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20 juillet 2020 1 20 /07 /juillet /2020 20:44
Le Macronisme, la maladie infantile du Parti Socialiste

De Grenoble à Dijon, en passant par La Rochelle[11]...

 

Sources : ARNAUD GUVENATAM | mis à jour le 15/01/2021

- Olivier Faure, patron du Parti Socialiste, nous chante les louanges du retour de la gauche plurielle[1].

A longueur d’antenne, la même rengaine : l’union fait la force et cela serait, comme nous l’aurions vu aux municipales, le seul moyen de mettre à terre Macron et Le Pen. La poussière est maintenant retombée et toutes les analyses sérieuses ont été faites sur la toute petite vaguelette verte, l’immense torrent d’abstention[2] qui illustre la grève civique des français, et la représentativité populaire immensément faible des exécutifs élus (de 10% à 20% des inscrits). Mais rien n’est aussi simple que semble vouloir le dire Olivier Faure.

 

 

-

Le Parti Socialiste, mine de rien, commence à retrouver son appétit hégémonique.

En ayant entrouvert la porte à se ranger derrière une hypothétique candidature EELV, les éléphants, pour ce qu’il en reste, ont fait comprendre à Faure qu’ils ne l’entendaient pas de cette oreille. Déjà parce que les Verts risquent de se déchirer comme d’habitude entre leurs orientations aussi diverses qu’irréconciliables. La lutte entre Eric Piolle et Yannick Jadot[3] est une sorte de madeleine de Proust écolo. Côté PS et social-démocratie, certains lanceraient Laurent Joffrin[4 et 4bis] dans le bain politique pour tenter de remettre en selle une candidature de François Hollande. Interdit de rigoler…

 

 

-

Et dans tout cela, le Parti Socialiste reste incapable de couper le cordon ombilical avec le Macronisme.

Les stratégies mises en place par les socialistes ne visent qu’à garder des postes électoraux. On dirait le PRG, enfin la galaxie « radicale social-libérale », un fossile politique vivant mais sans le moindre avenir. Une espèce panchronique de type Cœlacanthe… Rien que l’accumulation de termes montre à quel point cela ne pèse plus rien et comment tout ce petit monde fraie pour un plat de lentilles. Si l’on constate ce genre de choses aux élections municipales, les élections des exécutifs métropolitains ne sont pas de tout repos. A plus d’un titre, elles permettent une clarification nécessaire que nous devrons garder en mémoire dans la perspective de la présidentielle de 2022.

 

 

-

Grenoble est un exemple hallucinant.

Alors que la ville de Grenoble est restée dans l’escarcelle d’Eric Piolle, maire issu d’une alliance EELV/LFI, c’est Christophe Ferrari qui  a été réélu à la tête de la Métropole[5]. Par quel miracle le socialiste a-t-il réalisé cet exploit ? Grâce aux voix du délinquant de droite Alain Carignon, aux voix de la République en Marche et avec la bénédiction du Rassemblement National[6]. Bravo !

 

 

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Dijon n’est pas épargnée non plus.

Outre les stratégies électoralistes des écologistes à la sauce Jadot qui ont fini rincés par excès d’appétit, le Parti Socialiste de François Rebsamen continue ses yeux doux au Macronisme. Inutile de rappeler les positions du Maire de Dijon en 2017 sur son appel à voter Macron[7]. Il avait même jusqu’à tenter de pistonner Macron pour lui refiler une circonscription dijonnaise en 2015… L’on constate que le cordon ombilical du PS dijonnais avec le Macronisme a de beaux jours devant lui. François Rebsamen avait intégré des marcheurs[9] et des « radicaux sociaux-libéraux » sur sa liste, ayant déjà depuis 2008 le MoDem dans sa majorité. Sans compter les verts Jadoïstes présents depuis 2001… Tout le Macronisme est présent.

 

Le choix du libéralisme le plus échevelé est acté depuis longtemps mais la composition de la métropole permet de le voir de façon claire. Parmi les vice-présidents, on constate :

  • François Deseille (MoDem, et candidat MoDem/LaREM en 2017 aux législatives) ;
  • Danielle Juban (soutien d’Emmanuel Macron à la présidentielle) ;
  • Dominique Grimpret (maire d’Ahuy ayant parrainé Macron, et ayant tenté d’avoir l’investiture LaREM aux législatives) ;
  • et Jean-Philippe Morel (« radical social-libéral », avocat bien connu des Gilets Jaunes localement).

Le Macronisme est donc bien présent à tous les étages.

 

C’est bien tout cela qu’il faudra garder en tête lorsqu’il faudra demander au Peuple français de trancher par le vote les orientations politiques qui seront mises sur la table. Ni tambouille, ni accord de coin de table. Pour une présidentielle, il faut convaincre, et cela ne pourra se faire que dans la cohérence et la clarté.

 

 

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Présidentielles de 2022 : l'appel de Hollande
La peur d'une possible victoire du peuple les terrorise !
Venant d'un individu qui a largement contribué à faire que la notion de " gauche politique " soit rejetée par plus de 85% de nos compatriotes, cet appel de Hollande au PS dont la droitisation n'est plus à démontrer (en vue rejoindre Y. Jadot) doit être un argument supplémentaire pour, construire un rassemblement citoyen autour du programme populaire L'Avenir en commun.

 

Et pour clore temporairement le sujet, je dirai que si le PS s'empare de l'écologie comme il s'est emparé du " travail " avec la Loi ElKhomri !... on connait le résultat !

 

Mais pourquoi en serait-il autrement face à un PS qui, aujourd'hui plus qu'hier et moins que demain, est imbibé par le macronisme !

Le Macronisme, la maladie infantile du Parti Socialiste

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Commentaire

 

- La trahison de trop ? Dans le livre " un Président ne devrait pas dire ça[12] ", F. Hollande annonce clairement qu'il a fondé "en Marche", le mouvement d'E. Macron. Édifiant !

 

Source : http://eric.et.le.pg.over-blog.fr/2017/04/100-ans-de-trahisons-socialistes-des-origines-a-nos-jours.html

Source : http://eric.et.le.pg.over-blog.fr/2017/04/100-ans-de-trahisons-socialistes-des-origines-a-nos-jours.html

Le Macronisme, la maladie infantile du Parti Socialiste

[7] Présidentielle 2017 : François Rebsamen en faveur d'une collaboration avec Emmanuel Macron 

[8] François Rebsamen propose de pistonner Emmanuel Macron pour un mandat de député à Dijon

[9] "François Rebsamen et Sylvain Comparot, candidats d’Emmanuel Macron"

[10] DIJON MÉTROPOLE : Les nouveaux vice-présidents

[11] La Rochelle pas épargnée :

- La Rochelle : le maire Jean-François Fountaine soutient Emmanuel Macron

- Municipales à La Rochelle : les socialistes s’allient à Jean-François Fountaine

- Municipales à La Rochelle : Jean-François Fountaine adoubé par La République en marche

- Municipales à La Rochelle : Jospin plaide pour Fountaine

[12] Sous-titré " Les secrets d'un quinquennat ", " Un président ne devrait pas dire ça... " est un livre des journalistes d'investigation Gérard Davet et Fabrice Lhomme, publié le 12 octobre 2016 par les éditions Stock, consacré aux cinq années d'entretiens privés des deux hommes avec le président de la République française François Hollande. L'ouvrage est à l'origine d'une importante polémique notamment au sein de la majorité du moment, et est considéré comme l'un des facteurs conduisant au renoncement de François Hollande à se présenter à l'élection présidentielle française de 2017.

 

Pour en savoir plus :

- Laurent Joffrin, un homme neuf pour un nouveau parti

- Le PS n'est pas de gauche !

- LE GRAND RETOUR DE LA GAUCHE PLURIELLE

- Bordeaux. EELV, PS et PCF main dans la main avec la droite pour faire barrage à Poutou, candidat soutenu par la France insoumise

- Laurent Joffrin, instrument de la victoire du capitalisme dans la gauche

- Rouges, verts et recomposition : ce dont il est question.

- Un socialiste accepte de devenir directeur du Maire Louis Alliot RN/FN

- Il a fait Faure, Olivier : la honte socialiste en 2 tweets (nécrologie du quinquennat de la Honte, celui de F. Hollande) !

- 100 ans de trahisons socialiste (des origines à nos jours)

- Solfériniens (on pourrait dire mactonien) : le PS et le PRG en actes !

- Pour concevoir son programme de 2022, le Parti Socialiste choisit Pierre Jouvet, qui était... candidat macroniste en 2017

- J.J. Melenchon : "... Pour le PS il s’agit d’écarter le retour au cauchemar de 2017 : le risque d’un second tour des présidentielles auquel participerait l’abominable homme des neiges, Jean-Luc Mélenchon. " 

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14 mai 2020 4 14 /05 /mai /2020 20:32
Barbara Stiegler : “ la crise sanitaire actuelle est le pur produit du néolibéralisme ”

En cette journée de printemps Barbara Stiegler[1] est radieuse. Le succès qu’elle remporte actuellement n’enlève rien à la simplicité qui est naturellement la sienne. Avant le confinement, ses conférences faisaient déjà un carton.


Il y a deux ans, la spécialiste de Nietzsche s’installe à Bordeaux où elle enseigne depuis quinze ans, (elle y est responsable du master : soin, éthique et santé). A cette époque elle n’imagine pas à quel point la société va traverser de telles turbulences.


Et alors qu’elle découvre la capitale girondine son quotidien est confronté aux mobilisations citoyennes. Elle va s’en faire le témoin privilégié. Entretien par Marie Neuville 

 

 

Sources : france3 Aquitaine Entretien par Marie Neuville | mis à jour le 13/08/2021

-La crise sanitaire semble être le révélateur des failles du modèle néolibéral français de la santé publique. Vous l’aviez expliqué dans votre livre "Il faut s’adapter"[2]. Etait-ce prémonitoire ?

Barbara Stiegler : Je n’ai eu aucune prémonition, j’ai même pris tardivement la mesure de cette pandémie. Mais c’est vrai sur le fond, mon livre démontre l’écueil du modèle néolibéral, un choix qui entraîne l’explosion des mobilités, l’accélération des rythmes, la compétition effrénée pour les ressources, autant de facteurs qui conduisent à une destruction des systèmes, qu’ils soient sanitaires, éducatifs, sociaux ou qu’ils touchent des corps vivants et des écosystèmes.
Des crises comme celle-là vont se reproduire si on ne change pas.

 

 

-Pourquoi une telle improvisation dans la gestion de cette crise ?
Barbara Stiegler : C’est vrai que nous ne sommes pas dans un pays pauvre, nous sommes la 6e puissance économique mondiale ; les causes sont liées à une vision néolibérale de la manière de gouverner. 

 

  • La pénurie n’est pas involontaire, elle a été sciemment orchestrée par les dirigeants des entreprises pour s’adapter à la compétition mondiale. 

Le modèle néolibéral organise une société de flux basée sur des ressources rares. Une entreprise qui a des stocks perd des points.

 

Moins il y a de lits de matériels, de médicaments, de personnels, plus il y a d’agilité, d’innovation de dépassement, d’adaptation et cela est considéré comme moteur de progrès. C’est une façon de montrer que l’on est en avance au regard du monde d’avant.
Il faut être performant, moderne, autrement dit "Il faut s’adapter"  ! C’est avec cette injonction que s’est faite la gestion de l’hôpital.

 

  • Sauf qu’à flux tendu il est impossible de faire face à l’imprévu. Cette vision néolibérale est totalement contraire aux conditions de la vie et aux besoins fondamentaux des vivants. Et ce n’est pas valable que pour l’hôpital.

C’est aussi le cas dans le monde de la recherche et de l’enseignement, détruit par cette culture de l’optimisation et de l’innovation sur fond de pénurie.

 

 

-Vous dénoncez la médecine proactive, est-ce une erreur d’avoir voulu remplacer le bon vieux docteur ?
Barbara Stiegler : Dans la médecine classique, on tient compte du patient de sa plainte, de son mal. Mais cela est jugé archaïque et  dépassé. La médecine proactive, portée par les prouesses du numérique, tourne le dos à la médecine traditionnelle qui porte assistance à la personne malade.
La médecine dite " proactive " demande à l’individu de taire sa souffrance, de s’adapter, y compris dans un environnement dégradé et d’être comptable de la manière dont il optimise les risques.

 

Elle fait l’impasse sur ce qui est négatif, refuse d’avoir une vision critique sur les causes de nos pathologies.  Refusant de regarder en face la souffrance, la mort et le négatif, elle fantasme l’optimisation de la performance.

 

  • De plus cette médecine de l’innovation, focalisée sur les nouvelles technologies et le biomédical, est incapable de prévenir ce genre de crise sanitaire car elle est dépourvue de toute réflexion critique  sur les facteurs environnementaux des maladies et sur nos organisations sociales, qui sont pourtant des déterminants fondamentaux en santé publique.

 

A la lumière de ce modèle, ce virus venu d’Asie ne pouvait qu’être sous-évalué, il ne pouvait apparaître que comme une « grippette » n’ayant aucune incidence sur la puissance de notre système sanitaire.

 

Dans la vision néolibérale, la conduite des individus doit être  modelée par les recommandations des experts. Mais cette crise du coronavirus, comme la crise climatique, révèle le retard des gouvernants, dont les visions sont de plus en plus inadaptées aux réalités et dont les décisions sont de plus en plus éloignées du bon sens des populations.

 

  • C’est leur aveuglement du flux et leur phobie irrationnelle des stocks qui leur a, par exemple, fait détruire nos stocks de masques, nos contingents de lits et nos effectifs de soignants.

C’est le même aveuglement qui les conduit à supprimer des postes de chercheurs et d’enseignants capables d’avoir une vision sur le temps long, pour leur substituer une main d’œuvre précaire, fluide, adaptable.

 

Il y a en réalité beaucoup d’argent dans la santé et l’éducation mais affecté à une logique de flux, qui détruit la stabilité nécessaire réclamée par ces métiers.
Cette pression du flux conduit à installer la pénurie et la compétition partout, alors même qu’il y a une débauche de dépenses du côté du management, de l’évaluation, de la machine normative et réglementaire.

 

Dans ces métiers de santé, d’éducation et de recherche, nous passons de plus en plus de temps à l’évaluation, à l’optimisation, à la compétition et de moins en moins de temps à soigner, éduquer et faire de la recherche.  

  • C’est cela le néolibéralisme : un Etat très fort, tatillon et bureaucratique, avec, dans les entreprises des dirigeants et des managers qui donnent des caps, appliquent  des politiques intrusives, invasives, qui harcèlent.

C'est un Etat qui est dans le contrôle de tout, à la différence de l’ultra-libéralisme " trumpien " qui lui " laisse faire " et abandonne les populations aux forces sauvages du privé ou du marché. Ces deux formes de libéralisme, qui servent le marché de manière très différente, sont tout aussi dangereuses l’une que l’autre.

 

 

Barbara Stiegler : “ la crise sanitaire actuelle est le pur produit du néolibéralisme ”
Barbara Stiegler : “ la crise sanitaire actuelle est le pur produit du néolibéralisme ”
Barbara Stiegler : “ la crise sanitaire actuelle est le pur produit du néolibéralisme ”

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Comment pouvons-nous parvenir à cette démocratie sanitaire que vous appelez de vos vœux ?
Barbara Stiegler : A l’hôpital mais pas seulement, dans tous les domaines, les premières lignes doivent reprendre la main.
Dans la santé, l’éducation, la recherche, les médias, les institutions culturelles….

  • Les politiques et managers ont transformé ces métiers qui formaient la base de nos démocraties, ils leur ont imposé des réformes permanentes, exigé de la flexibilité et de l’adaptabilité, c'est-à-dire en fait, une forme de soumission, en imposant l’idée que c’était aller dans le sens de l’histoire. 

 

Sauf que, mobilisations après mobilisations, la colère ne retombe pas, les élites continuent de se discréditer.

  • Au lieu de passer leur temps à dénoncer les fake news des réseaux sociaux et à expliquer que pouvoir rime avec savoir, les gouvernants gagneraient à reconnaître leur retard, ce décalage qui sape leur autorité.

 

C’est pourquoi les choix de santé publique, d’éducation, d’environnement doivent être l’affaire de tous et non des experts et des dirigeants.
Le néolibéralisme n’est pas seulement sur les places financières ou dans les entreprises il est en chacun de nous, dans nos minuscules façons de vivre, il est temps de retrouver notre puissance vitale et d’agir sur notre propre environnement local. 

 

  • Gilets jaunes, manifestations hospitalières, crise du corona virus, l’individu comprend qu’il n’est plus tout seul face à  son écran, face à son chef, face à sa hiérarchie et que les populations de citoyens peuvent elles aussi " s’armer " collectivement, par-delà les clivages de secteurs, de classes et de générations.

 

 

-On comptera les morts
Barbara Stiegler : J'avoue regarder le futur avec un mélange d’inquiétude et d’espérance, celui d’une philosophe qui a trouvé ici et maintenant une autre façon de respirer.
Même si elle sait que la lutte sera âpre et qu’il faudra tenir dans le temps, elle croit au réveil politique … En ce jour de printemps le ciel est clair et l’horizon dégagé. 

 

Lors des manifestations, on pouvait lire sur les banderoles des hospitaliers " vous comptez votre argent, on comptera les morts ". C’était il y a un an, aujourd’hui les soignants du terrain se disent prêts à reprendre les clés du camion.

 

Notes :

[1Barbara Stiegler

[2] « Il faut s’adapter » paru chez Gallimard en Février 2019

 

Pour en savoir plus :

- Economie. Le néo-libéralisme contaminé

- Covid-19 : Une crise globale, systémique, sans précédent

- Barbara Stiegler : « Les autorités détournent les questions sanitaires pour instaurer une société de contrôle »

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5 avril 2020 7 05 /04 /avril /2020 11:19
Coronavirus : cause unique de la crise économique et financière, ou déclencheur et accélérateur d’une crise majeure du système capitaliste ?
Coronavirus : cause unique de la crise économique et financière, ou déclencheur et accélérateur d’une crise majeure du système capitaliste ?

Depuis début mars, la crise économique et boursière s’est développée avec rapidité, menaçant l’ensemble du système financier international, sans que l’on puisse prédire quelle sera son ampleur et sa durée.

La lecture dominante qui est faite de cette crise, dans la presse économique en particulier, est qu’il s’agit d’un « accident », d’une crise imprévue provoquée par une épidémie, et que tout peut revenir dans l’ordre au plus vite quand l’épidémie aura été surmontée.

Mais une autre lecture apparaît dès que l’on aborde certains des principaux développements de cette crise : celle d’une profonde crise du système capitaliste, qui était en gestation avant le début de l’épidémie, et dont l’épidémie est le déclencheur puis l’accélérateur, une crise du mode de production capitaliste lui –même.

 

Source : Midi Insoumis Populaire et Citoyen par Serge Goudard, PG Lyon | Mis à jour le 27/12/2020

-Une cause « extérieure » à l’économie ?
Un éditorial du quotidien Les Échos (17 mars) est significatif de l’analyse dominante : « Les frontières européennes vont être fermées. Ce moment dramatique va causer des dégâts économiques. Bruno Le Maire s’emploie avec énergie à les minimiser en utilisant les instruments éprouvés en 2008. Tant mieux (…) Contrairement à 2008, le virus n’est pas dans l’économie, mais extérieur : elle pourra rebondir. En Chine, la production industrielle a plongé de 13% en janvier-février, mais elle repart. Cela signifie que ce moment Sur cette base, l’auteur (Dominique Seux) affirme donc : « Le meilleur moyen de limiter la catastrophe économique est que la crise sanitaire dure le moins longtemps possible ».

 

Formellement, l’auteur a raison sur un point : le point de départ de la crise relève d’abord d’un fait « biologique », non de l’économie (sachant qu’on peut aussitôt faire remarquer : sa diffusion a été facilitée par la mondialisation accrue de l’économie, par les politiques d’austérité qui ont affaibli les systèmes de santé, et par le retard à agir des gouvernements qui craignaient d’abord le coût financier des mesures à prendre). terrible n’est pas indépassable ».

 

  • Mais il y a une contradiction dans ce raisonnement formel : comment peut-on écrire que la cause de la crise actuelle est fondamentalement différente de celle de 2008 (alors interne à l’économie) et se féliciter que les outils pour surmonter cette crise soient les mêmes que ceux utilisés en 2008 ? Un même remède pour deux causes inverses ?
  • Or, ce sont bien les mêmes « instruments éprouvés » (sic) qui sont mis en oeuvre aujourd’hui comme en 2008 : taux d’intérêts quasi nuls et achats massifs de titres obligataires par les banques centrales, pour sauver les banques privées et éviter la faillite des États, explosion des dettes des États pour surmonter la crise économique.

 

Ce paradoxe pose question :

- si les « remèdes » sont les mêmes qu’en 2008, n’est-ce pas précisément parce que, au-delà de la cause immédiate, il s’agit de soigner les mêmes faiblesses fondamentales du système économique ?

- Et parce que le virus a activé, au sein de l’économie, les mêmes contradictions qu’en 2008, et avec une plus grande intensité encore ?

 

-Au point de départ

  • Le discours des médias ne laisse guère de place au doute : la crise économique qui se développe a une cause simple et manifeste, qui est l’épidémie de coronavirus.
  • Les faits semblent parler d’eux-mêmes : l’épidémie a commencé en Chine, dans la région de Wuhan, sans doute fin novembre 2019, et cette épidémie ainsi que les mesures sanitaires (doublées de mesures policières), a brisé la production manufacturière de cette région. Trois premières villes, dont Wuhan, sont mises en quarantaine le 22 janvier. Puis des mesures de restriction de la circulation sont étendues.​​​​​​​ La production de marchandises et les exportations plongent aussitôt, mettant en difficulté la production dans d’autres pays du fait de l’étroite imbrication des chaînes de productions industrielles mondiales. La politique de flux tendu appliquée à ces « chaînes de valeurs » a aggravé la situation.
  • Puis, l’épidémie a essaimé : touchant notamment la Corée du sud et le Japon, puis l’Italie, la France, et plus ou moins rapidement tous les continents. Et, partout, les mêmes conséquences : effondrement de l’activité touristique, du transport aérien des personnes, chutes des ventes (automobile notamment). Puis, dans un deuxième temps, fermetures d’entreprises et crise boursière pouvant ouvrir la voie à une crise financière (bancaire, monétaire…).

