L’Assemblée nationale a adopté le décalage de l’application de la réforme des retraites Borne. Une « première victoire d’étape[0] », s’est félicité le PS... !
Il aura donc fallu près de trois ans pour passer au vote. Pour la première fois, mercredi 12 novembre, les députés ont pu se prononcer dans l’hémicycle sur la très impopulaire réforme des retraites[1] décalant l’âge minimum de départ à 64 ans. Et ils et elles ont voté à une large majorité pour la « suspension[2] » de la réforme Borne qui avait été entérinée par un 49-3 aux airs de coup de force en février 2023.
L’article 45 bis du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) – qui gèle l’âge minimum de départ à la retraite à 62 ans et neuf mois (plutôt que 63 ans) jusqu’au 1 janvier 2028 et maintient le taux plein à 170 trimestres cotisés (et non 171) – a été adopté à 255 voix pour et 146 contre[2]. Une « victoire » obtenue grâce à l’alliance, apparemment baroque, entre le Rassemblement national (RN), le Parti socialiste (PS) et Les Écologistes qui ont voté pour, mais aussi grâce aux troupes macronistes (EPR) et MoDem qui se sont majoritairement abstenues pour laisser passer le texte. Une défaite cuisante pour ceux qui avaient déployé, des mois durant, des trésors d’inventivité manœuvrière pour s’éviter un vote défavorable sur la mesure phare du second quinquennat d’Emmanuel Macron. Mercredi, le MoDem s’est lui aussi partagé entre quelques votes favorables – au nom d’une ligne de « compromis » avec le PS – et beaucoup d’abstentions – une position « un peu facile », concédait, sourire aux lèvres, le bayrouiste Jean-Paul Mattéi au sortir de l’hémicycle.
Le troisième groupe du dit « socle commun », Horizons, a en revanche clairement fait sécession et voté à l’unanimité contre la suspension. Un nouvel aveu éclatant de la prise de distance des soutiens d’Édouard Philippe vis-à-vis du camp macroniste. La droite Les Républicains (LR) s’est, elle, divisée en trois blocs, avec une majorité de votes contre, dont celui du président du groupe, Laurent Wauquiez.
La gauche divisée Après plusieurs heures de discussions, les députés écologistes ont majoritairement suivi le PS et voté pour. Mais là encore, quatre députés se sont abstenus, à commencer par la cheffe de file sur le budget de la Sécurité sociale (PLFSS) Sandrine Rousseau, les ex-Insoumis Alexis Corbière et Clémentine Autain, ainsi que Benjamin Lucas-Lundy, représentant de Génération·s.
À l’inverse, leur collègue de banc François Ruffin a assumé ne pas faire la fine bouche. « Nous prenons, comme toujours ! Nous grattons ce que nous pouvons gratter pour les gens sans attendre le grand soir. Notre devoir, nous, à gauche, c’est d’ouvrir ensemble un chemin de victoire, que les travailleurs retrouvent un peu d’espoir ! », a lancé le député de la Somme, sous les applaudissements nourris des bancs socialistes[2].
🔴La réalité👇
En définitive, seuls les Insoumis et les communistes (à l’exception de l’ancien socialiste Emmanuel Maurel) se sont clairement opposés au décalage de la réforme Borne. Dans le groupe de La France insoumise (LFI), ils étaient toutefois pas moins de onze députés à être absents au moment du vote de la mesure portée par le PS. Contactés, Ugo Bernalicis, retenu à domicile par une angine, et Aurélien Taché, lui aussi absent, ont toutefois indiqué qu’ils auraient voté contre la suspension.
Fondateur du parti antispéciste REV (Révolution écologique pour le vivant) et apparenté au groupe, Aymeric Caron est le seul à avoir assumé s’abstenir sur la suspension : « Il me semble illisible pour les électeurs et les électrices de justifier un vote contre une mesure qui est objectivement un très très léger mieux », justifie-t-il auprès de Mediapart.
Toute la séance a été marquée par des passes d’armes entre Insoumis et socialistes, engagés dans une intense bataille de communication sur le bien-fondé du décalage en question. Les premiers ont dénoncé une « arnaque ».
« Voter pour le décalage c’est voter pour la retraite à 64 ans ! Et nous n’acceptons pas que ce décalage se fasse au prix decoupes sur le dos des malades », a lancé Mathilde Panot[3].
« J’ai rarement vu une avancée sociale consistant à fairepayer les malades… Et ce que les députés ont votéaujourd’hui, c’est un calendrier de départ à la retraite à 64 ans », a abondé son collègue Hadrien Clouet[4].
🔴 Une position qui a déclenché la colère des socialistes, qui n’ont pas caché leur incompréhension à l’égard de l’attitude de LFI : « Je n’imaginais pas cela imaginable : voir un parti de gauche, LFI, voter contre la suspension de la réforme Borne… Au nom du “grand soir”, il ne faudrait surtout pas accepter une évolution immédiate et positive pour des millions de futurs retraités », s’est insurgé Olivier Faure sur le réseau social X. « Je préfère une amélioration tout de suite que des incantations pour demain », a embrayé son collègue Jérôme Guedj.
Quoiqu’il se soient dits « très fiers », les mêmes ont néanmoins pris soin de ne pas verser dans un triomphalisme clinquant à l’égard de cette « première victoire d’étape contre le totem de la macronie ». « Nous allons continuer de nous battre pour des moyens supplémentaires pour l’hôpital ou pour supprimer les franchises médicales », a ainsi promis le président du groupe, Boris Vallaud. Emboîtant le pas du Parti socialiste, la CFDT s’est également félicitée dans un communiqué « du premier coup d’arrêt donné à une réforme des retraites qu’elle a combattue depuis fin 2022 ».
(NDLR) Pour laCGT, les députés ont voté le " décalage " de l’application de la réforme des retraites et pas la " suspension ". Fidèle au mandat donné par les salarié·es, la CGT continuera à se battre jusqu'à l'abrogation de la réforme des retraites et portera ses propositions pour financer le retour de la retraite à 60 ans[5].
Questions sur le financement Mais la victoire des socialistes est bel et bien en trompe l’oeil. Il y a d’abord la question du financement de cette concession qui leur a été faite par Sébastien Lecornu. Tel que voté ce 12 novembre, le coût du décalage de la réforme des retraites s’élèvera en effet à 300 millions pour l’année 2026 et à 1,9 milliard d’euros pour 2027. Pour compenser, il fait peu de doute que l’exécutif va revenir à la charge pour que l’impact du décalage de l’application de la réforme Borne sur les comptes de la Sécurité sociale soit nul.
🔴 D’où les questions nourries au moment des débats venues des rangs de la gauche...
« Comment allez-vous financer ? », a lancé Sandrine Rousseau d'EELV à l’endroit des ministres présents aux bancs de l’Assemblée.
« À qui allez-vous faire les poches ? », a surenchéri Hadrien Clouet de LFI[7].
« Lorsque nous avons été reçus le 14 octobre par le président de la République à l’Élysée, il nous a proposé un décalage de trois mois de la réforme payé par les retraités et les assurés sociaux. Qui a tort, qui a raison dans cette histoire ? », a aussi questionné le communiste Stéphane Peu du PCF.
Et Sandrine Rousseau de relancer : « Comptez-vous passer par décret pour faire adopter le doublement des franchises médicales, la hausse des franchises buccodentaires, la réforme des affections de longue durée, des indemnités journalières et des arrêts maladie ? Car si tel était le cas vous feriez payer un simple décalage de trois mois de la réforme des retraites à tous les plus fragiles de la société… »
🔴 En réponse à ces questions, le gouvernement s’est montré peu prolixe.
« On n’a pas encore décidé », a d’abord maladroitement répondu le ministre du travail et des solidarités, Jean-Pierre Farandou, qui a ensuite précisé qu’il « faudra être très attentif au bout des discussions de lapartie dépenses du PLFSS à retrouver des équilibres ».
« Nous nous sommes engagés à ne pas utiliser le 49-3, je nesuis donc pas celle dans cet hémicycle qu’il faut interroger », a pour sa part botté en touche la ministre chargée des comptes publics, Amélie de Montchalin. Elle a tout de même rappelé la position initiale du gouvernement, qui était de financer le décalage de l’application de la réforme Borne par « une taxe sur les complémentaires santé en 2026et la sous-indexation renforcée des pensions de retraite en2027 ».
🔴 La plus convaincue sur la question du financement, mercredi 12 novembre, était en fait Sandrine Runel, la rapporteuse socialiste du Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale (PLFSS). Selon elle, la question des moyens ne se pose plus, vu ce qui a été voté précédemment : « Le vote par l’Assemblée de la hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) sur les revenus du capital dans la partie recettes du PLFSS rapportera 2,7 milliards d’euros. » Dès lors, selon elle, il n’y a pas de jeu de « dupes », car la mesure serait financée si le budget était voté en l’état.
Mais là encore : est-ce une victoire réellequand on sait que le programme du Nouveau Front populaire (NFP), sur lequel les député·es socialistes ont été élu·es il y a moins de dix-huit mois, demandait :
d’une part, « l’abrogationimmédiatement des décrets d’application de la réforme d’Emmanuel Macron passant l’âge de départ à la retraite à 64 ans » ;
et, d’autre part, «réaffirmer l’objectif commun du droit à la retraite à 60 ans » ?Deux phrases très éloignées, sur le fond, de ce qui a été voté mercredi 12 novembre.
(NDLR) …la " suspension " de la réforme des retraitesn’est qu’un gain minime aux yeux du grand public ; seule une minorité estime qu'il s’agit d’une victoire importante[6])
🔴 Par ailleurs, cette menue concession obtenue par le PS succède à de lourdes défaites sur la fiscalité du grand capital.
Rappelons cette phrase d’Olivier Faure en guise de menace de censure au gouvernement Lecornu : « Il faut taper sur les ultrariches et sur les superhéritages. » Ce qui n’a pas été le cas jusqu’ici.
La taxe Zucman et sa version « light » proposée par le PS ont été rejetées en bloc.
Et aucun impôt sur le patrimoine prenant en compte dans son champ les titres de sociétés possédées par des milliardaires n’a été voté jusqu’ici.
Autrement dit, les Bernard Arnault, Vincent Bolloré et consorts pourraient sortir quasiment indemnes du vote du budget 2026. Rien qui permette, à ce stade, au PS de sabler le champagne.
Budget, relations avec le Parti socialiste, « dégagisme » qui frappe toute autorité, hégémonie des thèmes de l’extrême droite dans le « bloc bourgeois »… Pour Mediapart, le fondateur de La France insoumise analyse la décomposition politique du pays et en appelle à une présidentielle anticipée.
Quand nous le rencontrons jeudi 30 octobre au siège de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon accuse le coup. Pour la première fois de son histoire, le parti de Marine Le Pen a fait adopter le matin même[0] un de ses textes à l’Assemblée nationale, avec les voix de la droite traditionnelle : une proposition de résolution pour dénoncer l’accord de 1968 avec l’Algérie.
Malgré la conjoncture, la bascule du débat public vers l’extrême droite et la fracturation de la gauche, le triple candidat à la présidentielle croit toutefois en la possibilité d’une refondation politique. Pour mettre fin au « chaos Macron », il plaide toujours pour une présidentielle anticipée : « C’est une course de vitesse pour nous face au Rassemblement national. Mais je suis optimiste. »
Face au moment qu’il définit comme « dégagiste », le leader de LFI estime que les Insoumis ont « gagné la confiance populaire » en maintenant leur stratégie, malgré les attaques[1]. Lui entend laisser aux autres les « intrigues politiciennes » pour développer son concept de « nouvelle France » : « Une façon de dire : nous ne sommes plus sur la défensive, ce pays est à nous tous », détaille-t-il.
Sources :Médiapartpar Sarah Benhaïda, Mathieu Dejean et Ellen Salvi | mis à jour le 04/11/2025 Mediapart :Quelle lecture faites-vous du vote de la résolution du Rassemblement national (RN) dénonçant l’accord France-Algérie de 1968, grâce à ses alliés actifs de droite et tacites du centre ? Jean-Luc Mélenchon :Ses auteurs m’inspirent un profond dégoût. Pour la France, le lien avec le Maghreb est un lien familial et culturel. La guerre sans fin avec l’Algérie est aussi une déchirure de notre peuple. Quelle tristesse ! Le racisme que tout cela contient, c’est avant tout une stratégie organisée pour diviser notre peuple. Il s’agit d’empêcher une majorité sociologique de devenir une majorité politique en « essentialisant » sa diversité.
Le vote montre combien la droite traditionnelle est assujettie au RN. C’est devenu un groupuscule, idéologiquement tétanisé, incapable de proposer à notre pays un nouveau projet tiré de son travail. Elle s’est donc vouée à épouser les thèmes du RN, dont le récit est désormais hégémonique dans le bloc bourgeois. La droite traditionnelle espère sauver comme ça les débris de ses appareils politiques. Mais comme le bloc libéral s’effondre, le RN a les mains libres. Son objectif n’est pas d’unir les droites, mais de les absorber.
Mediapart :Comment lutter contre ce mouvement ? Jean-Luc Mélenchon :En étant plus puissants qu’eux donc en menant la bataille, en ne reculant jamais, en essayant sans arrêt d’impliquer le plus grand nombre par l’éducation populaire. Les Insoumis ne sont pas une avant-garde révolutionnaire, mais un mouvement d’éducation populaire politique. Il faut éduquer tout le temps, par l’exemple, le discours, la lutte. Être englobants, insoumis, positifs.
Mediapart :Jeudi, à l’Assemblée, toute la gauche a été qualifiée de « parti de l’étranger », « parti de l’Algérie ». D’ordinaire, c’est LFI qui a droit à ce genre de qualificatifs… Comment réagissez-vous ? Jean-Luc Mélenchon :J’ai du mal à en parler parce que je ne veux pas donner prise à l’idée de régler des comptes personnels. Mais c’est odieux. On l’a déjà vu au moment des révoltes urbaines[2]. On m’a reproché à grands cris de ne pas appeler au calme. Les Insoumis appelaient à la justice. Sinon ? Le calme dans l’injustice ?
Pour beaucoup, la parole des Insoumis a une autorité morale. Donc elle est attendue par des milliers de jeunes esprits. À eux et aux autres, LFI montre la sortie par le haut de la situation de violence : la justice et l’abrogation de la loi « permis de tuer[3] ». On refuse le rôle de chien de garde de la bonne société qui a peur du peuple.
🚩 On fera avec ceux qui veulent tenir parole.
La gauche politicienne ne se rend même pas compte de la responsabilité qu’elle a prise en aidant la droite et ses médias à nous ostraciser. Droite et extrême droite avaient intérêt à déplacer la ligne de démarcation républicaine entre la gauche traditionnelle et nous, les Insoumis, pour pouvoir faire sa jonction avec le RN. Tout est devenu plus difficile. Non seulement nous devons porter le programme pour convaincre les gens, mais aussi réparer la démoralisation due aux tactiques honteuses de nos ex-partenaires et à leur dénigrements.
Pour gagner ceux qui ne votaient plus, il faut mériter la confiance populaire au contact du terrain. Nous faisons largement notre part. Les autres passent leur temps à des intrigues politiciennes. Ils ne respectent ni le programme signé ni les accords électoraux.
Et voici Carole Delga [la présidente socialiste du conseil régional d’Occitanie – ndlr] dans une partielle [une législative organisée en septembre dans la 5ᵉ circonscription des Français de l’étranger – ndlr] refusant même le vote de deuxième tour à gauche si c’est LFI ! Que faut-il faire pour leur plaire :
Déchirer le programme ?
Dire que la police ne tue pas ?
Proposer des coupes budgétaires comme eux et des combines avec Macron ?
Mediapart :Mais la gauche peut-elle l’emporter aux prochaines échéances électorales si elle est désunie ? Jean-Luc Mélenchon : Ce sera plus difficile, sans aucun doute. Mais seule l’union sur un programme de rupture écologique et sociale peut gagner ! À preuve, notre score de 2022, notre victoire de 2024 et tous les exemples à l’étranger. Nous avons fait une offre de fédération. Nous sommes des partenaires exigeants mais loyaux et constants. Certes, l’ancienne gauche rejette le programme partagé après avoir bien profité des candidatures communes. Mais on fera avec ceux qui veulent tenir parole.
🔴 Cela vaut pour toutes les élections. Pour la présidentielle, « la gauche » n’a été unie que deux fois : 1965 et 1974. En 2022, il nous a manqué 420 000 voix pour le deuxième tour. Il nous faut donc les gagner. On y travaille. Le deuxième tour suivant sera alors un autre monde politique.
🔴La réalité, c’est la tripartition du champ politique.Pour gagner, nous avons besoin de plus d’un million de voix supplémentaires dans la jeunesse et les quartiers populaires abstentionnistes.Là se trouvent plusieurs millions de désorientés et de dégoûtés contre la caste politico-médiatique. Un dégagisme croissant les anime et il s’agit d’en faire une force politique positive tournée vers un nouvel idéal écologique et social : la VIe République.
Nous avons gagné du terrain. Nous sommes sérieux, constants, disciplinés, nos élus sont bosseurs, nous ne sommes pas dévorés par la lutte des ego. Dans les moments difficiles, sous les coups les plus durs, les menaces de mort, les insultes, tous les médias contre nous, nos alliés nous abandonnant, nous avons tenu bon. Alors les Insoumis ont gagné la confiance populaire.
Mediapart :Pensez-vous que le précédent des législatives partielles divisées et sans report de vos alliés à gauche peut se reproduire ? Jean-Luc Mélenchon :Nous verrons bien. Il est possible que les socialistes fassent ce choix. À Paris et dans d’autres villes, ils ne veulent d’Insoumis ni au premier ni au deuxième tour. Pourtant, en 2022, à notre initiative, c’est la première fois de l’histoire de la gauche qu’il y a eu des candidatures uniques au premier tour des législatives. On est allé chercher le PS, qui avait réuni 1,75 % des voix à la présidentielle de 2022.
Comme ils avaient touché le fond sur leur ligne sociale-libérale, on s’est dit : ils sont ralliés à la ligne de rupture. Donc c’est la fin de l’ère de la compétition, l’ère de l’émulation commence. J’ai même proposé qu’on fasse un groupe unique à l’Assemblée. Heureusement qu’ils ont dit non !
Mediapart :Les quartiers populaires se sont mobilisés pour vous en 2022, puis en faveur du Nouveau Front populaire (NFP) en 2024. Pensez-vous qu’ils vont à nouveau faire cet effort alors que le résultat du vote de 2024 a été méprisé ? Jean-Luc Mélenchon :Oui, je le pense. Mais commençons par dire que c’est notre vocation de représenter les milieux populaires. On nous accuse de clientélisme, mais alors les mouvements socialiste et communiste ont fait du clientélisme depuis un siècle ! Oui, nous voulons représenter les prolétaires, les ubérisés, les filles qui ont fait des études et sont méprisées, les garçons qui sont paumés et veulent s’en sortir. C’est le peuple français.Mais ce n’est pas seulement celui du passé. La nouvelle France y est en nombre.
🚩 Il ne suffira pas de dire : “ Vous avez vu ? La gauche est unie. ” Les gens sont beaucoup plus exigeants que cela !
Dans les familles qui viennent des pays qui ont été colonisés, on en est à la deuxième ou troisième génération française. Et tous ces gens ont une culture politique faite de luttes de libération et contre le colonialisme. Ils ont une conscience politique. Ils calculent, réfléchissent. Leur culture familiale est politisée. Voilà pourquoi ils reviendront. Parce qu’ils comprennent tout. Et qu’ils ne se laissent plus instrumentaliser par la vieille gauche qui les a manipulés.
Ils ont bien vu le danger en 2024. À ce moment-là, bien des gens m’ont dit : « Nous, on va s’en aller parce que c’est trop dangereux pour nos enfants. » Pour moi, c’est un crève-cœur terrible d’entendre ça. Qui sont les vrais républicains français ? Nous ! Pas nos adversaires qui les menacent. C’est une bataille.Il ne suffira pas de dire : « Vous avez vu ? La gauche est unie. » Les gens sont beaucoup plus exigeants que cela !
Mediapart :Depuis les européennes de 2024, vous avez conçu le concept de « nouvelle France ». Pensez-vous que ce contre-récit soit plus efficace dans la lutte contre l’extrême droite que la logique de dénonciation ? Jean-Luc Mélenchon :Un contre-récit ? Pourquoi pas, on est en phase d’élaboration. L’intuition est venue en 2024 qu’une idée était mûre désormais. La première fois, c’était sur un parking où il y avait un meeting, à Évry en Essonne, où je me trouvais avec Antoine Léaument et Farida Amrani, députés insoumis du département. Antoine a dit ceci : «Il y en a marre des fascistes qui disent : “ On est chez nous ”, parce que nous, ici, on est chez nous. » Gros applaudissements.
Et Antoine continue : « Parce que nous, on est nés ici. » Applaudissements.
Et puis il se met à crier : « On est chez nous ! » Et à ce moment-là, tout le monde se met à crier : « On est chez nous ! » D’habitude, c’est un slogan facho.Mais là, tout d’un coup, cela prenait un sens républicain pour une assemblée bigarrée et racisée. Voilà le peuple français, le peuple républicain.
J’ai fait toute la campagne ensuite de 2024 sur ce thème, la « nouvelle France », partout où je suis passé. « Quand je suis né, une personne sur dix avait un grand-parent étranger. C’est un sur trois aujourd’hui », et j’ai commencé à dire : « Nous sommes la nouvelle France. »
La nouvelle France, c’est sa composition sociale, c’est son nombre, c’est le fait qu’elle est massivement instruite, connectée et urbanisée, même en milieu rural… Positive, tournée vers le futur. Un autre récit est possible. On ne demande plus la faveur d’être acceptés. On s’approprie nos droits.
Ici arrive aussi la question féministe. C’est en quelque sorte une bombe dans la bombe.Nous en sommes à la première ou deuxième génération de femmes qui pensent en dehors des concepts qui étaient majoritaires avant des libertés aussi importantes que l’accès à la contraception, à l’IVG, et toutes les questions qui faisaient d’une aptitude biologique un destin social. Au total, ce n’est plus seulement une question de refus des discriminations. C’est une appropriation du futur.
Le concept de nouvelle France est une façon de dire : nous ne sommes plus sur la défensive, ce pays est à nous tous. C’est donc aussi la bataille contre le sexisme et le retour du virilisme. Et contre le racisme. C’est un changement complet de la matrice. La phase où nous étions au fond de la tranchée est terminée, cette fois-ci, c’est nous qui sommes à l’offensive. Et ça englobe le déploiement de la France des nouvelles frontières : mer, espace, numérique et culture.
Mediapart :On a assisté ces dernières semaines, au moment de la condamnation puis de l’incarcération de Nicolas Sarkozy, à une bascule du débat public[4], avec des prises de parole dans tous les sens, des remises en question de l’État de droit, une forme de trumpisation des discours… Est-ce que ce climat général vous inquiète ? Que reflète-t-il, selon vous ? Jean-Luc Mélenchon :Oui, cela m’inquiète. Mais il faut voir le fond de tout cela. C’est une expression du dégagisme actuel. Tout ce qui constitue l’ordre établi est mis en cause. Tout et dans tous les sens.D’où l’importance d’ouvrir une issue politique globale positive. Un processus très profond travaille la société partout depuis des années. La France est dans la phase du dégagisme ouvert, inaugurée par les Gilets jaunes. Réponse ? Macron organise un débat public, puis en met le rapport aux archives ! Rien de plus !
🚩 Dans toute cette période, personne ne s’est interrogé sur le rôle de la prison. […] Ce régime est barbare, il ne règle rien, pour personne.
Depuis, le Gilet jaune est un fantôme qui hante la société politique française. Le dégagisme sans réponse frappe Emmanuel Macron lui-même à son tour. Notre succès en est une autre expression. LFI, qui travaille à faire partir Macron, a plus de monde dans ses rangs que jamais : il y a plus de 110 000 inscrits dans un groupe d’action et plus de 450 000 dans la liste de soutiens.
Mediapart :C’est votre interprétation des discours entendus ces dernières semaines ? Jean-Luc Mélenchon : C’était un tel flot contradictoire ! Voilà pourquoi je me suis mis en retrait sur Sarkozy. J’avais expliqué, au moment de la condamnation de Marine Le Pen[5], qu’une justice sans appel n’est plus une justice. Aussitôt, on a dit que je m’entendais avec elle ! Mais j’avais tort en partie. Car il y a des cas où l’exécution provisoire est une nécessité absolue, quand un prévenu met les autres en danger.
Mais je n’ai pas aimé non plus l’ambiance d’hallali des dernières semaines. Pour moi, la justice n’est pas la vengeance. Et d’un autre côté, je n’ai pas non plus aimé les discours des autres en mode : « La prison, ce n’est pas pour nous. »
Dans toute cette période, personne ne s’est interrogé sur le rôle de la prison. Ugo Bernalicis et Danièle Obono ont décidé de se rendre à la Santé pour parler des 190 % d’occupation. Ce régime est barbare, il ne règle rien, pour personne. Mais on le leur a reproché !
Mediapart :Une taxe sur les multinationales, une autre sur les « superdividendes »… Les amendements portés par LFI et adoptés à l’Assemblée ces derniers jours ont créé un vent de panique dans le camp présidentiel. Cette semaine a-t-elle marqué la fin du pas de deux entre le PS et les macronistes ? Jean-Luc Mélenchon : C’est la deuxième fois que nous faisons adopter des éléments centraux du contre-budget insoumis à l’Assemblée sans y avoir la majorité. Nous faisons la preuve que notre vision du parlementarisme a une réalité constructive : l’an passé, nous avions déjà dégagé 26 milliards avec l’impôt sur les multinationales comme aujourd’hui. Mais aussi 12 milliards avec celui sur les superprofits et 13 milliards avec la taxe Zucman intégrale. C’est une goutte d’eau encore dans les fortunes accumulées.
Aujourd’hui, nous arrivons à une caricature de la politique de l’offre soutenue par tous les libéraux, de Faure à Attal.Elle se limite à un exercice comptable. Le centre veut 40 milliards d’économies. Comment ? Par des coupes budgétaires. Le Rassemblement national, 60 milliards. Et les sociaux-démocrates du PS, 20 milliards.Les trois sont sur une ligne comptable : des coupes pour seul projet.
Le pacte entre socialistes et macronistes a été préparé par un discours opposant notre « tout le programme, rien que le programme » en 2024 et la méthode dite du « compromis ». Mais nous ne sommes pas à l’Assemblée pour « nous entendre » ! Nous y sommes pour prendre des décisions, après avoir été élus avec mandat sur un programme clairement énoncé. On propose, on vote, et on applique la décision prise. Mais Lecornu va-t-il respecter le vote acquis par la taxe sur les multinationales ?
Mediapart :Vous parlez de budget réduit à un « exercice comptable ». Les débats se cristallisent autour de la question de la dette et de la nécessité d’avoir un budget à l’équilibre. Ne faudrait-il pas abandonner cette vision comptable pour proposer un autre modèle économique ? Jean-Luc Mélenchon :La France est victime d’une méthode absurde : la financiarisation de la dette des États et des agences de notation rendues juges des nations. Depuis, la peur de la dette fournit un argument d’affolement. Or, la dette n’est une catastrophe que si on aggrave la situation par des coupes budgétaires.Car alors on tue la croissance, et donc les recettes fiscales pour le budget suivant. Et son déficit est mécaniquement accru.
Nous pensons qu’il faut augmenter les recettes car la priorité, c’est que le pays puisse investir.S’il dépense, la machine se relancera. Avec plus de production, il y aura plus de recettes fiscales et donc moins de déficit. Avec notre méthode, et nos recettes nouvelles, on gagne deux points de PIB en 2026, on réduit le déficit de 27 milliards et on baisse le chômage d’un point.
🚩 En un an, on peut remettre d’aplomb les comptes de la Sécurité sociale, qui est le cœur de notre contre-modèle.
Certes, personne ne peut relancer l’économie d’un pays dans le sens diamétralement opposé à celui du monde entier en l’espace d’un mandat présidentiel ! Mais il faut planifier et agir vite. En un an, on peut remettre d’aplomb les comptes de la Sécurité sociale, qui est le cœur de notre contre-modèle. Et révolutionner par extension bien d’autres sujets.
Actuellement, les économies envisagées dans le domaine de la santé se limitent à des coupes budgétaires.Personne n’annonce de lutte pour combattre l’épidémie de diabète, les maladies cardiovasculaires, le nombre de morts au travail – deux par jour –, la flambée des cancers, les nitrites dans l’alimentation… et par ce biais, de faire des économies. Car ces malheurs évitables coûtent des milliards.
Le début du changement de régime économique, c’est la fin du système de la maltraitance écologique et sociale des populations. Il faut changer de paradigme. Notre ligne d’action, c’est la relance écologique et sociale, la politique du carnet de commandes plein et de la visibilité économique planifiée.
Mediapart :La taxe Zucman, dont le PS avait fait un « casus belli », a été rejetée vendredi par l’Assemblée… Jean-Luc Mélenchon : Le sursis accordé par le PS à Sébastien Lecornu au prix de la fracturation de la gauche tourne une fois de plus au ridicule du PS, et permet encore le sauvetage de Macron. Il a révélé l’extrême amateurisme du PS dans la négociation sur les sujets techniques les plus élémentaires.
La taxe Zucman, la suspension de la réforme des retraites, le prétendu impôt sur la fortune, tout a tourné à la farce. Seule une élection présidentielle anticipée ramènera la dignité du débat, le sérieux des choix et permettra une refondation politique du pays.Comment imaginer prolonger encore deux ans cette agonie politique ?
Mediapart :Le groupe parlementaire LFI a déposé cette semaine une proposition de loi pour abroger un projet de loi du gouvernement qui va restreindre les découverts bancaires des particuliers à partir de novembre 2026, conformément à une directive européenne. Pourquoi ce texte est-il inacceptable, selon vous ? Jean-Luc Mélenchon : Macron a détourné une directive européenne pour assimiler les découverts bancaires à des crédits à la consommation. Cela n’a rien à voir. Onze millions de Français seront pris à la gorge chaque mois. Clémence Guetté lance une pétition officielle sur le site de l’Assemblée pour obtenir l’abrogation[6].
Le système redoute une nouvelle crise des subprimes. La dette privée est plus importante et dangereuse que la dette publique.Le risque d’effondrement revient, comme en 2008. La crise était partie du divorce d’un Américain qui ne pouvait plus payer la traite de sa maison. Aujourd’hui, entre les cryptomonnaies, la bulle financière sur l’IA, l’explosion des cours boursiers sans aucun rapport avec l’activité réelle, et la titrisation des dettes des entreprises, nous nous dirigeons vers une explosion pire que celle de 2008.
Mediapart :À 17 000 kilomètres de Paris, en Kanaky-Nouvelle-Calédonie[7], une autre mobilisation se réveille pour contrer les nouvelles tentatives de passage en force sur ce dossier. Un nouveau soulèvement est-il possible ? Jean-Luc Mélenchon :C’est presque une certitude. Les conditions économiques, culturelles et sociales sont pires qu’en 2024. Face à des personnes qui n’ont plus aucune perspective, aucun espoir, autour de qui tout est détruit, l’État français répond : « On ne reconstruira pas tant que vous ne vous tenez pas tranquille. »C’est la vieille logique coloniale. La paix d’abord et ensuite, nous verrons pour les droits. Ça n’a jamais marché.
Le peuple français a reconnu qu’en Nouvelle-Calédonie un peuple colonisait l’autre. Alors aucune solution n’est possible sans l’accord des Kanak. Si le FLNKS [Front de libération nationale kanak et socialiste – ndlr] vous dit non, alors c’est non. Ce n’est pas aux Kanak de justifier pourquoi ils ne sont pas d’accord. Donc, il faut trouver autre chose. Mais pas repousser de force les élections. Concrètement, ça veut dire qu’il faut discuter sans trêve ni pause, tout le temps.
🚩 L’éjection de Valls du gouvernement dit que Macron va de nouveau passer en force en Kanaky-Nouvelle-Calédonie.
Manuel Valls, ce n’est pas ma tasse de thé, mais il connaît le dossier. C’est un rocardien. Il a été aussi loin qu’il pouvait et il a convaincu les indépendantistes de « l’indépendance-association[8]». Du point de vue des Kanak, c’est un signal fort.L’éjection de Valls du gouvernement dit que Macron va de nouveau passer en force.
C’est lui le grand coupable de tout ce gâchis.Et c’est lui qui continue avec la même méthode, assisté de Sébastien Lecornu, qui partage sa brutalité. N’est-ce pas lui qui avait envoyé le Raid en Guadeloupe au moment des révoltes de 2021 ? Les chefs macronistes sont des violents, de plus en plus isolés, et ils montrent dans les situations difficiles un sentiment de toute-puissance très puéril.
Mediapart :Ce qui repose la question du régime de la Cinquième… Jean-Luc Mélenchon :Bien sûr. Cette crise est inéluctable. Emmanuel Macron, avec une désinvolture active, met le feu à tous les endroits délicats dont la plupart des hommes d’État veulent éviter qu’ils s’embrasent en même temps. Nous allons avoir une crise nationale, à partir de la Kanaky, de la Corse et des Caraïbes. Avec ça, une crise sociale et sanitaire avec la dévastation de la Sécurité sociale, et une crise économique, vu l’état dans lequel Macron a mis le pays.
