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11 octobre 2022 2 11 /10 /octobre /2022 10:02
5/10/1789 Parisiennes vont chercher le roi à Versailles

5/10/1789 Parisiennes vont chercher le roi à Versailles

Jean-Luc Mélenchon : « L’onde de choc de la Révolution de 1789 n’est pas épuisée »[0]

 

« Ainsi, faire référence à la Révolution française serait devenu du fascisme », par Alexis Corbière[1]

 

« Le 5 et le 6 octobre 1789 les femmes marchent sur Versailles contre la vie chère. Elles ramènent le roi la reine et le dauphin de force à Paris sous contrôle populaire. Faites mieux le 16 octobre. ». Ce tweet de Jean-Luc Mélenchon, fait il y a quelques jours avait vocation à appeler à participer à la marche contre la vie chère et l’inaction climatique. Sa référence historique, un épisode connu de la Révolution française, pouvait sembler assez banal à qui est familier des discours du leader insoumis ou même du mouvement social traditionnel français.... et pourtant elle a provoqué l’indignation de la majorité et l’embarras d’une partie de la gauche[2].

 

 

Sources :  l'Insoumission par Antoine Salles-Papou | mis à jour le 04/11/2022

- La référence à 1789 est en effet un trait commun aux grands meetings insoumis, aux cortèges syndicaux et aux manifestations gilets jaunes.

Le 5 et le 6 octobre 1789 les femmes marchent sur Versailles contre la vie chère. Elles ramènent le roi la reine et le dauphin de force à Paris sous contrôle populaire. Faites mieux le 16 octobre.

Rien de particulièrement provocateur à priori. Pourtant, le tweet a suscité des réactions indignées et même affolées de la part de représentants politiques, intellectuels et journalistiques du pouvoir macroniste... et l’embarras d’une partie de la gauche. Olivier Véran, porte-parole du gouvernement, a parlé « d’appel à la violence sociale ».

 

Quant à Aurore Bergé, présidente du groupe du Président à l’Assemblée nationale, elle carrément jugé qu’après son tweet, Jean-Luc Mélenchon n’était « pas crédible pour continuer à être un homme politique ». Pour elle, il s’agit ni plus ni moins d’un appel à « la guillotine » et de « mots que l’on a pas le droit d’employer ». Le grand intellectuel et ami d’E. Zemmour, E. Naulleau a réagi avec mesure : « avec cet appel à l’émeute et au meurtre, Jean-Luc Mélenchon quitte à jamais le champ républicain ».

 

 

- Bien sûr, il y a dans ces mots excessifs une part surjouée, une tactique pour décrédibiliser par avance la mobilisation de la NUPES[3] contre la vie chère et l’inaction climatique prévue le 16 octobre.
Mais elle est assez maladroite quand on y pense. Car son effet a été plutôt de mettre en lumière la date de la marche et de replacer le clivage politique entre la macronie et la NUPES et sur le champs social. De plus, il n’est pas certain que les insoumis et leurs alliés qui cherchent à mobiliser pour cette manifestation soient choqués par la référence à la marche des femmes de 1789. C’est même plutôt le contraire qui est certain.

 

De ce point de vue, on peut penser que la réaction du pouvoir était plus épidermique que contrôlée. Quelque chose de plus que le simple calcul politique se joue ici. Dans l’exagération ridicule des réactions à un simple tweet, il se montre une sincérité dans le dégout, la haine ou la peur suscités par la référence révolutionnaire. Cet épisode n’est pas sans rappeler un autre. C’était au début du premier mandat d’Emmanuel Macron. La France Insoumise avait organisé une marche contre la réforme du code du travail[4].

 

"C’est la rue qui a abattu les rois, c’est la rue qui a abattu les nazis…": l’anaphore de Mélenchon contre Macron

Jean-Luc Mélenchon avait dans son discours à cette occasion énuméré tout ce que “ la rue ” avait accompli dans l’histoire contemporaine française en commençant par la Révolution en finissant son énumération par “ la défaite des nazis ”[5]. Là encore l’évocation d’un récit historique nationale où le peuple tient une place centrale et glorieuse avait tordu d’indignation et de colère les macronistes.

 

Ils avaient criés ensemble à la « fake news », à la réécriture de l’histoire et à la sortie du champs « républicain ». Encore une fois : que les représentants du bloc bourgeois attaquent ceux du bloc populaire est normal et attendu. La question est plutôt : pourquoi l’attaquer là dessus ? Ou dit autrement : pourquoi détestent-ils tant la Révolution française ? 

 

 

- L’esprit revanchard de la bourgeoisie française
Il y a un état d’esprit particulier de la bourgeoisie française. Le macronisme[6] l’incarne parfaitement. Cet état d’esprit on pourrait le caractériser d’un seul mot : revanchard. Depuis le début de l’ère néolibérale, la bourgeoisie française a longtemps eu l’impression d’être à la traîne dans les “réformes” à accomplir. Justifié ou pas, ce sentiment est tellement fort qu’il fait partie désormais des lieux communs les plus partagés au sein de la bourgeoisie française.

 

Elle jalouse ses homologues anglo-saxons, d’Allemagne ou d’Europe du nord. Et elle utilise fréquemment les mots “ archaïque ”, “ en retard ” ou “ irréformable ” pour désigner l’état de son propre pays, signe de sa grande frustration. Cet état d’esprit vient de plusieurs événements traumatiques qui ont démontré la capacité de résistance populaire relativement plus grande en France que dans d’autres pays.

  • D’abord, au début des années 1980, alors que Thatcher et Reagan triomphaient au Royaume-Uni et au États-Unis, le peuple français portait à la victoire la gauche sur un programme radical : le programme commun socialistes-communistes[7].
  • Même s’il y a eu le tournant de 1983 et même si l’esprit du programme commun n’y a pas survécu, cette victoire de 1981 a laissé des traces. Elle explique la relative lenteur à mettre en place certaines réformes néolibérales en France. Certains des acquis de 1981, en total contradiction avec le mouvement de réforme du capitalisme ont même duré 30 ans comme la retraite à 60 ans. Ensuite, il y a eu plusieurs mouvements sociaux victorieux contre des réformes néolibérales.
Le Non français au traité constitutionnel européen (mai 2005) Sur deux lectures « polaires » du scrutin

On peut penser en particulier au retrait de la loi sur l’université en 1986 ou aux grandes grèves de 1995. Même à la fin des années 1990 et au début des années 2000, il y a encore des victoires politiques pour le camp antilibéral. Le gouvernement Jospin intègre des ministres communistes et fait les 35h, même s’il y aussi des éléments plus en phase avec le capitalisme mondial dans son bilan. Et en 2005, le référendum sur la constitution européenne, qui voulait valider l’inscription dans le marbre des principes ordo-libéraux, a donné la victoire au “ non ”[8].

 

 

 - De sorte qu’en mettant à la suite tous ces évènements, on peut dire que le peuple français a une histoire particulière de résistance au rouleau compresseur néolibéral, en tout cas à l’intérieur de l’espace européen / nord-américain.
Comme le montrent des économistes comme Bruno Amable et Stefano Palombarini, ceci explique les chemins particuliers pris par le néolibéralisme à la française, par lesquels les blocs de droite et de gauche ont essayé tant bien que mal de retarder certaines transformations et qui finissent par la cristallisation d’un bloc bourgeois.

 

Avec Macron, la bourgeoisie française a enfin trouvé son petit Thatcher à elle, celui qui ne reculera pas devant les oppositions populaires et qui pourra enfin adapter l’économie française à la mondialisation[9]. Elle tient enfin sa revanche. Sauf que c’est totalement à contre-temps. Elle a la mentalité des bourgeoisies anglo-saxonnes des années 1980 mais 40 ans plus tard. Macron mène, au nom de son bloc bourgeois, un combat d’arrière garde avec une posture d’arrière garde et des méthodes d’arrière garde.

 

La bourgeoisie française, du fait de son obsession pour le “ retard français ” est elle-même devenue arriérée. Par définition, elle n’est pas équipée pour faire face aux problèmes contemporains puisqu’elle se croit encore dans une autre époque. 

 

 

- Le problème du national-populaire

Révolution passive

Cette spécificité a des conséquences sur son état mental, sur son imaginaire et sur les imaginaires qu’elle est capable de déployer comme élite de la société. En France, la transformation néolibérale a bien eu lieu avant l’arrivée de Macron, et même depuis les années 1980, mais sous la forme d’une “ révolution passive[10] ”, pour reprendre une expression du communiste italien mort en 1937 Antonio Gramsci.

 

Le dirigeant du PCI a passé les onze dernières années de sa vie dans les prisons fasciste. Il y a écrit des « cahiers » dans lesquels il tâche d’analyser comment s’organise la domination d’une classe sociale, la bourgeoisie, dans des sociétés complexes, c’est-à-dire les sociétés capitalistes avancées. Il décrit un certain nombre de dispositifs hégémoniques encore utilisés aujourd’hui pour comprendre les mécanismes de domination, la politique en régime capitaliste, l’État et les dynamiques de luttes de classes. Dans l’un de ses cahiers, Gramsci compare les situations de la bourgeoisie française et italienne. Les deux utilisent le même outil politique, administratif et culturel pour reproduire leur situation dominante : l’État-nation.

 

Mais elles diffèrent dans la manière dont cet État Nation unitaire a été créé.

  • En s’appuyant sur des révolutions populaires, par en bas, en France.
  • Ou bien uniquement par en haut dans le cas de la réalisation de l’unité italienne.

Ces conditions historiques expliquent pour Gramsci la faiblesse spécifique de la bourgeoisie italienne. En particulier, c’est en partie pour cela selon lui qu’elle n’est pas parvenue à créer de culture « nationale-populaire », c’est-à-dire une culture qui, bien que légitimant la domination bourgeoise, incorpore des éléments émanant du peuple.

 

Il n’y a pas, pour lui (Antonio Gramsci), de romancier ou de journaliste italien qui capte une partie de la culture profonde populaire et la transforme en idéologie bourgeoise. Cette absence de culture ou encore de « sentiment » national-populaire en italien signifie que les visions morales répandues en Italie ne sont pas aussi alignées qu’elles pourraient l’être avec les intérêts du haut de la société. Un siècle plus tard, on peut dire que c’est la bourgeoisie française qui se retrouve dans la situation des élites transalpines décrites par Gramsci. La transformation néolibérale de son pays a eu lieu par en haut, et sans intégrer de composante populaire.

 

 

- La réforme du capitalisme français s’est faite d’abord en catimini, par les aspects qui se voyaient le moins comme la libéralisation financière.
Puis elle a été externalisée en quelque sorte, par l’Union européenne. Les gouvernements qui ont mené cette réforme, notamment les privatisations et libéralisations de grands pans de l’économie l’ont justifié, non par les bienfaits intrinsèques de ces changements mais par le fait qu’ils étaient une nécessité pour construire l’Europe.

Jacques Chirac : un libéral ambivalent qui dénonçait la « fracture sociale »

C’est-à-dire au final comme une contrainte imposée de l’extérieur[11].

Encore au milieu des années 1990, Jacques Chirac menait encore campagne sur le thème de la “ fracture sociale ”[12], c’est-à-dire en mobilisant des affects très éloignés de la révolution néolibérale.

 

La bourgeoisie française, dans les décennies 1980 et 1990 n’a pas construit de récit national-populaire capable d’accompagner le changement néolibéral. Face aux conditions du rapport de forces avec les masses populaires françaises, elle a préféré développer une stratégie de contournement, de transformation uniquement par en haut, négligeant la “ réforme intellectuelle et morale ” c’est-à-dire le changement des mentalités. On peut pour s’en convaincre comparer cette attitude de la bourgeoisie française avec la façon dont les bourgeoisies états-uniennes ou britanniques ont mené les mêmes transformations dans leurs pays.

