Entre grandes conquêtes sociales et difficultés face aux puissances d'argent : que retenir de l'expérience de la gauche au pouvoir entre 1936 et 1938 ? Comment peut-elle éclairer la gauche de rupture aujourd'hui ?
Avec son ouvrage " La Bourse ou la vie. Le Front populaire, histoire pour aujourd’hui ", Ludivine Bantigny propose une relecture de la période du Front populaire en France de sa formation à sa fin en passant par sa victoire électorale, de 1934 à 1938, en mettant en lumière les débats stratégiques qui traversent le mouvement, la force des mobilisations sociales qui le portent et la politisation populaire importante qu’il suscite. Loin d’une vision mythifiée, elle rend pleinement compte des grandes avancées acquises et de l’espoir qu’il soulève dans le pays, mais également de ses échecs et ses limites. Elle interroge également le récit traditionnel du Front populaire, longtemps centré sur les seuls hommes qui en ont incarné la direction, pour restituer une histoire plus populaire et féminine du mouvement, trop souvent mise de côté dans l’historiographie.
Pour rendre compte de cet enchevêtrement d’événements et des contradictions qui traversent le Front populaire, l’autrice s’appuie notamment sur un travail minutieux d’analyse d’archives : nationales, locales, rapports des ministères, des sous-préfets, courriers des maires, cahiers de revendications, tracts, presse, comités de grève ou encore dossiers judiciaires. Cette longue enquête lui permet de cerner l’opposition, annoncée par le titre, entre la Bourse et la vie : d’un côté, un bras de fer impitoyable avec les puissances financières ; de l’autre, l’aspiration à une existence digne, par la conquête du temps de vie hors du travail. C’est dans cette tension que réside le nœud de l’expérience du Front Populaire, ses espoirs, ses difficultés, et les leçons qu’elle peut nous offrir 90 ans plus tard. Avec une question qui demeure inchangée : « Comment traduire, par des actes concrets, l’espoir en une humanité émancipée ? ».
La menace brune crée les conditions de formation d’un front antifasciste, malgré les désaccords stratégiques
🔴 La menace fasciste
▶️Dans un premier temps, Ludivine Bantigny revient sur le contexte, français et international, qui mène à la formation du Front populaire. Le fascisme s’est déjà installé en Italie depuis plus d’une décennie lorsque les nazis prennent à leur tour le pouvoir en Allemagne en 1933 ; partout, c’est « la mort ». Celles « des libertés, des syndicats et des partis, [et] de la démocratie ». La gauche française prend très au sérieux cette menace. Les conditions de l’unité se nouent alors par nécessité, face à la progression du fascisme et à la prise de conscience d’un péril brun qui s’impose déjà dans les nations voisines.
La montée du fascisme s’explique pour Bantigny par des raisons à la fois économiques et politiques.
Daniel Guérin, alors jeune écrivain et militant socialiste, de retour d’un voyage en Allemagne nazie, y voit un phénomène rationnel, agissant de pair avec le capitalisme : «le fascisme est rationnel, il sert à sauver le profit».
La philosophe Simone Weil propose à l’époque une analyse convergente : loin d’une folie insensée, le fascisme prolonge, par les moyens les plus violents, un mode de production capitaliste empêtré dans une crise profonde, avec une production abondante qui ne trouve plus de débouchés et une prolétarisation massive de pans entiers de la société.
Cette crise est aussi morale et politique : culte du chef, nationalisme exacerbé, antisémitisme, répression tous azimuts de la classe ouvrière, suppression des droits des femmes au nom d’une conception réactionnaire de la maternité.
▶️Dans ce contexte, deux stratégies se disputent à gauche pour faire face au péril fasciste
D’une part le « front unique » – alliances des organisations révolutionnaires, prolétariennes –, option soutenue par le Parti et l’Internationale communiste, la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté et des organisations d’artistes et intellectuels.
D’autre part le « front populaire », une union plus large entre communistes, socialistes et même « radicaux » (centre-gauche), symbole d’une alliance inter-classes avec la petite-bourgeoisie. Les dissensions entre partis sont fortes à l’époque :
entre socialistes et communistes, sur la nature même de la société alternative à bâtir ;
et avec les radicaux, perçus comme les « piliers d’un système compromis avec les forces de l’argent ».
La République elle-même suscite la méfiance de certains socialistes, communistes et anarchistes, qui gardent en mémoire la Commune de Paris et la répression qui s’était alors abattue sur le mouvement ouvrier.
▶️Le Parti communiste, depuis 1928, suit une ligne « classe contre classe[1] », refusant tout compromis parlementaire et dénonçant une Troisième République qu’il juge responsable à la fois de la répression de la classe ouvrière et de l’entreprise coloniale. Malgré ces tensions, des initiatives unitaires « par le bas » voient le jour, nourries par le rejet d’un danger d’extrême droite qui se précise au début de l’année 1934. L’affaire Stavisky[2], qui dynamise l’antisémitisme et l’antiparlementarisme, provoque le limogeage du préfet de police Jean Chiappe, jusque-là complaisant envers les manifestations d’extrême droite. La presse, accaparée par quelques milliardaires, appelle alors à manifester pour protester. La crise fait tomber le gouvernement, et le 6 février 1934, des groupes de droite nationaliste tentent de prendre d’assaut l’Assemblée nationale. Un gouvernement de droite se forme sous l’égide de Gaston Doumergue, qui donne des gages aux ligues et mène une politique autoritaire et déflationniste sur le plan économique.
🔴De la riposte antifasciste au Front Populaire ▶️Ludivine Bantigny rapporte comment une formidable riposte s’organise alors : un Centre de liaison des forces antifascistes est fondé, la CGT lance un appel à la grève générale pour le 12 février 1934, et écrivains, artistes et intellectuels rejoignent le mouvement pour analyser le fascisme et alerter sur les dérives du gouvernement. C’est un grand succès, avec des centaines de milliers de personnes mobilisées partout en France, dans les villes et les campagnes. Et ce, malgré une répression féroce, les attaques de la presse d’extrême droite et la méfiance entre les états-majors des partis.
Si les cortèges sont d’abord séparés, CGT et SFIO d’un côté, CGTU[3] et PC de l’autre, ils finissent par converger, même si les dirigeants du PC rejettent encore l’unité « en haut » et que les socialistes se méfient du « noyautage communiste ».
Des militantes féministes soutiennent le mouvement, avec la création du Comité mondial des femmes contre le fascisme et la guerre[4], malgré le manque de reconnaissance dont elles font l’objet dans la société : la lutte antifasciste s’inscrit ici dans une revendication plus large, l’égalité et la conquête des droits au travail et au suffrage.
En mars se constitue également un Comité de vigilance des intellectuels antifascistes[5], qui rassemble en quelques semaines plus de 2000 membres. Des milliers d’initiatives locales de ce type émergent partout en France : dans la Nièvre seule, une trentaine de comités antifascistes voit le jour.
