soumettant de plus en plus à l’influence du pouvoir d’État.

 

🔴 Il est donc urgent et nécessaire de mettre en œuvre :

  • Un audit des ressources naturelles et des terres permettra de déterminer leurs propriétaires et les avantages publics découlant de leur exploitation. La transparence dans le contrôle de la richesse nationale n’est pas nécessaire pour la commercialisation hâtive de ces ressources, mais pour comprendre les fondements sur lesquels repose la croissance de la prospérité générale. Cela motivera la population à lutter plus efficacement pour sa patrie et ses perspectives sociales.

 

  • Il faut établir un contrôle étatique sur les entreprises des secteurs stratégiques de l’économie et mettre en place une production de masse pour répondre aux besoins des populations en première ligne.
    • L’industrie doit œuvrer dans l’intérêt de la défense, et non pour suivre les fluctuations du marché.
    • Il faut restituer à l’État la propriété des infrastructures essentielles
    •  L’accès aux biens de première nécessité ne doit pas servir de pâture aux oligarques ni de moyen de détourner les aides de l’État vers les poches des monopoleurs.
    • Maintenir DTEK Société de carburant et de l’énergie du Donbass- NDT entre les mains de Rinat Akhmetov ou les entreprises énergétiques régionales entre les mains de Vadym Novynskyi est un acte injustifié de charité de l’État en faveur des oligarques.

 

  • Réexaminer les résultats de la privatisation spoliatrice. Les entreprises rachetées pour une bouchée de pain devraient être restituées à l’État, sinon la différence entre le prix d’achat et la valeur marchande réelle devrait être compensée. En premier lieu, les entreprises des secteurs minier, mécanique et chimique, essentielles à la défense, devraient être placées sous le contrôle de l’État. Il faut arrêter de ponctionner les subventions ; que les oligarques paient !

 

  • Dénoncer tout accord visant à éviter la double imposition avec Chypre, les Îles Vierges et d’autres juridictions offshore. La valeur ajoutée créée grâce aux ressources naturelles, aux infrastructures et à la main-d’œuvre ukrainiennes devrait être imposée ici, et uniquement ici.

 

  • Instaurer une fiscalité progressive et une taxe de luxe. La défense du pays repose sur l’héroïsme et les sacrifices des paysans, des ouvriers et des petites entreprises ukrainiens. Pour préserver le pays, les plus riches doivent sacrifier leur fortune, proportionnellement à l’influence qu’ils exerçaient avant la guerre - le taux d’imposition maximal devrait atteindre 90 % du revenu. Sans activisme fiscal, l’Ukraine tombera dans un piège d’endettement insurmontable (d’ici 2025, la dette extérieure pourrait approcher 100 % du PIB).

 

  • Instaurer le contrôle des travailleurs dans les entreprises comme outil efficace d’audit interne et forme de société auto-organisée. Depuis les premiers jours de la guerre jusqu’à aujourd’hui, le pays a été le théâtre de scandales de corruption liés à des détournements de fonds. Un contrôle permanent par les syndicats et les comités d’entreprise est essentiel pour une plus grande transparence des actions des dirigeants et pour prévenir la corruption. Il est possible de corrompre des individus, mais impossible de corrompre une collectivité entière. Accorder des pouvoirs de contrôle effectifs aux syndicats encouragera le développement d’un véritable mouvement ouvrier.

 

  • Abandonner la pratique antérieure de sous-financement de l’éducation et de la science. La haute technologie de la guerre moderne rend le rôle des ingénieurs et des ouvriers qualifiés tout aussi important que celui des soldats.
    • Seule l’inertie éducative de l’époque précédente, combinée à la culture technique répandue de la population ukrainienne, a rendu possibles la conception, la production et la maîtrise de nombreux outils techniques modernes qui nous confèrent un avantage sur le champ de bataille. Nous ne pouvons plus compter sur l’inertie des époques passées. Des investissements importants dans l’éducation et la science auraient été nécessaires hier. Sans développement du secteur social, l’Ukraine est confrontée à une émigration massive et à une crise démographique qui l’empêcheront de compenser les pertes humaines.

 

  • Monopole d’État sur les exportations. En 2024, les exportations de produits agricoles ont atteint le chiffre record de 24,5 milliards de dollars, alors que les profits continuent de profiter aux particuliers.

 

  • Révision des relations avec l’Europe concernant le sort des actifs russes. En se débarrassant des vestiges de l’influence oligarchique, l’Ukraine guérira de la corruption, ce qui permettra d’engager une discussion de fond sur le transfert des actifs russes gelés pour les besoins ukrainiens. Actuellement, environ 200 milliards de dollars sur les 300 milliards de dollars d’actifs d’origine russe sont détenus dans des pays européens.

 

  • Améliorer le prestige social du personnel militaire. La reconstitution du budget de l’État permettra de verser une juste compensation financière aux soldats blessés souhaitant reprendre du service. Il est essentiel de rétablir le maintien du salaire moyen des militaires mobilisés, ce qui garantira aux forces armées ukrainiennes le potentiel nécessaire en effectifs.

 

 

- La mise en œuvre de ces mesures est impossible sans une rupture entre les dirigeants du pays, les grandes entreprises et leurs vecteurs d’influence.

Si certaines de ces mesures sont mises en œuvre, elles renforceront la confiance du public envers le gouvernement. Les véritables garanties de la sécurité de l’Ukraine résident dans le renforcement des liens sociaux internes. D’un autre côté, les autres pays ne nous aideront pas tant que nous n’aurons pas démontré notre volonté de privilégier les intérêts de la défense plutôt que ceux du marché. Et, 34 ans après son indépendance, l’Ukraine devra apprendre à vivre sans oligarques et capitalistes. Alors que l’Ukraine dispose encore d’importantes ressources financières, industrielles et humaines, ne pas progresser vers leur socialisation serait une erreur majeure.

 

🔴 Le gouvernement ukrainien a désormais une occasion unique de démontrer concrètement ce qu’il est prêt à sacrifier : le pays ou les oligarques.

  • Si nous mettons fin au chaos néolibéral qui creuse le fossé entre riches et pauvres, nous unirons le peuple et deviendrons une force unificatrice d’envergure mondiale !
  • Si nous reconstruisons l’économie sur des principes sociaux, nous résisterons.

 

Des millions provenant des oligarques – pour le bien-être et la défense !

Pour une Ukraine sans oligarques ni occupants !

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19 mars 2025 3 19 /03 /mars /2025 20:23
Mais qui sont les électeurs du Rassemblement national ?

" Ni assez riches ni assez pauvres "

 

 

Un parti capable de gagner huit millions de voix en vingt ans ? Voilà qui interroge. Quelle est sa recette ? Et en quoi consistent ses ingrédients idéologiques ou sociologiques ? Sur ces sujets comme sur d’autres, plusieurs publications récentes apportent de précieuses réponses.

 

 

Sources : Benoît Bréville |

- La question a suscité tant de livres, de colloques et de thèses qu’on pourrait l’imaginer résolue.

Qui vote pour l’extrême droite, et pourquoi ? Depuis ses premiers succès il y a quarante ans, le Front national (FN), devenu Rassemblement national (RN) en 2018, est « sans conteste le parti politique français qui a été le plus étudié au cours des dernières décennies », observe le politiste Alexandre Dezé, avec pas moins de 210 livres publiés entre les années 1980 et 2017[0].

  • Et le flot ne s’est pas tari. Comment interpréter les logiques territoriales de son implantation ? Son ascension témoigne-t-elle d’une droitisation du pays ?
  • Ses électeurs sont-ils principalement animés par des considérations sociales ou des préoccupations culturelles ?

 

🔴 Ils ne justifient pas leur vote de la même manière, ni ne manifestent le même attachement au parti ; leurs motivations varient selon leur parcours biographique, leur âge, leur origine sociale, professionnelle, géographique…

Il faudrait ainsi parler « des » électorats du RN tant ce parti pénètre tous les milieux. Lors des élections européennes de juin 2024, la liste conduite par M. Jordan Bardella est arrivée en tête dans chaque catégorie socioprofessionnelle, 53 % chez les ouvriers, 40 % chez les employés, mais aussi 20 % chez les cadres (à égalité avec M. Raphaël Glucksmann)[1]. Le RN repose sur une base populaire et peu diplômée, mais il peut aussi compter sur une certaine bourgeoisie. La plupart des universitaires renoncent dès lors à tirer des enseignements trop généraux, à retenir des objets trop larges, et privilégient des études parcellaires sur tel quartier ou tel métier, afin d’examiner toutes les sinuosités des choix électoraux. Les médias, eux, ne s’embarrassent pas de telles nuances.

 

  • Dès les années 1990, le géographe Jacques Lévy s’est fait connaître par sa théorie du « gradient d’urbanité »[2] : le vote FN, très faible au centre des agglomérations, lieu de diversité et de connexion internationale, augmenterait à mesure que l’on se dirige vers des zones moins denses et moins diverses, périurbaines et rurales, où l’attachement aux identités locales et traditionnelles est fort. Tout reposerait sur le couple densité-diversité. Invalidée par de nombreux contre-exemples, critiquée pour son usage douteux des statistiques et pour son oubli des variables sociales, la thèse de Lévy n’en a pas moins connu une certaine postérité. D’autant que quelques-uns de ses émules l’ont affinée, en y ajoutant des considérations économiques. Tel le géographe et consultant Christophe Guilluy, auteur d’un livre à succès en 2014[3]. Selon lui, si le clivage territorial est bien réel, il s’opère en fait entre une « France métropolitaine » prospère, traversée par les flux matériels, financiers et humains du capitalisme, celle des « élites » et des « gagnants de la mondialisation », et la « France périphérique », frappée par la désindustrialisation, à l’écart de la création de richesse, éloignée des bassins d’emploi, celle du « peuple » et des « oubliés », qui vote massivement à l’extrême droite.

 

▶️ Divers spécialistes ont reproché à Guilluy d’homogénéiser la France des campagnes et des petites villes, d’en donner une image démesurément sombre tandis qu’il embellissait le sort réservé aux banlieues populaires.

  • L'illusion du vote bobo Configurations électorales et structures sociales dans les grandes villes françaises
    Certains comme Éric Charmes, Lydie Launay et Stéphanie Vermeerschont rappelé, études à l’appui, que le fait d’habiter dans le périurbain, quand la commune de résidence est choisie et offre un cadre de vie agréable, ne favorise pas le vote d’extrême droite[4].
  • D’autres ont souligné, en croisant un vaste jeu de données au niveau des bureaux de vote (registres électoraux, questionnaires à la sortie des urnes, statistiques de recensement…), que la localisation détermine moins les choix électoraux que l’âge, le diplôme ou la profession. Étudiant l’aire urbaine de Nantes, le géographe Jean Rivière souligne ainsi que « les mutations électorales épousent étroitement la trajectoire sociologique des quartiers de la métropole »[5]. L’éclatement des blocs électoraux et la tripartition politique découlant de la victoire de M. Emmanuel Macron en 2017 ont quelque peu mis à mal sa théorie, mais Guilluy n’en démord pas : « Il n’y a pas trois blocs mais deux, les métropoles contre la France périphérique », expliquait-il encore au lendemain du second tour des élections législatives au Figaro, le 15 juillet 2024.

 

 

- Kebabs, dosettes de café et choix politiques

Sur le marché des explications électorales à coups de cartes-chocs, le consultant se voit désormais concurrencé par le directeur du département Opinion de l’Institut français d’opinion publique (IFOP), Jérôme Fourquet. Dans une trilogie entamée avec « L’Archipel français » (Seuil, 2019) et ponctuée par « La France d’après. Tableau politique » (Seuil, 2023)[5bis], le sondeur corrige certains défauts de ses prédécesseurs. Il examine diverses variables, plusieurs échelles, fait apparaître les fragmentations locales. Il en ressort une France non pas coupée en deux, mais « archipélisée », éparpillée entre des groupes implantés dans des territoires différents, qui ne partagent pas les mêmes modes de vie ni les mêmes conceptions du monde. « La France d’après » nous apprend :

  • qu’en Alsace les clubs de danse country se concentrent surtout dans les zones périurbaines (où le vote RN est fort), tandis que les kebabs se situent essentiellement dans les grandes villes (Strasbourg, Mulhouse, Colmar) et leurs banlieues (où la gauche réalise ses meilleurs scores).
  • Que les détenteurs de machines à café à capsules ont davantage voté pour M. Macron en 2022, quand ceux qui possèdent une machine à dosettes ont privilégié Mme Marine Le Pen. Qu’une forte densité d’enseignes bio, de cafés Starbucks, d’établissements où bruncher et de restaurants répertoriés dans le guide branché Fooding s’est traduite par un vote élevé pour les écologistes aux municipales de 2020, comme à Bordeaux ou Grenoble. Succès médiatique garanti.
La France d'après. Tableau politique Jérôme Fourquet

 

▶️ De ces percées conceptuelles, Fourquet conclut que l’extrême droite s’adresse au gruppetto, aux relégués de la société de consommation, dans un raisonnement qui confond stratégie électorale et placement de produit, groupes sociaux et segments de marché.

S’il utilise d’innombrables variables, il n’en croise généralement que deux ou trois, opportunément choisies, et la juxtaposition des cartes fait office de démonstration. Que les électeurs des petites villes de la Somme et de l’Aude (cinq cents à cinq mille inscrits) où sont implantées des éoliennes aient accordé une « prime de quelques points » à Mme Le Pen en 2022 doit laisser penser que les mesures écologiques alimenteraient le vote d’extrême droite. Pour illustrer la fracture entre la « Butte [Montmartre] macroniste » et la « Goutte-d’Or mélenchoniste » dans le XVIIIe arrondissement de Paris, Fourquet choisit d’utiliser le prix de l’immobilier et la présence de commerces africains, dans une opposition caricaturale entre Blancs riches et immigrés pauvres.

 

🔴 Examinons ces deux exemples à l’aide de travaux universitaires récents.

▶️ Plusieurs chercheurs se sont penchés sur la question des éoliennes dans les Hauts-de-France[6].

Eux aussi remarquent un « survote » pour le RN dans les municipalités où ces engins sont implantés. Mais ils ne s’en tiennent pas à ce constat. L’analyse des données sociodémographiques des territoires concernés leur permet d’établir que les communes dotées d’éoliennes abritent davantage d’ouvriers, de précaires et de non-diplômés, soit une population plus encline à voter RN. « De plus en plus, observent les sociologues, l’éolien se déploie de manière socialement inégalitaire », dans des villes livrées à la dérégulation territoriale et qui n’ont pas les moyens de résister à la promotion agressive des opérateurs fonciers. Dans cette perspective, le « survote » apparaît comme le symptôme du traitement réservé aux territoires populaires, et non comme l’expression d’une sensibilité antiécologique des électeurs d’extrême droite.

 

▶️ Concernant le XVIIIe arrondissement, les variables choisies par Fourquet ont pour effet d’associer mécaniquement les immigrés pauvres au vote Mélenchon, et les citadins aisés au vote Macron.

Une étude menée dans une zone urbaine sensible du nord de Paris, à la composition sociale proche de la Goutte-d’Or, met en avant d’autres réalités[7].

  • Tout métropolitains qu’ils soient, les habitants du quartier ont accordé 13,7 % de leurs suffrages à Mme Le Pen lors du premier tour de la présidentielle de 2017, soit presque trois fois plus que la moyenne parisienne. On retrouve parmi ces électeurs de nombreuses familles blanches qui déplorent la dégradation de leur quartier et en attribuent la responsabilité aux étrangers et aux musulmans.
  • Mais le vote RN attire aussi des habitants originaires du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne. Comme Abdelmalik, ancien ouvrier kabyle qui touche désormais une pension d’invalidité et tient en horreur les « islamistes », ou Nadine, catholique immigrée du Congo et titulaire d’un diplôme de secrétariat. En affichant leur attachement au RN, tous deux espèrent se distinguer des autres non-Blancs, pour mieux souligner leur intégration réussie et montrer qu’ils sont du « bon côté ».

Ces « cas improbables » illustrent la force du mécanisme de mise à distance dans le choix du RN, lequel découle souvent de conflits sociaux localisés et de trajectoires individuelles que la comparaison de deux cartes rudimentaires ne permet pas de saisir.

 

La droitisation française, mythe et réalités : comment citoyens et électeurs divergent Vincent Tiberj

🔴 À force d’infographies sur les agressions de médecins et de pompiers, les cambriolages, les points de « deal », les prénoms musulmans, l’ouvrage de Fourquet donne le sentiment d’une France qui se droitise et se barricade à mesure que l’immigration augmente.

Vincent Tiberj, sociologue, spécialiste des comportements électoraux, n’en croit rien. En agglomérant des dizaines d’enquêtes d’opinion — mais en écartant les moins sérieuses —, il a confectionné des « indices longitudinaux de préférences culturelles, sociales et de tolérance » pour mesurer l’opinion des Français dans la longue durée[8]. Ses résultats contre-intuitifs ont agacé Le Figaro : car, selon Tiberj, la « droitisation française » relèverait du « mythe ». Mieux : le pays serait de plus en plus tolérant et progressiste concernant la sexualité, les religions, l’immigration, l’égalité entre hommes et femmes…

  • En 1981, 29 % des sondés considéraient l’homosexualité comme « une manière acceptable de vivre sa sexualité » ; en 1995, ils étaient 62 % ; et, depuis le début du XXIe siècle, la proportion tourne autour de 90 %.
  • En 1992, 44 % des personnes interrogées voyaient les immigrés comme une « source d’enrichissement culturel » ; trente ans plus tard, ils étaient 76 %. Et ainsi de suite concernant la peine de mort, l’acceptation des minorités juives ou musulmanes, l’usage des drogues…

Un constat corroboré par le politiste Luc Rouban[9]. Son « indice d’altérité » suggère que même les électeurs du RN sont devenus plus tolérants. Des préoccupations sociales motiveraient donc avant tout leur vote. Rouban en veut pour preuve le « baromètre » établi par le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) en 2022 : 38 % des électeurs du RN classaient le pouvoir d’achat au premier rang de leurs préoccupations, contre 18 % pour l’immigration.

 

 

- Alors pourquoi n’observe-t-on pas cette « gauchisation » de l’opinion dans les urnes ?
Pour Tiberj, la faute en reviendrait à la « grande démission » des électeurs, c’est-à-dire à l’abstention. « S’il y a autant d’écarts entre les valeurs des citoyens et les votes des électeurs, avance-t-il, c’est que nombre d’entre eux ne s’expriment plus. » Tandis que les électeurs conservateurs, souvent âgés, se mobiliseraient massivement, galvanisés par la parole réactionnaire libérée dans les médias, d’autres, souvent des jeunes réputés plus progressistes, bouderaient les isoloirs, pour marquer leur distance avec l’offre politique. Le temps jouerait donc en faveur de la gauche, qui n’a pas besoin de convaincre les électeurs du RN : il lui suffirait d’attendre que les jeunes générations remplacent les « boomers » et de remobiliser les déçus de la politique en favorisant la démocratie directe, notamment l’organisation de référendums à tous les niveaux.

 

 

- Celui qui paie beaucoup et ne reçoit rien
Essentiellement fondée sur des sondages, la démonstration recèle plusieurs failles.

  • Tout d’abord, les jeunes finissent par vieillir. Au second tour de l’élection présidentielle de 2002, seuls 7 % des 18-24 ans avaient voté pour Jean-Marie Le Pen, environ trois fois moins que les 25-34 ans (22 %) et les 35-44 ans (18 %).
  • Parvenue à l’âge adulte, cette même cohorte (désormais âgée de 38 à 44 ans) a plébiscité Mme Le Pen à hauteur de 47 % en 2022 — bien plus que les 65-79 ans (29 %).

Le temps ne fait donc rien à l’affaire, et l’horizon est d’autant plus sombre que le RN part désormais de très haut : 32 % des 18-24 ans ont voté pour Mme Le Pen en 2022…

  • Rien n’indique non plus une masse de gauche tapie dans l’ombre de l’abstention. Si la tendance peut s’observer dans certains quartiers populaires de banlieue, elle est plus douteuse ailleurs. Les enquêtes électorales indiquent que nombre d’électeurs s’abstenaient avant de se décider à glisser un bulletin pour le RN. Le profil sociologique des abstentionnistes est en outre proche de celui des électeurs d’extrême droite, plus populaire que la moyenne, moins diplômé. Une hausse de la participation ne profiterait donc pas mécaniquement à la gauche. D’ailleurs, le RN réalise souvent ses meilleurs scores lors des scrutins les plus mobilisateurs, à commencer par l’élection présidentielle.

 

🔴 Et puis l’approche par sondages agglomérés ne permet pas de saisir les dynamiques politiques à l’œuvre derrière les évolutions des mentalités, en particulier la manière dont l’extrême droite met en concurrence certaines causes, opposant l’immigration et l’islam à la défense des femmes et des homosexuels.

Sans compter que le front du changement social n’est pas figé. De nouveaux combats apparaissent quand les précédents sont remportés, qui permettent au camp conservateur d’entretenir la polarisation culturelle. C’est ce qu’observent Matt Grossmann et David Hopkins au sujet des États-Unis, où les républicains ont délaissé — dans une certaine mesure — leurs attaques contre les homosexuels pour cibler les trans, le « wokisme », la cancel culture… Ainsi le même schéma peut-il se répéter au fil des décennies : « D’abord, les conservateurs expriment leur colère face aux nouveaux changements culturels, tandis que les progressistes les défendent comme s’il s’agissait de valeurs communes, résument les chercheurs. Ensuite, les conservateurs s’accommodent progressivement de ce changement en acceptant l’évolution des normes. Enfin, les progressistes l’emportent, établissant leur point de vue comme un nouveau consensus — même s’ils perdent de nombreuses élections en cours de route[10]. »

Des électeurs ordinaires Enquête sur la normalisation de l'extrême droite Félicien Faury

 

🔴 Un pays plus tolérant et moins raciste, des électeurs du RN motivés principalement par des préoccupations sociales ?

Réalisée entre 2016 et 2022 dans plusieurs petites villes de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), l’enquête de terrain de Félicien Faury dévoile une autre réalité, où le racisme est sans cesse palpable[11]. Les électeurs du RN — mais pas seulement — invoquent les « Arabes », les « Turcs » ou les « musulmans » pour se plaindre du manque de places en crèche, de la dégradation de l’offre scolaire, de la disparition des commerces traditionnels en centre-ville, des difficultés d’accès au service public, de la baisse du pouvoir d’achat, des impôts trop élevés pour financer « les branleurs »… « La force de l’extrême droite n’a pas résidé dans sa capacité à imposer “un” seul thème, celui de l’immigration, dans le débat public, mais plus précisément à proposer sans relâche des jonctions entre cette thématique et une liste toujours plus longue d’autres enjeux sociaux, économiques et politiques », analyse le sociologue, qui juge donc vides de sens les « baromètres » invitant les électeurs à hiérarchiser leurs préoccupations, en choisissant parmi plusieurs items (NDLR : Les « items » sont des objets, et plus particulièrement les éléments qui forment un ensemble que l'on considère isolément.).

 

🔴 Présenté comme omniprésent, le racisme n’est toutefois pas conçu par Faury comme « une haine de l’autre abstraite », mais comme le produit d’« une série d’intérêts proprement matériels, où l’hostilité raciale s’entremêle aux préoccupations économiques ».

Contrairement aux nombreuses recherches portant sur des régions en déclin, frappées par la désindustrialisation, Faury a mené l’enquête dans une zone prospère, dopée par une économie touristique et résidentielle de services, mais soumise à une forte pression immobilière et à la montée des inégalités. Ici, ce sont surtout les classes populaires stabilisées, les petites classes moyennes, les retraités qui votent pour le RN, avec une surreprésentation de certains secteurs (artisanat, commerce, métiers de la sécurité…).

  • Préservés du chômage, ces électeurs perçoivent néanmoins leur situation comme fragile.
  • Ils considèrent appartenir au « mauvais milieu », ni assez riches pour être à l’aise, ni assez pauvres pour bénéficier du soutien public, celui qui paie beaucoup et ne reçoit rien. Ainsi se dessine un nouveau rapport de défiance à l’égard des institutions, et plus généralement de l’État-providence, perçu comme injuste et défaillant, privilégiant toujours « les autres » à « ceux qui le méritent vraiment ».

▶️ La sociologue Clara Deville l’a également observé dans le Libournais (Gironde), où elle a suivi des bénéficiaires d’aides sociales dans leur périple pour faire valoir leurs droits[12]. Entre fermetures des guichets, dématérialisation et contrôles tatillons, la galère administrative finit parfois par générer des préjugés, quand un enquêté croit percevoir que « les Noirs et les Arabes » s’en sortent mieux que lui : « Vous allez dire que je suis raciste, mais non, c’est juste que je vois bien qu’à la CAF [caisse d’allocations familiales] c’est les Noirs et tout qui font la queue et qui réclament. » Ainsi, les discriminations dont sont victimes certaines minorités contribuent, dans un cercle vicieux, à accroître le stigmate qui pèse sur elles.

 

 

- « Tout le monde pense ça ici »
▶️ En Provence-Alpes-Côte d’Azur, le sentiment de tenaille sociale se combine à celui d’un étau territorial, dans une région où les prix de l’immobilier explosent et où la mobilité résidentielle se révèle très entravée. Coincés entre des espaces inaccessibles et d’autres indésirables, les électeurs du RN craignent le déclassement de leur quartier.

  • Dans ce contexte, écrit Faury, les personnes non blanches paraissent « dévaloriser par leur simple présence les territoires où elles s’installent. Plus encore que les cités situées en périphérie, c’est l’installation de nouveaux résidents immigrés dans un quartier environnant ou, pire, dans son propre quartier qui est la plus redoutée ». Ainsi l’ouverture d’un café sans alcool ou d’une boucherie halal dans le centre-ville peut-elle faire jaser pendant des mois.

 

Ceux qui restent Faire sa vie dans les campagnes en déclin

▶️ Cette exploration « par le bas » des logiques de normalisation du RN recoupe certaines observations de Benoît Coquard dans les campagnes désindustrialisées du Grand Est[13], où le vote d’extrême droite est également très répandu, notamment parmi les ouvriers, les précaires et les jeunes adultes.

  • Les deux sociologues mettent en évidence des territoires où le vote RN est devenu une sorte de norme - non pas une déviance, un geste honteux dont il faudrait se cacher -, mais un acte que l’on peut revendiquer, une fierté. Ainsi signifie-t-on qu’on n’est pas un « assisté », un « cassos’ », un « fainéant », bref de « ceux qui profitent du système ». Chacun connaît des amis, des voisins, des parents, des commerçants qui font de même, et la sociabilité conduit à un autorenforcement. « Tout le monde pense ça ici », « tout le monde vous le dira », « je ne suis pas seul à dire ça », réplique-t-on fréquemment aux deux sociologues. « Partagé par un nombre croissant d’électeurs, le vote RN peut dès lors être présenté non plus comme pathologique, mais “ logique ”, non plus extrême mais “ bien normal ” », observe Faury, tandis que Coquard abonde : « S’afficher “ pour Le Pen ” est ici un positionnement légitime, facile à soutenir en public. »

​​​​​​​

▶️ Il n’en va pas de même pour celui qui s’affirme de gauche. Dans les campagnes du Grand Est, il risque de « provoquer critiques et moqueries sur le thème de la fainéantise présumée ou de la naïveté ». Quasiment absente de ces territoires, notamment du fait des dynamiques territoriales qui poussent les diplômés vers les grandes villes, la gauche est assimilée à l’entre-soi des élites locales ou aux beaux parleurs parisiens. Des gens qui vivent confortablement, mais s’autorisent tout de même à « donner des leçons », dans un mélange d’hypocrisie et de suffisance. Sont particulièrement visés les enseignants, les universitaires, les artistes, les journalistes, mais aussi les travailleurs associatifs locaux, les cadres des services publics. C’est-à-dire la petite élite du diplôme, qui symbolise le savoir au quotidien.

 

Sun Tzu l’a théorisé dans " L’Art de la guerre[14] " : pour remporter une bataille, il faut connaître son adversaire, mais aussi se connaître soi-même. On en vient donc à espérer autant de livres sur la gauche, ses dirigeants, ses militants, ses électeurs, pour dire comment elle a pu se désarrimer à ce point des classes populaires.

