Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
9 octobre 2023 1 09 /10 /octobre /2023 14:06
La gauche actualise sa stratégie à l’aune du livre de Cagé et Piketty

La France insoumise peaufine la stratégie du « 4e bloc »[3]

 

 

Les conclusions de l’essai de Julia Cagé et Thomas Piketty sur l’importance du critère de classe dans le vote et le retard du « bloc social-écologique » dans les classes populaires rurales alimentent les réflexions et les controverses d’une gauche en recherche d’une stratégie victorieuse.

 

 

Source : Médiapart extrait | mis à jour le 14/12/2023

- Le 20 septembre, Jean-Luc Mélenchon ne boudait pas son plaisir d’accueillir Julia Cagé et Thomas Piketty dans un amphithéâtre rempli au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), à Paris, pour une conférence de l’Institut La Boétie (ILB), qu’il copréside.

« Vous êtes ici, en quelque sorte, chez vous », a-t-il lancé aux coauteurs de l’essai de la rentrée, " Une histoire du conflit politique (Seuil) ", précisant que s’il n’y a pas de compagnonnage politique entre eux et La France insoumise (LFI), au moins y a-t-il une parenté de pensée : « Les Insoumis et les Insoumises pensent que l’analyse électorale est un enjeu idéologique. »

 

Dans leur somme de 851 pages, les deux économistes décortiquent les résultats de 12 élections présidentielles et 41 élections législatives, de 1789 à 2022, dans les 36 000 communes de France. Un travail qui ne pouvait donc qu’intéresser les Insoumis. Par la quantité de données analysées, révélant les failles et les marges de progression de chaque bloc politique, les deux économistes se sont de fait quasiment convertis en oracles de la gauche. Leurs conclusions – sur le caractère plus déterminant que jamais de la classe sociale dans le vote, la marge de progression du bloc social-écologique dans les classes populaires rurales et le potentiel retour d’une bipolarisation gauche/droite – ont de quoi rendre le camp mélenchoniste optimiste.

 

 

- Mais des nuances sur la stratégie électorale qui découle des enseignements du livre se dessinent.

L’insistance des auteurs sur les écarts de vote entre mondes rural et urbain et l’idée que « la gauche n’a pas de proposition très construite pour attirer les classes populaires rurales » confortent l’analyse formulée par François Ruffin après les élections législatives de 2022. Celui-ci avait identifié les campagnes populaires, la France des bourgs et des villages, comme le point faible de LFI, sur lequel le mouvement devait travailler en priorité – même s’il a déjà progressé en 2022 par rapport à 2017, en remportant des législatives dans la Creuse, l’Ille-et-Vilaine ou encore la Haute-Vienne. Lors d’un débat avec Clémentine Autain à la Fête de l’Humanité le 16 septembre, le député de la Somme a fait référence à cette source de légitimation scientifique, estimant que désormais, pour lui, le chemin était « clair ».

 

 

- La France insoumise peaufine la stratégie du « 4e bloc »
« Non seulement le livre de Julia Cagé et Thomas Piketty offre un élan d’optimisme sur une victoire de la gauche, mais il permet d’objectiver quelque chose qui se dessinait après les législatives de 2022, que François avait posé dans le débat public, à savoir les enjeux géographiques du travail qu’il nous reste à faire », abonde Clémentine Autain, interrogée par Mediapart. Pour la députée de Seine-Saint-Denis, « la question des services publics est une partie de la réponse pour atteindre l’objectif d’unifier les classes populaires rurales et urbaines : il galvanise notre propre public, et peut contribuer à l’élargir ».

 

🔴 Ce n’est pas tout à fait la lecture que fait Jean-Luc Mélenchon, pour qui la clef d’une prochaine victoire de la gauche réside dans la mobilisation du « 4e bloc », c’est-à-dire les 26 millions d’abstentionnistes du second tour des législatives de 2022. Il vise en particulier les jeunes de 18 à 24 ans, qui ont voté pour lui à 38 % au premier tour de la présidentielle, mais se sont abstenus à 66 %, et les quartiers populaires.

 

🔴 « Bien sûr, il faut aller chercher les milieux ruraux déclassés : qui va dire le contraire ? Mais le gros de la troupe qui va nous faire gagner, ce sont les quartiers populaires, où on vote pour nous à 80 % au premier tour mais où 30 % seulement vont voter. […] La priorité, c’est de les convaincre eux, et pour ça, il faut parler clair, cru, dru, et dur », a-t-il lancé à ses convives le 20 septembre. Il se distingue ainsi des observations faites par François Ruffin cet été, estimant que « poser la radicalité n’est plus utile ». Le livre de Cagé et Piketty a donc rapidement alimenté des controverses préexistantes, chacun ayant tendance à y voir une confirmation de sa propre thèse.

 

 

- Nous pouvons l’emporter en parvenant à mobiliser davantage les catégories populaires. Manuel Bompard, coordinateur national de La France insoumise

Interrogé par Mediapart, Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, qui a dialogué avec Julia Cagé et Thomas Piketty, estime ainsi que leur travail légitime la stratégie insoumise de conquête des abstentionnistes. Les deux universitaires montrent que pendant une longue période, notamment les années 1960-1970, « les communes pauvres votaient plus que les communes riches », en particulier dans les banlieues populaires, du fait du travail de mobilisation du Parti communiste français (PCF). Il y aurait donc une réserve de voix à récupérer.

  • « L’analyse sur le temps long démontre que la plus faible participation électorale des classes populaires n’est pas une fatalité ; les classes populaires participaient autant, voire à certaines périodes davantage que les classes dominantes. Nous avons donc raison quand nous disons que nous pouvons l’emporter en parvenant à mobiliser davantage les catégories populaires », analyse Manuel Bompard.
  • « C’était une époque où les catégories populaires s’imaginaient conquérir l’appareil d’État. Aujourd’hui, elles ont tellement été trahies par ceux qui l’ont conquis en leur nom, qu’on se retrouve avec la situation présente », abonde le député insoumis Hadrien Clouet, élu dans la Haute-Garonne avec un taux de participation en nette hausse par rapport à 2017 (+ 7 points), ce qui en fait un cas à part.
  • À ses yeux, pour que LFI passe du stade de « pôle de résistance » à une force alternative majoritaire, il faut s’appuyer sur un travail militant acharné auprès des classes populaires. Il rapporte ainsi avoir fait « une campagne massive pour l’accès aux droits dans les banlieues populaires » : « Les gens m’ont tous vu trois fois sur le seuil de leur porte, pour leur dire des choses socialement utiles, alors que l’État se retire de partout. » Une pratique plus difficile dans les campagnes pavillonnaires, où « on subit la disparition des lieux de sociabilité », rapporte-t-il.

 

🔴 À la conférence de l’ILB, la sociologue Marion Carrel abondait dans ce sens, affirmant, d’une part, quil serait « dramatique » de « laisser tomber les abstentionnistes au motif que stratégiquement ils sont trop loin du vote » et, d’autre part, que « les conditions sociales et politiques d’une remobilisation existent ».

 

🔴 « L’expérience des discriminations, en particulier territoriales, raciales et religieuses, suscite une politisation ordinaire qui a du mal à être captée par les organisations politiques et associatives. Cette politisation ordinaire peut amener à un retour possible au vote, à condition d’un travail militant de longue haleine, qui s’appuie sur des leaders de quartier, et que les formats d’engagement soient participatifs, portés sur l’action », a-t-elle décrit.

 

 

- Unifier les classes populaires : un objectif partagé
Sur le plan programmatique, alors que la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), basée sur le programme de LFI[2], est traversée de tensions du fait de la volonté de ses partenaires de rééquilibrer l’alliance vers le centre pour « rassurer » un électorat de gauche modéré, le travail de Cagé et Piketty leur donne tort aux yeux des Insoumis :

 

🔴 « Les classes populaires participent davantage lorsque la gauche est organisée autour d’un pôle de rupture avec le capitalisme (PCF historique ; PS des années 1970 et du Programme commun), ce qui valide notre positionnement programmatique. Et j’ajoute que l’on voit s’esquisser une hausse de la participation populaire entre 2017 et 2022, à laquelle nous ne sommes sans doute pas étrangers », argumente Manuel Bompard.

 

Au-delà des rangs insoumis, le livre incite les partis à des convergences politiques : une audition de Cagé et Piketty est d’ailleurs prévue à l’Assemblée nationale le 4 octobre par des député·es de la Nupes. Pour Chloé Ridel, porte-parole du Parti socialiste (PS), l’un des apports du livre est d’affirmer « que le sentiment de désaffection des classes populaires n’est pas d’abord lié à une panique morale et identitaire mais à un sentiment de relégation économique et sociale en dehors des métropoles. Les solutions, c’est de ramener de l’emploi et des services publics dans les zones périurbaines ».


Cet enseignement permet de mettre à distance l’idée d’« insécurité culturelle » un temps popularisée par le Printemps républicain avec l’essayiste Christophe Guilluy, qui avait fait dériver le PS vers des thématiques identitaires – une pente que semble prendre aujourd’hui le PCF de Fabien Roussel lorsqu’il flatte un chauvinisme supposé de la France des villages.

 

Pour les écologistes aussi, le livre donne matière à penser. Le diagnostic à leur égard y est plus déprimant. Cagé et Piketty décrivent un profil de vote écologiste atypique à gauche, très urbain et où « plus les communes sont riches, plus elles votent pour l’écologie politique, sauf au sommet de la distribution des revenus ». Ils concluent : « Pour de nombreux électeurs issus des catégories populaires ou des territoires défavorisés, le vote écologiste est souvent associé à un discours certes respectable et même indispensable sur le plan des objectifs, mais qui en pratique tend à négliger la question des inégalités sociales et risque de se retourner contre les plus modestes, qui ne semblent pas toujours figurer parmi les priorités de ce courant politique, généralement considéré comme plus proche des classes urbaines relativement favorisées. »

 

🔴 Pour avoir la majorité aux législatives, il faut gagner dans plus de 289 circonscriptions, donc il faut aussi gagner dans des endroits où on est plus fragiles.

 

 

- Dialogues avec Cagé et Piketty : Géographie des votes de gauche et stratégie de conquête électorale

L’Institut La Boétie a pour vocation d’organiser, pour le camp de l’émancipation, le dialogue, l’interface entre monde politique et monde universitaire. C’est pourquoi il a organisé, le 20 septembre 2023, une soirée d’échanges autour de cet ouvrage " Une histoire du conflit politique : Elections et inégalités sociales en France, 1789-2022 " 

 

 

- Ce livre est " Une histoire du conflit politique : Elections et inégalités sociales en France, 1789-2022 "

  • Qui vote pour qui et pourquoi ?
  • Comment la structure sociale des élec­torats des différents courants politiques en France a-t-elle évolué de 1789 à 2022 ?

En s’appuyant sur un travail inédit de numérisation des données électorales et socio-économiques des 36 000 communes de France couvrant plus de deux siècles, cet ouvrage propose une his­toire du vote et des inégalités à partir du laboratoire français.

 

 

- Au-delà de son intérêt historique, ce livre apporte un regard neuf sur les crises du présent et leur possible dénouement.

La tripartition de la vie politique issue des élections de 2022, avec d’une part un bloc central regroupant un électorat socialement beaucoup plus favorisé que la moyenne – et réunissant d’après les sources ici rassemblées le vote le plus bourgeois de toute l’histoire de France –, et de l’autre des classes populaires urbaines et rurales divisées entre les deux autres blocs[1], ne peut être correctement analysée qu’en prenant le recul historique nécessaire. En particulier, ce n’est qu’en remontant à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, à une époque où l’on observait des formes similaires de tripartition avant que la bipolarisation ne l’emporte pendant la majeure partie du siècle dernier, que l’on peut comprendre les tensions à l’œuvre aujourd’hui. La tripartition a toujours été instable alors que c’est la bipartition qui a permis le progrès économique et social. Comparer de façon minutieuse les différentes configurations permet de mieux envisager plusieurs trajectoires d’évolutions possibles pour les décennies à venir.

 

Une entreprise d’une ambition unique qui ouvre des perspectives nouvelles pour sortir de la crise actuelle. Toutes les données collectées au niveau des quelques 36 000 com­munes de France sont disponibles en ligne en accès libre sur le site unehistoireduconflitpolitique.fr, qui comprend des centaines de cartes, graphiques et tableaux interactifs auxquels le lecteur pourra se reporter afin d’approfondir ses propres analyses et hypothèses.

 

-  Par :

  • Julia Cagé professeure à Sciences Po Paris et lauréate du Prix du meilleur jeune économiste (2023)
  • Thomas Piketty directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales et professeur à l’École d’économie de Paris.

Éditions : Les Editions SEUIL

Date de parution : 8 septembre 2023

Pages : 864

Disponibilité : ICI

Format : 15,6 cm x 21,9 cm

Prix papier TTC : 27 €

 

Notes :

[1Les 3 blocs et l’avenir de l’Union populaire par Jean-Luc Mélenchon

[2] Programme partagé de gouvernement de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale

[3] Manuel Bompard ; Cagé, Piketty : à la conquête du 4ème bloc ?

 

Pour en savoir plus :

- LES OBSTACLES À « LA RECONQUÊTE DU VOTE POPULAIRE RURAL » : DISCUSSION SUR L’OUVRAGE DE CAGÉ ET PIKETTY

- L’appel de ces députés NUPES pour l’union populaire : « Il faut continuer le combat pour le programme de rupture signé par chacun en 2022 »

 

Partager cet article
Repost0
24 août 2023 4 24 /08 /août /2023 17:13
Qu’est-ce que La France insoumise d'aujourd'hui ?

- Pourquoi La France insoumise, ses origines ?

- La France insoumise : comment ?

- La France insoumise : pour quoi faire ?

- La France insoumise, comment ça marche[1] ?

Autant de questions dont vous trouverez les réponses ci-dessous...

 

 

À l'occasion des #Amfis2023, découvrez la nouvelle brochure de la France insoumise qui explique comment la France insoumise s’est structurée autour d’un programme, point d’équilibre de toute la vie interne du mouvement, pour être utile à la mise en œuvre d’une stratégie : la révolution citoyenne.

 

 

Sources : La France Insoumise | mis à jour le 27/09/2023

- La France insoumise un outil politique pour faire gagner la voie du peuple !

Pour tenir en échec la droite et l'extrême droite, il faut des objectifs de progrès pour la société. Sinon, il n'y a pas de victoire possible... c'est notre responsabilité.

 

 

- Introduction, co-signée par Clémence Guetté et Manuel Bompard :
« La France insoumise, en tant qu’acteur politique, est un objet nouveau, en constante mutation. La question « Qu’est-ce que la France insoumise ? » se pose donc. Pour y répondre, nous reviendrons d’abord à la genèse de la France insoumise, et aux fondements théoriques qui ont présidé à sa naissance. Ces éléments nous permettront ensuite de comprendre son évolution depuis sa création jusqu’à son organisation actuelle arrêtée par l’Assemblée représentative du 10 décembre 2022. Enfin, nous verrons comment la France insoumise s’est structurée autour d’un programme, pour être utile à la mise en œuvre d’une stratégie : la révolution citoyenne. »

 

🔴 Pour accéder au document, cliquez ICI 👇

 

Qu’est-ce que La France insoumise ? - Nouvelle brochure

 

🔴 Téléchargement du document, à votre disposition ICI 👇

Partager cet article
Repost0
4 novembre 2022 5 04 /11 /novembre /2022 19:06
Jean-Luc Mélenchon : " Le mouvement France insoumise et son mode d’enracinement "

Les principes fondamentaux de la France insoumise[0]...