 

Dans ces nations (états-uniennes ou britanniques), les réformes économiques et sociales ont été soutenues et accompagnées par un nouveau récit sur le prestige national, avec la victoire finale dans la guerre froide notamment,  ou sur ce qui signifie être britannique ou américain : exaltation de l’esprit d’entreprise individuel, revivification de l’ “ american dream ”, etc. On peut noter dans le domaine de la culture, un âge d’or du blockbuster patriotique avec un héro individualiste à Hollywood dans les années 1980, avec des séries comme Rocky ou Rambo. Des pans entiers de l’histoire populaire des États-Unis sont mis en avant avec le prisme de ce patriotisme néolibéral : la révolution de 1776 évidemment, mais aussi l’histoire de l’immigration dans le pays ou celle des pionniers.


Bref, s’il serait abusif de parler de révolution “ par en bas ”, il est certain en tout cas que la révolution néolibérale au États-Unis a été attractive pour d’amples fractions populaires en tant qu’elle a pris la forme d’une “ réforme intellectuelle et morale ” de la culture populaire nationale. En France, donc, rien de tout cela puisque la bourgeoisie nationale a mené la transformation sans ni le concours du peuple, ni même son consentement. Avec le temps, cette indifférence au peuple s’est transformée en handicap structurel.

 

  • Le sentiment que le peuple lui faisait perdre du temps dans la course au néolibéralisme, sa frustration de ne pouvoir l’emmener avec elle ouvertement lui ont fait développer une aversion extrême pour le populaire national français. La bourgeoisie française n’est plus capable d’intégrer des composantes populaires à l’identité nationale française tant elle les haï.

 

Son rapport au récit historique national est en fait un symptôme de sa faiblesse. Elle peine à intégrer les épisodes révolutionnaires ou même seulement populaires à un récit historique mobilisateur et unificateur sur la Nation française. Ce que pourtant elle était parvenue à faire dans le passé. Elle voit cette irruption du peuple sur la scène de l’histoire soit comme incongrue, soit comme une source de retard pour la France, soit carrément comme la matrice de tous les malheurs de l’Humanité au 20ème siècle.

 

Son incapacité à formuler un récit national populaire fragilise bien sûr encore plus sa position. Elle n’est bonne qu’à contempler les “fractures françaises” et geindre dessus sans se rendre compte que c’est sa propre arriération qui en est la cause. À cause des conditions particulières de la révolution néolibérale en France, la bourgeoisie française ne joue pas son rôle d’élite dans la société : pas de capacité d’homogénéisation, pas de direction entrainante pour la société, pas d’attractivité. Elle en est réduite pour perpétuer sa domination à des réflexes régressifs : se renfermer sur elle même politiquement et culturellement.

 

 

- Une opportunité pour le bloc populaire 

Les 3 blocs et l’avenir de l’Union populaire par Jean-Luc Mélenchon

Pour le camp populaire[13], il est important de comprendre cette configuration particulière. Elle confirme la fragilité structurelle du bloc bourgeois, proportionnelle d’ailleurs à son agressivité. Mais elle offre aussi une brèche. La voie est donc ouverte pour articuler notre propre récit national-populaire. C’est-à-dire donner à des éléments de la culture populaire française un autre sens, pour promouvoir d’autres valeurs, visions du monde, imaginaires en ligne avec des objectifs révolutionnaires : collectivisme, harmonie avec le monde vivant, égalité, émancipation, etc.


Par exemple, pour reprendre l’exemple du récit historique, en utilisant intelligemment les mémoires collectives pour en faire un élément qui soude entre elles les fractions du peuple dans une perspective progressiste. De ce point de vue, le travail politique pour construire un récit sur la révolution française, et plus largement sur l’histoire et ce que signifie “ français ” est une tâche révolutionnaire de premier ordre. Les nombreuses références de Jean-Luc Mélenchon sont de ce point de vue bien plus que du folklore. Elles font partie d’une stratégie de construction hégémonique qui a d’autant plus de chances de fonctionner qu’elle se base sur une faiblesse structurelle de l’adversaire.

 

  • Le sociologue Federico Tarragoni et l’historienne Déborah Cohen reviennent longuement sur cet aspect dans un article récent « Mélenchon, le populisme et l’histoire[14] » paru sur le site AOC. Dans la même veine, on peut citer le travail du député insoumis Antoine Léaument. Lui aussi s’en explique longuement dans un article publié par Le Vent Se Lève « La République a un contenu politique et nous le revendiquons[15] ». Ce travail peut venir combler un vide et réduire les fractures à l’intérieur des espaces populaires de façon à renforcer à la fois l’étendue et la dynamique de notre bloc.

 

 

- Pour conclure
Ici nous avons parlé particulièrement de la question du récit historique. Elle est cruciale pour impulser une « réforme intellectuelle et morale » dans un autre sens. Mais il conviendrait de faire la démonstration et d’explorer les moyens de mener ce travail politique en cinéma, en littérature, dans la télévision, la culture internet, etc.

 

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20 septembre 2022 2 20 /09 /septembre /2022 20:32
Le 20 septembre 1792 : Valmy la bataille qui a tout changé...

Il y a 230 ans, le 20 septembre 1792, le peuple français a changé le monde par une victoire militaire... 

 

Celle d’un peuple libre qui se bat contre les monarchies ennemies de sa liberté

 

Le lendemain, la fin de la monarchie est proclamée... la République est née.

 

La bataille de Valmy, l'une des plus grandes batailles de l'histoire de France, bataille décisive qui a changé le cours de l'histoire. Cette bataille, c'est une victoire de la France qui a changé le cours de l'histoire et donc vous en dire quelques mots puisque nous publions donc cette vidéo le jour de cette bataille.

 

Sources : LE BON SENS | mis à jour le 04/11/2022

- Qu'est ce qui s'est passé en ce 20 septembre 1792 ?

Et bien, on a gagné. Mais pour en parler, il faut d'abord revenir un petit peu en arrière sur ce qui se passe juste avant.

 

En fait, le 10 avril 1792, la France déclare la guerre à l'Autriche.

Pourquoi ? En réalité, c'est parce que le roi, depuis plusieurs jours, plusieurs mois, complote pour que justement une guerre ait lieu et rétablisse son pouvoir. Il espère la défaite de la France. Il espère que notre armée soit vaincue et que lui puisse être rétabli par les monarchies étrangères dans son pouvoir absolu. Il espère pouvoir être rétabli dans un pouvoir absolu puisque là on est en train de rédiger la Constitution pour avoir une monarchie constitutionnelle. Donc le roi espère cette défaite de la France. Les armées de la France sont en train d'être battues.

 

Le 11 juillet 1792, l'assemblée nationale déclare la patrie en danger et appelle à la mobilisation générale (malgré une rude opposition – celle de Robespierre notamment au Club des jacobins[2]). On appelle donc les simples citoyens, les gens du peuple à venir renforcer l'armée de la France avec une formule qui dit : “ Souvenez vous que vous êtes français et libre et donc en gros que vous êtes en train de défendre la patrie de la liberté.

 

Puis le 25 juillet 1792, arrive un nouvel événement : c'est la publication du Manifeste de Brunswick[1] fixé au commandant des forces armées, l'Autriche adversaire et se manifeste de ce qui dit que si vous touchez du roi, si vous prenez les Tuileries, et bien on va raser Paris.
Il n'en fallait pas plus pour motiver les gens. Et donc, le 10 août, le peuple se rend aux Tuileries et s'empare du palais du roi et démet le roi de ses fonctions. À partir de ce moment là, la monarchie tombe.

 

 

- On arrive comme ça petit à petit, au 20 septembre 1792, à cette bataille de Valmy.

Alors il y a d'un côté Brunswick et puis de l'autre côté, il y a les autres : il y a Kellermann et Dumouriez. 
Alors qu'on était en train de perdre bataille sur bataille, on va la gagner. Et pourquoi on la gagne ? Eh bien, parce que il se produit un événement particulier qui va impressionner l'armée autrichienne et l'armée de Brunswick. Il y a nos troupes qui sont ici à côté du moulin et puis le général Kellermann, qui dirige cette armée, Kellermann, fait un discours enflammé en parlant de la nation, en parlant de la liberté et lance la charge aux cris de Vive la nation

 

Et vous avez une armée qui dévale la pente. “ Vive la nation, vive la nation ! ” Et ça fait tellement de bruit, dit-on, que la terre trembla et que ça impressionna l'armée ennemie et qui ont été en déroute rapide. Donc ce jour-là, c'est le peuple en armes, le peuple libre, le peuple se battant pour ses droits et pour sa liberté qui a vaincu les armées monarchiques qui venaient pour rétablir la monarchie en France alors qu'elle était tombée le 10 mai.

 

  • N'en déplaise aux macronnistes, la République est née de facto, il y a tout juste 230 ans lorsque fut proclamée l'abolition de la royauté, le 21 septembre 1792. Le lendemain un décret indiquera que tous les actes publics seront datés de l'an 1 de la République.

Vive la République !

 

DÉCRET DE LA CONVENTION ABOLISSANT LA ROYAUTÉ, 21 SEPTEMBRE 1792.

 

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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 09:23
4 février 1794 : Première abolition de l'esclavage

Il y a 223 ans, la Révolution française abolissait l'esclavage...

 

Le 4 février 1794 (16 pluviôse an II), la Convention Nationale vote l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises. C’est une grande première dans l’histoire de l’humanité, et la fin d’un âpre débat qui a divisé les révolutionnaires depuis la fameuse nuit du 4 août 1789.

 

Sources : Rue du Blogule Rouge insoumis | mis à jour le 04/02/2022

C'est dans un enthousiasme indescriptible que la Convention Nationale décida d'abolir l'esclavage dans les colonies, le 16 pluviôse an second de la République française, une et indivisible, soit le 4 février 1794, en prenant en séance publique le décret n°2262 suivant :

 

"La Convention Nationale déclare que l'esclavage des Nègres, dans toutes les colonies, est aboli ; en conséquence elle décrète que tous les hommes, sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies, sont citoyens français et jouiront de tous les droits assurés par la Constitution. - Elle renvoie au comité de salut public, pour lui faire incessamment un rapport sur les mesures à prendre pour assurer l'exécution du présent décret."

 

C'était la fin d'un débat qui avait divisé les révolutionnaires depuis la nuit du 4 août 1789, entre ceux qui, par souci des intérêts financiers aux colonies, étaient opposés à l'abolition, comme les membres du club de Marciac et les humanistes abolitionnistes regroupés au sein de la “Société des amis des Noirs“ tels que l'abbé Grégoire, Brissot, Robespierre et Condorcet.

 

Pendant plus de trois ans, les efforts des abolitionnistes restèrent vains. Robespierre s'insurgeait : "Les Droits de l'Homme sont encore bafoués“.

 

Un mouvement d'émancipation des esclaves eux-mêmes se développa alors, dont la puissance fut déterminante. C'est ainsi qu'en 1793, à Saint-Domingue, la principale et la plus riche des colonies françaises, le soulèvement des affranchis et des esclaves poussa le commissaire de la République, Léger-Félicité Santhonax, à proclamer la liberté des esclaves le 4 septembre.

 

Les trois représentants de Saint-Domingue à l'Assemblée, Louis-Pierre Dufay (Blanc), Jean-Baptiste Mills (Mulâtre libre) et Jean-Baptiste Belley (ancien esclave), jouèrent un rôle important pour rallier les députés de la Convention les plus rétifs à l'abolition.

 

En plus du décret, il fut décidé de l'ajout d'un nouvel article à la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1793. L'article 18 stipula ainsi que "Tout homme peut engager ses services, son temps ; mais il ne peut se vendre, ni être vendu ; sa personne n'est pas une propriété aliénable. La loi ne reconnaît point de domesticité ; il ne peut exister qu'un engagement de soins et de reconnaissance entre l'homme qui travaille et celui qui l'emploie."