▶️La ligne du Parti communiste évolue vers le rapprochement avec les socialistes, face aux menaces sur l’URSS et au changement de ligne du Komintern[6]. Il est ainsi proposé l’organisation de manifestations et de meetings en commun pendant l’été, jusqu’au serment solennel du 14 juillet 1935 : celui de rester unis pour désarmer les ligues factieuses, défendre et développer les libertés démocratiques, assurer la paix pour l’humanité. À l’occasion de sa proclamation, Maurice Thorez (PCF), Léon Blum (SFIO) et Édouard Daladier (parti radical) lèvent ensemble le poing en guise de réconciliation.
▶️C’est dans ce contexte que s’élabore une première plateforme d’action commune entre le Parti socialiste et le Parti communiste, qui, malgré leurs désaccords, se rejoignent dans la critique du capitalisme, dénoncée comme une « oligarchie de banquiers et d’industriels [tenant] entre ses mains l’électricité, les transports, la finance, la presse » qui « préfère détruire les richesses que de les partager ». La plateforme s’articule autour de la relance de l’économie et d’« une réponse offensive » à la crise, malgré des incompréhensions entre partenaires : les socialistes aimeraient aller plus loin via des nationalisations de secteurs clés tandis que les communistes souhaitent ménager les radicaux, afin d’agréger les classes moyennes au mouvement. Ces derniers se déchirent entre les partisans d’une alliance prudente avec Léon Blum, portée par Daladier, et ceux qui rejettent le Front populaire, autour d’Édouard Herriot.
▶️Un terrain d’entente entre ces trois forces (PCF - SFIO - parti radical) est finalement trouvé autour d’un « cahier commun des revendications » pour les élections du mois de mai 1936, comprenant la restauration du pouvoir d’achat et la relance de la consommation populaire, la réforme du crédit en opposition au grand capital financier, la justice fiscale avec la création d’une carte d’identité fiscale, la dissolution des ligues, la rupture avec la logique du réarmement sans fin, mais, à noter, aucune mesure féministe – les radicaux y étant fermement opposés.
La victoire du Front Populaire : grandes conquêtes, mouvement social et contre-offensive patronale
🔴Après la victoire ▶️La campagne se conduit dans un climat de violence exacerbée de la part de l’extrême droite, avec des bagarres de rue, des campagnes de dénigrement des « juifs », « métèques » et « marxistes », des appels au meurtres. Tout cela culmine le 13 février 1936 avec l’agression du chef de file du Front Populaire Léon Blum. De l’autre côté de la barricade, l’unité des deux plus grandes forces syndicales, la CGTU et la CGT, après quinze ans de division vient renforcer la dynamique populaire. Le 3 mai 1936, le Front populaire remporte les élections législatives avec une majorité absolue – et donne l’avantage aux socialistes (149 contre 131 aux dernières élections) et aux communistes (72 contre 11) qui gagnent en voix tandis que le parti radical en perd (115 contre 157)[7].
▶️Le texte instaurant les congés payés est promulgué dès le 26 juin 1936[8]. Il permet à « tout ouvrier, employé ou apprenti occupé dans une profession industrielle, commerciale ou libérale, ou dans une société coopérative, ainsi que tout compagnon ou apprenti d’un atelier artisanal, [d’avoir] droit, après un an de services continus dans l’établissement, à un congé annuel payé continu de quinze jours dont douze jours ouvrables au moins », avec une réduction à une semaine pour une personne embauchée depuis au moins six mois. Cette mesure rencontre de nombreuses difficultés et résistances dans son application :
certains salariés ne peuvent pas en bénéficier au regard de la loi ;
le patronat redouble d’ingéniosité répressive pour la contourner et surveiller les grèves visant à obtenir l’extension, voire la simple application, de la loi.
Mais l’auteure met en lumière la rupture immense qu’a constitué cette loi.Désormais, des millions de travailleurs et travailleuses peuvent, « le temps d’un été, découvrir la montagne, contempler la mer ou simplement se rendre à la campagne, respirer ailleurs que dans l’usine, emporter dans sa poche le salaire du repos ».
▶️Dans le même mouvement, la loi sur les 40 heures est adoptée[10], permettant la réduction de la durée hebdomadaire du travail sans diminution de salaire. Là aussi, non sans de nombreuses difficultés : le patronat, notamment la puissante Confédération générale du patronat français, agite le spectre de la catastrophe et obtient :
la multiplication des dérogations pour situations particulières ;
l’application graduelle en fonction des secteurs,
refuse de répondre aux revendications des salariés de répartir les 40 heures sur cinq journées de 8 heures, alors même que les gains de productivité augmentent déjà.
▶️Enfin la loi sur les conventions collectives installe les délégués du personnel[9] C’est « l’irruption du monde ouvrier dans la sphère du droit et la reconnaissance du travail comme force sociale ». Le rapport entre chefs d’entreprise et salariés s’incarne désormais dans un cadre juridique de protection et de négociation formelle. Les conventions collectives s’appliquent à l’ensemble de la branche professionnelle, réduisant de facto le pouvoir arbitraire du patron, ce qui en fait, selon Blum, «l’acte le plus important qui ait été adopté dans la législation sociale de ce pays».
Aussi Ludivine Bantigny écrit :
« Accorder le droit à deux semaines de congé payé, c’est rompre le lien millénaire entre le travail et la subsistance. Ce n’est pas seulement améliorer le sort des classes populaires : c’est faire entrer la société dans une ère nouvelle, où l’être humain n’est plus défini seulement par son labeur, mais aussi par son loisir, la libre disposition de son temps. Le travail, jusque-là horizon unique de la vie populaire, découvre son envers : le repos, non plus comme oisiveté coupable, mais condition de dignité. »
▶️Cette conquête du temps libre s’accompagne d’une véritable politique de démocratisation culturelle, sous l’impulsion de Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale, et de Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État aux Sports et aux Loisirs.
Une culture de la jeunesse se développe, porteuse d’une ambition d’émancipation sociale par l’accès au sport, à la culture et au voyage.
À l’inverse des régimes fascistes, qui investissent eux aussi la question des loisirs mais à des fins d’encadrement totalitaire des masses, le Front populaire en fait un instrument d’insoumission, rendu accessible à tous par les billets populaires de congé annuel proposés par la SNCF.
👉 En parallèle de ces grandes lois de progrès social, les grèves se poursuivent afin d’exiger l’application plus étendue des nouveaux droits, ou simplement leur application effective.
Résister ou céder face à la pression ? Limites et leçons du Front populaire
🔴 « Nous gouvernerons en républicains. Nous assurerons l’ordre républicain. Nous appliquerons avec une tranquille fermeté les lois de défense républicaine. » – Léon Blum, 6 juin 1936
▶️Face aux grèves qui perdurent, le gouvernement serre la vis pour maintenir la « paix sociale » et l’ordre, nécessaire pour assurer à terme la paix en Europe selon Blum, dans un contexte d’embrasement guerrier. Roger Salengro, alors ministre de l’Intérieur, ordonne aux préfets de mettre fin aux grèves, et Léon Blum martèle qu’il ne dirige pas un « gouvernement d’anarchie ». Cette tentative de maintenir en équilibre entre progrès social et ordre républicain conduit à de nombreux égarements :
la saisie du journal trotskiste La Lutte ouvrière, l’interdiction du Libertaire, la surveillance du Parti communiste et du journal L’Humanité.