 

La France insoumise, un mouvement « gazeux » pour décrire la forme qui s’impose quand la « température » s’accroit par l’action populaire.

 

 

Je prolonge ici le fil des informations que je crois utile de donner sur la construction du Mouvement Insoumis.
C’est une exception de « la gauche », « radicale » ou pas, telle qu’elle se présente dans le monde. Sa forme, ses résultats et sa stratégie sont sans équivalent. Elle suscite un intérêt et des discussions un peu partout ici et là. Certes en France des articles et livres sporadiques (et très peu lus) se contentent d’en faire des caricatures absurdes et insultantes. Mais quelques exceptions ont aussi voulu comprendre le mécanisme en place chez les Insoumis autant sur le plan programmatique qu’organisationnel. Il arrive même que certains envisagent mon rôle personnel autrement que comme la caricature d’un gourou ou d’un nouveau Mao ou Jésus Christ comme l’a fait « Le Monde » ou « Maximilien Illich Mélenchon » comme l’a proposé «  Le Figaro » dans une contraction des prénoms de Robespierre et de Lénine. Je précise que je ne leur en veux nullement. Je trouve normal que ces journaux expriment la profondeur de leur pensée à la hauteur de celle qu’ils pensent être celle de leurs lecteurs. Ils les connaissent mieux que moi.

Ceci est donc la troisième partie de ce que je voulais communiquer sur ce sujet. Je pense en faire bientôt une de ces petites brochures qui peuvent être utiles a ceux qui militent dans nos rangs pour faire connaitre et aider à comprendre ce que nous essayons de faire.

 

 PREMIER ARTICLE SUR LA CONSTRUCTION DU MOUVEMENT INSOUMIS ICI 👉 : " NI PARTI NI AVANT GARDE, LE MOUVEMENT INSOUMIS "

 

 

Sources : Jean-Luc Mélenchon | mis à jour le 18/11/2022

 SECOND ARTICLE : LE MOUVEMENT ET SON MODE D'ENRACINEMENT

- Quel est le rapport entre la forme du mouvement et son projet politique ?
Je le résume à ma manière. C’est celle de l’un de ses fondateurs et non le moindre. La théorie de l’ère du peuple[1] et de la révolution citoyenne[2] postule que le peuple est le nouvel acteur de l’histoire à l’âge de l’anthropocène[3] et des huit milliards d’humains. Elle identifie ce peuple en trois formes (ce n’est pas la nomenclature de la géographie) :

  • le peuplement (le nombre des gens) ;
  • la population (les relations sociales qui les organisent) ;
  • et le peuple (moment où ils s’instituent et se constituent politiquement).

 

 

- Trois états d’une même réalité ?
Oui comme par exemple c’est le cas de l’eau. C’est à la fois un liquide, un solide, ou un gaz selon sa température tout en restant la même matière. De là le mot « gazeux » pour décrire la forme qui s’impose quand la « température » s’accroit par l’action populaire. Les processus de révolutions citoyennes dans le monde montrent partout sans exception le déroulement d’un processus en trois phases également :

  • instituante (« nous, le peuple nous demandons ceci ou cela ») ;
  • destituante (« qu’ils s’en aillent tous ») ;
  • et constituante (« il faut désormais faire comme ceci ou cela »).

De la population et des problèmes de son existence matérielle vient l’émergence du peuple politique.

 

 

- Le mouvement de la France insoumise est l’interface entre les deux états.

  • Il est éclaireur (des possibles) et déclencheur (d’actions) ;
  • Il ne vise pas à construire une avant-garde révolutionnaire mais à rendre possible par tous les moyens de la démocratie l’émergence d’un peuple lui-même révolutionnaire.

Sur le plan concret, le Mouvement se présente sous la forme d’une interface dans un continuum.

  • Ses élus sont la pointe avancée du processus de politisation du peuple ;
  • Ses candidats en sont le maillon immédiatement précédent ;
  • et ses groupes d’action la première forme d’expression populaire.

Nous avons donc pour structure de base les groupes d’action dont la composition est à la discrétion de ceux qui les forment. Eux sont les éclaireurs et les déclencheurs. Quant à la forme de représentation politique populaire préfigurant les assemblées citoyennes de quartier, nous les organisons à partir des circonscriptions ou nos députés sont élus ou bien où nos candidats même battus ont recueilli les suffrages populaires. Ce schéma a été adopté cet été au cours de nos AMFIS d’été et la première réunion de ce type s’y est tenue.

 

D’un côté il y a donc :

  • trois cent cinquante mille membres inscrits ayant parrainé notre programme et nos candidats. Ils définissent leur niveau d’engagement personnel de la simple lecture des circulaires internes à l’inscription dans un groupe d’action certifié ;
  • De l’autre, une représentation des millions de suffrages recueillis par les candidats réunis en assemblée populaire de circonscription. Entre les deux, les assemblées autour des candidats ou des Groupes d’action.

 


- Tout cela est continuellement en chantier.
Tout évolue au fur et à mesure des expériences vécues. En ce moment nous vivons une phase de réorganisation. En effet, nous vivons un nouveau choc de croissance assez désarticulant quand tant de cadres du siège central et des régions sont devenus députés. La création du groupe parlementaire à 75 est en effet par nécessité un processus qui prend du temps. Passer d’une addition d’individus qui souvent ne se connaissaient pas avant cela à une organisation cohérente n’est pas une affaire qui se règle d’un claquement de doigts comme dans une rédaction autoritaire. Il y faut beaucoup de fraternité et de bienveillance.

  • D’autant que le groupe n’est pas le Mouvement et ne peut plus être sa direction de court terme. Trop nombreux à 75 et trop occupés à organiser collectivement en deux heures et demie chaque semaine l’activité parlementaire.
  • D’autant plus encore que tous les membres du groupe ne sont pas des Insoumis.
    Certains appartiennent pour le reste à des partis autonomes et indépendants comme le Parti ouvrier indépendant (POI) de Jérôme Legavre, le Parti de Gauche, le parti réunionnais de Jean-Hugues Ratenon ou le parti de la Révolution écologique pour le vivant d’Aymeric Caron. Sans oublier « Picardie Debout » de François Ruffin qui a déposé depuis fin juillet un nouveau parti. D’autres constituent des groupes parallèles tandis que leurs membres animent des groupes d’action fondus dans le mouvement sans affichage comme les « communistes insoumis » (trois députés), « ensemble insoumis » (quatre députés). Certains n’avaient aucune appartenance en arrivant, pas même au Mouvement Insoumis.

 

 

- C’est toute cette diversité que le Mouvement fait vivre ensemble depuis désormais six ans soit à l’Assemblée soit dans le pays soit aux deux.
Et ça fonctionne...
Avec 17 députés issus de cinq partis sans majorité dans le groupe, je n’ai pas vu un seul vote divergent à l’Assemblée en cinq ans. La méthode a donc fait ses preuves pour garantir liberté et unité sans déchirements. Le seul impératif qui ne pardonne pas chez les insoumis, c’est de ne pas faire réellement le boulot pour lequel on a un titre de responsabilité. Ou pire : de le faire sans le souci du collectif. Evidemment il faut faire preuve d’esprit positif, de tolérance mutuelle à l’égard des « caractères » car la pâte humaine insoumise est assez évidemment faite de rébellion et de caractères offensifs… Et alors ? La preuve de la valeur du mouvement, ce sont ses résultats.

 

  • Les évolutions du mouvement[4] proposés à la validation des insoumis·es par la dernière Assemblée représentative ont été adoptées le 8 juillet 2019[5]. L’organigramme qui en résulte[6} est en évolution permanente et différentes pages et fonctionnalités complémentaires ont été ajoutées au fur et à mesure de leur constitution.

 

 

- Nous irons plus loin dans les voies de l’innovation et de la perpétuelle remise en cause de nos méthodes.
Mais pas pour céder aux injonctions médiatiques. Par sens des responsabilités.

  • Nous sommes désormais la grande et première force de gauche. Nous sommes une des rares exceptions à l’effondrement général de la gauche en Europe.
  • En France, les partis de gauche traditionnels se sont effondrés en dessous de la barre des 5% aux présidentielles.

Nous devons assumer notre rôle. Ni une secte, ni un terrain de jeu, ni une avant-garde, ni un de ces partis enfermés dans le dialogue interne et voués aux manipulations médiatiques et groupusculaires. Notre but est de tout changer dans ce pays et de nous en donner les moyens sans régresser dans les impasses politiques et organisationnelles qui ont détruit successivement le Parti communiste comme le Parti socialiste et paralysent EELV.

 

🖍Entré dans une phase de réorganisation, notre ambition est la pérennité d’un très grand mouvement collectif dans lequel nous saurons une fois de plus nous dépasser comme nous l’avons fait déjà tant fois en si peu d’années.

 

 

POUR UNE MAJORITÉ POPULAIRE Renforcer la France insoumise pour gagner !

 

 

TROISIÈME ARTICLE ICI 👉 : VOICI LA NOUVELLE ORGANISATION DU MOUVEMENT PROPOSÉE ET VALIDÉE PAR L'ASSEMBLÉE REPRÉSENTATIVE DU 10 DÉCEMBRE 2022

🖍La France insoumise n’existe jamais pour elle-même mais toujours pour la mise en mouvement du peuple avec un objectif :  « se réorganiser pour aller chercher ceux qui manquent ».

 

 

Notes :
[0] Les principes de la France insoumise

[1Jean-Luc Mélenchon travaille depuis plusieurs années à l’élaboration d’une théorie universelle correspondant au retour du Peuple sur la scène politique au 21ème siècle. Cette théorie n’est pas encore achevée : Jean-Luc Mélenchon l’enrichit et l’ajuste depuis plus de 7 ans. Régulièrement, il la présente en conférences (Mexique, Espagne récemment) et partage ses réflexions avec les intellectuels et penseurs qu’il rencontre : L’ère du peuple " : sortie de la version 2016 de poche

[2] Révolution citoyenne ?

[3L'Anthropocène est une nouvelle époque géologique qui se caractérise par l'avènement des hommes comme principale force de changement sur Terre, surpassant les forces géophysiques.

[4] « La France insoumise, un mouvement évolutif »

[5] L’Assemblée représentative de la France insoumise se déroulait les Samedi 22 et dimanche 23 juin 2019

[6] La France insoumise, comment ça marche ?

 

Pour en savoir plus :

- Jean-Luc Mélenchon : " Contre la minorité gouvernementale... pour un nouveau Front populaire ! "

Jean-Luc Mélenchon : " ...La stratégie de la conflictualité part de l’idée que c’est par le conflit que l’on découvre un autre aspect de la réalité et donc la nécessité de l’alternative. Elle est productrice de conscience. Mais personne n’a dit que la production de conscience devrait déboucher sur la violence révolutionnaire. Elle doit déboucher sur de la radicalité politique, ce qui n’est pas synonyme de violence révolutionnaire. C’est pourquoi le cœur de ma stratégie, celle de la révolution citoyenne, c’est le processus constituant. Au sens ultra traditionnel, c’est-à-dire le peuple s’auto-constitue en faisant une assemblée constituante. Alors ça ne marche pas toujours génialement. Mais pour moi, il n’y a pas de stratégie alternative... "

Partager cet article
Repost0
26 octobre 2022 3 26 /10 /octobre /2022 17:36
Jean-Luc Mélenchon :  " Ni parti ni avant-garde, le mouvement insoumis "

Comment les choses se passent réellement chez les insoumis ?

 

Un Mouvement et non un parti,... le modèle des « courants » n’en est pas un pour nous.

 

 

Jean-Luc Mélenchon : ici je traite du Mouvement « La France insoumise[1] ».
Ma formule sur le caractère « gazeux » du Mouvement dont j’ai parlé il y a quatre ans dans une interview revient sans cesse. Et quelques commentateurs en déduisent des conclusions conformes à leur propre engagement politique hostile aux insoumis.
Le mieux donc est de fournir les données pour expliquer comment les choses se passent réellement chez les Insoumis.
Ainsi chacun pourra se faire sa propre idée. Sur nous et autant sur l’honnêteté intellectuelle des campagnes de dénigrements permanents dont nous faisons l’objet.

 

 

Sources : Ni parti ni avant-garde, le mouvement insoumis par Jean-Luc Mélenchon | mis à jour le 01/11/2022

 PREMIER ARTICLE SUR LA CONSTRUCTION DU MOUVEMENT INOUMIS
- Le mouvement insoumis est une construction sans précédent en France.
En Europe, il est unique. Il est beaucoup regardé dans la « gauche radicale » des divers continents. En effet, son fonctionnement ne correspond à rien de connu jusque-là. Après des années d’articles, colloques et tribunes verbeuses sur la nécessité de « dépassement de la forme parti », quand un exemple concret se présente peut-être faut-il d’abord l’observer sans trop d’idées préconçues. Nos résultats en moins de dix ans devraient le suggérer au lieu d’en rester aux absurdités répétées à notre encontre en général et au mien en particulier. Mais pour être bien compris j’ai besoin d’abord de faire constater à nos lecteurs le niveau des affabulations colportées à notre sujet.

 


- « Chez les verts, au PS, les militants sont appelés à voter pour choisir leur numéro 1. Pas chez vous, pourquoi ? ”
Ainsi m’agresse dès sa première question Astrid de Villaines du Huffingtonpost, dans l’émission « Dimanche en Politique » devant près d’un million de téléspectateurs. C’est faux ! Mais elle s’en moque. Les faits, quelle importance ? La légende est servie. Ce n’est pas le seul cas loin de là. Dans « Le Monde » c’est le dénigrement permanent sur ce sujet en plus de l’open bar à qui veut dire du mal des Insoumis et/ou de moi. Le plus souvent c’est à coup de témoins qui « préfèrent garder l’anonymat ». Pourquoi seraient-ils anonymes ? Quels risques courent-ils ?


📌 La réalité occultée à notre sujet est à l’inverse de ce qui est rabâché.
Commençons par le plus simple. Pas élus nos responsables ? C’est l’inverse : tous sont élus. Tous et toutes. Sans exception.

