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23 janvier 2023 1 23 /01 /janvier /2023 15:07
Retraites : des éléments pour mener la bataille, convaincre et GAGNER face aux mensonges du pouvoir macronien et ses complices...
Retraites : des éléments pour mener la bataille, convaincre et GAGNER face aux mensonges du pouvoir macronien et ses complices...
Retraites : des éléments pour mener la bataille, convaincre et GAGNER face aux mensonges du pouvoir macronien et ses complices...
Retraites : des éléments pour mener la bataille, convaincre et GAGNER face aux mensonges du pouvoir macronien et ses complices...
Retraites : des éléments pour mener la bataille, convaincre et GAGNER face aux mensonges du pouvoir macronien et ses complices...

Macron est un " propagateur de mensonges "... et manipulateur : 10 éditorialistes « influents », dont Nathalie Saint-Cricq (France télévision) son fils Benjamin Duhamel (BFMTV), ont été reçus secrètement par Emmanuel Macron à l’Élysée, avec un objectif... influencer discrètement l’opinion[2] !

 

Et qu'on le fasse savoir : sur les retraites, le Rassemblement National est une arnaque[4] qui défend la retraite à 67 ans[11] !

 

Pour faire avaler la pilule aux Français qui sont massivement contre cette réforme, le chef de l’État et ses soutiens n’hésitent pas à utiliser toute une série d’arguments fallacieux, largement relayés par les médias de grande écoute. 

Avec un peut de recherche, les éléments de langage, l'argumentation du gouvernement et ses soutiens explosent en plein vol… car, plus les jours passent et plus ce pouvoir a décidé de se foutre de la gueule des salariés jusqu’au bout ! 

Un exemple : entre 60 et 64 ans, deux seniors sur trois n'ont pas d'emploi. Or, cette réforme des retraites va augmenter le nombre de senior sur le marché du travail. Cela va donc augmenter le chômage, et exercer une pression à la baisse sur les salaires.

 

 

Sources : Eric DURAND | mis à jour le 01/02/2023

- La réforme est nécessaire pour sauver notre système ? Mensonge !
C’est probablement l’argument numéro un du gouvernement  : " Si nous n’agissons pas très rapidement, le système risquerait de s’effondrer, rongé par un déficit structurel. "


Le problème pour la " macronie ", c’est que cette affirmation n'en est pas la raison officielle... car c'est ballot – il a écrit les vraies raisons dans des documents officiels... et il s'agit en réalité de financer la baisse des impôts pour les plus grosses entreprises, comme la suppression de la " cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) qui est l'une des composantes de la contribution économique territoriale (CET) avec la cotisation foncière des entreprises (CFE)[1] ". Elle est assise sur la valeur ajoutée produite au cours de la période de référence...

 

👉En définitive, la réforme des retraites (comme celles de l'assurance chômage) n'est rien d'autre qu'une compensation financière du coût pour les finances publiques des cadeaux fiscaux faits aux actionnaires (passés par 49.3). 

  • extrait du Projet de Loi de Finances 2023, page 9 ; 👇
  • extrait du Programme de Stabilité 2022-2027, page 16 👇
Retraites : des éléments pour mener la bataille, convaincre et GAGNER face aux mensonges du pouvoir macronien et ses complices...
Retraites : des éléments pour mener la bataille, convaincre et GAGNER face aux mensonges du pouvoir macronien et ses complices...

Pour en savoir plus dans le détail :

🔶 voir  l'intégrale du Projet de Loi de Finances 2023 adopté par 49.3 ICI 

🔶 voir  l'intégrale du Programme de Stabilité 2022-2027 ICI 

 

 

- ALERTE : quand la réforme des retraites sert d'alibi pour s'en prendre à la durée du travail !

 

Réforme des retraites : des députés macronistes veulent revenir sur les 35 heures

 

Proposition formulée par certains députés du MoDem, parti allié d'Emmanuel Macron, présidé par François Bayrou...

  • La retraite à 64 ans ne leur suffit pas... ils veulent supprimer les 35 heures ;
  • Et demain, la fin des congés payés, de la Sécurité sociale ?

 

 

- Le purgatoire selon Elisabeth Borne 

64 ans : l'âge moyen où l'on subit des incapacités dans les gestes de la vie quotidienne (on ne peut plus se pencher, porter une charge...).

  • Le projet du gouvernement, c'est donc la retraite pour celles et ceux qui ne pourront plus en profiter. 

 

 

 

- Tiens en passant...

Rien ne justifie le report de l’âge de la retraite dans un pays qui n’a jamais été aussi riche qu’il est aujourd’hui… mais où tout le pognon part dans les mêmes poches : celles de ceux qui veulent vous voler votre retraite !

  • En 1982, quand la retraite à 60 ans fut mise en œuvre, le pays était 5 fois moins riche qu’aujourd’hui. Aujourd’hui il est 5 fois plus riche, mais tout part dans les caisses des patrons et actionnaires.
  • Dans les années 80, les multinationales payaient 50% d’impôts, puis 37% dans les années 90, puis entre 0 et 15% dans les années 2010, 2020. Voilà le pourquoi de la dette. 
  • Un travailleur aujourd’hui produit 3 fois plus que dans les années ou la retraite a été mise à 60 ans, balayant ainsi l’argument comme quoi il n'y aurait pas suffisamment d’actifs aujourd’hui, mais, antisociaux insatiables, cela ne leur suffit pas. 

 

 

 

- Contre réforme retraites par E. Macron " Ne recopiez pas le modèle suédois ! "

L'homme qui a fait la retraite à 65 ans en Suède appelle Emmanuel Macron à ne pas commettre la même erreur : " Ne recopiez pas le modèle suédois ! ".

  • Le taux de pauvreté des seniors à doublé en 9 ans ! Ça fait froid dans le dos !

 

-  Pourquoi les recettes du système de protection sociale, donc de retraites baissent ?

  • Parce que Emmanuel Macron a multiplié les cadeaux fiscaux aux grandes entreprises sans contrepartie et asséché méthodiquement les sources de financement de la Sécurité sociale[5]... 
  • Parce que le taux de cotisation patronale au niveau du Smic est de 7 % pour les entreprises de plus de 20 salariés, en baisse de 14 points par rapport à 2010[6].

 

Le taux de cotisation patronale au niveau du Smic est de 7 %

 

 

-  Remise des pendules à l'heure pour démasquer les mensonges de Macron et ses sbires
Assemblée nationale 19 janvier 2023 : " Les dépenses de retraites ne dérapent pas, elles sont relativement maîtrisées, dans la plupart des hypothèses, elles diminuent plutôt à terme ", indique le président du Conseil d'orientation des retraites (COR) Pierre-Louis Bras.

 

-  Les retraites et l'emploi
La France est le pays d'Europe où les plus de 55 ans rencontrent le plus de difficultés à trouver un emploi (données Insee)... mais le Gouvernement veut fixer à 64 ans l'âge légal de départ à la retraite.

  • C'est cynique, hypocrite... et surtout injuste !

 

Emploi, chômage, revenus du travail  Édition 2021

 

 

-  Vous voulez de l'argent pour financer un hypothétique déficit de notre système de retraite.... ?
Il y en a là : 👇
Sur les 10 dernières années, en moyenne, pour 100€ de richesses créées en France, 35€ ont été captés par les 1% des Français les plus riches, 32€ par les 9% suivants. Les 50% les plus précaires n’en ont capté que 8€.

 

 

 

-  Retraites : la raison de ne pas faire comme nos voisins européens ?
Les retraités sont plus pauvres dans les pays où l’âge de départ est plus élevé.
Simple, basique.

 

Retraites : des éléments pour mener la bataille, convaincre et GAGNER face aux mensonges du pouvoir macronien et ses complices...

 

-  Une taxe de 2% sur la fortune des milliardaires français suffirait à financer un potentiel déficit de notre système de retraite...
Depuis qu’Emmanuel Macron est au pouvoir, la fortune des milliardaires a doublé en France. À 42, ils se partagent désormais 544 500 000 000 €... dont, depuis 2020, 189 milliards d'euros..

  • 1% les plus riches ont capté 63% des richesses produites depuis le #Covid19 ;
  • 42 milliardaires se partagent l'équivalent du budget de l'État

S'il manque de l'argent au gouvernement pour sauver l'hôpital public, les EHPAD et éventuellement nos retraites, le pognon, il est là ! 👇

 

Retraites : une taxe de 2% sur la fortune des milliardaires français suffirait à financer le déficit

 

 

-  Le mur d’ignorance sur le financement des retraites bâti par les militants macronistes déguisés en éditorialistes de plateaux s’effondre.
Sur le plateau de BFM Business, Gilles Raveaud, économiste, maître de conférences à l’Institut d’études européennes à l’université Paris 8 démonte tous leurs mensonges en un temps record.

 

 

-  Toujours la double peine pour les femmes !
Déjà des pensions de misère aujourd'hui ... et les 1ères victimes de la retraite à 64 ans qui allongera encore plus pour les femmes que les hommes la durée de travail avant de pouvoir partir en retraite.... ce que reconnais Franck Riester, le ministre des Relations avec le Parlement[3]

  •  Toujours la double peine pour les femmes : c'est ça la " justice " à la sauce Macron

 

 

 

- Des mesures injustes et inégalitaires.
Régulièrement, on entend les défenseurs de ces réformes expliquer que « parce que l’on vit plus longtemps, il faut travailler plus longtemps », sans tenir compte du fait que c’est notamment à mesure que le temps de travail dans la vie a reculé que l’espérance de vie a augmenté. De plus, les écarts d’espérance de vie sont de 6 ans entre un cadre et un ouvrier, et même de 13 ans entre les 5% les plus riches et les 5% les plus pauvres.

  • Il est bien foutu ce graphique.. au premier jour du départ à la retraite 25% des plus pauvres sont déjà morts... Par contre, il faut attendre l’âge de 80 ans pour que cette proportion soit atteinte pour les 5% les plus riches.

 

A l’âge de la retraite, 25% des plus pauvres sont déjà morts

 

 

- Face à l'intox, l'économiste Zemmour Michael répondait point par point aux arguments du gouvernement

La retraite à 65 ans est « une réforme brutale, pas nécessaire », selon l’économiste Michaël Zemmour. Avec Annie Jolivet, spécialiste de l’emploi des seniors, il décortique dans notre émission « À l’air libre » un projet dont les syndicats ne veulent pas, mais que le gouvernement pourrait imposer début 2023 avec un énième 49-3. ou un 47.1

 

 

- L'enjeu derrière la réforme des retraites est celui du partage des richesses produites

Le gouvernement essaie de nous faire peur avec les terribles déficits qui mettraient en péril notre système de #retraites, alors pour vous aider à y voir plus clair dans la valse des milliards, on vous rappelle quelques ordres de grandeurs

Il n'y a pas de problème de financement des retraites.
En revanche, il y a un problème avec ces politiques qui se moquent du peuple.

  • Au cas ou, l'argent existe ! 
    • 12 milliards : l'hypothétique déficit du système de retraites ;

    • 257 milliards : aides publiques versés aux (grandes) entreprises ;

    • 1 000 milliards : fortune des 500 + grandes fortunes françaises.

 

  • Au cas ou, l'argent existe ! 
    • Quand les start-up lèvent plus d'argent... que le besoin de financement des caisses de retraite
    • Oui, on peut trouver les 12 milliards nécessaires sans faire trimer les gens 2 ans de plus. 
13 milliards d’euros levés en 2022, un chiffre encourageant malgré le contexte

 

 

- Décidément la macronie est au abois : écoutez-le, on aurait pas dit mieux

Quand Franck Riester Ministre délégué auprès de la Première ministre, chargé des Relations avec le Parlement n'a pas bien lu les éléments de langage de son gouvernement et reconnaît que la réforme des retraites pénalisera encore plus les femmes[3]

 

- Des sous pour l'hypothétique déficit du système de retraites... il y en a
Le choix de Macron et Borne est clair : gaver les actionnaires au détriment des salaires.
Faire cotiser les dividendes comme les salaires dégagerait jusqu'à 48 Md€ par an pour les retraites.

  • Mettons à contribution les revenus du capital comme ceux du travail !

 

 

 

-  C'est l'heure de s'inviter à la table des très grands possédants (les ultra-riches) pour financer un hypothétique déficit de notre système de retraite....

Les inégalités de patrimoine sont très importantes en France. En 2021, la moitié des ménages les plus pauvres ne possèdent que 8 % des avoirs.... Où est la justice là dedans ?

  • C'est l'heure de s'inviter à la table des possédants.

Vous voulez de l'argent pour financer, il y en a là 👇

 

La moitié des ménages français possède 92 % du patrimoine

 

 

- Qu'on le fasse savoir : sur les retraites, le Rassemblement National est une arnaque[4] !

Quand les députés du RN sont présents sur les retraites, ils veulent vider les caisses de retraite et fragiliser la sécurité sociale.

  • Comment ? En proposant la mise en place de primes, d'augmentation des salaires exonérés de toutes cotisations sociales[9]
    •  Le RN préfère mettre en place des primes sans cotisations que de taxer les ultras riches[9bis] (Pour rappel, une taxe de 2% sur la fortune des 42 milliardaires français suffirait à financer le déficit des retraites) ;
      • Le parlement rejette cette proposition[9ter].
    • Mais jamais le RN ne proposera de taxer le capital, et pour une bonne raison : car le RN compte bien sur l’oligarchie médiatique pour arriver au pouvoir en 2027 ;
    • Le RN a choisi son camp : ce n’est pas celui des 2 millions de manifestants, ni de 93% des actifs, mais celui des riches[8] sur la base d'un programme économique constituant une saignée pour les classes populaires[7] ;

 

Examen du texte de loi sur les retraites en commission : le RN ou l’opposition qui ne s’oppose pas.

  • Le groupe de Marine Le Pen a déposé 75 amendements sur le texte #retraites… contre 105 pour Renaissance[10] ;
  • Les deux seuls députés RN présents en commission ont voté contre l'amendement insoumis de rétablissement de la retraite à 60 ans, car, pour eux, " il n'est pas sérieux de prétendre que l'on peut rétablir la retraite à 60 ans[12]" !
  • Autrement dit, ils ont moins de choses à corriger dans le texte que les députés macronistes eux-mêmes !

 

CONCLUSION : Le RN, une arnaque sociale à démasquer avant qu’il ne soit trop tard :

 

🔴 Tout est dit ici : 

  • Quand les députés du RN sont présents sur les retraites, ils veulent vider les caisses de retraite et fragiliser la sécurité sociale 👇

 

Synthétiquement...

 

Retraites : des éléments pour mener la bataille, convaincre et GAGNER face aux mensonges du pouvoir macronien et ses complices...
Retraites : des éléments pour mener la bataille, convaincre et GAGNER face aux mensonges du pouvoir macronien et ses complices...
Retraites : des éléments pour mener la bataille, convaincre et GAGNER face aux mensonges du pouvoir macronien et ses complices...
Retraites : des éléments pour mener la bataille, convaincre et GAGNER face aux mensonges du pouvoir macronien et ses complices...

Notes :

[1] Qu’est-ce que la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) ?

[2] 10 éditorialistes « influents », dont Nathalie Saint-Cricq (France télévision) son fils Benjamin Duhamel (BFMTV), ont été reçus secrètement par Emmanuel Macron à l’Élysée, avec un objectif : influencer discrètement l’opinion

[3] RETRAITES: LE MINISTRE FRANCK RIESTER ADMET QUE LES FEMMES SONT "UN PEU PÉNALISÉES" PAR LE REPORT DE L'ÂGE LÉGAL

[4] Qu'on le fasse savoir : sur les retraites, le Rassemblement National est une arnaque !

[5] Malgré les crises, le gouvernement n’a eu de cesse de distribuer des aides et de baisser les impôts des entreprises sans contrepartie, tout en mettant la Sécurité sociale à contribution.

[6] Le taux de cotisation patronale au niveau du Smic est de 7 %

[7] Le programme économique du RN : une saignée pour les classes populaires

[8] Le RN a choisi son camp : celui des riches

[9] Le RN veut, via 2 propositions de loi, inciter les entreprises à augmenter les primes, les salaires en favorisant cette hausse par une exonération des cotisations sociales

[9bis] Retraite : le RN ridiculisé par un député LFI

[9ter] L’Assemblée nationale a rejeté, jeudi 12 janvier, une proposition de loi portée par le groupe RN, qui entendait inciter les entreprises à augmenter les salaires de 10 % via des baisses des cotisations patronales

[10Réforme des retraites : 7 000 amendements sur le projet de loi déposés en commission par les députés

[11] Sur France Info, Marine Le Pen défend la retraite à… 67 ans

[12] RN : " il n'est pas sérieux de prétendre que l'on peut rétablir la retraite à 60 ans "

 

Pour en savoir plus :

- Retraites : réforme Macron, un recul social sans précédent

Retraites : l’heure de vérité... et de la mobilisation est venue !

- En Suède, le report de l'âge de départ à 65 ans a paupérisé les retraités. Vingt ans plus tard, son instigateur déconseille à Macron de suivre son exemple.

CGT : Le projet de réforme des retraites est une aberration à plusieurs titres et on vous explique comment on démonte un à un les arguments du gouvernement.

- sur le RN et les retraites :

Qu'on le fasse savoir : sur les retraites, le Rassemblement National est une arnaque !

Retraites : sur BFMTV, Mathilde Panot démasque Jordan Bardella du RN

- Le programme économique du RN : une saignée pour les classes populaires

Le RN a choisi son camp : celui des riches

 

Retraites : des éléments pour mener la bataille, convaincre et GAGNER face aux mensonges du pouvoir macronien et ses complices...
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20 décembre 2022 2 20 /12 /décembre /2022 12:01
Police : pour mettre un terme à la loi de l'omerta

« La question du racisme dans la police[…] C’est un problème connu et récurent.[…] tous les jours un officier[…] fait le ménage sur la table de pause pour y déposer exclusivement son magazine d’extrême-droite préféré » auquel s'ajoute violence, faux en écriture publique, corruption, complicité de la hiérarchie… Le gouvernement ne pourra plus dire on ne savait pas... un livre d’utilité publique !

 

 

Six policiers lanceurs d'alerte prennent la parole à visage découvert. Racisme, violences, harcèlement, corruption, faux en écriture publique... Pour la première fois, six policiers issus de différents services – stups, mineurs, BAC, CRS, police aux frontières – révèlent à visage découvert ce qui depuis trop longtemps gangrène la police.


Cette immersion dans leur travail quotidien montre la mécanique froide mise en œuvre par l’administration pour faire taire les policiers : « Soit tu fermes ta gueule, soit tu fermes ta gueule. »


Dans un milieu où l’omerta règne en maître, ces lanceurs d’alerte font le pari courageux de prendre la parole, moins pour dénoncer des coupables que dans l’espoir de voir évoluer leur institution vers davantage de justice et d’avoir ainsi une police irréprochable.

 

-  Par : Agnès Naudin, Fabien Bilheran

Éditions : Le Cherche-Midi

Date de parution : 01/12/2022
Pages : 288
Disponibilité : chez l'éditeur Le Cherche-Midi
Format : 140 mm x 210 mm
Poids : 0.290 kg
Prix papier TTC : 19,50€
 
 
Pour en savoir plus :
 
Police : pour mettre un terme à la loi de l'omerta
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3 décembre 2022 6 03 /12 /décembre /2022 15:39
« Faut-il en finir avec la famille ? », la réponse de Raymond Debord

Il est urgent que les militants du champ politique et social soient plus nombreux à s’intéresser au champ transversal et paradoxal de la famille !

 

 

« Dépassant le clivage traditionnel entre la gauche et la droite, l’auteur montre que les véritables enjeux sur la question familiale se situent entre d’une part les pratiques et les attentes populaires et d’autre part une vision de la famille promue par les classes dominantes. » (4e de couverture)
Cet ouvrage très récemment paru aux Éditions Critiques (2022, 328 pages) est important, car il est le premier à embrasser le sujet de la famille dans la société contemporaine sous un angle politique et global depuis les livres de tendances foucaldienne ou bourdieusienne d’il y a quelques décennies
[1]. Il échappe à la sociologie descriptive et aux effets de mode par un point de vue théorique solide (celui des Appareils idéologiques d’État d’Althusser), combiné à une expérience professionnelle « du dedans » de l’institution familiale et à une solide documentation.
Au sein des politiques sociales, le champ de la famille ne jouit que de peu d’attention de la part des politiques et de peu de connaissance du public. Il s’y ajoute une représentation institutionnelle fort peu démocratique : celle de l’UNAF que l’auteur connaît intimement
[2].
Si l’on dépasse la tentation d’assimiler famille et familialisme, la lecture de cet ouvrage très détaillé, mais jamais jargonnant ni technocratique s’impose pour comprendre les particularités d’un système français issu de l’histoire (objet de la première moitié du livre de Raymond Debord
[0]), mais profondément remanié par l’avènement du néolibéralisme. La seconde partie s’attache aux enjeux de la période macronienne pour montrer la possibilité de résistance qu’offre la famille face à la montée d’un individualisme destructeur des solidarités.

 

 

Sources : ReSPUBLICA |

-  De 1848 à la fin de la IIIe République

A la fin du XVIIIe siècle et dans la première partie du XIXe, c’est la doctrine malthusienne qui domine et dicte les comportements de la bourgeoisie libérale : il faut limiter les naissances non seulement pour contrôler les pauvres, mais pour limiter la dispersion du capital lors des héritages.

A partir de 1848, trois courants se dessinent :

  • les réactionnaires qui placent la famille dans les « communautés naturelles » (nous dirions les corps intermédiaires) et n’approuvent pas le malthusianisme ;
  • les républicains, marqués par les travaux d’Auguste Comte (« La société est composée de familles, et non d’individus. ») et de Durkheim, mais, dans le contexte de l’hostilité franco-allemande et du déclin de la natalité, qui favorisent une politique résolument nataliste avec l’Alliance nationale contre la dépopulation (à laquelle adhèrent Jules Guesde ou Marcel Sembat) : ce leitmotiv des années qui précèdent la guerre de 14-18 reviendra d’ailleurs avant celle de 1939…
  • les catholiques sociaux adeptes du corporatisme sous l’influence de Le Play et de La Tour du Pin, encouragés par la doctrine de Léon XIII, qui favorisent les familles nombreuses, les organisations liées à l’Église – en particulier pour limiter les effets de l’école publique – et prônent le suffrage familial.

Au-delà de leurs différences, ces courants se rejoignent pour fonder une véritable idéologie familialiste, qui aura de beaux jours en particulier avec la multiplication des associations familiales, en attendant que la Ve République la dote d’un appareil étatique dédié.

 

Raymond Debord retrace au passage, en un chapitre plein de saveur, le cheminement de l’idée du suffrage familial dont le premier promoteur serait Lamartine (en 1848, il s’agissait de restreindre la portée du suffrage universel qui venait d’être octroyé) et le dernier tenant Michel Debré en 1948 encore. Il y eut entre-temps d’âpres discussions dans les années 1920 et 1930 en concurrence avec la question du vote féminin puis, finalement, le projet de constitution du maréchal Pétain du 30 janvier 1944, trop tardif pour entrer en vigueur, qui prévoyait des conditions d’éligibilité différentes pour les hommes et les femmes, et un double suffrage pour les pères de trois enfants et plus.

M. Le Pen prône la préférence « familiale et nationale »

 

L’auteur rappelle que le Front national, adepte dans une filiation contre-révolutionnaire de l’ordre naturel, faisait figurer le vote familial dans ses « 300 mesures pour le renouveau de la France » (N.D.L.R. : grâce auquel les pères voteraient pour leurs fils mineurs et les mères pour les filles[3]) en 1992, et que Jean-Marie Le Pen continua à le revendiquer jusqu’en 2002.

 

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carte postale vote familial

 

Ajoutons que l’Union nationale des associations familiales (UNAF) et ses composantes départementales restent en 2022 le dernier bastion du vote familial ! Anachronisme que l’auteur ne semble pas juger prioritaire de combattre, contrairement à nous.

 

 

-  Ambiguïté des relations entre famille et mouvement ouvrier
Dans ce chapitre fondamental pour sa thèse, R. Debord part de l’idée que l’assimilation courante entre le mouvement ouvrier et socialiste et la gauche républicaine (bourgeoise et petite-bourgeoise) doit être ici révisée :

 

En fait, la famille reste considérée par une gauche convergeant avec le libéralisme comme le lieu à préserver de formation de l’individu libre. Après avoir examiné plus particulièrement les thèses de Proudhon, Marx et Engels, et celles des anarchistes néo-malthusiens, l’auteur note que le Parti socialiste, ouvert à l’émancipation féminine, « n’a jamais développé de positions théoriques propres sur la question familiale ».

 

Quant au Parti communisme, son adoption claire de la défense de la famille dans les années 30 a tout à voir avec le virage de la politique de l’URSS. Loin des thèses d’Alexandra Kollontaï, l’heure y est au natalisme et aux valeurs familiales. Paul Vaillant-Couturier écrit qu’il s’agit de « donner sa dignité à la famille en lui enlevant le caractère honteux de contrat commercial que lui donne le Code Napoléon ou de châtiment que lui donne l’Église. »

 

Affiche de 1935

Tout est en place pour la mise en place de la politique de la famille à laquelle le PCF va participer à la Libération.

 

 

-  De 1945 au « grand retournement »
Concernant la période de Vichy, au-delà d’une promotion symbolique de la famille insistante, l’auteur signale que la politique de Pétain n’est pas en opposition avec celle de ses prédécesseurs, notamment Daladier. Et que celle apparue à la Libération – sur d’autres bases il est vrai et avec une autre ampleur – n’est pas non plus en rupture avec les précédentes. Car en 1945 se forge une « nouvelle grande alliance entre bonapartistes gaullistes, catholiques sociaux et communistes », jusqu’au retour au pouvoir du libéralisme avec le président Giscard d’Estaing et sa ministre Simone Veil[4].

 

Nous ne pouvons suivre en détail les éléments de cet apogée des politiques familiales : création de l’UNAF et autres organismes consultatifs, intégration des caisses d’allocations familiales à la Sécurité sociale, création de la PMI… Bien sûr, près 1947, les secousses politiques vont se répercuter dans l’institution représentative et finalement les mouvements contrôlés par le PCF n’entreront pas à l’UNAF… L’analyse se poursuit avec celle des tensions entre catholiques traditionalistes, catholiques sociaux et représentants de la sensibilité laïque[5], exacerbées par des questions de représentativité qui conduiront à une réforme des statuts de l’Union votés en 1975.

 

Ce que Raymond Debord qualifie de « grand retournement », c’est un changement accéléré de la société qui correspond pour lui à la crise de l’« ordre productif keynesiano-fordiste » autour de 1973, mais déjà présente sous Pompidou. Il note ainsi à contre-courant des idées reçues que le passage accéléré des femmes du foyer domestique au monde du travail n’est pas dû à un effet « Mai-68 », mais bien aux besoins du capital qui l’a organisé.