 

Ce décret est tout à l'honneur de la Révolution française mais pourtant les actes concrets d'abolition eurent bien du mal à suivre : alors que Saint-Domingue et la Martinique furent envahis par les Anglais sitôt l'abolition prononcée, le décret ne fut en définitive appliqué qu'en Guadeloupe, avant d'être finalement abrogé par le Premier Consul, un certain Napoléon Bonaparte, en 1802...

 

Il faudra attendre le 27 avril 1848 et un décret signé par Victor Schoelcher, député de la Martinique et de la Guadeloupe et sous-secrétaire d'État à a Marine, pour mettre un terme définitif à l'esclavage dans les colonies françaises.

 

 

-

Le 4 février 2017 : discours de J.L. Mélenchon sur l'abolition de l'esclavage à Champagney

 

 

- Le 16 décembre 2022 : discours de J.L. Mélenchon sur l'abolition de l'esclavage en Guadeloupe

 

 

- Le 4 février 2022 : «Il n’y a de France possible qu’en République » – Discours sur l’abolition de l’esclavage au Mans

 

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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 08:24
Buste de Robespierre, par Deseine, 1792.

Buste de Robespierre, par Deseine, 1792.

Sources :  Le Comité du Cantal du Parti de Gauche

A voir ce film aux magnifiques dessins fixes qui nous donne à mieux comprendre qui était Robespierre et quelle était son époque : la Révolution française.

 

 

- 2 éléments cependant contestables dans la narration

  • l'anecdote présentée comme authentique et pourtant peu problable du compliment au roi et à la reine dont Robespierre, enfant, aurait été chargé ;

  • l'affirmation que Robespierre était croyant.

 

Sinon un très beau et très bon travail du dessinateur - réalisateur Anthony Pascal.

 

Pour en savoir plus :

- Et si on parlait de Robespierre

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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 08:45
 Jean-Luc Mélenchon conteur d'Histoire : Philippe le Bel, Louis XI et Robespierre

" Il est impossible de vivre autrement que dans un État laïc "

 

Sources : herodote.net par Vanessa Moley | le 23 mai 2020

Jean-Luc Mélenchon se penche sur Philippe le Bel et les débuts de la laïcité, Louis XI et la formation de l'État, Robespierre et la Terreur révolutionnaire à travers trois entretiens vidéo avec le journaliste Jean-Pierre Bédéï (Herodote.net).

 

Il tire pour nous les enseignements de ces épisodes majeurs de notre Histoire et nous dit en quoi la connaissance de l'Histoire est essentielle aux hommes d'État.

 

Homme politique classé à gauche de la gauche, lui-même tient son goût pour l’Histoire d’abord de l’apprentissage du latin, de la découverte de la Rome antique et du récit par Tite-Live des guerres puniques. Ensuite d’une relation sentimentale à l’adolescence qui a donné lieu à un échange de livres : un recueil de poèmes contre l’Histoire de la Révolution française d’Adolphe Thiers. Bien qu'écrit par un homme d'ordre, cet ouvrage lui a mis en lumière les « gestes héroïques du peuple ».

 

 

- Philippe le Bel et les débuts de la laïcité

En 1301 a lieu la première bataille entre l’Église et l’État, sur une question fiscale. Le pape Boniface VIII est désavoué par le roi Philippe le Bel et son légiste Guillaume Nogaret. Le roi l’emporte à l’issue de l’épisode de la « gifle d'Anagni ». « Je suis roi par la volonté de Dieu », dixit Philippe Le Bel.

 

Des guerres de religion, deux siècles plus tard, Jean-Luc Mélenchon garde le souvenir ému de Marie Durand, protestante, emmurée près de 40 ans avec une trentaine d’autres femmes, qui nous a laissé une inscription gravée sur la margelle du puits de sa prison : « Résister ».

 

La laïcité répond à une impasse, l’impossibilité d’éliminer tous les protestants. Elle est un phénomène profond constitutif de l’État, ancrée dans l’Histoire de la France et la diversité de son peuple : « Nous sommes tous semblables malgré nos différences. »

 

 

- Louis XI et la formation de l'État

Jean-Luc Mélenchon se voit quelques similitudes avec Louis XI. Peu soucieux des apparences mais fin stratège, le roi défend envers et contre tout sa vision de l’État. Le pouvoir doit s’exercer au service de l’État et de l’action publique, dans l’intérêt du peuple.

 

Louis XI l’emporte par la ruse sur son rival, le flamboyant Charles le Téméraire. Il ne se laisse pas arrêter par l’amour propre, la vanité et l’orgueil, à la différence des dirigeants ordinaires.

 

 

- Robespierre et la Terreur

En 1792, Robespierre, que Jean-Luc Mélenchon juge visionnaire, pragmatique et de bon sens, se montre hostile à la guerre car il devine qu’elle sera longue et risque d’amener un militaire au pouvoir. Les Girondins, au contraire, y sont favorables, car ils escomptent une défaite et donc des négociations !

 

La Terreur ? Jean-Luc Mélenchon, qui se veut « robespierriste », a beau jeu de rappeler que c’est Danton qui invente le Tribunal révolutionnaire pour éviter le retour des massacres de septembre 1792. Et les fous furieux les plus engagés dans la Terreur, comme Carrier à Nantes et Fouché à Lyon, figurent parmi les Thermidoriens qui auront la peau de Robespierre…

 

Pris en défaut à l’assemblée après une nuit blanche, Robespierre est mis hors-la-loi. À ses partisans qui lui suggèrent de reprendre le pouvoir, il répond : « Au nom de qui ? » Car, en bon avocat, il ne saurait violer la légalité républicaine… Robespierre a été adulé par le peuple car incorruptible.

 

 

- Résonance avec l’époque actuelle

De l’Histoire, Jean-Luc Mélenchon retient qu’il est impossible de vivre autrement que dans un État laïc : « Ce qui nous unifie, c’est l’État ». Il souligne aussi l’action méconnue du peuple. Pas de grandes choses sans l’appui du grand nombre. « Le peuple est acteur de l’Histoire ».

 

Pour en savoir plus :

- Le véritable crime de Robespierre : avoir défié la toute-puissance des riches

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 08:15
On en parlait déjà de "la dette" : Révolution française et dette publique

La dette de l’Etat constitue la raison première de la crise de l’Ancien régime, la raison première de la convocation des Etats Généraux.

 

Sources : Le Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Jacques Serieys

- A) Les finances de l’Etat, point faible de la monarchie française au XVIIIème siècle

Louis XVI - France.jpg Dès le règne de Louis XIV, l’Etat est endetté jusqu’au cou. Les guerres presque continuelles de 1688 à 1714 ont coûté tellement cher que la dette atteint la valeur de l’ensemble des revenus du royaume sur une année. Les dépenses somptuaires de la Cour ont complété le désastre. Toute recette est hypothéquée sur les trois à quatre ans à venir.

 

Ceci dit, la principale cause de ces difficultés financières, c’est l’héritage féodal de l’Etat royal :

  • exemption de tout impôt pour les ordres privilégiés, clergé et noblesse ;
  • indépendance des ministères de la guerre et de la marine vis à vis des gestionnaires du Trésor ;
  • autonomie des financiers provinciaux dans leur gestion des recettes qui les valorisent souvent à leur profit avant de prêter l’argent gagné à l’Etat à taux usurier ;
  • administration reposant sur des "offices" achetés en surnombre...

 

Durant tout le siècle, les rois et leurs ministres s’échinent à trouver des solutions mais l’égoïsme des privilégiés les rend impossibles.

 

Ainsi, en 1786, le contrôleur général des finances Charles Alexandre de Calonne propose un impôt foncier touchant tous les propriétaires. L’opposition frontale de ceux-ci (particulier des Parlements) oblige le roi à convoquer les Etats Généraux « Nous avons besoin du concours de nos fidèles sujets pour Nous aider à surmonter toutes les difficultés où Nous Nous trouvons, relativement à l’état de nos finances... »

 

 

- B) 1789 Comment éponger la dette publique contractée par la royauté

L’Assemblée nationale est prise en 1789 dans des contradictions fort difficiles à résoudre :

  • les prêteurs attendent d’elle qu’elle garantisse la valeur de l’argent placé. Qui sont-ils ? d’une part de petits rentiers, particulièrement parisiens qui ont participé nombreux au mouvement social car le train de dépenses de la royauté peut rendre l’Etat insolvable ; d’autre part de moyens et gros capitalistes qui ont surtout leur intérêt financier pour objectif et dont l’attitude politique en 1789 paraît complexe (en tout cas, ils préfèrent souvent la stabilité de l’exécutif à une révolution politique et sociale).
  • le peuple en révolution attend d’elle qu’elle déclare tous les anciens impôts illégaux, ce qui impliquerait une rentrée financière quasi nulle pour l’année en cours 1789, aggravant d’autant la dette publique

 

Les députés choisissent de répondre favorablement au mouvement social, annulant tous les impôts d’Ancien régime. Pour comprendre cette attitude, il faut savoir qu’une majorité de députés pensent que la seule solution pour supprimer la dette de l’Etat sera une banqueroute permettant un non remboursement des emprunts. Quiconque analyse seulement la révolution de 1789 comme une révolution bourgeoise particulièrement portée par les secteurs capitalistes avancés ne peut comprendre cela.

 

La dette augmentant sans cesse, le ministère se voit obligé d’obtenir des facilités auprès de la Caisse d’Escompte ( ancêtre de la Banque de France, de la direction du Trésor et de la Caisse des dépôts et consignations), expédient qui ne peut plaire aux créanciers, de plus de nature à faire baisser les taux d’intérêt.

 

  • Le 7 août 1789, Necker (contrôleur général des finances de l’Etat royal) vient devant l’Assemblée Neckerdresser un état catastrophique des ressources budgétaires de l’Etat. Il demande l’accord pour un emprunt immédiat et indispensable de 30 millions. A nouveau, l’Assemblée fait preuve de son souci de l’intérêt général et de son autonomie vis à vis de la grande bourgeoisie : elle accepte l’emprunt mais en baisse nettement le taux d’intérêt malgré l’opposition de Mirabeau lié à de gros capitalistes qui veut maintenir un taux d’intérêt élevé pour rassurer les rentiers.

 

  • Le 27 août, lendemain du vote de Déclaration des drits de l'homme et du Citoyen, Necker revient à la charge car l’état des finances s’est encore dégradé en quelques semaines. Après avoir approché plusieurs députés influents pour ne pas rater son intervention à l’Assemblée, il demande un nouvel emprunt de 80 millions et surtout fait une proposition révolutionnaire : transformer la Caisse d’escompte en Caisse nationale en lui donnant le droit d’émettre des bons du Trésor. Les capitalistes fulminent ; Etienne Clavière, grand banquier genevois, grand spéculateur sur le dos de l’Etat et futur girondin, rédige et publie un texte avec Mirabeau Motion de Monsieur le Comte de Mirabeau concernant la Caisse d’escompte. La proposition de Caisse nationale est ajournée.

 

Louis XVI accepte qu’une partie significative de sa vaisselle d’agent soit fondue pour aider le budget. Un proposition est avancée à l’Assemblée d’une imposition spécifique du capital mais l’idée est évacuée en raison de la difficulté de la prélever.

 

Le 24 septembre, Necker, aux abois, propose la dernière solution possible : une "contribution patriotique" d’un quart des revenus au dessus de 400 livres (en numéraire ou en orfèvrerie), remboursable dès que possible.

 

L’attitude l’Assemblée fait à présent peur à la grande bourgeoisie qui craint une banqueroute totale qui les ruineraient. Aussi, Clavière, par exemple, soutient cette proposition Necker. Mirabeau intervient à l’Assemblée le 26 septembre, sur un ton assez démagogique pour appeler à une décision courageuse éloignant le spectre de la banqueroute.

