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15 mars 2024 5 15 /03 /mars /2024 20:37
Ukraine : Face aux va-t'en-guerre, le vote humaniste pacifiste et réaliste de La France Insoumise.

« Rien ne doit exclu[1] », a déclaré Emmanuel Macron le 26 février 2024, à propos de l’envoi de troupes de notre pays en Ukraine. Un dérapage ? Non, le chef de l’Etat a persisté et signé en déclarant quelques jours plus tard : « il n’y a aucune limite[2] » dans la guerre face à la Russie. 

Macron persiste et signe dans Le Parisien : " il faudra (peut-être) avoir des opérations sur le terrain, quelles qu'elles soient, pour contrer les forces russes (...). La force de la France, c'est que nous pouvons le faire[12] ".

« Nous ne voulons pas de la guerre sur le continent européen ! La République française doit travailler à construire la paix », avait réagi Jean-Luc Mélenchon à Paris[3].

 

 

Seuls les groupes de La France Insoumise et communiste ont voté contre l’accord d’assistance de sécurité entre la France et l’Ukraine signée par Macron et Zelinsky.

Le 12 mars 2024, l’Assemblée nationale a débattu de l’accord franco-ukrainien sur la sécurité, signé par Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky le 16 février dernier[4]. Celui-ci engage Paris et Kiev pour une durée de dix ans, comprenant notamment un renforcement de la coopération militaire. Il pose également deux objectifs politiques : l’entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne et dans l’OTAN, ce à quoi les insoumis s’opposent. S’ensuivra un vote purement symbolique.

 

 

Sources : Eric Durand | mis à jour le 17/03/2024

-  Pour le détail pour chaque groupe

Les députés ont débattu mardi de la stratégie française d’aide à l’Ukraine et voté, de manière non contraignante, sur l’accord bilatéral de sécurité signé avec Kiev. Ils l’ont approuvé à 372 voix pour, et 99 voix contre. Au total, 101 députés se sont abstenus[5].

  • Les 169 députés Renaissance ont voté pour ;
  • Les 88 élus RN se sont abstenus ;
  • Les 75 députés « insoumis » ont voté contre ;
  • Chez Les Républicains, 49 ont voté pour et 11 se sont abstenus. Deux n’ont pas pris part au vote ;
  • Au MoDem, 49 députés ont voté pour et il y a une abstention ;
  • Les 31 députés socialistes ont voté pour ;
  • Les 30 députés Horizons ont voté pour ;
  • Chez les écologistes, 20 élus ont voté pour et une a voté contre. Un député n’a pas pris part au vote ;
  • Chez les communistes, les 22 élus se sont opposés à l’accord ;
  • Dans le groupe LIOT, 20 d’entre eux ont voté pour et deux députés n’ont pas pris part au vote ;
  • Enfin chez les non-inscrits : David Habib, Jean-Charles Larsonneur, Hubert Julien-Laferrière et Emmanuelle Ménard ont voté pour, Nicolas Dupont-Aignan a voté contre et Véronique Besse s’est abstenue.

👉 voir aussi le site de l’Assemblée nationale avec les résultats nominatifs et par groupe[6]. 

 

🔴  Le 12 mars 2024, en application de l’article 50 – 1 de la constitution (et non de l’article 53), les 75 membres de France Insoumise et les 22 membres du groupe communiste ont voté contre le traité d’assistance de sécurité entre la France et l’Ukraine.

🔴  Ils constituent donc les 99 votes contre. Il y a eu 372 votes pour dont les votes du parti socialiste et les votes du parti écologiste. Les 88 députés du RN se sont abstenu. Il y a eu au total 101 abstentions.

 

 

-  Ukraine : le vote de La France Insoumise est parfaitement cohérent car contre l’escalade militaire de Macron, LFI prône la négociation pour la paix[3]

Conférence des frontières, garanties de sécurité mutuelle : ce que propose LFI pour mettre fin à la guerre

  • Dès le début du conflit, LFI s’est distinguée par la défense d’objectifs clairs et simples : cessez-le-feu, retraite des troupes russes, discussion sur la sécurité en Europe dans le cadre de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) où siègent les États-Unis et la Russie. Quelques heures après l’agression russe sur le sol ukrainien, le jeudi 24 février 2022, Jean-Luc Mélenchon dénonçait une invasion qui « change le cours de l’Histoire en Europe » et constitue un recul alors que le recours à la force n’était plus considéré comme un des moyens pour régler les conflits sur le vieux continent.

 

  • Comment mettre fin à une guerre et éviter l’escalade guerrière qui risquerait de provoquer un conflit nucléaire ? « Le cessez-le-feu est la première étape pour construire la paix en Ukraine » pour Jean-Luc Mélenchon et les insoumis, qui plaident pour « discuter des conditions concrètes dans lesquelles le conflit s’arrête ». C’est tout le sens de la proposition portée depuis le premier jour du conflit par le co-président de l’Institut La Boétie. Discuter de la paix en assurant des « garanties de sécurité mutuelle » aux belligérants, aux Ukrainiens comme aux Russes.

 

  • Un certain… Emmanuel Macron proposait la même chose le 3 décembre 2022. « C’est aussi de cela que nous avions discuté avec le président Biden, c’est l’architecture de sécurité dans laquelle nous voulons vivre demain, comment nous protégeons nos alliés et les États membres, en donnant des garanties pour sa propre sécurité à la Russie, le jour où elle reviendra autour de la table », avait déclaré le chef de l’État sur TF1[7]. Une idée qui n’aura pas fait long feu, comme en témoigne la rhétorique guerrière qui a supplanté l’idée d’une conférence pour la paix.

 

🔴 Deux ans après le début du conflit, cette rhétorique guerrière inonde les débats en France et suspecte de complicité ou de connivence avec le régime poutinien toute voix qui porte la négociation pour la paix. Or, ces deux années l’ont démontré de plus belle : l’issue n’est pas militaire mais bien diplomatique.

 

 

- Dans ce contexte, Emmanuel Macron et ses partisans avancent sur l’idée d’une adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne ou l’OTAN.

Les insoumis s’y opposent pour plusieurs raisons :

  • « Cela n’est pas possible sans harmonisation fiscale et sociale », a avancé le député LFI Arnaud Le Gall ce matin en conférence de presse. Le salaire minimum Ukrainien tourne autour de 200 euros.
  • Difficile alors d’entendre l’adhésion de l’Ukraine quand des millions de travailleurs en pâtiraient.
  • Quant à l’OTAN, l’adhésion de l’Ukraine irait dans le sens inverse de la garantie de sécurité pour les Russes. Des garanties de sécurité sont nécessaires pour les Ukrainiens comme pour les Russes.
  • « Les conditions d’un accord de paix sont sur la table », a expliqué Manuel Bompard, coordinateur national de LFI.
    • Le président ukrainien envisage la possibilité de référendums d’auto-détermination.
    • De leur côté, les Russes se disent favorables à un cessez-le-feu, pour reconstituer leur défense. Ce n’est pas souhaitable, mais cela ouvre une fenêtre afin que tout le monde puisse se mettre autour de la table.

 

Les bons esprits affirment que négocier avec Poutine reviendrait à une capitulation de l’Ukraine.

  • Une position va-t-en-guerre qui balaye d’un revers de la main le sens même de la diplomatie et de la quête d’un mode de résolution des conflits qui ne passerait pas par les tueries.
  • Ce n’est pas parce que quelqu’un a déclenché la guerre qu’on ne peut pas faire la paix. « Il faut sortir de cette idée que créer les conditions d’une négociation, c’est forcément céder à l’ensemble des exigences de Vladimir Poutine. Celui qui a envahi a violé le droit international, il ne s’agit pas de lui donner raison. Si vous voulez la paix, vous devez écouter ce que chacun a à dire. », a précisé Manuel Bompard.

 

De même, les esprits va-t-en-guerre oublient la démarche unique de LFI quant à l’accueil des opposants au régime poutinien en France[8], une démarche singulière que n’observe aucune autre formation politique à part celle de Jean-Luc Mélenchon. 

 

 

- La prolongation du conflit est particulièrement dommageable pour l’Ukraine... mais pas que !
Déjà 444 000 morts[10], et 486 milliards de dollars de destructions directes[9] dans lequel il faudra compter un affaiblissement considérable du potentiel industriel et agricole. Et à cela s’ajoute une énorme pollution des sols.

  • En revanche, les sanctions contre la fédération de Russie ont relancé la croissance économique de ce pays dans tous les domaines : agricole, commerciale et industrielle. Son taux de croissance du PIB est évalué à 3,6 % par la banque mondiale en 2023 contre 0,8 % pour la France.
  • Ce sont les pays européens qui, par effet boomerang, souffrent le plus des sanctions contre la Russie.
  • Les seuls bénéficiaires de la guerre sont les États-Unis d’Amérique du côté occidental.

 

La continuation de la guerre va être catastrophique pour l’Ukraine et va provoquer une récession de l’économie européenne.

 

🔴  La France aura dépensé depuis février 2022 pour près de 15 milliards d’euros pour l’Ukraine. Voici approximativement le décompte : traité d’assistance signé par Macron :

  • 3 milliards d’euros ;
  • + 8 milliards d’euros (sur les 50 milliards votés par le Parlement européen) ;
  • +3,8 milliards d’aides militaires en 2022 et 2023 soit 14,8 milliards ;
  • auxquels il faut ajouter environ 600 millions d’euros pour l’aide aux réfugiés. On dépasse ainsi un total de 15 milliards d’euros.

 

🔴  Pendant ce temps, on nous annonce un plan d’austérité de 10 milliards d’euros ;

  • et on nous a annoncé l’obligation d’augmenter l’âge de la retraite de deux ans en raison d’un déficit de 12 milliards pour les retraites.
  • Dans le même temps, le déficit de la balance commerciale de la France bat des records historique : 99,6 milliards d’euros en 2023, 164 milliards d’euros en 2022. Ce sont les deux plus gros déficits de la balance commerciale enregistrés depuis 1945.
  • Mais ce n’est pas tout : 2022, le déficit du budget de l’État en France s’est élevé à 126,8 milliards d’euros, soit 4,8 % du produit intérieur brut (PIB).
  • En 2023, le déficit a augmenté pour atteindre 173,3 milliards d’euros,

 

 

- Pour éviter des erreurs de jugement, comme celles des médias qui prédisaient voici un an l’effondrement de la Russie et de Vladimir Poutine, il est important d’analyser les rapports de force.

Voici seulement quelques éléments concernant la Russie :

  • Selon des documents divulgués des services de renseignement américains citent le FSB russe, les forces russes auraient subi 110 000 pertes au 28 février 2023[11].
  • La Russie a augmenté son budget militaire de 68 % en 2024 ce qui ne l’empêche pas d’augmenter dans de nombreux secteurs son potentiel industriel.
  • Et l’aménagement de son territoire dans sa partie orientale.. N’oublions pas que le territoire de la fédération de Russie couvre 11 fuseaux horaires
  • La Russie dispose de missiles hypersoniques dépassant de plus de 10 fois la vitesse du son les rendant ininterprétables.

 

🔴 Les dirigeants européens, les sociaux-démocrates et les écologistes aveuglés idéologiquement par une représentation fantasmatique de la Russie ont totalement sous-évalué les capacités économiques, financières, militaires et diplomatiques sur la scène internationale de la fédération de Russie. Ces gens souffrent d’un lourd défaut d’analyse rationnelle et historique de la réalité : je suis tout à fait d’accord sur ce point avec l’analyse de Jacques Baud et de Caroline Galactéros.

 

🔴 Oui, le vote de La France Insoumise n’est pas seulement pacifiste, humaniste, il est réaliste.

 

 

- Ukraine : La France doit être à la pointe de la paix !

« Dans l’épreuve internationale, la France doit être un agent de la solution et non une partie du problème. Ce débat est un simulacre, vous avez déjà signé l'accord de sécurité avec l’Ukraine ! En Ukraine, à Gaza, au Congo, la France doit être à la pointe du combat pour la paix ! Être un agent de la solution et non une partie du problème. » Arnaud Le Gall, dépuré France insoumise /Ñupes

 

 

Notes :

[1] Guerre en Ukraine : " Rien ne doit être exclu ", déclare Emmanuel Macron au sujet de l'envoi de troupes occidentales à l'avenir

[2] Guerre en Ukraine : Emmanuel Macron dit aux partis qu’il n’y a « aucune limite » au soutien à Kiev

[3Ukraine : contre l’escalade militaire de Macron, LFI prône la négociation pour la paix

[4] Que contient l’accord de sécurité signé entre la France et l’Ukraine et débattu au Parlement ?

[5Débat sur le soutien de la France à l’Ukraine : les députés approuvent l’accord bilatéral de sécurité

[6] Le site de l’Assemblée nationale avec les résultats nominatifs et par groupe

[7] Au terme de ma visite d’État aux États-Unis d’Amérique, je réponds aux questions de TF1

[8] À L'ASSEMBLÉE, DES DÉPUTÉS INSOUMIS ET MÉLENCHON ACCUEILLENT TROIS OPPOSANTS RUSSES À POUTINE

[9Ukraine : assiégée par l'armée russe, la ville ukrainienne d'Avdiïvka "risque" de tomber

[10] En février 2024, le ministère met à jour son bilan des pertes militaires ukrainiennes qui s'établit à 444 000 tués et blessés.

[11] Selon des documents divulgués des services de renseignement américains citent le FSB russe les forces russes ont subi 110 000 pertes au 28 février 2023.

