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30 septembre 2022 5 30 /09 /septembre /2022 13:40
Le néo-libéralisme est le berceau de l’extrême droite

La montée des inégalités aboutit logiquement au repli sur soi et au vote extrême... 
C'était vrai en 2014 et toujours plus d'actualité de la Suède à l'Italie...

 

Ce n’est pas par hasard que l’extrême droite se développe en France et dans plusieurs pays étrangers à partir des années 1980. C’est précisément à cette époque que le néo libéralisme prospère en surface puis en intensité. Il en est de même de l’abstention.

L'analyse développée dans cet article tout à fait judicieuse garde plus son actualité huit années et demi après sa parution.

Mais une question se pose : comment expliquer que des électeurs qui souffrent des inégalités décrites ici puissent voter pour une extrême droite qui n’accorde aucune valeur à l’égalité ?

Cela s’explique probablement par le fait que ces électeurs ne connaissent que très partiellement l’idéologie de l’extrême droite.

Des sondages ont d’ailleurs montré que les électeurs du FN – RN, pour la plupart d’entre eux, ne connaissent pas le programme de ce parti.

 

 

Sources : Michel Santi, économiste texte publié en 2014 |

- Pourquoi ?...

  • Pourquoi de grandes et illustres voix comme Stiglitz et Krugman stigmatisent-elles les inégalités ?
  • Pourquoi Piketty a-t-il écrit son monumental travail " Le Capital au XXIe siècle[1] " ayant aujourd'hui un retentissement mondial ?
  • Est-ce par plaisir - ou pour se distinguer ? - que, depuis le déclenchement de la crise, les économistes keynésiens n'ont de cesse de dénoncer le néo-libéralisme et son lot d'injustices, de dérégulations, de phobie irrationnelle vis-à-vis de la création monétaire, d'obsession pour la compétitivité et de hantise à l'encontre d'une inflation qui ne se matérialise décidément pas ?
  • S'il va de soi que cette condamnation est d'abord mue par un sentiment humaniste et de solidarité sociale élémentaire, elle est également pointée du doigt par nous - les hétérodoxes - car les inégalités nuisent foncièrement à la croissance économique. 

 

 

- Même les institutions néo-libérales s'inquiètent des inégalités

Alors, il est clair que la masse des spéculateurs et investisseurs boursiers qui s'enrichissent virtuellement jour après jour, il est évident que ceux qui profitent pleinement de la financiarisation ayant asservi l'outil de travail, il va de soi que ceux qui sont complètement déconnectés des réalités de la vie,  n'ont que faire d'une croissance économique pérenne car ils ont - jusqu'à présent - gagné à tous les coups. Ils devraient pourtant commencer à se poser de sérieuses questions et à se rendre compte que leur orgie touche à sa fin, dès lors que des institutions symbolisant l'essence même du néo-libéralisme telles que le F.M.I.[2] et que le World Economic Forum concluent que « des sociétés moins égalitaires aboutissent à une croissance faible et fragile »

 

 

- L'immigration, cette véritable valeur ajoutée, ressentie comme une menace

Il en est de même pour l'immigration, source de croissance sur le long terme pour toute nation, car elle participe activement de la promotion de l'innovation et de la progression de la productivité. Ne feignons pas aujourd'hui d'être surpris par la montée en puissance des extrémismes, et ne soyons pas choqués par les succès électoraux des partis xénophobes. Ne soyons pas non plus surpris que les plus défavorisés et que la classe ouvrière - naguère acquis à la gauche - se reportent désormais en masse vers l'extrême droite.

 

Dans une société comme la nôtre burinée par les inégalités, où les entreprises favorisent le dumping salarial via l'embauche d'immigrés moins exigeants que les nationaux, où les loyers des logements sociaux connaissent une surenchère du fait de l'afflux d'étrangers, où les services publics sont de moindre qualité car dépassés par les évènements, il est fort compréhensible que l'immigration soit ressentie comme une menace et non pour ce qu'elle représente vraiment, c'est-à-dire une valeur ajoutée. 

 

 

- Seule une redistribution plus juste permettrait de ramener de la sérénité

Que droite et gauche républicaines ne s'en prennent qu'à elles et à leurs politiques respectives ayant toutes fait l'ardente promotion du néo-libéralisme si des pays comme la France et comme la Suisse subissent (NDLR et aujourd'hui la Suède et l'Italie) aujourd'hui l'émergence d'idéaux prônant le repli sur soi. Car seuls les riches aujourd'hui profitent vraiment de cette immigration et de ce travail à bon marché en s'enrichissant davantage, tandis que les pauvres pour leur part en subissent toutes les conséquences. En effet, pendant que le néo-libéralisme, que la financiarisation et que la dérégulation sauvage sont systématiquement synonymes de coupes salariales, de pertes de droits et - en finalité - de montées en puissance des haines et des intolérances, seule une redistribution plus juste des ressources est aujourd'hui susceptible de ramener la sérénité dans nos sociétés

 

  • Mesdames et Messieurs du gouvernement et de l'opposition Républicaine : l'acceptation sans faille de vos citoyens à l'ouverture totale des frontières et à la globalisation, de même que leur adhésion à cette Europe mal aimée ne se matérialiseront que grâce à une croissance stable.
  • C'est-à-dire par une société plus égalitaire, en établissant enfin une croissance au long cours, exempte de l'implosion épisodique de bulles spéculatives, où le travail redeviendrait une valeur.

 

🔴   Michel Santi est un macro économiste et un spécialiste des marchés financiers.

Il est l'auteur de :  " Splendeurs et misères du libéralisme " et " L'Europe, chronique d'un fiasco politique et économique "

 

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-  L'Extrême-droite, rempart contre le (du) Capitalisme.

Jean-Christophe Sellin, conférence des AMFIS 2022, « Histoire de l’extrême droite en France »

  • Qu'est-ce que le fascisme ? 
    • La politique de Macron se résume à : " Si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi. Tu es riche donc méritant mais si tu es pauvre, c’est de ta faute, donc si c’est de ta faute, on ne t’aidera pas. " Ce précepte avait été inauguré par Adam Smith au XVIIIe siècle sur une base de rhétorique religieuse.
    • Il s'agit bien d'un extrémisme ultralibéral , une autre forme du fascisme. " Aide-toi et le ciel t'aidera "
    • Le fascisme apparaît quand les intérêts privés priment sur l’intérêt collectif, quand les gouvernements et leurs instruments de coercition sont au service du capital, des banques et des industriels et non plus au service du citoyen.
    • Il est entendu que le totalitarisme qui est une forme de fascisme engendre le mal absolu. Absolu parce que ce système ne connaît plus les limites de la moralité et de l’éthique. Le bien-être du citoyen n’a plus la moindre importance, et celui-ci est réduit à l’état d’outil de production, dans le meilleur des cas, de charge inutile quand il n’est pas apte à produire, voire à l’état de parasite à éliminer. Seule compte l’avidité de richesses de la caste dirigeante, toute autre considération étant devenue secondaire. 

Georges Orwell avait compris la consubstantialité du fascisme et du capitalisme, disant quil ne sert à rien de lutter contre le fascisme si on ignore le capitalisme.

 

https://twitter.com/JLMelenchon/status/1568531312557932546

https://twitter.com/JLMelenchon/status/1568531312557932546

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19 septembre 2022 1 19 /09 /septembre /2022 10:57
Crise politique : le miroir électoral

Les ceintures populaires des métropoles se sont portées un peu plus vers la gauche et les espaces extramétropolitains sont allés un peu plus vers l’extrême droite : les deux constats ne s’opposent pas l’un à l’autre ; ils sont deux faces de la même réalité.

 

Abstention, rapport des forces gauche/droite, vote des fonctionnaires, ancrage des idées d’extrême droite... Le résultat du cycle électoral 2022 continue de nourrir de vigoureux débats à gauche. Deux enquêtes récentes fournissent de nouveaux éléments de compréhension. Analyse de Roger Martelli.

Deux rapports viennent compléter les regards portés sur les élections de l’année. Le premier est paru cet été sur le site de Fondapol, la fondation de droite présidée par Dominique Reynié, sous le titre « Mutations politiques et majorité de gouvernement dans une France à droite[1] ». Le second est une note de recherche du politiste Luc Rouban, paru sur le site du Cevipof et portant sur « le vote des fonctionnaires à l’élection présidentielle de 2022[2] ». Les deux études s’appuient sur des données de l’institut de sondage OpinionWay, téléchargeables sur le site de Fondapol[3]. Nous en résumons ici les principales conclusions.

 

Sources : Regards.fr par Roger Martelli 

- Abstention : vers l’infini et au-delà ?
La crise politique s’épaissit. L’abstention grandit, d’élection en élection. À la présidentielle, elle est passée de 15,3% en 1965 à 27,9% en 2022. Aux législatives, elle s’incruste au-delà du seuil des 50%. L’enquête OpinionWay nous en livre les ressorts, sociologiques et politiques.

 

(1) La colonne additionne le pourcentage des interviewés qui répondent : « Parce qu’aucun candidat ne correspond à mes idées », « C’est ma façon de protester contre le système politique actuel », « C’est la même politique qui est menée quel que soit le résultat » et « Mon vote ne sert à rien ».

 

L’abstention législative garde les caractéristiques sociologiques qui séparent les catégories les plus aisées (35% d’abstentions chez les revenus mensuels supérieurs à 3500 euros) et les chômeurs (75% d’abstentions). L’âge, les faibles revenus, les statuts jugés inférieurs et les formations courtes continuent de creuser la distance des individus avec le fait électoral. Mais le motif de la prise de distance reste ouvertement politique : la moitié des abstentionnistes invoquent l’absence d’intérêt pour une élection dont on estime volontiers qu’elle ne sert à rien.

 

La dimension protestataire du vote est renforcée par la distribution des résultats. Les partis dominants n’ont plus le vent en poupe. Le PS et l’UMP se partageaient 56% des suffrages présidentiels en 2012, 26% en 2017 et 6% à peine en 2022. Le total des suffrages obtenus par Macron, Pécresse et Hidalgo approche tout juste le quart des électeurs inscrits (en 2017 encore, les candidats supposés « gouvernementaux » en totalisaient 38,2%).

 

 

- Tout va bien pour le RN !
Si la coalition des députés composant la Nupes forme le second bloc derrière la majorité relative macronienne, c’est le Rassemblement national qui peut se présenter comme le premier groupe d’opposition. Le plus préoccupant est que ses réserves électorales semblent loin d’être négligeables : 55% seulement des électeurs de Marine Le Pen du mois d’avril sont allés aux urnes en juin et ils sont plus nombreux (58%) que ceux de Jean-Luc Mélenchon (40%) à expliquer que leur absence est un geste de protestation contre le système électoral.

 

Quelle que soit l’élection de référence, présidentielle ou législative, premier ou second tour, l’extrême droite est le courant politique qui a le plus progressé en cinq ans. Cette progression n’est pas seulement l’effet d’un choix par défaut : 39% des électeurs se disent « tout à fait » ou « plutôt d’accord » avec les idées du RN (le pourcentage est de 28% pour LFI). Du coup, près de la moitié des interrogés (47%) voient comme « une bonne chose » l’entrée en force de l’extrême droite à l’Assemblée.

 

Les élections suggèrent donc, tout à la fois, une poussée de l’extrême droite – y compris en dehors de ses zones de force devenues traditionnelles – et une droitisation de la droite. C’est là encore près de la moitié (47%) des électeurs LR qui se disent proches des idées du RN, au point que les électeurs de droite sont plus nombreux (39%) à souhaiter un accord de LR avec le RN qu’avec la Macronie (34%). Voilà qui n’a rien d’étonnant, si l’on tient compte de ce que, pour 59% d’entre eux, le RN est capable de gouverner et que, aux yeux de 52%, le parti lepéniste incarne même une société dans laquelle ils souhaiteraient vivre.

 

Du point de vue idéologique, on aurait tort de sous-estimer le poids persistant des enjeux migratoires. Il est vrai que la plupart des sondages suggèrent depuis quelques mois que l’immigration n’est plus dans le trio de tête des sujets qui « préoccupent » les Français (la palme revient en général au pouvoir d’achat, à l’insécurité et aux enjeux sanitaires).

 

Mais ce n’est pas parce que les mots de l’immigration n’affleurent pas sur le terrain qu’ils n’agissent pas, confortant la conviction classique selon laquelle le RN « dit tout haut ce que les Français pensent tout bas »… Quand OpinionWay propose par exemple à ses interlocuteurs l’item « La plupart des immigrés ne partagent pas les valeurs de notre pays et cela pose des problèmes de cohabitation », plus de 90% des proches de l’extrême droite répondent affirmativement. Mais 80% des électeurs de la droite classique en font de même et les deux tiers des « sans préférence partisane » et des abstentionnistes. Au total, ce n’est qu’une courte majorité de 53% qui repousse l’idée centrale de la grande menace migratoire.

 

 

- Fonctionnaires : une citadelle pour la gauche ?
Pour le Cevipof, Luc Rouban a scruté plus particulièrement le comportement des fonctionnaires.

Nous l’avons résumé ici en deux tableaux, le premier qui synthétise le vote salarié en fonction des statuts du public, le second qui mesure les grandes évolutions entre 2017 et 2022.

 

[cliquez sur le graphique pour l’agrandir]

 

Le premier tableau confirme, dans le monde du salariat, la tripartition observée dans l’ensemble des suffrages exprimés. La droite et l’extrême droite (37% et 34%) sont en tête chez les salariés du privé, où la gauche est au-dessous de sa moyenne nationale (28%). En revanche la gauche est en tête (37%) dans la fonction publique d’État où elle dépasse sensiblement sa moyenne nationale et où l’extrême droite est plus à la traîne (28%). Les situations sont plus équilibrées dans les entreprises publiques, la fonction publique territoriale et la fonction publique hospitalière.

 

Les zones de force de la gauche restent dans le monde enseignant (49%) et les catégories A de la fonction publique (43%), celles de la droite macronisée restent du côté des cadres du privé et celles de l’extrême droite chez les policiers et militaires[5]. Mais cette situation a évolué entre 2017 et 2022, parfois de façon sensible.

Entre les présidentielles de ces années-là, la gauche radicale s’est renforcée chez les employés du privé, les fonctionnaires d’État et les catégories A, tandis que la droite a reculé dans la fonction publique d’État et les catégories A. Ce recul a droite est d’abord celui de la droite classique : à l’exception du monde enseignant – éloigné par quelques années de « blanquerisme » militant – la Macronie résiste plutôt bien, notamment en milieu hospitalier.

 

  • Mais, une fois de plus, c’est le Rassemblement national qui tire les marrons du feu. Il progresse de plus de 10% chez les cadres du privé, les enseignants et les hospitaliers et il se consolide sensiblement du côté des entreprises publiques et de la territoriale. La perte de confiance dans l’institution publique et la confusion grandissante du privé et du public brouillent les perceptions et déplacent les rapports de force électoraux.
  • Le second tour amplifie encore le mouvement. Marine Le Pen gagne 9% entre 2017 et 2022 dans la fonction publique d’État, 7% dans la territoriale et jusqu’à 15% chez les hospitaliers. Elle progresse dans toutes les catégories de fonctionnaires : 7% chez les « A », 13% chez les « B » et 9% chez les « C » (où elle attire les votes de 46% d’entre eux, quasiment la moitié de la catégorie).
  • Ayant pris ses distances avec l’ultralibéralisme de la droite traditionnelle, le RN a installé l’extrême droite comme une concurrente de la gauche sur le terrain du « social ». S’arc-boutant sur la défense des agents publics les plus défavorisés, Marine Le Pen a permis que, par un étonnant paradoxe, la protestation contre la confusion du privé et du public tourne avant tout au bénéfice de l’extrême droite, sans que le macronisme soit pour autant irrémédiablement distancé.

 

 

- Le devoir de lucidité
Malgré le grand retour de la gauche au sein de l’hémicycle (la Nupes rate la victoire entre 0,13 et 0,25 % du total des voix[4]), le cycle électoral de l’année 2022 a tourné plutôt en faveur de l’extrême droite. L’image des « deux France » chère à Christophe Guilluy est certes trop simple pour être retenue. Mais la gauche aurait tort de sous-estimer une réalité globale marquée par une conjonction, qui n’est hélas pas propre à la France et qui juxtapose une translation vers la droite du champ politique et une division accentuée des catégories populaires.

 

La spectaculaire abstention de la consultation législative, notamment dans les catégories populaires, atténue l’image sociologique dessinée par le premier tour de la présidentielle d’avril. Mais elle ne contredit pas les tendances alors dégagées. Le tableau ci-dessous reprend les données de l’enquête OpinionWay, en triant les pourcentages de pénétration des votes Nupes et RN, de part et d’autre de leur moyenne nationale.

 

[cliquez sur le graphique pour l’agrandir]

 

  • Plus que le vote Mélenchon d’avril, le vote en faveur de la Nupes est assez homogène : elle obtient rarement moins de 20% et rarement plus de 33%. Mais le profil général de cet électorat est typé : les pourcentages les plus élevés concernent les catégories jeunes, notamment lycéennes et étudiantes, les « CSP + » et les professions intermédiaires, les formations au-delà du baccalauréat, les revenus moyens et les grandes villes avec en tête l’aire urbaine de Paris et l’Île-de-France.
  • De son côté, le profil du vote RN est plus éclaté mais reste dominé par les catégories les plus populaires et les moins pourvues en « capital » matériel et culturel, installé en dehors de l’espace métropolitain et francilien.

 

La crise voue chaque situation à l’instabilité et rien n’indique que l’extrême droite a gagné définitivement la bataille de l’hégémonie et engagé inexorablement le processus qui peut la conduire au pouvoir. Mais elle a pour l’instant marqué des points importants, sur les terrains où elle est attendue (la protection, l’identité, l’immigration) et sur ceux où on l’attendait beaucoup moins (le social, la peur de l’avenir, la colère devenue ressentiment).

 

La gauche va mieux, elle s’est renforcée sur son flanc gauche et elle s’est réunie entre mai et juin. Mais elle reste dans ses basses eaux, n’a que partiellement regagné des points dans les milieux populaires et elle se retrouve profondément déséquilibrée. Elle est plus que concurrencée par l’extrême droite sur le terrain de la colère et n’a pas encore convaincu que ses projets de société sont renouvelés, pertinents et réalisables. Le temps de l’entre-deux est celui des possibles : le problème est qu’il en est des progressifs et d’autres trop tangibles et régressifs. Promouvoir les uns et conjurer les autres n’est pas qu’une affaire de volonté : c’est avant tout une question de pensée – et donc de repensée – et un processus maîtrisé de pratique populaire partagée.

 

Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu.  Bertolt Brecht

 

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- Retrouvez la conférence des #AMFIS2022 intitulée : « Vote RN et « assistanat » : que fait-on ?

Retrouvez la conférence des AMFIS 2022 intitulée : " Vote RN et " assistanat " : que fait-on ? ", avec : François Ruffin, député LFI-NUPES * Alma Dufour, députée LFI-NUPES * Charlotte Leduc, députée LFI-NUPES

 

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22 août 2022 1 22 /08 /août /2022 11:21
Quand le RN fait « l'apologie de l’Algérie française et des crimes de la colonisation » et notamment de l'attentat du Petit Clamart
Quand le RN fait « l'apologie de l’Algérie française et des crimes de la colonisation » et notamment de l'attentat du Petit Clamart

En juin 2022, José Gonzalez député RN, doyen de l'Assemblée Nationale " ne sait pas dire si l'OAS a commis des crimes ou non ", fait l'apologie de l'Algérie française et des crimes de la colonisation... et reçoit le soutien de Marine Le Pen[4]

 

Attentat manqué contre le général De GAULLE, le 22 août 1962 au Petit Clamart perpétré par 2 commandos de l'OAS[2(cette organisation fera plus de 2300 morts[2]...) quasiment simultanément au passage de la DS présidentielle, faisant un blessé à bord de son automobile Panhard et des dégâts à la vitrine d'un magasin situé sur la ligne de tir du second commando.

Le général de Gaulle et son épouse en sortent miraculeusement indemnes[1].

Retour sur cet événement perpétrés par des ultras de l'Algérie française.... et de l'utilisation qui en est faite aujourd'hui, quand le RN (Rassemblement National) fait « l'apologie de l’Algérie française et des crimes de la colonisation » et notamment de l'attentat du Petit Clamart... ou baptise une place du nom de Pierre Sergent, l’un des principaux fondateurs et dirigeants de l’Organisation de l’armée secrète (OAS)... 

 

Sources : INA - Eric DURAND | mis à jour le 28/09/2022

- Nous sommes en août 1962
L’Algérie est indépendante depuis le 5 juillet. Depuis des années, ce nom cristallise les tensions entre Français favorables au maintien de ce vaste territoire sous souveraineté française et ceux qui réclament son indépendance. Pire, depuis le début de 1961, l’Organisation de l’Armée secrète[2] (OAS) pose des bombes en Algérie et en métropole pour signifier à l’Etat son refus de l'indépendance.

 

Le général de Gaulle, appelé au pouvoir en 1958 en raison de cette même crise algérienne, est vu comme le dernier espoir des partisans de l’Algérie française. Mais rapidement, dès 1959, il prend conscience de l’impossibilité du maintien de la politique coloniale. Pour vivre la destinée mondiale chère à ses yeux, la France doit se débarrasser de cette guerre d’un autre âge, ingagnable politiquement, et se recentrer sur une modernité européenne, qui se matérialisera en 1963 par la réconciliation avec l'Allemagne.

 


- Pour l’OAS, le général de Gaulle, surnommé par dérision « le guide », devient l’ennemi numéro 1
Le 8 septembre 1961, le convoi du président en route vers Colombey-les-Deux-Églises est victime d’un attentat à la bombe à Pont-sur-Seine, dans l’Aube. Le convoi est indemne et les auteurs de l’attentat, qui se réclament de l’OAS, sont arrêtés. Tous, à l’exception du « cerveau » qui reste non identifié.

 


- Une attaque sur la route de l'aéroport
C’est dans ce contexte de violence contre la personne du chef de l'Etat qu’a lieu l’attentat du Petit-Clamart, le 22 août 1962. Après celui du Pont-de-Seine[5], les services de sécurité de l’Elysée ont obtenu du président qu’il se rende en avion dans sa résidence champenoise de Colombey afin d'éviter la longue route en voiture. Pour ce faire, le cortège doit se rendre à l’aéroport de Villacoublay, situé dans les Yvelines.

 

En début de soirée, ce 22 août, à 19h45, la DS-19 présidentielle quitte l’Elysée en compagnie d’une voiture de sécurité et de deux motards. Sur la banquette arrière se sont assis de Gaulle et son épouse. Le véhicule est conduit par le chauffeur attitré du Palais, le gendarme Francis Marroux. A ses côtés prend place le général de Boissieu, gendre du président. 

 

A 20 h 20 le convoi approche du carrefour du Petit-Clamart. La route est dégagée, à l’exception d’une estafette jaune garée sur le bas-côté. Alors que la voiture arrive à sa hauteur, plusieurs armes automatiques se mettent à tirer. La DS est touchée à plusieurs endroits. Le chauffeur accélère mais une seconde voiture, une Citroën ID-19 bleue, la prend en chasse. Les occupants ouvrent le feu à plusieurs reprises avant de prendre la fuite.
Malgré le choc de l’attentat, le chauffeur parvient à Villacoublay. Le président et tous les passagers de l’escorte sont indemnes.

 


- Un commando de douze hommes
Une gigantesque chasse à l'homme est lancée le soir même. L’enquête aboutit au bout de seulement quinze jours, bénéficiant de hasards et d’étonnantes imprudences des conjurés. Les suspects sont interpellés et avec eux sont retrouvées leurs armes. Certains d'entre eux préparaient une nouvelle opération visant à nouveau le président. Qui sont-ils ?

 

Le commando se compose de douze hommes, Jean Bastien-Thiry en est l’énigmatique leader. Il s'agit d'un homme de 34 ans, brillant polytechnicien, lieutenant-colonel de l’armée française, fervent catholique et patriote, qui voit en de Gaulle un « tyran » abandonnant l’Algérie française. Son second, Alain de La Tocnaye, considère de Gaulle comme un « cryptocommuniste », tout comme les Hongrois Lazlo Varga, Lajos Marton et Gyula Sari. Le reste du commando est composé de métropolitains et de Pieds-noirs.

 

 

- Le dernier fusillé de l’Histoire
Après les premières arrestations des membres du commando, Bastien-Thiry est à son tour arrêté le 17 septembre 1962. Le procès débute au fort de Vincennes le 28 janvier 1963. Neuf accusés sur les douze qui constituaient le commando comparaissent devant la Cour militaire de justice.

 

Le 4 mars 1963, Bastien-Thiry est jugé coupable de la planification de l’attentat et condamné à mort. Il est fusillé le 11 mars 1963 au fort d’Ivry. Il restera dans l’Histoire comme le dernier condamné à mort fusillé en France. On estime aujourd'hui que l'ingénieur fut également responsable de l'attentat de Pont-sur-Seine.

 

Alain de la Tocnaye et Jacques Prévost, eux aussi condamnés à mort, seront graciés en 1968, ainsi que les tireurs condamnés à différentes peines de réclusion. Pendant le procès, l’avocat de Bastien-Thiry, Maître Jean-Louis Tixier-Vignancourt, évoquera pour sa défense la thèse de l’enlèvement plutôt que la volonté de tuer. Une thèse très largement contestée, notamment par l’un des conjurés, Lajos Marton. Sur le plateau de « Tout le monde en parle» en 2005, ce dernier expliquait que la thèse de l'enlèvement était une invention des avocats[3] », et que l'ordre avait bel et bien été donné d'assassiner le président de la République.

 

 

- 28 juin 2022, José Gonzalez[5bis], député du Rassemblement national nostalgique de la colonisation, met le feu à l'hémicycle...

Le 28 juin se tenait la séance inaugurale de la nouvelle Assemblée nationale française issue des urnes. Comme le veut le règlement, c’est le doyen de l’hémicycle qui a présidé la première séance avant que les députés ne procèdent à l’élection du président de l’Assemblée. Cette tâche a échu à José Gonzalez, un député RN de 79 ans.

  • Son discours inaugural, qui n’a pourtant duré que cinq minutes, n’est pas passé inaperçu. Plusieurs propos tenus par ce pied-noir né à Oran en 1943 sont inacceptables[6] :
    • À sa sortie de l’hémicycle, face aux micros et aux caméras, cet ancien retraité et contrôleur d’exploitation à l’aéroport de Marseille en a remis une couche. Interrogé plus en détail sur son rapport à l’Algérie, il a affirmé qu’il n’était « pas là pour juger si l’OAS a commis des crimes ou non », invoquant au passage « des crimes d’un côté comme de l’autre » ;
    • « Venez avec moi en Algérie dans le Djebel, je vais vous trouver beaucoup d’Algériens qui vont vous demander « quand est-ce que les Français reviennent ? » », a-t-il déclaré ;
    • Et d’ajouter : « J’ai applaudi de Gaulle en 1958 quand il a clamé “vive l’Algérie Française !” » J’ai compris après qu’il ne fallait plus applaudir. » ;
    • et il va plus loin encore : « En expliquant à nos jeunes issus d’Afrique du Nord qu’on a commis des crimes contre l’humanité contre leurs parents, comment voulez-vous qu’ils se comportent avec nous et nous respectent ? », a-t-il déploré.
       

 

- Ces phrases n’ont rien à faire au cœur d’une institution de la République.
Car derrière ces mots de José Gonzales, c’est un passé colonial, l’OAS et la torture, qui raisonnent. Certains ont voulu faire croire, et certains ont cyniquement cru, que l’héritage de Jean-Marie Le Pen n’était plus. Que le Rassemblement national avait changé. Preuve s’il en fallait, que quand le vernis craque, le RN est bien et restera toujours d’extrême-droite.

 

Par ces quelques mots, en guise de lancement d’une nouvelle période, José Gonzales nous rappelle l’histoire du Rassemblement national : un parti fondé en 1972 par des anciens de l’OAS, des gradés de la Waffen SS[7].

 

Nous débutons donc cette XVI législature par un hommage appuyé à l’Algérie française. Symbole de l’extrême droitisation des débats qui s’annonce pour les 5 ans à venir ?

 

Quand le RN fait « l'apologie de l’Algérie française et des crimes de la colonisation » et notamment de l'attentat du Petit Clamart

 

- Et ça continue...

Par une délibération du conseil municipal du 22 septembre 2022, la mairie RN de Perpignan (Pyrénées-Orientales), conduite par Louis Aliot, membre du RN, baptise une place du nom de Pierre Sergent, l’un des principaux fondateurs et dirigeants de l’Organisation de l’armée secrète (OAS)...

 

Comment s'en étonner, en 1982, François Mitterrand, n'a t-il pas ouvert la porte en faisant voter une quatrième loi d'amnistie[8], qui permet notamment aux généraux ayant organisé le putsch d'avril 1961 de toucher leur retraite d'officiers généraux et d'être réintégrés dans leurs décorations.

 

Le RN dans les pas de l’OAS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes :

[1] Il y a 60 ans, de Gaulle réchappe à l'attentat du Petit-Clamart

[2] Organisation de l'armée secrète

[3] Lajos Marton à propos de l'attentat du Petit-Clamart

[4] Marine Le PEN défend le député RN José Gonzales après ses propos sur l'OAS

[5] Attentat de Pont-sur-Seine

[5bis] José Gonzalez

[6] Les propos de José Gonzalez député RN

[7] Les anciens SS ont reconstruit l'extrême droite française après 1945

[8En 1982, François Mitterrand fait voter une quatrième loi d'amnistie, qui permet notamment aux généraux ayant organisé le putsch d'avril 1961 de toucher leur retraite d'officiers généraux et d'être réintégrés dans leurs décorations.