 

La période du « libéralisme avancé » de Valéry Giscard d’Estaing conserve à l’État un rôle d’intervention notable (loi sur la contraception orale et réforme de l’autorité parentale) combiné une reconnaissance croissante des droits individuels. L’illustrent les idéologies du moment : MLF, FHAR[6], antipsychiatrie et dénonciation de la toxicité de la famille, tandis que s’affaisse l’influence des catholiques.

 

Dès 1977, pourtant, avec la fin des « expériences disruptives », Debord souligne que certains intellectuels de gauche inscrivent la défense de la famille dans une perspective anticapitaliste[7].

 

La centaine de pages consacrées à ce double constat sont les plus originales du livre, elles méritent d’interpeller la gauche et vont peut-être ébranler les convictions « spontanées » de certains de ceux qui s’en revendiquent. Le constat premier est que nos politiques de la famille sont passées du familialisme à la parentalité, puis de la parentalité à « l’enfantalité ».

 

 

-  Normes petites-bourgeoises et reclassement idéologique
Que la défense des droits de l’Homme ait fait place à l’idéologie des droits individuels, l’auteur l’illustre dans divers secteurs, dont l’Éducation nationale, tout en relevant le « recours croissant à des techniciens pour pallier ce qui est considéré comme relevant des carences parentales ». Si l’accord se fait sur la notion – floue – de l’intérêt de l’enfant, l’appréciation varie selon les catégories sociales, le bloc ouvriers, employés, professions intermédiaires se distanciant des normes de « bonne parentalité » qui correspondent à la nouvelle petite bourgeoisie urbaine, en particulier en matière de garde du jeune enfant et d’allaitement. Le reclassement qui accompagne ces évolutions idéologiques est finement analysé du point de vue des partis politiques et du point de vue des associations familiales. D’un côté, le mouvement socialiste – qui s’accommode globalement du néolibéralisme, « la défense des intérêts collectifs ne faisant plus recette », note Debord – s’illustre dans deux courants : celui de la CSF[8] et celui du CNAFAL[9] qui dénonce familialisme et cléricalisme. Rappelons qu’à droite figurent les AFC[10] et que le mouvement centriste Familles rurales est aujourd’hui dominant dans l’institution familiale. (On regrettera au passage que l’auteur ne consacre aucune analyse à la gouvernance de la CNAF et à son rôle.)

 

 

- Sous l’ère Macron
En 2017, Emmanuel Macron ne semblait pas accorder d’importance à la politique familiale. Dans une logique d’individualisation des droits, ses propositions concernent surtout les revendications homoparentales et les demandes des féministes en matière d’option de déclaration individuelle des revenus imposables pour les couples. Le premier quinquennat d’un président qui se défie des corps intermédiaires fait aussi planer des menaces sur l’institution UNAF, qui semblent aujourd’hui oubliées au prix de l’alignement de ses positions sur celles du gouvernement.

 

Parmi les mesures de la période allant dans le sens d’une étatisation au détriment des prérogatives familiales, on retiendra l’analyse par l’auteur de l’obligation scolaire généralisée à trois ans en 2019[11], sur laquelle il émet des réserves qui méritent d’être débattues.

 

Quant à la campagne des présidentielles de 2022, elle présente par rapport à 2017 des références explicites à la politique familiale, notamment aux familles monoparentales et à l’enfance. Au-delà des annonces, il reste aujourd’hui que la réalité budgétaire en termes de prestations familiales n’est pas brillante :

  • les transferts de la CAF vers d’autres branches de la Sécurité sociale continuent ;
  • l’accueil de la petite enfance souffre ;
  • l’indemnisation du congé parental s’effondre…
  • la prise en compte des facteurs démographiques (vieillissement, fécondité en baisse), même dans l’optique de la réforme des retraites, reste un impensé du gouvernement ;
  • enfin la situation des familles nombreuses se dégrade.


Si, dans la droite ligne de la pensée marxiste, Raymond Debord note que les idées de la classe dominante sont aussi les idées dominantes dans la société, il remarque qu’on peut s’interroger sur l’existence d’une morale « d’État » et sur la survie d’un familialisme conservateur. Suivent une série de discussions sur des questions d’actualité non résolues ; dans l’impossibilité d’en rendre compte, voici une simple liste de ces points de tension : la filiation et l’adoption, la bioéthique, les contradictions du féminisme, la place des pères, les théories du genre.

 

 

- Résilience de la famille
S’appuyant sur diverses enquêtes, l’auteur montre ensuite l’adhésion massive des Français aux valeurs familiales (« lieu de solidarité », « amortisseur social ». Pour lui :

Crise sanitaire et crise économique ne font que renforcer ce sentiment.

 

Autres signes : l’union légale, avec le Pacs et malgré la désaffection vis-à-vis du mariage, « fait de la résistance », et le salaire maternel revient dans les débats sous l’appellation de « revenu parental ».

 

L’ouvrage se termine avec la discussion de deux domaines connexes : les politiques de l’immigration[13] et le néomalthusianisme des milieux écologistes. Et avec une charge contre ce que l’auteur qualifie drôlement de « croyances de luxe » de la petite bourgeoisie intellectuelle : par exemple l’engouement pour les « mamans solo », pour la PMA, pour la pluriparentalité.

 

Et les dernières pages abordent de façon peu habituelle la place de la femme dans les milieux populaires (plutôt matricentrés) qui « sont aujourd’hui les principales victimes d’une précarisation économique renforcée par celle des liens affectifs ».
 

Cet ouvrage stimulant et critique, on le voit, ouvre des pistes de réflexion nombreuses dont certaines mériteraient des études précises sur les évolutions des comportements et des opinions en fonction des catégories sociales. Quid, par exemple, de l’hétérogamie croissante des unions, ou du célibat ?

 

 

Il reste à souhaiter que les militants du champ politique et social soient plus nombreux à s’intéresser au champ transversal et paradoxal de la famille !

 

 

Notes

[0] Raymond Debord, est cadre dans la protection de l’enfance. Docteur en sciences humaines, il est spécialiste de la famille et militant politique.

[1] Pour la première tendance Jacques Donzelot, Christopher Lasch ; pour la seconde, Remi Lenoir

[2] La Cours des comptes a relevé en 2017 que 12 % seulement des familles bénéficiaires d’allocations familiales y étaient représentées !

[3] M. Le Pen prône la préférence « familiale et nationale »

[4] Non sans raison, Raymond Debord estime que c’est Lucien Neuvirth plutôt que Simone Veil qui, pour la loi de 1967 sur la contraception, devrait passer à la postérité pour avoir incarné un point de bascule anthropologique majeur.

[5] Ce n’est qu’en 1977 qu’une association ouvertement laïque – le CNAFAL – entre à l’UDAF

[6] Front homosexuel d’action révolutionnaire

[7] En particulier Christopher Lasch qui n’a été traduit en français qu’en 2012 et que paradoxalement Éric Zemmour et les ultra-conservateurs catholiques ont été les seuls à saluer…

[8] Confédération sociale des familles, tendance cathos de gauche qui va tenir la direction de l’UNAF de 1996 à 2015.

[9] Conseil national des associations familiales laïques.

[10] Associations familiales catholiques, qui ont alimenté l’opposition au mariage « pour tous », devenues fillionnistes.

[11] L'instruction obligatoire dès 3 ans à la rentrée 2022-2023. Il a été approuvé par le haut comité de l'éducation puis par le conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec). Dans l'Hexagone, la loi a abaissé dès 2019, l'âge de l'instruction obligatoire à 3 ans au lieu de 6 ans. L’obligation scolaire dès 3 ans, une généralisation en trompe-l’oeil

[12] Je souligne. La transmission du capital culturel, en parallèle à celle du capital financier, est un aspect moins visible du rôle de la famille, mais de nature anthropologique.
[13] On constate à la deuxième génération que « les descendants d’immigrés sont plus éloignés des traditions de leurs parents que la population majoritaire »…

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27 novembre 2022 7 27 /11 /novembre /2022 17:51
Marine Le Pen (France) - Jimmie Åkesson (Suède) - Giorgia Meloni (Italie) - Eric Zemmour (France) - Viktor Orbán (Hongrie) - Mateusz Morawiecki (Pologne)

Marine Le Pen (France) - Jimmie Åkesson (Suède) - Giorgia Meloni (Italie) - Eric Zemmour (France) - Viktor Orbán (Hongrie) - Mateusz Morawiecki (Pologne)

Allons-nous continuer longtemps à fermer les yeux sur la montée du fascisme européen ? Italie, Hongrie, Pologne... Ensemble pour un front antifasciste[9!

 

 

Ces derniers mois la montée de l’extrême droite a fait la “une” des pages politiques des journaux européens à la suite de la victoire de coalitions droite/extrême droite lors des dernières élections législatives en Suède comme en Italie.

En Suède, pays exemplaire pour la social-démocratie qui a dominé la vie politique du pays pendant près d’un siècle, la droite et l’extrême droite ont gagné les élections du 11 septembre 2022, le parti des “ Démocrates de Suède ” devenant le 2e parti du pays après les sociaux-démocrates avec 20% des voix. Ce parti a été fondé en 1988 par des néo-nazis, il a légèrement modéré ses positions tout en restant marqué par ce passé et sa ligne actuelle est avant tout anti-immigration.

En Italie, la coalition formée par un parti de droite et deux partis d’extrême droite a gagné les élections du 25 septembre 2022, et c’est Giorgia Meloni[0], la dirigeante des “ Frères d’Italie ”, un parti néo-faciste, qui devient Premier Ministre du pays.

 

 

Sources : Europe Solidaire Sans Frontières par Christophe Aguiton | Mis à jour le 27/12/2022

-  Ces dernières victoires électorales ne sont pas des phénomènes isolés.

En Pologne comme en Hongrie, des partis populistes d’extrême droite sont au pouvoir depuis des années et dans les autres pays européens l’extrême droite progresse. Par exemple Vox, en Espagne, avait obtenu 15% des voix lors des législatives de 2019 et les sondages les donnent en nette progression, et en France Marine Le Pen, la candidate du Rassemblement National a obtenu 23% des vois au 1er tour de l’élection présidentielle d’avril 2022 et 31% au 2nd tour[1].

 

Pour en rester au constat, la croissance de l’extrême droite en se limite pas à l’Europe. Dans d’autres régions du monde on voit surgir des dirigeants qui, comme Jair Bolsonaro au Brésil ou Donald Trump aux Etats-Unis, ressemblent beaucoup aux dirigeants d’extrême droite en Europe.

 

 

-  Des mouvements différents de ceux du 20e siècle
Quand on pense au fascisme italien ou au nazisme allemand des années 1920 et 1930, on comprend qu’il s’agit de partis qui construisent des milices violentes, rejettent la démocratie, s’attaquent avant tout au mouvement ouvrier et s’appuient sur une bourgeoisie qui veut rétablir l’ordre dans un continent marqué par des vagues révolutionnaires.

 

Les mouvements d’extrême droite européens actuels sont très loin du fascisme et du nazisme de l’entre-deux guerre, mais ils sont aussi différents de l’extrême droite qui s’est reconstruite après la 2e guerre mondiale. Des nostalgiques du fascisme ont reconstruit des partis, le MSI en Italie, le NPD en Allemagne ou le Front National en France[2], aujourd'hui RN, qui avaient tous les mêmes caractéristiques. Ils s’opposaient à l’immigration, mais ils étaient tout autant hostiles au communisme, aux syndicats et au mouvement ouvrier en général et étaient réactionnaires sur tout une série de sujets, les droits des femmes, l’homosexualité, etc.

 

Les partis d’extrême droite contemporains ont des positions différentes sur beaucoup de questions mais sont d’accord sur deux d’entre elles :

  • une obsession sur l’immigration, souvent liée à une haine de l’islam ;
  • et une défense de la nation contre les élites et les institutions qu’elles incarnent, en particulier l’Union Européenne.

 

Sur le reste, tout les séparent.

  • Certains partis sont conservateurs sur le plan des mœurs, antiféministes, anti-homosexuels et anti-avortement, en Pologne, Hongrie ou en Espagne... alors que d’autres, en France ou au Pays-Bas par exemple, s’appuieront sur les droits des femmes ou des homosexuels pour mieux s’attaquer à l’islam.
  • Certains soutiennent la Russie de Poutine, Orban en Hongrie ou Matteo Salvini en Italie, alors que d’autres sont pro-ukrainiens, comme le PiS polonais ou Giorgia Meloni en Italie.
  • Le changement climatique les a aussi séparé, certains d’entre eux niant ses causes humaines, tout comme les campagnes vaccinales contre la Covid-19.
  • La question des droits sociaux les divise également, en France Marine Le Pen, du RN, les défend et réclame verbalement le retour de la retraite à 60 ans (N.D.L.R. : mais dans les faits Marine Le Pen est contre la retraite à 60 ans et la hausse du SMIC[3][4])... alors que Eric Zemmour défend les entreprises et le néolibéralisme.

 

 

-  A la source de l’essor de l’extrême droite, la mondialisation néolibérale...

Depuis plusieurs décennies le monde est entré dans une phase de mondialisation néolibérale, ce qui a entraîné de nombreuses transformations dont certaines sont à la base de l’essor de l’extrême droite[5].

 

Trois d’entre elles sont particulièrement importantes.

  • La première est la croissance des inégalités et les transformations du travail.

Les pays européens, si l’on se réfère à l’indice Gini qui calcule le niveau d’inégalité pays par pays, sont parmi les plus égalitaires. Mais la mondialisation a permis une concentration des richesses toujours plus importante vers un tout petit nombre d’individus, et les élites sont perçues comme un monde à part, déconnecté de la vie quotidienne de la grande majorité de la population. Le néolibéralisme et la mondialisation ont entraîné une transformation profonde du travail, de nombreux emplois industriels ont disparu à cause des délocalisations, et pour ceux qui restent, tout comme ceux du secteur tertiaire, la précarité a progressé et les collectifs de travailleurs se sont fragmentés. Le résultat de ces évolutions, combiné à l’existence d’un filet de sécurité protégeant les plus pauvres, ont entraîné un tassement vers le bas de la pyramide des revenus et un sentiment de déclassement pour la classe ouvrière et les couches moyennes.

 

  • La seconde est l’affaiblissement des capacités des Etats et des institutions traditionnelles face à la puissance des marchés

Une évolution que l’on retrouve dans la plupart des régions du monde mais qui est particulièrement marquée en Europe où l’existence de l’Union Européenne éloigne encore plus les citoyens des lieux de décisions.

 

Dans les décennies qui ont suivi la seconde guerre mondiale, le commerce mondial était très limité, les principaux Etats, en Europe, avaient la possibilité de développer tel ou tel secteur d’activité et la vie politique s’organisait dans un bipartisme droite/gauche. Aujourd’hui les partis de droite ou de gauche dite “ de gouvernement ”, comme les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates ont des politiques comparables (N.D.L.R. : en France on l'a vu avec l'évolution du PS à partir de 1983 et sa finalité sous Hollande[6]) et ils perdent, des deux côtés, leurs électeurs traditionnels et l’on assiste, dans toute l’Europe à une fragmentation de la scène politique et à une percée de l’extrême droite qui, dans de nombreux pays, dépassent en voix les partis de droite traditionnels, (N.D.L.R. et en France la gauche traditionnelle comme en témoigne les résultats des élections présidentielles 2022 : Jadot : 4,63% ; Roussel : 2,28% ; Hidalgo : 1,75% ; Poutou : 0,77% ; Arthaud : 0,56%[6bis]).

 

  • La troisième transformation est la conséquence d’une « métropolisation » qui est une des conséquence de la mondialisation.

Il s’agit de l’adaptation des grandes villes aux besoins de l’économie néolibérale, à l’intensification des flux commerciaux et financiers et de la mise en relation des économies à l’échelle mondiale. Face à l’affaiblissement du rôle économique des Etats émerge un réseau hiérarchisé de métropoles qui dessine un archipel dominant l’économie mondiale. Mais la métropolisation a pour corollaire le déclin des territoires ruraux et des villes moyennes, très nombreuses en Europe, qui voient disparaître les services publics et la vie de leurs centres villes.

 

 

-  L’enjeu des classes populaires et des territoires ruraux
La percée de l’extrême droite ne peut se comprendre qu’en croisant les trois transformations que nous venons de rappeler. L’extrême droite perce chez les classes populaires et dans les territoires ruraux et les petites villes à cause d’un sentiment – qui est souvent une réalité factuelle – de déclassement et d’abandon face à un Etat qui ne les protège pas et est au service des élites. Toutes les études montrent l’importance des classes populaires dans l’électorat d’extrême droite.

 

Deux exemples :

  • les Démocrates de Suède a obtenu un score de 8% chez ceux qui ont fait des études supérieures et 25% chez ceux qui ont un plus faible niveau d’éducation ;
  • et, en France, le Rassemblement National a recueilli les voix de près de la moitiés des ouvriers mais seulement 15% des cadres[1].

 

La césure entre les métropoles et le reste des territoires est elle aussi frappante. En France presque toutes les grandes villes sont dirigées par la gauche et l’extrême droite y fait des scores très faibles alors que ce parti fait des scores importants dans les petites villes et les territoires ruraux. Une réalité que l’on observe dans de nombreux pays où les métropoles sont souvent plus à gauche que le reste du pays.

 

Ces réalités obligent les forces de gauche et les mouvements sociaux à une discussion stratégique. La gauche de gouvernement, qu’elle soit démocrate aux Etats-Unis, social-démocrate ou écologiste en Europe, a privilégié les questions “ sociétales ”, les droits des femmes, des communautés LGBTQ, l’antiracisme plutôt que les questions sociales qu’elle était prêt, dans la dernière période, à sacrifier aux noms des nécessités de l’économie dans une phase de mondialisation. Face à cette situation, une partie de la gauche explique qu’il faut relativiser les questions sociétales, en particulier sur l’immigration, pour se concentrer sur les questions sociales et tenter, par cette orientation, de regagner les classes populaires qui se sont tournées vers l’extrême droite.

 

Mais une nouvelle génération de mouvements politiques et de mouvements sociaux, en Europe comme dans le reste du monde, veut défendre l’ensemble de ces exigences, les questions sociales bien évidemment, mais aussi la justice climatique et environnementale, les droits des immigrés, des femmes et des minorités LGTB et l’antiracisme (N.D.L.R. : En France, c'est le cas de la France insoumise[7] et de la #Nupes[8]) !

 

Notes :

[0] Qui est Giorgia Meloni, la néofasciste qui s’apprête à gouverner l’Italie

[1Crise politique : le miroir électoral

[2] Les anciens SS ont reconstruit l'extrême droite française après 1945

[3] Marine Le Pen est contre la retraite à 60 ans et la hausse du SMIC

[4] Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes

[5] Le néo-libéralisme est le berceau de l’extrême droite

[6Mais pourquoi Olivier Faure du PS a t-il peur, en 2022, d'une baisse du FN/RN ?

[6bis] Présidentielles 2022 : ne cédons pas à la déception... la lutte continue !

[7] France insoumise

[8] La Nupes : Nouvelle Union populaire écologique et sociale

[9] Allons-nous continuer longtemps à fermer les yeux sur la montée du fascisme européen ? Italie, Hongrie, Pologne…

 

Pour en savoir plus :

- ÉTAT DES LIEUX DE L'EXTRÊME DROITE EN EUROPE

Le vote d’ouvriers et d’employés pour des candidats d’extrême droite : une problématique à ne pas esquiver

Jean-Luc Melenchon : Le moment brun doit être repoussé par l’action

- Suisse : la droite et l’extrême droite suppriment le salaire minimum

- Italie : le projet de Meloni, une restauration réactionnaire et libérale

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30 septembre 2022 5 30 /09 /septembre /2022 13:40
Le néo-libéralisme est le berceau de l’extrême droite

La montée des inégalités aboutit logiquement au repli sur soi et au vote extrême... 
C'était vrai en 2014 et toujours plus d'actualité de la Suède à l'Italie...

 

Ce n’est pas par hasard que l’extrême droite se développe en France et dans plusieurs pays étrangers à partir des années 1980. C’est précisément à cette époque que le néo libéralisme prospère en surface puis en intensité. Il en est de même de l’abstention.

L'analyse développée dans cet article tout à fait judicieuse garde plus son actualité huit années et demi après sa parution.

Mais une question se pose : comment expliquer que des électeurs qui souffrent des inégalités décrites ici puissent voter pour une extrême droite qui n’accorde aucune valeur à l’égalité ?

Cela s’explique probablement par le fait que ces électeurs ne connaissent que très partiellement l’idéologie de l’extrême droite.

Des sondages ont d’ailleurs montré que les électeurs du FN – RN, pour la plupart d’entre eux, ne connaissent pas le programme de ce parti.

 

 

Sources : Michel Santi, économiste texte publié en 2014 |

- Pourquoi ?...

  • Pourquoi de grandes et illustres voix comme Stiglitz et Krugman stigmatisent-elles les inégalités ?
  • Pourquoi Piketty a-t-il écrit son monumental travail " Le Capital au XXIe siècle[1] " ayant aujourd'hui un retentissement mondial ?
  • Est-ce par plaisir - ou pour se distinguer ? - que, depuis le déclenchement de la crise, les économistes keynésiens n'ont de cesse de dénoncer le néo-libéralisme et son lot d'injustices, de dérégulations, de phobie irrationnelle vis-à-vis de la création monétaire, d'obsession pour la compétitivité et de hantise à l'encontre d'une inflation qui ne se matérialise décidément pas ?
  • S'il va de soi que cette condamnation est d'abord mue par un sentiment humaniste et de solidarité sociale élémentaire, elle est également pointée du doigt par nous - les hétérodoxes - car les inégalités nuisent foncièrement à la croissance économique. 

 

 

- Même les institutions néo-libérales s'inquiètent des inégalités

Alors, il est clair que la masse des spéculateurs et investisseurs boursiers qui s'enrichissent virtuellement jour après jour, il est évident que ceux qui profitent pleinement de la financiarisation ayant asservi l'outil de travail, il va de soi que ceux qui sont complètement déconnectés des réalités de la vie,  n'ont que faire d'une croissance économique pérenne car ils ont - jusqu'à présent - gagné à tous les coups. Ils devraient pourtant commencer à se poser de sérieuses questions et à se rendre compte que leur orgie touche à sa fin, dès lors que des institutions symbolisant l'essence même du néo-libéralisme telles que le F.M.I.[2] et que le World Economic Forum concluent que « des sociétés moins égalitaires aboutissent à une croissance faible et fragile »

 

 

- L'immigration, cette véritable valeur ajoutée, ressentie comme une menace

Il en est de même pour l'immigration, source de croissance sur le long terme pour toute nation, car elle participe activement de la promotion de l'innovation et de la progression de la productivité. Ne feignons pas aujourd'hui d'être surpris par la montée en puissance des extrémismes, et ne soyons pas choqués par les succès électoraux des partis xénophobes. Ne soyons pas non plus surpris que les plus défavorisés et que la classe ouvrière - naguère acquis à la gauche - se reportent désormais en masse vers l'extrême droite.

 

Dans une société comme la nôtre burinée par les inégalités, où les entreprises favorisent le dumping salarial via l'embauche d'immigrés moins exigeants que les nationaux, où les loyers des logements sociaux connaissent une surenchère du fait de l'afflux d'étrangers, où les services publics sont de moindre qualité car dépassés par les évènements, il est fort compréhensible que l'immigration soit ressentie comme une menace et non pour ce qu'elle représente vraiment, c'est-à-dire une valeur ajoutée. 

 

 

- Seule une redistribution plus juste permettrait de ramener de la sérénité

Que droite et gauche républicaines ne s'en prennent qu'à elles et à leurs politiques respectives ayant toutes fait l'ardente promotion du néo-libéralisme si des pays comme la France et comme la Suisse subissent (NDLR et aujourd'hui la Suède et l'Italie) aujourd'hui l'émergence d'idéaux prônant le repli sur soi. Car seuls les riches aujourd'hui profitent vraiment de cette immigration et de ce travail à bon marché en s'enrichissant davantage, tandis que les pauvres pour leur part en subissent toutes les conséquences. En effet, pendant que le néo-libéralisme, que la financiarisation et que la dérégulation sauvage sont systématiquement synonymes de coupes salariales, de pertes de droits et - en finalité - de montées en puissance des haines et des intolérances, seule une redistribution plus juste des ressources est aujourd'hui susceptible de ramener la sérénité dans nos sociétés

 

  • Mesdames et Messieurs du gouvernement et de l'opposition Républicaine : l'acceptation sans faille de vos citoyens à l'ouverture totale des frontières et à la globalisation, de même que leur adhésion à cette Europe mal aimée ne se matérialiseront que grâce à une croissance stable.
  • C'est-à-dire par une société plus égalitaire, en établissant enfin une croissance au long cours, exempte de l'implosion épisodique de bulles spéculatives, où le travail redeviendrait une valeur.

 

🔴   Michel Santi est un macro économiste et un spécialiste des marchés financiers.

Il est l'auteur de :  " Splendeurs et misères du libéralisme " et " L'Europe, chronique d'un fiasco politique et économique "

 

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-  L'Extrême-droite, rempart contre le (du) Capitalisme.

Jean-Christophe Sellin, conférence des AMFIS 2022, « Histoire de l’extrême droite en France »

  • Qu'est-ce que le fascisme ? 
    • La politique de Macron se résume à : " Si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi. Tu es riche donc méritant mais si tu es pauvre, c’est de ta faute, donc si c’est de ta faute, on ne t’aidera pas. " Ce précepte avait été inauguré par Adam Smith au XVIIIe siècle sur une base de rhétorique religieuse.
    • Il s'agit bien d'un extrémisme ultralibéral , une autre forme du fascisme. " Aide-toi et le ciel t'aidera "
    • Le fascisme apparaît quand les intérêts privés priment sur l’intérêt collectif, quand les gouvernements et leurs instruments de coercition sont au service du capital, des banques et des industriels et non plus au service du citoyen.
    • Il est entendu que le totalitarisme qui est une forme de fascisme engendre le mal absolu. Absolu parce que ce système ne connaît plus les limites de la moralité et de l’éthique. Le bien-être du citoyen n’a plus la moindre importance, et celui-ci est réduit à l’état d’outil de production, dans le meilleur des cas, de charge inutile quand il n’est pas apte à produire, voire à l’état de parasite à éliminer. Seule compte l’avidité de richesses de la caste dirigeante, toute autre considération étant devenue secondaire. 

Georges Orwell avait compris la consubstantialité du fascisme et du capitalisme, disant quil ne sert à rien de lutter contre le fascisme si on ignore le capitalisme.

 

https://twitter.com/JLMelenchon/status/1568531312557932546

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19 septembre 2022 1 19 /09 /septembre /2022 10:57
Crise politique : le miroir électoral

Les ceintures populaires des métropoles se sont portées un peu plus vers la gauche et les espaces extramétropolitains sont allés un peu plus vers l’extrême droite : les deux constats ne s’opposent pas l’un à l’autre ; ils sont deux faces de la même réalité.