[12Macron persiste et signe dans Le Parisien : " il faudra (peut-être) avoir des opérations sur le terrain, quelles qu'elles soient, pour contrer les forces russes (...). La force de la France, c'est que nous pouvons le faire ".

 

Pour en savoir plus :

- Révélation : Comment l’Occident a promis à l’URSS que l’OTAN ne s’étendrait pas à l’Est, par Roland Dumas, ex-ministre des affaires étrangères

Du Vatican à Pékin, la position de LFI pour la paix en Ukraine plébiscitée sur la scène internationale

- « Poutine n’en demandait pas tant » – Le député LFI Arnaud Le Gall recadre Macron et plaide pour la paix en Ukraine

 

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20 décembre 2023 3 20 /12 /décembre /2023 11:57
Nouvel élargissement de l'Union Européenne : une folie économique et politique

L’antériorité de l’adhésion à l’OTAN sur l’adhésion à l’UE démontre que les pays candidats ne voient cette dernière que comme le pendant politico-économique de la première

L’hypothétique « convergence » risque de prendre encore des décennies, surtout en cas de nouvel élargissement

Tous les États membres devront payer davantage et recevoir moins...

 

 

La guerre en Ukraine a relancé le processus d’élargissement de l’UE vers l’Est et les Balkans à un rythme effréné. Motivée par des raisons géopolitiques, à savoir endiguer la puissance russe sur le continent européen, cette expansion soulève pourtant d’immenses questions économiques et politiques. En intégrant en son sein des États pauvres, l’Union européenne encouragerait en effet une nouvelle vague de délocalisations et de dumping social et soumettrait les agriculteurs du continent à une terrible concurrence. En outre, le seul moyen d’éviter des blocages politiques d’une Europe à 34 ou 35 serait de renforcer le fédéralisme, en rognant encore davantage les pouvoirs de décision des États-membres. Un scénario délétère poussé par les élites européennes en dehors de tout mandat démocratique.

 

 

🔴 Pour lire la suite cliquez sur l'image 👇

 

 

NOUVEL ÉLARGISSEMENT DE L’UE : UNE FOLIE ÉCONOMIQUE ET POLITIQUE

 

Pour en savoir plus :

- Pour Manuel Bompard, député LFI, l’adhésion de l'Ukraine à l'Union Européenne serait une folie !

- Peter Mertens : « La guerre économique prépare la guerre militaire »

 

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29 novembre 2023 3 29 /11 /novembre /2023 17:03
Peter Mertens : « La guerre économique prépare la guerre militaire »

Les pays du Sud Global savent très bien que les sanctions économiques sont des actes de guerre économique.

Les États-Unis veulent désormais entraîner l’Europe dans leur guerre économique contre la Chine

L’altermondialisme passe aussi par une forme de pragmatisme sur les enjeux internationaux

 

 

Érosion de l’hégémonie du dollar, « mutinerie » des pays du Sud contre la politique étrangère occidentale, montée en puissance des BRICS, guerre économique des États-Unis envers la Chine… Le système international né de la fin de la Guerre Froide, dominé par l’hyperpuissance américaine, est en train de s’effondrer et de laisser place à un nouvel ordre mondial multipolaire.

Plutôt que de prendre acte de cette nouvelle donne et de diversifier ses liens avec le reste du monde, l’Europe s’aligne toujours plus sur Washington. Mais est-il encore possible de mettre en place une politique altermondialiste, alors que les BRICS se comportent parfois eux-mêmes de manière impérialiste ?

Peter Mertens, secrétaire général du Parti du Travail de Belgique[1], l’affirme, à condition de prendre un tournant radical dans notre politique étrangère. Entretien réalisé par William Bouchardon et Amaury Delvaux, avec l’aide de Laëtitia Riss.

 

 

Sources : Le vent se Lève |

-Le Vent Se Lève : Vous êtes secrétaire général du Parti de Travail de Belgique (PTB), aux côtés de Raoul Hedebouw, et vous venez de publier " Mutinerie ". Comment notre monde bascule (à paraître en français aux éditions Agone début mars 2024[2], ndlr) afin d’analyser les recompositions du système international. Dans quelle mesure votre parcours au sein du PTB a-t-il nourri l’élaboration de ce livre ?

Peter Mertens : J’ai été président du Parti du Travail de Belgique (PTB) entre 2008 et 2021, date à laquelle Raoul Hedebouw a pris ma succession. Avec d’autres membres, j’ai participé au nécessaire renouveau du parti (tout en conservant un socle idéologique marxiste, ndlr) à partir du milieu des années 2000, où nous étions alors un petit parti avec des tendances sectaires. Ce renouveau nous a pris plus de 10 ans. Notre analyse était la suivante : " nous devions construire un rapport de force et un parti de la classe travailleuse, capable de peser en Belgique ".

 

Avec la croissance du parti, il y a beaucoup plus de travail, c’est pourquoi nous avons dédoublé le leadership du parti : Raoul Hedebouw est le président et le porte-parole principal et j’en suis le secrétaire général. Comme nous étions concentrés sur la construction du rapport de force en Belgique, nous étions moins occupés avec ce qui se passait à l’étranger. Désormais, nous sommes en train de remettre nos tâches internationalistes à la hauteur des défis d’aujourd’hui. Et sur ce terrain, nous sommes en contact avec de nombreux mouvements et partis à la gauche de la social-démocratie, en Europe et ailleurs dans le monde. 

 

C’est grâce à ce leadership collectif et à ces rencontres que j’ai pu écrire ce livre, qui n’est pas juste un projet individuel. Je m’appuie aussi sur le service d’étude de notre parti, dirigé par notre directeur politique David Pestieau. Lui et son équipe m’ont aidé à rechercher des documents exhumés dans mon livre, notamment les textes de l’OTAN et de l’Organisation Mondiale du Commerce.

 

 

-Le Vent Se Lève :  Ces organisations occidentales sont au cœur du système international qui a été hégémonique jusqu’à récemment. Le titre de votre livre fait cependant référence à une contestation grandissante du règne de l’hyperpuissance américaine. Comment expliquez-vous que les pays du Sud soient de plus en plus réticents à s’aligner sur la position américaine ?

MUTINERIE Comment notre monde bascule

Peter Mertens : Le titre du livre vient d’une déclaration de Fiona Hill, une ex-membre du National Security Council américain (organe qui conseille directement le Président américain en matière de défense et d’affaires étrangères, ndlr). Selon elle, l’abstention de la plupart des pays du Sud Global sur les sanctions contre la Russie était une « mutinerie »[2bis]. Soyons clairs : la majorité de ces États ont condamné l’invasion illégale de la Russie sur le territoire ukrainien, ce qui est logique vu que nombre d’entre eux ont été envahis de multiples fois et connaissent bien l’importance de la souveraineté. 

 

Toutefois, concernant les sanctions, ils n’ont pas suivi Washington. C’est là aussi logique : un pays sur dix sur la planète subit, sous une forme ou une autre, des sanctions de la part de Washington. Ces pays savent très bien que les sanctions économiques sont des actes de guerre économique. Or, dans la majorité des cas, les conséquences de ces sanctions sont supportées par les peuples des pays en question et ces mesures n’ont aucun effet sur le régime politique en place.

 

Ici, en Europe, nous ne nous en sommes pas rendus compte ; l’eurocentrisme nous aveugle. Le regard de la majorité des peuples du Sud Global sur les événements internationaux est pourtant très différent de la vision développée en Europe. J’ai récemment discuté avec beaucoup de personnes issues du Sud Global et j’ai constaté des moments de fractures profonds avec l’Occident.

  • La première fracture est la guerre des États-Unis contre l’Irak en 2003, qui était illégale et basée sur un mensonge[3]. Au Moyen-Orient, en Afrique, en Amérique Latine et en Asie, c’est un moment charnière majeur.
  • La crise financière de 2008 constitue le deuxième moment charnière. En Europe, cette crise nous a contraint à sauver les banques avec l’argent public et a eu pour conséquence l’austérité. Pour les pays du Sud, cette crise a été plus profonde encore et a montré la fragilité de l’hégémonie du dollar américain, autour duquel est organisé tout le commerce international.

 

 

-Le Vent Se Lève :  Renaud Lambert et Dominique Plihon s’interrogent en effet sur la fin du dollar[4] dans le dernier numéro du Monde Diplomatique. De nouveaux accords commerciaux sont, par ailleurs, conclus dans d’autres monnaies et les banques centrales commencent à diversifier le panier de devises qu’elles ont en réserve. Est-ce une des conséquences de la guerre en Ukraine ?

Peter Mertens : Cette érosion du dollar débute avec la crise financière de 2008. C’est à ce moment-là que l’idée des BRICS[5] est réellement née, bien qu’il existe également d’autres raisons historiques à son émergence. Le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud se sont rassemblés car ils veulent faire du commerce sur une autre base que celle du néo-colonialisme, en mettant en place un système financier proposant des alternatives de paiements au dollar. C’est pour cela qu’ils ont créé une banque d’investissement dirigée par Dilma Rousseff, l’ancienne présidente du Brésil. Certes, le dollar reste hégémonique, mais cela constitue malgré tout une nouvelle donne.

 

Est-ce vraiment la fin du dollar ?

Parmi leurs sanctions contre la Russie, les autorités américaines ont débranché la Russie du système international de paiement SWIFT, dont le siège est en Belgique. L’usage de cette puissante arme de guerre économique a entraîné une panique dans beaucoup de pays du Sud, car ils ont réalisé qu’elle pouvait aussi être utilisée contre eux. Avec ce genre de sanction, les États-Unis peuvent prendre otage les pays avec leur propre argent ! Cela a sans doute incité certains pays à vouloir rejoindre les BRICS. Lors de leur dernier congrès à Johannesburg fin août, les BRICS ont accueilli 6 nouveaux membres (l’Argentine, l’Arabie Saoudite, l’Iran, l’Ethiopie, l’Egypte et les Emirats Arabes Unis, ndlr), sur un total de 40 pays candidats[6]. C’est un vrai saut qualitatif.

 

De ce point de vue, la guerre en Ukraine est en effet un autre moment charnière, en raison des sanctions. J’en citerai encore deux autres :

  • D’abord, la COP de Copenhague en 2009, où les pays occidentaux ont refusé de prendre des mesures fortes pour le climat et pour aider les pays pauvres face au changement climatique.
  • Enfin, le refus des pays occidentaux de lever les brevets sur les vaccins contre le Covid-19, qui a marqué une fracture profonde face à un problème mondial.

 

Depuis le 7 octobre, la guerre contre la Palestine constitue un nouveau point de rupture, dont l’impact est potentiellement le plus important. L’axe guerrier États-Unis-Israël pratique une violence extrême, pensant être au-dessus de toutes les lois internationales et pouvoir se permettre n’importe quoi. Mais cet axe est plus isolé que jamais. Partout dans le monde, le deux poids deux mesures est devenu évident. Entre 2003 et 2023, il y a donc eu plusieurs moments de fractures majeurs entre l’Occident et le reste du monde ! Et pourtant, la grande majorité de l’establishment et des médias vivent encore dans la période d’avant 2003.

 

 

-Le Vent Se Lève : Outre le dollar et leur armée, les États-Unis disposent également d’une puissance technologique redoutable, qu’ils utilisent pour faire avancer leurs intérêts. Les GAFAM espionnent ainsi le monde entier, tandis que de nouvelles rivalités autour des microprocesseurs se mettent en place avec la Chine. Est-il possible d’échapper à l’emprise des États-Unis en matière technologique ? 
Peter Mertens : Je pense qu’il faut regarder en face la puissance économique des BRICS : en termes de PIB mondial, ils pèsent désormais plus que le G7 (qui regroupe ce qui était les 7 pays les plus industrialisés au monde, ndlr). Cette puissance économique constitue une différence avec le mouvement des non-alignés des années 60-70. A l’époque, les États-Unis ont pu tuer le mouvement des non-alignés grâce à la dette. Puis l’URSS s’est effondrée et ils se sont retrouvés sans rivaux sérieux. Mais désormais, la situation est différente, notamment en raison du poids économique de la Chine. La réaction des États-Unis est claire : ils lui ont déclaré la guerre économique. J’emploie le mot guerre de manière délibérée : la guerre commerciale prépare la guerre militaire[7]. Les bateaux de l’OTAN qui encerclent la Chine et les sanctions prises par les États-Unis contre Pékin font partie de la même stratégie.

 

Dans mon nouveau livre, je cite longuement Alex W. Palmer, un spécialiste américain des microprocesseurs. En 2022, deux dates sont importantes selon ce chercheur : le 24 février 2022 avec l’invasion de la Russie en Ukraine et le 7 octobre 2022, date à laquelle les USA ont pris les mesures pour interdire presque tout développement des microprocesseurs en Chine.