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5 août 2022 5 05 /08 /août /2022 13:35
Une proposition légitime de résolution du PCF assimilant Israël à " un régime d'apartheid " crée de hystérie au sein de la majorité gouvernementale LREM/RN/LR
Une proposition légitime de résolution du PCF assimilant Israël à " un régime d'apartheid " crée de hystérie au sein de la majorité gouvernementale LREM/RN/LR

Apartheid Israélien, il y a urgence à mettre fin au bal des Hypocrites... et en tout état de cause, « Critiquer l’exécutif israélien, ce n’est pas être antisémite »

 

Pour faire la clarté : L’apartheid est un terme afrikaans qui signifie « séparation » et désigne la politique dite " de développement séparé " instaurée par le Parti national afrikaner (NP) en 1948, dans une Union sud-africaine encore sous domination britannique[0].

A juste titre, la proposition de résolution du groupe parlementaire PCF #Nupes[1" condamne l'institutionnalisation par Israël d'un régime d'apartheid à l'encontre du peuple palestinien[0bis] " et veut faire reconnaître le boycott des produits israéliens par l'Assemblée nationale, avec le soutien de 38 députés PCF, PS et un écologiste et LFI de l'intergroupe #Nupes cosignateurs.

 

Les Palestiniens priés d’emprunter des bus différents des colons
Voilà qui justifie la résolution contre le régime d'apartheid israélien

 

Sources : Durand Eric  mis à jour le 11/08/2022

- Tout d'abord, pour expliquer l'agitation parlementaire, retour sur un concept non négociable " Non, antisionisme et antisémitisme ne sont pas synonymes "... et pourtant remis en cause par la macronie

Tout part des propos de Manuel Valls (1er Ministre de François Hollande)[1bis], selon qui l’antisionisme est « tout simplement le synonyme de l’antisémitisme et de la haine d’Israël ». Prononcée le 7 mars 2016 lors du dernier dîner annuel du Crif (Conseil représentatif des juifs de France)[2], organisme principalement consacré à la défense des gouvernements israéliens successifs auprès des autorités françaises,, cette accusation vise à faire peser un soupçon indistinct d’infamie sur les mouvements de solidarité avec les Palestiniens. et a été contestée, notamment par Pascal Boniface, Fondateur et directeur de l’Institut de recherches internationales et stratégiques (Iris)[2bis]

  • Et ils ne lâchent rien en la matière. Le 12 Novembre 2019 a été présenté à l’Assemblée nationale une résolution LREM visant à assimiler la critique du sionisme à un acte antisémite[3].
    • En réaction, 125 universitaires juifs lancent un appel à l’Assemblée Nationale : " Ne soutenez pas la proposition de résolution assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme et approuvant la définition de l’IHRA "[4].
    • Le 3 décembre 2019, L'assemblée nationale adoptait la définition de l'antisémitisme de l'IHRA appelée « RÉSOLUTION MAILLARD (député LREM) [4bis] » (texte résolution n° 2403[5])... et dont le contenu fait débat. (Pour la Ligue des Droits de l'Homme, il s'agit d'UN TEXTE AMBIGU ET TRÈS CONTROVERSÉ[6]).
    • Précision : La résolution de l’Assemblée Nationale est un acte par lequel l’Assemblée émet un avis sur une question déterminée. Cette résolution est de faite, non contraignante mais constitue une restriction à la liberté d’expression, cela peut s’assimiler à un délit d’opinion[6].
    • Et aujourd'hui, dénoncer et combattre le régime d'apartheid israéliens ferait de nous des antisémites... nous ne céderons pas !

 

 

- C'est dans ce cadre que lors de la présentation de la résolution du PCF[1], le 2 août les masques sont définitivement tombés

En l'absence de majorité, dans un contexte socio-économique hyper tendu, ce 2 août, le gouvernement a abattu sa dernière carte face à l'opposition de gauche en la vouant aux gémonies de l'antisémitisme.

 

Ce fut d'abord le très sioniste soutien du gouvernement Netanyahou, M Habib[10] qui sonna la charge. Ses insultes auraient pu en " toucher une sans faire bouger l'autre ", tant l'homme est connu pour ces outrances pro israéliennes et islamophobes. Cependant, le garde des sceaux, qui au lendemain des législatives fut l'un des tous premiers à tendre la main à l'extrême droite, reprend à son compte les accusations. Puis Éric Dupond-Moretti qui a mis de l'huile sur le feu. Enfin ce fut au tour de Madame Borne, première ministre sans portefeuille ni pouvoir de tenter avec ses gros sabots de scinder l'opposition de gauche en déclarant que bien sûr PCF EELV et PS étaient dans le champ républicain tout en excluant LFI.

 

Dans cette ambiance particulièrement pesante où l'accusation d'antisémitisme est portée contre les députés et les partis de la NUPES, ce sont toutes les composantes de gauche que l’on veut délégitimer en les accusant d’antisémitisme. 

 

C'est ainsi que le député communiste Jean-Paul Lecoq, premier signataire de la résolution sur Israël[1] déposée par plusieurs élus de la Nupes, a vivement protesté. Et à l'initiative des députés de la France insoumise, la quasi-totalité des élus de gauche ont quitté l'hémicycle.

 

 

- Et c'est dans ce contexte que l'Union Juive Française pour la Paix dénonce : " l'Apartheid, le bal des Hypocrites[9] "
Selon elle (extrait), l’institutionnalisation de l’apartheid par Israël ne fait plus aucun doute pour les juristes internationaux, qu’ils opèrent dans les institutions officielles ou dans les grandes ONG...

  • Non, le crime d’apartheid ne se juge pas par l’identité de forme avec le régime imposé par le pouvoir blanc en Afrique du Sud[0], maintenant honni par tous quand il bénéficiait jusqu’à sa chute du soutien de bien des discoureurs d’aujourd’hui (notamment le soutien permanent d’Israël, soit dit en passant).
  • Oui par le refus du droit au retour des réfugiés, par les discriminations institutionnelles entre Juifs et Palestiniens en Israël même comme dans les territoires occupés, par le blocus de Gaza, Israël coche de nombreuses cases de l’énumération des caractéristiques d’un régime d’apartheid dans les différentes conventions internationales sur le crime d’apartheid.

 

Et le crime d’apartheid ne résume pas à lui seul tous les crimes de guerre et crimes contre l’humanité que commet Israël.

 

Nous avons déjà dénoncé la campagne de calomnies qui s’est immédiatement développée dès la publication de ce projet de résolution[1] : les défenseurs inconditionnels du sionisme, sans le moindre argument pour critiquer l’argumentation du projet de résolution, ont aussitôt brandi hors de toute décence l’argument de l’antisémitisme, dès lors que les fondements de la création d’Israël sont interrogés. Cette campagne d’une droite sioniste décomplexée (la LICRA, le CRIF, Goldnadel, Prasquier, Aurore Bergé, Sylvain Maillard, Meyer Habib[10]…) bénéficie du silence des autorités de l’État, occupées à recevoir avec les honneurs le commanditaire de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, avant que cet après-midi même le Garde des Sceaux crée le buzz en relançant l’accusation inepte d’antisémitisme contre « l’extrême gauche ». Cette campagne se déroule au moment où précisément Israël est dans un temps fort de colonisation, notamment à Jérusalem Est, et dans un temps fort de discriminations légales visant à favoriser les expulsions et les départs des Palestiniens.

 

Cependant, nous devons dire un mot des critiques adressées au projet de résolution par ceux qui se veulent progressistes, mais veulent encore aujourd’hui protéger l’État d’Israël des accusations portées par le projet, en cherchant à tout prix et contre toute évidence à ne voir dans les crimes commis que le résultat des politiques des gouvernements de droite....

 

On voit le Centre Medem, faisant fi de ses origines antisionistes du Bund, dénoncer de même ce projet. Lui aussi fait semblant de croire que seul le régime sud-africain mérite le terme d’apartheid. Et il ose même reprocher au projet d’ignorer « (…) délibérément la participation active des citoyens arabes aux instances de la démocratie israélienne », faisant probablement référence au parti de la droite islamiste arabe un temps associé en roue de secours aux projets réactionnaires du gouvernement Bennett !

 

  • Non, la destruction des Juifs d’Europe n’autorise pas Israël à se parer de cette Histoire pour justifier d’être hors-la-loi commune. L’égalité des droits est un combat qui vaut pour toutes et tous. Il vaut pour ici comme pour là-bas. Nous le poursuivrons sans relâche.
Une proposition légitime de résolution du PCF assimilant Israël à " un régime d'apartheid " crée de hystérie au sein de la majorité gouvernementale LREM/RN/LR

Notes :

 [0L’apartheid est un terme afrikaans qui signifie « séparation » et désigne la politique dite " de développement séparé " instaurée par le Parti national afrikaner (NP) en 1948, dans une Union sud-africaine encore sous domination britannique

[0bisLes Palestiniens priés d’emprunter des bus différents des colons

[1Proposition de résolution de M. Jean-Paul Lecoq condamnant l'institutionnalisation par Israël d'un régime d'apartheid à l'encontre du peuple palestinien

[1bisManuel Valls

[2Dîner du Crif: pour Valls, «l'antisionisme est synonyme de l'antisémitisme»

[2bis] Fondateur et directeur de l’Institut de recherches internationales et stratégiques (Iris), Pascal Boniface publie un ouvrage pour répondre à ses détracteurs, parmi lesquels l’ancien premier ministre Manuel Valls, qui l’estampillent « antisémite » 

[3] PROPOSITION DE RÉSOLUTION visant à lutter contre l’antisémitisme

[4Sionisme et ainsi de suite… par Jean-Luc Mélenchon

[4bis] Le 28 mai 2019, le député Sylvain Maillard avait participé à une conférence aux côtés de Yossi Dagan, un leader militant des colons, qui préside une autorité de l’État Israélien en charge des colonies en Cisjordanie occupée.

[5Analyse du scrutin public n° 2338 sur la proposition de résolution visant à lutter contre l’antisémitisme

[6] DÉCRYPTAGE DE LA RÉSOLUTION DITE « RÉSOLUTION MAILLARD »

[9] Apartheid, le bal des Hypocrites

[10] Un député français (UDI) “porte-parole” de Benyamin Netanyahou à l’Assemblée nationale

 

Pour en savoir plus :

- Non, antisionisme et antisémitisme ne sont pas synonymes

- Antisémitisme : en finir avec le poison de la rumeur par Manuel Bompard

- Dans un contexte particulièrement pesant où l'accusation d'antisémitisme est portée contre les députés et les partis de la NUPES, des communistes ont décidé de répondre à une tribune de Michel Onfray ciblant le PCF parue le 31 juillet dans le JDD.

- Corbyn n’est pas antisémite. Son vrai péché est de se battre contre l’injustice dans le monde, dont sa version israélienne.

- L’Afrique du Sud demande qu’Israël soit déclaré "État d’apartheid"

- Contre vents et marées, la résistance palestinienne, debout !

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4 août 2022 4 04 /08 /août /2022 08:31
Antisémitisme : en finir avec le poison de la rumeur par Manuel Bompard

« Chaque accusation publique sera poursuivie devant les tribunaux. Car il est temps que cesse cette infamie. »

 

Ce mardi 2 août, dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti et la Première ministre Elisabeth Borne se sont déshonorés. En donnant un caractère officiel au procès abject en antisémitisme mené à l’encontre de la France insoumise, ils ont, non seulement, insulté une partie de la représentation nationale mais ont rendu, par la même, un bien mauvais service à la lutte contre l’antisémitisme.

 

Sources : par Manuel Bompard (Député France insoumise #Nupes de Marseille)|

- Eric Dupond-Moretti parle de Jérémy Corbyn, l’ancien chef du Parti travailliste britannique.
Il faut rappeler que si celui-ci a été suspendu de son parti le 29 octobre 2020 à la suite de la publication d’un rapport sur l’antisémitisme, il a été réintégré par l’instance dirigeante du parti le 17 novembre 2020[1].  Il ne lui était d’ailleurs pas reproché des propos ou des actes antisémites, mais de ne pas avoir agi suffisamment contre l’antisémitisme. De plus, nous n’avons pas de lien particulier avec lui. Profiter de sa présence en France pour transformer nos parlementaires en antisémites est donc d’une malhonnêteté crasse. C’est l’histoire de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours.

 

Pire encore, alors que cette résolution est à l’initiative de nos camarades communistes, Elisabeth Borne l’utilise pour flageller les insoumis tout en absolvant les autres groupes de la NUPES. Car en réalité, elle n’a rien à faire de la véracité des attaques qu’elle profère. Elle poursuit seulement un objectif politique : détacher la France insoumise des autres composantes de la NUPES pour empêcher toute possibilité d’alternative à gauche. Mais cette tentative est vaine, comme l’a démonté notre réaction commune face aux propos des ministres au sein de l’hémicycle.

 

 

- Ces interventions ne s’appuient donc sur aucun élément sérieux.
Elles ne visent qu’à propager le poison de la rumeur pour disqualifier l’opposition principale à Emmanuel Macron et à sa politique. Car une fois ces polémiques absurdes écartées, il ne reste plus que les faits. Ils sont simples et méritent d’être énoncés clairement.

  • Aucun militant, dirigeant ou élu de la France insoumise n’a jamais tenu de propos ou commis d’actes antisémites. 
  • Aucune poursuite pour antisémitisme n’a jamais été engagé contre une personne appartenant à la France insoumise. 
  • Les procédures judiciaires engagées par Jean-Luc Mélenchon contre ceux qui l’avaient accusé d’antisémitisme se sont traduites par des condamnations pour diffamation. 

 

 

- Le débat politique, même conflictuel, mérite mieux que ces tentatives de disqualification.
Elles posent d’ailleurs un problème de cohérence.
Car s’il y a des antisémites sur les bancs de l’Assemblée Nationale, il faut les traduire devant les tribunaux. Et si nous sommes, nous, députés de la France insoumise, des antisémites, alors il n’est pas compréhensible que trois ministres du gouvernement d’Emmanuel Macron viennent débattre (sans complaisance) avec nous lors de nos prochaines universités d’été. Dupond-Moretti et Borne doivent donc s’excuser.

 

Car nous n’avons pas l’intention de courber l’échine.

  • Chacune de ces attaques donnera lieu, de notre part, à une réaction claire et immédiate, comme nous l’avons fait ce mardi en quittant l’hémicycle.
  • Et chaque accusation publique sera poursuivie devant les tribunaux.

Car il est temps que cesse cette infamie.

 

Notes :
[1] Corbyn n’est pas antisémite. Son vrai péché est de se battre contre l’injustice dans le monde, dont sa version israélienne.

 

Pour en savoir plus

- Le gouvernement d'un président qui a reçu à l’Élysée, par Emmanuel Macron en personne, Elie Hatem, défenseur de l’antisémite Charles Maurras

- Le gouvernement d'un président qui a rendu hommage à Pétain accuse un parti de gauche d'antisémitisme.

 - Jean-Luc Mélenchon : Corbyn : la synthèse mène au désastre

Antisémitisme : la faute majuscule de la Macronie

- Un député français (UDI) “porte-parole” de Benyamin Netanyahou à l’Assemblée nationale

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2 août 2022 2 02 /08 /août /2022 22:57
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes

Mesures Macron d'urgence pour la protection du pouvoir d'achat : « On aura vu le vrai visage du RN »...

Résultat « Ceux qui ne sont rien » auront des miettes[1] !

...la loi « pouvoir d’achat » n’augmente pas le pouvoir d’achat mais entérine sa baisse[1bis] !

 

Demandée par la #Nupes[2] (LFI, EELV, le PCF et le PS), la hausse du SMIC à hauteur de 1 500 € nets n'a pas été adoptée par les députés. 257 parlementaires, dont Marine Le Pen ou Aurore Bergé, ont en effet voté contre. (257 parlementaires ont voté contre, 121 pour et 4 se sont abstenus, selon le site de l'Assemblée[3])
«  Main dans la main RN et macronistes refusent l'augmentation du SMIC. La pire droite d'Europe », a lancé sur Twitter Jean-Luc Mélenchon, l'ancien candidat insoumis à la présidentielle[4].

«  On aura vu le vrai visage du RN qui vote contre les intérêts des plus pauvres. On aura vu le vrai visage de LREM qui s’allie avec le RN pour protéger les intérêts des plus riches », commente quant à lui le jeune député LFI Louis Boyard[5].

 

Sources : l'insoumission |

- SMIC. « Nous voterons l’essentiel des mesures que vous proposez », avait, la veille du vote, déclaré Marine Le Pen dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, en s’adressant au gouvernement[6].

Quel autre exemple que celui-ci pour illustrer l’alliance LREM & RN qui a été observé pendant plusieurs semaines à l’Assemblée ?

  • Après que les députés macronistes aient votés pour faire élire deux députés d’extrême-droite du RN à la vice-présidence de l’Assemblée[7] ;
  • après que les députés du RN aient refusé de voter la motion de censure du gouvernement[8]...
  • nouvelle épisode de l’alliance capital-fasciste : le 20 juillet 2022 l’alliance LREM & RN a voté d'une seule voix contre l’augmentation du SMIC à 1500€ net proposée par la gauche (amendement #Nupes[9]), et lors du vote global de l'article 4 du projet de loi (qui ne prévoit pas le SMIC à 1 500€), vote POUR[10].

 

 

- Défendus par le parti présidentiel et par son allié objectif, le Rassemblement national, les intérêts du capital sont bien gardés.

L’examen du texte « paquet pouvoir d’achat » à l’Assemblée nationale, a laissé éclater au grand jour ce que l’insoumission martèle depuis des mois : Marine Le Pen et le Rassemblement national, derrière la communication, portent un programme économique de saignée des classes populaires[11] : Refus d’augmenter les salaires, mais également de bloquer les prix, de dégeler le point d’indice des fonctionnaires, recul sur les retraites, arnaque sur l’ISF, remboursement de la dette, maintien de la flat-tax, austérité dans les services publics… Marine Le Pen défend, main dans la main avec Emmanuel Macron, les intérêts du capital contre le travail.

 

 

- Macron et Le Pen, main dans la main contre l’augmentation du SMIC
Un accord de fond qui ne date pas d’hier. Pendant la campagne présidentielle, Marine Le Pen s’était positionnée contre l’augmentation du SMIC, comme Emmanuel Macron. Candidate du peuple et du pouvoir d’achat ? Que nenni. À la place, la responsable du Rassemblement national (RN) proposait de supprimer des cotisations sociales pour augmenter le salaire net[12]. C’est-à-dire prendre dans notre poche gauche pour mettre quelques euros dans notre poche droite.

 

  • Quoi de plus normal pour Marine Le Pen de VOTER POUR[13] le « paquet pouvoir d’achat » proposé par le gouvernement, ce projet de loi qui donne toujours plus au capital qu’au travail, validant le non blocage des prix, la non hausse du SMIC, des pensions de retraites au delà de l'inflation, la revalorisation des minimas sociaux au dessus du seuil de pauvreté, le non gel des loyers... ?

 

 

 

- Par ce geste, le RN acte son rapprochement idéologique avec le macronisme.

Ses députés approuvent la distribution de miettes et de chèques, portée par les députés LREM. Le parti d’extrême-droite montre aux yeux du monde qu’il n’a jamais lutté pour la hausse des salaires :

  • Que le RN ne compte pas changer de position à ce sujet ;
  • Que le RN est bien un allié tacite de Macron, un allié des intérêts du capital, contre les intérêts des travailleurs.

 

 

- Le député France Insoumise, Adrien Quatennens a dénoncé avec vigueur l’hypocrisie du RN.

« Le partage de la valeur, ce ne sont pas des primes. Ce sont des augmentations de salaires et offrir les conditions d’une vie digne aux travailleurs, de vivre de leur travail. Ce que précisément, vous aussi, en bonne alliée de la macronie, vous refusez. […] Vos électeurs vous voient. Vous vous couchez contre la logique macroniste qui vise à verser des primes aléatoires et des chèques ! », s’est-il exclamé dans l’hémicycle[14].

 

 

- « Nous voterons l’essentiel des mesures que vous proposez » : pour quelles miettes le RN a-t-il voté ?
Un article a été publié ici même 👉 [15] par les insoumis pour décortiquer le « paquet pouvoir d’achat » du gouvernement.

 

🟥 Que contient-il ? Miettes, chèques et mesurettes.

Voilà, ce alors que les Français sont pris à la gorge par l’inflation et qu’ils ont un besoin urgent d’augmentation de leurs salaires, ce que le RN a avalisé : 

  • Une revalorisation du point d’indice des fonctionnaires (+3,5%), présentée comme historique, mais inférieure à l’inflation. Cela revient à une perte sèche de pouvoir d’achat de 2,25% sur l’année pour les fonctionnaires ;
  • Aucun effort demandé aux 3,5% d’ultra-riches qui possèdent la moitié des logements du pays, alors que les Français vont pâtir de l’inflation des loyers, qui est leur premier poste de dépenses ;
  • Pas d’augmentation du SMIC ;
  • Pas de blocage des prix de l’essence et des biens de première nécessité ;
  • Aucune taxation des milliardaires qui se sont gavés pendant la crise sanitaire ;
  • Des primes pour les entreprises qui le voudront bien, des miettes payées par… le contribuable.

 

👉 En définitive, un paquet pouvoir d’achat d’où est absent le mot « salaires ».

  • Voilà ce que le RN a soutenu, main dans la main avec la macronie et les Républicains.
  • Une lune de miel pour soutenir le capital plutôt que le travail.
  • L’alliance capital-fasciste se confirme chaque jour un peu plus.

 

 

- Et pourtant...

Malgré la propagande macroniste, les français ont compris que la loi sur le pouvoir d'achat était surtout une manière de protéger les superprofits.

Pas convaincus par la loi pouvoir d’achat, les Français voulaient taxer les superprofits - EXCLUSIF

 

- Pour en savoir plus...

Macron et Le Pen contre les hausses de salaire ! | Débats à l'Assemblée

 

Notes

[1] « Ceux qui ne sont rien » auront des miettes

[1bis] LES SALARIÉS PERDENT DU POUVOIR D'ACHAT: LES HAUSSES DE RÉMUNÉRATION NE COMPENSENT PAS L'INFLATION

[2] Nupes

[3] 257 parlementaires ont voté contre, 121 pour et 4 se sont abstenus, selon le site de l'Assemblée

[4] Main dans la main RN et macronistes refusent l'augmentation du SMIC. La pire droite d'Europe. #DirectAN

[5On aura vu le vrai visage du RN qui vote contre les intérêts des plus pauvres.

[6] Loi pouvoir d’achat : « Nous voterons l’essentiel des mesures que vous proposez», annonce Marine Le Pen

[7] En récoltant respectivement 290 et 284 voix, les députés d’extrême droite ont été élus dès le premier tour grâce à des votes de la majorité et de la droite, dans un scrutin à bulletin secret.

[8Marine Le Pen refuse de voter la motion de censure du gouvernement déposée par LFI, l’alliance RN & LREM se confirme

Quels sont les députés qui ont voté la motion de censure présentée par la Nupes à l’Assemblée ?

[9Scrutin public sur l'amendement n° 844 qui veut porter le SMIC à 1 500€

[10] vote global de l'article 4 du projet de loi (qui ne prévoit pas le SMIC à 1 500€

[11] Le programme économique de Marine Le Pen : une saignée pour les classes populaires

[12] Dans une tribune aux « Echos », Marine Le Pen, propose que pour toute hausse de salaire de 10 % accordée à l'ensemble des salariés gagnant jusqu'à trois fois le SMIC, les entreprises soient exonérées de cotisations patronales sur cette augmentation, et ce pour les cinq années suivant 2022

[13] 21 juillet 2022 : l'Assemblée adopte en première lecture l'ensemble du projet de loi n° 19 portant " mesures d'urgence pour la protection du pouvoir d'achat "

[14] Macron et Le Pen contre les hausses de salaire ! | Débats à l'Assemblée - Adrien Quatennens

[15] Paquet « pouvoir d’achat » : des miettes mais surtout, surtout, pas d’augmentation des salaires

 

 

Pour en savoir plus :

- « “La prime Macron” creuse volontairement le déficit de la Sécurité sociale »

Pas convaincus par la loi pouvoir d’achat, les Français voulaient taxer les superprofits - EXCLUSIF

- Super-profits : le RN remercie le patron de CMA CGM, l’homme qui a pris 30 milliards en 1 an

Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
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2 août 2022 2 02 /08 /août /2022 19:57
Antisémitisme : la faute majuscule de la Macronie
Antisémitisme : la faute majuscule de la Macronie
Antisémitisme : la faute majuscule de la Macronie
  • « Exempter le RN de tout antisémitisme quand on connaît son histoire pour en accuser LFI ? ! Mais quand le gouvernement a-t-il perdu le sens de la République ?[1] »
  • Antisémitisme, l’arme fatale[1bis] ?

 

En taxant les députés NUPES et singulièrement LFI d'antisémitisme en plein hémicycle, le gouvernement et les députés Renaissance, banalisent le crime et parachèvent la respectabilité présumée du RN.

 

Sources :  Rodolphe P. |

- Il ne leur reste que cela.
En l'absence de majorité, dans un contexte socio-économique hyper tendu, ce 2 août, le gouvernement a abattu sa dernière carte face à l'opposition de gauche en la vouant aux gémonies de l'antisémitisme.

 

Ce fut d'abord le très sioniste soutien du gouvernement Netanyahou, M Habib qui sonna la charge. Ses insultes auraient pu en " toucher une sans faire bouger l'autre ", tant l'homme est connu pour ces outrances pro israéliennes et islamophobes. Cependant, le garde des sceaux, qui au lendemain des législatives fut l'un des tous premiers à tendre la main à l'extrême droite, reprend à son compte les accusations. Enfin ce fut au tour de Madame Borne, première ministre sans portefeuille ni pouvoir de tenter avec ses gros sabots de scinder l'opposition de gauche en déclarant que bien sûr PCF EELV et PS étaient dans le champ républicain tout en excluant LFI.

 

Madame la première ministre, sans doute oublieuse de la quasi réhabilitation de Pétain, puis de Maurras par son patron entre 2018 et aujourd'hui, trouvait ce qu'elle pensait être une issue[2][3][3bis].

 

 

- L'accusation d'antisémitisme, jusqu'ici, faisait figure d'arme atomique à l'encontre de l'accusé.
Or, l'utiliser en ce lieu (l'Assemblée Nationale) et ainsi a deux effets délétères :

  • D'abord, elle banalise la gravité de l'accusation. Si, en effet, 75 députés étaient effectivement antisémites, ces derniers devraient être interdits d'assemblée, traduits devant la justice et condamnés. Or bien sûr rien de tel dans le cas présent. Conclusion, l'antisémitisme peut être brandi en plein parlement, par les plus hauts personnages de l'État sans que cela soit suivi du moindre effet réel hormis d'agiter les plateaux et les réseaux sociaux pour 24 heures. L'antisémitisme devient donc une accusation banale, courante, un effet de manche pour quiconque dispose d'une tribune.

 

  • Le second but de l'opération mediatico politique est purement politicien : il consiste à accoler Gauche (radicale) à antisémitisme dans une sorte de délire révisionniste officiel afin de mieux disculper les vrais antisémites historique, le courant antisémite ultra majoritaire à savoir l'extrême droite. C'est ainsi que le délirant Onfray, en retraçant la généalogie de l'antisémitisme, évite soigneusement d'évoquer le nazisme...et même les antidreyfusards pour fustiger l'antisionisme. Tenter ainsi de bouter hors de la République le camp qui célèbre l'homme qui en a forgé la devise, Robespierre, ( et qui se battit pour la citoyenneté pour les juifs !), pourrait être ridicule mais...

 

- C'est le troisième acte de la tragédie qui se joue en fait.

Après l'élection grotesque d'un Président détesté grâce à un électorat taxé aujourd'hui d'être antisémite, le deuxième acte fut celui de la trahison, par l'alliance manifeste de la minorité parlementaire avec les représentants fascistes du RN[4].

  • Le troisième acte est celui où le noeud gordien se resserre sur les acteurs. En abattant un mois après les élections la carte offensive la plus disqualifiante pour l'opposition, la Macronie est déjà à nu. Une fois l'effet retombé, que lui restera t il ? Rien si ce n'est la gestion des pots cassés. La Macronie n'a plus rien en stock, ni contre LFI, ni surtout contre le RN.

 

 

- La rentrée sera très compliquée à gérer

Les antifascistes macroniens à l'action


En effet, la rentrée sera très compliquée à gérer et le quatrième acte sera celui de la dissolution, celui où les protagonistes en se débattant dans tous les sens se condamnent définitivement. Le dernier acte sera le triomphe de l'extrême droite aux prochaines législatives qui aura pu nouer des alliance de Reconquête à LR, et qui sera en position de force si par miracle elle n'est pas majoritaire.

 

 

Les macronistes se sont donc définitivement engagé•es dans la voie de la collaboration active avec l’extrême droite.

  • Macron aura donc sa cohabitation avec Le Pen.
  • Les deux seront d'accord pour restreindre le droit d'expression de la gauche jugée extrémiste, puis la radicale, puis la modérée. On y va tout droit.
  • Les Français regardent ailleurs.
Antisémitisme : la faute majuscule de la Macronie
Antisémitisme : la faute majuscule de la Macronie
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26 juillet 2022 2 26 /07 /juillet /2022 12:59
Le Président Macron et la « nation organique »

Face à la dérégulation économique et politique, qu’il encourage par ailleurs, Macron espére rassurer son électorat à peu de frais en jouant la carte de la nation !

 

Par Manouk Borzakian Géographe, postdoctorant à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).

Dans son allocution du 14 juillet 2022, Emmanuel Macron a qualifié la nation de « tout organique ». L’expression puise dans la tradition intellectuelle de la géopolitique dite « classique », dont les théories ont notamment servi de fondement à l’expansionnisme nazi.