  • La présidente du groupe et tout le bureau du groupe à l’Assemblée nationale ont été élus par les députés du groupe. Le bureau se réunit chaque lundi et le groupe chaque mardi.
    • Ils définissent eux-mêmes leur stratégie et contenu par consensus, tirage au sort et parfois par vote ;
    • Même situation au Parlement européen pour les deux présidentes de la délégation française insoumise et du groupe international européen « Gauche Unie[2] » ;
    • Idem pour le « coordinateur » élu par la coordination des « espaces » (secteurs d’action) du mouvement. Leurs représentants sont eux-mêmes élus dans ces « espaces ». Cette coordination se réunit toutes les semaines. Ses décisions sont appliquées sans autre filtre ;
    • Le personnel du siège, les organes d’expression du mouvement sont réunis une fois par semaine pour des bilans de séquence ;
    • La fédération d’élus insoumis et apparentés élit son bureau national. Toutes les directions de secteur du Mouvement sont en doublon mixte (femme/homme). Les votes se font sur candidatures ou proposition des uns ou des autres. Le critère ? Être « connu·e et reconnu·e » comme actif. C’est-à-dire faisant « le boulot » et surtout « travaillant en collectif ». C’est pourquoi parfois l’élection n’est pas le seul moyen d’avoir des responsabilités au mouvement insoumis. Se proposer pour prendre en charge une tâche est parfois une voie simple et directe d’accès aux responsabilités. Il a bien fallu faire comme ça au début de notre activité.

🔴 En tous cas, il n’est pas question ici de répartition entre états-majors de courant, ni de factions, ni de club de supporters, ni de vedette frivole, ni de titre ronflant sans engagement personnel ni résultats.


📌 Et le Mouvement dans son ensemble ?
Il tient des Conventions nationales à la cadence d’une tous les deux ans. Ses membres sont en parti élus par le secteurs d’action, et en partie (majoritaire) tirés au sort. De même pour les « Assemblées représentatives » (selon les besoins et les urgences, trois depuis cinq ans) ou les Assemblées représentatives des Groupes d’action dont les membres sont tirés également au sort.

 


- Un Mouvement, comme un Parti, a trois problèmes à régler dans la Cinquième République.
Le programme, la stratégie et les candidatures aux élections.

Normalement, la discussion et la pluralité des avis portent sur ces trois sujets pendant des périodes déterminées. Le harcèlement médiatique a créé un déballage permanent très personnalisé sans règles ni limites rendant impossible toute maturation interne.

  • Le programme :

Au contraire, chez les insoumis le programme fait l’objet d’une actualisation permanente. Un processus sérieux et tranquille depuis 2012 conclut par des votes en lignes. La mise à jour se fait par trois voies.

- D’abord le processus d’amendement au fil des textes de lois, rapports et commissions d’enquête à l’Assemblée nationale.

- Puis par les sessions ouvertes d’amendement en lignes (3000 amendements venus de cette façon à chacune des deux étapes dans l’édition actualisée en 2020 et 2021) et un processus de consultation populaire[4].

- Enfin par le travail de mise au point des « livrets thématiques » au long de l’année.

 

Qui fait mieux ? Plus ouvert ? Plus collectif ?  Plus productif ? Et sans déchirement.

 

  • Voyons la stratégie à présent :

Cette question a été tranchée avec la conclusion de l’accord NUPES. Mais la ligne unitaire avait été mise en échec à trois reprises auparavant d’abord avec l’offre de Front populaire[3] puis ensuite avec le Big Bang au lendemain de l’élection européenne. Le cap fut tenu et atteint dans sa forme la plus claire : adoption d’un programme partagé de 640 mesures de rupture et un accord électoral de candidat unique dès le premier tour.

 

  • Autre sujet qui génère toujours son lot de mécontents (aussitôt médiatiquement encouragés pour divertir le public) : les candidatures aux élections nationales, européennes ou législatives :

✅ Chez les Insoumis, ces candidatures sont établies à partir des listes de propositions remontées du terrain et des groupes d’action ou des propositions de la commission nationale.

- D’abord soumises à des équipes territoriales dont les membres sont aux 2/3 tirés au sort ;

- Elles sont au final tranchées par un comité électoral national. Celui-ci met en application les critères de choix établis par le mouvement (et parfois par la loi) : sociaux professionnels, parité, diversité, âges, etc..

 

Faut-il regretter le résultat ainsi acquis ? Les groupes parlementaires élus ne sont-ils pas plutôt une réussite de variété professionnelle observée par tout le monde ?

 

✅ La candidature à l’élection présidentielle ?
En 2022, les groupes parlementaires se sont réunis. La question a été posée devant eux de savoir qui était candidat. Je fus le seul. J’avais auparavant consulté en ligne (20 000 réponses)[5] sur cette hypothèse (je n’en étais pas convaincu). Puis ma proposition a été acceptée. À l’unanimité. Elle fut ensuite subordonnée au recueil préalable de 150 000 parrainages. Puis une fois ceux-ci acquis il y eut le vote d’une Convention nationale à Reims[6] qui fut également unanime. Ni lutte de clan, ni cliques, ni marchandage.

 

Faut-il le regretter ? Le résultat de 2017 comme celui de 2022 ne montrent-ils pas l’efficacité de ces méthodes ouvertes plutôt qu’aux lamentables primaires auto destructrices pour ceux qui les pratiquent ? Qui fait mieux ? Quel modèle devrions-nous imiter ? Il n’y a en a pas. C’est plutôt nous qui servons de référence pour des tas d’organisations (si nos renseignements sont bons).

 


- Il n’y a pas de « courant » dans le Mouvement Insoumis.
Nous n’en avons pas voulu dès la fondation. Nous n’en voulons toujours pas.

  • On voit chaque jour le résultat du modèle de fonctionnement sur la base des courants : de micro parti dans le parti, s’entredétruisant à longueur de confidences à la presse et réduisant à néant le travail des équipes militantes par des querelles vénéneuses et opaques.
  • Il tourne pour finir à la compétition de simples écuries présidentielles ou à la salle des enchères pour les postes éligibles.
  • La situation actuelle du PS et d’EELV et le pilonnage médiatique qu’ils subissent à cause de cela ne nous fait pas rêver. Dérapages internes et manipulations médiatiques ne sont pas séparables.
  • L’expérience montre comment loin d’être un moyen de démocratie cette pratique est au contraire un obstacle complet au travail collectif. Bien sûr cette façon de faire à une histoire honorable dans le passé. Mais elle correspond à un état de la société et de la « forme parti » qui n’a plus de réalité.
  • Les courants n’existaient autrefois qu’au PS. Ils étaient d’abord d’authentiques passerelles entre le monde salarial et associatif. Un milieu très développé à l’époque, implanté et structuré dans une population qui l’était tout autant. La pluralité de la presse accomplissait alors un travail civique d’animation du débat. Cette époque est révolue en tous points. La société est socialement explosée et la presse est à 90 % dans les 9 mains de gens qui pensent et veulent la même chose[7].

🔴 Nous avons donc fait un autre choix d’organisation en analysant notre époque et l’inadaptation de la « forme parti » face à notre projet politique et à l’état de notre société. 

Et d’abord celui d’être un Mouvement et non un parti.

  • Dans ce cas la seule référence commune « obligatoire » est le programmeTous sont appelés à travailler à son perfectionnement et à sa victoire. A rien d’autre.
  • Tout le reste est à la libre appréciation de chacun. Nous n’avons aucun « passé commun » à défendre, aucune prophétie à réaliser, aucune propriété exclusive de nos idées. Nous sommes provisoires et conscients de l’être dans un moment très spécial de réorganisation générale de la société et de l’action politique.


La pluralité des opinions et des analyses n’a de sens que sur les points où une décision doit être prise.

  • C’est le cas de la discussion sur le programme ou la stratégie. Comme je l’ai dit nous avons réglé cette question d’une manière originale : « au long cours » au fil de l’année et des travaux des députés et des livrets thématiques, puis au cours des sessions de réactualisation.
  • Aucune autre formation politique n’accorde une telle place et un tel pluralisme à la définition de son programme. Un sondage a montré comment l’adhésion au programme était la première motivation pour 80%[8] du vote insoumis. C’est un très grand succès pour nous et une puissante motivation pour persévérer.

 


- Ainsi le modèle des courants n’en est pas un pour nous.
Il ne correspond ni à la « forme Mouvement » ni à la nature de la liaison de celui-ci avec la société telle que nous les concevons. Nous en avons eu la confirmation avec l’évolution de nos amis de PODEMOS. Leur mouvement a choisi pour finir d’adopter le système des courants (« plateformes ») avec prime au vainqueur, secrétaire général et interdiction de la « double militance » dans un autre parti. Nous ne sommes pas intéressés à reproduire ce qui en est résulté. Notre formule a fait ses preuves. Elle continue d’évoluer autant que possible en dépit des pressions ininterrompues de certains médias dans laquelle je vois pour ma part une volonté de prendre le pouvoir sur nous ou de nous désorganiser pour le seul profit des objectifs de leurs propriétaires. Le comprendre nous aide à n’en tenir aucun compte.

 


- Ce qui fédère concrètement le mouvement, ce qui rend possible sa cohésion et sa discipline de travail, c’est l’action.
Tout le reste est du domaine de la libre détermination de chacun (références théoriques, philosophie, lien dans l’histoire). Y compris pour ce qui concerne la structure de base qu’est le groupe d’action : chacun peut créer ou quitter celui de son choix.

Cela peut parfois comporter des inconvénients comme :

  • lorsque des gens s’approprient mon nom pour créer des groupes Facebook ou autre.
  • Ou quand des gens s’approprient le nom Insoumis ou notre sigle ici ou là pour des aventures locales ou des règlements de comptes.

Ce n’est pas si dur à régler en bonne intelligence. Mais le régime de liberté générale et d’incitation à l’initiative spontanée (« la consigne est : n’attendez pas les consignes ») à d’innombrables vertus. Je les mesure d’autant mieux quand je regarde autour de nous. Ou quand je me réfère à mes propres souvenirs au PS. En effet les gens ne savent pas combien les courants soit-disant « garants de la démocratie » sont peu démocratiques avec ceux qui les composent. Notre système met notre fonctionnement hors de portée du star système, des gens qui marchandent leur pouvoir de nuisance des pique-assiettes et des ralliés de la vingt-cinquième heure.

  • L’action qui nous unit c’est celle des campagnes d’opinion et de mobilisations.

Celles-ci sont déterminées par des consultations en ligne. Ce sont ensuite nos participations à des luttes déclenchées sur le terrain par les uns et les autres et spécialement par des collectifs de citoyens. Et enfin ce sont les campagnes électorales puisque c’est le lieu de la démocratie républicaine. Cela forme un tout cohérent sur le plan doctrinal et politique. Mais cela insupporte aussi. « Le Monde » enrage : “ L’action, la campagne permanente une méthode efficace qui a aussi permis à LFI et sa direction d’éviter les débats et les discussions ”. Sans commentaire.

 


- Je ne regrette pas cette longue description. 
Il m’a paru utile de la faire pour qu’on comprenne mieux comment nous essayons de construire d’un genre si différent. Des personnes qui me lisent auront sans doute l’idée de la diffuser à l’occasion quand on reverra paraitre des caricatures fielleuses comme on en trouve dans « Le Monde » chaque fois qu’il est question de notre mouvement ou de moi.

 

 

SECOND ARTICLE ICI 👉 : LE MOUVEMENT FRANCE INSOUMISE ET SON MODE D'ENRACINEMENT

🖍Dans le second article, Jean-Luc Mélenchon traite de la forme du Mouvement en relation avec son fondement théorique dans la thèse de l’Ere du peuple[9]. Où l’on trouve l’explication du mot « gazeux » à propos du Mouvement.

 

Notes :

[1] La France insoumise fondée fondé le 10 février 2016

[2] Groupe de la Gauche au Parlement européen

[3] Jean-Luc Mélenchon : " Contre la minorité gouvernementale... pour un nouveau Front populaire ! "

[4] La consultation populaire a pour objectif d’auditionner un maximum de personnes partout en France, dont les contributions participeront à la réflexion programmatique autour de L’Avenir en commun.

[5] Jean-Luc Mélenchon demande leur avis à ses militants sur une éventuelle candidature en 2022

[6] Convention de l’Union Populaire de Reims

[7] Est-il vrai que « 90% des grands médias appartiennent à neuf milliardaires » ?

[8] sondage réalisé le 10 avril 2022, jour du scrutin par Ifop-fiducial pour TF1 et LCI 

[9] Jean-Luc Mélenchon travaille depuis plusieurs années à l’élaboration d’une théorie universelle correspondant au retour du Peuple sur la scène politique au 21ème siècle. Cette théorie n’est pas encore achevée : Jean-Luc Mélenchon l’enrichit et l’ajuste depuis plus de 7 ans. Régulièrement, il la présente en conférences (Mexique, Espagne récemment) et partage ses réflexions avec les intellectuels et penseurs qu’il rencontre : L'ère du peuple

 

Pour en savoir plus :

- FAQ sur la stratégie d’opposition du groupe LFI

Partager cet article
Repost0
21 octobre 2022 5 21 /10 /octobre /2022 19:10
Jean-Luc Mélenchon : " Contre la minorité gouvernementale... pour un nouveau Front populaire ! "

Front populaire : Stratégie et organisation...

 

« ...il faut avancer sans se laisser impressionner ni détourner de son fil conducteur. »

 

 

Introduction : Stratégie et organisation
Les discussions sur la stratégie politique ou la forme des organisations politiques ne sont pas les plus simples à présenter. Elles passionnent les connaisseurs souvent très pointilleux mais elles saoulent bon nombre des autres. Pourtant, je crois ce post utile dans la phase politique actuelle. Je commence cette fois-ci avec la stratégie que je crois souhaitable. Mon analyse sur le mouvement est déjà rédigée mais je la réserve pour ma prochaine publication. Car il s’agit de mettre de l’ordre dans une certaine confusion des idées qui circulent à notre sujet. 

Ainsi en est-il de la phrase de mon discours dans la marche du 16 octobre : « nous dessinons les contours d’un Front Populaire[1] ». Cela ne suffira pas c’est certain à calmer la haine de classe médiatique qui nous entoure. Mais est-ce souhaitable ?

L’exposition médiatique est une composante de la construction de la conscience politique de notre temps. L’effet pédagogique des attaques grossières dont nous faisons l’objet sans trêve depuis dix ans participe pleinement à une robuste formation politique des insoumis. C’est le principal apport du journalisme voyou. Qui a entendu sur RTL Alba Ventura surréaliste baver sur « l’échec » de notre marche du 16 octobre et ironiser sur « la gifle » que j’aurai reçue, savent de quel genre de « journalisme » je parle. Tout cela, c’est autant de signes du moment de tensions créé par la conjonction des facteurs de dislocation du pays dont les médias sont des agents très actifs au service du projet de l’oligarchie française. Il faut le supporter avec autant de sang froid que possible. L’ennemi sait qui dérange vraiment le scénario de la macronie à perpétuité. Dès lors, il faut avancer sans se laisser impressionner ni détourner de son fil conducteur.  