Puces : Washington rallie le Japon et les Pays-Bas contre la Chine

D’après lui, ces mesures sont un acte de guerre économique inédit, dont l’objectif est de détruire tout développement économique en Chine[8]. Les États-Unis veulent désormais entraîner l’Europe dans leur guerre économique contre la Chine. Récemment, Joe Biden a convoqué le premier ministre néerlandais Mark Rutte à Washington pour lui ordonner de cesser l’exportation vers la Chine des machines fabriquées par la firme hollandaise ASML, qui sont essentielles pour la fabrication des semi-conducteurs de dernière génération. Le premier ministre hollandais a accepté sans contrepartie

 

Les États-Unis sont inquiets de l’avance de la Chine dans les secteurs de technologies de pointe. Il y a de quoi : sur les 90 domaines les plus avancés au niveau des sciences et technologies, la Chine mène la danse dans 55 d’entre eux[10]. Les États-Unis ne l’ont pas vu venir. C’est pour cela qu’ils réagissent désormais par le protectionnisme et la guerre économique. Jack Sullivan (influent conseiller à la sécurité nationale auprès de Joe Biden, ndlr) l’affirme de manière assez transparente : « C’est fini le globalisme d’avant ; il faut du protectionnisme ; c’est fini avec le néolibéralisme ; c’en est fini avec l’accès de la Chine au marché international. »

 

On constate la même dynamique sur les ressources énergétiques, qui ont toujours formé l’infrastructure du système capitaliste. Au XIXe siècle, c’était le charbon, puis au XXe le pétrole. De l’arrivée de British Petroleum en Irak en 1902 aux guerres du Golfe, d’innombrables guerres ont été menées pour le pétrole. Désormais, c’est la guerre des batteries qui est lancée : tout le monde se rue sur le lithium et les ressources essentielles pour l’électrification. Là aussi, les États-Unis se montrent très agressifs vis-à-vis de la Chine et des BRICS. Malgré tout, je pense que les États-Unis ne parviendront pas à restreindre la montée en puissance de la Chine.

 

 

-Le Vent Se Lève : Hormis cette opposition à l’hégémonie américaine, il est tout de même difficile de voir ce qui rassemble les BRICS. Par ailleurs, il existe de réelles tensions entre des pays au sein de ce bloc, notamment entre la Chine et l’Inde. Peut-on vraiment attendre quelque chose d’un groupe aussi hétérogène ?

Analyse. Le sommet des Brics annonce-t-il un “changement tectonique” international ?

Peter Mertens : Aucune valeur ne réunit les BRICS ! C’est une association de pays strictement pragmatique, car c’est comme ça que l’ordre mondial fonctionne. La gauche a souvent une lecture erronée car elle pense en termes de morale et de « valeurs ». Or, l’impérialisme et les forces anti-impérialistes ne pensent pas en ces termes mais plutôt en termes de pouvoir politique et économique. Les BRICS ne sont pas un projet de gauche, mais un projet pragmatique visant à servir les intérêts de ces pays, en créant une alternative au dollar et au Fonds Monétaire International et en cherchant à favoriser le commerce Sud-Sud.

 

Je ne suis évidemment pas dupe. L’Inde connaît de grandes tensions avec la Chine et Modi est un homme d’extrême-droite. Ses trois grands amis étaient Jair Bolsonaro, Donald Trump et Boris Johnson. Il est responsable de l’assassinat de plus de 750 paysans[11] lors de la plus grand révolte de l’histoire indienne de la paysannerie et a laissé des razzias racistes contre les musulmans avoir lieu.

 

De même en Arabie Saoudite : c’est le despotisme total. Il n’y a aucune liberté pour la classe travailleuse et pour les femmes. Il n’empêche que l’entrée de l’Arabie Saoudite dans les BRICS marque un tournant. En 1971, avec les pétrodollars, les États-Unis ont promis à l’Arabie Saoudite d’avoir toujours des armes et une stabilité politique en échange de pétrole bon marché. Désormais, l’Arabie Saoudite vend son pétrole à la Chine non plus en dollars, mais en yuans ! Bien sûr que c’est un régime haïssable. Mais en matière de politique internationale, on ne peut pas juste réagir émotionnellement en fonction de « valeurs », il faut analyser l’échiquier mondial avec réalisme. Et la réalité est que les BRICS défient le système construit autour du dollar. Personnellement, bien que je ne soutienne pas les régimes de certains pays des BRICS, je considère leur émergence comme une bonne nouvelle parce qu’elle défie l’unilatéralisme et l’hégémonie américaine pour la première fois depuis 1991. 

 

Mais en parallèle de la mutinerie menée par les BRICS, il y a également une mutinerie au sein de ces pays. En Inde, je suis avec attention les luttes des paysans, des femmes et de la classe travailleuse contre le régime de Modi[11]. De même, l’Afrique du Sud connaît une corruption énorme, le fossé entre riches et pauvres y est considérable et le régime politique est fortement critiqué par la population. Lula est un progressiste, mais son gouvernement n’est pas pour autant socialiste[12]. Et contre les concessions faites aux grands propriétaires fonciers au Brésil, je soutiens ceux qui luttent pour les droits des paysans, comme le Mouvement des Paysans sans Terre.

 

 

-Le Vent Se Lève : Dans votre livre, vous rappelez l’histoire du mouvement tiers-mondiste, à partir notamment de la conférence de Bandung en 1955. Ce mouvement était porteur d’espoir pour un rééquilibrage des relations internationales et de l’économie mondiale. Croyez-vous à la résurgence de l’altermondialisme et sur quelles bases ? Les tentatives consistant à faire revivre cet esprit de « non-alignement », notamment de la part de Lula, vous semblent-elles prometteuses ?
Peter Mertens : Je crois que la tentative opérée par les BRICS de permettre un commerce dans d’autres monnaies que le dollar relève surtout du pragmatisme. Mais cette démarche est déjà un acte progressiste en soi. Regardons en face la situation depuis les années 50-60 : la dette des pays du Tiers Monde doit être payée en dollars. Cela signifie que ces pays doivent privilégier des monocultures tournées vers l’exportation, plutôt que des productions au service de leurs propres populations, afin d’obtenir des dollars. Et quand ils ont des difficultés à refinancer leur dette, le Fonds Monétaire International (FMI) ne leur octroie des prêts qu’à condition de couper dans les services publics, les salaires et les pensions et de privatiser davantage. Tout cela ne fait que les rendre plus dépendants des États-Unis et de l’Europe. C’est un mécanisme néocolonial ! Désormais, pour la première fois, les pays du Tiers Monde peuvent refinancer leur dette, indépendamment du FMI, grâce à la banque des BRICS. Certes, ce n’est pas un emprunt socialiste mais au moins c’est un mécanisme honnête et sans conditions. Quand bien même ce n’est un progrès en direction du socialisme, cela reste un progrès pour les pays du Sud Global, qui doit être soutenu.

 

Certes, cela ne suffit pas pour construire un altermondialisme de gauche. C’est pourquoi nous devons aussi soutenir les mouvements de gauche dans ces pays, afin de peser sur l’agenda politique. On peut tout à fait soutenir le MST au Brésil pour mettre la pression sur Lula, tout en reconnaissant qu’il joue un rôle important pour nos idées au niveau international. De la même manière, je soutiens le NUMSA, le syndicat des métallos sud-africains, qui lutte contre la corruption considérable au sein du gouvernement de l’ANC, tout en étant en accord avec la politique extérieure de l’Afrique du Sud. Bien sûr que la gauche a des valeurs à défendre, mais je refuse d’interpréter toute la complexité du monde actuel uniquement en termes de valeurs. L’altermondialisme passe aussi par une forme de pragmatisme sur les enjeux internationaux.

 

 

EN ALLEMAGNE, LA MORT DU PACIFISME

-Le Vent Se Lève : L’Union européenne tend à s’aligner sur les États-Unis, contrairement à ce qu’affirment nos dirigeants. S’ils prétendent réguler l’action des GAFAM, ou encore bâtir une « autonomie stratégique » en matière internationale ou de réindustrialisation, la réalité est que nous sommes de plus en plus dépendants des Américains, y compris dans des domaines où cela était encore peu le cas, comme les énergies fossiles. Comment peut-on retrouver une véritable autonomie ? Cela implique-t-il une rupture avec l’Union européenne ? 
Peter Mertens : Ce qui s’est passé en Europe suite à la guerre en Ukraine, surtout en Allemagne, est grave. Quelques semaines après le début du conflit, le Bundestag a renié sa politique de non-militarisation de l’économie vieille de 75 ans et a investi plus de 100 milliards d’euros dans le budget de la défense[13]. Tout ce qui existait en termes de liens avec la Russie, notamment de la part de la social-démocratie allemande – dont les liens de Schröder avec Gazprom (l’ancien chancelier allemand a ensuite siégé au conseil d’administration de la compagnie russe, ndlr) sont le symbole le plus évident – a été détruit. Il s’agit d’un bouleversement considérable : la mémoire des comportements barbares des nazis, qui étaient presque arrivés à Moscou, a longtemps conduit à une politique de coopération entre l’Allemagne et la Russie, plutôt que d’agressivité. En quelques semaines à peine, les États-Unis ont réussi à briser cela.

 

Cette coupure brutale avec la Russie a suscité des remous au sein des grandes entreprises allemandes : les grands patrons de BASF, de Bosch ou Siemens ont demandé au gouvernement allemand de ne pas rompre les liens avec Gazprom, car ils souhaitaient continuer de bénéficier du gaz russe bon marché. En se rendant dépendante du gaz américain, beaucoup plus cher, l’Allemagne est rentrée en récession. En prenant des sanctions contre la Russie, l’Europe a donc pris des sanctions contre elle-même et s’est tirée une balle dans le pied. De surcroît, avec l’Inflation Reduction Act (IRA), les États-Unis tentent d’attirer sur leur territoire des firmes européennes, notamment de technologie de pointe, grâce à d’importantes subventions et remises d’impôts. La réaction de l’Union Européenne à cette offensive américaine a été très faible. Aucune politique industrielle européenne autonome n’émerge[14].

 

Les États-Unis veulent maintenant répliquer cela avec la Chine. C’est une folie : non seulement ils auront beaucoup de mal à se couper de la Chine, mais l’Europe en aura encore plus : nous échangeons avec la Chine 850 milliards d’euros de marchandises chaque année[15] ! J’ajoute que la neutralité carbone en Europe dépend pour l’instant de la technologie chinoise. Aussi surprenant que cela puisse paraître, je suis d’accord avec les patrons de Bosch, Siemens, Volkswagen et Mercedes quand ils demandent de ne pas reproduire avec la Chine ce que l’Europe a fait avec la Russie. Dans le conflit inter-impérialiste entre capitalistes, j’espère que la bourgeoisie européenne se comportera de manière sérieuse et dira non à la bourgeoisie américaine qui veut nous entraîner dans de nouveaux conflits.

Bien sûr, je n’ai aucune illusion : la bourgeoisie européenne ne veut pas une Europe progressiste, mais cherche au contraire à imposer aux peuples européens une nouvelle dose d’austérité. Elle entend également conserver des relations néo-coloniales avec une partie du monde, bien que le rejet de la France en Afrique ne cesse de grandir[16]. Mais c’est la même dialectique que pour les BRICS : on ne peut pas raisonner uniquement en termes de « gentils » et de « méchants », il y a de nombreuses contradictions sur lesquelles il faut jouer. Donc je soutiens les capitalistes allemands dans leur opposition aux États-Unis, mais continue de défendre une Europe socialiste, contre les intérêts de ces grandes entreprises.

 

 

-Le Vent Se Lève : Il est vrai que les sanctions prises à l’encontre de la Russie ont renforcé la dépendance de l’Europe vis-à-vis des États-Unis. Pensez-vous qu’il soit possible de réorienter l’Union européenne vers une politique socialiste ? Ou faut-il rompre avec les traités européens et construire de nouveaux cadres de coopération ?
Peter Mertens : Ma position sur cette question est liée à l’histoire belge : nous sommes un petit pays qui a été créé pour jouer le rôle d’État-tampon entre l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Un changement de société au niveau de la seule Belgique, ça n’existe pas! ! Je plaide donc pour une autre société, une autre industrialisation et une autre forme de commerce à l’échelle continentale. Cela passera, selon moi, par plus d’échanges entre ceux qui luttent et qui résistent dans toute l’Europe pour créer une rupture au sein de l’Union Européenne.

 

Mais cela suppose que nous soyons à la hauteur. J’en ai assez de la dépression collective de la gauche européenne qui passe son temps à se lamenter de la percée de l’extrême-droite ! Quand je vais en Amérique latine ou en Inde, eux aussi s’inquiètent de la montée du fascisme, mais surtout ils le vivent et ils luttent. Bien sûr que l’extrême-droite progresse et nous menace. Mais pour reconquérir une partie de la classe travailleuse tentée par le vote fasciste, on ne peut pas se contenter de se plaindre. La droite et l’extrême-droite s’appuient sur une narratif dépressif, selon lequel la classe travailleuse n’existe pas et l’immigration va nous détruire.

 

Face à cela l’extrême-droite), il faut recréer un narratif autour de la lutte des classes et rebâtir une conscience commune chez les travailleurs. Les mobilisations sociales massives que nous avons connu récemment en Angleterre, en Allemagne et en France sont des points d’appui. Comme la grève des ouvriers de l’automobile aux États-Unis, avec une belle victoire à la clé[17] ! Et puis nous devons être là où sont les gens, c’est-à-dire avant tout dans les quartiers populaires et sur les lieux de travail, pas seulement avec les intellectuels. Ce n’est que comme cela que nous pourrons arrêter la tentation fasciste au sein de la classe travailleuse.

 

Par exemple, avec notre programme Médecine pour le peuple (initiative de médecine gratuite dans les quartiers populaires[18], ndlr), on touche des personnes qui votent pour le Vlaams Belang (extrême-droite indépendantiste flamande, ndlr). Plutôt que de les exclure, nous discutons avec eux et tentons de les convaincre. Les gens sentent si vous êtes honnêtes et convaincus du discours que vous portez. Donc il faut un langage clair et franc, comme celui de Raoul Hedebouw, qui permet d’attirer vers nous des gens en colère en raison de leur situation précaire et de politiser cette colère. Si l’on se contente des livres, on ne changera rien. Il faut aussi des gens sur le terrain.