 

 

Sources : Manouk Borzakian | mis à jour le 08/08/2022

- Une nation un tout organique ?

En entendant Emmanuel Macron expliquer qu’« une nation, c’est un tout organique », difficile pour les géographes de ne pas penser à un encombrant père fondateur de leur discipline, Friedrich Ratzel[1]. Une notion a assuré la postérité à ce scientifique allemand de la fin du 19e siècle : l’espace vital (Lebensraum). Dans sa Politische Géographie, publiée en 1897, le zoologiste devenu géographe compare les États à des « organismes qui entretiennent avec le sol un rapport nécessaire » et entreprend de les étudier avec les outils de la biologie. Appliquant la théorie darwinienne à ces « organismes », Ratzel décrit la tendance de tout État à étendre son territoire à mesure qu’il croît et, le cas échéant, à s’approprier l’espace de ses voisins.

 

 

- De la « Geopolitik » à l’expansionnisme nazi

Cette théorie de l’espace vital, malgré ses bases scientifiques fragiles, aura une riche descendance intellectuelle. Le Suédois Rudolf Kjellén[2], auquel on doit le terme « géopolitique », reprend les idées de Ratzel pour alimenter une science des États conçus comme des organismes vivants. Son ouvrage au titre évocateur, L’État comme forme de vie, publié en 1916, influencera Karl Haushofer[3], fondateur de l’école allemande de géopolitique. Comme Ratzel et Kjellén, Haushofer considère la géopolitique comme une science naturelle étudiant les interactions entre des organismes s’affrontant pour étendre leur territoire respectif. Il défend une vision quasi mystique des frontières, appelées à se mouvoir au gré du développement des États et de leur population.

 

Au lendemain de l’humiliation du Traité de Versailles de 1919, Haushofer veut fournir des outils théoriques aux dirigeants allemands. Car cette géopolitique « classique », qui se développe durant la première moitié du 20ème siècle en Allemagne, mais aussi en Grande-Bretagne et aux États-Unis, se pare de scientificité mais s’adresse surtout aux responsables politiques et vise à justifier leur politique extérieure. Même si Haushofer s’est par la suite défendu de tout soutien au nazisme, il est l’ami de Rudolf Hess[3] et rencontre à plusieurs reprises Hitler, qui lui emprunte la notion d’espace vital.

 

- Une vision du monde périmée
S’ils étaient le plus souvent de farouches nationalistes, ces pères fondateurs de la géopolitique avaient aussi quelques excuses : ils exploraient un champ nouveau, dans un contexte intellectuel marqué par une vision biologisante des sociétés – même si Darwin a été le premier à s’opposer au « darwinisme social[5] » et à ses déclinaisons. Et même si, déjà à cette époque, des auteurs comme Albert Demangeon[6] et Jacques Ancel[7] ont souligné le manque de rigueur scientifique des travaux de Ratzel et de ses suiveurs.

 

Depuis, les géographes ont pointé les présupposés de la géopolitique classique : conception anthropomorphe et quasi mystique de l’État national, visées nationalistes et impérialistes peu ou pas dissimulées, obsession de l’échelle étatique[8], etc., trop d’éléments relèvent de la croyance plus que de la science.

 

 

- À qui profite le crime ?
Considérer la nation comme un organisme en lutte permanente avec ses semblables est donc un anachronisme intellectuel et un non-sens scientifique. Cette vision du monde continue pourtant de nourrir des théories plus ou moins scabreuses. On retrouve, dans le Choc des civilisations[9] de Samuel Huntington[10], socle idéologique de la guerre contre le terrorisme, une vision du monde découpé en grandes entités homogènes condamnées à s’affronter éternellement. Quant au néo-eurasisme[11], il postule l’existence d’un continent entre Occident et Orient, l’Eur-Asie, appelé à être uni sous la domination russe. Son courant le plus nationaliste s’inspire de la géopolitique allemande des années 1920 et défend l’expansionnisme russe. Son principal représentant, Alexandre Douguine[12], par ailleurs connu pour ses accointances avec la Nouvelle Droite française, a inspiré les discours nationalistes de Vladimir Jirinovski[13] et, aujourd’hui, fournit une partie de ses arguments à Vladimir Poutine[14].

 

Ce renouveau de la pensée ultranationaliste russe a coïncidé avec l’effondrement de l’URSS : il fallait un modèle explicatif capable de combler le vide idéologique et (géo)politique postsoviétique. De la même manière, en France et ailleurs, les discours plus ou moins rigides sur l’identité et l’unité nationales prospèrent dans un contexte d’incertitude : la mondialisation économique, via les progrès du libre-échange[15] et le pouvoir de décision accru des grandes firmes multinationales, fragilise la souveraineté nationale. Face à cette dérégulation économique et politique, qu’il encourage par ailleurs, Macron peut espérer rassurer son électorat à peu de frais en jouant la carte de la nation – à la manière de Trump finançant le mur entre les États-Unis et le Mexique.

 

Et puis, comme le rappelle l’historien Nicolas Lebourg[16], l’organicisme, au cœur de la pensée d’extrême-droite, sert aussi à mettre sous le tapis la lutte des classes.

  • La nation, tel un corps vivant, fonctionne selon un principe d’unité et de complémentarité entre ses membres : pas question de les opposer entre eux. Une idéologie de l’ordre, en somme.

 

Notes :

[1Friedrich Ratzel, né le 30 août 1844 à Karlsruhe et mort le 9 août 1904 à Münsing, est un pharmacien, zoologiste puis géographe allemand. Proche des milieux colonialistes et impérialistes, il est le premier géographe à avoir formulé la notion de Lebensraum (« espace vital »).

[2] Johan Rudolf Kjellén (né le 13 juin 1864 à Torsö (Suède) et mort le 14 novembre 1922) était professeur de science politique à l'université de Göteborg. Sa réflexion le poussa à associer la science politique à la géographie, qu'il enseigna par la suite, avant de créer de nouvelles disciplines consacrées à l'État.

[3Karl Haushofer, né le 27 août 1869 à Munich et mort par suicide le 10 mars 1946 à Pähl (Haute-Bavière), est l'un des plus importants théoriciens de la géopolitique allemande, dont certains travaux (notamment ceux qui abordent la notion d'Espace vital) sont repris et réinterprétés par une partie des penseurs du nazisme, bien que lui-même n'aie jamais été membre du parti nazi.

[4] Rudolf Hess 

[5] LE « DARWINISME SOCIAL »

[6Albert Demangeon, né à Cormeilles (Eure) le 13 juin 1872 et mort à Paris le 25 juillet 1940, est un géographe français.

[7Jacques Simon Ancel, né le 22 juillet 1882 à Parmain en Seine-et-Oise et mort à Paris en décembre 1943, est un géographe et géopolitologue français.

[8] l’échelle étatique

[9« Choc des civilisations » A l’origine d’un concept

[10Samuel Huntington, né le 18 avril 1927 à New York et mort le 24 décembre 2008 à Martha's Vineyard dans le Massachusetts, est un professeur américain de science politique, connu pour son livre intitulé Le Choc des civilisations paru en 1996.

[11Alexandre Dugin : esquisse d'un eurasisme d'extrême-droite en Russie post-soviétique

[12Alexandre Guelievitch Douguine, né à Moscou le 7 janvier 1962, est un intellectuel et théoricien politique nationaliste russe. Il est l'auteur de nombreux essais.

[13Vladimir Volfovitch Jirinovski, né Eidelstein le 25 avril 1946 à Alma-Ata (République socialiste soviétique kazakhe, Union soviétique), et mort le 6 avril 2022 à Moscou, est un homme politique russe, président du parti d'extrême droite LDPR.

[14Alexandre Douguine est le prophète réactionnaire de l’ultranationalisme russe

[15] l'exemple du blocage du canal de Suez ?

[16Dans son interview du 14 Juillet, le chef de l’Etat a expliqué qu’«une nation, c’est un tout organique». Une notion prisée par l’extrême droite dans son histoire, explique l’historien Nicolas Lebourg.

 

Pour en savoir plus :

- Pétain « grand soldat », « pays réel », « nation organique » : Macron, le nauséabond glissement vers la rhétorique d’extrême-droite

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10 juillet 2022 7 10 /07 /juillet /2022 18:02
Meeting_1er_mai_2012_Front_National_Paris
Meeting_1er_mai_2012_Front_National_Paris

Meeting_1er_mai_2012_Front_National_Paris

Les qualificatifs attribués au FN/RN ne manquent pas extrême droite ; fasciste ; national – populiste ; droite radicale pour ne retenir que les termes génériques...

 

Ce n’est donc pas le passé fasciste du FN/RN qui devrait nous inquiéter mais son devenir-fasciste[0]....

 

Car le FN/RN de Marine Le Pen, est un néofascisme à la française[0bis]....

 

 

Marine Le Pen a accédé au second tour de la présidentielle de 2022 avec 41,6 % des suffrages exprimés. Au premier tour le total des voix d’extrême droite 32,28 % dépassait le score de Macron 27,85 %.

Le total des sièges obtenus à l’Assemblée nationale aux législatives de 2022 est de 89 pour le RN.

Avec l’élection d’une députée RN à la vis présidence de l’Assemblée nationale, voici donc un tableau qui va rendre difficile l’acceptation du qualificatif « antirépublicain » ou « fasciste » aux yeux d’une majorité de l’électorat[1].

La situation se complique encore si l’on se rappelle que l’une des caractéristiques de l’extrême droite était dans un passé récent, son antiparlementarisme, ce qui n’est évidemment pas le cas actuellement pour le RN.

Il est donc opportun de s’interroger sur la nature du FN – RN et du fascisme à la lumière de l’histoire de ce parti et de l’histoire du fascisme au XXe siècle notamment en France.

Donc comment caractériser cette idéologie et ce projet ?
Devenu Rassemblement National (RN) sans que rien de fondamental ne change dans son programme
[2] ou sa stratégie, le Front national est de moins en moins caractérisé par les observateurs, mais aussi par les militant-es et organisations de gauche ou syndicales, comme un parti fasciste ou néofasciste.
Réputée approximative et militante, cette catégorisation ferait l’impasse, nous dit-on, sur toute une série de traits propres au fascisme qui seraient absents dans le cas du FN/RN.
Comme le montre ici Ugo Palheta dans un texte en 2 parties, caractériser ainsi le parti de Marine Le Pen permet au contraire de saisir les propriétés distinctives de son projet.

Ce texte d’Ugo Palheta est extrait de La Possibilité du fascisme[3] (La Découverte, 2018). Sociologue, membre de l’Observatoire national de l’extrême droite, Ugo Palheta est l’auteur de nombreux articles pour Contretemps, et, plus récemment avec Ludivine Bantigny, de Face à la menace fasciste[4] (Textuel, 2021), et avec Omar Slaouti de Défaire le racisme, affronter le fascisme[5] (La Dispute, 2022). 

 

 

Sources : Contretemps - Contretemps | mis à jour le 21/08/2022

- Politiquement, le fascisme se caractérise comment ?

Politiquement, le fascisme[6] se caractérise spécifiquement par la volonté – incarnée par un chef et portée par une organisation – d’œuvrer, par une vaste opération de « purification », à la renaissance ou plus modestement à la défense d’une nation glorieuse mais en voie de décomposition.

 

Débarrasser cette nation mythifiée de toutes les formes d’altérité et de contestation qui en menaceraient l’identité, l’unité et l’intégrité, permettrait de mettre un coup d’arrêt au processus de décadence mis en branle indistinctement par le cosmopolitisme du capital et l’internationalisme de la gauche, la finance « apatride » et les immigrés « déracinés »[7]. Or c’est bien dans ce cadre marqué par le désir d’une révolution spirituelle qui amorcerait une régénération nationale, et non simplement dans la (si commune) référence au peuple, décelable sous des formes différentes chez tous les courants politiques, que s’inscrit clairement la politique du FN/RN. À Marseille le 19 avril 2017, après un appel à une « insurrection nationale », Marine Le Pen affirmait :

  • « Nous sommes sous la menace d’une dilution de notre identité nationale. Posons-nous les questions : allons-nous pouvoir vivre encore longtemps comme des Français en France ? Alors que des quartiers entiers deviennent quasiment des zones étrangères ? Alors que des règles ou des modes de vie venus d’ailleurs tentent de nous être imposés ? ».

 

 

- Plusieurs précisions sont toutefois nécessaires.
Tout d’abord, même si le FN/RN est fondé sur une matrice politique qui n’a guère changé depuis la création du Front national en 1972, malgré les ravalements successifs de façade, il ne constitue assurément pas le décalque des parts partis fascistes classiques, en particulier parce qu’il ne dispose pas de milices armées de masse. C’est seulement dans des circonstances spécifiques que le FN/RN pourrait être amené à se développer en véritable mouvement militant de masse capable d’être présent partout, au-delà de la scène électorale ou médiatique, et d’exercer la violence par le biais de telles milices. Ce n’est donc pas le passé fasciste du FN/RN qui devrait nous inquiéter mais son devenir-fasciste. Comme l’écrivait Maurice Duverger en 1962 : « Le microbe fasciste restera dépourvu de virulence réelle tant qu’il ne trouvera pas un terrain pour germer[8] ». Le « microbe fasciste » a depuis trouvé ce « terrain » dans les contradictions du capitalisme néolibéral, le durcissement autoritaire de l’État, l’aiguisement du nationalisme français et la montée de l’islamophobie.

 

 

- Ensuite, caractériser le FN/RN comme néofasciste n’implique nullement que l’ensemble de ses militant·es, et encore moins de ses électeurs·rices, soient favorables ici et maintenant à l’installation d’une dictature d’extrême droite, ou se réfèrent au fascisme comme à un modèle.

Pour autant, on ne saurait écarter ni une dynamique de radicalisation politique qui pourrait s’emparer d’une partie du corps social dans des circonstances exceptionnelles de crise ou au terme d’un processus plus progressif de polarisation politique, en particulier car le terrain a été préparé par des décennies de diffusion et de respectabilisation de la xénophobie et du racisme, ni la possibilité que le FN/RN s’appuie sur cette base électorale pour parvenir au pouvoir par la voie légale. L’exemple des fascismes italien et allemand durant l’entre-deux-guerres montre en effet que ces mouvements ont pu l’emporter et se maintenir durablement aux commandes de l’État en disposant d’une audience de masse et en s’alliant avec des pans de la droite conservatrice mais sans parvenir à obtenir le soutien de la majorité de la population.

 

Dans le cas allemand, le maximum du soutien dont les nazis purent se prévaloir avant janvier 1933 fut de 37 % (bien davantage d’ailleurs que Mussolini en Italie avant son accès au pouvoir), et si leurs électeurs partageaient sans doute pour beaucoup un ultra-nationalisme et un antisémitisme plus ou moins viscéral, leurs motivations étaient hétérogènes. Ils étaient pour la plupart loin d’adhérer à l’intégralité de la politique mise en œuvre par Hitler dans les années suivantes, en particulier à la volonté de guerre expansionniste et a fortiori à la « solution finale »[9]. Cela n’empêcha nullement les nazis de conquérir le pouvoir politique et de mener au désastre d’une nouvelle guerre mondiale et du génocide. Nous n’en sommes évidemment pas là, mais on ne saurait prendre prétexte du fait que les électeurs du FN/RN n’ont qu’une connaissance très partielle de son programme ou ne souhaitent pas l’avènement d’une dictature pour nier ou minimiser le danger.

 

 

- Ajoutons encore qu’il n’y a pas de « nature » immuable du FN/RN.
Comme tout parti, il n’est pas figé et pourrait se transformer en profondeur en fonction de dynamiques internes et de son environnement externe. En particulier, il n’est nullement interdit de penser qu’il puisse évoluer dans les années à venir vers un parti de la droite conservatrice. Le poids croissant des élus au sein du FN/RN pourrait engager un processus de notabilisation, amenant peu à peu sa direction à subordonner le maintien de son programme historique, de son indépendance politique et de l’objectif de la conquête du pouvoir national, à la sauvegarde des postes obtenus dans les institutions, nationales ou locales. Néanmoins, le FN/RN ne cherche pas véritablement, du moins pour l’instant, à construire des alliances au sommet avec la droite traditionnelle et continue de mener une guerre de position pour parvenir au pouvoir seul, ou en détachant des pans entiers de la droite. Si ses dirigeants n’étaient que de simples opportunistes en quête de postes dans les institutions, ils rallieraient sans délai les partis de la droite traditionnelle ou chercheraient par tous les moyens, notamment en reniant ou en édulcorant certaines de leurs positions, à nouer des alliances électorales régulières avec ces partis afin d’obtenir bien davantage de sièges d’élus. Or, depuis sa création en 1972, le FN devenu RN – comme les organisations fascistes de l’entre-deux-guerres – a toujours maintenu son indépendance politique et ne s’est allié qu’exceptionnellement à la droite.

 

 

- Il nous faut évoquer ici la question de la violence.
À nouveau, on aurait tort d’imaginer une rupture franche entre le FN de Jean-Marie Le Pen et celui de sa fille. Dès la fondation du parti, l’objectif de constituer une vitrine électorale de l’extrême droite impliquait la mise en sourdine, sinon le refus, des trop visibles batailles de rue avec la gauche révolutionnaire. Le FN/RN dispose néanmoins avec le DPS – « Département protection sécurité », également surnommé du temps de Jean-Marie Le Pen « Dépend du président seulement » – d’un service d’ordre partiellement militarisé, par l’emploi de techniques militaires et par son recrutement parmi d’anciens militaires, policiers ou vigiles[10]. Outre les fonctions classiquement assumées par un service d’ordre (protection des dirigeants, des meetings et des apparitions publiques), le DPS a pu procéder parfois – selon des témoignages rassemblés à la fin des années 1990 – à des actions offensives, essentiellement contre des militants anti-FN (dénommées « missions punitives »)[11 - 12]. Dans la dernière période, pour laquelle on dispose de moins d’informations, il semblerait non seulement que le DPS – qui avait beaucoup pâti de la scission mégrétiste – ait été progressivement marginalisé par la présidente du FN en raison de l’attachement de ses membres à Jean-Marie Le Pen, au profit de l’entreprise de sécurité d’Axel Loustau (ex du GUD et proche de Marine Le Pen)[13], mais qu’il ait en outre cessé d’assumer des fonctions offensives (expéditions punitives contre des « ennemis »).

 

 

- Pour le FN/RN, l’époque est à la « guerre de position » au sens de Gramsci, donc moins à la prise du pouvoir par des moyens insurrectionnels qu’à la conquête progressive de l’hégémonie permettant de préparer l’accès au pouvoir politique.
Néanmoins, la présence en son sein d’anciens dirigeants du Bloc identitaire (Philippe Vardon notamment), la collaboration avec des figures de l’extrême droite passées par le GUD, ainsi que le soutien apporté aux identitaires ou à d’autres groupuscules (notamment Bastion social), semble attester d’une certaine division des tâches : vitrine électorale et vaisseau amiral de l’extrême droite, le FN délèguerait l’exercice de la violence – notamment contre les mobilisations étudiantes dans la période récente – aux groupuscules qui gravitent autour de lui. Pour ne prendre que quelques exemples récents : au printemps 2018, les principaux dirigeants du FN/RN se félicitaient de l’initiative de « Génération identitaire » au col de l’Échelle, visant à s’opposer symboliquement, mais aussi physiquement, à l’entrée en France de migrants[14]. Durant la même période, alors que des militants fascistes agressaient régulièrement des étudiant·es mobilisé·es dans plusieurs universités, Louis Aliot appelait à la télévision à « virer manu militari » les « bloqueurs » et se félicitait de l’offensive gouvernementale contre les « zadistes » à Notre-Dame-des-Landes[15]. Cela signale une fois de plus que, face à la contestation sociale, le FN/RN se tient toujours du côté de l’ordre, soutient les gouvernements désireux d’employer la force et maintient un projet ultra-autoritaire, aspirant à aller plus loin et plus vite dans l’écrasement de toute opposition. Il faut enfin rappeler l’influence et l’implantation du FN/RN au sein des appareils répressifs d’État, en particulier dans les services les plus violents (BAC, CRS, etc.)[16 - 17]. Cette situation peut faire passer pour superflue aux yeux de ses dirigeants le fait de se doter de milices préposées au harcèlement et à la répression des opposants.

 

 

- Délégitimation de la violence politique et l’objectif de la conquête du pouvoir

Ces deux concepts contraignent ainsi le FN/RN à limiter au maximum la possibilité d’actes violents rappelant trop visiblement l’ancrage du parti dans les traditions brutales de l’extrême droite, et à empêcher l’existence en son sein de groupes aspirant à jouer un rôle équivalent à celui des SA au sein du parti nazi (fonction que François Duprat avait assignée aux groupes nationalistes-révolutionnaires dans les années 1970 lorsqu’il était une figure majeure du FN[18]). Néanmoins, le FN/RN prépare les esprits à un usage intensifié de la violence en recourant fréquemment à la rhétorique de la « guerre civile ». Comme l’affirmait Marine Le Pen elle-même : « Depuis quarante ans au moins, tout observateur lucide et objectif voit monter les problèmes quand depuis trop d’années, d’intimidations en intimidations et d’agressions anti-françaises en actes terroristes, la perspective de la guerre civile n’est plus un fantasme[19] ». Le FN prétend ainsi être seul à même d’en empêcher la survenue tout en ne cessant pas de souffler sur les braises de l’islamophobie, de la romophobie et de la xénophobie, en agitant la menace d’une « cinquième colonne » islamiste ou d’une destruction de la nation française.

  • Quelle politique croit-on qu’un parti prétendant depuis tant d’années que la France est « submergée » et « colonisée » par des éléments considérés comme « anti-nationaux » et « inassimilables », mènerait s’il parvenait au pouvoir ?
  • Pense-t-on sérieusement qu’un tel parti ne ferait que prolonger les politiques menées par les gouvernements bourgeois traditionnels ?

 

 

- Il y a une double tentation lorsqu’on cherche à appréhender la place du racisme dans le projet actuel du FN/RN.
La première consiste à refuser d’opérer la moindre distinction entre les forces dominantes qui composent et structurent le champ politique français, au nom des convergences indéniables qui se sont accomplies entre elles sur les politiques migratoires et l’islamophobie ; distinguer reviendrait à absoudre droite et gauche de leurs responsabilités dans le développement du nationalisme et du racisme dans le champ politique.

 

La seconde amène, au prétexte de certains remaniements politiques et programmatiques du FN/RN – en particulier l’éviction de Jean-Marie Le Pen et de militants exprimant trop ouvertement leur antisémitisme, mais aussi la place plus grande prise par les questions socio-économiques dans le discours et le programme frontiste[20]) –  à considérer que la xénophobie et le racisme n’auraient plus qu’une place marginale au sein du FN, qu’il s’agisse des options de ses dirigeants et de ses membres, des aspirations de son électorat ou de ses fondements idéologiques, et un rôle secondaire dans son ascension.

 

 

- Il importe au contraire de rappeler deux constats, simples mais politiquement cruciaux

  • 1 : le FN/RN constitue – avec Reconquête, le parti récemment fondé par Zemmour – la composante la plus brutalement raciste du nationalisme français ;
  • 2 : le racisme a joué – et joue toujours – un rôle central dans son idéologie et dans son développement (ce qui ne doit pas être confondu avec l’idée qu’il serait central en chaque moment dans sa propagande).

Contrairement à ce qui est bien souvent affirmé, le parti de Marine Le Pen n’a en rien rompu – et ne semble pas en voie de rompre dans les mois ou années à venir – avec le projet politique qui fut celui de l’extrême droite française lorsque celle-ci s’est engagée dans la construction du mouvement au début des années 1970 : une prétendue régénération de la nation et de son unité, fondé sur la volonté d’une purification, par la mise au pas – sinon la soustraction violente – de tous les éléments considérés comme « étrangers » voire « traîtres » à la nation, ou perçus comme des sources potentielles de désordre et de division. Ses dirigeants maintiennent ce socle idéologique du mouvement par des déclarations ciblant prioritairement les musulmans et les migrants. Mais ils visent aussi les élites qu’ils désignent comme « mondialistes » – aussi bien de droite que de gauche – parce qu’elles seraient complices de l’« invasion migratoire », assimilée à une entreprise de destruction délibérée de la nation et de l’identité françaises. D’où la double cible de Marine Le Pen dans ses discours de campagne : « le totalitarisme islamiste et le totalitarisme mondialiste[21] ».

 

 

- On affirme pourtant que l’ultra-nationalisme, la xénophobie et le racisme ne joueraient plus le même rôle qu’autrefois dans le développement du FN
Ses électeurs ne seraient plus mus essentiellement par l’hostilité aux « étrangers »[22], mais aussi par des revendications sociales. On constate également, à raison, que le racisme et la xénophobie sont présents dans d’autres segments de la population qui, pour autant, ne votent pas en faveur du FN/RN. Or c’est là manquer le fait primordial : ce qui fait la particularité de l’électorat du FN/RN, c’est à la fois son niveau d’hostilité nettement plus élevé à l’égard des immigrés, des musulmans, des juifs ou des Roms et le fait qu’il considère l’immigration, la sécurité et la « menace terroriste », mais aussi les valeurs et l’« identité française », comme les enjeux politiques centraux[23].

 

Aucune question économique et sociale ne figure au premier, deuxième ou troisième rang des motivations du vote frontiste. Or les inégalités et les injustices sociales étaient la première motivation du vote en faveur de Mélenchon et Hamon en 2017 (NDLR et Mélenchon en 2022[24]), et la situation économique et l’emploi celle du vote pour Macron et Fillon. Le FN/RN est ainsi perçu comme le parti qui s’oppose le mieux, non à la détérioration de la situation économique et sociale ou aux inégalités croissantes, mais à ce qui est perçu par ses électeurs comme un danger de dissolution démographique de la France, de destruction culturelle de l’« identité française » et/ou de marginalisation sociopolitique des « vrais Français ».

 

 

- Le FN/RN n’est donc pas simplement parvenu à rendre acceptables, et même respectables, des « analyses » et des propositions autrefois jugées scandaleuses.
On l’a vu, il a bénéficié en cela du travail accompli par des dirigeants de droite mais aussi de gauche[25] : tous ont prétendu répondre aux succès frontistes en empruntant à Le Pen certaines de ses propositions et surtout son langage. Il est bien évident par ailleurs que le racisme et la xénophobie n’ont pas attendu le FN/RN pour être présents au sein de la population française[26], dans les classes possédantes comme parmi la petite bourgeoisie et la classe ouvrière (même quand cette dernière était largement acquise à la gauche, notamment au PCF). Le véritable coup de force du FN, c’est d’avoir réussi à imposer au cœur de la politique française un clivage opposant les nationaux aux « étrangers » mais aussi la nation à des menaces diverses (les différents « mondialismes »). Or ce clivage était resté marginal entre 1945 et le début des années 1980. L’ascension du FN/RN est donc incompréhensible si l’on ne place pas au centre de l’attention le racisme et la xénophobie, qui ont eu une triple fonction, auprès de son électorat mais aussi de sa base militante : mobiliser les émotions d’une frange de la population (affect), souder une communauté imaginaire (culture)[5] et rationaliser une vision du monde (idéologie). Il n’y a de ce point de vue rien d’anodin au fait que, lors des meetings de Marine Le Pen, c’est lorsque les questions d’immigration sont abordées que le public apparaît le plus mobilisé, en particulier à travers le slogan très largement repris : « on est chez nous »[27].

 

 

- Mais l’immigration ou l’identité nationale ne prennent-ils pas objectivement moins de place dans le discours frontiste, en raison de la stratégie de « dédiabolisation » et du « tournant social » ?
Cela est évident, au vu des deux campagnes présidentielles de Marine Le Pen. Mais c’est que le FN/RN n’a plus besoin aujourd’hui de rappeler sans cesse ses positions en la matière. Au contraire, pour élargir son audience à des franges de la population jusqu’ici éloignées, il lui faut faire des incursions sur des terrains – services publics, écologie, droits des femmes, laïcité, etc. – qui n’étaient pas déjà les siens. Pour autant, il ne s’agit généralement pas d’une reprise telles quelles de positions « de gauche », mais d’une traduction dans le langage politique propre à l’extrême droite : celui de la nation menacée de décadence et de dégénérescence du fait de l’immigration, de l’affirmation de l’islam et de la mondialisation économique. Durant sa dernière campagne présidentielle, Marine Le Pen a ainsi construit l’essentiel de ses discours autour de la menace d’une « disparition », d’une « dissolution » ou d’une « soumission » de la France sous l’effet de deux « mondialismes » qui constitueraient deux « totalitarismes » : le « mondialisme financier et affairiste » et le « mondialisme djihadiste » ; ou encore « la mondialisation d’en bas avec l’immigration massive, levier du dumping social mondial, et la mondialisation d’en haut avec la financiarisation de l’économie ». La rhétorique prophétique et catastrophiste de la « destruction de la France », régulièrement employée par Marine Le Pen, n’a d’autre objectif que de servir un nationalisme radical et exclusiviste. Ce dernier demeure en effet la formule génératrice de la quasi-totalité des analyses et des propositions avancées par le FN, et charrie immanquablement la xénophobie et le racisme.