 

 

Sources : Le crépuscule des dieux par Jean-Luc Mélenchon | mis à jour le 05/11/2022

- Front Populaire
Il y a trois ans et à deux reprises, j’ai présenté dans le journal Libération, au nom des Insoumis, la proposition d’un nouveau Front Populaire[2]. Cette idée fut repoussée au motif que ce Front ne pouvait se faire qu’autour du centre gauche et sous-entendu explicitement « sans la LFI ». Sur le terrain pourtant, et notamment dans les Bouches du Rhône, toutes les occasions d’action communes entre partis, syndicat et associations furent travaillées et pratiquées souvent avec succès. D’un autre côté, trois lettres envoyées aux divers niveaux de responsabilités communistes en vue du renouvellement de notre alliance aux présidentielles et aux législatives n’eurent de leur côté aucune réponse[3]. Il est vrai que nous étions alors bien dépités. Car on voyait bien comment il s’agissait de marginaliser LFI pour pouvoir l’expulser de toute coalition. Et cela fut fait aux régionales en PACA[4]. Mais ce dépit fut surmonté par l’action. Au vu des résultats à l’élection présidentielle, on devrait plutôt les remercier d’avoir fini de convaincre nos amis qu’il n’y avait rien à attendre du pseudo « discours unitaire » des centres gauche. Je fais ces rappels pour signaler la continuité de la stratégie portée par LFI. Cela parce que l’analyse sociale qui la sous-tend reste la même

 

 

-  Dans la théorie de « l’ère du peuple[5] et de la révolution citoyenne[6] », le peuple est le nouvel acteur politique de notre époque.

L'ère du peuple - Poche édition revue et augmentée Jean-Luc Mélenchon

Le « peuple » est défini par sa relation sociale aux réseaux collectifs dont il dépend pour reproduire son existence matérielle. La nature publique ou privée de ces réseaux, les conditions sociales pour y accéder, formatent la relation sociale fondamentale de la vie dans nos sociétés et les inégalités de mode de vie. Bien sûr ce « peuple » intègre les salariés. Mais il ne s’y limite pas. D’autres catégories sociales y entrent de plein droit à égalité de dépendance des réseaux et du droit d’y accéder. Ce sont les chômeurs, les retraités, les étudiants, les lycéens, les précaires, les paysans, les artisans, les auto entrepreneurs etc... Aucun d’entre eux ne peut défendre ses droits autrement que par l’action politique sous toutes ses formes démocratiques depuis le vote jusqu’à l’action symbolique ou spectaculaire dans la rue. 

 

 

-  Ainsi sont dessinés deux milieux d’expression démocratiques au deux points de contacts fondamentaux du fonctionnement de la société avec chaque individu.

D’abord le lieu de travail où les syndicats organisent l’information et l’action. Ensuite la Cité en général ou les organisations politiques et les associations en font autant. La stratégie de Front populaire est celle qui veut rassembler dans une même mobilisation les deux acteurs fondamentaux que sont le Peuple et les salariés.

 

Elle a un préalable et des conditions.

  • Le préalable : d’abord le refus de la division entre ces deux secteurs et la logique sectaire des « chasses gardées », le refus de la ligne d’accompagnement du libéralisme et enfin le refus des discriminations excluant de la lutte (racisme, religion, sexisme etc.) ;
  • La condition : une ferme volonté d’agir ensemble. Et, tout autant : la possibilité de le faire. Ici commence le rôle spécifique de notre coalition politique NUPES qui peut jouer le rôle d’unificateur et de déclencheur de cette action. 

 

 

-  Mais entre le schéma théorique abstrait et la réalité telle qu’elle est, il y a une distance comme chacun a pu s’en apercevoir.

D’une façon générale, disons que la confiance est à construire après des années de division générale et de palabres sans effet. D’autres limites existent autrement plus contraignantes. Les confédérations syndicales ont chacune leurs raisons de refuser l’action politico-sociale commune. Cela semble insurmontable. Mieux vaut donc y renoncer pour éviter de perdre du temps ou de créer des tensions inutiles. Et pire : de se faire promener de réunion en réunion qui retardent pour rien l’action et la mettent en danger.

 

Une autre approche est possible. Celle qui part des réalités comme toujours. Ceux des syndicats et associations qui refusent par principe l’action commune ne doivent pas être harcelés ni même interpellés. La bonne relation se construira autrement. Et quand bien même des propos aussi sectaires que ceux de Philippe Martinez sont tenus et répétés, il ne faut pas y répliquer. Sont-ils représentatifs de la confédération quelques mois avant son congrès ? Les deux plus importantes fédérations de la CGT ont appelé à la marche du 16 octobre dont celle qui conduit la remarquable lutte des salariés des raffineries. Au moins un membre du bureau confédéral faisait de même. Sur le terrain nombre de syndicats de branche et de sections locales des syndicats appellent souvent à se joindre à l’action avec nous. Les statuts de la CGT permettent tout cela. Et nous, de notre côté, tout au long de l’année nous affirmons sur le terrain notre solidarité avec leurs actions. Le respect mutuel interdit les polémiques avec une expression du sommet confédéral. Elles ne changeraient rien en toute hypothèse. Alors à quoi bon ? 

 

 

-  Mais compte tenu de ce qui vient de se passer, il est temps d’en tirer des leçons.

Tenons-nous à une soigneuse équidistance. Ni alignement systématique ni polémiques. Mieux vaut en effet se retenir de prendre parti entre les diverses confédérations syndicales quand leur choix divergent. Pourquoi ? Parce que les syndicats sont divisés tandis que les organisations politiques de gauche sont unies. Se mêler d’affaires syndicales c’est faire entrer dans nos rangs des polémiques sans objet puisque leur conclusion n’est pas de notre ressort. Ici encore il faut être dans le réel. Un autre système de relations est possible. 

 

Il y a des branches syndicales avec lesquelles la convergence est un fait, il y a des confédérations et syndicats qui, sans s’engager, ont des propos bienveillants et invitent publiquement leurs adhérents à faire leurs choix d’action en citoyens libres. FSU, Solidaires, FO et CFDT sont dans ce cas. Certes d’un autre côté il y a un Philippe Martinez qui passe de « la CGT n’appelle pas » à une formule violente « ne participe pas », deux jours avant la marche. Les prétextes évoqués sont lamentables comme ce « contre la vie chère c’est aussi le combat de Macron » et autres thèmes dont il n’avait jamais parlé dans les réunions unitaires.

 

Où est alors le point d’équilibre le plus positif ? Pas besoin de faire un dessin.

Sur le terrain c’est encore plus net. Je l’ai bien vu aux messages que j’ai reçus à propos de la journée d’action quand cette date de la journée d’action du 29 septembre a été mise en place sans concertation. J’ai eu de nombreuses remarques d’amis insoumis engagés dans divers syndicats que cette méthode indispose. Ils ne comprenaient pas pourquoi nous prenions parti en y appelant. Sans compter tous ceux qui ne croient pas à l’efficacité de ces journées d’action sans lendemain. D’autant plus quand les congrès d’organisation sont à l’ordre du jour et avec eux des opérations de recomposition dont nous ne devons en aucun cas nous mêler

 

 

-  La stratégie de Front Populaire se construit avec ceux qui la veulent.

L’objectif c’est l’unité du Peuple (tel que défini plus haut) contre la politique de Macron. Tant mieux si c’est aussi celles des organisations, cela amplifie le travail de mobilisation. Tant pis quand ce n’est pas possible. A quoi bon démoraliser tout le monde avec des interpellations médiatiques ? Comme nous l’avons démontré dans le champ politique, l’arbitre des stratégies est dans le peuple. Il faut avoir confiance en lui. Le 16 octobre nous avons bien vu comment il a réglé son compte a un mois de bashing ininterrompu pourtant soigneusement relayé de tous côtés. 

 

 

-  Et puis il y a ce qui avance bien.

J’ai été informé que dans plusieurs régions des collectifs se forment, unissant syndicat, partis et associations. Avec les organisations qui ont partagé la convocation de la marche du 16, la co-construction de l’action à égalité de droits et devoirs s’est bien engagée en octobre. Toutes ces organisations semblent acquises à l’idée de ne pas laisser sans suite la première manche du rapport de force populaire avec Macron, réussie ce 16 octobre. Une ambiance ouverte et amicale est là. Elle est un gage de sérieux et d’efficacité. L’affirmation d’un peuple politique regroupé sur ses bases écologiques et sociales revendicatives est aussi la condition de la reconquête des secteurs populaires plongés dans la résignation ou le vote d’extrême droite.

 

  • Bref, « dessiner les contours d’un Front Populaire », ce n’est pas le réaliser. Mais c’est le rendre possible.
  • C’est la prochaine étape du déroulement de notre stratégie générale.

 

 

-----------------------

 

 

-  Le 16 octobre 2022, Jean-Luc Mélenchon prenait la parole ainsi que plusieurs portes parole d’autres organisations qui avaient appelé à la marche contre la vie chère et l’inaction climatique.

Extrait : " ...retenez bien cela. Souvenez-vous, une chose est plus précieuse que tout. Ce n’est pas l’unité des partis politiques. Et tous les partis de gauche ont appelé à la marche. Ce n’est pas même la magnifique unité des fédérations syndicales, des organisations de jeunesses syndicales, des syndicalistes. Ils ont appelé à la marche et participé à sa grandeur. Rappelez-vous, l’unité du peuple est plus précieuse que tout. Ce peuple ne se laisse pas diviser par sa couleur de peau, par sa religion, par son appartenance politique ou son indifférence. L’Unité populaire est la solution à la crise ouverte... "

 

" ...Nous avons le devoir et la responsabilité politique d’appeler à la lutte les retraités, les chômeurs, les précaires, les lycéens, les étudiants. Ils ne sont pas salariés mais ils sont le peuple. Et nous, la NUPES, sommes l’alliance du peuple sous la forme d’un groupe parlementaire.... "

 

" ...Nous sommes en train de dessiner la construction d’un nouveau Front populaire. Il exercera le pouvoir dans son pays le moment venu et, comme chaque fois, il commencera par s’occuper du pauvre peuple. De ceux qui pâtissent et ne peuvent se défendre pour obtenir le blocage des prix, l’augmentation des salaires, le rétablissement de l’impôt sur la fortune... "

 

" ...Regardez-vous, vous êtes le nombre. Vous êtes la force. Vous seuls savez comment faire fonctionner le pays. Ne vous résignez pas ! Une autre vie est possible, débarrassée du pillage du profit. Un autre monde est possible, libéré du saccage du productivisme capitaliste. Oui, nous le pouvons si nous le voulons. L’Union populaire peut devenir un Front populaire ! Et nous le souhaitons tous. »

 

Jean-Luc Mélenchon : " Contre la minorité gouvernementale... pour un nouveau Front populaire ! "
Partager cet article
Repost0
17 juin 2022 5 17 /06 /juin /2022 21:03
Meeting Mélenchon Parc des expos ©Blandine Le Cain

Meeting Mélenchon Parc des expos ©Blandine Le Cain

Jean-Luc Mélenchon 13/07/2022 : « Une nouvelle histoire de la gauche commence[4] »

 

« Le Monde » : la Nupes rate la victoire entre 0,13 et 0,25 % du total des voix[1]

 

La Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale (NUPES) vient de réussir un exploit : devenir la première force d’opposition lors du premier tour des élections législatives, avec 26,11% des voix, face à un président réélu. Évènement historique dans l’histoire de la Ve République, ce score a également une signification.
En unissant sous une même bannière l’ensemble des partis traditionnels de gauche, la NUPES a imposé dans le paysage politique une ligne de rupture avec le social-libéralisme.
Loin d’une trahison ou d’une soumission, comme l’ont prétendu bon nombre de commentateurs en reprenant les cris d’orfraie de leurs prédécesseurs lors de la campagne de François Mitterrand en 1981, il s’agit néanmoins d’un tournant majeur.
À ce titre,...

 

Sources :  LVSL - Article initialement publié dans El País/Agenda Publíca par Victor Woillet. 

- Il convient de revenir non seulement sur sa portée, mais également sur son origine historique.

Si les rapprochements avec la « gauche plurielle » (i.e. le gouvernement de cohabitation mené par Lionel Jospin de 1997 à 2002) ou encore le Front populaire de 1936 peuvent avoir leur pertinence, l’origine stratégique de ce qu’opère Jean-Luc Mélenchon aujourd’hui est ailleurs. En effet, de nombreuses fois, pour expliquer ce qu’il a souhaité faire avec l’Union Populaire, le représentant de la France insoumise s’est référé à François Mitterrand. Pourtant, une telle analogie ne va pas de soi. 

 

 

- Faire l'union à la base

De ses propres mots, Jean-Luc Mélenchon a qualifié la stratégie derrière l’Union Populaire « d’union à la base » lorsque celle « au sommet » est impossible. Pour comprendre à quoi le représentant de la France insoumise fait référence à travers ces éléments de discours, il faut avoir à l’esprit ce que François Mitterrand a lui-même effectué en son temps. Après avoir mis en ballottage De Gaulle lors de la présidentielle de 1965, Mitterrand constitue une première union de la gauche regroupant l’ensemble des forces anti-communistes (la SFIO, le Parti Radical et le Convention des institutions républicaines). Si cette coalition marque un tournant, notamment lors des législatives de 1967, le Parti communiste français se maintient à des scores extrêmement élevés et obtient 21,3 % des voix lors de l’élection présidentielle de 1969. 

 

Il faut attendre 1972, après le Congrès d’Épinay, pour qu’une nouvelle forme d’union puisse voir le jour. En associant, par la signature du Programme Commun, les communistes à l’union de la gauche, Mitterrand élargit grandement sa base électorale et ne se contente plus d’une union « au sommet ». Ce choix fait d’ailleurs suite à la visite de Mitterrand lui-même au Chili alors gouverné par « l’Unité Populaire » de Salvador Allende, ce qui lui vaudra le surnom « d’Allende français ». 

 

Même si l’union vole en éclat en 1977 à la suite des positions de Mitterrand sur la défense nationale, le tournant a eu lieu. En 1981, grâce au CERES animé notamment par Chevènement et Didier Motchane, François Mitterrand conserve la tête du PS malgré les critiques de la « deuxième gauche » de Michel Rocard. Pour la présidentielle de la même année, si le Programme Commun n’est plus là, les « 110 propositions » qui constituent le programme de Mitterrand alors en reprennent le fond. Arrivé au second-tour de la présidentielle, les communistes se ravisent et finissent par rejoindre la candidature de Mitterrand. Ayant réussi l’union par la base, en élargissant son assise électorale et en intégrant de nombreuses revendications portées par les communistes (la retraite à 60 ans, la nationalisation de nombreux secteurs de l’économie, la diminution du temps de travail…), le sommet suit…

 

 

- Un tournant politique, condition du changement historique
Telle est la logique dans laquelle Jean-Luc Mélenchon se situe lorsqu’il fonde l’Union Populaire dans le cadre de la présidentielle de 2022. Si ce rapprochement discursif et stratégique peut faire l’objet de critiques sur le plan historique, il révèle un élément frappant : la relatéralisation de la gauche française. Le « tournant de la rigueur » budgétaire opéré par le gouvernement de Pierre Mauroy en 1982-1983 ne devait initialement être qu’une « pause », pour reprendre l’expression de Léon Blum en 1937, dans l’agenda des réformes d’inspiration keynésienne défendues face à la situation monétaire d’alors. Ce qui fut présenté comme une pause, une nécessité face à la conjoncture s’est en réalité avéré bien plus long. C’était le début de la « parenthèse néolibérale » française qui n’a jamais réellement été refermée depuis.