Tout cela fusionne en un processus unique dans lequel des masses de gens deviennent dégagistes faute de confiance envers toute autorité.C’est une course de vitesse pour nous face au RN. Mais je suis optimiste.Car même les dominants du pays comprennent que tout ça va trop loin et que ce n’est pas La France insoumise qui est responsable de « la bordélisation », au contraire. On a dit que j’étais l’ingénieur du chaos, juste parce que nous appliquons une stratégie qui se traduit par des victoires électorales et parlementaires. C’est Macron le chaos. Qui d’autre en Europe a refusé de reconnaître le résultat d’élections législatives ?
Nous sommes la solution au chaos en demandant son départ et avec notre offre de VIe République. Même à droite, il y a des gens raisonnables qui en parlent. Il y a ceux pour qui il ne faut pas toucher au président de la République et donc aux institutions… mais justement, pour la stabilité de la démocratie,il faut vite mettre cet homme hors d’état de nuire, car il va tout détruire dans la pagaille. Tout le monde voit qu’il fait n’importe quoi au service des ultrariches.Mieux vaudrait que le changement de République se fasse dans la paix civile et par un processus démocratique.
Sarah Benhaïda, Mathieu Dejean et Ellen Salvi
🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴
Tiens au fait : quel est ce nouveau peuple dont parle Mélenchon ?
Plongez au cœur des réflexions stratégiques de la gauche avec Julien Talpin, chercheur et coordinateur du livre de l'Institut La Boétie, " Nouveau peuple, la Nouvelle Gauche ".
Ce débat, enregistré à Toulouse, aborde la question centrale de l'unification des classes populaires hétérogènes face à la désindustrialisation et à la précarité. Comment transformer des "classes populaires au pluriel" en un "peuple" uni et conscient de ses intérêts communs ? La réponse passe par la lutte collective (Gilets Jaunes, mobilisations sociales) et le travail d'organisation.
L'analyse se concentre ensuite sur le tournant programmatique et politique de La France insoumise (LFI) ces sept dernières années. Un tournant marqué par la centralité de l'antiracisme, de la lutte contre les violences policières, et de l'islamophobie. La présence de LFI sur des mobilisations comme la marche contre l'islamophobie de 2019, les révoltes après la mort de Nahel, et la situation à Gaza, marque une rupture avec l'ancienne gauche qui avait invisibilisé les questions raciales.
Le succès électoral de LFI dans les quartiers populaires (69% pour Mélenchon en 2022) prouve la pertinence de cette approche.
Après lui avoir accordé un soutien inconditionnel, le monde patronal a définitivement tourné le dos à Emmanuel Macron. Au-delà de l’instabilité politique et institutionnelle, il lui reproche d’avoir permis de relancer le débat sur la politique de l’offre. Il prône un rapprochement rapide entre le RN et le reste de la droite pour diriger le pays.
Macron était leur candidat. Celui dans lequel ils avaient placé tous les espoirs dès 2016, qui allait enfin faire « les réformes nécessaires » à la France. Certains d’entre eux avaient même participé personnellement au financement de sa campagne. Désormais, ils lui ont tous tourné le dos. L’enthousiasme et l’élan qu’Emmanuel Macron avait suscités à ses débuts se sont transformés en un ressentiment et un rejet tenaces à l’égard du président de la République.
Figurant autrefois parmi les plus fidèles soutiens d’Emmanuel Macron, Alain Minc a résumé publiquement le sentiment général du monde des affaires : « Emmanuel Macron est le plus plus mauvais président de la Ve République.[1] » En privé, les jugements se font encore plus durs. « Macron ? Un irresponsable », tranche un patron de grand groupe. « Il n’y a rien à attendre de lui. Il est en dessous de tout », poursuit un autre, qui lui reproche le « chaos qu’il a créé ».
La rupture était déjà en germes après l’annonce de la dissolution de juin 2024. « Une décision inexplicable, totalement déconnectée. » Sortant de sa réserve, Bernard Arnault, le patron de LVMH érigé en statue du commandeur du monde des affaires, avait alors critiqué vivement le coup de poker du président, allant jusqu’à lui reprocher de ne l’avoir pas informé avant de prendre une telle décision. La nomination de Michel Barnier à Matignon avait un peu calmé leurs craintes : la gauche n’accédait pas au pouvoir. Tous les dangers de voir remettre en cause la politique de l’offre menée au cours des huit dernières années étaient écartés.
Sa chute puis le « calamiteux » gouvernement de François Bayrou avaient ravivé l’énervement. La confiance demandée par Bayrou, avec l’accord d’Emmanuel Macron, et qui a provoqué sa démission – « une faute inexcusable » –, a marqué la rupture définitive. « Depuis, ils ne veulent plus entendre parler de Macron. Ils le haïssent », constate un conseiller de plusieurs patrons du CAC 40.
L’intolérable débat sur la politique de l’offre Le monde des affaires a mille reproches à faire à Emmanuel Macron : « son irresponsabilité », le fait de « nourrir une instabilité politique et institutionnelle alors que l’économie est en train de caler », de « renforcer l’inquiétude dans le pays ». Pourtant, il y en a un qui écrase tous les autres, c’est la façon dont il a laissé mener le débat sur le déficit et l’endettement, ranimant des questionnements sur la politique de l’offre.
D’un coup, les possibles remises en cause des « acquis » obtenus par le patronat durant ses mandats ont paru possibles. Les questions sur le partage de la valeur, le pouvoir d’achat et l’équité fiscale ont surgi de partout, obtenant un soutien massif de l’opinion. Alors que depuis plus de trente ans, le monde des affaires tenait l’agenda économique, il a soudain mesuré qu’il était en train de perdre la main. « On a perdu le narratif économique », reconnaît un conseiller patronal. Et cela, pour le patronat, c’est impardonnable.
À les entendre, cette perte ne leur incombe pas, même si beaucoup considèrent que Patrick Martin, le patron du Medef, est « trop faible », « trop mou ». Elle incombe à Emmanuel Macron lui-même, qui « n’a pas su tenir ses troupes », qui n’est pas intervenu « pour cadrer le débat ». « Par calcul personnel, il a laissé Bayrou s’enfoncer. Il ne s’est pas soucié du reste. L’économie, les entreprises, il n’en a rien à foutre », s’énerve un patron.
Le RN ne se contente pas d'être une arnaque politique économique et sociale (la démonstration en est faiteICI)...
Le RN est dans la dérive croissante.... La condamnation de Marine Le Pen en 2025 a provoqué une déferlante de menaces de mort contre les juges siégeant à son procès[0]... confirmant que le RN est bien le parti des « brebis galeuses » – comme l’avait minimisé Jordan Bardella le 3 juillet 2024[0bis]
Juillet 2025 : Le RN et ses alliés menacés par une nouvelle affaire de détournements financiers au Parlement européen[54]
Selon Mme Marine Le Pen, Mr Jordan Bardella et autres Cadres actuels, le FN/RN est IRREPROCHABLE depuis leurs créations !...
Selon elles ou eux, je cite, " notre FN/RN, il n'y PAS PLUS HONNETE que nous comme parti politique Français " !...
Voici la liste non-exhaustive des condamnations de membres du Front National et du assemblement national. Cette liste a été réalisée en effectuant des recherches sur internet et grâce au travail de certains internautes, Il est possible que certains jugements aient évolués sans qu’ils n’en soient trouvés la trace.
Sources :Eric Durand |mis à jour le 14/06/2026 Voici ci-dessous la liste judiciaire de toutes les poursuites à l'égard du FN et ensuite à l'égard du RN (même si ça été un peu plus " calme " !...). Je n'ai rien inventé, chacun d'entre nous peut accéder à toutes ces informations !... si j'avais Mr Bardella et Mme Le Pen en face de moi, je poserais qu'une seule question !... C'est quoi pour vous un parti politique irréprochable ?...
🔴 Liste des condamnations effectives :
Le Front National 1992-1996 : condamné pour avoir vendu une investiture ;
Robert Lagier, Mario d’Ambrosio et Pierre Giglio 1995 : trois colleurs d’affiches du Front National ont été condamnés pour le meurtre d’Ibrahim Ali-Abdallah[6] ; Le Front National 2002 : condamné pour avoir utilisé de manière dévalorisante l’image d’une personne ; condamné pour avoir utilisé sur son site les clichés protégés de l’AFP[2] ;
Le Front National 2008 : condamné pour avoir utilisé sans autorisation, en la détournant, la célèbre photo du « Che au béret et à l’étoile »[3] ; Le Front National 2007-2013 : condamné à rembourser plus de 6,3 millions d’euros de dettes majorées de près de 600 000 € d’intérêts à Fernand Le Rachinel[4]. Le Front National 2009 : condamné à détruire ses tracts[1] ;
2009 : quatre membres du Front National, dont les noms n’ont pas été révélés, ont été condamnés pour coups et blessures après avoir attaqué un homme noir une fois le repas patriotique organisé par le FN terminé ; Le Front National 2010 : condamné à retirer ses affiches litigieuses[5] ; Alexandre Gabriac, 2007 : mis en examen pour ses liens étroits avec un commando d’extrême-droite ayant tenté de cambrioler un stand de tir à Saint-Andéol-le-Château, dont l’aventure s’est terminée par le meurtre du Gendarme ;
Ambrosse, 2009 : condamné pour apologie de crime contre l’humanité, injures à caractère raciste et violences volontaires ayant entraîné une incapacité de travail supérieure à 8 jours ; Alexandre Simonnot, 2006-2010 : condamné pour avoir détruit un préservatif géant à l’occasion de la journée mondiale contre le Sida[7] ; Antoinette Martinet, 1997 à 1998 : conseillère municipal FN à Maisons-Laffite, reconnue coupable de provocation à la haine, la violence et la discrimination (1 mois de prison avec sursis, 30 000 francs de dommages et intérêts, et 5 ans d’interdictions de droits civiques)[8]. Claude Jaffres, 1997 : conseiller régional FN, reconnu coupable d’abus d’autorité et usurpation de fonction (1 an d’emprisonnement avec sursis, 2 ans de privation de ses droits civiques, civils et familiaux). Il s’est fait passer pour un policier avec 3 membre du DSP et a contrôlé des jeunes gens lors du congrès du FN à Strasbourg[9] ; Bruno Gollnisch, 2004-2007 : condamné en première instance et par le Conseil d’État pour contestation de l’existence de crime contre l’humanité (négationnisme), la Cour de Cassation va pourtant casser sans renvoi l’arrêt de la cour d’appel ;
Bruno Gollnisch, 2008-2011 : condamné pour incitation à la haine raciale, le Parlement européen lève son immunité[10] ;
Alexandre Gabriac : jeune candidat du FN dans le canton de Grenoble, mimant le salut nazi[10bis], chef des Jeunesses nationalistes, sera écroué durant deux mois pour avoir organisé une manifestation interdite à Paris en 2012[10ter] ;
Bruno Gollnisch, 2025 : condamné, dans l'affaire des Attachés Parlementaires et complicité de détournements de fonds Européens (4 500 000€)[11] ; Bruno Mégret (Fondateur du MNR et membre du FN), 1998 : ancien délégué général du FN, condamné pour avoir tenu des propos sur l’inégalité des races[12] ;
Bruno Mégret et Catherine Mégret, 2002-2007 : condamnés pour détournement de fonds publics, après avoir envoyé aux frais de la commune de Vitrolles plusieurs milliers de lettres appelant à parrainer sa candidature pour l’élection présidentielle[13] ; Catherine Mégret, 1998-2001 : et sa Mairie de Vitrolles furent condamnés pour discrimination et incitation à la discrimination[14] ;
Cédric Bégin,1999-2002 : condamné pour détention sans autorisation de munitions et d’armes, condamné pour incitation à la haine raciale[15] ; Christophe Klein,1999-2002 : condamné pour provocation à la discrimination raciale[15] ; Claude Jaffrès,1997 : condamné pour abus d’autorité et usurpation de fonction[16] ; Daniel Simonpieri (FN puis UMP), 2011 : condamné pour favoritisme, fausses factures et emploi fictif. Condamné pour harcèlement moral[19]. Denis Monteillet,1995 : candidat FN aux municipales condamné pour avoir inscrit plusieurs personnes de son voisinage sur la liste présentée par son parti au municipales sans les avoir prévenues. Le Conseil d’Etat a annulé les élections des conseillers municipaux FN pour « liste irrégulière »[16] ; Emilien Bonnal,1985 : ex-candidat FN aux cantonales et municipales, a été reconnu coupable de meurtre, alors qu’il collait des affiches pour le FN, pour avoir tué Abdallah Moktari, 23 ans qui l’avait insulté, et est condamné à 8 ans de prison[20] ; Francis Watez,1995 : avocat et conseiller municipal FN, condamné pour incitation à la discrimination raciale pour avoir collé des affiches proclamant : « Musulmans, Barbaresques, Algériens, terroristes ou non, tous dehors » et « Refuser l’intégration de ces sauvages est un devoir national ». (2 ans d’inéligibilité et 50 000 F d’amende)[38] ; François Nicolas-Schmitt, 1997 : condamné pour détournement de fonds[16] ; Gilles Lacroix,1997-1997: condamné pour complicité de violence en réunion, avec arme et préméditation et pour complicité de destruction de biens ; Georges Theil, 2001 : condamné pour contestation de crimes contre l’Humanité. 2004-2006, et de nouveau condamné pour contestation de crimes contre l’humanité[21] ; Jacky Codvelle, 1990 : tête de liste FN aux municipales de 1989, condamné pour avoir mis le feu à la voiture du député du Rhône et maire PS de la ville, Jean Jacques Queyranne pour fêter le 14 juillet[38] ; Jacques Bompard, 2008-2010 : maire d’Orange, condamné à 5 ans d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêt[18] ; Jacques Coutela, 2011 : mis en examen pour incitation à la haine raciale suite à son apologie d’Anders Behring Breivik, auteur des attentats d’Oslo[22] ; Jean Holtzer, 1990 : ex-candidat FN aux cantonales a été reconnu coupable de vol à main armé pour avoir braqué une banque (8 ans fermes). Cet ancien avocat général avait un jour réclamé la peine de mort pour une histoire identique[23] ; Jean-Claude Poulet, 1992 : avocat et conseiller municipal FN, condamné pour avoir battu sa femme pendant quinze ans pour « la stimuler au travail… Il fallait que je la stimule assez fréquemment »[38] ; Jean-Marc Maurice : 2004 à 2009- 2010 à 2011, 6 condamnations. Condamné pour outrage à agent dépositaire de l’autorité publique, vol, escroquerie, banqueroute, travail dissimulé et non déclaré, abus de bien sociaux[24] ; Jean-Marie Le Chevallier : condamné pour subornation de témoin dans l’affaire du meurtre de son directeur de cabinet[25] ; Jean-Yves Douissard,1999-2002 : condamné pour incitation à la haine raciale[15] ;
Jean-Yves Le Gallou, 1991-1998 :président du groupe FN au conseil régional d’Ile-de-France, condamné pour provocation à la haine raciale[27] ;
Joël Klein, 2004 : ancien conseillé régional FN, condamné par le tribunal correctionnel de Lyon à six mois de prison ferme et 10.000 euros d’amendes pour contestation de crimes contre l’humanité, conformément au réquisitoire du procureur. Le 14 octobre 2004, lors d’une interview à TV8 Mont-Blanc enregistrée dans les couloirs du conseil régional de Rhône-Alpes, Georges Theil avait dénoncé “le fantasme” des chambres à gaz[38] ;
Robert Lagier 1995-1998 :Le 21 février 1995, en pleine campagne présidentielle, Ibrahim Ali, un jeune Marseillais originaire des Comores était tué d'une balle dans le dos par trois hommes qui collaient des affiches pour le FN. Le meurtrier, Robert Lagier a été condamné en juin 1998 à 15 de réclusion criminelle. Des peines de dix ans et de deux ans de prison avaient été prononcées à l'encontre des deux autres colleurs d'affiches qui l'accompagnaient, l'un pour avoir aussi tiré et l'autre pour avoir porté une arme de poing[40] ;
Patrick Bassot : élu FN dans le Vaucluse 2012, a été condamné à 3.500 € d’amende pour « incitation à la discrimination, à la haine et à la violence à l’encontre des immigrés »[31] ;
Marcel Mazières : candidat FN aux élections municipales de 1995 à Aix, reconnu coupable de 5 000 F d’amende, 5 000 F de dommages et intérêts et affichage du jugement pendant un mois à la porte du lycée. Il a en effet envoyé au professeur de philosophie de son fils une lettre anonyme. Extrait : ” vous transformez nos classes en goulag politique, votre aspect physique est disgracieux et, apprenant que vous êtes homo, cela est risible. “[38] ;
Marc Georges : ex-député FN, reconnu coupable de blessure par balle d’un jeune homme (18 mois de prison ferme)[38] ;
Marie Thérèse Philippe 1997 : élue FN de Pontoise, reconnu coupable en novembre 1997 de posséder dans sa voiture, entre les deux tours d’élections municipales partielles avec ses quatre colleurs d’affiches, un pistolet à grenailles[38] ;
Pierre Van Dorte,1989 : conseiller municipal FN, condamné pour avoir tiré à l’aide de son fusil à pompe sur un groupe de jeunes d’origines maghrébine en blessant au dos l’un d’eux parce qu’il faisait trop de bruit[35]. Le FN lui paye ses 15 000F de caution. 15 mois avec sursis ;
Pascal-Bernard de Leersnyder : conseiller régional FN, reconnu coupable de violence sur mineur pour avoir appris l’allemand au fils de sa compagne à coup de poing (jusqu’au sang) et pour lui avoir plongé la tête dans les WC (“Il n’était pas digne de la salle de bains”). 13 mois de prison dont 10 fermes[38] ;
Katherine d’Herblais : conseillère régionale en picardie du FN, doit 400 000 F de préjudice a un garde chasse devant se réfugier dans une voiture pour protéger sa carotide après que ses deux dogues allemands égorgèrent 48 brebis et en blessèrent une centaine d’autres [38] ;
Guillaume d’Herbais (beau-frère de Jean-Marie Le Chevallier): reconnu coupable d’abus de biens sociaux condamné à 2 ans de prison[38] ;
Marc Lyoen : responsable FN, reconnu coupable d’emploi de clandestins[38] ;
Roger Fabrègues :candidat municipal FN, reconnu coupable de trafic de drogue (23/07/1999). Il avait profité d’un voyage au Maroc pour importer du haschisch(2 ans de prison). Il a fait appel[38] ;
Eric Delcroix, 1996 : candidat FN, reconnu coupable de “contestation de crimes contre l’humanité” en 1996. Auteur de la Police de la pensée contre le révisionnisme, un ouvrage révisionniste et antisémite[38] ;
Xavier Voute, 1997 :conseiller municipal à Paris condamné à 3000 F d’amende pour avoir aspergé de gaz lacrymogène des militants de Ras l’Front (mouvement anti-FN)[39] ;
Philippe Bernard, 2004-2008 : ancien secrétaire départemental du FN dans le Nord, a écopé en 2013 de deux ans de prison ferme et cinq ans d'inéligibilité pour escroquerie et abus de confiance dans une affaire de financement électoral[17] ;
Sylvain Ferrua,1996 : condamné pour proxénétisme 1 ans avec sursis et 50000 F d’amende[38] ;
Louis de Noëll, 1997 : Secrétaire départemental du FN, reconnu coupable de détournement de fond (?/10/1997). Il avait utilisé de l’argent de la société dont il est le gérant pour s’acheter un appartement à Paris, un autre à Perpignan et une villa sur la mer. 1 an avec sursis et 50 000F d’amende[38] ;
Le Front National 2012 : La Cour de cassation a rejeté les pourvois du RN et de proches de Marine Le Pen dans ce dossier dit aussi « des kits de campagne », utilisés par les candidats frontistes lors des législatives de 2012, rendant ainsi définitive les condamnations. En appel, le RN avait été condamné à une amende de 250.000 euros pour recel d’abus de biens sociaux[26] ;
Raynald Liekens,1984-1987 : condamné à perpétuité pour le meurtre d’une juive. Il a déclaré : « Elle était plus gentille avec moi que personne ne l’avait été jusque-là. Mais, quand j’ai appris qu’elle était juive, j’ai décidé de la tuer car les juifs sont les ennemis de la race blanche »[36] ;
Patrick Binder, 2004-2005 :condamné pour injures racistes en public[32] ;
Tanguy Deshayes, 2008-2009 :tête de liste du Front national aux municipales à Paris en 2007, mis en examen pour menaces de mort, il a confirmé en être l’auteur et a été condamné par le tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand à six mois de prison avec sursis et à mille euros d’amende[41]. Quelques années auparavant il avait été condamné pour bagarre ainsi que pour port d’arme[41bis] ;
Yannick Lecointre, 2010-2011 :candidat du FN sur le canton de Thiron-Gardais, a été condamné pour trafic de drogue (transport, détention, acquisition, cession et emploi non autorisés de stupéfiants)[43] ;
Patrick Binder, 2010-2011 :condamné pour injure publique et provocation à la haine raciale[32bis] ;
Richard Jacob, 2013-2014 : ancien élu FN à la mairie d'Auxerre il est condamné pour outrage, rébellion pour des violences à l'encontre de partisans du mariage gay[37] ;
Tanguy Deshayes, 2008-2016:tête de liste FN aux élections municipales de Paris, mis en examen pour menaces de mort, il a confirmé en être l’auteur, et a été condamné par le tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand à six mois de prison avec sursis et à mille euros d’amende[42] ;
Philippe Vardon, 2014-2018 : condamné à une amende de 750 € pour des violences suite à un coup de poing[33] ;
🚩Jean-Marie Le Pen... :
Redressement de 1,4 Millions de Francs), reconnu coupable d’apologie de crime de guerre dont la déportation pour l’édition d’un disque sur lequel on peut entendre « un hymne du parti nazi » et « Vive Hitler » ;
reconnu coupable d’antisémitisme insidieux ;
reconnu coupable de banalisation d’actes jugés constitutifs de crimes contre l’humanité(11/10/1989) pour avoir qualifié les chambres à gaz de « point de détail » de la 2ème guerre mondiale ;
reconnu coupable de captation d’héritage, 5000F à verser ;
reconnu coupable d’agression d’un candidate socialiste, 3 mois avec sursis, 20 000F d’amende, 2 ans d’inéligibilité ;
reconnu coupable d’avoir tenu des propos sur l’inégalité des races avec B.Megret. Condamné à verser 10 000F a L’UEJF (Union des Etudiants Juifs de France) et à publier à ses frais le jugement dans 3 hebdomadaires (30 000F par publication)... (listage de ses nombreuses condamnations par la justice[48])
🚩Marine Le Pen...
2008-2011 : à la suite d'une plainte en diffamation déposée par l'ancien membre du FN Christian Baeckeroot pour des faits datant de 2008, Marine Le Pen et Louis Aliot sont condamnés pour diffamation le 27 janvier 2011, par la cour d'appel de Versailles, à verser 5 000 € de dommages intérêts à Christian Baeckeroot et 4 500 € en frais de procédures. Le pourvoi en cassation formé par Marine Le Pen, Louis Aliot et Jean-Marie Le Pen est rejeté le 11 octobre 2011 et la Cour de cassation fixe en plus à 2 000 € les frais de procédure dus à Christian Baeckeroot[28] ;
2023 : Marine Le Pen est condamnée à 500 € d'amendes avec sursis pour diffamation envers la Cimade, qu'elle accusait d'organiser une « filière d’immigration clandestine en provenance des Comores » à Mayotte. Le 11 septembre 2024, la peine est confirmée en appel[29] ;
2025 arrive à un niveau jamais atteint à la suite d'une plaintepour détournements de fonds Européens(l'affaire des assistants parlementaires européens) pour un montant évalué à 4 100 000 €. Le 31 mars, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Marine Le Pen à une peine d'inéligibilité de cinq ans avec exécution immédiate et quatre ans d’emprisonnement, dont deux ferme aménageable sous bracelet électronique[30].
Le RN est en outre condamné à 2 millions d'euros d'amende, dont 1 million ferme[30bis].
Le Parlement européen a réclamé au parti d'extrême droite et aux personnes condamnées lors de ce procès des assistants parlementaires du RN le paiement de dommages-intérêts. La note s'élève à plus de 3,5 millions d'€[44].
et dans le même temps,le Conseil d'État a définitivement invalidé 55.000 d'€ de dépenses de campagne de Jordan Bardella lors des élections européennes de 2019[46].
Conformément au droit, Marine Le Pen a fait appel. Elle est donc, à ce jour, de nouveau " présumée innocente "...
2025 :après sa condamnation à cinq ans d'inéligibilité fin mars, Marine Le Pen est destituée de son poste de conseillère départementale du Pas-de-Calais[34]. décision validée par le tribunal administratif de Lille, mais Marine Le Pen va faire appel[34bis].
👉Toujours dans cette affaire de détournements de fonds publics européens pour un montant évalué à 4 100 000€), Marie-Christine Arnautu, Marie-Christine Boutonnet, Myléne Troszczynski, Catherine Griset, Louis Aliot, Nicolas Bay[52], Fernand Le Rachinel, Dominique Bilde, Thierry Legier, Julien Odoul (déjà condamné pour injures raciales), Yann Le Pen (encore la Famille Le Pen), Wallerand de St Just et Charles Van Houtte, toutes et tous, ont été condamnés (ées) pour complicités dans ce système de détournement sciemment organisé par Marine Le Pen[30ter]... (" une institution "...)
et dans le même temps...,
comme Marine Le Pen Louis, Aliot, Julien Odoul et Bruno Gollnisch, ont fait appel, soit fin mars 2025, 13 personnes sur les 25 condamnés et donc, jusqu'à " preuve du contraire ", ils et elles sont de nouveau présumés(ées) innocents(es) tant que ce second procès n'aura pas cours... mais à n'en pas douter de nouvelles sanctions définitives sont à venir lors de ce second procès ;
et les 12 autres, en ne faisant pas appel, ils reconnaissent la réalité des actes qui leur sont reprochés et la justice de leur condamnation.
2025 : Andréa Kotarac, porte parole du RN était lui aussi payé comme assistant au Parlement européen lors de la campagne présidentielle de 2022[45] : sera t'il poursuivi ? Affaire à suivre...
Marine Le Pen, Décembre 2025 : condamnée définitivement par la Cour de cassation à 500 € d’amende avec sursis pour diffamation envers la Cimade. En 2022, la cheffe du RN avait accusé l’association d’aide aux migrants d’organiser « la filière d’immigration clandestine en provenance des Comores » et d’être, « parfois », « complices des passeurs »[60].
En conclusion :
J'imagine que toutes ces Personnes le savent... Quand ce procès en appel sera effectif, ce vol de fonds Européens a été documenté et prouvé et donc, TOUTES LES CONDAMNATIONS SERONT MAINTENUES.
Le problème pour tous ces justiciables n'est pas de savoir s'ils ou elles seront innocentés (ées), ça ils et elles le savent, mais de savoir QUELLES NOUVELLES PEINES SERONT A PURGER (dont l'inéligibilité pour 5 ans de Marine Le Pen) !...
🔴Une autre question se pose : cela leur servira t-il de leçon ?...
L'avenir le dira, mais j'en doute... le RN, fruit du FN, est une arnaque et restera une arnaque qui viole, instrumentalise le peuple et la République !
Et c'est reparti !
🔴 Liste des soupçons, procédures lancées et condamnations effectives :
Franck Allisio, 2025 : La justice a ouvert une enquête contre Franck Allisio président du groupe RN de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur pour détournement de biens publics[49] ;
Laurent Jacobelli, 2025:député et porte-parole du RN, 500 € d’amende requis pour outrage, injure à caractère raciste et diffamation pour des évènements remontant à octobre 2023[50] ;
Romain Brument, 2025: conseiller métropolitain et conseiller d’arrondissement RN dans les 13e-14e de Marseille, condamné à 4 mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Marseille. Son ex-épouse a décrit des violences physiques et psychologiques récurrentes. Il n’a pas fait appel de son jugement[51] ;
Daniel Grenon, avril 2026:En 2025, le tribunal correctionnel de Sens avait condamné Daniel Grenon, député de l'Yonne, ex-RN, à 3.000 € d'amende pour propos racistes proférés lors d'un débat des législatives en juillet 2024. Une peine d'amende deux fois plus élevée que la réquisition du parquet. En appel, il écope d'une amende de 1.000 € avec sursis[51bis].
Sébastien Chenu, fin juin 2025:député du RN, il est condamné aux prud'hommes à verser plus de 10 000 € à son ancienne assistante parlementaire, Caroline Varlet, pour un licenciement sans cause réelle et sérieuse. Son CDD a été requalifié en CDI, et le temps partiel a été requalifié en temps complet. Il a indiqué avoir déjà fait appel de la décision[53].
Juillet 2025 :Le parquet européen a annoncé avoir ouvert une enquête sur le RN et ses alliés pour détournements financiers au Parlement européen. Le groupe Identité et démocratie, dont faisait partie le Rassemblement national, aurait utilisé illégalement 4,3 millions d’euros de crédits de fonctionnement, selon un rapport confidentiel révélé par « Le Monde » et ses partenaires, qui dénonce des appels d’offres et des dons réalisés en infraction avec les règles de l’institution[54].
Juillet 2025 : Le 16 juillet, le Tribunal de l’Union européenne rejette le recours des héritières de Jean-Marie Le Pen contre une décision exigeant de l’ancien leader du Front national qu’il rembourse environ 300 000 € pour des frais de mandat indus au Parlement européen[55]
Jordan Bardella, Octobre 2025 : Champagne, chauffeur privé… il est encore retoqué sur ses frais de campagne aux Européennes.La justice a confirmé que le contribuable n’avait pas à rembourser une partie des dépenses de la tête de liste du Rassemblement national lors du scrutin de 2024. Plusieurs centaines de milliers d’euros de coûts « excessifs » ou « sans finalité électorale »[56].
David Rachline, Décembre 2025 : ancien vice-président du RN, Maire de Fréjus, poursuivi pour prise illégale d'intérêt et soupçonné de corruption, démissionne de la vice-présidence du RN[57].
Déjà mis en cause dans deux enquêtes pour « prise illégale d’intérêts » et « corruption », David Rachline est poursuivi dans une nouvelle affaire, soupçonné d’avoir favorisé l’attribution de contrats à une société de sécurité détenue par l’un de ses intimes[57bis].
Jordan Bardella,Décembre 2025 :il est visé par une plainte déposée au PNF pour favoritisme et détournement de fonds publics.
Après des révélations du Canard Enchaîné, l'association AC Corruption a déposé une plainte auprès du Parquet National Financier. Elle concerne la rémunération de Pascal Humeau, engagé comme " média-traineur " du président du Rassemblement national[58]. Le parquet national financier confirme " analyser " la plainte pour détournement de fonds publics citant Jordan Bardella[58bis].
Jean-Michel Moulun, Décembre 2024 :Après avoir reconnu l’assassinat d’une septuagénaire, Jean-Michel Moulun, ancien boxeur, ex-candidat du FN aux municipales d'Hautmont en 2014, a été condamné mercredi 11 décembre à la prison à perpétuité par la cour d’assises de Montpellier[59], et renonce à faire appel.
Franck Sinisi, Janvier 2026 :Franck Sinisi, ancien conseiller municipal FN (aujourd’hui RN) à Fontaine (Isère) a été interpellé et placé en garde à vue mardi 13 janvier. Il est suspecté d’avoir déposé des os de porcs et du saucisson devant la mosquée de la commune en septembre dernier, et a été condamné, le 10 juin 2026, à dix mois de prison avec sursis pour « provocation à la haine »[61].
Marie-France Lorho, Janvier 2026 :Le tribunal correctionnel de Marseille a condamné ce lundi 26 janvier Yann Bompard, maire d’Orange (Vaucluse), à une peine de cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire et à 18 mois de prison avec sursis pour avoir occupé un emploi fictif de collaborateur parlementaire. Poursuivie des mêmes chefs, la députée RN Marie-France Lorho écope, elle, de 18 mois de prison avec un sursis simple, de 10 000 € d'amende et cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire[62].
Franck Pralonb, Février 2026 :candidat RN et tête de liste aux élections municipales 2026 à Vernon (Eure), il se retire de la course après avoir produit " un document inexact ", selon ses termes, pour s'inscrire sur les listes électorales. Deux plaintes ont été déposées : une plainte par l'assureur du candidat et une autre par la Ville de Vernon pour faux[63].
Stéphane Ravier, Février 2026 : le sénateur ancien maire RN d'arrondissement de Marseille, a été condamné ce mardi à trois mois de prison avec sursis, accompagnés d'un an d'inéligibilité ainsi que d'une amende de cinq mille euros. La justice a considéré qu'ils avaient sciemment méconnu les règles de la commande publique et ne pouvaient se prévaloir de leur incompétence en la matière[64].
Sandrine D'Angio, Février 2026 : la nièce de Stéphane Ravier, qui avait succédé à son oncle au poste de maire du 7e secteur de Marseille en 2017, a été condamnée à cinq mille euros d'amende, dont deux avec sursis, et un an d'inéligibilité. Sandrine d'Angio figure sur la liste du député RN et candidat à la mairie de Marseille, Franck Allisio[64].