Dans les entreprises se met en place « l’arbitrage obligatoire » (loi de décembre 1936), qui impose des négociations en plusieurs étapes avant toute grève.
Une « atmosphère de collaboration » s’installe dans l’entreprise, sous la pression des radicaux, qui érigent la propriété privée en principe immuable.
▶️En parallèle, le gouvernement fait face à l’hostilité du corps policier, largement infiltré et phagocyté par la droite nationaliste qui réprime particulièrement durement les grévistes. En réponse, le Front populaire décide la dissolution des Croix-de-Feu, de la Solidarité française, des Jeunesses patriotes et du Parti franciste – dissolution que La Rocque (chef des Croix-de-Feux) contourne aussitôt en refondant son mouvement sous le nom de Parti social français.
🔴Au global, l’expérience du Front populaire est structurée par une tension irréductible : comment répondre aux aspirations immenses de justice et de transformation sociale portées par les classes populaires, tout en préservant l’équilibre économique, institutionnel dans un contexte de crise multiforme ? C’est à la lumière de cette situation complexe qu’il faut lire certaines des difficultés, ou renoncements, du Front Populaire.
▶️Sur le plan financier, le gouvernement se trouve pris dans une tension entre rupture avec le capitalisme et crainte de l’effondrement économique.
Vincent Auriol, ministre des Finances, tente de restaurer la confiance des marchés face à l’épuisement de la trésorerie nationale, tout en refusant dans un premier temps toute dévaluation, perçue comme une capitulation devant la Bourse.
Mais la fuite des capitaux s’intensifie, rendant la position intenable.
L’inflation et le chômage explosent, attisant la colère du peuple étranglé, sans que des mesures phares ne soient introduites : par exemple, la carte d’identité fiscale – un projet de dispositif visant à lutter contre la fraude fiscale des plus riches – ne rentrera jamais en vigueur.
Le gouvernement finit par décider d’une dévaluation du franc en septembre 1936 et annonce une pause dans les réformes en février 1937. Ce recul, contraint par les mécanismes du marché mondial et la puissance structurelle du capital, illustre une nouvelle fois le bras de fer permanent que le gouvernement du Front populaire finira par perdre, faute, notamment, d’une décision de contrôle des changes qui aurait pu permettre d’affronter réellement les puissances d’argents en lutte pour leurs profits. Une situation qui le forcera aussi à recourir à l’austérité budgétaire dont les premières victimes sont les plus démunis. Difficile d’envisager une issue progressiste à l’affrontement économique sans rapport de force conséquent et assumé avec la finance et ses spéculateurs.
▶️Sur la solidarité internationale, le Front populaire se montre en retrait Face au coup d’État franquiste de juillet 1936 contre la République espagnole, Léon Blum, après avoir d’abord envisagé une aide militaire, se résout à une politique de non-intervention, sous la pression du gouvernement britannique et d’une partie de ses propres soutiens radicaux, soucieux d’éviter l’embrasement européen. Cette position suscite de vives critiques à gauche, notamment du Parti communiste, et nourrit un sentiment de trahison chez une partie des militants antifascistes qui avaient vu dans la victoire de 1936 la promesse d’une solidarité ouvrière au-delà les frontières.
▶️La question féministe constitue un angle mort important de la politique du Front populaire. Si la cause suffragiste est inscrite au programme de la SFIO depuis 1906, elle ne trouve jamais de débouché politique concret. L’avancée du Front populaire en la matière est symbolique mais insuffisante : l’entrée de trois femmes au gouvernement dans trois sous-secrétariats d’État – Cécile Brunschvicg, radicale, à l’Éducation nationale ; Suzanne Lacore, socialiste, à la Protection de l’enfance ; Irène Joliot-Curie, proche du Parti communiste, à la Recherche scientifique. Mais leur présence demeure souvent invisibilisée, y compris dans les courriers officiels. Cette percée symbolique ne débouche pas sur le droit de vote des femmes, malgré son adoption par la Chambre des députés et des campagnes suffragistes particulièrement impressionnantes, marquées notamment par l’occupation de terrains et des manifestations de rue. La loi de 1938 supprime l’incapacité civile de l’épouse, mais maintient le statut sexiste de « chef de famille » au mari.
▶️Sur la question coloniale, les progrès sociaux constatés en métropole n’ont eu aucune répercussion sur les droits des peuples colonisés qui demeurent exclus de la citoyenneté. L’empire colonial français, est demeuré intact. Face à l’espérance de justice soulevée par l’accession du Front populaire au pouvoir, les organisations autochtones réclament l’extension des conquêtes sociales aux territoires colonisés. Pourtant, parmi les figures du Front populaire, prévaut une conception selon laquelle la colonisation demeurerait une étape de progrès ; les congrès socialistes eux-mêmes adhèrent à l’idée d’une colonisation « moralisée » et les communistes vont tempérer leur doctrine en la matière.
Le programme du Front populaire ne compte qu’une seule mesure pour les colonies : la création d’une commission parlementaire d’enquête sur le sujet.
Les trois grandes lois sociales ne sont effectivement appliquées que dans cinq colonies, avec de multiples adaptations locales restrictives.
La répression continue de s’abattre violemment : à Pondichéry, des grévistes qui réclament l’application du Code du travail métropolitain sont évacués par la force, avec plusieurs morts.
Les rares mesures proposées restent modestes : le projet Blum-Violette, qui prévoit l’intégration de certains « indigènes évolués » d’Algérie au sein d’un collège électoral restreint se heurte à un accueil hostile tant des colons, farouchement opposés à toute extension des droits politiques, que d’une partie des mouvements nationalistes algériens, qui jugent la mesure dérisoire au regard de leurs revendications.
Léon Blum.
🔴En juin 1937, dans un contexte de crise économique et d’intensification de la pression politique de la droite et du monde de la finance, le Sénat refuse à Blum les pleins pouvoirs temporaires qui lui auraient permis, espère-t-il, de redresser la situation financière. Blum est contraint de démissionner.
▶️ Camille Chautemps (parti radical) lui succède, engageant une nette bifurcation vers l’orthodoxie budgétaire.
Un second et bref gouvernement Blum, au printemps 1938, se heurte au même obstacle : le rapport de force institutionnel a définitivement basculé en défaveur du peuple.
C’est Daladier qui prend la tête du gouvernement en avril 1938, marquant la fin de facto de l’orientation du Front populaire.
Son ministre des Finances Paul Reynaud impose à l’automne une série de décrets-lois revenant sur les acquis sociaux, notamment sur la durée du travail, exactement ce que les puissances d’argent réclamaient depuis 1936.
La grève générale du 30 novembre 1938, appelée pour s’y opposer, échoue largement : la répression qui a suivi les occupations d’usines par les licenciements massifs de militants finit d’épuiser un mouvement qui se bat depuis deux ans.
Les attaques antisémites contre Blum redoublent d’une virulence terrible.