 

 

- Cette parenthèse a notamment favorisé les tenants de la « deuxième gauche » au sein du Parti socialiste, autour de Michel Rocard, Pierre Mauroy ou encore Jacques Delors.
Ces derniers, bien plus libéraux que les artisans du Programme Commun, ont occupé de nombreuses places dans les instances partisanes mais aussi institutionnelles. En 1988, après la réélection de Mitterrand, Michel Rocard est nommé Premier ministre. En mars 1990, il s’allie à Lionel Jospin. Un an plus tard, même s’il perd son poste de Premier ministre, il devient premier secrétaire du PS. Lors du gouvernement de coalition de 1997-2002 mené par Lionel Jospin, la « deuxième gauche » rocardienne fait partie du gouvernement d’union des gauches au même titre que ses opposants historiques.

 

 

- Avec le vote majoritaire pour le « non » au référendum pour une constitution européenne en 2005, une première union de la gauche de circonstance apparaît

Cette union de la gauche de circonstance s’oppose aux héritiers de la « deuxième gauche » française qui sont alors particulièrement représentés au sein du Parti socialiste.
Jean-Luc Mélenchon en est l’un des artisans. En 2008, cette union informelle trouve une première tentative de débouché politique : le Parti de Gauche[2], fondé par Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez ainsi que d’autres élus issus des rangs du PS ou des Verts. Dès lors, cette formation n’a cessé d’incarner l’opposition aux représentants d’une gauche favorable au néo-libéralisme et aux contraintes budgétaires, de François Hollande à Emmanuel Macron.  

 

 

- En 2012 puis en 2017 (avec le Front de gauche[3]), Jean-Luc Mélenchon, rejoint par les communistes, a représenté ce courant de la gauche antilibérale au sein du paysage politique français.

Fort de son score à la présidentielle de 2022, attestant d’une base électorale en faveur d’un programme net de rupture avec le néo-libéralisme et les contraintes budgétaires européennes, Jean-Luc Mélenchon a opéré un tournant dans le paysage politique français : la fin de la parenthèse néolibérale qui restait béante jusqu’à maintenant.

 

Deux conditions demeurent cependant pour que ce tournant politique et discursif profond prenne la forme d’un tournant historique :

  • Premièrement le succès de cette union de la gauche française lors du second tour des élections législatives le 19 juin, mais surtout la politique menée par le gouvernement qui accéderait alors au pouvoir.
  • Dans un contexte inflationniste touchant l’ensemble des matières premières, la lutte à mener contre le chômage et en faveur d’un investissement massif dans de nombreux secteurs nécessaires à la transition écologique sera particulièrement âpre, mais elle pourrait bien constituer un véritable signal pour le reste de la gauche européenne et entériner la fin d’une parenthèse qui a tant duré.

 

--------------------------------

 

13/07/2022 - Jean-Luc Mélenchon :

« Par des cheminements intellectuels, la radicalisation de la société va se poursuivre[4]. » ;

« Le sort des élections se joue dans la conjonction des classes populaires et des classes moyennes[4]. » ;

« L’ordre géopolitique va basculer en même temps que l’ordre climatique[5]. »

 

Jean-Luc Mélenchon : « Une nouvelle histoire de la gauche commence » Jean-Luc Mélenchon : « Je lutterai jusqu’à mon dernier souffle. »

 

 

Notes :

[1« Le Monde » : la Nupes rate la victoire entre 0,13 et 0,25 % du total des voix

[2] Le Parti de Gauche

[3] Front de gauche

[4] Jean-Luc Mélenchon : « Une nouvelle histoire de la gauche commence »

[5] Jean-Luc Mélenchon : « Je lutterai jusqu’à mon dernier souffle. »

 

Pour en savoir plus :

- sur les débats récents à propos du  « tournant de la rigueur » de 1983, lire sur LVSL cet article de Neil Warner.

- Jean-Luc Mélenchon : " Après le séisme "

- Législatives 2022 : quel camp peut vraiment se dire « social-démocrate » ?

- Jean-Luc Mélenchon : " « Le Monde » : la Nupes rate la victoire entre 0,13 et 0,25 % du total des voix "

- Recomposition politique en France : Trois blocs et deux perdants

- « Plutôt Le Pen que Mélenchon » : quand le retournement du barrage républicain était prédit par Frédéric Lordon

Georges Marchais, Robert Fabreloeil, Roland Leroy, Francois Mitterrand, la signature Programme commun 1972

Georges Marchais, Robert Fabreloeil, Roland Leroy, Francois Mitterrand, la signature Programme commun 1972

Partager cet article
Repost0
17 juin 2022 5 17 /06 /juin /2022 14:07

Cet article est reposté depuis Rue du Blogule Rouge Insoumis.

Partager cet article
Repost0
4 mai 2022 3 04 /05 /mai /2022 13:50
2022 : On y va !

1936/2022 le peuple écrit de nouveau l’Histoire !

 

1936 a été une date-clef dans l’organisation de la classe ouvrière, dans le développement de la conscience de classe chez une majorité de salariés[1]

La reconstruction d’un rapport de forces et la conscience que celui-ci peut changer la donne mérite une réappropriation, non seulement de connaissances historiques, mais d’une culture de « mise en commun » de forces atomisées ou disséminées.

Aujourd'hui, la nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale, héritière du Front Populaire, prend vie.

La lutte pour pour la conquête sociale et écologique reprend avec Jean-Luc Mélenchon qui en est l'initiateur car " Nous sommes le mouvement de la révolution citoyenne en France.[2] "

 

 

Sources :  Fabrice Aubert | mis à jour le 16/10/2022

- Petit rappel historique

Jean-Luc MELENCHON, après avoir vécu l’expérience de l’échec du Parti Socialiste, part et crée un nouveau parti politique le « Parti de Gauche[3] » pour une République écosocialiste qui va lui permettre de fonder le « Front de Gauche ».

Candidat du Front de Gauche aux Présidentielles de 2O12, après une très bonne campagne il finit à 12 %.
Devant les hésitations stratégiques du P.C.F qui hésite entre rupture avec le P.S et stratégie à la carte, permettant de réaliser des alliances de circonstance, Mélenchon quitte le Front de Gauche et contribue à créer les Insoumis.

 

En 2017, candidat aux Présidentielles, il finit à 19 % et aux législatives sans accords avec les autre forces politiques de gauche, les insoumis obtiennent 17 Députés, qui font un remarquable travail législatif d’opposition et de propositions.

 

En 2022, soutenu par les militants (150.000 signatures), il décide alors de présenter à nouveau sa candidature et il finit à 22 % dans le cadre d’une désunion totale à gauche (5 candidatures). Et à 420.000 voix près il était au second tour. Aujourd’hui dans le cadre d’une alliance d’union populaire avec les autres forces de gauche, les sondages donnent entre 27 à 34 % selon les configurations.

 

 

- Printemps populaire

Loin de renoncer, s’appuyant à la fois sur le débat catastrophique du deuxième tour, du sentiment de dégout et de frustration engendré par cette élection, démocratique en « trompe l’œil » (pas de débat, sondages manipulés, propagande effrénée des thématiques de Le Pen, situation de guerre etc) et surtout sur les résultats analysés du premier tour, Jean-Luc Mélenchon lance l’idée et la démarche politique du « troisième tour ». De fait il transforme des Législatives anonymes de 577 circonscriptions, en troisième tour des Présidentielles, avec ce slogan : « Elisez moi premier ministre », ce qui en termes de démarche politique, est tout simplement à la fois intelligent et révolutionnaire : 

  •  Intelligent car cela revient juste à donner une valeur politique de l’article 20 de la Constitution, qui rappelle que : « Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. » et que donc toute majorité législative oblige le Président à nommer comme premier ministre, le responsable du groupe majoritaire à l’Assemblée Nationale. Il transforme une simple opération administrative d’exécution constitutionnelle, en nouvelle bataille politique, sur le fond du programme.
  • Révolutionnaire du fait que si cette majorité est obtenue, elle permet de renverser l’ordre des pouvoirs, et faire de l’assemblée Nationale, le véritable lieu du pouvoir. Le Président n’ayant plus dans le cadre d’une « cohabitation » qu’à couper les rubans des inaugurations.

 

 

- Hégémonie ou tortue sage ?

Dénoncé comme hégémonique (« domination sans partage ») Mélenchon et les insoumis proposent, malgré les profondes dissensions des Présidentielles, un accord de gouvernement dans le cadre d’une alliance intégrant les Verts, le P.C.F, le N.P.A et le P.S pour obtenir une majorité de députés aux législatives de Juin. Au vu de l’accord trouvé avec EELV, sur 100 circonscriptions, on voit que la volonté d’Hégémonie n’existe pas, et qu’il faut remercier au contraire « Tortue Sagace » de sa ténacité à tenir bon sur un programme « l’avenir en commun » et une stratégie : « l’Union Populaire »[4].
 

 

- L'intelligence militante

Observons en chiffres bruts que la démarche initiée par le Camarade Mélenchon porte ses fruits. Passé de 12 % en 2012 à 22 % en 2022 et possible victoire de l’Union Populaire aux législatives aujourd’hui donné entre 27 et 34 et ce sans que la campagne n’est commencée, est quelque chose d’Historique qui renvoie à la période Historique du « Front Populaire » de 1936 et ce justement, dans le cadre d’une situation de crise et de guerre encore plus grave qu’en 1936.

 

Il ne faut donc dans ces conditions pas parler d’hégémonie, mais d’intelligence militante, " intelligence militante ", au sens où ce qui se déroule sous nos yeux est le résulté d’une démarche politique construite, patiemment et qui s’appuie sur une analyse de l’Histoire, de ses contradictions et de la situation actuelle dont Mélenchon, quel que soient les critiques faites à son égard et sur lui, fut le patient maitre d’ouvrage et maitre d’œuvre au cours de ces 20 dernières années.

  • Si l’union Populaire, devient majoritaire en Juin à l’Assemblée Nationale et impulse la politique du Pays (blocage des prix, SMIC à 1.400 euros net, retraite à 60 ans (40 annuités), Allocation d’études, 6ème semaine de congés payés, 6ème république), il faudra alors se rappeler en permanence à quelle démarche on doit ces progrès sociaux…

 

- Mélenchon l'intelligence historique

Alors il faut le dire, ce qui se passe aujourd’hui et qui renoue avec le passé historique (« Le front populaire ») on le doit à un homme dont l’entêtement patient est en train de se matérialiser en possible historique. Il faudra toujours s’en rappeler.
 

--------------------------------

 

- Législatives : on peut encore changer le cours de l'histoire

Dimanche 1er mai, Jean-Luc Mélenchon était l’invité de l’Émission « On est en direct », et à cette occasion, il a : 

  • parlé de l’état de pauvreté dans lequel est le pays et dont Macron ne se rend pas compte ;
  • rappelé qu’alors que le président avait dit qu’il pourrait y avoir un référendum sur la retraite à 65 ans, Bruno Le Maire avait quant à lui dit qu’il n’exclurait pas un 49-3 sur le sujet ; 
  • rappelé aussi qu’au sortir de l’élection présidentielle, il existe 3 blocs politiques : le bloc libéral de M. Macron, le bloc d’extrême droite et le bloc populaire ;
  • dit qu’il fallait y ajouter le bloc de l’abstention et a exhorté les abstentionnistes à entrer dans l’action politique pour trancher entre ces 3 blocs. 


Revenant sur la possibilité d’un accord avec les forces du bloc populaire, Jean-Luc Mélenchon a :

  • expliqué comment trancher des sujets comme la désobéissance aux règles européennes et la sortie du nucléaire ;
  • rappelé que cette élection pouvait permettre de trancher de grands sujets comme la crise de l’eau et a affirmé que l’Union populaire avait les moyens de remporter cette élection.

 

2022 : On y va !
2022 : On y va !
Partager cet article
Repost0
3 mai 2022 2 03 /05 /mai /2022 12:49
1. LIVRET-Conférence-C.indd
Une brochure écrite par Jean-Luc Mélenchon

 

" Nous sommes le mouvement de la révolution citoyenne en France. "

 

L’élection présidentielle de 2022 a été pour le pays un moment politique intense. Non pas, comme c’est le cas avec les élections présidentielle lors des périodes de stabilité, parce qu’elle aura purgé de grands conflits qui traversent la société.

C’est le contraire, son second tour n’a rien réglé des grands sujets de notre époque. Mais elle a fait émerger un nouveau paysage politique, achevé en quelque sorte une recomposition à l’œuvre depuis 2017. Nous en avons été les acteurs de premier plan et non des observateurs extérieurs. Pourtant, une fois la poussière retombée, nous devons nous efforcer d’un travail théorique et d’analyse.

 

Sources :  Le Blog de Jean-Luc Mélenchon

En effet, le raisonnement théorique permet le raisonnement stratégique et les conclusions tactiques. Pour citer un grand nom parmi d’autres, Kant dit : « la théorie sans la pratique est absurde ». Et il ajoute : « la pratique sans la théorie est aveugle ».

 

 

- Car l’analyse des résultats d’une élection est toujours un enjeu idéologique.

Les chiffres ne parlent pas d’eux-mêmes. Il faut les mettre en rapport les uns avec les autres, les comparer, les additionner, les mettre en perspective pour qu’ils prennent du sens. Ainsi, faire parler les chiffres n’est pas un exercice neutre. C’est pourquoi, pour une force comme la nôtre, il est impossible de laisser aux autres le soin d’interpréter les résultats d’une élection comme la présidentielle 2022.

 

Cette analyse se place dans le cadre qui a été depuis le début celui de notre action : la théorie de l’ère du peuple et de la révolution citoyenne. Nous sommes le mouvement de la révolution citoyenne en France. C’est-à-dire du processus politique de rupture du peuple, entendu comme nouvel acteur central de la modernité.

  

1. LIVRET-Conférence-C.indd
Une brochure écrite par Jean-Luc Mélenchon

- Nous avons vu ce type de révolution dans de nombreux endroits du monde et nous avons pu en apprendre les principales caractéristiques.

Elles ne ressemblent pas aux révolutions du passé. Ce sont des révolutions qui mettent au coeur de leurs objectifs la reprise du contrôle sur sa vie. C’est pourquoi elles embrassent non seulement les questions sociales mais aussi démocratiques, écologiques et de liberté individuelle. La révolution féministe, par exemple, est pleinement inscrite dans ce processus puisqu’elle exprime une synthèse entre les questions sociales, environnementales et individuelles de la politique.

 

Ainsi, nous ne pouvons pas agir d’une manière conséquente par rapport à nos objectifs sans une compréhension théorique claire du monde dans lequel nous vivons, de ce qui le met en mouvement, des principes autoorganisateurs qui font les sociétés et les orientent. L’analyse électorale du premier et du second tour sont intéressantes non seulement pour comprendre mais donc aussi pour agir. Elles nous aident à définir notre cap pour la prochaine séquence de notre combat.