 

 

- C) 26 septembre 1789 Pour sortir de la crise, Mirabeau exhorte l’Assemblée Constituante à décider la confiscation du quart des plus grandes fortunes

Le comte de Mirabeau, pa François Lonsing (musée des Beaux-Arts, Bordeaux)D’un point de vue oratoire, ce discours du député d’Aix est admirable.

 

D’un point de vue politique, il montre la puissance d’une révolution populaire amenant les milieux capitalistes à préférer perdre un quart de leur fortune plutôt que subir la banqueroute. En effet, comme nous l’avons signalé plus haut, une majorité de députés de l’Assemblée ne voit que la banqueroute comme solution (l’Etat décrète son incapacité à rembourser quoi que ce soit à ses créanciers qui, ainsi perdent tout alors que le pouvoir public efface sa dette).

 

Mirabeau commence par attaquer ceux qui penchent vers l’idée d’une banqueroute comme moyen de sauver financièrement l’Etat.

« … Voici l’infâme mot de banqueroute... Je dirais à ceux qui se familiarisent avec l’idée de manquer aux engagements publics, par crainte d el’excès de sacrifices, par terreur de l’impôt... Qu’est-ce donc que la banqueroute si ce n’est le plus cruel, le plus inique, le plus inégal, le plus désastreux des impôts ?

 

Mes amis, écoutez un mot, un seul mot.

Deux siècles de déprédations et de brigandages ont creusé le gouffre où le royaume est près de s’engloutir. Il faut le combler, ce gouffre effroyable.

 

Eh bien ! voici la liste des propriétaires français.

 

Choisissez parmi les plus riches, afin de sacrifier moins de citoyens. Mais choisissez ; car ne faut-il pas qu’un petit nombre périsse pour sauver la masse du peuple ?

 

Allons, ces deux mille notables possèdent de quoi combler le déficit.

 

Ramenez l’ordre dans vos finances, la paix et la prospérité dans le royaume.

 

Frappez, immolez sans pitié ces tristes victimes, précipitez-les dans l’abîme ; il va se refermer.... »

 

Les députés, souvent d’origine noble ou bourgeoise, sont alors touchés par cet appel démagogique présenté comme une expropriation nécessaire.

« Vous reculez d’horreur....

Hommes inconséquents ! hommes pusillanimes !

Eh ! ne voyez-vous donc pas qu’en décrétant la banqueroute , ou, ce qui est plus odieux encore, en la rendant inévitable sans la décréter, vous vous souillez d’un acte mille fois plus criminel, et, chose inconcevable ! gratuitement criminel ; car enfin, cet horrible sacrifice ferait du moins disparaître le déficit.

 

Mais croyez-vous, parce que vous n’aurez pas payé, que vous ne devrez plus rien ?

 

Croyez-vous que les milliers, les millions d’hommes qui perdront en un instant, par l’explosion terrible ou par ses contre-coups, tout ce qui faisait la consolation de leur vie, et peut-être leur unique moyen de la sustenter, vous laisseront paisiblement jouir de votre crime ?

 

Contemplateurs stoïques des maux incalculables que cette catastrophe vomira sur la France ; impassibles égoïstes, qui pensez que ces convulsions du désespoir et de la misère passeront comme tant d’autres, et d’autant plus rapidement qu’elles seront plus violentes, êtes-vous bien sûrs que tant d’hommes sans pain vous laisseront tranquillement savourer les mets dont vous n’aurez voulu diminuer ni le nombre ni la délicatesse ?....

 

Non, vous périrez ; et dans la conflagration universelle que vous ne frémissez pas d’allumer, la perte de votre honneur ne sauvera pas une seule de vos détestables jouissances... »

 

Le marquis de Ferrières décrit la scène : « Le silence du recueillement semblait lier toutes les pensées à des vérités grandes et terribles, comme si chaque député se fût empressé de rejeter de sur sa tête cette responsabilité redoutable dont le menaçait Mirabeau et qu’il eût vu tout à coup devant lui l’abîme du déficit appelant ses victimes ; l’Assemblée se livra tout entière, demanda d’aller aux voix et rendit à l’unanimité le décret. »

 

Sur la lancée de ce vote, l’Assemblée débat les 6 et 7 octobre d’un impôt prélevé sur tous les citoyens "proportionné à raison de leurs facultés contributives."

 

 

- D) 10 octobre 1789 L’Assemblée discute de la nationalisation des biens du clergé pour rembourser la dette publique

Vers la nationalisation des biens du clergé ?

L’idée de nationaliser les biens du clergé émane des clubs révolutionnaires déjà très actifs. Tout le courant patriote y est favorable.

 

Plusieurs députés ont repris l’idée d’une nationalisation pour sortir l’Etat de la crise financière. Ces biens, constitués surtout de propriétés agricoles et d’immeubles, représentent une valeur financière considérable. Ils sont évalués à 3 milliards de livres (environ dix fois le montant du budget annuel du royaume).

 

Quelle raison donner pour une telle opération contradictoire avec le principe de propriété ? Ces biens proviennent de dons pour permettre au clergé d’assurer des tâches sociales et éducatives. Si l’Etat prend à présent ces responsabilités en charge, il est normal qu’il récupère les fonds prévus pour cela.

 

Dans le même temps, l’Etat prendrait à son compte le paiement des prêtres pour un montant de 1200 livres par mois, soit le double du revenu moyen précédent.

 

 

- E) La proposition Talleyrand (député du clergé) devant l’Assemblée constituante le 10 octobre 1789
Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, par Pierre-Paul Prud'hon, 1809 (Château de Valençay)[1].C’est Talleyrand, évêque d’Autun qui, le premier, avance une proposition de loi devant l’Assemblée.

 

Dans son esprit, elle va de pair avec des contreparties comme dans le débat sur les privilèges seigneuriaux (après la nuit du 4 août).

« Messieurs, l’État depuis longtemps est aux prises avec les plus grands besoins, nul d’entre vous ne l’ignore ; il faut donc de grands moyens pour y subvenir.

 

« Les moyens ordinaires sont épuisés : le peuple est pressuré ; de toute part, la plus légère charge lui serait, à juste titre, insupportable , il ne faut pas même y songer.

 

« Des ressources extraordinaires viennent d’être tentées (l’impôt du quart du revenu) ; mais elles sont principalement destinées aux besoins extraordinaires de cette année, et il en faut pour l’avenir, et il en faut pour l’entier rétablissement de l’ordre.

 

« Il en est une immense et décisive, et qui, dans mon opinion (car autrement je la repousserais), peut s’allier avec un respect sévère pour les propriétés : cette ressource me paraît être toute entière dans les biens ecclésiastiques.

 

« Il ne s’agit pas ici d’une contribution aux charges de l’État, proportionnelle à celle des autres biens : cela n’a jamais pu paraître un sacrifice. Il est question d’une opération d’une toute autre importance pour la Nation ...

 

« Ce qui me paraît sûr, c’est que le clergé n’est pas propriétaire à l’instar des autres propriétaires, puisque les biens dont il jouit et dont il ne peut disposer ont été donnés, non pour l’intérêt des personnes mais pour le service des fonctions.

 

« Ce qu’il y a de sûr, c’est que la Nation jouissant d’un empire très étendu sur tous les corps qui existent dans son sein, si elle n’est point en droit de détruire le corps entier du clergé, parce que ce corps est essentiellement nécessaire au culte de la religion, elle peut certainement détruire des agrégations particulières de ce corps, si elle les juge nuisibles ou seulement inutiles ; et que ce droit sur leur existence entraîne nécessairement un droit très étendu sur la disposition de leurs biens.

 

« Ce qui est non moins sûr, c’est que la Nation, par cela même qu’elle est protectrice des volontés des fondateurs, peut et doit même supprimer les bénéfices qui sont devenus sans fonctions ; que, par une suite de ce principe, elle est en droit de rendre aux ministres utiles et de faire tourner au profit de l’intérêt public le produit des biens de cette nature actuellement vacants, et destiner au même usage tous ceux qui vaqueront dans la suite.

 

« Jusque là point de difficulté, et rien même qui ait droit de paraître trop extraordinaire, car on a vu dans tous les temps des communautés religieuses éteintes, des titres de bénéfices supprimés, des biens ecclésiastiques rendus à leur véritable destination et appliqués à des établissements publics ; et sans doute l’Assemblée nationale réunit l’autorité nécessaire pour décréter de semblables opérations si le bien de l’État le demande.

 

« Mais peut-elle aussi réduire le revenu des titulaires vivants et disposer d’une partie de ce revenu ? ...

 

« Mais d’abord il faut, en ce moment, partir d’un point de fait : c’est que cette question se trouve décidée par le décret sur les dîmes.

 

« Quelque inviolable que doive être la possession d’un bien qui vous est garanti par la loi, il est clair que cette loi ne peut changer la nature du bien en le garantissant ; que, lorsqu’il est question de biens ecclésiastiques, elle ne peut assurer, à chaque titulaire actuel que la jouissance de ce qui lui a été véritablement accordé par l’acte de sa fondation.

 

« Or, personne ne l’ignore, tous les titres de fondations de biens ecclésiastiques, ainsi que les diverses lois de l’Église qui ont expliqué le sens et l’esprit de ces titres, nous apprennent que la partie seule de ces biens, qui est nécessaire à l’honnête subsistance du bénéficiaire, lui appartient ; qu’il n’est que l’administrateur du reste, et que ce reste est réellement accordé aux malheureux et à l’entretien des temples. Si donc la Nation assure soigneusement à chaque titulaire, de quelque nature que soit son bénéfice, cette subsistance honnête, elle ne touchera point à sa propriété individuelle, et si, en même temps, elle se charge, comme elle en à sans doute le droit, de l’administration du reste, si elle prend sur son compte les autres obligations attachées à ces biens, telles que l’entretien des hôpitaux, des ateliers de charité, des réparations de l’Église, des frais de l’éducation publique, etc. ; si, surtout, elle ne puise dans ces biens qu’au moment d’une calamité générale, il me semble que toutes les intentions des fondateurs sont remplies et une toute justice se trouvera avoir été sévèrement accomplie. »

 

Les grandes personnalités de la droite (Maury, Cazalès...) réagissent violemment contre cette nationalisation au nom de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qu’ils ont pourtant combattue. Cependant, cette référence pêche par le complément limitatif qu’elle apporte au droit de propriété "lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige et sous condition d’une juste et préalable indemnité".

 

 

- F) Jean Jaurès analyse la "motion Talleyrand"

Quand Jaurès parlait des "fanatiques de l'Islam"Déjà, la Constituante, en abolissant les dîmes sans indemnité, avait frappé la propriété de l’Église. Mais il était bien plus hardi de toucher à son domaine foncier ; et tandis que l’Église ne résista que mollement à l’abolition des dîmes, elle va résister avec un vigueur forcenée à la nationalisation de sa propriété immobilière.

 

- Comment la Constituante justifia-t-elle cette main-mise sur les biens du Clergé ?

Elle affirma que la propriété de l’Église n’avait pas le même caractère que les autres propriétés, que l’Église en avait reçu des terres, des immeubles que pour remplir certaines fonctions, notamment de charité et d’assistance ; que, par suite, le jour où la Nation se préoccupait de remplir elle-même cette fonction, elle avait le droit de saisir les ressources en assumant la charge.

 

Enfin et pour compléter sa démonstration juridique, la Constituante proclama que le clergé, ayant cessé d’être un ordre, ne pouvait posséder en cette qualité, et que la Nation peut toujours reprendre les biens d’un corps qui n’existe que par la volonté de la Nation elle-même. Après le marquis de Lacoste, après Buzot, après Dupont de Nemours, c’est l’évêque d’Autun, Talleyrand-Périgord qui posa la question avec l’autorité que lui donnait sa qualité même d’évêque et avec une admirable précision.