Daladier signe les accords de Munich en septembre 1938, validant l’annexion des Sudètes par les nazis au nom d’une paix temporaire.
Deux ans plus tard, la France capitule face au Reich, après avoir accordé les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain, la quasi-totalité de la gauche vote contre, le Parti communiste ayant été interdit.
La boucle se referme : c’est la logique même que le Front populaire avait voulu empêcher qui finit par l’emporter.
▶️ Ludivine Bantigny pose en conclusion une question fondamentale : fallait-il s’appuyer davantage sur l’intensité de la mobilisation ouvrière, plutôt que de chercher à l’encadrer vers la négociation au nom de la stabilité
Le Front populaire a permis des conquêtes réelles et durables. Mais il n’a jamais réussi à vaincre totalement les puissances d’argent : faute de contrôle des capitaux, faute d’une politique de rupture assumée avec les marchés financiers, faute d’avoir maintenu le rapport de force que le mouvement ouvrier avait lui-même construit dans les usines occupées face au patronat, par crainte de l’abîme, de l’effondrement, d’une révolution qu’on ne contrôlerait pas.
Alors que l’on célèbre cette année les 90 ans du Front populaire, l’ouvrage de Bantigny offre à la gauche de rupture d’aujourd’hui une analyse lucide de ce moment charnière, pétri d’autant d’espoirs que de contradictions.
Les mécanismes de pression des marchés financiers, la résistance structurelle du patronat, les coalitions gouvernementales hétérogènes dont une partie tempère les ambitions transformatrices, la tentation de l’ordre contre le mouvement social, le péril de l’extrême-droite et la tentation mortelle du réarmement : tout cela reste d’une actualité forte.
Toute conquête du pouvoir par une gauche de rupture suppose d’avoir pensé à l’avance et stratégiquement les instruments qui permettront de tenir face aux puissances réactionnaires : contrôle des capitaux, rupture avec l’orthodoxie budgétaire, reprise en main ambitieuse de l’appareil productif et des leviers financiers, appui maintenu sur la mobilisation populaire plutôt que tentative de la contenir, etc.
C’est à cette condition, rappelle Bantigny, que les grandes avancées sociales pourront non seulement être conquises, mais défendues sur le temps long et permettre de construire un avenir en commun.
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Informations sur l’auteur :
Ludivine Bantigny est historienne, enseignante et chercheuse, membre du laboratoire d'histoire de l'université Rouen-Normandie. Elle travaille sur l'histoire des mouvements sociaux et des engagements politiques. Parmi ses publications figurent : La Bourse ou la vie (Le Front populaire, histoire pour aujourd'hui) ; 1968, de grands soirs en petits matins (Seuil, 2018, rééd. 2020) ; La France à l'heure du monde, de 1981 à nos jours (Seuil, 2013, rééd. 2019) ; Révolution (Anamosa, 2019) ; L'Œuvre du temps. Mémoire, histoire, engagement (Éditions de la Sorbonne, 2019) ; La Commune au présent (La Découverte, 2021) et L'Ensauvagement du capital (Seuil, 2022).
[1] La stratégie « classe contre classe », défendue par le PCF entre 1928 et 1934, consiste à refuser toute alliance avec les socialistes, considérés comme des soutiens de l’ordre capitaliste, afin de privilégier l’affrontement politique direct entre la classe ouvrière et la bourgeoisie.
[2] L’affaire Stavisky est un scandale politico-financier éclatant à la fin de l’année 1933 autour d’Alexandre Stavisky, escroc bénéficiant de complicités au sein de l’appareil d’État et de certains milieux politiques. La découverte de la fraude puis la mort suspecte de Stavisky en janvier 1934 alimentent les accusations de corruption visant la République parlementaire et contribuent à la crise politique qui débouche sur les manifestations d’extrême droite du 6 février 1934.
[3] L’acronyme CGTU signifie « CGT Unitaire »,. c’est une scission de la CGT datant de 1920 et conséquence de la séparation d’alors du mouvement socialiste, entre communistes et socialistes.
[6] En 1935, face à la montée du fascisme en Europe, la Troisième Internationale (1919-1943), aussi appelée Komintern, abandonne la stratégie de lutte contre les autres partis de gauche pour privilégier l’unité antifasciste et impose aux partis communistes de s’allier avec les socialistes mais aussi les radicaux.
Les jours fériés, le fruit d'une lutte de classes[9]...
Il faut renouer avec le progrès humain historique que constitue la réduction du temps de travail.
Après avoir volé deux ans de vie aux Français en repoussant la retraite à 64 ans[0], les macronistes s’attaquent désormais au 1er mai avec une proposition de loi visant à autoriser le travail dans certains secteurs[1] en ce jour symbolique, rendu férié par la mobilisation historique du mouvement ouvrier. Ce n’est pas la première fois : à l’été 2025, le gouvernement Bayrou avait annoncé vouloir supprimer 2 jours fériés pour faire des économies, avant d’être renversé.
L’obsession des macronistes pour supprimer des jours fériés n’est pas anecdotique : elle s’inscrit dans un combat plus large que mènent les classes dominantes pour réduire toujours plus le temps libre des travailleurs. Défendre les jours fériés, et en instaurer de nouveaux, c’est lutter pour une autre vision globale de la société : une société qui valorise le temps libéré et le collectif, plutôt que l’accumulation du capital. C’est donc un enjeu central pour la lutte des classes d’aujourd’hui.
Sources :Institut La Boétie | mis à jour le 27/06/2026
L’histoire des jours fériés : une lutte des travailleurs face aux classes dominantes L’instauration des jours fériés a toujours été politique
▶️Les premiers jours fériés inscrits dans la loi – il y a des jours chômés sous d’autres formes pendant l’ancien régime – apparaissent avec l’instauration de la République pour souder la nation autour de moments importants, comme la proclamation de la IIe République le 24 février après l’abdication du roi Louis-Philippe 1er.
Mais c’est sous la IIIe République que naissent la plupart des jours fériés que l’on connaît aujourd’hui : 14 juillet, Pâques, Pentecôte, etc. Déjà, la résistance patronale est immense, notamment dans l’industrie : beaucoup d’employeurs refusent d’octroyer ces jours fériés à leurs employés.
C’est seulement la mobilisation des syndicats et des associations qui permettra aux salariés de bénéficier effectivement de leurs droits.
▶️Le 8 Mai est aussi le fruit d’un conflit politique. Il n’est pas rendu férié directement après la guerre, car l’État ne souhaite pas reconnaître la spécificité de la victoire du 8 mai 1945 contre le nazisme, trop marquée par la résistance antifasciste et communiste.Il est reconnu férié seulement 8 ans après, en 1953, grâce aux mobilisations communistes et gaullistes.
Dans les années qui suivent, le 8 Mai férié est régulièrement supprimé puis rétabli, pour des raisons politiques et économiques. Par exemple : en 1959 De Gaulle décale la commémoration nationale au deuxième dimanche de mai[2], avec le même argument qu’aujourd’hui (en 2025, François Bayrou souhaite supprimer le 8-Mai férié pour augmenter la productivité de la France[3]) : trop de ponts et de jours fériés tueraient la productivité nationale.