 

  • Ce document (Les 3 blocs et l'avenir de l'Union Populaire) doit être lu comme une contribution à tout cela.

Il a été constitué à partir de la conférence donnée le 21 avril 2022 à la Maison de la Chimie et des graphiques qui y ont été présentés. Un ultime chapitre a été ajouté sur le second tour, à partir de ma déclaration du 24 avril 2022.

 

-------------------------------

 

- Ci dessous l'état des lieux de la 1ére circonscription de Charente Maritime

 

Les 3 blocs et l’avenir de l’Union populaire par Jean-Luc Mélenchon

 

- Macron, Mélenchon, Le Pen : quel avenir pour les trois blocs ? 

Retrouvez la conférence des AMFIS 2022 intitulée : « Macron, Mélenchon, Le Pen : quel avenir pour les trois blocs ? », avec :
• Stathis Kouvélakis, philosophe
• Nadège Abomangoli, députée LFI-NUPES
• Jérôme Legavre, député LFI-NUPES

 

Partager cet article
Repost0
14 janvier 2022 5 14 /01 /janvier /2022 20:38
QUE FAIRE ? Jean-Luc Mélenchon : « Il y a bascule : c’est maintenant que ça se joue »

" Ceux qui font des révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau ![0] "...

 

Depuis plus de dix ans, Jean-Luc Mélenchon prône la « révolution citoyenne ». La formulation vient de Rafel Correa, élu président de l’Équateur en 2007 : durant son investiture, l’intéressé l’avait présentée comme un « changement radical » visant à tourner la page du néolibéralisme.

 

  • Après avoir rassemblé près de quatre millions de voix autour de sa candidature à la présidentielle de 2012, le leader du Front de gauche a cofondé le mouvement La France insoumise : en 2017, ce sont sept millions de Françaises et de Français qui ont voté pour celui dont le programme est, notamment, axé sur le « partage des richesses », la « planification écologique », la « sortie des traités de l’Union européenne » et la fin de la Ve République.
  • Il n'adhère pas au PCF en raison du refus de celui-ci de condamner l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie en 1968 pour mettre fin au printemps de Prague[1], un événement qui, selon ses propos, le marque plus politiquement que Mai 68 et fut l'une des causes de son adhésion à l'OCI
  • Dirigeant local, dans sa jeunesse, de l’Organisation communiste internationale — une formation trotskyste —, Mélenchon avait rallié le Programme commun porté par le Parti communiste et le Parti socialiste, avant de quitter ce dernier pour ressusciter ce qu’il appelait alors « l’autre gauche ». C’est désormais « le peuple » que son mouvement entend mobiliser.

 

Sources : Revue-Ballast | mis à jour le 11/01/2022

- Ballast : Depuis 2009, vous appelez à la « révolution citoyenne ». C’est une stratégie qui rompt à la fois avec le modèle révolutionnaire historique et la gauche social-démocrate. Sur quoi se fonde-t-elle ?
Jean-Luc Mélenchon : Une stratégie doit avoir une base matérielle dans la société. Dès lors, une stratégie révolutionnaire doit commencer par répondre à la question : qui est l’acteur révolutionnaire ? De la réponse à cette question dépendent les formes d’organisation et d’action. J’ai appartenu pendant longtemps à une école de pensée pour qui le salariat était l’acteur exclusif de la révolution. On allait donc à sa rencontre. Nous pensions l’action en fonction du lieu et de l’organisation du travail des salariés. Je prends l’exemple de la révolution prolétarienne car c’est dans cet espace conceptuel que la pensée sur les révolutions est la plus fournie.

 

Depuis la victoire de la révolution bolchevik, nous disposons d’un ample matériel de discussion. Tous les dirigeants du mouvement ouvrier se sont exprimés, ont écrit ou parlé sur le sujet. Par contre, en 1789, l’étude du processus révolutionnaire n’était pas au cœur des préoccupations des révolutionnaires eux-mêmes. Ici et là, dans un discours ou deux de Robespierre ou de Saint-Just, on trouve quelques considérations sur la forme de l’action révolutionnaire ou sur ses développements. Par exemple, la fameuse affirmation de Saint-Just toujours si exacte : « Ceux qui font des révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau. » Ou son évaluation : « La Révolution est glacée[1] ». Ce sont des analyses sur l’état de la révolution permettant la pensée stratégique. Pourtant, le rôle de l’action des sections de sans-culottes[3] n’occupe aucune place dans la pensée des dirigeants. Or ce sont elles qui imposent un triple pouvoir : monarchie et système féodal/assemblée/sections. Dans les sections se trouve une forme de vérité sur l’acteur révolutionnaire de 1789. Évidemment, aujourd’hui, cet acteur ne peut être le même qu’à l’époque, ni à celle de la révolution prolétarienne.

 

L’organisation générale de la production, la division du travail, la part des branches d’activité : tout est changé. Le capitalisme, puis le capitalisme financier, ont notamment réduit la paysannerie à la portion congrue. Elle a été liquidée comme classe sociale. Ce n’est pas une petite évolution ! Autrefois, on ne pouvait élaborer une théorie de la révolution socialiste sans prendre en compte les paysans. Un nombre considérable de congrès de gauche se sont déroulés sur le thème de l’alliance avec la paysannerie. Et qui dit paysannerie dit propriété d’un moyen de production : la terre elle-même. Ce n’était pas un petit défi ! Aujourd’hui, nous faisons face à une grande homogénéisation sociale. Les libéraux pensent que nous sommes tous connectés et emmaillotés par le marché. En fait, nous sommes tous dépendants des réseaux collectifs et cette dépendance institue un acteur social nouveau. C’est la thèse centrale de ce que j’appelle « l’ère du peuple[4] ». L’acteur révolutionnaire de notre époque est le peuple.

 

 

- Ballast : Comment le définissez-vous, justement ?
Jean-Luc Mélenchon : Le peuple se définit comme l’ensemble de tous ceux qui ont besoin des grands réseaux collectifs pour produire et reproduire leur existence matérielle : eau, énergie, transports, etc. La nature de la relation à ces réseaux, privés ou publics, détermine la forme et le contenu des luttes, et d’une façon générale la lutte révolutionnaire. On réclame l’accès ou on dénonce l’impossibilité d’accès à tel ou tel réseau : ainsi, quand on augmente le prix du carburant, on ne peut plus se déplacer, donc on n’a plus accès aux réseaux — ça donne les gilets jaunes. Un autre exemple : l’augmentation du prix des transports en commun, ça donne la révolution chilienne en 2019[5]. On pourrait multiplier les exemples avec le Venezuela, l’Équateur ou le Liban.

 

La coupure d’accès aux réseaux agit comme un déclencheur intersectionnel de toute la pile des contradictions qui, jusque-là, allaient chacune dérivant dans leur coin. Mais il y a aussi dans ce peuple une caractéristique contre-intuitive : plus il y a de monde, plus il y a de peuple, plus il y a dans le même temps individuation. Le peuple de la révolution citoyenne se tient à l’intersection de ces deux grandes idées : le collectif par nécessité, l’individuation par réalité. Elles se rejoignent dans la volonté d’auto-contrôle. La révolution citoyenne dit partout : « Nous voulons contrôler. » Que ce soit au Soudan ou au Liban, nous observons ces mêmes dynamiques internes. À cette étape, compte tenu du nombre d’observations faites depuis le début du millénaire, nous pouvons dire que nous disposons d’une phénoménologie[6] de la révolution citoyenne.

 

 

- Ballast : Quels sont les contours de cette phénoménologie ?
Jean-Luc Mélenchon : Nous avons pu dégager quatre marqueurs. Premièrement, l’acteur populaire se désigne lui-même comme « peuple ». Il revendique le terme dans ses slogans. Deuxièmement, cette auto-désignation s’accompagne toujours de symboles qui viennent conforter l’acteur et sa légitimité. C’est une affaire de visibilité : gilet jaune, jaquette violette, une couleur, une fleur. C’est un facteur anthropologique plus fort qu’il n’en a l’air. Cela remplit la même fonction que l’uniforme ou la scarification. Troisièmement, le peuple auto-désigné mobilise systématiquement le drapeau national.

 

 

- Ballast : Doit-on l’entendre comme une forme de nationalisme ?
Jean-Luc Mélenchon : Non. On peut même dire que ça n’a rien a voir.

 

 

- Ballast : L’extrême gauche, dans sa grande majorité, l’analyse pourtant ainsi.

Jean-Luc Mélenchon : J’invite mes camarades d’extrême gauche à briser le mur qu’ils ont eux-mêmes construit. Le drapeau national n’est pas synonyme de nationalisme chauvin. C’est une confusion. Je vous mets au défi de trouver un rassemblement populaire à portée révolutionnaire où l’on ne trouve pas, du Soudan à l’Amérique latine, le drapeau national. Le peuple s’empare du drapeau national pour dire aux dirigeants : « Nous sommes le pays, pas vous. » Une autre façon de dire « Tout est à nous ». C’est un symbole démocratique et dégagiste. La Révolution française de 1789 crie à Valmy[7] « Vive la nation ! », par opposition à « Vive le roi ! ». C’est autant une revendication qu’une affirmation identitaire très politique : la nation, c’est le peuple souverain. De même pour la Commune de Paris face aux Prussiens.

 

Du fait de son contenu et de sa revendication de souveraineté citoyenne, le processus de la révolution citoyenne remet en cause la légitimité de ceux qui sont aux commandes. C’est un phénomène de transcroissance[8] du processus révolutionnaire, passant du terrain social au terrain démocratique. Léon Trotsky avait bien décrit ça dans les conditions de la révolution prolétarienne. Au fond, dans les révolutions, il n’y a qu’une question posée : « Qui exerce le pouvoir ? » C’est pourquoi la révolution citoyenne se présente comme un double pouvoir. Celui des ronds-points face à celui de l’État. Pour finir, l’identité sociale du gouvernant suffit à résumer la société qui se met en place.

 

 

- Ballast : Vous revendiquez l’échelle nationale comme l’espace de la transformation sociale et vous cherchez à construire une identité émancipatrice « nationale-populaire », au sens du communiste Antonio Gramsci[9]. Vous ne vous bornez pas seulement à constater ce sentiment patriotique…
Jean-Luc Mélenchon : La nation est aujourd’hui l’horizon de la souveraineté populaire. On peut en rêver d’autres, transnationaux, mais ils sont aujourd’hui inexistants. On ne peut pas uniquement penser la démocratie dans des termes abstraits, sans réalité matérielle. La démocratie a sa possibilité d’exercice de masse inscrite dans l’État-nation à l’instant où nous parlons. Le sentiment patriotique dont je me réclame est celui-ci : il est lié à l’idée républicaine, à l’idée de la souveraineté populaire comme pierre angulaire de la nation. En France, plus qu’à d’autres endroits, il est facile d’identifier le projet national à notre camp. Nous avons un drapeau et un hymne issus d’une révolution populaire. Notre devise dit « Liberté, Égalité, Fraternité ». La nation, chez nous, procède de la République — et non l’inverse. Cela signifie qu’être français n’est pas une religion, une couleur de peau ou même une langue. La nation française peut accueillir la créolisation[10] puisque son unité repose sur des principes. D’ailleurs, on retrouve les symboles nationaux dans tous les grands moments récents de pouvoir populaire en France : la Révolution française, bien sûr, mais aussi la Commune de Paris ou la Résistance et la Libération. On a parfois du mal à sortir d’une image faussée des événements.

 

 

- Ballast : Prenons la Commune de Paris.
Jean-Luc Mélenchon : Toute l’extrême gauche la célèbre. Karl Marx la tenait pour « la forme politique enfin trouvée qui permettait de réaliser l’émancipation économique du travail[11] ». C’était une révolution citoyenne ! Les communards voulaient tout contrôler. Ma thèse, d’ailleurs, c’est qu’il n’a jamais existé que des révolutions citoyennes. Elles ont utilisé des méthodes différentes et présenté des programmes différents selon le niveau de développement des forces productives. Il faut se départir d’une version mécaniste du marxisme où le prolétariat accomplit par nécessité le destin du développement des forces productives, comme une sorte de simple accoucheur de l’Histoire dont le parti est le forceps. Cette explication du processus révolutionnaire est trop sommaire. D’ailleurs, il n’y a même pas chez Marx de description de ce qu’est un processus révolutionnaire ! La seule fois où il en parle, c’est pour comparer la révolution à un phénomène naturel, une éruption volcanique. À défaut, notre camp a longtemps pris la révolution de 1917 comme archétype. Ce qui a conduit à surévaluer l’importance du parti. Je n’y crois pas. Le moment clef de cette révolution est la discussion de dernière minute entre Lénine et Trotsky pour savoir qui va faire le coup d’État. Le parti, dit Lénine. Il redoute les conciliateurs de son entourage, lesquels ne jurent que par « la démocratie socialiste » en lien avec les gouvernants. Le Congrès panrusse des Soviets[12], dit Trotsky. La révolution d’Octobre est l’expression d’une légitimité démocratique : celle des Soviets. Pour moi, le moment est fondateur !

 

 

- Ballast : Qu’avez-vous à reprocher à la conception léniniste du parti ?

Jean-Luc Mélenchon : Son succès vient de la victoire du parti bolchevik dans la guerre civile russe. Mais, au départ, il s’agit bien d’une révolution citoyenne. Que veulent les Russes en 1917 ? Que la guerre s’arrête. Ils ne comprennent pas pourquoi les dirigeants ne mettent pas un terme à un conflit impossible à gagner ou à perdre. Ils ne veulent plus mourir pour rien. L’événement déclencheur de la révolution russe, ce sont les trois jours de suite de manifestation des femmes — contre l’avis de tous les partis révolutionnaires. L’effondrement de la cosaquerie[13], qu’on a envoyée pour leur tirer dessus, provoque, par effet domino, l’effondrement de l’État tsariste. Le parti bolchevik finira par emporter la mise uniquement parce qu’il est le seul, d’un bout à l’autre, à vouloir arrêter la guerre. Puis la révolution russe bascule elle-même dans la guerre civile lorsque les bolcheviks décident de dissoudre l’Assemblée constituante. Ce n’est pas une petite question. Il faut lire les écrits de Rosa Luxemburg[14]. Elle comprend que le processus d’agitation démocratique est une condition de la durée et de l’accomplissement de la révolution.