Notes :

[0] Alexandre Dezé, « Que sait-on du Front national ? », dans Olivier Fillieule, Florence Haegel, Camille Hamidi et Vincent Tiberj (sous la dir. de), Sociologie plurielle des comportements politiques, Presses de Sciences Po, Paris, 2017.

[1« Sociologie des électorats et profil des abstentionnistes. Élections européennes, 9 juin 2024 »

[2] Jacques Lévy, « L’Espace légitime. Sur la dimension géographique de la fonction politique », Presses de Sciences Po, 1994.

[3] Christophe Guilluy, « La France périphérique. Comment on a fracturé les classes populaires », Flammarion, Paris, 2014.

[4] Éric Charmes, Lydie Launay et Stéphanie Vermeersch, « Quitter Paris ? Les classes moyennes entre périphéries et centres », Créaphis, Grane, 2019.

[5] Jean Rivière, « L’Illusion du vote bobo. Configurations électorales et structures sociales dans les grandes villes françaises », presses universitaires de Rennes, 2022.

[5bis] Jérôme Fourquet « La France d'après. Tableau politique »

[6] Jimmy Grimault, Tristan Haute, Leny Patinaux et Pierre Wadlow, « Les voix du vent. Développement éolien et vote aux élections régionales dans les Hauts-de-France », Mouvements, vol. 118, n° 3, Paris, 2024.

[7] Lorenzo Barrault-Stella et Clémentine Berjaud, « Quand des minorités ethno-raciales des milieux populaires soutiennent le Front national », dans Safia Dahani, Estelle Delaine, Félicien Faury et Guillaume Letourneur (sous la dir. de), Sociologie politique du Rassemblement national. Enquêtes de terrain, Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve-d’Asq, 2023.

[8] Vincent Tiberj, « La droitisation française, mythe et réalités : comment citoyens et électeurs divergent », PUF, Paris, 2024.

[9] Luc Rouban, « La Vraie Victoire du RN », Presses de Sciences Po, 2022, et « Les Ressorts cachés du vote RN », Presses de Sciences Po, 2024.

[10] Matt Grossmann et David A. Hopkins, « Polarisé par degrés Comment la division des diplômes et la guerre culturelle ont transformé la politique américaine », Cambridge University Press, 2024.

[11] Félicien Faury, « Des électeurs ordinaires. Enquête sur la normalisation de l’extrême droite », Seuil, Paris, 2024.

[12] Clara Deville, « L’État social à distance. Dématérialisation et accès aux droits des classes populaires rurales », Vulaines-sur-Seine, 2023.

[13] Benoît Coquard, « Ceux qui restent. Faire sa vie dans les campagnes en déclin », La Découverte, Paris, 2019.

[14] Sun Tzu « L’Art de la guerre »

 

Pour en savoir plus :

Vote RN : qui sont les électeurs du parti d'extrême droite et quelles sont leurs motivations

- La preuve par M. Bompard : la stratégie électorale des insoumis est gagnante

 

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19 mars 2025 3 19 /03 /mars /2025 14:11
Pourquoi l’OTAN a détruit la Libye en 2011 ?

Hillary Clinton : « La guerre contre la Libye visait à empêcher la souveraineté économique de l’Afrique ![1] »

En France : « Déclaration du Gouvernement sur l’intervention des forces armées en Libye et débat sur cette déclaration », séance du 21 mars 2011 à l’Assemblée nationale avec Fillon, Juppé, Ayrault etc. « tous ensemble, tous ensemble…[2] »

 

 

Le 19 mars 2011, les forces EU/OTAN commençaient le bombardement aéronaval de la Libye. La guerre fut dirigée par les États-Unis, d’abord via le Commandement Africa, puis par l’OTAN sous commandement des EU.

 

Sources : Manlio Dinucci | 

- Le 19 mars 2011, les forces EU/OTAN commençaient le bombardement aéronaval de la Libye.

En sept mois, l’aviation EU/OTAN effectue 30 mille missions, dont 10 mille d’attaque, avec plus de 40 000 bombes et missiles. L’Italie – avec le consensus multi-partisan du Parlement (Partito democratico au premier rang) – participe à la guerre :

  • avec 7 bases aériennes (Trapani, Gioia deL Colle, Sigonella, Decimomannu, Aviano, Amendola et Pantelleria) ;
  • avec des chasseurs bombardiers Tornado, Eurofighter et d’autres, avec le porte-avions Garibaldi et d’autres navires de guerre.

Avant même l’offensive aéro-navale, avaient été financés et armés en Libye des secteurs tribaux et groupes islamistes hostiles au gouvernement, et infiltrées des forces spéciales notamment qataris, pour propager les affrontements armés à l’intérieur du pays.

 

 

- Ainsi est démoli cet État africain qui, comme l’expliquait la Banque mondiale en 2010, maintenait « de hauts niveaux de croissance économique »

Ces « hauts niveaux de croissance économique » se traduisaient par une augmentation annuelle du PIB de 7,5%, et enregistrait « de hauts indicateurs de développement humain » parmi lesquels l’accès universel à l’instruction primaire et secondaire et, pour plus de 40% aux universités. Malgré les disparités, le niveau de vie moyen était en Libye plus haut que dans les autres pays africains. Environ deux millions d’immigrés, en majorité africains, y trouvaient du travail.

  • L’État libyen, qui possédait les plus grandes réserves pétrolifères de l’Afrique plus d’autres en gaz naturel, laissait des marges de profit limitées aux compagnies étrangères.
  • Grâce à l’exportation énergétique, la balance commerciale libyenne avait un excédent annuel de 27 milliards de dollars.
  • Avec de telles ressources, l’État libyen avait investi à l’étranger environ 150 milliards de dollars.

Les investissements libyens en Afrique étaient déterminants pour le projet de l’Union africaine de créer trois organismes financiers : le Fonds monétaire africain, avec siège à Yaoundé (Cameroun) ; la Banque centrale africaine, avec siège à Abuja (Nigeria) ; la Banque africaine d’investissement, avec siège à Tripoli. Ces organismes auraient servi à créer un marché commun et une monnaie unique de l’Afrique.

 

 

- Ce n’est pas un hasard si la guerre OTAN pour démolir l’État libyen commence moins de deux mois après le sommet de l’Union africaine

Car, le 31 janvier 2011, ce sommet de l'Union Africaine avait donné son feu vert pour la création dans l’année du Fonds monétaire africain.

  • Le prouvent les e-mails de la secrétaire d’État de l’administration Obama, Hillary Clinton, mis en lumière ensuite par WikiLeaks : États-Unis et France voulaient éliminer Kadhafi avant qu’il n’utilise les réserves en or de la Libye pour créer une monnaie pan-africaine alternative au dollar et au franc CFA (la monnaie imposée par la France à 14 de ses ex-colonies).
  • Ceci est prouvé par le fait que, avant qu’en 2011 n’entrent en action les bombardiers, ce sont les banques qui entrent en action : elles séquestrent les 150 milliards de dollars investis à l’étranger par l’État libyen, dont la plus grande partie disparaît. Dans la grande rapine se distingue Goldman Sachs, la plus puissante banque d’affaires étasunienne, dont Mario Draghi a été vice-président.

 

 

- Aujourd’hui en Libye les entrées de l’export énergétique se trouvent accaparées par des groupes de pouvoir et des multinationales, dans une situation chaotique d’affrontements armés.

Le niveau de vie moyen de la majorité de la population s’est effondré. Les immigrés africains, accusés d’être « des mercenaires de Kadhafi », ont été emprisonnés jusque dans des cages de zoo, torturés et assassinés.

  • La Libye est devenue la principale voie de transit, aux mains de trafiquants d’êtres humains, d’un chaotique flux migratoire vers l’Europe qui a provoqué beaucoup plus de victimes que la guerre de 2011.
  • À Tawerga, les milices islamistes de Misrata soutenues par l’OTAN (celles qui ont assassiné Kadhafi en octobre 2011) ont accompli un véritable nettoyage ethnique, contraignant presque 50 000 citoyens libyens à fuir sans pouvoir y revenir.

 

De tout cela est responsable aussi le Parlement italien qui, le 18 mars 2011, engageait le Gouvernement à « adopter toute initiative (c’est-à-dire l’entrée en guerre de l’Italie contre la Libye) pour assurer la protection des populations de la région ».

 

Notes :

[1Hillary Clinton: « La guerre contre la Libye visait à empêcher la souveraineté économique de l’Afrique ! »

[2] « Déclaration du Gouvernement sur l’intervention des forces armées en Libye et débat sur cette déclaration », séance du 21 mars 2011 à l’Assemblée nationale : Fillon, Juppé, Ayrault etc. « tous ensemble, tous ensemble… »

 

Pour en savoir plus :

- Que savons-nous de ce qui s’est fait en notre nom en Libye ?

- Lybie. Les États-Unis pressés d’entrer encore en guerre

- La France mène des opérations secrètes en Libye

- Trois militaires français tués : le gouvernement libyen accuse Paris de " violation " du territoire
- Libye, 3 soldats sous uniforme français tués, à quel titre ?

- Libye Juillet 2016 : premières frappes américaines contre le principal fief de Daesh

- Un rapport le confirme: l'intervention franco-britannique en Libye a été un désastre

- Et si Sarkozy avait attaqué la Libye de Kadhafi pour sauver le franc CFA ?

- Esclavage en Libye : on savait en 2012

- au sujet de la Lybie Patrick Haimzadeh : « un processus révolutionnaire doit être endogène et rester la propriété des peuples concernés »

- Libye : le général Hiftar, la CIA et le coup d’État d’opérette

- Libye. Hillary Clinton, Nicolas Sarkozy, David Cameron et Barack Obama devraient être poursuivis pour crimes de guerre.

- Après la guerre de Sarkozy-Obama-Clinton-Cameron en Libye, des milices pratiquent la traite négrière (Vidéo) 

- Histoires françafricaines (7) : Comment l'Etat français sous Sarkozy a détruit le régime de Kadhafi et la Libye en 2011

Kadhafi avait prévenu : instabilité de la Libye = Fin de l'état de droit en Libye, immigration massive en Europe et Terrorisme (Vidéo)

- Pourquoi vos médias ne racontent pas toute l’histoire des inondations en Libye et masquent les responsabilités de la politique occidentale en Libye

 

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8 mars 2025 6 08 /03 /mars /2025 14:13
Balkans : tout le pouvoir aux « plénums » !

La machine ne peut se mettre en branle que si tout le monde participe. Nous n'en sommes pas là encore, mais à un moment donné, comme une tempête, la colère refoulée pendant des années éclatera et changera fondamentalement la manière de fonctionner de notre société, ou sera instaurée une démocratie directe et décentralisée.

 

 

Un vent de révolte souffle dans les Balkans, où les classes populaires s'organisent à travers des « plénums », une nouvelle forme de démocratie directe. Rappelant les conseils ouvriers historiques, ces assemblées sont aujourd'hui au cœur des luttes sociales. Certains y voient les « soviets du XXIe siècle ».

 

 

Sources : Lucas Grimaldi | mis à jour le 01/04/2025

- Dans l'indifférence quasi générale du reste du monde, un vent de révolte souffle dans les Balkans.

En effet, depuis quelques années déjà, les classes populaires s'organisent à travers des « plénums », une nouvelle forme de démocratie directe où toutes les décisions sont prises collectivement, de manière décentralisée et sans leadership d'un quelconque individu, parti, syndicat... Ces « plénum », qui rappellent des expériences historiques comme les conseils de travailleurs, sont actionnels le fer de lance des luttes populaires. Et si c'étaient finalement les « soviets du XXIe siècle » ?

 

Pour commencer un peu d'étymologie, le terme « plénum » vient du latin et signifie « plein » ou « assemblée complète ». Il désigne une réunion où tous les membres d'un groupe participant, sans distinction de rang ou de hiérarchie, un mot qui prend tout son sens dans nos exemples d'auto-organisation populaire. Il faut noter que le mot « plénum » était déjà couronnement utilisé, à notre époque, dans les pays dit « communistes » pour désigner les réunions plénières des partisans au pouvoir (ex. : les « plénum » du Comité central du Parti communiste en URSS ou en Chine). Ces assemblées étaient censées être des lieux de débat et de prise de décision, mais elles étaient évidemment contrôlées par la hiérarchie bureaucratique du parti, loin donc de ce que nous verrons par la suite. Le terme a probablement été choisi par les populations des Balkans car il évoque une réunion horizontale ou tout le monde peut s'exprimer, mais sans doute aussi partie qu'il est familier aux populations de l'ex-Yougoslavie, où il avait déjà une connotation de prise de décision collective.

 

🔴 Les organisateurs des plénums balkaniques se sont ainsi réapproprié un mot historique lié aux structures autoritaires du parti communiste pour faire un symbole aux antipodes : celui de la démocratie directe et de la révolte.

 

 

- 2009 : Naissance dans les universités croates et extension

« Le savoir n'est pas une marchandise »

Pour voir apparaître, dans son sens moderne, les premières assemblées populaires communes « plénums », il fait remontoir à 2009 et se rendre en Croatie. Alors en pleine crise économique, et en réponse à la marchandisation de l'éducation ainsi qu'à l'introduction progressive de frais de scolarité dans les universités publiques, — conséquence du processus de Bologne visant à aligner le système universitaire croate croate sur les normes européennes —, les étudiants de l'Université de Zagreb ont débuté l'occupation de leur facultés[2][2bis]. Réclamant un enseignement gratuit, ils s'organisent en « plénums » ouverts à tous (le « plénum » de la faculté de philosophie était ouvert aux citoyens et pas seulement aux étudiants, contrairement à certains autres « plénum » qui naîtront en Croatie), prises à la majorité des votants, avec un droit égal de parole pour chaque participant, rejetant tout leader.

 

Parmi leurs autres revendications vont progressivité s'ajouter le rejet de la privatisation des universités, la fin des frais cachés, ainsi qu'une demande de transparence et de démocratisation du système universitaire. Cette grande vague d'occupations des universités perturbent les gouverneurs croates qui, dans un premier temps, reculent sur la privatisation et les frais d'inscription des universités. Ils auront cependant tout le vice d'attendre l'essoufflement du mouvement étudiant pour reprendre leurs mesures destructrices de plus belle. On peu dire que ce mouvement, resté essentiellement étudiant, avait peu de chances de renverser la table sans un élargissement de la révolte à d'autres pans de la société. Cependant, l'expérience des « plénums » était née, laissant un héritage important et influençant les futurs mouvements de luttes sociales dans les Balkans, avec par exemple leur manuel sur le thème « commentaire faire une assemblée générale », appelé The Occupation Cookbook[3], qui traversera les frontières et servira de source d'inspiration en Bosnie-Herzégovine lors de l'insurrection des « plénums » de 2014.

 

🔴 Évidemment, ces « plénums » présentent de nombres similitudes avec les assemblées générales observées notamment lors du mouvement Occupy Wall Street en 2011[4].

Ils s'inscrivent dans une dynamique plus de large d'organisations horizontales qui ont émergé à travers le monde depuis des décennies. Ce modèle, bien que réactivé récemment, troupe ses racines dans des pratiques anciennes d'auto-gouvernance collective.

 

🔴 Le terme « plénum » a également émergé en 2010 lors des occupations universitaires en Autriche et en Allemagne[5].

Bien qu'aucun lien direct avec le mouvement étudiant croate ne soit formellement établi, cette coïncidence reste intrigante. En revanche, lors des mobilisations études en Slovénie et en Serbie en 2011, qui verront naître de nouveaux « plénums », l'influence du mouvement croate est avérée. Le mouvement serbo-slovène est, pour sa part, assez similaire à ce qu'il s'est passé en Croatie, avec cependant un impact plus limité mais un point de départ similaire : des réformes néolibérales, notamment dans l'éducation, qui ont déclenché la colère des étudiants. Eux aussi ont réclamé une éducation gratuite et publique. Tous ces mouvements sont restés essentiels étudiants malgré leur radicalité et leur soif de démocratie directe, mais cela changera quelques années plus tard.

 

 

- 2014 : L'insurrection des plénums en Bosnie

« Manifestation lundi à Zenica »

Le 4 février 2014, en Bosnie, et plus précisément dans la ville ouvrière de Tuzla, dans le nord-ouest du pays, une révolte éclate[6]. Suite à des salaires impayés, les salariés d'usines privatisées se soulèvent et sont rapidement rejoints par les habitants, qui prennent fait et cause pour eux. Ensemble, ils convoquent une session plénière à l'échelle de toute la ville afin de formuler leurs exigences devant le Parlement du canton de Tuzla : le « plénum » était né ! Armés de toutes ces revendications, ils investissent le siège du gouvernement du canton, dénonçant pêche-mêle les privatisations massives en Bosnie-Herzégovine, la corruption et les divisions nationales.

 

🔴 S'ensuit une série de manifestations face à la surdité du pouvoir.

Le 7 février, une manifestation fait une vingtaine de blessés, des bâtiments gouvernementaux sont incendiés et de nombres arrestations ont lieu, marquant le débout d'une grande vague de protestations qui s'entendent à d'autres villes comme Sarajevo [7], Zenica, Mostar et Bihać en signe de solidarité. Très vite, le mouvement prend de l'ampleur, attirant des milliers de citoyens en colère contre les dirigeants. Paniqués devant la démonstration de force des masses, la plupart des ministres locaux finissent par démissionner, inquiets de voir les gouvernés reprendre les rêves de la vie politique. En effet, des centaines de citoyens et citoyennes se regroupent dans des « plénums », véritables expériences de démocratie directe, qui se propagent dans d'autres villes de Bosnie-Herzégovine, inspirées par l'expérience de Tuzla.

 

🔴 Les manifestations et les « plénums » perdurent pendant plusieurs semaines, et s'étalent.

Tandis que le vent de la colère gagne les rues en Croatie, au Monténégro, en Macédoine, etc., dans ce qu'on pourrait appeler un « printemps des Balkans », les manifestants bosniens rappellent déjà que « faim se dit pareil en bosnien, en croate ou en serbe ». Les manifestations et les « plénums » perturbent perdant plusieurs semaines, s'étalant à de nombreuses villes, notamment Sarajevo, Tuzla, Zenica, Mostar, Travnik, Brčko, Goražde, Konjic, Cazin, Donji Vakuf, Fojnica, Orašje et Bugojno. Des sessions régulières permettent aux habitants de débattre des enjeux politiques et de formuler des revendications à l'attention du gouvernement, telles que l'arrêt des privatisations, diverses mesures sociales ou encore la suppression des privilèges de la classe politique.

 

🔴 Dans le monde temps, le mode d'organisation des « plénums » se complexifie.

Le « plénum » de Tuzla met en place des groupes de travail spécialisés, chacun se concentrant sur un domaine spécifique, à l'image des ministères du canton de Tuzla. Parmi ces thématiques figurent l'éducation, la science, la culture et le sport, le développement économique, aménagement du territoire et protection de l'environnement, coordination avec les travailleurs, santé, justice et gouvernance, industrie, énergie et mines, sécurité intérieure, agriculture, gestion des ressources naturelles, commerce, tourisme, transports et communication, politiques sociales, finances, droits des vétérans de guerre et questions juridiques en : autant de thématiques prises en charge par les groupes de travail des « plénums ».

 

🔴 Par ailleurs, des tentatives ont été faites pour coordonner les différents « plénums » à un niveau plus large, dans le but d'élaborer des revendications communes dépassant l'échelle locale.

Des « plénums » conjoints ont notamment été organisés à Sarajevo, réunissant des délégations des différents « plénums » locaux. Comme le notait l'écrivain croate Igor Štiks : « Ce mouvement a expérimenté la démocratie directe... Les « plénums » des villes se sont retrouvés dans un “ plénum des plénums ”, qui fait penser aux “ assemblées des assemblées ” des gilets jaunes français. »

 

🔴 Malheureusement, comme les gilets jaunes, l’insurrection des « plénums » finit par s’essouffler récupéré par les activistes libéraux.

Pour le plus grand bonheur des classes dominantes qui, à travers leurs médias, n'avaient pas hésité à diaboliser ces événements, parlante de « troubles » et « d'incidents ». En vain, puisque le mouvement fut soutenu par 88 % de la population, d'après un sondage. Ce qui a réellement tué le mouvement, c'est surtout sa marginalisation par ces mêmes médias, la répression et le soutien actif de la communauté internationale aux gouverneurs. Mais au moins, cette fois, les « plénums » ont dépassé leur existence purement estudiantine.

 

- 2024 : La Serbie se soulève

14 morts dans l'effort d'une gare dans le nord de la Serbie

Aujourd'hui, les « plénums » font leur retour en Serbie, après un événement tragique. Le 1 er novembre 2024, un drame frappe la ville de Novi Sad, en Serbie. Aux alentours de 11 h 50, l'auvent en béton de la gare, récemment rénovée, s'effondre brutalement, entraînant la mort de 15 personnes et de nombres blessés[8]....

 

 ⁇ ️ Ce bâtiment, construit en 1964 en seulement 18 mois, était à l'origine un symbole de modernité pour l'ancienne Yougoslavie. Cependant, des décennies de négligence et de sous-financement l'avaient transformé en une structure délabrée, rendant nécessaire une rénovation en profondeur. 

 

 ⁇ ️ Les travaux de réhabilitation, lancés tardivement en 2021, avaient été confiés à un consortium d'entreprises chinoises, dans un contexte de rapprochement économique entre la Serbie et Pékin. La réouverture précipitée de la gare en mars 2022 avait tête célébrée en grande pompe par Aleksandar Vučić, président serbe, aux côtes de Viktor Orbán, son allié hongrois. Présentée comme un jalon vers une « Serbie moderne et progressiste », cette inauguration masquait en réalité de tombes irrégularités dans l'exécution des travaux. Des doutes circulaient déjà sur la solidarité des rénovations, préoccupation de notamementant la reconstruction de l'auvent, qui s'est finalment écroulé le 1er novembre, provoquant un choc national.

 

 

- Dans un premier temps, le gouvernement décrété des jours de deuil et des veillées sont organisées en hommage aux victimes.

Mais très vite, la douleur fait place à la colère, à commencer, en novembre 2024 par déclencher une bagarre dans le Parlement[9]. Cet accident provoque une vague d'indication à travers le pays. Rapidement, des manifestations massives éclatent, notamment parmi les étudiants, dénonçant la corruption et l'incompétence des gouvernements dans la gestion des infrastructures.

 

🔴 Initialement limités à Novi Sad, les protestations se propagent rapidement à Belgrade ainsi qu'à d'autres villes serbes, marquant un tournant dans la contestation sociale. Ces manifestations dénoncent la corruption, le clientélisme et l'impunité du pouvoir, tenu pour responsables du drame. Face à cette contestation grandissante, les autorités répondent par la répression : gaz lacrymogènes, arrestations massives et mêmes violences physiques contre les manifestants. Des cas de véhicules fonçant délibérément sur la foule sont signalés, attisant encore davantage la mobilisation[10]. En décembre, les manifestations prennent une tournure plus large : il ne s'agit plus seulement de l'effondrement d'un bâtiment, mais bien d'un ras-le-bol général face à un système politique gangrené par des années d'autoritarisme et de censure.

 

🔴 Le 24 janvier, les étudiants lancent un appel à la grève générale, qui trouve un écho favorable dans plus secteurs, notamment l'éducation, la santé, les transports et le divertissement. Face à l'intensification du mouvement, plusieurs hauts responsables politiques, dont le Premier ministre Miloš Vučević, sont contraints de démissionner[11]. Mais les contestataires jugent ces concessions insuffisantes et maintiennent la pression avec cinq revendications principales :

  • Publication de tous les documents liés à la rénovation de la gare, afin d'établir les responsabilités et de mettre au jour d'éventuels cas de corruption ;
  • Identification et poursuite des responsables des violences contre les manifestants, y compris les attaques survenues lors des veillées pacifiques ;
  • Abandon des charges contre les étudiants arrêtés durant les manifestations et suspension des poursuites en cours ;
  • Augmentation de 20 % du budget de l'enseignement supérieur afin de réduire les frais de scolarité et d'améliorer les conditions de vie et d'études des étudiants.

 

C'est dans ce contexte que nos « plénums » ont fait leur retour dès le débout du mouvement pour organiser les nombreuses occupations étudiants et les manifestations de masse. Similaires aux anciennes expériences plénières, ils n'ont pas de chefs, et toutes les décisions sont prises collectivement dans un exercice de démocratie directe, dont ils sont des défenseurs acharnés.

 

 ⁇ ️ « Certains ont essayé de jouer ce rôle en s'exprimant dans les médias trop souvent et sans autorisation du « plénum », mais nous y avons vite mis un terme. Chacun d'entre nous change tout le temps de rôle. Ainsi, les autorités ne peuvent pas nous manipulateur, nous corrompre ni nous attaquer personnellement. Ça démontre également notre unité et encourage les étudiants de divers horizons à se joindre au mouvement », explosif Nemanja. Sara, qui suit attentivement les événements depuis la France, ajoute : « L'organisation des manifestations est volontariat décentralisé. On s'est mis d'accord pour qu'il n'y ait pas d'organisateurs officiels. Nous suivons le mode d'organisation des initiatives étudiantes en Serbie, qui fonctionnent par « plénums » ou chacun peu s'exprimer. »

 

 ⁇ ️ Lara, qui parle sous pseudonyme pour sa sécurité mais aussi parce que « les individus n'ont pas à se distinguer du collectif », nous explique plus en détail le fonctionnement :

  • « Nous commençons les plénums par une minute de silence en hommage aux victimes.
  • Puis, nous votons l'ordre du jour. Il y a un modérateur et un greffier. Seuls les étudiants peuvent voter, le corps enseignant une juste le droit d'assister aux sessions. Le temps de parole est égal et, chez nous, il est limité à une minute. Les arguments doivent être clair.
  • On décide à la majorité...
  • Nous sommes organisés en plus groupes de travail : stratégie, communication externe avec les autres facultés, sécurité, médias ou encore organisation d'activités libres. » Un fonctionnement divisé en groupes de travail qui rappelle celui des « plénums » bosniaques.
  • À noter que Lara fait aussi partie d'un groupe en charge de la logistique, qui s'occupe de la nourriture, des sacs de couchage ainsi que des premiers soins pour la grande manifestation de ce 1 er mars à Niš.

 

Concernant la coordination des « plénums », d'après le Courrier des Balkans : Un rapport de chaque groupe est soumis au « plénum », puis au groupe de travail qui chapeaute toutes les facultés. La décision doit ensuite être soumise au Haut-Conseil des délégués de l'université, où chaque faculté désigne en plénum un délégué et deux témoins, qui présentent les décisions de leurs facultés. La décision adoptée par le Haut-Conseil revient alors au « plénum » de chaque faculté pour une confirmation finale.

 

🔴 Cette forme d'organisation décentralisée s'est désormais étendue à l'ensemble des universités bloquées du pays. Les étudiants ont même mis en place un système sophistiqué de comptage des voix, appelé « Piton », qui attribuent un coefficient moindre aux votes des universités privées. On en vient à se demander si les étudiants de Serbie ne sont pas actuellement l'avant-garde de la révolution en cours. En tout cas, ce qui se passe en Serbie est historique : à l'heure ou ces lignes sont écrites, la mobilisation ne s'essouffle pas, et ce, depuis désormais quatre mois. Les étudiants rallient à leur cause de nombreuses personnels, à travers de longues marches organisées jusque dans les régions rurales du pays, le tout dans un esprit de camaraderie où ils sont accueillis en héros par les habitants, qui leur distribuent nourriture et eau. À la nuit tombée, les étudiants sont même conviés à des repas par les habitants, qui leur offrent le couvert et parfois même le gîte.

 

 ⁇ ️ Comme l'explique si bien Nikola, qui a participé à la première marche de Belgrade à Novi Sad (80 km) le 1 er février, des milliers d'étudiants et de citoyens se sont réunis pour bloquer les trois principaux ponts de la ville pendante douze heures. Par ailleurs, il a entrepris une marche de 150 km entre Belgrade et Kragujevac, où une manifestation vaste a eu lieu le 15 février. Il prévoyait également de marcher de Bor à Niš le 1 er mars, où quatre sites stratégiques ont été bloqués sous la bannière de « L'Édit des étudiants ».