🔴 Le 1er mai en particulier : une conquête sociale historique de la lutte ouvrière
▶️En s’attaquant au Premier mai, le Gouvernement s’attaque au jour férié le plus symbolique pour le camp des travailleurs.
À la fin du 19e siècle, le 1er mai devient une journée de mobilisation internationale pour la baisse du temps de travail, avec le mot d’ordre « 8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de loisirs », symbolisé par le triangle rouge aujourd’hui porté par les insoumis.
Dès 1889, la IIe Internationale socialiste, réunie à Paris, exige de proclamer ce jour férié. Certains militants mobilisés le 1er Mai y ont perdu la vie : c’est le cas de la militante ouvrière du coton Maria Blondeau, tuée le 1er Mai 1891 par des tirs de gendarmes à Fourmies, dans le Nord[4].
▶️ Les mairies communistes et socialistes répondent à l’appel de l’Internationale en mettant en place le 1er mai férié dans leurs propres services municipaux et vont défendre sa généralisation à l’ensemble du pays, en demandant pour la première fois un vote à la Chambre des députés. Le 1er mai est déclaré jour chômé le 23 avril 1919 en même temps qu'est ratifiée la journée de 8 heures[6].
▶️Pendant la Seconde guerre mondiale, le régime de Vichy vide de sa substance le 1er Mai en le transformant en « Jour du Travail » pour servir son agenda réactionnaire « Travail, Famille, Patrie ». À la Libération, c’est le Conseil national de la résistance qui inscrit le Premier Mai dans le marbre. En 1947 il devient officiellement férié. C’est donc à un droit conquis il y a près de 80 ans que les macronistes osent s’attaquer par 49.3 aujourd’hui.
S’attaquer aux jours fériés : la face émergée de l’iceberg des attaques contre le travail
Jusqu'à 10 heures d'écart entre les Européens
L’argument des libéraux pour nous faire travailler plus est faux
▶️ Les Français ne travaillent pas moins que leurs voisins, y compris du point de vue des jours fériés :
Avec 11 jours fériés par an, la France se situe en dessous de la moyenne européenne (12). À l’inverse Chypre (15), de l’Espagne, Malte, la Slovaquie (13), la Finlande, l’Autriche, le Portugal (13) ;
En additionnant jours fériés et congés payés, la France comptabilise 36 jours, contre 44 pour l’Espagne et Malte, 38 pour l’Autriche ou 37 pour le Luxembourg ;
Le temps de travail des Français n’est pas plus faible qu’en Europe : un salarié français travaille 1491 heures par an en moyenne. C’est plus que : les Allemands, les Danois, les Norvégiens, les Suédois, les Autrichiens, les Islandais, les Hollandais ou encore les Luxembourgeois[5] !
Un salarié français travaille en moyenne 37 heures par semaine. Mais cela cache des inégalités : 1 salarié sur 5 travaille plus de 48 heures par semaine. Pour ces travailleurs, supprimer un jour férié équivaut à supprimer l’une de leurs dernières bouées de sauvetage.
🔴 Nous sommes face à une offensive générale contre le monde du travail
▶️ La proposition de loi visant à autoriser le travail le 1er mai est un cheval de Troyes pour détricoter l’ensemble des conquis sociaux des travailleurs[1]. Le Gouvernement promet que le travail le 1er mai s’effectuera sur la base du volontariat des travailleurs. C’est faux :
on sait bien que le rapport hiérarchique au sein de l’entreprise conduira les travailleurs concernés à se plier à la volonté de leur patron.
Le but poursuivi est de généraliser le travail le 1er mai, de la même façon que la possibilité de travailler le dimanche introduit en 2015 sur la base du volontariat s’est finalement imposée comme une obligation pour beaucoup.
▶️ Les macronistes s’attaquent aux jours fériés comme ils s’attaquent au reste des droits des travailleurs : ordonnances Travail en 2016, réformes de l’assurance chômage, réforme des retraites, etc.En faisant cela, ils poursuivent un objectif cohérent : repousser toujours plus les limites de l’exploitation des travailleurs pour baisser la rémunération du travail et augmenter celle du capital.
Par exemple la proposition de suppression de deux jours fériés du gouvernement Bayrou, en nous faisant travailler 2 jours de plus sans hausse de salaire, nous aurait fait perdre environ 1% de rémunération annuelle.
Le temps libéré : ferment d’une société de l’intérêt général
Les bienfaits du temps libéré
▶️ Les jours fériés constituent pour les travailleurs un îlot de temps libéré de la sphère marchande, qu’ils peuvent consacrer à d’autres types d’activités :
Le repos et le travail pour soi : bricolage, réparation, jardinage...
Le temps collectif, les loisirs partagés : quand un jour est férié, le temps moyen passé entre amis augmente de 20 minutes en moyenne. Les jours fériés renforcent les liens sociaux et la solidarité : rendre visite aux personnes âgées, donner du temps à une association, etc. Ils favorisent l’organisation sociale, culturelle et même politique.
▶️ Le conflit sur les jours fériés reflètent deux visions opposées de la société : une société dictée par l’impératif marchand, la recherche de rentabilité, l’équilibre budgétaire... opposée à une société du temps libéré, de la solidarité, de l’épanouissement et de l’émancipation collective. Être révolutionnaire, c’est assumer que la joie et le bonheur sont des objectifs en tant que tels.
🔴 Relancer la réduction du temps de travail
▶️ Le temps de travail des salariés français n’a pas diminué depuis 2022. La dernière semaine de congés payés obtenue remonte à 40 ans, sous Mitterrand.Il faut renouer avec le progrès humain historique que constitue la réduction du temps de travail.
▶️ Pour reconquérir le temps volé par les dominants, le mouvement insoumis propose de[8] :
Rétablir les 35 heures réelles ;
Passer aux 32 heures dans les métiers pénibles et favoriser leur généralisation par la négociation collective ;
Généraliser une 6e semaine de congés payés pour tous ;
Rétablir la retraite à 60 ans avec 40 annuités ;
Instaurer de nouveaux jours fériés pour symboliser les conquêtes sociales de notre peuple et les grands moments de son histoire : par exemple le 4 février pour commémorer l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises[7]...
Le retour en force de la question de la vie chère dans les luttes populaires montrent qu’une des principales contradiction actuelle du capitalisme réside dans la crise de la reproduction sociale.
Ce système d’exploitation a besoin pour fonctionner de reposer sur un système de reproduction sociale à faible coût.
Les luttes contre la vie chère sont souvent écartées de la mémoire du mouvement ouvrier ou de l’histoire révolutionnaire. Elles y ont pourtant joué un rôle central. Les étudier fait apparaître l’importance des rapports de reproduction sociale, c’est-à-dire dont la fonction est de reproduire les forces de travail et leur famille dans les luttes populaires et les processus révolutionnaires. Cela met aussi au premier plan des sujets individuels
Sources :Institut La Boétie |
Les révoltes frumentaires du 18e siècle dans les causes de la Révolution française
Le 18e siècle français est traversé de révolte dite « frumentaires[1] » c’est-à-dire liées à l’augmentation des prix du grain: en effet, lorsque la récolte baisse de 25% en France - un événement régulier du fait de la dépendance de faibles rendements aux conditions climatiques, les prix peuvent augmenter de 80%.