 

Les bolcheviks pensent que la direction du parti est suffisante. Cette conception avait été très bien critiquée par Trotksy dès 1905. Il nomme ça le « substitutisme[15] » : le parti remplace la classe, le comité central remplace le parti et le secrétaire général finit par remplacer le comité central. C’est exactement ce qui s’est passé. C’est la cause de la rupture du congrès de Tours[16]. Il faut d’ailleurs lire le discours de Léon Blum[17]. Qu’y dit-il ? Qu’il est favorable à la prise du pouvoir « par tous les moyens, y compris les moyens légaux ». Il dit également qu’il est « bien sûr » favorable à la dictature du prolétariat. Donc, qu’est-ce qui le différencie, en tant que socialiste, de ceux qui deviendront les communistes ? Une seule chose : la manière de diriger le parti. À mes yeux, l’extrême gauche reste captive d’une mythologie révolutionnaire qui n’est pas le cœur des événements politiques : barricades, affrontements armés ponctuels entre les possédants et la masse des déshérités. Or ça ne s’est jamais passé ainsi. Relire l’ensemble des révolutions à l’aune des critères que nous avons posés dans le cadre d’analyse de la révolution citoyenne permet en revanche une meilleure compréhension de la réalité d’un processus révolutionnaire.

 

 

- Ballast : Vous remontez ainsi jusqu’à quelle révolution ?
Jean-Luc Mélenchon : Même au XIVe siècle chez Étienne Marcel, on peut repérer ces mécanismes[18] ! Pour décrire la dynamique interne des révolutions citoyennes, deux concepts empruntés au trotskysme sont utiles. Il y a d’abord le mécanisme de « révolution permanente[19] ». Le processus révolutionnaire produit un effet d’auto-entraînement : « Puisqu’on a fait ça, pourquoi on ne ferait pas ça ? » Ensuite, il y a le phénomène de transcroissance des revendications sociales en revendications démocratiques, ou l’inverse. C’est pourquoi les révolutions citoyennes débouchent sur des assemblées constituantes. Pour continuer à emprunter à Trotsky, on pourrait dire que L’Avenir en commun[20] est un programme de transition : il rompt avec la société actuelle sans dire quelle société il compte instaurer, en faisant confiance à l’Histoire pour répondre à la question. Ce n’est pas une ruse propagandiste. C’est un alignement sur la dynamique réelle des processus révolutionnaires citoyens.

 

 

- Ballast : Et quelle est donc la quatrième caractéristique de la révolution citoyenne ?
Jean-Luc Mélenchon : L’anonymat. Personne n’est autorisé à représenter les autres. Il n’y a pas de centre de décision. Tout mandat est révocable sur-le-champ. Ce peut d’ailleurs être la difficulté fatale de ce type de mouvements. Cette caractéristique est liée au haut degré de connexion qu’on y repère également : tout le monde a un smartphone. Souvenez-vous que la taxe sur les échanges WhatsApp a déclenché la rupture populaire et la révolution au Liban en 2019[21]. Cette omniprésence du réseau numérique, on la repère systématiquement depuis les révolutions citoyennes du Maghreb. Cela ne signifie pas que le numérique provoque la révolution. L’outil est investi par la réalité du monde en réseau, c’est elle qui s’exprime à travers des outils.

 

 

- Ballast : Vous parlez de « difficulté fatale ». Contrairement à une large partie de la gauche radicale, soucieuse d’horizontalité démocratique, vous considérez que le ou la leader occupe une fonction stratégique et progressiste. Pourquoi ?

Jean-Luc Mélenchon : Il y a un rôle démocratique du leader. Le tribun met en mots les idées des autres. Il les représente à la tribune. Et, souvent, le fait d’entendre ses idées, ses expériences, ses affects prononcés sous une forme articulée et intelligible produit un effet non négligeable de catharsis. Le discours du tribun va rendre visible le caractère partagé de ce que l’on pensait personnel. Il fait passer de l’individuel au collectif. L’action du leader peut conduire à une mise en mouvement et, donc, à une réappropriation populaire du politique.

 

Prenons l’archétype du leader populiste de gauche : Chávez dans les années 2000. Beaucoup de Vénézuéliens des barrios [quartiers populaires, ndlr] découvraient la politique avec Chávez à la télévision et finissaient par créer des conseils de quartiers. Le contact avec le leader avait un effet d’approfondissement de la démocratie. La méfiance ou le déni de ce phénomène vient d’une vision du combat politique comme quelque chose de désincarné. Mais c’est l’inverse. Il n’y a pas d’un côté les vilains affects et de l’autre le pur monde des idées rationnelles. Les affects et les idées sont les deux aspects d’une seule et même réalité. Les affects sont les idées en mouvement chez chaque individu. La relation affective au leader n’est pas forcément un fanatisme obscurantiste et autoritaire. Cela peut aussi être une façon pour les personnes engagées de se représenter la force collective à laquelle ils s’identifient. Et dans ce cas, c’est un moteur démocratique puissant. Dans les faits, toutes les organisations sont identifiées par un leader. Mais nous n’en finissons plus de payer les crimes du culte de la personnalité qui s’est observé dans le stalinisme et le maoïsme…

 

 

- Ballast : Pour répondre à cet ensemble de caractéristiques et d’évolutions, comment en venez-vous à passer du parti (le Parti de gauche) au mouvement (La France insoumise), comme forme d’organisation ?

Jean-Luc Mélenchon : En tâtonnant à partir de notre analyse matérialiste des nouvelles conditions des révolutions, « l’ère du peuple », et de la phénoménologie de la révolution citoyenne. Restait à saisir de quelle manière sa victoire serait possible et quels pourraient en être les points d’appui. Le mode d’organisation dépend des conditions matérielles d’existence et d’organisation de l’acteur révolutionnaire lui-même. L’ère du parti correspondait à celle du chemin de fer, du téléphone filaire et de l’imprimerie. Le journal est au cœur du parti. C’est lui qui dit la vérité ou provoque l’étincelle. Il doit édifier, rendre les événements compréhensibles et unifier le prolétariat dans la bonne ligne et la bonne stratégie. Le journal suppose un organe de direction qui décide de ce qu’il y a dedans. Il imprime un rythme particulier, quotidien et, du coup, en retard d’une journée sur les événements. Sa diffusion repose sur le chemin de fer. Le parti correspond à une classe organisée et hiérarchisée par le travail, concentrée dans des lieux précis — les usines — raccordés par le journal et le chemin de fer. En face de quoi, l’ennemi avait ses propres appareils idéologiques, sa propre organisation, sa propre centralisation : le contremaître, le curé. Mais, désormais, le nouvel acteur social dispose d’une autre organisation et surtout d’une interconnexion rendue possible par le numérique. Il n’est pas composé uniquement du prolétariat ouvrier mais aussi des chômeurs, des ouvriers, des retraités, des étudiants. Le combat politique, lui, dispose maintenant de vidéos à diffusion instantanée. De notre côté, nous avons donc développé une application : Action Populaire[22].

 

La plateforme est le mouvement et le mouvement est la plateforme. C’est une situation historique assez inédite : le centre politique est relié individuellement avec chacun de ses membres et les membres du mouvement sont reliés entre eux horizontalement. Le mouvement correspond à la forme de l’acteur, et il a les moyens de cette forme. Elle s’exprime pleinement par la plateforme numérique.

 

 

- Ballast : Le mouvement permet-il une plus grande diversité idéologique parmi les militants ?
Jean-Luc Mélenchon : Notre ligne, c’est l’action. C’est elle qui fédère, et non la théorie. Tu es marxiste ou chrétien, musulman ou juif, ça ne concerne pas le mouvement. Ce qui compte c’est ce qu’on va faire ensemble. Point. Notre démarche s’apparente ici à la tradition trade-unioniste des syndicats, fédérant sur des mandats. Voilà pourquoi nous ne croyons plus à la forme bolchevik du parti « d’avant-garde », qui sera toujours substitutif.

 


- Ballast : Le marxisme et l’anarchisme appellent depuis toujours, en dépit de divergences quant à la temporalité, au dépérissement et à la destruction de l’État. C’est un mot d’ordre que vous ne reprenez jamais. Vous en êtes même un fervent partisan. Pourquoi ?
Jean-Luc Mélenchon : L’État d’aujourd’hui, il est vrai, est la structure d’organisation d’un modèle social et de sa conservation. Qu’on veuille en finir avec l’État sous sa forme actuelle ne me choque pas. Ce qui me pose problème, c’est qu’on ne me dise pas quoi mettre à la place. Car nous avons besoin d’un grand outil collectif d’exécution des décisions : l’État, donc. Prenons la planification écologique. Comment voulez-vous l’entreprendre sans un État ? J’entends en revanche discuter la place singulière de la machine de l’État dans le processus décisionnaire.

 

 

- Ballast : Vous avez l’image d’un jacobin centralisateur.

Jean-Luc Mélenchon : Yannick Jadot m’a qualifié de jacobin dirigiste rouge-vert à propos de la planification écologique. Puis il a fini par dire lui-même qu’il fallait un « État décidant des orientations » pour la faire. Ce n’est pas ma version. Je pense que la planification écologique et ses objectifs doivent émaner des communes, des organisations syndicales, des coopératives et même des organisations patronales — puisque nous mettons en place une économie mixte, non entièrement socialisée. Évidemment, l’Assemblée nationale aura aussi un rôle à jouer dans le processus. Mais non comme la technostructure qui impose tout. Je suis pour l’extinction de cette forme particulière d’État. Et plus spécialement encore de l’État construit par monsieur Macron : c’est la pire version de l’État. Il est rabougri sur les fonctions régaliennes et, pour le reste, il nie sa spécificité en confiant la direction des administrations centrales à des cadres du secteur privé. Je suis toujours aussi allergique aux récitations girondines.

 

Mais nous avons été amenés à repenser le rapport entre la forme de l’État et des institutions à partir du cas corse. Disons même que nous sommes repartis à zéro. Quand la Corse désigne trois députés autonomistes sur quatre et élit deux fois de suite une assemblée à majorité autonomiste et indépendantiste, même si vous aimez d’amour fou l’idée républicaine et révolutionnaire de l’État unitaire, il faut s’interroger. Face à pareil résultat, que faire ? déployer la force ? pas question. Envoyer la troupe, je ne le ferai jamais. Car si on le fait, on a déjà perdu.

 

L’expérience de la Nouvelle-Calédonie le montre. Alors prenons acte : la France n’est plus un État unitaire du point de vue de l’organisation de son administration. La Polynésie française a son gouvernement ; le territoire de la Nouvelle-Calédonie ne correspond à aucune autre structure comparable ; la Martinique a une assemblée territoriale alors que la Guadeloupe et la Réunion en comptent deux. Personne ne peut prétendre construire la France du XXIe siècle sans tenir compte de ça. Donc pour les Corses, je suis prêt à accepter le statut d’autonomie prévu par l’article 74 de la Constitution[23].

 

 

- Ballast : Au début des années 2000, le sous-commandant Marcos[24] affirmait que « le centre du pouvoir n’est plus dans les États nationaux ». Qu’il ne servait donc plus à rien de « conquérir le pouvoir ». Est-ce la raison pour laquelle, en dépit de l’intérêt qu’on vous connaît pour les expériences progressistes latino-américaines[25], vous ne parlez jamais de l’expérience zapatiste au Chiapas[26] ?
Jean-Luc Mélenchon : D’abord, je dois rappeler à vos lecteurs que cet intérêt s’explique par le fait que c’est en Amérique latine que la chaîne du néolibéralisme a rompu, et nulle part ailleurs dans le monde. Ensuite, il est vrai que je connais moins l’expérience zapatiste. Je me suis d’abord intéressé à la formation, au Brésil, du Parti des travailleurs[27] [en 1980, ndlr]. Il résultait d’un front de petits partis et a donné naissance, dans toute l’Europe, à des répliques. Syriza en Grèce, Izquierda Unida en Espagne, Die Linke en Allemagne. Et, en France, le Front de gauche. Ce modèle s’est répandu, contrairement au modèle zapatiste. Même si j’admets que celui-ci a pu féconder des formes libertaires ici et là, notamment au sein des mouvements zadistes : il est une réanimation du courant anarchiste, autrefois extrêmement puissant, que ce soit en Espagne ou en France. La victoire marxiste n’y a pas été aussi totale qu’on le raconte.

 

[Stéphane Burlot | Ballast]

 

- Ballast : Mais pourquoi avoir, depuis votre jeunesse trotskyste, dirigé votre attention sur les formations de masse et non sur les expériences plus marginales de sécession, d’autonomie ?
Jean-Luc Mélenchon : Je vous le dis franchement : je ne critique pas ces expériences. Que chacun avance sur son chemin. Dans tous les cas, ça féconde l’espace global. J’ai connu la lutte révolutionnaire sous la forme où tout dépendait de la définition d’une — et une seule — ligne et de la — et la seule — stratégie victorieuse. Ce n’est plus ma conception. Je crois à un autre mécanisme, « intersectionnel » en quelque sorte. D’abord, construire ou s’appuyer sur des hégémonies culturelles à bords flous : elles finissent par former des grandes plaques qui s’articulent les unes aux autres puis produisent, comme propriété émergente, un désir d’accomplissement sur lequel s’appuie la stratégie révolutionnaire. Raison pour laquelle, dans le cadre de la présente campagne présidentielle, je ne dis pas de mal des autres — à part des sociaux-démocrates, mais c’est à la portée de tout le monde. (rires) Je crois que chacun élargit la plaque sur laquelle il se trouve.

  • Prenons un exemple qui vous paraîtra très éloigné : Montebourg. Il n’empêche. Quand il plaide pour la souveraineté, ça alimente la critique du capitalisme mondialisé qui, lui, ne fonctionne que sur la délocalisation et l’allongement des chaînes de production. C’est positif, nonobstant mes critiques sur le caractère profondément insoutenable de ses récents propos sur les immigrés.
  • Deuxième exemple : Jadot. Il se déclare en faveur du protectionnisme. Très bien. J’embraie : le protectionnisme est impossible dans le cadre des traités européens. Il faut donc choisir. Mais sa déclaration contribue à l’hégémonie de nos thèmes.

Contrairement aux zapatistes, je considère qu’il faut conquérir le pouvoir d’État par les élections. Cela peut permettre de faire avancer de manière décisive les conditions d’existence du peuple. Aussi bien sous l’angle du ventre que de la tête. Seuls les pouvoirs de gauche répandent l’éducation, laquelle élève le niveau de compréhension et de conscience de la société. Je crois à ça et refuse de renoncer à cette conquête.

 

 

- Ballast : La conquête du pouvoir d’État compte elle-même deux lignes divergentes au sein du mouvement pour l’émancipation. La vôtre, électorale et non-violente, et celle qui promeut l’affrontement physique avec les forces du capital et de l’État. Vous avez toujours clamé votre hostilité à la violence. Les gilets jaunes ont pourtant amené plus d’un citoyen à se dire que, tout compte fait, seule la violence permet de se faire entendre…

Jean-Luc Mélenchon : Mon rôle est de répéter, en effet, fort de l’expérience de nos camarades en Amérique latine, que la violence révolutionnaire conduit à l’échec. Bien sûr, il y a l’exception cubaine. Mais les tentatives de sa reproduction ont toutes échoué et cette histoire s’est soldée avec la mort du Che.