 

 

-Une crise qui se développe au pas de charge (janvier-mars)
La situation évolue rapidement. Chaque jour les principaux indicateurs – niveau de la production et des transports, cours du pétrole, indices boursiers, situation des banques, etc – subissent de fortes variations, le plus souvent à la baisse. Dès la mi-mars, nombre d’éléments attestent de la violence de la crise.

 

Le 2 mars déjà, l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) avait procédé à une première révision, à la baisse, de ses prévisions de croissance mondiale, estimées à 2,4% pour 2020 au lieu de 2,9% prévus antérieurement.

 

Trois semaines plus tard, ce n’est plus la perspective d’une croissance moindre dont il s’agit, mais d’une possible récession mondiale (Les Échos du 23 mars). En Chine même, la production industrielle se serait rétractée de 13,5% en janvier-février. Pour la zone euro, on prévoit une baisse réelle du PIB de 24% au deuxième trimestre (en taux annualisé) selon la Deutsche Bank, dont 28% pour l’Allemagne. Pour l’année 2020, le PIB de la zone euro reculerait de 2,9%. D’autres estimations évoquent un recul du PIB allemand de 5% en 2020, et de 6% pour l’Italie…

 

 

-

Recul du transport maritime, effondrement du trafic aérien et de l’activité touristique

  • En février, le nombre de porte-conteneurs partis de Chine se serait effondré de moitié, sachant que la Chine est à l’origine de 20% du trafic mondial de produits manufacturés intermédiaires. En volume, le commerce mondial devrait reculer de 2,5% (sur une base annualisée) au premier trimestre. Pour la suite, c’est l’incertitude, certains prévoyant un nouveau recul de 1% au deuxième trimestre ;
  • Pour le transport aérien, c’est un cataclysme. En quelques jours, les compagnies suppriment 75 à 100% de leurs vols. Leurs pertes financières sont colossales, qui laissent prévoir de nombreuses faillites. Le 17 mars, l’Association internationale du transport aérien (Iata) chiffre entre 150 et 200 milliards l’aide globale nécessaire. Le 24 mars, l’estimation dépasse 250 milliards ;
  • Pour l’activité touristique, qui représente plus de 10% du PIB mondial, le désastre est total. Quant à l’industrie automobile, marquée d’abord par des arrêts de production en Chine, elle est ensuite touchée par l’effondrement des ventes. En France (le 16 mars), aux États-Unis et ailleurs, toutes les usines sont mises à l’arrêt.

 

 

-Chute du prix du pétrole
Cette chute commence fin février du fait de la baisse de la consommation chinoise. Vendredi 6 mars, l’OPEP et la Russie échouent à trouver un nouvel accord de réduction de la production qui aurait permis de faire remonter le prix du pétrole. L’Arabie Saoudite prend alors la décision unilatérale de brader son pétrole pour préserver ses parts de marché. Le lundi 9 mars, les prix s’effondrent alors de 30%.

 

 

-Krach boursier historique
Le niveau, très élevé, que les principales Bourses avaient atteint en 2019, était resté relativement stable en janvier 2020 puis durant les trois premières semaines de février. Ainsi l’indice parisien du CAC 40, entre le 1er janvier et le 21 février, oscillait entre 6040 et 6100 points.

 

Puis il commence à tomber, lourdement le 28 février : une baisse de 8,3%. La même semaine, le Dow Jones perd plus de 9% (de 28 800 points à 25 400) et l’indice Nikkei perd 6,5%.

 

Après de nouvelles baisses du 2 au 7 mars, le lundi 9 mars prend le caractère d’un « lundi noir », avec des chutes historiques de l’ordre de 8%. Cette chute est accentuée par la guerre des prix du pétrole engagée par l’Arabie Saoudite.

 

Après un petit rebond, la descente reprend. Le jeudi 12 mars, c’est l’effondrement général : le CAC 40 se retrouve à 4025 points, après avoir perdu plus de 2000 points en moins de 3 semaines. Le Dow Jones est tombé à 21 150 points, soit une chute de 7650 points durant la même période, les autres Bourses tombent dans les mêmes proportions, perdant de 20 à 30%.

 

La descente se poursuit ensuite : le lundi 16 mars, le CAC 40 est à 3880 points. Tout ce qui avait été gagné depuis 2013 est effacé. Les pertes, sur les principales places mondiales, sont de 35 à 40% : une débâcle historique. Plus violente qu’en 2008. Puis, du fait notamment de l’intervention des banques centrales, le marché rebondit partiellement. Le mercredi 25 mars, le CAC 40 est remonté à 4430 points. Ce n’est que provisoire : le 1er avril, le CAC 40 est redescendu à 4230 points, le Dow Jones à 21 260.

 

En apparence donc, c’est bien l’épidémie de coronavirus et les mesures sanitaires qu’elle implique qui est la seule cause de cet effondrement économique puis des Bourses.

 

Coronavirus : cause unique de la crise économique et financière, ou déclencheur et accélérateur d’une crise majeure du système capitaliste ?

-Des capacités de production excédentaires avant même la crise
Pourtant, durant les mois précédents le début de cette épidémie, nombre d’indicateurs montraient clairement que, douze ans après la crise de 2007-2008, une nouvelle crise du système capitalisme menaçait, sans qu’on puisse dire alors quel en serait l’élément déclencheur ni le moment précis du début de cette crise.

 

Prenons quelques exemples :

  • La croissance globale ? Celle de la zone euro était déjà proche de zéro fin 2019 (1,9% pour l’année 2019 contre 2,5% en 2017). Selon le FMI, la Chine était entrée dans une « phase de ralentissement » en 2019 ;
  • L’automobile ? Ses capacités mondiales de production étaient déjà largement excédentaires, et les ventes, qui avaient fortement progressé de 2009 à 2018, étaient en baisse depuis 2018. Pour la seule année 2018, les ventes avaient reculé de 0,8% dont 3.5% pour le Chine ;
  • Le transport maritime ? Dès août 2018, les entreprises de transport avaient commencé de réduire leurs capacités sur la plupart des voies commerciales. Puis la baisse s’est accélérée à partir de la mi-janvier 2020 ;
  • Le transport aérien ? La hausse croissante de ce mode de transport avaient conduit les compagnies aériennes à une avalanche de commandes auxquelles les fabricants d’avions n’arrivaient que péniblement à faire face ;

Mais en même temps, ce mode de transport ultra-concurrentiel à l’échelle internationale ne laissait aux compagnies qu’une faible marge de profit, les poussant à faire des économies de personnels. Ainsi, le 27 février, la direction de KLM présente un plan de réduction des effectifs de 1770 postes sur trois ans, plan préparé dès avant l’ouverture de la crise. Dès lors, le moindre imprévu majeur s’avère catastrophique, et va se traduire par des faillites et des annulations de commandes.

  • Le pétrole ? La situation de surproduction mondiale (due notamment aux nouveaux modes d’extraction en Amérique du nord) poussait depuis des années à la baisse des prix. Celle-ci avait été partiellement endiguée depuis trois ans par un accord de cartel passé entre l’OPEP et la Russie pour réduire la production. La baisse plus forte de la demande, début 2020, a fait – pour un temps au moins – voler en éclats cet accord. « L’endettement bon marché a créé des bulles complètement folles »
  • La situation est analogue en ce qui concerne la Bourse et différents secteurs tels l’immobilier. Le formidable krach actuel est provoqué par l’épidémie, mais cela fait des mois (voire des années) que nombre d’économistes s’inquiétaient de la formation de bulles spéculatives, et en avaient identifié la cause majeure.

L’un des fondateurs de la société de gestion et d’investissement Tikehau Capital a beau jeu de rappeler (Les Échos du 20 mars 2020) : « Cela fait au moins deux ans que nous alertons sur l’existence d’une bulle tout à fait inhabituelle. À la suite des interventions des banques centrales après 2008, le levier a augmenté partout dans la sphère financière, que ce soit dans le coté ou dans le non coté. Cet endettement bon marché a fait s’envoler le prix des actifs et créé des bulles complètement folles. Il y aura des ajustements, que ce soit dans l’immobilier, le capital-investissement, la dette et même le marché de l’art… ». L’ennui pour ce financier (qui gère « seulement » 23,8 milliards d’actifs quand certains fonds en gèrent plus 500 milliards…), c’est que ce qui se prépare, ce ne sont pas seulement des « ajustements », mais un effondrement.

 

C’est cette montagne de dettes, déjà considérable en 2008 et qui n’a fait que croître depuis, qui constitue aujourd’hui une menace majeure : la brutale incapacité des entreprises à rembourser leurs emprunts met en difficulté les banques et fissure, par des mécanismes divers, l’ensemble du système financier.

 

C’est ce qui conduit les Banques centrales et les gouvernements à utiliser les mêmes instruments qu’en 2008, à une échelle plus importante encore. Mais ces dettes gigantesques, cet Himalaya de capital fictif, ce n’est pas un coronavirus qui les a créées …

 

-Une crise prévisible… et prévue

  • Le 29 novembre 2018, Capital publiait un article : « La prochaine crise pourrait être un véritable tsunami, selon l’économiste Georges Nurdin, consultant et écrivain ».
  • Sur le caractère prévisible de cette crise, et prévue par divers économistes, on peut relire aussi les articles publiés par L’insurgé d’octobre-novembre 2019, le premier étant titré : « L’économie mondiale au point de bascule ». L’épidémie de Covid-19 intervient dans une situation déjà instable : elle fait basculer la situation, puis accélère le développement de la crise.
  • L'économiste Jean-Luc Ginder confirme cette analyse : « La crise financière et économique était annoncée. La crise sanitaire causée par le coronavirus n’en est pas la cause mais l’accélérateur ». 

Car au-delà des secteurs particuliers ci-dessus évoqués, il faut rappeler que – pour une part majeure - la crise de 2007-2008 avait été surmontée par le recours à des taux d’intérêts quasi nuls (voire négatifs) pratiqués par les banques centrales qui avaient inondé la planète de liquidités, permettant aux États, aux entreprises et aux particuliers d’accroître leur endettement. À cela s’étaient ajoutées des mesures exceptionnelles, les banques centrales prenant en pension, massivement, titres d’états et obligations d’entreprises. Dans le cas de la Banque centrale européenne (BCE), les rachats d’actifs étaient encore, peu avant la crise, de 20 milliards d’euros mensuels.

 

Ces mesures, appliquées des années durant, ont permis de prolonger la phase de croissance et de maintenir en vie des « entreprises zombies ». C’est cet extraordinaire château de cartes qui menace de s’effondrer.

 

En quelques semaines, nombre d’entreprises ne peuvent plus rembourser leurs dettes, mettant les banques en difficulté. Le marché des titres à très court terme émis par les entreprises commence à vaciller.

 

Le marché des obligations d’État est lui aussi menacé, les états risquent de ne plus pouvoir refinancer leurs dettes… Jusqu’à la première semaine de mars, les États pouvaient encore emprunter à des taux dérisoires. Refinancer leurs dettes monstrueuses sans problème. Mais très vite, à la mi-mars, la situation dérape : pour les obligations à 10 ans, l’Allemagne reste à taux négatif, mais la France passe d’un taux négatif à un taux positif (quasi + 0,5% le 13 mars). Le taux italien passe de 1% à 2,5%.

 

Il ne s’agit plus donc seulement d’un choc sur le système productif provoqué par une épidémie. Ce sont notamment les dettes accumulées antérieurement qui peuvent transformer le choc en une grande récession. Il s’agit désormais d’une crise générale du capitalisme et de son système financier.

 

 

-Mars 2020 : mesures chocs et tirs de bazooka
Très vite, des mesures massives sont décidées par les banques centrales et par les gouvernements :

  • Mardi 3 mars, la Réserve fédérale américaine (FED) annonce par surprise une baisse de ses taux directeurs, désormais situés entre 1 et 1,25%. L’impact est limité. Une semaine plus tard, l’Allemagne annonce que 550 milliards d’euros de prêts bancaires aux entreprises seront garantis par l’État ;
  • Dimanche 15 mars, la FED baisse ses taux à 0% et annonce de nouveaux achats de titres ;
  • Lundi 16 mars, en France, nouvelle salve de mesures faisant suite à celles annoncées le 12 mars. Une enveloppe de 300 milliards d’euros permettra de garantir tous les nouveaux prêts sollicités par les entreprises auprès des banques ;
  • Le mercredi 18 mars, la BCE frappe un grand coup : un programme d’urgence de 750 milliards d’euros pour acheter des obligations publiques et privées afin de calmer les marchés obligataires et éviter notamment que les emprunts des États ne deviennent prohibitifs. Dès le lendemain, elle achète de la dette d’État à pleines brassées. Ce même jour, l’État français peut donc lever 7,5 milliards à moyen terme sans trop de mal ;
  • Le vendredi 20 mars, le taux pour l’obligataire Français à 10 ans retombe en partie (+ 0,24%), et pour l’italien à 1,74 : les marchés sont donc rassurés, partiellement. Mais le risque d’une envolée des taux demeure élevé : d’ores et déjà, on prévoit pour la zone euro 350 milliards d’euros d’émissions publiques en 2020, en plus des emprunts prévus avant la crise.

 

-Des circonstances extraordinaires exigent une action extraordinaire
Cette déclaration de Christine Lagarde, la présidente de la BCE, le jeudi 19, vaut pour l’ensemble de banques centrales. Toutes baissent leurs taux d’intérêt. Pour les banques des puissances dominantes, le taux à 0% devient la règle.

 

Le recours au « quantitative easing » (QE, ou assouplissement quantitatif) mis en oeuvre depuis 2008 par la FED, la BCE et la Banque du Japon repart de plus belle : cela consiste à émettre du papier monnaie pour racheter des titre de dette, ce qui revient à financer sans limite la dette privée et publique.

 

Ce PEPP (programme d’achat urgence pandémique) lancé par la BCE représente 6% du PIB de la zone euro et monte à 1100 milliards d’euros le total des achats de dette prévus cette année. Au Royaume-Uni, la BoE renforce de 200 milliards ses achats de titres, etc.

 

Pour la FED, ce sera sans limites. Le 23 mars, elle annonce qu’elle achètera des titres « dans les quantités nécessaires » alors qu’elle avait déjà annoncé une relance de QE à hauteur de 700 milliards de dollars (500 milliards de titres du Trésor et au moins 200 milliards de titres adossés à des créances hypothécaires…). À cela vont s’ajouter d’autres mesures à hauteur de 300 milliards, en particulier l’achat sur le marché secondaire d’obligations émises par de grandes entreprises. Des mesures concernent aussi les marchés des prêts aux étudiants et des crédits à la consommation.

 

Le qualificatif d’« extraordinaire » s’applique aussi à l’intervention des États. Finies, les politiques cherchant à contenir l’endettement ! C’est déficit à tout va : non seulement les États garantissent à hauteur exceptionnelle les emprunts bancaires des entreprises, mais ils augmentent les dépenses publiques alors même que les ressources fiscales vont s’effondrer.

 

Ainsi, le 25 mars, le Sénat américain annone un accord entre Républicains et Démocrates, et avec le gouvernement, pour un plan « historique » de soutien à l’économie à hauteur de 2000 milliards. Ce plan prévoit des aides directes aux Américains et des prêts aux entreprises, en particulier du secteur aérien.

-Bis repetita ?
En fait, ce ne sont pas seulement les remèdes déjà utilisés en 2008 qui sont mis en oeuvre. D’emblée, les premières décisions vont bien au-delà des doses utilisées en 2008.

 

Qu’on en juge :

  • Les garanties d’emprunts données par l’État ? En Allemagne (réputée pour sa prudence) cette garantie équivaut à 16% du PIB. C’est énorme. Certes, ce n’est pas à proprement parler une « dépense » qui doit être budgétée car les emprunts garantis doivent être remboursés. Mais qui peut croire qu’ils seront tous remboursés, et dans quelle part ?

Le plus vraisemblable, c’est qu’une grande partie (voire la totalité) ne sera jamais remboursée.

 

  • L’envolée du déficit budgétaire ? Selon la banque UBS, les mesures budgétaires adoptées dans le monde représentent déjà 2% du PIB mondial, qui s’ajoutent aux déficits prévus avant la crise : un montant supérieur aux mesures adoptées en 2009, l’année la plus difficile pour l’économie lors de la précédente crise. Le seul plan américain équivaut à 10% du PIB du pays, sans comparaison avec le plan décidé en 2008 par Obama, à hauteur de 400 milliards.

 

  • Les mesures de « quantitative easing » ? Elles passent outre les limites que la BCE s’était fixée à elle-même, par exemple ne pas détenir plus de 33% de la dette d’un État, limite qui était déjà atteinte pour plusieurs d’entre eux.

 

Ce faisant, on entre dans des territoires inconnus : rien ne garantit que les brèches qui s’ouvrent dans le système financier seront colmatées. D’autant que les principaux leviers disponibles pour limiter la crise ont déjà été utilisés à l’excès, ce qui les rend moins efficaces.

 

Ainsi, avant même l’ouverture de la crise, les taux directeurs des banques centrales étaient très bas, une constante depuis 2008 : ce qui limite les possibilités de baisses supplémentaires. De ce fait, les deux baisses de taux décidées par la FED (3 mars et 15 mars) n’ont pas suffi pour arrêter la panique boursière.

 

Quant à la Banque Centrale européenne, son principal taux directeur (le taux de dépôt) était déjà négatif, à moins 0,5%.

 

Sans parler des défaillances d’États : avant même l’ouverture de la crise, l’Argentine est contrainte une fois encore de restructurer sa dette monumentale. Au FMI, elle demande de pouvoir rééchelonner le remboursement de 44 milliards de dollars. Et, le 9 mars, c’est le Liban – écrasé par une dette publique équivalente à 170% de son PIB - qui se déclare incapable de rembourser une échéance de 1,2 milliards de dollars. D’autres pays suivront.

 

 

-Vers une baisse massive des investissements
Dans cette situation, mêmes les entreprises qui pourront tenir le choc – avec ou sans l’aide des États – vont réduire leurs investissements, voire les arrêter complètement. Ce qui va aggraver la crise économique. Mais le propre du capitalisme, c’est que chaque capitaliste fait comme bon lui semble pour ses profits. L’industrie pétrolière est ainsi l’une des premières à annoncer des réductions d’investissements, de l’ordre de 20%, soient 100 milliards de dollars (250 milliards de dollars en 2020 et 2021 dans l'exploration-production) à l’échelle mondiale selon des estimations faites en mars.

 

Par contre, les plans de soutien gigantesques vont permettre de sauver des entreprises qui étaient, dès avant la crise, au bord de la faillite.

  • Ainsi Boeing : son nouveau modèle, le 737 MAX est cloué au sol depuis un an, et cet avion a été qualifié, le vendredi 6 mars, par la commission des transports du Congrès américain, d’avion « fondamentalement défectueux et dangereux ». En janvier 2020, sa production est à l’arrêt. Pour Boeing, c’est une catastrophe.
  • Puis, le 25 mars, c’est la production des avions long-courriers qui est suspendue pendant 14 jours. Aussitôt, Boeing appelle l’État américain à son secours… Et obtient satisfaction : on lui garantirait ses emprunts à hauteur de 60 milliards. À cela s’ajoute une aide directe de 17 milliards. Avant même que la décision soit officielle, l’action de Boeing rebondit en Bourse.
  • En Italie, Alitalia était en quasi faillite, aucun repreneur n’en voulait… La crise du transport aérien l’achève, et la sauve : le 17 mars, le gouvernement italien annonce qu’il va prendre le contrôle de ce fleuron italien du transport aérien. 500 millions d’euros pourraient être injectés.

 

 

-« Helicopter money » et crise monétaire
Aussi importants soient les moyens mis en oeuvre par les banques centrales et les gouvernements durant le mois de mars, il est certain qu’ils ne suffiront pas à entraver la crise qui se développe par paliers. Dans les pays dominés (dits « en voie de développement »), le recours au confinement n’est même pas envisageable pour des raisons financières, et c’est une catastrophe sanitaire qui se prépare. Au Bénin, le Président vient de renoncer au confinement : « Si nous prenons des mesures qui affament tout le monde, elles finiront très vite par être bravées et bafouées. ».

 

Dans les pays dominants, aussi puissants soient-ils, la crise sanitaire et sociale est encore en plein développement : aux États-Unis mêmes, le système de santé n’est pas préparé à un tel choc, et déjà les travailleurs mis en chômage se comptent par millions (3,3 millions de travailleurs ont fait une première demande d’allocations-chômage entre le 14 et le 21 mars[2])... et la France entre en récession le 6 avril après le recul de 6% du PIB au premier trimestre.

 

Dans cette situation, les banques centrales, y compris la BCE, vont devoir multiplier les mesures « non orthodoxes » : acheter des actifs financiers risqués, et recourir à l’arrosage financier direct, sans contrepartie, pour soutenir l’investissement et la consommation en chute libre. C’est ce que l’on appelle, métaphoriquement, l’ « helicopter money ». Et si la BCE n’a pas le droit, théoriquement, de s’engager dans cette politique, elle pourrait contourner l’interdiction : ce serait les gouvernements qui mettraient eux-mêmes en oeuvre ce soutien financier direct, et émettraient pour cela des titres du Trésor… que la BCE achèterait.

En outre, aux Etats-Unis, l’argent distribué par cette mesure spectaculaire pourrait mettre jusqu’à quatre mois pour tomber du ciel : L’« helicopter money arrivera en retard ». La preuve que les appellations choc ne tiennent pas toujours leurs promesses !

 

Mais le risque d’une telle politique, ce n’est pas seulement la formation de nouvelles bulles, cela pourrait être une crise monétaire majeure, une fuite générale devant la monnaie. Ce serait un véritable cataclysme !

 

 

-Les travailleurs devront payer

- Les travailleurs paient dés à présent : c’est la seule certitude pour les capitalistes. Dès aujourd’hui au prix de leur santé, car les entreprises qui ont des clients s’opposent à ce que les salariés exercent leur droit de retrait avec le soutien du gouvernement (C’est surtout quand la fuite des clients les contraint à fermer – comme dans l’automobile - qu’elles disent se soucier de la santé des salariés.)