 

Notes :
[1] Peter Mertens, secrétaire général du Parti du Travail de Belgique

[2] A paraître en français aux éditions Agone début mars 2024

[2bis] Fiona Hill: l'Ukraine dans le nouveau désordre mondial

[3] Irak 2003 : un mensonge pour une guerre

[4] Est-ce vraiment la fin du dollar

[5] Brics

[6] Les Brics, un nouvel ordre mondial alternatif ?

[7] Chronique de la « GUERRE GLOBALE » : tension extrême dans le DÉTROIT DE FORMOSE 

[8«Un acte de guerre»: le blocus du silicium contre la Chine en Amérique

[9Puces : Washington rallie le Japon et les Pays-Bas contre la Chine

[10] Ces sept domaines où la Chine a déjà dépassé le reste du monde

[11] Réforme agricole en Inde: Modi fait volte-face et annonce son abrogation dans un but électoraliste

[12] LULA FAVORI AU BRÉSIL : VICTOIRE OU MORT DE LA GAUCHE ?

[13EN ALLEMAGNE, LA MORT DU PACIFISME

[14EMBARGO SUR LE PÉTROLE RUSSE : L’UE SE TIRE-T-ELLE UNE BALLE DANS LE PIED ?

[15] Relations commerciales de l'UE avec la Chine. Faits, chiffres et derniers développements.

[16] Comment Macron a perdu l’Afrique

[17] AUX ÉTATS-UNIS, LES SYNDICATS ENCHAÎNENT LES VICTOIRES

[18« LE DROIT À LA SANTÉ PASSE PAR UNE SOCIÉTÉ PLUS ÉGALITAIRE » – ENTRETIEN AVEC SOFIE MERCKX (PTB)

 

Pour en savoir plus :

VERS LA FIN DE L’HÉGÉMONIE DU DOLLAR ?

- En Inde, la colère paysanne défie le pouvoir du Premier ministre Narendra Modi

- INDE : DES RÉFORMES AGRAIRES ENTRAÎNENT LA PLUS GRANDE GRÈVE DU MONDE

CHRISTOPHE VENTURA : « LULA NE COMPTE PAS MONTRER PATTE BLANCHE À WASHINGTON »

- LES ERREMENTS DU CAMPISME ET DU « CAMPISME INVERSÉ »

- Entretien avec Jean-Luc Mélenchon autour de son dernier livre. | « Si nous sommes alignés sur les États-Unis d’Amérique, nous nous impliquons dans la confrontation organisée autour de la défense de son hégémonie ! »

 

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8 juin 2023 4 08 /06 /juin /2023 08:20
L’extension de l’OTAN vers l’Est : une menace pour la paix mondiale

La guerre en Ukraine a été provoquée, et il est important de le comprendre pour parvenir à la paix

 

 

Alors que le projet d’une installation de missiles soviétiques à Cuba en 1962, situé à environ 144 km des États-Unis (entre les deux rives), avait provoqué la menace d’une frappe nucléaire des États-Unis contre l’URSS conduisant ainsi à 1 guerre mondiale nucléaire, l’installation d’une multitude de bases de l’OTAN à quelques centaines de kilomètres de la frontière russe ne semble pas poser de problème aux USA et à leurs États vassaux européens. Pire, ces derniers restent totalement sourds aux préoccupations de sécurité de la fédération de Russie.

" La En reconnaissant que la question de l’élargissement de l’OTAN est au cœur de cette guerre, nous comprenons pourquoi l’armement américain n’y mettra pas fin. Seuls les efforts diplomatiques peuvent y parvenir " par Jeffrey D. Sachs[0], auteur de l'article ci-dessous.

 

 

Sources : Dialexis par Jeffrey D. Sachs | mis à jour le 19/06/2023

- George Orwell a écrit dans 1984 que " qui contrôle le passé contrôle l’avenir : qui contrôle le présent contrôle le passé ".
Les gouvernements travaillent sans relâche pour déformer la perception du passé par le public[1]. En ce qui concerne la guerre d’Ukraine, l’administration Biden a affirmé à plusieurs reprises, et à tort, que la guerre d’Ukraine avait commencé par une attaque non provoquée de la Russie contre l’Ukraine le 24 février 2022. En fait, la guerre a été provoquée par les États-Unis d’une manière que les principaux diplomates américains avaient anticipée depuis des décennies, ce qui signifie que la guerre aurait pu être évitée et qu’elle devrait maintenant être arrêtée par le biais de négociations.

 

Reconnaître que la guerre a été provoquée nous aide à comprendre comment y mettre fin. Cela ne justifie pas l’invasion de la Russie. Une bien meilleure approche pour la Russie aurait été d’intensifier la diplomatie avec l’Europe et le monde non occidental pour expliquer et s’opposer au militarisme et à l’unilatéralisme des États-Unis. En fait, les efforts incessants des États-Unis pour élargir l’OTAN sont largement contestés dans le monde entier, de sorte que la diplomatie russe aurait probablement été plus efficace que la guerre.

 

L'équipe Biden utilise sans cesse le mot " non provoqué ", tout récemment dans le grand discours de Biden[2] à l'occasion du premier anniversaire de la guerre, dans une récente déclaration de l'OTAN[3] et dans la dernière déclaration du G7[4]. Les grands médias favorables à M. Biden se contentent de répéter les propos de la Maison-Blanche. Le New York Times est le principal coupable, qualifiant l'invasion de "non provoquée" pas moins de 26 fois, dans cinq éditoriaux, 14 colonnes d'opinion rédigées par des rédacteurs du NYT et sept articles d'opinion rédigés par des invités !

 

 

- Il y a eu en fait deux provocations principales de la part des États-Unis.

  • La première était l'intention des États-Unis d'étendre l'OTAN à l'Ukraine et à la Géorgie afin d'encercler la Russie dans la région de la mer Noire par les pays de l'OTAN (Ukraine, Roumanie, Bulgarie, Turquie et Géorgie, dans l'ordre inverse des aiguilles d'une montre).
  • La seconde est le rôle joué par les États-Unis dans l'installation d'un régime russophobe en Ukraine par le renversement violent du président ukrainien pro-russe, Viktor Yanukovych, en février 2014. La guerre avec des armes à feu en Ukraine a commencé avec le renversement de Ianoukovitch il y a neuf ans, et non en février 2022 comme le gouvernement américain, l'OTAN et les dirigeants du G7 voudraient nous le faire croire.

La clé de la paix en Ukraine passe par des négociations basées sur la neutralité de l'Ukraine et le non-élargissement de l'OTAN.

 

 

- M. Biden et son équipe de politique étrangère refusent de discuter de ces racines de la guerre.
Les reconnaître saperait l'administration de trois manières.

  • Premièrement, cela mettrait en évidence le fait que la guerre aurait pu être évitée ou arrêtée rapidement, épargnant à l'Ukraine sa dévastation actuelle et aux États-Unis plus de 100 milliards de dollars de dépenses à ce jour.
  • Deuxièmement, elle mettrait en lumière le rôle personnel du président Biden dans la guerre, en tant que participant au renversement de Ianoukovitch et, avant cela, en tant que fervent partisan du complexe militaro-industriel et défenseur de la première heure de l'élargissement de l'OTAN.
  • Troisièmement, cela pousserait M. Biden à la table des négociations, ce qui saperait l'élan continu de l'administration en faveur de l'expansion de l'OTAN.

 

Expansion de l'OTAN: ce que Gorbatchev a entendu

Les archives[5] montrent de manière irréfutable que les gouvernements américain et allemand ont promis à plusieurs reprises au président soviétique Mikhaïl Gorbatchev que l'OTAN ne bougerait pas " d'un pouce vers l'est " lorsque l'Union soviétique a démantelé l'alliance militaire du Pacte de Varsovie. Néanmoins, les États-Unis ont commencé à planifier l'expansion de l'OTAN au début des années 1990, bien avant que Vladimir Poutine ne soit président de la Russie. En 1997, l'expert en sécurité nationale Zbigniew Brzezinski a établi le calendrier de l'expansion de l'OTAN avec une précision remarquable.

 


- Les diplomates américains et les dirigeants ukrainiens savaient pertinemment que l'élargissement de l'OTAN pouvait conduire à la guerre.

  • Le grand homme d'État américain George Kennan a qualifié l'élargissement de l'OTAN d'" erreur fatale ", écrivant dans le New York Times[7] : " On peut s'attendre à ce qu'une telle décision enflamme les tendances nationalistes, anti-occidentales et militaristes de l'opinion russe, qu'elle ait un effet négatif sur le développement de la démocratie russe, qu'elle rétablisse l'atmosphère de la guerre froide dans les relations Est-Ouest et qu'elle pousse la politique étrangère de la Russie dans des directions qui ne seront décidément pas à notre goût ".

 

  • William Perry, secrétaire à la défense du président Bill Clinton, a envisagé de démissionner pour protester contre l'élargissement de l'OTAN. Se souvenant de ce moment crucial du milieu des années 1990, Perry a déclaré ce qui suit en 2016[8] : " Notre première action qui nous a vraiment mis sur la mauvaise voie a été lorsque l'OTAN a commencé à s'élargir, en intégrant des pays d'Europe de l'Est, dont certains étaient limitrophes de la Russie. À l'époque, nous travaillions en étroite collaboration avec la Russie et elle commençait à se faire à l'idée que l'OTAN pouvait être un ami plutôt qu'un ennemi... mais elle était très mal à l'aise à l'idée d'avoir l'OTAN juste à sa frontière et elle nous a vivement conseillé de ne pas aller de l'avant. "

 

  • En 2008, William Burns, alors ambassadeur des États-Unis en Russie et aujourd'hui directeur de la CIA, a envoyé un câble à Washington dans lequel il mettait en garde contre les graves risques liés à l'élargissement de l'OTAN[9] : " Les aspirations de l'Ukraine et de la Géorgie à l'OTAN ne touchent pas seulement la corde sensible de la Russie, elles suscitent de sérieuses inquiétudes quant aux conséquences pour la stabilité de la région. Non seulement la Russie perçoit un encerclement et des efforts visant à saper son influence dans la région, mais elle craint également des conséquences imprévisibles et incontrôlées qui affecteraient gravement les intérêts de sa sécurité. Les experts nous disent que la Russie craint particulièrement que les fortes divisions en Ukraine sur l'adhésion à l'OTAN, une grande partie de la communauté ethnique russe étant opposée à l'adhésion, ne conduisent à une scission majeure, impliquant de la violence ou, au pire, une guerre civile. Dans cette éventualité, la Russie devrait décider d'intervenir ou non, une décision à laquelle elle ne voudrait pas être confrontée ".

 

Les dirigeants ukrainiens savaient pertinemment que toute pression en faveur de l'élargissement de l'OTAN à l'Ukraine serait synonyme de guerre.

  • L'ancien conseiller de Zelensky, Oleksiy Arestovych, a déclaré dans une interview en2019 " que le prix à payer pour rejoindre l'OTAN est une grande guerre avec la Russie " :

 

 

- Entre 2010 et 2013, Ianoukovitch a prôné la neutralité, conformément à l'opinion publique ukrainienne.
Les États-Unis ont œuvré secrètement au renversement de Ianoukovitch, comme en témoigne l'enregistrement de Victoria Nuland, alors secrétaire d'État adjointe des États-Unis, et de l'ambassadeur des États-Unis Geoffrey Pyatt, planifiant le gouvernement post-Yanoukovitch quelques semaines avant le renversement violent de Ianoukovitch. Mme Nuland indique clairement lors de l'appel qu'elle se coordonnait étroitement avec le vice-président de l'époque, M. Biden, et son conseiller à la sécurité nationale, M. Jake Sullivan, la même équipe Biden-Nuland-Sullivan qui est aujourd'hui au centre de la politique américaine à l'égard de l'Ukraine.

 

  • Conversation enregistrée entre Asst. Seconde. d'État Victoria Nuland et Amb. Jeffrey Pyatt

 

- Après le renversement de Ianoukovitch, la guerre a éclaté dans le Donbass, tandis que la Russie revendiquait la Crimée.
Le nouveau gouvernement ukrainien a demandé l'adhésion à l'OTAN, et les États-Unis ont armé et aidé à restructurer l'armée ukrainienne pour la rendre interopérable avec l'OTAN. En 2021, l'OTAN[10] et l'administration Biden[11] se sont fermement engagées à assurer l'avenir de l'Ukraine au sein de l'OTAN.

 

 

- Dans la période qui a précédé l'invasion russe, l'élargissement de l'OTAN était au centre des préoccupations.
Le projet de traité américano-russe de Poutine (17 décembre 2021)[12] demandait l'arrêt de l'élargissement de l'OTAN. Les dirigeants russes ont présenté l'élargissement de l'OTAN comme la cause de la guerre lors de la réunion du Conseil national de sécurité de la Russie le 21 février 2022[13]. Dans son discours à la nation ce jour-là, Poutine a déclaré que l'élargissement de l'OTAN était l'une des principales raisons de l'invasion[14].