 

On voit dans son intervention devant l’Assemblée le grand effort de dialectique et de subtilité par lequel Talleyrand essayait de démontrer que cette grande expropriation révolutionnaire respectait la propriété. Au fond, cette opération décisive pouvait se légitimer d’un mot : c’est qu’une nation, avant tout, a le droit de vivre et que lorsque d’immenses richesses ont une affectation traditionnelle contraire aux intérêts nouveaux et à la vie même de la Nation, elle peut et doit modifier cette affectation.

 

Mais il est rare que les Révolutions puissent avouer aussi nettement leurs principes, et elles cherchent à rattacher au système juridique en vigueur l’acte même qui bouleverse l’ancien droit.

 

Il y avait, sans doute, des parties spécieuses dans l’argumentation de Talleyrand : mais aussi que de raisonnements fragiles !

 

Oui, la Nation, seule existence perpétuelle, a le droit et le devoir de veiller à l’exécution de la volonté des fondateurs, mais il est bien clair que lorsque, dans les siècles de ténèbres et de foi, des milliers d’hommes avaient donné leurs biens à l’Église pour le soulagement des pauvres ils n’avaient pas voulu seulement donner aux pauvres, ils avaient voulu leur donner par les mains de l’Église, et s’assurer ainsi à eux-mêmes une récompense dans un ordre surnaturel que, suivant eux, l’Église administrait.

 

Par conséquent, lorsque la Nation, s’emparant des biens d’Église, les consacrait au soulagement des pauvres, à des œuvres d’assistance et d’éducation, elle ne remplissait qu’une partie de la volonté des donateurs ; et comment, en vérité, un grand peuple, après la lumière du xviiie siècle, aurait-il pu être exactement fidèle à la pensée du moyen âge ?

 

Nationaliser les biens d’Église, les laïciser, ce n’était pas seulement les arracher à l’Église, c’était les arracher au donateur lui-même, c’est-à-dire au passé : c’était, par conséquent, faire acte d’expropriation révolutionnaire, beaucoup plus que Talleyrand ne se l’avouait ou ne l’avouait aux autres.

 

- Mais ce premier discours laissait subsister une autre difficulté bien plus grave.

Le raisonnement de Talleyrand supposait que la totalité des biens d’Église sécularisés serait appliquée à des œuvres de charité, analogues, sinon dans leur inspiration, au moins dans leur réalité matérielle, aux œuvres prévues par les fondateurs. Mais, en fait, c’était surtout pour assurer le paiement des dettes de l’État, pour éviter la banqueroute que la Révolution était obligée de séculariser les biens d’Église.

 

C’est donc la légion des rentiers, des bourgeois prêteurs, des capitalistes qui se substituait, dans la perception des revenus d’Église, aux premiers destinataires. Les biens d’Église, la propriété immobilière et religieuse servaient à garantir la propriété mobilière ; c’était bien l’expropriation du moyen âge au profit de la société moderne.

 

Talleyrand comprit que, dans son premier discours, il avait trop éludé le problème et sans doute les rentiers, les créanciers de l’État, inquiets d’une première argumentation qui les laissait en dehors de la distribution des revenus d’Église, lui demandèrent un nouvel effort de dialectique.

 

 

- G) Mi-octobre 1789 : Argumentation complémentaire de Talleyrand

Face à l’opposition farouche de la hiérarchie catholique et de la droite de l’Assemblée (Abbé Maury...), face aux doutes sur certains points de sa proposition, Talleyrand essaie de compléter sa proposition :

« A qui donc est la propriété véritable de ces biens ? La réponse ne peut être douteuse : à la Nation.

 

« Mais, ici, il est nécessaire de bien s’entendre :

« Est-ce à la Nation en ce sens que, sans aucun égard pour leur destination primitive, la Nation, par une supposition chimérique, puisse en disposer de toute manière et, à l’instar des individus, propriétaires, en user et en abuser à son gré ?

 

« Non, sans toute, car ces biens ont été chargés d’une obligation par le donateur et il faut que, par eux ou par un équivalent quelconque, cette obligation, tant qu’elle est jugée juste et légitime, soit remplie.

 

« Mais est-elle à la Nation en ce sens que la Nation, s’obligeant à faire acquitter les charges des établissements nécessaires ou utiles, à pourvoir dignement à l’argent du service divin, suivant le véritable esprit des donateurs, à faire remplir même les fondations particulières, lorsqu’elles ne présenteront aucun inconvénient, elle puisse employer l’excédent au delà de ces frais a des objets d’utilité générale ? La question, ainsi posée, ne présente plus d’embarras. Oui, sans doute, elle est à la Nation, et les raisons se présentent en foule pour le démontrer.

 

« 1° La plus grande partie de ces biens a été donnée, évidemment, à la décharge de la Nation, c’est-à-dire pour des fonctions que la Nation eût été tenue de faire acquitter ; or, ce qui a été donné pour la Nation est nécessairement donné à la Nation.

 

« Ces biens ont été donnés presque tous pour le service public ; ils l’ont été, non pour l’intérêt des individus, mais pour l’intérêt public ; et ce qui est donné pour l’intérêt public peut-il n’être pas donné à la Nation ? La Nation peut-elle cesser un instant d’être juge suprême sur ce qui constitue cet intérêt ?

 

« Ces biens ont été donnés à l’Église. Or, comme on l’a remarqué déjà, l’Église n’est pas le seul clergé, qui n’en est que la partie enseignante. L’Église est l’assemblée des fidèles et l’assemblée des fidèles, dans un pays catholique, est-elle autre chose que la Nation ?

 

« Ces biens ont été destinés particulièrement aux pauvres ; or, ce qui n’est pas donné à tel pauvre en particulier mais qui est destiné à perpétuité aux pauvres, peut-il n’être pas donné à la Nation qui peut, seule, combiner les vrais moyens de soulagement pour tous les pauvres ?

 

« La Nation peut certainement, par rapport aux biens ecclésiastiques, ce que pouvaient, par rapport à ces biens, dans l’ancien ordre des choses, le roi et le supérieur ecclésiastique, le plus souvent étrangers à la possession de ces biens.

 

« Or, on sait qu’avec le concours de ces deux volontés on a pu, dans tous les temps, éteindre, unir, désunir, supprimer, hypothéquer des bénéfices et même les aliéner pour secourir l’État.

 

« La Nation peut donc aussi user de tous ces droits et, comme dans la réunion de ces droits se trouve toute la propriété qui est réclamée en ce moment sur les biens ecclésiastiques en faveur de la Nation, il sait qu’elle est propriétaire dans toute l’acception que ce mot peut présenter pour elle. »

 

 

- H) Analyse de Jaurès sur ce complément de Talleyrand

Il serait trop long d’examiner la valeur historique et juridique de ces arguments. Mais, malgré l’habileté avec laquelle est tendu le voile, Talleyrand ne peut dissimuler le caractère révolutionnaire de l’acte proposé. Entre les aliénations de détail faites jadis par le prince et l’aliénation d’ensemble réclamée de la Constituante il y a un abîme ; toute la distance d’un acte d’administration à un acte d’expropriation. Il est très hasardeux de dire que les donateurs ont constitué jadis leurs œuvres, à la décharge de la Nation, car, dans la période féodale, la Nation n’était pas ; et le seul pouvoir vraiment central était l’Église.

 

Enfin, il est au moins hardi de cléricaliser ainsi toute la nation pour établir entre l’Église et la Nation une continuité juridique absolue ; déclarer à la fin du xviiie siècle que la Nation est l’assemblée des fidèles, c’est-à-dire le véritable Église, c’est méconnaître le profond travail que la critique rationaliste et la science avaient opéré dans les esprits.

 

Au fond, il n’y avait qu’un argument à donner, mais décisif : la propriété d’Église ne peut être maintenue sans péril pour les formes nouvelles de civilisation.

Mais donner cette raison, toute nue, c’était s’exposer à troubler bien des consciences ; c’était surtout frapper d’un caractère provisoire toute propriété, et la Révolution aimait mieux envelopper de formes juridiques la vaste et nécessaire expropriation qu’elle méditait. Comme les prétextes juridiques allégués n’étaient pas tout à fait vains, comme quelques-uns d’entre eux avaient au moins une haute vraisemblance, la prudence des révolutionnaires n’était point de l’hypocrisie.

 

Mais Talleyrand avait franchi le pas difficile et démontré qu’après avoir assuré les services de charité, l’État pouvait disposer de l’excédent ; les rentiers étaient sauvés, et aussi la Révolution.

 

L’éminent jurisconsulte Thouret, trouva évidemment que l’argumentation de Talleyrand était insuffisante, et il chercha à donner à l’Assemblée une raison juridique décisive, qui ruinât jusqu’au fondement le droit de propriété ecclésiastique et qui préservât en même temps de toute atteinte, de toute menace la propriété nouvelle, individuelle et bourgeoise

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 08:36
27, 28 août 1789 : naissance du clivage droite gauche

Cet article explique sur quelles bases se sont créées d’une part la droite ( défense de la Tradition et de l’ordre établi, exécutif fort, catholicisme d’Etat, racisme, préjugés contre la culture, refus des droits de l’Homme et du suffrage universel...), d’autre part la gauche ( démocratie, souveraineté populaire, droits de l’homme et du citoyen, égalité, fraternité, liberté, raison, citoyenneté, bien public, suffrage universel, droits sociaux)

 

Sources : Le Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Jacques Serieys

- Les 27, 28 août 1789 les députés à l’Assemblée constituante se répartissent pour la 1ère fois géographiquement dans leur salle de Versailles. Pour faciliter le décompte des voix :

  • les disciples d’un droit de veto absolu du Roi sur toute loi votée par les députés se rangent à droite.
  • les élus favorables à un système politique constitutionnel, donc sans droit de veto absolu du roi, se rangent à gauche de la salle

En fait, trois sujets sont à l’ordre du jour en cette fin août et expliquent l’apparition de ce clivage droite gauche :

  • droit de veto royal absolu,
  • maintien du catholicisme comme religion d’Etat du royaume.
  • droits de l’homme et du citoyen (votée le 26 août). Selon plusieurs historiens, la première séparation géographique entre Droite et Gauche dans l’Assemblée serait née le 26 août 1789 lors du débat sur la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen lorsque la place du culte avait été évoquée : les défenseurs du Roi et de la Religion se seraient positionnés d’emblée à Droite, les démocrates à Gauche.

A partir du 11 septembre, l’assemblée reprend le débat sur le droit de veto absolu du roi dont les partisans se rangent encore à droite.

 

 

- L’évolution des privilégiés et de leurs laquais d’avant 1789 se fait naturellement vers cette droite de 1789 :

  • même volonté de maintenir le roi comme autorité supérieure d’un chef non soumis aux aléas de la démocratie ;
  • même refus de considérer un individu du peuple comme un humain ayant des droits d’où refus des droits de l’homme. La déclaration des droits est votée par la Constituante le 26 août 1789 mais les cliques réactionnaires interviennent sans cesse auprès du roi pour qu’il ne la ratifie pas, d’où leur combat en cette fin août et septembre 1789 pour le droit de veto absolu du souverain. Louis XVI ne promulguera cette déclaration que le 3 novembre 1789 après l’émeute populaire des 5 et 6 octobre ;
  • même refus de considérer un individu du peuple comme un humain ayant des droits d’où refus du suffrage universel (décembre 1789) ;
  • même refus de la liberté d’opinion d’où la volonté de maintenir le catholicisme comme religion d’Etat ;
  • même volonté d’user de boucs émissaires mis hors de la communauté pour détourner contre eux et au profit du pouvoir en place les rancoeurs du peuple. L’utilisation de l’antisémitisme par un orateur influent de la droite de 1789 comme l’abbé Maury est flagrante en ce sens.