▶️Les révoltes frumentaires suffisamment importantes et étendues pour être signalées ont lieu en 1725, 1726, 1738, 1741, 1757, 1761, 1762, 1770, 1771 et 1775 pour ne parler que de celles qui précèdent le déclenchement de la Révolution française.
▶️Les moyens d’actions sont l’émeute, le blocage des routes pour empêcher les exportations de grains, mais aussi le pillage des stock pour organiser l’acheminement des grains sur les marchés à un prix imposé considéré comme juste.
▶️ Le grain étant la marchandise de subsistance la plus centrale du 18e siècle, on considère généralement que le Roi est moralement obligé de garantir, par son intervention si nécessaire, que le peuple puisse y accéder. Dès lors qu’il failli à ce « pacte » non dit, le peuple est légitime à intervenir lui-même.C’est ce que l’historien marxiste britannique E.P Thompson a appelé « l’économie morale populaire ».
Le Fermier brûlé ou la famille pauvre (1734-1817)
🔴 Le cas de la guerre des farines de 1775 est symptomatique[0]. Louis XVI nomme à son arrivée sur le trône le libéral Turgot comme ministre, et celui-ci entreprend des réformes pour libéraliser le marché du grain, c’est-à-dire démanteler les différentes possibilités du roi d’intervenir, comme les « polices des grains ». Combinées à de mauvaises récoltes, ces réformes déclencheront d’importantes révoltes appelées « guerre des farines » et qui auront raison de Turgot.
▶️On retrouve les codes et la logique propres aux révoltes frumentaires dans un événement de 1789 que beaucoup d’historiens considèrent comme plus important que le 14 juillet : la marche des femmes parisiennes sur Versailles du 5 octobre. Ces femmes des classes populaires parisiennes ramènent la monarchie au milieu du peuple de la capitale en allant chercher « le boulanger, la boulangère et le petit mitron », c’est-à-dire le roi, la reine et le dauphin.
La vague révolutionnaire européenne de 1917-1920
Le 23 février 1917, à Petrograd,
En février 1917, à Pétrograd en Russie éclate une révolution qui renverse en moins de 10 jours le Tsar et devient quelques mois plus tard la révolution bolchévique. L’insurrection qui démarre ces événements est menée par des femmes ouvrières de Pétrograd qui se soulèvent d’abord contre la vie chère (« le pain » est la première de leurs revendications)[2].
▶️ La révolution bolchévique et la fin de la Première guerre mondiale vont déclencher une vague d'événements révolutionnaires (mais aucune autre révolution réussie) dans de nombreux pays européens.
Partout la même conjonction de facteurs a fait explosé les prix :
investissements dirigés vers les industries d’armement plutôt que de consommation pendant des années ;
lenteur de la démobilisation des hommes qui donc tardent à regagner les usines d’où les femmes sont déjà licenciées et des stocks militaires ;
engorgement du système de transports dû au transport des hommes mobilisés qui rentrent peu à peu chez eux.
Usine occupée à Milan, septembre 1920
▶️L’un des pays les plus touchés par cette vague révolutionnaire est l’Italie avec le « Biennio rosso» (les deux années rouges)[3]. Or, dès le printemps 1919, avant les occupations d’usine, commencent des mobilisations spontanées contre des boutiques, des marchés contre la vie chère. Ces révoltes spontanées de femmes vont ensuite être pérennisées sous des formes plus organisées par les syndicats ou le parti socialiste avec le développement de coopératives de consommation.
🔴 Si en France il n’y a pas de révolution à ce moment-là, une ville retient l’attention de la toute nouvelle Internationale comme cas exemplaire : celui de la ville du Havre. En 1919, se met en place des formes de pouvoir populaire à partir de la question du contrôle des prix. D’abord des manifestations de femmes sur le marché pour contrôler et imposer des prix. Puis une organisation entre une coopérative syndicale de dockers qui gère l’approvisionnement de la ville, des brigades de « ménagères » qui inspectent les marchands et une commission des prix créée par l’Union des syndicats du Havre.
La vie chère dans les révolutions citoyennes : l’exemple des gilets jaunes
" Les jaunes " à La Rochelle
Le mouvement des gilets jaunes en France[4] (2018-2019) réactualise la figure des luttes contre la vie chère. Il partage beaucoup de caractéristiques en commun avec d’autres mouvements internationaux de ces dernières années : présence des femmes, blocage de l’économie par la circulation plutôt que par la production, interpellation dirigée vers l’État et le gouvernement plutôt que les pouvoirs économiques, montée en généralité vers des revendications constituantes. Il peut en ce sens être étudié en tant que cas paradigmatique. On peut penser aussi aux importants mouvements sociaux des outre mers françaises ces dernières années.
▶️ Les revendications des gilets jaunes se sont construites autour de l’accès à des biens essentiels.C’est d’abord l’essence qui reprend la place du pain dans les luttes du 18e et du 19e siècles comme produit de base dont on attend de l’État qu’il en garantisse l’accès par son intervention. Ainsi, le mouvement est déclenché par la volonté d’augmenter une taxe sur le carburant. Mais très vite la question des produits des bases s’étend à l’alimentation, à l’énergie de chauffage, ou à la santé.
▶️Derrière la question de l’essence, il y a bien, au sens marxiste basique celle de la reproduction de la force de travail. En effet, dans les conditions modernes de la production, avoir une force de travail disponible à exploiter chaque jour nécessite pour le capitalisme qu’elle puisse chaque jour se rendre sur son lieu de travail.Les coûts associés à l’automobile sont très littéralement des coûts pour reproduire sa force de travail.
" Les jaunes " à Limoux
Conclusion Le mouvement des gilets jaunes et le retour en force de la question de la vie chère dans les luttes populaires montrent qu’une des principales contradiction actuelle du capitalisme réside dans la crise de la reproduction sociale. Ce système d’exploitation a besoin pour fonctionner de reposer sur un système de reproduction sociale à faible coût.Ainsi, pendant la plus grande partie de son existence, le capitalisme pouvait exploiter le travail car une grande partie du coût de la reproduction sociale était pris en charge par le travail gratuit des femmes. Mais plusieurs tendances, qu’elles viennent des luttes ou des logiques internes du capitalisme, produisent une augmentation de ces coûts de reproduction.
D’abord, les luttes d’émancipation des femmes ont remis en cause la viabilité d’un appareil de reproduction familiale qui reposait uniquement sur le travail domestique gratuit ;
Ensuite, la tendance du système à marchandiser de plus en plus de sphères d’activités sociales n’a pas épargné les secteurs du soin, des liens, etc... ;
Enfin, son caractère de plus en plus tributaire le conduit à s’accaparer des réseaux qui organisent la reproduction matérielle de la société - distribution alimentaire, transports - pour les transformer en monopoles privés et augmenter les prix.