Eric Bernard, Février 2026 : Menaces de mort contre Jean-Luc Mélenchon et des élus LFI « On a fait un groupe de commando et on va en abattre (…) Ils vont crever ». Eric Bernard, un militant d’extrême droite condamné. Déjà condamné par le passé, notamment pour détention d’armes, il est à nouveau condamné à deux mois d’emprisonnement, aménagés sous bracelet électronique[65].
Emmanuel Taché, Février 2026 : Le conseil des prud'hommes a condamné, jeudi 19 février, le député RN de la 16ème circonscription des Bouches-du-Rhône, Emmanuel Taché à verser près de 135 000 euros à son assistant parlementaire, Nicolas Tellier. Ce n'est pas la première fois qu'Emmanuel Taché se fait rattraper par la justice.
Au mois de septembre dernier, l'élu d'extrême droite a été sommé d'abandonner la particule " de La Pagerie " qu'il avait accolée à son patronyme. La justice avait estimé que cela entachait le nom de la vraie famille Tascher de La Pagerie.
Le tribunal de Lille lui avait également ordonné de verser 5000 euros de dommages et intérêts aux trois requérantes, descendantes de la véritable lignée Tascher de la Pagerie, ainsi qu'à publier la condamnation sur ses réseaux sociaux[66].
Stéphane Simond, Mars 2026 : candidat du RN lors des deux dernières élections municipales dans la commune de Plan-de-Cuques, Stéphane Simond, a comparu devant le tribunal correctionnel de Marseille le 2 juin pour des faits de faux, usage de faux, complicité de faux et tentative d’inscription indue sur une liste électorale par déclaration frauduleuse ou faux certificat et a été condamné à 3 mois de prison avec sursis et 2 ans d'inéligibilité[67].
Appli : « Les Jours » recensent toutes les casseroles des députés RN Racisme, antisémitisme, condamnations judiciaires… Cette trombinoscope expose les brebis galeuses du Rassemblement national à l’Assemblée nationale.
Le pouvoir ne tiendra sa politique d'austérité à l'encontre des plus pauvres et au service des plus riches que tant que nous serons " à genoux ", résignés..., le #10septembre levons nous !
Y a-t-il encore quelqu’un pour défendre le bilan d’Emmanuel Macron dont le RN[0] et le PS[1], qui nont pas voté les censures déposées contre le gouvernement Bayrou, portent la responsabilité.
En huit ans d’exercice du pouvoir, Emmanuel Macron aura fait vivre à la France une période de libéralisme inégalitaire et antisocial.
STOP ! Il faut une élection présidentielle anticipée comme le demande LFI[2].
Sources :Eric Durand| 🔴 Alors le bilan.....👇
Comment a évolué la pauvreté en France ?
La France compte 5,4 millions de pauvres si l’on fixe le seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie médian[3] et 9,8 millions si l’on utilise le seuil de 60 %, selon les données 2023 (dernière année disponible) de l’Insee. Dans le premier cas, le taux de pauvreté est de 8,4 % et, dans le second, de 15,4 %.Quel que soit le seuil utilisé, la pauvreté augmente en France depuis le milieu des années 2000....depuis l’arrivée de Macron !
Pour en savoir plus cliquez sur l'image !👇
Comment a évolué le nombre de riches et la répartition des richesses en France ?
Près de 3 millions de millionnaires en France : les ultra-riches toujours plus nombreux[6].Les 10 % les plus riches captent un quart de l’ensemble des revenus. Les 10 % les plus pauvres captent quant à eux 3 % de l’ensemble des revenus, un chiffre qui stagne depuis plus de 20 ans.
Depuis 2019, la fortune des milliardaires français a augmenté de plus de 24 milliards d’euros au total, soit 13 millions d’euros par jour.
Une personne parmi les 1% les plus riches gagne en 6 jours ce qu’une personne parmi les 50% les plus pauvres gagne en 1 an.
Les 1 % des Français⸱es les plus riches ont ponctionné près de 20 milliards d’euros au pays du Sud en 2023 – soit près de 2,3 millions d’euros par heure – par l’intermédiaire d’un système financier largement plus favorable aux pays riches du Nord.
Sous Macron, les 500 personnes les plus riches de France ont doublé leurs fortunes[7] !
Pour en savoir plus cliquez sur l'image !👇
Plus personne dans la rue avant la fin de l'année : la promesse d'Emmanuel Macron
Macron à dit, Macron a dit !👇
Macron à fait !👇
Le nombre de personnes sans-domicile fixe (SDF) en France est passé du simple au double en l'espace de dix ans (donc essentiellement Sous Macron),), selon les plus récentes estimations publiées cette année par la Fondation Abbé Pierre[8] :
Entre 2012 et 2023, le nombre de SDF en France a ainsi augmenté d'environ 130 %. La dernière enquête « sans-domicile » de l'Insee en 2012 estimait à 143 000 le nombre de personnes privées de domicile. Aujourd'hui, on peut estimer que ce chiffre s'élève au moins à 330 000[8].
L’année 2024 a été « presque blanche » en matière de politique du logement, malgré des signaux « au rouge », dont le nombre record de 735 morts de la rue, alerte lundi 3 février la Fondation pour le logement des défavorisés, quidénonce « l’attentisme » du gouvernement de Macron[9].
Pour en savoir plus cliquez sur l'image !👇
2159 enfants, dont 503 de moins de trois ans, ont dormi dehors dans la nuit du 18 au 19 août en France. Ce chiffre, révélé par l’UNICEF et la Fédération des acteurs de la solidarité, illustre une réalité insoutenable : jamais depuis l’après-guerre notre pays n’avait connu une telle explosion du sans-abrisme . Depuis 2022, le nombre d’enfants contraints de dormir à la rue a bondi de 30 %[17].
Macron a mené une politique économique qui a insécurisé notre pays
La politique économique réactionnaire et dangereuse d'Emmanuel Macron · Une dangereuse politique de classe. Le retour de l'obsession de la dette qui a-t-il détruit l'économie française[9bis].
Pour en savoir plus cliquez sur l'image !👇
Macron : 8 ans de réformes destructrices pour l’éducation
Depuis son élection en 2017, Emmanuel Macron a enchaîné les déclarations sur l’Éducation nationale. Au fil du temps et de ses Ministres, de nombreuses réformes ont vu le jour, bouleversant – négativement – le système éducatif de notre pays et mettant de côté nombre de jeunes.
Sélection, renforcement des inégalités sociales, attaque du cadre national des épreuves, tant de conséquences qui se regroupent autour d’un seul et même projet de société[10].
Pour en savoir plus cliquez sur l'image !👇
Macron a gavé les entreprises et fait exploser la dette
En dix ans, la politique de l’offre et les baisses de prélèvements ont plombé les finances publiques de 454 milliards d’euros. Sans cela, la dette pèserait 93,8 % du PIB, et non 109 % comme aujourd’hui, a calculé Vincent Drezet, porte-parole d’Attac[11].
Quoi qu’en dise le premier ministre, François Bayrou, le niveau de dépense publique est resté, depuis 2008, globalement stable, pandémie exceptée. La hausse de la dette s’explique donc pour beaucoup par la baisse des recettes.... et la hausse des cadeaux aux entreprises qui ont explosé à +1470% d’augmentation en 40 ans[12]sans contrepartie.
Pour en savoir plus cliquez sur l'image !👇
Comment Macron a sacrifié la santé des Français
Force est de constater que les deux premières années du dernier quinquennat ont contribué à affaiblir notre système de santé publique.Ce bilan repose sur trois principales défaillances :
la poursuite du démantèlement de l’hôpital public (La suppression de 5 700 lits d’hospitalisation en pleine épidémie du covid invite à relativiser « l’effort de guerre » et le « quoiqu’il en coûte ») ;
la détérioration des conditions de travail des soignants ;
ainsi que les difficultés accrues d’accès aux soins pour les citoyens.
Une telle période a permis de percer à jour le logiciel de gouvernance d’Emmanuel Macron, pour qui les limites de la démocratie sanitaire commencent là où la prétendue rationalité du chiffre s’impose....résultat la santé n’aura plus rien de « public », puisque seules les personnes suffisamment aisées, ou ne souffrant pas de pathologies impliquant une prise en charge trop onéreuse, pourront y avoir accès[13].
Pour en savoir plus cliquez sur l'image !👇
Écologie et climat : le bilan catastrophe d'Emmanuel Macron
Emmanuel Macron accumule les décisions anti-climat au gré de son mandat. L’ONU l’avait consacré “ champion de la terre ” en 2018 pour ses discours vibrants. Champion des promesses, c’est sûr, mais pas des actes.Le mépris du président pour l’écologie transparaît dans un bilan catastrophique. Comment s’y prend-il pour toujours faire le contraire de ce qu’il dit[14] ?
Traduisons-le :
Le monde après-Covid : E. Macron arrive à faire pire qu’avant ;
Glyphosate : la grande trahison d’Emmanuel Macron ;
Réchauffement climatique : Emmanuel Macron aggrave le retard français ;
CETA : quand E. Macron juge “bon” un accord climaticide ;
Charbon, hydrocarbures… quand E. Macron travestit la réalité ;
Mercosur : Emmanuel Macron prêt à signer un accord d’ici la fin de l’année, mais sous conditions[15] ;
Loi Duplomb : Emmanuel Macron promulgue le texte après la censure partielle du Conseil constitutionnel[16]...
Pour en savoir plus cliquez sur l'image !👇
🔴 Face à ce bilan deux solutions complémentaires.....
👉la mobilisation du peuple #BloquonsTout #10septembre2025...
" Bloquons tout " et le gouvernement sera obligé d'écouter les gens : retraites, Gaza, salaires, éducation nationale, hôpitaux, Ukraine, santé, chômage, et surtout, 6e Réublique, ISF... !
Pour en savoir plus cliquez sur l'image !👇
👉 et la mobilisation politique pour le faire partir ! 👇
Les coups de menton contre l’Algérie montrent qu’il n’en va pas de même dans des domaines où les brûlures de l’Histoire devraient avoir engendré plus d’expérience et de leçons qu’on ne le voit...
La stratégie du choc avec le gouvernement algérien ne mènera nulle part[1], « il n’y a pas d’avenir durable pour la France sans ou contre le Maghreb et ses peuples ».
Après Ségolène Royal[0], c’est au tour de Jean-Luc Mélenchon de s’exprimer sur l’escalade des tensions entre l’Algérie et la France provoquée par les nouvelles mesures anti-algériennes du président Emmanuel Macron.
Dans un long article publié le samedi 9 août sur son blog[1], le leader de La France Insoumise (LFI) laisse exploser sa colère contre le président Macron. Une preuve supplémentaire que les décisions de ce dernier dans la gestion de la crise franco-algérienne ne font pas l’unanimité en France.
« Après avoir fait expulser la France de presque toute l’Afrique[2], Macron a décidé d’accompagner les provocations de son ministre de l’Intérieur contre l’Algérie au moment où celui-ci fait la danse du ventre aux nostalgiques de la colonisation et aux arabophobes », assène Jean-Luc Mélenchon qui est l’une des personnalités politiques de premier plan en France à plaider pour une autre relation, apaisée, avec l’Algérie.
Sources :Jean-Luc Mélenchon| Jean Luc Mélenchon : « Le désastre algérien est servi »
Jean-Luc Mélenchon pointe « l’agressivité[3] » des gouvernants français qui « affligent, inquiètent et désespèrent ». « Le désastre algérien est servi », constate avec amertume le leader des Insoumis.
« Après avoir fait expulser la France de presque toute l’Afrique, Macron a décidé d’accompagner les provocations de son ministre de l’Intérieur contre l’Algérie au moment où celui-ci fait la danse du ventre aux nostalgiques de la colonisation et aux arabophobes », dénonce Jean-Luc Mélenchon qui pointe les « conséquences désastreuses » du « chemin d’absurdités » pris par Macron et Retailleau pour l’Algérie et la France ainsi que pour les deux peuples, algérien et français.
« L’Algérie est le mirage mortel des rêves de puissance des impuissances politiques des dirigeants français depuis 1830 et l’invasion de l’Algérie », assène le leader de La France Insoumise qui aborde frontalement le rôle néfaste des partisans de l’Algérie française dans la crise entre les deux pays.
Mélenchon plaide pour un rapprochement entre la France et le Maghreb Pour Jean-Luc Mélenchon, les « coups de menton » contre l’Algérie montrent qu’il « n’en va pas de même dans des domaines où les brûlures de l’Histoires devraient avoir engendré plus d’expérience et de leçons qu’on ne le voit ».
Il ajoute que la « stratégie du choc » avec le gouvernement algérien « ne mène nulle part ». « Elle renouvelle les mirages lamentables du passé », déplore-t-il.
Le leader des Insoumis enchaîne en mettant en garde contre un divorce avec le Maghrebauquel pousse la Macronie qui commet ainsi une « faute » dont la France « ne se relèvera pas aussi facilement que le croient ses élites gouvernementales obtuses et les divers lobbys à l’œuvre chacun pour leur petite cuisine »....Jean-Luc Mélenchon affirmait déjà, en 2012 que, « la France a besoin du Maghreb[4] ».
Jean-Luc Mélenchon rappelle dans la foulée ce qu’il a dit à Marseille lors d’un rassemblement populaire en 2016 : « Il n’y a pas d’avenir durable pour la France sans ou contre le Maghreb et ses peuples », et affirme que la politique de Retailleau à laquelle Macron « s’est soumis est une violence insupportable ».
🔴Et conclue :
«Elle ne mène nulle part sinon à de nouvelles déroutes et blessures. Et surtout à de profondes et inutiles déchirures dans notre peuple tel qu’il est, dans la France telle qu’elle est comme « Nouvelle France » qui doit travailler avant tout à son unité et à maîtriser son déploiement vers le monde ».
Nous ne voulons pas la guerre avec l’Algérie
Le 16 janvier 2025, Jean-Luc Mélenchon, a exprimé une vive indignation face à la campagne politique et médiatique agressive orchestrée par l'État français à l'encontre de l'Algérie, de sa diaspora et de ses intérêts en France. Il a sévèrement dénoncé la position du gouvernement français, l'accusant d'aggraver les tensions alors qu'il aurait été plus judicieux de privilégier le dialogue et la concertation avec le pays voisin au sud de la Méditerranée.
Élus et cadres du parti d’extrême droite ont laissé pulluler messages nauséabonds et illégaux dans le groupe Facebook « La France avec Jordan Bardella[0] ».
En Janvier 2026, découverte de « Résistance PATRIOTE !!!! », un autre groupe Facebook où se partagent messages haineux, antisémites et islamophobes, et dont font partie six députés du Rassemblement national, parmi lesquels Mélanie Disdier, eurodéputée[9].
Et, en mars 2026, apparait à La Rochelle compris[13], que plus de 10 % des listes investies par le RN aux élections municipales accueillent des personnes ayant diffusé des propos antisémites, racistes, complotistes, violents[12]…
Jusqu’à ce que Les Jours mettent leur nez dans le groupe Facebook privé « La France avec Jordan Bardella », ses quelque 11 500 membres étaient invités à chanter les louanges du président du Rassemblement national (RN), à commenter les actualités du parti et, surtout, à la retenue. Jusqu’à la semaine dernière, ce groupe était géré par plusieurs cadres, ex-candidats et collaborateurs parlementaires de la formation lepéniste. Pour l’intégrer, il fallait simplement indiquer si l’on était adhérent du parti d’extrême droite ou non. Une fois à l’intérieur, les règles paraissaient claires : « Il est formellement interdit de harceler les membres du groupe, de discriminer les opposants politiques et journalistes sur leur origine, couleur, religion, orientation
sexuelle, apparence physique. Tout membre se donnant [sic] à de la discrimination sera sanctionné. »
Sauf que la stricte modération annoncée était à géométrie très variable. Si les partisans d’Éric Zemmour s’en voyaient, par exemple, quasi systématiquement exfiltrés lorsqu’ils proposaient l’union des droites, les appels à la haine et à la violence, les propos antisémites, homophobes, islamophobes et racistes étaient, eux, nettement moins régulés. Les Jours ont découvert qu’ils étaient légion sous la plume de ces militants et sympathisants d’extrême droite. Et qu’au milieu de tout cela, neuf députés du RN en étaient membres. Sans jamais réagir. Enfin, jusqu’à ce que nous les contactions dans le cadre de cette enquête et que plusieurs d’entre eux ne quittent « La France avec Jordan Bardella ». Puis qu’à leur tour, les administrateurs du groupe paniquent, allant jusqu’à le renommer en « Pour la France » afin d’effacer tout lien avec le RN. Avant de courageusement s’en carapater, sans demander leur reste ni répondre à nos questions.
Le pôle national de lutte contre la haine en ligne a ouvert une enquête sur des propos postés sur un groupe Facebook, dont faisaient partie des cadres et élus du Rassemblement National, notamment neuf députés[8].
Sources :Les Jours| mis à jour le 25/06/2026 Les neuf députés avaient l’obligation légale de signaler les dizaines et dizaines de propos illicites postés sur le groupe. Aucun ne semble l’avoir fait ! Il y avait pourtant de quoi s’émouvoir bien avant que Les Jours ne s’en mêlent. Sous le post d’un administrateur qui partage, il y a quelques mois, un visuel de Marine Le Pen et Jordan Bardella, on lit par exemple ce type de commentaires[1] : « Il y a que ça pour redresser ma France et virer tous ces sionistes qui vivent sur le cul des Français. »
🔴Le 8 avril dernier, sous une publication relative à un Gabriel Attal critiquant le RN, l’homophobie est débridée.
Un premier réagit : « Attal… c’est comme anal… tout dans le cul… » Un deuxième complète : « Une salope le Attal ». « Comment un homosexuel peut-il dire des propos indignes contre la plus sérieuse des femmes politiques françaises ?, s’interroge un troisième. Marine Le Pen est 10 millions de fois supérieure à cet individu mal dans sa peau. » Le lendemain, sous une vidéo de salariés du « média » d’extrême droite Frontières hués par des collaborateurs de La France insoumise (LFI), un contributeur rédige : « Il nous manque un mec à petite moustache. Tout serait fini très vite. Désolé j’ai oublié son prénom. » La référence à Adolf Hitler est sans équivoque. À l’instar de l’antisémitisme qui transpire de cet autre commentaire, en date du 6 mai, il y a moins d’un mois : « Déjà, les sionistes dehors ! Vous n’avez pas à commander le peuple ! Et toute la merde planétaire que vous avez fait rentrer pour hybrider la France, elle dégage avec vous ! » Aucun des auteurs de ces posts n’a été exclu du groupe, aucun de ces messages n’a été modéré. Et malgré les tentatives précipitées des administrateurs pour effacer leurs traces, tous sont encore visibles à ce jour.
Quant aux neuf députés identifiés par Les Jours, ils ont rejoint « La France avec Jordan Bardella » entre septembre 2023 et janvier 2024, avec leur profil Facebook personnel. Il s’agit, dans l’ordre chronologique, de :
Nicolas Dragon(député de l’Aisne),
Christian Girard (Alpes-de-Haute-Provence),
René Lioret (Côte-d’Or),
Caroline Colombier (Charente),
Nathalie Da Conceicao Carvalho (Essonne),
Pascal Markowsky (Charente-Maritime) – bien connu des lecteurs et lectrices des Jours[2],
Pascale Bordes (Gard),
Laurence Robert-Dehault (Haute-Marne),
et Monique Griseti (Bouches-du-Rhône).
Aucun de ces députés n’a répondu à nos questions, à l’exception de Nicolas Dragon dont la réaction, reçue, après la publication de cette enquête, est à lire ci-dessous. En recevant nos demandes d’entretien, Caroline Colombier, Pascal Markowsky et Pascale Borde se sont enfuis du groupe Facebook.
🔴À l’exception de René Lioret et Pascal Markowsky qui ont « liké » et/ou commenté des posts, aucun n’a interagi sur « La France avec Jordan Bardella ».
Mais tous, s’ils en ont eu connaissance, avaient l’obligation légale de signaler les dizaines et dizaines de propos illicites relevés par Les Jours, au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale[3]. Ce qu’aucun ne semble avoir fait. À noter que trois de ceux-là, Christian Girard, Caroline Colombier et Pascal Markowsky, étaient déjà membres du groupe ouvertement raciste dont Les Jours avaient révélé l’existence, aux côtés de douze autres députés du RN (lire l’épisode 12, « Racisme et appels au meurtre : 15 députés RN dans un groupe Facebook privé nauséabond[4] »). Après nos articles, ce groupe-ci avait fait l’objet de signalement et de plainte en justice (lire l’épisode 16, « RN : une plainte déposée contre onze membres du groupe Facebook privé raciste[5] »).
Parmi les dix-huit administrateurs du groupe, on trouve des cadres, des excandidats et des collaborateurs parlementaires du RN À l’époque où ces élus intègrent « La France avec Jordan Bardella », les posts et commentaires racistes sont si nombreux qu’il paraît difficile de les manquer. Deux de nos neuf députés, Nicolas Dragon et Christian Girard, en sont par exemple membres quand, le 29 septembre 2023, un certain Phi Lippe publie sur le mur du groupe une image barrée du texte suivant : « J’adore les transports en commun, ça me rappelle l’Afrique. Île-de-France bientôt baptisée Île d’Afrique. » Celle-ci recueille 56 réactions positives. Le lendemain, sous un visuel raciste vilipendant « l’invasion de punaises de lit » due à l’immigration, l’internaute Charles G. propose de les renommer « les africanaises de lit ».
🔴Trois jours plus tard, René Lioret, alors conseiller régional de Bourgogne-Franche- Comté, intègre à son tour « La France avec Jordan Bardella », imité dans la foulée par la députée Caroline Colombier. Quelques jours passent et, le 12 octobre, sous une publication relative à l’islam :
un utilisateur écrit : « Le grand remplacement ? ? L’argent de la CAF pour la guerre ? ? » ;
un autre annonce qu’il « faut anéantirl’islam » ;
un dernier se fait menaçant : « Je propose à mes compatriotes d’êtrevigilants, attentifs et s’entraîner. »
Alors que Nathalie Da Conceicao Carvalho et Pascal Markowsky viennent de rejoindre le groupe, le même Charles G., qui s’excitait contre les punaises de lit, écrit à propos de musulmans en train de prier : « La valise ou le cercueil… au choix. » En décembre 2023, les députées Pascale Bordes et Laurence Robert-Dehault, tout juste membres, ont le loisir de lire ce texte publié sur le mur du groupe par un « contributeur star », c’est-à-dire très actif et mis en valeur : « La France est devenue une fosse à purin où toute la merde des autres cultures est venue polluer la nôtre. »
Aucun de ces messages n’entraînera de réaction de ces élus. Pas plus que des modérateurs.
🔴 Guillaume Bres, le fondateur de « La France avec Jordan Bardella », qui indique sur le réseau social « travailler » pour le parti d’extrême droite, n’en est pas à son coup d’essai. Cet ancien candidat suppléant du RN aux départementales 2021 en Savoie a l’habitude de ces espaces numériques : il se vante partout d’être le responsable d’un autre groupe Facebook, sobrement intitulé « Jordan Bardella », qui affiche plus de 80 000 membres. Sur ce groupe-ci, la modération, dont la page Facebook officielle du RN est partie prenante, est chirurgicale.
À l’inverse, donc, de « La France avec Jordan Bardella », que Guillaume Bres lance pourtant en août 2023 avec tous les atours d’un groupe officiel, puisque ce dernier s’entoure de plusieurs membres du parti pour réguler les ardeurs de ses bientôt 11 500 brebis. Parmi les dix-huit administrateurs du groupe figuraient par exemple :
Kylian Couteau et Sandrine Démaret, respectivement collaborateur et collaboratrice parlementaires des députés José Beaurain (Aisne) et Marc de Fleurian (Pas-de-Calais) ;Michel Massy, le responsable communication du RN sur l’île de la Réunion ;
Michel Massy, le responsable communication du RN sur l’île de la Réunion ;
Rémi Garnier, conseiller régional d’Auvergne-Rhône-Alpes et élu municipal à Saint-Baldoph, en Savoie ;
Gérôme Corblin, ancien candidat aux départementales de 2021 en Savoie ;
ou encore Nathalie Germain, cadre du parti en Isère et ex-candidate à la mairie de Bourgoin-Jallieu en 2020ainsi qu’aux législatives de 2022.
🔴 Jusqu’à ce qu’ils quittent tous leurs fonctions d’administrateurs et, pour certains, le groupe, en recevant nos questions, ces modérateurs de renom forment donc une petite armée aussi aveugle qu’inefficace. Et lorsqu’enfin, ils sévissent contre les membres les plus problématiques, à l’image du « Phi Lippe » précité, dégagé après nombre de messages racistes, ils ne prennent pas la peine d’effacer leurs posts, les laissant à la vue de tous. À l’été 2024, plusieurs des chefs s’agacent cependant du nombre de dérapages. Le couperet tombe : à partir de cette date, seuls les administrateurs seront autorisés à poster sur le mur de « La France avec Jordan Bardella ». Les simples membres, eux, ne peuvent plus qu’y réagir. Mais cette nouvelle règle n’empêchera nullement les propos haineux rédigés en commentaires par ces sympathisants et militants du RN qui n’auront de cesse franchir les limites de la loi, en toute impunité.
🔴 Le racisme est donc extrêmement présent sur le groupe, confinant parfois aux appels à la violence et au meurtre. En avril 2024, un membre estime que les attaques au couteau sont « toujours réalisé[es] par la même faune ». Ce même mois, sous un article traitant d’un viol par une personne en situation irrégulière sur le territoire français, l’une propose « une révolution méchante contre ces étrangers », un autre de « le castrer sans anesthésie », quand un troisième écrit « toujours les mêmes sales races qui se croient tout permis ». Un dernier appelle à prendre les armes : « Équipez-vous, ça vous servira dans ces cas-là. » Quelques mois plus tard, sous une publication liant immigration et délinquance, un membre inscrit : « Autorisation de tir à vue. » Les Jours sont également tombés sur le photomontage d’une femme en burqa disant à E.T. l’extraterrestre : « On est pareil », lequel répond : « Non, moi j’ai compris qu’il fallait que je rentre chez moi. » Fin 2023, un militant se présentant sur son profil Facebook comme travaillant pour le RN à Arras partage le détournement raciste d’un album de Tintin intitulé Allocs en stock. Aucun ne sera évincé.
🔴 En mars 2024, Rachida Dati est visée par une succession de commentaires racistes sous un post évoquant ses déboires judiciaires. Francine M. écrit : « Déjà comme ministre de la Culture française, ils auraient pu choisir quelqu’un qui a la même culture que la France. » Pierre H. enchérit : « On peut dire ce que l’on veut, je persiste et signe, c’est dans leurs gènes, il y a rien à faire. » « Leur origine ressort, c’est dans le sang », conclut Louis M. qui, loin d’être sanctionné, obtient même le like d’un des administrateurs.
🔴 En mai, c’est au tour de l’ancienne garde des Sceaux, Christiane Taubira, d’être ciblée Elle est sous le feu de remarques nauséabondes : « Taubira s’est décrochée de son arbre pour dire de telles conneries », demande un membre quand, plus tard, l’un d’entre eux partage l’image d’un singe tenant une banane, accompagné d’un mot : « Tobira ».
🔴 L’antisémitisme, pourtant grand repoussoir d’un RN un brin tatillon sur son passé, n’est pas plus contrôlé. Outre les exemples évoqués plus haut, il se révèle particulièrement véhément après l’attaque terroriste du Hamas en Israël, le 7 octobre 2023.
Le 1 décembre, l’administrateur Guillaume Bres publie un article sur Élisabeth Borne. L’ancienne Première ministre, dont le père fut rescapé des camps d’Auschwitz et de Buchenwald, récolte cette insulte : « La sioniste de merde ».
Le mois suivant, un autre estime que « la France est dirigée par les juifs sionistes », à l’image de celui qui entendra, plus tard, « virer tous ces sionistes qui vivent sur le culdes Français ».
Quelques semaines après, un troisième parle des « richesmondialistes des USA chapeautés par ceux d’Israël ».
À cet instant, neuf députés de la nation en sont membres. Aucun ne réagit. Pas plus que les cadres du RN chargés de la modération.
Ces derniers expulseront toutefois une femme qui écrit, à propos des accointances nazies des fondateurs du RN[6] : « Tout le monde sait que les SS du RN étaient des patriotes qui voulaient nous protéger de l’invasion US et russe. » Mais laissent tranquille cet homme qui, sous le même post, rédige : « Ils nous font chier avec leurs histoire de SS qui ont fondé le Front national, bientôt ils vont nous reprocher que Charles Martel a arrêté les Arabes à Poitiers. »
Un nom « La France avec Jordan Bardella » peut en cacher un autre. C’est le cas du groupe Facebook privé intitulé « Résistance Patriote !!!![10] », qui rassemble plus de 23 600 adhérents.Renommé ainsi en février 2025, cet espace numérique s’appelait jusqu’à cette date « CONTRE l’invasion migratoire et L’_I_S_L_A_M ». Sachant cela, peu de doutes quant à l’obédience et aux opinions politiques de ses membres. D’autant moins que pour l’intégrer, il faut se soumettre à cette simple question : « Que pensez-vous de l’islam ? » Pour deviner la tonalité de la réponse attendue, il suffit enfin de jeter un œil à la bannière du groupe sur laquelle est écrit : « J’ai entendu une voix, celle de Charles Martel », accompagnée du logo de Reconquête!, le parti d’Éric Zemmour.
🔴 Sur ce groupe privé où se côtoient des partisans du polémiste multicondamné et d’autres, bien plus nombreux, du Rassemblement national (RN), les publications racistes, antisémites, islamophobes ainsi que les appels à la haine et à la violence sont quasi quotidiens depuis sa création en 2017, et s’entremêlent avec des posts en faveur du RN.
Parmi les membres du groupe figurent par exemple trois députés et trois eurodéputés RN :
Mr. Philippe Lottiaux- Var (4e circonscription) - député du groupe RN ;
Mr. Lionel Tivoli - Alpes-Maritimes (2e circonscription) - député du groupe RN;
Mr. Timothée Houssin, est le député RN de la 5 e circonscription de l' Eure ;
Mme. Mélanie Disdier, conseillère municipale de Caudry depuis 2003, conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais de 2004 à 2010 puis des Hauts-de-France de 2015 à 2024. Elle est élue députée européenne RN en 2024 ;
Mr. Jean-Paul Garraud, ancien député UMP de la 10e circonscription de la Gironde de 2002 à 2012, tête de liste aux élections municipales à Libourne en 2008 et 2014, et conseiller régional d'Aquitaine de 2010 à 2015, il est élu député européen sur la liste du RN en 2019 et en 2024 ;
Mme. Julie Rechagneux, candidate RN à la Mairie de Bordeaux pour 2026, en 2024, elle est élue députée européenne sur la liste du RN.
Le député LFI Thomas Portes a annoncé saisir la justice[11].
Homophobie systématique dès qu’il s’agit de Gabriel Attal, sexisme pour Sandrine Rousseau. Avec Macron et les élus LFI, les appels au meurtre sont fréquents L’une des cibles préférées du groupe reste le président de la République, Emmanuel Macron, traité à plusieurs reprises « d’enculé », de « pourriture », de « crapule ». Et là encore, la modération paraît variable.
En mars 2024, l’auteur d’un commentaire le qualifiant de « crevure qui encule les Français » sera dégagé du groupe, mais pas celui qui écrit qu’il « mérite une balle cette saloperie »…
Pas de sanction non plus pour l’internaute qui estime à son sujet que « c’est une merde qu’on doit écraser ».
🔴 Les insultes visant Emmanuel Macron ont parfois des relents homophobes.
Au printemps 2024, en réaction à un photomontage du président de la République en tenue militaire accompagné de la mention « Allez gamin, montre que t’en as ! », un contributeur indique : « Il en a plus souvent aux fesses que devant ! ! » Un second : « Il en n’a que quand ses copains de couleur, bien baraqués, les lui prêtent. » Il y a deux mois, une photo du locataire de l’Élysée recueille cette insulte : « Macron petit PD. »
🔴 Les attaques ciblant Gabriel Attal, autre bouc émissaire régulier du groupe, sont, elles, systématiquement homophobes. En plus de celles précitées, on peut lire sous une photo de lui postée le 11 janvier 2024 : « C’est vraiment la cage aux folles. » Le 28 janvier suivant, un photomontage détournant l’affiche du film Tais-toi ! et figurant l’ancien Premier ministre maintenu par Jordan Bardella est publiée : « Mais oui tais-toi Tatal », réagit un membre. « Tenu comme ça, Attal va mouiller son caleçon », grince un deuxième. Certaines responsables politiques, comme la députée éco-féministe Sandrine Rousseau, font l’objet d’un sexisme décomplexé : « Elle est pas finie… et elle a dû être bercée trop près du mur ! Honte à cette tache », « finie à l’urine », « pauvre femme, les parents ne connaissaient pas la contraception »...
🔴 Quant aux élus LFI, ils essuient indifféremment insultes et appels au meurtre.
En octobre dernier, l’administrateur en chef Guillaume Bres lui-même qualifie Jean-Luc Mélenchon de « merde de gauchiste ».