 

Abstention, rapport des forces gauche/droite, vote des fonctionnaires, ancrage des idées d’extrême droite... Le résultat du cycle électoral 2022 continue de nourrir de vigoureux débats à gauche. Deux enquêtes récentes fournissent de nouveaux éléments de compréhension. Analyse de Roger Martelli.

Deux rapports viennent compléter les regards portés sur les élections de l’année. Le premier est paru cet été sur le site de Fondapol, la fondation de droite présidée par Dominique Reynié, sous le titre « Mutations politiques et majorité de gouvernement dans une France à droite[1] ». Le second est une note de recherche du politiste Luc Rouban, paru sur le site du Cevipof et portant sur « le vote des fonctionnaires à l’élection présidentielle de 2022[2] ». Les deux études s’appuient sur des données de l’institut de sondage OpinionWay, téléchargeables sur le site de Fondapol[3]. Nous en résumons ici les principales conclusions.

 

Sources : Regards.fr par Roger Martelli | mis à jour le 29/11/2022

- Abstention : vers l’infini et au-delà ?
La crise politique s’épaissit. L’abstention grandit, d’élection en élection. À la présidentielle, elle est passée de 15,3% en 1965 à 27,9% en 2022. Aux législatives, elle s’incruste au-delà du seuil des 50%. L’enquête OpinionWay nous en livre les ressorts, sociologiques et politiques.

 

(1) La colonne additionne le pourcentage des interviewés qui répondent : « Parce qu’aucun candidat ne correspond à mes idées », « C’est ma façon de protester contre le système politique actuel », « C’est la même politique qui est menée quel que soit le résultat » et « Mon vote ne sert à rien ».

 

L’abstention législative garde les caractéristiques sociologiques qui séparent les catégories les plus aisées (35% d’abstentions chez les revenus mensuels supérieurs à 3500 euros) et les chômeurs (75% d’abstentions). L’âge, les faibles revenus, les statuts jugés inférieurs et les formations courtes continuent de creuser la distance des individus avec le fait électoral. Mais le motif de la prise de distance reste ouvertement politique : la moitié des abstentionnistes invoquent l’absence d’intérêt pour une élection dont on estime volontiers qu’elle ne sert à rien.

 

La dimension protestataire du vote est renforcée par la distribution des résultats. Les partis dominants n’ont plus le vent en poupe. Le PS et l’UMP se partageaient 56% des suffrages présidentiels en 2012, 26% en 2017 et 6% à peine en 2022. Le total des suffrages obtenus par Macron, Pécresse et Hidalgo approche tout juste le quart des électeurs inscrits (en 2017 encore, les candidats supposés « gouvernementaux » en totalisaient 38,2%).

 

 

- Tout va bien pour le RN !
Si la coalition des députés composant la Nupes forme le second bloc derrière la majorité relative macronienne, c’est le Rassemblement national qui peut se présenter comme le premier groupe d’opposition. Le plus préoccupant est que ses réserves électorales semblent loin d’être négligeables : 55% seulement des électeurs de Marine Le Pen du mois d’avril sont allés aux urnes en juin et ils sont plus nombreux (58%) que ceux de Jean-Luc Mélenchon (40%) à expliquer que leur absence est un geste de protestation contre le système électoral.

 

Quelle que soit l’élection de référence, présidentielle ou législative, premier ou second tour, l’extrême droite est le courant politique qui a le plus progressé en cinq ans. Cette progression n’est pas seulement l’effet d’un choix par défaut : 39% des électeurs se disent « tout à fait » ou « plutôt d’accord » avec les idées du RN (le pourcentage est de 28% pour LFI). Du coup, près de la moitié des interrogés (47%) voient comme « une bonne chose » l’entrée en force de l’extrême droite à l’Assemblée.

 

Les élections suggèrent donc, tout à la fois, une poussée de l’extrême droite – y compris en dehors de ses zones de force devenues traditionnelles – et une droitisation de la droite. C’est là encore près de la moitié (47%) des électeurs LR qui se disent proches des idées du RN, au point que les électeurs de droite sont plus nombreux (39%) à souhaiter un accord de LR avec le RN qu’avec la Macronie (34%). Voilà qui n’a rien d’étonnant, si l’on tient compte de ce que, pour 59% d’entre eux, le RN est capable de gouverner et que, aux yeux de 52%, le parti lepéniste incarne même une société dans laquelle ils souhaiteraient vivre.

 

Du point de vue idéologique, on aurait tort de sous-estimer le poids persistant des enjeux migratoires. Il est vrai que la plupart des sondages suggèrent depuis quelques mois que l’immigration n’est plus dans le trio de tête des sujets qui « préoccupent » les Français (la palme revient en général au pouvoir d’achat, à l’insécurité et aux enjeux sanitaires).

 

Mais ce n’est pas parce que les mots de l’immigration n’affleurent pas sur le terrain qu’ils n’agissent pas, confortant la conviction classique selon laquelle le RN « dit tout haut ce que les Français pensent tout bas »… Quand OpinionWay propose par exemple à ses interlocuteurs l’item « La plupart des immigrés ne partagent pas les valeurs de notre pays et cela pose des problèmes de cohabitation », plus de 90% des proches de l’extrême droite répondent affirmativement. Mais 80% des électeurs de la droite classique en font de même et les deux tiers des « sans préférence partisane » et des abstentionnistes. Au total, ce n’est qu’une courte majorité de 53% qui repousse l’idée centrale de la grande menace migratoire.

 

 

- Fonctionnaires : une citadelle pour la gauche ?
Pour le Cevipof, Luc Rouban a scruté plus particulièrement le comportement des fonctionnaires.

Nous l’avons résumé ici en deux tableaux, le premier qui synthétise le vote salarié en fonction des statuts du public, le second qui mesure les grandes évolutions entre 2017 et 2022.

 

[cliquez sur le graphique pour l’agrandir]

 

Le premier tableau confirme, dans le monde du salariat, la tripartition observée dans l’ensemble des suffrages exprimés. La droite et l’extrême droite (37% et 34%) sont en tête chez les salariés du privé, où la gauche est au-dessous de sa moyenne nationale (28%). En revanche la gauche est en tête (37%) dans la fonction publique d’État où elle dépasse sensiblement sa moyenne nationale et où l’extrême droite est plus à la traîne (28%). Les situations sont plus équilibrées dans les entreprises publiques, la fonction publique territoriale et la fonction publique hospitalière.

 

Les zones de force de la gauche restent dans le monde enseignant (49%) et les catégories A de la fonction publique (43%), celles de la droite macronisée restent du côté des cadres du privé et celles de l’extrême droite chez les policiers et militaires[5]. Mais cette situation a évolué entre 2017 et 2022, parfois de façon sensible.

Entre les présidentielles de ces années-là, la gauche radicale s’est renforcée chez les employés du privé, les fonctionnaires d’État et les catégories A, tandis que la droite a reculé dans la fonction publique d’État et les catégories A. Ce recul a droite est d’abord celui de la droite classique : à l’exception du monde enseignant – éloigné par quelques années de « blanquerisme » militant – la Macronie résiste plutôt bien, notamment en milieu hospitalier.

 

  • Mais, une fois de plus, c’est le Rassemblement national qui tire les marrons du feu. Il progresse de plus de 10% chez les cadres du privé, les enseignants et les hospitaliers et il se consolide sensiblement du côté des entreprises publiques et de la territoriale. La perte de confiance dans l’institution publique et la confusion grandissante du privé et du public brouillent les perceptions et déplacent les rapports de force électoraux.
  • Le second tour amplifie encore le mouvement. Marine Le Pen gagne 9% entre 2017 et 2022 dans la fonction publique d’État, 7% dans la territoriale et jusqu’à 15% chez les hospitaliers. Elle progresse dans toutes les catégories de fonctionnaires : 7% chez les « A », 13% chez les « B » et 9% chez les « C » (où elle attire les votes de 46% d’entre eux, quasiment la moitié de la catégorie).
  • Ayant pris ses distances avec l’ultralibéralisme de la droite traditionnelle, le RN a installé l’extrême droite comme une concurrente de la gauche sur le terrain du « social ». S’arc-boutant sur la défense des agents publics les plus défavorisés, Marine Le Pen a permis que, par un étonnant paradoxe, la protestation contre la confusion du privé et du public tourne avant tout au bénéfice de l’extrême droite, sans que le macronisme soit pour autant irrémédiablement distancé.

 

 

- Le devoir de lucidité
Malgré le grand retour de la gauche au sein de l’hémicycle (la Nupes rate la victoire entre 0,13 et 0,25 % du total des voix[4]), le cycle électoral de l’année 2022 a tourné plutôt en faveur de l’extrême droite. L’image des « deux France » chère à Christophe Guilluy est certes trop simple pour être retenue. Mais la gauche aurait tort de sous-estimer une réalité globale marquée par une conjonction, qui n’est hélas pas propre à la France et qui juxtapose une translation vers la droite du champ politique et une division accentuée des catégories populaires.

 

La spectaculaire abstention de la consultation législative, notamment dans les catégories populaires, atténue l’image sociologique dessinée par le premier tour de la présidentielle d’avril. Mais elle ne contredit pas les tendances alors dégagées. Le tableau ci-dessous reprend les données de l’enquête OpinionWay, en triant les pourcentages de pénétration des votes Nupes et RN, de part et d’autre de leur moyenne nationale.

 

[cliquez sur le graphique pour l’agrandir]

 

  • Plus que le vote Mélenchon d’avril, le vote en faveur de la Nupes est assez homogène : elle obtient rarement moins de 20% et rarement plus de 33%. Mais le profil général de cet électorat est typé : les pourcentages les plus élevés concernent les catégories jeunes, notamment lycéennes et étudiantes, les « CSP + » et les professions intermédiaires, les formations au-delà du baccalauréat, les revenus moyens et les grandes villes avec en tête l’aire urbaine de Paris et l’Île-de-France.
  • De son côté, le profil du vote RN est plus éclaté mais reste dominé par les catégories les plus populaires et les moins pourvues en « capital » matériel et culturel, installé en dehors de l’espace métropolitain et francilien.

 

La crise voue chaque situation à l’instabilité et rien n’indique que l’extrême droite a gagné définitivement la bataille de l’hégémonie et engagé inexorablement le processus qui peut la conduire au pouvoir. Mais elle a pour l’instant marqué des points importants, sur les terrains où elle est attendue (la protection, l’identité, l’immigration) et sur ceux où on l’attendait beaucoup moins (le social, la peur de l’avenir, la colère devenue ressentiment).

 

La gauche va mieux, elle s’est renforcée sur son flanc gauche et elle s’est réunie entre mai et juin. Mais elle reste dans ses basses eaux, n’a que partiellement regagné des points dans les milieux populaires et elle se retrouve profondément déséquilibrée. Elle est plus que concurrencée par l’extrême droite sur le terrain de la colère et n’a pas encore convaincu que ses projets de société sont renouvelés, pertinents et réalisables. Le temps de l’entre-deux est celui des possibles : le problème est qu’il en est des progressifs et d’autres trop tangibles et régressifs. Promouvoir les uns et conjurer les autres n’est pas qu’une affaire de volonté : c’est avant tout une question de pensée – et donc de repensée – et un processus maîtrisé de pratique populaire partagée.

 

Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu.  Bertolt Brecht

 

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- Retrouvez la conférence des #AMFIS2022 intitulée : « Vote RN et « assistanat » : que fait-on ?

Retrouvez la conférence des AMFIS 2022 intitulée : " Vote RN et " assistanat " : que fait-on ? ", avec : François Ruffin, député LFI-NUPES * Alma Dufour, députée LFI-NUPES * Charlotte Leduc, députée LFI-NUPES

 

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22 août 2022 1 22 /08 /août /2022 11:21
Quand le RN fait « l'apologie de l’Algérie française et des crimes de la colonisation » et notamment de l'attentat du Petit Clamart
Quand le RN fait « l'apologie de l’Algérie française et des crimes de la colonisation » et notamment de l'attentat du Petit Clamart

En juin 2022, José Gonzalez député RN, doyen de l'Assemblée Nationale " ne sait pas dire si l'OAS a commis des crimes ou non ", fait l'apologie de l'Algérie française et des crimes de la colonisation... reçoit le soutien de Marine Le Pen[4]

 

et le 30 décembre 2022, il est nommé par le bureau de l’Assemblée nationale comme vice-président du groupe d’amitié France Algérie[9].

 

 

Attentat manqué contre le général De GAULLE, le 22 août 1962 au Petit Clamart perpétré par 2 commandos de l'OAS[2(cette organisation fera plus de 2300 morts[2]...) quasiment simultanément au passage de la DS présidentielle, faisant un blessé à bord de son automobile Panhard et des dégâts à la vitrine d'un magasin situé sur la ligne de tir du second commando.

Le général de Gaulle et son épouse en sortent miraculeusement indemnes[1].

Retour sur cet événement perpétrés par des ultras de l'Algérie française.... et de l'utilisation qui en est faite aujourd'hui, quand le RN (Rassemblement National) fait « l'apologie de l’Algérie française et des crimes de la colonisation » et notamment de l'attentat du Petit Clamart... ou baptise une place du nom de Pierre Sergent, l’un des principaux fondateurs et dirigeants de l’Organisation de l’armée secrète (OAS)... 

 

 

Sources : INA - Eric DURAND | mis à jour le 02/01/2023

- Nous sommes en août 1962
L’Algérie est indépendante depuis le 5 juillet. Depuis des années, ce nom cristallise les tensions entre Français favorables au maintien de ce vaste territoire sous souveraineté française et ceux qui réclament son indépendance. Pire, depuis le début de 1961, l’Organisation de l’Armée secrète[2] (OAS) pose des bombes en Algérie et en métropole pour signifier à l’Etat son refus de l'indépendance.

 

Le général de Gaulle, appelé au pouvoir en 1958 en raison de cette même crise algérienne, est vu comme le dernier espoir des partisans de l’Algérie française. Mais rapidement, dès 1959, il prend conscience de l’impossibilité du maintien de la politique coloniale. Pour vivre la destinée mondiale chère à ses yeux, la France doit se débarrasser de cette guerre d’un autre âge, ingagnable politiquement, et se recentrer sur une modernité européenne, qui se matérialisera en 1963 par la réconciliation avec l'Allemagne.

 


- Pour l’OAS, le général de Gaulle, surnommé par dérision « le guide », devient l’ennemi numéro 1
Le 8 septembre 1961, le convoi du président en route vers Colombey-les-Deux-Églises est victime d’un attentat à la bombe à Pont-sur-Seine, dans l’Aube. Le convoi est indemne et les auteurs de l’attentat, qui se réclament de l’OAS, sont arrêtés. Tous, à l’exception du « cerveau » qui reste non identifié.

 


- Une attaque sur la route de l'aéroport
C’est dans ce contexte de violence contre la personne du chef de l'Etat qu’a lieu l’attentat du Petit-Clamart, le 22 août 1962. Après celui du Pont-de-Seine[5], les services de sécurité de l’Elysée ont obtenu du président qu’il se rende en avion dans sa résidence champenoise de Colombey afin d'éviter la longue route en voiture. Pour ce faire, le cortège doit se rendre à l’aéroport de Villacoublay, situé dans les Yvelines.

 

En début de soirée, ce 22 août, à 19h45, la DS-19 présidentielle quitte l’Elysée en compagnie d’une voiture de sécurité et de deux motards. Sur la banquette arrière se sont assis de Gaulle et son épouse. Le véhicule est conduit par le chauffeur attitré du Palais, le gendarme Francis Marroux. A ses côtés prend place le général de Boissieu, gendre du président. 

 

A 20 h 20 le convoi approche du carrefour du Petit-Clamart. La route est dégagée, à l’exception d’une estafette jaune garée sur le bas-côté. Alors que la voiture arrive à sa hauteur, plusieurs armes automatiques se mettent à tirer. La DS est touchée à plusieurs endroits. Le chauffeur accélère mais une seconde voiture, une Citroën ID-19 bleue, la prend en chasse. Les occupants ouvrent le feu à plusieurs reprises avant de prendre la fuite.
Malgré le choc de l’attentat, le chauffeur parvient à Villacoublay. Le président et tous les passagers de l’escorte sont indemnes.

 


- Un commando de douze hommes
Une gigantesque chasse à l'homme est lancée le soir même. L’enquête aboutit au bout de seulement quinze jours, bénéficiant de hasards et d’étonnantes imprudences des conjurés. Les suspects sont interpellés et avec eux sont retrouvées leurs armes. Certains d'entre eux préparaient une nouvelle opération visant à nouveau le président. Qui sont-ils ?

 

Le commando se compose de douze hommes, Jean Bastien-Thiry en est l’énigmatique leader. Il s'agit d'un homme de 34 ans, brillant polytechnicien, lieutenant-colonel de l’armée française, fervent catholique et patriote, qui voit en de Gaulle un « tyran » abandonnant l’Algérie française. Son second, Alain de La Tocnaye, considère de Gaulle comme un « cryptocommuniste », tout comme les Hongrois Lazlo Varga, Lajos Marton et Gyula Sari. Le reste du commando est composé de métropolitains et de Pieds-noirs.

 

 

- Le dernier fusillé de l’Histoire
Après les premières arrestations des membres du commando, Bastien-Thiry est à son tour arrêté le 17 septembre 1962. Le procès débute au fort de Vincennes le 28 janvier 1963. Neuf accusés sur les douze qui constituaient le commando comparaissent devant la Cour militaire de justice.

 

Le 4 mars 1963, Bastien-Thiry est jugé coupable de la planification de l’attentat et condamné à mort. Il est fusillé le 11 mars 1963 au fort d’Ivry. Il restera dans l’Histoire comme le dernier condamné à mort fusillé en France. On estime aujourd'hui que l'ingénieur fut également responsable de l'attentat de Pont-sur-Seine.

 

Alain de la Tocnaye et Jacques Prévost, eux aussi condamnés à mort, seront graciés en 1968, ainsi que les tireurs condamnés à différentes peines de réclusion. Pendant le procès, l’avocat de Bastien-Thiry, Maître Jean-Louis Tixier-Vignancourt, évoquera pour sa défense la thèse de l’enlèvement plutôt que la volonté de tuer. Une thèse très largement contestée, notamment par l’un des conjurés, Lajos Marton. Sur le plateau de « Tout le monde en parle» en 2005, ce dernier expliquait que la thèse de l'enlèvement était une invention des avocats[3] », et que l'ordre avait bel et bien été donné d'assassiner le président de la République.

 

 

- 28 juin 2022, José Gonzalez[5bis], député du Rassemblement national nostalgique de la colonisation, met le feu à l'hémicycle...

Le 28 juin se tenait la séance inaugurale de la nouvelle Assemblée nationale française issue des urnes. Comme le veut le règlement, c’est le doyen de l’hémicycle qui a présidé la première séance avant que les députés ne procèdent à l’élection du président de l’Assemblée. Cette tâche a échu à José Gonzalez, un député RN de 79 ans.

  • Son discours inaugural, qui n’a pourtant duré que cinq minutes, n’est pas passé inaperçu. Plusieurs propos tenus par ce pied-noir né à Oran en 1943 sont inacceptables[6] :
    • À sa sortie de l’hémicycle, face aux micros et aux caméras, cet ancien retraité et contrôleur d’exploitation à l’aéroport de Marseille en a remis une couche. Interrogé plus en détail sur son rapport à l’Algérie, il a affirmé qu’il n’était « pas là pour juger si l’OAS a commis des crimes ou non », invoquant au passage « des crimes d’un côté comme de l’autre » ;
    • « Venez avec moi en Algérie dans le Djebel, je vais vous trouver beaucoup d’Algériens qui vont vous demander « quand est-ce que les Français reviennent ? » », a-t-il déclaré ;
    • Et d’ajouter : « J’ai applaudi de Gaulle en 1958 quand il a clamé “vive l’Algérie Française !” » J’ai compris après qu’il ne fallait plus applaudir. » ;
    • et il va plus loin encore : « En expliquant à nos jeunes issus d’Afrique du Nord qu’on a commis des crimes contre l’humanité contre leurs parents, comment voulez-vous qu’ils se comportent avec nous et nous respectent ? », a-t-il déploré.
       

 

- Ces phrases n’ont rien à faire au cœur d’une institution de la République.
Car derrière ces mots de José Gonzales, c’est un passé colonial, l’OAS et la torture, qui raisonnent. Certains ont voulu faire croire, et certains ont cyniquement cru, que l’héritage de Jean-Marie Le Pen n’était plus. Que le Rassemblement national avait changé. Preuve s’il en fallait, que quand le vernis craque, le RN est bien et restera toujours d’extrême-droite.

 

Par ces quelques mots, en guise de lancement d’une nouvelle période, José Gonzales nous rappelle l’histoire du Rassemblement national : un parti fondé en 1972 par des anciens de l’OAS, des gradés de la Waffen SS[7].

 

Nous débutons donc cette XVI législature par un hommage appuyé à l’Algérie française. Symbole de l’extrême droitisation des débats qui s’annonce pour les 5 ans à venir ?

 

Quand le RN fait « l'apologie de l’Algérie française et des crimes de la colonisation » et notamment de l'attentat du Petit Clamart

 

- Et ça continue...

Par une délibération du conseil municipal du 22 septembre 2022, la mairie RN de Perpignan (Pyrénées-Orientales), conduite par Louis Aliot, membre du RN, baptise une place du nom de Pierre Sergent, l’un des principaux fondateurs et dirigeants de l’Organisation de l’armée secrète (OAS)...

 

Comment s'en étonner, en 1982, François Mitterrand, n'a t-il pas ouvert la porte en faisant voter une quatrième loi d'amnistie[8], qui permet notamment aux généraux ayant organisé le putsch d'avril 1961 de toucher leur retraite d'officiers généraux et d'être réintégrés dans leurs décorations.

 

Le RN dans les pas de l’OAS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes :

[1] Il y a 60 ans, de Gaulle réchappe à l'attentat du Petit-Clamart

[2] Organisation de l'armée secrète

[3] Lajos Marton à propos de l'attentat du Petit-Clamart

[4] Marine Le PEN défend le député RN José Gonzales après ses propos sur l'OAS

[5] Attentat de Pont-sur-Seine

[5bis] José Gonzalez

[6] Les propos de José Gonzalez député RN

[7] Les anciens SS ont reconstruit l'extrême droite française après 1945

[8En 1982, François Mitterrand fait voter une quatrième loi d'amnistie, qui permet notamment aux généraux ayant organisé le putsch d'avril 1961 de toucher leur retraite d'officiers généraux et d'être réintégrés dans leurs décorations.

[9] La macronie complice... de la nomination de la honte. José Gonzales député d’extrême-droite, nostalgique de l’Algérie française et défenseur de l’OAS, devient vice-président du groupe d’amitié France Algérie.... nommé par le bureau de l’Assemblee nationale !

 

Pour en savoir plus :

- Scandale : une vidéo du Monde dédiabolise le RN et la famille Le Pen

- Pourquoi le RN a honte de célébrer ses 50 ans ? Car il a été fondé par un Waffen SS

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5 août 2022 5 05 /08 /août /2022 13:35
Une proposition légitime de résolution du PCF assimilant Israël à " un régime d'apartheid " crée de hystérie au sein de la majorité gouvernementale LREM/RN/LR
Une proposition légitime de résolution du PCF assimilant Israël à " un régime d'apartheid " crée de hystérie au sein de la majorité gouvernementale LREM/RN/LR

Apartheid Israélien, il y a urgence à mettre fin au bal des Hypocrites... et en tout état de cause, « Critiquer l’exécutif israélien, ce n’est pas être antisémite »

 

Pour faire la clarté : L’apartheid est un terme afrikaans qui signifie « séparation » et désigne la politique dite " de développement séparé " instaurée par le Parti national afrikaner (NP) en 1948, dans une Union sud-africaine encore sous domination britannique[0].

A juste titre, la proposition de résolution du groupe parlementaire PCF #Nupes[1" condamne l'institutionnalisation par Israël d'un régime d'apartheid à l'encontre du peuple palestinien[0bis] " et veut faire reconnaître le boycott des produits israéliens par l'Assemblée nationale, avec le soutien de 38 députés PCF, PS et un écologiste et LFI de l'intergroupe #Nupes cosignateurs.

 

Les Palestiniens priés d’emprunter des bus différents des colons
Voilà qui justifie la résolution contre le régime d'apartheid israélien

 

Sources : Durand Eric  mis à jour le 11/08/2022

- Tout d'abord, pour expliquer l'agitation parlementaire, retour sur un concept non négociable " Non, antisionisme et antisémitisme ne sont pas synonymes "... et pourtant remis en cause par la macronie

Tout part des propos de Manuel Valls (1er Ministre de François Hollande)[1bis], selon qui l’antisionisme est « tout simplement le synonyme de l’antisémitisme et de la haine d’Israël ». Prononcée le 7 mars 2016 lors du dernier dîner annuel du Crif (Conseil représentatif des juifs de France)[2], organisme principalement consacré à la défense des gouvernements israéliens successifs auprès des autorités françaises,, cette accusation vise à faire peser un soupçon indistinct d’infamie sur les mouvements de solidarité avec les Palestiniens. et a été contestée, notamment par Pascal Boniface, Fondateur et directeur de l’Institut de recherches internationales et stratégiques (Iris)[2bis]

  • Et ils ne lâchent rien en la matière. Le 12 Novembre 2019 a été présenté à l’Assemblée nationale une résolution LREM visant à assimiler la critique du sionisme à un acte antisémite[3].
    • En réaction, 125 universitaires juifs lancent un appel à l’Assemblée Nationale : " Ne soutenez pas la proposition de résolution assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme et approuvant la définition de l’IHRA "[4].
    • Le 3 décembre 2019, L'assemblée nationale adoptait la définition de l'antisémitisme de l'IHRA appelée « RÉSOLUTION MAILLARD (député LREM) [4bis] » (texte résolution n° 2403[5])... et dont le contenu fait débat. (Pour la Ligue des Droits de l'Homme, il s'agit d'UN TEXTE AMBIGU ET TRÈS CONTROVERSÉ[6]).
    • Précision : La résolution de l’Assemblée Nationale est un acte par lequel l’Assemblée émet un avis sur une question déterminée. Cette résolution est de faite, non contraignante mais constitue une restriction à la liberté d’expression, cela peut s’assimiler à un délit d’opinion[6].
    • Et aujourd'hui, dénoncer et combattre le régime d'apartheid israéliens ferait de nous des antisémites... nous ne céderons pas !

 

 

- C'est dans ce cadre que lors de la présentation de la résolution du PCF[1], le 2 août les masques sont définitivement tombés

En l'absence de majorité, dans un contexte socio-économique hyper tendu, ce 2 août, le gouvernement a abattu sa dernière carte face à l'opposition de gauche en la vouant aux gémonies de l'antisémitisme.