 

- Et ils devront payer demain, que la crise sanitaire soit ou non surmontée :

  • Déjà, la loi que vient de faire voter Macron[1] en donne un avant-goût, puisqu’elle prévoit notamment de réduire les droits concernant les congés et d’augmenter le nombre d’heures supplémentaires ;
  • Dans un entretien au JDD, le numéro 2 des Républicains préconise de supprimer jusqu'à 5 jours de RTT pour financer la santé et l'agriculture. Il propose en contrepartie d'augmenter les salaires en permettant par exemple "aux entreprises d’accorder jusqu’à 5000 euros de prime totalement défiscalisée et désocialisée"....

et nous n'en sommes qu'au début !

 

Cela laisse présager d’importants combats sociaux. Déjà, alors mêmes qu’ils sont entravés par les mesures de confinement, des travailleurs ont organisé des grèves en Italie et en Espagne. Mais au-delà de ces combats à venir, rarement la nécessité de remettre en cause les fondements du capitalisme n’aura été si grande.

 

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" Les trois quarts " des restructurations n'ont pas de rapport avec le Covid-19, dénonce Philippe Martinez (CGT)

Face aux suppressions de postes en cascade annoncées ces dernières semaines, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez réclame un engagement des entreprises à ne pas licencier pour prétendre aux prêts accordés par l'Etat[3].

 

Coronavirus : cause unique de la crise économique et financière, ou déclencheur et accélérateur d’une crise majeure du système capitaliste ?

Notes :

[1]  22 mars 2020 : l'Assemblée adopte définitivement le projet de loi relatif à l'état d'urgence sanitaire qui s'attaque aux congés payés, aux 35h, au repos dominical.... . Les députés insoumis dénoncent les conséquences sociales, et rejoints par la Gauche Démocrate et Républicaine, 3 du Groupe Socialistes et apparentés et 1 Groupe Libertés et Territoires et votent contre. Et Olivier Falorni député de la 1ére circonscription de Charente Maritime ? Il ne trouve rien à y redire... et, de concert avec LREM, Les Républicains, Le Mouvement Démocrates et apparentés, l'UDI et Libertés et Territoires et le RN, il vote pour !

[2CORONAVIRUS : CHÔMAGE RECORD AUX ETATS-UNIS AVEC 3,3 MILLIONS DE CHÔMEURS SUPPLÉMENTAIRES EN UNE SEMAINE

[3] " Les trois quarts " des restructurations n'ont pas de rapport avec le Covid-19, dénonce Philippe Martinez (CGT)

 

Pour en savoir plus : 

- « La pandémie du coronavirus s’inscrit dans une crise multidimensionnelle du capitalisme »

- J.L. Melenchon : « C’est un temps propice aux grands basculements intimes ou sociaux » – Interview dans « Le Figaro »

- Parti de Gauche : L’aléas de trop

- Coronavirus, effondrement et monde meilleur… Comment le COVID19 remet notre monde en question

- FI : Les 10 leçons du Coronavirus pour l’écologie politique

- FI : Loin de gommer les inégalités sociales, le Coronavirus ne fait que les accroître

- FI : Coronavirus : les 11 mesures d’urgence proposées par la France insoumise

- Crise du coronavirus : Nicolas Framont, sociologue « Le virus exacerbe les inégalités »

TRIBUNE UNITAIRE - POUR QUE LE JOUR D’APRÈS SOIT EN RUPTURE AVEC LE DÉSORDRE NÉOLIBÉRAL

- Transformation écologique, services publics, communs : c’est l’heure d’oser !

- Des issues à la crise sans changer d’économie ?

- Le Vent se lève : LE PIRE EST DEVANT NOUS ! Il faut en effet tenter de mettre au jour ce qui se joue dans l’extraordinaire crise devant nous.

- « Le coronavirus est le jugement dernier sur la globalisation ». Emmanuel Todd.

- Economie. Le néo-libéralisme contaminé

- Alors que la conjoncture mondiale cumule les déboires, les dividendes versés aux actionnaires au deuxième trimestre 2019 affichent un nouveau record, avec 51 milliards de dollars de dividendes, la France conforte sa place de meilleur rémunérateur d'actionnaires en Europe.

- « Comment la pandémie sert de prétexte pour relancer la spéculation financière »

- Les marchés financiers restent les gagnants de la crise économique et sanitaire

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21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 16:35
Crise du coronavirus : Nicolas Framont, sociologue « Le virus exacerbe les inégalités »

Selon Nicolas Framont, sociologue la crise sanitaire inédite que nous traversons actuellement ne fait qu’accentuer des problèmes préexistants.

 

Originaire de Rochefort-sur-mer en Charente-Maritime et possédant des attaches en Saintonge, le sociologue du travail Nicolas Framont, co-rédacteur en chef de la revue « Frustration », expert en conditions de travail dans les entreprises et conseiller aux affaires sociales du groupe de la France insoumise à l’Assemblée nationale, analyse les premiers effets de la crise sanitaire actuelle. Un point de vue très engagé et clivant.

 

Source : Sud-Ouest | mis à jour le 07:07/2021

-« Sud Ouest ». Qu’est-ce que cette crise sanitaire nous apprend sur notre société ? Y a-t-il déjà des enseignements à en tirer ?
Nicolas Framont : Ce qui me frappe depuis quelques jours, c’est que ça souligne des inégalités sociales très fortes, notamment sur les conditions de protection des uns et des autres par rapport au virus. C’est comme si les inégalités sociales existantes se radicalisaient encore plus. Des gens qui sont diplômés et qui ont de l’argent partent dans des résidences secondaires où ils peuvent travailler à distance, parce qu’ils ont un métier davantage intellectuel que manuel ; du coup, ils se retrouvent beaucoup plus protégés face au virus. Dans les cas extrêmes, quand on est député, on est mieux dépisté et mieux soigné que quand on est ouvrier.


Ça exacerbe les inégalités. Il en existe déjà face à la santé en temps normal, même sans virus ; on meurt plus tôt quand on est ouvrier que quand on est cadre, on est moins bien soigné tendanciellement. Là, vous avez des ouvriers et des employés à qui on demande d’aller travailler, qui risquent leur vie et celle de leurs proches plus que les autres. Comme, par ailleurs, ils ont un moins bon accès à la santé, tout se cumule.

 

 

-« Sud Ouest ». Est-ce une situation vraiment inédite ou peut-on la comparer à d’autres crises plus ou moins lointaines dans l’histoire ?
Nicolas Framont : Cela fait plusieurs générations qu’une situation comme ça ne s’est pas produite. On peut la comparer aux périodes de guerre où les plus beaux, les plus fortunés s’en sortent mieux. Ça me fait penser à la guerre de 14–18 où l’on envoyait les ouvriers continuer à faire tourner la machine, pendant que les autres se mettaient à l’abri.

 

Quand Macron dit que nous sommes en guerre et que ceux qui vont mener cette guerre sont les ouvriers, mettant en jeu leur santé pour faire tourner la machine, on voit bien qu’il y a une énorme différence entre ceux qui descendent dans les tranchées et ceux qui sont en retrait.
 

 

-« Sud Ouest ». Est-ce que les réseaux sociaux et la vitesse de circulation de l’information changent quelque chose par rapport à des crises plus anciennes ?
Nicolas Framont : Ça permet de subir un peu moins. Beaucoup de gens sont plus organisés, ils ont pu échanger des témoignages, par exemple pour obtenir un droit de retrait. Ce qui reste de démocratie et d’endroit où l’on peut discuter collectivement, ce sont les réseaux sociaux. C’est une grande chance. Sans ça, on serait vraiment isolés les uns des autres. Ils permettent encore d’exprimer un avis critique.

 

 

-« Sud Ouest ».  Nous sommes confinés mais pas isolés ?
Nicolas Framont : Malheureusement, avec les inégalités sociales, il existe encore plusieurs centaines de milliers, voire des millions de personnes qui n’ont pas accès à Internet en France. Elles vont se retrouver complètement isolées. Ça peut être des personnes âgées, des personnes pauvres qui sont exclues de cet espace d’échange. C’est donc un atout pour la plupart des gens, mais pas pour tous.

 

 

-« Sud Ouest ».  Quels sujets d’étude pourraient vous inspirer avec ce qui se passe actuellement ?
Nicolas Framont : Sur la question du travail, ça interroge beaucoup sur ce qu’est un métier essentiel ou pas : quand il faut tout arrêter, qu’est-ce qu’il est important de poursuivre et qu’est-ce qu’il faut stopper ?

 

Ça interroge notre production mais aussi nos besoins : qu’est-ce qu’il est important de continuer de consommer, qu’est-ce qu’un bien de première nécessité ? Ces questions interrogent beaucoup notre système économique, de production et de consommation. On voit Amazon continuer de tourner, mais est-ce qu’Amazon est essentiel ? C’est une question d’interprétation.

 

 

-« Sud Ouest ».  De quels aspects de la crise pouvez-vous vous emparer dans votre travail ?
Nicolas Framont : Les conséquences de la crise sur les inégalités sociales et sur le travail sont nombreuses. C’est déjà quelque chose sur lequel je me penche. Une chose m’a particulièrement interpellé, c’est que le premier tour des élections municipales s’est quand même déroulé. Quelle est sa valeur ? On s’est retrouvé, dimanche soir, avec des résultats commentés alors qu’il y avait 70 % d’abstention dans certaines villes. Donc quel est le sens d’une démocratie où l’on ne respecte pas les circonstances du vote ?

 

Cette épidémie arrive après les gilets jaunes, après de grandes grèves. Il y a une remise en cause de notre système politique et de notre modèle économique. Cette épidémie, c’est un peu la cerise sur le gâteau. Elle crée des problèmes nouveaux. Mais tous les problèmes et toutes les questions qu’elle soulève, on en avait déjà parlé avant ! La situation des hôpitaux, ça fait deux ans qu’on en parle et qu’il y a des manifestations. Les inégalités sociales, on en parle évidemment depuis longtemps. La question de la classe politique et de l’état de notre démocratie, c’est aussi un sujet. Ce n’est pas tant une question de rupture qu’une exacerbation des problèmes qu’on avait déjà.

 

 

-« Sud Ouest ».  Est-ce que nous sortirons de cette crise différents de ce que nous étions avant ? Faut-il en attendre des changements ?
Nicolas Framont : Il faut réclamer des changements, mais ça va dépendre du bon vouloir des citoyens. Je ne suis pas sûr que la crise sanitaire produise naturellement des changements. Ce qu’est en train de faire le gouvernement, c’est d’essayer de préserver à peu près notre économie telle qu’elle était et non pas de changer les choses, de changer de paradigme. Là, on ne se dirige pas vers un changement, mais vers la préservation de l’existant.

 

À titre personnel, j’aimerais bien qu’on profite de ça pour changer un système qui ne contentait finalement personne, qui créait des besoins inutiles alors qu’il ne permettait pas d’assouvir les besoins essentiels. Mais je suis incapable de dire si ça va se produire. Ça peut même être un retour en arrière. Il y a plein de possibilités qui pourraient être mauvaises sur le plan démocratique. On va certainement affronter une grande crise économique et financière à la sortie, parce que notre économie est fondée sur la croissance perpétuelle et qu’on ne peut pas gérer la récession ; on va donc avoir d’énormes problèmes.

 

La question est : est-ce qu’on va en profiter pour changer cet état de fait ?

En janvier, une étude avait montré qu’une majorité des Français étaient prêts à changer le système économique[1]. J’imagine qu’après cette crise, ce désir sera encore plus fort. Profitons-en.

 

Note :

[1] 57% des Français veulent changer de modèle économique

 

Pour en savoir plus :

- Coronavirus à Rochefort : des SDF verbalisés en dépit de leur attestation

- Le retour de la lutte des classes : les inégalités sociales en période de confinement

- « Cette crise rend visibles ceux qui sont d’ordinaire invisibles »

- France insoumise : Loin de gommer les inégalités sociales, le Coronavirus ne fait que les accroître

- Les droits fondamentaux des travailleurs seront-ils aussi victimes du coronavirus ?

- TAXER LES « PROFITEURS DE CRISE », UNE FAUSSE BONNE IDÉE ?

 

 

-Nous sommes confinés mais pas isolés, et la lutte est, aujourd'hui, le seul outil à notre disposition
Pour pouvoir manifester malgré le confinement, ci-dessous un modèle d'attestation dérogatoire

 

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13 septembre 2019 5 13 /09 /septembre /2019 12:21
Services publics : Refonder plutôt que réformer !

C'est une bataille ritualisée entre des adversaires inégaux.

Elle commence toujours ainsi : au nom de la modernité, un gouvernement impose la mutilation du système d’intérêt général créé après-guerre comme un point d’appui pour des conquêtes à venir : le régime général de la Sécurité sociale, les retraites, le statut des fonctionnaires, le secteur nationalisé où les salariés échappent à l’arbitraire du « marché du travail ».

Aussitôt, les dirigeants éditoriaux déploient la « pédagogie de la réforme ».

La déréglementation serait « inéluctable » puisque nécessaire (ou l’inverse) ; sans appel, car révélatrice du « courage politique » d’un exécutif décidé à contourner le Parlement ; « juste », car pensée pour araser les « privilèges » de ceux qui travaillent dans des conditions un peu moins précaires que les autres.

Écrit lors de la réforme de la Sécurité sociale lancée par M. Alain Juppé en novembre 1995, ce scénario réserve aux opposants un rôle bien encadré et tout aussi rituel. Montrer que les « privilèges » ne se situent pas précisément où le gouvernement les désigne, contrer la crécelle médiatique et… défendre les services publics.

 

Sources : Le Monde Diplomatique par Pierre Rimbert

 

-Mais que défendre, au juste ?
Le 12 décembre 1995, lors d’une réunion publique de solidarité avec les cheminots en grève, le sociologue Pierre Bourdieu avait exposé la nécessité d’empêcher « la destruction d’une civilisation associée à l’existence du service public ». Un quart de siècle plus tard, ces institutions d’intérêt général sont abîmées. Parfois même en ruine. La « main droite » de l’État que forment le ministère de l’économie et des finances, d’une part, et la technocratie patronale, de l’autre, a accompli sa mission. De réformes en privatisations, la part du secteur public[1] dans l’emploi est passée de 19 % en 1985 à 5,5 % fin 2015, avec 791 000 salariés résiduels. Alors que ces entreprises produisaient un quart de la richesse nationale au milieu des années 1980, le chiffre est tombé à moins de 6 % trente ans plus tard[2]. Partout, les directions ont instauré les exigences comptables et la pression managériale en vigueur dans le privé.

 

À la réforme de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) M. Emmanuel Macron aimerait qu’on oppose la même défense de l’existant, qu’il sait vouée à l’échec, car fondamentalement insincère : on protège un service dont chacun déplore le mauvais fonctionnement quotidien. Soignants et patients alertent que l’hôpital implose, que les maisons de retraite craquent ; étudiants et enseignants préviennent que l’école et l’université dépérissent ; voyageurs et cheminots savent que la SNCF déraille. Réduits à l’ombre d’eux-mêmes, les services publics survivent et résistent. Mais cet existant-là n’est plus guère ni désirable ni mobilisateur.

 

Pris en tenaille entre la contrainte budgétaire et la concurrence du privé, l’hôpital public gère des flux de patients selon le budget de la Sécurité sociale, quitte à renvoyer chez eux des malades incapables de se débrouiller seuls, plutôt que de produire du soin en fonction des besoins de la population. L’université, créée pour former des esprits critiques et les pousser vers les plus hauts accomplissements, travaille désormais à l’équilibre des comptes et aligne ses exigences sur celles du marché du travail. La Poste, fondée pour rendre un service universel de communication, se transforme en prestataire pour Amazon. France Télécom, séparée de La Poste puis privatisée, n’a plus vocation à équiper le pays en infrastructures ni à servir ses usagers, mais à vendre des produits, à conquérir des parts de marché, à satisfaire des actionnaires. Installée sur le marché international de l’énergie, Électricité de France (EDF) rachète des entreprises privatisées au Royaume-Uni. Quant à la SNCF (lire Benoît Duteurtre, « Il paraît que les petites lignes de chemin de fer coûtent trop cher »), son obsession des lignes rentables à grande vitesse l’a conduite à sacrifier le transport de marchandises au profit de la route, à négliger les lignes conventionnelles — et à asperger les voyageurs d’une prose aux subtils accents poétiques : « TGV porte une nouvelle promesse client baptisée TGV inOUI[3].  »

 

 

-

« Faire entreprise » plutôt que faire société

Ce changement de finalité imposé contre l’avis des usagers fut mis en œuvre avec une détermination d’autant plus extrême qu’il rencontra la résistance de millions de fonctionnaires. À La Poste, à l’école, à l’hôpital, dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), les effets délétères des réformes furent longtemps masqués par le dévouement de salariés — en majorité des femmes — qui se mettaient en quatre pour assurer le service. Comment défendre les « services publics » quand les entreprises concernées infligent à leurs personnels l’obligation de trahir leur vocation ?

 

Les agents, explique la sociologue Danièle Linhart, « considèrent que leur tâche revêt une importance et une noblesse qui impliquent “naturellement” de leur part un engagement et une volonté de bien faire en toute circonstance. Ils s’affichent “au service du service public”, conscients d’incarner l’esprit républicain et de garantir l’intérêt général[4]  ». C’est ce que s’employa à tuer, au sens propre du terme, le management qui poussa au suicide des dizaines de salariés de France Télécom, et qui conduit désormais des membres du personnel de l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris à mettre fin à leurs jours.

 

 

- « Défendre les services publics »

Le mot d’ordre comporte une ambiguïté mortelle quand la main droite de l’État s’acharne à les rendre détestables à ceux-là mêmes qui les produisent comme à leurs usagers. Lutter avec quelque chance de succès pour le service public d’intérêt général suppose de sortir du cadre imposé par la bataille rituelle qu’engage chaque gouvernement depuis trente ans. De quitter les abris de la défense passive. Et de passer à l’offensive.

 

Le travail, la sécurité économique et sociale, l’éducation, la retraite, la santé, les loisirs, le transport, l’accès de tous à l’énergie, les grandes infrastructures que cet ensemble implique ne sont pas seulement des services. Ce sont des droits. Constitutionnels pour les uns, acquis par la loi pour d’autres, ils ne sont pas octroyés ni concédés par l’État et le patronat comme une cerise sur le gâteau démocratique : ils sont dus aux populations. En d’autres termes, les collectivités ont l’obligation d’assurer leur fourniture, d’en garantir l’efficacité et de s’abstenir d’y porter atteinte. Le préambule de la Constitution de 1946, repris dans celle en vigueur, indique d’ailleurs la voie à suivre : « Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité » (article 9).

 

Exiger en toute occasion la refondation d’un service public de haute qualité, conformément au droit inaliénable des populations, plutôt que défendre les entreprises publiques cabossées par les réformateurs présente des vertus unificatrices et mobilisatrices majeures. D’abord parce qu’une telle exigence s’appuie sur l’intérêt commun des usagers et des agents, des habitants des métropoles comme de ceux des petites villes, des banlieues, des campagnes, des territoires d’outre-mer. Elle donne de surcroît au mouvement social la visée positive et l’effet d’entraînement qui lui font si cruellement défaut après des décennies de luttes défensives : la refondation d’une institution universelle tournée vers l’avenir[5]. Nul n’aurait la naïveté d’attendre une victoire rapide ; mais chaque mobilisation offrirait l’occasion de marteler les trois principes d’un projet suffisamment consensuel pour agréger un bloc social majoritaire.

 

 

-

Premier principe, qui remédie à l’un des grands maux du salariat moderne

Donner aux agents les moyens de bien faire leur travail. Cette condition élémentaire de l’épanouissement et de la qualité, les salariés du privé en furent dépossédés sous les coups du néomanagement des années 1990. Dès le milieu de la décennie suivante, infirmières, aides de vie scolaire, enseignants, postiers, cheminots, etc. en ont été à leur tour privés. Objectifs chiffrés absurdes, réductions d’équipes, ordres intenables de manageurs qui ne connaissent rien à la réalité du travail se rencontrent désormais aussi bien chez Lidl ou chez Free que dans un Ehpad. Ce lugubre trait d’union public-privé devient une ligne de force : parce qu’ici le manutentionnaire sait d’expérience ce que subit là-bas la soignante, et avec quelles conséquences, il se mobilisera peut-être plus volontiers pour que la collectivité se donne les moyens de traiter ses anciens avec respect.

 

 

-

Le deuxième principe touche à l’unité et à l’aménagement du territoire

La refondation du service public devrait se donner pour priorité de doter des infrastructures les plus sophistiquées et des agents les plus qualifiés les populations vivant hors des grandes métropoles. C’est à Vierzon et à Saint-Étienne plutôt que dans le 11e arrondissement de Paris qu’on expérimentera des systèmes fiables et efficaces de santé, d’éducation, de transports, de communication, de socialisation des données numériques à des fins d’utilité publique. Sises majoritairement hors des grands centres urbains, les classes populaires se retrouveraient motrices de ces services réellement publics, tant du côté des agents que des usagers, comme elles le furent au sortir de la guerre en fondant la Sécurité sociale.

 

 

-

Le troisième principe concerne le statut et le financement de cette institution d’intérêt général, « propriété de la collectivité »

Ici, une autre équation rituelle impose son évidence : au service du public, donc de statut public, donc d’État. Bien sûr, les statuts des électriciens-gaziers, du mineur, des fonctionnaires furent arrachés en 1946 comme la pointe avancée d’un modèle social par les communistes qui siégeaient alors au gouvernement (lire Anicet Le Pors[6]). Mais le lien entre l’État et l’intérêt général s’est effiloché, voire rompu. Parce qu’il subit les diktats du ministère de l’économie et des finances, tout service public se trouve à la merci des fondamentalistes du marché. En attendant le carambolage historique qui renversera la vapeur, le mouvement social gagnerait à revendiquer la création d’institutions de propriété collective certes garanties par l’État, mais indépendantes de Bercy, soustraites à la concurrence (donc au dumping social) et gérées par les usagers-salariés. C’est le cas du régime général de l’assurance-maladie — la « Sécu ». Comme l’explique l’économiste et sociologue Bernard Friot, elle tire ses ressources immenses non pas de l’impôt, mais, pour l’essentiel, de la cotisation sociale. Cette dernière n’échoit pas au ministère des finances, mais à des caisses qui, de 1946 à 1967, furent administrées par les salariés eux-mêmes. Un service public financé par la cotisation plutôt que par l’impôt, une richesse socialisée contrôlée par les producteurs plutôt que par des technocrates, des usagers ayant voix au chapitre : idée d’avenir…

 

Utopie, rétorquera-t-on !