Il y a un mois et demi, sous un visuel expliquant que LFI menace la liberté de la presse, deux internautes se lâchent : « Ilfaut absolument éradiquer ce parti, et toutes ces racailles islamistes qui le dirigent, » écrit le premier.
Et aucune pitié contre ces larves. « Il faut éradiquer ces merdes »,précise le second.
Aucun ne sera sanctionné. Pas plus que celui qui, en avril dernier, appelait Adolf Hitler à la rescousse dans les jardins de l’Assemblée nationale. En revanche, lorsqu’un certain Yannick C. a le malheur de poster « RN et Reconquête doivent s’unir », il est excommunié manu militari de « La France avec Jordan Bardella ».
🔴 Et aussi...
En octobre 2023, à une membre qui demande pourquoi le RN et le parti de Zemmour ne s’allieraient pas – et qui sera virée pour cette question –, l’une des administratrices explique : « Le créateur de groupe ainsi que la plupart des administrateurs font partie du Rassemblement national. […] Nous sommes très rigoureux sur la tenue du groupe et revendiquer une union de droite n’est pas dans la ligne politique. […] Merci de comprendre que nous respectons scrupuleusement la politique du Rassemblement national. » Un mois plus tard, sous une publication relative à l’immigration, un membre commente en toute impunité : « Quand viendra le moment, on saura se débarrasser des sauvages. » Tandis qu’un autre prévient : « Défendez-vous contre les envahisseurs. » À cet instant, huit députés sur les neuf épinglés en sont déjà membres. Aucun ne réagit à ces propos. Par respect scrupuleux de la politique du RN ?
Mise à jour du 3 juin 2025 à 12 h 16. Si Nicolas Dragon reconnaît avoir été membre du groupe, il assure, au lendemain de la publication de notre enquête, ne pas savoir comment, peut-être « sur proposition de quelqu’un par le biais d’une invitation à rejoindre tel groupe comme [il] en reçoi[t] des dizaines et des dizaines par semaine ». « Je n’étais pas au courant de ce qui se dit ou se partage sur ce groupe, je n’y vais jamais tout simplement, je n’ai pas le temps disponible pour le faire, nous explique le député de l’Aisne, qui est le seul des neuf députés à avoir répondu aux « Jours ». Je vais donc quitter ce groupe, compte tenu de ce que j’ai pu découvrir. Je ne crois pas que des élus ou cadres du Rassemblement national approuvent cela, ou laissent faire, bien au contraire. » Il nous indique enfin avoir signalé les propos au dernier administrateur disponible. Les 18 précédents, qui s’étaient illustrés par leur modération a minima, s’en étant en effet carapaté en recevant nos questions.
Mise à jour du 3 juin 2025 à 18 h 42. À la suite de notre enquête, le député Thomas Portes (La France Insoumise) a saisi Laure Beccuau, la procureure de la République de Paris, au titre de l’article 40 du code de procédure pénale[7]. Dans ce signalement, consulté par « Les Jours », l’élu dénonce les « propos islamophobes, antisémites, homophobes, racistes, appels à la haine, à la violence, voire au meurtre » publié dans le groupe Facebook « La France avec Jordan Bardella » qui, « en très grande majorité, n’ont fait l’objet d’aucune modération », ajoute-t-il, s’appuyant sur nos révélations avant de lister les neuf députés RN qui en étaient membres. Leur présence dans ce groupe « sans qu’ils n’en dénoncent les dérives, peut être analysée comme une abstention fautive ou une tolérance de fait à l’égard de discours manifestement haineux », estime-il. Thomas Portes enjoint enfin la procureure de la République de Paris de « faire cesser ces agissements, en poursuivre les auteurs, et évaluer les responsabilités encourues, notamment par les représentants élus ayant eu connaissance de ces faits sans les dénoncer ».
En mars 2026, apparait à La Rochelle compris, que plus de 10 % des listes investies par le RN aux élections municipales accueillent des personnes ayant diffusé des propos antisémites, racistes, complotistes, violents[12]…
Malgré ses prétendus contrôles, le parti dirigé par Marine Le Pen et Jordan Bardella voit à nouveau son image écornée par des posts problématiques sur le réseau social Facebook à l’occasion des élections municipales. En effet, le compte public de Guy Perrenot, 40e sur la liste Rassemblement La Rochelle, contient plusieurs contenus qui apparaissent, soit raciste, soit homophobe, soit islamophobe, soit sexiste, soit antivax[13].
Dans le cadre de son “ nouveau chapitre ” historique, l’Allemagne s’est transformée en une sorte de shtetl juif. Les descendants des nazis adoptent des symboles juifs, admirent le sionisme et s’attaquent aux juifs qui critiquent Israël – le tout bien sûr, au nom de la lutte contre l’antisémitisme.
Lors de ma première année à Berlin, j’ai entendu un enfant raconter cette “ blague ” : “ Quelle est la différence entre les juifs et les musulmans ? Les juifs, eux, y sont déjà passés. ” Ce n’était pas drôle à l’époque, et ça l’est encore moins aujourd’hui, car comme dans toute blague, il y a un fond de vérité. Ici, cette vérité touche aux fantasmes meurtriers de la majorité blanche et aux peurs des minorités. L’enfant qui a raconté cette blague était juif, petit-fils de survivants de la Shoah qui ressentent aujourd’hui un certain soulagement, car ils “ y sont déjà passés ”.
Texte écrit par Iris Hefetz et publié en hébreu le 30.06.2025 sur le site de la revue Mekomit, traduit par les membres de Tsedek! avec son autorisation. Iris Hefetz est psychanalyste et membre de l’organisation « La Voix Juive pour une Paix Juste au Moyen-Orient ».
Sources :Iris Hefetz | mis à jour le 30/05/2026 L’Allemagne d’il y a 23 ans était une autre Allemagne. C’était encore une société et un État antimilitaristes et antinationalistes, qui respectaient dans une certaine mesure leur Constitution et le droit international. À l’époque, un million de personnes avait défilé contre la guerre illégale des États-Unis en Irak à laquelle l’Allemagne avait refusé de participer. C’était une société dans laquelle de nombreuses personnes avaient personnellement vécu les conséquences du régime nazi, et les séquelles de ce projet mégalomane, ainsi que de la guerre froide. Les pancartes contre la course à l’armement face à l’URSS affluaient en masse à Berlin.
Konrad Adenauer
🔴 L’Allemagne d’après la défaite nazie était un lieu en ruines. Son premier chancelier, Konrad Adenauer, déclara dans une interview télévisée :
“ Nous avons causé un tel tort aux juifs, commis contre eux des crimes si horribles, qu’il fallait les expier ou les réparer d’une certaine manière, si nous voulions regagner le respect des peuples du monde. ”
Puis il ajouta un point crucial :
“ Le pouvoir des juifs – même aujourd’hui, surtout en Amérique – ne doit pas être sous-estimé. C’est pourquoi j’ai consciemment et modérément investi tous mes efforts dans la réconciliation entre le peuple allemand et le peuple juif. ” Cette déclaration antisémite, qui attribue un pouvoir aux juifs, reflète une vision toujours vivace aujourd’hui. Elle s’accorde avec le fait qu’Adenauer employait Hans Globke, un nazi ayant contribué à rédiger les lois de Nuremberg, comme secrétaire général de son cabinet (avec l’approbation de Ben Gourion, qui avait signé l’accord de réparations).
L’identification - elle-même antisémite - entre Israël et les juifs est aujourd’hui plus forte que jamais et caractérise particulièrement la politique de l’Allemagne post-réunification. Si autrefois les juifs étaient perçus comme des “ autres ” menaçants qu’il fallait anéantir, aujourd’hui – après que l’Allemagne a exterminé une grande partie des juifs d’Europe et certains d’Afrique du Nord –les juifs sont devenus des accessoires convoités. Autrefois, pour qu’une Allemande puisse “se libérer” de son passé nazi, elle devait aller dans un kibboutz comme volontaire, trouver un kibboutznik séduisant, se convertir selon les règles strictes, et mettre au monde des enfants qui rejoindraient l’armée, faisant d’elle une “ bonne juive ”.
Noa Tishby en Allemand Aujourd’hui, ce long parcours n’est plus nécessaire. La majorité des Allemands s’est convertie au sionisme, se passant de la circoncision ou de toute démarche religieuse.Une partie de la “ gauche ” allemande est composée d’hommes en quête d’une identité qu’ils ont su trouver dans l’image d’Israël. Ils parlent comme Noa Tishby, s’enveloppent dans des drapeaux de l’Etat israélien ou de son armée, assistent à des spectacles de danses folkloriques pour fêter les relations diplomatiques, et sauvent les juifs de “ l’antisémitisme ”.
🔴 Selon des données publiées dans le magazine israélien berlinois Spitz (article supprimé par la suite), plus de la moitié des plaintes pour actes antisémites en Allemagne proviennent par exemple d’Allemands chrétiens, dont les grands-parents étaient nazis, qui se disent agressés par des juifs manifestant contre Israël.
Il semblerait que les petits-enfants de nazis sont très sensibles aux “ attaques antisémites ” censées les viser, surtout si elles viennent de juifs ou d’Israéliens. Cela blesse leurs sentiments et trouble leur identité. Le journaliste d’Haaretz Itay Mashiach[0], qui a enquêté sur les chiffres prétendument élevés de l’antisémitisme en Allemagne, a découvert qu’ils sont largement manipulés, sans transparence, souvent basés sur des échanges de mails avec une seule personne – chaque mail étant compté comme un “ incident antisémite ”.
M. Zimmermann, 01/2024.Avishag Shaar-Yashuv
🔴 Autre exemple : le professeur d’histoire Moshe Zimmermann a déclaré devant le parlement du Land de Saxe que la leçon tirée de la Shoah se devait d’être universelle - et qu’elle serait donc valable aussi pour Israël. L’Office fédéral de surveillance de l’antisémitisme a décidé que cette déclaration équivalait à comparer Israël au régime nazi, et l’a classé comme “ incident antisémite ”. Comme ces institutions sont conscientes du fait qu’elles se ridiculisent, elles n’ont pas précisé qu’il s’agissait d’un juif israélien (issu d’une famille de survivants de la Shoah allemande) mais le décrivent comme un simple “ orateur ”. C’est aussi le cas pour tout juif ayant manifesté contre le génocide à Gaza depuis le 7 octobre avec une pancarte s’identifiant comme tel : tous les membres de l’organisation Jüdische Stimme (Voix Juive pour la Paix[1]) et d’autres non affiliés ont été arrêtés et ont fait l’objet d’accusations (d’incitation ou d’usage de symboles inconstitutionnels) qui ont par la suite été levées. J’ai moi-même été arrêtée cinq fois. Ces cas nourrissent les statistiques des “ incidents antisémites en Allemagne ”.
🔴La célèbre « culture du souvenir » allemande, originellement portée par des membres de la société civile - des personnes fouillant dans les archives familiales et de quartier et confrontant leurs proches qui niaient souvent avec véhémence les crimes de leurs parents et grands-parents - a beaucoup changé. A la place de ces projets individuels et marginaux, cette culture de la mémoire s’est institutionnalisée en un projet étatique doté de moyens financiers importants. La chute du mur n’a pas seulement été un moment de joie : pour beaucoup elle a aussi suscité l’angoisse. C’était la fin de la punition infligée à l’Allemagne pour sa folie meurtrière qui avait conduit à deux guerres mondiales et à des millions de morts en Europe. Cette marque d’infamie a été effacée aux yeux de l’Allemagne, qui s’est alors engagée dans un nouveau chapitre.
🔴 L’une des étapes fut la création du Mémorial aux juifs assassinés d’Europe, en plein cœur de Berlin. Elle fut initiée par une Allemande chrétienne du nom d’Edith Rosh, qui a changé son prénom en Lea. La communauté juive institutionnelle n’a pas été impliquée dans ce projet, et Rosh l’a clairement fait savoir au chef de la communauté : “ Cela ne vous concerne pas, ce sont les descendants des agresseurs qui construisent le mémorial, pas les juifs. Mais ce serait bien si vous pouviez acquiescer d’un signe de tête. Le peuple allemand érigera un mémorial afin que tout le monde comprenne que nous avons traité notre histoire ”. Puis elle a ajouté cette phrase : “ Nous, les Allemands, devons poser un signe clair et visible, fournir une preuve publique du fait que nous assumons la responsabilité de notre passé, et que nous avons l’intention d’écrire un nouveau chapitre de notre histoire.”
Le Shtetl juif, version Allemande Dans le cadre de ce “ nouveau chapitre ”, l’Allemagne s’est transformée en une sorte de shtetl juif. Il n’existe aucun autre endroit au monde où l’on peut entendre autant de musique klezmer, adaptée à l’oreille allemande. Les prénoms les plus courants en Allemagne ces dernières décennies sont des prénoms hébraïques et juifs. Une liste aléatoire d’étudiants semble tout droit sortie de Mea Shearim : Samuel, Yaakov, Esther, Yehudit, Léa, Rahel, Rivka, Hanna — et bien sûr, le prénom juif par excellence pour les femmes : Sarah. Les Chrétiens ont enfanté leurs propres juifs, comme si ces derniers n’avaient jamais été exterminés.
🔴 L’État allemand a commencé à financer la conversion de chrétiens au judaïsme dans un cadre réformé, recréant ainsi le judaïsme libéral allemand qui avait été anéanti - une “ nouvelle judaïté ” évidemment bien plus désirable que celle des ultra-orthodoxes, qualifiés d’” Ostjuden ”. Des départements d’études juives ont poussé comme des champignons après la Shoah, avec un corps enseignant composé presque entièrement de chrétiens convertis formant des rabbins au sein des universités[2] (comme on y forme aussi les pasteurs protestants, ou les médecins, qui passent ensuite des examens d’État). Les écoles rabbiniques ont envoyé des rabbins dans tous les recoins de l’armée et de la police, et l’Allemagne s’en est vantée — bien qu’il n’y ait même pas un seul minyan dans l’armée ou la police allemande, pas même pour Yom Kippour.
🔴 Il s’agit d’un Luftgeschäft - une entreprise fictive - visant à améliorer l’image de l’Allemagne, en lui permettant de redevenir ce qu’elle était avant la Seconde Guerre mondiale : autrement dit, nier la Shoah en créant l’illusion d’un retour à une vie juive d’avant-guerre. C’est pour cette raison qu’être juif est devenu quelque chose de très convoité en Allemagne. Tellement convoité, que les suppléments des journaux sont remplis de scandales :
▪️on découvre fréquemment qu’un grand rabbin s’était en fait fait passer pour juif ;
▪️ deux auteurs juifs se disputent afin de savoir “ qui est juif ”, parce que l’un n’a qu’un seul grand-père juif qui a été dans un camp de concentration, et l’autre a deux parents juifs ;
Berliner Zeitung
▪️ Le dernier scandale[3] a éclaté lorsque l’auteure Deborah Feldman a découvert par hasard que le rédacteur en chef du journal de la communauté juive institutionnelle en Allemagne - financé par l’État - se présentait comme juif et utilisait ce statut pour discréditer toute personne qui ne soutiendrait pas Israël. Il affirmait que la famille de sa mère iranienne avait jadis été juive et qu’elle avait adhéré à la foi bahaïe en Iran uniquement à cause des persécutions antisémites (histoire fortement invraisemblable, puisque les bahaïs sont beaucoup plus persécutés que les juifs en Iran).
🔴 Donc, il y a en Allemagne de nombreux “ faux Jjuifs ” - des chrétiens convertis au sionisme - qui “ protègent la vie juive en Allemagne ”. Et qui vient perturber ce récit ?
Ce sont les juifs non sionistes, ceux qui refusent que le duo Allemagne–Israël parle en leur nom. Aujourd’hui, environ un tiers des personnes licenciées, interdites de parole dans les espaces publics ou soumises à un boycott silencieux pour “antisémitisme” en Allemagne, sont des juifs[4].Des Allemands d’origine chrétienne ou avec un histoire familiale nazie traitent des juifs d’antisémites.
Récemment, la cheffe de la police de Berlin a déclaré dans une interview au journal libéral Die Zeit[5] qu’elle déconseillait aux juifs et aux homosexuels de se rendre dans certains quartiers de Berlin, à forte population immigrée. Lorsqu’on lui a demandé si elle disposait de données empiriques pour justifier cette mise en garde, elle a répondu que “ heureusement, rien ne s’était produit ”, mais que tout de même, des policiers allemands étaient victimes d’attaques à caractère antisémite lors des manifestations pro-palestiniennes. Cela inclut bien sûr tous les juifs qui ont été arrêtés par la police et parfois même battus. Les images de ces violences policières circulent de manière virale à travers le monde[6], et exposent la réalité de “ la protection de la vie juive en Allemagne ”. En vérité, les “ nouveaux juifs ” sont les policiers allemands.
🔴 En Allemagne, les juifs sont censés soutenir la société à majorité blanche et raciste qui persécute à la fois les musulmans mais aussi les migrants. L’Allemagne, comme la plupart des pays occidentaux, est dépendante de l’immigration. Après de nombreuses années de faible natalité, elle manque de travailleurs dans presque tous les secteurs. Un quart des employés du système de santé allemand, qui souffre déjà d’une pénurie de personnel, sont des migrants ou des personnes ayant un “ arrière-plan migratoire ” (terme de la bureaucratie allemande selon lequel - comme dans les lois de Nuremberg - ceux qui ont un grand-père ou une grand-mère migrants appartiennent à cette catégorie).
🔴 Cela a poussé l’ancienne chancelière Angela Merkel à accueillir en Allemagne une grande vague d’immigration, principalement en provenance de Syrie[7], ce qui a été un succès sur le plan de l’emploi. La politique économique de l’Allemagne s’étant ces dernières décennies orientée vers le néolibéralisme (ce qui creuse les écarts entre riches et pauvres, fragilise la classe moyenne et affecte les services publics privatisés puis rachetés, etc.), cette immigration permet de désigner un bouc émissaire classique : après avoir exterminés les juifs, ce sont désormais les musulmans et les arabes qui sont visés. Des études font état d’une discrimination évidente envers les non-blancs, surtout à des postes d’influence. Les Allemands blancs n’ont pas de problème avec les médecins musulmans, les avocats arabes ou les ingénieurs noirs. Il y a un problème quand ils accèdent à des positions de pouvoir : de députés, d’enseignants, de politiciens, de juges. Dans ces cas-là, des oppositions se font entendre.
Les persécutions et les discriminations se sont nettement aggravées depuis les attentats du 11 septembre, et, si l’on pensait que la situation s’était un peu calmée, la politique des élites allemandes après le 7 octobre a détruit la société allemande unifiée.
Israélisation de la politique
L’Allemagne connaît une israélisation de sa politique : après de nombreuses années avec un gouvernement de coalition, le programme de l’ensemble des partis a dérivé vers la droite (vous savez comment c’est, il faut faire des compromis, influencer de l’intérieur, etc.). La motivation principale des politiciens est de conserver leur pouvoir, tandis que les lobbies font leur travail.
🔴 Autrefois, l’Allemagne se caractérisait par une vie politique austère, des débats parlementaires sans éclat et des fonctionnaires absorbés par la rédaction de lois sophistiquées. Mais ces dernières années, le Parlement est le théâtre de scènes d’enthousiasme collectif. Tous, de gauche comme de droite dans cette unité blanche allemande tant convoitée, applaudissent suite à une mesure adoptée contre le mouvement BDS qui implique de contourner la constitution allemande, ou s’emballent après avoir validé un dépassement budgétaire destiné à investir des millions d’euros dans l’armement. Selon eux, l’Allemagne “ a travaillé sur son passé ” et peut ouvrir un nouveau chapitre. Comme l’a dit le chancelier allemand, “ l’Allemagne fait son comeback ”.
🔴 L’identification à Israël accompagne l’Allemagne dans son retour vers un État militaire.
Elle contribue à briser le tabou du nationalisme ;
elle participe aussi à la réhabilitation de l’image de l’homme allemand, qui, dans les années suivant la guerre, avait tenté de ne plus être “ allemand ” en mettant en avant des traits plus doux - une éducation non autoritaire des enfants, le fait de fumer (les nazis y étaient opposés), le tricot, le port de salopettes dans des communautés de gauche, et parfois même le soutien à la cause palestinienne.
Tout cela est désormais dépassé. L’Allemagne est en crise économique depuis au moins deux ans. Son industrie automobile s’effondre et se transforme en industrie de l’armement. Les actions des entreprises d’armement allemandes montent en flèche, et des “ experts en sécurité ” parlent dans les studios et les journaux de la formidable et sophistiquée armée israélienne comme un modèle à suivre.
F. Merz, 17 juin 2025, à Kananaskis, au Canada
🔴 Récemment, le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré qu’Israël “ fait pour nous le sale boulot[8] ” en référence à une attaque contre l’Iran. Roderich Kiesewetter,l ’expert en sécurité de son parti a affirmé : “ Nous sommes aussi prêts à mourir pour Israël[9]”. C’est ainsi que l’Allemagne – pays où la collectivisation était tabou – construit un “ nous ” et prépare la société à la conscription obligatoire (qui existe dans la loi mais n’est pour le moment pas appliquée). Ces déclarations antisémites sur des juifs qui feraient le “ sale boulot ” pour l’Allemagne ne sont pas nouvelles, et qualifier le meurtre de civils de “ sale boulot ” rappelle le discours de Posen prononcé par Himmler, ou le propos de Rudolf Höss lors des procès de Nuremberg.L’Allemagne fait son come-back.
🔴 Ce retour en force implique, comme en Israël, des attaques contre les organisations de la société civile. Et cela se traduit par :
des attaques contre des avocats et des tribunaux ;
la violence policière pour réprimer les manifestations de la gauche contre les néonazis qui défilent déjà en plein cœur de Berlin, ou les manifestations pro-palestiniennes (un nouveau rapport du commissaire aux droits de l’homme de l’Union européenne en fait état[10) ;
la qualification de l’organisation “ Derniè]re Génération ” — qui lutte contre la crise climatique et dont les militants se sont physiquement collés à la chaussée sur des autoroutes — comme organisation terroriste ;
la persécution politique des organisations pro-palestiniennes ;
les attaques contre la liberté d’expression (interdiction d’entrée à des intervenants, y compris des citoyens européens ou des employés de l’ONU qui parlent de la question palestinienne, présence de policiers lors des conférences où ils s’expriment, usage d’agents secrets dans les universités “ pour protéger la vie juive en Allemagne ”) ;
des artistes qui avaient trouvé refuge en Allemagne, parce qu’on pouvait y étudier gratuitement et obtenir des bourses généreuses pour des projets artistiques, commencent à partir. L’Allemagne a adopté la définition de l’antisémitisme de l’IHRA[11][12] et les artistes qui reçoivent une bourse doivent la signer, et si leur projet est jugé non conforme à cette définition, ils doivent alors rembourser l’argent.
En bref, tout l’arsenal des États autoritaires est mis en œuvre sous couvert de lutte contre l’antisémitisme.
🔴 En même temps :
des politiciens tels que le chancelier parlent du “ drapeau juif ” en désignant le drapeau d’Israël ;
et des journalistes (du journal Der Spiegel, à deux reprises déjà) ont écrit à propos d’événements qu’ils avaient eu lieu à “ l’ambassade juive à Berlin ”.
Par ailleurs, certains policiers ont été surpris en train d’échanger dans des groupes de discussion où circulaient des propos néonazis, tandis que le pays est dirigé par des descendants de nazis, dont certains revendiquent cet héritage ou choisissent de garder le silence (le chancelier actuel est resté silencieux sur le passé nazi de son grand-père[13], celui d’Annalena Baerbock, ancienne ministre des Affaires étrangères, et les grands-pères de Beatrix von Storch du parti d’extrême droite étaient soldats dans l’armée allemande, et l’un d’eux fut ministre nazi des Finances).
Il est probable que les attaques actuelles contre la société civile ne soient pas liées au conflit israélo-palestinien, mais que la “ lutte contre l’antisémitisme ” serve de levier pour promouvoir un agenda politique de droite, à un moment où les migrants arrivés en Allemagne lors de la vague de 2015 deviennent citoyens et gagnent en influence politique.L’Allemagne leur fait comprendre[14], aux millions de Syriens, Turcs, Afghans, qu’ils peuvent bénéficier de ce qu’elle a à offrir à condition qu’ils soient “ de bons migrants ”, c’est-à-dire s’ils acceptent d’être des sujets sans droits politiques. Comme en Israël : soyez de bons Palestiniens, occupez-vous du folklore, du houmous ou de la musique orientale, la majorité blanche s’occupe du programme politique.
🔴 L’Allemagne est entrée dans une course à l’armement et fournit à Israël au moins un tiers des armes utilisées pour le génocide à Gaza[15]. On y observe également une montée significative de la droite[16] et des tendances autoritaires qui se sont clairement renforcées au fil des années. Malgré tout cela, à la différence d’autres pays occidentaux adoptant des politiques comparables, l’opposition demeure très timide. Suite à une campagne d’épuration dans la presse, il n’y reste essentiellement que des journalistes qui font la promotion d’Israël et amplifient ses discours. Il y a là une politique d’incitation et de répression de toute activité et voix critique envers la politique israélienne,et ce n’est que récemment, après les dernières élections, que des politiciens s’opposant clairement au génocide mené par Israël sont entrés au parlement.
🔴 Pourtant, une majorité écrasante de la société allemande s’oppose de manière constante à la fourniture d’armes à Israël[17]. Et malgré toute la propagande pro-israélienne et les drapeaux israéliens qui flottent au-dessus de chaque bureau gouvernemental en Allemagne,73 % des individus pensent qu’Israël commet un génocide à Gaza, même si les manifestations contre ce génocide mobilisent peu.L’obéissance de l’élite blanche, et la coopération des universitaires et des artistes qui (comme d’habitude) restent silencieux ou s’identifient ouvertement au système, est assourdissante.
Ugo Palheta sociologue, maître de conférences à l’université de Lille et chercheur au Cresppa-CSU.
Sociologue spécialiste des extrêmes droites, Ugo Palheta analyse dans son dernier ouvrage l’accélération du processus de « fascisation » en France. Comment le fascisme gagne la France est une version largement remaniée et augmentée d’un premier opus, la Possibilité du fascisme, paru en 2018. Ugo Palheta y note une progression des thèses racistes et xénophobes, tout en réfutant l’inéluctabilité d’une victoire prochaine du Rassemblement national[0]. À condition de « renouer avec l’antifascisme ». Il appelle à un sursaut et à un débat stratégique au sein de la gauche.
Sources :l'Humanité | Diego Chauvet :Qu’est-ce qui a changé depuis « la Possibilité du fascisme » paru en 2018 pour justifier cette nouvelle édition ? Ugo Palheta :Le changement tient surtout à l’amplification de dynamiques que j’avais identifiées à l’époque, et pour commencer la progression électorale du Rassemblement national (RN). En 2018, on croyait encore que le RN avait atteint un plafond de verre. Après le débat raté de Marine Le Pen face à Emmanuel Macron en 2017 et les mauvais scores du parti aux législatives qui avaient suivi, beaucoup pensaient que l’extrême droite était durablement affaiblie. En réalité, elle a depuis poursuivi une dynamique de renforcement. Aujourd’hui, elle constitue le seul bloc en expansion dans un paysage politique tripolaire, aux côtés du pôle néolibéral-autoritaire (Macronie-LR) et du pôle de gauche.Autre amplification majeure : le durcissement autoritaire de l’État.
Cela avait commencé sous Nicolas Sarkozy et François Hollande, mais cela a pris une ampleur inédite avec Emmanuel Macron :
répression brutale des mobilisations (gilets jaunes, quartiers populaires, Sainte-Soline…)[1]
Ce basculement s’accompagne de la banalisation et de la radicalisation du racisme d’en haut[3].
Non seulement les politiques anti-immigrés ont été considérablement durcies par les droites au pouvoir, mais les partis et médias dominants n’ont cessé de construire l’islam et les musulmans comme ennemi de l’intérieur[4]. Les deux meurtres récents visant explicitement des musulmans nous rappellent une fois de plus que ce racisme tue.
Diego Chauvet :Pourquoi le discours sécuritaire et xénophobe de la droite et du centre ne siphonne-t-il pas l’électorat de l’extrême droite ? Ugo Palheta :En fait, ces stratégies ne neutralisent pas l’extrême droite.Au contraire, elles banalisent ses idées et les rendent hégémoniques. Prenons 2007 : Nicolas Sarkozy a capté une partie de l’électorat du Front national, mais ça n’a été que provisoire. En reprenant les thèmes de l’extrême droite, les partis traditionnels déplacent le centre du débat public vers ses obsessions[5] : immigration, islam, insécurité. Être hégémonique pour une force politique, c’est, notamment, parvenir à imposer les termes du débat, donc que les autres forces débattent ou légifèrent à partir de ce qui fait « problème » pour vous. Ainsi, quand la droite ou le centre gauche reprennent les obsessions de l’extrême droite, ils contribuent à bâtir les conditions de son hégémonie. À court terme, ils peuvent grappiller des points aux élections mais, à moyen et long terme, c’est l’extrême droite qui rafle la mise.
Diego Chauvet :Vous notez également une part de responsabilité de la gauche. Quelle est-elle ? Ugo Palheta :Le premier problème, c’est que la gauche dite de gouvernement a elle-même mené des politiques destructrices socialement :
austérité sous François Mitterrand (la « rigueur »)[6] ;
Ces choix ont généré précarité, insécurité sociale, concurrence généralisée.Mais, si cette insécurité sociale a pu favoriser l’extrême droite, c’est que les politiques néolibérales, de droite comme de gauche, se sont accompagnées de discours et de politiques anti-immigrés et plus tard islamophobes.Si bien que les incertitudes et les peurs croissantes (de la précarité, du déclassement, etc.) ont été politisées selon un schéma xénophobe et raciste, orientées vers des boucs émissaires fournis notamment par toute l’histoire coloniale de ce pays : immigrés, musulmans, quartiers populaires.
🔴La gauche n’a pas troqué les immigrés contre la classe ouvrière.
Elle a durci son discours et ses politiques d’immigration au moment même où elle abandonnait les travailleurs. Mais il y a eu aussi des reculs idéologiques : outre l’acceptation de l’idée qu’il y aurait « trop d’immigrés », tout le discours historique de gauche autour de l’exploitation et de la lutte des classes a disparu dans ces années au profit d’une rhétorique vaguement « citoyenniste » ou contre l’exclusion, qui ne désignait plus aucun ennemi et épargnait ainsi la bourgeoisie. Or ce vide a été comblé par les récits identitaires de l’extrême droite : la nation menacée, l’islam contre la République, l’étranger comme ennemi intérieur.
Diego Chauvet :Vous évoquez un basculement de l’État social vers un État pénal. En quoi cela relève-t-il d’une fascisation plutôt que d’un simple durcissement sécuritaire ? Ugo Palheta:On parle souvent de « dérive », mais cela atténue la portée du phénomène. Mon hypothèse, c’est que ce qui se cherche ou se prépare n’est pas juste un État capitaliste démocratique un peu plus répressif, mais un État d’exception :
En outre, certains groupes – Roms, migrants, musulmans – subissent d’ores et déjà un traitement d’exception. Ce qui commence à la marge finit par s’appliquer à tous, sous la forme d’un État policier[12].
🔴Cette évolution repose aussi sur une alliance renforcée entre autoritarisme et pouvoir économique.
Des secteurs entiers du capital – industries fossiles, sécurité, armement, Big Tech, agrobusiness – parient désormais sur des stratégies autoritaires.Bien sûr, ce durcissement a pour objectif d’imposer la refonte néolibérale des rapports sociaux et de relancer l’accumulation du capital, mais il a aussi des visées banalement électorales : si, dès 2017, Macron a opéré un virage autoritaire et raciste[11], c’était pour capter l’électorat de droite, élargir sa base sociale et ainsi se maintenir au pouvoir en 2022.
Diego Chauvet :Cette fascisation ne résulte-t-elle pas d’une stratégie réussie de la part du RN ? Ugo Palheta: Le RN a mené une stratégie bien pensée de respectabilisation (dite « dédiabolisation »), mais certaines conditions ont favorisé leur succès.
D’abord, cette stratégie n’aurait jamais fonctionné à ce point sans un haut niveau de complicité politique et médiatique, acceptant l’idée même que le RN d’aujourd’hui n’aurait plus rien à voir avec le FN d’autrefois.
En outre, le RN prospère sur un terreau d’instabilité et d’incertitudes produit par des politiques néolibérales, face à une gauche impuissante ou carrément complice là encore.
Dans ce contexte, un électorat s’est structuré à partir des années 1980, composé pour l’essentiel de gens qui n’ont jamais été politisés à gauche et qui sont imprégnés profondément par des rhétoriques de droite et d’extrême droite (mêlant refus du prétendu « assistanat » et refus de l’immigration).
Pour revenir au FN-RN, Marine Le Pen a cherché à se démarquer des déclarations antisémites et négationnistes de son père (qu’elle avait toujours acceptées jusque-là), tout en conservant l’essentiel de son idéologie. Elle a aussi habilement ajouté plusieurs notes à sa gamme ethno-nationaliste, par exemple en instrumentalisant la cause des femmes à des fins racistes (les immigrés et les musulmans seraient responsables de la persistance du patriarcat et des violences de genre) ou encore la lutte contre l’antisémitisme, prétendant que les ennemis des juifs seraient aujourd’hui les musulmans et la gauche.