 

Ce fut d'abord le très sioniste soutien du gouvernement Netanyahou, M Habib[10] qui sonna la charge. Ses insultes auraient pu en " toucher une sans faire bouger l'autre ", tant l'homme est connu pour ces outrances pro israéliennes et islamophobes. Cependant, le garde des sceaux, qui au lendemain des législatives fut l'un des tous premiers à tendre la main à l'extrême droite, reprend à son compte les accusations. Puis Éric Dupond-Moretti qui a mis de l'huile sur le feu. Enfin ce fut au tour de Madame Borne, première ministre sans portefeuille ni pouvoir de tenter avec ses gros sabots de scinder l'opposition de gauche en déclarant que bien sûr PCF EELV et PS étaient dans le champ républicain tout en excluant LFI.

 

Dans cette ambiance particulièrement pesante où l'accusation d'antisémitisme est portée contre les députés et les partis de la NUPES, ce sont toutes les composantes de gauche que l’on veut délégitimer en les accusant d’antisémitisme. 

 

C'est ainsi que le député communiste Jean-Paul Lecoq, premier signataire de la résolution sur Israël[1] déposée par plusieurs élus de la Nupes, a vivement protesté. Et à l'initiative des députés de la France insoumise, la quasi-totalité des élus de gauche ont quitté l'hémicycle.

 

 

- Et c'est dans ce contexte que l'Union Juive Française pour la Paix dénonce : " l'Apartheid, le bal des Hypocrites[9] "
Selon elle (extrait), l’institutionnalisation de l’apartheid par Israël ne fait plus aucun doute pour les juristes internationaux, qu’ils opèrent dans les institutions officielles ou dans les grandes ONG...

  • Non, le crime d’apartheid ne se juge pas par l’identité de forme avec le régime imposé par le pouvoir blanc en Afrique du Sud[0], maintenant honni par tous quand il bénéficiait jusqu’à sa chute du soutien de bien des discoureurs d’aujourd’hui (notamment le soutien permanent d’Israël, soit dit en passant).
  • Oui par le refus du droit au retour des réfugiés, par les discriminations institutionnelles entre Juifs et Palestiniens en Israël même comme dans les territoires occupés, par le blocus de Gaza, Israël coche de nombreuses cases de l’énumération des caractéristiques d’un régime d’apartheid dans les différentes conventions internationales sur le crime d’apartheid.

 

Et le crime d’apartheid ne résume pas à lui seul tous les crimes de guerre et crimes contre l’humanité que commet Israël.

 

Nous avons déjà dénoncé la campagne de calomnies qui s’est immédiatement développée dès la publication de ce projet de résolution[1] : les défenseurs inconditionnels du sionisme, sans le moindre argument pour critiquer l’argumentation du projet de résolution, ont aussitôt brandi hors de toute décence l’argument de l’antisémitisme, dès lors que les fondements de la création d’Israël sont interrogés. Cette campagne d’une droite sioniste décomplexée (la LICRA, le CRIF, Goldnadel, Prasquier, Aurore Bergé, Sylvain Maillard, Meyer Habib[10]…) bénéficie du silence des autorités de l’État, occupées à recevoir avec les honneurs le commanditaire de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, avant que cet après-midi même le Garde des Sceaux crée le buzz en relançant l’accusation inepte d’antisémitisme contre « l’extrême gauche ». Cette campagne se déroule au moment où précisément Israël est dans un temps fort de colonisation, notamment à Jérusalem Est, et dans un temps fort de discriminations légales visant à favoriser les expulsions et les départs des Palestiniens.

 

Cependant, nous devons dire un mot des critiques adressées au projet de résolution par ceux qui se veulent progressistes, mais veulent encore aujourd’hui protéger l’État d’Israël des accusations portées par le projet, en cherchant à tout prix et contre toute évidence à ne voir dans les crimes commis que le résultat des politiques des gouvernements de droite....

 

On voit le Centre Medem, faisant fi de ses origines antisionistes du Bund, dénoncer de même ce projet. Lui aussi fait semblant de croire que seul le régime sud-africain mérite le terme d’apartheid. Et il ose même reprocher au projet d’ignorer « (…) délibérément la participation active des citoyens arabes aux instances de la démocratie israélienne », faisant probablement référence au parti de la droite islamiste arabe un temps associé en roue de secours aux projets réactionnaires du gouvernement Bennett !

 

  • Non, la destruction des Juifs d’Europe n’autorise pas Israël à se parer de cette Histoire pour justifier d’être hors-la-loi commune. L’égalité des droits est un combat qui vaut pour toutes et tous. Il vaut pour ici comme pour là-bas. Nous le poursuivrons sans relâche.
Une proposition légitime de résolution du PCF assimilant Israël à " un régime d'apartheid " crée de hystérie au sein de la majorité gouvernementale LREM/RN/LR

Notes :

 [0L’apartheid est un terme afrikaans qui signifie « séparation » et désigne la politique dite " de développement séparé " instaurée par le Parti national afrikaner (NP) en 1948, dans une Union sud-africaine encore sous domination britannique

[0bisLes Palestiniens priés d’emprunter des bus différents des colons

[1Proposition de résolution de M. Jean-Paul Lecoq condamnant l'institutionnalisation par Israël d'un régime d'apartheid à l'encontre du peuple palestinien

[1bisManuel Valls

[2Dîner du Crif: pour Valls, «l'antisionisme est synonyme de l'antisémitisme»

[2bis] Fondateur et directeur de l’Institut de recherches internationales et stratégiques (Iris), Pascal Boniface publie un ouvrage pour répondre à ses détracteurs, parmi lesquels l’ancien premier ministre Manuel Valls, qui l’estampillent « antisémite » 

[3] PROPOSITION DE RÉSOLUTION visant à lutter contre l’antisémitisme

[4Sionisme et ainsi de suite… par Jean-Luc Mélenchon

[4bis] Le 28 mai 2019, le député Sylvain Maillard avait participé à une conférence aux côtés de Yossi Dagan, un leader militant des colons, qui préside une autorité de l’État Israélien en charge des colonies en Cisjordanie occupée.

[5Analyse du scrutin public n° 2338 sur la proposition de résolution visant à lutter contre l’antisémitisme

[6] DÉCRYPTAGE DE LA RÉSOLUTION DITE « RÉSOLUTION MAILLARD »

[9] Apartheid, le bal des Hypocrites

[10] Un député français (UDI) “porte-parole” de Benyamin Netanyahou à l’Assemblée nationale

 

Pour en savoir plus :

- Non, antisionisme et antisémitisme ne sont pas synonymes

- Antisémitisme : en finir avec le poison de la rumeur par Manuel Bompard

- Dans un contexte particulièrement pesant où l'accusation d'antisémitisme est portée contre les députés et les partis de la NUPES, des communistes ont décidé de répondre à une tribune de Michel Onfray ciblant le PCF parue le 31 juillet dans le JDD.

- Corbyn n’est pas antisémite. Son vrai péché est de se battre contre l’injustice dans le monde, dont sa version israélienne.

- L’Afrique du Sud demande qu’Israël soit déclaré "État d’apartheid"

- Contre vents et marées, la résistance palestinienne, debout !

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4 août 2022 4 04 /08 /août /2022 08:31
Antisémitisme : en finir avec le poison de la rumeur par Manuel Bompard

« Chaque accusation publique sera poursuivie devant les tribunaux. Car il est temps que cesse cette infamie. »

 

Ce mardi 2 août, dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti et la Première ministre Elisabeth Borne se sont déshonorés. En donnant un caractère officiel au procès abject en antisémitisme mené à l’encontre de la France insoumise, ils ont, non seulement, insulté une partie de la représentation nationale mais ont rendu, par la même, un bien mauvais service à la lutte contre l’antisémitisme.

 

Sources : par Manuel Bompard (Député France insoumise #Nupes de Marseille)|

- Eric Dupond-Moretti parle de Jérémy Corbyn, l’ancien chef du Parti travailliste britannique.
Il faut rappeler que si celui-ci a été suspendu de son parti le 29 octobre 2020 à la suite de la publication d’un rapport sur l’antisémitisme, il a été réintégré par l’instance dirigeante du parti le 17 novembre 2020[1].  Il ne lui était d’ailleurs pas reproché des propos ou des actes antisémites, mais de ne pas avoir agi suffisamment contre l’antisémitisme. De plus, nous n’avons pas de lien particulier avec lui. Profiter de sa présence en France pour transformer nos parlementaires en antisémites est donc d’une malhonnêteté crasse. C’est l’histoire de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours.

 

Pire encore, alors que cette résolution est à l’initiative de nos camarades communistes, Elisabeth Borne l’utilise pour flageller les insoumis tout en absolvant les autres groupes de la NUPES. Car en réalité, elle n’a rien à faire de la véracité des attaques qu’elle profère. Elle poursuit seulement un objectif politique : détacher la France insoumise des autres composantes de la NUPES pour empêcher toute possibilité d’alternative à gauche. Mais cette tentative est vaine, comme l’a démonté notre réaction commune face aux propos des ministres au sein de l’hémicycle.

 

 

- Ces interventions ne s’appuient donc sur aucun élément sérieux.
Elles ne visent qu’à propager le poison de la rumeur pour disqualifier l’opposition principale à Emmanuel Macron et à sa politique. Car une fois ces polémiques absurdes écartées, il ne reste plus que les faits. Ils sont simples et méritent d’être énoncés clairement.

  • Aucun militant, dirigeant ou élu de la France insoumise n’a jamais tenu de propos ou commis d’actes antisémites. 
  • Aucune poursuite pour antisémitisme n’a jamais été engagé contre une personne appartenant à la France insoumise. 
  • Les procédures judiciaires engagées par Jean-Luc Mélenchon contre ceux qui l’avaient accusé d’antisémitisme se sont traduites par des condamnations pour diffamation. 

 

 

- Le débat politique, même conflictuel, mérite mieux que ces tentatives de disqualification.
Elles posent d’ailleurs un problème de cohérence.
Car s’il y a des antisémites sur les bancs de l’Assemblée Nationale, il faut les traduire devant les tribunaux. Et si nous sommes, nous, députés de la France insoumise, des antisémites, alors il n’est pas compréhensible que trois ministres du gouvernement d’Emmanuel Macron viennent débattre (sans complaisance) avec nous lors de nos prochaines universités d’été. Dupond-Moretti et Borne doivent donc s’excuser.

 

Car nous n’avons pas l’intention de courber l’échine.

  • Chacune de ces attaques donnera lieu, de notre part, à une réaction claire et immédiate, comme nous l’avons fait ce mardi en quittant l’hémicycle.
  • Et chaque accusation publique sera poursuivie devant les tribunaux.

Car il est temps que cesse cette infamie.

 

Notes :
[1] Corbyn n’est pas antisémite. Son vrai péché est de se battre contre l’injustice dans le monde, dont sa version israélienne.

 

Pour en savoir plus

- Le gouvernement d'un président qui a reçu à l’Élysée, par Emmanuel Macron en personne, Elie Hatem, défenseur de l’antisémite Charles Maurras

- Le gouvernement d'un président qui a rendu hommage à Pétain accuse un parti de gauche d'antisémitisme.

 - Jean-Luc Mélenchon : Corbyn : la synthèse mène au désastre

Antisémitisme : la faute majuscule de la Macronie

- Un député français (UDI) “porte-parole” de Benyamin Netanyahou à l’Assemblée nationale

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2 août 2022 2 02 /08 /août /2022 22:57
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes

Mesures Macron d'urgence pour la protection du pouvoir d'achat : « On aura vu le vrai visage du RN »...

Résultat « Ceux qui ne sont rien » auront des miettes[1] !

...la loi « pouvoir d’achat » n’augmente pas le pouvoir d’achat mais entérine sa baisse[1bis] !

 

Demandée par la #Nupes[2] (LFI, EELV, le PCF et le PS), la hausse du SMIC à hauteur de 1 500 € nets n'a pas été adoptée par les députés. 257 parlementaires, dont Marine Le Pen ou Aurore Bergé, ont en effet voté contre. (257 parlementaires ont voté contre, 121 pour et 4 se sont abstenus, selon le site de l'Assemblée[3])
«  Main dans la main RN et macronistes refusent l'augmentation du SMIC. La pire droite d'Europe », a lancé sur Twitter Jean-Luc Mélenchon, l'ancien candidat insoumis à la présidentielle[4].

«  On aura vu le vrai visage du RN qui vote contre les intérêts des plus pauvres. On aura vu le vrai visage de LREM qui s’allie avec le RN pour protéger les intérêts des plus riches », commente quant à lui le jeune député LFI Louis Boyard[5].

 

Sources : l'insoumission | mis à jour le 17/10/2022

- SMIC. « Nous voterons l’essentiel des mesures que vous proposez », avait, la veille du vote, déclaré Marine Le Pen dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, en s’adressant au gouvernement[6].

Quel autre exemple que celui-ci pour illustrer l’alliance LREM & RN qui a été observé pendant plusieurs semaines à l’Assemblée ?

  • Après que les députés macronistes aient votés pour faire élire deux députés d’extrême-droite du RN à la vice-présidence de l’Assemblée[7] ;
  • après que les députés du RN aient refusé de voter la motion de censure du gouvernement[8]...
  • nouvelle épisode de l’alliance capital-fasciste : le 20 juillet 2022 l’alliance LREM & RN a voté d'une seule voix contre l’augmentation du SMIC à 1500€ net proposée par la gauche (amendement #Nupes[9]), et lors du vote global de l'article 4 du projet de loi (qui ne prévoit pas le SMIC à 1 500€), vote POUR[10].

 

 

- Défendus par le parti présidentiel et par son allié objectif, le Rassemblement national, les intérêts du capital sont bien gardés.

L’examen du texte « paquet pouvoir d’achat » à l’Assemblée nationale, a laissé éclater au grand jour ce que l’insoumission martèle depuis des mois : Marine Le Pen et le Rassemblement national, derrière la communication, portent un programme économique de saignée des classes populaires[11] : Refus d’augmenter les salaires, mais également de bloquer les prix, de dégeler le point d’indice des fonctionnaires, recul sur les retraites, arnaque sur l’ISF, remboursement de la dette, maintien de la flat-tax, austérité dans les services publics… Marine Le Pen défend, main dans la main avec Emmanuel Macron, les intérêts du capital contre le travail.

 

 

- Macron et Le Pen, main dans la main contre l’augmentation du SMIC
Un accord de fond qui ne date pas d’hier. Pendant la campagne présidentielle, Marine Le Pen s’était positionnée contre l’augmentation du SMIC, comme Emmanuel Macron. Candidate du peuple et du pouvoir d’achat ? Que nenni. À la place, la responsable du Rassemblement national (RN) proposait de supprimer des cotisations sociales pour augmenter le salaire net[12]. C’est-à-dire prendre dans notre poche gauche pour mettre quelques euros dans notre poche droite.

 

  • Quoi de plus normal pour Marine Le Pen de VOTER POUR[13] le « paquet pouvoir d’achat » proposé par le gouvernement, ce projet de loi qui donne toujours plus au capital qu’au travail, validant le non blocage des prix, la non hausse du SMIC, des pensions de retraites au delà de l'inflation, la revalorisation des minimas sociaux au dessus du seuil de pauvreté, le non gel des loyers... ?

 

 

 

- Par ce geste, le RN acte son rapprochement idéologique avec le macronisme.

Ses députés approuvent la distribution de miettes et de chèques, portée par les députés LREM. Le parti d’extrême-droite montre aux yeux du monde qu’il n’a jamais lutté pour la hausse des salaires :

  • Que le RN ne compte pas changer de position à ce sujet ;
  • Que le RN est bien un allié tacite de Macron, un allié des intérêts du capital, contre les intérêts des travailleurs.

 

 

- Le député France Insoumise, Adrien Quatennens a dénoncé avec vigueur l’hypocrisie du RN.

« Le partage de la valeur, ce ne sont pas des primes. Ce sont des augmentations de salaires et offrir les conditions d’une vie digne aux travailleurs, de vivre de leur travail. Ce que précisément, vous aussi, en bonne alliée de la macronie, vous refusez. […] Vos électeurs vous voient. Vous vous couchez contre la logique macroniste qui vise à verser des primes aléatoires et des chèques ! », s’est-il exclamé dans l’hémicycle[14].

 

 

- « Nous voterons l’essentiel des mesures que vous proposez » : pour quelles miettes le RN a-t-il voté ?
Un article a été publié ici même 👉 [15] par les insoumis pour décortiquer le « paquet pouvoir d’achat » du gouvernement.

 

🟥 Que contient-il ? Miettes, chèques et mesurettes.

Voilà, ce alors que les Français sont pris à la gorge par l’inflation et qu’ils ont un besoin urgent d’augmentation de leurs salaires, ce que le RN a avalisé : 

  • Une revalorisation du point d’indice des fonctionnaires (+3,5%), présentée comme historique, mais inférieure à l’inflation. Cela revient à une perte sèche de pouvoir d’achat de 2,25% sur l’année pour les fonctionnaires ;
  • Aucun effort demandé aux 3,5% d’ultra-riches qui possèdent la moitié des logements du pays, alors que les Français vont pâtir de l’inflation des loyers, qui est leur premier poste de dépenses ;
  • Pas d’augmentation du SMIC ;
  • Pas de blocage des prix de l’essence et des biens de première nécessité ;
  • Aucune taxation des milliardaires qui se sont gavés pendant la crise sanitaire ;
  • Des primes pour les entreprises qui le voudront bien, des miettes payées par… le contribuable.

 

👉 En définitive, un paquet pouvoir d’achat d’où est absent le mot « salaires ».

  • Voilà ce que le RN a soutenu, main dans la main avec la macronie et les Républicains.
  • Une lune de miel pour soutenir le capital plutôt que le travail.
  • L’alliance capital-fasciste se confirme chaque jour un peu plus.

 

 

- Et pourtant...

Malgré la propagande macroniste, les français ont compris que la loi sur le pouvoir d'achat était surtout une manière de protéger les superprofits.

Pas convaincus par la loi pouvoir d’achat, les Français voulaient taxer les superprofits - EXCLUSIF

 

- Pour en savoir plus...

Macron et Le Pen contre les hausses de salaire ! | Débats à l'Assemblée

 

Notes

[1] « Ceux qui ne sont rien » auront des miettes

[1bis] LES SALARIÉS PERDENT DU POUVOIR D'ACHAT: LES HAUSSES DE RÉMUNÉRATION NE COMPENSENT PAS L'INFLATION

[2] Nupes

[3] 257 parlementaires ont voté contre, 121 pour et 4 se sont abstenus, selon le site de l'Assemblée

[4] Main dans la main RN et macronistes refusent l'augmentation du SMIC. La pire droite d'Europe. #DirectAN

[5On aura vu le vrai visage du RN qui vote contre les intérêts des plus pauvres.

[6] Loi pouvoir d’achat : « Nous voterons l’essentiel des mesures que vous proposez», annonce Marine Le Pen

[7] En récoltant respectivement 290 et 284 voix, les députés d’extrême droite ont été élus dès le premier tour grâce à des votes de la majorité et de la droite, dans un scrutin à bulletin secret.

[8Marine Le Pen refuse de voter la motion de censure du gouvernement déposée par LFI, l’alliance RN & LREM se confirme

Quels sont les députés qui ont voté la motion de censure présentée par la Nupes à l’Assemblée ?

[9Scrutin public sur l'amendement n° 844 qui veut porter le SMIC à 1 500€

[10] vote global de l'article 4 du projet de loi (qui ne prévoit pas le SMIC à 1 500€

[11] Le programme économique de Marine Le Pen : une saignée pour les classes populaires

[12] Dans une tribune aux « Echos », Marine Le Pen, propose que pour toute hausse de salaire de 10 % accordée à l'ensemble des salariés gagnant jusqu'à trois fois le SMIC, les entreprises soient exonérées de cotisations patronales sur cette augmentation, et ce pour les cinq années suivant 2022

[13] 21 juillet 2022 : l'Assemblée adopte en première lecture l'ensemble du projet de loi n° 19 portant " mesures d'urgence pour la protection du pouvoir d'achat "

[14] Macron et Le Pen contre les hausses de salaire ! | Débats à l'Assemblée - Adrien Quatennens

[15] Paquet « pouvoir d’achat » : des miettes mais surtout, surtout, pas d’augmentation des salaires

 

 

Pour en savoir plus :

- « “La prime Macron” creuse volontairement le déficit de la Sécurité sociale »

Pas convaincus par la loi pouvoir d’achat, les Français voulaient taxer les superprofits - EXCLUSIF

- Super-profits : le RN remercie le patron de CMA CGM, l’homme qui a pris 30 milliards en 1 an

Le RN vote contre le rétablissement de l’ISF, l’extrême-droite amie des riches

Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
Pouvoir d'achat : alliés, LREM, LR et le RN votent contre l'augmentation du SMIC à 1 500€ proposé par la #Nupes
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2 août 2022 2 02 /08 /août /2022 19:57
Antisémitisme : la faute majuscule de la Macronie
Antisémitisme : la faute majuscule de la Macronie
Antisémitisme : la faute majuscule de la Macronie
  • « Exempter le RN de tout antisémitisme quand on connaît son histoire pour en accuser LFI ? ! Mais quand le gouvernement a-t-il perdu le sens de la République ?[1] »
  • Antisémitisme, l’arme fatale[1bis] ?

 

En taxant les députés NUPES et singulièrement LFI d'antisémitisme en plein hémicycle, le gouvernement et les députés Renaissance, banalisent le crime et parachèvent la respectabilité présumée du RN.

 

Sources :  Rodolphe P. |

- Il ne leur reste que cela.
En l'absence de majorité, dans un contexte socio-économique hyper tendu, ce 2 août, le gouvernement a abattu sa dernière carte face à l'opposition de gauche en la vouant aux gémonies de l'antisémitisme.

 

Ce fut d'abord le très sioniste soutien du gouvernement Netanyahou, M Habib qui sonna la charge. Ses insultes auraient pu en " toucher une sans faire bouger l'autre ", tant l'homme est connu pour ces outrances pro israéliennes et islamophobes. Cependant, le garde des sceaux, qui au lendemain des législatives fut l'un des tous premiers à tendre la main à l'extrême droite, reprend à son compte les accusations. Enfin ce fut au tour de Madame Borne, première ministre sans portefeuille ni pouvoir de tenter avec ses gros sabots de scinder l'opposition de gauche en déclarant que bien sûr PCF EELV et PS étaient dans le champ républicain tout en excluant LFI.

 

Madame la première ministre, sans doute oublieuse de la quasi réhabilitation de Pétain, puis de Maurras par son patron entre 2018 et aujourd'hui, trouvait ce qu'elle pensait être une issue[2][3][3bis].

 

 

- L'accusation d'antisémitisme, jusqu'ici, faisait figure d'arme atomique à l'encontre de l'accusé.
Or, l'utiliser en ce lieu (l'Assemblée Nationale) et ainsi a deux effets délétères :

  • D'abord, elle banalise la gravité de l'accusation. Si, en effet, 75 députés étaient effectivement antisémites, ces derniers devraient être interdits d'assemblée, traduits devant la justice et condamnés. Or bien sûr rien de tel dans le cas présent. Conclusion, l'antisémitisme peut être brandi en plein parlement, par les plus hauts personnages de l'État sans que cela soit suivi du moindre effet réel hormis d'agiter les plateaux et les réseaux sociaux pour 24 heures. L'antisémitisme devient donc une accusation banale, courante, un effet de manche pour quiconque dispose d'une tribune.

 

  • Le second but de l'opération mediatico politique est purement politicien : il consiste à accoler Gauche (radicale) à antisémitisme dans une sorte de délire révisionniste officiel afin de mieux disculper les vrais antisémites historique, le courant antisémite ultra majoritaire à savoir l'extrême droite. C'est ainsi que le délirant Onfray, en retraçant la généalogie de l'antisémitisme, évite soigneusement d'évoquer le nazisme...et même les antidreyfusards pour fustiger l'antisionisme. Tenter ainsi de bouter hors de la République le camp qui célèbre l'homme qui en a forgé la devise, Robespierre, ( et qui se battit pour la citoyenneté pour les juifs !), pourrait être ridicule mais...

 

- C'est le troisième acte de la tragédie qui se joue en fait.

Après l'élection grotesque d'un Président détesté grâce à un électorat taxé aujourd'hui d'être antisémite, le deuxième acte fut celui de la trahison, par l'alliance manifeste de la minorité parlementaire avec les représentants fascistes du RN[4].

  • Le troisième acte est celui où le noeud gordien se resserre sur les acteurs. En abattant un mois après les élections la carte offensive la plus disqualifiante pour l'opposition, la Macronie est déjà à nu. Une fois l'effet retombé, que lui restera t il ? Rien si ce n'est la gestion des pots cassés. La Macronie n'a plus rien en stock, ni contre LFI, ni surtout contre le RN.

 

 

- La rentrée sera très compliquée à gérer

Les antifascistes macroniens à l'action


En effet, la rentrée sera très compliquée à gérer et le quatrième acte sera celui de la dissolution, celui où les protagonistes en se débattant dans tous les sens se condamnent définitivement. Le dernier acte sera le triomphe de l'extrême droite aux prochaines législatives qui aura pu nouer des alliance de Reconquête à LR, et qui sera en position de force si par miracle elle n'est pas majoritaire.

 

 

Les macronistes se sont donc définitivement engagé•es dans la voie de la collaboration active avec l’extrême droite.

  • Macron aura donc sa cohabitation avec Le Pen.
  • Les deux seront d'accord pour restreindre le droit d'expression de la gauche jugée extrémiste, puis la radicale, puis la modérée. On y va tout droit.
  • Les Français regardent ailleurs.
Antisémitisme : la faute majuscule de la Macronie
Antisémitisme : la faute majuscule de la Macronie
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26 juillet 2022 2 26 /07 /juillet /2022 12:59
Le Président Macron et la « nation organique »

Face à la dérégulation économique et politique, qu’il encourage par ailleurs, Macron espére rassurer son électorat à peu de frais en jouant la carte de la nation !

 

Par Manouk Borzakian Géographe, postdoctorant à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).

Dans son allocution du 14 juillet 2022, Emmanuel Macron a qualifié la nation de « tout organique ». L’expression puise dans la tradition intellectuelle de la géopolitique dite « classique », dont les théories ont notamment servi de fondement à l’expansionnisme nazi.

 

 

Sources : Manouk Borzakian | mis à jour le 08/08/2022

- Une nation un tout organique ?

En entendant Emmanuel Macron expliquer qu’« une nation, c’est un tout organique », difficile pour les géographes de ne pas penser à un encombrant père fondateur de leur discipline, Friedrich Ratzel[1]. Une notion a assuré la postérité à ce scientifique allemand de la fin du 19e siècle : l’espace vital (Lebensraum). Dans sa Politische Géographie, publiée en 1897, le zoologiste devenu géographe compare les États à des « organismes qui entretiennent avec le sol un rapport nécessaire » et entreprend de les étudier avec les outils de la biologie. Appliquant la théorie darwinienne à ces « organismes », Ratzel décrit la tendance de tout État à étendre son territoire à mesure qu’il croît et, le cas échéant, à s’approprier l’espace de ses voisins.