 

L'historien Geoffrey Roberts a récemment écrit : " La guerre aurait-elle pu être évitée par un accord russo-occidental qui aurait stoppé l'expansion de l'OTAN et neutralisé l'Ukraine en échange de solides garanties d'indépendance et de souveraineté ukrainiennes ? C'est tout à fait possible "[15]. En mars 2022, la Russie et l'Ukraine ont fait état de progrès vers une fin rapide et négociée de la guerre sur la base de la neutralité de l'Ukraine.

 

Selon Naftali Bennett, ancien Premier ministre israélien, qui a joué le rôle de médiateur, un accord était sur le point d'être conclu avant que les États-Unis, le Royaume-Uni et la France ne le bloquent.

 

 

Alors que l'administration Biden déclare que l'invasion russe n'a pas été provoquée, la Russie a recherché des options diplomatiques en 2021 pour éviter la guerre, tandis que Biden rejetait la diplomatie, insistant sur le fait que la Russie n'avait pas son mot à dire sur la question de l'élargissement de l'OTAN. En mars 2022, la Russie a fait appel à la diplomatie, tandis que l'équipe de M. Biden a de nouveau bloqué l’évirement  de la guerre par la voie diplomatique.

 

 

- En reconnaissant que la question de l'élargissement de l'OTAN est au cœur de cette guerre, nous comprenons pourquoi l'armement américain n'y mettra pas fin.
La Russie fera tout ce qui est nécessaire pour empêcher l'élargissement de l'OTAN à l'Ukraine. La clé de la paix en Ukraine passe par des négociations basées sur la neutralité de l'Ukraine et le non-élargissement de l'OTAN. L'insistance de l'administration Biden sur l'élargissement de l'OTAN à l'Ukraine a fait de l'Ukraine la victime d'aspirations militaires américaines mal conçues et irréalisables. Il est temps que les provocations cessent et que les négociations rétablissent la paix en Ukraine.

 

Notes :

[0] Titre original : The War in Ukraine Was Provoked—and Why That Matters to Achieve Peace
Auteur : Jeffrey D. Sachs Jeffrey D. Sachs est professeur d'université et directeur du Centre pour le développement durable de l'université Columbia, où il a dirigé l'Institut de la Terre de 2002 à 2016. Il est également président du Réseau des solutions pour le développement durable des Nations unies et commissaire de la Commission à haut débit des Nations unies pour le développement. Il a été conseiller auprès de trois secrétaires généraux des Nations unies et est actuellement défenseur des objectifs de développement durable auprès du secrétaire général Antonio Guterres. M. Sachs est l'auteur, plus récemment, de "A New Foreign Policy : Beyond American Exceptionalism" (2020). Parmi ses autres ouvrages, citons "Building the New American Economy : Smart, Fair, and Sustainable" (2017) et "The Age of Sustainable Development" (2015) avec Ban Ki-moon.

[1Un exemple de l’enseignement de l’ignorance : quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ?

[2] Discours du président Biden à l’approche du premier anniversaire de l’invasion brutale et non provoquée de l’Ukraine par la Russie

[3] Réponse de l'OTAN à l'invasion russe de l'Ukraine

[4] Déclaration des dirigeants du G7 sur l'Ukraine.

[5] Expansion de l'OTAN: ce que Gorbatchev a entendu

[6Une géostratégie pour l'Eurasie

[7] L’élargissement de l’OTAN : Une erreur fatale – George Kennan – 05/02/1997

[8] L'hostilité russe «en partie causée par l'Occident», affirme l'ancien chef de la défense américaine

[9] NYET MOYEN NYET: REDLINES DE L'ÉLARGISSEMENT DE L'OTAN DE LA RUSSIE

[10] Communiqué du Sommet de Bruxelles

[11] Déclaration conjointe sur le partenariat stratégique américano-ukrainien

[12] Traité entre les États-Unis d'Amérique et la Fédération de Russie sur les garanties de sécurité

[13] Réunion du Conseil de sécurité

[14] Discours du Président de la Fédération de Russie

[15] L'historien Geoffrey Roberts a récemment écrit

 

Pour en savoir plus :

- Le gouvernement américain savait que l’expansion de l’OTAN en Ukraine forcerait la Russie à intervenir

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19 décembre 2022 1 19 /12 /décembre /2022 09:01
L’impérialisme et les impérialistes...

Seule l’action de ceux qui pensent qu’un autre monde est possible et agissent localement et globalement en ce sens permette qu’autre chose n’advienne que cet impérialisme (pas « super » du tout) et arrête ces impérialistes fauteurs de guerre...

 

 

Un spectre hante le monde en ces années vingt du vingt et unième siècle, celui de l’impérialisme, ou plus précisément de la guerre inter-impérialiste (et donc mondiale). C’est reparti « comme en 14 » ?

 

 

Sources : &ATTAC par Bernard Dreano[1] | 
-  Le super-impérialisme ?

Il faut d’abord revenir aux sens du mot. Quand on parle de l’impérialisme, on fait généralement allusion à une forme de l’économie capitaliste globalisée, un concept qui émerge au début du XXe siècle, dans les milieux marxistes et autres. Mais les impérialistes font plutôt référence aux activités politiques (et militaires) des grandes puissances, à leur emprise sur tout ou partie du monde (sous forme juridique « d’empires » comme les empires d’Europe centrale ou les empires coloniaux, ou non, comme la « république impériale » dominatrice des États-Unis). Les deux niveaux se distinguent, mais se recoupent aussi.

 

L'impérialisme: une étude Broché - 1er septembre 2005

Le premier qui parle d’impérialisme est sans doute l’économiste libéral britannique John A. Hobson, avec son livre de 1902 " Imperialism : A Study ", décrivant le système de l’oligarchie capitaliste. Des membres de la IIe internationale vont reprendre et approfondir ce concept, par exemple du côté des radicaux russes, les bolcheviks Lénine et Nicolas Boukharine, ou des réformistes sociaux-démocrates, l’Autrichien Rudolf Hilferding et l’Allemand Karl Kautsky (deux stars de la social-démocratie bien oubliées aujourd’hui).

  • Pour tous, l’impérialisme, c’est le capitalisme mondialisé avec la possession monopolisée des territoires d’une planète entièrement partagée, conséquence de la concentration de la production et du capital, de la fusion du capital bancaire et financier, de l’exportation massive de capitaux. Le « stade suprême du capitalisme » (Lénine) avant la crise finale de ce système et l’avènement du socialisme. Kautsky entrevoit la perspective d’un super-impérialisme, un monde « cartellisé », mais ouvert (libre-échangiste) permettant de passer pacifiquement au socialisme, tandis que la gauche (Lénine, Rosa Luxembourg) voit dans cette utopie la justification d’une soumission d’une aristocratie ouvrière profitant du système capitaliste mondialisé, au détriment des plus pauvres et des régions périphériques du monde.


À l’époque l’oligarchie, les « trusts » (on ne parle pas encore de multinationales), se développent à partir de bases nationales, dans les principales puissances où les États et les élites sont volontiers impérialistes au sens plus trivial du mot, c’est-à-dire imbus de supériorité « civilisationnelle », avides de conquêtes, et fortement militarisés. Il en résulte la Première Guerre mondiale, une guerre donc clairement inter-impérialiste[2].


À peine celle-ci terminée, le système financier mondial connait la crise de 1929 (qui part des États-Unis), immédiatement perçue comme LA crise majeure (sinon finale) de l’impérialisme.


Les conséquences de la Première Guerre mondiale et de la crise de 1929 provoquent la Seconde Guerre mondiale, une guerre inter-impérialiste comme la première, même si elle n’est pas que cela.

 


- La Seconde Guerre mondiale n’entraîne pas du tout l’effondrement du système capitaliste-impérialiste, mais débouche sur la tripartition du monde.

Incontestables triomphateurs, les États-Unis d’Amérique imposent leur domination sur le monde capitaliste (dit « libre »), grâce à leur force militaire, le privilège de leur monnaie associé à la prééminence des « institutions de Bretton Woods » (Fonds monétaire international et Banque mondiale) sur toutes les structures des nouvelles Nations unies, la puissance de leurs grandes entreprises, la diffusion de leurs biens culturels. Un impérialisme sous pilotage états-unien même si des contradictions demeurent, au sein duquel existent quelques « impérialismes secondaires », jouissant d’un relative autonomie d’action (on peut effectivement parler d‘impérialisme français[3][4]).


Face à ce bloc « occidental » s’affirme un camp (dit « socialiste »), qui échappe objectivement au système impérialiste au sens défini précédemment, car il n’est à l’évidence pas dominé par le capital financier, et qui se développe largement séparé du reste du monde. Mais où existent des tendances impérialistes, dominatrices et expansionnistes au deuxième sens du mot. Après leur rupture avec l’URSS en 1960-62 les Chinois décriront celles-ci comme « social-impérialisme ».

Mouvement des non-alignés

 

Dès 1920, Alexandre Zinoviev, le bolchevik, alors dirigeant de la toute jeune IIIe Internationale, avait proclamé au Congrès des peuples d’orient à Bakou, le « Djihad contre l’impérialisme ». C’est que, dès l’après-Première Guerre mondiale se levait le mouvement d’émancipation des peuples contre la domination impérialiste et coloniale. Elle allait s’amplifier après la Seconde Guerre mondiale, avec ce que l’économiste français Alfred Sauvy appelait « le tiers-monde », et s’incarner politiquement dans le Mouvement des non-alignés[5], des États refusant l’alignement sur les deux blocs et se réclamant peu ou prou de « l’anti-impérialisme ».

 


- Cette deuxième partie du XXe siècle connaît de très grandes mutations technologiques qui vont modifier le monde de la production et des échanges avec la troisième révolution industrielle (celle de l’électronique et de la bio-ingénierie)[6]

Les formes de l’impérialisme se modifient, une nouvelle division du travail s’organise au niveau mondial. Aux côtés des grandes entreprises multinationales traditionnelles (industrie, extraction) apparaissent progressivement de nouvelles entreprises géantes dans le numérique et le commerce. Surtout les échanges monétaires s’amplifient de manière exponentielle, accentuant la domination du capital financier transnational qui l’accompagne et la constitution d’une nouvelle oligarchie de super-riches.


André Gunder Frank, Samir Amin et d’autres décrivent ce monde comme un système avec son « centre » et ses périphéries (pays - ou secteurs à l’intérieur des pays, semi-périphériques et périphériques). Immanuel Walerstein fera la description la plus aboutie du système-monde[7], avec cette économie dite « de marché » mondialisée, gérée par le modèle néolibéral basé sur le libre-échange, c’est-à-dire la concurrence féroce et totalement faussée.


L’extension de ce modèle inégalitaire s’accentue à la fin du siècle. À partir de 1995, l’Organisation mondiale du commerce impose ses règles (de dérégulation) au détriment des droits des personnes, des communautés, des États et de la nature. Entretemps, le bloc soviétique, miné par ses contradictions internes et par la pression néolibérale s’est effondré.

 


- Cette fois-ci nous y sommes, est-ce le super-impérialisme ?

C’est ce que pense l’américain Francis Fukuyama, mais ce n’est pas du tout l’antichambre du socialisme mondial dans rêvait Kautsky, c’est la « fin de l’histoire » et le triomphe d’un modèle capitaliste auquel adhèrerait plus ou moins la planète entière. Le règne de « l’Empire », expliquent en 2000 Toni Negri et Michael Hardt[8], à direction américaine est un « ultra-impérialisme » où ce ne sont plus les États qui font la loi, mais les transnationales.

  • Les États les plus faibles se disloquent ;
  • dans l’ensemble les États, même ceux encore puissants, abandonnent leur rôle de médiateur entre l’économie nationale et les forces économiques externes, et deviennent des agences responsables d’adapter l’économie locale aux besoins du marché global.


Toutefois ce système monde est loin d’être ordonné, il est profondément injuste et violent, ce qui provoque dans les peuples révoltes, développement de mouvements de réaction identitaires, dislocation dans les sociétés et guerres. Il est surtout totalement incapable de répondre aux défis des crises écologiques qui menacent à court terme toute l’économie. L’hégémonie économico-politico-militaire du bloc « occidental » (les États-Unis, leurs alliés européens et de la zone Pacifique) est remise en cause, avec les échecs militaires, de l’Irak à l’Afghanistan ou à l’Afrique sahélienne, et surtout l’émergence d’autres puissances dans la nouvelle configuration de la division mondiale du travail, en particulier la Chine.

 

 
-  La guerre en Ukraine, première étape d’une guerre inter-impérialiste généralisée ?

  • Chronique de la « GUERRE GLOBALE » : tension extrême dans le DÉTROIT DE FORMOSE
    Cela signifie-t-il que nous sommes entrés dans une nouvelle phase, pouvant déboucher sur un conflit inter-impérialiste majeur comme au début du XXe siècle, avec comme moteur l’affrontement entre la Chine, puissance émergente et les États-Unis, puissance déclinante[9] ?
  • Et, dans ce contexte, la guerre engagée par la Russie contre l’Ukraine serait-elle un avant-goût de la conflagration générale, un peu comme les guerres balkaniques des années 1912-13 avant la mondiale de 1914 ?