 

 ⁇ ️ « Nous élevons ainsi le niveau de conscience dans les petites villes et les milieux ruraux. Nous montrons qu'on est tous solidaires, et que malgré la fatigue, les entorses, les cloques, et parfois les pieds en sang, nous sommes déterminés. Le contact humain est crucial, tout comme les technologies modernes et les réseaux sociaux que nous utilisons massivement. Et la réponse des citoyens est tellement pleine d'émotion qu'on oublie qu'on a mal ! On ne s'attendait pas du tout à ce qu'autant de gens nous rejoignent. »

 

🔴 L'autre point fort, au-delà de leur détermination, est l'humour et l'autodérision des étudiants, qui pratiquent l'ironie, l'autoréflexion, jouent sur les mots et analysent la société serbe actuelle, une forme de régime autonome qui étouffe sa jeunesse, laquelle respire aujourd'hui grâce à ce vent de liberté qu'elle a elle même insufflé. De son côté, le président serbe affiche une façade inflexible et fait mine d'ignorer les manifestations. Pourtant, les signes ne trompent pas : il est bel et bien acculé par une jeunesse qui lui demande, ainsi qu'aux autres dirigeants, de rend des comptes. Selon les événements les plus récents, le mouvement est encore loin de s'essouffler et, en ce 1 er mars, suite au succès de la grande marche entre Bor et Niš, les étudiants ont lu leur « édit » à la foule rassemblée.

 

 ⁇ ️ Ce document affirme que « la Serbie est une nation de citoyens libres » et souligne que « les institutions du pays doivent être au service du peuple, garantissant confiance et transparence, plutôt que d'être instrumentalisées au profit d'intérêts individuels ». Il insiste sur l'importance de l'indépendance des universités et du système judiciaire, la liberté des médias, le respect des droits fondamentaux et la valorisation du savoir.

 

Alors que la nuit est tombée, le rassemblement se poursuit dans une atmosphère sereine. Sur scène, divers orateurs se succèdent, mettant en avant la libération de la parole rendue possible par cette mobilisation étudiant qui dure depuis quatre mois. De son côté, le président Vučić a une nouvelle fois tenté de minimiser l'ampleur du mouvement, en le comparant à une mobilisation plus importante ayant eu lieu à Kragujevac lors de la fête nationale, quinze jours auparavant. Quoi qu'il advienne des développements futurs de cette mobilisation, qui doit encore relever des défis en s'attendant à d'autres secteurs de la société et en se massifiant davantage, les étudiants jouent un rôle d'avant-garde, en attendant de passer le flambeau à l'ensemble des citoyens. Ces expériences de « plénums » s'annoncent déjà riches en enseignements.

 

 

- En conclusion : les « plénums » une nouvelle forme d'auto-organisation

On observe une forte ressemblance entre ces mouvements et les conseils de travailleurs du début du XXe siècle : les soviets ouvriers et paysans en Russie en 1905 et 1917, la tentative de République alsacienne des conseils en 1918, l'expérience des conseils de travailleurs de Turin en 1919, ou encore les conseils ouvriers lors de la révolution allemande de 1918-1919... Autant d'exemples qui feraient frémir tout vieux conseilliste qui se respecte.

 

 ⁇ ️ Malgré des différences, ces formes d'organisation semblent traverser l'histoire avec une certaine constance. Nous avons déjà évoqué les assemblées populaires en France durant les Gilets jaunes, le mouvement " Occupy Wall Street ", ou encore les expériences d'assemblées populaires en Syrie et au Chiapas. Des exemples qui résonnent mieux avec notre époque contemporaine que les conseils de travailleurs, dont le potentiel révolutionnaire parait aujourd'hui plus daté – même s'il reste à surveiller dans les pays où la main-d'œuvre ouvrière demeure forte.

 

 ⁇ ️ Concernant le sujet révolutionnaire, je ne dirais pas que la classe travailleuse n'existe plus ou qu'elle n'est plus déterminante. Mais on observe une multitude d'acteurs qui ne se limite pas à l'ouvrier fantasmé du XXe siècle, ancré dans l'imaginaire figé du marxisme le plus doctrinaire. Ces acteurs sont aujourd'hui déterminants, et dans le cas des « plénums », ce ne sont pas des ouvriers mais de simples étudiants – à l'exception des « plénums » de Bosnie en 2014. Et encore, même dans cet exemple, la lutte ne s'effectuait pas directement dans les usines, mais bien dans la rue et les espaces publics réappropriés par l'ensemble des citoyens.

 

🔴 C'est un phénomène qui doit interpeller et remettre en question certaines certitudesBien sûr, il ne s'agit pas de nier la lutte des classes, qui reste évidente sous bien des aspects dans les différences mobilisations des « plénums » : qu'il s'agisse des étudiants réclamant l'accès à l'éducation pour tous sans distinction de revenus, ou des travailleurs de Tuzla en Bosnie exigeant la fin des privatisations et le versement de leurs salaires, il est difficile de ne pas y voir une lutte de classes. Mais une lutte qui prend naissance en priorité dans les universités plutôt que dans les usines.

 

 ⁇ ️ Attention cependant : comme l'ont montré les « plénums », si les étudiants ne sont pas réjouis massivement par les autres secteurs de la société, leur transformation en un véritable mouvement émancipateur est vouée à l'échec. L'exemple de Mai 68 en France a déjà montré le rôle précurseur des étudiants : en étant à l'initiative des premières manifestations, des blocages et des actions concrètes, ils ont été suivis par le mouvement ouvrier, qui a répondu à l'appel. Finalement, c'est cette seule étincelle qui manque pour que les « plénums » d'origine étudiante – comme ceux actionnement en Serbie – puissent aller plus loin.

 

 ⁇ ️ La lutte des classes se combinent d'ailleurs habilement avec la lutte contre les hiérarchies et les leaders, comme nous l'avons vu dans les « plénums ». C'est un point trop souvent oublié, alors qu'il peut, à lui seul, faire dégénérer ou absorber toute aspiration populaire'. Sans leader ni récupération politique, il est beaucoup plus difficile pour les classes dominantes de négocier avec les révoltés et de proposer des compromis visant à freiner la lutte. On vous regarde, partis et syndicats.

 

 

- C'est en se débarrassant de toute forme de hiérarchie que le mouvement peut exploiter pleinement sa radicalité et porter des revendications bien au-delà des simples réformes, qui ne sont que des pansements sur une plaie ouverte.

Il s'agit ici de revendiquer le pouvoir pour les « plénums », qui ont largement prouvé que les citoyens pouvaient s'auto-gouverner sans avoir besoin de dirigeants capitalistes.

  • L'expérience bosnienne l'a démontré dans sa forme la plus avancée. Une autre différence fondamentale entre les « plénums » et les soviets réside dans leur nature inclusive. Contrairement aux soviets, composés essentiellement d'ouvriers, de paysans et de soldats organisés sur des bases professionnelles et locales (soviets d'usine, soviets de garnison militaire, etc.), les « plénums » sont généralement ouverts à l'ensemble de la population : étudiants, travailleurs, chômeurs, retraités...
  • Les « plénums » se montrent aussi extrêmement critiques envers toute hiérarchie, refusant les leaders, partis et syndicats, alors que les soviets ont, dans l'histoire, souvent été récupérés par des partis dit « communistes ».
  • Si l'on parle en termes de délégation de pouvoir, les différences sont également marquées. Dans les soviets, la délégation est générale plus institutionnalisée : des délégués élus prennent des décisions pour un collectif et peuvent, en théorie, être révoqués.
  • Dans les « plénums », s'il existe des représentants, ils ont plutôt un rôle de porte-paroles ou de coordinateurs tournant régulièrement. Les décisions restent largement prises par l'assemblée elle-même, qui garde la capacité de révoquer ses représentants à tout moment.
Périclès fait électeur le misthos

 

🔴 Cependant, malgré ces qualités, cette organisation doit aussi relever des défis. Les « plénums » ne sont parfois pas représentatifs de l'ensemble de la population.

 

 ⁇ ️ Par exemple, en Bosnie-Herzégovine :

  • Certains « plénums » ont rassemblé plusieurs milliers de personnes en assemblée. Mais dans une ville comme Sarajevo, qui compte plusieurs centaines de milliers d'habitants, cela reste une minorité.
  • Dans sa forme la plus avancée, les « plénums » étaient censés représenter à la fois la ville et le canton. Or, pour les habitants des zones rurales éloignées des centres urbains, se rendre à un « plénums » demande du temps et peut représenter un coût financier.

 

Ce problème existait déjà dans la démocratie directe athénienne de la Grèce antique (entre 454 et 450 av. JC.), et une solution avait alors été trouvée : les citoyens participant aux assemblées et aux institutions démocratiques recevaient une indemnité appelée misthos (« salaire »)[12]. Cela permettait aux citoyens pauvres et aux habitants éloignés de prendre part à la vie politique sans sacrifier leur temps de travail. Sans cela, seuls les plus aisés auraient pu assister aux débats et voter.

 

🔴 Bien sûr, il ne s'agit pas de calquer le modèle athénien, qui avait lui aussi ses défauts, mais des pistes existent pour surmonter ces obstacles.

Par exemple, la division en « plénums » de quartier ou de village pourrait pallier à cette difficulté. Et surtout, nous sommes au XXIe siècle :

  • il est tout à fait possible de développer la cyberdémocratie et d'apporter des solutions aux nombreux problèmes soulevés.
  • Internet a déjà démontré son importance dans l'organisation des protestations et des « plénums » jusqu'à présent. On peut coordonner des « plénums » à différents niveaux sans avoir recours aux méthodes du passé.

Grâce aux technologies actuelles, il n'est plus nécessaire de transmettre les décisions par l'intermédiaire de délégués ou de courriers, comme cela se faisait en Russie en 1917 ou en Catalogne en 1936. L'ère numérique permet aujourd'hui d'organiser des référendums en ligne pour faciliter la prise de décision collective. Après tout, si le vote électronique est déjà utilisé dans le cadre de la démocratie représentative bourgeoise et que des transactions financières sécurisées ont lieu quotidiennement, il n’y a aucune raison pour que des consultations démocratiques directes ne puissent pas être mises en place via Internet.

 

 ⁇ ️ Le véritable enjeu n'est pas tant la disponibilité des outils numériques que leur utilisation pour renforcer la démocratie. L'un des principaux obstacles reste la résistance des élites capitalistes, qui contrôlent la plupart des infrastructures technologiques et ont tout intérêt à préserver le système actuel. Une démocratie directe devra inévitablement s'opposer à ces intérêts particuliers, ce qui entraînera des tensions et des blocages de leur part, comme l'histoire l'a déjà montré.

 

C'est pourquoi les « plénums » doivent être encore plus offensifs envers les dirigeants et revendiquer le pouvoir. Si les soviets sont allés plus loin, c'est précisément grâce à leur mot d'ordre radical : « Tout le pouvoir aux soviets ! » Ils ont ainsi ouvertement revendiqué la prise du pouvoir en lieu et place de l'État bourgeois. '. Ce n'est pas encore le cas des « plénums » aujourd'hui, du moins pas massivement, puisqu'on a pu voir à l'entrée du ministère de la Culture serbe une grande bande banderole proclamant : « Tout le pouvoir aux plénums », qui a été rapidement retirée, malgré ça les « plénums » restent principalement des espaces de contestation et de revendication, sans ambition affichée de prise de pouvoir. Ils se contentent d'une liste d'exigences, comme l'avaient fait les premiers soviets avant de réaliser qu'ils n'avaient pas besoin d'être dirigés et pouvaient exercer le pouvoir eux-mêmes, sans intermédiaires.

 

🔴 Peut-être qu'un jour, les « plénums » se lèveront et brandiront à leur tour le mot d'ordre « Tout le pouvoir aux plénums ! », tout en veillant à écarter tout leader, bureaucrate ou parti d'avant-garde qui chercheraient à instrumentaliser leur lutte. Sur ce point, les « plénums » semblent déjà vigilants : leur rejet des formes traditionnelles de leadership et de toute tentative de récupération par des partis ou syndicats en témoigne.

 

 ⁇ ️ Les « plénums » des Balkans rappellent que la démocratie directe n'est pas une utopie lointaine, mais une possibilité bien réelle pour cellules et deux qui refusent de se laisser gouverner. À travers leurs pratiques horizontales, ils esquissent les contours d'un futur post-capitaliste qui ne se contenterait pas de répéter les modèles du passé, mais chercherait à inventer de nouvelles formes d'auto-organisation adaptées à notre époque.

 

 ⁇ ️ Que leur mot d'ordre soit proclamé ou non, l'esprit des soviets du XXIe siècle souffle déjà dans les assemblées des Balkans. Je pourrais conclure par un « Tout le pouvoir aux plénums ! », mais ce n'est pas à moi de dicter la voie aux luttes qui se mènent ardemment aujourd'hui....

 

-- Je préfère donner le mot de la fin à Nemanja, qui lutte actuellement en Serbie : « La machine ne peut se mettre en branle que si tout le monde participe. Nous n'en sommes pas là encore, mais à un moment donné, comme une tempête, la colère refoulée pendant des années éclatera et changera fondamentalement la manière de fonctionner de notre société, ou sera instaurée une démocratie directe et décentralisée. »

 

Notes :

[1Serbie : révolte étudiante et mécanique des plénums

[2Avril 2009 : grève étudiante en Croatie

[2bis] Universités : vers un nouveau Printemps croate ?

[3] Brochure de la Cette " Blokadna kuharica ili kako je izgledala blokada Filozofskog fakulteta "... [La cuisinière enfermée ou bien comment s'est déroulé le flocus de la Faculté de Philosophie] est sortie la tête année que les événements. Sur la troupe sur internet. Le texte est des « Étudiants de philosophie de la faculté de Zagreb » publié par le « Centre d'études anarchistes », dans la collection Francisco Ferrer, à 1.000 exemplaires

[4] Le mouvement « Occupy Wall Street » débute le 17 septembre 2011 alors qu'environ 1 000 personnes manifestant dans les environs de Wall Street, le quartier de la bourse à New York. Une partie des manifestants érigent des installations de fortune dans le parc Zuccotti, « occupant » l'endroit dans une sorte de sit-in.

[5Autriche : Universités occupées, 50.000 étudiants dans la rue et le gouvernement forcé à faire ses premières concessions

[6La révolte de février 2014 presd renaissance le 3 février, à Tuzla

[7] Révolte sociale : le siège de la présidence incendiée à Sarajevo

[8Serbie : quatorze morts dans l'effort d'un droit de gare, journée de deuil samedi

[9Serbie : le drame de la gare de Novi Sad déclenche une bagarre dans le Parlement

[10Tragédie de Novi Sad : l'usage injustifié de la force contre des politiques et des citoyens est inacceptable

[11Serbie : délégation du premier ministre après trois mois de contestation

[12Signifiant, en grec ancien, « gage » ou « paie », le misthos est une indemnité versée au citoyen compensant sa perte de salaire lorsqu'il consacrait une journée de son travail à la vie politique. Cette aide permettait surtout aux citoyens les plus pauvres de participant activement à la vie politique de leur cité.

 

Pour en savoir plus :

- Bosnie-Herzégovine : Tout le pouvoir aux Plénums ?

- 2014-2024 : la mémoire des plénums de Bosnie-Herzégovine et la gauche des Balkans

- La gauche, une idée neuve dans les Balkans : Une tentative de démocratie directe

- Mars 2025 " Le peuple s’auto-organise : des assemblées partout en Serbie "

- Dans l'indifférence générale, la Serbie connait les plus grandes manifestations de son histoire.

 

Balkans : tout le pouvoir aux « plénums » !
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6 mars 2025 4 06 /03 /mars /2025 20:02
« America First » et le grand chambardement des relations internationales

Selon Trump et ses acolytes, l’Amérique a dépensé d’énormes sommes d’argent pour protéger ses alliés, en particulier les pays riches parmi eux. Il est temps pour ceux-ci de rembourser la dette. La vérité historique, cependant, est très différente de cette représentation simpliste des choses.

 

 

Sources : Gilbert Achcar écrivain et universitaire du Liban | mis à jour le 07/03/2025

- La logique de « l’Amérique d’abord », adoptée par le mouvement néofasciste américain connu sous le nom de MAGA[0], peut sembler rationnelle à ceux qui ne sont pas familiers avec l’histoire économique des relations internationales.

Selon Trump et ses acolytes, l’Amérique a dépensé d’énormes sommes d’argent pour protéger ses alliés, en particulier les pays riches parmi eux, c’est-à-dire l’Occident géopolitique (l’Europe et le Japon en particulier) et les États pétroliers arabes du Golfe. Il est temps pour ceux-ci de rembourser la dette : tous ces pays doivent payer la facture en augmentant leurs investissements et leurs achats aux États-Unis, en particulier leurs achats d’armes (c’est ce que Trump entend par sa pression constante sur les Européens pour qu’ils augmentent leurs dépenses militaires). Tout cela s’inscrit naturellement dans la logique mercantile qui va de pair avec le fanatisme nationaliste qui caractérise l’idéologie néofasciste (voir « L’ère du néofascisme et ses particularités », 05/02/2025[1]).

 

🔴 De ce point de vue, les dépenses militaires étatsuniennes – qui ont effectivement dépassé non seulement celles des alliés de l’Amérique, mais ont presque égalé à un moment donné les dépenses militaires de tous les autres pays du monde réunis – ont été un sacrifice majeur au profit des autres.

  • Selon la même logique, l’important déficit de la balance commerciale étatsunienne n’est que le résultat de l’exploitation de la bonne volonté américaine par d’autres pays.
  • C’est pourquoi Trump veut le réduire en imposant des droits de douane à tous les pays qui exportent vers les États-Unis plus qu’ils n’en importent.
  • Ce faisant, il cherche également à augmenter les revenus de l’État fédéral afin de compenser sa réduction de ces mêmes revenus par des réductions d’impôts au profit des riches et des grandes entreprises.

 

 

- La vérité historique, cependant, est très différente de cette représentation simpliste des choses.

La Nouvelle Guerre froide. : États-Unis, Russie et Chine, du Kosovo à l'Ukraine Broché – Grand livre, 4 janvier 2024 de Gilbert Achcar

▶️ Tout d’abord : les dépenses militaires étatsuniennes après la Seconde Guerre mondiale ont été, et restent, un facteur majeur dans la dynamique spécifique de l’économie capitaliste américaine, qui s’est appuyée depuis lors sur une « économie de guerre permanente » (ceci est expliqué en détail dans mon livre La Nouvelle Guerre froide : les États-Unis, la Russie et la Chine, du Kosovo à l’Ukraine, 2023[2]). Les dépenses militaires ont joué et continuent de jouer un rôle majeur dans la régulation du cours de l’économie étatsunienne et dans le financement de la recherche et du développement technologiques (ce dernier rôle a été important dans la révolution des technologies de l’information et de la communication, un domaine qui a ramené les États-Unis à la pole position technologique après le déclin relatif de leurs industries traditionnelles).

 

▶️ Deuxièmement : la protection militaire que les États-Unis ont fournie à leurs alliés en Europe et au Japon, ainsi qu’aux États arabes du Golfe, fait partie d’une relation de type féodal, dans laquelle ces pays ont accordé de grands privilèges économiques au suzerain américain, en plus de leur participation au réseau militaire sous son commandement exclusif.

  • La vérité contredit complètement la description que font Trump et ses acolytes des relations des États-Unis avec leurs alliés comme étant basées sur leur exploitation par ces derniers.
  • La réalité est exactement le contraire, car Washington a imposé à ses alliés, en particulier aux pays riches parmi eux, un type de relations économiques à travers lequel il les a exploités, notamment en imposant son dollar comme monnaie internationale, de sorte que ces pays ont financé directement et indirectement le double déficit de la balance commerciale américaine et du budget fédéral. Les dollars du déficit commercial étatsunien, ainsi que diverses ressources en dollars de divers pays, sont continuellement revenus dans l’économie américaine, certains d’entre eux finançant directement le Trésor étatsunien.

 

- Ainsi, les États-Unis ont vécu, et continuent de vivre, bien au-dessus de leurs propres moyens.

Un fait qui est évident dans l’ampleur de leur déficit commercial, qui a approché les mille milliards de dollars en 2022[3], et la taille de leur énorme dette, qui dépasse 29 mille milliards de dollars, soit l’équivalent de 125 % de leur PIB[4].

 

Les États-Unis sont l’incarnation ultime d’un débiteur important et puissant qui vit aux dépens de riches créanciers dans une relation de domination du premier sur les seconds, au lieu de l’inverse.

 

Même envers l’Ukraine, les 125 milliards de dollars[5] que les États-Unis ont donnés à ce pays jusqu’à présent (loin des chiffres fantaisistes de Trump, quand il affirme que son pays a dépensé 500 milliards de dollars[6] à cet égard) sont équivalents à ce que l’Union européenne a fourni à elle seule[7] (or, le PIB de l’UE est inférieur d’environ 30 % à celui des États-Unis), sans compter ce que la Grande-Bretagne, le Canada et d’autres alliés traditionnels des États-Unis ont apporté. En fait, ce que les États-Unis ont dépensé pour financer l’effort de guerre ukrainien a servi leur politique visant à affaiblir la Russie en tant que rival impérial.

  • Washington est le principal responsable de la création des conditions qui ont facilité la transformation néofasciste en Russie et ont conduit à son invasion de son voisin.
  • Les États-Unis ont délibérément attisé l’hostilité envers la Russie et la Chine après la guerre froide afin de consolider la subordination de l’Europe et du Japon à leur hégémonie.

 

▶️ Cependant, lorsque Trump et ses acolytes reconnaissent la responsabilité des administrations américaines précédentes dans la création de la situation qui a conduit à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ils ne le font pas par amour de la paix comme ils le prétendent hypocritement (leur position sur la Palestine est la meilleure preuve de leur hypocrisie), mais plutôt dans le contexte de leur transition de la considération de la Russie comme un État impérialiste rival – une approche que Washington a poursuivie de manière croissante depuis les années 1990 malgré l’effondrement de l’Union soviétique et le retour de la Russie dans le giron du système capitaliste mondial – à la considération de Poutine comme leur partenaire en néofascisme, prêts à coopérer avec lui pour renforcer le courant d’extrême droite en Europe et dans le monde, en plus de bénéficier du grand marché et des grandes ressources naturelles de la Russie. Alors qu’ils voient dans les gouvernements libéraux de l’Europe un adversaire idéologique et un concurrent économique à la fois, ils voient en la Russie un allié idéologique qui ne peut pas rivaliser avec eux sur le plan économique.

 

 

- En revanche, la Chine, aux yeux de Trump et de ses acolytes, est le plus grand adversaire politique et concurrent économique et technologique.

Joe Biden a suivi la même politique, établissant une continuité entre le premier et le second mandat de Trump en ce qui concerne l’hostilité à l’égard de la Chine. Alors que l’équipe Trump peut espérer séparer Moscou de Pékin, tout comme la Chine s’est séparée de l’Union soviétique dans les années 1970 et s’est alliée aux États-Unis, Poutine ne prendra pas le risque de s’engager dans cette voie tant qu’il ne sera pas sûr de la permanence des néofascistes américains à la tête de leur pays.

 

La grande question est maintenant de savoir si l’axe libéral européen est prêt à prendre le chemin de l’émancipation de la tutelle étatsunienne, ce qui nécessite de mettre fin à son alignement derrière Washington dans l’hostilité envers la Chine et de consolider ses relations de coopération avec elle.

  • Cela exige également que les pays européens soient prêts à travailler dans le cadre du droit international et à contribuer au renforcement du rôle des Nations unies et des autres institutions internationales, deux choses que Pékin n’a cessé de réclamer.

 

 

- L’intérêt économique de l’Europe est clair à cet égard, bien sûr, en particulier l’intérêt de la plus grande économie européenne, l’économie allemande, qui entretient des relations étroites avec la Chine.

L’ironie est que la Chine s’associe maintenant aux Européens pour défendre la liberté du commerce mondial contre l’approche mercantile adoptée par Trump et ses acolytes, et pour défendre les politiques environnementales contre leur rejet, accompagné du déni du changement climatique, qui caractérise diverses variétés de néofascistes. Les positions acerbes exprimées par le nouveau Premier ministre allemand, Friedrich Merz, en critiquant Washington et en appelant à l’indépendance de l’Europe vis-à-vis des États-Unis[8], si elles aboutissent à une véritable tentative de suivre cette voie, pourraient se traduire dans l’attitude de l’Union européenne à l’égard de la Chine, d’autant plus que la position française penche dans la même direction.

 

🔴 Tout cela confirme la mort du système libéral atlantique et l’entrée du monde dans une phase houleuse de rebattage des cartes, dont nous ne sommes encore qu’au début. Les élections au Congrès américain de l’année prochaine joueront un rôle majeur pour promouvoir ou freiner ce processus, selon qu’elles conduisent à renforcer ou à affaiblir la domination néofasciste sur les institutions américaines. Pendant ce temps, le mouvement néofasciste américain a commencé à imiter ses homologues dans divers pays en sapant progressivement la démocratie électorale et en mettant la main sur les institutions de l’État américain dans le but de perpétuer son contrôle sur elles.

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1 mars 2025 6 01 /03 /mars /2025 21:08

Pourquoi l’Ukraine est en train de perdre la guerre contre la Russie ? Comment les deux camps pensent et mènent leurs opérations ? Quelles ont été les erreurs de part et d’autre ? Comment l’Occident a contribué à la défaite ukrainienne ?...

 

 

Pour répondre à ces questions et à bien d’autres, Jacques Baud (né le 1er avril 1955 , est un ancien colonel de l'armée suisse, analyste stratégique, spécialiste du renseignement et du terrorisme[1]) s’appuie sur des informations officielles, des documents américains, occidentaux et russes. Il explique la manière dont la Russie comprend et conduit la guerre. Il montre combien l’incapacité des Occidentaux à comprendre cette réalité et leur détermination à affaiblir la Russie s’est retournée contre l’Ukraine. Après les best-sellers Poutine, le maître du jeu ?, Opération Z et Ukraine entre guerre et paix dont le travail d’analyse a été salué dans le monde entier et dont les ouvrages ont été traduits dans plusieurs pays, l’auteur revient sur la guerre en Ukraine. Il expose la manière dont la Russie l’a menée et comment l’image qu’en ont donné les Occidentaux a conduit l’Ukraine vers l’échec.

Jacques Baud revient jour par jour sur la montée des tensions entre la Russie, l’Ukraine et l’Occident…jusqu’au lancement de l’opération de l’armée russe en Ukraine. Ce rappel utile montre que la guerre aurait pu être écourtée dès 2022 ! 

 

 

Sources : Eric Durand 

- Rappel : En Russie, l'invasion du 24 février 2022 est officiellement appelée « opération militaire spéciale ».

L'invasion de l'Ukraine par la Russie est un conflit (une guerre) déclenché le 24 février 2022 par ordre du président russe Vladimir Poutine, à partir de la Russie, de la Biélorussie et des territoires ukrainiens occupés par les Russes[a] depuis la guerre russo-ukrainienne de 2014[b], à savoir la Crimée (annexée par la Russie) et les républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk.

  • L'invasion intervient huit ans après le déclenchement de la guerre russo-ukrainienne qui suit l'annexion de la Crimée par la Russie[c] ;
  • Ainsi que le début de la guerre du Donbass à partir du printemps 2014[d] ;

ces actions sont nées de l'opposition russe au mouvement Euromaïdan de 2013-2014[e].

 

En 2021, les tensions s'intensifient[f], dégradant fortement les relations entre l'OTAN et la Russie[g], d'abord par le renforcement du dispositif militaire russe à la frontière ukrainienne avec la Russie et la Biélorussie ainsi qu'en Crimée sous occupation russe, 

 

 

- Retour en arrière : Jacques Baud revient jour par jour sur la montée des tensions entre la Russie, l’Ukraine et l’Occident… jusqu’au lancement de l’opération de l’armée russe en Ukraine. Ce rappel utile montre que la guerre aurait pu être écourtée dès 2022 !  

🔴 1er juillet 2021
Le parlement ukrainien a adopté la ” Loi sur les peuples autochtones d'Ukraine[2] . Elle définit quels sont les peuples autochtones de l'Ukraine et les droits dont ils bénéficient. Un député du parti présidentiel, explique: “ après l'adoption de cette loi, les citoyens ukrainiens de nationalité russe n'auront pas les mêmes. " L'Ukraine est ainsi devenue le premier pays à adopter une loi raciale après les lois raciales de Nuremberg des années 1930[3].