Mais, dans les circonstances actuelles, refonder l’intérêt général n’est pas moins irréaliste que défendre le statut des cheminots. Non pas qu’il faille abandonner ce dernier. Mais le meilleur moyen de le sauver consiste à l’universaliser : à rendre au service public sa vocation fondatrice d’avant-garde du bonheur commun. 

 

Services publics : Refonder plutôt que réformer !

 

-Vu d'ailleurs, TRANSPORTS : les privatisations et la concurrence coûtent plus cher que le service public

Intervention de Jean-Luc Mélenchon à l’Assemblée nationale le 12 septembre 2019. Il a dénoncé la volonté d’ouvrir le réseau de la RATP à la concurrence et la désarticulation du service public qui était à l’oeuvre dans cette volonté.

 

Jean-Luc Mélenchon a également dénoncé le coût supplémentaire occasionné par le privé, qui doit faire de la publicité pour gagner des parts de marché et verser des dividendes pour satisfaire ses actionnaires. Il a expliqué comment le privé gérait les services rentables et laissait au service public le soin de s’arranger du reste.

 

Surtout, le président du groupe « La France insoumise » a expliqué que dans la nouvelle organisation du territoire, chaque Français parcourait en moyenne 45km par jour et que la mobilité n’était pas un choix mais une obligation. Il a donc appelé à ce que le service public en assure correctement la gestion.

Notes :

[1] Défini comme l’ensemble des sociétés directement détenues majoritairement par l’État ou appartenant à des groupes dont la tête est détenue majoritairement par l’État.

[2] Tableaux de l’économie française, Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), coll. « Insee références », Paris, 2018, www.insee.fr

[3] www.oui.sncf/aide. Sur ce processus, cf. Laurent Bonelli et Willy Pelletier (sous la dir. de), L’État démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse, La Découverte - Le Monde diplomatique, Paris, 2010.

[4] Danièle Linhart, « Comment l’entreprise usurpe les valeurs du service public », Le Monde diplomatique, septembre 2009

[5] Lire Bernard Friot, « En finir avec les luttes défensives », Le Monde diplomatique, novembre 2017

[6] Anicet Le Pors, « Les fonctionnaires, voilà l’ennemi »

 

Pour en savoir plus :

- Les étudiants livrés au marché de l’anxiété

- L’intérêt général à la casse, réussir sa contre-révolution

- Il paraît que les petites lignes de chemin de fer coûtent trop cher

- De Saint-Just à Macron, variations sur un même thème

- « Pas concernés »

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24 août 2019 6 24 /08 /août /2019 20:24
Notre époque rappelle peut-être les années 1930, mais l’histoire ne doit pas nécessairement se répéter

Dans les années 1930, le capitalisme avait besoin d’une « solution de rechange ». Confronté à une désaffection de masse après le krach financier de 1929 ainsi qu’un mouvement communiste grandissant qui menaçait de nationaliser la propriété et d’exproprier les profits, le capital a dû faire face à une crise existentielle sans précédent.

 

Sources : EQUALTIMES par Nick Dearden[*]

 

-Le fascisme offrait une échappatoire.

Certes, certains « hommes forts » du fascisme pouvaient sembler vulgaires, offensants et erratiques, mais, du côté positif, de nombreux dirigeants du monde de la finance et de l’industrie ont argumenté qu’ils avaient au moins le pouvoir d’écraser la résistance et de mettre l’État au service de leurs intérêts économiques.

 

 

-Aujourd’hui, nous assistons à une répétition de l’Histoire.

Bien entendu, aucun mouvement communiste n’est sur le point de prendre le pouvoir dans le monde développé. Pourtant, le capitalisme est menacé comme il ne l’a pas été depuis 80 ans, accablé par sa propre logique. Faire partir la planète en fumée pour réaliser des profits de plus en plus importants à court terme ne peut continuer sans conséquences catastrophiques[1] que la plupart des gens ne toléreront pas. Pour les personnes avides de profit, même les mesures très modestes qui ont été adoptées pour lutter contre les changements climatiques sont une mauvaise nouvelle.

 

Le pillage des ressources publiques — qu’il s’agisse de l’espace public ou des services publics, par exemple — atteint ses limites actuelles. Le résultat ? Les pires inégalités[2] que le monde ait jamais connues. Les niveaux d’endettement, qui jusqu’à présent camouflaient cette inégalité, en sont à leur point de rupture. Cela ne pourra pas durer éternellement.

Une révolution technologique est en cours et promet l’automatisation de masse[3], ajoutant plusieurs millions de travailleurs aux centaines de millions de petits agriculteurs et paysans dont le capitalisme ne se soucie pas. Et les populations sont déjà furieuses.

 

 

-Que faire ?

Le rôle qu’assumaient auparavant les fascistes est aujourd’hui comblé par un groupe d’hommes forts autoritaires dont Donald Trump[4] est le chef de file. Des fascistes purs et durs sont de nouveau au pouvoir en Italie[5]. La Hongrie est essentiellement dirigée par un fasciste aussi, et ces forces-là ont enregistré quelques gains lors des élections européennes[6] du mois dernier.

 

Mais considérez les pays plus importants pour l’avenir du capitalisme. L’Inde est dirigée par Narendra Modi, un nationaliste hindou dont le mandat a été marqué par une vague croissante de crimes haineux, de meurtres, de lynchages, de passages à tabac en public et de viols collectifs, visant en particulier les musulmans et les groupes des castes inférieures. Le Brésil, autrefois point d’ancrage de la « marée rose » des gouvernements de gauche, est aujourd’hui dirigé par Jair Bolsonaro[7], un nostalgique de la dictature militaire, homophobe, raciste et misogyne qui qualifie de « terroristes » les groupes d’activistes. Les Philippines sont dirigées par Rodrigo Duterte[8], responsable du meurtre de 20.000 toxicomanes, qui a comparé sa guerre contre la drogue à l’extermination des Juifs par Hitler.

 

 

-

Exploitation tous azimuts

À l’instar des fascistes des années 1930, tous ces hommes forts sont arrivés au pouvoir en alimentant la division sociale. Les migrants, les musulmans, les homosexuels, les transsexuels, les sans-abri et les groupes de castes inférieures sont diabolisés, car on craint que ces personnes ne deviennent trop puissantes et ne mettent en danger le pouvoir des classes moyennes et populaires inférieures dominantes. Le féminisme est une cible privilégiée pour tous ces dirigeants ; il suffit d’observer la résurgence du message anti-avortement.

 

Une fois arrivés au pouvoir, comme dans les années 1930, ces hommes forts ont entrepris de saper et de démanteler les institutions de la démocratie libérale : tribunaux, parlements et médias. En dépit de toutes leurs imperfections, ces institutions bloquent le pouvoir des laquais de Trump et nous laissent un certain espace pour organiser la résistance. Mais le système économique ne peut supporter une réelle résistance en ce moment et ces espaces doivent donc être fermés si l’on souhaite que la « solution de rechange » du capitalisme soit une réussite.

 

 

-

Vient ensuite le cœur du programme : l’extrême tous azimuts des personnes et de la planète.

Il s’agit de M. Trump qui ouvre toutes les eaux côtières américaines au forage pétrolier offshore, de M. Bolsonaro qui ouvre l’Amazonie à l’exploitation minière ou de M. Modi qui libéralise l’économie indienne, fragilisant les petits exploitants agricoles et les économies traditionnelles. Il s’agit aussi de réductions sans précédent de l’impôt des sociétés, d’une déréglementation financière massive ou de la semi-criminalisation de l’activisme climatique. Tout va dans la même direction. Et c’est la raison pour laquelle les marchés boursiers ont été si positifs concernant ces nouveaux hommes forts.

 

Peut-être que Mark Zuckerberg de Facebook n’aime pas la rhétorique de M. Trump. Je pourrais le croire. Mais si les titans des géants de la technologie veulent que la quatrième révolution industrielle profite à leurs propres comptes de résultat plutôt que de mener à une restructuration radicale et démocratique de l’économie, une logique sous-tend les politiques de M. Trump ; et toute rhétorique qui lui permet de mener ces politiques à bien.

 

 

-

Il est également vrai que le comportement de ces dirigeants est empreint d’excentricités et de contradictions massives.

C’est le danger inhérent aux hommes forts – de par leur nature, ils ne peuvent pas être contrôlés. Nous ne prétendons pas que telle est la forme de société dans laquelle la plupart des capitalistes voudraient idéalement vivre, mais bien que le capitalisme mondial a de plus en plus besoin de cette forme de société pour prospérer et survivre.

 

Ces politiques « trumpiennes » ne se limitent pas aux pays déjà mentionnés. Elles empoisonnent le corps politique à l’échelle mondiale. Au Royaume-Uni, un sondage d’opinion réalisé le mois dernier a révélé que 54 % de la population était d’accord avec l’affirmation : « La Grande-Bretagne a besoin d’un dirigeant fort disposé à enfreindre les règles.[9» Seuls 23 % n’étaient pas d’accord. Dans une bonne partie de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique latine, ces politiques s’infiltrent dans le discours public là où nous pensions qu’elles avaient été reléguées aux oubliettes du passé. Et le « trumpisme » donne une nouvelle protection rhétorique aux dirigeants oppressifs de toute l’Afrique et du Moyen-Orient.

 

Mais M. Trump est le roi – le symbole de la manière dont ces politiques peuvent réussir, la pierre angulaire d’un réseau de financement et de recherche. C’est pour cette raison que nous devons nous opposer à lui lors de sa première visite d’État officielle au Royaume-Uni aujourd’hui.

 

 

-

Bien sûr, nous pouvons nous moquer de lui et nous devons de le faire.

Mais Hitler faisait aussi l’objet de moqueries satiriques dans les clubs du Berlin de la République de Weimar. Cela ne l’a pas arrêté. Nous devons comprendre ce qui se passe, nous y opposer physiquement et, à travers cette lutte, construire une politique alternative à même de reconquérir de vastes pans de la population active. Par-dessus tout, tirons une leçon clé de l’échec de la gauche allemande dans les années 1930.

 

Nous ne pouvons pas supposer que le « trumpisme » échouera et qu’il sera suivi d’un « après, c’est à notre tour ». M. Duterte a un taux de popularité d’environ 80 %. La victoire de M. Modi aux élections indiennes a été écrasante. M. Trump et M. Bolsonaro, malgré leur popularité moindre, ne peuvent être ignorés et pourraient potentiellement décrocher un deuxième mandat. La gauche doit mettre fin à son sectarisme. Il est urgent de nouer de vastes alliances et d’adopter des politiques radicales.

Nous pouvons gagner la lutte contre le changement climatique, utiliser l’intelligence artificielle pour construire un monde meilleur et limiter le pouvoir des entreprises, mais la seule façon d’y parvenir est de créer des réseaux ; aux niveaux local, national et international. Nous nous retrouvons dans une position plus fragile que ne l’était la gauche dans les années 1930. Mais nous avons fait quelques avancées, nous avons obtenu des réformes modérées pour lutter contre les changements climatiques, nous avons obtenu des droits civils tant attendus.

 

Il est possible que les années 1930 ne se reproduisent pas. Mais ce ne sera pas facile.

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19 août 2019 1 19 /08 /août /2019 13:27
Le shopping territorial des Etats-Unis, une vieille habitude

Le président Donald Trump aurait évoqué avec ses conseillers une proposition de rachat du Groenland au Royaume du Danemark, affirme le "Wall Street Journal". Une idée saugrenue ? Non, une habitude américaine en matière d’expansion territoriale.

 

Sources : France Culture

Le 4 juillet 1776, les treize colonies d'Amérique du Nord proclament leur indépendance, qui sera reconnue, à l’issue d’une guerre de sept ans contre la couronne britannique, par le traité de Paris, en 1783. Un pays est né, mais il est loin de ressembler à ce qu’il deviendra au fil des siècles.

 

Les Etats-Unis de 1783, ce sont treize Etats ancrés sur la façade atlantique et coincés entre le Canada britannique, l'Atlantique et la Louisiane espagnole. En moins d’un siècle, le pays contrôle un territoire continu entre les deux océans : Atlantique et Pacifique. Une expansion rendue possible par la colonisation, la conquête, parfois brutale, ou l’achat de territoires.

arte de 1898 illustrant le développement territorial des Etats-Unis• Crédits : Universal History Archive/Universal Images Group - Getty

arte de 1898 illustrant le développement territorial des Etats-Unis• Crédits : Universal History Archive/Universal Images Group - Getty

 

-1. La conquête du Midwest
La première acquisition est une opération majeure, puisqu’elle double dès 1803 le territoire des Etats-Unis. C’est Robert Livingston[1] qui, sous la présidence de Thomas Jefferson, négocie l’achat de la Louisiane à la France pour 15 millions de dollars. Un gros sacrifice territorial pour Bonaparte, acquis de haute lutte au détriment des Espagnols. Mais c’est le prix d’un affaiblissement des Anglais : en renforçant la puissance des Etats-Unis, le premier consul français entendait contrarier les ambitions britanniques dans le Nouveau Monde. Car quand on parle de la Louisiane, on ne parle pas de l’Etat du même nom. C’est d’un territoire qui couvre l’ensemble du Midwest actuel qu’il s’agit : de l’embouchure du Mississippi au Dakota du Nord et au Montana actuels.

Carte de la Nouvelle France et de la Louisiane nouvellement découverte, par le révérend père Louis Hennepin.• Crédits : Gallica, Bibliothèque nationale de France

Carte de la Nouvelle France et de la Louisiane nouvellement découverte, par le révérend père Louis Hennepin.• Crédits : Gallica, Bibliothèque nationale de France

 

-2. La Floride
En 1819, le traité d'Adams-Onís, dit « Traité d'amitié, de colonisation et de limite entre les États-Unis d'Amérique et sa Majesté catholique », définit la frontière avec la « Nouvelle Espagne », notamment au Texas. Il scelle aussi la cession par l'Espagne de la Floride orientale et de l'État libre de Sabine. Les Etats-Unis, qui avaient planté leur drapeau en 1810 en Floride occidentale, exercent désormais leur autorité du Canada aux Caraïbes.

 

 

-3. Les « cessions » mexicaines
Depuis le début de leur guerre d'indépendance, les Mexicains ont autorisé des Américains à s'installer au Texas, sous réserve qu’ils se convertissent au catholicisme et deviennent mexicains. Las, ce seront des protestants qui coloniseront la région, qui sera finalement annexée par les États-Unis en 1845. Un casus belli : la guerre avec le Mexique est déclarée. Elle durera dix-sept mois et s’achèvera sur une victoire des États-Unis et le traité de Guadalupe-Hidalgo, en 1848. Moyennant une « compensation » de 18 millions de dollars, le Mexique abandonnera à Washington les territoires correspondant au Texas, à la Californie, à l’Utah, au Nevada, à l’Arizona et au Nouveau Mexique. 

Les troupes du général Winfield attaquent le château de Chapultepec, au Mexique, le 13 septembre 1847.• Crédits : Getty

Les troupes du général Winfield attaquent le château de Chapultepec, au Mexique, le 13 septembre 1847.• Crédits : Getty

Cette conquête militaire sera complétée par l’achat dit « Gadsden[3] », en 1853, d’une bande de terre le long de la frontière avec le Mexique, entre les actuels Nouveau Mexique et Arizona, pour 10 millions de dollars.

 

1953 3c Gadsden Purchase Mint Single

1953 3c Gadsden Purchase Mint Single

 

-4. L'« Amérique russe »
Face aux visées expansionnistes de l’empire britannique, comment garder le contrôle sur des territoires éloignés ? C’est la question qui taraude le tsar Alexandre II lorsqu’il évoque l’Alaska, une vaste étendue glacée et quasi inoccupée, réputée impossible à coloniser et voisine du Canada britannique. Pour l’empire russe, en difficultés, financières, vendre ce territoire de 1,7 million de kilomètres carrés aux États-Unis est peut-être la solution. Et Washington, même si l’opinion publique s’y oppose[4], y voit une belle opportunité de s’étoffer de 20 % de terres (et de ressources) supplémentaires. L’achat sera signé le 30 mars 1867 et le transfert effectif le 18 octobre 1867.

 

 

 

-5. Les derniers trésors espagnols
En 1898, le traité de Paris marque la fin du « Desastre del 98 », la guerre qui aura opposé, cinq mois durant, l’empire espagnol déclinant aux Etats-Unis. Il confirme la cession de Porto Rico, Guam, de Cuba (qui accèdera à l’indépendance en 1902) et des Philippines (indépendantes en 1946) aux États-Unis, moyennant une compensation de 20 millions de dollars versée à l'Espagne.

 

-6. Les « confettis » pacifiques
En 1900, les îles Tutuila et Aunuu, vendues par leurs chefs, viennent compléter le territoire des Samoa américaines, annexées par les Etats-Unis l’année précédente. Pour Washington, la Première Guerre mondiale est aussi l’occasion de mettre la main sur des possessions européennes délaissées. Ainsi, en 1917, les îles Vierges danoises deviennent américaines pour 25 millions de dollars.

 

Notes :

[1Robert Livingston

[2] le traité d'Adams-Onís

[3] achat dit « Gadsden », en 1853

[4] l’opinion publique s’y oppose

 

Pour en savoir plus :

- Rachat du Groenland : Donald Trump persiste et signe

Histoire sociolinguistique des États-Unis

- Chronologie des interventions américaines dans le monde

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17 août 2019 6 17 /08 /août /2019 14:08
Santé de la population : les connivences de l'aristocratie médicale avec le nucléaire, le pétrole, la téléphonie,...
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Ces médecins, qui déversent sur les plateaux télé la bonne parole, avaient créé un Diplôme Inter-Universitaire (DIU) de Santé Environnementale à Paris, validé par les plus hautes autorités de Santé et de l'Enseignement supérieur.

Aujourd'hui le masque tombe : les 4 médecins avaient des liens étroits et de dépendances soit avec l'industrie du nucléaire, soit avec celle du pétrole, soit avec celle du bâtiment-travaux publics et téléphonie, l'un avait même tenté de psychiatriser les malades des Ondes à Hautes Fréquences (Linky, téléphonie hertzienne,...).

Le groupuscule de nantis et politiciens qui a fait sécession d'avec le reste de la société française est de plus en plus identifiable. 

 

Sources : Coordination antinucléaire du Sud-Est

Une information concernant des médecins de renommée en dit long sur la démarche des tutelles françaises de santé. Ces "Professeurs" avaient créé un Diplôme Inter-Universitaire (DIU) de Santé Environnementale à Paris dont l’équipe responsables de cet enseignement diplômant (qui n'a pas duré longtemps) était composée de  4 médecins (Pr Aubier, Pr Aurengo, Pr Choudat et Dr Lambrozo) dont le  Palmarès est significatif de la manipulation permanente de la population orchestrée par les lobbies.

 

Revue et florilèges des liens entre les "sachants-experts" souvent promus à la tête d'Instituts et Commissions et les firmes industriels les plus nocives à la planète et à la vie.

 

Santé de la population : les connivences de l'aristocratie médicale avec le nucléaire, le pétrole, la téléphonie,...

 

-1) Le Pr Aurengo, connu pour ses positions controversées sur les ondes (téléphonie, Wi-Fi, Lynky) et les CEM (Champs Electros Magnétiques)

C'est un endocrinologue, membre de l'Académie nationale de Médecine et membre de l'Académie des Sciences. Il a été administrateur d'EDF, président du Comité d'éthique d'EDF et du conseil médical  EDF-GDF. 

 

C'est aussi le Pr Aurengo qui a rédigé  le 18 avril 2006, le rapport sur les conséquences de l'accident de Tchernobyl en France (missions interministérielles du 25 février et du 6 août 2002)  en concluant aucun impact significatif  des retombées radioactives sur le sol français , donc sur la santé des populations ... Il était aussi conseiller scientifique chez Bouygues. Lors de ses conférences sur les ondes, il ne citait que les auteurs prônant leur innocuité et occultait complètement le nom des éminents confrères qui au contraire en évoquaient les risques et les incertitudes (cf Le film Ondes de Choc de Klaus Scheidsteger[1]). Il est d’ailleurs remarquable de noter qu’il ne fait jamais référence à ses propres travaux à ce sujet, et pour cause car il ne semble pas en avoir fait, ni ne semble avoir un jour reçu en consultations des patients en souffrance. 


Le Dr Denis Fauconnier, médecin Corse , qui avait soulevé dès 1986 les problèmes thyroïdiens notamment chez les enfants en Corse avait démissionné du groupe de Travail qu'avait réuni le Pr Aurengo et dénoncé la mascarade... 

 

Santé de la population : les connivences de l'aristocratie médicale avec le nucléaire, le pétrole, la téléphonie,...

 

-2) Le Dr Lambrozo : on s’est toujours demandé ce qu’il faisait vraiment au sein de cette équipe et dans le cadre de cet enseignement qui se voulait global et général
Expert auprès de la Cour d’appel de Paris, Il s'est mieux fait connaître en tant que médecin d'EDF Directeur du Service des Etudes Médicales, lorsqu'il a contribué à organiser une plainte avec la complicité de l'ordre des Médecins contre le Pr Belpomme, cancérologue, qui dirige une consultation pour EHS (électros sensibles) à la Clinique Labrouste-Alleray et conseille aux EHS de se protéger des ondes électromagnétiques et notamment de la nocivité des compteurs communicants comme le Linky.

 

Le Dr Lambrozo a aussi présidé la section Rayonnements non ionisants de la Société Française de Radio Protection et est membre de la Bio Electromagnetics Society, de l’European Bio Electromagnetics Association, de la Société Nationale Française de Médecine Interne , de la Société française de Gériatrie et de Gérontologie.