Diego Chauvet :Faut-il considérer la progression de l’extrême droite comme inéluctable ? Peut-on encore infléchir cette dynamique ? Ugo Palheta: Le récit de l’inéluctabilité est lui-même un facteur de défaite. En juillet 2024, l’ensemble des sondages donnaient le RN largement gagnant[13]. Pourtant, ce n’est pas ce qui s’est passé. Certes, il a progressé, mais c’est la gauche qui a obtenu une majorité relative grâce notamment à une forte mobilisation militante[14]. Cela montre que la mécanique peut être brisée. « Ceux qui luttent peuvent perdre, mais ceux qui ne luttent pas ont déjà perdu », écrivait Brecht.
Un certain volontarisme est nécessaire, même si l’action en elle-même ne suffit pas : nous avons aussi besoin d’un débat stratégique sérieux pour savoir comment employer nos forces, quelles alliances sont nécessaires pour vaincre et changer la société. Ce livre ne propose donc pas un constat désespéré ou une énième lamentation. Il vise à réveiller les consciences, mais surtout à comprendre comment nous en sommes arrivés là et, à partir de là, à définir une stratégie.
Diego Chauvet :Justement, quel est cet antifascisme avec lequel vous appelez à renouer ? Ugo Palheta:D’abord, cela suppose de refuser la normalisation du RN, sa banalisation.Employer le terme de fascisme, c’est rompre avec un récit anesthésiant et nommer clairement le danger.On le voit avec Netanyahou, Poutine ou Trump, l’extrême droite, ce ne sont pas que des discours, ce sont des actes: massacres (jusqu’au génocide à Gaza), arrestations et expulsions arbitraires, assassinats ciblés, etc.
🔴Renouer avec l’antifascisme, c’est donc d’abord défendre notre camp social, qui inclut l’antiracisme, le féminisme, l’écologie sociale, toutes les luttes contre les dominations.
Cette autodéfense est concrète : face aux agressions d’extrême droite, mais aussi pour protéger les droits fondamentaux des plus vulnérables. Mais l’antifascisme ne peut se limiter à la défense. Il doit redevenir un moteur politique, un point de ralliement. L’été dernier, un front commun a brièvement émergé à partir du ciment que constitue l’antifascisme et il faut prolonger cette dynamique :parce que l’extrême droite s’en prend à tout le monde, il nous faut l’unité des mouvements d’émancipation contre elle.
🔴Le problème, c’est que cela est resté cantonné aux élections.
Le Nouveau Front populaire n’a pas donné lieu à des campagnes de terrain durables, faute de volonté commune et de travail collectif. Or la gauche est forte quand elle fait vivre les luttes, toutes les luttes : dans les quartiers, les villages, les universités et bien sûr les lieux de travail.
🔴Il faut enfin livrer une bataille culturelle.
Pas seulement démonter les mensonges du RN, mais convaincre qu’une politique alternative est possible.
Beaucoup partagent nos idées mais n’y croient plus.
Il faut restaurer cette confiance, mais aussi articuler les propositions d’urgence à un horizon positif.
Ne pas se contenter de dire non aux politiques néolibérales ou répressives, mais formuler le projet d’une société libérée de l’exploitation, du racisme, du patriarcat.
C’est ce que le mouvement ouvrier a longtemps su faire : relier les luttes immédiates à un projet global de transformation.
🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴
Informations sur l’auteur :
Ugo Palheta, sociologue, maître de conférences à l'université de Lille, est l'auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels Défaire le racisme, affronter le fascisme (avec Omar Slaouti, La Dispute, 2022) ou La Nouvelle Internationale fasciste (Textuel, 2022). Il est également codirecteur de la revue en ligne Contretemps et anime un podcast sur les extrêmes droites intitulé " Minuit dans le siècle ".
Patrick Kanner, sénateur socialiste " Le Parti Socialiste est rentré dans une logique groupusculaire dans un climat crépusculaire[obis]"
Le premier secrétaire sortant a été réélu avec 50,9 % des suffrages exprimés, dans un congrès qui n’a bénéficié d’aucune réelle dynamique. Faible participation, effectifs en recul, clivages surjoués : le Parti socialiste n’est pas sorti de sa convalescence.
C’est une victoire au goût amer, mais une victoire quand même.
Olivier Faure est arrivé en tête du vote des adhérent·es du Parti socialiste (PS), jeudi 5 juin, avec 50,9 % des suffrages exprimés. Il devance de peu son adversaire Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen (Seine-Maritime), qui a engrangé 49,1 %. Les résultats doivent être ratifiés entre les 13 et 15 juin à Nancy (Meurthe-et-Moselle), où se terminera le congrès.
« Dès demain, nous poursuivrons le travail commencé en 2018 pour amplifier la dynamique, avec un Parti socialiste ancré au cœur de la gauche », a déclaré Olivier Faure sur X[0]. Pour ses partisan·es, sa reconduction au poste de premier secrétaire est un soulagement d’autant plus grand que sa défaite aurait mis un terme à la tentative – déjà fragile – de construction d’une candidature commune de la gauche et des écologistes pour la présidentielle de 2027.
Jusqu’au bout, Olivier Faure s’est posé en passerelle de l’union de la gauche, en s’affichant notamment aux côtés de François Ruffin[1] à Amiens (Somme) – qui s’est dit favorable à une primaire –, rappelant par là même que le scrutin interne du PS dépassait cette année ses frontières. « On a assumé une forme d’honnêteté auprès des militants. On souhaite une candidature commune et on ne fera pas un préalable du fait que ce soit une candidature socialiste », explique Johanna Rolland, maire de Nantes (Loire- Atlantique) et numéro deux du PS.
Mais le 81 congrès du PS a surtout mis en lumière la grande faiblesse d’un ancien parti de gouvernement, toujours partagé entre la nostalgie de sa « splendeur » passée et l’acceptation de sa relégation au rang d’une organisation modeste, affaiblie par ses résultats aux dernières élections présidentielles – 6,3 % en 2017 ; 1,7 % en 2022. Et qui ne peut plus prétendre à jouer les premiers rôles.
Une victoire limitée Le résultat du vote sur les textes d’orientation (TO) témoignait déjà de cette indétermination[2] :
le TO du premier secrétaire sortant avait obtenu 42,21 % des suffrages exprimés ;
celui de Nicolas Mayer-Rossignol, 40,38 %.
Alors qu’Olivier Faure revendiquait, fin 2024, dix mille nouvelles adhésions que l’on pouvait interpréter comme une adhésion à sa ligne unitaire, et qu’il pouvait mettre à son crédit le doublement du groupe socialiste après les législatives de 2024, il n’a bénéficié d’aucune dynamique dans ce congrès.Son résultat est très similaire à celui du congrès de Marseille (Bouches-du-Rhône), en 2023, lors duquel il avait obtenu 50,83 %[3]des suffrages exprimés.
De son côté, Nicolas Mayer-Rossignol espérait inverser la vapeur après avoir fusionné avec le courant d’Hélène Geoffroy, la maire de Vaulx-en-Velin (Rhône). Il n’en a rien été.
Quant à Boris Vallaud, le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, sa candidature a échoué à briser l’étau entre les deux pôles qui s’étaient déjà affrontés au congrès de Marseille[4].
🔴« En fait, tous les trois ont perdu », analyse le politiste Pierre-Nicolas Baudot, spécialiste du PS.
Nicolas Mayer-Rossignol est moins fort que ce que la fusion des deux courants aurait dû produire ;
Boris Vallaud est arrivé troisième, donc il a été éliminé ;
et Olivier Faure n’a pas davantage mobilisé qu’à Marseille, il a simplement un peu moins perdu que les autres.
« Aujourd’hui, le PS n’arrive plus à faire circuler ses mots d’ordre dans la société. » pour Pierre-Nicolas Baudot, politiste
S’il a accepté les propositions faites par le patron des député·es socialistes durant la campagne[5] – gouvernance moins verticale, nouvelle école de formation militante… –, le premier secrétaire devra encore compter sur son avis et celui de ses soutiens sur des sujets aussi cruciaux que les alliances et les investitures aux prochaines échéances électorales : municipales et sénatoriales de 2026, comme présidentielle de 2027.
Le courant de Boris Vallaud a par ailleurs souhaité une gouvernance large, qui ne se fasse pas sans Nicolas Mayer- Rossignol. Celui-ci avait hérité en 2023 du titre de premier secrétaire délégué, un rôle globalement factice. « Dans les conditions qu’on a posées, il y a cette nécessité d’élargir. Le texte d’orientation de Nicolas Mayer-Rossignol doit rentrer dans la direction nationale pour qu’on sorte de cette logique bloc contre bloc, même si une sensibilité l’a emporté », explique-t-on dans l’entourage de Boris Vallaud.
🔴« Il y a déjà eu des coalitions à la direction du parti, il a même fonctionné ainsi pendant les années 2000-2010 : tous les sous-courants se répartissaient les ressources, sauf l’aile gauche. Mais le camp de Nicolas Mayer-Rossignol n’aura aucun intérêt à travailler collectivement pour un parti dirigé par une autre écurie que la sienne. C’est tout le problème du fonctionnement clanique », décrypte le politiste Pierre-Nicolas Baudot.
L’avenir des gauches s’est joué dans un parti rétréci C’est bien là l’enseignement principal de ce congrès : alors qu’il est en perte d’influence électorale, les logiques anciennes de professionnalisation et de présidentialisation perdurent au PS, éclipsant tout débat d’idées[6]. Si en 2023 la conflictualité entre le camp d’Olivier Faure et celui de Nicolas Mayer-Rossignol pouvait encore s’expliquer par un différend sur l’alliance avec La France insoumise (LFI), ce n’est plus le cas cette année.
🔴 Pourtant, les rapports sont toujours aussi tendus.
Rappelons que la présidente de la région Occitanie, Carole Delga, a menacé de quitter le PS en cas de victoire du premier secrétaire sortant[7]. Interrogé par Le Parisien sur le risque de scission, Nicolas Mayer-Rossignol ne l’a pas complètement écarté : « C’est toujours un danger. Les partis sont mortels, il ne faut pas l’oublier. Mais je ne le souhaite pas du tout.[8] »
La raison à ce climat éruptif est prosaïque : «Le PS est un parti recroquevillé sur lui-même, de professionnels de la politique qui ont en ligne de mire la gestion de ses ressources électorales », explique Pierre-Nicolas Baudot. Le corps électoral du parti s’est tellement tari que le poids des responsables locaux et des collaborateurs et collaboratrices d’élu·es est devenu disproportionné. D’où le « fétichisme des petites différences » qui renforce l’antagonisme entre courants internes.
Tout montre que cette dynamique interne accompagne voire participe à la dévitalisation du PS. Le nombre d’adhésions est en recul par rapport au congrès de Marseille – 39 000 cette année, contre 40 000 en 2023 –, même si c’est sous François Hollande que la chute a été vertigineuse. Et la participation a été faible au premier comme au second tour du scrutin – 24 700 votant·es environ –, malgré les efforts de la direction pour en dramatiser l’enjeu.
Patrick Kanner, président du groupe socialiste au Sénat, a ainsi déploré[9] : « C’est le plus petit nombre d’adhérents depuis 1945. Nous sommes entrés dans une logique groupusculaire, dans un climat crépusculaire. On a une galaxie socialiste très puissante et le paradoxe, c’est que nous avons maintenant un petit parti. »
🔴 Enfin, l’abîme entre le PS et le mouvement social, ses organisations et ses préoccupations n’a jamais été aussi profond.
« À l’époque de son hégémonie à gauche, le PS mobilisait par ses réseaux, ses militants étaient aussi à la CFDT ou à la LDH, il y avait donc un lien mécanique entre certains de ses slogans et le fait de voter PS. Aujourd’hui, le PS n’arrive plus à faire circuler ses mots d’ordre dans la société », ausculte Pierre-Nicolas Baudot.
Si un obstacle vers une candidature commune de la gauche et des écologistes à la prochaine présidentielle est levé avec la reconduction d’Olivier Faure, [NDLR : sans LFI] ses effets demeurent limités. Rien ne garantit à ce stade un sursaut d’estime ou d’adhésion massif dans l’opinion publique, capable d’enrayer la progression du Rassemblement national (RN).
La victoire serrée de Karol Nawrocki sur le candidat libéral Rafał Trzaskowski dans l’élection présidentielle de juin 2025[0]ne représente pas seulement une autre victoire conservatrice — elle ferme effectivement la porte aux droits reproductifs des femmes, à l’égalité LGBT+ et à la gouvernance laïque pour le reste de cette décennie.
Écrivant pour Krytyka Polityczna, Jakub Majmurek soutient que ce résultat représente quelque chose de bien plus sinistre : l’émergence potentielle d’une coalition de droite radicalisée qui pourrait faire paraître modérés les huit années précédentes de gouvernement du parti " Droit et Justice " (enpolonais : " Prawo i Sprawiedliwość(PiS)[2]).
Avec les garanties constitutionnelles affaiblies et le populisme autoritaire en pleine expansion mondiale, les mouvements progressistes de Pologne font face à leur heure la plus sombre depuis la chute du communisme.
La victoire de la droite n’est pas seulement la défaite du candidat libéral, le maire de Varsovie Rafał Trzaskowski — c’est un blocage politique pour les changements progressistes jusqu’à la fin de la décennie. Les femmes, les personnes LGBT+ et les cercles de gauche ont finalement perdu leurs chances d’obtenir l’union civile, le droit à l’avortement et un État laïque.
Manifestation anti-gouvernementale à Cracovie
Il y a cinq ans (en octobre 2020), des centaines de milliers de femmes sont descendues dans la rues pour protester contre les [décisions restrictives sur l’avortement de Julia Przyłębska[1] [Présidente du Tribunal constitutionnel sous le règne du parti conservateur " Droit et justice ". Il semblait que quelque chose s’était fissuré dans le pays, qu’un espace s’était ouvert pour un changement progressiste. Aujourd’hui, il est clair que si ce soulèvement a eu une chance d’articulation politique, elle a été gaspillée. Après la victoire de Nawrocki, tout indique que les changements pour lesquels on s’est battu alors pourraient arriver au plus tôt en 2030 — si jamais ils arrivent.
Pour les électeurs progressistes, la victoire de Nawrocki signifie l’application d’un frein d’extrême droite, voire carrément réactionnaire. Pour les cinq prochaines années, il ne sert à rien de compter sur l’union civile, l’avortement légal ou des changements statutaires menant à un État laïque.
🔴Bien sûr, on pourrait cyniquement demander quelle différence cela fait, puisque le Sejm (chambre basse du parlement polonais) actuel n’était de toute façon pas capable de les adopter, bloqué par l’ancrage conservateur de la majorité gouvernementale sous la forme du PSL (Parti populaire polonais - un parti centriste agraire[3]), Trzaskowski donnait au moins une chance théorique que quelque chose puisse changer pour le mieux pour les femmes ou la communauté LGBT+ cette décennie. La victoire de Nawrocki ferme définitivement cette possibilité.
🔴De plus, en regardant à quel point la scène politique s’est déplacée vers la droite cette année, Donald Tusk [leader de la Plateforme civique (KO) et Premier ministre actuel] pourrait conclure que Trzaskowski a perdu parce qu’il était trop à gauche et progressiste pour les conditions polonaises.
Après tout, les élections présidentielles en Pologne ont toujours été remportées par des conservateurs, à la double exception d’[Aleksander] Kwaśniewski [post-communiste, président 1995-2005].
Le seul président de la Plateforme civique — Bronisław Komorowski — représentait l’aile droite du parti, et suggère clairement aujourd’hui que la Plateforme s’est déplacée si loin à gauche qu’il ne s’y retrouve plus.
Si la Plateforme décide que la droite croissante doit être contournée par le flanc droit — comme elle l’a fait plus tôt avec l’immigration — l’espace pour les politiques de gauche au gouvernement se rétrécira encore davantage.
🔴Si, dans le cadre de l’idée de se déplacer vers la droite, le gouvernement prend une direction néolibérale, cherchant les voix de Konfederacja [Confédération - un parti libertaire d’extrême droite] pour des lois rejetées par la gauche — et testant ainsi le terrain pour une possible coalition future — on ne peut pas exclure que Nawrocki applique son veto, protégeant certains intérêts des électeurs plus pauvres. Le problème est que de tels vetos ne joueront politiquement qu’en faveur du PiS [Droit et Justice - le principal parti de droite], rendant encore plus difficile pour même la gauche la plus anti-gouvernementale d’atteindre ce groupe d’électeurs.
La gauche doit maintenant réfléchir à la suite des événements.
La victoire de Trzaskowski :
aurait donné un répit non seulement à la Coalition civique, mais à toute la majorité gouvernementale.
aurait ravivé la foi de ses électeurs, y compris ceux de gauche, dans le sens de rester dans une coalition difficile et souvent frustrante.
Nawrocki, jouant très probablement pour la paralysie du travail gouvernemental, avec qui la gauche aura beaucoup plus de mal à trouver un accord qu’avec Andrzej Duda [le président sortant, PiS], change complètement la situation stratégique de la gauche gouvernementale
Elle doit maintenant sérieusement considérer les conditions limites pour rester dans l’arrangement actuel, car on peut s’attendre à ce qu’elle continue de perdre du soutien, pour lequel les plus petits partenaires de coalition paieront un prix plus élevé que la Coalition civique hégémonique. C’est le moment où l’on devrait se préparer, en dernier recours, même à l’option de quitter la table — mais de manière à ce que ce soit clair et compréhensible pour les électeurs, que cela se réfère à leurs valeurs et intérêts.
Il est très possible que des élections parlementaires nous attendent dès l’année prochaine, si les deux principaux centres du duopole décident que c’est la seule façon de traiter le blocage sur la ligne Palais présidentiel — Sejm. Beaucoup plus tôt que probablement quiconque à gauche ne l’assumait,il faudra donc répondre à la question de savoir s’il faut parier sur une liste [contre la droite] ou sur un départ séparé [pour la gauche].
Sans mesures de sécurité En même temps, la victoire de Nawrocki ouvre la voie à une future coalition de PiS et Konfederacja[4]. Le PiS est condamné à ce partenaire de coalition. Peu importe à quel point la gauche pourrait aller dans l’alt-gauche, [le leader du PiS Jarosław] Kaczyński ne pariera jamais sur une telle alliance, ayant à sa droite un parti jeune et dynamique qui impose le langage, la façon de penser et les sujets à une grande partie de sa propre formation.
Peut-être, cependant, qu’une coalition PiS–Konfederacja nous attendait de toute façon, considérant la dynamique sociale et l’incapacité de la majorité actuelle à livrer des projets importants pour les électeurs. Néanmoins, la victoire de Trzaskowski aurait au moins appliqué les freins à une telle coalition et garanti le blocage de ses idées les plus anti-progressistes.
Dans un avenir proche, nous faisons face à la perspective d’un gouvernement par une droite beaucoup plus radicale que celle de 2015–23. Et sans mesures de sécurité, car après les années de règne du PiS, la Pologne n’a pas de système judiciaire constitutionnel fonctionnel. On peut s’attendre à des changements de grande portée dans l’esprit d’Ordo Iuris (organisation juridique catholique conservatrice[5]), à une politique utilisant les outils de l’État pour promouvoir activement ou même imposer des valeurs, idéologies et modes de vie conservateurs à la société. Peut-être combiné avec des actions dans le style de Viktor Orbán, [Premier ministre hongrois] visant la possibilité de fonctionnement libre des médias, ONG et institutions culturelles vues défavorablement par le gouvernement.
Il est difficile d’imaginer Nawrocki bloquant les impulsions autoritaires d’une coalition de droite dans cette matière. Je ne le vois pas non plus dans le rôle de gardien de l’héritage social du PiS du premier mandat du gouvernement de Beata Szydło [Premier ministre 2015-2017]. Si un nouveau gouvernement PiS–Konfederacja prend des décisions sur un tournant néolibéral, alors Nawrocki ne le bloquera certainement pas.
Pour de nombreux groupes associés à la gauche, la vie en Pologne deviendra bientôt beaucoup plus étouffante, claustrophobe, et la liberté artistique ou académique se rétrécira. Et même un parti de gauche d’opposition fort dans le prochain Sejm Rzeczypospolitej Polskiej (Diète de la république de Pologne[6]) — bien qu’il soit important qu’il s’y trouve — ne changera pas grand-chose dans le pays.
Tout cela dans le contexte d’un retour de bâton populiste de droite mondial. Pendant plus d’une décennie, quand le PiS a d’abord pris le double électoral [remportant à la fois les élections présidentielles et parlementaires], à l’ère du Brexit et de Trump, la gauche et les libéraux répétaient que des temps difficiles arrivaient. Mais nous pourrions encore avoir la nostalgie des temps difficiles de l’ère de l’hégémonie précédente du PiS, quand Rafał Trzaskowski perdait pour la première fois.
[3] Le Parti paysan polonais (en polonais : Polskie Stronnictwo Ludowe, abrégé en PSL) est un parti politique polonais, agrarien et démocrate-chrétien, restauré le 5 mai 1990
L’Afrique se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins, coincée entre des crises internes, une évolution des rapports de force internationaux et le lent délitement de l’ordre politique post-libéral. Sur l’ensemble du continent, les partis au pouvoir qui ont autrefois acquis une légitimité en tant que forces de libération nationale perdent peu à peu leur emprise ; pourtant, l’offre gouvernementale alternative de l’opposition reste fragmentée et peu convaincante.
Les élections mozambicaines de 2024 sont l’un des exemples les plus frappants de ce déclin, le parti au pouvoir, le Frelimo, ayant proclamé sa victoire dans le prolongement d’un scrutin largement dénoncé comme frauduleux. Le chef de l’opposition, Venâncio Mondlane, se présentait sous la bannière du nouveau parti Podemos. Il a accusé le gouvernement d’avoir orchestré une manipulation électorale massive après que des comptages parallèles des voix eurent fait apparaître qu’il avait en réalité gagné. Le parti au pouvoir a répondu aux manifestations de masse par une répression violente[1]. Cela s’inscrit dans une tendance à la répression de la dissidence politique par des moyens de plus en plus autoritaires.
🔴 L’illégitimité croissante de ces gouvernements issus de l’après-guerre de libération ne se limite pas au Mozambique.
En Afrique du Sud, l’ANC[0] a perdu sa majorité absolue pour la première fois depuis 1994, ne recueillant qu’environ 40 % des voix aux élections de 2024. Après des décennies de domination politique, le parti se retrouve désormais dans une coalition précaire et extrêmement fragile avec l’Alliance démocratique (DA), son rival de longue date. Cela a contraint l’ANC à adopter une position gouvernementale plus centriste, limitant sa capacité à poursuivre les politiques que sa base traditionnelle pouvait attendre.
Alors que certains au sein de l’ANC considèrent cette coalition comme un compromis nécessaire pour maintenir la stabilité, d’autres y voient une trahison de la mission historique du parti, en particulier compte tenu de l’orientation politique néolibérale de la DA. Les conséquences de cette entente restent incertaines : la coalition durera-t-elle, provoquera-t-elle une nouvelle fracture au sein de l’ANC ou donnera-t-elle naissance à des mouvements d’opposition plus forts en dehors du processus électoral traditionnel ?
Le déclin de l’ANC s’inscrit dans une tendance plus large en Afrique australe.
Au Zimbabwe, le Zanu-PF reste bien ancré grâce à la répression plutôt qu’au soutien populaire, s’appuyant sur le pouvoir judiciaire et la commission électorale pour écarter toute concurrence sérieuse de l’opposition.
Parallèlement, le Swapo namibien et le BDP botswanais ont tous deux fait face à des défis électoraux sans précédent (le BDP ayant perdu une élection pour la première fois depuis l’indépendance), ce qui montre que même les partis au pouvoir autrefois stables ne sont plus assurés de victoires faciles.
Le délitement de ces mouvements suggère que les références à la lutte de libération, autrefois si efficaces, ne suffisent plus pour asseoir leur légitimité au pouvoir.
Conflit L'affaiblissement de ces gouvernements se déroule sur fond d'aggravation des conflits et d'instabilité ailleurs sur le continent.
Darfour devenu une calamité humanitaire, une crise des droits humains
Le Soudan :reste enfermé dans une guerre dévastatrice entre les forces armées soudanaises (SAF) et les forces paramilitaires de soutien rapide (RSF) du général Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti »[2]. Il s’agit d’un conflit qui a déplacé des millions de personnes tout en s’internationalisant de plus en plus, l’Égypte et les Émirats arabes unis soutenant des camps opposés. La guerre a non seulement aggravé l'effondrement économique du Soudan, mais menace également la stabilité régionale, avec des retombées au Tchad, au Soudan du Sud et en Éthiopie.
La République démocratique du Congo (RDC) : continue de lutter contre les insurrections armées, en particulier la résurgence du M23, dont le soutien du Rwanda a exacerbé les tensions régionales[3]. Les accusations d’ingérence transfrontalière mettent encore plus à rude épreuve les relations diplomatiques.
Ces crises ne sont pas isolées : elles reflètent un échec plus profond de la gouvernance à travers l'Afrique, où l'État est souvent incapable de résoudre les griefs sociaux et économiques sans recourir à la violence.
L'effet Trump
En plus de ces crises, l’Afrique est également confrontée à un ordre international en pleine mutation. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a déjà commencé à remodeler les relations entre les États-Unis et l’Afrique. On observe un mouvement vers une approche plus axée sur les transactions et un regain d’intérêt pour la sécurité au détriment du développement. L’une des premières mesures importantes de Trump en matière de politique étrangère a été de réduire considérablement l’aide étrangère, de démanteler l’USAID et de couper les financements de grands programmes dans le domaine de la santé, dont le PEPFAR[4]. Des millions de personnes se sont ainsi retrouvées privées d’accès au traitement du VIH et à d’autres services essentiels.
Les pays où les systèmes de santé sont déjà très en difficulté ont été les plus touchés, ce qui a exacerbé les crises de santé publique et pourrait avoir des effets déstabilisateurs à long terme. La justification de ces coupes budgétaires par l’actuelle administration s’enracine dans son principe général « America First »[5]. L’aide étrangère y est considérée comme une dépense inutile plutôt que comme un investissement stratégique dans la stabilité.
🔴 Et cela a coïncidé avec un durcissement de la politique américaine en matière d’immigration.
L’actuelle administration envisage une suppression généralisée des visas qui pourrait affecter des dizaines de pays africains, limitant les déplacements des étudiants, des travailleurs et des touristes. Cette politique rappelle les restrictions aux déplacements imposées par Trump lors de son premier mandat. Elle traduit un isolationnisme croissant des États-Unis vis-à-vis de l’Afrique, le continent étant davantage considéré comme un risque en matière de sécurité et de migration que comme un partenaire diplomatique ou économique.
Trump et l'Afrique du Sud L'hostilité de l'administration à l'égard de l'Afrique du Sud a été particulièrement frappante. Trump a expulsé l’ambassadeur sud-africain et imposé des sanctions. C'était en réponse aux politiques d'expropriation des terres de Pretoria et à ses positions de politique étrangère, en particulier ses efforts pour tenir Israël responsable de son génocide à Gaza[6]. L'administration marque cette sympathie pour le Hamas et l'Iran.
Ces mesures punitives reflètent l'inconfort plus large de l'administration à l'égard des gouvernements qui contestent l'hégémonie américaine, en particulier ceux au sein des BRICS. En présentant les positions politiques de l'Afrique du Sud comme “ anti-américaines, ” Trump a effectivement rompu l'une des relations diplomatiques les plus importantes entre les États-Unis et une puissance africaine. Cela joue également dans l'accent plus large mis par son administration sur le privilège des États de droite alignés sur les autoritaires tout en isolant les gouvernements perçus comme étant de gauche ou indépendants.
Les ressources des États-Unis, de la Chine et de l’Afrique
Dans le même temps, l’administration Trump poursuit un autre type d’engagement avec d’autres États africains, notamment dans le secteur des ressources. L'administration négocie actuellement un accord minerais contre sécurité avec la RDC[7]. Ils offrent une assistance militaire en échange d'un accès exclusif aux minéraux critiques, essentiels pour les industries américaines avancées, en particulier dans les domaines de la technologie et de la défense. L’accord accorderait aux entreprises américaines un contrôle étendu sur le cobalt et d’autres minéraux essentiels. Cela reflète un changement dans la stratégie américaine, passant de l’aide au développement à l’extraction économique directe ([NDLR : idem avec l'Ukraine[8]).
🔴 L'administration affirme que ce partenariat contribuera à stabiliser la RDC en fournissant une assistance en matière de sécurité.
Les critiques préviennent qu’il risque d’approfondir la dynamique néocoloniale en donnant la priorité à l’extraction des ressources plutôt qu’au véritable développement économique.
🔴 Dans le même temps, l'approche de la Chine à l'égard de l'Afrique change également.
Pendant deux décennies, Pékin a été le partenaire économique dominant du continent[9], finançant les infrastructures et le commerce à une échelle inégalée par aucune autre puissance extérieure[10]. Cependant, avec le ralentissement de l'économie intérieure de la Chine, sa volonté d'accorder des prêts à grande échelle aux gouvernements africains a diminué. Des pays comme la Zambie et le Kenya, lourdement endettés envers la Chine, ont déjà ressenti la pression de la stratégie de prêt recalibrée de Pékin. L’époque où la Chine offrait un crédit facile pour de grands projets d’infrastructure touche peut-être à sa fin, laissant les États africains dans une position précaire. De nombreux gouvernements, ayant structuré leur économie autour de la poursuite des investissements chinois, ont désormais du mal à s’adapter à cette nouvelle réalité. Ce changement laisse à l’Afrique moins d’options de financement extérieur, dans la mesure où les institutions financières occidentales ont également durci les conditions de prêt, en particulier pour les pays lourdement endettés.
Une nouvelle politique possible ? Pour les gouvernements africains, ces évolutions soulèvent des questions difficiles sur la stratégie politique et économique.
Le déclin des mouvements de libération nationale n’a pas encore abouti à l’émergence d’alternatives progressistes viables.
Les partis d’opposition de la région ont largement adopté des modèles de gouvernance néolibéraux plutôt que d’articuler de nouvelles visions de transformation économique.
Au lieu d’un changement décisif vers le renouveau démocratique, une grande partie du continent semble osciller entre une répression accrue de l’État et une opposition fragmentée.
De nombreux partis d’opposition, bien que critiquant ouvertement les gouvernements au pouvoir, n’ont pas réussi à proposer des programmes économiques qui rompent avec le paradigme néolibéral dominant.
Cela signifie que, même lorsque les partis au pouvoir sont confrontés à un déclin électoral, rien n’indique que leurs remplaçants modifieraient fondamentalement le paysage politique ou économique.
Même si les mouvements enracinés dans les luttes syndicales et populaires continuent de promouvoir le changement, leur capacité à remettre en question les structures de pouvoir bien établies reste incertaine. La faiblesse des alternatives de gauche en Afrique reflète aujourd’hui des tendances mondiales plus larges, où les forces socialistes et sociales-démocrates ont eu du mal à se réaffirmer dans un monde façonné par le capital financier et le pouvoir des entreprises.
🔴 Cependant, certains signes indiquent que cela pourrait changer.
Sur tout le continent, des appels croissants à la souveraineté économique, des demandes en faveur de programmes de protection sociale plus solides et une résistance accrue aux diktats financiers extérieurs se multiplient[11]. Si ces luttes se fondent en formations politiques plus cohérentes, elles pourraient constituer la base d’un nouveau type de politique qui romprait à la fois avec les échecs des partis post-libération et avec les limites des forces d’opposition libérales.
🔴 L’ordre politique post-libération en Afrique s’effondre, mais la suite est loin d’être claire.
L’érosion de la légitimité du parti au pouvoir ne s’est pas encore traduite par une transformation systémique significative. Dans de nombreux cas, cela a simplement ouvert la porte à de nouvelles formes de manœuvres d’élite. En ce moment de transition, la véritable bataille ne porte pas seulement sur les élections mais sur la nature même de l'État, la gouvernance économique, et la place de l'Afrique dans un ordre mondial en mutation rapide.
Jusqu'à ce que des alternatives émergent qui remettent en question la dépendance du continent à l'égard de la finance mondiale, de l'extraction des ressources et d'une croissance tirée par la dette, l'Afrique restera enfermée dans des cycles d'instabilité, avec ou sans les anciens mouvements de libération à la barre.
[5] America First fait référence à une théorie politique populiste aux États-Unis qui met l'accent sur la notion fondamentale de « prioriser l'Amérique », ce qui implique généralement d'ignorer les affaires mondiales et de se concentrer uniquement sur la politique intérieure aux États-Unis. Source : Wikipédia
« Tout est réuni pour que la politique de Trump produise à la fois une crise du capitalisme et une crise politique populaire... » Par cette porte inattendue, la « révolution citoyenne » peut surgir !
Dans les colonnes de l'Insoumission, Jean-Luc Mélenchon analyse les crises et les chocs provoqués par la mise en application des mesures de droit de douane aux Etats-Unis d’Amérique qui cherchent par tous les moyens à conserver leur domination sur le monde. Le leader insoumis alerte sur les chocs majeurs, un choc récessif et inflationniste dans tous les pays, un choc financier, et un choc social qui s’ajoute comme conséquences des dévastations que les deux premiers vont produire, ainsi qu’un choc guerrier.