La politique de la Fédération de Russie est, au début du XXIe siècle, clairement impérialiste au sens d’une politique de conquête (dans l’esprit de Poutine, de reconquête), de territoire et de zone d’influence, portée par une idéologie nationaliste suprématiste mêlant références néo-tsaristes et post-staliniennes. Les Ukrainiens sont victimes des impérialistes russes, ce qui ne signifie pas pour autant que la Russie, avec son État, et ses oligarques, soit encore une actrice impérialiste majeure au sein du « système monde », ce qu’était l’URSS entre 1945 et les années 1980. C’est une puissance moyenne (PIB de l’Italie), qui n’est riche que de ses ressources en matières premières et d’abord des hydrocarbures, et surtout disposant d’un appareil militaire surdimensionné (mais dont l’efficacité s’avère limitée) et d’un stock considérable d’armes nucléaires (argument politique, mais dont l’utilisation pratique est plus que problématique). Disposant de la capacité de paralyser l’ONU grâce à son droit de véto, Poutine espère compter sur des alliés inquiets de la puissance que conserve « l’Occident », ou soucieux de rompre avec « l’hégémonie » du super-impérialisme américain.


Le soutien de cet Occident, d’abord états-unien, aussi européen, aux Ukrainiens peut donner l’impression que la guerre inter-impérialiste est déjà en cours. D’autant qu’une rhétorique datant de la guerre froide, considérant cette guerre comme celle du monde « libre » contre le « totalitarisme » fleurit.

 


- Simple guerre locale d’agression impérialiste russe contre l’Ukraine ou (et ?) lever de rideau du grand affrontement ?

La situation n’est pas celle qui prévalait dans les années 1905-1914 sur plusieurs plans : les systèmes d’alliance ne sont pas stables comme ils l’étaient (plus ou moins) en Europe au début du XXe siècle ni comme les « blocs » de la guerre froide. L’interdépendance économique, qui existait au début du XXe siècle et que certains pensaient alors comme facteur de paix, est aujourd’hui beaucoup plus forte qu’à l’époque. Cependant, si la reproduction d’un scénario de type 1914 est peu probable, la situation est loin d’être rassurante pour autant.


La volonté de puissance chinoise d’une part, la volonté américaine de reprendre le contrôle d’autre part (cf. Trump), sont inquiétantes.

  • La course aux armements qui reprend un peu partout, quantitativement et qualitativement, est dangereuse.
  • La crise même du système monde impérialiste provoque crispations nationalistes et hystéries identitaires à une échelle inconnue depuis les années 1930.
  • Enfin, et surtout, la criminelle passivité des grandes puissances, États comme entreprises multinationales, face au changement climatique et à l’effondrement de la biodiversité, va provoquer, provoque déjà, des situations intolérables qui vont à court terme décupler conflits et violences…


...À moins que l’action de ceux qui pensent qu’un autre monde est possible et agissent localement et globalement en ce sens permette qu’autre chose n’advienne de cet impérialisme (pas « super » du tout) et arrête ces impérialistes fauteurs de guerre.

 

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2 octobre 2022 7 02 /10 /octobre /2022 20:23
Bloc OTAN contre bloc RUSSIE-CHINE, chronique de la « GUERRE GLOBALE »

Après le déclenchement de la guerre en Ukraine, la tension monte dangereusement dans le détroit de Formose. Durant les mois de juillet et d’août, nous avons assisté au développement du bellicisme aussi bien en Occident qu’en Orient.

Plutôt que d’envisager une troisième guerre mondiale, hélas forcément nucléaire, l’on s’oriente peut-être vers une « guerre globale » au niveau planétaire, c’est-à-dire vers des guerres conventionnelles de haute intensité en Europe et en Asie opposant le bloc OTAN et ses alliés au bloc Russie-Chine. La « danse sur le bord du volcan » est donc de plus en plus dangereuse, car un dérapage atomique est toujours possible. En cette rentrée de septembre, nous faisons le point sur cette « guerre globale », qui risque de marquer nos existences et la vie politique pendant une longue période.

Cet article est conçu en deux temps, la première partie (PUBLIÉE CI-DESSOUS) est consacrée à la guerre en Ukraine, la seconde traitera de la tension à Taïwan.

 

 

Sources : RESPUBLICA | mis à jour le 14/10/2022

 PREMIER ARTICLE : POINT SUR LA GUERRE EN UKRAINE EN SEPTEMBRE 2022

-  Le point début septembre sur la guerre en Ukraine
Notons en préambule qu’il est fort difficile d’accéder à une information fiable. Le contrôle de celle-ci par la Russie d’une part et l’OTAN d’autre part est total. Rappelons que les compétences et missions du « commandement intégré » de cette alliance politico-militaire incluent la coordination de l’information sur la guerre en Ukraine à destination du grand public de ses différents membres.

UKRAINE : LES TACTIQUES DE COMBATS UKRAINIENNES METTENT EN DANGER LA POPULATION CIVILE

Les reportages de journalistes sur la ligne de front proprement dite sont quasiment impossibles dans les deux camps. Les bilans indépendants sont rares et violemment attaqués : on a pu s’en apercevoir lors de la publication du rapport d’Amnesty International sur l’armée ukrainienne[1]. À peine sa parution a-t-elle eu lieu qu’un tollé médiatique s’est déclenché dans les pays occidentaux. Paraître critiquer légèrement l’Ukraine est quasiment impossible dans les pays de l’OTAN. Recouper l’information est donc fort difficile. Ainsi, sommes-nous réduits à des approximations, faute de chiffres et de bilans objectifs d’organisations internationales crédibles comme le CICR par exemple (Comité international de la Croix Rouge).

 

 

-  Gel du front russo-ukrainien en juillet et août et offensive ukrainienne en septembre 
En Ukraine, la guerre de haute intensité continue de plus belle, mais sur un mode statique en juillet et août. Puis une offensive ukrainienne a débuté début septembre, d’abord dans la région sud vers Kherson, puis à l’est vers Kharkiv. La première attaque de Kiev au sud semblait être un leurre pour masquer la vraie l’offensive à l’est. Au milieu de l’été, l’actualité guerrière était faite de bombardements réciproques par missiles de croisière, drones kamikazes et artilleries de précision du type canon Caesar d’origine française. Ni la Russie ni l’Ukraine a fortiori ne manquent d’armes ni de munitions… D’ailleurs l’offensive ukrainienne de ce mois de septembre le prouve : l’équipement de l’armée de Kiev est de la dernière génération technologique fournie par l’OTAN. À la mi-septembre, l’Ukraine semble marquer des points. La sophistication des armes occidentales est peut-être en passe de reproduire le désastre russe de mars-avril dernier qui a vu l’écrasement de ses colonnes blindées russes d’un autre âge. L’avenir le dira.

 

Mais ce sont les hommes qui font défaut. La raison en est certainement l’épuisement réciproque et le manque d’effectifs combattants. En effet, les deux protagonistes s’épuisent à la même vitesse. Les deux armées en présence sont de petite taille, autour de 200 000 hommes chacune tout au plus, en dehors des troupes de défense opérationnelle de territoire (DOT) pour les Ukrainiens et des séparatistes pro-russes des républiques autoproclamées du Donbass et de Lougansk. Or, beaucoup d’hommes ont été perdus en six mois. Le renseignement britannique évoque 86 000 morts et blessés du côté russe. Un chiffre à prendre bien sûr avec précaution, car Londres est le principal boutefeu de l’OTAN en Europe. Mais, il est vrai que la Russie a essuyé un revers en mars et avril, l’obligeant à revoir totalement son déploiement opérationnel pour se consacrer exclusivement, du moins pour le moment, au front de l’est et du sud de l’Ukraine. Cet échec militaire a dû être très coûteux en vies humaines, les colonnes blindées russes ayant été taillées en pièces en mars et avril au nord de Kiev.

 

 

-  Décompte macabre
Du côté ukrainien, la situation n’est guère plus brillante. L’état-major de l’armée annonçait le chiffre de 9000 morts le 22 août dernier, un chiffre manifestement sous-estimé.

GUERRE EN UKRAINE: KIEV RECONNAÎT LA MORT DE 9000 DE SES SOLDATS

Le président Zelensky évoquant lui-même 100 à 200 morts ukrainiens par jour dans l’est du pays, au plus fort de l’offensive russe en mai et juin derniers. Il est donc logique d’estimer les pertes entre 25 ou 40 000 morts, une fourchette assez large pour être réaliste. À cela, il faut ajouter les blessés graves. Suivant les ratios habituellement retenus, il peut être question de 15 à 30 000 soldats blessés sérieusement. Enfin, à ces pertes d’effectifs, les prisonniers doivent être rajoutés. Sur ce plan Kiev, ou Kyiv en ukrainien, a perdu le plus de troupes, en particulier après la défaite de Marioupol. Dans ce port de la mer d’Azov étaient retranchés des troupes d’élite des commandos de marine et des régiments politico-militaires de la division Azov (dont une partie des soldats se revendiquent comme néo-nazis). Plus de 7000 hommes au total ont été pris dans la tenaille russe et faits prisonniers. Bref, il est fort possible que l’armée ukrainienne ait perdu environ le tiers de ses effectifs en 6 mois… c’est-à-dire finalement une proportion à peu près du même ordre que l’armée russe et ses alliés ukrainiens pro-russes.

 

 

-  Une situation de guerre en miniature ?
Ainsi, aujourd’hui chaque camp en présence dispose de 120 à 130 000 hommes en force d’intervention (en dehors des forces de sécurité territoriales). Or, l’Ukraine est un grand pays dont la superficie (603 700 km2) dépasse celle de la France. Le front principal entre Kherson et Kharkiv s’étire sur plus de mille kilomètres. Il est donc impossible de tenir la « ligne de feu » de manière étanche pour l’une ou l’autre troupe. Nécessité faisant loi, nous assistons donc depuis juillet à des escarmouches sur un front discontinu, sans réelle cohérence opérationnelle ni offensive construite. 

 

Pour sortir de cette situation de « guerre en miniature », et l’offensive ukrainienne de septembre est la preuve de cette volonté, l’un et l’autre camp doivent regonfler d’urgence les effectifs combattants. Car les derniers combats de septembre dans la région de Karkiv sont encore une fois terriblement coûteux en vies humaines pour les deux camps. Là se situe le nœud du problème, car les implications politiques sous-jacentes sont énormes.

 

 

-  Russie : la ligne rouge de la conscription
Faisons le point à ce propos en passant en revue les deux protagonistes. Commençons par la Russie. Depuis le début de l’attaque russe, le 24 février dernier, le président Poutine ne parle pas de guerre… mais « d’opération spéciale ». Théoriquement, les troupes engagées sont professionnelles, sans participation du contingent. Une affirmation à prendre avec des pincettes, car il semble bien que des appelés figurent au nombre des victimes, d’après des témoignages de familles en deuil sur les réseaux sociaux. Avec une population de 144 millions, la Russie pourrait procéder à une mobilisation partielle ou générale (ce qu'elle vient d'engager[2]), mais le risque politique est énorme. Pour le moment, dans sa majorité, l’opinion publique semble se montrer neutre ou favorable au bellicisme du Kremlin. Mais le peuple russe est-il prêt à la guerre totale ? Il est permis d’en douter (Depuis l’annonce de Vladimir Poutine d’une « mobilisation partielle » de 300 000 réservistes en Russie, des citoyens russes cherchent à quitter le pays en masse[3]).

Guerre en Ukraine : des Russes fuient leur pays par milliers

Un autre indice confirme ce doute : la mini crise entre Moscou et Jérusalem sur la menace de fermeture de « l’Agence Juive », qui est en charge de l’émigration des juifs vers Israël (Alyah), sur le territoire russe. En effet, au cours du premier semestre 2022, 20 000 nouveaux immigrants sont venus de Russie, plus nombreux que ceux venant d’Ukraine, 11 000. Ceux qui quittent la Russie sont en général de jeunes diplômés, particulièrement qualifiés dans la high-tech.

 

Leurs motivations sont diverses, mais la peur de la conscription y est pour beaucoup. Malgré les bonnes relations entre Poutine et les premiers ministres successifs, Netanyahou en particulier, le Kremlin menace de fermer l’institution israélienne pour stopper l’hémorragie des jeunes et des cerveaux[4]. En fait, le départ des candidats éligibles à « l’alyah » (au minimum un grand-parent juif) est révélateur de l’esprit de l’ensemble de la jeunesse russe qui ne semble pas prête à « marcher vers la mort au pas cadencé » comme disait la chanson pacifiste de Francis Lemarque (« Quand un soldat », 1952). Par ailleurs, une mobilisation de la conscription désorganiserait encore davantage la production industrielle déjà atteinte par le blocus occidental. Seul un accord de coopération de grande ampleur avec la Chine populaire permettrait de surmonter ce problème. Or pour l’instant la Chine n’est pas disposée à venir sur ce terrain… à moins que la situation dans le détroit de Formose ne change la donne.

 

 

-  Manque de recrues aussi en Ukraine
Côté ukrainien, la situation n’est guère plus brillante. Bien sûr, la propagande joue sa rengaine. Le président Zelensky et l’état-major parlent de « lever une armée d’un million de soldats ». Théoriquement, c’est possible sur le papier en versant toutes les milices de la défense du territoire dans l’armée régulière. Mais dans les faits, c’est impossible. Accepter de défendre sa ville, son quartier, sa maison, est une chose, se retrouver fantassin dans un régiment de ligne de front en est une autre. Peu signalé par les médias des pays de l’OTAN, le fait que beaucoup de jeunes hommes fuient l’Ukraine. Dans ce pays où la corruption est généralisée, comme en Russie d’ailleurs, il est possible de quitter le pays assez facilement malgré l’interdiction faite aux hommes entre 18 et 60 ans. Face à cette situation, Kiev ratisse les fonds de tiroir dans les unités de défense territoriale et envoie ces nouvelles recrues au Royaume-Uni ainsi qu’en Suède depuis fin août, qui se chargent de la formation militaire avec les fonds de l’OTAN. Londres proclame pouvoir former 10 000 hommes par trimestre au combat, en particulier en zone urbaine. C’est possible, mais même en prenant ce chiffre pour argent comptant, cela ne fait qu’une quarantaine de milliers de militaires formés en un an. Une autre possibilité existe : la formation de régiment « privatisé » dont les frais sont payés par un oligarque ukrainien. La solde du soldat y est meilleure, ce qui peut provoquer des engagements… disons « alimentaires ». C’est le cas par exemple du « bataillon Porochenko », soutenu financièrement par l’ancien président, prédécesseur de Zelensky.