 

Il affirme en préambule de son ouvrage sur les effets délétères des ondes (" Champs électriques et magnétiques de fréquence 50-60 Hz et santé état actuel de nos connaissances " Volume 5, numéro 1, Janvier-Février 2006) : " Chez l’adulte, en exposition résidentielle comme professionnelle, il ne ressort pas de risque accru de tumeur, de troubles cardiaque, neuropsychologique ou reproductif. Chez l’enfant, dans la grande majorité des expositions résidentielles habituelles, l’hypothèse d’un risque de leucémie ou d’autres cancers a pu être levée "

 

Santé de la population : les connivences de l'aristocratie médicale avec le nucléaire, le pétrole, la téléphonie,...

 

-

3) le Pr Aubier, chef de service de pneumologie au CHU Bichat
Il a été convoqué par les plus hautes instances judiciaires et ordinales pour conflit d’intérêt : il a minimisé les effets du diesel sur l’appareil respiratoire alors qu’il travaillait en même temps pour la Compagnie Total. Il a été condamné pour conflit d’intérêt et a notamment été démis de son poste de chef de service à Bichat. Il a été poursuivit et sanctionné pour faux témoignage devant une Commission du Sénat.

 

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-4) Le Pr Choudat n’a pas hésité à annoncer avec éclat et fierté la création d’une consultation pour EHS à l'hôpital Cochin dont il était le Chef de Service.

Ces consultations ont consisté à recevoir des personne EHS, à enquêter sur leurs symptômes, et à ne rien proposer de plus qu’une prescription de séances en psychologie comportementale, voire psychiatrique. Après renseignements, ne sévissaient à ces consultations que des médecins du travail ne connaissant pas grand chose sur les EHS et les CEM ainsi que des psychiatres qui avaient décidé que de tels patients ne relevaient que de cette spécialité. Cette consultation a ensuite été transférée à l’Hôtel Dieu.

 

" N'y a-t-il pas un énorme problème de transparence et d'éthique dans notre système de santé publique ? De tels conflits d'intérêt sont-ils supportables dans une démocratie ? Allons-nous continuer encore longtemps à supporter de tels mensonges et de telles manigances ? " : Les collectifs des électrohypersensibles de France

 

 

-Pour Rappel...

Santé de la population : les connivences de l'aristocratie médicale avec le nucléaire, le pétrole, la téléphonie,...

 

-L'actuelle ministre de la Santé, Agnès Buzin ,...

Elle était encore peu présidente du conseil d'administration de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (2008-2013) nommée par le gouvernement Fillon, membre du Comité de l'énergie atomique du Commissariat à l'énergie atomique (2009-2015), membre du conseil d'administration (2009) du CEA, présidente du collège de la Haute Autorité de santé (2016-2017), de 1998 à mars 2011, elle organise un congrès annuel sur la greffe de moelle, tâche rémunérée par le laboratoire pharmaceutique Genzyme.

  • De 2002 à 2006 elle dirige une équipe de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) travaillant sur l’immunologie des tumeurs à l’Institut Cochin.
  • De 2005 à 2011, elle est également rémunérée pour intervenir dans des congrès concernant trois médicaments permettant de lutter contre la leucémie myéloïde chronique : le Glivec, le Tasigna (produits par Novartis) et le Sprycel (produit par Bristol-Myers Squibb).
  • Elle entre au conseil consultatif (advisory board) de ce dernier médicament en 2007, et des deux autres en 2008, rôle qu'elle occupe jusqu'en mars 2011 tout en exerçant de nombreuses fonctions au sein d'organismes publics, ce que Le Canard enchaîné a qualifié ironiquement de « léger conflit d'intérêt ».
  • Fin juin 2017, elle annonce porter de trois à onze le nombre de vaccins obligatoires pour les enfants.
  • En septembre 2017 alors que trois millions de personnes prennent du Levothyrox (médicament visant à corriger notamment le manque d’hormones thyroïdiennes du fait de l'ablation liée souvent aux effets de la radioactivité) et que des milliers subissent des effets secondaires importants lié à la nouvelle formule dont les laboratoires Merks ont l'exclusivité du traitement en France, elle déclare qu'il est hors de question de revenir à l'ancienne formule. La ministre de la Santé et le ministre de l'Economie sont visés par une plainte déposée au tribunal de Grasse (Alpes-Maritime) pour "non-assistance à personne en danger".
  • Le 17 mars 2019, Agnès Buzyn évoque sur RTL l'idée d'un recul de l'âge légal de la retraite à 65 ans. En juillet 2019, à l'unisson de la Haute Autorité de santé quelle a précédemment présidé, elle annonce le déremboursement des préparations homéopathiques par la Sécurité sociale.

 

En janvier 2016, Agnès Buzyn, qui avait été rémunérée par trois laboratoires privés avant 2011 tout en occupant diverses positions dans des organismes publics, estime devant la commission des affaires sociales du Sénat français que l’obligation de déclarer publiquement tout conflit d'intérêts avec l'industrie pharmaceutique instaurée en 2011 par la loi Bertrand afin de renforcer l’indépendance de l’expertise sanitaire publique serait devenue trop « handicapante » pour certains chercheurs qui « ne le supportent plus et refusent de venir aux expertises de l'INCA ». Selon elle, « vouloir des experts sans aucun lien avec l’industrie pharmaceutique pose la question de la compétence des experts». Irène Frachon, médecin à l'origine de la révélation du scandale du Mediator qui a conduit à la loi Bertrand, rétorque alors que ces « liens d'intérêts » peuvent conduire à ce que « des experts indiscutablement « compétents » [restent] solidaires d’un industriel lourdement criminel » et que la seule solution est de mieux rémunérer les chercheurs afin d'éviter leur « captation par l'industrie ».

 

Le mari d'Agnès Buzyn, Yves Lévy, a été nommé directeur général de l'Inserm le 11 juin 2014. Le renouvellement de ce mandat en 2018 provoque des accusations de conflits d'intérêts, compte-tenu du poste d'Agnès Buzyn comme ministre de la Santé. Face à l'écho suscité par ce conflit d'intérêt indirect, Yves Lévy annonce le 30 juillet 2018 sa décision de retirer sa candidature à un second mandat. Le 11 octobre 2018, comme « lot de consolation », il est nommé par le gouvernement E.Philippe conseiller d'État en service extraordinaire, sur proposition de Nicole Belloubet, ministre de la Justice, et collègue de son épouse au gouvernement. Ce poste lui permet ainsi de toucher entre 1 500 et 6 100 euros par mois (selon le nombre de réunions auxquelles il participe), tout en lui permettant de continuer son activité professionnelle de médecin et d'enseignant. À ce poste, Yves Lévy est invité à conseiller juridiquement le gouvernement, ... sans avoir jamais pratiqué le droit public.

 

Santé de la population : les connivences de l'aristocratie médicale avec le nucléaire, le pétrole, la téléphonie,...

 

-De son côté l'actuel Premier ministre, Edouard Philippe...

C'est un ancien salarié d'Areva en charge du lobbiying ("Directeur des Affaires publiques") de 2007 à 2010. Il militait pour le PS quand il était à "Science-Po" et avant son entrée à l'ENA puis fonde l'UMP avec Alain Juppé avant de devenir avocat et élu LR. Son gouvernement, dans le droit fil des précédents de Sarkozy et F.Hollande et autres depuis 1958, a octroyé à l'industrie atomique (Areva et EDF) 9 milliards d'euros pour leur éviter la faillite. Mais c'est vous salarié-es, chômeur-ses, retraité-es qui coûtez trop cher à la France et au patronat.

 

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6 juin 2019 4 06 /06 /juin /2019 13:04
Martine Billard : Après les européennes une nouvelle séquence !

Élections européennes : un vote de classe avant tout[12] ?

 

Lors de l'élection présidentielle de 2017 plus de 7 millions de voix soit 19,58% des suffrages se sont portés sur Jean-Luc Mélenchon. Cette candidature avait été mûrement pensée à partir du bilan de 2012 et de l'échec du Front de Gauche. Les différences de campagne ne sont pas seulement dues au fait que 2012 aurait été une campagne de « gauche » et 2017 une campagne populiste. Les contextes politiques étaient aussi très différents.

 

Sources : le Blog de Martine Billard, ancienne députée de Paris, oratrice nationale de la France Insoumise, mis à jour le 19 juin 2019

-

2012 une campagne Front de Gauche
Les européennes de 2009 ont été le baptême électoral du Front de Gauche avec 4 députés élus dont Jean-Luc Mélenchon pour une moyenne nationale de 6,05 %[1

 

A la présidentielle en 2012 Jean-Luc Mélenchon obtint près de 4 millions de voix soit 11,10 %[2]. La campagne avait été enthousiasmante avec des salles bien remplies, des drapeaux rouges partout, l'Internationale etc …. Par contre mettre l'écologie au cœur de la campagne avait été difficile vu les divergences avec le PCF notamment sur le nucléaire, l'éolien, Notre-Dame des Landes etc .. 

 

Au niveau international, c'est l'époque des révolutions citoyennes dans plusieurs pays d'Amérique Latine, le mouvement des places suite à la crise financière de 2008 avec Occupy Wall Street, Tahrir, la révolution tunisienne, le mouvement des Indignés en Espagne et l'espoir en Grèce d'un changement de politique avec la victoire de Syriza aux élections en 2015. La campagne de 2012 se déroule dans ce contexte de mobilisations à l'échelle internationale ainsi que des luttes de défense de l'outil de travail en France : Fralib à Marseille, les glaces Pilpa etc.

 

Les 10 ans de gouvernement Chirac puis Sarkozy avec des lois remettant en cause le code du travail, les retraites etc. explique la victoire de F. Hollande à la présidentielle et aux législatives où le FG obtint 6,91%[3] (1er tour) et 10 députés tous PCF ou liés au PCF.

 

Aux municipales de 2014 le PCF choisissait de partir avec le PS dans la majorité des grandes villes et provoquait ainsi une crise au sein du Front de Gauche avant son éclatement.

 

 

-

La création de la France Insoumise et la présidentielle
La création de la France Insoumise en janvier 2016, au moment où la totalité des forces de gauche se prononçaient pour des primaires, répond au quinquennat Hollande et à l'échec du Front de Gauch

  • un rejet total du PS et une assimilation de la gauche au PS provoquant un rejet général ;
  • un discrédit des élus avec les différentes affaires (Cahuzac, Thévenoud ...) avec le leitmotiv « élus tous pourris, tous corrompus » ;
  • un PCF dépendant du PS et n'évoluant pas vers l'écologie et une gauche radicale émiettée ;
  • une classe ouvrière et employée précarisée et dispersée en petites unités et par là même de moins en moins syndiquée ;
  • une urgence écologique nécessitant de mettre cet enjeu au cœur de notre projet sans être brider par des compromis ;
  • la volonté de s'adresser à la fois aux classes populaires abstentionnistes bien loin des « totems » de la gauche comme les drapeaux rouges et l'Internationale et en même temps aux électeurs en déshérence du PS et de EELV écœurés par les 5 ans de gouvernement PS[4]...

 

En 2017, l'objectif était de s'adresser au plus grand nombre et plus seulement à l'électorat traditionnel de la gauche.

Mais le contexte était aussi très différent : les 5 ans de Hollande avec la loi travail de El Khomri notamment et la déchéance de nationalité, l'obstination à Notre-Dame des Landes ont fait exploser le PS. Hollande n'ayant pas osé se représenter et la primaire ayant désigné Benoît Hamon, leader des « frondeurs », comme candidat à la présidentielle a achevé la décomposition du PS. Du côté de la droite, l'emploi fictif et les costumes de Fillon ont ouvert une crise. Enfin EELV décidant de retirer sa candidature au profit de Hamon[5] a achevé de dessiner un panorama très particulier.

 

Dans ces conditions, la très bonne campagne de Jean-Luc Mélenchon, très écologique, le programme l'Avenir en commun, très bien noté par l'ensemble des réseaux associatifs, a permis le rassemblement d'électeurs derrière cette candidature qui apparaissait comme celle pouvant gagner.

 

Celles et ceux qui nous expliquent que le résultat de la présidentielle est strictement lié au type de campagne choisie sont dans le déni de réalité. Certes une campagne type 2012 en 2017 aurait donné un score inférieur à celui obtenu. Mais sans le contexte spécifique de 2017 même la très bonne campagne de Jean-Luc Mélenchon n'aurait pas donné un aussi bon score. L'intelligence a été de savoir tenir compte des circonstances.

 

 

-

Les législatives et l'après présidentielle
Dès le lancement de la France Insoumise, il était clair pour nous que les législatives, six semaines après la présidentielle, devraient se faire dans la même dynamique. Celles et ceux qui exigeaient des négociations locales et des alliances à géométrie variable ne comprennent pas le caractère nationale des législatives où les électeurs votent pour l'étiquette bien plus que pour le candidat. Il fallait donc y aller avec le même programme et une campagne nationale France Insoumise pour pouvoir continuer dans la lancée du score de la présidentielle. 

 

Nous avons obtenu près de 2 millions 500 000 voix soit 11,03%[6] donc moins que lors de la présidentielle. Pourquoi ?

Beaucoup plus d'abstention notamment dans les quartiers populaires, d'autant que la déception de celles et ceux qui avaient cru en la victoire en a amené beaucoup à s'abstenir sur le thème cela ne sert à rien. Et « des députés » pour résister n'était hélas pas suffisant pour convaincre ceux qui avaient beaucoup espéré. Il y avait aussi la présence de candidats communistes alors que le PC avait soutenu Mélenchon à la présidentielle ainsi que le fait que des socialistes et des écologistes qui avaient voté FI par refus de voter Hamon ou absence de candidat dans le cas de EELV ont voté pour les candidats de leur parti respectif aux législatives. 

Rien donc d'inexplicable pour cette différence de score entre présidentielle et législatives.

 

Nous avons cependant commis une erreur d'analyse en pensant que le score de référence était celui de la présidentielle et que celui des législatives était un accident. Cette erreur nous a amené à surestimer le rapport de force en faveur du changement radical.

 

Les élections partielles décevantes pour la FI auraient du être un signal d'alarme plus rapide et plus fort. Tout démontrait que nous n'arrivions à remobiliser ni l'électorat de la présidentielle ni celui des législatives. Mais la particularité de chaque partielle compliquait l'analyse.

 

Nous avions analysé correctement le programme de Macron comme un programme de régression sociale et de libéralisation à outrance de toute l'économie et un désintérêt pour tout ce qui relevait de l'écologie. A cela s'est vite ajouté la brutalisation des institutions et une aggravation du caractère autoritaire de la 5ème République.

 

Les mobilisations contre les ordonnances travail n'ont pas réussi à atteindre un niveau suffisant pour faire reculer Macron. Mais l'abandon de l'ISF et la hausse de la CSG l'ont définitivement classé comme président des riches. Ces choix fiscaux, qui n'étaient que la continuité de ceux déjà pratiqués par Hollande et Sarkozy, ont été la goutte qui a fait déborder la colère populaire et s'est traduit dans le mouvement des Gilets Jaunes.

 

  Le rejet voire la haine de Macron était tel qu'il n'était pas illogique de penser que cela motiverait des électeurs qui autrement ne se déplaceraient pas pour des européennes. De plus la France Insoumise avait le RIC dans son programme pour les européennes. Nous n'aurions pas fait ce choix que cela n'aurait rien changer car Macron a très vite compris qu'il avait intérêt à jouer la peur du RN. Et cela a fonctionné en partie.

 

Les semaines passant sans victoire des Gilets Jaunes et avec l'accentuation de la répression policière et judiciaire deux positions se sont fait jour en leur sein, le refus de participer aux élections ou un vote utile pour le RN, le seul apparaissant capable de finir devant la liste LRM. Plus globalement sommes nous entrés dans une période où le lien entre mobilisations sociales autres que écologistes et traductions électorales disparaît ? Nous avons donc perdu cette bataille du référendum anti Macron. 

 

 

-

Avons-nous changé d'orientation ? 

Le débat entre populistes et unité de la gauche[7] me semble totalement à côté de la plaque.

D'abord remettons les pendules à l'heure. La décision de Charlotte Girard de ne pas être élue et par là même de ne pas postuler à la tête de liste a laissé le comité électoral sidéré et déçu. Les propos comme quoi elle aurait été écartée sont donc abjects. 

 

Ensuite aucun candidat n'a été écarté parce qu'il aurait été « souverainiste ». Tous les candidats de la France Insoumise s'étaient engagés à défendre le même programme l'Avenir en commun. Il n'y a donc pas eu de sélection des candidatures en fonction du positionnement supposé sur la question de la souveraineté. Il a par contre été demandé aux candidats de se montrer solidaires entre eux et de la campagne. Faire porter la responsabilité de ce score décevant sur notre tête de liste Manon Aubry est indigne.

 

 

-

Nous aurions abandonné la sortie de l'euro/de l'Europe et le plan A/plan B ?
Il y a toujours eu une tension à ce sujet dans la France Insoumise. Pour certains le plan A n'était qu'une formalité avant de passer le plus vite possible à la sortie pendant que pour d'autres il s'agit réellement de construire un rapport de force pour désobéir aux traités de plus dans une Union Européenne qui a de moins en moins d'unité et donc de capacité à bloquer une résistance à ces politiques.

 

Mais la stratégie du plan A/plan B[8] nécessite d'être au pouvoir pour s'appliquer.

Cela ne pouvait donc être le mot d'ordre central d'une campagne pour élire des députés européens. Au passage l'UPR avec son message central sur le frexit n'obtient que 1,17% des voix et Florian Philippot qui comptait surfer sur l'abandon de la sortie de l'euro par le RN s'écrase à 0,71%. Mais peut-être ne savons nous pas toujours présenter concrètement ce que signifie désobéir aux traités alors qu'on peut donner des exemples pour rejeter le démantèlement de l'industrie ou la priorité à l'écologie et notamment aux circuits courts.

 

 

-

Nous n'aurions pas su parler aux abstentionnistes et aux Gilets jaunes ?
Les militants qui ont passé des soirées et des week-end à faire du porte à porte dans les quartiers populaires, celles et ceux qui étaient sur les ronds-points et dans les manifs de GJ du samedi apprécieront qu'on vienne leur expliquer que « La campagne de la France insoumise n’était pas orientée vers la grande masse abstentionniste».

 

Juste un petit rappel, en 2017 nous avons fait strictement la même campagne à la présidentielle et aux législatives et pourtant l'abstention est passée de 22,23% à 56,83 % entre la présidentielle et les législatives y compris dans les circonscriptions où nos députés ont été élus. Et si on regarde le taux d'abstention dans les villes très populaires du 93 il est dans certains cas supérieur d'1 à 2 points par rapport aux législatives et dans d'autres villes c'est l'inverse. Difficile donc d'en tirer des leçons.

 

De même la thèse selon laquelle notre recul serait lié à l'absence d'un projet émancipateur rassembleur n'est pas plus convaincante.

Pour le projet nous avions l'AEC. Pendant des mois nous avons eu de nouveau le droit aux dénonciations de sectarisme à l'encontre de la FI par les mêmes d'ailleurs qui défendaient l'impérieuse nécessité de présenter leur propre liste et qui dénonçaient notre populisme et notre volonté de désobéir aux traités. L'élection européenne est une élection nationale à la proportionnelle permettant à chaque force politique de concourir pour défendre son projet. Certes il y a le seuil des 5% à franchir pour obtenir des élus mais rien n'empêchait par exemple le PCF et Générations de faire liste commune, ils auraient vraisemblablement franchi la barre des 5% à eux deux. 

 

Mais pourquoi dans les derniers jours EELV est-il apparu comme le vote utile y compris pour des électeurs proches de la FI ?

L'écologie a été pour la première fois très présente dans une élection, on ne peut que s'en réjouir et nous y avons pris notre part. Le discours de LRM n'était pas crédible vu les actes de ce gouvernement, Génération's paraissait incapable de franchir les 5%. Ne restait donc que la FI et EELV et beaucoup ont hésité entre les 2 et on tranché dans les derniers jours voire dans l'isoloir. Les scores de EELV sont d'autant plus élevés que la ville est moins populaire alors que c'est exactement l'inverse pour la FI. Il y a bien un vote « bobo » pour EELV. L'existence d'un groupe Verts au parlement et la simplicité du slogan « Votez climat » en pleines manifestations pour le climat[11] a pu convaincre les hésitants que c'était le vote le plus efficace dans cette élection précise. Plus globalement 11 pays sur 28 ont vu les Verts passer la barre des 10%.

 

 

-

Ne pas confondre microcosme politique et ensemble des électeurs
A confondre les 2 on fait régulièrement des erreurs politiques.

Pour la grande masse des électeurs l'info principale sur l'élection vient des médias et de la profession de foi qu'ils reçoivent à quelques jours du vote. Peu de temps donc pour se faire une idée. L'image donnée par les médias va donc peser beaucoup dans les choix. La masse des électeurs s'intéresse assez peu au fonctionnement des partis contrairement au microcosme mais est très influencée par l'image qui en est donnée. D'où les dégâts liés à l'image de la perquisition.

 

Dans tous les pays, l'oligarchie se défend contre ceux qui veulent changer le système en diabolisant ses opposants.

La FI subit quotidiennement ces attaques dans le but de créer l'image d'un mouvement violent et dangereux. Et cela ne se limite pas à JL Mélenchon. François Ruffin y a eu aussi le droit. Aussi croire qu'il suffirait d'écarter JL Mélenchon pour retrouver son score de la présidentielle n'est pas sérieux. La FI est la force politique qui envoie le plus d'orateurs différents dans les médias, image de la construction de la relève à venir. De part l'électorat auquel nous nous adressons, nous devons gérer constamment la contradiction entre un électorat des classes populaires plutôt dégagiste et un électorat classe moyenne plus respectueux des institutions. Lors de l'élection européenne le premier est peu mobilisé contrairement au second qui fluctue selon le contexte.

 

 

-

Le problème est-il de reconstruire la gauche[9] ?
Mais quelle gauche ?