« Condamner la politique absurde de Donald Trump ne signifie pas que nous serions d’une manière ou d’une autre ralliés à la doctrine du libre-échange »
La mise en application des mesures de droits de douane aux États-Unis d’Amérique est dorénavant bien comprise comme un événement considérable.
Il s’agit ici de la re-fragmentation du système des échanges commerciaux mondiaux et par conséquent de tous les aspects de la production et de l’organisation des échanges et de la division internationale du travail.
Est mis à terre l’ordre sur lequel reposait toutes les mesures politiques, économiques et sociales depuis quarante ans au moins.
Il est impossible qu’un tel revirement survienne sans provoquer de considérables secousses.
🔴 Nous-mêmes, Insoumis, n’avons jamais été partisans du libre-échange.
Mais nous avons toujours considéré qu’il n’était pas possible de procéder à la hache pour mettre en place le protectionnisme nécessaire pour permettre à notre nation de retrouver par exemple sa souveraineté alimentaire et sanitaire. Et de même pour l’essentiel des produits industriels dont elle a besoin pour assurer ses industries de pointe comme le spatial, le numérique, le maritime, en imposant sur tous ces terrains d’actions économiques 100 pour-cent de droits de douane.
C’est pourquoi nous parlions de « protectionnisme solidaire », ce qui signifiait dans notre esprit un retour au bilatéralisme pour ce qui est de la négociation des droits de douane, en fonction des intérêts mutuels qui pouvaient être négociés dans cette circonstance, au cas par cas, pays par pays. Condamner la politique absurde de Donald Trump ne signifie pas que nous serions d’une manière ou d’une autre ralliés à la doctrine du libre-échange et de la « concurrence libre et non faussée ».
Mais nous ne pouvons accepter qu’en tel choc soit infligé à l’ensemble de l’économie mondiale. Et donc très directement à tous les peuples du monde. Surtout venant d’une puissance brutale qui n’a aucun autre objectif que de conforter sa puissance, et si possible de l’amplifier. Et dans tous les cas de l’imposer au reste du monde.
« La certitude d’une aggravation des tensions sociales partout et des « lutte de classes ». » Nous pouvons deviner au moins deux conséquences probables au vu des conditions dans lesquelles s’opère la politique de Monsieur Trump.
La première est que d’un côté les droits de douane des USA,
de l’autre les répliques dans tous les autres pays du monde ce sera autant d’inflation importée partout.
Et cette inflation vient s’ajouter à celle qui déjà s’est produite après la COVID du fait du rattrapage par les prix des retards d’accumulation des principales puissances capitalistes, grandes entreprises, banques et autres. Dans la période immédiatement précédente, aucune compensation salariale n’a été accordée d’une manière générale pour rattraper la ponction de l’inflation sur les salaires. Seuls quelques pays, seuls quelques activités dans quelques pays ont bénéficié de rattrapage.
Mais globalement, les peuples se sont appauvris. Le nouveau choc inflationniste va donc tomber sur un terrain déjà meurtri. Et dans une logique des rapports sociaux qui sont celles de la période du néolibéralisme triomphant. C’est-à-dire des rapports sociaux brutaux et totalement déséquilibrés.C’est donc la certitude d’une aggravation des tensions sociales partout et des « lutte de classes ». Qui en résulte d’une façon générale.
Dans de telles circonstances. Plus ces tensions interviendront dans des sociétés déjà déséquilibré du point de vue du fonctionnement de leur démocratie et de l’exaspération des tensions déjà présentes, plus évidemment, elles généreront de crises politiques. Jusque dans des formes majeures, comme celle de « révolutions citoyennes ». C’est-à-dire d’une volonté de reprise du contrôle par le grand nombre sur sa destinée.
« Tout est réuni pour que la politique de Trump produise à la fois une crise du capitalisme et une crise politique populaire » À côté de cet événement social, et peut-être avant lui l’autre conséquence de la politique douanière de Trump, c’est le déséquilibre qu’il introduit à l’intérieur de la sphère financière globale c’est-à-dire du choc qui lui inflige et qui peut produire par effet domino une contagion de paniques boursières. Et d’effondrement en chaîne de sociétés liées les unes aux autres, soit par des prêts interentreprises, soit par des prêts bancaires qu’elles ne peuvent plus honorer. Dans ces conditions, tout est réuni pour que la politique de Trump produise à la fois une crise du capitalisme et une crise politique populaire.
L’intéressé, Donald Trump lui-même a d’ores et déjà admis que sa politique aurait un effet récessif aux États-Unis d’Amérique. Mais évidemment, et par contagion, danstoutes les nations productives du monde qui verront leur commerce mutuel passer au ralenti d’une manière considérable.
À mes yeux, il n’y a aucune chance pour que les États-Unis dans un tel épisode et en 4 ans, de la durée d’un mandat présidentiel arrive à reconstituer une base productive industrielle au niveau auquel Trump voudrait la voir parvenir pour effacer le solde abyssal du déséquilibre du commerce extérieur nord-américain. Encore faut-il bien comprendre que ce déséquilibre a été le mode d’organisation de l’économie mondiale depuis 1971. C’est parce que les États-Unis achetaient à crédit partout qu’une animation du commerce et de la production avait lieu sans qu’on ne demande jamais aux États-Unis la contrepartie des dollars qu’ils émettaient pour combler leur déficit.
Un tel système ne durera pas et poussera sans aucun doute les nations qui ont été piégées par l’usage du dollar à devoir s’en passer et à se passer des relations avec les États-Unis d’Amérique. Mais rien de tout cela ne peut avoir lieu sans que tout commence par la récession.Or, d’ores et déjà, plusieurs économies, et non des moindres dans le monde, comme celle de l’Allemagne sont en récession. La France de son côté ne prévoit pas d’augmentation de sa croissance de plus de 0,7%, c’est à dire quasiment la stagnation.
Dès lors :
les recettes fiscales seront en baisse.
Les dépenses sociales liées au chômage et à la mauvaise santé seront en hausse.
Et la mécanique qui a déjà ruiné le pays s’amplifiera puisqu’on refuse de mettre à contribution les grandes fortunes.
Tout cela ne peut que conduire au chaos comme celui qui se prépare avec par exemple le gel de 9 milliards des crédits votés dans le budget de l’État.
Des chocs majeurs vers un choc guerrier On ne sait combien de temps Donald Trump pourra continuer sur sa lancée sans rencontrer de résistance. La politique dont il a fixé les grandes orientations, à savoir :
la paix en Europe aux conditions de la Russie et sans la participation des Européens pour obtenir des garanties mutuelles avec les Russes se conclura donc dans des conditions instables et menaçantes pour le futur.
La paix au Moyen-Orient semble prendre chaque jour prendre un visage de bouleversement de la carte géopolitique que ce soit aux frontières du Liban, de la Syrie et sans doute ensuite plus loin comme avec l’Iran.
Mais fondamentalement, la préparation de la guerre[0]dans la mer de Chine n’aura pas cessé un seul jour depuis des mois et des mois.Les incidents sont quasi quotidiens. L’installation sur la pointe avancée des Philippines d’ogives nucléaires nord-américaine capable d’atteindre le continent et en particulier le territoire de la Chine[1] continentale, est une provocation. Elle fait penser à celle qui fut organisée contre la Russie soviétique quand les Américains installèrent en Turquie leurs missiles, a quoi les Russes répondirent par l’installation des leurs missiles à 150 km eux aussi de la frontière des États-Unis d’Amérique, à Cuba.
Il est absolument exclu d’imaginer que les Chinois, d’une quelconque manière, se laissent intimider par la puissance déclinante des États-Unis d’Amérique.
Il est également exclu de penser que les États européens, contrairement à ce que disent leurs discours, soient capables d’organiser une « défense européenne » souveraine.
Rien n’en prend le chemin.C’est par dizaines et dizaines que des avions F 35 sont commandés aux États-Unis d’Amérique par tous les pays d’Europe. Tous ces avions interviennent dans le cadre de l’Inter opérationnalité avec le matériel américain. C’est-à-dire sous le contrôle direct de la présidence des États-Unis d’Amérique qui peut décider quel avion décolle et quel avion ne décolle pas, quelle cible peut être visée et qu’elle ne peut pas l’être.
Et cela dans le même temps où la pression pour confisquer le Groenland au profit des États-Unis d’Amérique contre le Danemark n’a pas cessé un seul jour et semble se diriger, comme pour les autres objectifs fixés par Trump par une mise en œuvre matérielle concrète, à horizon très proche. Tout cela inflige donc des chocs majeurs :
un choc récessif et inflationniste dans tous les pays ;
un choc financier sur l’ensemble de la sphère numérique financière globale ;
un choc social s’ajoutant comme conséquences des dévastations que les deux premiers vont produire ;
La « révolution citoyenne » peut surgir par cette porte inattendue ouverte par l’absurdité de la politique des USA. Ce qui compte n’est pas l’addition des crises, mais leur superposition. Et cette superposition, intervient elle-même dans un contexte d’aggravation des conséquences de la crise climatique globale.Il est donc prévisible, a moins d’un changement d’orientation majeur que cela conduise d’une façon générale à une crise de la civilisation humaine comparable à celles qui ont été le résultat des 2 premières guerres mondiales.Et par conséquent, toutes les sociétés seront mises au défi de savoir où elles veulent aller et quels moyens elles se donnent de le faire.
Il faudra s’aligner sans rechigner et sans discuter sur les désidératas des Nord-américains et payer le tribut qu’ils ont fixé à tous leurs alliés.
C’est-à-dire 5% de leur PIB consacré à des dépenses militaires pour acheter du matériel américain.
Ou bien s’inscrire dans une logique alternative c’est-à-dire de non-alignement aux côtés de tous ceux qui refusent de céder, qui refusent d’entrer dans une logique de confrontations violentes et guerrières avec l’une ou l’autre des puissances.
🔴 C’est à la fois un moment très dangereux et un moment plein d’opportunités.
Mais un moment dans lesquels les faux pas, les à-peu-près, et les faux-semblants ne peuvent produire que des désastres.Plus que jamais les Insoumis doivent se présenter comme l’alternative à la marche, à la ruine du monde cela dans notre pays avec le peuple qui le fait vivre.
Sans concession.
Sans arrangement.
Sans dilution de la clarté et de la cohérence des objectifs de son programme si l’on veut d’un « avenir en commun ».
La « révolution citoyenne » peut surgir par cette porte inattendue ouverte par l’absurdité de la politique des USA.
🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴
Alors quelle riposte efficace contre Trump ?
Beaucoup d’argent est en train de s’envoler en fumée, comme c’est toujours le cas lorsqu’il y a une crise financière du capitalisme. Je complète mon analyse parue ci-dessus puisque les événements confirment mon angle d’analyse.
Pour accéder au texte d'analyse complet sur la riposte à Trump cliquez sur l'image de Trump ci-dessous.👇
Des millions provenant des oligarques – pour le bien-être et la défense ! Pour une Ukraine sans oligarques ni occupants !
Les politiques prédatrices du nouveau président américain rendent impossible l’instauration d’une paix durable pour les Ukrainiens. Le refus de l’Ukraine de signer l’accord d’extraction minière, conçu pour servir les intérêts du capital américain, témoigne de sa détermination à éviter la dépendance coloniale. Cela ouvre la voie à l’exploration d’un modèle de relations plus équitables entre l’Ukraine et les États d’Europe, d’Asie et du reste du monde, sous le signe de la résistance à la domination impérialiste. Cependant, si la politique actuelle persiste, l’Ukraine risque une réduction imminente, voire un arrêt complet, de l’aide militaire des États-Unis.
Cette aide n’a jamais été opportune ni suffisante.Cependant, son arrêt serait profondément ressenti.
Si l’État ukrainien est déterminé à maintenir l’effort militaire jusqu’à la libération de ses territoires ou la défaite décisive de l’agresseur, il doit adopter les méthodes appropriées. Selon nous, la défense de l’Ukraine pourrait être renforcée par une transition vers une politique de « socialisme de guerre », qui impliquerait la mobilisation de capitaux suffisants pour servir l’État par le biais de confiscations et l’abandon de la régulation économique fondée sur le marché.Une telle politique, combinée à une redistribution des richesses, réduirait le fardeau de la guerre qui pèse de manière disproportionnée sur les couches les plus pauvres de la société ukrainienne.
La communauté européenne a déjà réagi aux déclarations de Trump en augmentant ses budgets de défense et en augmentant son aide militaire à l’Ukraine. Il convient de noter que depuis l’invasion à grande échelle, le gouvernement a pris des mesures importantes pour renforcer ses propres capacités de défense, ancrer localement la production occidentale, relancer ses programmes de missiles et intensifier son programme de drones. Cependant, l’Ukraine dispose encore d’un potentiel substantiel pour mobiliser ses ressources internes.
Le Mouvement social (Sotsialnyi Rukh) a longtemps souligné la nécessité de ces mesures, mais elles sont désormais essentielles pour la capacité de l’Ukraine à se défendre.
Le principal obstacle à une mobilisation efficace des ressources est la politique néolibérale, qui privilégie la propriété privée, encourage le profit et permet l’accumulation de richesses par des particuliers. Tant que les villes ukrainiennes resteront occupées et que l’agresseur russe conservera ses capacités offensives, tous les secteurs de l’économie doivent fonctionner de manière coordonnée, maximisant leur contribution à l’effort de défense.
La majeure partie des ressources financières devrait être concentrée entre les mains de l’État et investie dans le secteur de la défense, tandis que les capitaux privés devraient être soumis à une fiscalité progressive pour renflouer le budget de l’État. Le renforcement de la défense est indissociable d’investissements massifs dans le domaine social :
création d’emplois (notamment dans les secteurs d’infrastructures critiques) ;
amélioration du secteur des soins pour permettre à davantage de femmes d’intégrer le marché du travail, et amélioration de l’accès aux services sociaux tels que les soins de santé ;
l’hébergement temporaire et la réadaptation.
Ces mesures pourraient également contribuer à faire revenir des citoyens de l’étranger.
En outre, il est essentiel d’améliorer les garanties sociales pour les militaires, en particulier ceux qui défendent l’Ukraine depuis 2022.
La singularité de la situation ukrainienne réside dans le fait que le démantèlement du capitalisme oligarchique est devenu plus que jamais possible dans un contexte de guerre totale et que cela est légitimé par la société.
Premièrement, une part importante des services publics essentiels, déterminants pour la résilience de l’Ukraine, est déjà assurée par des entreprises publiques (chemins de fer, services postaux, santé, éducation, banques).
Deuxièmement, de nombreuses entreprises (principalement celles liées aux oligarques russes) ont été nationalisées et la part du PIB redistribuée via le budget a augmenté.
Troisièmement, les oligarques ukrainiens ont déjà perdu une partie de leur richesse et de leurs leviers de contrôle, se soumettant de plus en plus à l’influence du pouvoir d’État.
🔴 Il est donc urgent et nécessaire de mettre en œuvre :
Un audit des ressources naturelles et des terres permettra de déterminer leurs propriétaires et les avantages publics découlant de leur exploitation. La transparence dans le contrôle de la richesse nationale n’est pas nécessaire pour la commercialisation hâtive de ces ressources, mais pour comprendre les fondements sur lesquels repose la croissance de la prospérité générale. Cela motivera la population à lutter plus efficacement pour sa patrie et ses perspectives sociales.
Il faut établir un contrôle étatique sur les entreprises des secteurs stratégiques de l’économie et mettre en place une production de masse pour répondre aux besoins des populations en première ligne.
L’industrie doit œuvrer dans l’intérêt de la défense, et non pour suivre les fluctuations du marché.
Il faut restituer à l’État la propriété des infrastructures essentielles
L’accès aux biens de première nécessité ne doit pas servir de pâture aux oligarques ni de moyen de détourner les aides de l’État vers les poches des monopoleurs.
Maintenir DTEK Société de carburant et de l’énergie du Donbass- NDT entre les mains de Rinat Akhmetov ou les entreprises énergétiques régionales entre les mains de Vadym Novynskyi est un acte injustifié de charité de l’État en faveur des oligarques.
Réexaminer les résultats de la privatisation spoliatrice.Les entreprises rachetées pour une bouchée de pain devraient être restituées à l’État, sinon la différence entre le prix d’achat et la valeur marchande réelle devrait être compensée. En premier lieu, les entreprises des secteurs minier, mécanique et chimique, essentielles à la défense, devraient être placées sous le contrôle de l’État. Il faut arrêter de ponctionner les subventions ; que les oligarques paient !
Dénoncer tout accord visant à éviter la double imposition avec Chypre, les Îles Vierges et d’autres juridictions offshore. La valeur ajoutée créée grâce aux ressources naturelles, aux infrastructures et à la main-d’œuvre ukrainiennes devrait être imposée ici, et uniquement ici.
Instaurer une fiscalité progressive et une taxe de luxe. La défense du pays repose sur l’héroïsme et les sacrifices des paysans, des ouvriers et des petites entreprises ukrainiens. Pour préserver le pays, les plus riches doivent sacrifier leur fortune, proportionnellement à l’influence qu’ils exerçaient avant la guerre - le taux d’imposition maximal devrait atteindre 90 % du revenu. Sans activisme fiscal, l’Ukraine tombera dans un piège d’endettement insurmontable (d’ici 2025, la dette extérieure pourrait approcher 100 % du PIB).
Instaurer le contrôle des travailleurs dans les entreprises comme outil efficace d’audit interne et forme de société auto-organisée. Depuis les premiers jours de la guerre jusqu’à aujourd’hui, le pays a été le théâtre de scandales de corruption liés à des détournements de fonds. Un contrôle permanent par les syndicats et les comités d’entreprise est essentiel pour une plus grande transparence des actions des dirigeants et pour prévenir la corruption. Il est possible de corrompre des individus, mais impossible de corrompre une collectivité entière. Accorder des pouvoirs de contrôle effectifs aux syndicats encouragera le développement d’un véritable mouvement ouvrier.
Abandonner la pratique antérieure de sous-financement de l’éducation et de la science. La haute technologie de la guerre moderne rend le rôle des ingénieurs et des ouvriers qualifiés tout aussi important que celui des soldats.
Seule l’inertie éducative de l’époque précédente, combinée à la culture technique répandue de la population ukrainienne, a rendu possibles la conception, la production et la maîtrise de nombreux outils techniques modernes qui nous confèrent un avantage sur le champ de bataille. Nous ne pouvons plus compter sur l’inertie des époques passées. Des investissements importants dans l’éducation et la science auraient été nécessaires hier. Sans développement du secteur social, l’Ukraine est confrontée à une émigration massive et à une crise démographique qui l’empêcheront de compenser les pertes humaines.
Monopole d’État sur les exportations. En 2024, les exportations de produits agricoles ont atteint le chiffre record de 24,5 milliards de dollars, alors que les profits continuent de profiter aux particuliers.
Révision des relations avec l’Europe concernant le sort des actifs russes. En se débarrassant des vestiges de l’influence oligarchique, l’Ukraine guérira de la corruption, ce qui permettra d’engager une discussion de fond sur le transfert des actifs russes gelés pour les besoins ukrainiens. Actuellement, environ 200 milliards de dollars sur les 300 milliards de dollars d’actifs d’origine russe sont détenus dans des pays européens.
Améliorer le prestige social du personnel militaire. La reconstitution du budget de l’État permettra de verser une juste compensation financière aux soldats blessés souhaitant reprendre du service. Il est essentiel de rétablir le maintien du salaire moyen des militaires mobilisés, ce qui garantira aux forces armées ukrainiennes le potentiel nécessaire en effectifs.
La mise en œuvre de ces mesures est impossible sans une rupture entre les dirigeants du pays, les grandes entreprises et leurs vecteurs d’influence.
Si certaines de ces mesures sont mises en œuvre, elles renforceront la confiance du public envers le gouvernement. Les véritables garanties de la sécurité de l’Ukraine résident dans le renforcement des liens sociaux internes. D’un autre côté, les autres pays ne nous aideront pas tant que nous n’aurons pas démontré notre volonté de privilégier les intérêts de la défense plutôt que ceux du marché. Et, 34 ans après son indépendance, l’Ukraine devra apprendre à vivre sans oligarques et capitalistes.Alors que l’Ukraine dispose encore d’importantes ressources financières, industrielles et humaines, ne pas progresser vers leur socialisation serait une erreur majeure.
🔴 Le gouvernement ukrainien a désormais une occasion unique de démontrer concrètement ce qu’il est prêt à sacrifier : le pays ou les oligarques.
Si nous mettons fin au chaos néolibéral qui creuse le fossé entre riches et pauvres, nous unirons le peuple et deviendrons une force unificatrice d’envergure mondiale !
Si nous reconstruisons l’économie sur des principes sociaux, nous résisterons.
Des millions provenant des oligarques – pour le bien-être et la défense !
Un parti capable de gagner huit millions de voix en vingt ans ? Voilà qui interroge. Quelle est sa recette ? Et en quoi consistent ses ingrédients idéologiques ou sociologiques ? Sur ces sujets comme sur d’autres, plusieurs publications récentes apportent de précieuses réponses.
La question a suscité tant de livres, de colloques et de thèses qu’on pourrait l’imaginer résolue.
Qui vote pour l’extrême droite, et pourquoi ? Depuis ses premiers succès il y a quarante ans, le Front national (FN), devenu Rassemblement national (RN) en 2018, est « sans conteste le parti politique français qui a été le plus étudié au cours des dernières décennies », observe le politiste Alexandre Dezé, avec pas moins de 210 livres publiés entre les années 1980 et 2017[0].
Et le flot ne s’est pas tari. Comment interpréter les logiques territoriales de son implantation ? Son ascension témoigne-t-elle d’une droitisation du pays ?
Ses électeurs sont-ils principalement animés par des considérations sociales ou despréoccupations culturelles ?
🔴 Ils ne justifient pas leur vote de la même manière, ni ne manifestent le même attachement au parti ; leurs motivations varient selon leur parcours biographique, leur âge, leur origine sociale, professionnelle, géographique…
Il faudrait ainsi parler « des » électorats du RN tant ce parti pénètre tous les milieux. Lors des élections européennes de juin 2024, la liste conduite par M. Jordan Bardella est arrivée en tête dans chaque catégorie socioprofessionnelle, 53 % chez les ouvriers, 40 % chez les employés, mais aussi 20 % chez les cadres (à égalité avec M. Raphaël Glucksmann)[1]. Le RN repose sur une base populaire et peu diplômée, mais il peut aussi compter sur une certaine bourgeoisie. La plupart des universitaires renoncent dès lors à tirer des enseignements trop généraux, à retenir des objets trop larges, et privilégient des études parcellaires sur tel quartier ou tel métier, afin d’examiner toutes les sinuosités des choix électoraux. Les médias, eux, ne s’embarrassent pas de telles nuances.
Dès les années 1990, le géographe Jacques Lévy s’est fait connaître par sa théorie du « gradient d’urbanité»[2] : le vote FN, très faible au centre des agglomérations, lieu de diversité et de connexion internationale, augmenterait à mesure que l’on se dirige vers des zones moins denses et moins diverses, périurbaines et rurales, où l’attachement aux identités locales et traditionnelles est fort. Tout reposerait sur le couple densité-diversité. Invalidée par de nombreux contre-exemples, critiquée pour son usage douteux des statistiques et pour son oubli des variables sociales, la thèse de Lévy n’en a pas moins connu une certaine postérité. D’autantque quelques-uns de ses émules l’ont affinée, en y ajoutant des considérations économiques. Tel le géographe et consultant Christophe Guilluy, auteur d’un livre à succès en 2014[3]. Selon lui, si le clivage territorial est bien réel, il s’opère en fait entre une « France métropolitaine » prospère, traversée par les flux matériels, financiers et humains du capitalisme, celle des« élites » et des « gagnants de la mondialisation », et la « France périphérique », frappée par la désindustrialisation, à l’écart de la création de richesse, éloignée des bassins d’emploi, celle du « peuple » et des « oubliés », qui vote massivement à l’extrême droite.
▶️ Divers spécialistes ont reproché à Guilluy d’homogénéiser la France des campagnes et des petites villes, d’en donner une image démesurément sombre tandis qu’il embellissait le sort réservé aux banlieues populaires.
Certains comme Éric Charmes, Lydie Launay et Stéphanie Vermeersch, ont rappelé, études à l’appui, que le fait d’habiter dans le périurbain, quand la commune de résidence est choisie et offre un cadre de vie agréable, ne favorise pas le vote d’extrême droite[4].
D’autres ont souligné, en croisant un vaste jeu de données au niveau des bureaux de vote (registres électoraux, questionnaires à la sortie des urnes, statistiques de recensement…), que la localisation détermine moins les choix électoraux que l’âge, le diplôme ou la profession. Étudiant l’aire urbaine de Nantes, le géographe Jean Rivière souligne ainsi que « les mutations électorales épousent étroitement la trajectoire sociologique des quartiers de la métropole »[5]. L’éclatement des blocs électoraux et la tripartition politique découlant de la victoire de M. Emmanuel Macron en 2017 ont quelque peu mis à mal sa théorie, mais Guilluy n’en démord pas : « Il n’y a pas trois blocs mais deux, les métropoles contre la France périphérique », expliquait-il encore au lendemain du second tour des élections législatives au Figaro, le 15 juillet 2024.
Kebabs, dosettes de café et choix politiques
Sur le marché des explications électorales à coups de cartes-chocs, le consultant se voit désormais concurrencé par le directeur du département Opinion de l’Institut français d’opinion publique (IFOP), Jérôme Fourquet. Dans une trilogie entamée avec « L’Archipel français » (Seuil, 2019) et ponctuée par« La France d’après. Tableau politique » (Seuil, 2023)[5bis], le sondeur corrige certains défauts de ses prédécesseurs. Il examine diverses variables, plusieurs échelles, fait apparaître les fragmentations locales. Il en ressort une France non pas coupée en deux, mais « archipélisée », éparpillée entre des groupes implantés dans des territoires différents, qui ne partagent pas les mêmes modes de vie ni les mêmes conceptions du monde. « La France d’après » nous apprend :
qu’en Alsace les clubs de danse country se concentrent surtout dans les zones périurbaines (où le vote RN est fort), tandis que les kebabs se situent essentiellement dans les grandes villes (Strasbourg, Mulhouse, Colmar) et leurs banlieues (où la gauche réalise ses meilleurs scores).
Que les détenteurs de machines à café à capsules ont davantage voté pour M. Macron en 2022, quand ceux qui possèdent une machine à dosettes ont privilégié Mme Marine Le Pen. Qu’une forte densité d’enseignes bio, de cafés Starbucks, d’établissements où bruncher et de restaurants répertoriés dans le guide branché Fooding s’est traduite par un vote élevé pour les écologistes aux municipales de 2020, comme à Bordeaux ou Grenoble. Succès médiatique garanti.
▶️ De ces percées conceptuelles, Fourquet conclut que l’extrême droite s’adresse au gruppetto, aux relégués de la société de consommation, dans un raisonnement qui confond stratégie électorale et placement de produit, groupes sociaux et segments de marché.
S’il utilise d’innombrables variables, il n’en croise généralement que deux ou trois, opportunément choisies, et la juxtaposition des cartes fait office de démonstration. Que les électeurs des petites villes de la Somme et de l’Aude (cinq cents à cinq mille inscrits) où sont implantées des éoliennes aient accordé une « prime de quelques points » à Mme Le Pen en 2022 doit laisser penser que les mesures écologiques alimenteraient le vote d’extrême droite. Pour illustrer la fracture entre la « Butte [Montmartre] macroniste » et la « Goutte-d’Or mélenchoniste » dans le XVIIIe arrondissement de Paris, Fourquet choisit d’utiliser le prix de l’immobilier et la présence de commerces africains, dans une opposition caricaturale entre Blancs riches et immigrés pauvres.
🔴 Examinons ces deux exemples à l’aide de travaux universitaires récents.
▶️ Plusieurs chercheurs se sont penchés sur la question des éoliennes dans les Hauts-de-France[6].
Eux aussi remarquent un « survote » pour le RN dans les municipalités où ces engins sont implantés. Mais ils ne s’en tiennent pas à ce constat. L’analyse des données sociodémographiques des territoires concernés leur permet d’établir que les communes dotées d’éoliennes abritent davantage d’ouvriers, de précaires et de non-diplômés, soit une population plus encline à voter RN. « De plus en plus, observent les sociologues, l’éolien se déploie de manière socialement inégalitaire », dans des villes livrées à la dérégulation territoriale et qui n’ont pas les moyens de résister à la promotion agressive des opérateurs fonciers. Dans cette perspective, le « survote » apparaît comme le symptôme du traitement réservé aux territoires populaires, et non comme l’expression d’une sensibilité antiécologique des électeurs d’extrême droite.
▶️ Concernant le XVIIIe arrondissement, les variables choisies par Fourquet ont pour effet d’associer mécaniquement les immigrés pauvres au vote Mélenchon, et les citadins aisés au vote Macron.
Une étude menée dans une zone urbaine sensible du nord de Paris, à la composition sociale proche de la Goutte-d’Or, met en avant d’autres réalités[7].
Tout métropolitains qu’ils soient, les habitants du quartier ont accordé 13,7 % de leurs suffrages à Mme Le Pen lors du premier tour de la présidentielle de 2017, soit presque trois fois plus que la moyenne parisienne. On retrouve parmi ces électeurs de nombreuses familles blanches qui déplorent la dégradation de leur quartier et en attribuent la responsabilité aux étrangers et aux musulmans.
Mais le vote RN attire aussi des habitants originaires du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne. Comme Abdelmalik, ancien ouvrier kabyle qui touche désormais une pension d’invalidité et tient en horreur les « islamistes », ou Nadine, catholique immigrée du Congo et titulaire d’un diplôme de secrétariat. En affichant leur attachement au RN, tous deux espèrent se distinguer des autres non-Blancs, pour mieux souligner leur intégration réussie et montrer qu’ils sont du « bon côté ».
Ces « cas improbables » illustrent la force du mécanisme de mise à distance dans le choix du RN, lequel découle souvent de conflits sociaux localisés et de trajectoires individuelles que la comparaison de deux cartes rudimentaires ne permet pas de saisir.
🔴 À force d’infographies sur les agressions de médecins et de pompiers, les cambriolages, les points de « deal », les prénoms musulmans, l’ouvrage de Fourquet donne le sentiment d’une France qui se droitise et se barricade à mesure que l’immigration augmente.
Vincent Tiberj, sociologue, spécialiste des comportements électoraux, n’en croit rien. En agglomérant des dizaines d’enquêtes d’opinion — mais en écartant les moins sérieuses —, il a confectionné des « indices longitudinaux de préférences culturelles, sociales et de tolérance » pour mesurer l’opinion des Français dans la longue durée[8]. Ses résultats contre-intuitifs ont agacé Le Figaro : car, selon Tiberj, la « droitisation française » relèverait du « mythe ». Mieux : le pays serait de plus en plus tolérant et progressiste concernant la sexualité, les religions, l’immigration, l’égalité entre hommes et femmes…
En 1981, 29 % des sondés considéraient l’homosexualité comme « une manière acceptable de vivre sa sexualité » ; en 1995, ils étaient 62 % ; et, depuis le début du XXIe siècle, la proportion tourne autour de 90 %.
En 1992, 44 % des personnes interrogées voyaient les immigrés comme une « source d’enrichissement culturel » ; trente ans plus tard, ils étaient 76 %. Et ainsi de suite concernant la peine de mort, l’acceptation des minorités juives ou musulmanes, l’usage des drogues…
Un constat corroboré par le politiste Luc Rouban[9]. Son « indice d’altérité » suggère que même les électeurs du RN sont devenus plus tolérants. Des préoccupations sociales motiveraient donc avant tout leur vote. Rouban en veut pour preuve le « baromètre » établi par le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) en 2022 : 38 % des électeurs du RN classaient le pouvoir d’achat au premier rang de leurs préoccupations, contre 18 % pour l’immigration.
Alors pourquoi n’observe-t-on pas cette « gauchisation » de l’opinion dans les urnes ? Pour Tiberj, la faute en reviendrait à la « grande démission » des électeurs, c’est-à-dire à l’abstention.« S’il y a autant d’écarts entre les valeurs des citoyens et les votes des électeurs, avance-t-il, c’est que nombre d’entre eux ne s’expriment plus. » Tandis que les électeurs conservateurs, souvent âgés, se mobiliseraient massivement, galvanisés par la parole réactionnaire libérée dans les médias, d’autres, souvent des jeunes réputés plus progressistes, bouderaient les isoloirs, pour marquer leur distance avec l’offre politique. Le temps jouerait donc en faveur de la gauche, qui n’a pas besoin de convaincre les électeurs du RN : il lui suffirait d’attendre que les jeunes générations remplacent les « boomers » et de remobiliser les déçus de la politique en favorisant la démocratie directe, notamment l’organisation de référendums à tous les niveaux.
Celui qui paie beaucoup et ne reçoit rien Essentiellement fondée sur des sondages, la démonstration recèle plusieurs failles.
Tout d’abord, les jeunes finissent par vieillir. Au second tour de l’élection présidentielle de 2002, seuls 7 % des 18-24 ans avaient voté pour Jean-Marie Le Pen, environ trois fois moins que les 25-34 ans (22 %) et les 35-44 ans (18 %).