 

 

- De la « Geopolitik » à l’expansionnisme nazi

Cette théorie de l’espace vital, malgré ses bases scientifiques fragiles, aura une riche descendance intellectuelle. Le Suédois Rudolf Kjellén[2], auquel on doit le terme « géopolitique », reprend les idées de Ratzel pour alimenter une science des États conçus comme des organismes vivants. Son ouvrage au titre évocateur, L’État comme forme de vie, publié en 1916, influencera Karl Haushofer[3], fondateur de l’école allemande de géopolitique. Comme Ratzel et Kjellén, Haushofer considère la géopolitique comme une science naturelle étudiant les interactions entre des organismes s’affrontant pour étendre leur territoire respectif. Il défend une vision quasi mystique des frontières, appelées à se mouvoir au gré du développement des États et de leur population.

 

Au lendemain de l’humiliation du Traité de Versailles de 1919, Haushofer veut fournir des outils théoriques aux dirigeants allemands. Car cette géopolitique « classique », qui se développe durant la première moitié du 20ème siècle en Allemagne, mais aussi en Grande-Bretagne et aux États-Unis, se pare de scientificité mais s’adresse surtout aux responsables politiques et vise à justifier leur politique extérieure. Même si Haushofer s’est par la suite défendu de tout soutien au nazisme, il est l’ami de Rudolf Hess[3] et rencontre à plusieurs reprises Hitler, qui lui emprunte la notion d’espace vital.

 

- Une vision du monde périmée
S’ils étaient le plus souvent de farouches nationalistes, ces pères fondateurs de la géopolitique avaient aussi quelques excuses : ils exploraient un champ nouveau, dans un contexte intellectuel marqué par une vision biologisante des sociétés – même si Darwin a été le premier à s’opposer au « darwinisme social[5] » et à ses déclinaisons. Et même si, déjà à cette époque, des auteurs comme Albert Demangeon[6] et Jacques Ancel[7] ont souligné le manque de rigueur scientifique des travaux de Ratzel et de ses suiveurs.

 

Depuis, les géographes ont pointé les présupposés de la géopolitique classique : conception anthropomorphe et quasi mystique de l’État national, visées nationalistes et impérialistes peu ou pas dissimulées, obsession de l’échelle étatique[8], etc., trop d’éléments relèvent de la croyance plus que de la science.

 

 

- À qui profite le crime ?
Considérer la nation comme un organisme en lutte permanente avec ses semblables est donc un anachronisme intellectuel et un non-sens scientifique. Cette vision du monde continue pourtant de nourrir des théories plus ou moins scabreuses. On retrouve, dans le Choc des civilisations[9] de Samuel Huntington[10], socle idéologique de la guerre contre le terrorisme, une vision du monde découpé en grandes entités homogènes condamnées à s’affronter éternellement. Quant au néo-eurasisme[11], il postule l’existence d’un continent entre Occident et Orient, l’Eur-Asie, appelé à être uni sous la domination russe. Son courant le plus nationaliste s’inspire de la géopolitique allemande des années 1920 et défend l’expansionnisme russe. Son principal représentant, Alexandre Douguine[12], par ailleurs connu pour ses accointances avec la Nouvelle Droite française, a inspiré les discours nationalistes de Vladimir Jirinovski[13] et, aujourd’hui, fournit une partie de ses arguments à Vladimir Poutine[14].

 

Ce renouveau de la pensée ultranationaliste russe a coïncidé avec l’effondrement de l’URSS : il fallait un modèle explicatif capable de combler le vide idéologique et (géo)politique postsoviétique. De la même manière, en France et ailleurs, les discours plus ou moins rigides sur l’identité et l’unité nationales prospèrent dans un contexte d’incertitude : la mondialisation économique, via les progrès du libre-échange[15] et le pouvoir de décision accru des grandes firmes multinationales, fragilise la souveraineté nationale. Face à cette dérégulation économique et politique, qu’il encourage par ailleurs, Macron peut espérer rassurer son électorat à peu de frais en jouant la carte de la nation – à la manière de Trump finançant le mur entre les États-Unis et le Mexique.

 

Et puis, comme le rappelle l’historien Nicolas Lebourg[16], l’organicisme, au cœur de la pensée d’extrême-droite, sert aussi à mettre sous le tapis la lutte des classes.

  • La nation, tel un corps vivant, fonctionne selon un principe d’unité et de complémentarité entre ses membres : pas question de les opposer entre eux. Une idéologie de l’ordre, en somme.

 

Notes :

[1Friedrich Ratzel, né le 30 août 1844 à Karlsruhe et mort le 9 août 1904 à Münsing, est un pharmacien, zoologiste puis géographe allemand. Proche des milieux colonialistes et impérialistes, il est le premier géographe à avoir formulé la notion de Lebensraum (« espace vital »).

[2] Johan Rudolf Kjellén (né le 13 juin 1864 à Torsö (Suède) et mort le 14 novembre 1922) était professeur de science politique à l'université de Göteborg. Sa réflexion le poussa à associer la science politique à la géographie, qu'il enseigna par la suite, avant de créer de nouvelles disciplines consacrées à l'État.

[3Karl Haushofer, né le 27 août 1869 à Munich et mort par suicide le 10 mars 1946 à Pähl (Haute-Bavière), est l'un des plus importants théoriciens de la géopolitique allemande, dont certains travaux (notamment ceux qui abordent la notion d'Espace vital) sont repris et réinterprétés par une partie des penseurs du nazisme, bien que lui-même n'aie jamais été membre du parti nazi.

[4] Rudolf Hess 

[5] LE « DARWINISME SOCIAL »

[6Albert Demangeon, né à Cormeilles (Eure) le 13 juin 1872 et mort à Paris le 25 juillet 1940, est un géographe français.

[7Jacques Simon Ancel, né le 22 juillet 1882 à Parmain en Seine-et-Oise et mort à Paris en décembre 1943, est un géographe et géopolitologue français.

[8] l’échelle étatique

[9« Choc des civilisations » A l’origine d’un concept

[10Samuel Huntington, né le 18 avril 1927 à New York et mort le 24 décembre 2008 à Martha's Vineyard dans le Massachusetts, est un professeur américain de science politique, connu pour son livre intitulé Le Choc des civilisations paru en 1996.

[11Alexandre Dugin : esquisse d'un eurasisme d'extrême-droite en Russie post-soviétique

[12Alexandre Guelievitch Douguine, né à Moscou le 7 janvier 1962, est un intellectuel et théoricien politique nationaliste russe. Il est l'auteur de nombreux essais.

[13Vladimir Volfovitch Jirinovski, né Eidelstein le 25 avril 1946 à Alma-Ata (République socialiste soviétique kazakhe, Union soviétique), et mort le 6 avril 2022 à Moscou, est un homme politique russe, président du parti d'extrême droite LDPR.

[14Alexandre Douguine est le prophète réactionnaire de l’ultranationalisme russe

[15] l'exemple du blocage du canal de Suez ?

[16Dans son interview du 14 Juillet, le chef de l’Etat a expliqué qu’«une nation, c’est un tout organique». Une notion prisée par l’extrême droite dans son histoire, explique l’historien Nicolas Lebourg.

 

Pour en savoir plus :

- Pétain « grand soldat », « pays réel », « nation organique » : Macron, le nauséabond glissement vers la rhétorique d’extrême-droite

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10 juillet 2022 7 10 /07 /juillet /2022 18:02
Meeting_1er_mai_2012_Front_National_Paris
Meeting_1er_mai_2012_Front_National_Paris

Meeting_1er_mai_2012_Front_National_Paris

Les qualificatifs attribués au FN/RN ne manquent pas extrême droite ; fasciste ; national – populiste ; droite radicale pour ne retenir que les termes génériques...

 

Ce n’est donc pas le passé fasciste du FN/RN qui devrait nous inquiéter mais son devenir-fasciste[0]....

 

Car le FN/RN de Marine Le Pen, est un néofascisme à la française[0bis]....

 

 

Marine Le Pen a accédé au second tour de la présidentielle de 2022 avec 41,6 % des suffrages exprimés. Au premier tour le total des voix d’extrême droite 32,28 % dépassait le score de Macron 27,85 %.

Le total des sièges obtenus à l’Assemblée nationale aux législatives de 2022 est de 89 pour le RN.

Avec l’élection d’une députée RN à la vis présidence de l’Assemblée nationale, voici donc un tableau qui va rendre difficile l’acceptation du qualificatif « antirépublicain » ou « fasciste » aux yeux d’une majorité de l’électorat[1].

La situation se complique encore si l’on se rappelle que l’une des caractéristiques de l’extrême droite était dans un passé récent, son antiparlementarisme, ce qui n’est évidemment pas le cas actuellement pour le RN.

Il est donc opportun de s’interroger sur la nature du FN – RN et du fascisme à la lumière de l’histoire de ce parti et de l’histoire du fascisme au XXe siècle notamment en France.

Donc comment caractériser cette idéologie et ce projet ?
Devenu Rassemblement National (RN) sans que rien de fondamental ne change dans son programme
[2] ou sa stratégie, le Front national est de moins en moins caractérisé par les observateurs, mais aussi par les militant-es et organisations de gauche ou syndicales, comme un parti fasciste ou néofasciste.
Réputée approximative et militante, cette catégorisation ferait l’impasse, nous dit-on, sur toute une série de traits propres au fascisme qui seraient absents dans le cas du FN/RN.
Comme le montre ici Ugo Palheta dans un texte en 2 parties, caractériser ainsi le parti de Marine Le Pen permet au contraire de saisir les propriétés distinctives de son projet.

Ce texte d’Ugo Palheta est extrait de La Possibilité du fascisme[3] (La Découverte, 2018). Sociologue, membre de l’Observatoire national de l’extrême droite, Ugo Palheta est l’auteur de nombreux articles pour Contretemps, et, plus récemment avec Ludivine Bantigny, de Face à la menace fasciste[4] (Textuel, 2021), et avec Omar Slaouti de Défaire le racisme, affronter le fascisme[5] (La Dispute, 2022). 

 

 

Sources : Contretemps - Contretemps | mis à jour le 07/12/2022

- Politiquement, le fascisme se caractérise comment ?

Politiquement, le fascisme[6] se caractérise spécifiquement par la volonté – incarnée par un chef et portée par une organisation – d’œuvrer, par une vaste opération de « purification », à la renaissance ou plus modestement à la défense d’une nation glorieuse mais en voie de décomposition.

 

Débarrasser cette nation mythifiée de toutes les formes d’altérité et de contestation qui en menaceraient l’identité, l’unité et l’intégrité, permettrait de mettre un coup d’arrêt au processus de décadence mis en branle indistinctement par le cosmopolitisme du capital et l’internationalisme de la gauche, la finance « apatride » et les immigrés « déracinés »[7]. Or c’est bien dans ce cadre marqué par le désir d’une révolution spirituelle qui amorcerait une régénération nationale, et non simplement dans la (si commune) référence au peuple, décelable sous des formes différentes chez tous les courants politiques, que s’inscrit clairement la politique du FN/RN. À Marseille le 19 avril 2017, après un appel à une « insurrection nationale », Marine Le Pen affirmait :

  • « Nous sommes sous la menace d’une dilution de notre identité nationale. Posons-nous les questions : allons-nous pouvoir vivre encore longtemps comme des Français en France ? Alors que des quartiers entiers deviennent quasiment des zones étrangères ? Alors que des règles ou des modes de vie venus d’ailleurs tentent de nous être imposés ? ».

 

 

- Plusieurs précisions sont toutefois nécessaires.
Tout d’abord, même si le FN/RN est fondé sur une matrice politique qui n’a guère changé depuis la création du Front national en 1972, malgré les ravalements successifs de façade, il ne constitue assurément pas le décalque des parts partis fascistes classiques, en particulier parce qu’il ne dispose pas de milices armées de masse. C’est seulement dans des circonstances spécifiques que le FN/RN pourrait être amené à se développer en véritable mouvement militant de masse capable d’être présent partout, au-delà de la scène électorale ou médiatique, et d’exercer la violence par le biais de telles milices. Ce n’est donc pas le passé fasciste du FN/RN qui devrait nous inquiéter mais son devenir-fasciste. Comme l’écrivait Maurice Duverger en 1962 : « Le microbe fasciste restera dépourvu de virulence réelle tant qu’il ne trouvera pas un terrain pour germer[8] ». Le « microbe fasciste » a depuis trouvé ce « terrain » dans les contradictions du capitalisme néolibéral, le durcissement autoritaire de l’État, l’aiguisement du nationalisme français et la montée de l’islamophobie.

 

 

- Ensuite, caractériser le FN/RN comme néofasciste n’implique nullement que l’ensemble de ses militant·es, et encore moins de ses électeurs·rices, soient favorables ici et maintenant à l’installation d’une dictature d’extrême droite, ou se réfèrent au fascisme comme à un modèle.

Pour autant, on ne saurait écarter ni une dynamique de radicalisation politique qui pourrait s’emparer d’une partie du corps social dans des circonstances exceptionnelles de crise ou au terme d’un processus plus progressif de polarisation politique, en particulier car le terrain a été préparé par des décennies de diffusion et de respectabilisation de la xénophobie et du racisme, ni la possibilité que le FN/RN s’appuie sur cette base électorale pour parvenir au pouvoir par la voie légale. L’exemple des fascismes italien et allemand durant l’entre-deux-guerres montre en effet que ces mouvements ont pu l’emporter et se maintenir durablement aux commandes de l’État en disposant d’une audience de masse et en s’alliant avec des pans de la droite conservatrice mais sans parvenir à obtenir le soutien de la majorité de la population.

 

Dans le cas allemand, le maximum du soutien dont les nazis purent se prévaloir avant janvier 1933 fut de 37 % (bien davantage d’ailleurs que Mussolini en Italie avant son accès au pouvoir), et si leurs électeurs partageaient sans doute pour beaucoup un ultra-nationalisme et un antisémitisme plus ou moins viscéral, leurs motivations étaient hétérogènes. Ils étaient pour la plupart loin d’adhérer à l’intégralité de la politique mise en œuvre par Hitler dans les années suivantes, en particulier à la volonté de guerre expansionniste et a fortiori à la « solution finale »[9]. Cela n’empêcha nullement les nazis de conquérir le pouvoir politique et de mener au désastre d’une nouvelle guerre mondiale et du génocide. Nous n’en sommes évidemment pas là, mais on ne saurait prendre prétexte du fait que les électeurs du FN/RN n’ont qu’une connaissance très partielle de son programme ou ne souhaitent pas l’avènement d’une dictature pour nier ou minimiser le danger.

 

 

- Ajoutons encore qu’il n’y a pas de « nature » immuable du FN/RN.
Comme tout parti, il n’est pas figé et pourrait se transformer en profondeur en fonction de dynamiques internes et de son environnement externe. En particulier, il n’est nullement interdit de penser qu’il puisse évoluer dans les années à venir vers un parti de la droite conservatrice. Le poids croissant des élus au sein du FN/RN pourrait engager un processus de notabilisation, amenant peu à peu sa direction à subordonner le maintien de son programme historique, de son indépendance politique et de l’objectif de la conquête du pouvoir national, à la sauvegarde des postes obtenus dans les institutions, nationales ou locales. Néanmoins, le FN/RN ne cherche pas véritablement, du moins pour l’instant, à construire des alliances au sommet avec la droite traditionnelle et continue de mener une guerre de position pour parvenir au pouvoir seul, ou en détachant des pans entiers de la droite. Si ses dirigeants n’étaient que de simples opportunistes en quête de postes dans les institutions, ils rallieraient sans délai les partis de la droite traditionnelle ou chercheraient par tous les moyens, notamment en reniant ou en édulcorant certaines de leurs positions, à nouer des alliances électorales régulières avec ces partis afin d’obtenir bien davantage de sièges d’élus. Or, depuis sa création en 1972, le FN devenu RN – comme les organisations fascistes de l’entre-deux-guerres – a toujours maintenu son indépendance politique et ne s’est allié qu’exceptionnellement à la droite.

 

 

- Il nous faut évoquer ici la question de la violence.
À nouveau, on aurait tort d’imaginer une rupture franche entre le FN de Jean-Marie Le Pen et celui de sa fille. Dès la fondation du parti, l’objectif de constituer une vitrine électorale de l’extrême droite impliquait la mise en sourdine, sinon le refus, des trop visibles batailles de rue avec la gauche révolutionnaire. Le FN/RN dispose néanmoins avec le DPS – « Département protection sécurité », également surnommé du temps de Jean-Marie Le Pen « Dépend du président seulement » – d’un service d’ordre partiellement militarisé, par l’emploi de techniques militaires et par son recrutement parmi d’anciens militaires, policiers ou vigiles[10]. Outre les fonctions classiquement assumées par un service d’ordre (protection des dirigeants, des meetings et des apparitions publiques), le DPS a pu procéder parfois – selon des témoignages rassemblés à la fin des années 1990 – à des actions offensives, essentiellement contre des militants anti-FN (dénommées « missions punitives »)[11 - 12]. Dans la dernière période, pour laquelle on dispose de moins d’informations, il semblerait non seulement que le DPS – qui avait beaucoup pâti de la scission mégrétiste – ait été progressivement marginalisé par la présidente du FN en raison de l’attachement de ses membres à Jean-Marie Le Pen, au profit de l’entreprise de sécurité d’Axel Loustau (ex du GUD et proche de Marine Le Pen)[13], mais qu’il ait en outre cessé d’assumer des fonctions offensives (expéditions punitives contre des « ennemis »).

 

 

- Pour le FN/RN, l’époque est à la « guerre de position » au sens de Gramsci, donc moins à la prise du pouvoir par des moyens insurrectionnels qu’à la conquête progressive de l’hégémonie permettant de préparer l’accès au pouvoir politique.
Néanmoins, la présence en son sein d’anciens dirigeants du Bloc identitaire (Philippe Vardon notamment), la collaboration avec des figures de l’extrême droite passées par le GUD, ainsi que le soutien apporté aux identitaires ou à d’autres groupuscules (notamment Bastion social), semble attester d’une certaine division des tâches : vitrine électorale et vaisseau amiral de l’extrême droite, le FN délèguerait l’exercice de la violence – notamment contre les mobilisations étudiantes dans la période récente – aux groupuscules qui gravitent autour de lui. Pour ne prendre que quelques exemples récents : au printemps 2018, les principaux dirigeants du FN/RN se félicitaient de l’initiative de « Génération identitaire » au col de l’Échelle, visant à s’opposer symboliquement, mais aussi physiquement, à l’entrée en France de migrants[14]. Durant la même période, alors que des militants fascistes agressaient régulièrement des étudiant·es mobilisé·es dans plusieurs universités, Louis Aliot appelait à la télévision à « virer manu militari » les « bloqueurs » et se félicitait de l’offensive gouvernementale contre les « zadistes » à Notre-Dame-des-Landes[15]. Cela signale une fois de plus que, face à la contestation sociale, le FN/RN se tient toujours du côté de l’ordre, soutient les gouvernements désireux d’employer la force et maintient un projet ultra-autoritaire, aspirant à aller plus loin et plus vite dans l’écrasement de toute opposition. Il faut enfin rappeler l’influence et l’implantation du FN/RN au sein des appareils répressifs d’État, en particulier dans les services les plus violents (BAC, CRS, etc.)[16 - 17]. Cette situation peut faire passer pour superflue aux yeux de ses dirigeants le fait de se doter de milices préposées au harcèlement et à la répression des opposants.

 

 

- Délégitimation de la violence politique et l’objectif de la conquête du pouvoir

Ces deux concepts contraignent ainsi le FN/RN à limiter au maximum la possibilité d’actes violents rappelant trop visiblement l’ancrage du parti dans les traditions brutales de l’extrême droite, et à empêcher l’existence en son sein de groupes aspirant à jouer un rôle équivalent à celui des SA au sein du parti nazi (fonction que François Duprat avait assignée aux groupes nationalistes-révolutionnaires dans les années 1970 lorsqu’il était une figure majeure du FN[18]). Néanmoins, le FN/RN prépare les esprits à un usage intensifié de la violence en recourant fréquemment à la rhétorique de la « guerre civile ». Comme l’affirmait Marine Le Pen elle-même : « Depuis quarante ans au moins, tout observateur lucide et objectif voit monter les problèmes quand depuis trop d’années, d’intimidations en intimidations et d’agressions anti-françaises en actes terroristes, la perspective de la guerre civile n’est plus un fantasme[19] ». Le FN prétend ainsi être seul à même d’en empêcher la survenue tout en ne cessant pas de souffler sur les braises de l’islamophobie, de la romophobie et de la xénophobie, en agitant la menace d’une « cinquième colonne » islamiste ou d’une destruction de la nation française.

  • Quelle politique croit-on qu’un parti prétendant depuis tant d’années que la France est « submergée » et « colonisée » par des éléments considérés comme « anti-nationaux » et « inassimilables », mènerait s’il parvenait au pouvoir ?
  • Pense-t-on sérieusement qu’un tel parti ne ferait que prolonger les politiques menées par les gouvernements bourgeois traditionnels ?

 

 

- Il y a une double tentation lorsqu’on cherche à appréhender la place du racisme dans le projet actuel du FN/RN.
La première consiste à refuser d’opérer la moindre distinction entre les forces dominantes qui composent et structurent le champ politique français, au nom des convergences indéniables qui se sont accomplies entre elles sur les politiques migratoires et l’islamophobie ; distinguer reviendrait à absoudre droite et gauche de leurs responsabilités dans le développement du nationalisme et du racisme dans le champ politique.

 

La seconde amène, au prétexte de certains remaniements politiques et programmatiques du FN/RN – en particulier l’éviction de Jean-Marie Le Pen et de militants exprimant trop ouvertement leur antisémitisme, mais aussi la place plus grande prise par les questions socio-économiques dans le discours et le programme frontiste[20]) –  à considérer que la xénophobie et le racisme n’auraient plus qu’une place marginale au sein du FN, qu’il s’agisse des options de ses dirigeants et de ses membres, des aspirations de son électorat ou de ses fondements idéologiques, et un rôle secondaire dans son ascension.

 

 

- Il importe au contraire de rappeler deux constats, simples mais politiquement cruciaux

  • 1 : le FN/RN constitue – avec Reconquête, le parti récemment fondé par Zemmour – la composante la plus brutalement raciste du nationalisme français ;
  • 2 : le racisme a joué – et joue toujours – un rôle central dans son idéologie et dans son développement (ce qui ne doit pas être confondu avec l’idée qu’il serait central en chaque moment dans sa propagande).

Contrairement à ce qui est bien souvent affirmé, le parti de Marine Le Pen n’a en rien rompu – et ne semble pas en voie de rompre dans les mois ou années à venir – avec le projet politique qui fut celui de l’extrême droite française lorsque celle-ci s’est engagée dans la construction du mouvement au début des années 1970 : une prétendue régénération de la nation et de son unité, fondé sur la volonté d’une purification, par la mise au pas – sinon la soustraction violente – de tous les éléments considérés comme « étrangers » voire « traîtres » à la nation, ou perçus comme des sources potentielles de désordre et de division. Ses dirigeants maintiennent ce socle idéologique du mouvement par des déclarations ciblant prioritairement les musulmans et les migrants. Mais ils visent aussi les élites qu’ils désignent comme « mondialistes » – aussi bien de droite que de gauche – parce qu’elles seraient complices de l’« invasion migratoire », assimilée à une entreprise de destruction délibérée de la nation et de l’identité françaises. D’où la double cible de Marine Le Pen dans ses discours de campagne : « le totalitarisme islamiste et le totalitarisme mondialiste[21] ».

 

 

- On affirme pourtant que l’ultra-nationalisme, la xénophobie et le racisme ne joueraient plus le même rôle qu’autrefois dans le développement du FN
Ses électeurs ne seraient plus mus essentiellement par l’hostilité aux « étrangers »[22], mais aussi par des revendications sociales. On constate également, à raison, que le racisme et la xénophobie sont présents dans d’autres segments de la population qui, pour autant, ne votent pas en faveur du FN/RN. Or c’est là manquer le fait primordial : ce qui fait la particularité de l’électorat du FN/RN, c’est à la fois son niveau d’hostilité nettement plus élevé à l’égard des immigrés, des musulmans, des juifs ou des Roms et le fait qu’il considère l’immigration, la sécurité et la « menace terroriste », mais aussi les valeurs et l’« identité française », comme les enjeux politiques centraux[23].

 

Aucune question économique et sociale ne figure au premier, deuxième ou troisième rang des motivations du vote frontiste. Or les inégalités et les injustices sociales étaient la première motivation du vote en faveur de Mélenchon et Hamon en 2017 (NDLR et Mélenchon en 2022[24]), et la situation économique et l’emploi celle du vote pour Macron et Fillon. Le FN/RN est ainsi perçu comme le parti qui s’oppose le mieux, non à la détérioration de la situation économique et sociale ou aux inégalités croissantes, mais à ce qui est perçu par ses électeurs comme un danger de dissolution démographique de la France, de destruction culturelle de l’« identité française » et/ou de marginalisation sociopolitique des « vrais Français ».

 

 

- Le FN/RN n’est donc pas simplement parvenu à rendre acceptables, et même respectables, des « analyses » et des propositions autrefois jugées scandaleuses.
On l’a vu, il a bénéficié en cela du travail accompli par des dirigeants de droite mais aussi de gauche[25] : tous ont prétendu répondre aux succès frontistes en empruntant à Le Pen certaines de ses propositions et surtout son langage. Il est bien évident par ailleurs que le racisme et la xénophobie n’ont pas attendu le FN/RN pour être présents au sein de la population française[26], dans les classes possédantes comme parmi la petite bourgeoisie et la classe ouvrière (même quand cette dernière était largement acquise à la gauche, notamment au PCF). Le véritable coup de force du FN, c’est d’avoir réussi à imposer au cœur de la politique française un clivage opposant les nationaux aux « étrangers » mais aussi la nation à des menaces diverses (les différents « mondialismes »). Or ce clivage était resté marginal entre 1945 et le début des années 1980. L’ascension du FN/RN est donc incompréhensible si l’on ne place pas au centre de l’attention le racisme et la xénophobie, qui ont eu une triple fonction, auprès de son électorat mais aussi de sa base militante : mobiliser les émotions d’une frange de la population (affect), souder une communauté imaginaire (culture)[5] et rationaliser une vision du monde (idéologie). Il n’y a de ce point de vue rien d’anodin au fait que, lors des meetings de Marine Le Pen, c’est lorsque les questions d’immigration sont abordées que le public apparaît le plus mobilisé, en particulier à travers le slogan très largement repris : « on est chez nous »[27].