Celle qui a été aux manettes pendant 5 ans avec Hollande ? Celle qui a commencé les grandes manœuvres au PS avec Benard Cazeneuve présenté comme rassembleur et sauveur de la gauche ? Autant faire campagne pour que les classes populaires s'abstiennent à tout jamais et que le FN gagne l'élection la prochaine fois. 

 

Dans la « gauche altermondialiste» les appels se multiplient.

« Convergeons[10] », rassemblant des élus EELV, Génération's et des maires PCF demande à EELV, compte tenu de sa responsabilité historique accrue, d'être le pivot de la reconstruction d'un grand mouvement populaire et écologiste. Cela relève de l'appel désespéré car avec son score EELV n'acceptera une recomposition qu'à ses conditions et D Cormand et Y Jadot l'ont déjà exposé clairement dans toutes leurs interviews depuis dimanche soir. Pour eux ce rassemblement doit inclure CAP21 et même Borloo. Si on se contente des questions d'environnement, et non d'écologie, il arrive au moins avec CAP21 qu'on se retrouve dans certains combats comme les OGM par exemple. Mais quel pourraient être les points communs sur les questions sociales, de stratégie industrielle, de défense de l'intervention publique dans un tel attelage ?

 

Le deuxième appel « Big bang[9] » inclut pas mal de signataires communs avec « Convergeons » mais appelle à un autre cadre de rassemblement politique et citoyen plus que flou qui au passage d'ailleurs fait une croix sur la France Insoumise. Combien d'appels similaires avons-nous tous signé ces 20 dernières années ?

 

En politique les incantations ne servent à rien.

La réalité est que les rapports de force dans les différents pays se dégradent au détriment des classes populaires. Nous assistons à une offensive généralisée de l'ultra-libéralisme qui pour la mener à bien dispose des pouvoirs de l'état avec une répression de plus en plus violente à la fois policière et judiciaire et des médias aux mains de l'oligarchie au pouvoir. Dans nombre de pays il y a aujourd'hui moins de pluralisme des médias qu'il y a 30 ans. 

 

Mais indéniablement Macron a réussi son pari et peut espérer gagner de nouveau en 2022 avec le même schéma de second tour. Il nous reste donc 3 ans pour éviter ce cauchemar. 

 

Et cela ne peut se réduire à mobiliser l'électorat des centres villes, alors que le péri-urbain vote massivement RN et que les cités populaires s'abstiennent.

Il faut en plus remobiliser les classes populaires non racistes sur un projet où elles se sentent concernées. Un des motifs indiqués pour leur abstention est le fait que les élections européennes ne changent rien à leur quotidien. C'est donc sur ce terrain qu'il faut se battre : par la défense des services publics (hôpitaux, transports, école ..) et par l'exemple de luttes pour changer le quotidien (les pratiques de la FI à Marseille sont 1 bon exemple 13,81 % aux législatives 15,68% aux européennes). Les municipales peuvent être un moment important dans cette démonstration avec des listes émergeant des quartiers populaires et des propositions concrètes en direction des populations du péri-urbain.

 

L'autre élément important est la centralité de l'urgence écologique.

Elle est au cœur de notre projet et les Insoumis sont présents dans toutes les mobilisations. Mais nous devons encore renforcer cette présence notamment au niveau de la jeunesse et en enrichissant notre projet pour montrer clairement en quoi l'écologie populaire est concrètement différente du verdissement du capitalisme.

 

Enfin la FI doit évoluer.

Le système gazeux montre ses limites surtout dans un moment politique qui n'est plus à l'offensive. Nous devons trouver des formes d'organisation souple qui permettent des débats, une prise de décision collective, respectent celles et ceux qui n'ont pas envie de s'engager dans un parti, mais soit efficient pour proposer des initiatives.

 

 

Le résultat des européennes déçoit ?

Ce n'est pas une raison pour jeter le bébé, la FI, avec l'eau du bain. Il y a toujours besoin d'une force politique aux côtés des classes populaires pour répondre aux urgences sociales, écologiques et démocratiques. 

 

 

Notes :

[1Résultats des élections européennes 2009

[2Résultats de l'élection présidentielle 2012

[3Résultats des élections législatives 2012

[4C'est le peuple que nous voulons rassembler, pas les partis !

[5Présidentielle: Yannick Jadot "retire" sa candidature au profit de Hamon

[6Résultats des élections législatives 2017

[7Refonder la gauche ? Méfions nous des évidences de " l'union "

[8] Nous proposons donc une stratégie de gouvernement en deux temps avec un plan A et un plan B en cas d'échec du plan A.

[9Autain et un millier de signataires appellent à un « big bang » à gauche

[10] Convergeons

[11« Votez climat dimanche » en pleines manifestations pour le climat :  

 1 - MOBILISATION - Avant le scrutin européen, les jeunes habitants du continent sont appelés à manifester, vendredi 24 mai dans des centaines de villes pour que " l'écologie soit le sujet central de ces élections "

2 - Un appel à mettre l'écologie au centre des élections européennes

3 - Il faut que "l'écologie soit le sujet central de ces élections", a réclamé Kristof Almasy, de Youth for climate, lors d'une conférence de presse à Paris

4 - Avant le scrutin européen prévu ce dimanche 26 mai, le mouvement Youth for Climate France appelle tout le monde à une marche intergénérationnelle et une « Grève Mondiale pour le Climat » afin que « l'écologie soit le sujet central de ces élections ».

[12] ÉLECTIONS EUROPÉENNES : UN VOTE DE CLASSE AVANT TOUT

 

Pour en savoir plus :

Débâcle aux européennes, contestations internes, Jean-Luc Mélenchon... Le numéro deux de La France insoumise est l'invité du grand entretien politique du « Point ».

- Le peuple ? La gauche ? la planète ? Stratégie, imaginaire et théorie

- « Pour une nouvelle dynamique, lançons un nouveau : Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras ! par Maud Assila

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15 mai 2019 3 15 /05 /mai /2019 07:28
Nouvel épisode de droitisation en vue au PS et à EELV ?

Sources : Blog de jean-Luc Mélenchon 14 mai 2019, mis à jour le 28/08/2020

-À mesure qu’on s’approche du vote du 26 mai et de ses résultats, les états-majors politiques des différents pays se préparent à la suite, c’est-à-dire le partage des postes à la tête du Parlement européen et de la Commission.

Au niveau des 28, la thèse dramatisante « les libéraux ou l’extrême droite » avance bien et fort. Elle justifie les magouilles les plus pitoyables sous couleur de résistance contre les fascistes. Loin des yeux des électeurs, elle permet déjà des arrangements en tous sens qui seront vendus comme autant d’héroïques « barrage à l’extrême droite ». Le parti des castors à échelle européenne.


Les Verts européens ont déjà dit qu’ils étaient prêts à négocier avec la droite et les macronistes. La nouveauté c’est qu’une série de dirigeants sociaux-démocrates en font autant depuis quelques jours. C’est le premier ministre (PS) du Portugal qui annonce son soutien au mouvement « Renaissance » que pilote Macron en compagnie des libéraux du groupe ALDE et de son président le belge Guy Verhofstadt, ancien Premier ministre de ce royaume. Matéo Renzi, du parti démocrate, le répugnant italien qui a fini la liquidation de la « gauche » italienne, vient d’en faire autant. Mais surtout, le candidat officiel de tous les PS d’Europe pour la Commission européenne en fait autant. Le « Spitzenkandidat » de la social-démocratie, le social-ultra-libéral hollandais Frantz Timmermans « tend la main à Macron »

 

 

-Cet épisode de droitisation international n’est surprenant que vu depuis la France.

Sur la scène européenne c’est un scénario de grande coalition dont la matrice est dans le gouvernement allemand où collaborent en bonne intelligence le SPD et la CDU/CSU de Merkel. On cherchera en vain une seule protestation des PS d’Europe face à cet attelage. La « main tendue » du leader européen des socialistes est de la même eau. C’est assez pour pouvoir raconter la suite. En 2014 déjà, les socialistes français avaient essayé de dramatiser le sens du vote européen. Il fallait voter pour eux pour éviter l’élection de Juncker comme président de la Commission. À peine élu, les députés socialistes se renièrent et votèrent pour Juncker. Avec la droite. Et ils se partagèrent avec elle les postes dans la Commission et au Parlement européen.

 

 

-La même musique se prépare.

Encore faudrait-il que le PS obtienne plus de cinq pour cent des voix et qu’il ait des députés élus. Mais même sans cela, on voit se dessiner le sens des règlements de comptes qui suivront le vote désastreux qui les attend. Le PS regorge d’élus du type Dussopt, capable de voter contre le budget et d’être ministre macroniste trois jours plus tard. À l’Assemblée nationale, au Sénat et davantage encore sur le terrain municipal à l’orée des élections régionales. La « main tendue » ne sera pas seulement un épisode européen. Les macronistes ne s’en cachent pas. Ils veulent continuer le processus de siphonnage et de recyclage auquel ils ont déjà tant travaillé à la présidentielle.

 

 

-Le même objectif est poursuivi en direction d’EELV et de ses dirigeants.

Dès lors que huit sur dix des derniers dirigeants de cette formation ont déjà changé de camp, pourquoi cela serait-il impossible encore ? D’autant qu’en intégrant une figure aussi centrale que celle de Canfin en tête de leur liste, les macronistes ont envoyé un signal qui a été reçu cinq sur cinq dans la mouvance qui entoure Jadot. Et Jadot lui-même a déjà envoyé les signaux nécessaires avec ses déclarations sur l’écologie de marché. Et il a su profiter des circonstances pour faire des déclarations stupéfiantes qui sentaient fort la sympathie pour les causes macronistes. Ainsi quand il a entonné l’air de la « condamnation totale » de l’attaque de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Ou comme ce dimanche en réclamant cette pure idiotie : un « rapprochement entre le statut de la fonction publique vers celui des travailleurs du privé ». C’est à dire exactement ce que se prépare à faire Macron en passant sur le corps d’une des cathédrales de la gauche qu’est le statut de la fonction publique.

 

 

-On peut donc dire que le démantèlement final de l’ancienne majorité de François Hollande va se terminer le 26 mai.

Les derniers dégoûtants vont se rallier et les derniers dégoûtés iront continuer à pleurer leurs illusions perdues. Quand je dis « donnez de la force a une force », c’est à dire aider les insoumis au lieu de faire des votes de nostalgie, je sais qu’un fois de plus je lance une alerte et je propose une issue positive. La fédération populaire répondra à la désertion finale de tous ceux qui auront tout détruit depuis Hollande.

 

-Le double langage de la liste EELV

Alors que l'urgence climatique n'a jamais été aussi grande, EELV multiplie les incohérences et le double langage.

 

Votes pour l'austérité, démantèlement du statut des fonctionnaires, positionnements économiques fluctuants, abstention sur l'évasion fiscale, déclarations anti-gilets jaunes, futures alliances, proximité avec des groupuscules réactionnaires..

 

-Et pour ceux qui on encore un doute, l'intervention de trop d'Y. Jadot d'EELV, chez le MEDEF le 27 juillet 2020

Je m'attendais au pire, mais là, ça a dépassé toutes mes espérances !
J'ai rarement entendu une telle masse de stupidités économiques alignées en quelques secondes :

  • Le " capitalisme européen " qui serait différent et gentil, le concept " d'acheter européen " comme solution de " relocalisation " et de " résilience " ...
  • C'est quoi la différence entre le bon et le mauvais capitalisme ? Car pour Yannick Jadot, il y a plusieurs capitalismes : le capitalisme américain, le capitalisme chinois et le capitalisme européen qui lui est " bien pas comme les 2 autres capitalismes qui eux sont outrancier ".

et j'ai envie de lui dire : " pour un prétendant à la tête de la France, il faut bosser un peu en matière économique... et pas que ", ou la fermer.


Le tout sous les applaudissements du MEDEF pour celui qui était déjà leur chouchou pour les européennes de 2019[1] et cherche a renouveler l'opération en 2022 pour satisfaire ses ambitions !

Note :

[1] Y. Jadot chouchou pour les européennes de 2019

 

Pour en savoir plus :

Européennes: Stéphane Séjourné estime «probable» une alliance LREM/Verts/PS/PPE pour former une majorité

- Européennes : EELV en marche vers le centre

- En 2017 Yannick Jadot se retire de la course à la présidentielle et rallie Benoît Hamon le tout au détriment de la FI

- Pour Yannick Jadot, l’écologie doit aussi passer par l’économie de marché

- Jadot ne s’en cache pas : retour à l’écologie de marché par jean-Luc Mélenchon

- Marseille : pour Yannick Jadot, “il faut sauver l'Europe pour sauver le climat” laquelle, celle des traités ?

- Européennes: Yannick Jadot veut «dépasser les vieux clivages» politiques

- Yannick Jadot et EELV préfèrent-ils l’Union européenne à la France ?

- Cher David Cormand, la question des coalitions européennes n'est pas accessoire

- Cormand EELV se fâche mal

Emmanuel Macron et ses élus misent, en Europe, sur des alliances avec les socialistes et les Verts. Une ambition contestée avec véhémence par les élus français de ces deux familles, Raphaël Glucksmann et Yannick Jadot. Mais par la voix de leur leader Frans Timmermans, les socialistes européens ont fait savoir qu’ils envisageaient sans réticence une «alliance progressiste» avec les libéraux-centristes. C’est aussi le cas des puissants Grünen allemands, majoritaires dans le futur groupe des verts européens.

- Yannick Jadot entend bien bousculer les contours de la gauche.

- ÉCOLOGIE. JADOT VEUT VERDIR LE CAPITALISME PLUTÔT QUE S’Y ATTAQUER

- Ecologie "ni de gauche ni de droite" : la stratégie à l'allemande de Yannick Jadot ! Jodot prêt à soutenir la candidature du Français Michel Barnier, le très libéral vice-président du Parti populaire européen (PPE, droite)

- Jadot veut incarner "l'écologie de gouvernement", favorable à "la libre entreprise et l'économie de marché"

- L'ambigu Monsieur Jadot

- David Cormand : "Il n'y aura pas d'alliance avec la République en Marche car ils font une politique de droite."

- Municipales : “pragmatique”, Jadot prêt à des alliances avec la droite

- Commission européenne. Les Verts réclament quatre postes pour coopérer avec von der Leyen

- Alliance avec Villani: Jadot en extase, des Verts en colère

- La violence du ton de Julien Bayou vise-t-elle à masquer les désaccords internes à EELV ?

- Canfin, Jadot, Berger, L'Oréal, Coca-Cola... Tous unis pour une «relance verte européenne» et votent avec la droite et le RN/FN contre le prêt de la BCE aux états membres contre l'annulation d'une partie de la dette

- Communiqué | Covid-19 : le Parlement européen n’est pas à la hauteur de la situation (EELV, la droite, et le RN/FN font cause commune.

- Municipales 2020 à Nîmes : La tête de liste d’EELV et de la France insoumise s’associe au candidat soutenu par LREM

- Yannick Jadot roue de secours du MEDEF à la tête de la Ripoublique en 2022 ?

Nouvel épisode de droitisation en vue au PS et à EELV ?
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10 mai 2019 5 10 /05 /mai /2019 09:13
Le parti de Marine Le Pen vote à Bruxelles le contraire de ce qu’il prône à Paris
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Le parti de Marine Le Pen vote à Bruxelles le contraire de ce qu’il prône à Paris
Le parti de Marine Le Pen vote à Bruxelles le contraire de ce qu’il prône à Paris
Le parti de Marine Le Pen vote à Bruxelles le contraire de ce qu’il prône à Paris
Le parti de Marine Le Pen vote à Bruxelles le contraire de ce qu’il prône à Paris

Soutien aux multinationales, désintérêt pour l’écologie, mépris pour les travailleurs… nous avons passé au crible le bilan des eurodéputés du Rassemblement national  : un démenti cinglant de leurs promesses de campagne.

 

Sources : L'Humanité le 10 mai 2019 par Maud Vergnol

 

-« On arrive  !  » C’est le slogan belliqueux choisi par le parti de Marine Le Pen pour les élections européennes.

Pourtant, avec 24 eurodéputés élus en 2014, le Front national (désormais Rassemblement national) était déjà la première délégation française au Parlement européen. Alors qu’ont-ils fait de leur mandat  ? La liste menée par Jordan Bardella, donnée en tête dans les sondages, se pique de vouloir renverser la table face à une Union européenne qui «  n’est plus qu’un cimetière de promesses trahies  », affirme Marine Le Pen. En la matière, elle sait de quoi elle parle, tant l’exercice du pouvoir de son parti a systématiquement démenti ses promesses électoralistes. Si elle se targue de défendre les intérêts des classes populaires, son action à Strasbourg raconte une tout autre histoire et révèle l’incroyable imposture idéologique d’un parti qui prétend protéger les plus faibles.

 

En octobre 2015, alors qu’un enfant européen sur quatre est aujourd’hui menacé de pauvreté ou d’exclusion sociale, le rapport Zuber rappelle les États à leurs responsabilités en matière d’accès à des services publics de qualité et préconise de renforcer «  l’efficacité, la quantité, les montants et la portée des aides sociales destinées spécifiquement aux enfants, mais également aux parents chômeurs ou aux travailleurs pauvres, comme les allocations-chômage et un revenu minimal adéquat  ». Que votent les eurodéputés FN  ? «  Contre…  » Le cas de la protection des lanceurs d’alerte est également symptomatique. «  Ce sont des personnes courageuses qui révèlent des agissements illégaux ou contraires à l’intérêt général  », affirme le parti d’extrême droite. Pourtant, le 24 octobre 2017, les eurodéputés FN s’opposent au rapport de Virginie Rozière, qui vise à protéger les lanceurs d’alerte. Pire, le 13 avril 2016, ils s’allient au PS et à LR pour voter en faveur de la directive «  Secret des affaires  », une bombe contre les lanceurs d’alerte et le droit d’informer, au profit des lobbies industriels et des multinationales.

 

 

 

-Quand le Rassemblement national se couche devant les multinationales

Sur la lutte contre l’évasion fiscale, le Rassemblement national n’a pas non plus brillé par sa combativité. Le 16 décembre 2015, après le scandale des LuxLeaks, une résolution est adoptée «  en vue de favoriser la transparence, la coordination et la convergence des politiques en matière d’impôt sur les sociétés au sein de l’Union  ». Les eurodéputés FN s’abstiennent… sans avoir porté le fer dans la bataille d’amendements pour donner plus de portée au texte. Idem sur la désindustrialisation. En 2016, l’annonce de la fermeture des usines Caterpillar en Belgique et Alstom à Belfort avait suscité le vote d’une résolution pour des solutions de lutte contre la désindustrialisation. À l’exception de Florian Philippot, tous les élus FN avaient voté contre.

 

 

 

-Même fiasco sur les accords de libre-échange, pourtant en contradiction totale avec le concept de «  localisme  » rabâché par la tête de liste Jordan Bardella.

Au printemps 2015, Marine Le Pen se présente comme la principale opposante au Tafta, affirmant qu’elle sera «  la force motrice du débat public  ». Pourtant, dix jours plus tard, lors d’un vote stratégique entérinant des mécanismes d’arbitrage qui instituent une justice privée à la solde des multinationales, la dirigeante d’extrême droite est aux abonnés absents. Même double discours en 2017, au sujet du fameux Ceta, l’accord de commerce entre l’Europe et le Canada. Si Marine Le Pen consent cette fois à se déplacer pour s’y opposer en plénière sous l’œil des caméras, elle ne mènera aucune bataille au sein de la commission Commerce international, dont elle est pourtant membre. En 2015, le Dieselgate, scandale industriel et sanitaire lié aux fraudes du groupe Volkswagen, fait l’effet d’une bombe. Le Parlement décide alors de lancer une commission d’enquête. Là encore, les élus FN s’y opposent. Pas touche aux intérêts de l’industrie automobile  !

 

Interdiction de la pêche électrique, de l’épandage de pesticides nocifs ou encore des néonicotinoïdes tueurs d’abeilles… les eurodéputés FN ont toujours voté contre, en dépit de leur volonté affichée de repeindre en vert leur projet politique. Sur le glyphosate, alors que Marine Le Pen s’est publiquement prononcée contre son utilisation en janvier dernier, aucun eurodéputé de son parti n’a voté en faveur de l’amendement qui proposait d’interdire immédiatement «  la production, la vente et l’usage du glyphosate  ». Quant aux droits des femmes, là aussi, l’imposture du RN se révèle au grand jour. Qu’il s’agisse du congé maternité à 20 semaines partout dans l’UE ou de l’égalité salariale, ses eurodéputés ont voté contre tous les rapports présentés depuis 2014 renforçant les droits des femmes.

 

 

-Le RN a aussi été rattrapé par ses incessantes guerres intestines.

Entre exclusions et départs tonitruants chez les concurrents, en cinq ans, ses effectifs ont fondu de 24 à 15 élus. «  La postérité vous maudira !  » lançait Jean-Marie Le Pen, il y a un mois, pour sa dernière intervention à Strasbourg, après 35 années passées à siéger au Parlement. Le bilan de son parti politique en faveur des peuples européens ne passera pas non plus à la postérité.

 

Pour en savoir plus :

- Roland Dumas : Mitterrand a fait monter le Front National par tactique

- Au Parlement européen, les votes méprisants du FN et de Marine Le Pen à l’égard des travailleurs

- Le FN vote contre l'égalité hommes-femmes au Parlement

- Rassemblement national : mensonges ou fausses nouvelles pour convaincre et se faire élire.