 

 

- Le FN/RN a-t-il rompu avec l’antisémitisme, qui a constitué depuis la 2ième moitié du xixe siècle l’un des fondamentaux de l’extrême droite ?
Il importe sur ce point de distinguer les électeurs·rices et la direction. L’antisémitisme des sympathisant·es du FN/RN – tel que le mesurent les enquêtes d’opinion[28] – se situe à un niveau bien supérieur à celui des autres franges de l’électorat. Cela devrait d’ailleurs suffire à démentir le lieu commun médiatico-politique, relayé bruyamment par quelques idéologues et dirigeants politiques, selon lequel la gauche radicale et les « arabo-musulmans » auraient aujourd’hui le monopole de l’antisémitisme (rebaptisé « nouvelle judéophobie »), du fait de leur antisionisme. Au passage, comme cela a été montré par Nonna Mayer il y a déjà une quinzaine d’années et confirmé par de nombreuses études depuis[29], c’est parmi les électeurs·rices de la gauche radicale que les stéréotypes antisémites et la méfiance à l’égard des juifs est la moins élevée (au début des années 2000, 18 % exprimaient des opinions méfiantes à l’égard des juifs). À l’inverse, c’est parmi les électeurs·rices d’extrême droite que ces stéréotypes et cette méfiance étaient les plus forts (40 % d’opinions méfiantes), de même que les stéréotypes et l’hostilité à l’égard des musulman·es, des Rom·es, des immigré·es, des étrangers·ères, etc. Que des dispositions racistes soient aisément transférables d’une minorité à une autre, des musulman·es aux juifs·ves ou l’inverse, ne devrait d’ailleurs guère prêter à étonnement.

 

 

- Le RN/FN veut-il en finir avec la négation ou la minimisation du génocide des juifs d’Europe ?
Reste qu’il y a bien eu une volonté consciente de la part de la direction du FN/RN d’empêcher les saillies antisémites de sa base militante, notamment de ses candidat·es aux élections, et d’en finir avec la négation ou la minimisation du génocide des juifs d’Europe.


Vice-président du FN, Louis Aliot déclarait ainsi en décembre 2013 : « En distribuant des tracts dans la rue, le seul plafond de verre que je voyais ce n’était pas l’immigration ni l’islam… D’autres sont pires que nous sur ces sujets-là [sic]. C’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous. Il n’y a que cela. À partir du moment où vous faites sauter ce verrou idéologique, vous libérez le reste. […] Depuis que je la connais, Marine Le Pen est d’accord avec cela. Elle ne comprenait pas pourquoi et comment son père et les autres ne voyaient pas que c’était le verrou. […] C’est la chose à faire sauter[30]. » C’est donc de manière purement opportuniste que le FN a abandonné l’antisémitisme : la stigmatisation des juifs ou les sympathies négationnistes que manifestaient à intervalles réguliers ses dirigeants, de Le Pen à Gollnisch, sont à présent davantage perçus par la direction du FN comme un boulet que comme un levier pour attirer vers le parti d’extrême droite de nouveaux segments de l’électorat. Et d’ailleurs, comment penser qu’il y a là davantage que de l’opportunisme quand la quasi-totalité des cadres du RN actuel, dont Marine Le Pen évidemment, ont commencé à militer lorsque Jean-Marie Le Pen et n’ont jamais émis la moindre critique à propos de ses propos antisémites ou négationnistes ?

 

- Une stratégie sans fin ?
Le FN/RN actuel ne s’est pas arrêté là puisque, s’inscrivant dans la rhétorique de la « nouvelle judéophobie », il a cherché ces dernières années à dresser les juifs contre ceux qui seraient ses véritables ennemis, à savoir les musulman·es et la gauche radicale. Il a été soutenu en cela par la Ligue de défense juive (LDJ) [qualifiée de "groupe terroriste" par le FBI en 2001[31]], que Marine Le Pen a défendue lors des manifestations de l’été 2014 en solidarité avec Gaza[32]. Au cours de ces dernières, ce groupuscule d’extrême droite – d’ailleurs interdit dans plusieurs pays (notamment les États-Unis) – avait tenté d’agresser des manifestant·es.

 

En 2018, après avoir insulté et menacé des élus de la France insoumise et les avoir contraints à quitter la Marche blanche en l’honneur de Mireille Knoll[33], les militants de la LDJ ont escorté les dirigeant·es du FN/RN. De même doit-on se souvenir, car cela n’a rien d’anecdotique, que Rogier Cukierman, alors président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), avait pu déclarer en 2002 que le score de Jean-Marie Le Pen « est un message aux musulmans pour qu’ils se tiennent tranquilles[34] ». Cette rhétorique de la « nouvelle judéophobie », dont les musulman·es et la gauche radicale seraient les agents, a été mise en circulation dans les années 2000 par des « intellectuels » comme P.-A. Taguieff ou A. Finkielkraut. Elle a récemment été réactivée telle quelle via une tribune rédigée par Philippe Val et signée par « trois cents intellectuels, artistes et hommes politiques »[35]. Or il est indéniable qu’elle fournit au parti d’extrême droite un argument imparable pour se débarrasser d’un encombrant stigmate, alors même qu’un parti dont l’électorat demeure à ce point empreint d’antisémitisme pourrait être tenté de réintroduire ce venin dans des circonstances où cela lui semblerait nécessaire.

 

 

- Mais si l’antisémitisme a été pour l’instant abandonné par la direction du FN/RN, au moins superficiellement et pour des raisons de respectabilité, c’est pour mieux lui substituer un racisme ciblant spécifiquement les musulmans.
Cette islamophobie est beaucoup moins susceptible que l’antisémitisme d’être condamné politiquement et elle se situe dans le prolongement des formes structurelles prises par le racisme en France, qui affectent principalement les descendants de colonisés. Si le racisme demeure central dans la construction et le renforcement du FN/RN, c’est d’abord qu’il constitue le ciment idéologique de sa base militante et d’une partie importante de son électorat : 80% des sympathisant·es du FN/RN s’estimaient eux-mêmes « racistes » (« plutôt racistes » ou « un peu racistes ») en 2014, un chiffre très élevé et pourtant certainement minimisé du fait du sentiment d’illégitimité qui continue d’entourer une telle déclaration[36]. Encore doit-on préciser que c’est avant tout sous la forme d’une violente hostilité aux musulmans (réels ou présumés) que se manifeste aujourd’hui le racisme de l’électorat d’extrême droite : un « trait caractéristique des sympathisants du FN est une polarisation anti-islam exacerbée, bien plus marquée que leur antisémitisme[37] ».

 

 

- L’électorat du FN continuait sur ce point de se distinguer des sympathisant·es d’autres partis...
En effet, Nonna Mayer précise à quel point, malgré la progression constatée de l’islamophobie dans l’ensemble de la population entre 2009 et 2014, l’électorat du FN continuait sur ce point de se distinguer des sympathisant·es d’autres partis :  « Le refus des sympathisants FN de voir dans les musulmans des citoyens comme les autres dépasse de 48 points celui qu’on observe chez les sympathisants des autres partis (contre 23 points dans le cas des Français juifs), leur jugement négatif de la religion musulmane est supérieur de 42 points (contre 20 pour la religion juive), leur sentiment que les musulmans forment un “groupe à part” de 35 points (contre 14 quand il s’agit des juifs) et leur refus de sanction judiciaire pour des propos insultants de 28 points (contre 21). » L’islamophobie, on l’a vu, se retrouve – sous des formes brutales ou euphémisées, revendiquées ou détournées – dans la quasi-totalité du champ politique. Reste que le FN/RN en est l’expression politique la plus assumée et la plus violente, autrement dit la plus à même de mettre en œuvre, sinon le rêve sinistre d’Éric Zemmour d’une déportation de millions de musulman·es, du moins une politique de mise au pas, de discrimination systématique de ces derniers·ères et d’institutionnalisation complète de cette discrimination. Cela impliquerait non seulement l’interdiction d’exister publiquement en tant que musulmans mais l’institution d’une complète inégalité des droits, à laquelle les gouvernements ont d’ores et déjà contribué ces quinze dernières années.

 

 

- C’est donc moins un changement de « nature » du FN/RN, ni d’ailleurs de sa stratégie d’ensemble, qui s’est trouvé au cœur du conflit entre Jean-Marie Le Pen et sa fille, qu’une divergence de tactique politique.
Le véritable changement impulsé par Marine Le Pen – qui, sur ce point comme sur d’autres, a fait du « mégrétisme sans Mégret » – c’est d’avoir mis au premier plan le « problème de l’islam ». Ainsi a-t-elle radicalisé par l’islamophobie la rhétorique xénophobe du FN[38], tout en opérant un recodage « républicain » du discours frontiste. Si a pu s’imposer l’illusion d’une transformation profonde du FN, c’est du fait de la très large diffusion de l’islamophobie, qui tend à rendre acceptable l’hostilité publiquement manifestée à l’égard des musulmans, mais aussi du discours public faisant de l’immigration et des immigrés un « problème » à résoudre, et ce depuis les années 1970. Cette double progression de l’islamophobie et de la xénophobie, couplée à l’affirmation d’une « nouvelle laïcité » permettant de stigmatiser les musulmans au nom de la défense de la « République », tend ainsi à légitimer par avance toutes les sorties les plus ouvertement racistes du FN, du moins dès lors qu’elle vise les musulmans et les migrants (extra-européens ou roms). On doit d’ailleurs remarquer que l’antagonisme entre le père et sa fille, présenté fallacieusement comme une controverse entre une ligne « dure » et une ligne « modérée », n’a pas éclaté lorsque Jean-Marie Le Pen, évoquant le prétendu « risque de submersion » de la France par l’immigration, avait affirmé en mai 2014, faisant allusion à l’épidémie qui sévissait alors en Afrique, que « Monseigneur Ebola peut régler ça en trois mois ». Cette déclaration n’avait alors suscité aucune condamnation de la part de la direction du FN et de sa présidente ; bien au contraire, elle l’avait soutenu[39].

 

 

- Il est vrai que Marine Le Pen ne rechigne jamais elle-même à employer la rhétorique de l’« invasion », de l’« occupation » ou de la « colonisation » de la France
En effet, Marine Le Pen ne rechigne jamais elle-même à employer la rhétorique de l’« invasion », de l’« occupation » ou de la « colonisation » de la France par les populations étrangères, et plus spécifiquement extra-européennes et musulmanes. Elle retrouve là, non simplement Renaud Camus[40], mais le Drumont de La France juive ou encore l’écrivain préfasciste Maurice Barrès[41]. Ainsi pouvait-elle affirmer en septembre 2015, à propos de l’afflux de réfugiés : « L’invasion migratoire que nous subissons n’aura rien à envier à celle du ive siècle et aura peut-être les mêmes conséquences[42]. » La présidente du FN s’est par ailleurs présentée aux élections régionales de 2015 sur un programme aspirant, entre autres, à « dénoncer et éradiquer toute immigration bactérienne[43] ».
Quelques semaines plus tard, elle n’hésitait pas utiliser la rhétorique de la guerre civile : « Nous n’avons pas d’autre choix que de gagner cette guerre. Si nous échouons, le totalitarisme islamiste prendra le pouvoir dans notre pays, comme il l’a pris en Libye avec l’aide de Nicolas Sarkozy, comme il tente de le prendre en Syrie, en Égypte, en Tunisie, etc. […] La charia remplacera notre Constitution, l’islam radical se substituera à nos lois, nos bâtiments détruits, la musique prohibée, l’épuration religieuse avec son cortège d’horreurs, etc.[44] »

 

 

- Peu auparavant, elle invitait dans un tweet à relire Le Camp des saints, un livre d’anticipation devenu un classique de l’extrême droite et fondé sur le postulat d’une « incompatibilité des races lorsqu’elles se partagent un même milieu ambiant ».

Dans ce livre, l’écrivain Jean Raspail décrivait la colonisation de la France par un million de migrants et la résistance armée de quelques « Français de souche », tirant sur les « envahisseurs » et finalement trahis par un gouvernement « multiracial »[45]. Si Marine Le Pen disait espérer une fin différente, elle défendait l’ouvrage en prétextant de son « acuité » et de sa « modernité incroyables ». De même avait-elle loué le livre de Michel Houellebecq, Soumission, en affirmant que la prophétie sur laquelle était fondé l’ouvrage – la victoire présidentielle d’un candidat islamiste en 2022 après deux mandats de François Hollande… – « pourrait un jour devenir réalité ». Elle avait aussi félicité son auteur pour avoir pointé la « complicité » de l’UMP et du PS comme moteur de la progression du « fondamentalisme islamiste »[46]. En employant cette rhétorique de la « colonisation » de la France par des éléments allogènes, Marine Le Pen s’inscrit pleinement dans une vieille stratégie frontiste. François Duprat lui-même, l’un des principaux stratèges de l’extrême droite néofasciste dans l’après-guerre (et un moment numéro 2 du FN[47]), avait explicité dès 1976 : « Quiconque croit que notre nation est colonisée acceptera tôt ou tard nos méthodes d’action en vue de sa libération[48]. »

 

 

- Les dirigeants frontistes défendeurs d'un prophétisme identitaire de la renaissance de la nation française
Les dirigeants frontistes mettent ainsi d’autant plus en avant un prophétisme xénophobe et islamophobe de la conquête de la France par « l’islam »[49] qu’ils défendent un prophétisme identitaire de la renaissance de la nation française. Mais ils le font en prétendant que l’immigration ne serait visée qu’en tant que phénomène sociopolitique, et non les immigrés en tant que personnes. Ces derniers subiraient actuellement, non pas les politiques anti-migratoires, mais la destruction des nations par le « mondialisme » (sous la forme du déracinement et de la perte des repères culturels) : s’opposer à l’immigration constituerait paradoxalement la seule véritable défense des immigrés. Cette tactique rhétorique ne tient pourtant généralement pas longtemps. Marine Le Pen a ainsi multiplié les déclarations dans lesquelles elles présentent les immigrés extra-européens et/ou les musulmans (dont une grande partie ne sont pas immigrés mais descendants d’immigrés, sans même parler des convertis) comme une menace, une cinquième colonne, voire une force d’occupation. Dès 2010, Marine Le Pen développait ce discours de l’« occupation » – faisant à l’évidence jouer le sous-entendu de l’occupation de la France par l’Allemagne nazie – pour évoquer les prières effectuées par des musulmans dans la rue, en prenant grand soin d’en exagérer l’ampleur et d’en dissimuler la cause (le faible nombre de mosquées en France de 2 400 à 2 500)[50].

 

 

- Mais les dirigeants du FN/RN ne s’arrêtent pas à l’idée d’occupation ou de colonisation
Les immigrés extra-européens et leurs enfants sont systématiquement assimilés à la délinquance, voire aux crimes les plus révoltants, ce qui ne peut pas ne pas apparaître comme un appel implicite, non seulement à les expulser, mais à les punir de la manière la plus brutale. Lors de son meeting au Zénith de Paris en avril 2012, elle répondait aux milliers de personnes vociférant « on est chez nous » : « Et parce que vous êtes chez vous, vous avez le droit de ne plus vouloir de ces Franco-Algériens comme Mohammed Merah, de ces Franco-Angolais comme l’assassin de Bouguenais, de ces Franco-Maliens comme le forcené de Paris ! Nous voulons des Français amoureux de leur drapeau, fiers de leur pays ![51] » Dans un autre discours, tenu à Nantes le 25 mars 2012, elle affirmait : « Combien de Mohamed Merah dans les bateaux, les avions, qui chaque jour arrivent en France remplis d’immigrés ? […] Combien de Mohamed Merah parmi les enfants de ces immigrés non assimilés ? » Ces propos ne prêtent guère à ambigüité : selon Marine Le Pen, les immigrés extra-européens, mais aussi leurs enfants (Mohamed Merah n’étant pas lui-même immigré puisqu’il est né à Toulouse), doivent être considérés non seulement comme des fauteurs de troubles potentiels, mais comme des assassins et terroristes en puissance, et traités en conséquence.

 

 

- L’un des problèmes rencontrés par le FN/RN dès sa création a été de donner une forme acceptable aux obsessions purificatrices qui ont toujours été au centre du projet fasciste.
La condamnation universelle du nazisme, dans le contexte post-1945, rendait nécessaire une sophistication de la xénophobie et du racisme. Ceux-ci ne pouvaient plus se dire qu’au travers d’euphémismes, de sous-entendus, de références codées ou d’expressions à double sens – sous peine de vouer les héritiers de Maurras, Barrès, Doriot ou Brasillach aux condamnations judiciaires et à la marginalité électorale. Les enquêtes historiques et sociologiques donnent à voir le travail effectué, au sein du FN, pour façonner des militants et former des cadres capables d’atténuer dans leurs discours la violence raciste inhérente à l’extrême droite.

 

L’historienne Valérie Igounet, qui a pu accéder aux brochures de formation, cite ainsi une note interne de l’IFN rédigée et diffusée au début des années 1990, intitulée « L’image du Front national », dans laquelle on peut lire : « Pour séduire, il faut d’abord éviter de faire peur et de créer un sentiment de répulsion. Or dans notre société soft et craintive, les propos excessifs inquiètent et provoquent la méfiance ou le rejet dans une large partie de la population. Il est donc essentiel, lorsqu’on s’exprime en public, d’éviter les propos outranciers et vulgaires. On peut affirmer la même chose avec autant de vigueur dans un langage posé et accepté par le grand public. De façon certes caricaturale, au lieu de dire “les bougnoules à la mer”, disons qu’il faut “organiser le retour chez eux des immigrés du tiers-monde [52]. »

 

 

- Recyclage du vieux fonds raciste de l’extrême droite en épousant le processus de culturalisation du racisme

Le remaniement identitaire de l’idéologie frontiste – empruntant sans le dire, et souvent sans le savoir, aux élaborations théoriques du GRECE[53] – a permis de recycler le vieux fonds raciste de l’extrême droite en épousant le processus de culturalisation du racisme. On l’a vu, ce processus se retrouve bien au-delà du FN/RN depuis les années 1980, et les jeunes militants ont aujourd’hui largement incorporé ce remaniement. « À travers le discours différentialiste, l’extrême droite a en fait trouvé un mode de traitement symbolique original de l’immigration légitimant une certaine xénophobie tout en s’adaptant à la condamnation politico-juridique du racisme[54]. » On doit d’ailleurs remarquer que, même au temps où le racisme biologique s’affichait sans fards, le racisme culturel – c’est-à-dire l’altérisation, l’infériorisation et la discrimination d’un groupe au nom de traits culturels présumés – n’était jamais très loin, y compris dans le cas de l’antisémitisme nazi[55]. Peut-être regarderait-on d’ailleurs d’un autre œil les propositions frontistes d’interdire l’abattage rituel en France[56], si l’on prenait au sérieux le fait que le parti nazi organisa à plusieurs reprises des campagnes contre l’abattage rituel lié à la religion juive. L’objectif évident était de stigmatiser publiquement les juifs en les présentant à la fois comme radicalement étrangers aux « traditions allemandes » et comme coupables de barbarie[57].

 

  • Si la progression du FN/RN a reposé en bonne partie sur la banalisation de ses thèses par des partis et des intellectuels de droite comme de gauche, s’il n’aurait pu s’enraciner sans le processus d’imprégnation xénophobe et raciste, il serait erroné et dangereux de prétendre que son accès au pouvoir ne ferait que prolonger les politiques d’ores et déjà menées.
  • Un parti dont le succès repose à ce point sur la xénophobie et le racisme, qui est perçu à ce point comme le meilleur défenseur de l’intérêt des Blancs, ne pourrait accéder et se maintenir au pouvoir sans donner en permanence des gages à son électorat.
  • Il lui faudrait lâcher la bride à des appareils répressifs d’État dont une partie importante des membres sont d’ores et déjà acquis à ses positions, et donc aller beaucoup plus loin dans l’entreprise d’assujettissement des immigré·es et descendants d’immigré·es postcoloniaux, des musulman·es, des Rom·es et certainement des juifs·ves (quoi qu’en disent actuellement les dirigeants du FN/RN).

Notes

[0] Les anciens SS ont reconstruit l'extrême droite française après 1945

[0bisDossier : Le FN/RN de Marine Le Pen, un néofascisme à la française

[1] Portrait – Hélène Laporte, le vrai visage de la vice-présidente RN pistonnée par la macronie

[2] Bonnet blanc, blanc bonnet ? Les programmes de Zemmour et Le Pen décryptés

[3] La possibilité du fascisme : France, la trajectoire du désastre

[4] Face à la menace fasciste : Sortir de l’autoritarisme

[5] Défaire le racisme, affronter le fascisme

[6] Fascisme. Fascisation. Antifascisme.

[7] Sur ce point, voir La Possibilité du fascisme, chapitre 1

[8] Cité in J.-P. Gautier, Les extrêmes droites en France, Paris, Syllepse, 2012

[9] W. S. Allen évoque dans son livre les sentiments « mitigés » que nourrissaient les électeurs du NSDAP à son égard, le percevant comme un mixte de gens « convenables » et de « voyous ». Voir : Une petite ville nazie, op. cit., p. 122-123. Plus généralement, voir : I. Kershaw, L’opinion allemande sous le nazisme, Paris, CNRS Éditions, 1995 [1983]. Pour une critique de l’idée que les « masses » auraient « désiré le fascisme », voir : N. Poulantzas, « À propos de l’impact populaire du fascisme », in M.-A. Macciocchi, Éléments pour une analyse du fascisme, tome 1, Paris, 10/18, 1976

[10] Front National, service d’ordre, barbouzeries et opérations armées

[11] Voir les auditions effectuées lors de l’enquête parlementaire sur le DPS menée en 1999

[12] Voir également à propos de Claude Hermant, membre du DPS pendant six ans et récemment condamné à sept ans de prison pour trafic d’armes (dont certaines auraient servi à Amedy Coulibaly dans la tuerie de l’hypercacher : R. Dély et K. Laske, « Confessions d’un fantôme », Libération, 6 juin 2001

[13] Voir : A. Mestre et C. Monnot, « Crise au FN : Marine Le Pen écarte le service d’ordre historique au profit d’un proche », Droites extrêmes, 3 septembre 2015. Sur les liens entre Marine Le Pen et Axel Loustau, voir : M. de Turchi, “ Marine est au courant de tout…”. Argent secret, financements et hommes de l’ombre, Paris, Flammarion, 2017 "

[14] Migrants : le «coup de com» des Identitaires salué par le FN

[15] Louis Aliot juge qu’il faut “virer manu militari” les étudiants qui bloquent les facultés

[16] Radicalisation policière : le poids de l’extrême droite dans les forces de l’ordre

[17] Gendarmes mobiles : un danger pour la république ?

[18] François Duprat a-t-il pu écrire : « Notre conception révolutionnaire est, elle aussi, fort simple : nous devons savoir faire cohabiter une organisation de combat et une organisation de formation et d’encadrement. Sans les SA, jamais le NSDAP n’aurait pu prendre le pouvoir, mais sans la Politische Organisation les SA n’auraient pas mieux réussi que les Corps francs de Kapp et Luttwitz, lors du putsch de 1920… Dans l’hypothèse où le mouvement nationaliste-révolutionnaire dispose des forces nécessaires à une lutte violente et soutenue, si ces forces sont disciplinées et organisées, il peut rallier à lui les masses de droite, qui recherchent toujours une force susceptible de les rassurer. [Il faut que s’accentue la crise économique, que l’État s’affaiblisse et] une solution radicale pourra devenir acceptable pour des millions de Français… Une Révolution ne pourra s’accomplir que si nombre de conservateurs paisibles cessent d’être tentés par la perpétuation de l’ordre régnant. [Si la Révolution se fait par un coup de force permis par la crise], seul le mouvement capable de lancer dans la rue de nombreux militants, combatifs et disciplinés, pourra remporter la victoire et sauver notre civilisation ». Cité in : N. Lebourg et J. Beauregard, François Duprat. L’homme qui réinventa l’extrême droite, op. cit., p. 204

[19] Le Pen: " Depuis 40 ans ", l'immigration a engendré " la perspective de la guerre civile "

[20] Sur ce point, voir le chapitre consacré au FN/RN dans La Possibilité du fascisme (chapitre 5)

[21] On notera au passage que la rhétorique du « totalitarisme islamique » ou « islamiste » comme ennemi principal était partagée aussi bien par F. Fillon que par M. Le Pen lors des dernières élections présidentielles, le premier ayant fait paraître quelques mois avant l’élection un ouvrage intitulé : « Vaincre le totalitarisme islamique »

[22] Il faut rappeler combien cette catégorie juridique d’ « étranger » fonctionne, dans l’idéologie raciste de l’extrême droite, comme une catégorie ethno-raciale, distinguant les « vrais Français » (dits aussi « Français de souche ») et les autres, c’est-à-dire les non-Blancs, qu’ils soient de nationalité étrangère ou française (dans ce dernier cas ils seront considérés comme des « Français de papier », selon une vieille expression d’extrême droite qui continue d’être employée au FN, et récemment par Nadine Morano, ancienne ministre de N. Sarkozy, à propos de Rokhaya Diallo)

[23] Parmi de nombreuses études sur les motivations des votes, Voir « Comprendre le vote au 1er tour de l’élection présidentielle », p. 28

[24] Didier Eribon : « Mélenchon a mobilisé un électorat qui ne votait plus »

[25] Mais pourquoi Olivier Faure du PS a t-il peur, en 2022, d'une baisse du FN/RN ?

[26] Les nomades (gens du voyage ? Roms ? Gitans ? Tsiganes ? Romanichels ? Bohémiens ?)

[27] Il suffit de visionner quelques discours de meeting pour le constater. Voir par exemple le discours prononcé par Marine Le Pen au Zenith de Paris le 17 avril 2012

[28] Voir N. Mayer, « Le mythe de la dédiabolisation du FN », La Vie des idées, 4 décembre 2015

[29] Voir « Nouvelle judéophobie ou vieil antisémitisme ? », Raisons politiques, 2004, 4, n°16. Pour des données plus récentes, Voir l’étude publiée en décembre 2017 par l’IPSOS pour la Fondation du judaïsme français, qui montre une fois de plus que c’est parmi les sympathisants du FN que les préjugés antisémites sont de loin les plus répandus

[30] Voir V. Igounet, « Jean-Marie Le Pen est-il trop antisémite pour le ‘‘nouveau’’ FN ? », 6 mai 2015

[31] La Ligue de Défense juive (LDJ) est l'émanation en France de la Jewish Defense League, qualifiée de " groupe terroriste " par le FBI en 2001

[32] Le vendredi 1er août 2014, elle déclarait sur RTL : « S’il existe une Ligue de défense juive, c’est qu’il y a un grand nombre de juifs qui se sentent en insécurité. Ils ont le sentiment que monte un nouvel antisémitisme en France et qui est le fait de confrontations communautaires »

[33] Marche blanche - Déclaration du groupe « La France insoumise »

[34] Voir S. Johsua, « Cukierman, valse avec Le Pen », Regards, 3 mars 2015 

[35] Voir « Manifeste “contre le nouvel antisémitisme” », Le Parisien, 21 avril 2018, et voir la critique de ce texte par D. Vidal : « Contre l’antisémitisme, avec détermination et sang-froid », Mediapart, 23 avril 2018

[36] Quoi qu’en dise sa présidente, le Front National n’a jamais cessé d’être raciste et xénophobe, à en juger par l’opinion de ses adhérents et sympathisants. 

[37] Voir N. Mayer, art. cit.

[38] Bruno Mégret et le Mouvement national républicain (MNR) – parti qu’il a fondé après son exclusion du FN – avaient en effet développé un discours violemment islamophobe dès le début des années 2000, soit dix ans avant le FN. Sur l’histoire sinueuse de l’islamophobie à l’extrême droite, Voir N. Lebourg, « Marine Le Pen, l’extrême-droite et l’islamophobie », Le Nouvel Observateur, 2 mai 2012

[39] Voir : « Marine Le Pen affirme que les propos de son père sur Ebola ont été “dénaturés” », Libération, 22 mai 2014

[40] Celui-ci note au passage que « maintenant, le FN aimerait bien récupérer le contenu [de la théorie du “grand remplacement”]. Il en est donc à déclarer, un peu ridiculement, qu’il y a bien remplacement, oui, mais qu’il n’est pas grand ; que “grand” ajoute à la tournure un on ne sait quoi de suspect, de non scientifique. […] Car enfin, si le remplacement n’est pas grand, qu’est-ce qu’il leur faut ? Un génocide en bonne et due forme ? ». Voir « Renaud Camus : ‘‘ Si le remplacement n’est pas grand, qu’est-ce qu’il leur faut ? ’’ »

[41] Sur les origines anciennes de la rhétorique du « grand remplacement », Voir G. Kauffmann, « Le Nouveau FN. Les vieux habits du populisme », Paris, Seuil, 2016, p. 88-91. Sur Maurice Barrès, Voir « Z. Sternhell, Maurice Barrès et le nationalisme français », Paris, Fayard, 2016 [1972]

[42] Voir « Pour Marine Le Pen, l’afflux de migrants pourrait ressembler aux invasions barbares « du IVe siècle » », Le Parisien, 14 septembre 2015

[43] Voir « Régionales : ‘‘ éradiquer l’immigration bactérienne ’’, l’improbable proposition de Marine Le Pen », Libération, 10 novembre 2015

[44] Voir « Marine Le Pen : « Si nous échouons, la charia remplacera notre Constitution » », Le Point, 3 décembre 2015

[45] Voir D. Albertini, « L’un des livres favoris de Marine Le Pen décrit une apocalypse migratoire », Libération, 16 septembre 2015

[46] Voir « Pour Marine Le Pen, le dernier livre de Houellebecq « pourrait devenir une réalité » », Le Lab politique/Europe 1, 5 janvier 2015

[47] Voir N. Lebourg et J. Beauregard, « François Duprat. L’homme qui réinventa l’extrême droite », Paris, Nouveau Monde, 2012

[48] Ibid., p. 205

[49] Dès 1987 le FN diffusait des affiches où figurait une prétendue citation d’un responsable du Hezbollah énonçant : « Dans vingt ans, c’est sûr, la France sera une république islamique ».