 

 

-  Les forces d’appoint
Devant ce manque d’effectifs aussi bien côté russe qu’ukrainien, l’un et l’autre camp font appel aux volontaires étrangers, aux mercenaires et aux sociétés privées de « sécurité ». L’état-major russe utilise des troupes tchétchènes, ils sont, semble-t-il, plusieurs milliers, et syriennes mais dans une moindre mesure. Aguerris et réputés pour leur sauvagerie, en particulier avec les prisonniers, ils sont aussi un moyen de guerre psychologique pour effrayer les velléités d’engagement dans le camp adverse. Sur le plan de l’utilisation des sociétés privées, l’état-major russe emploie l’entreprise Wagner, dont l’utilisation est déjà ancienne dans le Donbass.

 

Le côté ukrainien n’est pas en reste. Deux éléments militaires sont à sa disposition pour gonfler les effectifs : la « légion étrangère » et également les sociétés privées. Le président Zelensky a annoncé dès fin février la création d’une sorte de « brigade internationale ». Très peu d’informations circulent sur cette légion, officieusement soutenue politiquement par les gouvernements des pays membres de l’OTAN

Paris confirme la mort d'un second combattant français en Ukraine

Un exemple, le gouvernement français a présenté ses condoléances à la famille du deuxième français de cette unité étrangère mort en Ukraine… ce qui est assez étonnant, voire carrément illégal[5].

Il faut dire que le premier mort français était moins présentable puisque militant néo-fasciste identitaire acharné. Notons simplement que beaucoup de membres étrangers sont anglo-saxons, américains, britanniques, australiens, sud-africains. Cette « légion étrangère », en particulier un effectif suédois important, semble très présente dans l’offensive ukrainienne de septembre autour de Karkiv. Avons-nous à faire à des « idéalistes » ou est-ce le paravent d’une intervention étrangère de soutien à Kiev ? Impossible à dire avec certitude. Le fait est que la plupart des anglo-saxons de la légion étrangère sont d’anciens militaires. Difficile de parler de mercenaires, car la solde est faible. Il est possible que des unités d’élite de services secrets interviennent dans ces régiments, c’est en tous les cas la version du Kremlin. Autre structure de soutien étranger, les sociétés privées de guerre. Les Américains semblent reproduire la même stratégie qu’en Afghanistan… malgré le désastre de cette intervention. En effet, dans ce pays, les effectifs des sociétés privées étaient supérieurs à ceux de l’armée américaine régulière. Deux structures se taillent la part du lion : Blackwater, l’armée privée la plus importante du monde, et plus récemment l’agence Mozart (décidément les agences de mercenaires ont un faible pour les compositeurs classiques !). Payées directement par le budget américain, voté par le Congrès au titre de l’aide militaire à l’Ukraine, ces agences sont aujourd’hui omniprésentes à l’arrière du front et assurent également le rôle de conseil et de formation des troupes de combat. Ayant accompagné tous les désastres militaires des USA, en Irak, en Afghanistan, au Kurdistan ou ailleurs, elles sont, tels des vautours se nourrissant des cadavres, dotées d’un fort gros appétit (financier), mais disposent de capacités opérationnelles finalement assez réduites.

 

 

-  Comment sortir du blocage ?
Ainsi, la situation tactique s’apparente à un blocage total. La tentation est donc grande pour l’un ou l’autre des protagonistes de « renverser la table » pour sortir par le haut de ce bourbier et reprendre l’offensive vers une victoire espérée. La question est : comment ?

 

  • Pour Poutine, une solution possible : décréter la mobilisation partielle ou générale…

et faire avaler la pilule à son opinion publique (ce qu'il vient d'engager[2]). Il lui faut démontrer que la Russie est menacée dans son existence même. L’appel « à froid » à la conscription sur le seul dossier de la guerre en Ukraine serait la démonstration de son erreur initiale du 24 février dernier. Le président de la Russie et son état-major escomptaient un effondrement en quelques jours de l’Ukraine. Six mois après, ils sont dans l’incapacité de gagner la bataille sans mobilisation du contingent (Depuis l’annonce de Vladimir Poutine d’une « mobilisation partielle » de 300 000 réservistes en Russie, des citoyens russes cherchent à quitter le pays en masse[3]). Si un deuxième front s’ouvrait dans la Baltique, en Transnistrie ou ailleurs, Poutine pourrait décréter « la patrie en danger » et faire accepter le sacrifice de la jeunesse russe à sa population.

 

  • Pour l’Ukraine et son président Zelensky, les éléments du problème sont différents.

Son réservoir de soldats mobilisables est faible d’autant que 7 à 8 millions d’Ukrainiens ont déjà fui le pays. De plus, comme la situation économique est catastrophique, une mobilisation générale serait un coup fatal qui pourrait entraîner un effondrement dans tous les domaines, et en particulier sur le plan alimentaire. En fait, une seule possibilité existe : l’élargissement du conflit avec la participation directe de contingents de pays alliés. Il faudrait donc que des pays de l’Union européenne entrent dans le conflit… et rapidement. Sinon l’Ukraine risque de s’épuiser face à un ennemi disposant d’immenses réserves stratégiques, notamment en matières premières, et d’une population 4 fois plus importante (en intégrant le fait que 20 % des Ukrainiens ont quitté le pays). Pour l’instant, l’Union européenne n’est pas prête à l’entrée en guerre, mais les choses peuvent évoluer rapidement :

Volodymyr Zelensky signe une demande d’adhésion accélérée de l’Ukraine à l’Otan
  • d'autant que lors d'une cérémonie au Kremlin le 30 septembre, Vladimir Poutine a officialisé l'annexion des régions ukrainiennes de Louhansk, de Donetsk, de Kherson et de Zaporijjia, occupées par les troupes russes[6] ;
  • d'autant que Volodymyr Zelensky vient de signer une demande d’adhésion accélérée de l’Ukraine à l’Otan[7].

     

D’ailleurs, dans cette hypothèse, les opinions publiques commencent à être « travaillées ». En France, le président Macron a clairement affirmé que les Français devaient avoir « la grandeur d’âme » pour accepter les sacrifices « pour rester libres ». Espérons qu’il ne faille pas prendre cette déclaration au pied de la lettre ! En soutien médiatique à cette politique d’alignement OTAN, les médias français servent de caisse de résonance permanente pour instiller l’inéluctabilité de la guerre en Europe. Tout l’été, l’ensemble des grands quotidiens et magazines (Le Monde, Le Figaro, Libération, Le Point…) ont mis l’Ukraine à la une, avec des « live » quotidiens sur la situation… alors même qu’il ne se passait quasiment rien sur le front en juillet-août. Notons que Le Figaro, Le Monde et Le Point, entre autres, développent un argument particulièrement absurde : l’Ukraine manquerait d’armes. C’est en effet absurde, car la défaite russe de mars dernier dans sa tentative d’assaut de Kiev, et les soldats de Kiev qui viennent de reprendre des villes entières tombées aux mains des forces russes, démontre exactement le contraire[8].

 

Les Ukrainiens n’ont pas remporté ces victoire avec de vieilles pétoires et des cocktails Molotov, ils ont vaincu, car ils disposaient d’un armement high-tech de dernière génération (missiles sol-sol antichars et missiles sol-air portatifs, drones d’attaque…), face aux colonnes blindées russes à l’équipement obsolète datant des années 60 ou 80. L’Ukraine n’a jamais manqué d’arme ni de formation militaire pour ses soldats y compris donc avant le 24 février dernier. Depuis 2014, l’Ukraine a été préparée à la guerre par l’OTAN, c’était en tout cas l’affirmation au printemps dernier de l’état-major de l’armée française (sur ce sujet, relire ici[9]). Le but de cette mobilisation médiatique est de préparer l’opinion à une éventuelle intervention directe de l’Union européenne cet automne ou cet hiver.

 

Ainsi du côté russe comme ukrainien, la situation est intenable, et toute provocation est bonne à prendre pour sortir de la nasse. En ce début septembre, aucun signe n’existe de détente ni de possibilité d’un cessez-le-feu ni encore moins d’une conférence de paix. Or le temps va manquer.

 

 

-  Face à ce danger d’escalade et le risque de la « montée aux extrêmes », comme disent les militaires, c’est-à-dire la marche vers la guerre totale, les réactions politiques sont d’une faiblesse presque incroyable… en particulier en France.
Pourtant fin août, Emmanuel Macron a annoncé clairement la couleur dans son discours de Bormes-les-Mimosas. À part un commentaire d’Eric Ciotti à droite, le silence est assourdissant à gauche. Les partis de la NUPES sont aux abonnés absents. Seul Mélenchon est intervenu sur les tensions géopolitiques, mais plus particulièrement sur le dossier chinois[10]. Il faut bien constater son isolement. Car en fait, au sein de la NUPES, les positions sont divergentes sur la guerre, les Verts et le Parti socialiste soutenant en fait l’Ukraine en guerre et donc objectivement l’OTAN (NDLR : ce qui ne veut pas dire que Jean-Luc Mélenchon est pro-Poutine[11].

 

 

-  En fait, le président Macron a annoncé tout simplement la guerre
La France ayant rejoint le commandement intégré de l’OTAN, cela implique un alignement et un contrôle en termes de communication des alliés sur le conflit Russie-Ukraine. Donc, Emmanuel Macron ne peut pas parler « à la légère » sur ce dossier. Il est donc urgent d’intervenir, d’expliquer et expliquer encore qu’une autre voie que la guerre est possible. Or en ce mois de septembre, l’offensive ukrainienne marque des points sur le terrain et ressuscite l’espoir fou dans le camp de l’OTAN d’un effondrement total russe… et pourquoi pas d’un limogeage de Poutine du Kremlin. Ce désir d’une défaite totale russe est extrêmement dangereux justement. Si Poutine se retrouve au bord du gouffre, il n’hésitera pas à employer tous les moyens pour sauver sa peau et sortir de la nasse, y compris les moyens nucléaires !

 

-  Militer pour la République Sociale, dans l’esprit de Jaurès, c’est militer pour la paix en Europe et contre le bellicisme à outrance.

Il faut qu’une fraction politique importante à gauche intervienne pour la promotion d’une conférence internationale de paix sous l’égide de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe). Si les républicains de gauche restent passifs, la guerre générale en Europe sera inévitable tôt ou tard et les populations européennes en subiront les conséquences.

 

 

 

 SECOND ARTICLE ICI 👉 : TENSION EXTRÊME DANS LE DETROIT DE FORMOSE

Notes :

[1] UKRAINE : LES TACTIQUES DE COMBATS UKRAINIENNES METTENT EN DANGER LA POPULATION CIVILE

[1bis] GUERRE EN UKRAINE: KIEV RECONNAÎT LA MORT DE 9000 DE SES SOLDATS

[2] 21 septembre 2022 : Vladimir Poutine décrète «une mobilisation militaire partielle» en Russie et, contrairement à ce qui a été annoncé à la télévision, le décret signé par Vladimir Poutine ne précise pas que seuls les militaires de réserve sont soumis à la conscription.

[3] Depuis l’annonce de Vladimir Poutine d’une « mobilisation partielle » de 300 000 réservistes en Russiedes Russes fuient leur pays par milliers mais aussi Depuis l’annonce de Vladimir Poutine de mobiliser partiellement sa population, des centaines de manifestants sont descendus dans les rues de plusieurs villes de Russie. Selon le groupe de surveillance indépendant russe OVD-Info, plus de 1 000 manifestants ont déjà été arrêtés par la police russe. et dans l’UE, 66 000 entrées en une semaine

[4] La Russie menace de fermer les bureaux de l’Agence juive à Moscou

[5] Paris confirme la mort d'un second combattant français en Ukraine

[6] Lors d'une cérémonie au Kremlin vendredi, Vladimir Poutine a officialisé l'annexion des régions ukrainiennes de Louhansk, de Donetsk, de Kherson et de Zaporijjia, occupées par les troupes russes.

[7] Volodymyr Zelensky vient de signer une demande d’adhésion accélérée de l’Ukraine à l’Otan

[8] Guerre en Ukraine : l'armée russe recule face à la contre-offensive éclair des forces de Kiev. Près de 6 000 kilomètres carrés ont déjà été libérés, selon Volodymyr Zelensky

[9] Le judoka Poutine aurait-il essuyé un « ko soto gari » ?

[10Jean-Luc Mélenchon : « Taïwan : je refuse la guerre froide avec la Chine... c’est au chinois (dont ceux de Taïwan) de régler la question entre eux… »

[11Guerre en Ukraine : Jean-Luc Mélenchon " pro-Poutine " ? Remettons les pendules à l'heure !

 

Pour en savoir plus :

Vladimir Poutine signe un décret visant à agrandir l’armée russe

- ADHÉSION DE LA FINLANDE ET DE LA SUÈDE À L’OTAN : LA BALTIQUE BIENTÔT ZONE DE GUERRE ?