🔴 3 février 2021
 Zelensky promulgue un décret interdisant huit médias d'opposition dont trois chaînes de télévision[
4].
 

🔴 24 mars 2021
 Zelensky promulgue un décret pour reconquérir la Crimée, ce qui suppose la neutralisation préalable du Donbass[
5]. Il commence à déployer des troupes et à déplacer des chars vers le sud du pays et le long de la ligne de contact avec les républiques autoproclamées du Donbass. Plusieurs services de renseignements occidentaux relèvent les indices d'une offensive ukrainienne dans le Donbass.


▶️ Simultanément ...

  • L’OTAN lance la série d’exercices " Defender Europe 21 " à proximité de la frontière russe[6]. Les Russes constatent que les vols de reconnaissance de l’OTAN à la frontière ukrainienne et dans la mer Noire se multiplient de manière inquiétante.
  • Cette situation explique les exercices de l’armée russe au printemps 2021. La Russie teste la disponibilité opérationnelle de ses troupes et montre qu’elle suit l’évolution de la situation.

 

🔴 19 janvier 2022

Le Congrès américain adopte la loi prêt-bail 2022 (S.3522 - Ukraine Democracy Defense Lend-Lease Act of 2022 [7]) afin de fournir des armes à l'Ukraine en vue d'une “ agression en cours ”.
 

🔴 11 février 2022
Lors d'une conférence de presse, Biden affirme que la Russie attaquera l'Ukraine le 16 février[
8]. Le tabloïd britannique Sun évoque même une attaque avec 200 000 hommes (le double des effectifs évoqués jusque-là), et précise qu'elle aura lieu à 1h du matin, tandis que d'autres annoncent 3 h du matin !

 

🔴 14 février 2022
Le département d'État américain ferme son ambassade de Kiev[
9], ordonne la destruction des ordinateurs et des moyens de transmissions et déplace son personnel à Lvov, près de la frontière polonaise.
 

🔴 15 février 2022
 Zelensky annonce que le 16 février sera le “ Jour de l’Unité ”[
10], défini par le Times de Londres comme " une nouvelle fête introduite comme une marque de défi contre les troupes russes ”. Il demande à la population de descendre en masse dans les rues le lendemain. Les médias occidentaux se préparent à filmer l'événement.

 

🔴 16 février 2022
Le streaming de Reuters montre une place Maidan désespérément vide, que les internautes prendront vite en dérision. Manifestement, les Ukrainiens ne sont pas pressés de manifester leur unité contre la Russie !

 

Les observateurs de l'OSCE enregistrent une augmentation significative des violations du cessez-le-feu le long de la ligne de contact[11]. Le nombre d'explosions est multiplié par 10 et la carte qu'ils produisent montre qu'elles touchent essentiellement la population civile du Donbass. Pour la Russie, cette intensification brutale des tirs d'artillerie est un indicateur du déclenchement imminent d'une offensive terrestre.

 

🔴 17 février 2022
Les tirs d'artillerie s’intensifient encore et atteignent 20 fois le niveau “ habituel ” le long de la ligne de contacts. Les Occidentaux accusent immédiatement les “ pro-russes ”. Un projectile qui a touché une école maternelle à Stanitsa Louganskaya est qualifié d'attaque “ sous fausse bannière ” par Johnson et Stoltenberg[
12]. L’orientation de l'impact tend à indiquer que le tir viendrait des lignes ukrainiennes.

▶️ L'attribution du tir aux forces autonomistes est d'autant moins crédible que les troupes ukrainiennes empêchent les observateurs de l'OSCE d'accéder au bâtiment, comme ils l'indiquent dans leur rapport journalier.
 

🔴 24 février 2022
 Dans l'allocution où Poutine[
13] explique sa décision d'attaquer l'Ukraine, il a clairement indiqué les deux objectifs de cette opération: la “ démilitarisation ” et la “ dénazification ” de la menace contre la population du Donbass. Il précise que les objectifs de la Russie ne sont pas d’ordre géographique ou territorial.
 

🔴 25 février 2022
Zelensky a signalé son intérêt pour une solution négociée et c’est ce que cherchent les russes[
14]. En revanche, l’UE et les forces néo-nazies au sein de l’appareil de l’Etat tentent d’empêcher toute forme de négociation.
 

🔴 27 février 2022
 L'UE arrive avec un paquet d'armes de 450 millions €[
15pour inciter l'Ukraine à se battre. Avec la “ bénédiction ” des pays de l'ouest, ceux qui sont en faveur d'une négociation sont éliminés !
 

🔴 5 mars 2022
Kireyev, un des négociateurs ukrainiens, assassiné par le service secret ukrainien (SBU)[
16] car jugé trop favorable à la Russie et considéré comme traître.
 

🔴 7 mars 2022
 Alors que les négociations avec l’Ukraine n'ont fait aucun progrès, la Russie ajoute la reconnaissance du retour de la Crimée à la Russie et l'indépendance des deux Républiques du Donbass à sa liste des revendications. Elle précise que sa position pourrait changer si l'Ukraine ne souhaitait pas négocier.


🔴 10 mars 2022
Dmitry Demyanenko, ex-chef adjoint de la direction principale du SBU pour Kiev et sa région, lui aussi jugé trop favorable à un accord avec la Russie, assassiné par des membres du bataillon spécial Mirotvorets (“ Pacificateur ”)[17]. Cette milice est associée au site web Mirotvorets qui publie une liste des “ennemis de l’Ukraine”
 

🔴 20 mars 2022
Le Conseil de Sécurité nationale interdit 11 partis politiques[
18]. Un chef du principal parti d’opposition a été arrêté.
 

🔴 21 mars 2022
 Zelensky fait une offre qui va dans le sens de la Russie
 

🔴 23 mars 2022
Comme en février, l’UE revient deux jours plus tard avec un paquet de 500 millions d'euros pour des achats d'armes[
19]. L'Angleterre et les États-Unis font pression sur Zelensky pour qu'il retire son offre. Les négociations d’Istanbul s'enlisent
 

🔴 27 mars 2022
 Le contenu de la proposition de Zelensky à la Russie est dévoilé. L'Ukraine s'engage à être neutre avec des garanties internationales et à rester exempté d'armes nucléaires, ne pas reprendre les territoires de la Crimée et de Sébastopol par la force. Les régions de Donetsk et de Lougansk sont considérées comme des “zones séparées”, ne pas rejoindre des alliances militaires et renoncer au déploiement de bases et de contingents militaires étrangers, ainsi qu'au déroulement d'exercices militaires sur son territoire sans le consentement d'États garants, y compris la Russie
 

🔴 28 mars 2022
 La Russie est favorable à la proposition de Zelensky. Elle ne s’oppose pas à la volonté de l'Ukraine d’adhérer à l’UE. Après les propositions ukrainiennes, la Russie offre de réduire sa présence autour de Kiev
 

🔴 8 avril 2022
 Borrell, ministre des Affaires étrangères de l’UE, déclare: “500 millions d'euros d'aide supplémentaire de l’UE sont en train d'être débloqués. Cette guerre doit être gagnée sur le champ de bataille”
 

🔴 9 avril 2022
 Lors d'une visite impromptue à Zelensky, Johnson, lui apporte 2 messages: “Il faut faire pression sur Poutine, pas négocier avec lui. Et deuxièmement, si vous êtes prêt à signer des accords de garantie avec lui, nous ne le sommes pas”
 

🔴 24 avril 2022
 Alors qu'aucun progrès n'a été enregistré dans les négociation, les russes adaptent leur objectif. Le ministère de la Défense annonce que le nouvel objectif est de prendre le contrôle de la partie sud de l'Ukraine jusqu'à la Transnistrie
 

🔴 Juillet 2022
 En sus de la liste de Mirotvorets, le gouvernement ukrainien a établi une liste noire d'intervenants internationaux qui “promeuvent des narratifs en accord avec la propagande russe”, où figurent des membres du Congrès américain, des politiciens, des journalistes

 

- Jacques Baud - " Les américains ne veulent pas être face à face avec la Russie "

 

- Jacques Baud - " Les américains voient leur intérêt national dans une lutte contre la Chine "

 

Notes 

[aTerritoire ukrainien temporairement occupé

[bGuerre russo-ukrainienne, elle a commencé en février 2014, à la suite de la révolution ukrainienne de 2014 

[cAnnexion de la Crimée par la Russie en 2014

[dLa guerre du Donbass est une guerre hybride opposant, d'avril 2014 à février 2022, le gouvernement ukrainien à des séparatistes prorusses et à la Russie

[e] Euromaïdan ou Eurorévolution est le nom donné aux manifestations proeuropéennes en Ukraine, ayant débuté le 21 novembre 2013

[fPrélude à l'invasion de l'Ukraine par la Russie

[gRelations entre l'OTAN et la Russie

[1Wikipédia : Jacques Baud a été membre du renseignement stratégique suisse, spécialiste des pays de l’Est et ancien chef de la doctrine des opérations de la paix des Nations Unies. Au sein de l’OTAN, il a participé à des programmes en Ukraine, notamment après la révolution de Maïdan, en 2014 et 2017. En plus de ses ouvrages majeurs sur le conflit en Ukraine, il est l’auteur de plusieurs livres sur le renseignement, la guerre et le terrorisme, dont Gouverner par les fake news, Vaincre le terrorisme djihadiste et L’Affaire Navalny, tous parus aux éditions Max Milo.

[2] Le projet de loi repose sur le cadre complexe de définitions visant à distinguer la notion de peuples autochtones d'Ukraine d'autres catégories
[3] En déposant ce 18 mai un projet de loi1 sur les peuples autochtones d'Ukraine, qui ne prend pas en compte les peuples européens qui ont historiquement constitué l'Ukraine

[4Ukraine: le président Zelensky fait fermer trois chaînes de télévision pro-russes

[5Il faut remonter au 24 mars 2021. Ce jour-là, Volodymyr Zelensky promulgue un décret pour la reconquête de la Crimée et commence à déployer ses forces vers le sud du pays.

[6L'exercice militaire Defender Europe 21 commence

[7La Loi de 2022 sur le prêt-bail pour la défense de l'Ukraine (Ukraine Democracy Defense Lend-Lease Act of 2022) est un programme analogue à celui initialement mis en œuvre par les États-Unis, en mars 1941

[8Les États-Unis ont affirmé vendredi que la Russie pourrait envahir l'Ukraine avant la fin des Jeux olympiques de Pékin prévue le 20 février

[914 février 2022 : les Etats-Unis déplacent leur ambassade et exhortent leurs ressortissants à quitter le pays

[1016 février : la deuxième journée de l’unité en Ukraine

[11L'OSCE a fait état de 222 violations du cessez-le-feu jeudi sur la ligne de front dans la région de Donetsk

[12Dans l’est de l’Ukraine, les séparatistes russes et Kiev s’accusent mutuellement de bombardements

[13Discours du Président de la Fédération de Russie - 24 février 2022

[14] Les négociations de paix entre la Russie et l'Ukraine débutent le 27 février 2022 immédiatement après le déclenchement du conflit

[15] Guerre en Ukraine : l'UE débloque 450 millions d'euros pour fournir des armes à Kiev

[16Le Service de sécurité ukrainien (SBU) abattu Denís Kiréyev, membre de la délégation de négociation ukrainienne

[17Le même sort est réservé à Dmitry Demyanenko, ex-chef adjoint de la direction principale du SBU pour Kiev et sa région, assassiné le 10 mars

[18Le président ukrainien a annoncé la suspension de onze partis politiques ukrainiens

[19L'Union européenne débloque 500 millions d'euros pour développer son industrie de défense et aider l'Ukraine face à l'invasion russe

 

 

Pour en savoir plus :

- Opération Z :  Après le best-seller " Poutine : maître du jeu ? ", dont le travail d’analyse a été salué dans le monde entier, Jacques Baud revient dans ce livre " Opération Z " sur les causes profondes de la guerre en Ukraine et les raisons qui ont poussé Vladimir Poutine à intervenir le 24 février 2022.

L'invasion de l'Ukraine par la Russie est un conflit déclenché le 24 février 2022 par ordre du président russe Vladimir Poutine, à partir de la Russie

- Jean-Luc Mélenchon : La fin du mythe du gentil Nord-Américain

 

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26 février 2025 3 26 /02 /février /2025 18:25
Allemagne : « L’orientation de Die Linke est clarifiée, et sa base électorale consolidée »

Le politiste Kolja Lindner analyse le relatif succès dans les urnes du parti de gauche radicale, qui a reconstitué son groupe parlementaire. Il a fait mieux que résister à la scission organisée voici un an par une de ses anciennes responsables, Sahra Wagenknecht.
En obtenant près de 9 % des suffrages lors des élections fédérales tenues le 23 février
[1], Die Linke[0] a enregistré une progression qui constitue l’une des rares bonnes nouvelles pour les gauches en Allemagne.
Né en 2007 de la fusion opérée entre des dissidents sociaux-démocrates de l’Ouest et d’ex-communistes de l’Est, le parti s’était installé dans le paysage politique national depuis de nombreuses années. Il avait cependant décliné de manière significative lors du précédent scrutin législatif, en 2021. Et l’an dernier, ses perspectives s’étaient encore assombries en raison d’une scission à l’initiative de Sahra Wagenknecht. Celle-ci avait lancé une formation « conservatrice de gauche » à son nom, ce qui avait privé Die Linke de groupe parlementaire.

À rebours de nombreux commentaires, Kolja Lindner estimait alors que le départ de Wagenknecht offrait l’occasion d’une clarification pour Die Linke, dont l’image avait été dégradée par des controverses internes interminables.

Maître de conférences en théorie politique allemande à l’université Paris 8, titulaire de la chaire Maurice-Halbwachs à l’université de Wuppertal (Allemagne) en 2024-25, il a répondu à nos questions sur les résultats de ce dimanche.

 

 

Sources : Médiapart |

- Mediapart : Die Linke a retrouvé une représentation inespérée au Bundestag. Quels ont été les moteurs de sa dynamique électorale ?

Kolja Lindner : Le premier facteur date d’avant l’annonce des élections anticipées. En octobre dernier, un nouveau binôme paritaire a été élu à la tête du parti. Cela l’a rendu apte à saisir une fenêtre d’opportunité pour augmenter son poids électoral.

 

Sur le papier, l’équilibre traditionnel entre une personne issue de l’Ouest (Jan van Aken) et une personne issue de l’Est (Ines Schwerdtner) a été reproduit. Mais le plus important, c’est qu’ils incarnaient tous deux une véritable relève générationnelle.

  • Jan van Aken provient de milieux activistes écologistes dans la ville de Hambourg ;
  • tandis qu’Ines Schwerdtner, qui a travaillé pour la version allemande de la revue de gauche Jacobin, n’avait aucun lien historique avec l’ancien parti du régime communiste.

 

🔴 Cela a considérablement joué sur deux plans.

  • D’une part, Die Linke a connu des adhésions massives : le parti est passé de 54 000 membres en 2022 à 81 000 membres juste avant les élections législatives.
  • D’autre part, les jeunes se sont davantage reconnus dans son offre politique.

Celles et ceux qui ont voté pour la première fois ont été 27 % à mettre un bulletin Die Linke dans l’urne, et les 18-24 ans ont été 25 % à faire de même. Die Linke est le premier parti dans ces deux catégories.

 

🔴 Le deuxième facteur a été le positionnement du parti sur le fond. Die Linke est apparue en pointe de la mobilisation antifasciste. Après que Friedrich Merz [le chef de file des chrétiens-démocrates – ndlr] a fait passer une motion sur l’immigration avec les voix de l’AfD au Bundestag, la députée Heidi Reichinnek a appelé à résister à la tribune, et enregistré une intervention devenue virale sur les réseaux sociaux. Elle a ainsi contribué à la mobilisation de centaines de milliers de personnes contre la rupture du cordon sanitaire avec l’extrême droite.

 

🔴 Ensuite, Die Linke a mené une campagne sur les enjeux sociaux, et plus particulièrement sur la question des loyers et de l’habitat communal. Cet enjeu a fortement résonné dans les zones urbaines où Die Linke a réalisé de gros scores. On l’a notamment vu à Berlin, où la question du logement fait l’objet de mobilisations régulières.

 

 

- Mediapart : Une des limites de la progression de Die Linke n’est-elle pas d’avoir été faite aux dépens d’autres partis de gauche, et relativement peu grâce à d’autres sources de voix ?

Kolja Lindner : Effectivement, on observe une redistribution de l’électorat à l’intérieur de la gauche. Un peu moins de 300 000 « non-votants » ont nourri le score de Die Linke, contre 700 000 voix venues d’anciens électeurs écologistes, et environ 560 000 venues d’anciens électeurs sociaux-démocrates.

 

Mais est-ce révélateur d’une faiblesse structurelle, ou d’un début de recomposition de la gauche ? L’avenir le dira, mais j’observe que les 4,4 millions de voix de Die Linke ont été obtenues sur une base programmatique qui a gagné en cohérence et s’est « gauchisée » à la suite du départ de Sahra Wagenknecht. D’ailleurs, si l’on ajoute les scores de cette dernière et de Die Linke, la somme est plus importante que tous les résultats obtenus quand les deux sensibilités cohabitaient encore ensemble.

 

C’est aussi comme cela qu’il faut comprendre l’euphorie de dimanche soir chez les partisans de Die Linke. Leur parti est désormais relativement uni, sur une orientation politique clarifiée, avec une base électorale consolidée. L’avenir leur paraît bien plus prometteur qu’il y a quelques mois à peine.

 

 

- Mediapart : En termes de géographie électorale, ce scrutin a-t-il permis de vérifier la tendance à la « nationalisation » de l’implantation de Die Linke, au-delà de sa surreprésentation historique à l’Est ?
Kolja Lindner : Oui. Un écart persiste, puisque le vote pour Die Linke reste un peu plus fort à l’Est, autour de 13 %, contre 7-8 % environ à l’Ouest. Mais cela n’a rien à voir avec les différences enregistrées par le passé.

 

Au-delà des effets propres au profil politique du parti, il faut y voir la traduction d’évolutions sociodémographiques. Il y a trente ans, aux élections fédérales de 1994, le parti héritier du régime communiste, le PDS, frôlait les 20 % à l’Est et n’atteignait que 1 % à l’Ouest. Mais cela date d’une génération : beaucoup d’électeurs de cette époque sont décédés ou devenus très âgés, ils pèsent beaucoup moins lourd qu’autrefois.

 

De manière générale, les « frontières fantômes » persistent encore dans le comportement électoral, mais c’est à nuancer avec d’autres variables sociologiques. On voit par exemple que Die Linke a conquis des circonscriptions au scrutin majoritaire dans des centres de grandes villes comme Leipzig et Erfurt. Plus que leur localisation à l’Est, c’est le très bon score de Die Linke auprès des jeunes femmes urbaines qui a joué, alors qu’à l’inverse l’AfD a fait ses meilleures performances auprès des hommes âgés résidant en zone rurale.

 

Si l’on regarde la place de l’Allemagne de l’Est dans le programme électoral de Die Linke, une section lui est bien consacrée, mais bien plus courte que par le passé. Cela atteste que la question, sans disparaître, a perdu en importance.

 

 

- Mediapart : Die Linke a déjà connu cet étiage électoral : en 2017, elle dépassait les 9 %. Qu’est-ce que le parti peut faire de plus que d’incarner une voix d’opposition de gauche, impuissante à ce stade ?
Kolja Lindner : Il faut tout de même rappeler que depuis la scission de l’an dernier, le groupe parlementaire n’existait même plus au Bundestag, puisqu’il ne comptait plus assez de membres. Cela avait coûté au parti des capacités d’intervention au Bundestag, et du temps d’antenne à la télévision.

 

Avec le score de dimanche, le groupe est restauré, avec les ressources auxquelles il donne droit. Cela signifie, entre autres, que l’importante Fondation Rosa Luxemburg [un institut de réflexion et de formation associé au parti – ndlr[2]] n’est plus menacée dans son existence.

 

Alors certes, Die Linke ne va toujours pas peser sur la formation des politiques publiques. Pour autant, sa capacité à incarner des propositions alternatives va être plus importante qu’avant le scrutin, et sur une base idéologique bien plus claire et moins disputée en interne.

 

 

- Mediapart : Comment appréciez-vous le score du parti de Sahra Wagenknecht ? Après tout, en 2013, l’AfD avait elle aussi manqué de peu l’entrée au Bundestag, ce qui n’avait pas empêché sa progression ultérieure.
Kolja Lindner : La dynamique ne me semble pas identique. Celle de l’AfD était montante, et l’extrême droite s’est saisie de nouvelles crises pour progresser. Le parti qui porte son nom, le BSW, est au contraire sur le déclin après être entré dans quelques parlements régionaux d’ex-Allemagne de l’Est.

 

Il ne s’agit pas uniquement du résultat de dimanche. La structuration du parti est d’ores et déjà entravée par le départ de salariés qui ont exprimé leur désaccord avec le discours sur les politiques migratoires, jugé trop proche de celui de l’AfD. En Bavière, vingt-huit permanents du puissant syndicat IG Metall ont reproché au chef régional du parti de « s’être associé à des racistes » et lui ont demandé de démissionner. Et dans les manifestations pour le cordon sanitaire, on pouvait lire de nombreuses pancartes hostiles à Sahra Wagenknecht.

 

Si je devais m’avancer sur un pronostic, je dirais donc que le BSW pourrait avoir atteint son zénith, et que son futur au niveau fédéral est désormais très incertain.

 

 

- Mediapart : Sahra Wagenknecht a développé une ligne fort complaisante avec Vladimir Poutine, pas du tout solidaire du peuple ukrainien. Quel discours Die Linke a-t-elle tenu sur le sujet ?
Kolja Lindner : Un des deux coprésidents, Jan van Aken, a été inspecteur pour l’ONU des armes biologiques. Il connaît donc bien les questions internationales et était à l’aise sur le sujet lors des débats télévisés.

 

  • Sa ligne consiste à contester la livraison d’armes, que ce soit à l’Ukraine ou à Israël, pour des raisons pacifistes. Mais le parti défend une solidarité différente, de type civil, passant par des sanctions et une offensive diplomatique auprès de la Chine, afin de contraindre la Russie à entrer dans des négociations de paix.
  • Die Linke dénonce clairement l’agression de l’Ukraine par Poutine, et affirme qu’aucune négociation ne devrait avoir lieu sans les Ukrainiens et les Ukrainiennes.
Allemagne : « L’orientation de Die Linke est clarifiée, et sa base électorale consolidée »
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24 février 2025 1 24 /02 /février /2025 12:05
sommet des Brics à Johannesburg, le 24 août 2023. © Alet Pretorius / Pool / AFP

sommet des Brics à Johannesburg, le 24 août 2023. © Alet Pretorius / Pool / AFP

L’impérialisme chinois ne s’étend pas en créant des bases militaires ou en occupant du territoire, mais dispute avec le centre impérial la domination sur une partie du monde – et là, il a gagné.

 

 

À la fin de la première semaine de septembre 2024, le Forum de la Coopération sino-africaine s’est réuni en Chine, avec la présence de 53 des 54 pays africains[0] (l’eSwatini, anciennement Swaziland, est resté à l’écart, étant le seul pays du continent à reconnaître Taïwan).
Lors du forum, Jinping (Président de la République populaire de Chine) a promis que dans les trois prochaines années, la Chine investirait environ 50 milliards de dollars en Afrique
[3], soit en investissements directs (un cinquième de cette valeur), soit en prêts et en dons. La question que je pose ici est la suivante : la Chine est-elle une puissance impérialiste et cette relation avec l’Afrique fait-elle partie d’un projet néocolonial ?

 

 

Sources : Eric Durand 

- Une histoire de réussite

La Chine est-elle (re)devenue la première puissance économique mondiale ?

La transformation de l’économie chinoise en usine du monde ne compte que quelques décennies. C’est donc pendant cette période récente que la Chine est devenue une puissance économique, en maintenant le contrôle public sur le système financier et les règles pour l’investissement étranger, tout en appliquant un taux élevé d’effort d’investissement, de développement technologique planifié et d’accumulation de capital dans certaines grandes entreprises privées. Son PIB est supérieur à celui des Etats-Unis en parité de pouvoir d’achat[1] et pourrait bientôt être plus important en termes absolus (bien que, la population chinoise étant cinq fois plus importante, le PIB par habitant soit beaucoup plus faible), ses excédents commerciaux sont plus importants et sa capacité à thésauriser des réserves est donc supérieure à celle de ses concurrents.

 

🔴 En 2013, le gouvernement chinois a lancé une initiative économique et diplomatique, la « Nouvelle Route de la Soie », par analogie avec les circuits commerciaux depuis l’époque de Marco Polo, mais cette fois sous direction chinoise (Ce projet baptisé Belt and Road Initiative (BRI) a pour objectif d’améliorer les voies de communication et la coopération à l’échelle transcontinentale][2].

 

🔴 En 2023, 152 pays se sont réunis pour célébrer ce mouvement de capitaux et d’intérêts. La réunion de septembre

avec les pays africains correspond à un processus parallèle qui, comme le montre le graphique, s’est développé depuis 2000 jusqu’à ce que la Chine devienne le principal partenaire commercial de l’Afrique et, de loin, la principale économie investisseuse. En annonçant les 50 milliards, le président chinois a ajouté qu’ils créeraient un million d’emplois[3], mais a aussi entendu les dirigeants africains contester le poids des dettes antérieures et demander que la relation inégale ne soit pas accentuée. De plus, comme le montre le graphique, entre 2016 et aujourd’hui, les prêts chinois ont été réduits d’environ moitié en termes de poids dans le PIB africain, et le montant annoncé est inférieur à celui des années de pic de cette relation. Par ailleurs, les investissements se concentrent dans quelques pays (dans l’ordre : Afrique du Sud, Angola, Nigeria, Congo, Égypte).

 

Il n’y a eu aucun signe d’allègement de la dette. Cette relation économique subordonne donc les pays africains. Et, si les infrastructures créées sont particulièrement orientées vers l’extraction minière (le commerce entre la Chine et l’Afrique a augmenté en 2023 pour atteindre 282 milliards de dollars[4]), l’engagement de ces économies africaines dans le rentisme extractif est la contrepartie de la rentabilité des grandes entreprises technologiques chinoises. Ainsi, cette forme de subordination est une exploitation néocoloniale.

 

 

- Empire
La transformation de la Chine en une économie capitaliste n’a pas d’équivalent avec ce que l’on connaît dans d’autres pays. Avec la chute du régime de l’URSS, sa structure politique s’est effondrée et, s’il est vrai que beaucoup des bénéficiaires du raid de la piraterie privatisatrice, les nouveaux magnats, avaient été des chefs du parti communiste et des bureaucrates régionaux ou nationaux, ce transit s’est fait dans un nouveau cadre politique, à l’époque dirigé par Eltsine. Dans le cas angolais, c’est le parti de la résistance anticoloniale qui, arrivé au pouvoir, a donné à son président et à ses généraux le pouvoir de voler les ressources et de constituer leurs fortunes personnelles[5]. Ainsi, l’accumulation de capital s’est faite par la rupture politique.

 

🔴 Or, dans le cas chinois, il y a une continuité politique garantie par l’hégémonie du parti communiste. C’est précisément sa bureaucratie qui répond aux deux principales formes de création d’une classe capitaliste, l’une pour la combattre et l’autre pour la promouvoir :

  • la corruption, qui est fustigée par les autorités car elle empêche leur contrôle sur les mécanismes de formation des fortunes ;
  • et la propriété et la direction d’entreprises qui bénéficient des exportations et, de plus en plus, du marché intérieur.

🔴 Ainsi, c’est un capitalisme tutélaire de l’État sous une forme historiquement inédite, étant donné la particularité d’être dirigé par un parti communiste. Mais c’est une économie capitaliste et 60% du PIB est généré par ces secteurs d’accumulation privée, correspondant probablement aux trois quarts de l’emploi[6]. La relation avec l’Afrique, qui vise à obtenir des importations d’énergie fossile et surtout de minéraux fondamentaux pour les productions de matériel de communication, est une composante importante de cette carte.

 

En même temps, Jinping (Président de la République populaire de Chine) assure la fidélité des alliés et, étant de loin le principal partenaire économique de l’Afrique, dirige un réseau d’alliances qui secondarise le rôle de Washington sur ce continent. L’impérialisme chinois ne s’étend pas en créant des bases militaires ou en occupant du territoire, mais dispute avec le centre impérial la domination sur une partie du monde – et là, il a gagné.