[50] Voici ses mots, qui ne prêtent guère à ambigüité : « Maintenant il y a dix ou quinze endroits où, de manière régulière, un certain nombre de personnes viennent pour accaparer les territoires. Je suis désolée, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde Guerre mondiale, s’il s’agit de parler d’occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça c’est une occupation du territoire. C’est une occupation de pans du territoire, des quartiers dans lesquels la loi religieuse s’applique, c’est une occupation. Certes y a pas de blindés, y a pas de soldats, mais c’est une occupation tout de même et elle pèse sur les habitants ». Voir V. Igounet, « Une histoire d’un hold-up idéologique sur le FN loin d’être terminée »

[51] Au Zénith de Paris, Marine Le Pen agite le spectre des " Franco-Algériens comme Mohamed Merah "

[52] V. Igounet, Le Front national, op. cit., p. 230.

[53] Sur le GRECE, voir notamment : P.-A. Taguieff, Sur la Nouvelle Droite. Jalons d’une analyse critique, Paris, Éditions Descartes et Cie, 1994. Concernant l’influence de la Nouvelle droite sur le FN, Voir J.-Y. Camus, « Le Front national et la nouvelle droite », in S. Crépon, A. Dézé et N. Mayer, « Les faux-semblants du Front national. Sociologie d’un parti politique », op. cit.

[54] Voir « S. Crépon, La Nouvelle extrême droite. Enquête sur les jeunes militants du Front national » Paris, L’Harmattan, 2006.

[55] Sur ce point, Voir R. Eatwell, « Fascism and Racism », in J. Breuilly (ed.), The History of Nationalism, Oxford, Oxford University Press, 2013.

[56] Voir par exemple : « Le Pen veut interdire l’abattage des animaux sans étourdissement préalable », Le Point, 25 avril 2017

[57] Voir notamment : William S. Allen, Une petite ville nazie, Paris, Tallandier, 2016 [1967], p. 89 : « Les nazis décidèrent ensuite de soulever la colère populaire contre les méthodes employées par les juifs pour l’abattage du bétail. En conséquence, ils organisèrent une réunion sur ce sujet, avec projections en couleurs et discours prononcé par le président d’une société hanovrienne pour la protection des animaux. Au cours de la réunion, les dirigeants nazis de Thalburg firent savoir publiquement qu’ils étaient opposés aux pratiques israélites ».
 

- Pour en savoir plus :

- Portrait – Frédéric Boccaletti, député RN condamné pour violence avec arme

- Des nazis dans la police

- Jean-Luc Melenchon : « Le destin de LREM, de LR et du RN est de se regrouper sous la houlette de Le Pen ».

- Pour nos organisations, interagir et dialoguer avec le groupe RN à l’Assemblée nationale, c’est non !

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9 juillet 2022 6 09 /07 /juillet /2022 09:13
Plutôt Hitler que le Front Populaire dans les années 30, plutôt Le Pen que Mélenchon aujourd’hui

Quand Frédéric Lordon prédisait le retournement du barrage républicain pour Marine Le Pen contre Mélenchon

 

Avril 2021, plateau de La Bas si J’y Suis[1]. Le philosophe Frédéric Lordon est l’invité de Daniel Mermet pour présenter son nouvel ouvrage sur le communisme co-écrit avec Bernard Friot. Un passage de l’émission mérite d’être ressorti aujourd’hui. Il est d’une clarté éclairante.

 

Sources : l'Insoumission 

- Le philosophe commence par décrire la haine des médias à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon

« Mélenchon est celui qui l’objet du traitement de défaveur le plus appuyé de la totalité des médias mainstream. Il est l’objet d’un déferlement de détestation proprement viscéral. On lui choisit toujours la photo la plus désobligeante, on lui déforme ses propos. Au moindre écart de conduite ou de langage, il en a pour 3 jours. Je me dis que c’est un bon signe : quelqu’un qui s’attire, à ce point, une haine universelle de l’ensemble des institutions formelles et informelles de la démocratie bourgeoise ».

 

 

- Le deuxième point de Frédéric Lordon, sur le barrage républicain, est savoureux
Je l’ai écrit il y a des années « Cette connerie du front républicain pourrait se donner une nouvelle occurrence en se reformant contre Mélenchon. Je suis prêt à parier que Mélenchon contre Le Pen, d’une part, version faible, le front républicain n’est pas du tout garanti en faveur de Mélenchon, d’autre part, version forte, il se pourrait qu’une front républicain se reconstitue mais contre Mélenchon ». ...La situation politique de juin / juillet 2022.

 

- Jean-Luc Melenchon : « Le destin de LREM, de LR et du RN est de se regrouper sous la houlette de Le Pen ».

 

 

Cela se passera de la manière suivante[2] : " L’Assemblée nationale va devenir la casserole dans laquelle ils vont mettre à cuire leur soupe. Lorsque le gouvernement affirme qu’il travaillera à des majorités de projets, il sait parfaitement que cela ne fonctionnera pas avec nous. Ils présenteront donc des textes sur lesquels LR fera de la surenchère pour tenter de grignoter des parts à l’extrême droite. Ce qui fait du RN le maître du jeu de la recomposition de la droite. Mme Le Pen n’a jamais eu un autre projet que celui de M. Zemmour, qui n’a cessé d’appeler à la jonction de la droite et de l’extrême droite. Ce n’est pas une surprise pour moi. Dès 2012, j’avais affirmé sur France 2 que, « face à la crise, cela se finirait entre le RN et nous[3]. » "

 

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20 juin 2022 1 20 /06 /juin /2022 09:33
Le vote d’ouvriers et d’employés pour des candidats d’extrême droite : une problématique à ne pas esquiver

Le RN, ou l’illusion d’une opposition à Macron[1bis]

 

Hervé Debonrivage a, en mai dernier, rédigé cette analyse du vote RN. Il a eu raison de pointer l’importance de ce sujet comme le résultat du 2iéme tour des législatives le confirme...

Je me limite ici à cinq remarques complémentaires par Jacques Serieys :

- lorsque le programme et l’action politique de la "gauche" ne défendent pas les milieux ouvriers et populaires, pourquoi ceux-ci continueraient-ils à voter à gauche ? d’autant plus que beaucoup de médias valorisent le RN comme leur représentant. Cela entraîne surtout de l’abstention car une majorité de familles ouvrières ne sont pas dupes du fait que l’extrême droite fait partie du monde de la droite et du capitalisme.

- malgré quelques mots prétendument en faveur du peuple, l’extrême droite ne constitue en rien un appui pour ces milieux ouvriers et populaires, ne cherche en rien à les protéger contre le "mondialisme" et les "gros" capitalistes. Mussolini par exemple, est passé d’un discours social de ce type à la division par deux du salaire des femmes après l’arrivée au pouvoir. Plusieurs dirigeants du RN sont passés en une semaine de ce type de discours "social" au programme terriblement anti-ouvrier de Zemmour.

- les catégories sociologiques de l’INSEE ne prennent pas en compte le fait majeur des quarante dernières années : le salariat représente aujourd’hui plus de 80% des citoyens (ouvriers, employés, professions intermédiaires, cadres d’entreprise et professions intellectuelles supérieures, retraités ex-salariés). Globalement, ce salariat correspondant à une place dans les rapports capitalistes de production, vote plus pour La France Insoumise et la NUPES que la population française dans son ensemble. Le principal point d’appui électoral de la gauche, de LFI et de la NUPES à présent, ce sont les "professions intermédiaires" que de nombreux analystes préfèreraient voir intégrées dans un bloc avec les ouvriers et employés.

- si l’on accepte le concept de "classe populaire", il faut ajouter à ce salariat la catégorie INSEE définie par le terme d’INACTIFS. Il s’agit largement d’individus précarisés. Eux aussi votent plus pour LFI et la NUPES que la population globale et que pour le RN.

- la couche sociale englobée sous le concept "OUVRIERS" a beaucoup changé depuis 40 ans avec une nette baisse des ouvriers d’entreprise en CDI et une hausse par exemple des femmes de ménage et précaires en contrat court.

- La dernière étude sur les intentions de vote pour les législatives prévoit pour la NUPES : 43% parmi les professions intermédiaires, 32% parmi les employés, 32% parmi les cadres d’entreprise et professions intellectuelles supérieures, 41% parmi les "inactifs, 25% parmi les ouvriers, soit un engagement nettement plus important en faveur de la NUPES que pour le RN. Il est vrai que ces intentions de vote évoluent en fonction de l’offre politique ; le programme actuel de la NUPES répond évidemment plus à la demande du milieu salarié et populaire que les imbroglios permanents de François Hollande.

- Préambule : retour préalable sur le second tour des législatives 2022

Que l'on ne vienne pas nous dire que la France est pays de fascistes !

  • La faute de Macron est énorme : diaboliser la #Nupes (en mettant dans le même sac des " extrêmes " a contribué à multiplier par 10 le nombre de députés pour le RN, ce que l'insoumission dénonçait en mars 2022[1].
  • Le résultat de Le PEN à selon moi deux origines :
    • LREM et ses candidats, qui préfère soutenir en catimini le RN (sur 65 face à face entre la Nupes/RN, les donneurs de leçons de la macronie ont refusé de s'engager par une consigne claire dans 52 cas) de peur que la Nupes ait la majorité, car, comme je le publiais en mars 2021 « S'il existe encore un barrage pseudo-républicain en France, c'est désormais contre la gauche antilibérale »[2] ;
    • l'abstention du peuple porteur d'exigences de gauche, écœuré, dégouté par la trahison, par les engagements non tenus et dont le septennat Hollande a été l'un des plus gros contributeur. En effet, si Le Pen comptait sur l'abstention de gauche pour battre Macron aux présidentielles, elle comptait aussi dessus pour les législatives... et le résultat en atteste.

 

Le nouveau visage socio-professionnel des députés à l'issue des législatives 2022. 👉 Moins de 1% des députés sont ouvriers, contre 19% dans la population active.

 

  • A retenir : nous sommes l’expression politique des plus pauvres, des chômeurs, des oubliés de ce pays.
    • Parmi les 10% des circonscriptions où il y a le plus de pauvres, 80% ont été gagnées par la NUPES.
    • Nous avons la fierté d’avoir construit le + grand parti populaire depuis la Libération.

 

Nous sommes l’expression politique des plus pauvres, des chômeurs, des oubliés de ce pays.

 

Sources : Hervé Debonrivage | mis à jour le 01/07/2022

- Introduction Classe populaire ? De quoi parle-t-on ?

On entend par cette terminologie une partie de la population active constituée des ouvriers et des employés. On pourrait rattacher à cette catégorie des travailleurs indépendants à faibles revenus, des petits commerçants, des petits artisans, des propriétaires de petites exploitations agricoles.

  • Si l’on veut avoir une connaissance approfondie sur la notion de classe populaire, l’ouvrage le plus complet actuellement existant est le suivant : Sociologie des classes populaires contemporaines éditées chez Dunod ou Armand Colin[3].
  • On peut accéder un résumé détaillé de cet ouvrage collectif en utilisant le lien suivant sur Cairn info[4]

Sur l’évolution de la population active en France et plus particulièrement sur les catégories ouvrières on peut se reporter aux deux articles suivants :

  • Comment évoluent les catégories sociales en France ?[5] ;
  • Statistiques sur l’évolution du monde ouvrier de 1982 à 2020 et des différentes catégories qui le composent[6].

En 1982 les ouvriers représentaient 30 % de la population active, avec 6,9 millions de personnes et en 2020, 20 % de la population active avec 5,3 millions de personnes, les employés représentent quant à eux 25 % de la population active en 2020.

 

 

-  Deux articles concernant le vote des classes populaires pour des représentants de l’extrême droite
Depuis fort longtemps, il a existé des ouvriers et des employés ayant voté pour des candidats de droite ou d’extrême droite.

Mais un phénomène nouveau dont il faut reconnaître la réalité, c’est la croissance quasi continue du vote des classes populaires en faveur de l’extrême droite depuis les années 1980 qui coïncide, comme par hasard, avec la croissance et l’intensification des politiques néolibérales mais aussi avec la décroissance numérique de ces catégories populaires.

  • Une mise en garde préalable concernant l’utilisation des pourcentages par les médias et les instituts de sondage.

Il y a trois manières de calculer le vote ouvrier en faveur de l’extrême droite.

- Si l’on dit « il y a 50 % de votes des ouvriers pour Marine Le Pen » Il faut préciser de quelle quantité on prend le pourcentage. Si c’est 50 % du total du nombre d’ouvriers en France qui est de 5,3 millions, cela fait alors 2,65 millions de personnes

- S’agit-il de 50 % des ouvriers qui votent c’est-à-dire qui ne s’abstiennent pas ? En supposant que le taux d’abstention des ouvriers soit de 45 %, le pourcentage de votants est alors 65 % le nombre obtenu est alors : 50 % de 65 % de 5,3 millions ce qui donne : 1,72 millions de personnes

- Ou encore, troisième possibilité, cela veut-il dire que 50 % des électeurs pour Marine Le Pen sont des ouvriers ? Si l’on prend les 13,3 millions d’électeurs ayant voté Marine Le Pen au deuxième tour des présidentielles de 2022, on obtiendrait alors… : 6,65 millions de personnes : ce qui est évidemment impossible pour cette élection. Il faut donc être vigilant sur la manière dont les médias et les instituts de sondage annoncent leur pourcentage.

 

 

-  Les articles suivants, certes, apportent une ou des explications partielles qui devraient être donc complétées, mais n’en sont pas moins intéressantes.

1️⃣ Comment la gauche a perdu, en trente ans, le vote ouvrier (au profit de l’extrême droite)[7].

- Trente ans de métamorphose de l’électorat frontiste

Une étude de Jérôme Fourquet, directeur du pôle opinion et stratégies d’entreprise à l’Ifop (Institut français d’opinion publique), vient à point nommé pour apporter un éclairage documenté sur la question de savoir où se situe majoritairement, à moins d’un an de l’élection présidentielle, le vote ouvrier. Intitulée « 1988-2021 : trente ans de métamorphose de l’électorat frontiste », cette analyse d’avril dernier rappelle, d’abord, l’ancrage du vote d’extrême droite dans la société française puisque, depuis trois décennies, « un membre de la famille Le Pen obtient un score à deux chiffres lors d’une élection présidentielle ». Et les intentions de vote mesurées pour celle de 2022 ne démentent pas ce constat.

 

1988-2021 : évolution du score du FN/RN au premier tour de l’élection présidentielle. | Jérôme Fourquet/Ifop

Une des mutations prioritaires au sein des strates de l’électorat du Front national (FN), rebaptisé Rassemblement national (RN) en 2018, est fondée sur le niveau de diplôme, selon Fourquet. En 1988, avec Le Pen père, les titulaires d’un diplôme supérieur à bac+2 étaient les plus rétifs à un vote d’extrême droite (9% d’entre elles et eux) et ceux qui avaient un niveau inférieur au bac, les plus enclins (16%). On note que le delta entre ces deux catégories était de sept points. En 2017, avec Le Pen fille, la première catégorie est passée à 8% et la seconde à... 31%. L’écart s’est considérablement creusé pour atteindre vingt-trois points.

 

Le phénomène se diffuse maintenant au niveau des titulaires du bac dans les intentions de vote pour 2022 (mesurées en 2021). Alors que le vote lepéniste est quasi stable dans la catégorie au niveau éducatif le plus élevé (12% au lieu des 9% de 1988), il grimpe à 34% (contre 13% en 1988) chez les titulaires du baccalauréat. Et il s’affirme encore dans la catégorie des détenteurs d’un diplôme inférieur au bac : 33% contre 31% en 2017, comme noté ci-dessus.

 

- Plus de quatre ouvriers sur dix votent Le Pen

  • Cette observation faite en fonction du niveau de diplôme a évidemment une traduction politique puisque les moins diplômés sont cantonnés, beaucoup plus qu’auparavant, dans les métiers les moins en vue et les moins bien payés. « Tout se passe, écrit Fourquet, comme si le parti lepéniste avait progressivement capitalisé sur le ressentiment et le sentiment de relégation culturelle et sociale des publics les moins diplômés au fur et à mesure que le niveau éducatif moyen était rehaussé. » Le résultat électoral de ce mouvement socio-culturel est l’augmentation considérable sur un peu plus de trente ans de la part des ouvriers et des employés votant pour le FN/RN.
  • Alors que la proportion d’ouvriers votant pour le parti lepéniste en 1988 était de 17% –un pourcentage assez peu différent de ce qui était observé chez les employés (14%), dans les professions intermédiaires (15%) ou chez les cadres et dans les professions intellectuelles (14%)–, ce taux a énormément gonflé, passant à 39% lors de l’élection présidentielle de 2017. La part des employés a suivi une tendance de même nature car elle est montée à 30% à l’occasion de ce même scrutin. Les projections qui peuvent être faites au travers des intentions de vote pour 2022 accentuent encore ces phénomènes haussiers : le taux atteint 45% des ouvriers et 42% des employés.

 

1988-2021 : évolution du score du FN/RN au premier tour de l’élection présidentielle dans les milieux populaires. | Jérôme Fourquet/Ifop

  • « Le fait que plus de quatre personnes sur dix appartenant [aux milieux populaires] aient l’intention de voter pour Marine Le Pen au premier tour de 2022, relève Fourquet, témoigne de la très forte emprise idéologique du RN dans ces catégories. » Force est de constater que cette emprise idéologique n’a pas toujours été de ce côté de l’échiquier politique, c’est-à-dire à l’extrême droite. Loin s’en faut.
  • Même si la classe ouvrière a toujours été moins homogène que ce que pensaient et disaient les marxistes pour les besoins de la cause, il n’en demeure pas moins que l’histoire de la gauche, socialiste et communiste, est intimement liée à l’émergence de la notion de classe ouvrière. Créée au début du XXe siècle, la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière, IIe Internationale) ne contient même pas le mot socialiste dans son sigle, tant ouvrier et socialiste recouvrent le même champ politique dans l’esprit de ses initiateurs.

 

- Quand le PCF était le premier parti de France

  • Lors de son congrès de 1920, à Tours, une majorité de congressistes quitte la SFIO pour adhérer, sous l’influence des Soviétiques qui ont pris le pouvoir en Russie en 1917, à la SFIC (Section française de l’Internationale communiste, IIIe Internationale). La SFIC deviendra, en 1921, le Parti communiste français (PCF) qui représente, pour les marxistes, « l’avant-garde de la classe ouvrière ». C’est dire à quel point les communistes voulaient damer le pion aux socialistes comme représentants les plus authentiques du monde ouvrier. Même si celui-ci n’était pas fait d’un seul bloc politique.
  • En effet, même si une majorité, écrasante probablement, des ouvriers révolutionnaires ou réformistes votaient à gauche, notamment pour le PCF jusque dans les années 1970 et en partie pour le PS jusque dans les années 2000, ils coexistaient avec des ouvriers catholiques ou conservateurs dont le vote penchait à droite, comme ce fut notamment le cas pendant la période gaulliste. Cette hétérogénéité est décrite dans une étude du politologue Florent Gougou intitulée « Les mutations du vote ouvrier sous la Ve République » : il constate que « le vote ouvrier n’est donc pas naturellement acquis à la gauche ».

 

Lors du congrès de Tours, en 1920.

  • Il n’en demeure pas moins que le Parti communiste se présentait comme le porteur idéal des aspirations ouvrières qui, à l’en croire, trouvaient leur plein épanouissement dans la « patrie du socialisme ». De fait, le PCF fut le premier parti de France en termes électoraux dans l’immédiat après-guerre. Il jouissait alors, sur le plan intérieur, de l’image du parti des 75.000 fusillés –un chiffre très éloigné de la réalité, ce qui n’ôte rien à la bravoure de militants communistes qui ont sacrifié leur vie dans la Résistance bien avant que l’appareil du parti ne décide de s’y engager à la suite de l’invasion de l’URSS par les armées du IIIe Reich, en juin 1941.
  • Sur le plan extérieur, il profite de l’aura de la Grande Guerre patriotique victorieuse conduite par Staline et l’armée rouge contre le nazisme sur le front de l’Est. Il est vrai que le PCF sera longtemps d’une grande fidélité au stalinisme.

 

La récession de l’âge d’or communiste

  • Lors de l’élection de la première Assemblée constituante, en octobre 1945 (celle qui va clore le cycle de la IIIe République), il obtient 26,2% des voix et 159 sièges : il devance les démocrates-chrétiens centristes du MRP (Mouvement républicain populaire). Il culmine même à 28,3% aux législatives de novembre 1946 (la IVe République a été instaurée en octobre) et détient un tiers des sièges de l’Assemblée nationale... l'ère du « gaullo-communiste[7bis] » ?
  • Grâce au vote ouvrier et au soutien de l’intelligentsia de gauche –les communistes occupent alors une place prépondérante parmi les intellectuels–, le PCF tient le haut du pavé sur l’échiquier politique jusqu’à la fin des années 1970. À l’élection présidentielle de 1969, son candidat, le kominternien Jacques Duclos, obtient 21,3% des suffrages exprimés. Et dix ans plus tard, Georges Marchais, qui conduit la liste du Parti aux premières élections européennes, décroche 20,5% des voix.
  • Mais l’âge d’or est déjà entré en récession par la combinaison d’une multitude de facteurs qui sont défavorables au Parti communiste, en France et en Europe de l’Ouest. On peut citer pêle-mêle les interventions militaires extérieures de l’URSS pour sauver « le socialisme réel », les mutations de la société française après 1968, le rétrécissement progressif de la classe ouvrière au profit d’une classe moyenne aux contours moins déterminés dans les décennies qui suivent, la montée en puissance du Parti socialiste (PS) qui est couronnée par la victoire de François Mitterrand à la présidentielle de 1981, puis celle de 1988, la chute du Mur de Berlin en 1989 et la dislocation de l’Empire soviétique à partir de 1991, le mouvement de désindustrialisation, etc.

 

Le vote ouvrier n’est plus au rendez-vous

  • Le vote ouvrier n’est plus au rendez-vous de la gauche et du PCF en particulier. Selon le politologue Florent Gougou déjà cité, « il semble que le vote de classe ouvrier [atteint] son maximum lors des élections législatives de 1973, avant de décliner progressivement par la suite ». Georges Marchais est surpris par son score (15,4%) à la présidentielle de 1981. Ce recul est confirmé aux européennes de 1984 où la liste du secrétaire général n’atteint que 11,2%, c’est-à-dire qu’il fait jeu égal avec le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, dont la liste obtient 11%. Cinq ans avant, la liste d’extrême droite conduite par Jean-Louis Tixier-Vignancour avait fait péniblement... 1,3%.
  • Les nombreux bastions rouges ouvriers de la région parisienne qui firent la grandeur du PCF vont tomber les uns après les autres. À partir de ce basculement, la suite de l’histoire n’est plus qu’une descente accélérée vers les enfers électoraux. À la présidentielle de 1988, André Lajoinie, candidat communiste concurrencé par le dissident Pierre Juquin, n’obtient que 6,8% des voix alors que Le Pen père est à 14,4%. Aux européennes de 1989, le PCF n’a plus qu’un score à un chiffre (7,7%) et l’extrême droite est à 11,7%.

Le vote ouvrier n’est plus au rendez-vous

  • Le vote ouvrier n’est plus au rendez-vous de la gauche et du PCF en particulier. Selon le politologue Florent Gougou déjà cité, « il semble que le vote de classe ouvrier [atteint] son maximum lors des élections législatives de 1973, avant de décliner progressivement par la suite ». Georges Marchais est surpris par son score (15,4%) à la présidentielle de 1981. Ce recul est confirmé aux européennes de 1984 où la liste du secrétaire général n’atteint que 11,2%, c’est-à-dire qu’il fait jeu égal avec le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, dont la liste obtient 11%. Cinq ans avant, la liste d’extrême droite conduite par Jean-Louis Tixier-Vignancour avait fait péniblement... 1,3%.
  • Les nombreux bastions rouges ouvriers de la région parisienne qui firent la grandeur du PCF vont tomber les uns après les autres. À partir de ce basculement, la suite de l’histoire n’est plus qu’une descente accélérée vers les enfers électoraux. À la présidentielle de 1988, André Lajoinie, candidat communiste concurrencé par le dissident Pierre Juquin, n’obtient que 6,8% des voix alors que Le Pen père est à 14,4%. Aux européennes de 1989, le PCF n’a plus qu’un score à un chiffre (7,7%) et l’extrême droite est à 11,7%.
  • L’enchaînement des scrutins n’est plus qu’une longue litanie de défaites qui mettent en évidence la perte du cœur électoral du Parti communiste : sa base ouvrière. Les nombreux bastions rouges ouvriers de la région parisienne qui firent la grandeur du PCF tombent les uns après les autres. Jusqu’au fiasco des européennes de 2019 où, avec 2,5% des suffrages exprimés, le PCF n’envoie aucun représentant au Parlement de Strasbourg, quand les lepénistes en propulsent vingt-trois avec 23,3% des voix.
  • Absents des deux dernières consultations présidentielles (2012 et 2017) après s’être rangé derrière Jean-Luc Mélenchon (chef de fil successivement du Front de gauche et de La France insoumise), les communistes ont décidé de présenter leur secrétaire national, Fabien Roussel, en 2022, pour conjurer un retrait définitif du paysage politique français. Pourront-ils compter, comme dans le temps d’avant, sur le vote des ouvriers dont le nombre est passé de 6,9 millions, soit 30% de l’emploi total, en 1982, à 5,3 millions (20%) en 2019 ? Rien n’est moins sûr.

 

 

2️⃣ Deuxième article. Front national ou abstention : comment votent les ouvriers ?

- Les ouvriers sont de plus en plus tentés par le Front national MARGAUX BARALON , le 15 mars 2017[8]

FACT CHECKING - Selon Jean-Luc Mélenchon, il " n’est pas vrai " que les classes ouvrières plébiscitent Marine Le Pen. Pourtant, c’est bien la candidate frontiste qui arrive en tête de leurs intentions de vote. " Ce n’est pas vrai ! " Invité mercredi d’une matinale spéciale sur Europe 1, Jean-Luc Mélenchon, leader de la France Insoumise, s’est insurgé contre une question sur le vote des classes populaires, qui serait acquis à Marine Le Pen. " Ce n’est pas vrai que la classe ouvrière vote pour l’extrême droite ", a-t-il martelé. " 60% des ouvriers ne votent pas. C’est là le fond de l’affaire. Ils ne votent pas parce qu’ils sont écœurés par un système politique et médiatique qui les révulse."

 

Pourtant, les enquêtes d’opinion montrent une très forte percée de Marine Le Pen au sein de l’électorat ouvrier. Selon la dernière étude du Cevipof, 44% de ceux qui se disent certains d’aller voter iront glisser un bulletin au nom de la présidente du Front national dans l’urne. C’est plus que toutes les autres catégories socioprofessionnelles, devant les employés (35%) et les agriculteurs (35%), deux autres électorats très tentés par l’extrême droite.

 

Le deuxième candidat le plus plébiscité par les ouvriers est Emmanuel Macron. Mais l’ancien ministre de l’Économie arrive très loin derrière Marine Le Pen, avec seulement 16% des intentions de vote de la classe ouvrière. Jean-Luc Mélenchon, lui, pointe en troisième position avec 14%.

 

Une forte abstention. Concernant l’abstention, le leader de la France Insoumise n’a pas tort : elle est très forte au sein de la classe ouvrière, puisque 42% des ouvriers expliquent ne pas être certains de se rendre aux urnes. Loin des 60% évoqués par Jean-Luc Mélenchon, et moins que les agriculteurs, qui sont plus de la moitié (52%) à être des abstentionnistes potentiels.

 

L’enquête du Cevipof n’est pas la seule à montrer que Marine Le Pen rencontre beaucoup d’écho auprès des classes populaires. Dans le dernier baromètre Elabe aussi, la candidate du Front national est la personnalité préférée des ouvriers, avec 45% d’intentions de vote. Devant Emmanuel Macron (20%) et Jean-Luc Mélenchon (12%). Là encore, le taux d’abstention potentiel chez les ouvriers est non négligeable, avec 47% d’entre eux qui ne sont pas certains de se déplacer pour voter. Mais il n’est pas supérieur à celui des autres catégories de population : 53% des professions intermédiaires sont des abstentionnistes potentiels ; 42% des cadres et professions supérieures.

 

Les ouvriers de plus en plus tentés par le FN.

  • Ces chiffres ne sont pas propres à l’élection présidentielle. Lors des dernières régionales déjà, en 2015, 43% des ouvriers avaient voté Front national. Ils se tournent davantage vers l’extrême droite depuis 1988. À l’époque, 18% votaient Jean-Marie Le Pen au premier tour. En 1995, ils étaient 23%. En 2002, 31%. Après une rechute en 2007, le vote ouvrier en faveur du Front national avait de nouveau grimpé à environ 30% en 2012.

 

- Autre article :
Quel est le profil des électeurs ayant voté Emmanuel Macron au Marine Le Pen aux élections présidentielles de 2022 ?[9]

Selon un sondage figurant dans cet article, 67 % des ouvriers et 57 % des employés ont voté pour Marine Le Pen. Remarque il faut prendre ses derniers chiffres avec précaution : s’agit-il de 67 % de l’ensemble des ouvriers ou de 67 % des ouvriers qui votent ?

 

Si l’on considère en utilisant les sondages précédents que 45 % des ouvriers s’abstiennent, il en résulte que 65 % d’entre eux votent. Ainsi, si l’on prend 67 % de 65 %, on retombe bien sur le chiffre précédent de 45 % d’ouvriers votant pour Marine Le Pen.

 

 

3️⃣ Quels sont les faits explicatifs de la croissance de l’influence de l’extrême droite sur les classes populaires ?
Des causes économiques.

On connaît les ravages sociaux du néolibéralisme destruction des services publics, précarité de l’emploi, chômage de masse, délocalisation des entreprises, désindustrialisation, tertiairisation des métiers ouvriers (plate-forme logistique, chauffeur livreur, etc.). Mise en concurrence accrue des travailleurs entre eux sur un marché du travail ouvrier en contraction.