- Le Pen, Salvini, Orban : ces projets populistes contraires aux intérêts des Gilets Jaunes

- Etat d'urgence: Marine Le Pen pour l'interdiction des manifestations

- PS, LR et FN unis pour approuver la directive sur le secret des affaires

- Les mille et une voies du vote Front national

- Egalité salariale, santé des travailleurs, droits des femmes : au Parlement européen, le FN vote contre ou s’abstient

- Europénnes 2019 : Deux têtes de liste, dont celle du RN ont refusé de s'engager à lutter contre la corruption

- UE Macron, extrême-droite unis contre les droits

- La stratégie du mensonge était bien au cœur de la campagne de Marine Le Pen

- Les extrêmes droites, mieux les connaître pour mieux les combattre

- Sécurité sociale Ces 14 milliards de fraude, annoncés par le RN... et qui n’ont jamais existé

Mes conclusions :

" F. Philippot, M. Le Pen, N. Dupont-Aignan... sont des chafouins de droite extrême qui comme tous les individus de droite extrême ou d'extrême droite ont un discours de gauche, des actes politiques de droite et se définissent ainsi " SOCIALEMENT JE SUIS DE GAUCHE, ÉCONOMIQUEMENT DE DROITE ET, NATIONALEMENT, JE SUIS DE FRANCE " ou dit autrement à une autre époque " " Unser Nationalsozialismus ist die Zukunft Deutschlands. Trotz diese Zukunft wirtschaftich rechtsorientiert wird, werden unsere Herzen links orientiert bleiben. Aber vor allem werden wir niemals vergessen, dass wir Deutschen sind ", Adolf Hitler (novembre 1932 discours de clôture du parti nazi NSDAP). 

 

 

 

-Le vrai visage du RN de Le PEN  

La fibre sociale du Rassemblement National : Soyez pauvres, soyez heureux! #RN #fibresociale

La fibre sociale du Rassemblement National : Soyez pauvres, soyez heureux! #RN #fibresociale

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24 avril 2019 3 24 /04 /avril /2019 07:49
Jean-Luc Mélenchon : « Je lance un appel à la création d’une fédération populaire »

« Je lance un appel à la création d’une fédération populaire. Il faut se préparer sérieusement à gouverner autrement. »

 

« Le but, la fédération populaire entre les classes populaires et les classes moyennes plus favorisées qui n’appartiennent pas à l’oligarchie. »

 

« Fédération populaire : comment ça marche ? »

 

Ecologie, populisme, traités européens, colères, démocratie interne… A un mois des élections, le leader de La France insoumise s’explique. Et invite la gauche à se rassembler, sans «tambouilles», pour «se préparer à gouverner autrement».

 

Sources : Libération le 23 avril 2019 | modifié le 2 juillet 2020

-Libé. : Le fonctionnement de La France insoumise (LFI) est régulièrement mis en cause par certains militants. Il est dit que c’est un petit groupe qui décide de tout. Est-ce entièrement faux ?
Jean-Luc Mélenchon : C’est totalement faux. La France insoumise est absolument originale, en évolution constante. Aujourd’hui, c’est 4 000 comités qui fonctionnent en autonomie. Le temps long est géré par le siège du mouvement, avec des campagnes nationales décidées par les adhérents. Le groupe parlementaire gère le temps court des réactions à l’actualité. Les comités de secteurs thématiques gèrent l’action dans leur domaine en lien avec les députés. Quoi de mieux ?

 


-Libé. : Mais la direction n’est pas élue.
Jean-Luc Mélenchon : Il n’y a pas de direction.

 


-Libé. : Ah ! Il y a tout de même des gens qui décident.
Jean-Luc Mélenchon : Je viens de vous dire qui décide et comment. C’est dommage que personne ne s’intéresse sérieusement à notre fonctionnement réel ! Nous ne sommes pas un parti. Nous avons inventé autre chose. Du moment que vous restez dans ce cadre (il montre le programme du mouvement), tout est libre.

 


-Libé. : Un de vos colistiers aux européennes vient tout de même de quitter votre mouvement avec fracas, vous qualifiant de « dictateur »…
Jean-Luc Mélenchon : Je suis stupéfait. Je n’ai jamais eu aucun contentieux, ni personnel ni politique, avec Thomas Guénolé[1]. Je croyais même que nous étions amis. Il n’a jamais exprimé la moindre réserve envers le fonctionnement du mouvement. Au contraire. Ses outrances contre moi sont une diversion.

 


-Libé. : Vous voulez dire que sa réaction est liée aux accusations de harcèlement portées contre lui ?
Jean-Luc Mélenchon : Il me les reproche ! Mais j’en ignorais tout avant cet esclandre. L’affaire aurait eu lieu à Sciences-Po, et non à LFI. Je ne connais pas la plaignante. Elle n’est pas membre de LFI. Saisies par elle, les structures de La France insoumise ont fonctionné. Personne ne m’en a parlé. C’est une facilité de mettre mon nom dans n’importe quoi pour manœuvrer. C’est très violent. Rien ne m’aura été épargné.

 


-Libé. : Quel est le rôle de Sophia Chikirou, que Thomas Guénolé met en cause ?
Jean-Luc Mélenchon : Elle n’a aucun rôle dans le mouvement. Sophia Chikirou est responsable d’une société qui a conduit avec un brio absolu son travail de communication dans ma campagne présidentielle. Elle a une part éminente dans le résultat. Elle continue à être une conseillère extrêmement précieuse car elle a le plus l’expérience des élections générales : trois en Amérique du Sud et aux Etats-Unis, trois en Europe. Sa campagne pour l’emprunt populaire de LFI [pour financer les élections européennes, ndlr] est un triomphe : 2 millions collectés en dix jours. Mais comme c’est une femme, certains ne peuvent pas lui imaginer autre chose qu’un rôle «sulfureux», comme ils disent. Les rumeurs qui l’accablent sont du pur sexisme.

 


-Libé. : Vous parlez de mouvement « gazeux » pour qualifier LFI. Mais au-dessus du nuage de gaz, il y a un solide : c’est vous. Vous êtes Jupiter, au-dessus du nuage.
Jean-Luc Mélenchon : Au secours, encore Jupiter ! Certes, je suis le fondateur. Je joue donc un rôle particulier d’autorité morale, de clé de voûte. Mais c’est seulement en dernier recours.


-Libé. : LFI fonctionne un peut comme Enmarche.
Jean-Luc Mélenchon : Je ne sais pas comment ils fonctionnent. Je ne cours pas après le pouvoir de décision interne. Par exemple, je ne me suis pas occupé de la liste européenne. C’est une commission, tirée au sort à 60 %, qui l’a fait. Les insoumis c’est toute une série de visages. Pas LREM. Combien de formations ont autant de noms connus ? Tous incarnent un état d’esprit de l’opinion. Voyez notre liste : 60 % des candidats n’ont pas de carte du parti. Dont Manon Aubry, notre tête de liste. C’est un mix de militants associatifs, syndicaux et politiques de toutes sortes. Aucun parti ne fonctionne comme cela. Nous sommes par nous-mêmes une convergence politique neuve.

 


-Libé. : C’est aussi votre expérience des partis de gauche, qui se divisent en tendances, en fractions ?
Jean-Luc Mélenchon : Evidemment ! C’est mortifère. Je veux empêcher cela. Pas de tendances, de clans, de fractions. On a vu ce que cela pouvait donner en France et dans d’autres pays du monde…

 


-Libé. : Sur ce point, vous êtes plus proche de Lénine que de Jaurès…
Jean-Luc Mélenchon : Ah ? C’était une tout autre époque. La société était assez stable et les liens de représentation politique fonctionnaient. Le PCF représentait une grande partie de la classe ouvrière. Les socialistes, plutôt les classes moyennes. Tout cela a volé en éclats. Un acteur nouveau est né. C’est ce peuple urbanisé qui s’oppose à l’oligarchie. Voir les gilets jaunes ou l’Algérie. Son existence quotidienne dépend de l’accès aux réseaux collectifs. Cet accès est l’enjeu social central. La forme de notre mouvement correspond à cette analyse théorique globale. Ce que nous visons, nous, dans l’action, dans la lutte, au gouvernement demain dans la mise en œuvre du programme concret, c’est l’auto-organisation du peuple, la société mobilisée sur ses objectifs communs. La Constituante et les référendums d’initiative citoyenne couronnent cette méthode.

 


-Libé. : Il y a aussi une figure, un homme-symbole dont la personnalité charismatique rassemble politiquement. C’est le modèle sud-américain.
Jean-Luc Mélenchon : De Gaulle, Jaurès ou Mitterrand, c’est sud-américain

 


-Libé. : Le chavisme a mené au désastre, non ? Pourquoi soutenez-vous encore le régime de Maduro au Venezuela, qui a plongé son peuple dans la misère et usé de méthodes répressives ?
Jean-Luc Mélenchon : Je ne partage pas du tout votre résumé. Quoi qu’il en soit, vous et moi serons d’accord pour nous opposer à l’intervention militaire américaine et au blocus, non ? C’est la seule question qui nous concerne directement. Le reste, les Vénézuéliens sauront quoi faire.

 


-Libé. : Ce qu’on vous a reproché, c’est de jouer sur les affects, sur les émotions populaires, au détriment d’une conception rationnelle de l’action politique.
Jean-Luc Mélenchon : Oui, nous assumons le rôle des affects dans la stratégie politique. Mais quand avaient-ils disparu ? En fait, leur action était sournoise.

 


-Libé. : Certes, mais il faut les mettre au service d’un projet rationnel, pas d’un programme qui se révélera inapplicable.
Jean-Luc Mélenchon : On est bien d’accord. Je n’ai fait que cela ! Qui est capable de présenter aujourd’hui comme nous un programme complet et 40 livrets qui développent des propositions dans chaque domaine ? Avez-vous vu le travail législatif de nos 17 députés ?

 


-Libé. : Il y a donc 17 apôtres…
Jean-Luc Mélenchon : (Rires) Cela n’a rien à voir. Je ne suis pas ma caricature. Je ne vise pas le pouvoir sur un bac à sable. Le but est de gouverner ce pays et de changer le monde. Vous savez, ma vie est faite. Je veux assurer la pérennité d’un mouvement collectif qui laisse sa trace dans l’histoire du pays.

 


-Libé. : Certains disent : il hésite entre Jaurès et Beppe Grillo, le fondateur du Mouvement Cinq Etoiles en Italie.
Jean-Luc Mélenchon : C’est une formule injuste et injurieuse. D’autant que j’avais dit à mes amis italiens de gauche : « Faites attention, il y a une colère, un dégagisme, si vous ne montez pas sur la table, d’autres le feront. Vous laisserez la place à de vrais énergumènes dangereux. » C’est ce qui s’est passé. L’humanisme populaire a été quasi rayé de la carte en Italie. C’est ce que j’ai voulu éviter en France.

 

-Libé. : Mais vous stimulez aussi les affects, la colère, la dénonciation…
Jean-Luc Mélenchon : Et alors ? Ne soyez pas injuste. Je n’exprime pas que la colère. Il y a aussi la poésie, l’amour, la fraternité… Je l’ai fait souvent en meeting, j’ai aussi parlé de la beauté de la nature, des animaux, de la mer. Laissez-moi vous dire que certains m’ont regardé avec des yeux comme des soucoupes. Il y a trois piliers dans notre stratégie. Je l’ai décrit dès 2013, dans une interview croisée avec Ernesto Laclau, le penseur du populisme de gauche. Notre méthode reste la conflictualité. C’est elle qui crée de la conscience politique en déchirant le voile des prétendues évidences. Mais pour cela, on s’adresse d’abord à la raison, avec le programme. Ensuite, on convoque les sentiments. Il y a une affectivité spécifique à la famille politique humaniste. Nous cherchons à lui donner une forme politique, dans l’action. Et enfin, quand Marine Le Pen dit « vous êtes des Blancs chrétiens », je réponds « vous êtes des enfants des Lumières ». Les Lumières, au début, beaucoup ne comprenaient pas. Peut-être même que certains ont cru que je parlais d’EDF… Je résume : le but du mouvement n’est pas de construire un parti révolutionnaire, mais un peuple mobilisé avec les méthodes de l’éducation populaire.

 


-Libé. : Pour le public, vous êtes plutôt du côté de la colère que de l’amour, c’est-à-dire du populisme.
Jean-Luc Mélenchon : Ça, c’est la caricature médiatique. Mais tout le monde ne me voit pas comme ça. Ce n’est pas mon but de les lancer dans des actions insensées. J’ai toujours condamné sans appel la violence. Il y a un débat aujourd’hui sur la violence dans la société. Certains disent « regardez, les gilets jaunes ont obtenu 10 milliards grâce à la violence, voilà ce qu’il faut faire ! » La faute à qui ?

 


-Libé. : Vous vous sentez investi d’une responsabilité sur ce point ?
Jean-Luc Mélenchon : Bien sûr ! Celle de l’expérience ! Je dis : surtout, ne faites pas ça ! J’ai vu ce que cela donnait dans beaucoup de pays. Cela fait des morts. Beaucoup de morts. Et nous sommes toujours vaincus. On dit que je flatte les instincts vulgaires ? En quoi est-ce le cas quand j’explique des choses compliquées comme la planification écologique, la VIe République ou les 14 tranches d’impôts que nous voulons instaurer ? J’explique, je démontre, j’argumente. On m’en fait souvent le crédit, d’ailleurs. Ce sont souvent des ignorants qui m’accusent de populisme. Quand j’ai parlé du « bruit et de la fureur », on a pris ces mots au pied de la lettre. Je ne faisais que citer un livre de Faulkner qui reprenait une citation de Shakespeare. Mais ça, c’est passé au-dessus de leur tête. De même, quand j’ai dit que ma personne était sacrée, on s’est jeté là-dessus. Je voulais dire que ma qualité de député de la nation, de tribun du peuple, était sacrée, pas ma personne particulière !

 

 

-Libé. : Vous avez fait rire…
Jean-Luc Mélenchon : Je le comprends. A froid, ça paraît outrancier, ridicule. Mais je crois à la culture. Je ne méprise pas les gens. Je ne parle pas au rabais.

 

 

-Libé. : Puisqu’on parle de cette perquisition judiciaire, vous regrettez votre réaction ?
Jean-Luc Mélenchon : Ces perquisitions étaient une instrumentalisation politique de la justice. Un abus de pouvoir. Il y a eu 17 opérations policières en même temps contre nous. C’est sans précédent en politique. Il y a deux dossiers, l’un sur des assistants parlementaires, l’autre sur la présidentielle. Sur la campagne, je répète : je demande qu’on revoie publiquement les comptes de tout le monde. Ou même seulement les miens si les autres ne sont pas d’accord. Puis qu’on me dise ce qu’on me reproche. Nous avons déjà répondu à 2 000 questions ! Le compte a été validé. Malgré cela, il y a eu un signalement à la justice. Pourquoi ?

 

 

-Libé. : Et l’autre dossier ?
Jean-Luc Mélenchon : Une députée d’extrême droite dénonce 16 députés. Elle dit elle-même que c’est pour faire un pied de nez à la justice. Elle fait l’objet d’une plainte en dénonciation calomnieuse. La justice n’a rien fait. Et moi et mes dix anciens assistants sommes perquisitionnés comme des délinquants. C’est une persécution politique. C’est le modèle de ce que subissent dans tous les pays des gens comme moi. C’est le cas contre Lula, contre Rafael Correa…

 

 

-Libé. : Pas seulement contre vous. Sarkozy aussi a des procédures contre lui.
Jean-Luc Mélenchon : Alors tout est pareil ! C’est ça votre thèse ? On met tout sur le même plan ! Je vous le dis solennellement : je n’ai triché sur aucune des règles de la présidentielle. Je n’ai jamais, sous aucune forme, utilisé mes assistants parlementaires à autre chose que leur travail. Je dénonce la procédure européenne, devenue folle, qui prétend couper l’assistant parlementaire de l’activité politique de son employeur.

 

 

-Libé. : Regrettez-vous votre réaction pendant la perquisition ?
Jean-Luc Mélenchon : Je regrette de n’avoir pas vu la caméra de Quotidien. Les médias ont diffusé leurs images en boucle : une minute en gros plan extraite de longues heures de perquisition. Nous produirons le film complet : vous verrez que, pour l’essentiel du temps, nous blaguons, que c’est plutôt gentil, que nous ne sommes jamais entrés là où avait lieu la perquisition et que nous n’avons pas cherché à l’empêcher. J’ai demandé à entrer dans mon local, comme c’était mon droit. Rien d’autre.

 

 

-Libé. : Mais vous avez bousculé un officiel.
Jean-Luc Mélenchon : Faux. C’est eux qui nous ont bousculés et même jetés à terre.

 

 

-Libé. : Votre réaction verbale a choqué…
Mais pas l’abus de pouvoir dont nous avons été victimes ? Il est vrai que certains policiers se sont plaints d’une charge psychologique trop forte pour eux. Je leur recommande de changer de métier.

 

 

-Libé. : Pas de regrets, donc ?
Jean-Luc Mélenchon : Je suis juste un être humain sous le coup d’une agression sans précédent pendant plus de six heures, filmé à son insu.

 

 

-Libé. : Les médias filment l’événement…
Jean-Luc Mélenchon : La caste médiatique s’est sentie attaquée. Du coup, elle passe en boucle les images pour me flétrir sans rien expliquer de mes raisons d’agir.

 

 

-Libé. : Je ne crois pas à la caste médiatique.
Jean-Luc Mélenchon : Pourtant, elle existe. J’ai cru aussi à une indignation publique devant une opération policière contre un président de groupe d’opposition à l’Assemblée. En vain. Ce silence a envoyé un signal grave au pouvoir. Depuis, il instrumentalise la justice partout pour criminaliser l’action politique ou associative. Vous avez vu les condamnations à la chaîne de gilets jaunes ? D’ailleurs, les médias ont mis des semaines à réagir sur les violences exercées contre ceux-ci.

 

 

-Libé. : Nous les avons dénoncées.
Jean-Luc Mélenchon : C’est vrai… Au bout de dix semaines ! Entre-temps la violence d’Etat s’est banalisée.

 

Libé. : Parlons du fond et des projets en lice pour les prochaines européennes.
Jean-Luc Mélenchon : Ah, enfin ! La question centrale est celle des traités qui organisent l’Europe. Pour en sortir, il faut construire l’adhésion à un nouveau projet. Or l’évolution du capitalisme a atomisé la société, les formes habituelles de représentation ont explosé. Voyez où en sont les partis politiques traditionnels. Certes, il y a une conscience nouvelle qui rétablit l’idée de changement global, c’est la conscience écologique. Beaucoup ont compris que l’économie productiviste conduit à la catastrophe. Mais c’est un constat qui ne porte pas sa solution en lui-même. Car quels sont les moyens de remédier à la mise en danger de l’écosystème ? Certains pensent que c’est possible dans le cadre de l’économie de marché actuelle, que le système va finalement se réguler. Nous ne le croyons pas. Quand Jadot [le candidat d’Europe Ecologie-les Verts] fait l’éloge de l’écologie de marché, nous sommes en désaccord. Il y faut une intervention collective volontaire et énergique, une planification écologique de la transition.

 


-Libé. : Mais vous n’allez pas supprimer l’économie de marché. Vous en acceptez l’existence.
Jean-Luc Mélenchon : Nous sommes pour une économie mixte.

 


-Libé. : Dont une part s’organise sur la base du marché.
Jean-Luc Mélenchon : Oui. Mais nous dénonçons la marchandisation généralisée voulue par les traités européens. Nous préférons revendiquer l’intérêt général, l’action collective. Nous ne pourrons pas relever le défi écologique dans le cadre de la concurrence libre et non faussée, dans le cadre du libre-échange généralisé. La planification est de toute nécessité pour appliquer la règle verte : on ne prend plus à la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer.

 


-Libé. : La gauche est d’accord là-dessus, pour l’essentiel. Vous pourriez vous rassembler.
Jean-Luc Mélenchon : Oui et non. Certains sont restés productivistes, nucléaristes, d’autres continuent de faire l’éloge du marché partout. Au demeurant, je ne crois plus à l’ancien modèle de rassemblement des organisations. Nous devons certes nous rassembler, mais au service d’une tâche en commun : fédérer le peuple, réunir ses revendications, en faire un programme compatible avec l’impératif écologique et social.

 


-Libé. : Mais le peuple est divers… Il y a d’autres courants que le vôtre.
Jean-Luc Mélenchon : Vous avez vu où nous en sommes ? Le total de tous ces courants, cela représente à peine 30 %. Un tiers de la société !

 


-Libé. : Ces forces pourraient fournir un socle puis s’élargir…
Jean-Luc Mélenchon : Bien sûr ! Pour cela, il faut aller idéologiquement au bout de la mutation écologique et populaire qui est nécessaire. Il faut qu’on soit tous clairs. Pas de tambouille sur la question européenne, sur le nucléaire, sur la question décisive de la paix, de la sortie de l’Otan.

 


-Libé. : On a déjà réuni des gens qui n’étaient pas d’accord, de manière à rassembler la gauche. L’Union de la gauche l’a fait, le Front populaire…
Jean-Luc Mélenchon : Certes. Mais encore faudrait-il se respecter. J’ai fait moi-même, il y a un an dans votre journal[2], une proposition de Front populaire nouvelle manière. Les réponses ont été très méprisantes.

 


-Libé. : Et pourquoi, selon vous ?
Jean-Luc Mélenchon : Si vous lisiez votre journal, vous auriez vu que M. Duhamel a répondu.

 


-Libé. : Alain Duhamel, qui tient une chronique dans Libération, n’exprime pas la position de la gauche !
Jean-Luc Mélenchon : Certes, mais les autres ont répété en boucle son argument : il ne peut y avoir rassemblement qu’autour d’une force de centre gauche. Du coup, Olivier Faure a dit : c’est autour du PS que cela doit se faire. Une sorte de droit divin !

 


-Libé. : Avez-vous abandonné tout espoir d’unité ?
Jean-Luc Mélenchon : Je suis réaliste. Les européennes interviennent dans cette séquence : notre force doit recevoir l’aval populaire. Comme je l’ai reçu pendant la présidentielle. Là sera le centre de gravité pour la suite contre le macronisme.

 


-Libé. : Donc vous espérez toujours rassembler.
Jean-Luc Mélenchon : Le peuple, oui. Mais chaque fois que je l’ai proposé, la vieille gauche m’a envoyé balader. Elle n’accepte pas la réalité, c’est-à-dire notre centralité et celle du programme « l’Avenir en commun ». Mais si l’élection nous en donne la force, nous assumerons de nouveau notre responsabilité. Nous proposerons de nouveau une fédération populaire à construire dans les élections suivantes et dans les mouvements écologiques et sociaux.