🔴 Tout cela alimente une crise de la reproduction sociale.
Or, la capacité d’un système à assurer cette fonction - celle de reproduction - fait traditionnellement partie d’un contrat moral tacite entre dirigeants et dirigés qui, lorsqu’il est rompu, libère un espace révolutionnaire.
C’est l’échec d’une politique obsédée par la baisse des cotisations !
Les petites entreprises au cœur de l’économie de proximité, disparaissent dans l’inaction gouvernementale !
Septembre 2025 : l’Union des entreprises de proximité (U2P) et la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) repoussent la proposition d’un grand rassemblement patronal unitaire contre la taxe Zucman[10] faite par le Mouvement des entreprises de France (Medef). L’événement fait date. Les petits patrons refusent de s’aligner derrière les gros et le font savoir. Les deux organisations patronales des très petites entreprises (TPE) et des petites et moyennes entreprises (PME) révèlent les clivages qui parcourent l’ensemble « patronat » prétendument homogène.
Découvrez le nouveau rapport de l’Institut La Boétie, signé par Eric Berr et Aurélie Trouvé
Il y a urgence : les TPE et PME du pays sont en train de disparaître les unes après les autres.
Les petites entreprises disparaissent dans l’inaction gouvernementale
Les petites entreprises sont au cœur de l’économie de proximité, l’immense majorité des entreprises françaises comptent moins de 10 personnes. Elles sont 4,3 millions au total[0] ;
Les petites entreprises sont le premier employeur du pays, les TPE et les PME cumulent près de 7 millions d’emplois salariés à temps plein[1] ;
Un niveau record de petites entreprises surendettées, 94 % des défaillances concernent une entreprise de moins de dix personnes, incluant les auto-entrepreneurs[2] ;
Focus sur les PME industrielles, premières victimes de la désindustrialisation des grands groupes, la désindustrialisation se poursuit. En 2025, la France a continué à perdre ses fleurons industriels ;
Focus sur le petit commerce : le capitalisme rase tout, la presse régionale n’en finit pas de tirer la sonnette d’alarme : les villes se vident de leurs petits commerces ;
L’étalement urbain contre les petits commerces alimentaires ;
Commerce en ligne : le capitalisme numérique contre les petites entreprises commerçantes.
Pourquoi les petites entreprises ont la vie impossible ?
▶️ Les vraies « charges » masquées qui pèsent sur les TPE et PME du pays, la vérité sur les cotisations sociales
Dans le débat public, l’ennemi des entreprises est tout trouvé : le « coût du travail » ! Ce discours ne résiste pourtant pas à l’épreuve des faits économiques. Mais il présente pour les grands patrons du pays plusieurs avantages.
La vérité sur les cotisations sociales : depuis quarante ans, les politiques économiques s’emploient méthodiquement à baisser le « coût du travail », en premier lieu par le biais d’allègements de cotisations sociales[3]
Les charges réelles sont ailleurs : ce sont les rentes (électricité, loyers, Frais bancaires, frais d’assurance, rentes numériques) !
▶️ Crédit bancaire : les banques contre les chefs des petites entreprises (accéder au crédit : un parcours du combattant, l’exploitation financière par le crédit).
▶️ Le règne économique des grandes entreprises
L’exploitation commerciale par la sous-traitance, le capitalisme néolibéral marque l’hyper développement de la sous-traitance[4] ;
Les grandes entreprises ont imposé le marché mondial.
▶️ L’injustice fiscale dans le monde de l’entreprise
Impôt sur les sociétés : la grande injustice. Aujourd’hui, non seulement le taux d’impôt sur les sociétés n’est pas progressif selon la taille de l’entreprise, mais il est en pratique plus élevé pour les petites entreprises.
Les TPE et PME versent 23 % de leurs bénéfices déclarés, contre 15 % seulement pour les grandes entreprises. Autrement dit, elles paient 50 % d’impôts en plus[5] !
Aides aux entreprises sans conditions : une aubaine pour les plus gros. Il existe aujourd’hui près de 2 000 aides différentes aux entreprises, versées essentiellement sans contrepartie, qui représentent 211 milliards d’euros par an. Les petites entreprises sont les grandes perdantes du fonctionnement actuel des aides aux entreprises.
C’est aussi le cas des entreprises de l’ESS, qui ne reçoivent que 7 % des aides publiques aux entreprises alors qu’elles représentent près de 14 % de l’emploi privé[6].
▶️ La consommation en panne
Les petites entreprises forment le cœur de l’économie de proximité du pays.
Les difficultés matérielles rencontrées par les petites entreprises aujourd’hui sont en grande partie le fait du ralentissement structurel de la consommation.
Les dépenses contraintes liées à l’existence, qui pèsent sur le pouvoir d’achat : il faut se nourrir, se vêtir, se soigner. Tout cela a considérablement augmenté.
Ces dépenses frôlent aujourd’hui les 30 % du revenu total en moyenne[7]. C’était 12 % seulement en 1960, et un peu plus de 20 % au début des années 1980.
Les salaires sont attaqués : baisse du salaire réel depuis 2017, gel total ou partiel du point d’indice des fonctionnaires pendant près de vingt ans, absence de revalorisation du salaire minimum au-delà de l’inflation.
Pour ne rien arranger, les politiques d’austérité s’attaquent aux dépenses de protection sociale. Les déremboursements de soins et la hausse des franchises médicales accroissent les dépenses des ménages[8].
▶️ Le manque de visibilité des chefs de petites entreprises
La visibilité est la valeur suprême de l’entreprise. Sans elle, l’investissement productif est entravé.
Les petites entreprises ont été très fragilisées par huit ans de macronisme, où les politiques économiques ont navigué à vue, sans aucune boussole.
Le secteur de la rénovation énergétique subit par exemple le va-et-vient des gouvernements successifs sur les aides à la rénovation versées par l’État aux particuliers : lorsque les ménages ne peuvent plus entreprendre les travaux ou refusent de se lancer de crainte de voir les aides interrompues en cours de route, les carnets de commandes se vident et les emplois sont menacés.
Pour les petits commerçants non plus, rien ne garantit un engagement stable de la puissance publique contre la concurrence déloyale que représente le commerce en ligne.
▶️ Le problème de la représentativité des chefs d’entreprises : l’avantage donné au Medef
Dans les médias et dans les cercles politiques, le Medef jouit d’une hégémonie certaine, et pourtant, parmi les trois organisations patronales reconnues comme représentatives, le Medef est celle qui compte le moins d’adhérents : 149 000 au total en 2025, contre 221 000 pour l’U2P et 243 000 pour la CPME[9].
Moins de 12 % des entreprises françaises sont adhérentes d’une organisation patronale représentative. L’écrasante majorité des chefs d’entreprise du pays ne sont donc pas représentés lors des négociations collectives qui déterminent la norme sociale et dans les organismes paritaires.
Le Medef est confortablement installé alors qu’il ne représente qu’une portion minoritaire de l’économie, très mobilisée et visible.