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30 janvier 2025 4 30 /01 /janvier /2025 21:25
2025 : L’Avenir en commun réactualisé... nous sommes prêt·es à gouverner !

« L’Avenir en commun » est « le programme d’une nouvelle France : celle du peuple éliminé de tout pouvoir aujourd’hui, et celle qui peut naître à partir de ses exigences », écrivent Jean-Luc Mélenchon, Clémence Guetté et Hadrien Clouet[1

C’est une étape qui marque le début de la campagne présidentielle pour nous […] nous voulons montrer que nous sommes prêts », déclare Jean-Luc Mélenchon devant la presse[0        

 

 

Dans une ambiance studieuse, le mardi 28 janvier 2025, les insoumis ont franchi une étape centrale dans la vie de leur mouvement et leur préparation des futures échéances électorales. Le programme actualisé « L’Avenir en commun », édition 2025, a été présenté publiquement en conférence de presse au siège de LFI. « L’affirmation d’un sérieux » a introduit Jean-Luc Mélenchon, rappelant le caractère unique du programme insoumis « sans équivalent » dans le pays et validé par plus de 7 millions d’électeurs aux élections présidentielles. Un socle et une matrice puissants, capables d’unir des personnes de toutes convictions anticapitalistes.   

 

 

Sources : La France insoumise | mis à jour le 18/02/2025

- « L’Avenir en commun », le programme de LFI, présente 831 mesures pour une « nouvelle France »
« L’Avenir en commun » prend sa source dans le programme de Jean-Luc Mélenchon lors de l’élection présidentielle de 2012, « L’ère du peuple ».

  • En 2017, complété et solidifié, il devient « L’Avenir en commun », qui sera également le programme de LFI pour la présidentielle de 2022.
  • Sur sa base, furent rédigés les programmes de la NUPES et du Nouveau Front Populaire pour les élections législatives de 2022 et 2024.

 

🔴 La source de ce programme ? La société elle-même. Associations, syndicats, collectifs, scientifiques… Ils sont nombreux à avoir contribué à la rédaction de « L’Avenir en commun ». 

 

Le travail sur la version actualisée du programme a commencé il y a tout juste un an : 143 mesures ont été ajoutées et 120 précisées.

 

 

- Présentation du programme L'Avenir en commun - édition 2025
Revivez la présentation du programme actualisé " L'Avenir en commun ", le 28 janvier 2025, avec Jean-Luc Mélenchon, Clémence Guetté, Manuel Bompard, Mathilde Panot, Eric Coquerel, Aurélie Trouvé et Hadrien Clouet          

     

- Table des matières de « L’Avenir en commun » :  CLIQUEZ sur chaque image pour en savoir plus !  👇

 

Introduction programme la France insoumise 2025

 

programme la France insoumise 2025 Faire la révolution citoyenne

 

programme la France insoumise 2025 L’harmonie des êtres humains entre eux

 

programme la France insoumise 2025 L’harmonie des êtres humains avec la nature

 

programme la France insoumise 2025 Ordonner le monde

 

🔴  Pour en savoir plus autour du programme

 

▶️ Cliquez pour savoir " Comment a été conçu le programme "

 

▶️ Cliquez pour accéder aux Réponses aux associations et collectifs "

 

▶️ Cliquez pour accéder au Simulateur d’impôt "

 

▶️ Cliquez pour accéder au " Simulateur d’héritage "

 

▶️ Cliquez pour accéder aux " Adaptations "

 

▶️ Cliquez pour accéder au " Chiffrage du programme "

 

 

🔴  CLIQUEZ sur l'image pour  👇 accéder à l'intégralité du dossier programme

 

Programme La France insoumise 2025
Programme La France insoumise 2025

 

🔴  CLIQUEZ ICI pour télécharger le programme

 

 

- Clémence Guetté face aux streameur·ses ! - Émission Spéciale Programme

Nous sommes prêts ! Clémence Guetté Vice-présidente de l'Assemblée nationale et députée LFI-NFP face aux streameur·ses. Échange autour du projet politique insoumis avec Wissam, Cassandre, Mouffette, Travata et Jonathan Ruff-Zahn Cofondateur de Tsedek.

 

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24 janvier 2025 5 24 /01 /janvier /2025 23:49
Les 46 décrets du premier jour de Trump passés au crible

Depuis son entrée en fonction le 20 janvier dernier, le président américain, Donald Trump, multiplie les décrets sur une foule de sujets : immigration, justice, économie, identité de genre, environnement. 

 

 

Pour « rendre l’Amérique grande à nouveau », Donald Trump avait annoncé « un déluge » de décrets présidentiels dès le premier jour de sa présidence. De fait, ce 20 janvier, il a paraphé à tour de bras des dizaines d’« ordres exécutifs », de « proclamations » et de « memoranda ». Des mesures chocs, de nature juridique parfois légèrement différentes (et qui pourraient, pour certaines, être rapidement contestées), qui concrétisent la politique du nouvel homme fort des Etats-Unis, en donnant le ton d’un mandat placé sous le signe de la rupture radicale. 

 

 

Sources : Eric Durand |  mis à jour le 05/04/2025

- Quelle est la portée de ces décrets et comment vont-ils façonner la vie politique aux États-Unis ?
Un décret est « une extension du pouvoir exécutif du président », explique Christophe Cloutier-Roy, directeur adjoint de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand. « Dans sa définition la plus simple, un décret, c’est une consigne que donne le président à tout ce qui relève du pouvoir exécutif : fonctionnaires, militaires, bref tout ce qui relève du gouvernement fédéral. »

 

Les décrets présidentiels n’ont pas force de loi. Ils peuvent être soumis au jugement des tribunaux et infirmés s’ils ne respectent par les principes de la Constitution américaine. Mais ils sont très utiles pour agir rapidement et de façon très précise sur certaines questions.

 

« Les décrets sont bons pour obtenir des gains à brève échéance, estime M. Cloutier-Roy. Et c’est certainement bon pour Donald Trump, en début de mandat, de montrer à ses partisans qu’il est actif, qu’il remplit ses promesses et qu’il est mesure de faire avancer son programme. Beaucoup plus que de passer par le Congrès, où le processus légal est complexe, long et très incertain. »

 

Les décrets ont toujours fait partie de l’arsenal présidentiel. Là où le gouvernement Trump se démarque, c’est par le nombre et la teneur des décrets adoptés en tout début de mandat.

 

« La plupart des présidents qui entrent en poste avec leur parti au pouvoir au Congrès [comme c’est le cas pour Trump] sont plus économes dans l’utilisation du décret présidentiel », soutient Christophe  Cloutier-Roy, qui souligne la forte empreinte partisane qui marque les dizaines de décrets adoptés jusqu’à maintenant. « Ce sont des décrets fortement teintés politiquement aussi, ce n’est pas la liste d’épicerie d’un président qui entre en fonction. Déclarer l’état d’urgence à la frontière, remettre en question la citoyenneté américaine, ce sont des signaux forts qu’on envoie à la base partisane. »

 

 

- Voici, par ordre chronologique de signature, l’ensemble des textes signés au « day one » du second mandat de Donald Trump.

🔴 Nominations et drapeaux au vent
Le ballet des signatures a commencé à 13 h 15, dans une salle du Capitole, avec cinq textes, consistant :

  • pour les quatre premiers – à désigner les membres du nouveau cabinet présidentiel, les responsables des sous-cabinets ou des présidents de commission.
  • Le cinquième texte est une proclamation en vertu de laquelle les drapeaux hissés le jour d’une investiture doivent flotter au vent.

Joe Biden avait en effet ordonné que les drapeaux soient en berne durant tout un mois, suite à la mort de l’ancien président Jimmy Carter, le 29 décembre. Or, Trump ne souhaitait pas que sa présidence débute avec des drapeaux en berne.

 

🔴 Annulation de 78 décrets de l’ère Biden
Trump avait assuré en novembre « pouvoir défaire presque tout ce que Joe Biden a fait, par le biais d’un décret ».

De fait, le tout premier décret signé par le nouveau président devant la foule annule en bloc 78 décrets pris par son prédécesseur[0]. Parmi les textes retoqués :

  • la priorité à l’équité raciale dans l’élaboration des politiques du gouvernement fédéral ;
  • l’existence d’une « task force » chargée de réunir les familles séparées à la frontière du Mexique ;
  • la reconstruction du programme d’accueil des réfugiés ;
  • la prévention et la lutte contre la discrimination fondée sur l’identité de genre ou l’orientation sexuelle ;
  • la lutte contre la crise climatique dans le pays et à l’étranger ;
  • l’égalité pour les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, queers et intersexuées.
  • Trump a également annulé la décision de Biden de retirer Cuba de la liste des Etats soutenant le terrorisme, réduisant à néant l’une des dernières mesures de politique étrangère du président démocrate.

 

🔴 20 janvier 2025 : « Restauration de la liberté d’expression »
Le décret portant sur « la restauration de la liberté d’expression et la fin de la censure fédérale » interdit l’utilisation de fonds fédéraux pour toute action « visant à restreindre la liberté d’expression des citoyens américains »
[1]. Le texte impose au procureur général des Etats-Unis (en charge du département de la Justice) d’enquêter sur les éventuelles entorses du gouvernement Biden aux principes de la liberté d’expression, notamment les « pressions » qui auraient pu être exercées sur les plateformes de réseaux sociaux pour lutter contre la désinformation.

 

🔴 20 janvier 2025 : « Fin de la militarisation du gouvernement fédéral »
Selon Trump, « le peuple américain a vu l’administration précédente s’engager dans une campagne systématique » contre « ses opposants politiques », notamment au travers de la poursuite « impitoyable de plus de 1 500 personnes » impliquées dans l’assaut sur le Capitole le 6 janvier 2021.
Dès lors, le nouveau président souhaite « examiner les activités de tous les départements et agences exerçant des pouvoirs d’exécution civils ou pénaux » et leur conduite sur les quatre dernières années. Des rapports d’enquête seront commandés et des « mesures correctives » prises.

 

🔴 20 janvier 2025 : « Fin du télétravail dans l’administration fédérale »
Le décret met fin aux mesures de télétravail instaurées dans l’administration durant la pandémie de Covid. Le travail des employés fédéraux doit désormais être réalisé en présentiel[2].

 

🔴 20 janvier 2025 : « Gel des dispositions transmises au registre fédéral »
Donald Trump ordonne à tous les départements et toutes les agences :

  • de ne pas proposer ou publier de nouvelles dispositions, jusqu’à ce qu’un chef de département ou d’agence nouvellement désigné par lui-même n’ait examiné et approuvé le texte en question.
  • le retrait immédiat de tous les textes qui ont été envoyés au registre fédéral (en charge de la publication officielle des lois fédérales et des décrets) mais non encore publiés, afin qu’ils puissent être réexaminés et approuvés.

 

🔴 20 janvier 2025 : « Gel des embauches de fonctionnaires »

Le onzième texte proclame un gel des embauches à des postes de fonctionnaires en lien avec la branche exécutive. Aucun poste civil vacant ne peut être pourvu, et aucun nouveau poste créé[3]. Seules exceptions prévues :

  • le personnel militaire,
  • les postes liés à l’application des lois sur l’immigration, en lien avec la sécurité nationale ou la sécurité publique,
  • et les postes liés aux prestations de sécurité sociale, aux assurances santé ou à l’aide aux anciens combattants.

L’administration doit présenter, sous quatre-vingt-dix jours, un plan de réduction des effectifs du gouvernement fédéral, suite à quoi ce gel des embauches sera caduc, excepté pour l’Internal Revenue Service (IRS, l’agence qui collecte notamment l’impôt sur le revenu).

 

🔴 20 janvier 2025 : « Logement, emploi, et coût des appareils électroménagers »
Le douzième texte porte sur la « crise du coût de la vie ». Donald Trump y ordonne aux responsables de tous les départements et toutes les agences de :

  • réduire le coût du logement et augmenter l’offre ,
  • d’éliminer les exigences contre-productives qui augmentent les coûts des appareils électroménagers,
  • de « créer des opportunités d’emploi pour les travailleurs américains »,
  • ou encore d’« éliminer les politiques climatiques nuisibles et coercitives qui augmentent les coûts des denrées alimentaires et des carburants ».

 

🔴 20 janvier 2025 « Retrait des Etats-Unis des accords de Paris sur le climat »

Le treizième texte acte le retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris de 2015 sur le climat, avec effet immédiat[4].

  • Les agences fédérales doivent ainsi cesser tout engagement financier lié à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.
  • Le décret révoque également le Plan international de financement climatique jusqu’alors en vigueur.
  • Enfin, il ordonne aux agences fédérales responsables d’accords internationaux sur l’énergie de donner « dorénavant la priorité à l’efficacité économique, à la promotion de la prospérité américaine, au choix du consommateur et à la modération fiscale ».

 

🔴 20 janvier 2025 : « Grâce accordée aux assaillants du Capitole »
Comme annoncé de longue date, Donald Trump a gracié plus de 1 500 personnes condamnées pour leur participation à l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, les qualifiant à nouveau d’« otages »
[5]. Il a ainsi commué les peines de 14 membres des milices Proud Boys et Oath Keepers, dont la plupart avaient été condamnés pour conspiration. Trump a également demandé au ministère de la Justice de rejeter « tous les actes d’accusation en cours » subsistant à l’encontre des personnes inculpées le 6 janvier.

 

🔴 20 janvier 2025 : « Suspension du bannissement de TikTok »
Ce décret suspend le texte relatif aux « applications contrôlées par des adversaires étrangers » qui, depuis la veille, interdisait l’accès à l’application TikTok aux Etats-Unis[6]. Trump demande au procureur général de ne pas appliquer les dispositions de la loi pendant soixante-quinze jours, le temps qu’un accord d’achat soit conclu.

🔴 20 janvier 2025 : « Retrait des Etats-Unis de l’Organisation mondiale de la santé »
Par ce seizième décret, Trump retire les Etats-Unis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)[7]. Il liste une série de raisons, comme la « mauvaise gestion de la pandémie de Covid-19 » par l’OMS, des « paiements injustement onéreux » réclamés aux Etats-Unis ou encore le fait que la Chine paye moins que Washington. Le nouveau président républicain s’en était déjà pris à l’organisme dépendant des Nations unies en 2020, lors de la pandémie de Covid, et avait alors menacé de lui retirer son financement. Une mesure ensuite bloquée par Joe Biden.

 

Restauration d’une catégorie spéciale pour les fonctionnaires en lien avec l’exécutif. Le décret suivant rétablit un ordre exécutif de 2020, annulé par Biden en 2021. Il instaure une catégorie spécifique aux postes de la fonction publique liés à l’exécutif. Les fonctionnaires qui ont cette classification peuvent être plus facilement embauchés, mais aussi révoqués.

 

🔴 20 janvier 2025 : « Responsabilité des anciens fonctionnaires en lien avec « l’ingérence électorale » et la « divulgation d’informations sensibles »
Par ce décret, Trump annule toutes les autorisations en matière de sécurité encore détenues par 51 anciens responsables des services de renseignement
[8] qui ont signé une lettre au cours de la campagne électorale de 2020 suggérant que les agents républicains ayant récupéré l’ordinateur de Hunter Biden faisaient « partie d’une campagne de désinformation russe ».

 

Le décret s’en prend également à un ennemi de longue date de Trump, John R. Bolton, son ancien conseiller à la sécurité nationale maintenant très critique à son égard. Donald Trump le prive de toute habilitation de sécurité. Ce 20 janvier, Biden avait prononcé une série de grâces anticipées en faveur de plusieurs élus et fonctionnaires, menacés par les représailles du 47e président des Etats-Unis.

 

🔴 20 janvier 2025 : « Déclaration de l’urgence nationale à la frontière sud des Etats-Unis »
Le 19e texte signé par Trump proclame l’urgence nationale à la frontière entre le Etats-Unis et le Mexique, et y autorise le déploiement de forces armées (garde nationale comprise) pour soutenir les actions de sécurité intérieure[9]

  • Les barrières physiques doivent être renforcées, et les restrictions d’usages de drones dans les 8 kilomètres autour de la frontière y être levées aussitôt que possible.
  • Le secrétaire à la Défense et le secrétaire à la Sécurité intérieure doivent, en outre, prendre « toutes les mesures appropriées » pour empêcher l’entrée physique non autorisée d’étrangers.

Habilitations de sécurité pour le personnel du bureau exécutif du Président. Le 20e texte signé par le nouveau président entend résoudre ce qu’il définit comme un « retard inacceptable » de l’administration Biden concernant le « traitement des habilitations de sécurité des personnes recrutées pour travailler au sein du bureau exécutif du Président ». Donald Trump fournit ainsi une liste de personnes auxquelles il donne accès immédiatement aux informations « top secret ».

 

🔴 20 janvier 2025 : « L’Amérique d’abord »
Ce texte vise à « placer les intérêts des travailleurs et des entreprises des Etats-Unis au premier plan »[10]. Le secrétaire au Commerce et le secrétaire au Trésor doivent enquêter sur « les causes des déficits commerciaux persistants » des Etats-Unis et proposer des mesures correctives, telles qu’une révision des droits de douane. Si les pourcentages ne sont pas précisés, le candidat Trump a plusieurs fois évoqué les chiffres de 25 % pour les importations en provenance du Mexique et du Canada, et « jusqu’à 60 %» pour les produits chinois. Les « pratiques commerciales déloyales » des autres pays doivent être recensées, en vue là encore d’adopter des « mesures correctives ».

 

Le même texte ordonne en outre « l’examen de faisabilité » d’une autre annonce récente du candidat : la création de « l’External Revenue Service » (ERS), nouvelle agence chargée de collecter les revenus provenant de sources étrangères. Par ailleurs, les dispositions de l’Accord Etats-Unis-Mexique-Canada (USMCA), qui doit entrer en vigueur en 2026, doivent être réexaminées.

 

🔴 20 janvier 2025 : « Le rôle de l’armée « clarifié »
Ce décret vise à « clarifier » le rôle de l’armée dans la protection de l’intégrité territoriale des Etats-Unis, en ajoutant que « la politique des Etats-Unis est de s’assurer que les forces armées des Etats-Unis donnent la priorité à la protection de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Etats-Unis le long de nos frontières nationales »[11]. Entendre : « sceller les frontières » et « repousser les formes d’invasions, y compris les migrations massives illégales » en employant « toutes les options disponibles ».

 

🔴 20 janvier 2025 : « Libérer l’énergie américaine »
Ce décret concrétise plusieurs promesses de campagne liées à la politique énergétique étasunienne, en abrogeant notamment de nombreux textes favorisant les énergies renouvelables[12]. Il annule ainsi, comme annoncé plusieurs fois au cours de la campagne électorale, le « mandat relatif aux véhicules électriques », une réglementation de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) impulsée par Biden limitant la pollution liée aux gaz d’échappement. Plus généralement, il met fin au « Green New Deal » étasunien – l’importante politique d’investissement pour la transition écologique initiée par Biden.

 

🔴 20 janvier 2025 : « Suspension d’un programme d’admission des réfugiés »
Trump a signé un décret suspendant le programme américain d’admission des réfugiés (USRAP)[13], disposant que « les Etats-Unis n’ont pas la capacité d’absorber un grand nombre de migrants, et en particulier de réfugiés, dans leurs communautés d’une manière qui ne compromette pas la disponibilité des ressources pour les Américains ». Le décret suspend la réinstallation des réfugiés à partir du lundi 27 janvier. Il ordonne aux hauts responsables du ministère de la Sécurité intérieure et du département d’Etat de lui remettre un rapport tous les quatre-vingt-dix jours afin de lui permettre d’évaluer si le programme de réfugiés « est dans l’intérêt des Etats-Unis ».

 

🔴 20 janvier 2025 : Protection « du sens et de la valeur » de la citoyenneté américaine

▶️ Cet « executive order » vise à préciser les conditions du « droit du sol » définies par la Constitution[14]. Selon l’interprétation poussée par ce décret, la citoyenneté américaine ne peut pas être automatiquement accordée aux personnes nées aux Etats-Unis si leur mère était présente illégalement, si leur présence était temporaire au moment de la naissance, ou si le père n’était pas citoyen américain (ou résident permanent de manière légale). A noter que la contestation d’un tel décret devant les tribunaux est inévitable, du fait de sa contradiction présumée avec la Constitution. Le 23 janvier, un juge fédéral a suspendu temporairement le décret, le qualifiant de « manifestement inconstitutionnel[14bis] ».

 

▶️ Renforcement des frontières Dans le monde de Trump, « une nation sans frontières n’est pas une nation », comme le souligne un autre de ses décrets relatif à la sécurité aux frontières[15]. « Toutes les mesures appropriées » doivent alors être prises pour déployer et construire « des barrières physiques temporaires et permanentes le long de la frontière sud des Etats-Unis », et déployer un nombre de personnels suffisant.

 

Trump met également fin à la politique dite « catch and release » (attraper et relâcher), qui consiste à libérer les personnes sans statut légal en attendant qu’elles soient entendues par un tribunal de l’immigration. Ce texte prévoit également de rétablir la politique « Rester au Mexique », qui oblige certains demandeurs d’asile à la frontière sud à attendre au Mexique leur audience devant le tribunal américain de l’immigration.

 

▶️ « Les gens avant les poissons » Avec sa formule « à la Trump », le texte vise à reprendre les travaux lancés sous son premier mandat pour – supposément – permettre « à d’énormes quantités d’eau issue de la fonte des neiges et à de l’eau de pluie » de ruisseler vers le sud de la Californie[16]. Selon le nouveau président, l’impossibilité de maîtriser les incendies dans la région de Los Angeles serait liée au fait que de l’eau douce a été acheminée vers l’océan pour garantir la sauvegarde de plusieurs espèces de poissons. Un narratif vivement contesté par de nombreux experts.

 

▶️ Rétablissement de la peine de mort au niveau fédéral[17]. A travers ce nouvel executive order, Donald Trump veut rétablir l’application de la peine de mort au niveau fédéral, devenue rarissime, en chargeant le procureur général de « poursuivre l’application de la peine de mort pour tous les crimes dont la gravité exige son application ».

 

Le décret prévoit aussi l’application de la peine de mort dans tous les cas où une personne est reconnue coupable du meurtre d’un agent des forces de l’ordre et pour tous les crimes capitaux commis par des immigrés sans statut légal.

 

▶️ Directive relative à l’architecture des bâtiments civils[18]. Trump demande que lui soient soumises, sous deux mois, « des recommandations » quant aux politiques qui permettraient « que les bâtiments publics fédéraux soient visuellement identifiables » comme tels, dans le respect « du patrimoine architectural régional, traditionnel et classique », afin « d’améliorer et d’embellir les espaces publics et d’ennoblir les Etats-Unis ».

 

▶️ Licenciement facilité des cadres du Senior Executive Service (SES)[19]. Dans ce texte, Donald Trump s’en prend une nouvelle fois à la bureaucratie, et notamment aux « cadres supérieurs » du Senior Executive Service (SES), des fonctionnaires occupant des postes clés, juste en dessous des personnes nommées par le Président. Trump énonce que ces postes doivent pouvoir être attribués « selon le bon vouloir du Président ». Le licenciement des titulaires de ces postes est, par là même, facilité.

 

▶️ « Urgence énergétique nationale »[20]. Cet « executive order » donne mandat à plusieurs agences fédérales de faciliter l’identification, la location, l’installation, la production, le transport, le raffinage et la génération de ressources énergétiques permettant de satisfaire les besoins de tous les secteurs, des transports à l’agriculture en passant par la défense. Un prélude à l’octroi de nombreuses futures autorisations d’exploitation gazière ou pétrolière.

 

▶️ Gel de l’éolien en mer Le président Trump a ordonné au département du Trésor de geler les nouveaux baux éoliens « offshore » sur le plateau continental extérieur, ces terres submergées qui se trouvent au large des limites des eaux de l’Etat[21]. Le décret supprime l’ensemble des nouvelles concessions ou celles renouvelées pour l’éolien en mer, mais n’affecte pas les concessions existantes ni les concessions sur le plateau continental pour l’exploitation du pétrole et du gaz.

 

Trump charge également le ministère de l’Intérieur de mener un examen des incidences environnementales de cette source d’énergie.

 

▶️ Réévaluation de l’aide étrangère[22]. Le décret suspend pour quatre-vingt-dix jours les programmes d’aide au développement, afin d’évaluer leur efficacité et leur adéquation avec la politique étrangère des Etats-Unis.

 

▶️ Réorganisation du Conseil national de sécurité[23]. Afin de « relever les défis de la sécurité nationale » et refonder le « système d’élaboration, de prise de décision, de mise en œuvre et de suivi de la politique de sécurité nationale », Trump indique que le Conseil de sécurité nationale (National Security Council, ou NSC) devra être dédié à faire appliquer son agenda et être aligné avec ses mesures.

 

Ce texte prévaut sur toute ordonnance ou directive antérieure concernant cet organisme. Le conseiller à la Sécurité nationale, Mike Waltz, avait par ailleurs publiquement signalé ces derniers jours son intention de se débarrasser de toutes les personnes nommées pour des raisons non politiques, pour s’assurer que le conseil soit composé de ceux qui soutiennent le mieux l’agenda de Trump.

 

▶️ Position sur l’accord fiscal international de l’OCDE[24]. Le texte affirme que les dispositions de l’accord fiscal de l’OCDE, qui oblige notamment les Etats à taxer les bénéfices des entreprises à 15 % minimum, n’ont pas été acceptées au niveau du Congrès, et n’engagent donc pas les Etats-Unis.

 

▶️ Lutte contre « l’invasion »[25]. Ce décret ordonne aux agences fédérales d’utiliser « tous les moyens légaux pour assurer l’exécution fidèle des lois sur l’immigration des Etats-Unis contre tous les étrangers inadmissibles et expulsables ». Trump révoque par ailleurs plusieurs décrets pris par Joe Biden, notamment celui fournissant « un traitement sûr et ordonné des demandeurs d’asile à la frontière des Etats-Unis », ou celui établissant un « groupe de travail pour la réunification des familles ».

 

Le texte indique aussi que « toutes les ressources légalement disponibles » doivent être allouées pour « construire, exploiter, contrôler ou utiliser des installations pour détenir des étrangers amovibles ». En cas de manquement ou retard d’un pays étranger dans le cadre d’un rapatriement, Donald Trump n’exclut pas « l’émission de sanction ».

 

▶️ « Libérer le potentiel extraordinaire des ressources de l’Alaska »[26]. Cet " executive order " lève diverses restrictions qui limitaient l’exploitation du pétrole et du gaz dans différentes zones de l’Alaska. Il restaure différents baux d’exploitation dans le refuge faunique national de l’Arctique suspendus par l’administration Biden. Les dispositions du texte visent également à favoriser la production de gaz naturel liquéfié en Alaska.

 

▶️ L’octroi de visas en question[27]. Ce décret dispose que tous « les étrangers qui ont l’intention d’être admis, d’entrer ou qui se trouvent déjà à l’intérieur des Etats-Unis » seront « contrôlés et filtrés au maximum ». Trump veut également « évaluer tous les programmes de visas pour s’assurer qu’ils ne sont pas utilisés par des Etats étrangers ou d’autres acteurs hostiles pour nuire à la sécurité, à l’économie, à la politique, à la culture ou à d’autres intérêts nationaux des Etats-Unis ». Des « suspensions partielles ou totales de l’admission » de ressortissants sont notamment évoquées dans le décret, si les « informations relatives à l’examen et au filtrage [fournies par leur pays] sont insuffisantes ».

 

▶️ Une politique étrangère organisée autour de « l’Amérique d’abord »[28]. Trump demande au secrétaire d’Etat de publier « dès que possible » des orientations « visant à aligner les politiques, les programmes, le personnel et les opérations du département d’Etat sur une politique étrangère qui place l’Amérique et ses intérêts au premier plan ».

 

▶️ Le « Doge » d’Elon Musk[29]. Selon ce décret, le service numérique des Etats-Unis est rebaptisé Service Doge des Etats-Unis (USDS) et sera établi au sein du bureau exécutif du Président. Ce département de l’efficacité gouvernementale (Department of Government Efficiency) sera dirigé par Elon Musk, PDG de Tesla. Le décret précise que l’objectif du groupe est de « moderniser la technologie et les logiciels fédéraux » afin de faire des économies. Elon Musk a évoqué « jusqu’à 2 000 milliards de dollars » d’économie. Des syndicats d’employés du gouvernement, des groupes de surveillance et des organisations d’intérêt public ont déposé des recours dans les minutes qui ont suivi la signature de ce texte, alléguant que le Doge enfreint une loi de 1972 qui régit les comités consultatifs fédéraux.