 

 

- Mais l’immigration ou l’identité nationale ne prennent-ils pas objectivement moins de place dans le discours frontiste, en raison de la stratégie de « dédiabolisation » et du « tournant social » ?
Cela est évident, au vu des deux campagnes présidentielles de Marine Le Pen. Mais c’est que le FN/RN n’a plus besoin aujourd’hui de rappeler sans cesse ses positions en la matière. Au contraire, pour élargir son audience à des franges de la population jusqu’ici éloignées, il lui faut faire des incursions sur des terrains – services publics, écologie, droits des femmes, laïcité, etc. – qui n’étaient pas déjà les siens. Pour autant, il ne s’agit généralement pas d’une reprise telles quelles de positions « de gauche », mais d’une traduction dans le langage politique propre à l’extrême droite : celui de la nation menacée de décadence et de dégénérescence du fait de l’immigration, de l’affirmation de l’islam et de la mondialisation économique. Durant sa dernière campagne présidentielle, Marine Le Pen a ainsi construit l’essentiel de ses discours autour de la menace d’une « disparition », d’une « dissolution » ou d’une « soumission » de la France sous l’effet de deux « mondialismes » qui constitueraient deux « totalitarismes » : le « mondialisme financier et affairiste » et le « mondialisme djihadiste » ; ou encore « la mondialisation d’en bas avec l’immigration massive, levier du dumping social mondial, et la mondialisation d’en haut avec la financiarisation de l’économie ». La rhétorique prophétique et catastrophiste de la « destruction de la France », régulièrement employée par Marine Le Pen, n’a d’autre objectif que de servir un nationalisme radical et exclusiviste. Ce dernier demeure en effet la formule génératrice de la quasi-totalité des analyses et des propositions avancées par le FN, et charrie immanquablement la xénophobie et le racisme.

 

 

- Le FN/RN a-t-il rompu avec l’antisémitisme, qui a constitué depuis la 2ième moitié du xixe siècle l’un des fondamentaux de l’extrême droite ?
Il importe sur ce point de distinguer les électeurs·rices et la direction. L’antisémitisme des sympathisant·es du FN/RN – tel que le mesurent les enquêtes d’opinion[28] – se situe à un niveau bien supérieur à celui des autres franges de l’électorat. Cela devrait d’ailleurs suffire à démentir le lieu commun médiatico-politique, relayé bruyamment par quelques idéologues et dirigeants politiques, selon lequel la gauche radicale et les « arabo-musulmans » auraient aujourd’hui le monopole de l’antisémitisme (rebaptisé « nouvelle judéophobie »), du fait de leur antisionisme. Au passage, comme cela a été montré par Nonna Mayer il y a déjà une quinzaine d’années et confirmé par de nombreuses études depuis[29], c’est parmi les électeurs·rices de la gauche radicale que les stéréotypes antisémites et la méfiance à l’égard des juifs est la moins élevée (au début des années 2000, 18 % exprimaient des opinions méfiantes à l’égard des juifs). À l’inverse, c’est parmi les électeurs·rices d’extrême droite que ces stéréotypes et cette méfiance étaient les plus forts (40 % d’opinions méfiantes), de même que les stéréotypes et l’hostilité à l’égard des musulman·es, des Rom·es, des immigré·es, des étrangers·ères, etc. Que des dispositions racistes soient aisément transférables d’une minorité à une autre, des musulman·es aux juifs·ves ou l’inverse, ne devrait d’ailleurs guère prêter à étonnement.

 

 

- Le RN/FN veut-il en finir avec la négation ou la minimisation du génocide des juifs d’Europe ?
Reste qu’il y a bien eu une volonté consciente de la part de la direction du FN/RN d’empêcher les saillies antisémites de sa base militante, notamment de ses candidat·es aux élections, et d’en finir avec la négation ou la minimisation du génocide des juifs d’Europe.


Vice-président du FN, Louis Aliot déclarait ainsi en décembre 2013 : « En distribuant des tracts dans la rue, le seul plafond de verre que je voyais ce n’était pas l’immigration ni l’islam… D’autres sont pires que nous sur ces sujets-là [sic]. C’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous. Il n’y a que cela. À partir du moment où vous faites sauter ce verrou idéologique, vous libérez le reste. […] Depuis que je la connais, Marine Le Pen est d’accord avec cela. Elle ne comprenait pas pourquoi et comment son père et les autres ne voyaient pas que c’était le verrou. […] C’est la chose à faire sauter[30]. » C’est donc de manière purement opportuniste que le FN a abandonné l’antisémitisme : la stigmatisation des juifs ou les sympathies négationnistes que manifestaient à intervalles réguliers ses dirigeants, de Le Pen à Gollnisch, sont à présent davantage perçus par la direction du FN comme un boulet que comme un levier pour attirer vers le parti d’extrême droite de nouveaux segments de l’électorat. Et d’ailleurs, comment penser qu’il y a là davantage que de l’opportunisme quand la quasi-totalité des cadres du RN actuel, dont Marine Le Pen évidemment, ont commencé à militer lorsque Jean-Marie Le Pen et n’ont jamais émis la moindre critique à propos de ses propos antisémites ou négationnistes ?

 

- Une stratégie sans fin ?
Le FN/RN actuel ne s’est pas arrêté là puisque, s’inscrivant dans la rhétorique de la « nouvelle judéophobie », il a cherché ces dernières années à dresser les juifs contre ceux qui seraient ses véritables ennemis, à savoir les musulman·es et la gauche radicale. Il a été soutenu en cela par la Ligue de défense juive (LDJ) [qualifiée de "groupe terroriste" par le FBI en 2001[31]], que Marine Le Pen a défendue lors des manifestations de l’été 2014 en solidarité avec Gaza[32]. Au cours de ces dernières, ce groupuscule d’extrême droite – d’ailleurs interdit dans plusieurs pays (notamment les États-Unis) – avait tenté d’agresser des manifestant·es.

 

En 2018, après avoir insulté et menacé des élus de la France insoumise et les avoir contraints à quitter la Marche blanche en l’honneur de Mireille Knoll[33], les militants de la LDJ ont escorté les dirigeant·es du FN/RN. De même doit-on se souvenir, car cela n’a rien d’anecdotique, que Rogier Cukierman, alors président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), avait pu déclarer en 2002 que le score de Jean-Marie Le Pen « est un message aux musulmans pour qu’ils se tiennent tranquilles[34] ». Cette rhétorique de la « nouvelle judéophobie », dont les musulman·es et la gauche radicale seraient les agents, a été mise en circulation dans les années 2000 par des « intellectuels » comme P.-A. Taguieff ou A. Finkielkraut. Elle a récemment été réactivée telle quelle via une tribune rédigée par Philippe Val et signée par « trois cents intellectuels, artistes et hommes politiques »[35]. Or il est indéniable qu’elle fournit au parti d’extrême droite un argument imparable pour se débarrasser d’un encombrant stigmate, alors même qu’un parti dont l’électorat demeure à ce point empreint d’antisémitisme pourrait être tenté de réintroduire ce venin dans des circonstances où cela lui semblerait nécessaire.

 

 

- Mais si l’antisémitisme a été pour l’instant abandonné par la direction du FN/RN, au moins superficiellement et pour des raisons de respectabilité, c’est pour mieux lui substituer un racisme ciblant spécifiquement les musulmans.
Cette islamophobie est beaucoup moins susceptible que l’antisémitisme d’être condamné politiquement et elle se situe dans le prolongement des formes structurelles prises par le racisme en France, qui affectent principalement les descendants de colonisés. Si le racisme demeure central dans la construction et le renforcement du FN/RN, c’est d’abord qu’il constitue le ciment idéologique de sa base militante et d’une partie importante de son électorat : 80% des sympathisant·es du FN/RN s’estimaient eux-mêmes « racistes » (« plutôt racistes » ou « un peu racistes ») en 2014, un chiffre très élevé et pourtant certainement minimisé du fait du sentiment d’illégitimité qui continue d’entourer une telle déclaration[36]. Encore doit-on préciser que c’est avant tout sous la forme d’une violente hostilité aux musulmans (réels ou présumés) que se manifeste aujourd’hui le racisme de l’électorat d’extrême droite : un « trait caractéristique des sympathisants du FN est une polarisation anti-islam exacerbée, bien plus marquée que leur antisémitisme[37] ».

 

 

- L’électorat du FN continuait sur ce point de se distinguer des sympathisant·es d’autres partis...
En effet, Nonna Mayer précise à quel point, malgré la progression constatée de l’islamophobie dans l’ensemble de la population entre 2009 et 2014, l’électorat du FN continuait sur ce point de se distinguer des sympathisant·es d’autres partis :  « Le refus des sympathisants FN de voir dans les musulmans des citoyens comme les autres dépasse de 48 points celui qu’on observe chez les sympathisants des autres partis (contre 23 points dans le cas des Français juifs), leur jugement négatif de la religion musulmane est supérieur de 42 points (contre 20 pour la religion juive), leur sentiment que les musulmans forment un “groupe à part” de 35 points (contre 14 quand il s’agit des juifs) et leur refus de sanction judiciaire pour des propos insultants de 28 points (contre 21). » L’islamophobie, on l’a vu, se retrouve – sous des formes brutales ou euphémisées, revendiquées ou détournées – dans la quasi-totalité du champ politique. Reste que le FN/RN en est l’expression politique la plus assumée et la plus violente, autrement dit la plus à même de mettre en œuvre, sinon le rêve sinistre d’Éric Zemmour d’une déportation de millions de musulman·es, du moins une politique de mise au pas, de discrimination systématique de ces derniers·ères et d’institutionnalisation complète de cette discrimination. Cela impliquerait non seulement l’interdiction d’exister publiquement en tant que musulmans mais l’institution d’une complète inégalité des droits, à laquelle les gouvernements ont d’ores et déjà contribué ces quinze dernières années.

 

 

- C’est donc moins un changement de « nature » du FN/RN, ni d’ailleurs de sa stratégie d’ensemble, qui s’est trouvé au cœur du conflit entre Jean-Marie Le Pen et sa fille, qu’une divergence de tactique politique.
Le véritable changement impulsé par Marine Le Pen – qui, sur ce point comme sur d’autres, a fait du « mégrétisme sans Mégret » – c’est d’avoir mis au premier plan le « problème de l’islam ». Ainsi a-t-elle radicalisé par l’islamophobie la rhétorique xénophobe du FN[38], tout en opérant un recodage « républicain » du discours frontiste. Si a pu s’imposer l’illusion d’une transformation profonde du FN, c’est du fait de la très large diffusion de l’islamophobie, qui tend à rendre acceptable l’hostilité publiquement manifestée à l’égard des musulmans, mais aussi du discours public faisant de l’immigration et des immigrés un « problème » à résoudre, et ce depuis les années 1970. Cette double progression de l’islamophobie et de la xénophobie, couplée à l’affirmation d’une « nouvelle laïcité » permettant de stigmatiser les musulmans au nom de la défense de la « République », tend ainsi à légitimer par avance toutes les sorties les plus ouvertement racistes du FN, du moins dès lors qu’elle vise les musulmans et les migrants (extra-européens ou roms). On doit d’ailleurs remarquer que l’antagonisme entre le père et sa fille, présenté fallacieusement comme une controverse entre une ligne « dure » et une ligne « modérée », n’a pas éclaté lorsque Jean-Marie Le Pen, évoquant le prétendu « risque de submersion » de la France par l’immigration, avait affirmé en mai 2014, faisant allusion à l’épidémie qui sévissait alors en Afrique, que « Monseigneur Ebola peut régler ça en trois mois ». Cette déclaration n’avait alors suscité aucune condamnation de la part de la direction du FN et de sa présidente ; bien au contraire, elle l’avait soutenu[39].

 

 

- Il est vrai que Marine Le Pen ne rechigne jamais elle-même à employer la rhétorique de l’« invasion », de l’« occupation » ou de la « colonisation » de la France
En effet, Marine Le Pen ne rechigne jamais elle-même à employer la rhétorique de l’« invasion », de l’« occupation » ou de la « colonisation » de la France par les populations étrangères, et plus spécifiquement extra-européennes et musulmanes. Elle retrouve là, non simplement Renaud Camus[40], mais le Drumont de La France juive ou encore l’écrivain préfasciste Maurice Barrès[41]. Ainsi pouvait-elle affirmer en septembre 2015, à propos de l’afflux de réfugiés : « L’invasion migratoire que nous subissons n’aura rien à envier à celle du ive siècle et aura peut-être les mêmes conséquences[42]. » La présidente du FN s’est par ailleurs présentée aux élections régionales de 2015 sur un programme aspirant, entre autres, à « dénoncer et éradiquer toute immigration bactérienne[43] ».
Quelques semaines plus tard, elle n’hésitait pas utiliser la rhétorique de la guerre civile : « Nous n’avons pas d’autre choix que de gagner cette guerre. Si nous échouons, le totalitarisme islamiste prendra le pouvoir dans notre pays, comme il l’a pris en Libye avec l’aide de Nicolas Sarkozy, comme il tente de le prendre en Syrie, en Égypte, en Tunisie, etc. […] La charia remplacera notre Constitution, l’islam radical se substituera à nos lois, nos bâtiments détruits, la musique prohibée, l’épuration religieuse avec son cortège d’horreurs, etc.[44] »

 

 

- Peu auparavant, elle invitait dans un tweet à relire Le Camp des saints, un livre d’anticipation devenu un classique de l’extrême droite et fondé sur le postulat d’une « incompatibilité des races lorsqu’elles se partagent un même milieu ambiant ».

Dans ce livre, l’écrivain Jean Raspail décrivait la colonisation de la France par un million de migrants et la résistance armée de quelques « Français de souche », tirant sur les « envahisseurs » et finalement trahis par un gouvernement « multiracial »[45]. Si Marine Le Pen disait espérer une fin différente, elle défendait l’ouvrage en prétextant de son « acuité » et de sa « modernité incroyables ». De même avait-elle loué le livre de Michel Houellebecq, Soumission, en affirmant que la prophétie sur laquelle était fondé l’ouvrage – la victoire présidentielle d’un candidat islamiste en 2022 après deux mandats de François Hollande… – « pourrait un jour devenir réalité ». Elle avait aussi félicité son auteur pour avoir pointé la « complicité » de l’UMP et du PS comme moteur de la progression du « fondamentalisme islamiste »[46]. En employant cette rhétorique de la « colonisation » de la France par des éléments allogènes, Marine Le Pen s’inscrit pleinement dans une vieille stratégie frontiste. François Duprat lui-même, l’un des principaux stratèges de l’extrême droite néofasciste dans l’après-guerre (et un moment numéro 2 du FN[47]), avait explicité dès 1976 : « Quiconque croit que notre nation est colonisée acceptera tôt ou tard nos méthodes d’action en vue de sa libération[48]. »

 

 

- Les dirigeants frontistes défendeurs d'un prophétisme identitaire de la renaissance de la nation française
Les dirigeants frontistes mettent ainsi d’autant plus en avant un prophétisme xénophobe et islamophobe de la conquête de la France par « l’islam »[49] qu’ils défendent un prophétisme identitaire de la renaissance de la nation française. Mais ils le font en prétendant que l’immigration ne serait visée qu’en tant que phénomène sociopolitique, et non les immigrés en tant que personnes. Ces derniers subiraient actuellement, non pas les politiques anti-migratoires, mais la destruction des nations par le « mondialisme » (sous la forme du déracinement et de la perte des repères culturels) : s’opposer à l’immigration constituerait paradoxalement la seule véritable défense des immigrés. Cette tactique rhétorique ne tient pourtant généralement pas longtemps. Marine Le Pen a ainsi multiplié les déclarations dans lesquelles elles présentent les immigrés extra-européens et/ou les musulmans (dont une grande partie ne sont pas immigrés mais descendants d’immigrés, sans même parler des convertis) comme une menace, une cinquième colonne, voire une force d’occupation. Dès 2010, Marine Le Pen développait ce discours de l’« occupation » – faisant à l’évidence jouer le sous-entendu de l’occupation de la France par l’Allemagne nazie – pour évoquer les prières effectuées par des musulmans dans la rue, en prenant grand soin d’en exagérer l’ampleur et d’en dissimuler la cause (le faible nombre de mosquées en France de 2 400 à 2 500)[50].

 

 

- Mais les dirigeants du FN/RN ne s’arrêtent pas à l’idée d’occupation ou de colonisation
Les immigrés extra-européens et leurs enfants sont systématiquement assimilés à la délinquance, voire aux crimes les plus révoltants, ce qui ne peut pas ne pas apparaître comme un appel implicite, non seulement à les expulser, mais à les punir de la manière la plus brutale. Lors de son meeting au Zénith de Paris en avril 2012, elle répondait aux milliers de personnes vociférant « on est chez nous » : « Et parce que vous êtes chez vous, vous avez le droit de ne plus vouloir de ces Franco-Algériens comme Mohammed Merah, de ces Franco-Angolais comme l’assassin de Bouguenais, de ces Franco-Maliens comme le forcené de Paris ! Nous voulons des Français amoureux de leur drapeau, fiers de leur pays ![51] » Dans un autre discours, tenu à Nantes le 25 mars 2012, elle affirmait : « Combien de Mohamed Merah dans les bateaux, les avions, qui chaque jour arrivent en France remplis d’immigrés ? […] Combien de Mohamed Merah parmi les enfants de ces immigrés non assimilés ? » Ces propos ne prêtent guère à ambigüité : selon Marine Le Pen, les immigrés extra-européens, mais aussi leurs enfants (Mohamed Merah n’étant pas lui-même immigré puisqu’il est né à Toulouse), doivent être considérés non seulement comme des fauteurs de troubles potentiels, mais comme des assassins et terroristes en puissance, et traités en conséquence.

 

 

- L’un des problèmes rencontrés par le FN/RN dès sa création a été de donner une forme acceptable aux obsessions purificatrices qui ont toujours été au centre du projet fasciste.
La condamnation universelle du nazisme, dans le contexte post-1945, rendait nécessaire une sophistication de la xénophobie et du racisme. Ceux-ci ne pouvaient plus se dire qu’au travers d’euphémismes, de sous-entendus, de références codées ou d’expressions à double sens – sous peine de vouer les héritiers de Maurras, Barrès, Doriot ou Brasillach aux condamnations judiciaires et à la marginalité électorale. Les enquêtes historiques et sociologiques donnent à voir le travail effectué, au sein du FN, pour façonner des militants et former des cadres capables d’atténuer dans leurs discours la violence raciste inhérente à l’extrême droite.

 

L’historienne Valérie Igounet, qui a pu accéder aux brochures de formation, cite ainsi une note interne de l’IFN rédigée et diffusée au début des années 1990, intitulée « L’image du Front national », dans laquelle on peut lire : « Pour séduire, il faut d’abord éviter de faire peur et de créer un sentiment de répulsion. Or dans notre société soft et craintive, les propos excessifs inquiètent et provoquent la méfiance ou le rejet dans une large partie de la population. Il est donc essentiel, lorsqu’on s’exprime en public, d’éviter les propos outranciers et vulgaires. On peut affirmer la même chose avec autant de vigueur dans un langage posé et accepté par le grand public. De façon certes caricaturale, au lieu de dire “les bougnoules à la mer”, disons qu’il faut “organiser le retour chez eux des immigrés du tiers-monde [52]. »

 

 

- Recyclage du vieux fonds raciste de l’extrême droite en épousant le processus de culturalisation du racisme

Le remaniement identitaire de l’idéologie frontiste – empruntant sans le dire, et souvent sans le savoir, aux élaborations théoriques du GRECE[53] – a permis de recycler le vieux fonds raciste de l’extrême droite en épousant le processus de culturalisation du racisme. On l’a vu, ce processus se retrouve bien au-delà du FN/RN depuis les années 1980, et les jeunes militants ont aujourd’hui largement incorporé ce remaniement. « À travers le discours différentialiste, l’extrême droite a en fait trouvé un mode de traitement symbolique original de l’immigration légitimant une certaine xénophobie tout en s’adaptant à la condamnation politico-juridique du racisme[54]. » On doit d’ailleurs remarquer que, même au temps où le racisme biologique s’affichait sans fards, le racisme culturel – c’est-à-dire l’altérisation, l’infériorisation et la discrimination d’un groupe au nom de traits culturels présumés – n’était jamais très loin, y compris dans le cas de l’antisémitisme nazi[55]. Peut-être regarderait-on d’ailleurs d’un autre œil les propositions frontistes d’interdire l’abattage rituel en France[56], si l’on prenait au sérieux le fait que le parti nazi organisa à plusieurs reprises des campagnes contre l’abattage rituel lié à la religion juive. L’objectif évident était de stigmatiser publiquement les juifs en les présentant à la fois comme radicalement étrangers aux « traditions allemandes » et comme coupables de barbarie[57].

 

  • Si la progression du FN/RN a reposé en bonne partie sur la banalisation de ses thèses par des partis et des intellectuels de droite comme de gauche, s’il n’aurait pu s’enraciner sans le processus d’imprégnation xénophobe et raciste, il serait erroné et dangereux de prétendre que son accès au pouvoir ne ferait que prolonger les politiques d’ores et déjà menées.
  • Un parti dont le succès repose à ce point sur la xénophobie et le racisme, qui est perçu à ce point comme le meilleur défenseur de l’intérêt des Blancs, ne pourrait accéder et se maintenir au pouvoir sans donner en permanence des gages à son électorat.
  • Il lui faudrait lâcher la bride à des appareils répressifs d’État dont une partie importante des membres sont d’ores et déjà acquis à ses positions, et donc aller beaucoup plus loin dans l’entreprise d’assujettissement des immigré·es et descendants d’immigré·es postcoloniaux, des musulman·es, des Rom·es et certainement des juifs·ves (quoi qu’en disent actuellement les dirigeants du FN/RN).

Notes

[0] Les anciens SS ont reconstruit l'extrême droite française après 1945

[0bisDossier : Le FN/RN de Marine Le Pen, un néofascisme à la française

[1] Portrait – Hélène Laporte, le vrai visage de la vice-présidente RN pistonnée par la macronie

[2] Bonnet blanc, blanc bonnet ? Les programmes de Zemmour et Le Pen décryptés

[3] La possibilité du fascisme : France, la trajectoire du désastre

[4] Face à la menace fasciste : Sortir de l’autoritarisme

[5] Défaire le racisme, affronter le fascisme

[6] Fascisme. Fascisation. Antifascisme.

[7] Sur ce point, voir La Possibilité du fascisme, chapitre 1

[8] Cité in J.-P. Gautier, Les extrêmes droites en France, Paris, Syllepse, 2012

[9] W. S. Allen évoque dans son livre les sentiments « mitigés » que nourrissaient les électeurs du NSDAP à son égard, le percevant comme un mixte de gens « convenables » et de « voyous ». Voir : Une petite ville nazie, op. cit., p. 122-123. Plus généralement, voir : I. Kershaw, L’opinion allemande sous le nazisme, Paris, CNRS Éditions, 1995 [1983]. Pour une critique de l’idée que les « masses » auraient « désiré le fascisme », voir : N. Poulantzas, « À propos de l’impact populaire du fascisme », in M.-A. Macciocchi, Éléments pour une analyse du fascisme, tome 1, Paris, 10/18, 1976

[10] Front National, service d’ordre, barbouzeries et opérations armées

[11] Voir les auditions effectuées lors de l’enquête parlementaire sur le DPS menée en 1999

[12] Voir également à propos de Claude Hermant, membre du DPS pendant six ans et récemment condamné à sept ans de prison pour trafic d’armes (dont certaines auraient servi à Amedy Coulibaly dans la tuerie de l’hypercacher : R. Dély et K. Laske, « Confessions d’un fantôme », Libération, 6 juin 2001

[13] Voir : A. Mestre et C. Monnot, « Crise au FN : Marine Le Pen écarte le service d’ordre historique au profit d’un proche », Droites extrêmes, 3 septembre 2015. Sur les liens entre Marine Le Pen et Axel Loustau, voir : M. de Turchi, “ Marine est au courant de tout…”. Argent secret, financements et hommes de l’ombre, Paris, Flammarion, 2017 "

[14] Migrants : le «coup de com» des Identitaires salué par le FN

[15] Louis Aliot juge qu’il faut “virer manu militari” les étudiants qui bloquent les facultés

[16] Radicalisation policière : le poids de l’extrême droite dans les forces de l’ordre

[17] Gendarmes mobiles : un danger pour la république ?

[18] François Duprat a-t-il pu écrire : « Notre conception révolutionnaire est, elle aussi, fort simple : nous devons savoir faire cohabiter une organisation de combat et une organisation de formation et d’encadrement. Sans les SA, jamais le NSDAP n’aurait pu prendre le pouvoir, mais sans la Politische Organisation les SA n’auraient pas mieux réussi que les Corps francs de Kapp et Luttwitz, lors du putsch de 1920… Dans l’hypothèse où le mouvement nationaliste-révolutionnaire dispose des forces nécessaires à une lutte violente et soutenue, si ces forces sont disciplinées et organisées, il peut rallier à lui les masses de droite, qui recherchent toujours une force susceptible de les rassurer. [Il faut que s’accentue la crise économique, que l’État s’affaiblisse et] une solution radicale pourra devenir acceptable pour des millions de Français… Une Révolution ne pourra s’accomplir que si nombre de conservateurs paisibles cessent d’être tentés par la perpétuation de l’ordre régnant. [Si la Révolution se fait par un coup de force permis par la crise], seul le mouvement capable de lancer dans la rue de nombreux militants, combatifs et disciplinés, pourra remporter la victoire et sauver notre civilisation ». Cité in : N. Lebourg et J. Beauregard, François Duprat. L’homme qui réinventa l’extrême droite, op. cit., p. 204

[19] Le Pen: " Depuis 40 ans ", l'immigration a engendré " la perspective de la guerre civile "

[20] Sur ce point, voir le chapitre consacré au FN/RN dans La Possibilité du fascisme (chapitre 5)

[21] On notera au passage que la rhétorique du « totalitarisme islamique » ou « islamiste » comme ennemi principal était partagée aussi bien par F. Fillon que par M. Le Pen lors des dernières élections présidentielles, le premier ayant fait paraître quelques mois avant l’élection un ouvrage intitulé : « Vaincre le totalitarisme islamique »

[22] Il faut rappeler combien cette catégorie juridique d’ « étranger » fonctionne, dans l’idéologie raciste de l’extrême droite, comme une catégorie ethno-raciale, distinguant les « vrais Français » (dits aussi « Français de souche ») et les autres, c’est-à-dire les non-Blancs, qu’ils soient de nationalité étrangère ou française (dans ce dernier cas ils seront considérés comme des « Français de papier », selon une vieille expression d’extrême droite qui continue d’être employée au FN, et récemment par Nadine Morano, ancienne ministre de N. Sarkozy, à propos de Rokhaya Diallo)

[23] Parmi de nombreuses études sur les motivations des votes, Voir « Comprendre le vote au 1er tour de l’élection présidentielle », p. 28

[24] Didier Eribon : « Mélenchon a mobilisé un électorat qui ne votait plus »

[25] Mais pourquoi Olivier Faure du PS a t-il peur, en 2022, d'une baisse du FN/RN ?

[26] Les nomades (gens du voyage ? Roms ? Gitans ? Tsiganes ? Romanichels ? Bohémiens ?)