Parvenue à l’âge adulte, cette même cohorte (désormais âgée de 38 à 44 ans) a plébiscité Mme Le Pen à hauteur de 47 % en 2022 — bien plus que les 65-79 ans (29 %).
Le temps ne fait donc rien à l’affaire, et l’horizon est d’autant plus sombre que le RN part désormais de très haut : 32 % des 18-24 ans ont voté pour Mme Le Pen en 2022…
Rien n’indique non plus une masse de gauche tapie dans l’ombre de l’abstention. Si la tendance peut s’observer dans certains quartiers populaires de banlieue, elle est plus douteuse ailleurs. Les enquêtes électorales indiquent que nombre d’électeurs s’abstenaient avant de se décider à glisser un bulletin pour le RN. Le profil sociologique des abstentionnistes est en outre proche de celui des électeurs d’extrême droite, plus populaire que la moyenne, moins diplômé. Une hausse de la participation ne profiterait donc pas mécaniquement à la gauche. D’ailleurs, le RN réalise souvent ses meilleurs scores lors des scrutins les plus mobilisateurs, à commencer par l’élection présidentielle.
🔴 Et puis l’approche par sondages agglomérés ne permet pas de saisir les dynamiques politiques à l’œuvre derrière les évolutions des mentalités, en particulier la manière dont l’extrême droite met en concurrence certaines causes, opposant l’immigration et l’islam à la défense des femmes et des homosexuels.
Sans compter que le front du changement social n’est pas figé. De nouveaux combats apparaissent quand les précédents sont remportés, qui permettent au camp conservateur d’entretenir la polarisation culturelle. C’est ce qu’observent Matt Grossmann et David Hopkins au sujet des États-Unis, où les républicains ont délaissé — dans une certaine mesure — leurs attaques contre les homosexuels pour cibler les trans, le « wokisme », la cancel culture… Ainsi le même schéma peut-il se répéter au fil des décennies : « D’abord, les conservateurs expriment leur colère face aux nouveaux changements culturels, tandis que les progressistes les défendent comme s’il s’agissait de valeurs communes, résument les chercheurs. Ensuite, les conservateurs s’accommodent progressivement de ce changement en acceptant l’évolution des normes. Enfin, les progressistes l’emportent, établissant leur point de vue comme un nouveau consensus — même s’ils perdent de nombreuses élections en cours de route[10]. »
🔴 Un pays plus tolérant et moins raciste, des électeurs du RN motivés principalement par des préoccupations sociales ?
Réalisée entre 2016 et 2022 dans plusieurs petites villes de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), l’enquête de terrain de Félicien Faurydévoile une autre réalité, où le racisme est sans cesse palpable[11]. Les électeurs du RN — mais pas seulement — invoquent les « Arabes », les « Turcs » ou les « musulmans » pour se plaindre du manque de places en crèche, de la dégradation de l’offre scolaire, de la disparition des commerces traditionnels en centre-ville, des difficultés d’accès au service public, de la baisse du pouvoir d’achat, des impôts trop élevés pour financer « les branleurs »… « La force de l’extrême droite n’a pas résidé dans sa capacité à imposer “un” seul thème, celui de l’immigration, dans le débat public, mais plus précisément à proposer sans relâche des jonctions entre cette thématique et une liste toujours plus longue d’autres enjeux sociaux, économiques et politiques », analyse le sociologue, qui juge donc vides de sens les « baromètres » invitant les électeurs à hiérarchiser leurs préoccupations, en choisissant parmi plusieurs items (NDLR : Les « items » sont des objets, et plus particulièrement les éléments qui forment un ensemble que l'on considère isolément.).
🔴 Présenté comme omniprésent, le racisme n’est toutefois pas conçu par Faury comme « une haine de l’autre abstraite », mais comme le produit d’« une série d’intérêts proprement matériels, où l’hostilité raciale s’entremêle aux préoccupations économiques ».
Contrairement aux nombreuses recherches portant sur des régions en déclin, frappées par la désindustrialisation, Faury a mené l’enquête dans une zone prospère, dopée par une économie touristique et résidentielle de services, mais soumise à une forte pression immobilière et à la montée des inégalités. Ici, ce sont surtout les classes populaires stabilisées, les petites classes moyennes, les retraités qui votent pour le RN, avec une surreprésentation de certains secteurs (artisanat, commerce, métiers de la sécurité…).
Préservés du chômage, ces électeurs perçoivent néanmoins leur situation comme fragile.
Ils considèrent appartenir au « mauvais milieu », ni assez riches pour être à l’aise, ni assez pauvres pour bénéficier du soutien public, celui qui paie beaucoup et ne reçoit rien. Ainsi se dessine un nouveau rapport de défiance à l’égard des institutions, et plus généralement de l’État-providence, perçu comme injuste et défaillant, privilégiant toujours « les autres » à « ceux qui le méritent vraiment ».
▶️ La sociologue Clara Deville l’a également observé dans le Libournais (Gironde), où elle a suivi des bénéficiaires d’aides sociales dans leur périple pour faire valoir leurs droits[12]. Entre fermetures des guichets, dématérialisation et contrôles tatillons, la galère administrative finit parfois par générer des préjugés, quand un enquêté croit percevoir que « les Noirs et les Arabes » s’en sortent mieux que lui : « Vous allez dire que je suis raciste, mais non, c’est juste que je vois bien qu’à la CAF [caisse d’allocations familiales] c’est les Noirs et tout qui font la queue et qui réclament. » Ainsi, les discriminations dont sont victimes certaines minorités contribuent, dans un cercle vicieux, à accroître le stigmate qui pèse sur elles.
« Tout le monde pense ça ici » ▶️ En Provence-Alpes-Côte d’Azur, le sentiment de tenaille sociale se combine à celui d’un étau territorial, dans une région où les prix de l’immobilier explosent et où la mobilité résidentielle se révèle très entravée.Coincés entre des espaces inaccessibles et d’autres indésirables, les électeurs du RN craignent le déclassement de leur quartier.
Dans ce contexte, écrit Faury, les personnes non blanches paraissent « dévaloriser par leur simple présence les territoires où elles s’installent. Plus encore que les cités situées en périphérie, c’est l’installation de nouveaux résidents immigrés dans un quartier environnant ou, pire, dans son propre quartier qui est la plus redoutée ». Ainsi l’ouverture d’un café sans alcool ou d’une boucherie halal dans le centre-ville peut-elle faire jaser pendant des mois.
▶️ Cette exploration « par le bas » des logiques de normalisation du RN recoupe certaines observations de Benoît Coquard dans les campagnes désindustrialisées du Grand Est[13], où le vote d’extrême droite est également très répandu, notamment parmi les ouvriers, les précaires et les jeunes adultes.
Les deux sociologues mettent en évidence des territoires où le vote RN est devenu une sorte de norme - non pas une déviance, un geste honteux dont il faudrait se cacher -, mais un acte que l’on peut revendiquer, une fierté. Ainsi signifie-t-on qu’on n’est pas un « assisté », un « cassos’ », un « fainéant », bref de « ceux qui profitent du système ». Chacun connaît des amis, des voisins, des parents, des commerçants qui font de même, et la sociabilité conduit à un autorenforcement. « Tout le monde pense ça ici », « tout le monde vous le dira », « je ne suis pas seul à dire ça », réplique-t-on fréquemment aux deux sociologues. « Partagé par un nombre croissant d’électeurs, le vote RN peut dès lors être présenté non plus comme pathologique, mais “ logique ”, non plus extrême mais “ bien normal ” », observe Faury, tandis que Coquard abonde : « S’afficher “ pour Le Pen ” est ici un positionnement légitime, facile à soutenir en public. »
▶️ Il n’en va pas de même pour celui qui s’affirme de gauche.Dans les campagnes du Grand Est, il risque de « provoquer critiques et moqueries sur le thème de la fainéantise présumée ou de la naïveté ». Quasiment absente de ces territoires, notamment du fait des dynamiques territoriales qui poussent les diplômés vers les grandes villes, la gauche est assimilée à l’entre-soi des élites locales ou aux beaux parleurs parisiens. Des gens qui vivent confortablement, mais s’autorisent tout de même à « donner des leçons », dans un mélange d’hypocrisie et de suffisance. Sont particulièrement visés les enseignants, les universitaires, les artistes, les journalistes, mais aussi les travailleurs associatifs locaux, les cadres des services publics. C’est-à-dire la petite élite du diplôme, qui symbolise le savoir au quotidien.
Sun Tzu l’a théorisé dans " L’Art de la guerre[14] " : pour remporter une bataille, il faut connaître son adversaire, mais aussi se connaître soi-même. On en vient donc à espérer autant de livres sur la gauche, ses dirigeants, ses militants, ses électeurs, pour dire comment elle a pu se désarrimer à ce point des classes populaires.
Notes :
[0] Alexandre Dezé, « Que sait-on du Front national ? », dans Olivier Fillieule, Florence Haegel, Camille Hamidi et Vincent Tiberj (sous la dir. de), Sociologie plurielle des comportements politiques, Presses de Sciences Po, Paris, 2017.
[7] Lorenzo Barrault-Stella et Clémentine Berjaud, « Quand des minorités ethno-raciales des milieux populaires soutiennent le Front national », dans Safia Dahani, Estelle Delaine, Félicien Faury et Guillaume Letourneur (sous la dir. de), Sociologie politique du Rassemblement national. Enquêtes de terrain, Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve-d’Asq, 2023.
Hillary Clinton : « La guerre contre la Libye visait à empêcher la souveraineté économique de l’Afrique ![1]»
En France : « Déclaration du Gouvernement sur l’intervention des forces armées en Libye et débat sur cette déclaration », séance du 21 mars 2011 à l’Assemblée nationale avec Fillon, Juppé, Ayrault etc. « tous ensemble, tous ensemble…[2] »
Le 19 mars 2011, les forces EU/OTAN commençaient le bombardement aéronaval de la Libye. La guerre fut dirigée par les États-Unis, d’abord via le Commandement Africa, puis par l’OTAN sous commandement des EU.
Le 19 mars 2011, les forces EU/OTAN commençaient le bombardement aéronaval de la Libye.
En sept mois, l’aviation EU/OTAN effectue 30 mille missions, dont 10 mille d’attaque, avec plus de 40 000 bombes et missiles. L’Italie – avec le consensus multi-partisan du Parlement (Partito democratico au premier rang) – participe à la guerre :
avec 7 bases aériennes (Trapani, Gioia deL Colle, Sigonella, Decimomannu, Aviano, Amendola et Pantelleria) ;
avec des chasseurs bombardiers Tornado, Eurofighter et d’autres, avec le porte-avions Garibaldi et d’autres navires de guerre.
Avant même l’offensive aéro-navale, avaient été financés et armés en Libye des secteurs tribaux et groupes islamistes hostiles au gouvernement, et infiltrées des forces spéciales notamment qataris, pour propager les affrontements armés à l’intérieur du pays.
Ainsi est démoli cet État africain qui, comme l’expliquait la Banque mondiale en 2010, maintenait « de hauts niveaux de croissance économique »
Ces « hauts niveaux de croissance économique » se traduisaient par une augmentation annuelle du PIB de 7,5%, et enregistrait « de hauts indicateurs de développement humain » parmi lesquels l’accès universel à l’instruction primaire et secondaire et, pour plus de 40% aux universités. Malgré les disparités, le niveau de vie moyen était en Libye plus haut que dans les autres pays africains. Environ deux millions d’immigrés, en majorité africains, y trouvaient du travail.
L’État libyen, qui possédait les plus grandes réserves pétrolifères de l’Afrique plus d’autres en gaz naturel, laissait des marges de profit limitées aux compagnies étrangères.
Grâce à l’exportation énergétique, la balance commerciale libyenne avait un excédent annuel de 27 milliards de dollars.
Avec de telles ressources, l’État libyen avait investi à l’étranger environ 150 milliards de dollars.
Les investissements libyens en Afrique étaient déterminants pour le projet de l’Union africaine de créer trois organismes financiers : le Fonds monétaire africain, avec siège à Yaoundé (Cameroun) ; la Banque centrale africaine, avec siège à Abuja (Nigeria) ; la Banque africaine d’investissement, avec siège à Tripoli. Ces organismes auraient servi à créer un marché commun et une monnaie unique de l’Afrique.
Ce n’est pas un hasard si la guerre OTAN pour démolir l’État libyen commence moins de deux mois après le sommet de l’Union africaine
Car, le 31 janvier 2011, ce sommet de l'Union Africaine avait donné son feu vert pour la création dans l’année du Fonds monétaire africain.
Le prouvent les e-mails de la secrétaire d’État de l’administration Obama, Hillary Clinton, mis en lumière ensuite par WikiLeaks : États-Unis et France voulaient éliminer Kadhafi avant qu’il n’utilise les réserves en or de la Libye pour créer une monnaie pan-africaine alternative au dollar et au franc CFA (la monnaie imposée par la France à 14 de ses ex-colonies).
Ceci est prouvé par le fait que, avant qu’en 2011 n’entrent en action les bombardiers, ce sont les banques qui entrent en action : elles séquestrent les 150 milliards de dollars investis à l’étranger par l’État libyen, dont la plus grande partie disparaît.Dans la grande rapine se distingue Goldman Sachs, la plus puissante banque d’affaires étasunienne, dont Mario Draghi a été vice-président.
Aujourd’hui en Libye les entrées de l’export énergétique se trouvent accaparées par des groupes de pouvoir et des multinationales, dans une situation chaotique d’affrontements armés.
Le niveau de vie moyen de la majorité de la population s’est effondré. Les immigrés africains, accusés d’être « des mercenaires de Kadhafi », ont été emprisonnés jusque dans des cages de zoo, torturés et assassinés.
La Libye est devenue la principale voie de transit, aux mains de trafiquants d’êtres humains, d’un chaotique flux migratoire vers l’Europe qui a provoqué beaucoup plus de victimes que la guerre de 2011.
À Tawerga, les milices islamistes de Misrata soutenues par l’OTAN (celles qui ont assassiné Kadhafi en octobre 2011) ont accompli un véritable nettoyage ethnique, contraignant presque 50 000 citoyens libyens à fuir sans pouvoir y revenir.
De tout cela est responsable aussi le Parlement italien qui, le 18 mars 2011, engageait le Gouvernement à « adopter toute initiative (c’est-à-dire l’entrée en guerre de l’Italie contre la Libye) pour assurer la protection des populations de la région ».
La machine ne peut se mettre en branle que si tout le monde participe. Nous n'en sommes pas là encore, mais à un moment donné, comme une tempête, la colère refoulée pendant des années éclatera et changera fondamentalement la manière de fonctionner de notre société, ou sera instaurée une démocratie directe et décentralisée.
Un vent de révolte souffle dans les Balkans, où les classes populaires s'organisent à travers des « plénums », une nouvelle forme de démocratie directe. Rappelant les conseils ouvriers historiques, ces assemblées sont aujourd'hui au cœur des luttes sociales. Certains y voient les « soviets du XXIe siècle ».
Dans l'indifférence quasi générale du reste du monde, un vent de révolte souffle dans les Balkans.
En effet, depuis quelques années déjà, les classes populaires s'organisent à travers des « plénums », une nouvelle forme de démocratie directe où toutes les décisions sont prises collectivement, de manière décentralisée et sans leadership d'un quelconque individu, parti, syndicat... Ces « plénum », qui rappellent des expériences historiques comme les conseils de travailleurs, sont actionnels le fer de lance des luttes populaires. Et si c'étaient finalement les « soviets du XXIe siècle » ?
Pour commencer un peu d'étymologie, le terme « plénum » vient du latin et signifie « plein » ou « assemblée complète ». Il désigne une réunion où tous les membres d'un groupe participant, sans distinction de rang ou de hiérarchie, un mot qui prend tout son sens dans nos exemples d'auto-organisation populaire. Il faut noter que le mot « plénum » était déjà couronnement utilisé, à notre époque, dans les pays dit « communistes » pour désigner les réunions plénières des partisans au pouvoir (ex. : les « plénum » du Comité central du Parti communiste en URSS ou en Chine). Ces assemblées étaient censées être des lieux de débat et de prise de décision, mais elles étaient évidemment contrôlées par la hiérarchie bureaucratique du parti, loin donc de ce que nous verrons par la suite. Le terme a probablement été choisi par les populations des Balkans car il évoque une réunion horizontale ou tout le monde peut s'exprimer, mais sans doute aussi partie qu'il est familier aux populations de l'ex-Yougoslavie, où il avait déjà une connotation de prise de décision collective.
🔴 Les organisateurs des plénums balkaniques se sont ainsi réapproprié un mot historique lié aux structures autoritaires du parti communiste pour faire un symbole aux antipodes : celui de la démocratie directe et de la révolte.
2009 :Naissance dans les universités croates et extension
« Le savoir n'est pas une marchandise »
Pour voir apparaître, dans son sens moderne, les premières assemblées populaires communes « plénums », il fait remontoir à 2009 et se rendre en Croatie.Alors en pleine crise économique, et en réponse à la marchandisation de l'éducation ainsi qu'à l'introduction progressive de frais de scolarité dans les universités publiques, — conséquence du processus de Bologne visant à aligner le système universitaire croate croate sur les normes européennes —,les étudiants de l'Université de Zagreb ont débuté l'occupation de leur facultés[2][2bis]. Réclamant un enseignement gratuit, ils s'organisent en « plénums » ouverts à tous (le « plénum » de la faculté de philosophie était ouvert aux citoyens et pas seulement aux étudiants, contrairement à certains autres « plénum » qui naîtront en Croatie), prises à la majorité des votants, avec un droit égal de parole pour chaque participant, rejetant tout leader.
Parmi leurs autres revendications vont progressivité s'ajouter le rejet de la privatisation des universités, la fin des frais cachés, ainsi qu'une demande de transparence et de démocratisation du système universitaire. Cette grande vague d'occupations des universités perturbent les gouverneurs croates qui, dans un premier temps, reculent sur la privatisation et les frais d'inscription des universités. Ils auront cependant tout le vice d'attendre l'essoufflement du mouvement étudiant pour reprendre leurs mesures destructrices de plus belle. On peu dire que ce mouvement, resté essentiellement étudiant, avait peu de chances de renverser la table sans un élargissement de la révolte à d'autres pans de la société. Cependant, l'expérience des « plénums » était née, laissant un héritage important et influençant les futurs mouvements de luttes sociales dans les Balkans, avec par exemple leur manuel sur le thème « commentaire faire une assemblée générale », appelé The Occupation Cookbook[3], qui traversera les frontières et servira de source d'inspiration en Bosnie-Herzégovine lors de l'insurrection des « plénums » de 2014.
🔴 Évidemment, ces « plénums » présentent de nombres similitudes avec les assemblées générales observées notamment lors du mouvement Occupy Wall Street en 2011[4].
Ils s'inscrivent dans une dynamique plus de large d'organisations horizontales qui ont émergé à travers le monde depuis des décennies. Ce modèle, bien que réactivé récemment, troupe ses racines dans des pratiques anciennes d'auto-gouvernance collective.
🔴 Le terme « plénum » a également émergé en 2010 lors des occupations universitaires en Autriche et en Allemagne[5].
Bien qu'aucun lien direct avec le mouvement étudiant croate ne soit formellement établi, cette coïncidence reste intrigante. En revanche, lors des mobilisations études en Slovénie et en Serbie en 2011, qui verront naître de nouveaux « plénums », l'influence du mouvement croate est avérée. Le mouvement serbo-slovène est, pour sa part, assez similaire à ce qu'il s'est passé en Croatie, avec cependant un impact plus limité mais un point de départ similaire : des réformes néolibérales, notamment dans l'éducation, qui ont déclenché la colère des étudiants. Eux aussi ont réclamé une éducation gratuite et publique. Tous ces mouvements sont restés essentiels étudiants malgré leur radicalité et leur soif de démocratie directe, mais cela changera quelques années plus tard.
2014 :L'insurrection des plénums en Bosnie
« Manifestation lundi à Zenica »
Le 4 février 2014, en Bosnie, et plus précisément dans la ville ouvrière de Tuzla, dans le nord-ouest du pays, une révolte éclate[6]. Suite à des salaires impayés, les salariés d'usines privatisées se soulèvent et sont rapidement rejoints par les habitants, qui prennent fait et cause pour eux. Ensemble, ils convoquent une session plénière à l'échelle de toute la ville afin de formuler leurs exigences devant le Parlement du canton de Tuzla : le « plénum » était né ! Armés de toutes ces revendications, ils investissent le siège du gouvernement du canton, dénonçant pêche-mêle les privatisations massives en Bosnie-Herzégovine, la corruption et les divisions nationales.
🔴 S'ensuit une série de manifestations face à la surdité du pouvoir.
Le 7 février, une manifestation fait une vingtaine de blessés, des bâtiments gouvernementaux sont incendiés et de nombres arrestations ont lieu, marquant le débout d'une grande vague de protestations qui s'entendent à d'autres villes comme Sarajevo [7], Zenica, Mostar et Bihać en signe de solidarité. Très vite, le mouvement prend de l'ampleur, attirant des milliers de citoyens en colère contre les dirigeants. Paniqués devant la démonstration de force des masses, la plupart des ministres locaux finissent par démissionner, inquiets de voir les gouvernés reprendre les rêves de la vie politique.En effet, des centaines de citoyens et citoyennes se regroupent dans des « plénums », véritables expériences de démocratie directe, qui se propagent dans d'autres villes de Bosnie-Herzégovine, inspirées par l'expérience de Tuzla.
🔴 Les manifestations et les « plénums » perdurent pendant plusieurs semaines, et s'étalent.
Tandis que le vent de la colère gagne les rues en Croatie, au Monténégro, en Macédoine, etc., dans ce qu'on pourrait appeler un « printemps des Balkans », les manifestants bosniens rappellent déjà que « faim se dit pareil en bosnien, en croate ou en serbe ». Les manifestations et les « plénums » perturbent perdant plusieurs semaines, s'étalant à de nombreuses villes, notamment Sarajevo, Tuzla, Zenica, Mostar, Travnik, Brčko, Goražde, Konjic, Cazin, Donji Vakuf, Fojnica, Orašje et Bugojno. Des sessions régulières permettent aux habitants de débattre des enjeux politiques et de formuler des revendications à l'attention du gouvernement, telles que l'arrêt des privatisations, diverses mesures sociales ou encore la suppression des privilèges de la classe politique.
🔴 Dans le monde temps, le mode d'organisation des « plénums » se complexifie.
Le « plénum » de Tuzla met en place des groupes de travail spécialisés, chacun se concentrant sur un domaine spécifique, à l'image des ministères du canton de Tuzla. Parmi ces thématiques figurent l'éducation, la science, la culture et le sport, le développement économique, aménagement du territoire et protection de l'environnement, coordination avec les travailleurs, santé, justice et gouvernance, industrie, énergie et mines, sécurité intérieure, agriculture, gestion des ressources naturelles, commerce, tourisme, transports et communication, politiques sociales, finances, droits des vétérans de guerre et questions juridiques en : autant de thématiques prises en charge par les groupes de travail des « plénums ».
🔴 Par ailleurs, des tentatives ont été faites pour coordonner les différents « plénums » à un niveau plus large, dans le but d'élaborer des revendications communes dépassant l'échelle locale.
Des « plénums » conjoints ont notamment été organisés à Sarajevo, réunissant des délégations des différents « plénums » locaux. Comme le notait l'écrivain croate Igor Štiks : « Ce mouvement a expérimenté la démocratie directe... Les « plénums » des villes se sont retrouvés dans un “ plénum des plénums ”, qui fait penser aux “ assemblées des assemblées ” des gilets jaunes français.»
🔴 Malheureusement, comme les gilets jaunes, l’insurrection des « plénums » finit par s’essouffler récupéré par les activistes libéraux.
Pour le plus grand bonheur des classes dominantes qui, à travers leurs médias, n'avaient pas hésité à diaboliser ces événements, parlante de « troubles » et « d'incidents ». En vain, puisque le mouvement fut soutenu par 88 % de la population, d'après un sondage. Ce qui a réellement tué le mouvement, c'est surtout sa marginalisation par ces mêmes médias, la répression et le soutien actif de la communauté internationale aux gouverneurs. Mais au moins, cette fois, les « plénums » ont dépassé leur existence purement estudiantine.
2024 :La Serbie se soulève
Aujourd'hui, les « plénums » font leur retour en Serbie, après un événement tragique. Le 1 er novembre 2024, un drame frappe la ville de Novi Sad, en Serbie. Aux alentours de 11 h 50, l'auvent en béton de la gare, récemment rénovée, s'effondre brutalement, entraînant la mort de 15 personnes et de nombres blessés[8]....
Ce bâtiment, construit en 1964 en seulement 18 mois, était à l'origine un symbole de modernité pour l'ancienne Yougoslavie. Cependant, des décennies de négligence et de sous-financement l'avaient transformé en une structure délabrée, rendant nécessaire une rénovation en profondeur.
Les travaux de réhabilitation, lancés tardivement en 2021, avaient été confiés à un consortium d'entreprises chinoises, dans un contexte de rapprochement économique entre la Serbie et Pékin. La réouverture précipitée de la gare en mars 2022 avait tête célébrée en grande pompe par Aleksandar Vučić, président serbe, aux côtes de Viktor Orbán, son allié hongrois. Présentée comme un jalon vers une « Serbie moderne et progressiste », cette inauguration masquait en réalité de tombes irrégularités dans l'exécution des travaux. Des doutes circulaient déjà sur la solidarité des rénovations, préoccupation de notamementant la reconstruction de l'auvent, qui s'est finalment écroulé le 1er novembre, provoquant un choc national.
Dans un premier temps, le gouvernement décrété des jours de deuil et des veillées sont organisées en hommage aux victimes.
Mais très vite, la douleur fait place à la colère, à commencer, en novembre 2024 par déclencher une bagarre dans le Parlement[9]. Cet accident provoque une vague d'indication à travers le pays. Rapidement, des manifestations massives éclatent, notamment parmi les étudiants, dénonçant la corruption et l'incompétence des gouvernements dans la gestion des infrastructures.
🔴 Initialement limités à Novi Sad, les protestations se propagent rapidement à Belgrade ainsi qu'à d'autres villes serbes, marquant un tournant dans la contestation sociale. Ces manifestations dénoncent la corruption, le clientélisme et l'impunité du pouvoir, tenu pour responsables du drame. Face à cette contestation grandissante, les autorités répondent par la répression : gaz lacrymogènes, arrestations massives et mêmes violences physiques contre les manifestants. Des cas de véhicules fonçant délibérément sur la foule sont signalés, attisant encore davantage la mobilisation[10]. En décembre, les manifestations prennent une tournure plus large : il ne s'agit plus seulement de l'effondrement d'un bâtiment, mais bien d'un ras-le-bol général face à un système politique gangrené par des années d'autoritarisme et de censure.
🔴 Le 24 janvier, les étudiants lancent un appel à la grève générale, qui trouve un écho favorable dans plus secteurs, notamment l'éducation, la santé, les transports et le divertissement. Face à l'intensification du mouvement, plusieurs hauts responsables politiques, dont le Premier ministre Miloš Vučević, sont contraints de démissionner[11]. Mais les contestataires jugent ces concessions insuffisantes et maintiennent la pression avec cinq revendications principales :
Publication de tous les documents liés à la rénovation de la gare, afin d'établir les responsabilités et de mettre au jour d'éventuels cas de corruption ;
Identification et poursuite des responsables des violences contre les manifestants, y compris les attaques survenues lors des veillées pacifiques ;
Abandon des charges contre les étudiants arrêtés durant les manifestations et suspension des poursuites en cours ;
Augmentation de 20 % du budget de l'enseignement supérieur afin de réduire les frais de scolarité et d'améliorer les conditions de vie et d'études des étudiants.
C'est dans ce contexte que nos « plénums » ont fait leur retour dès le débout du mouvement pour organiser les nombreuses occupations étudiants et les manifestations de masse. Similaires aux anciennes expériences plénières, ils n'ont pas de chefs, et toutes les décisions sont prises collectivement dans un exercice de démocratie directe, dont ils sont des défenseurs acharnés.
« Certains ont essayé de jouer ce rôle en s'exprimant dans les médias trop souvent et sans autorisation du « plénum », mais nous y avons vite mis un terme. Chacun d'entre nous change tout le temps de rôle. Ainsi, les autorités ne peuvent pas nous manipulateur, nous corrompre ni nous attaquer personnellement. Ça démontre également notre unité et encourage les étudiants de divers horizons à se joindre au mouvement », explosif Nemanja. Sara, qui suit attentivement les événements depuis la France, ajoute : «L'organisation des manifestations est volontariat décentralisé. On s'est mis d'accord pour qu'il n'y ait pas d'organisateurs officiels. Nous suivons le mode d'organisation des initiatives étudiantes en Serbie, qui fonctionnent par « plénums » ou chacun peu s'exprimer. »
Lara, qui parle sous pseudonyme pour sa sécurité mais aussi parce que « les individus n'ont pas à se distinguer du collectif », nous explique plus en détail le fonctionnement :
« Nous commençons les plénums par une minute de silence en hommage aux victimes.
Puis, nous votons l'ordre du jour. Il y a un modérateur et un greffier. Seuls les étudiants peuvent voter, le corps enseignant une juste le droit d'assister aux sessions. Le temps de parole est égal et, chez nous, il est limité à une minute. Les arguments doivent être clair.
On décide à la majorité...
Nous sommes organisés en plus groupes de travail : stratégie, communication externe avec les autres facultés, sécurité, médias ou encore organisation d'activités libres. » Un fonctionnement divisé en groupes de travail qui rappelle celui des « plénums » bosniaques.
À noter que Lara fait aussi partie d'un groupe en charge de la logistique, qui s'occupe de la nourriture, des sacs de couchage ainsi que des premiers soins pour la grande manifestation de ce 1 er mars à Niš.
Concernant la coordination des « plénums », d'après le Courrier des Balkans: Un rapport de chaque groupe est soumis au « plénum », puis au groupe de travail qui chapeaute toutes les facultés. La décision doit ensuite être soumise au Haut-Conseil des délégués de l'université, où chaque faculté désigne en plénum un délégué et deux témoins, qui présentent les décisions de leurs facultés. La décision adoptée par le Haut-Conseil revient alors au « plénum » de chaque faculté pour une confirmation finale.
🔴 Cette forme d'organisation décentralisée s'est désormais étendue à l'ensemble des universités bloquées du pays. Les étudiants ont même mis en place un système sophistiqué de comptage des voix, appelé « Piton », qui attribuent un coefficient moindre aux votes des universités privées. On en vient à se demander si les étudiants de Serbie ne sont pas actuellement l'avant-garde de la révolution en cours. En tout cas, ce qui se passe en Serbie est historique : à l'heure ou ces lignes sont écrites, la mobilisation ne s'essouffle pas, et ce, depuis désormais quatre mois. Les étudiants rallient à leur cause de nombreuses personnels, à travers de longues marches organisées jusque dans les régions rurales du pays, le tout dans un esprit de camaraderie où ils sont accueillis en héros par les habitants, qui leur distribuent nourriture et eau.À la nuit tombée, les étudiants sont même conviés à des repas par les habitants, qui leur offrent le couvert et parfois même le gîte.
Comme l'explique si bien Nikola, qui a participé à la première marche de Belgrade à Novi Sad (80 km) le 1 er février, des milliers d'étudiants et de citoyens se sont réunis pour bloquer les trois principaux ponts de la ville pendante douze heures. Par ailleurs, il a entrepris une marche de 150 km entre Belgrade et Kragujevac, où une manifestation vaste a eu lieu le 15 février. Il prévoyait également de marcher de Bor à Niš le 1 er mars, où quatre sites stratégiques ont été bloqués sous la bannière de « L'Édit des étudiants ».
« Nous élevons ainsi le niveau de conscience dans les petites villes et les milieux ruraux. Nous montrons qu'on est tous solidaires, et que malgré la fatigue, les entorses, les cloques, et parfois les pieds en sang, nous sommes déterminés. Le contact humain est crucial, tout comme les technologies modernes et les réseaux sociaux que nous utilisons massivement. Et la réponse des citoyens est tellement pleine d'émotion qu'on oublie qu'on a mal ! On ne s'attendait pas du tout à ce qu'autant de gens nous rejoignent. »
🔴 L'autre point fort, au-delà de leur détermination, est l'humour et l'autodérision des étudiants, qui pratiquent l'ironie, l'autoréflexion, jouent sur les mots et analysent la société serbe actuelle, une forme de régime autonome qui étouffe sa jeunesse, laquelle respire aujourd'hui grâce à ce vent de liberté qu'elle a elle même insufflé. De son côté, le président serbe affiche une façade inflexible et fait mine d'ignorer les manifestations. Pourtant, les signes ne trompent pas : il est bel et bien acculé par une jeunesse qui lui demande, ainsi qu'aux autres dirigeants, de rend des comptes. Selon les événements les plus récents, le mouvement est encore loin de s'essouffler et, en ce 1 er mars, suite au succès de la grande marche entre Bor et Niš, les étudiants ont lu leur « édit » à la foule rassemblée.
Ce document affirme que « la Serbie est une nation de citoyens libres » et souligne que « les institutions du pays doivent être au service du peuple, garantissant confiance et transparence, plutôt que d'être instrumentalisées au profit d'intérêts individuels ». Il insiste sur l'importance de l'indépendance des universités et du système judiciaire, la liberté des médias, le respect des droits fondamentaux et la valorisation du savoir.