 

- Des causes sociologiques.

Ces causes économiques ont modifié les rapports sociaux entre les travailleurs : destruction des collectifs de travail et des liens sociaux de solidarité par notamment le recours à l’externalisation de certaines tâches et l’utilisation massive de sous-traitance, etc.

 

Ainsi le taux de syndicalisation n’a cessé de décroître et le syndicalisme non seulement comme moyen de défense des conditions de travail mais aussi comme outil de formation des travailleurs a perdu de sa force. Dans le contexte d’un marché du travail très concurrentiel et de précarité , certains ouvriers peuvent être conduits à faire porter la responsabilité de ses problèmes sur autrui et notamment sur travailleurs immigrés et les « assistés sociaux ».

 

De mauvaises conditions d’habitat et un environnement urbain ou périurbain où règne la délinquance favorisent la réceptivité aux idées sécuritaires et identitaires de l’extrême droite. Selon la Cour des Comptes, il existe en France 1514 « quartiers de non-droit » répartis sur environ 800 communes. Le vote de lois sécuritaires enrobées de com’à usage des fonds de commerce électoraux couplées à une destruction des services publics par les libéraux ne changent en rien cette situation.

 

- Des causes culturelles.

Une autre conséquence du néolibéralisme est le mauvais fonctionnement du système éducatif provoquant un échec scolaire ou universitaire de masse plus ou moins visible. Cela provoque un sentiment de relégation, de déclassement favorable à la désignation d’un bouc émissaire.

 

Les connaissances historiques, les capacités d’analyse critique des jeunes collégiens et lycéens se trouvent ainsi altérées. Ils se trouvent ainsi livrés sur le « marché électoral » sans capacité suffisante d’analyse critique des discours démagogiques voire racistes.

 

Il existe en effet une forme de banalisation du racisme :

  • la France, avec l’union européenne, s’est abstenue en 2014 et en 2021 au vote de la résolution de l’ONU condamnant la glorification du racisme et du nazisme. Les États-Unis et l’Ukraine ont même voté contre ! ( En revanche, tous les pays d’Asie et d’Amérique du Sud et d’Afrique ont voté pour.)
  • Paresse intellectuelle et défiance envers les autres aidant, il est beaucoup plus facile d’accuser le « fraudeur social », l’immigré « qui ne veut pas s’intégrer » pour expliquer la souffrance sociale que de dénoncer la mauvaise répartition de la valeur ajoutée produite par les travailleurs entre salaires et profits sous les Gide de la grande bourgeoisie dominante.
  • Il est bien évident que le simplisme d’un discours de Marine Le Pen tranche avec la relative complexité d’un discours de Mélenchon même si ce dernier déploie de réels efforts pour être pédagogique.

 

Une autre carence culturelle de l’éducation nationale concerne la laïcité

  • L’insuffisance des moyens mis en œuvre pour préserver le système éducatif de la pénétration par l’islamisme politique. Dont le rapport de l’inspecteur général Jean-Pierre OBIN entouré de 90 spécialistes a fait état dès 2004[10]. Ce spécialiste du renseignement de terrain cite dans sa longue interview les deux rapports précités.
  • Comme dans de nombreux domaines, les gouvernements libéraux incapables de donner les moyens financiers et humains pour faire fonctionner correctement nos services publics ne tiennent pas concrètement compte des rapports d’expertise indépendants.

 

En l’occurrence, cette incurie ouvre un boulevard pour tous les manipulateurs d’extrême droite, à des médias en quête d’audience sur des problèmes de conflits religieux et identitaires.

 

Les classes populaires n’échappent évidemment pas, comme d’autres catégories sociales, à cette vaste diversion qui, certes peut reposer sur des problèmes réels mais qui ne sont traités ni économiquement, ni culturellement, ni politiquement.

 

- Des causes politiques.

L’affaiblissement continu du PCF depuis la fin des années 1980 et le peu d’influence des partis d’extrême gauche ne permet plus aux travailleurs d’avoir une formation critique du capitalisme suffisante. Cette carence peut conduire un certain nombre d’ouvriers et d’employés à se réfugier dans le « chacun pour soi », dans le communautarisme, dont l’illusion d’un parti de l’ordre

 

Il est fréquent de lire : « la gauche a abandonné les classes populaires ». Mais encore faut-il être plus précis.

  • Le PS en se convertissant à des politiques économiques néolibérales donc de droite a pris des mesures économiques en contradiction avec les intérêts des classes populaires.
  • D’autre part, le PCF n’a pas su tenir compte des modifications structurelles du salariat ouvrier et des services. Il a abandonné sa politique de formation politique des classes populaires au profit d’une simple gestion des affaires locales et d’une professionnalisation alimentaire de la politique.
  • Un autre élément important à prendre en compte pour expliquer la défiance des classes populaires à l’égard des partis politiques ayant gouverné est le suivant : il n’y a eu que très peu d’élus ouvrier ou employés dans les différentes assemblées locales et nationales ou européennes.

 

Le vieux fond de l’antiparlementarisme d’extrême droite trouve alors un terreau favorable.

En outre, il existe une détérioration des rapports entre les institutions administratives du fait de la pénurie de moyens accordés à ces dernières et d’une numérisation technocratique mal acceptée par les classes populaires. Cela donne un écho favorable à la propagande anti fonctionnaires, anti technocrates, anti fiscaliste de l’extrême droite.

 

- Des causes idéologiques.

Il a été montré sur ce site et ailleurs que l’extrême droite a considérablement accru son influence au sein des grands médias dominants mais aussi sur les réseaux sociaux.

 

Ainsi les thèmes sécuritaires, identitaires voire religieux prennent une place disproportionnée dans l’espace médiatique et contribuent ainsi à augmenter l’électorat de l’extrême droite notamment dans les classes populaires. Rappelons ainsi que si Jean-Marie Le Pen avait obtenu 18 % des suffrages exprimés en 2002, sa fille, 20 ans plus tard, obtient 42 % des suffrages exprimés au second tour des élections présidentielles.

 

On constate ainsi que le score de 45 % pour le vote ouvrier en faveur de Marine Le Pen est légèrement plus haut que la moyenne nationale des suffrages exprimés.

 

À cette diffusion médiatique massive des idées d’extrême droite s’ajoute une propagande spécifique anti France Insoumise ou anti Mélenchon.

  • Islamo – gauchisme reprenant le terme de Judéo – bolchévisme d’avant-guerre ; communautarisme, wokisme.
  • Une autre critique spécifique pouvant toucher les classes populaires : Mélenchon serait un traître car il aurait appelé à voter François Hollande et aurait permis l’élection d’Emmanuel Macron. Or il se trouve que Mélenchon n’a jamais encouragé à voter pour l’un ou pour l’autre.
  • Même si les 13 % ou 17 % de l’électorat de Mélenchon ne s’étaient pas reportés sur Macron, celui-ci aurait de toute façon été élu avec plus de 2 millions de voix d’avance sur Marine Le Pen.
  • Mais les électeurs d’extrême droite lui feront remarquer que néanmoins il n’a pas appelé à faire barrage à François Hollande comme il l’avait dit pour Sarkozy et n’a pas appelé à faire barrage à Macron comme il l’avait dit à l’égard de Marine Le Pen.
  • Mais si l’on suit un tel raisonnement, cela signifierait que Mélenchon aurait dû préconiser l’abstention ou le vote blanc dans chacune de ces situations. Il faut remarquer que vouloir à tout prix appeler à faire barrage à Macron peut aboutir à quitter LFI et adhérer au RN comme ce fut le cas d’Andréa Kotarac lors des élections européennes de 2019 et fut fustigé par Jean-Luc Mélenchon[11] !

 

Mélenchon a évidemment eu raison de condamner une telle attitude mais celle-ci montre le niveau de détestation de Macron qui peut exister dans un électorat qui a voté Mélenchon au premier tour et dont 13 % ont voté pour Marine Le Pen pour faire barrage à Macron. (Sondage réalisé après le second tour et non pas un sondage d’entre deux tours qui indiquaient 18 % pour Le Pen et 37 % pour Macron).

 

L’analyse sociologique de cet électorat est partiellement décrite dans l’article de France 24 avant le second tour des présidentielles : la colère de l’électorat de Mélenchon vise d’abord Macron[12].

 

 

4️⃣ Comment convaincre les classes populaires qui votent pour l’extrême droite ?

Sans tomber dans le simplisme, il faut éviter une argumentation complexe.

  • Il faut simplement montrer que le RN – FN n’a jamais participé à la moindre manifestation pour défendre les salaires, les conditions de travail, les retraites. Quelles sont les propositions de loi du FN – RN à l’Assemblée nationale ou au parlement européen pour améliorer les conditions de vie des travailleurs
  • Quelles sont les politiques sociales envers les plus démunis dans les municipalités où le RN est majoritaire ? On remarquera le silence des grands médias sur cette question.
  • Historiquement, il faut rappeler que l’extrême droite a toujours eu un langage social pour prendre le pouvoir pour ensuite recourir à des politiques antisociales une fois élue.
  • Quant à la défense de la morale et de l’ordre, il faut rappeler que le RN a été mis plusieurs fois mis en cause par la justice pour le financement de ses campagnes électorales.
  • D’autre part, une rétrospective historique sur la vie politique du FN – RN donne l’image d’un parti en proie à de multiples guerres intestines, de rivalités et de nombreux départs : c’est ça le parti de l’ordre ?
  • Les deuxièmes auteurs des actes terroristes dans le monde occidental sont les mouvements d’extrême droite. Voir la liste des attentats d’extrême droite[13].... C’est ça la sécurité ? La paix civile ?
  • Montrer que les allégations du RN concernant la fraude sociale, l’attribution d’aides sociales considérables aux immigrés reposent sur des inexactitudes factuelles ou, au mieux, sur des chiffres biaisés.

 

Il faut aussi démolir les mythes du « grand remplacement », de la « guerre des civilisations » qui alimentent aussi les courants néonazis au niveau international.

  • Sans nier l’existence d’un certain nombre de problèmes locaux liés à l’immigration et sans nier l’existence d’une action de l’islam politique, ces questions doivent être traitées à partir de rapports d’experts indépendants, d’études de terrain de diverses associations démocratiques et non pas à partir de récupération médiatique et de déclaration bruyante des partis de droite et d’extrême droite. Comme l’ont déjà dit différents représentants de LFI : « moins de com’et plus d’action de terrain ! ».
  • Montrer que le problème essentiel est le partage des richesses entre salaires et profits créés par l’ensemble de la population active en France.
  • Montrer que cette inégalité du partage au profit des actionnaires a pour conséquence de casser les services publics notamment ceux de la santé, de l’éducation et la justice.

 

Notes :

[1] Macron trampoline de Le Pen : Mélenchon vote utile de 2022 ?

[1bisLe RN, ou l’illusion d’une opposition à Macron

[2] S'il existe encore un barrage pseudo-républicain en France, c'est désormais contre la gauche

[3] Classes populaires ou condition laborieuse ?

[4] Yasmine Siblot, Marie Cartier, Isabelle Coutant, Olivier Masclet et Nicolas Renahy, Sociologie des classes populaires contemporaines

[5] Comment évoluent les catégories sociales en France ?

[6] Institut national de la statistique et des études économique

[7] Olivier Biffaud — 19 mai 2021 : Comment la gauche a perdu, en trente ans, le vote ouvrier (au profit de l'extrême droite)

[7bis] L'ére du « gaullo-communiste »

[8] Front national ou abstention : comment votent les ouvriers

[9] Résultats présidentielle : quel est le profil des électeurs d'Emmanuel Macron, de Marine Le Pen et des abstentionnistes ?

[10] L’insuffisance des moyens mis en œuvre pour préserver le système éducatif de la pénétration par l’islamisme politique.. Voir pour plus de détails Wikipédia :

Jean-Pierre Obin qui, lassé de l’inaction des différents gouvernements, a publié en 2020 l’ouvrage : Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école.

- La commission et le rapport Stasi remis à Chirac en 2003 avait fait état des mêmes préoccupations.

- Pour avoir une idée du mode opératoire du développement de l’islamisme politique en France, on peut écouter l’émission : Thinkerview AlainChouet 35 ans de DGSE

[11] Appel d'un ex-soutien de Mélenchon à voter RN : le chef de file de LFI fustige un "traître"

[12] Présidentielle : "La colère de l'électorat de Jean-Luc Mélenchon vise d'abord Emmanuel Macron"

[13] Liste d'attaques terroristes d'extrême droite

 

Pour en savoir plus :

- Les classes populaires et la démocratie représentative en France : exit, voice ou loyalty ? Patrick Lehingue Dans Savoir/Agir 2015/1 (n° 31), pages 25 à 34 Source : cairn info

- Le référendum sur le projet de traité constitutionnel en 2005, puis le premier tour de l’élection présidentielle de 2007, ont semblé confirmer l’intérêt des classes populaires pour la politique

Le vote d’ouvriers et d’employés pour des candidats d’extrême droite : une problématique à ne pas esquiver
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19 avril 2022 2 19 /04 /avril /2022 21:29
L’union populaire : une stratégie globale

 

Le sociologue Didier Eribon, qui a soutenu la campagne de Jean-Luc Mélenchon, analyse les causes de la poussée de l’extrême droite, et les défis qui attendent La France insoumise pour reconstituer durablement une pensée de gauche.

 

 

Dans Retour à Reims (Fayard, 2009)[1], récemment adapté au cinéma par Jean-Gabriel Périot, le philosophe et sociologue Didier Eribon analyse, à travers le récit intime de sa famille, le glissement du vote de la classe ouvrière du communisme vers le Front national (FN), puis le Rassemblement national (RN). Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle, le 10 avril, confirme selon lui l’inscription dans le temps d’un « vote de classe » favorable à l’extrême droite.

Une partie des causes de ce basculement est à chercher dans la conversion au néolibéralisme du Parti socialiste (PS), qui a « créé de la colère, de l’abstention, et finalement le vote » des classes populaires qu’il devait représenter contre lui – c’était l’objet de son essai, D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française (Léo Scheer, 2007). Le score piteux du PS (1,75 %) marque à ce titre « l’aboutissement d’un processus entamé au début des années 1980 », et qui a abouti à l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, explique-t-il.

Il estime cependant que la dynamique de Jean-Luc Mélenchon[2] (qu’il a soutenu publiquement), plébiscité dans les quartiers populaires, peut être de nature à faire dérailler l’anéantissement « programmé » de la gauche.

 

Sources : Didier Eribon | mis à jour le 09/07/2022

- Le premier enseignement de ce premier tour de l’élection présidentielle, c’est que l’extrême droite obtient plus de 30 % des voix, et qu’elle s’installe pour la deuxième fois consécutive au deuxième tour de ce scrutin. Comment interprétez-vous ce phénomène structurant de la vie politique française ?

Didier Eribon : Je crois que malheureusement le vote à l’extrême droite est bien installé. Cela s’est produit progressivement, depuis le milieu des années 1980. Au départ, c’était en grande partie un vote de protestation. Quand j’ai demandé à ma mère pourquoi elle avait voté Le Pen pour la première fois, elle m’a dit : « Pour donner un coup de semonce ». La deuxième fois, c’était sans doute pour donner un deuxième coup de semonce. Et la troisième fois, cela devient le vote naturel qui a remplacé celui d’autrefois pour la gauche.

 

Cela signifie que c’est toute la perception du monde qui change. Les conversations quotidiennes, le rapport aux autres, aux partis politiques, à ses propres aspirations personnelles. Le vote n’est pas seulement un acte électoral.

 

C’est aussi une sorte de culture au sens très large du terme. Comme je le disais dans Retour à Reims, dans ma famille, on ne votait pas seulement pour le Parti communiste français (PCF) : c’était toute une culture qui allait avec. On parlait le langage du Parti communiste. Il y avait une culture communiste, qui s’est délitée, laissant les individus à l’état d’abandon politico-idéologique.

 

C’est, bien sûr, lié à la transformation du monde du travail. Quand ma mère était ouvrière, dans les années 1970 et 1980, aux Verreries mécaniques champenoises, il y avait 1 700 ouvriers, dont 500 étaient membres de la CGT. C’était une force mobilisable, et souvent mobilisée, une force collective considérable.

 

L’usine a fermé dans les années 1980. Les enfants et petits-enfants de ces ouvriers n’ont pas retrouvé de travail dans ce type d’usines, qui fermaient les unes après les autres.

 

Quand ils ne sont pas chômeurs, ou au RSA, ou occupant des emplois temporaires, ils travaillent maintenant beaucoup dans la logistique, dans les entrepôts d’Amazon. Or, si vous êtes livreur, que vous travaillez dans un entrepôt, où la syndicalisation est difficile et risquée, il est évident que vous n’avez plus le même rapport à la politique. Vous étiez une force collective, vous êtes devenu un individu isolé.

 

  • Les gens privés de cette culture politique, et du mode d’expression qu’elle leur conférait, se sont reconstitué individuellement et collectivement une autre culture et un autre moyen de s’exprimer : le vote pour le FN, puis le RN. Pour eux, c’est une manière de se constituer collectivement comme sujet politique.

 

C’est ainsi que Marine Le Pen obtient des scores impressionnants dans l’Aisne, le Pas-de-Calais, le Nord, la Moselle, la Meurthe-et-Moselle, etc., c’est-à-dire les anciens bastions ouvriers, miniers, qui avaient été les berceaux du mouvement ouvrier français, et qui sont désormais désindustrialisés, précarisés, désespérés.

 

Si c’est une autre forme de vote ouvrier, de vote des catégories populaires, on peut donc dire que c’est un vote de classe. Ce qui est inquiétant, c’est que ce vote de classe s’est durablement inscrit dans le paysage politique. Il faut alors essayer de comprendre pourquoi. Et on ne peut pas comprendre ce qui se passe si on ne fait pas l’histoire dans le temps long, en remontant à la fin des années 1970.

 

 

- Dans votre livre sorti en 2007, D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française, vous situez l’origine de ce que nous vivons au tournant idéologique effectué par le Parti socialiste (PS) dans les années 1980. Pensez-vous qu’avec le score réalisé par le PS à cette élection, 1,75 %, on est arrivés au bout de cette séquence politique ?

Didier Eribon : On assiste à l’aboutissement d’un processus entamé au début des années 1980. La démarche critique, politique et intellectuelle a certes reflué par des effets structuraux après l’effervescence des années 1960 et 1970. Mais il y a eu aussi une volonté intellectuelle mise en œuvre par des think tanks dont l’objectif explicite était de défaire tout ce qui faisait que la gauche était la gauche, en démantelant la pensée de gauche, la pensée critique : Foucault, Bourdieu, Derrida étaient – déjà ! – les cibles principales.

 

Des cénacles se sont créés, comme la fondation Saint-Simon, créée par François Furet, avec des universitaires, des patrons de l’industrie et de la banque comme Roger Fauroux, Jean Peyrelevade, des journalistes, etc.

 

Ils ont activement organisé ce basculement vers la droite du champ politico-intellectuel en combattant la pensée de gauche – François Furet n’avançait pas masqué, puisque sa référence était Raymond Aron. Le Parti socialiste (PS) a été l’un des acteurs et des vecteurs de ce glissement organisé vers la droite. Si vous remplacez la notion de classe sociale, l’idée de mobilisation sociale et l’idée pourtant élémentaire qu’un parti de gauche doit s’appuyer sur ces réalités et sur ces processus, et doit représenter les ouvriers, les précaires, les chômeurs, et porter leur voix dans l’espace public, si tout cela est ignoré, repoussé et combattu idéologiquement, qui va se reconnaître dans ces partis de gauche ?

 

Pierre Bourdieu m’avait dit au milieu des années 1990 : « Ce pur produit de l’ENA [École nationale d’administration] qu’est François Hollande, se faisant élire à Tulle, ça veut dire le FN à 20 % dans dix ans. »

 

  • Que des technocrates élus sous l’étiquette PS dans des régions ouvrières développent des politiques néolibérales destructrices pour les vies des gens qui les ont élus, cela crée de la colère, de l’abstention, et finalement le vote contre ces gens-là.

 

Si les partis de gauche ne représentent plus, ne soutiennent plus, ne se font plus les porte-voix des ouvriers, des précaires, dans la sphère publique, alors ceux qui sont ainsi abandonnés ne votent plus à gauche, ils s’abstiennent ou votent FN. J’ai observé comment quasiment toute ma famille est passée en moins de dix ans d’un vote communiste à un vote FN.

 

En écrivant Retour à Reims, je me suis aperçu, par exemple, que c’était devenu aussi naturel pour un de mes frères de voter FN que pour mes parents de voter communiste autrefois. Il n’y a pas eu de transmission d’héritage politique, si ce n’est un héritage de révolte, de colère contre la situation qui est faite aux subalternes, et du vote comme moyen collectif de protestation. Le contenu du vote a changé, mais le geste est le même.

 

  • Si la gauche avait été du côté de Bourdieu au moment de la grande grève de décembre 1995, et pas du côté des cénacles qui la dénonçaient et qui insultaient les grévistes et les intellectuels qui la soutenaient, si elle avait soutenu et représenté les mouvements sociaux au lieu de les combattre, nous n’en serions pas là.

 

Les journalistes ont aussi une part de responsabilité. Libération employait contre Bourdieu des vocables que ce journal n’employait même pas contre Le Pen. Dans The Class Ceiling : Why It Pays to Be Privileged, de Sam Friedman et Daniel Laurison, il y a un tableau qui montre que les professions dont l’accès est le plus réservé aux classes supérieures, c’est la médecine puis le journalisme. Cette homogénéité ne peut pas ne pas avoir de conséquences. Cela explique évidemment le soutien de la presse à Emmanuel Macron en 2017 : l’affinité des habitus l’emporte sur les différences de surface.

 

 

 

- Finalement, nous aurions pu vivre en France un scénario à l’italienne, c’est-à-dire une disparition de la gauche ?

Didier Eribon : C’était programmé, en effet. Le PS a renoncé depuis longtemps à faire vivre la pensée de gauche. À la parution de mon livre sur la révolution conservatrice, Christian Paul m’avait dit vouloir créer des ateliers pour réinventer cette pensée. Le premier invité était Alain Finkielkraut, et le deuxième était Marcel Gauchet. Réinventer la gauche avec des idéologues aussi réactionnaires ! Vous voyez où on en était.

 

Il est évident que quelque chose se jouait à ce moment-là. Le PS s’est de plus en plus dissocié à la fois des classes populaires d’un côté, et des intellectuels de gauche de l’autre. C’est devenu un parti d’énarques dont les références intellectuelles se situent très, très, très à droite.

 

Ça a commencé sous Jospin, et l’aboutissement de tous ces processus a été la présidence Hollande, élu contre Sarkozy. Son secrétaire général adjoint était Emmanuel Macron, devenu son ministre de l’économie.

 

Rétrospectivement, on se dit : si le ministre de l’économie d’un gouvernement qui se disait de gauche à ce moment-là était Emmanuel Macron, comment aurait-il pu être possible que les classes populaires se reconnaissent dans le PS ? Le divorce, qui était déjà bien entamé, allait devenir un gouffre. C’était évident. Hollande n’a même pas pu se représenter.

 

Puis la droite a soutenu Macron, aux côtés de tous les hiérarques socialistes, préoccupés par leurs postes : on a vu Olivier Véran et Muriel Pénicaud gouverner avec Bruno Le Maire et Gérald Darmanin. S’ils peuvent cohabiter dans un même gouvernement, c’est qu’ils pensent tout simplement la même chose. Ils sont les mêmes : des représentants des classes supérieures qui regardent le monde social d’en haut et imposent leurs décisions. Tout cela a provoqué chez les électeurs de gauche un sentiment profond de révolte, de fureur même…

 

  • L’effondrement du PS est l’aboutissement de cette droitisation. Et l’aboutissement logique de cette séquence, c’est Macron, l’enfant idéologique de François Hollande et de la technocratie néolibérale qu’il avait épousée en noces publiques en édictant la loi Travail, et autres mesures du même genre.

 

 

Macron est l’incarnation de cette séquence historique. Il n’a pas de talent particulier : il est un effet, un produit de ces processus historiques. Il n’y a plus besoin d’un PS néolibéral, oxymore qui se retrouve condensé dans sa personne. Et la vraie droite et la fausse gauche réunies dans leur programme commun.

 

C’était le projet de la fondation Saint-Simon dans les années 1980. Réunir droite et gauche au « centre », ce qui veut dire à droite.

Au fond, Furet et Rosanvallon étaient les prédécesseurs de Blanquer et Vidal, avec leur assaut contre la pensée critique, qui représentait à leurs yeux une menace pour la « cohésion sociale », le « pacte social », la « rationalité gouvernementale », la « modernité économique », et toutes ces notions qui ressortissent à une perception bourgeoise, conservatrice et autoritaire de la vie politique. Bourdieu était leur cible principale. On voit aujourd’hui le beau résultat de leurs agissements délétères.

 

 

 

- Jean-Luc Mélenchon a-t-il réussi à faire dérailler durablement ce scénario à l’italienne programmé depuis les années 1980 ? Est-il de nature à desserrer l’étau qui nous enferme dans l’alternative entre l’extrême droite et l’extrême libéralisme de Macron ?

Didier Eribon : C’est l’autre phénomène le plus frappant de cette élection de 2022 : la dynamique qu’a su créer Jean-Luc Mélenchon en mobilisant les énergies à gauche, sur un programme élaboré. Ce succès est insuffisant, mais tout de même incroyable. Il faut s’interroger sur ce que ça peut signifier pour les possibilités futures de recréer une dynamique de gauche.

 

Sartre dit, dans un entretien, qu’il y avait une puissante force collective de transformation sociale en mai 1968, qui s’est effondrée quand chacun s’est retrouvé dans l’isoloir, le 30 juin. Le régime gaulliste a été sauvé par les votes des millions de travailleurs dont les grèves l’avaient si brutalement ébranlé.

 

Au fond, le PS des années 1980, 1990, 2000 a rêvé, comme la droite, d’un 30 juin permanent, c’est-à-dire de la fin de la protestation sociale et la soumission des gouvernés aux décisions des gouvernants. Ce à quoi il est urgent et nécessaire d’opposer un « Mai 68 » permanent ou en tout cas un « esprit de 68 ».

 

Je pense que les mouvements sociaux de ces dernières années ont réinventé une dimension collective de la perception de soi. La violence de la répression subie par ces mouvements a accentué cette dimension collective. Et, cette fois-ci, Mélenchon a su faire passer l’idée qu’une dynamique de gauche était encore possible dans les manifestations, mais aussi à travers le vote, pensé comme un acte de regroupement, de reconstitution d’une force qui va compter, qui va peser. On n’est plus les objets de la décision politique, on redevient des sujets.

 

Olivier Masclet a écrit un livre important sur la manière dont la gauche n’a jamais su s’intéresser aux énergies dans les quartiers populaires (La gauche et les cités. Enquête sur un rendez-vous manqué, 2006 – ndlr[3]). La gauche a méprisé, oublié les habitants de ces quartiers. Ils ne vont plus voter. Mélenchon a su les respecter, les défendre, les soutenir et leur faire considérer qu’ils pouvaient se faire entendre dans l’espace public par le moyen de leur vote.

 

On voit ce qui s’est passé à Marseille, à Roubaix, ou en Seine-Saint-Denis : une bonne partie du vote des quartiers populaires s’est portée sur son nom. Il a mobilisé un électorat qui ne votait plus. Mélenchon, malgré toutes les critiques que je peux lui faire, a réussi à recréer une dynamique de gauche.

 

 

- Mais est-ce durable ? Mélenchon a fait des scores importants dans l’ancienne ceinture rouge de la banlieue parisienne, où le PCF n’existe plus. Mais La France insoumise (LFI) n’a pas les structures partisanes du PCF de la grande époque…

Didier Eribon : Il est entouré d’une équipe de gens très talentueux, dont j’admire le travail et l’engagement. Maintenant, il est vrai qu’ils n’ont pas beaucoup de mairies, ni d’implantation dans des structures stables comme le PCF ou le PS, dans les régions ouvrières du Nord, en avaient autrefois. J’imagine que les Insoumis s’en préoccupent. À lire aussi Jean-Luc Mélenchon a rassemblé plus de 22 % des suffrages au niveau national et réalisé une percée spectaculaire dans les grandes villes et les banlieues alentour[4].

 

Quand le meeting, la manifestation, l’élection s’arrêtent, il faut faire perdurer la mobilisation dans le « pratico-inerte », selon le mot de Sartre, rappelé par Geoffroy de Lagasnerie dans Sortir de notre impuissance politique : c’est-à-dire dans la vie quotidienne, sur les lieux de travail, dans les quartiers, etc.

 

Ce n’est pas simple. Et je ne donne pas de leçons. Je sais que cela ne se décrète pas. Il faut aussi que des gens le veuillent et le puissent, alors qu’ils ont des préoccupations quotidiennes plus urgentes. Le vote ouvrier (blanc et non diplômé) du Nord et de l’Est est d’ailleurs allé globalement davantage à Marine Le Pen, alors que celui des jeunes urbains des villes universitaires (Nantes, Grenoble…) est allé à Mélenchon. Ce sont des blocs importants, dans les deux cas, la question étant pour la gauche de savoir comment les rapprocher, les réconcilier.

 

 

 

- Cette composition de son électorat ne donne-t-elle pas finalement raison au rapport de Terra Nova sorti en 2011 (« Gauche : quelle majorité électorale pour 2012[5] »), dans lequel on lisait : « La classe ouvrière n’est plus le cœur du vote de gauche, elle n’est plus en phase avec l’ensemble de ses valeurs. » L’électorat de Mélenchon, urbain, jeune, diplômé, ne confirme-t-il pas ce rapport, malgré lui ?