 

▶️ Lois anti-trans[25]. Ce décret établit que le gouvernement fédéral reconnaît uniquement deux sexes, masculin et féminin, définis de manière définitive à la conception. L’ensemble des agences fédérales doivent désormais mener leurs politiques en fonction de ces définitions restrictives. Par ailleurs, les prisons, centres de détention et refuges « pour femmes » administrés au niveau fédéral, doivent être réservés aux personnes de sexe féminin, selon le cadre posé par le décret. Ce dernier interdit en outre le financement de transition de genre sur fonds fédéraux.

 

▶️ Fin des programmes de diversité et d’inclusion mis en place par Biden[30]. Dans ce texte, Donald Trump s’attaque aux programmes de « diversité, équité et inclusion » (DEI) mis en place sous l’administration Biden, qu’il considère comme un « gaspillage public et une discrimination honteuse ». Il met fin à tous ces programmes, y compris les mandats, politiques, programmes, préférences et activités de « diversité, équité, inclusion et accessibilité » au sein du gouvernement fédéral, citant à titre d’exemple les programmes de justice environnementale du ministère de l’Agriculture, ainsi que la formation à la diversité.

 

🔴 20 janvier 2025 : « Réforme du processus de recrutement fédéral »
Ce décret énonce en préambule que le recrutement au niveau fédéral ne devrait pas « être basé sur des facteurs inadmissibles », tels que des quotas favorisant la représentation raciale ou la parité. Trump ordonne la préparation, sous cent vingt jours, d’un programme de recrutement fédéral qui doit donner la priorité « à des personnes qui s’engagent à améliorer l’efficacité du gouvernement fédéral, qui sont passionnées par les idéaux de notre République américaine et qui s’engagent à faire respecter l’Etat de droit et la Constitution des Etats-Unis ».

 

🔴 20 janvier 2025 : Des cartels et gangs désignés comme « terroristes »[31]
Ce que Trump a annoncé dans son discours d’inauguration se matérialise dès le 20 janvier en décret : le Président définit les cartels de la drogue comme des organisations terroristes étrangères, afin d’accélérer l’expulsion des membres de groupes tels que Tren de Aragua, une organisation criminelle transnationale du Venezuela, ou encore du gang salvadorien MS-13. Selon Trump, ces cartels « opèrent à la fois à l’intérieur et à l’extérieur des Etats-Unis » et « présentent une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale, la politique étrangère et l’économie des Etats-Unis ».

 

🔴 20 janvier 2025 : Restaurer des noms qui « honorent la grandeur de l’Amérique »[32]
Donald Trump veut rebaptiser, dans les trente jours, le golfe du Mexique et le mont Denali situé en Alaska. La mer qui borde le sud-est des Etats-Unis sera renommée « golfe d’Amérique » tandis que le mont Denali, le plus haut sommet d’Amérique du Nord, redeviendra le mont McKinley, nom qu’il portait avant que Barack Obama ne le change en 2015 pour refléter les traditions des Amérindiens de l’Alaska ainsi que la préférence de nombreux résidents de l’Alaska. Le changement de nom de ces deux éléments naturels « apporte du bon sens au gouvernement et renouvelle les piliers de la civilisation américaine », indique le décret. Toutefois, si changer le nom du mont Denali, qui se trouve entièrement sur le sol américain, semble possible, rebaptiser le golfe du Mexique – zone considérée comme relevant des eaux internationales – pourrait se heurter à quelques écueils.

 

🔴 20 janvier 2025 : Garantir la protection des Etats contre « l’invasion »[33]
Dans le 46e et dernier texte signé par Trump le 20 janvier et publié sur le site de la Maison Blanche, le Président rappelle l’article 4 de la Constitution, qui dispose que le gouvernement fédéral doit « protéger chacun [des Etats] contre l’invasion ». Mais il souligne que le gouvernement a échoué à cette mission, car une « invasion est en cours à travers la frontière sud des Etats-Unis ». Le 47e président suspend donc l’entrée physique des étrangers « impliqués dans une invasion aux Etats-Unis à travers la frontière sud », le tout jusqu’à ce que le Président décrète que « l’invasion a pris fin ».

 

 

🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 

 

 

- De la Chine à Gaza, comment Trump met le monde en danger de guerre totale ?
Quelles sont les plans et les motivations de Donald Trump ? Comment sa stratégie de prédation menace-t-il le monde d'une guerre totale ? Quelles menaces font peser les GAFAM sur la souveraineté numérique de la France ? Pourquoi la France renonce-t-elle au non-alignement pour préférer le suivisme atlantiste ?

 

 

Notes :

[0Le président Donald Trump a annulé 78 décrets de Joe Biden

[1États-Unis : la vision de Donald Trump sur la “ liberté d'expression ” se fait au détriment de la liberté de la presse

[2] États-Unis : Donald Trump signe un décret pour interdire le télétravail aux fonctionnaires fédéraux

[3Donald Trump gèle les embauches de fonctionnaires fédéraux

[4Les Etats-Unis se retirent de l'accord de Paris, un coup dur pour la politique climatique internationale

[5Trump accorde sa grâce présidentielle à plus de 1 500 assaillants du Capitole, une «insulte» à la justice pour Pelosi

[6TikTok obtient de Donald Trump soixante-quinze jours de sursis aux Etats-Unis

[7] " L'OMS nous a escroqués ": Donald Trump signe un décret pour sortir les États-Unis de l'agence de l'ONU

[8Trump suspend les autorisations de 50 anciens responsables du renseignement suite à une lettre de Hunter Biden

[9Immigration : Trump accentue son offensive à la frontière mexicaine avec l'aide de l'armée

[10Trump prépare un plan de guerre économique mondiale

[11États-Unis : Donald Trump s’attaque au droit du sol et à la diversité

[12Donald Trump décrète « l’urgence énergétique » et enterre de nouveau la lutte contre le dérèglement climatique pour « forer, forer »

[13] Trump suspend l’entrée de réfugiés aux États-Unis

[14En remettant en cause le droit du sol, Trump déstabilise l’identité américaine

[14bisLe 23 janvier, un juge fédéral a suspendu temporairement le décret, le qualifiant de « manifestement inconstitutionnel »

[15État d’urgence à la frontière, droit du sol : Trump lance sa vaste offensive anti-immigration

[16Aux Etats-Unis, l'administration Trump rétrograde la loi sur l'eau

[17Investiture de Donald Trump - Donald Trump signe un décret pour élargir l'application de la peine de mort

[18Aux États-Unis, Donald Trump impose par décret une architecture « traditionnelle et classique »

[19Limogeage de hauts responsables américains : le jeu de massacre de Trump

[20L'état d'urgence énergétique de Trump a des conséquences jusqu'en Europe

[21Le couperet tombe sur l'éolien en mer américain

[22] Mise en œuvre du décret présidentiel sur la réévaluation et la réorientation de l’aide extérieure des États-Unis

[23Trump a lancé une réorganisation du Conseil de sécurité nationale

[24Trump retire les États-Unis de l'accord mondial sur la taxation minimale des multinationales

[25États-Unis : Donald Trump signe une série de décrets anti-droits

[26Trump et l’énergie : une politique au service des industries fossiles

[27États-Unis : Donald Trump lance son offensive anti-migrants

[28« Je vais faire passer l’Amérique en priorité »

[29Donald Trump signe l’ordre exécutif créant le DOGE : son site arbore le logo de Dogecoin !

[30Les programmes de diversité, équité et inclusion (DEI) sont dans la ligne de mire de l’administration Trump. Un décret y a mis fin dans toutes les sphères du gouvernement fédéral.

[31Des cartels et gangs désignés comme « terroristes »

[32Après le Golfe du Mexique, Donald Trump relance la controverse avec le mont Denali

[33États-Unis. Trump fonde sa politique migratoire sur le fantasme de “ l’invasion ”

 

Pour en savoir plus :

- Le retour de Trump à la tête des USA, est un tournant politique inquiétant. Derrière ses promesses de " restaurer la grandeur de l’Amérique ", plusieurs mesures annoncées risquent d’affaiblir les protections sociales, de creuser davantage les inégalités

- Trump veut restaurer l’empire américain qui domine les affaires avec un ordre bâti pour assouvir ses intérêts

- Trumpisme et fascisme

- Salut nazi : Elon Musk, chef de file des trolls néofascistes

Comment la crise de l’abordabilité a profité à Trump

- La récente victoire de Donald Trump recouvre un énorme paradoxe. Elle va coûter très cher aux personnes de condition modeste qui ont cru devoir voter pour lui.

- « Contrôle » de Gaza, « Côte d’Azur du Moyen-Orient » : Trump veut achever le génocide commencé par Netanyahu

- Le 6 février 2025 Trump signe un décret pour sanctionner la Cour Pénale Internationale, le criminel de guerre Netanyahu visé par un mandat d’arrêt, applaudit

- Fascisme chrétien, milliardaires et trumpisme 

- Le coup d’État trumpiste, le fascisme à l’américaine dans une ère de déclin capitaliste et quelques pistes de résistance

- Trump : La fin du mythe du gentil Nord-Américain

- Menaces contre les droits des femmes et des minorités, censure et novlangue réactionnaire : la liste des méfaits de Trump s’allonge

- « Les mesures de Trump consistent en une déclaration de guerre contre la classe travailleuse ! » – Entretien avec Xavier Arrizabalo, membre du Comité pour l’alliance des travailleurs et des peuples

« Trump engage une crise globale du capitalisme » – L’analyse de Jean-Luc Mélenchon

Avec Trump, l’émergence d’un « capitalisme de malfrats »

 

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23 janvier 2025 4 23 /01 /janvier /2025 20:33
Augmentations de salaire : connaitre ses droits et s’organiser avec un syndicat

Des augmentions de salaire en Brut, c’est plus de Net pour tout le mois et plus de Brut pour toute la vie ! 

 

 

Alors que les salaires demeurent toujours la préoccupation première de la population, comment comprendre sa fiche de paie et les droits associés, et l'utilité de s'organiser avec un syndicat pour revendiquer et gagner des augmentations !

 

 

Sources : Thomas Vacheron Secrétaire confédéral de la CGT 

- Tout travail mérite salaire  ?
Sous les régimes d’esclavagisme, de servitude ou de travail forcé, les tâches étaient rétribuées par de la nourriture (couramment de la sous-alimentation) ou un logement de subsistance. Il a fallu des siècles de drames sociaux et de luttes pour que les travailleur·ses ne soient plus la propriété d’un maître. Cela s’est concrétisé par le fait de vendre leur force de travail à qui voulait l’acheter. Tâcherons, journaliers, manœuvres, manouvriers, ouvriers… le temps a été long pour que, enfin, on soit mal payé pour travailler.

 

 

🔴 C’est le travail qui crée la richesse
Même le site du ministère « economie.gouv.fr[0] » reconnaît que seul le travail crée la richesse, en indiquant que « la richesse produite lors du processus de production, la valeur ajoutée, traduit le supplément de valeur donné par l'entreprise par son activité (le travail) aux biens et aux services […]. Elle se répartit ensuite entre revenus du travail, revenus du capital […] ». Il n’y a donc pas de création de richesse sans travail.

 

🔴 Pas de travail sans travailleur·ses
C’est par celles et ceux qui réalisent le travail qu’est donc créée cette valeur ajoutée. Elle est partagée entre d’un côté ceux qui n’ont que leur force de travail manuelle et intellectuelle pour vivre, et de l’autre ceux qui sont propriétaires des moyens de production, détenant les capitaux de l’entreprise. Or, même l’argent réinvesti par les propriétaires d’entreprises provient en fait de la richesse créée par les travailleur·ses.

 

🔴 La richesse est produite par les salarié·es
Dans notre action syndicale comme dans le débat public, il nous faut toujours rappeler que ce sont les travailleur·ses qui créent la richesse. Pour déconstruire la propagande patronale et pour que les salarié·es prennent conscience de leur place et de leur force dans le processus de production et de l’entreprise, il est nécessaire de préciser qu’un patron sans salarié·es ça n’existe pas, mais que des salarié·es sans patron peuvent produire, comme dans les SCOP par exemple. Dans la réalité, la quasi-totalité des salarié·es travaillant dans le privé sont toujours moins payés que ce qu’ils et elles produisent.

 

 

- Tout salaire mérite travail » disait Gattaz, ancien « patron des patrons ». Cela insinue que l’actionnaire ne mérite rien ?
La plus-value se fait sur le salaire, elle est la variable entre ce qui va au travail ou au capital. Cette répartition de la richesse produite par le travail se fait entre les profits pour quelques-uns et les salaires pour tous les autres. Partout dans le monde, même si elle est éclatée, la force sociale qui se développe le plus et qui devient majoritaire c’est le salariat (près de 90% des 30 millions d’actifs de ce pays sont des salarié·es).

 

 

▶️ Les salaires sont la bataille centrale, puisque les augmenter revient à partager les profits en faveur des travailleur·ses.

 

🔴 Le niveau de salaire détermine le partage entre le capital et le travail
En rémunérant une heure de travail en dessous de la valeur de ce qu’elle permet de produire, elle rapporte du profit. Les dirigeants d’entreprise s’approprient ainsi une partie du travail : la plus-value[1], que Marx appelle « surtravail ». « Une demi-journée de travail » permet au salarié de « reproduire sa force de travail » (le salaire), tout le reste de la journée il travaille gratuitement pour « l’employeur ».

 

🔴 La part du travail dans « la valeur ajoutée » a diminué au profit du capital
Plus ils nous parlent de partage de la valeur, plus il leur profite. Ce n'est pas le travail qui coûte cher mais le capital. La France est championne d’Europe des dividendes versés aux actionnaires avec 68,7 milliards[2] d’Euros distribués l’an dernier à moins de 3 % de la population du pays[3]. Les chiffres sont vertigineux : depuis 2010, la richesse des 500 plus grandes fortunes françaises a augmenté de 1000 milliards d’Euros[4] ! C’est justement autant que l’augmentation de la dette du pays qu’ils veulent nous faire payer... Cette hyper-concentration des richesses captées sur notre travail est dramatique : évitement et évasion fiscale fragilisant les services publics et participant au délitement de la société, saccage environnemental, pressions des donneurs d’ordre sur leurs sous-traitants où le profit n’est réalisé que sur le moins disant social et la précarisation des salarié·es…

 

🔴 Les profits grimpent les salariés trinquent : le Smic français est seulement le 6ème d’Europe
La France, pourtant 2ème économie d’Europe, n’a que le 6ème niveau de SMIC, qui a connu la plus faible hausse dans l’UE en 10 ans ! Du fait d’un patronat radicalisé, depuis le 1Er novembre 2024, 86 branches professionnelles concernant plus de 4 millions de salarié·es ont au moins un coefficient en-dessous du SMIC. À 1801€ Brut (1426 € Net), le SMIC français est bas et ne permet pas de vivre de son travail. Et il n’y a jamais eu autant de travailleur·ses au salaire minimum… en témoigne la « smicardisation » du pays[5] dont près de 60% sont des femmes. Pour que le salaire minimum ne représente pas juste un revenu de survie, la CGT revendique une revalorisation immédiate du SMIC à 2000 € Brut mensuel.

 

🔴 Malgré un SMIC très bas, son écart avec le salaire médian n’a jamais été aussi faible
Une baisse de près de 3% en moyenne des salaires réels en 3 ans (INSEE) comparée à l’inflation, elle-même sous-évaluée[6], entraine le tassement de toutes nos fiches de paie. Cela conduit à la faiblesse historique de l’écart entre le SMIC (1426€ Net) et le salaire médian (2200€ Net). Le problème n’est pas que le SMIC soit indexé sur les prix, mais que tous les autres salaires ne le soient pas. Pour stopper le tassement des salaires et « partager la valeur », indexons les salaires sur les prix (échelle mobile des salaires[5bis]) pour ne plus perdre en niveau de vie et augmentons les salaires pour vivre dignement !

 

 

- Il n’y a pas de charges, pas d’allègements, pas de prélèvement : le salaire net c’est pour le mois, le salaire brut c’est pour la vie !
Avec un salaire versé sur le compte en banque déjà trop faible pour boucler la fin du moins, nous avons les yeux rivés sur le salaire dit « Net ». Pendant ce temps, le salaire dit « Brut » ou « salaire socialisé », c’est-à-dire avec les cotisations sociales incluses, peut être facilement attaqué : On ne se rend pas compte de son importance sauf confronté à la maladie, au chômage, aux congés parentaux ou à la retraite. Il nous faut défendre le salaire Brut, partie intégrante de notre salaire.

 

 

🔴 L’importance du salaire Brut
Le salaire est composé du Net pour le mois et du Brut pour la vie[7]. Intensification du travail, des cadences, des horaires, pressions… nous subissons dans notre vie de salarié·es les accidents de travail, l’invalidité, un salarié sur deux le licenciement… Chacune des lignes du bulletin de paie est là pour répondre à ces aléas. Mais les cotisations servent aussi aux moments de joie que sont nos congés paternité, maternité ou nos retraites ! Et pour tout cela, nous cotisons « au pot commun » en fonction de nos moyens pour en bénéficier selon nos besoins, pour « demain ». C’est cette merveilleuse victoire collective qu’est la Sécurité sociale, financée sur le travail (qui crée la richesse), donc sur le salaire, qui permet à toutes et tous de bénéficier de la solidarité et d’échapper à la pauvreté. Ce salaire socialisé c’est aussi de l’entraide intergénérationnelle qui participe à faire société.

 

🔴  Le Net, le Brut et les truands…
Les mêmes qui parlent de « Plan de Sauvegarde de l’Emploi » quand tous les salarié·es d’une entreprise sont licenciés, disent qu’il faut rapprocher le Brut du Net, « alléger » ou exonérer les cotisations, pour en fait baisser nos salaires puis nos pensions… toujours aux bénéfices du patronat quitte à nous fragiliser face aux malheurs et réduire nos bonheurs… Faire reculer le Brut, c’est pas Net[8] ! C’est le profit à tout prix pour le capital contre le travail.

 

🔴 Changer les mots pour enlever nos droits
Les offensives sur nos salaires socialisés commencent en distinguant artificiellement un « Brut salarial » et « Brut patronal » ou cotisations dites salariales et patronales. Changer les mots pour gommer ce qui est à nous : notre salaire issu de notre travail ! Pour diminuer le salaire, patronat et gouvernement attaquent ce qui se voit le moins au quotidien en « allégeant les charges » disent-ils, donc en diminuant nos salaires en les exonérant de cotisations sociales. Ils ont même inventé les injustes CSG et CRDS pour passer de la cotisation vers l’impôt et faire payer aux salarié·es les cadeaux qu’ils font aux directions d’entreprises.

 

🔴 Exonérer les cotisations sociales pour compresser les salaires : sortir du cercle vicieux
Plus les salaires sont faibles et proches du SMIC, plus les aides publiques aux entreprises privées sont importantes. Le tassement de tous les salaires n’est donc pas dû au salaire minimum dont le montant est faible mais notamment parce que, depuis 1993 sous le gouvernement Balladur, il y a eu un empilement de dispositifs d’exonérations de cotisations sociales concentrés entre le SMIC et le salaire médian, ce qui a écrasé leur écart donc compressé les salaires. La CGT exige la sortie du cercle vicieux des exonérations de cotisations[9], qui incitent aux bas salaires, à la sous-traitance en cascade, au low-cost et participent à la désindustrialisation. Ces exonérations représentent chaque année 80 milliards d’Euros de perte de recette pour notre sécurité sociale, non entièrement compensés par l’Etat, qui sont finalement payés par les plus modestes à travers l’impôt le plus injuste qu’est la TVA.

 

🔴 Les primes d’aujourd’hui sont la déprime de demain...
La généralisation des primes occasionnelles non cotisées se substitue aux salaires[10]. Nous devons aussi mener la bataille contre ces rémunérations à l’objectif, la productivité, la présence ou au mérite… Plutôt que ces « pourboires », des millions de salarié·es veulent vivre de leur travail. Ces primes accroissent l’individualisation et le contrôle des travailleur·ses, cassant les collectifs de travail, poussant à la compétition plutôt qu’à la complémentarité et la solidarité, et rendent les salarié.es responsables des aléas de l’activité économique (censés être supportés par l’employeur et justifiant, dans leur idéologie, la rémunération du capital). S’en suit une double peine : en plus de pertes de salaire en cas de maladie ou de grève, ces primes, souvent supprimées dès les premières heures d’absence, mettent une pression supplémentaire sur les salarié·es pour qu’ils ne s’arrêtent jamais… quelles qu’en soient les conséquences sur leur santé et celle de leurs collègues ou sur le recours effectif au droit de grève…

 

 

- Connaître ses droits pour les défendre et les améliorer
Le droit ne s’invente pas il s’apprend. Mais le droit le moins connu, le moins appris, le moins compris, le moins étudié, le moins enseigné et qui pourtant régit la vie de 22 millions de salarié·es du privé, c’est le droit du travail. Les médias n’en parlent jamais, seuls les syndicats font de l’éducation populaire sur le droit du travail et la sécurité sociale.

 

 

🔴 Supprimer des lignes du bulletin de paie pour mieux supprimer les droits qui y sont attachés
Depuis 1931, le document obligatoire qui récapitule les éléments de droits et de salaires, c’est cet essentiel « bout de papier », parfois dématérialisé, qu’est la fiche de paie
[11]. En haut : nom et adresse, numéro de sécurité sociale, convention collective, puis poste occupé, qualification, ancienneté et congés payés. Dans le haut du tableau central du document, il y a le salaire Brut, socialisé, c’est-à-dire avec les cotisations sociales.

 

Maintenant, pour être sûrs que les travailleur·ses ne puissent pas comprendre leur fiche de paie, dont les droits sont issus du Conseil National de la Résistance (CNR), les différents gouvernements l’ont complexifiée, puis « simplifiée » afin de la rendre encore moins lisible l’objectif étant de masquer chaque ligne de cotisation sociale sur notre bulletin de salaire aujourd’hui, pour nous enlever nos droits demain.

 

🔴 C’est nous qui travaillons, produisons, cotisons… c’est à nous de décider
Après 1945 des élections des caisses de sécurité sociale sont mises en place, notamment par la volonté d’Ambroise Croizat cégétiste et ministre communiste, pour gérer le salaire socialisé, avec ¾ des sièges pour les organisations syndicales et ¼ pour les organisations patronales afin de représenter leur proportion de l’époque dans la population, jusqu’aux ordonnances de 1967 qui les suppriment. Ces élections ont été restaurées par la gauche en 1983 (avec l’abaissement de l’âge de la retraite de 65 à 60 ans) sans être renouvelées ensuite.

 

La dépossession de notre « salaire brut » par son étatisation a été actée par le gouvernement Jupé en 1995, date à partir de laquelle le budget de la sécurité sociale est voté au parlement lors du Projet de Loi de la Sécurité Sociale (PLFSS).

🔴 Renforcer la négociation collective pour lutter contre la baisse des salaires
Les attaques pour affaiblir la négociation collective d’entreprise et de branche ont aussi conduit à baisser les salaires. La loi « travail » Valls-El Khomri[12] et pire encore les ordonnances Macron-Pénicaud[13] ont amplifié le rapport de force en faveur du patronat en diminuant le nombre de représentant·es des salarié·es avec la mise en place des CSE et les possibilités de les défendre. Ces lois ont accentué la pression en facilitant les licenciements, bien visibles avec les centaines de plans de suppressions d’emplois en cours, en réduisant à la fois les critères pour établir des difficultés économiques et les sanctions pour les entreprises… Ces déréglementations ont aussi instauré des mesures « supplétives » qui permettent de réduire les droits en dérogeant à la hiérarchie des normes[14], par exemple de diminuer les salaires en baissant la majoration des heures supplémentaires de 25 à 10 % par accord collectif ou référendum patronal, c’est-à-dire en contournant la majorité des syndicats !

 

🔴 Le salaire c’est pour la vie
Dans cette bataille idéologique mais concrète dans nos entreprises et nos services, la CGT défend partout des augmentations générales de salaires brut plutôt que des primes occasionnelles non cotisées en bas de la fiche de paie : des augmentions de salaire en Brut, c’est plus de Net pour tout le mois et plus de Brut pour toute la vie. En France, plus de 50% du PIB est lié à la consommation, augmenter les salaires c’est relancer l’économie ! Contre la privatisation de notre protection sociale, vue par certains comme un juteux marché, développons le syndicalisme pour que le rapport de force soit du côté des salarié·es.

 

 

- Améliorer nos pratiques syndicales pour augmenter les salaires
Inconnues dans la population, les pratiques syndicales dans des secteurs privés précarisés ou féminisés de petites et moyennes entreprises sont bien illustrées dans le livre de Baptiste Giraud « réapprendre à faire grève[15] », avec toutes les difficultés concrètes auxquelles sont confrontés les syndicats pour organiser le salariat tel qu’il est, comme il est. Il n’y a pas de grève sans syndicat. Là où il y en a, les syndicalistes sont pris en ciseaux entre une part croissante d’insatisfaction au travail mais, aussi, une difficulté pour les salariés à se mettre en grève pour exprimer ce mécontentement. Comme l’a fait une partie du syndicalisme nord-américain, l’enjeu est d’avoir une méthode pour transformer cette situation en revendications et actions collectives.

 

 

🔴 Les salarié·es n’imaginent pas ce que le syndicalisme fait pour elles et eux, et ce que l’on pourrait faire de mieux ensemble
C’est par la confrontation et le débat sur les situations concrètes que nous pouvons dans les entreprises porter des revendications d’augmentations générales de salaire, appuyées par le soutien des salarié·es.

  • Proposer un autre discours et une autre issue au fatalisme, imposé par les directions d’entreprises et souvent intégré par les salarié·es parfois légitimement désabusés.
  • Montrer que d'autres solutions sont possibles, d'autres partages de la valeur.

Autrement dit, faire émerger des revendications qui sont suivies et portées par le plus grand nombre de salarié·es. C’est par exemple le cas dans le département où je suis syndiqué, avec les travailleurs d’une entreprise de moins de 50 salariés G’Imprim[16] qui ont fait grève contre des primes occasionnelles non cotisées et pour des augmentations générales de salaires.

 

🔴 Pour faire du syndicalisme la volonté ne suffit pas, il faut de la méthode
Les revendications syndicales partent des besoins et du niveau de conscience des salarié·es, qui s’affinent en fonction de la réalité du secteur, de l’entreprise, de la situation sociale… Ces réalités ne sont pas statiques mais dynamiques et dialectiques, évoluant avec le rapport de force à construire ou à entretenir en permanence. La force des travailleur·ses c’est leur nombre mais elle n’a d’effet que s’ils sont organisés. La radicalité c’est le rapport de force, le nombre, donc la massification de la mobilisation. C’est pour cela que la CGT met à disposition des outils comme un Tuto salaire « s’organiser avec la CGT pour gagner des augmentations de salaires[17] ». L’objectif est d’être majoritaire dans toutes les phases de l’action syndicale, de la consultation des besoins des salarié·es, en passant par les pétitions, les débrayages voire les grèves. Dans tous les cas et à chaque étape, c’est faire le point et chercher à élargir l’action pour s’appuyer sur le plus grand nombre.

 

🔴 Organiser le salariat pour gagner
Contre la parcellisation du salariat, nos pratiques d’unité d’action syndicale sur des revendications fédératrices (par exemple dans l’entreprise sur les salaires, ou nationalement sur les retraites) vont dans le sens de tout mettre en œuvre pour tendre au ralliement majoritaire des salarié·es. Cette stratégie permanente de chercher à être hégémonique dans les élections, les actions, les débrayages et les grèves c’est la construction concrète du rapport de force. Elle est nécessaire pour limiter le risque non seulement d'une forte répression patronale et des licenciements qui l’accompagnent, mais aussi celui de l'échec d'une mobilisation minoritaire que les délégués devraient supporter pendant longtemps et découragerait les salarié·es à s’engager... Le syndicalisme majoritaire comme j’ai essayé de le pratiquer aussi dans mon entreprise[18] est une des conditions de nos victoires.