Alors que la nuit est tombée, le rassemblement se poursuit dans une atmosphère sereine. Sur scène, divers orateurs se succèdent, mettant en avant la libération de la parole rendue possible par cette mobilisation étudiant qui dure depuis quatre mois. De son côté, le président Vučić a une nouvelle fois tenté de minimiser l'ampleur du mouvement, en le comparant à une mobilisation plus importante ayant eu lieu à Kragujevac lors de la fête nationale, quinze jours auparavant. Quoi qu'il advienne des développements futurs de cette mobilisation, qui doit encore relever des défis en s'attendant à d'autres secteurs de la société et en se massifiant davantage, les étudiants jouent un rôle d'avant-garde, en attendant de passer le flambeau à l'ensemble des citoyens. Ces expériences de « plénums » s'annoncent déjà riches en enseignements.
En conclusion : les « plénums » une nouvelle forme d'auto-organisation
On observe une forte ressemblance entre ces mouvements et les conseils de travailleurs du début du XXe siècle : les soviets ouvriers et paysans en Russie en 1905 et 1917, la tentative de République alsacienne des conseils en 1918, l'expérience des conseils de travailleurs de Turin en 1919, ou encore les conseils ouvriers lors de la révolution allemande de 1918-1919... Autant d'exemples qui feraient frémir tout vieux conseilliste qui se respecte.
Malgré des différences, ces formes d'organisation semblent traverser l'histoire avec une certaine constance. Nous avons déjà évoqué les assemblées populaires en France durant les Gilets jaunes, le mouvement " Occupy Wall Street ", ou encore les expériences d'assemblées populaires en Syrie et au Chiapas. Des exemples qui résonnent mieux avec notre époque contemporaine que les conseils de travailleurs, dont le potentiel révolutionnaire parait aujourd'hui plus daté – même s'il reste à surveiller dans les pays où la main-d'œuvre ouvrière demeure forte.
Concernant le sujet révolutionnaire, je ne dirais pas que la classe travailleuse n'existe plus ou qu'elle n'est plus déterminante. Mais on observe une multitude d'acteurs qui ne se limite pas à l'ouvrier fantasmé du XXe siècle, ancré dans l'imaginaire figé du marxisme le plus doctrinaire. Ces acteurs sont aujourd'hui déterminants, et dans le cas des « plénums », ce ne sont pas des ouvriers mais de simples étudiants – à l'exception des « plénums » de Bosnie en 2014. Et encore, même dans cet exemple, la lutte ne s'effectuait pas directement dans les usines, mais bien dans la rue et les espaces publics réappropriés par l'ensemble des citoyens.
🔴C'est un phénomène qui doit interpeller et remettre en question certaines certitudes. Bien sûr, il ne s'agit pas de nier la lutte des classes, qui reste évidente sous bien des aspects dans les différences mobilisations des « plénums » : qu'il s'agisse des étudiants réclamant l'accès à l'éducation pour tous sans distinction de revenus, ou des travailleurs de Tuzla en Bosnie exigeant la fin des privatisations et le versement de leurs salaires, il est difficile de ne pas y voir une lutte de classes. Mais une lutte qui prend naissance en priorité dans les universités plutôt que dans les usines.
Attention cependant : comme l'ont montré les « plénums », si les étudiants ne sont pas réjouis massivement par les autres secteurs de la société, leur transformation en un véritable mouvement émancipateur est vouée à l'échec. L'exemple de Mai 68 en France a déjà montré le rôle précurseur des étudiants : en étant à l'initiative des premières manifestations, des blocages et des actions concrètes, ils ont été suivis par le mouvement ouvrier, qui a répondu à l'appel. Finalement, c'est cette seule étincelle qui manque pour que les « plénums » d'origine étudiante – comme ceux actionnement en Serbie – puissent aller plus loin.
La lutte des classes se combinent d'ailleurs habilement avec la lutte contre les hiérarchies et les leaders, comme nous l'avons vu dans les « plénums ». C'est un point trop souvent oublié, alors qu'il peut, à lui seul, faire dégénérer ou absorber toute aspiration populaire'. Sans leader ni récupération politique, il est beaucoup plus difficile pour les classes dominantes de négocier avec les révoltés et de proposer des compromis visant à freiner la lutte. On vous regarde, partis et syndicats.
C'est en se débarrassant de toute forme de hiérarchie que le mouvement peut exploiter pleinement sa radicalité et porter des revendications bien au-delà des simples réformes, qui ne sont que des pansements sur une plaie ouverte.
Il s'agit ici de revendiquer le pouvoir pour les « plénums », qui ont largement prouvé que les citoyens pouvaient s'auto-gouverner sans avoir besoin de dirigeants capitalistes.
L'expérience bosnienne l'a démontré dans sa forme la plus avancée. Une autre différence fondamentale entre les « plénums » et les soviets réside dans leur nature inclusive.Contrairement aux soviets, composés essentiellement d'ouvriers, de paysans et de soldats organisés sur des bases professionnelles et locales (soviets d'usine, soviets de garnison militaire, etc.), les « plénums » sont généralement ouverts à l'ensemble de la population : étudiants, travailleurs, chômeurs, retraités...
Les « plénums » se montrent aussi extrêmement critiques envers toute hiérarchie, refusant les leaders, partis et syndicats, alors que les soviets ont, dans l'histoire, souvent été récupérés par des partis dit « communistes ».
Si l'on parle en termes de délégation de pouvoir, les différences sont également marquées. Dans les soviets, la délégation est générale plus institutionnalisée : des délégués élus prennent des décisions pour un collectif et peuvent, en théorie, être révoqués.
Dans les « plénums », s'il existe des représentants, ils ont plutôt un rôle de porte-paroles ou de coordinateurs tournant régulièrement. Les décisions restent largement prises par l'assemblée elle-même, qui garde la capacité de révoquer ses représentants à tout moment.
Périclès fait électeur le misthos
🔴Cependant, malgré ces qualités, cette organisation doit aussi relever des défis. Les « plénums » ne sont parfois pas représentatifs de l'ensemble de la population.
Par exemple, en Bosnie-Herzégovine :
Certains « plénums » ont rassemblé plusieurs milliers de personnes en assemblée. Mais dans une ville comme Sarajevo, qui compte plusieurs centaines de milliers d'habitants, cela reste une minorité.
Dans sa forme la plus avancée, les « plénums » étaient censés représenter à la fois la ville et le canton. Or, pour les habitants des zones rurales éloignées des centres urbains, se rendre à un « plénums » demande du temps et peut représenter un coût financier.
Ce problème existait déjà dans la démocratie directe athénienne de la Grèce antique (entre 454 et 450 av. JC.), et une solution avait alors été trouvée : les citoyens participant aux assemblées et aux institutions démocratiques recevaient une indemnité appelée misthos (« salaire »)[12]. Cela permettait aux citoyens pauvres et aux habitants éloignés de prendre part à la vie politique sans sacrifier leur temps de travail. Sans cela, seuls les plus aisés auraient pu assister aux débats et voter.
🔴Bien sûr, il ne s'agit pas de calquer le modèle athénien, qui avait lui aussi ses défauts, mais des pistes existent pour surmonter ces obstacles.
Par exemple, la division en « plénums » de quartier ou de village pourrait pallier à cette difficulté. Et surtout, nous sommes au XXIe siècle :
il est tout à fait possible de développer la cyberdémocratie et d'apporter des solutions aux nombreux problèmes soulevés.
Internet a déjà démontré son importance dans l'organisation des protestations et des « plénums » jusqu'à présent. On peut coordonner des « plénums » à différents niveaux sans avoir recours aux méthodes du passé.
Grâce aux technologies actuelles, il n'est plus nécessaire de transmettre les décisions par l'intermédiaire de délégués ou de courriers, comme cela se faisait en Russie en 1917 ou en Catalogne en 1936. L'ère numérique permet aujourd'hui d'organiser des référendums en ligne pour faciliter la prise de décision collective. Après tout, si le vote électronique est déjà utilisé dans le cadre de la démocratie représentative bourgeoise et que des transactions financières sécurisées ont lieu quotidiennement, il n’y a aucune raison pour que des consultations démocratiques directes ne puissent pas être mises en place via Internet.
Le véritable enjeu n'est pas tant la disponibilité des outils numériques que leur utilisation pour renforcer la démocratie. L'un des principaux obstacles reste la résistance des élites capitalistes, qui contrôlent la plupart des infrastructures technologiques et ont tout intérêt à préserver le système actuel. Une démocratie directe devra inévitablement s'opposer à ces intérêts particuliers, ce qui entraînera des tensions et des blocages de leur part, comme l'histoire l'a déjà montré.
C'est pourquoi les « plénums » doivent être encore plus offensifs envers les dirigeants et revendiquer le pouvoir. Si les soviets sont allés plus loin, c'est précisément grâce à leur mot d'ordre radical : « Tout le pouvoir aux soviets ! » Ils ont ainsi ouvertement revendiqué la prise du pouvoir en lieu et place de l'État bourgeois. '. Ce n'est pas encore le cas des « plénums » aujourd'hui, du moins pas massivement, puisqu'on a pu voir à l'entrée du ministère de la Culture serbe une grande bande banderole proclamant : « Tout le pouvoir aux plénums », qui a été rapidement retirée, malgré ça les « plénums » restent principalement des espaces de contestation et de revendication, sans ambition affichée de prise de pouvoir. Ils se contentent d'une liste d'exigences, comme l'avaient fait les premiers soviets avant de réaliser qu'ils n'avaient pas besoin d'être dirigés et pouvaient exercer le pouvoir eux-mêmes, sans intermédiaires.
🔴Peut-être qu'un jour, les « plénums » se lèveront et brandiront à leur tour le mot d'ordre « Tout le pouvoir aux plénums ! », tout en veillant à écarter tout leader, bureaucrate ou parti d'avant-garde qui chercheraient à instrumentaliser leur lutte. Sur ce point, les « plénums » semblent déjà vigilants : leur rejet des formes traditionnelles de leadership et de toute tentative de récupération par des partis ou syndicats en témoigne.
Les « plénums » des Balkans rappellent que la démocratie directe n'est pas une utopie lointaine, mais une possibilité bien réellepour cellules et deux qui refusent de se laisser gouverner. À travers leurs pratiques horizontales, ils esquissent les contours d'un futur post-capitaliste qui ne se contenterait pas de répéter les modèles du passé, mais chercherait à inventer de nouvelles formes d'auto-organisation adaptées à notre époque.
Que leur mot d'ordre soit proclamé ou non, l'esprit des soviets du XXIe siècle souffle déjà dans les assemblées des Balkans. Je pourrais conclure par un « Tout le pouvoir aux plénums ! », mais ce n'est pas à moi de dicter la voie aux luttes qui se mènent ardemment aujourd'hui....
Je préfère donner le mot de la fin à Nemanja, qui lutte actuellement en Serbie : « La machine ne peut se mettre en branle que si tout le monde participe. Nous n'en sommes pas là encore, mais à un moment donné, comme une tempête, la colère refoulée pendant des années éclatera et changera fondamentalement la manière de fonctionner de notre société, ou sera instaurée une démocratie directe et décentralisée. »
[3] Brochure de la Cette " Blokadna kuharica ili kako je izgledala blokada Filozofskog fakulteta "... [La cuisinière enfermée ou bien comment s'est déroulé le flocus de la Faculté de Philosophie] est sortie la tête année que les événements. Sur la troupe sur internet. Le texte est des « Étudiants de philosophie de la faculté de Zagreb » publié par le « Centre d'études anarchistes », dans la collection Francisco Ferrer, à 1.000 exemplaires
Selon Trump et ses acolytes, l’Amérique a dépensé d’énormes sommes d’argent pour protéger ses alliés, en particulier les pays riches parmi eux. Il est temps pour ceux-ci de rembourser la dette. La vérité historique, cependant, est très différente de cette représentation simpliste des choses.
Sources :Gilbert Achcar écrivain et universitaire du Liban | mis à jour le 07/03/2025
La logique de « l’Amérique d’abord », adoptée par le mouvement néofasciste américain connu sous le nom de MAGA[0], peut sembler rationnelle à ceux qui ne sont pas familiers avec l’histoire économique des relations internationales.
Selon Trump et ses acolytes, l’Amérique a dépensé d’énormes sommes d’argent pour protéger ses alliés, en particulier les pays riches parmi eux, c’est-à-dire l’Occident géopolitique (l’Europe et le Japon en particulier) et les États pétroliers arabes du Golfe. Il est temps pour ceux-ci de rembourser la dette : tous ces pays doivent payer la facture en augmentant leurs investissements et leurs achats aux États-Unis, en particulier leurs achats d’armes (c’est ce que Trump entend par sa pression constante sur les Européens pour qu’ils augmentent leurs dépenses militaires).Tout cela s’inscrit naturellement dans la logique mercantile qui va de pair avec le fanatisme nationaliste qui caractérise l’idéologie néofasciste(voir « L’ère du néofascisme et ses particularités », 05/02/2025[1]).
🔴 De ce point de vue, les dépenses militaires étatsuniennes – qui ont effectivement dépassé non seulement celles des alliés de l’Amérique, mais ont presque égalé à un moment donné les dépenses militaires de tous les autres pays du monde réunis – ont été un sacrifice majeur au profit des autres.
Selon la même logique, l’important déficit de la balance commerciale étatsunienne n’est que le résultat de l’exploitation de la bonne volonté américaine par d’autres pays.
C’est pourquoi Trump veut le réduire en imposant des droits de douane à tous les pays qui exportent vers les États-Unis plus qu’ils n’en importent.
Ce faisant, il cherche également à augmenter les revenus de l’État fédéral afin de compenser sa réduction de ces mêmes revenus par des réductions d’impôts au profit des riches et des grandes entreprises.
La vérité historique, cependant, est très différente de cette représentation simpliste des choses.
▶️Tout d’abord :les dépenses militaires étatsuniennes après la Seconde Guerre mondiale ont été, et restent, un facteur majeur dans la dynamique spécifique de l’économie capitaliste américaine, qui s’est appuyée depuis lors sur une « économie de guerre permanente » (ceci est expliqué en détail dans mon livre La Nouvelle Guerre froide : les États-Unis, la Russie et la Chine, du Kosovo à l’Ukraine, 2023[2]). Les dépenses militaires ont joué et continuent de jouer un rôle majeur dans la régulation du cours de l’économie étatsunienne et dans le financement de la recherche et du développement technologiques (ce dernier rôle a été important dans la révolution des technologies de l’information et de la communication, un domaine qui a ramené les États-Unis à la pole position technologique après le déclin relatif de leurs industries traditionnelles).
▶️Deuxièmement :la protection militaire que les États-Unis ont fournie à leurs alliés en Europe et au Japon, ainsi qu’aux États arabes du Golfe, fait partie d’une relation de type féodal, dans laquelle ces pays ont accordé de grands privilèges économiques au suzerain américain, en plus de leur participation au réseau militaire sous son commandement exclusif.
La vérité contredit complètement la description que font Trump et ses acolytes des relations des États-Unis avec leurs alliés comme étant basées sur leur exploitation par ces derniers.
La réalité est exactement le contraire, car Washington a imposé à ses alliés, en particulier aux pays riches parmi eux, un type de relations économiques à travers lequel il les a exploités, notamment en imposant son dollar comme monnaie internationale, de sorte que ces pays ont financé directement et indirectement le double déficit de la balance commerciale américaine et du budget fédéral. Les dollars du déficit commercial étatsunien, ainsi que diverses ressources en dollars de divers pays, sont continuellement revenus dans l’économie américaine, certains d’entre eux finançant directement le Trésor étatsunien.
Ainsi, les États-Unis ont vécu, et continuent de vivre, bien au-dessus de leurs propres moyens.
Un fait qui est évident dans l’ampleur de leur déficit commercial, qui a approché les mille milliards de dollars en 2022[3], et la taille de leur énorme dette, qui dépasse 29 mille milliards de dollars, soit l’équivalent de 125 % de leur PIB[4].
Les États-Unis sont l’incarnation ultime d’un débiteur important et puissant qui vit aux dépens de riches créanciers dans une relation de domination du premier sur les seconds, au lieu de l’inverse.
Même envers l’Ukraine,les 125 milliards de dollars[5] que les États-Unis ont donnés à ce pays jusqu’à présent (loin des chiffres fantaisistes de Trump, quand il affirme que son pays a dépensé 500 milliards de dollars[6] à cet égard) sont équivalents à ce que l’Union européenne a fourni à elle seule[7] (or, le PIB de l’UE est inférieur d’environ 30 % à celui des États-Unis), sans compter ce que la Grande-Bretagne, le Canada et d’autres alliés traditionnels des États-Unis ont apporté. En fait, ce que les États-Unis ont dépensé pour financer l’effort de guerre ukrainien a servi leur politique visant à affaiblir la Russie en tant que rival impérial.
Washington est le principal responsable de la création des conditions qui ont facilité la transformation néofasciste en Russie et ont conduit à son invasion de son voisin.
Les États-Unis ont délibérément attisé l’hostilité envers la Russie et la Chine après la guerre froide afin de consolider la subordination de l’Europe et du Japon à leur hégémonie.
▶️Cependant,lorsque Trump et ses acolytes reconnaissent la responsabilité des administrations américaines précédentes dans la création de la situation qui a conduit à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ils ne le font pas par amour de la paix comme ils le prétendent hypocritement(leur position sur la Palestine est la meilleure preuve de leur hypocrisie), mais plutôt dans le contexte de leur transition de la considération de la Russie comme un État impérialiste rival– une approche que Washington a poursuivie de manière croissante depuis les années 1990 malgré l’effondrement de l’Union soviétique et le retour de la Russie dans le giron du système capitaliste mondial –à la considération de Poutine comme leur partenaire en néofascisme, prêts à coopérer avec lui pour renforcer le courant d’extrême droite en Europe et dans le monde, en plus de bénéficier du grand marché et des grandes ressources naturelles de la Russie.Alors qu’ils voient dans les gouvernements libéraux de l’Europe un adversaire idéologique et un concurrent économique à la fois, ils voient en la Russie un allié idéologique qui ne peut pas rivaliser avec eux sur le plan économique.
En revanche, la Chine, aux yeux de Trump et de ses acolytes, est le plus grand adversaire politique et concurrent économique et technologique.
Joe Biden a suivi la même politique, établissant une continuité entre le premier et le second mandat de Trump en ce qui concerne l’hostilité à l’égard de la Chine. Alors que l’équipe Trump peut espérer séparer Moscou de Pékin, tout comme la Chine s’est séparée de l’Union soviétique dans les années 1970 et s’est alliée aux États-Unis, Poutine ne prendra pas le risque de s’engager dans cette voie tant qu’il ne sera pas sûr de la permanence des néofascistes américains à la tête de leur pays.
La grande question est maintenant de savoir si l’axe libéral européen est prêt à prendre le chemin de l’émancipation de la tutelle étatsunienne, ce qui nécessite de mettre fin à son alignement derrière Washington dans l’hostilité envers la Chine et de consolider ses relations de coopération avec elle.
Cela exige également que les pays européens soient prêts à travailler dans le cadre du droit international et à contribuer au renforcement du rôle des Nations unies et des autres institutions internationales, deux choses que Pékin n’a cessé de réclamer.
L’intérêt économique de l’Europe est clair à cet égard, bien sûr, en particulier l’intérêt de la plus grande économie européenne, l’économie allemande, qui entretient des relations étroites avec la Chine.
L’ironie est que la Chine s’associe maintenant aux Européens pour défendre la liberté du commerce mondial contre l’approche mercantile adoptée par Trump et ses acolytes, et pour défendre les politiques environnementales contre leur rejet, accompagné du déni du changement climatique, qui caractérise diverses variétés de néofascistes.Les positions acerbes exprimées par le nouveau Premier ministre allemand, Friedrich Merz, en critiquant Washington et en appelant à l’indépendance de l’Europe vis-à-vis des États-Unis[8], si elles aboutissent à une véritable tentative de suivre cette voie, pourraient se traduire dans l’attitude de l’Union européenne à l’égard de la Chine, d’autant plus que la position française penche dans la même direction.
🔴 Tout cela confirme la mort du système libéral atlantique et l’entrée du monde dans une phase houleuse de rebattage des cartes, dont nous ne sommes encore qu’au début. Les élections au Congrès américain de l’année prochaine joueront un rôle majeur pour promouvoir ou freiner ce processus, selon qu’elles conduisent à renforcer ou à affaiblir la domination néofasciste sur les institutions américaines. Pendant ce temps, le mouvement néofasciste américain a commencé à imiter ses homologues dans divers pays en sapant progressivement la démocratie électorale et en mettant la main sur les institutions de l’État américain dans le but de perpétuer son contrôle sur elles.
Pourquoi l’Ukraine est en train de perdre la guerre contre la Russie ? Comment les deux camps pensent et mènent leurs opérations ? Quelles ont été les erreurs de part et d’autre ? Comment l’Occident a contribué à la défaite ukrainienne ?...
Pour répondre à ces questions et à bien d’autres, Jacques Baud (né le 1er avril 1955 , est un ancien colonel de l'armée suisse, analyste stratégique, spécialiste du renseignement et du terrorisme[1]) s’appuie sur des informations officielles, des documents américains, occidentaux et russes. Il explique la manière dont la Russie comprend et conduit la guerre. Il montre combien l’incapacité des Occidentaux à comprendre cette réalité et leur détermination à affaiblir la Russie s’est retournée contre l’Ukraine. Après les best-sellers Poutine, le maître du jeu ?, Opération Z et Ukraine entre guerre et paix dont le travail d’analyse a été salué dans le monde entier et dont les ouvrages ont été traduits dans plusieurs pays, l’auteur revient sur la guerre en Ukraine. Il expose la manière dont la Russie l’a menée et comment l’image qu’en ont donné les Occidentaux a conduit l’Ukraine vers l’échec.
Jacques Baud revient jour par jour sur la montée des tensions entre la Russie, l’Ukraine et l’Occident…jusqu’au lancement de l’opération de l’armée russe en Ukraine. Ce rappel utile montre que la guerre aurait pu être écourtée dès 2022 !
Rappel : En Russie, l'invasion du 24 février 2022 est officiellement appelée « opération militaire spéciale ».
L'invasion de l'Ukraine par la Russie est un conflit (une guerre) déclenché le 24 février 2022 par ordre du président russe Vladimir Poutine, à partir de la Russie, de la Biélorussie et des territoires ukrainiens occupés par les Russes[a] depuis la guerre russo-ukrainienne de 2014[b], à savoir la Crimée (annexée par la Russie) et les républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk.
L'invasion intervient huit ans après le déclenchement de la guerre russo-ukrainienne qui suit l'annexion de la Crimée par la Russie[c] ;
Ainsi que le début de la guerre du Donbass à partir du printemps 2014[d] ;
ces actions sont nées de l'opposition russe au mouvement Euromaïdan de 2013-2014[e].
En 2021, les tensions s'intensifient[f], dégradant fortement les relations entre l'OTAN et la Russie[g], d'abord par le renforcement du dispositif militaire russe à la frontière ukrainienne avec la Russie et la Biélorussie ainsi qu'en Crimée sous occupation russe,
Retour en arrière : Jacques Baud revient jour par jour sur la montée des tensions entre la Russie, l’Ukraine et l’Occident… jusqu’au lancement de l’opération de l’armée russe en Ukraine. Ce rappel utile montre que la guerre aurait pu être écourtée dès 2022 !
🔴1er juillet 2021 Le parlement ukrainien a adopté la ”Loi sur les peuples autochtones d'Ukraine[2] ”. Elle définit quels sont les peuples autochtones de l'Ukraine et les droits dont ils bénéficient. Un député du parti présidentiel, explique: “ après l'adoption de cette loi, les citoyens ukrainiens de nationalité russe n'auront pas les mêmes. " L'Ukraine est ainsi devenue le premier pays à adopter une loi raciale après les lois raciales de Nuremberg des années 1930[3].
🔴3 février 2021 Zelensky promulgue un décret interdisant huit médias d'opposition dont trois chaînes de télévision[4].
🔴24 mars 2021 Zelensky promulgue un décret pour reconquérir la Crimée, ce qui suppose la neutralisation préalable du Donbass[5]. Il commence à déployer des troupes et à déplacer des chars vers le sud du pays et le long de la ligne de contact avec les républiques autoproclamées du Donbass. Plusieurs services de renseignements occidentaux relèvent les indices d'une offensive ukrainienne dans le Donbass.
▶️Simultanément ...
L’OTAN lance la série d’exercices " Defender Europe 21 " à proximité de la frontière russe[6]. Les Russes constatent que les vols de reconnaissance de l’OTAN à la frontière ukrainienne et dans la mer Noire se multiplient de manière inquiétante.
Cette situation explique les exercices de l’armée russe au printemps 2021. La Russie teste la disponibilité opérationnelle de ses troupes et montre qu’elle suit l’évolution de la situation.
🔴11 février 2022 Lors d'une conférence de presse, Biden affirme que la Russie attaquera l'Ukraine le 16 février[8]. Le tabloïd britannique Sun évoque même une attaque avec 200 000 hommes (le double des effectifs évoqués jusque-là), et précise qu'elle aura lieu à 1h du matin, tandis que d'autres annoncent 3 h du matin !
🔴14 février 2022 Le département d'État américain ferme son ambassade de Kiev[9], ordonne la destruction des ordinateurs et des moyens de transmissions et déplace son personnel à Lvov, près de la frontière polonaise.
🔴15 février 2022 Zelensky annonce que le 16 février sera le “ Jour de l’Unité ”[10], défini par le Times de Londres comme " une nouvelle fête introduite comme une marque de défi contre les troupes russes ”. Il demande à la population de descendre en masse dans les rues le lendemain. Les médias occidentaux se préparent à filmer l'événement.
🔴16 février 2022 Le streaming de Reuters montre une place Maidan désespérément vide, que les internautes prendront vite en dérision. Manifestement, les Ukrainiens ne sont pas pressés de manifester leur unité contre la Russie !
Les observateurs de l'OSCE enregistrent une augmentation significative des violations du cessez-le-feu le long de la ligne de contact[11]. Le nombre d'explosions est multiplié par 10 et la carte qu'ils produisent montre qu'elles touchent essentiellement la population civile du Donbass. Pour la Russie, cette intensification brutale des tirs d'artillerie est un indicateur du déclenchement imminent d'une offensive terrestre.
🔴17 février 2022 Les tirs d'artillerie s’intensifient encore et atteignent 20 fois le niveau “ habituel ” le long de la ligne de contacts. Les Occidentaux accusent immédiatement les “ pro-russes ”. Un projectile qui a touché une école maternelle à Stanitsa Louganskaya est qualifié d'attaque “ sous fausse bannière ” par Johnson et Stoltenberg[12]. L’orientation de l'impact tend à indiquer que le tir viendrait des lignes ukrainiennes.
▶️ L'attribution du tir aux forces autonomistes est d'autant moins crédible que les troupes ukrainiennes empêchent les observateurs de l'OSCE d'accéder au bâtiment, comme ils l'indiquent dans leur rapport journalier.
🔴24 février 2022 Dans l'allocution où Poutine[13] explique sa décision d'attaquer l'Ukraine, il a clairement indiqué les deux objectifs de cette opération: la “ démilitarisation ” et la “ dénazification ” de la menace contre la population du Donbass.Il précise que les objectifs de la Russie ne sont pas d’ordre géographique ou territorial.
🔴25 février 2022 Zelensky a signalé son intérêt pour une solution négociée et c’est ce que cherchent les russes[14]. En revanche, l’UEetles forces néo-nazies au sein de l’appareil de l’Etat tentent d’empêcher toute forme de négociation.
🔴27 février 2022 L'UE arrive avec un paquet d'armes de 450 millions €[15] pour inciter l'Ukraine à se battre. Avec la “ bénédiction ” des pays de l'ouest, ceux qui sont en faveur d'une négociation sont éliminés !
🔴5 mars2022 Kireyev, un des négociateurs ukrainiens, assassiné par le service secret ukrainien (SBU)[16] car jugé trop favorable à la Russie et considéré comme traître.
🔴7 mars 2022 Alors que les négociations avec l’Ukraine n'ont fait aucun progrès, la Russie ajoute la reconnaissance du retour de la Crimée à la Russie et l'indépendance des deux Républiques du Donbass à sa liste des revendications. Elle précise que sa position pourrait changer si l'Ukraine ne souhaitait pas négocier.
🔴10 mars 2022 Dmitry Demyanenko, ex-chef adjoint de la direction principale du SBU pour Kiev et sa région, lui aussi jugé trop favorable à un accord avec la Russie, assassiné par des membres du bataillon spécial Mirotvorets (“ Pacificateur ”)[17]. Cette milice est associée au site web Mirotvorets qui publie une liste des “ennemis de l’Ukraine”
🔴20 mars 2022 Le Conseil de Sécurité nationale interdit 11 partis politiques[18]. Un chef du principal parti d’opposition a été arrêté.
🔴21 mars 2022 Zelensky fait une offre qui va dans le sens de la Russie
🔴23 mars 2022 Comme en février, l’UE revient deux jours plus tard avec un paquet de 500 millions d'euros pour des achats d'armes[19]. L'Angleterre et les États-Unis font pression sur Zelensky pour qu'il retire son offre. Les négociations d’Istanbul s'enlisent
🔴 27 mars 2022 Le contenu de la proposition de Zelensky à la Russie est dévoilé. L'Ukraine s'engage à être neutre avec des garanties internationales et à rester exempté d'armes nucléaires, ne pas reprendre les territoires de la Crimée et de Sébastopol par la force. Les régions de Donetsk et de Lougansk sont considérées comme des “zones séparées”, ne pas rejoindre des alliances militaires et renoncer au déploiement de bases et de contingents militaires étrangers, ainsi qu'au déroulement d'exercices militaires sur son territoire sans le consentement d'États garants, y compris la Russie
🔴 28 mars 2022 La Russie est favorable à la proposition de Zelensky. Elle ne s’oppose pas à la volonté de l'Ukraine d’adhérer à l’UE. Après les propositions ukrainiennes, la Russie offre de réduire sa présence autour de Kiev
🔴 8 avril 2022 Borrell, ministre des Affaires étrangères de l’UE, déclare: “500 millions d'euros d'aide supplémentaire de l’UE sont en train d'être débloqués. Cette guerre doit être gagnée sur le champ de bataille”
🔴 9 avril 2022 Lors d'une visite impromptue à Zelensky, Johnson, lui apporte 2 messages: “Il faut faire pression sur Poutine, pas négocier avec lui. Et deuxièmement, si vous êtes prêt à signer des accords de garantie avec lui, nous ne le sommes pas”
🔴 24 avril 2022 Alors qu'aucun progrès n'a été enregistré dans les négociation, les russes adaptent leur objectif. Le ministère de la Défense annonce que le nouvel objectif est de prendre le contrôle de la partie sud de l'Ukraine jusqu'à la Transnistrie
🔴 Juillet 2022 En sus de la liste de Mirotvorets, le gouvernement ukrainien a établi une liste noire d'intervenants internationaux qui “promeuvent des narratifs en accord avec la propagande russe”, où figurent des membres du Congrès américain, des politiciens, des journalistes
Jacques Baud - " Les américains ne veulent pas être face à face avec la Russie "
Jacques Baud - " Les américains voient leur intérêt national dans une lutte contre la Chine "
[1] Wikipédia : Jacques Baud a été membre du renseignement stratégique suisse, spécialiste des pays de l’Est et ancien chef de la doctrine des opérations de la paix des Nations Unies. Au sein de l’OTAN, il a participé à des programmes en Ukraine, notamment après la révolution de Maïdan, en 2014 et 2017. En plus de ses ouvrages majeurs sur le conflit en Ukraine, il est l’auteur de plusieurs livres sur le renseignement, la guerre et le terrorisme, dont Gouverner par les fake news, Vaincre le terrorisme djihadiste et L’Affaire Navalny, tous parus aux éditions Max Milo.
- Opération Z : Après le best-seller "Poutine : maître du jeu ? ", dont le travail d’analyse a été salué dans le monde entier, Jacques Baud revient dans ce livre " Opération Z" sur les causes profondes de la guerre en Ukraine et les raisons qui ont poussé Vladimir Poutine à intervenir le 24 février 2022.
Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, ex secrétaire de syndicat, d'Union locale et conseiller Prud'homme CGT de 1978 à 2022.
La France insoumise
Pour une MAJORITÉ POPULAIRE, renforcer la France insoumise pour GAGNER !
🔴 La France insoumise et ses 71 députés sont au service des Françaises et des Français face à l'inflation et l'accaparement des richesses par l'oligarchie.
✅ La dissolution, nous y sommes prêts !
Avec la #Nupes, la France Insoumise propose l’alternative
📌Pourquoi La France insoumise, ses origines ? La France insoumise : comment ? La France insoumise : pour quoi faire ?
Autant de questions dont vous trouverez les réponses...✍️en cliquant ci-dessous 👇
N'attendez pas la consigne !
✅ Pour rejoindre la France insoumise et AGIR ENSEMBLE pour GAGNER : cliquez ci-dessous 👇
La chaîne télé de Jean Luc Melenchon : cliquez ci-dessous 👇
Le blogde Jean Luc Melenchon : cliquez ci-dessous 👇