Mais je tire d’abord mon enseignement de la lutte contre Pinochet : si les meilleurs d’entre nous tombent les armes à la main, et ce sont toujours eux qui disparaissent les premiers, il ne restera que les moins actifs pour mener la révolution. Le MIR[28], dont j’ai été membre en France, a compté des combattants héroïques et ceux-là sont morts dans des proportions effroyables. Or, à mes yeux, les individus sont centraux dans l’Histoire. Quand, dans le cadre d’une révolution, il ne reste plus que des bureaucrates qui n’ont pour aspiration que de voir tout s’arranger, quel qu’en soit le prix, vous n’avez plus de force révolutionnaire. Les militants qui étaient prêts à risquer leur vie étaient aussi ceux qui savaient combien il est vital pour les révolutionnaires d’être parmi le peuple comme un poisson dans l’eau.

Ceci posé, je distingue deux choses :

  • la violence comme stratégie révolutionnaire ;
  • et la violence qui surgit au cours d’épisodes de lutte.

Et je suis d’accord avec votre observation : oui, des gens ont dit que casser, il n’y a que ça qui paie. Car c’est bel et bien ce qui s’est produit avec les gilets jaunes : le gouvernement a lâché dix milliards d’euros. Mais ce n’était pas une stratégie pensée, théorisée. La violence a été sporadique. Je reste donc sur ma position. D’autant plus que la violence isole le processus révolutionnaire en le divisant. Quand surgit la violence en manifestation, on ne vient plus avec les landaus et les enfants. On constate aussi le retrait des femmes. Or la présence des femmes, en masse, est un élément central de la révolution citoyenne. Mais j’ajoute : jamais vous ne me trouverez en train de hurler avec les loups.

  • Je ne supporte pas l’injonction à condamner ceux que l’on désigne comme violents.
  • Je refuse de contenter l’effarouchement bourgeois.

La violence est d’abord celle des maîtres. Le bourgeois condamne-t-il, lui, la violence sociale ? L’œil arraché ? C’est pourquoi aussi je n’ai pas critiqué les ZAD sur ce terrain. Je tiens le même raisonnement pour Cuba. Je ne crois pas du tout au parti unique : à mes yeux c’est une forme très inefficace de gouvernement du peuple. Il faut de la contradiction. Du reste, il n’est pas marxiste d’imaginer une société sans contradictions. Pour autant, j’assure que les Cubains ont accueilli, soigné et protégé nos camarades. Je répète donc partout : je critiquerai Cuba, si besoin, dès que les États-Unis d’Amérique lèveront leur embargo.

 

 

- Ballast : En 2014, lors d’un hommage que vous avez rendu à Jaurès, vous avez décrit l’écosocialisme[29] comme la doctrine qui devrait guider le siècle à venir. On a pourtant constaté que vous ne mobilisez plus cette notion. Pour quelle raison ?
Jean-Luc Mélenchon : C’est vrai. Je trouve que le mot « socialisme » introduit une confusion. Il faut passer des heures à dire ce qu’il est et ce qu’il n’est pas.

 

 

- Ballast : Du fait du Parti socialiste ?
Jean-Luc Mélenchon : En France, oui. Et lorsque vous allez dans les pays qui ont vécu sous l’autorité du pacte de Varsovie et de l’URSS[30], c’est imprononçable. Bien sûr, je n’ai pas de problème avec le concept ; j’en suis même un héritier. Mais hériter, c’est aussi se projeter. Aujourd’hui, je préfère me décrire comme « collectiviste ». L’esprit public a massivement intégré l’idée de bien commun. Même la jeunesse qui n’est pas de notre bord se revendique de l’écologie. C’est une différence colossale d’avec les années 1990, où on ne pouvait pas prononcer le mot « capitalisme » sans que tout le monde rigole. C’est une évolution considérable. Ce collectivisme spontané correspond à mes yeux à la situation de crise résultant du dérèglement climatique. J’en ai trouvé l’analyse du côté de Pablo Servigne[31] et de son livre, L’Entraide. Certes, il est de tradition anarchiste et non « populaire de gauche ». Mais je me ressource souvent auprès d’auteurs anarchistes. Leur critique décapante m’aide volontiers à réfléchir.

 

 

- Ballast : C’est la raison pour laquelle, en fondant le Parti de gauche, vous revendiquiez l’héritage libertaire « à votre manière » 

Jean-Luc Mélenchon : Je le revendique et j’y crois ! Le message de Servigne est essentiel : si on entre dans la crise avec la mentalité de la société libérale, elle sera empirée. D’où le mot « collectivisme » : il vise à développer l’alternative « Tous ensemble ou chacun pour soi ». Le mot ne me paraît pas contradictoire avec l’écosocialisme. C’est un « mot-obus », dont j’ai emprunté la méthode à Paul Ariès[32] — lui a mis en circulation « décroissance ». J’ai commencé à le tester à l’Assemblée : ça a bien hué du côté de la droite. (rires) On me dit parfois que « collectivisme » sonne encore pire que « socialisme » : je fais le pari inverse. Il colle bien avec un certain esprit de l’époque. Et comme on ne l’emploie plus depuis longtemps, il est mûr pour réapparaître ! Mon rôle, c’est de transférer les braises vers le nouveau foyer. On a sorti les braises de sous la cendre et on a repris la guerre du feu un peu plus loin. En ce sens, on peut même dire que nous avons sauvé les braises.

 

 

- Ballast : Vous avez l’habitude de dire qu’une société ne peut pas fonctionner sur le mode de l’assemblée générale permanente. Cela signifie-t-il pour autant que la démocratie représentative soit le terminus de l’émancipation ? Ne peut-on pas concevoir des formes de démocratie plus directe et moins parlementaire ?
Jean-Luc Mélenchon : C’est un débat posé à chaque séquence révolutionnaire. Il est clair que nous ne pouvons pas en rester à la démocratie représentative telle qu’on la pratique. À La France insoumise, nous avons provisoirement tranché en disant que ce sera à l’Assemblée constituante nouvellement élue de penser le prochain système institutionnel. Il y a deux visions possibles de la Constituante : révolutionnaire ou avant-gardiste. Autrement dit, prendre acte du résultat populaire ou dire à l’avance de quel régime elle devra accoucher. Il nous faut composer avec deux choses : garantir un système institutionnel stable et permettre au peuple d’intervenir en toute occasion. Cette possibilité permanente, c’est l’objectif du RIC[33] et du référendum révocatoire, que nous proposons. La discussion que nous avons là était également impossible dans les années 1990 ! Avoir mis dans le débat public l’idée de Constituante et d’implication populaire permanente, vous n’imaginez pas quelle victoire c’est. Nous commençons à reconstituer une hégémonie collectiviste. Cela étant, nous sommes 67 millions dans ce pays : nous ne pourrons pas voter à main levée à la manière des cantons suisses d’autrefois ni rejouer la pratique des assemblées de village traditionnel. Les outils modernes pèseront peut-être dans ce débat. La question du vote obligatoire se posera également.

 

 

- Ballast : Vous y êtes favorable, n’est-ce pas ?
Jean-Luc Mélenchon : Oui, libre à 16 ans et obligatoire à partir de 18 ans. Et avec prise en compte du vote blanc. Et s’il y a 50 % de votes blancs, l’élection est nulle. En Équateur, ils ont expérimenté de nouvelles modalités. On pourrait apprendre. Les Européens ont l’habitude d’aller aux quatre coins du monde pour expliquer comment on doit faire le socialisme alors qu’ils ont été infoutus de le mettre en place dans un seul pays de l’Union européenne ! Je fais donc confiance aux initiatives qui émergeront.

 

 

- Ballast : Vous avez rappelé votre défense de l’économie mixte et vous évoquez régulièrement la dimension « financière » du capitalisme. Quel est votre horizon : abolir le mode de production capitaliste, en France, ou le borner autant que faire se peut dans une économie mondialisée ?

Jean-Luc Mélenchon : Quand je parle du capitalisme financier, je ne veux pas dire la dimension financière du capitalisme mais le capitalisme dans sa forme actuelle. Le capitalisme n’existe pas en général mais seulement sous des formes historiques données. Depuis les années 1980, nous vivons dans un type particulier de capitalisme où le capital financier commande au reste. Donc j’assume la dimension anticapitaliste de ce que j’ai à faire. Mais L’Avenir en commun[20] est un programme de transition. Il ne propose pas l’abolition de la propriété privée, mais il rompt nettement avec la société du néolibéralisme. La suite n’est pas écrite. Mais, clairement, il ouvre la possibilité d’une société économique qui repose davantage sur la propriété collective que sur la propriété privée, sur la planification que sur le marché, et qui part des besoins plutôt que de l’offre.

 

 

- Ballast : L’économiste Frédéric Lordon[34] s’est fendu d’un travail d’anticipation. Il imagine La France insoumise au pouvoir et prédit : vous ne tiendrez pas deux semaines face à l’Union européenne et à la finance. « Ce sera une tempête spéculative dont on ne peut pas imaginer la force. […] Ce sera 1983[35] fois cinq cents. » Il ne voit donc que deux éventualités : vous « affaler » comme Tsípras[36] ou « la guerre à outrance » contre le capital. Qu’en dites-vous ?

Jean-Luc Mélenchon : Je vais vous citer une phrase de Trotsky reprise par Chávez[37] : « La révolution avance sous le fouet de la contre-révolution. » Je suis en position de force. Si nous ne payons pas, la vie continuera. Nous continuerons à nous lever le matin, à emmener les enfants à l’école et à accomplir toutes les sorties et les activités de la vie sociale, quelle que soit la monnaie qui circule. En face, par contre, ils prennent un risque. Car eux n’auront plus rien si nous refusons de payer. Donc s’ils sont raisonnables, je le serai. Mais je ne cèderai pas. Tsípras n’a même pas essayé de résister. En Argentine, Kirchner[38] n’avait pas cédé, et pourtant ce n’était pas un bolchevik ! Puis Macri[39] a accepté qu’on lui fasse les poches. Je ne nous laisserai pas dépouiller. Je résisterai, je serai légitime à le faire[40]. Et les gens le comprendront. Quels que soient l’agresseur et la forme de l’agression, il lui en cuira.

 

 

- Ballast : Vous n’êtes donc pas inquiet ?
Jean-Luc Mélenchon : Non.

 

 

- Ballast : Face à la progression fascisante que nous vivons actuellement et à la tentation factieuse qui existe au sein de la police et de l’armée, le député Ugo Bernalicis[41] a fait savoir que vous aviez « bien conscience de la situation ». Vivons-nous une période de bascule ?
Jean-Luc Mélenchon : Il y a une bataille. Les plus dynamiques l’emporteront. Mais si nous en sommes là, c’est parce que l’ancienne gauche a explosé en vol. Le réformisme a tenu jusqu’à Lionel Jospin, puis ça a été fini. Le PS a cessé d’assumer la conflictualité sociale. Je m’en souviens puisque j’y étais. On nous vendait une stratégie centriste à la Clinton. Puis les sociaux-démocrates ont répété partout vouloir « faire barrage » à l’extrême droite. Mais ça n’a jamais fait une ligne politique ! Ça tient une demi-élection, et aujourd’hui plus personne ne croit à ça. Tout le monde se moque des congrès de castors.

 

Les sociaux-démocrates n’ont rien fait de la majorité qu’ils ont obtenue, un temps, en Europe : ils ont fait la concurrence libre et non faussée ! Ils ont applaudi des deux mains aux traités. Notre camp n’avait plus de tête : comment s’étonner que d’autres occupent la place puisque la gauche avait abandonné le combat ? Cette bataille entre « eux » et « nous » n’est pas nouvelle : les communistes et les nazis aussi s’arrachaient les suffrages et le leadership ouvrier.

 

  • Partout la gauche a coulé. Mais en France, les Insoumis ont relevé notre camp. Nous sommes aujourd’hui dos au mur, et ce dans toute l’Europe. Oui, il y a bascule. C’est maintenant que ça se joue.

 

 

Notes :

[0" Ceux qui font des révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau ! "...

[1Il n'adhère pas au PCF en raison du refus de celui-ci de condamner l'invasion de la Tchécoslovaquie

[2] « La Révolution est glacée ; tous les principes sont affaiblis ; il ne reste que des bonnets rouges portés par l’intrigue. L’exercice de la terreur a blasé le crime, comme les liqueurs fortes blasent le palais », lit-on ainsi dans les notes de Saint-Just, en 1794, après l’exécution des révolutionnaires « exagérés » (hébertistes) et « indulgents (dantonistes).

[3] Sans-culottes

[4] L'ère du peuple, par Jean-Luc Mélenchon

[5] Manifestations de 2019-2021 au Chili

[6] Observation et description des phénomènes et de leurs modes d’apparition, considéré indépendamment de tout jugement de valeur.

[7] Bataille de Valmy

[8] Trotsky distingue trois aspects de la « révolution permanente » : le premier (opposé à l’étapisme) est la permanence du processus révolutionnaire ou la « transcroissance » de la révolution démocratique en révolution socialiste, pour les pays dits « arriérés ». Le deuxième (opposé à l’étatisme bureaucratique) est la permanence de la révolution socialiste elle-même. Le troisième (opposé au socialisme dans un seul pays) renvoie à la nécessaire extension (sous peine de dégénérescence) de la révolution à l’échelle internationale en raison du caractère mondial de l’économie.

[9Antonio Gramsci

[10] L’écrivain antillais Édouard Glissant la définissait ainsi, en 2005 : « La créolisation, c’est un métissage d’arts, ou de langages qui produit de l’inattendu. C’est une façon de se transformer de façon continue sans se perdre. C’est un espace où la dispersion permet de se rassembler, où les chocs de culture, la disharmonie, le désordre, l’interférence deviennent créateurs. C’est la création d’une culture ouverte et inextricable, qui bouscule l’uniformisation par les grandes centrales médiatiques et artistiques. »

[11La guerre civile en France Association Internationale des Travailleurs

[12] Congrès panrusse des Soviets

[13] Cosaquerie

[14] L’abécédaire de Rosa Luxemburg

[15] Trotsky et le substitutisme

[16] Congrès de Tours

[17] Léon Blum | Discours au Congrès de Tours

[18] Étienne Marcel

[19] Révolution permanente

[20] L'Avenir en commun

[21] Manifestations de 2019-2021 au Liban

[22] Action populaire

[23] article 74 de la Constitution

[24] L’abécédaire du sous-commandant Marcos

[25] Amérique latine : les gauches dans l’impasse ?

[26] 25 ans plus tard : le zapatisme poursuit sa lutte

[27] Parti des travailleurs (Brésil)

[28] Mouvement de la gauche révolutionnaire (Chili)

[29] L'Avenir En Commun un programme écosocialiste ?

[30] Pacte de Varsovie

[31] Pablo Servigne

[32] Paul Ariès

[33] Référendum d'initiative citoyenne

[34] Frédéric Lordon : « La multitude mobilisée en masse est l’unique solution »

[35] 1983 le Tournant de la rigueur

[36] Aléxis Tsípras

[37] Comandante Chávez: A toda Revolución, le hace falta el látigo de la contrarrevolución 'Chaque révolution a besoin du fouet de la contre-révolution)

[38] Néstor Kirchner

[39] Mauricio Macri

[40] NOTRE STRATÉGIE EN EUROPE Appliquer notre programme quoi qu’il en coûte

[41]