 

🔴 Cela fait 130 ans que les salarié·es se sont dotés de l’outil CGT pour s’organiser et défendre leurs intérêts
À l’échelle de l’histoire sociale nous sommes jeunes ! Pourtant aucune organisation collective dans le pays n’a autant d’ancienneté et d’importance en nombre d’adhérent·es. Pour durer notre syndicalisme s’est en permanence adapté pour être utile en fonction de l’analyse concrète des situations concrètes. Le secteur de la société où il y a le moins de démocratie c’est l’entreprise, là où les richesses sont produites. Le syndicalisme est le seul contrepouvoir à l’intérieur mais il a aussi des effets à l’extérieur comme on a pu le voir lors des législatives de 2024 contre l’extrême droite. Par la construction des revendications et de mobilisations les salarié·es prennent à chaque fois conscience des antagonismes entre le capital et le travail. Ils et elles mesurent le rapport de force nécessaire, déterminé par le nombre, organisé, pour inverser la situation en faveur des travailleur·ses. Le syndicat n’est pas un choix mais un besoin !. 

 

 

 

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- L’inflation et la lutte des classes ont été au menu des universités d’été de La France insoumise (LFI) 2022 à Valence.
Jean-Luc Mélenchon a profité de cette conférence pour partager une démonstration sur l’impact de la hausse des prix sur la mobilisation du peuple

 

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20 janvier 2025 1 20 /01 /janvier /2025 20:30
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La question des retraites figurait sans aucun doute parmi les sujets les plus attendus du discours de politique générale de François Bayrou. Dès les premières minutes, le 14 janvier, le Premier ministre a donc abordé ce chapitre. Il a promis de le « remettre en chantier », mais a surtout insisté sur les déficits qu’entraînerait notre système. « Sur les plus de 1 000 milliards de dette supplémentaires accumulés par notre pays ces dix dernières années, les retraites représentent 50 % de ce total », s’est insurgé le chef du gouvernement.

Ses propos posent plusieurs problèmes : d’abord, la méthode de chiffrage choisie par François Bayrou est discutable. Ensuite, ce discours alarmiste participe à alimenter la « politique des caisses vides ». C’est ce qu’explique l’économiste Michaël Zemmour (Michael Zemmour, né en 1983, est un économiste, enseignant-chercheur à l’université Lyon 2 et chercheur associé à Sciences Po. Il travaille sur les systèmes et les financements de protection sociale et des services publics, et sur les politiques de redistribution, notamment des retraites).

 

 

Sources : Alternatives Economiques Propos recueillis par Audrey Fisné-Koch | mis à jour le 24/01/2025

- AT : Chaque année, le Conseil d’orientation des retraites (COR) évalue la situation économique du système des retraites. Or, ses dernières estimations sont loin des chiffres évoqués par François Bayrou[1]. Pourquoi ?

Michaël Zemmour : Les partenaires sociaux, les présidents successifs de ce conseil – même s’ils n’ont pas la même sensibilité –, les économistes ou encore les journalistes ont tous une grille de lecture commune sur les retraites qui est fournie par le COR.


Mais le raisonnement de François Bayrou ne correspond pas du tout au cadre comptable de ce conseil. Ce dernier montre qu’il y a effectivement un déficit modéré du système de retraite [Un solde de - 0,2 % du PIB en 2024 et - 0,8 % du PIB en 2070, d’après le rapport annuel 2024, NDLR.]. Mais la convention retenue n’équivaut pas aux chiffres avancés par le 1er ministre. Toute comptabilité est conventionnelle, mais celle employée par François Bayrou est particulièrement fantaisiste. Le financement de notre système de retraite est mixte, c’est-à-dire qu’il est très majoritairement financé par les cotisations mais aussi par l’Etat.

 

Les cotisations employeur de l’Etat sont particulièrement élevées (beaucoup plus que dans le privé). Pas parce que les retraites du public sont très élevées  –  elles sont comparables à celles du privé en moyenne –, mais parce que l’Etat doit compenser deux phénomènes :

  • la baisse (relative) du nombre de fonctionnaires ;
  • et le gel du point d’indice.

C’est donc parce qu’il a fait de sévères économies budgétaires sur la masse salariale du public (et non parce qu’il dépense sans compter !) que l’Etat doit cotiser (par fonctionnaire) un montant très élevé pour les retraites.
 

 

Par ailleurs, l’Etat concourt par différents mécanismes de solidarité aux financements de l’ensemble des retraites. Le raisonnement utilisé par François Bayrou, qui avait circulé il y a quelque temps déjà sans être reconnu par les économistes spécialistes de la retraite, consiste à dire que tout ce qui n’est pas financé par des cotisations, c’est de la dette. C’est absurde.

 

 

- AT : Pourquoi choisit-il de présenter le déficit du système de cette façon ?
Michaël Zemmour : Cela correspond à une dramatisation du déficit, dont l’objectif est de forcer à faire des économies, ce qu’on appelle « la politique des caisses vides ».

 

Objectivement, les retraites ne sont pas à l’origine du creusement de la dette ces dernières années, sauf à considérer que c’est une dépense particulièrement illégitime, mais elle ne l’est pas plus que les dépenses d’éducation ou les dépenses militaires. Ce discours sur la « dette cachée » des retraites vient complètement brouiller cette légitimité. C’est un élément qui n’est pas très favorable à ce que des solutions émergent.

 

 

- AT : Justement, pour aboutir à des solutions, François Bayrou a, dans un premier temps, demandé une mission flash à la Cour des comptes pour dresser un état des lieux du système des retraites. Que peut-on dire cette méthode ?

Michaël Zemmour : Rappelons qu’il y a deux instances dont le suivi du financement et des paramètres des retraites est le métier :

  • le Conseil d’orientation des retraites, que j’ai déjà évoqué, qui a une vraie expertise dans le domaine, qui rend un rapport annuel et qui est un lieu de dialogue social[2].
  • Et le comité de suivi des retraites (CSR), qui faisait des recommandations au gouvernement sur la base du rapport du COR, mais qui n’a pas été renouvelé depuis le mois de juin.

 

La Cour des comptes écrit aussi sur les retraites – elle peut le faire sur tous les sujets –, mais en l’occurrence c’est un peu étonnant de la mettre en avant comme base de discussion, surtout si l’on veut encourager la discussion sociale. La Cour des comptes n’est pas un haut lieu du diagnostic social partagé. On peut voir ce choix comme une forme de contournement et peut-être de défiance vis-à-vis des instances qui existent. Ça laisse perplexe.

 

 

- AT : Dans un deuxième temps, le Premier ministre propose que les partenaires sociaux négocient pendant trois mois pour trouver un « accord d’équilibre et de meilleure justice » au sujet des retraites. Est-ce une avancée ?
Michaël Zemmour : Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, les partenaires sociaux ont été particulièrement maltraités et ignorés. De leur point de vue, être remis au centre du jeu est un point positif. Néanmoins, cette discussion ressemble très fortement au cadre de négociation qui était posé pour l’assurance chômage : il laissait préjuger à l’avance qu’il n’y aurait pas d’accord parce que le patronat avait tout intérêt à ne pas en trouver, sachant que le gouvernement trancherait derrière.

 

🔴 Pour les retraites, c’est pareil : on ne voit pas très bien pourquoi le patronat, favorable à la réforme[3], changerait de position. Il s’est toujours opposé à l’augmentation des ressources du financement, les cotisations par exemple.

 

Le choix de ne pas arrêter la réforme de 2023 pendant les débats est un grand changement par rapport à ce que l’on a connu avec les négociations pour l’assurance chômage. Les conditions ne sont pas très propices à une évolution possible de la réforme car le temps joue en sa faveur, elle continue de s’appliquer. L’âge légal et la durée de cotisation progressent rapidement[4].

 

🔴 Au fond, si un accord devait s’appliquer dans les prochains mois sans mise en pause, le changement ne porterait plus que sur un tiers de la réforme : savoir si on s’arrête à 63 ans ou si on va jusqu’à 64 ans (et sans plus discuter de la durée de cotisation portée à 43 ans de manière accélérée)

 

 

- AT : « Pas de totem, pas de tabou, pas même celui de l’âge », a dit le chef du gouvernement. Mais il a tout de même fixé une règle d’or : « ne pas dégrader l’équilibre financier ». Peut-on aboutir à une réforme plus juste, sans augmenter les recettes ?

Michaël Zemmour : La raison pour laquelle les gouvernements précédents n’ont trouvé aucun accord, c’est parce qu’ils refusaient d’affecter le moindre centime supplémentaire au système des retraites. Ils imposaient même l’idée que baisser les ressources était nécessaire. Si la proposition des partenaires sociaux doit réellement être à budget constant, ils ne vont pas pouvoir discuter de grand-chose.

 

D’autant que, face à un risque social qui augmente – plus de chômage, plus de maladies, plus de retraités –, cela paraît assez naturel de mettre des recettes supplémentaires. C’est le cas pour n’importe quelle assurance. Si l’assurance contre les intempéries fait face à davantage d’intempéries, on ne trouve pas absurde de se poser la question d’augmenter les cotisations.

 

Ne pas augmenter les recettes pour les retraites est une position relativement extrême. L’espace de négociation qui est, par ailleurs, réclamé par l’ensemble des organisations syndicales consiste justement à dire qu’il ne faut pas exclure des recettes supplémentaires du pilotage du système de retraites dans le futur.

 

Si François Bayrou les exclut une par une – ou dit que les recettes qui existent déjà ne sont pas des vraies recettes –, cela ferme une porte qui n’a même pas été tout à fait ouverte.

 

 

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- Manuel Bompard, député La France insoumise des Bouches-du-Rhône, était l'invité de BFMTV ce mardi 14 janvier 2025.

Réforme des retraites: " François Bayrou a donné un droit de veto au Medef ", affirme Manuel Bompard[5]

 

Réforme des retraites: "François Bayrou a donné un droit de veto au Medef", affirme Manuel Bompard (LFI)

 

- Retraites : quelle voie de réforme est possible ? - Le débat économique

Le débat éco entre Thomas Porcher, membre des Economistes Atterrés et professeur à la Paris School of Business et Dominique Seux, éditorialiste à France Inter et aux Echos porte sur l’avenir de la réforme des retraites.

 

Notes :

[1].Notre système de retraite verse chaque année quelque 380 milliards d’euros de pensions. [...] Les employeurs et les salariés privés et publics versent à peu près 325 milliards par an. Restent 55 milliards, versés par le budget des collectivités publiques, au premier chef de l’Etat, à hauteur de quelque 40 ou 45 milliards.

[2] Les organisations professionnelles et syndicales en sont membres.

[3Pour le MEDEF les 64 ans, est un « socle »

[4] Avec la réforme Touraine adoptée sous le mandat de Hollande l’âge légal de départ augmente progressivement de 3 mois par année de naissance jusqu’à atteindre 64 ans pour les générations nées à partir de 1968. Quant à la durée de cotisation, elle continue elle aussi de progresser jusqu’à 43 annuités requises. 

[5Réforme des retraites: "François Bayrou a donné un droit de veto au Medef", affirme Manuel Bompard (LFI)

 

Pour en savoir plus :

- Retraités : le Gouvernement sauvé par le RN et le PS veut les taxer

La mystification de la retraite par points défendue par le Parti Socialiste

- « Les concessions budgétaires au groupe PS sont un écran de fumée » – L’analyse d’Eric Coquerel après le vote du budget au Sénat

 

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17 janvier 2025 5 17 /01 /janvier /2025 13:30
Fruit du non vote de la censure du gouvernement Bayrou par le PS le 16/01/2025 - scrutin n°526

Fruit du non vote de la censure du gouvernement Bayrou par le PS le 16/01/2025 - scrutin n°526

100 ans de trahisons socialiste[0ter]... Olivier Faure et le PS continuent à jouer aux girouettes permanentes : en 2023 ils disaient d'une façon et en 2025/2026 ils font l'inverse !

Le PS est devenu la bouée de secours des macronistes et sort de la gauche pour se rassembler avec le centre droit en vue des présidentielles de 2027 !

 

 

En 2017, Olivier Faure espérait (déjà !) une grande coalition, allant du Parti socialiste à la droite[0], « qui tienne compte de l'électorat très composite (...) (venu) faire obstacle à Marine Le Pen ». Il la souhaite encore et s'est ainsi dit, suite à la censure du gouvernement Barnier, prêt à discuter avec les macronistes et la droite[1], sur la base « de concessions réciproques ». Il s’est même dit prêt à faire « des compromis sur tous les sujets ». Hormis quelques sièges de députés, l’union avec le PS ne peut rien apporter de bénéfique. Le recul du PS sur ses engagements : une situation qui était prévisible[0bis]. Le rejet de ce parti, parfois perçu comme une posture sectaire ou un refus obstiné de l'unité, découle pourtant directement de l'expérience : celle de ses choix politiques, de sa manière de gouverner et de l’espoir, vivace, de voir le peuple l'écarter des outils de construction d'une véritable alternative de rupture de gauche : celle d'une fédération populaire portée par LFI[1bis] en s'élargissant au 4e bloc[1ter].

 

 

Sources : Eric Durand | mis à jour le 04/03/2026

- En France, la vie politique est structurée par les partis et, pour certains, par l'intérêt individuel des élus qui les composent.

On le voit encore une fois depuis quelques mois, avec la création du NFP et les négociations pour avoir les places éligibles aux législatives, puis les négociations pour tenter d’aboutir à un choix commun de premier ministre NFP et enfin aujourd’hui avec toute la gauche “ de gouvernement ”, qui va boire la soupe de Macron, à part LFI. L’intérêt des partis est supérieur à celui des idées qu’ils prétendent défendre. Cette simple affirmation est une évidence pour la majorité de la population, qui affiche une juste défiance à la fois spontanée et réfléchie au personnel politique. Mais les militants politiques, et c’est bien normal, s’engagent initialement souvent avant tout pour des idées, des convictions, et sont donc sans cesse déçus par les élus et les dirigeants des partis politiques, qui visent avant tout la poursuite de leur carrière et des rémunérations qui l’accompagnent. 

 

 

- Pour le PS, les idées ne sont qu'un outil pour gagner les élections

Le Parti socialiste en est la plus pure illustration. Entre ses discours quand il est en campagne électorale et ce qu'il pratique une fois qu'il est au pouvoir, il y a un monde. Les idées ne sont pour lui qu'un outil parmi d'autres pour gagner des élections. Il joue le jeu classique et cynique des sociaux-démocrates qui consistent à faire des promesses antilibérales dans un cadre de parfaitement libéral, comme nous avançons déjà l'occasion de l'époque de l'écriture : « cela a l'avantage de montre une bonne volontaire en faisant mine de vouloir mettre en place ce pour quoi sur un été élu, puis de faire constater à tous l'échec de ces politiques alors même que celles-ci ne pouvaient qu'échouer dans ce contexte. C'est une des manœuvres de la bourgeoisie, aussi grossière qu'efficacité, pour “ naturaliser ” une fois de plus le capitalisme[2] ».

 

C’est pour cela que nous détestons le Parti socialiste.

Ce n’est pas un préjugé, ce n’est pas un « refus d’unité », ça n’est pas un caprice qui empêcherait la gauche de gouverner. C’est que tout gouvernement où le PS aura une position déterminante mènera une politique de droite et c’est l’expérience qui le démontre. Quand il gouverne, le PS ne fait pas qu’accompagner le libéralisme, il accélère la destruction de notre modèle social, tout en ayant promis le contraire.

 

🔴 En particulier, Mitterrand et ses gouvernements ont libéralisé massivement l’économie. 

Le storytelling de gauche sur l’expérience mitterrandienne consiste souvent à considérer que les socialistes ont fait des réformes de gauche jusqu’en 1983, que cela a créé trop de problèmes économiques et qu’ils ont ensuite arrêté les réformes (le fameux “ tournant ” de la rigueur).  En réalité, ce “ tournant ” était prévu dès le départ comme le montre le discours de politique générale du premier ministre Pierre Mauroy du 8 juillet 1981[3] où il affirme notamment :  “ Cette démarche, que je viens d’inscrire dans la durée, sera conduite dans la rigueur. Cela signifie la rigueur budgétaire. Cela signifie que nous défendrons le franc et le maintiendrons dans le système monétaire européen. ” La soumission à l’Europe au détriment de la population française était déjà très claire. Le PS a par la suite réformé massivement tout au long des années 1980, en faveur du capital : il a mis fin au contrôle des crédits et des taux d’intérêts et a déréglementé les marchés financiers. Il a légalisé les produits dérivés à l’origine de la crise de 2008. Il a soutenu le traité de Maastricht qui nous a fait perdre notre indépendance monétaire et nous a livrés pieds et poings liés aux emprunts auprès des marchés financiers. Et dans le même temps, il a désindexé les salaires des prix.

 

 

🔴 Lionel Jospin va garder cette cohérence libérale quand il devient Premier ministre en 1997

  • Il privatise à tout va[4] (France Télécom, CIC, Crédit Lyonnais, les autoroutes ASF, le futur EADS, Air France, etc.) et en fait bénéficier les entreprises privées d’exonérations massives de cotisations sociales lors de la mise en œuvre des 35 heures.
  • Le PS va également autoriser les grandes entreprises du CAC 40 à racheter jusqu’à 10 % de leurs actions et diminuer la fiscalité sur les plus-values boursières des actions.

 

A l’époque, il avait pourtant largement les moyens de faire autrement : la gauche était au pouvoir dans de nombreux pays européens, ce qui aurait permis de négocier des traités plus favorables aux salariés. La croissance était au beau fixe, ce qui permettait de dégager de larges marges de manœuvre financières. L’épisode le plus symptomatique fut sans doute celui de la “ cagnotte[5] ”. En 1999, l’économie française connaît un taux de croissance dépassant les prévisions (3% au lieu de 2 %), ce qui crée l’équivalent d’environ quinze milliards d’euros de rentrées fiscales supplémentaires. Après avoir tenté maladroitement de cacher cette “ cagnotte ” pendant des mois aux Français, le gouvernement a finalement choisi, plutôt que de l’orienter vers les plus pauvres, de l’utiliser pour baisser la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu, soit celle qui est payée par les plus riches !  

 

🔴 En 2012, après dix ans de disette, le PS revient aux plus hautes responsabilités.
François Hollande a été élu sur un programme qu’il a peu à peu gauchisé pendant la campagne électorale, sous pression de la percée de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages[6]. “ Mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance ”, a-t-il clamé lors de son discours au Bourget de janvier 2012. 👇

 

 

Une fois élu, il ne fait ensuite que conforter les intérêts de la finance et du patronat.
Il nomme immédiatement Emmanuel Macron secrétaire général adjoint de son cabinet, puis ministre de l’Economie en 2014[7].

  • Il met en œuvre de multiples lois de déréglementation du droit du travail, facilitant les licenciements boursiers, plafonnant les indemnités de licenciement illicites, et permettant à des accords d’entreprise de déroger au droit du travail en défaveur des salariés. (NDLR : Pour Philippe Martinez secrétaire général de la CGT : « Le bilan de Hollande est négatif »[8])
  • Les cadeaux au patronat atteignent dans le même temps des sommets, avec en particulier le CICE (Crédit d’impôt compétitivité emploi) versé aux entreprises pour un montant global de 20 milliards d’euros par an, sans contrepartie.

 

Le mandat de Hollande a été aussi un tournant sur le maintien de l’ordre[9], les manifestants étant systématiquement matraqués à partir de 2014, et sur l’immigration[10].
Rappelons-nous de la pauvre Leonarda Dibrani[11], enfant de 15 ans arrêtée par la police à la sortie de son autobus scolaire en 2013 pour l’expulser au Kosovo, avant que, vu le tollé médiatique, François Hollande tente de reculer en l’autorisant elle seule, sans sa famille, à revenir en France, une aberration contraire à la Convention internationale des droits de l’enfant. Le PS a achevé également, pendant cette période, sa conversion à l’islamophobie, comme le raconte Aurélien Bellanger dans son ouvrage " Les derniers jours du Parti socialiste[12] ".

 

 

-  Se débarrasser du PS en faisant tomber les masques !
Pourquoi croire que le PS d’aujourd’hui fera différemment ? Par quel miracle ?
Olivier Faure, le nouveau héros du PS, est présenté comme un homme neuf, vierge de tout soupçon, qui n’aurait rien à voir avec les errements du passé. Pourtant, il était déjà « conseiller spécial » de Hollande puis de Jean-Marc Ayrault en 2012. Olivier Faure a toujours été au cœur du dispositif socialiste qui a lancé les offensives décrites ci-dessus.

 

  • En 2015 : il estimait que les mesures « anti-terroristes » liberticides de Manuel Valls étaient un « choix de d’efficacité »... et a voté absolument toutes les lois de régression sociale de François Hollande.
  • En 2016 : il soutenait la Loi Travail et répétait que Valls était un formidable ministre, qui avait raison d’utiliser le 49.3. La même année, selon Le Figaro, il envisageait « de se rallier à Emmanuel Macron dans la perspective de l’élection présidentielle de 2017[12a] ».
  • En 2018 : il parle d’une « colonisation à l’envers » dans certains quartiers, pour désigner l’immigration. Une autre manière d’insinuer l’idée raciste de « grand remplacement ».
  • En 2018 : En avril 2018, le média Les Jours relève que 27,2% des votes d’Olivier Faure au Parlement sont « en accord avec En marche »[12b].
  • En mai 2021 : Olivier Faure se rend à une manifestation d’extrême droite organisé par le syndicat policier Alliance[12c]. Il estime que la police doit avoir « un droit de regard » sur les décisions de justice. Autrement dit, il réclame l’instauration d’une dictature policière sans contre-pouvoirs. Le Pen n’avait pas osé aller aussi loin. Depuis, il a radouci son discours pour plaire à ses alliés de circonstance. 

 

 

-  Pour servir le peuple et faire tomber les masques ne rien lâcher

🔴 1er mai 2022 : création de la Nupes[13].

Après un deuxième scrutin présidentiel consécutif où aucun candidat de gauche n'a été présent au second tour en raison notamment du refus d'une Fédération Populaire[14] pour rassembler la gauche (et donc d'une candidature pour chaque parti au 1er tour, cette coalition est de présenter des candidatures communes aux élections législatives de 2022 qui suivent la réélection d'Emmanuel Macron à un second mandat présidentiel.

  • La Nupes porte un programme de rupture[15], feuille de route partagée d'un futur gouvernement. Il est le fruit d’un travail collectif associant plusieurs organisations politiques, sur la base de programmes eux-mêmes élaborés en associant des milliers de citoyennes et citoyens, acteurs associatifs, syndicaux, environnementaux, politiques.

 

▶️ Fin 2023, la fracture de la Nupes s'annonce

Début 2023 la France insoumise avait engagé des discussions avec l’ensemble de ses partenaires au plan national pour les sénatoriales de 2023[16], fait des propositions[19] et critique avec véhémence la constitution de listes d'union entre le PS, le PCF et EÉLV pour les sénatoriales de 2023, du 24 septembre 2023, excluant ainsi LFI[17]. Elle y voit, à juste titre, la volonté de rompre l'alliance.

  • Le choix de division fait par les socialistes, écologistes et communistes et l’éparpillement des listes coûtent aux composantes de la NUPES une demi-douzaine de sièges et aident à la progression de l’extrême droite au Sénat[18].

 

▶️ Début 2024, la fin de la Nupes se concrétise lors des élections européennes :

" Sans union aux européennes, la Nupes éclatera " prévenait la France insoumise en juin 2023[19] Cette alliance n'est pas qu'un accord électoral, c'est une coalition et nous devons en faire un mouvement politique d'ampleur. Il nous faut pour cela de la cohérence, de la stabilité et de la lisibilité. Le seul moyen d'y parvenir, c'est d'avoir une liste commune à l'ensemble des prochaines échéances électorales " et plaide pour une liste commune[20].

  • Face au choix de division porté par les socialistes, écologistes et communistes, la France Insoumise est même prête à laisser la tête de liste à EELV pour une liste commune[21] . Unie aux élections européennes, la NUPES pouvait l’emporter face à Macron et Le Pen[22]... il n'en sera rien : la Nupes est morte !

 

🔴 10 juin 2024 : Le Nouveau Front Populaire est né[23].

Face à l’ultra-droitisation du pays, la France insoumise reste attachée à la stratégie de l'union avec l'objectif de déjouer les calculs politiciens de Macron qui comptait sur une gauche désunie et isolée pour produire une nouveau débat limité à un nouveau face à face entre son parti et le RN dans chaque circonscription[23] à l'occasion des législatives 2024 faisant suite à sa dissolution de l'Assemblée Nationale annoncée par Macron le 9 Juin 224[24], à l'issue élections européennes .

 

Pour créer le NFP, une soirée de négociations a d’ailleurs suffit : le PS, les programmes, il ne les applique pas, de toute manière. A terme, le but de Faure n’est pas de combattre Macron, mais de le remplacer avec éventuellement Hollande. Il veut que le PS retrouve son rôle historique central : incarner une alternance politique acceptée par la bourgeoisie et défendant ses intérêts en prétendant le contraire.

  • Pour que le Parti Socialiste ait 66 investitures, 97 circonscriptions de l’accord de la #NUPES leur ont été cédées par La France insoumise[24is].

 

Extrait du discours d'Olivier Faure, du Campus du Parti Socialiste à Blois, le 31 août 2024

 

▶️ A l'issue des législatives, suite au refus de la macronie de, conformément à la constitution, désigner un ou une iére ministre issu-e de la plus grande coalition parlementaire, le NFP : une Motion de censure est déposée par le NFP... et l'Assemblée nationale renverse le gouvernement de Michel Barnier[25].

 

▶️ Suite à la dissolution du gouvernement de Michel Barnier, Macron constitue le gouvernement Bayrou allant d'ex membres du PS (comme Manuel Valls nommé aux Outre-mer, François Rebsamen, ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation ou Juliette Méadel, ministre déléguée chargée de la ville...) à la droite extrême avec Bruno Retailleau au ministère de l'Intérieur, en passant par le retour de Gérald Darmanin, nommé à la justice, mais aussi d’Élisabeth Borne[26].

  • Suite au refus de la macronie de, conformément à la constitution, désigner un ou une iére ministre issu-e de la plus grande coalition parlementaire, le NFP : la France insoumise met une motion de censure sur la table...
    • Elle est soutenue pas les écologistes les communistes et quelques socialistes[27] ;
    • Le PS et le RN ne la votent pas[28]... ! Résultat :

👉 une politique d'austérité encore pire que celle du budget du gouvernement Barnier va être mise en œuvre !

👉 le PS trahi son serment du 8 juin 2023, le Nouveau Front Populaire et s'en auto exclue... mais grâce au vote des écologistes et communistes le Nouveau Front Populaire est toujours là !

 

 

🚩 Rappel au #PS et électeurs socialistes...
👍 Le 8 juin 2023, la #Nupes a fait un serment : tout faire pour abroger la retraite à 64 ans et mettre en place la retraite à 60 ans[29]

 

« Nous faisons le serment d’agir sans relâche pour rassembler une majorité qui mettra fin à cette réforme injuste » – Le serment du 8 juin

 

🚩 100 ans de trahisons socialiste[0ter]... et ça continue jour après jour !

 

🔴 Ici 👇 on apprend que c’est celui qui a mis le PS à moins de 2% et nous a donné Macron qui a négocié la non censure du budget d'austérité de Bayrou.... avec Bayrou

C’est vrai que c’est un expert en engagements non tenus. Si les socialistes le suivent ils auront peut être la clef pour maintenir le macronisme jusqu’en 2027 mais ensuite la porte électorale leur sera fermée.

 

« Les socialistes ont la clé jusqu’en 2027 », affirme François Hollande

 

  • 22 janvier 2025 : comme pour la censure, le #PS est parti seul pour l'élection du Rapporteur Général de la Sécurité Sociale à l'Assemblée.

Tout le #NFP s'est uni pour élire le candidat écologiste. Les socialistes ont voté pour Jérôme Guedj, l'anti-#NFP.
📍  Résultat, la droite a gagné.... le #PS est au service de qui ?

 

Comme pour la censure, le PS est parti seul pour l'élection du Rapporteur Général de la Sécurité Sociale à l'Assemblée. Tout le NFP s'est uni pour élire le candidat écologiste. Les socialistes ont voté pour Jérôme Guedj, l'anti-NFP. Résultat, la droite a gagné.