-Libé. : Discuter et faire un compromis avec des gens qui ne pensent pas comme vous.
Jean-Luc Mélenchon : Ai-je jamais fait autre chose ? A l’Assemblée, on vote même des fois avec la droite. C’est le contenu qui compte, pas l’étiquette. Mais cela ne peut pas être une simple collection de signatures de partis. Je me répète : tout le monde doit se mettre au service de la fédération du peuple.

 


-Libé. : Vous lancez donc un appel à la discussion ?
Jean-Luc Mélenchon : C’est la deuxième fois que je le fais dans le même journal. Je lance un appel à la création d’une fédération populaire. Mais il faut aussi un engagement commun dans les mobilisations écologiques et sociales. Il faut se préparer sérieusement à gouverner autrement. Avec un programme concret de partage et de planification écologique. Notre programme est une bonne base de départ pour discuter partout. Mais il faut aussi clarifier les positions. Soutient-on ou non le mouvement des gilets jaunes ? Le PS se sépare-t-il du SPD qui participe à une coalition avec Merkel ? Pourquoi soutiennent-ils Frans Timmermans pour la présidence de la Commission sur des idées libérales ? Pourtant, à l’Assemblée nationale, les députés à la gauche de l’hémicycle votent ensemble les neuf dixièmes du temps. Pourquoi est-ce possible à l’Assemblée et impossible dès qu’on arrive devant un journaliste ?

 


-Libé. : Faisons une discussion dans le journal, avec tout le monde, au moins on verra quelles sont les lignes d’accord et de désaccord.
Jean-Luc Mélenchon : Pourquoi pas ? Chiche ! Aucun débat n’est impossible. Mais il ne faut jamais oublier le but, la fédération populaire entre les classes populaires et les classes moyennes plus favorisées qui n’appartiennent pas à l’oligarchie. C’est la grande question. Elle ne sera pas réglée par la guirlande des sigles de partis. Nous ne sommes plus dans les années 70. Le champ politique s’est effondré. Pas de mon fait. Ce sont les électeurs qui ont dissous le PS et nous ont portés en avant. Nous assumons notre situation. Pas les autres.

 

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Jean-Luc Mélenchon : « Je lance un appel à la création d’une fédération populaire »
Jean-Luc Mélenchon : « Je lance un appel à la création d’une fédération populaire »

La «fédération populaire» que je propose n'est pas un groupement d'appareils politiques. Elle doit regrouper des citoyens, des syndicats, des formations politiques, des associations....


Les commentaires que je lis à propos de mon entretien avec Laurent Joffrin dans Libération (ci-dessus) me montrent qu’un malentendu peut exister dans l’esprit de certains analystes à propos de ma proposition de « fédération populaire ». Sans doute est-ce le poids des routines intellectuelles de certains commentateurs mais aussi de mes propres limites à m’exprimer aussi clairement qu’il le faudrait. Certains ont donc pensé que je proposais une reprise de l’ancienne union de la gauche[5]. Ce n’est pas le cas. Je veux donc donner ici quelques précisions qui, je l’espère, éclaireront ceux que l’idée intéresse.


-Commençons par dire qu’il s’agit d’une idée neuve.

En effet une telle formule n’a jamais été mise en œuvre. Neuve mais pas nouvelle venant de moi car il s’agit de constituer ce que dans de nombreux textes antérieurs et dans le livre L’Ère du peuple[4] j’avais appelé « le front du peuple », puis il y a un an dans le même journal Libération « le nouveau Front populaire »[2].

 

Le constat de base est que l’implosion des anciennes structures sociales de notre pays sous la pression des politiques néolibérales s’est combinée avec l’effondrement des formes traditionnelles de la représentation politique populaire. L’idée est donc que ce n’est pas en partant des anciens partis et de leur coalition que l’on parviendra à construire une majorité populaire sur un projet alternatif pour notre société. En tous cas pour un projet à la hauteur des transformations du mode de production et d’échange que la crise climatique, notamment, met à l’ordre du jour. L’idée centrale tourne autour du mot « fédérer ».

 


-L’autre idée est que le processus visé n’est pas seulement électoral.

Il engage pour les élections, certes. Mais le reste du temps, il engage pour l’action concrète dans la société en appui aux mouvements sociaux qui travaillent celle-ci. C’est donc en partant du travail de fédération des revendications écologiques et sociales et des mouvements qui les portent que l’on construit une nouvelle majorité. Les partis qui le veulent se mettent au service de la réussite de ce processus. Ils aident à sa construction, ils se rassemblent sous un label commun en vue de le soutenir.

 


-Prenons un exemple de ce processus de fédération populaire. Les élections municipales.

Le programme doit venir de l’action des collectifs citoyens dont les revendications doivent être réunies et inscrites dans la perspective globale écologique et sociale qui lui donne son sens. Les partis sont présents à travers leurs militants de terrain agissant dans ces collectifs et non « au nom du parti ». Ils se fédèrent sous un label commun pour appuyer la liste et soutenir sa campagne. La liste n’est donc pas celle des partis ou du personnage providentiel qui est tête de liste mais une fédération populaire de collectifs et de citoyens notoirement engagés dans les mouvements sociaux urbains. Voila pour les élections. Au fond c’est la méthode qui a prévalu pour la formation de la liste insoumise aux élections européennes : un mix de personnalités engagées syndicalistes, associatifs et militants politiques.

 


-Autre versant de la construction d’une fédération populaire : l’action.

La encore, le modèle est dans la vie elle-même. C’est la participation personnelle d’une part et le soutien collectif d’autres part à des actions comme celle des assises de Commercy ou l’appel à la marche du 27 avril prochain par des organisations syndicales, des gilets jaunes et des organisations politiques.


J’espère que ces précisions éclairent mon propos et permettent un débat entre ceux qui se sentiront concernés par cette proposition de fédération populaire, sans la confondre avec autre chose.

 

Jean-Luc Mélenchon : « Je lance un appel à la création d’une fédération populaire »


-Manuel Bompard : « Fédérer le peuple, c'est ramener la gauche au peuple »

  • Manuel Bompard a été élu député européen de la France insoumise le 26 mai dernier. On fait le point avec lui sur les critiques qui émergent au sein de son mouvement quant à son avenir, sur la Fédération populaire, sur la gauche et sur le peuple. 
  • Sur la stratégie de la France insoumise
    - « On oppose deux termes dans le débat stratégique qui ne sont pas à opposer. »
    - « On doit d’abord s’adresser aux citoyennes et aux citoyens qui ne se retrouvent pas dans les organisations politiques et qui constituent le plus grand parti de France : les abstentionnistes. »
    « [Notre stratégie] ne nous empêche pas de converger avec des organisations politiques. »
    - « La gauche s’est coupée du peuple et il faut reconstruire ce lien. Il faut fédérer le peuple mais fédérer le peuple, c’est aussi ramener la gauche au peuple. »
    - « Le populisme ne tourne pas le dos aux organisations politiques si elle sont d’accord pour se mettre au service des constructions politiques nouvelles. »
    - « Il faut tourner le dos avec la formule de l’union de la gauche, c’est-à-dire des accords entre organisations politiques au sommet. »
  • Sur la Fédération populaire 
    « L’idée de la Fédération populaire, c’est de partir d’abord des revendications populaires et ensuite de permettre aux organisations politiques qui le souhaitent de se mettre en appui et en soutien des ces dynamiques-là. »

Notes :

[1] Il convient de remettre les pendules à l'heure. Guenolé n'est pas écarté parce-qu'il est accusé de harcèlement sexuel.... mais pour son article sur sa page facebook et ses déclarations à la presse. Pour ceux qui veulent la vraie chronologie:
- Pôle vigilance saisi le 3 mars pour harcèlement.
- Audition le 14 mars
- Rapport au comité le 15 mars.
- Guénolé saisit son avocat fin mars.
- Guénolé sort son communiqué anti-FI le 18 avril à 8h35. 
- 18 avril
1ére Déclaration du comité électoral de la France insoumise 
- 18 avril
Déclaration de la France insoumise 
- 18 avril
dernier communiqué du comité électoral 
- 21 avril
Ce qu'en dit Jean-Luc Mélenchon 
C'est assez clair ?

[2] Jean-Luc Mélenchon : le rêve du Front populaire

[3] Fédération populaire : comment ça marche ?

[4L'Ere du peuple

[5] rassemblements des partis " de gauche" qui lors des élections présidentielles de 2017 n'avaient recueillis au total que 9 978 128 voix sur un total de 36 054 394 exprimés, soit  27.65% des exprimés

 

Pour en savoir plus :

C'est le peuple que nous voulons rassembler, pas les partis !

- Jean-Luc Mélenchon : De la marée populaire à l’unité populaire

- Jean-Luc Mélenchon : le rêve du Front populaire

Jean-Luc Mélenchon : «Je lance un appel à la création d’une fédération populaire»

- Mélenchon veut unir la gauche : "La gauche, ça n'est pas le populisme", lui répond Faure du PS

- Jean-Luc Mélenchon : « L’imperium allemand a déséquilibré l’Europe » (Die Welt)

Pour l'amour des nôtres : La fédération populaire pour résister à l'air du temps

- Le peuple ? La gauche ? la planète ? Stratégie, imaginaire et théorie

- Clémentine Autain ne croit pas à la "fédération populaire" de Mélenchon

- Jean-Luc Mélenchon ou « la hautaine leçon du réel ».

- La fédération populaire VS l’unité de la gauche ?

 

Ça fait débat surtout quand on fait semblant de ne pas comprendre en parlant, pour certains de rassemblement de la " gauche " :

Fédération du peuple : chiche ! (par Clémentine Autain)

- Ian Brossat répond à Jean-Luc Mélenchon : "Personne ne peut jouer les gros bras à gauche"

- «Fédération populaire» : Benoît Hamon répond à Jean-Luc Mélenchon

- Mélenchon veut unir la gauche : "La gauche, ça n'est pas le populisme", lui répond Faure

- «Fédération populaire» : accueil en demi-teinte chez les roses et les verts

- Europe, Macron, communautarisme, 2022… notre grand entretien avec Jean-Luc Mélenchon

- Clémentine Autain ne croit pas à la "fédération populaire" de Mélenchon

TRIBUNE. Jean-Christophe Cambadélis aux électeurs de gauche : "Tout est pardonné"

- Comment refonder les clivages politiques ?... ou pas !

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5 novembre 2018 1 05 /11 /novembre /2018 00:46
Oui à la gratuité, non à la charité !

Sources : Mis à jour le 13 mars 2020

Comme elle l'a été en 2014 au sein de l'Assemblée Citoyenne Rochelaise, la notion de gratuité devrait être à l'honneur dans les programmes de ceux qui s'annonceront de gauche pour les élections municipales de 2020.

 

Car, les enjeux sont grands et il n'est pas surprenant que sous un même mot cohabitent des projets tout à fait divergents.

 

Dans un monde en passe de devenir intégralement marchandise, la notion de gratuité bouscule l’idée qu’il faudrait tout mériter à la mesure de l’encours de son compte en banque, et qu’il serait donc possible et juste d’être privé de biens et de services pourtant essentiels.


- Proposer des gratuités c’est :

  • affirmer qu’il existe des biens communs et que chaque être humain a un droit inconditionnel à en «vivre» sa part ;
  •  rendre effectif ce droit, quasi instantanément, sans attendre l’objectif louable, mais toujours remis aux «lendemains qui chantent», de l’amélioration des revenus et du travail pour tous.

 

Il n’est pas question de nier les coûts, mais il s’agit simplement de socialiser une dépense qui mérite de l’être par son caractère vital, comme les premiers mètres cubes d’eau par exemple, ou par ses conséquences sur l’égale efficience en terme de vie sociale, culturelle et professionnelle pour chacun, c’est le cas des transports en commun.


A ce stade de la réflexion survient alors immanquablement le contre feu de la conditionnalité : «Oui, bien sûr, mais sous conditions de ressources, seulement pour les plus pauvres d’entre nous».
noeud

 

 

- Ainsi une dimension pourtant essentielle de la gratuité passe à la trappe.
Pour le comprendre considérons donc une expérience grandeur nature menée dans notre pays depuis des années : la CMU, Couverture Maladie Universelle, qui permet, sous la condition de très faibles ressources, de ne pas avancer d’argent pour se soigner et ceci sans avoir à payer une mutuelle santé.


Ce système est essentiel pour garantir la santé d’une part malheureusement grandissante de la population, qui comprend d’ailleurs de plus en plus de travailleurs pauvres. Mais il focalise également les ressentiments de nombreux autres citoyens, qui peinent à assurer les dépenses courantes et qui sacrifient l’adhésion à une mutuelle santé, et renoncent parfois à des soins médicaux.


Il est dés lors évident que cette gratuité sous conditions de ressources est une machine infernale, et j’en suis quotidiennement le témoin dans mon travail de médecin, comme sans doute beaucoup d’entre-vous dans les propos entendus de-ci de-là : elle fabrique chaque jour du ressentiment entre les «sacrifiés» et les «assistés». Et ceci se vérifiera dans bien d’autres domaines.


Une solution est pourtant évidente, et consisterait en la prise en charge des soins de santé, pour tous, sans avance de frais, par une sécurité sociale qui financerait à 100%, et ne coûterait au final pas plus cher que cette armada de complémentaires.

 


- Effectivement les enjeux sont grand

Plus de place pour le marché des mutuelles et des assurances complémentaires santé, plus de place pour les 2,5 milliard d’euros annuels de dépassements sur les honoraires médicaux, … Mécaniquement cette gratuité là chasse la finance et la marchandisation pour un coût total moindre et une meilleure efficience, et ce dans tous les domaines, y compris les services funéraires[1].


La gratuité, pour peu qu’elle soit inconditionnelle, bien ciblée, et limitée pour ne pas induire des gaspillages de ressources naturelles, par exemple en facturant puis en renchérissant les mètres cubes d’eau au delà d’une consommation jugée raisonnable, est donc un moyen de mettre en pratique l’égalité concrète entre citoyens dans la vie quotidienne.

 

 

- Le Journal de l'Insoumission a rencontré Paul Ariès, aux Amfis de La France Insoumise, pour faire le point sur la gratuité dans les services publics.

 

- Commander le livre " manifeste pour une nouvelle économie du bonheur "

  • Vous pouvez acheter ce livre chez votre libraire
  • Vous pouvez aussi le commander directement auprès de l'OIG afin de nous soutenir

Chèque de 25 euros à l'ordre de "Paul Ariès/OIG" avec frais de port inclus

Adresse de commande : OIG/Paul Ariès, 3, rue de Montferrat 69500 BRON

Oui à la gratuité, non à la charité !
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25 octobre 2018 4 25 /10 /octobre /2018 20:40
Le « progressisme », une auto-définition du macronisme ?

« Le progressisme parle aux gagnants de la mondialisation, peu aux milieux populaires » et constitue le pire des populismes !

Le politologue Jérôme Sainte-Marie décrypte la façon dont Emmanuel Macron veut recréer un clivage avec les conservateurs et les nationalistes.

Pour le politologue Jérôme Sainte-Marie, président de l’institut de conseils et d’études Pollingvox, le « progressisme » revendiqué par le chef de l’Etat se définit surtout « par opposition » aux conservateurs et aux nationalistes.

 

Sources : Midi Insoumis, Populaire et Citoyen par Alexandre Lemarié, | mis à jour le 13/09/2021

- Alexandre Lemarié : Emmanuel Macron veut doter son camp d’un nouveau corpus idéologique, le progressisme. Pour quelle raison ?

Jérôme Sainte-Marie : Cela correspond à trois objectifs. Emmanuel Macron entend d’abord nommer son projet idéologique pour le faire partager autant que possible. Avec l’idée de dépasser le clivage gauche-droite pour s’inscrire dans un axe perpendiculaire à celui-ci, qui est l’opposition entre les progressistes et les nationalistes, assimilés aux réactionnaires.

 

Le deuxième aspect est électoraliste. En imposant une nouvelle lecture du conflit politique, le chef de l’Etat cherche à entretenir les tensions et les contradictions au sein des partis de gouvernement traditionnels, que sont Les Républicains et le Parti socialiste, en espérant que la vie politique française ressemble durablement au second tour de la présidentielle. Le troisième aspect, enfin, est sociologique. Les catégories sociales qui ont amené Emmanuel Macron au pouvoir, que je regroupe dans « le bloc élitaire », sont convaincues de porter un projet réellement progressiste.

 

 

- Alexandre Lemarié : Qu’est-ce que le progressisme revendiqué par M. Macron et La République en marche ?

Jérôme Sainte-Marie : Il est facile à définir, dans la mesure où il a été décrit par anticipation par le philosophe Jean-Claude Michéa, en 2011, dans son ouvrage Le Complexe d’Orphée [Flammarion, 2014] avec en sous-titre « La religion du progrès ». Cela correspond à une projection dans l’avenir débarrassée aussi bien des contraintes au développement capitaliste que pouvait constituer la morale traditionnelle, chère à une partie de la droite, que des limites issues du mouvement ouvrier, chères à une partie de la gauche. C’est aussi un projet adapté au stade actuel d’un capitalisme à la fois mondialisé et financiarisé. Il est porté sans restriction par ceux que le chercheur du Cevipof Luc Rouban a définis dans son livre, Le Paradoxe du macronisme, [Presses de Sciences Po], comme les « socio-libéraux ». C’est-à-dire des gens acquis à la fois au libéralisme culturel et au libéralisme économique le plus abouti. Les cadres supérieurs des grandes entreprises privées en constituent le noyau.

 

 

- Alexandre Lemarié : Le macronisme est-il un progressisme ?

Jérôme Sainte-Marie : Il me paraît clairement une forme de progressisme dans la mesure où il correspond à un accompagnement, voire à une accélération, du cours des choses. Assimilant progrès et croissance, il poursuit l’adaptation de la France à la mondialisation économique et financière. Quant à savoir si cela correspond à un réel progrès, un avenir désirable, la réponse pour chacun dépend de ses valeurs personnelles mais aussi de sa position dans la structure sociale.

 

 

- Alexandre Lemarié : En quoi l’emploi de ce mot est-il une rupture avec le traditionnel clivage gauche-droite ?

Jérôme Sainte-Marie : La gauche pensait pouvoir proposer le libéralisme culturel sans le libéralisme économique. La droite classique, elle, promettait davantage de libéralisme économique, couplé à la défense des valeurs traditionnelles. Le progressisme d’Emmanuel Macron postule que ces entre-deux sont une illusion. Il lui préfère un libéralisme intégré, plus conséquent. Pour autant, le chef de l’Etat ne parle jamais de libéralisme.

 

 

- Alexandre Lemarié : Pour quelle raison ?

Jérôme Sainte-Marie : Il sait qu’il ne peut y avoir de majorité autour du mot « libéralisme », qui, comme « populisme », est chargé d’une connotation très négative dans l’opinion française. Le terme « libéralisme » risquerait de reconstituer le clivage gauche-droite aux dépens d’Emmanuel Macron, en situant ce dernier à droite. Le terme « progressisme », à l’inverse, renvoie davantage à une sémantique de gauche.

 

 

- Alexandre Lemarié : Avec un tel concept, le président se situe donc plutôt à gauche…

Jérôme Sainte-Marie : Au XXe siècle, ce fut un terme porté par la gauche, voire à une époque par le Parti communiste pour désigner ses « compagnons de route ». Son emploi comporte donc un risque pour Emmanuel Macron car il est encore de nature à effrayer une partie d’un électorat issu de la droite traditionnelle, dont le chef de l’Etat a pourtant besoin pour élargir sa base électorale. Son enjeu est de faire subir au mot « progressisme » ce qui a été infligé au mot « réforme ». C’est-à-dire le faire passer du camp de la revendication sociale à celui de la promotion de la dynamique économique.

 

 

- Alexandre Lemarié : N’est-ce pas un concept un peu fourre-tout, au risque d’être difficilement lisible par l’opinion ?

Jérôme Sainte-Marie : C’est un autre risque. Ce mot parle avant tout aux milieux aisés, aux gagnants de la mondialisation. Et très peu aux milieux populaires. Surtout, il dénote d’un optimisme très décalé avec ce que ressentent la majorité des Français, qui anticipent plutôt une dégradation de leurs conditions de vie. Veulent-ils plus de concurrence, plus d’individualisme ? Dans les « trente glorieuses », les Français anticipaient l’avenir de manière positive. Aujourd’hui, face au chômage, au déclassement et aux mutations culturelles subies, ils ne souhaitent pas forcément une accélération des processus.

 

 

- Alexandre Lemarié : Pourquoi M. Macron veut-il résumer les européennes à un combat entre populistes et nationalistes ?

Jérôme Sainte-Marie : Chez le chef de l’Etat, le progressisme se définit un peu par lui-même mais davantage par opposition. Parfois face aux conservateurs et aux réactionnaires. Le plus souvent face aux nationalistes et aux souverainistes, comme il l’a fait dans son discours devant le congrès réuni à Versailles, le 9 juillet. En cela, il s’inscrit dans une visée essentielle de son projet : maintenir l’arrimage de la France à l’Europe. C’est ce qui lui a valu ses soutiens initiaux. Il réanime ce concept pour mettre en scène à l’occasion des européennes un conflit entre ce qu’il appelle la « lèpre » populiste et les forces de progrès, c’est-à-dire peu ou prou, entre le camp du mal et celui du bien.

 

 

- Alexandre Lemarié : Cette approche binaire ne risque-t-elle pas d’étouffer le débat démocratique ?

Jérôme Sainte-Marie : Schématiser l’enjeu des européennes comme un conflit entre progressistes et nationalistes est une dramatisation telle du débat politique qu’elle rend celui-ci pratiquement impossible.

 

Plutôt que de penser une scène démocratique où des projets divers s’affrontent, également légitimes, il instaure une césure morale, voire une ligne de front. Cette diabolisation de l’adversaire aboutirait à étendre aux eurosceptiques, voire à tous les eurocritiques, la stigmatisation dont font l’objet depuis trente ans les électeurs du Front national.

 

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1er mai 2018 : un tweet de Macron... qui en dit long !-

Le « progressisme », une auto-définition du macronisme ?

-Quand je vois Brigitte Macron comparer son mari à Atlas qui porte le monde[1], voici l'image qui me vient subitement

Le « progressisme », une auto-définition du macronisme ?

 

-Le macronisme est un séparatisme ! par Adrien Quatennens député France insoumise