[27] Il suffit de visionner quelques discours de meeting pour le constater. Voir par exemple le discours prononcé par Marine Le Pen au Zenith de Paris le 17 avril 2012

[28] Voir N. Mayer, « Le mythe de la dédiabolisation du FN », La Vie des idées, 4 décembre 2015

[29] Voir « Nouvelle judéophobie ou vieil antisémitisme ? », Raisons politiques, 2004, 4, n°16. Pour des données plus récentes, Voir l’étude publiée en décembre 2017 par l’IPSOS pour la Fondation du judaïsme français, qui montre une fois de plus que c’est parmi les sympathisants du FN que les préjugés antisémites sont de loin les plus répandus

[30] Voir V. Igounet, « Jean-Marie Le Pen est-il trop antisémite pour le ‘‘nouveau’’ FN ? », 6 mai 2015

[31] La Ligue de Défense juive (LDJ) est l'émanation en France de la Jewish Defense League, qualifiée de " groupe terroriste " par le FBI en 2001

[32] Le vendredi 1er août 2014, elle déclarait sur RTL : « S’il existe une Ligue de défense juive, c’est qu’il y a un grand nombre de juifs qui se sentent en insécurité. Ils ont le sentiment que monte un nouvel antisémitisme en France et qui est le fait de confrontations communautaires »

[33] Marche blanche - Déclaration du groupe « La France insoumise »

[34] Voir S. Johsua, « Cukierman, valse avec Le Pen », Regards, 3 mars 2015 

[35] Voir « Manifeste “contre le nouvel antisémitisme” », Le Parisien, 21 avril 2018, et voir la critique de ce texte par D. Vidal : « Contre l’antisémitisme, avec détermination et sang-froid », Mediapart, 23 avril 2018

[36] Quoi qu’en dise sa présidente, le Front National n’a jamais cessé d’être raciste et xénophobe, à en juger par l’opinion de ses adhérents et sympathisants. 

[37] Voir N. Mayer, art. cit.

[38] Bruno Mégret et le Mouvement national républicain (MNR) – parti qu’il a fondé après son exclusion du FN – avaient en effet développé un discours violemment islamophobe dès le début des années 2000, soit dix ans avant le FN. Sur l’histoire sinueuse de l’islamophobie à l’extrême droite, Voir N. Lebourg, « Marine Le Pen, l’extrême-droite et l’islamophobie », Le Nouvel Observateur, 2 mai 2012

[39] Voir : « Marine Le Pen affirme que les propos de son père sur Ebola ont été “dénaturés” », Libération, 22 mai 2014

[40] Celui-ci note au passage que « maintenant, le FN aimerait bien récupérer le contenu [de la théorie du “grand remplacement”]. Il en est donc à déclarer, un peu ridiculement, qu’il y a bien remplacement, oui, mais qu’il n’est pas grand ; que “grand” ajoute à la tournure un on ne sait quoi de suspect, de non scientifique. […] Car enfin, si le remplacement n’est pas grand, qu’est-ce qu’il leur faut ? Un génocide en bonne et due forme ? ». Voir « Renaud Camus : ‘‘ Si le remplacement n’est pas grand, qu’est-ce qu’il leur faut ? ’’ »

[41] Sur les origines anciennes de la rhétorique du « grand remplacement », Voir G. Kauffmann, « Le Nouveau FN. Les vieux habits du populisme », Paris, Seuil, 2016, p. 88-91. Sur Maurice Barrès, Voir « Z. Sternhell, Maurice Barrès et le nationalisme français », Paris, Fayard, 2016 [1972]

[42] Voir « Pour Marine Le Pen, l’afflux de migrants pourrait ressembler aux invasions barbares « du IVe siècle » », Le Parisien, 14 septembre 2015

[43] Voir « Régionales : ‘‘ éradiquer l’immigration bactérienne ’’, l’improbable proposition de Marine Le Pen », Libération, 10 novembre 2015

[44] Voir « Marine Le Pen : « Si nous échouons, la charia remplacera notre Constitution » », Le Point, 3 décembre 2015

[45] Voir D. Albertini, « L’un des livres favoris de Marine Le Pen décrit une apocalypse migratoire », Libération, 16 septembre 2015

[46] Voir « Pour Marine Le Pen, le dernier livre de Houellebecq « pourrait devenir une réalité » », Le Lab politique/Europe 1, 5 janvier 2015

[47] Voir N. Lebourg et J. Beauregard, « François Duprat. L’homme qui réinventa l’extrême droite », Paris, Nouveau Monde, 2012

[48] Ibid., p. 205

[49] Dès 1987 le FN diffusait des affiches où figurait une prétendue citation d’un responsable du Hezbollah énonçant : « Dans vingt ans, c’est sûr, la France sera une république islamique ».

[50] Voici ses mots, qui ne prêtent guère à ambigüité : « Maintenant il y a dix ou quinze endroits où, de manière régulière, un certain nombre de personnes viennent pour accaparer les territoires. Je suis désolée, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde Guerre mondiale, s’il s’agit de parler d’occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça c’est une occupation du territoire. C’est une occupation de pans du territoire, des quartiers dans lesquels la loi religieuse s’applique, c’est une occupation. Certes y a pas de blindés, y a pas de soldats, mais c’est une occupation tout de même et elle pèse sur les habitants ». Voir V. Igounet, « Une histoire d’un hold-up idéologique sur le FN loin d’être terminée »

[51] Au Zénith de Paris, Marine Le Pen agite le spectre des " Franco-Algériens comme Mohamed Merah "

[52] V. Igounet, Le Front national, op. cit., p. 230.

[53] Sur le GRECE, voir notamment : P.-A. Taguieff, Sur la Nouvelle Droite. Jalons d’une analyse critique, Paris, Éditions Descartes et Cie, 1994. Concernant l’influence de la Nouvelle droite sur le FN, Voir J.-Y. Camus, « Le Front national et la nouvelle droite », in S. Crépon, A. Dézé et N. Mayer, « Les faux-semblants du Front national. Sociologie d’un parti politique », op. cit.

[54] Voir « S. Crépon, La Nouvelle extrême droite. Enquête sur les jeunes militants du Front national » Paris, L’Harmattan, 2006.

[55] Sur ce point, Voir R. Eatwell, « Fascism and Racism », in J. Breuilly (ed.), The History of Nationalism, Oxford, Oxford University Press, 2013.

[56] Voir par exemple : « Le Pen veut interdire l’abattage des animaux sans étourdissement préalable », Le Point, 25 avril 2017

[57] Voir notamment : William S. Allen, Une petite ville nazie, Paris, Tallandier, 2016 [1967], p. 89 : « Les nazis décidèrent ensuite de soulever la colère populaire contre les méthodes employées par les juifs pour l’abattage du bétail. En conséquence, ils organisèrent une réunion sur ce sujet, avec projections en couleurs et discours prononcé par le président d’une société hanovrienne pour la protection des animaux. Au cours de la réunion, les dirigeants nazis de Thalburg firent savoir publiquement qu’ils étaient opposés aux pratiques israélites ».
 

- Pour en savoir plus :

- Portrait – Frédéric Boccaletti, député RN condamné pour violence avec arme

- Des nazis dans la police

- Jean-Luc Melenchon : « Le destin de LREM, de LR et du RN est de se regrouper sous la houlette de Le Pen ».

- Pour nos organisations, interagir et dialoguer avec le groupe RN à l’Assemblée nationale, c’est non !

- Jean-Luc Mélenchon en 2015 : " Les chiens votent Front National ! Certains chats aussi ! "

- Délation, harcèlement et menaces de mort : les méthodes ignobles de l’extrême droite contre une enseignante

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9 juillet 2022 6 09 /07 /juillet /2022 09:13
Plutôt Hitler que le Front Populaire dans les années 30, plutôt Le Pen que Mélenchon aujourd’hui

Quand Frédéric Lordon prédisait le retournement du barrage républicain pour Marine Le Pen contre Mélenchon

 

Avril 2021, plateau de La Bas si J’y Suis[1]. Le philosophe Frédéric Lordon est l’invité de Daniel Mermet pour présenter son nouvel ouvrage sur le communisme co-écrit avec Bernard Friot. Un passage de l’émission mérite d’être ressorti aujourd’hui. Il est d’une clarté éclairante.

 

Sources : l'Insoumission | mis à jour le 27/10/2022

- Le philosophe commence par décrire la haine des médias à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon

« Mélenchon est celui qui l’objet du traitement de défaveur le plus appuyé de la totalité des médias mainstream. Il est l’objet d’un déferlement de détestation proprement viscéral. On lui choisit toujours la photo la plus désobligeante, on lui déforme ses propos. Au moindre écart de conduite ou de langage, il en a pour 3 jours. Je me dis que c’est un bon signe : quelqu’un qui s’attire, à ce point, une haine universelle de l’ensemble des institutions formelles et informelles de la démocratie bourgeoise ».

 

 

- Le deuxième point de Frédéric Lordon, sur le barrage républicain, est savoureux
Je l’ai écrit il y a des années « Cette connerie du front républicain pourrait se donner une nouvelle occurrence en se reformant contre Mélenchon. Je suis prêt à parier que Mélenchon contre Le Pen, d’une part, version faible, le front républicain n’est pas du tout garanti en faveur de Mélenchon, d’autre part, version forte, il se pourrait qu’une front républicain se reconstitue mais contre Mélenchon ». ...La situation politique de juin / juillet 2022.

 

- Jean-Luc Melenchon : « Le destin de LREM, de LR et du RN est de se regrouper sous la houlette de Le Pen ».

 

 

Cela se passera de la manière suivante[2] : " L’Assemblée nationale va devenir la casserole dans laquelle ils vont mettre à cuire leur soupe. Lorsque le gouvernement affirme qu’il travaillera à des majorités de projets, il sait parfaitement que cela ne fonctionnera pas avec nous. Ils présenteront donc des textes sur lesquels LR fera de la surenchère pour tenter de grignoter des parts à l’extrême droite. Ce qui fait du RN le maître du jeu de la recomposition de la droite. Mme Le Pen n’a jamais eu un autre projet que celui de M. Zemmour, qui n’a cessé d’appeler à la jonction de la droite et de l’extrême droite. Ce n’est pas une surprise pour moi. Dès 2012, j’avais affirmé sur France 2 que, « face à la crise, cela se finirait entre le RN et nous[3]. » "

 

 

Et dans les faits : 👇

Le processus est déjà en marche...

 

 

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20 juin 2022 1 20 /06 /juin /2022 09:33
Le vote d’ouvriers et d’employés pour des candidats d’extrême droite : une problématique à ne pas esquiver

Le RN, ou l’illusion d’une opposition à Macron[1bis]

 

Hervé Debonrivage a, en mai dernier, rédigé cette analyse du vote RN. Il a eu raison de pointer l’importance de ce sujet comme le résultat du 2iéme tour des législatives le confirme...

Je me limite ici à cinq remarques complémentaires par Jacques Serieys :

- lorsque le programme et l’action politique de la "gauche" ne défendent pas les milieux ouvriers et populaires, pourquoi ceux-ci continueraient-ils à voter à gauche ? d’autant plus que beaucoup de médias valorisent le RN comme leur représentant. Cela entraîne surtout de l’abstention car une majorité de familles ouvrières ne sont pas dupes du fait que l’extrême droite fait partie du monde de la droite et du capitalisme.

- malgré quelques mots prétendument en faveur du peuple, l’extrême droite ne constitue en rien un appui pour ces milieux ouvriers et populaires, ne cherche en rien à les protéger contre le "mondialisme" et les "gros" capitalistes. Mussolini par exemple, est passé d’un discours social de ce type à la division par deux du salaire des femmes après l’arrivée au pouvoir. Plusieurs dirigeants du RN sont passés en une semaine de ce type de discours "social" au programme terriblement anti-ouvrier de Zemmour.

- les catégories sociologiques de l’INSEE ne prennent pas en compte le fait majeur des quarante dernières années : le salariat représente aujourd’hui plus de 80% des citoyens (ouvriers, employés, professions intermédiaires, cadres d’entreprise et professions intellectuelles supérieures, retraités ex-salariés). Globalement, ce salariat correspondant à une place dans les rapports capitalistes de production, vote plus pour La France Insoumise et la NUPES que la population française dans son ensemble. Le principal point d’appui électoral de la gauche, de LFI et de la NUPES à présent, ce sont les "professions intermédiaires" que de nombreux analystes préfèreraient voir intégrées dans un bloc avec les ouvriers et employés.

- si l’on accepte le concept de "classe populaire", il faut ajouter à ce salariat la catégorie INSEE définie par le terme d’INACTIFS. Il s’agit largement d’individus précarisés. Eux aussi votent plus pour LFI et la NUPES que la population globale et que pour le RN.

- la couche sociale englobée sous le concept "OUVRIERS" a beaucoup changé depuis 40 ans avec une nette baisse des ouvriers d’entreprise en CDI et une hausse par exemple des femmes de ménage et précaires en contrat court.

- La dernière étude sur les intentions de vote pour les législatives prévoit pour la NUPES : 43% parmi les professions intermédiaires, 32% parmi les employés, 32% parmi les cadres d’entreprise et professions intellectuelles supérieures, 41% parmi les "inactifs, 25% parmi les ouvriers, soit un engagement nettement plus important en faveur de la NUPES que pour le RN. Il est vrai que ces intentions de vote évoluent en fonction de l’offre politique ; le programme actuel de la NUPES répond évidemment plus à la demande du milieu salarié et populaire que les imbroglios permanents de François Hollande.

- Préambule : retour préalable sur le second tour des législatives 2022

Que l'on ne vienne pas nous dire que la France est pays de fascistes !

  • La faute de Macron est énorme : diaboliser la #Nupes (en mettant dans le même sac des " extrêmes " a contribué à multiplier par 10 le nombre de députés pour le RN, ce que l'insoumission dénonçait en mars 2022[1].
  • Le résultat de Le PEN à selon moi deux origines :
    • LREM et ses candidats, qui préfère soutenir en catimini le RN (sur 65 face à face entre la Nupes/RN, les donneurs de leçons de la macronie ont refusé de s'engager par une consigne claire dans 52 cas) de peur que la Nupes ait la majorité, car, comme je le publiais en mars 2021 « S'il existe encore un barrage pseudo-républicain en France, c'est désormais contre la gauche antilibérale »[2] ;
    • l'abstention du peuple porteur d'exigences de gauche, écœuré, dégouté par la trahison, par les engagements non tenus et dont le septennat Hollande a été l'un des plus gros contributeur. En effet, si Le Pen comptait sur l'abstention de gauche pour battre Macron aux présidentielles, elle comptait aussi dessus pour les législatives... et le résultat en atteste.

 

Le nouveau visage socio-professionnel des députés à l'issue des législatives 2022. 👉 Moins de 1% des députés sont ouvriers, contre 19% dans la population active.

 

  • A retenir : nous sommes l’expression politique des plus pauvres, des chômeurs, des oubliés de ce pays.
    • Parmi les 10% des circonscriptions où il y a le plus de pauvres, 80% ont été gagnées par la NUPES.
    • Nous avons la fierté d’avoir construit le + grand parti populaire depuis la Libération.

 

Nous sommes l’expression politique des plus pauvres, des chômeurs, des oubliés de ce pays.

 

Sources : Hervé Debonrivage | mis à jour le 13/10/2022

- Introduction Classe populaire ? De quoi parle-t-on ?

On entend par cette terminologie une partie de la population active constituée des ouvriers et des employés. On pourrait rattacher à cette catégorie des travailleurs indépendants à faibles revenus, des petits commerçants, des petits artisans, des propriétaires de petites exploitations agricoles.

  • Si l’on veut avoir une connaissance approfondie sur la notion de classe populaire, l’ouvrage le plus complet actuellement existant est le suivant : Sociologie des classes populaires contemporaines éditées chez Dunod ou Armand Colin[3].
  • On peut accéder un résumé détaillé de cet ouvrage collectif en utilisant le lien suivant sur Cairn info[4]

Sur l’évolution de la population active en France et plus particulièrement sur les catégories ouvrières on peut se reporter aux deux articles suivants :

  • Comment évoluent les catégories sociales en France ?[5] ;
  • Statistiques sur l’évolution du monde ouvrier de 1982 à 2020 et des différentes catégories qui le composent[6].

En 1982 les ouvriers représentaient 30 % de la population active, avec 6,9 millions de personnes et en 2020, 20 % de la population active avec 5,3 millions de personnes, les employés représentent quant à eux 25 % de la population active en 2020.

 

 

-  Deux articles concernant le vote des classes populaires pour des représentants de l’extrême droite
Depuis fort longtemps, il a existé des ouvriers et des employés ayant voté pour des candidats de droite ou d’extrême droite.

Mais un phénomène nouveau dont il faut reconnaître la réalité, c’est la croissance quasi continue du vote des classes populaires en faveur de l’extrême droite depuis les années 1980 qui coïncide, comme par hasard, avec la croissance et l’intensification des politiques néolibérales mais aussi avec la décroissance numérique de ces catégories populaires.

  • Une mise en garde préalable concernant l’utilisation des pourcentages par les médias et les instituts de sondage.

Il y a trois manières de calculer le vote ouvrier en faveur de l’extrême droite.

- Si l’on dit « il y a 50 % de votes des ouvriers pour Marine Le Pen » Il faut préciser de quelle quantité on prend le pourcentage. Si c’est 50 % du total du nombre d’ouvriers en France qui est de 5,3 millions, cela fait alors 2,65 millions de personnes

- S’agit-il de 50 % des ouvriers qui votent c’est-à-dire qui ne s’abstiennent pas ? En supposant que le taux d’abstention des ouvriers soit de 45 %, le pourcentage de votants est alors 65 % le nombre obtenu est alors : 50 % de 65 % de 5,3 millions ce qui donne : 1,72 millions de personnes

- Ou encore, troisième possibilité, cela veut-il dire que 50 % des électeurs pour Marine Le Pen sont des ouvriers ? Si l’on prend les 13,3 millions d’électeurs ayant voté Marine Le Pen au deuxième tour des présidentielles de 2022, on obtiendrait alors… : 6,65 millions de personnes : ce qui est évidemment impossible pour cette élection. Il faut donc être vigilant sur la manière dont les médias et les instituts de sondage annoncent leur pourcentage.

 

 

-  Les articles suivants, certes, apportent une ou des explications partielles qui devraient être donc complétées, mais n’en sont pas moins intéressantes.

1️⃣ Comment la gauche a perdu, en trente ans, le vote ouvrier (au profit de l’extrême droite)[7].

- Trente ans de métamorphose de l’électorat frontiste

Une étude de Jérôme Fourquet, directeur du pôle opinion et stratégies d’entreprise à l’Ifop (Institut français d’opinion publique), vient à point nommé pour apporter un éclairage documenté sur la question de savoir où se situe majoritairement, à moins d’un an de l’élection présidentielle, le vote ouvrier. Intitulée « 1988-2021 : trente ans de métamorphose de l’électorat frontiste », cette analyse d’avril dernier rappelle, d’abord, l’ancrage du vote d’extrême droite dans la société française puisque, depuis trois décennies, « un membre de la famille Le Pen obtient un score à deux chiffres lors d’une élection présidentielle ». Et les intentions de vote mesurées pour celle de 2022 ne démentent pas ce constat.

 

1988-2021 : évolution du score du FN/RN au premier tour de l’élection présidentielle. | Jérôme Fourquet/Ifop

Une des mutations prioritaires au sein des strates de l’électorat du Front national (FN), rebaptisé Rassemblement national (RN) en 2018, est fondée sur le niveau de diplôme, selon Fourquet. En 1988, avec Le Pen père, les titulaires d’un diplôme supérieur à bac+2 étaient les plus rétifs à un vote d’extrême droite (9% d’entre elles et eux) et ceux qui avaient un niveau inférieur au bac, les plus enclins (16%). On note que le delta entre ces deux catégories était de sept points. En 2017, avec Le Pen fille, la première catégorie est passée à 8% et la seconde à... 31%. L’écart s’est considérablement creusé pour atteindre vingt-trois points.

 

Le phénomène se diffuse maintenant au niveau des titulaires du bac dans les intentions de vote pour 2022 (mesurées en 2021). Alors que le vote lepéniste est quasi stable dans la catégorie au niveau éducatif le plus élevé (12% au lieu des 9% de 1988), il grimpe à 34% (contre 13% en 1988) chez les titulaires du baccalauréat. Et il s’affirme encore dans la catégorie des détenteurs d’un diplôme inférieur au bac : 33% contre 31% en 2017, comme noté ci-dessus.

 

- Plus de quatre ouvriers sur dix votent Le Pen

  • Cette observation faite en fonction du niveau de diplôme a évidemment une traduction politique puisque les moins diplômés sont cantonnés, beaucoup plus qu’auparavant, dans les métiers les moins en vue et les moins bien payés. « Tout se passe, écrit Fourquet, comme si le parti lepéniste avait progressivement capitalisé sur le ressentiment et le sentiment de relégation culturelle et sociale des publics les moins diplômés au fur et à mesure que le niveau éducatif moyen était rehaussé. » Le résultat électoral de ce mouvement socio-culturel est l’augmentation considérable sur un peu plus de trente ans de la part des ouvriers et des employés votant pour le FN/RN.
  • Alors que la proportion d’ouvriers votant pour le parti lepéniste en 1988 était de 17% –un pourcentage assez peu différent de ce qui était observé chez les employés (14%), dans les professions intermédiaires (15%) ou chez les cadres et dans les professions intellectuelles (14%)–, ce taux a énormément gonflé, passant à 39% lors de l’élection présidentielle de 2017. La part des employés a suivi une tendance de même nature car elle est montée à 30% à l’occasion de ce même scrutin. Les projections qui peuvent être faites au travers des intentions de vote pour 2022 accentuent encore ces phénomènes haussiers : le taux atteint 45% des ouvriers et 42% des employés.

 

1988-2021 : évolution du score du FN/RN au premier tour de l’élection présidentielle dans les milieux populaires. | Jérôme Fourquet/Ifop

  • « Le fait que plus de quatre personnes sur dix appartenant [aux milieux populaires] aient l’intention de voter pour Marine Le Pen au premier tour de 2022, relève Fourquet, témoigne de la très forte emprise idéologique du RN dans ces catégories. » Force est de constater que cette emprise idéologique n’a pas toujours été de ce côté de l’échiquier politique, c’est-à-dire à l’extrême droite. Loin s’en faut.
  • Même si la classe ouvrière a toujours été moins homogène que ce que pensaient et disaient les marxistes pour les besoins de la cause, il n’en demeure pas moins que l’histoire de la gauche, socialiste et communiste, est intimement liée à l’émergence de la notion de classe ouvrière. Créée au début du XXe siècle, la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière, IIe Internationale) ne contient même pas le mot socialiste dans son sigle, tant ouvrier et socialiste recouvrent le même champ politique dans l’esprit de ses initiateurs.

 

- Quand le PCF était le premier parti de France

  • Lors de son congrès de 1920, à Tours, une majorité de congressistes quitte la SFIO pour adhérer, sous l’influence des Soviétiques qui ont pris le pouvoir en Russie en 1917, à la SFIC (Section française de l’Internationale communiste, IIIe Internationale). La SFIC deviendra, en 1921, le Parti communiste français (PCF) qui représente, pour les marxistes, « l’avant-garde de la classe ouvrière ». C’est dire à quel point les communistes voulaient damer le pion aux socialistes comme représentants les plus authentiques du monde ouvrier. Même si celui-ci n’était pas fait d’un seul bloc politique.
  • En effet, même si une majorité, écrasante probablement, des ouvriers révolutionnaires ou réformistes votaient à gauche, notamment pour le PCF jusque dans les années 1970 et en partie pour le PS jusque dans les années 2000, ils coexistaient avec des ouvriers catholiques ou conservateurs dont le vote penchait à droite, comme ce fut notamment le cas pendant la période gaulliste. Cette hétérogénéité est décrite dans une étude du politologue Florent Gougou intitulée « Les mutations du vote ouvrier sous la Ve République » : il constate que « le vote ouvrier n’est donc pas naturellement acquis à la gauche ».

 

Lors du congrès de Tours, en 1920.

  • Il n’en demeure pas moins que le Parti communiste se présentait comme le porteur idéal des aspirations ouvrières qui, à l’en croire, trouvaient leur plein épanouissement dans la « patrie du socialisme ». De fait, le PCF fut le premier parti de France en termes électoraux dans l’immédiat après-guerre. Il jouissait alors, sur le plan intérieur, de l’image du parti des 75.000 fusillés –un chiffre très éloigné de la réalité, ce qui n’ôte rien à la bravoure de militants communistes qui ont sacrifié leur vie dans la Résistance bien avant que l’appareil du parti ne décide de s’y engager à la suite de l’invasion de l’URSS par les armées du IIIe Reich, en juin 1941.
  • Sur le plan extérieur, il profite de l’aura de la Grande Guerre patriotique victorieuse conduite par Staline et l’armée rouge contre le nazisme sur le front de l’Est. Il est vrai que le PCF sera longtemps d’une grande fidélité au stalinisme.

 

La récession de l’âge d’or communiste

  • Lors de l’élection de la première Assemblée constituante, en octobre 1945 (celle qui va clore le cycle de la IIIe République), il obtient 26,2% des voix et 159 sièges : il devance les démocrates-chrétiens centristes du MRP (Mouvement républicain populaire). Il culmine même à 28,3% aux législatives de novembre 1946 (la IVe République a été instaurée en octobre) et détient un tiers des sièges de l’Assemblée nationale... l'ère du « gaullo-communiste[7bis] » ?
  • Grâce au vote ouvrier et au soutien de l’intelligentsia de gauche –les communistes occupent alors une place prépondérante parmi les intellectuels–, le PCF tient le haut du pavé sur l’échiquier politique jusqu’à la fin des années 1970. À l’élection présidentielle de 1969, son candidat, le kominternien Jacques Duclos, obtient 21,3% des suffrages exprimés. Et dix ans plus tard, Georges Marchais, qui conduit la liste du Parti aux premières élections européennes, décroche 20,5% des voix.
  • Mais l’âge d’or est déjà entré en récession par la combinaison d’une multitude de facteurs qui sont défavorables au Parti communiste, en France et en Europe de l’Ouest. On peut citer pêle-mêle les interventions militaires extérieures de l’URSS pour sauver « le socialisme réel », les mutations de la société française après 1968, le rétrécissement progressif de la classe ouvrière au profit d’une classe moyenne aux contours moins déterminés dans les décennies qui suivent, la montée en puissance du Parti socialiste (PS) qui est couronnée par la victoire de François Mitterrand à la présidentielle de 1981, puis celle de 1988, la chute du Mur de Berlin en 1989 et la dislocation de l’Empire soviétique à partir de 1991, le mouvement de désindustrialisation, etc.