 

  • 03 février 2025 : le PS décide, main dans la main avec le RN, de ne pas censurer le gouvernement Bayrou… ce coup-ci !

La décision du PS de ne pas voter la censure[30] consomme son ralliement au gouvernement Bayrou (pour l’instant sans participation).

  • Mais qui s’en souvient : le refus du recours au 49.3 était une des lignes rouges du PS au début de sa danse du ventre devant Bayrou !
  • Et qui le rappellera : le vote de la censure est une motion de défiance opposée au refus du gouvernement de demander un vote de confiance à l’Assemblée.

 

[Info Public Sénat] Budget : le PS décide de ne pas censurer le gouvernement Bayrou… ce coup-ci

 

  • 05 février 2025 : le Parti Socialiste et le RN refusent de censurer le budget 2025 austéritaire du gouvernement François Bayrou[31] et refusent de censurer le budget de la Sécurité sociale[32] qui est pire que celui de Barnier... aux mêmes causes les mêmes effets !

Par cette décision de non censure du budget 2025 (non suivie par 6 députés PS qui ont voté la motion de censure) :

▶️ le PS et le RN cautionnent la pire cure d'austérité du 21e siècle qui va être imposée au peuple : les coupes massives dans les budgets de l’écologie, du logement, de la recherche, de la culture, de l’éducation nationale, du sport, de l’agriculture ; hausse des tarifs de l’électricité ; baisse de l’indemnisation maladie des fonctionnaires et de la prime d’activité ; taxe sur les micro-entrepreneurs.

▶️ le PS rompt unilatéralement et sans aucune discussion collective préalable le cadre du Nouveau Front Populaire créé pour proposer une alternative au macronisme et non pour sauver ses gouvernements illégitimes.

. Par cette décision de non censure sur la partie 2 du budget de la Sécurité sociale, le PS et le RN valident 3 milliards d'économies dans la santé et une hausse des taxes sur les apprentis qui gagnent moins que le SMIC.

 

Analyse du scrutin n°693 Scrutin public n°693 sur la motion de censure déposée en application de l'article 49, alinéa 3, de la Constitution par Mme Mathilde Panot et 90 députés.

 

🔴 Je refuse ce retour aux pratiques de la vieille gauche à la Hollande qui trahit ses engagements et renie sa parole donnée et s'allie par les faits et actes avec l'extrême droite et vous livre la liste des coupables : Retrouvez les noms des députés PS et RN qui ont sauvé Bayrou de la censure[33].

 

  • 09 février 2025 : Hollande est parvenu à faire du PS un parti inutile pour les gens et utile pour la macronie.

Un nouveau concept du génie Hollande : déposer une motion de censure pour ne pas faire tomber le gouvernement.  

  • Chaque fois qu'il parle, il nous rappelle que c'est lui qui a installé Macron à Bercy.
  • Aujourd'hui, c'est lui qui lui permet de se maintenir à l'Elysée.

 

François Hollande, sur la motion de censure que va déposer le PS: "Cette motion n'est pas faite pour faire tomber le gouvernement, mais pour s'opposer à la politique gouvernementale"

 

🔴 Et pire François Hollande veut deux candidats de gauche à l’élection présidentielle.
Soyons clair, ça veut dire qu’il veut l’extrême droite au pouvoir.
On ne peut pas gagner si on refait comme en 2022[34].

 

  • 10 février 2025 : Aujourd’hui le PS main dans la main avec le RN n’ont pas censuré le gouvernement Bayrou.

Ils sauvent une fois de plus la macronie et laissent passer un budget de la sécurité sociale amputé de 3.7 milliards d’euros. Un budget aux conséquences mortifères. 👇

 

Première séance du lundi 10 février 2025 Scrutin public n°739 sur la motion de censure déposée en application de l'article 49, alinéa 3, de la Constitution par Mme Mathilde Panot et 70 députés.

 

🔴 Seulement UN député socialiste et apparentés a voté la Motion de censure, devinez quoi ?
Il est député du parti basque " Euskal Herria Bai " mais apparenté socialiste.
Donc le seul député socialiste qui n’a pas trahit les électeurs n’est pas vraiment socialiste : bravo monsieur Peio DUFAU !

 

  • 12 février 2025 : Aujourd’hui, une nouvelle fois, le PS main dans la main avec le RN n’ont pas censuré le gouvernement Bayrou[36].

Le refus du PS et du RN, se déclarant pourtant tous deux inscrits dans l’opposition, de voter la censure a permis le passage en force des budget de la Sécurité sociale venant après le budget de l’État avec leurs conséquences dramatiques.

 

En refusant de censurer pour la 5e fois en un mois, le PS a confirmé une nouvelle orientation politique, renouant avec le hollandisme et rompant avec celle du Nouveau Front Populaire[35] (seul Euskal Herria Bai  député du parti basque " Euskal Herria Bai " mais apparenté socialiste la voté).

 

  • Pour voir le détail du vote en cliquant sur l'image 👇
Première séance du mercredi 12 février 2025 Scrutin public n°791 sur la motion de censure déposée en application de l'article 49, alinéa 3, de la Constitution par Mme Mathilde Panot et 73 députés.

 

  • 19 février 2025 : motion de censure du PS :... le pistolet à eau a fonctionné[37], le gouvernement Bayrou est toujours là  !

Cette motion est à la censure ce que le PS est à la gauche : une contrefaçon.
Deux semaines après l’avoir sauvé, le PS n'a toujours pas œuvré pour le faire chuter, on avait été prévenu par François Hollande qui avait annoncé : « il ne s'agit pas de faire tomber le gouvernement... si le RN annonçait la voter, il faudrait que nous ne la votions pas ». 

 

François Hollande, sur la motion de censure que va déposer le PS: "Cette motion n'est pas faite pour faire tomber le gouvernement, mais pour s'opposer à la politique gouvernementale"

 

🔴 C'est une censure pour faire semblant venant d'une fausse opposition qui a validé, pour l'année 2025, la pire cure d'austérité de la 5ème République ! Le capitaine de pédalo a inventé la motion de censure « pistolet à eau » !

 

  • 30 mars 2025 : Une nouvelle arnaque du PS : la retraite à 63 ans

Menacé d’éclatement, le PS hésite à censurer le gouvernement sur les retraites. Pour éviter une dissolution, les socialistes implorent François Bayrou de lâcher un compromis — même symbolique — pour sauver la face… et leur été. Il s’agirait en l’espèce de la retraite à 63 ans.

 

Réforme de retraites : le PS veut «un petit truc» de Bayrou pour ne pas le censurer

 

🔴 L’article du Journal du Dimanche affirme que « pour les socialistes, arracher les 63 ans permettrait de moucher les insoumis, promoteurs du “ tout ou rien ”, et de renouer avec la culture d’une gauche responsable…[38] ».

 

  • 14 avril 2025 : Le PS promettait de censurer le gouvernement Bayrou s'il ne revenait pas sur la réforme des retraites... on connait la suite !

Et maintenant il accepte 40 milliards d'austérité si les riches en paient un tout petit bout.
En fait, le #PS c'est le parti qui trahit même quand il n'est pas au pouvoir !

 

Pour Olivier Faure, il y aura "censure" s'il n'y a pas de contribution des plus riches pour trouver 40 milliards d'euros dans le budget

 

 

⚠️ Résultat des trahisons.... 👇

Fruit du non vote de la censure du gouvernement Bayrou par le PS le 16/01/2025 - scrutin n°526

 

🔎 Et le phénomène s'amplifie dans tous les domaines !

 

  • 5 avril 2025 : Quel grand parti démocratique que le PS... qui se vante " Le Parti socialiste a défendu le sionisme avant même de prendre le nom qu’il porte aujourd’hui[39] ".

La preuve, à la veille du congres du PS on peut même faire des motions de réconciliation entre " socialisme et sionisme ", soutenir le génocide sans rien risquer !

 

Voilà pourquoi je déteste le Parti Socialiste !
Voilà pourquoi je déteste le Parti Socialiste !
  • 15 mai 2025 : Le PS au Sénat vote la reprise du chantier de l’autoroute A69[40bis], jugé illégale par le tribunal administratif[40].]

19 juin 2024 : programme du NFP signé par le PS : « Décréter un moratoire sur les grands projets d’infrastructures autoroutières ».

  • Le vote POUR du Parti Socialiste est une trahison complète du programme du NFP pour SE METTRE AU SERVICE des promoteurs autoroutiers !

 

Autoroute A69 : Le Sénat tente de contourner la justice avec une loi permettant la reprise des travaux

 

  • 4 juin 2025 : Une nouvelle fois, le PS rejoint la macronie et le RN dans le maintien d'un gouvernement d'extrême droite, qui ruine le portefeuille, la santé et les droits des Français (voir l'objet de la censure[41]).

En ne votant pas la #MotionDeCensure[41a], le PS, main dans la main avec la macronie la droite et le RN, devient complice d'une #LoiPesticides qui passera en force par un 49-3 déguisé, permettant l’autorisation de pesticides qui risquent de provoquer un scandale sanitaire comme l’amiante ou le chlordécone.

 

Scrutin public n°2222 sur la motion de censure, déposée en application de l'article 49, alinéa 2, de la Constitution, par Mme Aurélie Trouvé et 57 députés.

 

  • 14 juin 2025 : Pour Jérôme Guedj, député PS, Jean-Luc Mélenchon serait devenu " un salopard antisémite[42]"

Il parait que le PS est opposé à la « brutalisation de la vie politique ».

Il faudrait songer à faire de la politique autrement qu’en crachant midi et soir sur la France insoumise.

Mais manifestement c’est le programme pour 2027 de la gôche qui diffame la force motrice de gauche qui leur a permis de sauver des sièges de députés et d'avoir un groupe parlementaire !

 

 

  • 31 Août 2025 : 25 août, François Bayrou sollicite un vote de confiance qui aura lieu le 8 septembre[43]

Aujourd'hui, nous avons un Parti socialiste qui :
- refuse de respecter le programme qu'ils ont pourtant signé il y a un an, notamment sur la retraite à 60 ans ;
- n'envisage pas de ministre insoumis dans un gouvernement de gauche
[43a]...

- se dit " à la disposition " d'Emmanuel Macron pour " discuter des conditions " d'une entrée au gouvernement[43b]...

- affirme " Je suis à la disposition du chef de l'État à tout moment pour discuter des conditions dans lesquelles nous pourrions occuper les places gouvernementales qui sont occupées par la majorité relative de Bayrou."[43c]

et présente un contre-budget du PS de renoncement[44] !

 

Voilà pourquoi je déteste le Parti Socialiste !
Voilà pourquoi je déteste le Parti Socialiste !
Voilà pourquoi je déteste le Parti Socialiste !

 

🔴 Ben voila ! Pour Olivier Faure et le PS : pas de ministres insoumis de LFI... rejet du programme du NFP... donc pas un gouvernement de gauche... mais les voix des député-e-s pour soutenir son gouvernement oui. Il se met à disposition de Macron pour assurer la continuité du macronisme. C’est limite grossier. #PlusJamaisPS     

 

  • 09 Octobre 2025 : Les Socialistes (dont Raphaël Glucksmann) en complicité avec les républicains et macronistes ont sauvé Von Der Leyen en votant main dans la main contre la censure de la Commission Européenne[45déposée par la gauche européenne.  

Seulement 3% des socialistes européens, dont aucun français, ont voté pour la motion de censure : la préfiguration d’une grande coalition française ?

 

Socialistes, républicains et macronistes ont sauvé Von Der Leyen en votant main dans la main contre la censure de la Commission 🇪🇺.  Une préfiguration d’une grande coalition française ?  Heureusement les écologistes 🇫🇷 ont désobéi à leur consigne de groupe et voté à nos côtés.

 

  • 14 Octobre 2025 : Le Parti Socialiste demandait la suspension intégrale et complète de la réforme des retraites : or alors qu'il n’y aura qu’une temporisation (suspension) dans la réforme des retraites (la proposition du Premier Ministre revenant à inscrire dans la loi le redémarrage de la réforme Borne au 1er janvier 2028)... le PS ne votera pas la censure du gouvernement, Sébastien Lecornu toujours en sursis[46]

Avec cette proposition, la génération née en 1964 gagnerait 3 mois sur l’âge de départ à la retraite alors qu’elle pourrait gagner 9 mois avec l’abrogation soutenue par une majorité de députés à l’Assemblée nationale. Pour toutes les autres générations, rien ne change puisque le pouvoir élu en 2027 pourra faire ce qu’il souhaite.

  • À ce prix là, le Parti Socialiste rejoint le centre doit et s’apprête à sauver Macron et valider un budget n’a rien à voir avec le programme du Nouveau Front Populaire[47].

 

le PS ne votera pas la censure du gouvernement, Sébastien Lecornu toujours en sursis[46]

 

  • 16 Octobre 2025 : Ce jeudi 16 octobre 2025, grâce au PS, le Premier ministre illégitime et minoritaire a été sauvé par manque de 18 voix sur la motion de censure déposée par la France insoumise[48].

Par cette décision, la direction du Parti Socialiste vient de sauver Emmanuel Macron en prétendant avoir obtenu le décalage de la réforme des retraites qui n’est en réalité qu’une arnaque. Les électeurs du Nouveau Front Populaire avaient pourtant clairement choisi le programme indiquant dès sa 2e ligne que le mandat de leurs élus serait de rompre avec le système Macron et contenant en son sein l’abrogation de la retraite à 64 ans.

  • Le Parti Socialiste n’a pas trahi, il est juste fidèle à son histoire[49] avec quelles conséquences ? 👇

 

Voilà pourquoi je déteste le Parti Socialiste !
Voilà pourquoi je déteste le Parti Socialiste !
Voilà pourquoi je déteste le Parti Socialiste !
  • 12 Novembre 2025 : Retraites... en votant le texte gouvernemental[50], résultat des tambouilles entre eux, les socialistes décident de couper un doigt aux salariés pendant que les macronistes veulent en couper deux avec l’arnaque du décalage de la retraite à 64 ans

PS, macronistes et RN votent le décalage (ce n'est pas une suspension, c'est un décalage, même Macron le reconnait[51]), résultat  :

  • retraite à 64 ans pour les nés après 1969, pensions en baisse pour tous.
  • Tous les retraités vont payer votre vote par la baisse de leurs pensions.

 

 

 

  • 2 Décembre 2025 : Le projet de loi de fin de gestion (PLFG) 2025, qui prévoit 10 MILLIARDS D'EUROS D'AUSTÉRITÉ, a été adopté DE DEUX VOIX grâce à l'abstention, les socialistes et les écologistes[52]

« Compromis », « responsabilité », « stabilité » : ça coûte cher au peuple. Très cher… Les élèves, les étudiants•es, les agriculteurs, les travailleurs du monde de la culture qui voient leur budget coupé vous remercient et sauront en tirer les leçons politiques : en 2026 et 2027, on les dégage

 

Première séance du mardi 2 décembre 2025 Scrutin public n°4442 sur l'ensemble du projet de loi de fin de gestion pour 2025 (texte de la commission mixte paritaire).

 

 

  • 9 Décembre 2025 : C'est fait... l'alliance PS-macronistes-LR vient de voter l'ensemble du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026de la Sécurité sociale[53].

En votant ce budget des horreurs, le PS bascule officiellement dans la majorité gouvernementale et la coalition autour de Lecornu..
Ils portent la responsabilité, avec le gouvernement, des coupes dans la santé et de l’augmentation des coûts pour les assurés.

Et pensée pour tous les Français qui leur ont fait confiance l'année dernière.

 

Analyse du scrutin n°4696 Deuxième séance du mardi 9 décembre 2025 Scrutin public n°4696 sur l'ensemble du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (nouvelle lecture).

 

 

  • 14 Janvier  2026 : Scrutin public n°4986 sur la motion de censure déposée en application de l'article 49, alinéa 2, de la Constitution par Mme Mathilde Panot et 57 députés.

Le PS s'abstient sur la motion de censure contre Lecornu et le #Mercosur[54], et sauve encore ce Gouvernement.

Le PS est la bouée de secours des macronistes... soutien aux agriculteurs.

 

Scrutin public n°4986 sur la motion de censure déposée en application de l'article 49, alinéa 2, de la Constitution par Mme Mathilde Panot et 57 députés.

 

 

  • 23 Janvier  2026 : Le Parti Socialiste s'abstient sur la motion de censure n°5154 des Insoumis, Ultramarins, Communistes et Écologistes (seulement 5 d'entre eux l'ont voté sur 69).

19 voix seulement ont manqué pour que cette motion de censure soit adoptée[55]. Par leur abstention, ils vont permettre à Sébastien Lecornu d'imposer 35 MILLIARDS de coupes dans les services publics et la suppression de la prime de Noël.

 

Scrutin public n°5154 sur la motion de censure déposée en application de l'article 49, alinéa 3, de la Constitution par Mme Mathilde Panot, Mme Cyrielle Chatelain, M. Stéphane Peu et 108 députés.

 

  • 2 février  2026 : Le Parti Socialiste s'abstient sur la nouvelle motion de censure n°5193 des Insoumis, Ultramarins, Communistes et Écologistes (seulement 5 d'entre eux l'ont voté sur 69)[56].

Le PS, c’est une usine à trahisons qui simule la colère le jour et lèche les bottes du pouvoir le soir pour ne pas perdre ses sièges. Le PS est devenu la bouée de secours des macronistes et sort de la gauche pour se rassembler avec le centre droit en vue des présidentielles de 2027 !

 

Analyse du scrutin n°5193 Scrutin public n°5193 sur la motion de censure déposée en application de l'article 49, alinéa 3, de la Constitution par Mme Cyrielle Chatelain, Mme Mathilde Panot, M. Stéphane Peu et 110 députés.

 

  • 27 Janvier  2026 : en s'abstenant sur la nouvelle motion de censure n°5284 des Insoumis, Ultramarins, Communistes et Écologistes (seulement 5 d'entre eux l'ont voté sur 69)[57] le Parti Socialiste valide le budget d’austérité 2026 .

Avec la non-censure, le PS s’isole un peu plus de la gauche. Les rares frondeurs socialistes disent leur malaise et  des militants rendent leur carte, sidérés par ce retour en arrière avant les élections municipales.

 

Première séance du lundi 2 février 2026 sur la motion de censure déposée en application de l'article 49, alinéa 3, de la Constitution par M. Stéphane Peu, Mme Mathilde Panot, Mme Cyrielle Chatelain et 110 députés.

 

  • 3 Mars  2026 : Le Parti socialiste n’en finit plus de sombrer. Les refus successifs de censurer le gouvernement Lecornu ont révélé au grand jour son changement d’alliance, au profit d’Emmanuel Macron. Ce 3 mars, dans une résolution du Bureau national votée à l'unanimité, Olivier Faure a renvoyé dos à dos les fascistes et les antifascistes[58].

Pas un jour ne passe sans que le parti à la rose se rapproche de l’axe réactionnaire. Aujourd’hui, la reprise par la direction du Parti Socialiste, répondant aux appels de Jordan Bardella, du discours le plus nauséabond de l’extrême droite est une faute d’une gravité absolue alors que notre pays subit une offensive fasciste d’une ampleur inédite et un glissement de la macronie et de la droite vers les idées de l’extrême droite[59].

 

Le PS appelle les militants insoumis à se désolidariser des propos de Jean-Luc Mélenchon, ce dernier dénonce d'"intolérables accusations d'antisémitisme"

 

 

🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 

 

 

 

#PlusJamaisPS

 

 

Notes :

[0Le patron du PS, Olivier Faure, a «hété» à rejoindre Emmanuel Macron en 2016

[0bisTRIBUNE : Le recul du PS sur ses engagements : une situation qui était prévisible

[0ter100 ans de trahisons socialiste (des origines à nos jours)

[1] Le Parti socialiste, reçu à l'Elysée, se met en rupture avec La France insoumise

[1bisJean-Luc Mélenchon : « Je lance un appel à la création d’une fédération populaire »

[1terCagé, Piketty : à la conquête du 4ème bloc ?

[2Pourquoi Mitterrand ne nous manque pas

[3Déclaration de politique générale de M. Pierre Mauroy, Premier ministre, devant l'Assemblée nationale le 8 juillet 1981, publiée dans Le Monde le 10 juillet 1981

[4Lionel Jospin : le retour de la momie sociale-démocrate

[5Le gouvernement Jospin, de l'embellie à la désillusion

[6Sondage : Mélenchon, le candidat qui incarne le plus le changement

[7Emmanuel Macron, de « Mozart de l'Elysée » à ministre de l'économie

[8Pour Philippe Martinez secrétaire général de la CGT : « Le bilan de Hollande est négatif »

[9Paris 14 juin 2016, j'y étais, j'ai vu, j'accuse... Gazer, mutiler, soumettre : la police au service du néolibéralisme autoritaire, je l'ai vue à l'œuvre !  

[10La loi immigration, ni tournant, ni trahison : une continuité politique

[11L'affaire Leonarda

[12Aurélien Bellanger dans son ouvrage " Les derniers jours du Parti socialiste "

[12aEn 2016 Olivie Faure envisageait de se rallier à Emmanuel Macron dans la perspective de l'élection présidentielle de 2017

[12b] En avril 2018, le média Les Jours relève que 27,2% des votes d’Olivier Faure au Parlement sont « en accord avec En marche »

[12c] Olivier Faure se rend à une manifestation d’extrême droite organisé par le syndicat policier Alliance.

[13Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes)

[14] Jean-Luc Mélenchon : « Je lance un appel à la création d’une fédération populaire »

[15Programme partagé de gouvernement de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale

[16Les prochaines élections sénatoriales auront lieu en septembre 2023

[17Sénatoriales : La France insoumise dénonce un "enterrement de la Nupes" avant une possible alliance PS-EELV-PCF

[18Élections sénatoriales : le refus de l’union autour de la NUPES aura coûté à la gauche près de 10 sièges

[19LFI propose de créer des structures locales de la Nupes, de lancer une agora, de bâtir des alliances électorales aux sénatoriales et aux européennes

[20Européennes 2024 : La France insoumise plaide pour une liste commune 

[21La France Insoumise est même prête à laisser la tête de liste à EELV pour une liste commune

[22Sondage : unie aux élections européennes, la NUPES peut l’emporter face à Macron et Le Pen

[23Le Nouveau Front Populaire est né

[24Dissolution : Emmanuel Macron annonce la dissolution de l'Assemblée nationale 

[24bis] Législatives 2024 : LFI, PS, Verts, PCF, combien de candidats les partis du Nouveau Front populaire présenteront-ils ? 

[25Motion de censure : l'Assemblée nationale renverse le gouvernement de Michel Barnier

[26Gouvernement Bayrou : qui sont les 35 nouveaux ministres ?

[27ASSEMBLÉE NATIONALE 14 janvier 2025 : MOTION DE CENSURE présentée par Mme Mathilde PANOT et 57 de ses collègues communistes et écologistes

[28Scrutin public n°526 sur la motion de censure, déposée en application de l'article 49, alinéa 2, de la Constitution, par Mme Mathilde Panot et 57 députés.

[298 juin 2023, la #Nupes a fait un serment

[30Budget 2025: le PS et le RN ne voteront pas la motion contre le gouvernement Bayrou

[31Scrutin public n°693 sur la motion de censure déposée en application de l'article 49, alinéa 3, de la Constitution par Mme Mathilde Panot et 90 députés.

[32Scrutin public n°694 sur la motion de censure déposée en application de l'article 49, alinéa 3, de la Constitution par Mme Mathilde Panot et 91 députés.

[33La liste des coupables. Retrouvez les noms des députés PS et RN qui ont sauvé Bayrou de la censure

[34] François Hollande veut deux candidats de gauche à l’élection présidentielle

[35Déclaration de la coordination nationale et de l’intergroupe parlementaire de la France insoumise

[36Aujourd’hui, une nouvelle fois, le PS main dans la main avec le RN n’ont pas censuré le gouvernement Bayrou.

[37Scrutin public n°842 sur la motion de censure, déposée en application de l'article 49, alinéa 2, de la Constitution, par M. Boris Vallaud et 65 députés.

[38La dernière arnaque du PS : la retraite à 63 ans

[39Nous, les Amis d’Israël, connaissons les mesures absolument uniques qu’Israël met en place pour limiter les pertes civiles et alléger la souffrance des populations

[40A69 : le tribunal administratif de Toulouse juge le projet illégal

[40bisAutoroute A69 : Le Sénat tente de contourner la justice avec une loi permettant la reprise des travaux

[41Objet de la motion de censure du 4 juin 2025 et résultat du vote 

[41aScrutin public n°2222 sur la motion de censure, déposée en application de l'article 49, alinéa 2, de la Constitution, par Mme Aurélie Trouvé et 57 députés

[42Pour Jérôme Guedj, député PS, Jean-Luc Mélenchon serait devenu " un salopard antisémite "

[4325 août, François Bayrou sollicite un vote de confiance qui aura lieu le 8 septembre

[43aOlivier Faure n'envisage pas de ministre insoumis dans un gouvernement de gauche...

[43b] Olivier Faure se dit " à la disposition " d'Emmanuel Macron pour " discuter des conditions " d'une entrée au gouvernement

[43cOlivier Faure " Je suis à la disposition du chef de l'État à tout moment pour discuter des conditions dans lesquelles nous pourrions occuper les places gouvernementales qui sont occupées par la majorité relative de Bayrou."

[44Le contre-budget du PS, un budget de renoncement

[45Motion de censure : Ursula von der Leyen dans une passe difficile

[46Retraites : le PS ne votera pas la censure du gouvernement, Sébastien Lecornu toujours en sursis

[47À ce prix là, le Parti Socialiste s’apprête à sauver Macron et à valider un budget n’a rien à voir avec le programme du Nouveau Front Populaire.

[48Scrutin public n°3058 sur la motion de censure déposée en application de l'article 49, alinéa 2, de la Constitution par Mme Mathilde Panot et 86 députés.

[49Le Parti Socialiste n’a pas trahi, il est juste fidèle à son histoire

[50] Scrutin public n°3684 sur l'article 45 bis (examen prioritaire) du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (première lecture)

[51Ce n'est pas une suspension, c'est un décalage, même Macron le dit

[52Le projet de loi de fin de gestion (PLFG) 2025, a été adopté DE DEUX VOIX grâce à l'abstention des socialistes et écologistes

[53l'alliance PS-macronistes-LR vient de voter l'ensemble du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026de la Sécurité sociale

[54Scrutin public n°4986 sur la motion de censure déposée en application de l'article 49, alinéa 2, de la Constitution

[55Analyse du scrutin n°5154 sur la motion de censure déposée en application de l'article 49, alinéa 3, de la Constitution

[56] Analyse du scrutin public n°5193 sur la motion de censure déposée en application de l'article 49, alinéa 3, de la Constitution par Mme Cyrielle Chatelain, Mme Mathilde Panot, M. Stéphane Peu et 110 députés.

[57Analyse du scrutin n°5284 sur la motion de censure déposée en application de l'article 49, alinéa 3, de la Constitution par M. Stéphane Peu, Mme Mathilde Panot, Mme Cyrielle Chatelain et 110 députés.

[58] Dans une résolution du Bureau national votée à l'unanimité, le Parti socialiste appelle les militants de La France insoumise à se désolidariser des propos de Jean-Luc Mélenchon, pour les élections municipales.

[59« Nous dénonçons l’irresponsabilité totale de la direction du Parti Socialiste »

 

Pour en savoir plus :

- « Je démissionne du Parti socialiste » – Après la non-censure, le PS face à la fronde massive de ses élus et de ses militants

Décryptage – Censure du 16 janvier 2025 : comment François Bayrou a enfumé le Parti Socialiste

- Hollande et la gauche du rien

La mystification de la retraite par points défendue par le Parti Socialiste

- Taxe sur les apprentis, hausse des prix de l’électricité – Découvrez le programme actualisé du RN et du PS après leur refus de censurer Bayrou en février 2025

- Parti socialiste : Trahir et détruire

- « Nous constatons avec regret que le PS a confirmé son changement d’alliance »

À l’Assemblée, la censure « en mousse » des socialistes vire à l’humiliation 👇

Emmanuel Todd : historien, anthropologue, démographe, essayiste français

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  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, ex secrétaire de syndicat, d'Union locale et conseiller Prud'homme CGT  de 1978 à 2022.
  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, ex secrétaire de syndicat, d'Union locale et conseiller Prud'homme CGT de 1978 à 2022.

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