 

 

- L’évolution des progressistes d’avant 1789 se fait naturellement vers la gauche de 1789

Beaucoup de députés de cette gauche ont déjà lutté avant 1789 contre les injustices féodales. Département par département, tous les historiens ont noté ce passage progressif de témoin.

 

Parmi les députés de gauche, prenons le cas de Robespierre sur la question du veto royal : " Celui qui dit qu’un homme a le droit de s’opposer à la Loi, dit que la volonté d’un seul est au-dessus de la volonté de tous... il a créé un monstre inconcevable en morale et en politique, et ce monstre c’est le veto royal...qui substitue aux Lois éternelles de la justice et de la raison l’incertitude des conjonctures frivoles... Dés qu’une fois, on croira à l’égalité des hommes, au lien sacré de la fraternité, à la dignité de la nature humaine, alors on cessera de calomnier le Peuple dans l’Assemblée du Peuple... On n’appellera plus la liberté une licence dangereuse, le généreux dévouement des bons citoyens une folie... Aucune puissance ne peut s’élever au dessus de celle de la Nation".

 

 

- Une autre division droite gauche apparaît durant ces derniers mois de 1789, division qui se maintiendra :

  • la droite appelle "défense de l’ordre" la défense des intérêts des privilégiés ;
  • la gauche privilégie la recherche de solutions politiques pour donner un débouché institutionnel aux aspirations justes du mouvement social et ainsi permettre un progrès sociétal

En octobre 1789, le peuple meurt de faim et réclame du pain ; les proches du roi veulent faire voter une loi martiale et engager la troupe. Robespierre s’y oppose le 21 octobre : "Les ennemis du bien public réclament une loi martiale. C’est comme si l’on vous disait le peuple s’attroupe parce que le peuple meurt de faim, il faut l’égorger. Il y a d’autres mesures à prendre. Il est question de découvrir pourquoi le peuple meurt de faim, (qui participe) à cette conjuration formidable contre le salut de l’Etat ? Là, ce sont des évêques... ailleurs ce sont des accapareurs de grains.. ceux qui ont juré d’étouffer dans son berceau la liberté française".

 

Le lendemain 22 octobre, Robespierre lutte pour le suffrage universel mais est battu par une majorité préférant le suffrage censitaire. Par contre, en décembre, il est majoritaire pour le droit des comédiens, non catholiques et juifs à devenir citoyens, droit qui fait hurler la droite groupée autour de l’abbé Maury.

 

Ce rappel un peu long permet de comprendre les bases sur lesquelles se fonde d’une part la droite ( défense de la Tradition et de l’ordre établi, exécutif fort, catholicisme d’Etat, racisme, préjugés contre la culture, refus du suffrage universel...), d’autre part la gauche ( démocratie, souveraineté populaire, droits de l’homme et du citoyen, égalité, fraternité, liberté, raison, citoyenneté, bien public, suffrage universel, droits sociaux)

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 08:15
L’abolition des privilèges : il paraît que c’était le 4 août 1789...

Si les inégalités s’accroissent, c’est bien parce qu’existent de nouveaux privilèges....

Avec une VIe République, une nouvelle Nuit du 4 août reste donc à faire !

 

C’est dans le sillage de la prise de la Bastille le 14 juillet 1789 qu’aura lieu une certaine abolition des privilèges dans la nuit du 4 au 5 août 1789. Cette abolition sera votée par la toute nouvelle Assemblée Constituante.

4 août 1789 : Dépassés par le soulèvement des milieux ruraux, les députés de la Constituante vivent une nuit célèbre qui finit par l’abolition des droits seigneuriaux dans l’espoir de rétablir le calme. Ainsi disparaissent juridiquement ce que la mobilisation populaire a déjà complètement sapé, des banalités aux juridictions seigneuriales, du droit de chasse aux privilèges spécifiques des provinces...

 

Sources : REBELLYON.INFO le Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Jacques Serieys

- Bref retour en arrière

- L’ouverture des États Généraux à Versailles le 5 mai 1789 (les derniers dataient de 1614) met en difficulté le roi de France Louis XVI, même si ces États Généraux ont été convoqués à sa demande, surtout sous la pression du refus de payer les impôts, en particulier par la région du Dauphiné [1] : le royaume est en effet en proie à de graves difficultés financières avec son endettement chronique et l’impôt est écrasant.

 

La composition de ces États Généraux est assez disparate, avec ses 1139 représentants de trois ordres : la noblesse (270 députés dont 70 de la haute noblesse) le clergé (291 avec 200 curés et 91 évêques) et le tiers état (578 dont près la moitié sont avocats et pour le reste des bourgeois d’affaire) Les débats se focalisent rapidement sur la représentativité et sur la nécessité de réformes fiscales et sociales (le roi y étant opposé) N’oublions pas que pour voter, il fallait payer l’impôt !

 

La tradition voulait que les trois ordres soient représentés en nombre égal et votent séparément, ce qui assurait normalement aux deux ordres privilégiés une majorité automatique face au troisième. Bien que Louis XVI ait accordé fin 1788 le doublement des voix pour le tiers état et n’ait rien dit du mode de scrutin dans la future assemblée (les trois ordres réunis ou chacun séparément) la tension est forte. Le 17 juin, sur proposition de l'abbé Sieyès, les députés du tiers état, renforcés par quelques curés, se proclament Assemblée nationale et, non contents de rejeter la division en trois ordres, s’arrogent aussi le droit d’autoriser la perception des impôts. Le point de rupture est atteint et le roi de France ordonne la fermeture des lieux des débats, par la force si nécessaire. Les députés du tiers état décident alors le 20 juin 1789 de poursuivre leurs travaux (Serment du Jeu de Paume), et le 9 juillet 1789 de transformer les États Généraux en Assemblée Nationale Constituante. Cet acte met fin à l’absolutisme royal.

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- C’est dans un climat de peur et de famine que se déroule la prise de la Bastille.

Climat où des troupes étrangères stationnées autour de Paris font craindre au peuple la répression. Après le renvoi le 11 juillet du ministre des finances Necker par le roi qui le rend responsable du désordre, la population craint la banqueroute de l’État. Les 12 et 13 juillet, c’est l’émeute dans Paris avec des scènes de pillage et d’incendie sans que les 5000 gardes suisses n’interviennent ni que la milice bourgeoise montée à la hâte par les électeurs du tiers état n’arrive à ramener le calme. Le matin du 14 juillet, après le pillage de l’arsenal de l’Hôtel des Invalides où la foule s’empare de 3000 fusils et d’une douzaine de canons (mais sans poudre) c’est dans la foulée, et dans la confusion, la prise de la prison de la Bastille par un millier d’émeutiers. Il y a une centaine de morts et autant de blessés du côté des assaillants, seulement 4 morts du côté de la garnison. La démolition de la Bastille commence le soir même.

 

JPEG - 48.1 ko- Le roi prend peur, ses ministres commencent à plier bagages, la bourgeoisie bien installée craint aussi pour ses fortunes accumulées. Car malgré la visite du roi dès le 15 juillet à l’Assemblée Constitutante, le rappel de Necker le 16, et le même jour la création de la première commune de Paris par les électeurs du tiers état qui transforment la milice bourgeoise en Garde nationale, le calme reste précaire dans la capitale.

 

Dans les campagnes, le “bon peuple”, celui qui par exemple travaille la terre et n’en tire même pas toujours de quoi se nourrir, en a assez d’être écrasé d’impôts. La révolte gronde depuis déjà plusieurs mois. La nouvelle de la prise de la Bastille se répand et la crainte d’une forte réaction nobiliaire avec la propagation de rumeurs quant-à un "complot aristocratique" provoque "la Grande Peur" : les attaques de châteaux se multiplient, les paysans brûlent les archives, en particulier les "terriers" qui fixent les droits et les propriétés seigneuriales. En route, les révoltes se muent en Révolution et l’Assemblée Constituante veut éviter sa progression. Contre les bourgeois qui en appellent à la répression, les nobles, plus au courant de la situation, prônent plutôt l’apaisement. Mais cette fois, il y aura de la réforme et pas de la réformette !

 

 

- "L’abolition des privilèges"

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1) Le dilemne posé aux privilégiés en cette nuit du 4 août 1789

Dans la journée du 3 août, la majorité de l’Assemblée est favorable à une répression générale du mouvement populaire.

 

Le premier orateur de la séance parlementaire se nomme Guy Target, député du Tiers Etat, bourgeois de la magistrature connu comme un émule de Montesquieu. Il réaffirme cette position de fermeté et propose un arrêté dénonçant "les troubles et les violences qui ... portent l’atteinte la plus funeste aux droits sacrés de la propriété et de la sûreté des personnes" ... Il insiste pour que toutes les redevances et prestations d’Ancien Régime soient payées tant qu’un nouveau système d’impôts n’a pas été créé.

 

Pourtant, en cette nuit du 3 au 4 août, l’Assemblée va choisir une autre voie que la répression.

 

Le duc d'Aiguillon, député de la Sénéchaussée d'Agen, gravure de J.-B. Vérité, 1789.Quelques grands aristocrates ont préparé une intervention en faveur de l’égalité fiscale, c’est à dire un impôt pesant sur tous les citoyens sans exemption spécifique pour la noblesse et le clergé. Louis XVI l’avait évoquée dans son discours du 23 juin. Ils font valoir, de plus, que le soulèvement populaire est essentiellement nourri par le refus des injustices, oppressions, vexations... générées par les privilèges féodaux. Dans ces conditions, seule une abolition de ceux-ci peut ramener le calme. « Le peuple cherche à secouer enfin un joug qui depuis tant de siècles pèse sur sa tête », s’exclame le duc d'Aiguillon, « l’insurrection trouve son excuse dans les vexations dont il est la victime ». Cependant, cette abolition de droits féodaux incompatibles avec l’égalité fiscale (déjà en place au Royaume-Uni par exemple sans que cela nuise à la richesses des lords) doit être compensée.

 

Buste par Antoine Laurent DantanGalerie des batailles du château de Versailles.

Le Vicomte de Noailles, noble désargenté, monte à la tribune : " Le but du projet d’arrêté que l’Assemblée vient d’entendre est d’arrêter l’effervescence des provinces, d’assurer la liberté publique, et de confirmer les propriétaires dans leurs véritables droits. Mais comment peut-on espérer d’y parvenir, sans connaître quelle est la cause de l’insurrection qui se manifeste dans le royaume ? ... Comment l’espérer, cette tranquillité ? En calmant le peuple... Je propose que l’impôt sera payé par tous les individus du royaume, dans la proportion de leurs revenus... Que tous les droits féodaux seront rachetables... Que les corvées seigneuriales, les mains-mortes et autres servitudes personnelles seront détruites sans rachat."

 

 

 

2) L’offensive républicaine est lancée par un député en habit de paysan bas-breton

File:D026- le guen de kerangal - Liv3-Ch16.pngLe Guen de Kerangal, un paysan "bas Breton en costume de bas Breton, député inconnu, qui ne parla jamais ni avant ni après" (Michelet) monte alors à la tribune et lit un discours en phase avec la guerre sociale paysanne en cours : "Vous eussiez prévenu, messieurs, l’incendie des châteaux, si vous eussiez été plus prompts à déclarer que les armes terribles qu’ils contenaient, et qui tourmentaient le peuple depuis des siècles, allaient être anéanties par le rachat forcé que vous en avez ordonné. Le peuple impatient d’obtenir justice, et las de l’oppression, s’empresse à détruire ces titres, monuments de la barbarie de nos pères ! Soyons justes, messieurs, qu’on nous apporte ces titres, outrageant non seulement la pudeur, mais l’humanité même ! Ces titres qui humilient l’espèce humaine, en exigeant que des hommes soient attelés à des charrettes comme les animaux du labourage ! Qu’on nous apporte ces titres qui obligent les hommes à passer la nuit à battre les étangs, pour empêcher les grenouilles de troubler le repos de leurs seigneurs voluptueux ! Qui de nous ne ferait pas un bûcher expiatoire de ces infâmes parchemins, et ne porterait pas le flambeau pour en faire un sacrifice sur l’autel du bien public ? Vous ne ramènerez, messieurs, le calme dans la France agitée, que quand vous aurez promis au peuple que vous allez convertir en argent, rachetables à volonté, les droits féodaux quelconques ; et que les lois que vous allez promulguer anéantiront jusqu’aux moindres traces de ce régime oppresseur"...