Didier Eribon : Pour moi, ça ne donne pas du tout raison à Terra Nova, car leur rapport concluait qu’il ne faut plus s’occuper des classes populaires, qu’elles seraient définitivement perdues. Si vous voulez seulement vous occuper du féminisme, de l’écologie et du mouvement LGBT (et je n’ai pas besoin de préciser à quel point ces mouvements sont importants à mes yeux), délaissant les questions sociales, vous laissez des pans entiers de la société en déshérence politique, sans cadre pour se penser, et qui finissent par voter FN, ou qui continueront à le faire...

 

Ce rapport était un signe supplémentaire que la bourgeoisie socialiste cherchait à justifier son effacement des questions ouvrières. David Gaborieau, un sociologue qui travaille sur les métiers de la logistique et les entrepôts d’Amazon, montre bien qu’il y a une classe ouvrière nouvelle, qui ne ressemble pas à celle des années 1950 ou 1960.

 

Il suffit de voir le film de Ken Loach, Sorry We Missed You, pour le comprendre. La classe ouvrière aujourd’hui, c’est, pour une bonne part, le livreur Amazon et l’aide à domicile. Mais sans la grande usine, comment se mobiliser ? Il n’y a plus de lieu où peut se créer la solidarité de classe.

 

  • Au lieu de les effacer du paysage intellectuel et organisationnel de la gauche, il faut au contraire les y intégrer en multipliant et renforçant les organisations syndicales et politiques qui offrent à cette nouvelle classe ouvrière les moyens de se penser comme sujet politique collectif.

 

 

- Vous plaidez pour le retour d’un discours de classe ?

Didier Eribon : La classe ouvrière est une réalité économique et objective. Mais c’est aussi une production discursive performative. Il y a des classes sociales, parce que Marx a dit qu’il y avait des classes, et la théorie, en proposant une perception du monde, façonne la réalité et notamment celle des luttes.

 

Il faut repenser, retravailler ces cadres théoriques qu’on ne peut jamais tenir pour acquis et définitifs. La réalité change. La théorie doit changer. La grande tâche de LFI est d’élaborer un tel cadre théorique, qui donne un cadre politique pour se penser soi-même comme une force collective de gauche.

 

Quand le PCF faisait ses meilleurs scores (plus de 20 % des voix), c’étaient à peu près 30 % à 40 % des ouvriers qui votaient pour lui, et les autres, c’étaient des enseignants, des employés, le monde de la culture, etc... Pourtant, ce parti se présentait comme le parti de la classe ouvrière et, d’une certaine manière, il l’était effectivement. Il l’était pour mes parents, ma famille, des millions d’autres, même si de nombreux ouvriers votaient à droite.

 

Le cadre discursif produit performativement le creuset, le foyer politique, dans lequel un « bloc », pour parler comme Gramsci, constitué de catégories différentes, peut s’agréger.

 

Et je ne pense pas que le concept central puisse en être la notion de « peuple ». Je n’adhère pas à l’idée d’un « populisme de gauche », même dans la version éminemment sophistiquée et séduisante qu’en propose mon amie Chantal Mouffe.

 

L’idée de « peuple » ne peut pas venir remplacer l’idée de classe, même s’il s’agit d’articuler les « équivalences » entre différents mouvements – classe, genre, race, écologie... La notion de « peuple » peut paraître combler les manques de la notion de classe mais elle revient à dire qu’une demande sociale ne devient politique que si elle se réfère à une notion commune de « peuple » et se transcende dans cette notion.

 

Il me semble qu’il faut au contraire penser la multiplicité, la spécificité et l’autonomie des mouvements, chacun ayant ses traditions, ses revendications, ses formes d’organisation, ses divergences internes… Disons que ce serait déployer une activité critique généralisée, tant théorique que pratique, pour défaire les différentes formes instituées de pouvoir et de domination.

 

La notion de « peuple » construit la politique en référence à une identité fictive, alors que, selon moi, il faut ancrer la politique dans les expériences et les identités vécues, les oppressions concrètes…. Et il incombe aux organisations politiques telles que LFI d’essayer de « travailler avec » tous ces mouvements pour proposer des débouchés politiques effectifs. Cela s’appelle la gauche. Une démarche de gauche.

 

 

- À l’aune de la campagne de Mélenchon en 2022, peut-on dire que le « moment populiste » de 2017 est terminé ?

Didier Eribon : Je ne sais pas. Il peut prendre d’autres formes. Ou resurgir plus tard ou ailleurs. Et cela peut toujours avoir des effets mobilisateurs. Mais l’essentiel pour moi n’est pas là. Je crois qu’opposer le « peuple » à la « caste », ou à l’ « oligarchie », n’est pas une stratégie pertinente ni viable à long terme.

 

On voit ce que ça a produit en Espagne, où les fascistes de Vox sont à 18 %, en prétendant défendre le « peuple », et Podemos à 10 ou 11 %. L’idée de peuple est dangereuse à manipuler. Marine Le Pen peut très bien elle aussi opposer le « peuple » à « l’oligarchie ». Si « peuple » est un « signifiant vide », comme le disent Laclau et Mouffe, on peut hélas y mettre ce qu’on veut, et cela ne correspond pas toujours aux souhaits agréables de ces deux auteurs.

 

Il est plus difficile pour l’extrême droite de se réclamer d’une idée de « classe ouvrière » organisée, de mobilisations sociales ancrées dans une perspective de justice sociale, de solidarité collective, de protection sociale, d’égalité, de développement des droits sociaux…

 

Un des défis de LFI est de construire un cadre qui puisse rendre compte des transformations de la classe ouvrière : la précarisation, le chômage… Comment s’adresser au père ou à la mère d’Édouard Louis, qui sont au RSA et qu’on menace de radier s’ils ne reprennent pas un travail, alors qu’ils ont le dos brisé, les articulations usées, et qui ont souvent voté FN ? Il faut justement leur donner un moyen de s’exprimer qui ne passe pas par le vote Le Pen. Un programme social comme celui de LFI (l'Avenir en Commun[6])peut contribuer à ce changement.

 

Je suis frappé quand on dit de Mélenchon qu’il est de gauche radicale. Mélenchon a un projet social-démocrate classique. Dans " L’Esprit de 45[7] ", Ken Loach montre bien ce qu’était le projet des travaillistes britanniques après la Deuxième Guerre mondiale : création de services publics dans tous les secteurs, nationalisations… C’est ce projet, largement réalisé, que la droite s’est acharnée à détruire par la suite avec le thatchérisme, et qu’aujourd’hui on considérerait comme extrémiste, quasiment soviétique.

 

  • Mélenchon ne pourrait même pas envisager d’aller si loin. Celui qui a un programme extrémiste, c’est Macron, il est du côté du thatchérisme, de la violence sociale du néolibéralisme.

 

 

- L’électorat de Mélenchon se divise sur l’attitude à avoir au deuxième tour. Il a donné pour consigne de ne pas donner une seule voix à l’extrême droite, mais ça ne suffira peut-être pas…

Didier Eribon : Tous mes amis ont voté pour Mélenchon et, évidemment, personne ne songe, même une seule seconde, à voter Marine Le Pen. Cela va de soi. Certains vont se résigner à voter Macron, malgré le dégoût profond qu’il leur inspire…

 

Mais nous ne sommes pas représentatifs de l’électorat de Mélenchon, et il est possible que la colère contre Macron soit si forte que certains dans d’autres catégories sociales soient prêts à faire n’importe quoi pour le lui faire savoir.

 

 

Plusieurs de mes amis vont s’abstenir. Et c’est ce que je vais faire aussi. Il m’est difficile de voter pour quelqu’un qui, à chaque fois que j’ai voulu exprimer mon opinion, m’a envoyé la police la plus violemment répressive, m’a asphyxié dans des nuages de gaz lacrymogène, a terrorisé des gens pour qu’ils ne manifestent plus. Selon l’Observatoire des street-médics[8], il y a eu 28 000 blessés dans les manifestations entre fin 2018 et début 2020. Le bilan du macronisme est effarant.

 

Et puis, il ne faut pas inverser les responsabilités. J’ai soutenu les grèves de 1995, j’ai manifesté contre la loi Travail, contre les réformes des retraites, j’ai soutenu l’hôpital public, j’ai prévenu que la destruction des services publics et l’appauvrissement et la précarisation des plus pauvres allaient faire monter l’extrême droite.

 

Depuis 30 ans, je « fais barrage ». J’ai écrit avant le premier tour de 2017 que voter Macron aurait pour résultat inéluctable de faire monter Le Pen. J’avais raison. Ceux qui nous ont combattus, insultés, réprimés sont les responsables de la situation actuelle. Les responsables, ce sont ceux qui ont installé le macronisme, soutenu cette politique ! Pas moi !

 

J’ajoute que ceux qui voulaient faire barrage à Marine Le Pen avaient un moyen très simple : voter pour Mélenchon au premier tour. Il lui a manqué un point. Et je n’oublie pas que ceux qui viennent donner des leçons aujourd’hui allaient jusqu’à proclamer que, en cas de deuxième tour entre Mélenchon et Le Pen, ils s’abstiendraient, ou même iraient jusqu’à voter Le Pen. Je n’invente rien !

 

  • Et ils viennent nous dire désormais que s’abstenir, c’est être complice de Le Pen, alors qu’ils étaient prêts à voter pour elle, il y a encore quelques jours ? On croit rêver.

- La possible victoire de Marine Le Pen, alors qu’on sait ce qu’elle ferait si elle arrivait au pouvoir, ne vous oblige-t-elle pas, justement, à faire barrage malgré tout ?

Didier Eribon : Je pense vraiment qu’il y a fort peu de chances pour que Le Pen puisse gagner cette élection. Le risque est très faible, quasiment inexistant. On essaie de nous faire peur pour augmenter le score de Macron afin qu’il puisse ensuite affirmer que son projet a été soutenu par un grand nombre d’électeurs.

 

Et dès qu’il sera élu, il reprendra sa politique de démolition, et accueillera tous ceux qui voudront protester avec des charges policières, des grenades lacrymogènes, des « balles de défense », provoquant à nouveau blessures et mutilations.

 

  • Ce n’est donc pas seulement que je ne veux pas voter pour Macron, c’est que je ne peux pas. La politique de classe qu’il incarne me révulse. Il a fait barrage aux mouvement sociaux, aux revendications syndicales, aux demandes sociales.
  • Il a fait barrage aux libertés publiques, à la démocratie. Il nous dit qu’il va changer, qu’il va écouter, mais c’est évidemment une obscène plaisanterie. Comment pourrait-il changer ?
  • Non, sauf dans le cas tout à fait improbable où les sondages indiqueraient qu’il existe un danger réel, je ne voterai pas pour lui.

 

 

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- François Ruffin, député France insoumise

Les campagnes de la Somme ont voté, hors Amiens, à 61% pour Marine Le Pen. Alors, on fait quoi ? On les abandonne au RN ? Non, on relève le gant, ici et ailleurs. Sur le papier, électoralement, je suis mort ! Et pourtant, on va ressusciter, et pourtant, à la fin, c'est nous qu'on va gagner !

 

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12 novembre 2021 5 12 /11 /novembre /2021 18:57
L’Outsider. — « Abécédaire de drapeaux français », 2017

L’Outsider. — « Abécédaire de drapeaux français », 2017

" Préférence nationale " : une escroquerie démagogique récurrente.

 

Le mot d’ordre de la « préférence nationale » fait parti depuis fort longtemps, du fonds de commerce électoral de l’extrême droite. On peut être étonné que malgré son obsolescence, un tel slogan soit encore crédible pour une part de la population. Mais un nouveau thème de remplacement apparaît. La préférence civilisationnelle.

À six mois de l’élection présidentielle en France, l’extrême droite monopolise la scène médiatique et politique. Ses deux candidats potentiels, Mme Marine Le Pen et l’éditorialiste xénophobe Éric Zemmour, totalisent 35 % des intentions de vote dans les sondages — une situation inédite. Profitant de l’atonie et de la dispersion des forces de gauche, ils imposent leurs thèmes. Parmi ceux-ci, entre le « grand remplacement[1] » et la menace islamiste, la préférence nationale occupe une place de choix.

 

Sources : Benoît Bréville | 

- Petit rappel

Article 1 de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789[2]

 

" Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. "

 

" Préférence nationale ", un remède de charlatan !

 

 

- Elle réapparaît subitement sitôt qu’une élection approche.

Elle est la clé de voûte de tous les programmes d’extrême droite ; la pierre philosophale qui doit redonner au pays son lustre d’antan ; la mesure supposée tout résoudre, du chômage au déficit public, du mal-logement à la crise migratoire, de la délinquance au problème des retraites. Cette solution miraculeuse tient en deux mots : « préférence nationale ».

 

Outre sa concision, le concept présente l’avantage de se décliner à toutes les sauces sans nécessiter de trésors argumentatifs, en jouant sur le réflexe chauvin qui se développe en temps de crise, quand les ressources se raréfient.

  • Le logement social ? « Étant financé par les Français, il est logique qu’il soit attribué prioritairement aux Français », énonce ainsi Mme Marine Le Pen, la candidate du Rassemblement national (RN) au scrutin présidentiel de 2022[3] ;
  • Les allocations familiales ? « 43 % des allocataires de la CAF — allocations familiales et allocations logement — sont nés à l’étranger », s’étrangle l’éditorialiste Éric Zemmour, qui prône donc la « préférence nationale » afin de mettre fin à cette « folie française »[4] ;
  • L’emploi ? Il faut « faire travailler en France des Français pour produire français », professe encore M. Florian Philippot, le chef du parti Les Patriotes[5] ;
  • Grâce à sa plasticité et à son aspect rudimentaire, la mesure se convertit aisément pour le Front national (FN, devenu Rassemblement national) en slogans de campagne. Présidentielle : « Défendre les Français » (1974). Législative : « Les Français d’abord. Un million de chômeurs, c’est un million d’immigrés en trop » (1978). Référendaire : « Produisons français avec des Français » (1992). Européenne : « Formation, boulot, logement : priorité pour toi chez toi » (2009). Municipale : « Les Français premiers servis » (2010)…

 

 

- Panacée pour l’extrême droite, la préférence nationale fait l’objet d’un vif rejet sur le reste de l’échiquier politique.

Beaucoup l’érigent même en repoussoir absolu, en ligne rouge qui séparerait le « camp républicain » et les ennemis de la démocratie, les défenseurs des droits humains et les nostalgiques des « heures sombres de l’histoire ». La Constitution ne garantit-elle pas l’égalité des droits et de l’accès à l’emploi sans distinction d’origine ? La France, qui prohibe toute discrimination et défend l’universalité du service public, ne saurait admettre la préférence nationale. Au passage, cette frontière permet d’absoudre tous ceux qui sont du bon côté : ils peuvent s’en donner à cœur joie sur l’immigration, ils restent dans le camp des gentils humanistes du moment qu’ils refusent la préférence nationale.

 

Ainsi, Mme Valérie Pécresse (Les Républicains) promet d’instaurer des quotas de migrants, d’affréter des « charters d’éloignement », de placer les demandeurs d’asile dans des « centres dédiés », de restreindre l’aide médicale d’État aux seuls soins urgents et maladies contagieuses… Mais, quand on lui demande ce qui distingue son projet et celui de Mme Le Pen, elle s’offusque : « Elle, elle dit “ préférence nationale ”. Moi, je ne ferai jamais ça[6]. » Après la « savonnette à vilain » de l’Ancien Régime, sobriquet donné aux charges que les roturiers achetaient pour s’anoblir, voici la « savonnette républicaine », qui lave les soupçons de dérive xénophobe.

 

 

- La notion fut pourtant théorisée au milieu des années 1980 par un haut fonctionnaire que le très respecté Institut d’études politiques de Paris n’avait pas hésité à embaucher comme maître de conférences.

Inspecteur général de l’administration, cofondateur du Club de l’Horloge — un cercle de réflexion fondé en 1974 par de jeunes élèves de l’École nationale d’administration (ENA), dont beaucoup passeront au FN dans les années 1980 et qui se réclame du national-libéralisme —, M. Jean-Yves Le Gallou est encore membre de l’Union pour la démocratie française (UDF) quand il publie en 1985 " La Préférence nationale : réponse à l’immigration " (Albin Michel), en réaction à l’ouvrage du député Bernard Stasi " L’Immigration, une chance pour la France " (Robert Laffont, 1984) — il ne prend sa carte au FN que quelques mois plus tard. Son livre, construit comme un rapport d’énarque, avec statistiques et références législatives à en donner le tournis, dresse un tableau apocalyptique de la France, tout à la fois menacée par l’islam, l’invasion migratoire, l’insécurité, la banqueroute. Seule la préférence nationale peut sortir le pays de l’ornière. Car, en excluant les étrangers des aides sociales et des logements publics, explique M. Le Gallou, l’État fera des économies considérables, ce qui réduira son déficit. Du même coup, la France perdra de son attrait pour les migrants, qui resteront chez eux ou choisiront une autre destination, débarrassant ainsi le pays de potentiels fauteurs de troubles. Et ceux qui sont déjà là, désormais dépourvus d’emplois car frappés par la préférence nationale, seront poussés à quitter l’Hexagone... Voilà pour la théorie.

 

Un principe déjà appliqué : faute d’accéder au pouvoir, le FN n’a heureusement jamais pu appliquer ce programme. Il a bien tenté de trouver une autre voie, en passant par ses mairies, mais il s’est alors heurté à des obstacles juridiques. Comme à Vitrolles en 1998, quand la maire Catherine Mégret a voulu créer une « allocation municipale de naissance » réservée aux familles françaises : la mesure fut retoquée trois mois plus tard par le tribunal administratif de Marseille[7].

 

 

- Pourtant, à y regarder de plus près, ce principe s’applique déjà dans de nombreux domaines.

  • Les étrangers extracommunautaires ne peuvent être recrutés dans la fonction publique — sauf en cas de pénurie, auquel cas un anesthésiste tunisien fait très bien l’affaire —, tandis que les postes dits « de souveraineté » (police, justice, défense, diplomatie…) sont strictement réservés aux titulaires de la nationalité française. Au total, selon l’Observatoire des inégalités, plus de cinq millions d’emplois demeurent inaccessibles aux étrangers non européens, soit plus d’un emploi sur cinq[8], y compris dans le secteur privé, où perdurent une cinquantaine de restrictions, en particulier pour les professions libérales, cadenassées depuis les années 1930.

 

À l’époque, l’afflux de réfugiés issus de milieux intellectuels inquiète les classes supérieures, qui craignent une concurrence étrangère dont elles étaient jusque-là protégées. Avocats, médecins, notaires, experts-comptables, architectes, pharmaciens, vétérinaires, huissiers, commissaires-priseurs, géomètres experts…, tous se mobilisent pour obtenir la sanctuarisation de leur métier. Les parlementaires se montrent très réceptifs : en plus de la nationalité française, un diplôme hexagonal sera exigé, excluant de fait de nombreux Français naturalisés. Si les conditions ont été légèrement assouplies depuis, ces professions demeurent soumises à d’importantes restrictions pour les étrangers. Héritage du corporatisme des années 1930, ces discriminations ne répondent généralement à aucun impératif particulier. La France ne fut pas déstabilisée en 1971 par la suppression de la condition de nationalité encadrant la fonction d’expert auprès des tribunaux ; ni, en 1985, quand le métier de masseur-kinésithérapeute s’ouvrit aux étrangers[9]. Mais, quand il s’agit de protéger leurs emplois, les classes supérieures s’accommodent très bien de la préférence nationale.

 

  • L’accès aux aides sociales connaît lui aussi diverses limitations. N’en déplaise à Mme Le Pen et à Éric Zemmour, il ne suffit pas de poser le pied en France pour y toucher le minimum vieillesse, les allocations familiales ou le revenu de solidarité active (RSA). L’obtention de ces prestations, un chemin de croix, nécessite de répondre à plusieurs critères qui sont autant de manières d’exclure certains étrangers. La « régularité du séjour », par exemple, une condition que la loi Pasqua de 1993 a généralisée à l’ensemble de la protection sociale[10] : pour bénéficier d’une aide de l’État, un étranger doit disposer de papiers en règle. Cela semble couler de source. Pourtant, comme le souligne l’économiste Antoine Math, « il existe autant de définitions de la régularité de séjour et de listes différentes de titres de séjour que de prestations sociales. Et plus la condition de régularité de séjour pour l’accès à une prestation est délimitée de façon étroite, plus le nombre d’étrangers en situation régulière n’ayant pas le “bon” titre pour être éligible à la prestation sera important [11] ».

 

  • Autre critère d’exclusion particulièrement efficace, la condition d’« ancienneté de résidence » impose d’habiter en France depuis un certain temps pour bénéficier d’une allocation. Là encore, rien d’illogique. Sauf que le « certain temps » est totalement arbitraire, que les législateurs peuvent l’allonger à discrétion, et qu’ils ne s’en privent pas. Alors qu’il fallait jadis résider en France depuis trois ans pour toucher le revenu minimum d’insertion (RMI), il faut justifier de cinq ans pour prétendre au RSA, son équivalent moderne. Il fut un temps où un étranger pouvait toucher l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA, ou minimum vieillesse) sitôt qu’il vivait en France depuis un an. La barre est passée à trois ans en 2006, puis à dix ans en 2011. Et rien n’empêchera un jour de la placer à vingt ans, ou trente ans. De la préférence nationale ? Pensez-vous !

 

 

- Mais puisque la France connaît ainsi des formes déguisées de « patriotisme social », selon la formule euphémisée qu’affectionne Mme Le Pen, un constat pourrait s’imposer : l’idée n’a rien du remède miracle vanté par ses promoteurs.

Le durcissement continu de l’accès aux prestations sociales n’a eu aucun effet sur le volume des flux migratoires car, comme le savent les spécialistes des migrations, les déplacements de population sont essentiellement déterminés par les raisons de partir de chez soi (facteurs de push), tandis que celles d’aller vers une destination (facteurs de pull) jouent surtout pour les migrants très qualifiés, qui font le voyage pour un poste précis ou pour une place dans une université — les médias parlent alors d’« expatriés ». Ainsi, un pays au système social peu généreux comme les États-Unis n’en voit pas moins arriver chaque année des centaines de milliers d’étrangers[12] ; et personne ne quitte famille et amis pour s’installer en France dans l’espoir de toucher l’aide personnalisée au logement (APL). Reposant sur un mythe — l’étranger chasseur d’allocations —, la préférence nationale ne saurait déterminer les flux migratoires.

 

 

- « Respecter notre civilisation » Jouant quant à elle sur le stéréotype du voleur d’emploi, la priorité à l’embauche peut même avoir des effets contre-productifs.

Si la France s’y est timidement essayée à la fin du XIXe siècle, avec les décrets Millerand d’août 1899 réglementant le recrutement des étrangers employés dans les entreprises de travaux publics, c’est avec la crise des années 1930 que s’imposent des formes officielles de préférence nationale pour l’emploi. Tandis que le chômage augmente, de nombreux ouvriers autochtones « ressentent comme une injustice impardonnable le fait que les Français soient au chômage alors que des étrangers travaillent », écrit l’historienne Claudine Pierre[13]. Des rixes éclatent dans les usines, des lettres et des pétitions sont envoyées aux élus pour réclamer le renvoi des étrangers. En réponse, le 10 août 1932, le gouvernement radical d’Édouard Herriot fait passer une loi « protégeant la main-d’œuvre nationale », qui ouvre la voie à des quotas d’étrangers par entreprise ou par secteur. Dans les secteurs frappés par la crise, les patrons licencient prioritairement les étrangers. En cinq ans, des centaines de milliers de Polonais, d’Italiens, de Belges, désormais dépourvus de contrat de travail, doivent rentrer au pays.

 

 

- Pourtant, le chômage continue d’augmenter, et la fièvre nationaliste ne s’estompe pas.

Privées de leurs travailleurs étrangers corvéables à merci, certaines entreprises voient leurs coûts augmenter et plongent encore davantage dans la crise. « Avec le chômage, alors même que leurs bénéfices s’effondrent, les maîtres des forges doivent donc faire face à des dépenses d’entretien de la force de travail plus lourdes, constate l’historien Gérard Noiriel dans son étude sur Longwy[14]. La “solution” consistant à renvoyer les immigrés célibataires aggrave le problème, car les patrons se privent ainsi des avantages que représentait la mobilité d’une partie importante de la main-d’œuvre. » De plus, une fois les étrangers partis, les nationaux ne se sont pas pressés pour se faire embaucher dans les hauts-fourneaux, des emplois dangereux, mal payés, éreintants. Dans la Lorraine des années 1930 comme dans la France contemporaine, la main-d’œuvre immigrée ne vient pas remplacer les travailleurs nationaux : elle occupe les emplois que ces derniers délaissent, parce que trop peu attractifs. Hier dans les mines ou la sidérurgie ; aujourd’hui dans la restauration, le nettoyage, les services à la personne ou le bâtiment, des secteurs qui manquent de personnel et doivent recourir à une main-d’œuvre étrangère.

 

Quand, durant le confinement du printemps 2020, les saisonniers marocains et roumains n’ont pu se rendre en France pour participer aux récoltes[15], les nationaux ne se sont pas bousculés pour venir les remplacer, malgré les appels répétés du gouvernement.

 

 

- Le théoricien de la préférence nationale, M. Le Gallou, a lui-même abandonné son concept au profit d’une nouvelle idée : la préférence de civilisation, ou préférence européenne[16]

 « La préférence nationale était nécessaire il y a trente ans, la préférence de civilisation est une exigence absolue aujourd’hui », concluait-il, dès 2016[17]. Car la guerre ne serait plus tant économique que culturelle, et l’ennemi peut parfaitement posséder un passeport français : « Nous sommes du côté des bâtisseurs des cercles mégalithiques, des temples grecs, des oppida celtes, des églises romanes, des cathédrales gothiques, des palais Renaissance, des châteaux classiques, des édifices Art nouveau, poursuit M. Le Gallou. (…) Il s’agit d’affirmer notre volonté de respecter notre civilisation, d’en reprendre et d’en enrichir les traditions et de les transmettre à nos descendants. Bref de refuser la table rase et le grand remplacement génocidaire. » Éric Zemmour a trouvé son premier ministre…

 

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- Texte connexe (Benoît Bréville)

📌 Faire dire aux chiffres ce qu’ils ne disent pas[18] : 

  • L’ouvrage de Charles Prats Cartel des fraudes[19] sert de Bible à Éric Zemmour et à Mme Marine Le Pen, qui y trouvent les chiffres propres à alimenter leur discours sur la préférence nationale. C’est là, par exemple, que l’éditorialiste a repéré son leitmotiv : « 43 % des allocataires de la Caisse d’allocations familiales sont nés à l’étranger. » Une statistique trompeuse, puisqu’elle rapporte le nombre d’individus nés à l’étranger ayant des droits ouverts aux prestations familiales (5,3 millions) au nombre de foyers allocataires (12,7 millions), lesquels comptent souvent plusieurs individus ;

 

  • Les « décodeurs » et « fact-checkeurs » peuvent bien démonter la supercherie, l’important est d’empiler toujours plus de chiffres en les enrobant de propos alarmistes. À cause de l’aide médicale d’État (AME), accordée aux étrangers en situation irrégulière, « l’hôpital est assiégé par une population venue du monde entier », explique ainsi M. Zemmour. L’AME représente 990 millions d’euros par an, 0,5 % des dépenses de l’assurance-maladie. En 2019, les hôpitaux de Marseille ont accueilli 2 513 bénéficiaires de cette aide et les hospices civils de Lyon, 905[20], soit une moyenne d’un tous les cinq jours dans chacun des treize établissements. Pas vraiment un état de siège.

 

  • Autre exemple : selon Mme Le Pen, les logements sociaux seraient « massivement » attribués aux étrangers ; il y aurait même en ce domaine une « préférence étrangère ». « Les ménages immigrés sont deux fois plus souvent locataires de HLM [habitations à loyer modéré] que les autres », affirme-t-elle encore. En 2015[21], les étrangers constituaient 22,3 % des demandes de logements sociaux, mais seulement 16,8 % de ceux qui avaient reçu une réponse positive. Et, si 34 % des ménages dont la personne de référence est née à l’étranger vivaient alors dans un logement social (contre 16 % pour celles nées en France), c’est tout simplement parce qu’ils répondent fort bien aux critères d’attribution : les immigrés vivent davantage dans des logements insalubres, surpeuplés, ils sont plus souvent expulsés sans solution de relogement, ils disposent de plus faibles revenus que les autres… Insalubrité de l’habitat, expulsion des locataires, pauvreté des habitants : trois domaines où règne une « préférence étrangère »

 

Notes

[1] D'hier à aujourd'hui : la thèse du « grand remplacement »

[2] Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789

[3] Le logement social "financé par les Français"? L'affirmation inexacte de Marine Le Pen

[4] E. Zemmour : « 43% des allocataires de la CAF sont nés à l’étranger, il faut de la préférence nationale partout »

[5] 2 févr. 2017 — Florian Philippot expliquait ainsi sur Radio Classique jeudi matin qu'il souhaitait «faire travailler en France des Français pour produire Français

[6] Présidentielle 2022 : Valérie Pécresse abat ses cartes sur l'immigration

[7] Vitrolle: le tribunal interdit la "préférence nationale"

[8] « Cinq millions d’emplois demeurent fermés aux étrangers non européens », Observatoire des inégalités, Paris, 19 août 2019.

[9Antoine Math et Alexis Spire, « Des emplois réservés aux nationaux ? Dispositions légales et discriminations dans l’accès à l’emploi », Informations sociales, n° 78, Paris, 1999.

[10] La loi du 24 août 1993, dite « loi Pasqua », a opéré un tournant majeur dans l'accès aux soins des étrangers en subordonnant le droit à l'assurance maladie à la régularité du séjour du bénéficiaire, introduisant ainsi une discrimination entre Français et étrangers dans l'accès au service public de santé.