- Situation géoéconomique de l’Ukraine dans les mailles de l’ultralibéralisme.

- Révélation : avant que l’Ukraine ne fasse sauter le pont de Kerch, des espions britanniques avaient préparé le coup.

- L’OTAN panique devant l’incapacité de trouver le sous-marin nucléaire russe Belgorod dans l’Arctique

- « La guerre en Ukraine menace l’Europe et met en péril son moteur premier, le couple franco-allemand »

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17 mars 2022 4 17 /03 /mars /2022 09:45
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, et le président russe, Vladimir Poutine

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, et le président russe, Vladimir Poutine

La guerre en Ukraine : un objet historique multifacette

 

Dans un contexte où il est difficile de distinguer propagande de guerre et information impartiale, il nous a semblé utile de proposer ici quelques documents permettant d’élargir et d’approfondir notre champ de vision concernant le conflit militaire russo–ukrainien. Pour lire la suite cliquer ICI

 

 

Pour en savoir plus :

- 2015 : La crise russo-ukrainienne accouchera-t-elle d’un nouvel ordre européen ?

- « L’OTAN ne s’étendra pas d’un pouce vers l’est » par Philippe Descamps 

- On l’oublie un peu, mais la crise en Ukraine a surgi aussi sur fond d’enjeux économico-stratégiques mettant en cause le grand projet de M. Vladimir Poutine : l’Union économique eurasiatique (UEE), qui doit prendre effet en janvier 2015. 

- L’INVASION DE L’UKRAINE RENFORCE LA FRACTION MILITARISTE DES ÉLITES AMÉRICAINES

- Jean-Luc Mélenchon : " Pendant la guerre, le monde change sous les radars "

- NATIONALISME EN UKRAINE : MYTHE ET RÉALITÉ

- Ukraine, d’une oligarchie à l’autre

- Eric Toussaint docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France : Pourquoi annuler la dette de l’Ukraine ?

- UKRAINE : LES ÉTATS-UNIS COMPTENT FAIRE LA GUERRE « JUSQU’AU DERNIER UKRAINIEN »

- " Nous marchons vers la guerre comme des somnambules ", pour Henri Guaino

- La remilitarisation de l’Europe sous le regard fatigué de la gauche

- Le problème du nazisme en Ukraine

- NOUVEL ÉLARGISSEMENT DE L’UE : UNE FOLIE ÉCONOMIQUE ET POLITIQUE

 

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2 mars 2022 3 02 /03 /mars /2022 11:58
Guerre en Ukraine : Jean-Luc Mélenchon " pro-Poutine " ? Remettons les pendules à l'heure !

La Russie a lancé son opération militaire en Ukraine  : Jean-Luc Mélenchon a prévenu pendant 10 ans[3bis] !

 

et Anne Hidalgo, Yannick Jadot, sont en campagne et s'agitent !
Un adversaire unique pour exister, qui à leurs yeux serait pro-Poutine
[1][2][2bis]... Jean-Luc Mélenchon !
Dans le même temps, les perroquets médiatiques répètent eux aussi en boucle la même chanson pour le salir !
Or, depuis des années (ci-dessous je remonte à 2012), Jean-Luc Mélenchon critique et s'oppose au poutinisme.
Ça suffit ! Mélenchon président défendra l'intérêt de la France, l'intérêt général humain, la paix !
Quand Jaurès refusait la guerre, on le traitait d’« agent du parti allemand
[3»... quand Jean-Luc Mélenchon défend une France non-alignée au service de la paix, les apprentis de la géopolitique pour les nuls, à la peine dans leur campagne électorale, le traitent de " pro-Poutine "...
L’acharnement de ceux qui utilisent la guerre pour taper sur Jean-Luc Mélenchon ne trompe pas les Français.
Si Poutine est évidemment responsable de la situation, une majorité de Français pense que l’OTAN aussi
[4]...
Le candidat de l'#UnionPopulaire, Jean-Luc Mélenchon est considéré comme le candidat le plus à la hauteur des événements.

 

 

Sources : Durand Eric | mis à jour le 13/02/2023

- Quand en 2014, Jean-Luc Mélenchon annonçait qu'il y aurait la guerre en Ukraine

 

- Quand le 17 mai 2018, Jean-Luc Mélenchon alertait sur le risque de guerre en Europe

Il soulignait que la paix est un objectif et une construction politique. Il rappelait l’importance de l’indépendance de la France pour pouvoir être utile au service de la paix. Il appelait à ne pas mettre le doigt dans l’engrenage qui pourrait conduire à une guerre entre l’OTAN et la Russie.

 

Une vidéo utile à revisionner aujourd'hui alors que la guerre de Poutine en Ukraine a montré la fragilité de la paix en Europe et la difficulté à y revenir une fois l'attaque lancée.

 

  • et plus globalement... Poutine, Russie, Ukraine : ce que dit Mélenchon depuis 10 ans (cliquez sur l'image)

 

Mélenchon : 10 ans d'alerte sur la Russie et l'Ukraine !

 

 

- Alors Jean-Luc Mélenchon ami, aficionado de Poutine ?

 

 

 

- Et maintenant que c'est la guerre, le 24 février, invité de l'émission spéciale de France 2 sur la situation en Ukraine Jean-Luc Mélenchon a fait une proposition simple pour sortir du conflit par le haut

4 ième jour de combat en Ukraine[6]  Plus de trois jours après le début de l’offensive lancée par Vladimir Poutine en Ukraine, des milliers de personnes fuient leur pays. D’autres ont décidé de prendre les armes ou même de faire face aux chars russes à mains nues.

 

En France, Jean-Luc Mélenchon (candidat aux élections présidentielles 2022) a expliqué que s'il était président de la République, il ferait la proposition d'un cessez-le-feu en Ukraine, d'un retrait des troupes russes et de l'engagement d'une discussion sur la neutralité de l'Ukraine

 

Cette proposition a été reprise ce vendredi 25 février par les proches du président de la République ukrainienne, monsieur Zelensky[7]. L'un de ses conseillers se dit notamment prêt à engager des discussions avec Poutine sur la neutralité de l'Ukraine. Côté russe aussi, ces discussions sont souhaitées, même si pour l'heure les conditions posées à l'Ukraine pour une discussion équivalent à une reddition pure et simple. 

 

On le voit : sur ce sujet encore, Jean-Luc Mélenchon propose une solution de règlement du conflit par le haut. En 2022, il faudra choisir un président de la République qui a été capable de prévoir les dangers qui pesaient sur la paix, et a proposé des solutions diplomatiques pour éviter le passage à un conflit armé comme on en connaît aujourd'hui.  

 

 

- Ukraine : Jean-Luc Mélenchon et Hubert Vedrine font la même proposition pour cesser la guerre

 

- Discours de Jean-Luc Mélenchon sur la guerre en Ukraine prononcé le 1er mars 2022 à l'Assemblée nationale

Face à la volonté de l'Ukraine d'entrer dans l'OTAN et le non positionnement de l'occident pour dire NON, Poutine a fait le choix de la guerre... pour Jean-Luc Mélenchon, le seul but qui doit nous guider, c’est la paix.

 

Jean-Luc Mélenchon a rappelé qu’il n’y a pas d’alternative.... c’est la guerre totale ou la diplomatie. Par conséquent, le choix est vite fait, la France doit prendre une initiative diplomatique radicale : " Il faut rendre la diplomatie plus profitable que la guerre.

 

  • Jean-Luc Mélenchon appelle à la " proclamation de la neutralité de l'Ukraine ", à laquelle le président #Zelensky s'est dit " officiellement prêt ".

 

- Mais au fait, qui sont les amis à Poutine ?

Il existe des photos des candidats et politiciens qui accusent de Jean-Luc Mélenchon de soutenir Poutine ou de lui faire des courbettes.

En revanche, on n’en a aucune de ou il figure...  par contre, en mai 2018, Jean-Luc Mélenchon a rencontré Sergueï Oudaltsov, leader du Front de gauche de #Russie, emprisonné durant 4 ans et demi à la suite des manifestations de 2012 pour des élections honnêtes.

 

À #Moscou, rencontre avec Sergueï Oudaltsov, leader du Front de gauche de #Russie, emprisonné durant 4 ans et demi à la suite des manifestations de 2012 pour des élections honnêtes

 

  • les amis à Poutine... c'est eux !

 

Guerre en Ukraine : Jean-Luc Mélenchon " pro-Poutine " ? Remettons les pendules à l'heure !
Guerre en Ukraine : Jean-Luc Mélenchon " pro-Poutine " ? Remettons les pendules à l'heure !
Guerre en Ukraine : Jean-Luc Mélenchon " pro-Poutine " ? Remettons les pendules à l'heure !
Guerre en Ukraine : Jean-Luc Mélenchon " pro-Poutine " ? Remettons les pendules à l'heure !
Guerre en Ukraine : Jean-Luc Mélenchon " pro-Poutine " ? Remettons les pendules à l'heure !
Guerre en Ukraine : Jean-Luc Mélenchon " pro-Poutine " ? Remettons les pendules à l'heure !
Guerre en Ukraine : Jean-Luc Mélenchon " pro-Poutine " ? Remettons les pendules à l'heure !

Notes :

[1] Anne Hidalgo : "Jean-Luc Mélenchon est devenu l'allié et le soutien de Vladimir Poutine" 

[2] Delphine Batho, porte-parole de la campagne de Yannick Jadot : " JEAN-LUC MÉLENCHON, JAMAIS EN RETARD D'UNE COMPLAISANCE VIS-À-VIS DE POUTINE "

[2bis] Présidentielle : comment Hidalgo et Jadot utilisent la crise ukrainienne pour attaquer Mélenchon

[3] Jaures agent du parti allemand 

[3bisUkraine : Mélenchon a prévenu pendant 10 ans !

[4] Si Poutine est évidemment responsable de la situation, une majorité de Français pense que l’OTAN aussi...

[5] Jean-Luc Mélenchon est considéré comme le candidat le plus à la hauteur des événements.

[6Crise ukrainienne : la Russie lance une opération militaire, l’Ukraine craint « une grande guerre en Europe »

[7Guerre en Ukraine : la présidence ukrainienne déclare avoir accepté des pourparlers avec la Russie à la frontière avec la Biélorussie

 

Pour en savoir plus :

- Jean-Luc Mélenchon : ce qu'il a vraiment dit sur la Russie, Poutine et la Syrie

- Les Européens hors jeu : Ukraine, pourquoi la crise

- Cœur de l'Europe : Les dirigeants des grandes puissances jouent avec le feu

- Jean-Luc Mélenchon : " Ukraine/Russie : l’UE n’a décidément rien compris "

- En octobre 2013, dans un texte écrit en commun, Noël Mamère et Jean-Luc Mélenchon appelaient à la libération des écologistes emprisonnés en Russie.

- Crise autour de l’Ukraine : l’alignement condamne à la figuration

- « J’ai toujours dit que si on menaçait la Russie, elle passerait les frontières », déclare Mélenchon

- Mélenchon : 10 ans d'alerte sur la Russie et l'Ukraine

Jean-Luc Mélenchon : La comédie ukrainienne

- Jean-Luc mélenchon " Macron : La comédie de Moscou "

- Guerre russe en Ukraine : depuis bientôt 10 ans, Jean-Luc Mélenchon lance l’alerte

- Dés 2017 Jean-Luc Mélenchon mettait en garde, et face au danger de guerre en Europe appelait à sortir de l'OTAN

- Jean-Luc Mélenchon " Je condamne la guerre de la Russie en Ukraine "

- Communiqué de Jean-Luc Mélenchon suite au déclenchement de la guerre russe en Ukraine.

- Crise en Ukraine : Mélenchon accuse l'OTAN d'attiser les tensions

- Ukraine : Mélenchon a prévenu pendant 10 ans

- Attaque de la Russie en Ukraine – Communiqué de Jean-Luc Mélenchon

- Guerre russe en Ukraine : La France Insoumise renouvelle sa demande de débat à l’Assemblée nationale

- Jean-Luc Mélenchon : Ukraine - Cessez-le-feu, retrait russe : ce que la France doit proposer

- L'OTAN accroît les tensions en Europe, avec le Général Vincent Desportes 

Ukraine : Mélenchon défend la paix à l’Assemblée et marche dans les pas de Jaurès

- Ukraine : Mélenchon propose la neutralité de Kiev

- 2 Mars, Jean-Luc Mélenchon sur l'Ukraine : face à la menace nucléaire, l’urgence c’est la paix

- Ukraine nucléaire – Communiqué de Jean-Luc Mélenchon

- Jean-Luc Mélenchon le 2 mars 2022 " Ukraine : je veux construire le camp de la paix contre les va-t-en guerre "

- Jean-Luc Mélenchon : " Pendant la guerre, le monde change sous les radars "

- Jean-Luc Mélenchon se désole de l’opacité autour des questions miliaires et de l’absence d’un dialogue sur les décisions prises par l’exécutif. Et demande un débat hebdomadaire au Parlement sur la crise.

- Jean-Luc Mélenchon : La Guerre d’Ukraine doit finir

- Tribune cosignée par Jean-Luc Mélenchon. Guerre en Ukraine : « Nous appelons à redoubler d’efforts diplomatiques pour établir un cessez-le-feu »

Guerre en Ukraine : Jean-Luc Mélenchon " pro-Poutine " ? Remettons les pendules à l'heure !
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