 

La Poule, député du Tiers de Franche-Comté complète son collègue en citant des droits féodaux "bizarres, cruels et incroyables".

 

M. de Foucault, le vicomte de Beauharnais, M de la Rochefoucault, le comte de Virieu, le jeune de Montmorency... vont surenchérir en supprimant les banalités, les pensions sans titre, les juridictions seigneuriales, le droit de chasse, les colombiers féodaux, les privilèges ecclésiastiques, proposant même des adoucissements pour l’esclavage des noirs. Le duc du Châtelet propose alors le rachat de la dîme.

 

Les députés du haut clergé s’avèrent prudents et réticents, se montrant seulement généreux pour supprimer les privilèges de noblesse ; les nobles le sont autant pour supprimer ceux du clergé. Le bas-clergé consent de gros sacrifices, participant à la folle nuit.

 

 

Il est près de 2 h du matin.

Le président Le Chapelier récapitule les acquis de la nuit, liste impressionnante qui met à bas définitivement l’Ancien Régime. Un vote global a lieu. Approbation à l’unanimité !

 

La messe est dite (l’archevêque de Paris a même fait adopter un projet de Te Deum dans toutes les paroisses et églises du royaume) La séance se termine tardivement aux cris de « Vive le roi, restaurateur de la liberté française ! »...

 

C’est donc dans la nuit du 4 au 5 août 1789, à 2h du matin, après 6 h de discussions passionnées, qu’est proclamée à l’unanimité l’abolition de la féodalité, celle des trois ordres et de leurs particularités, notamment fiscale, militaire et judiciaire, mais aussi l’unification du territoire national (jusqu’alors, chaque commune, paroisse, province avait ses propres privilèges) Vraie révolution donc.

 

Mais il faut noter que les députés vont se raviser dans les jours suivants. Les droits résultant d’un « contrat » passé entre le propriétaire du sol et l’exploitant direct (cens, champart, rentes [2]) subsistent mais peuvent être rachetés. Ainsi seuls peuvent se libérer totalement les paysans les plus riches. La désillusion sera grande dans les campagnes et les troubles vont perdurer jusqu’en 1792.

 

 

3) La nuit du 4 août vue par un témoin (Lettre du député du Tiers-Etat Bouchette à ses concitoyens) :

Francois Joseph Bouchette, avocat, : ne en 1736. Deputé de la flandre maritime : [dessin] / [non identifié] - 1" La Noblesse vient de faire des sacrifices qu’elle appelle justes et le Clergé imite son exemple. Tous les droits seigneuriaux seront rachetés ou rachetables ; il n’y aura plus de justices seigneuriales dans les autres tribunaux. L’administration de la justice sera gratuite, la vénalité des charges sera supprimée ; la chasse libre à tout propriétaire ; plus de privilège de l’une à l’autre province et un pacte d’association de toutes les provinces entre elles ; les villes principales, Paris, Lyon, Marseille, etc., etc., renoncent à leurs franchises, les curés de campagne renoncent à leur casuel, leur pension sera augmentée.

 

La pluralité des bénéfices supprimés ; plus d’annates payées en Cour de Rome ; liberté de religion aux non catholiques. Le Parlement de Paris consent à un démembrement de son ressort ; il s’appliquera à étudier les loix nouvelles que l’Assemblée nationale va porter ; tout cela doit être rédigé et consenti dans l’Assemblée d’aujourd’huy qui commencera à midy".

 

 

4) La nuit du 4 août vue par l’historien de la Révolution : Jules Michelet

Description de cette image, également commentée ci-après" C’était le 4 août à huit heures du soir, heure solennelle où la féodalité, au bout d’un règne de mille ans, abdique, abjure, se maudit...

 

Vers minuit " L’attendrissement, l’exaltation, étaient montés, de proche en proche, à un point extraordinaire. Ce n’était dans toute l’Assemblée qu’aplaudissements, félicitations, expressions de bienveillance mutuelle. Les étrangers présents à la séance étaient muets d’étonnement ; pour la première fois, ils avaient vu la France, toute sa richesse de coeur... Ce que des siècles d’efforts n’avaient pas fait chez eux, elle venait de le faire en peu d’heures par le désintéressement et le sacrifice... L’argent, l’orgueil immolé, toutes les vieilles insolences héréditaires... Le monstrueux chêne féodal abattu d’un coup...

 

« Tout semblait fini. Une scène non moins grande commençait. Après les privilèges des classes, vinrent ceux des provinces. Celles qu’on appelait Pays d’État, qui avaient des privilèges à elles, des avantages divers pour les libertés, pour l’impôt, rougirent de leur égoïsme, elles voulurent être France, quoi qu’il pût en coûter à leur intérêt personnel, à leurs vieux et bons souvenirs. Le Dauphiné, dès 1788 (cf Vizille après la journée des Tuiles), l’avait offert magnanimement pour lui-même et conseillé aux autres provinces. Il renouvela cette offre. Les plus obstinés, les Bretons, quoique liés par leurs mandats, liés par les anciens traités de leur province avec la France, n’en manifestèrent pas moins le désir de se réunir. La Provence en dit autant, puis la Bourgogne et la Bresse, la Normandie, le Poitou, l’Auvergne, l’Artois. La Lorraine, en termes touchants, dit qu’elle ne regretterait pas la domination de ses souverains adorés qui furent pères du peuple, si elle avait le bonheur de se réunir à ses frères, d’entrer avec eux dans cette maison maternelle de la France, dans cette immense et glorieuse famille ! Puis ce fut le tour des villes..."

 

 

5) Analyse et conséquences du 4 août

En votant l’abolition des privilèges féodaux, beaucoup de députés voulaient seulement faire un geste temporaire d’apaisement pour arrêter les désordres. De plus, cette abolition ne coûtait pas bien cher à bon nombre de députés de la noblesse qui tiraient l’essentiel de leurs revenus d’autres sources.

 

Dès le 5 août, des députés de la noblesse et du clergé poussent à limiter l’abolition des privilèges sans indemnité aux seuls droits féodaux pesant sur les personnes. Les droits féodaux pesant sur les terres comme les cens et les champarts, devront être rachetés par les paysans pour devenir propriétaires de leurs terres.

 

Une abolition complète des privilèges féodaux aurait pu satisfaire à ce moment-là le milieu rural et faire retomber sa mobilisation mais la plupart des droits féodaux n’étaient supprimés qu’à condition de rachat et les conditions mises au rachat étaient telles que cela était pratiquement impossible.

 

 

Deux raisons font que la nuit du 4 août, au lieu de sonner la fin de la mobilisation, marque une nouvelle étape dans la radicalisation du processus populaire révolutionnaire :

- Beaucoup de nobles ne voulurent pas accepter la décision de l’assemblée ;

- Les paysans refusèrent souvent d’acquitter les droits théoriquement supprimés mais toujours exigibles en droit ;

- Surtout, le roi n’accorda pas sa sanction aux décrets votés « Je ne consentirai jamais à dépouiller mon clergé, ma noblesse. Je ne donnerai pas ma sanction à des décrets qui les dépouilleraient ; c’est alors que le peuple français pourrait m’accuser d’injustice et de faiblesse. Monsieur l’archevêque, vous vous soumettez aux décrets de la Providence ; je crois m’y soumettre en ne me livrant point à cet enthousiasme qui s’est emparé de tous les ordres, mais qui ne fait que glisser sur mon âme. Si la force m’obligeait à sanctionner, alors je céderais, mais alors il n’y aurait plus en France ni monarchie ni monarque. »

 


6) Que devinrent réellement les privilèges féodaux ?

Une partie du mouvement social prit pour argent comptant immédiat l’abolition des privilèges et le rapport de forces qu’elle symbolise. Des sections parisiennes se dirigent ainsi vers le château de Chantilly, propriété de la famille des princes de Condé, tous émigrés.

 

Du 4 août au début octobre, des paysans exterminèrent le gibier, ravagèrent les forêts, brûlèrent les bancs seigneuriaux dans les églises...

 

C’est seulement le 5 octobre que contraint, le roi donnera son accord aux décrets du 4 août votés par l’Assemblée. Alors disparaissent les privilèges des ecclésiastiques, des nobles, des corporations, des villes et des provinces.

 

Les négociations sur l’indemnisation des privilèges abolis se poursuit dans un "âpre marchandage" (Michel Vovelle). Elles se concluent par la loi du 15 mars 1790 assez favorables aux "expropriés" qui n’ont même pas à apporter les preuves de leurs titres.

 

Il ne faut cependant pas sous-estimer l’importance historique de cette célèbre nuit du 4août :

Cette journée marque un nouvel approfondissement d la révolution française, créant le rapport de forces propice à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (votée le 26 août 1789).

 

Elle symbolise la fin du mode de production féodal comme type de société au plan politique, symbolique et judiciaire.

 

Elle pose les fondements :

- du caractère national de la loi, du droit , de la justice, de l’égalité formelle des citoyens devant celle-ci ;

- du caractère national de l’administration ouverte à tout citoyen ;

- de l’impôt proportionnel payé par tous ;

- d’une nation sans "privilèges particuliers de provinces, principautés, pays, cantons, villes et communautés d’habitants" dont la vie politique est organisée par une constitution ;

- d’un contrôle de l’Etat sur les dépenses de la famille royale ;

- d’une implication des instances politiques nationales dans les affaires du clergé et ses liens avec la papauté.

 

 

- Le décret du 11 août 1789 de l’Assemblée nationale avalise la majeure partie des décisions prises dans la nuit du 4 août et entérine donc la fin du régime féodal.

Sa lecture enseigne beaucoup sur l’état d’esprit des députés de l’époque.

 

Décret du 11 août 1789

- Art. 1er. L’Assemblée nationale détruit entièrement le régime féodal. Elle décrète que, dans les droits et les devoirs tant féodaux que censuels, ceux qui tiennent à la main-morte réelle ou personnelle, et à la servitude personnelle, et ceux qui les représentent, sont abolis sans indemnité ; et tous les autres sont déclarés rachetables, et le prix et le mode de rachat seront fixés par l’Assemblée nationale. Ceux desdits droits qui ne sont points supprimés par ce décret continueront néanmoins d’être perçus jusqu’au remboursement.

 

- Art. 2. Le droit exclusif des fuies et colombiers est aboli. Les pigeons seront enfermés aux époques fixées par les communautés durant lequel temps, ils seront regardés comme gibier, et chacun aura le droit de les tuer sur son terrain.

 

- Art. 3. Le droit exclusif de la chasse ou des garennes ou vertes est pareillement aboli, et tout propriétaire a le droit de détruire ou faire détruire, seulement sur ses possessions, toute espèce de gibier, sauf à se conformer aux lois de police qui pourront être faites relativement à la sûreté publique. Toute les capitaineries même royales, et toutes réserves de chasse, sous quelque dénomination que ce soit, sont pareillement abolies ; et il sera pourvu, par des moyens compatibles avec le respect dû aux propriétés et à la liberté, à la conservation des plaisirs personnels du Roi. M. le président est chargé de demander au Roi le rappel des galériens et des bannis pour simple fait de chasse, l’élargissement des prisonniers actuellement détenus, et l’abolition des procédures existantes à cet égard.