[11Antoine Math, « Minima sociaux : nouvelle préférence nationale ? », Plein Droit, n° 90, Paris, octobre 2011

[12] Ex, en 2019, les États-Unis sont restés le premier pays de destination (50,7 millions de migrants internationaux) page 23.

[13] Claudine Pierre, « Les socialistes, les communistes et la protection de la main-d’œuvre française (1931-1932) », Revue européenne des migrations internationales, vol. 15, n° 3, Poitiers, 1999.

[14Gérard Noiriel, Immigrés et prolétaires. Longwy, 1880-1980, Agone, Marseille, 2019 (1re éd. :1984).

[15La Covid-19 révèle la dépendance de l'agriculture à la main-d'œuvre étrangère

[16Cf. notamment Jean-Yves Le Gallou, Européen d’abord. Essai sur la préférence européenne, Via Romana, Versailles, 2018.

[17Conclusion du colloque « Face à l’assaut migratoire, le réveil de la conscience européenne », Iliade-Institut pour la longue mémoire européenne, Paris, 9 avril 2016.

[18] Faire dire aux chiffres ce qu’ils ne disent pas !

[19] Le cartel des fraudes : les révélations d'un magistrat français

[20« Les hôpitaux “assiégés” par les étrangers bénéficiant de l’AME ? », Le Quotidien du médecin, 18 octobre 2021.

[21] Derniers chiffres disponibles. La dernière « Enquête logement » de l’Insee (2017) repose sur des données de 2013. La prochaine est annoncée en 2022 ou 2023. Cf. Le Figaro Immobilier (25 septembre 2021), et Le Monde, 2 mai 2017.

 

Pour en savoir plus :

D'hier à aujourd'hui : la thèse du « grand remplacement »

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5 novembre 2021 5 05 /11 /novembre /2021 20:30
D'hier à aujourd'hui : la thèse du « grand remplacement »

Zemmour fait partie des monstres qui empêchent le cheminement vers l’émancipation humaine et c’est donc bien comme représentant du Capitalisme qui ne veut pas mourir, que son discours révisionniste se tient !

 

PREAMBULE : Le 23 septembre eut lieu un débat/ Confrontation entre Jean-Luc Mélenchon et Zemmour[1] qui devait permettre de faire le point sur la situation de la France, et notamment cette idée que la France subirait un « grand remplacement ». Au lieu de nier cette idée, de manière dialectique, je m’appuie dessus pour démontrer qu’un « grand remplacement » a lieu depuis 30 ans… mais qu’il n’est pas celui que dénonce Zemmour, dénonciation qui vise, sur le fond à masquer le « grand remplacement » effectif et réel, pour celui qui veut bien chausser les « appendices de Galilée » … (lunettes astronomiques, permettant de prouver le fait que c’est bien la terre qui tourne autour du soleil).

 

Sources : Fabrice Aubert le 25 septembre 2021 | 

- Le grand remplacement : introduction 

La thèse du « grand remplacement » est la thèse principale de Zemmour[2] et d’autres, dont l’objet est dire que les islamistes et musulmans sont en train de remplacer et de se substituer au peuple français, défini aussi comme homme blanc et de culture chrétienne, du fait du baptême de Clovis, dont on oublie, pour l’occasion de préciser qu’il s’autoproclama roi en décapitant un de ses adversaires… qui lui réclamait comme par hasard l’égalité de la distribution du butin… (trésor, donc renvoyant à impôt et fiscalité)... remettant en cause le principe de la distribution égale (comme pour le Vase de Soissons[2bis]). 

Charles Martel à la Bataille de Poitiers,
  • Au-delà du fait que les arabes furent arrêtés à Poitier en 732[3] par Charles Martel[4] et qu’ils n’y revinrent plus…, il faut surtout se souvenir que ce sont les blancs, « bons chrétiens » qui envahirent l’Arabie,,,,,,[5]…

 

  • Plus près de notre période, la théorie du « grand remplacement » fut développée par Hitler sous les thèses de l'eugénisme (L'eugénisme repose sur l'hypothèse qu'une catégorie d'êtres humains porteraient des gènes nuisant à une supposée pureté d'une race ou encore une autre catégorie de personnes considérée, par les eugénistes, comme supérieure). qui ont servi de base au nazisme[6], et dénonçait les juifs comme cause des malheurs de l’Allemagne. De tout temps, quand il est en crise, le Capitalisme cherche à trouver des responsables apparents en vue de masquer ses propres responsabilités, car au quotidien, il est plus facile de dénoncer son voisin que le banquier, apparemment inatteignable….

 

 

- Des croisades pour Dieu aux logiques commerciales

Les croisades effectuées au nom du Christ rédempteur et de la civilisations déchirèrent et meurtrirent l’orient et l’occident dans des guerres religieuses, dont les dieux n’était que le prétexte et comme pour la guerre de Troie[6bis], et pour toutes les guerres depuis, (dont les dernières Vietnam, Irak, Lybie Afghanistan) sous entendent des dominations économiques et financières marchandes de court terme, dont le Capitalisme marchand est la matrice porteuse.

 

 

- La conquête de l'Afrique

Si l’Afrique vue du ciel est un continent, vue par les géographes, une terre faite de plaines et de montagnes, pour un capitaliste, l’Afrique n’est qu’un continent exploitable du fait de ses richesses minières (or, argent, zinc, cobalt, pétrole, terres rares, Uranium etc…) et de « main d’œuvre » dénommé « ressources humaines » et ce fut la raison de la conquête de l’Afrique par les Capitalistes occidentaux, dont les Français[7], les Belges et les Anglais pour l’essentiel.

 

 

- Décolonisation

L’Histoire est ainsi faite que ce que tu prends par la force et le viol, ne peut, subsister. Avec l’Inde et Ghandi, la Grande Bretagne en fit l’expérience et nous subîmes à notre tour, cette leçon historique avec la guerre d’Algérie et du Vietnam, dont nombre des soldats de la République périrent pour rien, au vu de la situation actuelle. Cependant pour le capitalisme marchand, quel que soient les défaites, ce qui compte, c’est toujours la conquête du graal, en fait la domination économique sans laquelle il n’y a aucun pouvoir économique, quitte à vendre du lait pourri, comme c'est le cas en Afrique de l'ouest[8]. 

 

 

- Du déracinement : immigration ou esclavagisme mondialisé ?

Les colonies abandonnées, il fallait, en vu de maintenir la domination, au vu des luttes de classes existantes, notamment France (P.C.F -CGT) mettre en concurrence les salaires français et leurs cotisations sociales (finançant la sécurité sociale et ses prestations santé et retraite), à des salariés importés d’Afrique, comme les Etats-Unis le font avec l’Amérique du sud.

  • L’immigration des populations africaines, n’a jamais été désirée par les populations résidentes ;
  • L’immigration est d’abord Emigration, conséquence des guerres et guerres économiques développée par la « mondialisation », car la mondialisation n’est que le Capitalisme et l’exploitation des peuples, développées sur une base mondiale ;
  • En ce sens, l’immigration, est toujours d’abord un déracinement des peuples exploités par le Capital, dont le seul objectif est l’optimisation des profits financiers réalisés en occident. On parle alors de « financiarisation », c’est-à-dire de comment faire plus d’argent sans passer par la production industrielle, pourtant fondement du développement. Ici on substitue « l’immigration à la colonisation ».

 

Sans compter que l’essentiel de l’immigration n’est ni africaine ni musulmane[9]. mais pour s’en rendre compte faut lire, pas écouter Zemmour et s’en tenir aux apparences des burkinis des plages et des burkas des quartiers, forme de tâche noire sur un tableau blanc. Alors quand on lit, la théorie du « grand remplacement », versus Zemmour, s’effondre…

 

 

- Les salaires, les ouvriers, et l'industrie guillotinés

Alors Zemmour nous a dénoncé la guillotine de la Révolution et de Robespierre, dont pourtant l’œuvre est sanctifiée sur l’ensemble des autels de la République, car « Liberté, Egalité, fraternité », devise de la République, c’est, ne vous en déplaise, de Robespierre[10]. Triste condamnation dont le récit est faux, plus complexe, mais surtout mis en avant pour masquer, le fait matériel actuel suivant et sans contestation possible. A l’heure actuelle, c’est le Capitalisme marchand mondialisé et Européen (du sacrosaint « marché libre et non faussé ») qui aujourd’hui guillotine les salaires, guillotine les emplois industriels, ainsi que l’industrie « guillotinée » sur l’autel du « tout profit mondialisé ». Et j’attends d’être contredit… 

 

 

- Des privatisations ou le grand remplacement de l'industrie publique 

Comme le visualise le graphique et les chiffres[11], ce sont bien les privatisations massives, qui ont entrainé le « grand remplacement » de l’industrie publique par des groupes industriels privés mondialisés, dont le seul objectif est le profit de court terme. Toute privatisation, est une affaiblissement de la puissance public, débouchant sur « l’Etat impuissant », Etat rendu impuissant, du fait même des privatisations qui lui supprime ses capacités d’interventions politiques directes sur l’Economie et construit les dépendance au marché (masques, blouses, respirateurs, médicaments, automobiles, trains, turbines etc…). 

 

 

- Le grand remplacement entre le code du travail et le code du capital

Il en est de même du « code du travail » obtenu en 1910 après des années de luttes sociales contre le règne du seul Patron se substituant au Roy, dont les pouvoirs étaient de Dieu, auquel aujourd’hui, le marché régie par la « main invisible », Dieu inaccessible du marché, s’est substitué. Les lois qui ont détruit le code du travail (El Khomerie-Macron)[12], ne sont que l’expression du « grand remplacement » qui vise à substituer au « code du travail » qui protège les salariés, le « code du Capital » qui protège et garantit le Capital, par la planification des profits. Et ce grand remplacement des lois du capital en lieu et place des lois sur le travail (code du travail) est d’autant plus important que l’Etat est affaibli du fait des privatisations du secteur industriel… Plus l’Etat est faible et dépendant moins il peut imposer au marché les lois de la cité, fondées sur « l’intérêt général ».

 

 

- Des services publics... aux services marchandises

Il en est là aussi, d’une simplicité biblique pour comprendre le réel d’un système. Dès lors que l’industrie productive réelle n’apparait plus, (comme l’agriculture auparavant), comme le vecteur matriciel des profits et de l’accumulation financière privée rapide, et que les services apparaissent comme dominants dans la réalisation des profits, alors les capitalistes, de sang-froid, savent abandonner et détruire ce qui leur a profité au profit d’une source de richesses, plus importante, les services, et comme beaucoup de services sont de gestion publiques dans notre Pays, du fait de son histoire, alors la seule politique possible de l’Etat au service du Capital, doit être de « marchandiser » les services publics. D’où les privatisations successives du téléphone (France Télécom), de la poste, de l’énergie (E.D.F), de la santé (fermeture des hôpitaux et ouverture des cliniques privées) des barrages et sans le dire la destruction planifiée de l’école publique de l’Université, et de la recherche. Là encore, il s’agit de l’application d’une politique de « grand remplacement » de « services privés », en lieu et place des « services publics »[11].

 

 

- Quand l'argent se substitue à la monnaie

Dans le « grand remplacement », il y a aussi le rôle joué par l’argent qui est au Capital, ce que la monnaie est au peuple. Car si la monnaie est expression de la souveraineté du peuple, (la monnaie étant juste un outil public facilitant les échanges entre biens de nature et de fonction différente), dont la mesure de comparaison est le travail social humain, l’argent n’existe que sous la forme d’un capital à accumuler : « Accumulez, accumulez, c’est la loi et les prophètes » K.MARX[13]. L’argent n’est que le processus de privatisation de la monnaie. Quand la monnaie, au service des peuples producteurs est en circulation, l’argent est accumulation au service exclusif du Capital « Argent trop cher » Téléphone[14].

 

 

- Quand l'industrie financière remplace l'industrie productive

 Une fois l’industrie et la monnaie privatisée, le capitalisme peut alors ouvrir en grand son inconscient pulsionnel. La finance des banques et de la spéculation financière remplace et se substitue aux activités productives, qui elles répondent aux besoins humains, là où la finance, ne réponds qu’aux besoins de spéculation. Mais quand la finance passe, les quartiers et les populations trépassent.

 

 

- Des quartiers et populations abandonnées et livrés au « marché au black »

Après sa descente sur Marseille, pour sauver Marseille, Macron a tout juste poursuivi la litanie précédente en soutenant la bourgeoisie de « l’argent facile », à bout de bras… Les milliards tombent toujours du même côté, celui du Capitalisme, prédateur des peuples. Alors avec la désindustrialisation Marseillaise, les quartiers abandonnés par l’Etat central, les édiles locaux poursuivent leurs politiques de « grand remplacement » des populations résidentes, par de la « gentrification bourgeoise et possédante »…d’un centre-ville désormais dénommé « Hyper-centre », expression et matérialisation de « l’hyper capitalisme », gagé sur investissements publics sur la seule façade maritime (Les terrasses du Port, MUCEM), politique de façade, dont de fait d’attractivité du Capital, expliquant qu’à la différence des musées des villes, le MUCEM de Marseille soit implanté sur la « façade maritime », car dévolue aux seuls touristes venus de l’extérieur (croisiéristes), voilà aussi une trace du grand remplacement, car historiquement, la culture est l’œuvre et l’Histoire d’un peuple, ici tout n’est que de « façade » en vue d’attractivité, à l’image de la prostitution… Tout le reste est livré au « black Marché » c’est-à-dire le marché côté obscur[15]

 

 

- Du C.D.I. à l'intérim ou la grande substitution des règles du travail

Quand j’ai commencé à travailler au début des années 80, le marché du travail proposait aux jeunes 85 % de C.D.I, c’est à dire des contrats de travail à durée indéterminée, qui de fait permettaient de se projeter dans l’avenir et de fonder une famille. Aujourd’hui c’est l’inverse, pour les jeunes, de plus de plus en plus qualifiés (80 % d’une génération au niveau du BAC, c’est l’emploi esclavage, puisque 85 % des offres d’emplois du secteur privé, sont désormais hors C.D.I, c’est précaires ou intérims et aux durées effectives de plus en plus courtes (moins de 3 mois)[16]. Pense-t-on pouvoir bâtir une société stable sur ce terrain glissant. Le grand remplacement des contrats de travail est là et pas sous l’impulsion des musulmans, mais de la volonté du capitalisme lui-même qui ne veut plus de salariés en situation stables.

 

 

- Du capitalisme et de la société

Le Capitalisme du fait de ses principes et de sa philosophie (le libéralisme) qui sous-tend le développement de la pulsion primaire de l’homo-economicus-individus s’oppose de front aux logiques qui développent la société, c’est-à-dire l’idée Révolutionnaire qu’il ne peut y avoir de société que dans la recherche de « l’intérêt général », donc le collectif et le collectivisme au-dessus de l’intérêt privé de court terme.

 

 

- Quand la démocratie de marché remplace et se substitue à la République et la démocratie

Si La République est le système de la « chose publique » et de fait de l’intérêt général, le marché dans ses principes, ne vise que le profit et l’intérêt individuel. Si la Démocratie est le pouvoir du peuple, la « démocratie de marché », c’est quand le marché est au-dessus de la démocratie, expliquant que les toutes les décisions politiques sont, au-delà des privatisations, prises en faveur du marché (baisse de la fiscalité, suppression de l’ISF, soutiens à la compétitivité des entreprises, traités de libre échange etc…). Il y a donc bien ici, par la matérialisation des décisions politiques qui vont toujours dans le sens du marché la démonstrations que la « démocratie de marché se substitue et remplace la Démocratie, le pouvoir du peuple.

 

 

- Le grand remplacement quand les lois du capital se substituent aux lois sociales de la République

En définitive, Zemmour a raison de dénoncer le « grand remplacement » mais il dénonce les musulmans comme hier Hitler qui voyait dans les juifs et les communistes, la cause de tous les malheurs du peuple allemand, dans le cadre d’une crise majeur qui renvoie aujourd’hui aux mêmes affects primaires d’une causalité religieuse (l’Islam et les musulmans) monté en épingle de toute pièce. Il y a bien un « grand remplacement », mais ce n’est ni du côté des peuples et des religions qu’il faut chercher les causes.

 

Ce « grand remplacement » c’est quand les lois du Capital du tout profit se substituent aux lois sociales de la République. Dans le cadre de ce « grand remplacement », on passe de fait de la Démocratie (Pouvoir du peuple), à la démocratie de Marché, où le marché est au-dessus de la démocratie (la démocratie capturée par le marché[17])

 

Dans le cade de la crise globale actuelle qui en plus des crises classiques déjà traversées (financières, économiques et sociales) s’ajoutent les crises sanitaires (COVID 19) et écologiques, l’on sait qu’il nous faut donc inventer et accoucher « d’un autre monde ». Mais comme l’écrit Gramsci « Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître, et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres[18] ».

 

  • Zemmour fait donc partie des monstres qui empêchent le cheminement vers l’émancipation humaine et c’est donc bien comme représentant du Capitalisme qui ne veut pas mourir, que son discours révisionniste se tient, du côté obscur de la force et non du côté progressiste de l’Humanité.

 

Voilà le réel et le véritable enjeu, des élections, mais surtout du combat entre Capital et Travail entre libéralisme et communisme, entre individualisme et « avenir en commun », dont Jean-Luc Mélenchon est le porte-parole irremplaçable.

 

 

----------------------------

 

 

- Zemmour divise le peuple par Antoine Léaument (LE BON SENS)

Concernant les propos d'Éric Zemmour sur le Bataclan, j'ai dénoncé une insulte faite aux familles des victimes. J'ai expliqué qu'il divisait le peuple français et excitait les peurs plutôt que de permettre un traitement rationnel des questions de sécurité. En particulier, j'ai dit que l'immigration n'était pas le problème central dans les évènements du Bataclan et qu'il fallait renforcer la lutte contre les trafics et augmenter les moyens des services de renseignement. 

 

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7 octobre 2021 4 07 /10 /octobre /2021 10:06
Zemmour/Le Pen : l'extrême droite véritable " roue de secours des puissants "

Sociologie du « zemmourisme ». Radioscopie d’un nouvel électorat national-populiste[1]

 

Depuis plusieurs mois, les médias offrent le tapis rouge à Eric Zemmour et aux thématiques de l'extrême-droite permettant ainsi la diffusion d'une vision ethnique et dangereuse de la France, à l’opposé d’une vision républicaine de la nation. L'objectif est simple : faire diversion et diviser pour mieux protéger les intérêts des puissants. Telle est la fonction de l'extrême-droite et ses thématiques, a fortiori en temps de crise. Et si celle-ci dit se revendiquer « du peuple », elle ne fait en réalité que de le détourner de ses intérêts en imposant ses obsessions racistes dans le débat public. Les propositions de l'extrême-droite dans le domaine économique et social sont en effet claires : la poursuite des politiques néo-libérales.

 

Sources : Le journal de l'insoumission | mis à jour le 10/05/2022

-Ne surtout pas parler du quotidien des gens et de leurs préoccupations.

Alors que le pays traverse une crise écologique, social et démocratique sans précédent, les sujets rabâchés par les médias mainstreams pour diviser la population et faire diversion ne manquent pas. Insécurité, chômage, habillement des femmes, immigration, Islam, laïcité… Nombre de sujets qui pourtant devraient faire l'objet de débats raisonnés, sérieux et argumentés sont ainsi organisés avec cet objectif.

  • En 2009, Nicolas Sarkozy proposait un grand débat nauséabond sur l'identité nationale.
  • En septembre 2013 durant le mouvement des retraites, Manuel Valls installait un débat sur le sort des Roms en France.
  • En 2016, la déchéance de nationalité semait la discorde et occultait le vrai débat de société de l’époque autour de la loi El Khomeri, loi de casse du contrat de travail.
  • Aujourd’hui l’épouvantail Zemmour permet d’éjecter les questions sociale et écologique du débat public.

 

Nous voilà ainsi gavés du fonds de commerce haineux de cet éditorialiste-candidat – pourtant condamné pour provocation à la haine raciale - qui depuis des années assène et vomit sa haine de l'autre, mélangeant tout jusqu'à l'absurde, allant jusqu’à remettre en cause la liberté de choix des prénoms donnés par les parents à leurs enfants.

  • Eric Zemmour n’est autre que l'un des visages de l’extrême droite. Une extrême droite en open bar sur les chaînes de certains oligarques, propriétaires de médias aux agendas politiques certains.

 

- Pourtant, alors que des lits continuent d’être supprimés, le débat ne devrait-il pas porter sur l'état du service public hospitalier ? N’avons-nous pas des leçons à tirer de la crise sanitaire ?
- Alors que la crise environnementale s'intensifie, hausse des températures, multiplication des catastrophes climatiques, sécheresses et inondations de ces derniers mois et ses conséquences, seraient-elles désormais derrière nous ? Le débat ne devrait-il pas porter sur l' urgence écologique ?
- Alors que parents d'élèves et enseignants dénoncent encore et toujours des classes surchargées, que l'on parle d'une baisse globale du niveau scolaire depuis plusieurs années, que la crise du covid et les confinements ont aggravé la situation en impactant largement la scolarité de nos jeunes, le débat - surtout durant la période de rentrée scolaire - ne devrait-il pas porter sur les enjeux de l’Ecole ?
- Alors que les fins de mois deviennent de plus en plus dures pour nombres de nos concitoyennes et concitoyens, n'y aurait-il pas un grand débat à avoir dans ce pays pour mettre fin à la pauvreté ?

 

 

-Surtout ne pas faire le lien entre enrichissement de quelques uns et appauvrissement du plus grand nombre.

Car ces dernières années la pauvreté a explosé.

Rappelons quelques chiffres :

  • entre 11 et 12 millions de pauvres[1bis] ;
  • 27% des français·es contraint·es de restreindre leur alimentation[2] ;
  • 32% qui éprouvent des difficultés à payer leur loyer[3] pour un total de 12,1 millions de personnes touchées par la crise du logement[4]. Se loger, payer les charges locatives et les facture d'eau ou d'énergie prend d'ailleurs de plus en plus de place dans le budget des français. Il faut dire que depuis l'ouverture à la concurrence, le prix du gaz a augmenté de 80%, celui de l’électricité de 60 %.
  • Et en même temps, durant les 4 premières années du quinquennat d' Emmanuel Macron, la fortune des 500 familles les plus riches de France a augmenté de 75% (+430 milliards). Leurs fortunes culminent ainsi à plus de 1000 milliards d'euros.
  • Et alors que près d'un français sur deux a subi une perte de revenu durant la crise sanitaire selon le baromètre annuel du secours populaire, 51 milliards d'euros ont eux été distribués aux actionnaires du CAC 40[5] cette année. Et ce, alors même que toutes ces entreprises ont bénéficié d'aide publique...

Comme quoi, l'argent pour répondre aux défis sociaux, écologiques et sociétaux existe bel est bien. Encore faut-il avoir la réelle volonté politique de le mobiliser là où il pourrait être réellement utile socialement. Marine Le Pen et Eric Zemmour, tout comme Emmanuel Macron, s'y refusent.




 -Avec Le Pen ou Zemmour, les intérêts des puissants restent préservés 

Dans les propos ou propositions tenus par l'extrême-droite, vous ne trouverez aucune mesure pour mieux repartir les richesses ou qui touche au porte-feuille des plus riches.

 

✍️ Du coté de Marine Le Pen,..

la question sociale intéresse peu. Sur le site du RN, si l'on retrouve bien des publications thématiques sur l'immigration, la police, l'insécurité ou l'islamisme, aucune n'a été réalisée sur les questions sociales. Dans son projet de 2017 – qui n'a toujours pas été mis à jour – rien non plus sur l'augmentation du SMIC, ni sur une réforme fiscale visant à redistribuer les richesses par des hausses d’impôts sur les plus riches. La pauvreté, la précarité, les inégalités n'y sont pas non plus évoquées.

 

A contrario, dans une tribune libre réalisée dans le journal très libéral l'Opinion (propriété de Bernard Arnault), Marine Le Pen cherchait a rassurer les profiteurs du système, en indiquant que la dette devra être remboursée “ contre vents et marées ”. Par des coupes dans les services publics ou des hausses d'impôts ? Aucune précision, mais voilà qui devrait rassurer les financiers.

 

Dans un numéro spécial de Fakir « Marine Le Pen, l'autre candidate des riches[6] » téléchargeable gratuitement, François Ruffin pointait les convergences de la candidate d'extrême droite avec la macronie - leur silence commun sur le versement des dividendes durant la crise sanitaire, les similitudes sur les questions liées à la jeunesse (avec des mesures ne favorisant que les jeunes issus de milieux aisés) - et la disparition dans le projet de Marine Le Pen du peu de mesures qui pouvaient toucher les intérêts des puissants tel que « l’élargissement de l'assiette des retraites au revenus du capital » ou « la défense du petit commerce sur la grande distribution ».

 

✍️ Du côté d'Eric Zemmour...,

si celui-ci n'a pas encore de programme à proposer à moins de 7 mois de l'élection présidentielle, les quelques fois où il a évoqué d'autres thématiques que ses obsessions racistes, c'était pour développer une pensée antisociale. Nous avons pu constater lors de la confrontation face à Jean-Luc Mélenchon[7], que ce dernier adoptait le même vocabulaire que les néo-libéraux, lorsqu'il parle de « charges sociales » plutôt que de cotisations ou d' « Etat providence devenu obèse». Mais intérrogé sur LCI, le lundi 27 septembre, le polémiste-candidat va plus loin et propose les mêmes recettes libérales inefficaces et injustes qui enrichissent quelques uns et appauvrissent le plus grand nombre.

 

Ainsi quant il défend le remboursement de la dette[8], qu'il se dit favorable au rapport de l'âge légal de la retraite jusqu'à 64 ans[9], qu'il argumente en faveur d'une baisse généralisée des impôts aux entreprises sans contreparties, lorsqu'il entend réduire les dépenses sociales ou lorsqu'il regrette les augmentations du SMIC, il reprend les mêmes raisonnements que les libéraux les plus extrêmes et annonce une nouvelle cure d'austérité.

 

Dans un article du mois d'août[10], la cellule “ éco ” d’Eric Zemmour, par la voix de Philippe Izraelewicz – entrepreneur parisien, ancien élu-LR et membres des amis d'Eric Zemmour – celui-ci défend la « baisse des impôts de production dans des proportions beaucoup plus importantes que ce qu’a fait le gouvernement d’Emmanuel Macron ». D'autres pistes sont évoquées tel que « l'exonération des donations d’entreprises aux descendants afin de favoriser le ruissellement » ou « la remise en cause des 35 heures » qui ne seraient pas « un tabou » car « si la France veut retrouver son aura et rivaliser avec les plus grandes puissances mondiales, des sacrifices seront nécessaires. » Rien que ça !

 

Par ailleurs, à l'internationale, les deux leaders d'extrêmes droite assument des proximités idéologiques avec des chefs d’État ultra-conservateurs eux-aussi adeptes des politiques néolibérales.

 

Parmi ces leaders, on retrouve notamment Victor Orban, qui en Hongrie remet en cause le droit du travail, sabre dans les politiques sociales, les pensions et allocations, les services publics tout en réduisant les impôts pour les plus riches. L'un des exemples le plus criant de cette politique étant la loi de 2019 dénoncée comme un « droit à l'esclavage », qui permet aux employeurs d'imposer aux salariés jusqu' à 400 heures supplémentaires chaque année avec un délai de paiement pouvant aller jusqu'à 3 ans de ces heures travaillées. Comme un symbole, la Hongrie est d'ailleurs la première destination internationale effectuée par Eric Zemmour, et Marine Le Pen a également annoncé s'y rendre dans les prochaines semaines.

 

A 7 mois d’une échéance cruciale pour notre pays, il est donc temps de rallumer la lumière, de dénoncer l'extrême droite pour ce qu’elle est réellement, une officine raciste et réactionnaire au service des intérêts des puissants. Il est également temps que nous débattions des réelles préoccupations des gens, celles du quotidien, celles de l'avenir, de l’urgence sociale, écologique et démocratique. Tel est l'un des objectifs que se donne le Journal de l'Insoumission.

 

 

Cartographie de l’extrême droite française [mise à jour janvier 2022]

 

-Face à la menace d’extrême-droite, entretien avec Thomas Portes

Les agressions et les violences d’extrême-droite explosent dans le pays. L’extrême-droite s’entraîne à tirer sur des caricatures de juifs, de noirs, de musulmans. L’extrême-droite menace de mort un candidat à la présidentielle, une députée, des journalistes, des syndicalistes. L’extrême-droite dessine une cible sur la tête d’Anne Frank. L’extrême-droite fournit des tutos expliquant comment se procurer des armes.

 

Et l’extrême-droite passe à l’action : agression de la manifestation #NousToutes à Paris à coup de ceintures et de poteaux métalliques, passage à tabac ultra violent des militants pacifiques de SOS Racisme au meeting d’Éric Zemmour ce dimanche 5 décembre 2021, etc... (pour accéder à l'intégralité du texte, cliquer ICI)

 

On ne peut pas finir sans parler des liens entre la bourgeoisie et l’extrême droite : plutôt Hitler que les front populaire dans les années 30, aujourd’hui plutôt Le Pen que Mélenchon, illustré par Raphaël Einthoven. L’extrême droite n’est pas une menace pour le capital. Le Pen c’est : refus d’augmenter les salaires, retraite à 64 ans, remboursement de la dette et cures d’austérités sanglantes. Zemmour non plus : Vincent Bolloré, il est allé rassurer les patrons, retraite à 64 ans.

 

  • La meilleure riposte antifasciste en 2022, c’est voter Jean-Luc Mélenchon ?

 

 

-Et en conclusion...

 

Zemmour/Le Pen : l'extrême droite véritable " roue de secours des puissants "

Notes :

[1]