 

Le vote ouvrier n’est plus au rendez-vous

  • Le vote ouvrier n’est plus au rendez-vous de la gauche et du PCF en particulier. Selon le politologue Florent Gougou déjà cité, « il semble que le vote de classe ouvrier [atteint] son maximum lors des élections législatives de 1973, avant de décliner progressivement par la suite ». Georges Marchais est surpris par son score (15,4%) à la présidentielle de 1981. Ce recul est confirmé aux européennes de 1984 où la liste du secrétaire général n’atteint que 11,2%, c’est-à-dire qu’il fait jeu égal avec le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, dont la liste obtient 11%. Cinq ans avant, la liste d’extrême droite conduite par Jean-Louis Tixier-Vignancour avait fait péniblement... 1,3%.
  • Les nombreux bastions rouges ouvriers de la région parisienne qui firent la grandeur du PCF vont tomber les uns après les autres. À partir de ce basculement, la suite de l’histoire n’est plus qu’une descente accélérée vers les enfers électoraux. À la présidentielle de 1988, André Lajoinie, candidat communiste concurrencé par le dissident Pierre Juquin, n’obtient que 6,8% des voix alors que Le Pen père est à 14,4%. Aux européennes de 1989, le PCF n’a plus qu’un score à un chiffre (7,7%) et l’extrême droite est à 11,7%.

Le vote ouvrier n’est plus au rendez-vous

  • Le vote ouvrier n’est plus au rendez-vous de la gauche et du PCF en particulier. Selon le politologue Florent Gougou déjà cité, « il semble que le vote de classe ouvrier [atteint] son maximum lors des élections législatives de 1973, avant de décliner progressivement par la suite ». Georges Marchais est surpris par son score (15,4%) à la présidentielle de 1981. Ce recul est confirmé aux européennes de 1984 où la liste du secrétaire général n’atteint que 11,2%, c’est-à-dire qu’il fait jeu égal avec le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, dont la liste obtient 11%. Cinq ans avant, la liste d’extrême droite conduite par Jean-Louis Tixier-Vignancour avait fait péniblement... 1,3%.
  • Les nombreux bastions rouges ouvriers de la région parisienne qui firent la grandeur du PCF vont tomber les uns après les autres. À partir de ce basculement, la suite de l’histoire n’est plus qu’une descente accélérée vers les enfers électoraux. À la présidentielle de 1988, André Lajoinie, candidat communiste concurrencé par le dissident Pierre Juquin, n’obtient que 6,8% des voix alors que Le Pen père est à 14,4%. Aux européennes de 1989, le PCF n’a plus qu’un score à un chiffre (7,7%) et l’extrême droite est à 11,7%.
  • L’enchaînement des scrutins n’est plus qu’une longue litanie de défaites qui mettent en évidence la perte du cœur électoral du Parti communiste : sa base ouvrière. Les nombreux bastions rouges ouvriers de la région parisienne qui firent la grandeur du PCF tombent les uns après les autres. Jusqu’au fiasco des européennes de 2019 où, avec 2,5% des suffrages exprimés, le PCF n’envoie aucun représentant au Parlement de Strasbourg, quand les lepénistes en propulsent vingt-trois avec 23,3% des voix.
  • Absents des deux dernières consultations présidentielles (2012 et 2017) après s’être rangé derrière Jean-Luc Mélenchon (chef de fil successivement du Front de gauche et de La France insoumise), les communistes ont décidé de présenter leur secrétaire national, Fabien Roussel, en 2022, pour conjurer un retrait définitif du paysage politique français. Pourront-ils compter, comme dans le temps d’avant, sur le vote des ouvriers dont le nombre est passé de 6,9 millions, soit 30% de l’emploi total, en 1982, à 5,3 millions (20%) en 2019 ? Rien n’est moins sûr.

 

 

2️⃣ Deuxième article. Front national ou abstention : comment votent les ouvriers ?

- Les ouvriers sont de plus en plus tentés par le Front national MARGAUX BARALON , le 15 mars 2017[8]

FACT CHECKING - Selon Jean-Luc Mélenchon, il " n’est pas vrai " que les classes ouvrières plébiscitent Marine Le Pen. Pourtant, c’est bien la candidate frontiste qui arrive en tête de leurs intentions de vote. " Ce n’est pas vrai ! " Invité mercredi d’une matinale spéciale sur Europe 1, Jean-Luc Mélenchon, leader de la France Insoumise, s’est insurgé contre une question sur le vote des classes populaires, qui serait acquis à Marine Le Pen. " Ce n’est pas vrai que la classe ouvrière vote pour l’extrême droite ", a-t-il martelé. " 60% des ouvriers ne votent pas. C’est là le fond de l’affaire. Ils ne votent pas parce qu’ils sont écœurés par un système politique et médiatique qui les révulse."

 

Pourtant, les enquêtes d’opinion montrent une très forte percée de Marine Le Pen au sein de l’électorat ouvrier. Selon la dernière étude du Cevipof, 44% de ceux qui se disent certains d’aller voter iront glisser un bulletin au nom de la présidente du Front national dans l’urne. C’est plus que toutes les autres catégories socioprofessionnelles, devant les employés (35%) et les agriculteurs (35%), deux autres électorats très tentés par l’extrême droite.

 

Le deuxième candidat le plus plébiscité par les ouvriers est Emmanuel Macron. Mais l’ancien ministre de l’Économie arrive très loin derrière Marine Le Pen, avec seulement 16% des intentions de vote de la classe ouvrière. Jean-Luc Mélenchon, lui, pointe en troisième position avec 14%.

 

Une forte abstention. Concernant l’abstention, le leader de la France Insoumise n’a pas tort : elle est très forte au sein de la classe ouvrière, puisque 42% des ouvriers expliquent ne pas être certains de se rendre aux urnes. Loin des 60% évoqués par Jean-Luc Mélenchon, et moins que les agriculteurs, qui sont plus de la moitié (52%) à être des abstentionnistes potentiels.

 

L’enquête du Cevipof n’est pas la seule à montrer que Marine Le Pen rencontre beaucoup d’écho auprès des classes populaires. Dans le dernier baromètre Elabe aussi, la candidate du Front national est la personnalité préférée des ouvriers, avec 45% d’intentions de vote. Devant Emmanuel Macron (20%) et Jean-Luc Mélenchon (12%). Là encore, le taux d’abstention potentiel chez les ouvriers est non négligeable, avec 47% d’entre eux qui ne sont pas certains de se déplacer pour voter. Mais il n’est pas supérieur à celui des autres catégories de population : 53% des professions intermédiaires sont des abstentionnistes potentiels ; 42% des cadres et professions supérieures.

 

Les ouvriers de plus en plus tentés par le FN.

  • Ces chiffres ne sont pas propres à l’élection présidentielle. Lors des dernières régionales déjà, en 2015, 43% des ouvriers avaient voté Front national. Ils se tournent davantage vers l’extrême droite depuis 1988. À l’époque, 18% votaient Jean-Marie Le Pen au premier tour. En 1995, ils étaient 23%. En 2002, 31%. Après une rechute en 2007, le vote ouvrier en faveur du Front national avait de nouveau grimpé à environ 30% en 2012.

 

- Autre article :
Quel est le profil des électeurs ayant voté Emmanuel Macron au Marine Le Pen aux élections présidentielles de 2022 ?[9]

Selon un sondage figurant dans cet article, 67 % des ouvriers et 57 % des employés ont voté pour Marine Le Pen. Remarque il faut prendre ses derniers chiffres avec précaution : s’agit-il de 67 % de l’ensemble des ouvriers ou de 67 % des ouvriers qui votent ?

 

Si l’on considère en utilisant les sondages précédents que 45 % des ouvriers s’abstiennent, il en résulte que 65 % d’entre eux votent. Ainsi, si l’on prend 67 % de 65 %, on retombe bien sur le chiffre précédent de 45 % d’ouvriers votant pour Marine Le Pen.

 

 

3️⃣ Quels sont les faits explicatifs de la croissance de l’influence de l’extrême droite sur les classes populaires ?
Des causes économiques.

On connaît les ravages sociaux du néolibéralisme destruction des services publics, précarité de l’emploi, chômage de masse, délocalisation des entreprises, désindustrialisation, tertiairisation des métiers ouvriers (plate-forme logistique, chauffeur livreur, etc.). Mise en concurrence accrue des travailleurs entre eux sur un marché du travail ouvrier en contraction.

 

- Des causes sociologiques.

Ces causes économiques ont modifié les rapports sociaux entre les travailleurs : destruction des collectifs de travail et des liens sociaux de solidarité par notamment le recours à l’externalisation de certaines tâches et l’utilisation massive de sous-traitance, etc.

 

Ainsi le taux de syndicalisation n’a cessé de décroître et le syndicalisme non seulement comme moyen de défense des conditions de travail mais aussi comme outil de formation des travailleurs a perdu de sa force. Dans le contexte d’un marché du travail très concurrentiel et de précarité , certains ouvriers peuvent être conduits à faire porter la responsabilité de ses problèmes sur autrui et notamment sur travailleurs immigrés et les « assistés sociaux ».

 

De mauvaises conditions d’habitat et un environnement urbain ou périurbain où règne la délinquance favorisent la réceptivité aux idées sécuritaires et identitaires de l’extrême droite. Selon la Cour des Comptes, il existe en France 1514 « quartiers de non-droit » répartis sur environ 800 communes. Le vote de lois sécuritaires enrobées de com’à usage des fonds de commerce électoraux couplées à une destruction des services publics par les libéraux ne changent en rien cette situation.

 

- Des causes culturelles.

Une autre conséquence du néolibéralisme est le mauvais fonctionnement du système éducatif provoquant un échec scolaire ou universitaire de masse plus ou moins visible. Cela provoque un sentiment de relégation, de déclassement favorable à la désignation d’un bouc émissaire.

 

Les connaissances historiques, les capacités d’analyse critique des jeunes collégiens et lycéens se trouvent ainsi altérées. Ils se trouvent ainsi livrés sur le « marché électoral » sans capacité suffisante d’analyse critique des discours démagogiques voire racistes.

 

Il existe en effet une forme de banalisation du racisme :

  • la France, avec l’union européenne, s’est abstenue en 2014 et en 2021 au vote de la résolution de l’ONU condamnant la glorification du racisme et du nazisme. Les États-Unis et l’Ukraine ont même voté contre ! ( En revanche, tous les pays d’Asie et d’Amérique du Sud et d’Afrique ont voté pour.)
  • Paresse intellectuelle et défiance envers les autres aidant, il est beaucoup plus facile d’accuser le « fraudeur social », l’immigré « qui ne veut pas s’intégrer » pour expliquer la souffrance sociale que de dénoncer la mauvaise répartition de la valeur ajoutée produite par les travailleurs entre salaires et profits sous les Gide de la grande bourgeoisie dominante.
  • Il est bien évident que le simplisme d’un discours de Marine Le Pen tranche avec la relative complexité d’un discours de Mélenchon même si ce dernier déploie de réels efforts pour être pédagogique.

 

Une autre carence culturelle de l’éducation nationale concerne la laïcité

  • L’insuffisance des moyens mis en œuvre pour préserver le système éducatif de la pénétration par l’islamisme politique. Dont le rapport de l’inspecteur général Jean-Pierre OBIN entouré de 90 spécialistes a fait état dès 2004[10]. Ce spécialiste du renseignement de terrain cite dans sa longue interview les deux rapports précités.
  • Comme dans de nombreux domaines, les gouvernements libéraux incapables de donner les moyens financiers et humains pour faire fonctionner correctement nos services publics ne tiennent pas concrètement compte des rapports d’expertise indépendants.

 

En l’occurrence, cette incurie ouvre un boulevard pour tous les manipulateurs d’extrême droite, à des médias en quête d’audience sur des problèmes de conflits religieux et identitaires.

 

Les classes populaires n’échappent évidemment pas, comme d’autres catégories sociales, à cette vaste diversion qui, certes peut reposer sur des problèmes réels mais qui ne sont traités ni économiquement, ni culturellement, ni politiquement.

 

- Des causes politiques.

L’affaiblissement continu du PCF depuis la fin des années 1980 et le peu d’influence des partis d’extrême gauche ne permet plus aux travailleurs d’avoir une formation critique du capitalisme suffisante. Cette carence peut conduire un certain nombre d’ouvriers et d’employés à se réfugier dans le « chacun pour soi », dans le communautarisme, dont l’illusion d’un parti de l’ordre

 

Il est fréquent de lire : « la gauche a abandonné les classes populaires ». Mais encore faut-il être plus précis.

  • Le PS en se convertissant à des politiques économiques néolibérales donc de droite a pris des mesures économiques en contradiction avec les intérêts des classes populaires.
  • D’autre part, le PCF n’a pas su tenir compte des modifications structurelles du salariat ouvrier et des services. Il a abandonné sa politique de formation politique des classes populaires au profit d’une simple gestion des affaires locales et d’une professionnalisation alimentaire de la politique.
  • Un autre élément important à prendre en compte pour expliquer la défiance des classes populaires à l’égard des partis politiques ayant gouverné est le suivant : il n’y a eu que très peu d’élus ouvrier ou employés dans les différentes assemblées locales et nationales ou européennes.

 

Le vieux fond de l’antiparlementarisme d’extrême droite trouve alors un terreau favorable.

En outre, il existe une détérioration des rapports entre les institutions administratives du fait de la pénurie de moyens accordés à ces dernières et d’une numérisation technocratique mal acceptée par les classes populaires. Cela donne un écho favorable à la propagande anti fonctionnaires, anti technocrates, anti fiscaliste de l’extrême droite.

 

- Des causes idéologiques.

Il a été montré sur ce site et ailleurs que l’extrême droite a considérablement accru son influence au sein des grands médias dominants mais aussi sur les réseaux sociaux.

 

Ainsi les thèmes sécuritaires, identitaires voire religieux prennent une place disproportionnée dans l’espace médiatique et contribuent ainsi à augmenter l’électorat de l’extrême droite notamment dans les classes populaires. Rappelons ainsi que si Jean-Marie Le Pen avait obtenu 18 % des suffrages exprimés en 2002, sa fille, 20 ans plus tard, obtient 42 % des suffrages exprimés au second tour des élections présidentielles.

 

On constate ainsi que le score de 45 % pour le vote ouvrier en faveur de Marine Le Pen est légèrement plus haut que la moyenne nationale des suffrages exprimés.

 

À cette diffusion médiatique massive des idées d’extrême droite s’ajoute une propagande spécifique anti France Insoumise ou anti Mélenchon.

  • Islamo – gauchisme reprenant le terme de Judéo – bolchévisme d’avant-guerre ; communautarisme, wokisme.
  • Une autre critique spécifique pouvant toucher les classes populaires : Mélenchon serait un traître car il aurait appelé à voter François Hollande et aurait permis l’élection d’Emmanuel Macron. Or il se trouve que Mélenchon n’a jamais encouragé à voter pour l’un ou pour l’autre.
  • Même si les 13 % ou 17 % de l’électorat de Mélenchon ne s’étaient pas reportés sur Macron, celui-ci aurait de toute façon été élu avec plus de 2 millions de voix d’avance sur Marine Le Pen.
  • Mais les électeurs d’extrême droite lui feront remarquer que néanmoins il n’a pas appelé à faire barrage à François Hollande comme il l’avait dit pour Sarkozy et n’a pas appelé à faire barrage à Macron comme il l’avait dit à l’égard de Marine Le Pen.
  • Mais si l’on suit un tel raisonnement, cela signifierait que Mélenchon aurait dû préconiser l’abstention ou le vote blanc dans chacune de ces situations. Il faut remarquer que vouloir à tout prix appeler à faire barrage à Macron peut aboutir à quitter LFI et adhérer au RN comme ce fut le cas d’Andréa Kotarac lors des élections européennes de 2019 et fut fustigé par Jean-Luc Mélenchon[11] !

 

Mélenchon a évidemment eu raison de condamner une telle attitude mais celle-ci montre le niveau de détestation de Macron qui peut exister dans un électorat qui a voté Mélenchon au premier tour et dont 13 % ont voté pour Marine Le Pen pour faire barrage à Macron. (Sondage réalisé après le second tour et non pas un sondage d’entre deux tours qui indiquaient 18 % pour Le Pen et 37 % pour Macron).

 

L’analyse sociologique de cet électorat est partiellement décrite dans l’article de France 24 avant le second tour des présidentielles : la colère de l’électorat de Mélenchon vise d’abord Macron[12].

 

 

4️⃣ Comment convaincre les classes populaires qui votent pour l’extrême droite ?

Sans tomber dans le simplisme, il faut éviter une argumentation complexe.

  • Il faut simplement montrer que le RN – FN n’a jamais participé à la moindre manifestation pour défendre les salaires, les conditions de travail, les retraites. Quelles sont les propositions de loi du FN – RN à l’Assemblée nationale ou au parlement européen pour améliorer les conditions de vie des travailleurs
  • Quelles sont les politiques sociales envers les plus démunis dans les municipalités où le RN est majoritaire ? On remarquera le silence des grands médias sur cette question.
  • Historiquement, il faut rappeler que l’extrême droite a toujours eu un langage social pour prendre le pouvoir pour ensuite recourir à des politiques antisociales une fois élue.
  • Quant à la défense de la morale et de l’ordre, il faut rappeler que le RN a été mis plusieurs fois mis en cause par la justice pour le financement de ses campagnes électorales.
  • D’autre part, une rétrospective historique sur la vie politique du FN – RN donne l’image d’un parti en proie à de multiples guerres intestines, de rivalités et de nombreux départs : c’est ça le parti de l’ordre ?
  • Les deuxièmes auteurs des actes terroristes dans le monde occidental sont les mouvements d’extrême droite. Voir la liste des attentats d’extrême droite[13].... C’est ça la sécurité ? La paix civile ?
  • Montrer que les allégations du RN concernant la fraude sociale, l’attribution d’aides sociales considérables aux immigrés reposent sur des inexactitudes factuelles ou, au mieux, sur des chiffres biaisés.

 

Il faut aussi démolir les mythes du « grand remplacement », de la « guerre des civilisations » qui alimentent aussi les courants néonazis au niveau international.

  • Sans nier l’existence d’un certain nombre de problèmes locaux liés à l’immigration et sans nier l’existence d’une action de l’islam politique, ces questions doivent être traitées à partir de rapports d’experts indépendants, d’études de terrain de diverses associations démocratiques et non pas à partir de récupération médiatique et de déclaration bruyante des partis de droite et d’extrême droite. Comme l’ont déjà dit différents représentants de LFI : « moins de com’et plus d’action de terrain ! ».
  • Montrer que le problème essentiel est le partage des richesses entre salaires et profits créés par l’ensemble de la population active en France.
  • Montrer que cette inégalité du partage au profit des actionnaires a pour conséquence de casser les services publics notamment ceux de la santé, de l’éducation et la justice.

 

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- Retrouvez la conférence des #AMFIS2022 intitulée : « Qui a voté pour l’extrême droite en 2022

 « Qui a voté pour l’extrême droite en 2022 ? », avec :
• Alexis Corbière, député LFI-NUPES
• Boris Bilia, statisticien et co-animateur d’Intérêt général
• Gala Kabbaj, chercheuse, en charge du programme Stratégies contre l’extrême droite de Transform!
• Lucie Delaporte, journaliste à Mediapart, spécialiste de l’extrême droite

 

 

Notes :

[1] Macron trampoline de Le Pen : Mélenchon vote utile de 2022 ?

[1bisLe RN, ou l’illusion d’une opposition à Macron

[2] S'il existe encore un barrage pseudo-républicain en France, c'est désormais contre la gauche

[3] Classes populaires ou condition laborieuse ?

[4] Yasmine Siblot, Marie Cartier, Isabelle Coutant, Olivier Masclet et Nicolas Renahy, Sociologie des classes populaires contemporaines

[5] Comment évoluent les catégories sociales en France ?

[6] Institut national de la statistique et des études économique

[7] Olivier Biffaud — 19 mai 2021 : Comment la gauche a perdu, en trente ans, le vote ouvrier (au profit de l'extrême droite)

[7bis] L'ére du « gaullo-communiste »

[8] Front national ou abstention : comment votent les ouvriers

[9] Résultats présidentielle : quel est le profil des électeurs d'Emmanuel Macron, de Marine Le Pen et des abstentionnistes ?

[10] L’insuffisance des moyens mis en œuvre pour préserver le système éducatif de la pénétration par l’islamisme politique.. Voir pour plus de détails Wikipédia :

Jean-Pierre Obin qui, lassé de l’inaction des différents gouvernements, a publié en 2020 l’ouvrage : Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école.

- La commission et le rapport Stasi remis à Chirac en 2003 avait fait état des mêmes préoccupations.

- Pour avoir une idée du mode opératoire du développement de l’islamisme politique en France, on peut écouter l’émission : Thinkerview AlainChouet 35 ans de DGSE

[11] Appel d'un ex-soutien de Mélenchon à voter RN : le chef de file de LFI fustige un "traître"

[12] Présidentielle : "La colère de l'électorat de Jean-Luc Mélenchon vise d'abord Emmanuel Macron"

[13] Liste d'attaques terroristes d'extrême droite

 

Pour en savoir plus :

- Les classes populaires et la démocratie représentative en France : exit, voice ou loyalty ? Patrick Lehingue Dans Savoir/Agir 2015/1 (n° 31), pages 25 à 34 Source : cairn info

- Le référendum sur le projet de traité constitutionnel en 2005, puis le premier tour de l’élection présidentielle de 2007, ont semblé confirmer l’intérêt des classes populaires pour la politique

- Jean-Luc Mélenchon en 2015 : " Les chiens votent Front National ! Certains chats aussi ! "

Le vote d’ouvriers et d’employés pour des candidats d’extrême droite : une problématique à ne pas esquiver
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19 avril 2022 2 19 /04 /avril /2022 21:29
L’union populaire : une stratégie globale

 

Le sociologue Didier Eribon, qui a soutenu la campagne de Jean-Luc Mélenchon, analyse les causes de la poussée de l’extrême droite, et les défis qui attendent La France insoumise pour reconstituer durablement une pensée de gauche.

 

 

Dans Retour à Reims (Fayard, 2009)[1], récemment adapté au cinéma par Jean-Gabriel Périot, le philosophe et sociologue Didier Eribon analyse, à travers le récit intime de sa famille, le glissement du vote de la classe ouvrière du communisme vers le Front national (FN), puis le Rassemblement national (RN). Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle, le 10 avril, confirme selon lui l’inscription dans le temps d’un « vote de classe » favorable à l’extrême droite.

Une partie des causes de ce basculement est à chercher dans la conversion au néolibéralisme du Parti socialiste (PS), qui a « créé de la colère, de l’abstention, et finalement le vote » des classes populaires qu’il devait représenter contre lui – c’était l’objet de son essai, D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française (Léo Scheer, 2007). Le score piteux du PS (1,75 %) marque à ce titre « l’aboutissement d’un processus entamé au début des années 1980 », et qui a abouti à l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, explique-t-il.

Il estime cependant que la dynamique de Jean-Luc Mélenchon[2] (qu’il a soutenu publiquement), plébiscité dans les quartiers populaires, peut être de nature à faire dérailler l’anéantissement « programmé » de la gauche.

 

Sources : Didier Eribon | mis à jour le 29/11/2022

- Le premier enseignement de ce premier tour de l’élection présidentielle, c’est que l’extrême droite obtient plus de 30 % des voix, et qu’elle s’installe pour la deuxième fois consécutive au deuxième tour de ce scrutin. Comment interprétez-vous ce phénomène structurant de la vie politique française ?

Didier Eribon : Je crois que malheureusement le vote à l’extrême droite est bien installé. Cela s’est produit progressivement, depuis le milieu des années 1980. Au départ, c’était en grande partie un vote de protestation. Quand j’ai demandé à ma mère pourquoi elle avait voté Le Pen pour la première fois, elle m’a dit : « Pour donner un coup de semonce ». La deuxième fois, c’était sans doute pour donner un deuxième coup de semonce. Et la troisième fois, cela devient le vote naturel qui a remplacé celui d’autrefois pour la gauche.

 

Cela signifie que c’est toute la perception du monde qui change. Les conversations quotidiennes, le rapport aux autres, aux partis politiques, à ses propres aspirations personnelles. Le vote n’est pas seulement un acte électoral.

 

C’est aussi une sorte de culture au sens très large du terme. Comme je le disais dans Retour à Reims, dans ma famille, on ne votait pas seulement pour le Parti communiste français (PCF) : c’était toute une culture qui allait avec. On parlait le langage du Parti communiste. Il y avait une culture communiste, qui s’est délitée, laissant les individus à l’état d’abandon politico-idéologique.

 

C’est, bien sûr, lié à la transformation du monde du travail. Quand ma mère était ouvrière, dans les années 1970 et 1980, aux Verreries mécaniques champenoises, il y avait 1 700 ouvriers, dont 500 étaient membres de la CGT. C’était une force mobilisable, et souvent mobilisée, une force collective considérable.

 

L’usine a fermé dans les années 1980. Les enfants et petits-enfants de ces ouvriers n’ont pas retrouvé de travail dans ce type d’usines, qui fermaient les unes après les autres.

 

Quand ils ne sont pas chômeurs, ou au RSA, ou occupant des emplois temporaires, ils travaillent maintenant beaucoup dans la logistique, dans les entrepôts d’Amazon. Or, si vous êtes livreur, que vous travaillez dans un entrepôt, où la syndicalisation est difficile et risquée, il est évident que vous n’avez plus le même rapport à la politique. Vous étiez une force collective, vous êtes devenu un individu isolé.

 

  • Les gens privés de cette culture politique, et du mode d’expression qu’elle leur conférait, se sont reconstitué individuellement et collectivement une autre culture et un autre moyen de s’exprimer : le vote pour le FN, puis le RN. Pour eux, c’est une manière de se constituer collectivement comme sujet politique.

 

C’est ainsi que Marine Le Pen obtient des scores impressionnants dans l’Aisne, le Pas-de-Calais, le Nord, la Moselle, la Meurthe-et-Moselle, etc., c’est-à-dire les anciens bastions ouvriers, miniers, qui avaient été les berceaux du mouvement ouvrier français, et qui sont désormais désindustrialisés, précarisés, désespérés.

 

Si c’est une autre forme de vote ouvrier, de vote des catégories populaires, on peut donc dire que c’est un vote de classe. Ce qui est inquiétant, c’est que ce vote de classe s’est durablement inscrit dans le paysage politique. Il faut alors essayer de comprendre pourquoi. Et on ne peut pas comprendre ce qui se passe si on ne fait pas l’histoire dans le temps long, en remontant à la fin des années 1970.

 

 

- Dans votre livre sorti en 2007, D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française, vous situez l’origine de ce que nous vivons au tournant idéologique effectué par le Parti socialiste (PS) dans les années 1980. Pensez-vous qu’avec le score réalisé par le PS à cette élection, 1,75 %, on est arrivés au bout de cette séquence politique ?

Didier Eribon : On assiste à l’aboutissement d’un processus entamé au début des années 1980. La démarche critique, politique et intellectuelle a certes reflué par des effets structuraux après l’effervescence des années 1960 et 1970. Mais il y a eu aussi une volonté intellectuelle mise en œuvre par des think tanks dont l’objectif explicite était de défaire tout ce qui faisait que la gauche était la gauche, en démantelant la pensée de gauche, la pensée critique : Foucault, Bourdieu, Derrida étaient &nda