 

- Art. 4. Toutes les justices seigneuriales sont supprimées sans aucune indemnité, et néanmoins les officiers de ces justices continueront leurs fonctions jusqu’à ce qu’il ait été pourvu par l’Assemblée nationale à l’établissement d’un nouvel ordre judiciaire.

 

- Art. 5. Les dîmes de toute nature, et les redevances qui en tiennent lieu, sous quelques dénominations qu’elles soient, connues et perçues, même par abonnement, possédées par les corps séculiers et réguliers, par les bénéficiers, les fabriques, et tous les gens de main-morte, même par l’ordre de Malte, et d’autres ordres religieux et militaires, même celles qui auraient été abandonnées à des laïques, en remplacement et pour option de portions congrues, sont abolies, sauf à aviser aux moyens de subvenir d’une autre manière à la dépense du culte divin, à l’entretien des ministres des autels, au soulagement des pauvres, aux réparations et reconstructions des églises et presbytères, et à tous les établissements, séminaires, écoles, collèges, hôpitaux, communautés et autres, à l’entretien desquels elles sont actuellement affectées. Et cependant, jusqu’à ce qu’il y ait été pourvu, et que les anciens possesseurs soient entrés en jouissance de leur remplacement, l’Assemblée nationale ordonne que lesdites dîmes continueront d’être perçues suivant les lois et en la manière accoutumée. Quant aux autres dîmes, de quelque nature qu’elles soient, elles seront rachetables de la manière qui sera réglée par l’Assemblée ; et jusqu’au règlement à faire à ce sujet, l’Assemblée nationale ordonne que la perception en sera aussi continuée.

 

- Art. 6. Toutes les rentes foncières perpétuelles, soit en nature, soit en argent, de quelque espèce qu’elles soient, quelle que soit leur origine, à quelques personnes qu’elles soient dues, gens de main-morte, domanistes, apanagistes, ordre de Malte, seront rachetables ; les champarts de toute espèce, et sous toutes dénominations le seront pareillement, au taux qui sera fixé par l’Assemblée. Défense seront faites de plus à l’avenir de créer aucune redevance non remboursable.

 

- Art. 7. La vénalité des offices de judicature et de municipalité est supprimée dès cet instant. La justice sera rendue gratuitement. Et néanmoins les officiers pourvus de ces offices continueront d’exercer leurs fonctions et d’en percevoir les émoluments jusqu’à ce qu’il ait été pourvu par l’Assemblée aux moyens de leur procurer leur remboursement.

 

- Art. 8. Les droits casuels des curés de campagne sont supprimés, et cesseront d’être payés aussitôt qu’il aura été pourvu à l’augmentation des portions congrues et à la pension des vicaires, et il sera fait un règlement pour fixer le sort des curés des villes.

 

- Art. 9. les privilèges pécuniaires, personnels ou réels, en matière de subsides, sont abolis à jamais. La perception se fera sur tous les citoyens et sur tous les biens, de la même manière et de la même forme ; et il va être avisé aux moyens d’effectuer le payement proportionnel de toutes les contributions, même pour les six derniers mois de l’année de l’imposition courante.

 

- Art. 10. Une constitution nationale et la liberté publique étant plus avantageuses aux provinces que les privilèges dont quelques-unes jouissaient, et dont le sacrifice est nécessaire à l’union intime de toutes les parties de l’empire, il est déclaré que tous les privilèges particuliers de provinces, principautés, pays, cantons, villes et communautés d’habitants, soit pécuniaires, soit de toute autre nature, soient abolis sans retour, et demeureront confondus dans le droit commun de tous les Français.

 

- Art. 11. Tous les citoyens, sans distinction de naissances, pourront être admis à tous les emplois et les dignités ecclésiastiques, civiles et militaires, et nulle profession utile n’emportera dérogeance.

 

- Art. 12. À l’avenir il ne sera envoyé en cour de Rome, en la vice-légation d’Avignon, en la nonciature de Lucerne, aucuns deniers pour annales ou pour quelque cause que ce soit ; mais les diocésains s’adresseront à leurs évêques pour toutes les provisions de bénéfices et dispenses, lesquelles seront accordées gratuitement, nonobstant toutes réserves, expectatives et partages de mois, toutes les églises de France devant jouir de la même liberté.

 

- Art. 13. Les déports, droits de cotte-morte, dépouilles, vacat, droits censaux, deniers de Saint-Pierre, et autres du même genre établis en faveur des évêques, archidiacres, archiprêtres, chapitres, curés primitifs et tous autres, sous quelque nom que ce soit, sont abolis, sauf à pourvoir, ainsi qu’il appartiendra, à la dotation des archidiaconés et des archiprêtres qui ne seraient pas suffisamment dotés.

 

- Art. 14. La pluralité des bénéfices n’aura plus lieu à l’avenir, lorsque les revenus du bénéfice ou des bénéfices dont on sera titulaire excèderont le somme de 3 000 livres. Il ne sera pas permis non plus de posséder plusieurs pensions sur bénéfices, ou une pension et un bénéfice, si le produit des objets de ce genre que l’on possède déjà excède la même somme de 3 000 livres.

 

- Art. 15. Sur le compte qui sera rendu à l’Assemblée nationale de l’état des pensions, grâces et traitements, qu’elle s’occupera, de concert avec le Roi, de la suppression de celles qui seraient excessives, sauf à déterminer à l’avenir une somme dont le Roi pourra disposer pour cet objet.

 

- Art. 16. L’Assemblée nationale décrète qu’en mémoire des grandes et importantes délibérations qui viennent d’être prises pour le bonheur de la France, une médaille sera frappée, et qu’il sera chanté en actions de grâces un "Te deum" dans toutes les paroisses et églises du royaume.

 

- Art. 17. L’Assemblée nationale proclame solennellement le Roi Louis XVI Restaurateur de la liberté française.

 

- Art. 18. L’Assemblée nationale se rendra en corps auprès du Roi, pour présenter à Sa Majesté l’arrêté qu’elle vient de prendre, lui porter hommage de sa plus respectueuse reconnaissance, et la supplier de permettre que le "Te deum" soit chanté dans sa chapelle, et d’y assister elle-même. L’assemblée nationale s’occupera, immédiatement après la constitution, de la rédaction des lois nécessaires pour le développement des principes qu’elle a fixés par le présent arrêté, qui sera incessamment envoyé par MM. Les députés dans toutes les provinces, avec le décret du 10 de ce mois, pour y être imprimé, publié même au prône des paroisses, et affiché partout où besoin sera.

 

Notes

[1La première manifestation de révolte contre l’autorité royale eut lieu à Vizille, près de Grenoble, pour la « journée des tuiles » du 7 juin 1788, qui voit ses habitants s’en prendre à coup de tuiles jetées des toits aux soldats du roi qui avaient reçu l’ordre de renvoyer sur leurs terres les parlementaires du Dauphiné remettant en cause les impôts.

[2La rente, ici dans le sens de rente foncière, s’apparente par beaucoup d’aspects à un loyer du sol.

L’abolition des privilèges : il paraît que c’était le 4 août 1789...
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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 22:19
Et si on parlait de Robespierre

- C’est après Thermidor (juillet 1794) et la liquidation du groupe « robespierriste » que s’invente le mythe de la Terreur[1]

- Le véritable crime de Robespierre : avoir défié la toute-puissance des riches[2]

 

Sources : Le Parti de Gauche, les vidéos de la télé de gauche | mis à jour le 02/08/2022

- Le Parti de Gauche rend hommage à Maximilien Robespierre à l'occasion des 220 ans de son exécution.

- Mathilde Larrère, membre de la commission Histoire du parti, explique les raisons de cet hommage.

 

 

- Paul Vannier, co-secrétaire du PG Paris explique les circonstances et la portée de la mort de Robespierre et de ses compagnons lors du Thermidor.

 

- Vendredi 21 septembre 2012, Jean-Luc Mélenchon a prononcé un discours devant le Panthéon à l'occasion du 220ème anniversaire de la République, répondant ainsi à l'invitation de la Société des études robespierristes.

 

- Cécile Obligi, historienne et conservatrice à la BNF, s'attaque au cliché tenace d'un Robespierre despote et "bourreau de la Vendée".

 

- Aujourd'hui on va revenir sur un des événements les plus importants de l'histoire française : la Révolution !
Et au passage, tentons d'aborder une de ces figures les plus controversées et les plus débattues aujourd'hui....Robespierre ! Alors...héros ou barbare sanguinaire ?

 

- Robespierre, reviens !

Alexis Corbière, Conseiller de Paris et Secrétaire national du Parti de Gauche, présentait à Nîmes avec Claude Mazauric, Historien et auteur de la préface, le livre qu'il a coécrit avec Laurent Maffeïs : "Robespierre Reviens !".

 

- Jean-Luc Mélenchon face à Robespierre

Le 8 octobre 2016, Jean-Luc Mélenchon était l'invité de l'émission « Et si c'était vous ? » sur la chaîne « Toute l'Histoire ». Une émission consacrée à Robespierre et à la Révolution française. 

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 13:09
24 juin 1793, un anniversaire oublié

Source : blog de Raoul Marc Jennar | mis à jour le 26-08-2020

Il y a 221 ans, le 6 Messidor, an I de la République, c’est-à-dire le 24 juin 1793, la Convention adopte et promulgue la Constitution de l’An I, la première Constitution républicaine française. Le texte est précédé d’une Déclaration des Droits qui complète et précise celle de 1789.

 

Aux droits individuels affirmés en 1789, la Déclaration de 1793 ajoute des droits économiques et sociaux : droit au travail, droit à l’instruction, droit à l’aide sociale.

 

- Relevons, en outre, quelques articles qui ont gardé une remarquable actualité :

  • Article 16 : « Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n'est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution. »
  • Article 18 : « Tout homme peut engager ses services, son temps ; mais il ne peut se vendre ni être vendu ; sa personne n’est pas une propriété aliénable. La loi ne reconnaît point de domesticité ; il ne peut exister qu’un engagement de soins et de reconnaissance, entre l’homme qui travaille et celui qui l’emploie. »
  • Article 21 : « Les secours publics sont une dette sacrée. La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler. »
  • Article 25 : « La souveraineté réside dans le peuple ; elle est une et indivisible, imprescriptible et inaliénable. »
  • Article 28 : « Un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer la Constitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures. »
  • Article 35 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

 

Certes, l’application de cette Constitution fut suspendue jusqu’à la fin de la guerre imposée par les monarchies d’Europe coalisées contre la toute jeune République. Et Thermidor mit fin aux espérances qu’elle contenait.

 

Gracchus Babeuf et la Conjuration des Egaux en 1795-1796, les révolutionnaires de 1848, ceux de la Commune de 1871, comme toutes celles et ceux qui, de tous temps et en tous lieux, se sont battus pour les idéaux de justice et d’égalité se sont reconnus et se reconnaissent encore dans ce qui demeure la Constitution la plus démocratique jamais adoptée en France.

 

« L’idée d’un grand peuple se gouvernant lui-même était si noble qu’aux heures de difficulté et de crise, elle s’offrait à la conscience de la nation. Une première fois, en 1793, le peuple de France avait gravi cette cime, et il y avait goûté un si haut orgueil, que toujours sous l’apparent oubli et l’apparente indifférence, le besoin subsistait de retrouver cette émotion extraordinaire. » Jean Jaurès, Discours à la jeunesse, lycée d’Albi, 30 juillet 1903.

 

Note : le texte intégral de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 24 juin 1793  Marc

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  • Pour une Révolution citoyenne par les urnes
  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, syndicaliste CGT, conseiller Prud'homme depuis 1978.
  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, syndicaliste CGT, conseiller Prud'homme depuis 1978.

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