En résumé, les petites entreprises sont accablées par l’ensemble des structures économiques. Tous leurs besoins, du financement à la production elle-même jusqu’à l’écoulement des stocks, se heurtent à une organisation de l’économie alignée sur d’autres intérêts. Les grandes entreprises sont le centre de gravité du capitalisme contemporain
Un nouveau pacte productif a construire : l’économie de la nouvelle France par les petites entreprises
Les petites entreprises ont vocation à prendre leur part dans l’intérêt général humain. Leur santé économique dépend de l’état de la population, de ses revenus, de sa santé, de la qualité de sa formation, de ses modes d’organisation : en bref, de la satisfaction des besoins humains.
Notre modèle, l’économie des besoins, fonde le socle d’un possible nouveau pacte productif au service à la fois de l’activité économique des petites entreprises et des besoins humains.
La puissance publique doit reprendre le contrôle de la direction dans laquelle se déploie l’activité productive qu’elle aide.
🔴 Voilà des propositions de l'Institut La Boétie qui visent à explorer les grandes lignes possibles d’un pacte productif et de progrès social, incluant les dirigeants de micro, petites et moyennes entreprises sous forme de recommandations d’ordre général.
▶️Axe 1 –Réserver les aides publiques aux entreprises qui s’inscrivent dans la réalisation du plan ; ▶️ Axe 2 – Baisser et stabiliser les coûts de l’énergie des petites entreprises ; ▶️ Axe 3 –Émanciper les petites entreprises de la domination des grandes ; ▶️ Axe 4 –Redéfinir les règles de la représentativité patronale ; ▶️ Axe 5 –Protéger les petites entreprises du libre-échange ; ▶️ Axe 6 –Mettre en place un pôle public bancaire et rendre gratuite l’escompte ; ▶️ Axe 7 –Protéger les petits commerces ; ▶️ Axe 8 – Lutter contre l’ubérisation généralisée ; ▶️ Axe 9 –Rétablir la justice fiscale entre les entreprises ; ▶️ Axe 10 –Soutenir le pouvoir d’achat de la population ; ▶️ Axe 11 –Assurer des débouchés aux petites entreprises par la commande publique ; ▶️ Axe 12 – Sortir de la dépendance aux Big Tech ; ▶️ Axe 13 –Renforcer et transformer la formation initiale et continue pour avoir la main-d’œuvre la mieux qualifiée du monde ; ▶️ Axe 14 – Abolir le travail détaché en France.
🔴 Pour accéder à l'intégrale du rapport de l'institut La Boétie cliquez sur l'image ci-dessous 👇👇
Colloque « Le néolibéralisme est-il compatible avec les petites entreprises ? »
Le néolibéralisme est-il compatible avec les petites entreprises ?
Quels sont les vrais problèmes des petites entreprises ?
Les intérêts des petits patrons sont-ils alignés sur ceux des multinationales ?
Comment émanciper les petites entreprises du chaos du marché et de la domination des grands groupes ?
Quelles nouvelles règles de la représentativité patronale développer ?
Comment la planification écologique et le protectionnisme solidaire peuvent constituer le socle d'un pacte productif au service d'une nouvelle économie ?
- Clément Carbonnier, Toujours moins ! L’obsession du coût du travail ou l’impasse stratégique du capitalisme français, Éditions La Découverte, 2025. Voir aussi la note de lecture de l’Institut La Boétie consacrée à cet ouvrage : « Pourquoi baisser le coût du travail ne sert à rien ? », décembre 2025, URL : https://institutlaboetie.fr/pourquoi-baisser-le-cout-du-travail-ne-sert-a-rien-note-lecture-20251212/
Note de lecture de l’ouvrage d'Hadrien Clouet, « De quoi les jours fériés sont-ils le nom ? », Paris, Éditions Le Bord de l'eau, 2025[0].
Hadrien Clouet est sociologue et député de la France insoumise depuis 2022. Il est chercheur associé au CERTOP (Université Toulouse-Jean Jaurès), au Centre de Sociologie des Organisations (Sciences Po) ainsi qu’au Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (CNAM). Il est spécialisé dans la sociologie du travail et l’étude de l’action publique. Il est co-responsable du département de sociologie de l’Institut La Boétie. Il a notamment publié « Emplois non pourvus : une offensive contre le salariat[1] » (2022) et coécrit « Chômeurs, vos papiers[2] ! » (2023).
De quoi les jours fériés sont-ils le nom ? À l’été 2025, le gouvernement Bayrou a annoncé vouloir supprimer 2 jours fériés pour économiser 4,2 milliards d’euros et redresser les comptes publics. Dans ce court ouvrage, Hadrien Clouet explique que cette proposition n’est pas simplement une provocation isolée et anecdotique du macronisme. Elle s’inscrit dans la lutte de longue date que mène le capitalisme contre le temps libre des travailleurs et des travailleuses. Symbole du « travailler plus pour gagner moins » de la droite néolibérale, elle est aujourd’hui au cœur de l’offensive conservatrice contre les conquis sociaux.
Pour mieux comprendre cette opération, Hadrien Clouet remonte le fil de la longue histoire des jours fériés en France et des luttes sociales qui ont mené à leur instauration malgré l’hostilité du patronat.
Il démontre ensuite comment la suppression de 2 jours fériés proposée par les macronistes vise en réalité à diminuer le salaire réel des travailleurs au profit du capital, un objectif central pour les néolibéraux.
Il revient enfin sur les vertus sociales du temps libéré pour la société, en décrivant les formes d’activité et de sociabilité que permettent les jours fériés.
Ce livre déconstruit minutieusement les nombreux poncifs néolibéraux sur la question du temps de travail et propose au contraire une lecture politique de la mise en place des jours fériés. Ce faisant, il la donne à voir cette pour ce qu’elle est : une lutte de classes.
1 -Les jours fériés : du temps libre gagné par les travailleurs contre les élites patronales et politiques
Les premiers jours fériés apparaissent dans notre histoire avec l’instauration de la République. Il s’agit alors de souder le peuple autour de moments importants de la construction nationale, comme la proclamation de la IIe République le 24 février, après l’abdication du roi Louis-Philippe Ier.
C’est ensuite sous la IIIe République que naissent la plupart des jours fériés que l’on connaît aujourd’hui : le 14 juillet, bien sûr, mais aussi les lundis de Pâques et de Pentecôte rendus fériés par la loi du 8 mars 1886. Surprenamment, la demande n’émanait pas des instances religieuses mais des banques et des chambres de commerces, pour des raisons purement commerciales et financières[3]. Malgré cela, la résistance patronale se met rapidement en place, notamment dans le secteur de l’industrie. Beaucoup d’employeurs refusent d’octroyer ces jours fériés à leurs employés. Les procès verbaux pour « violation de jours fériés légaux » se multiplient partout sur le territoire. C’est seulement grâce à la mobilisation des syndicats, associations et autres organismes publics que les salariés pourront bénéficier effectivement de ces droits.
Cet affrontement de classe est encore plus marqué dans le cas du Premier Mai, journée internationale des travailleurs, rendu férié par la mobilisation consciente de la classe ouvrière.
Dès 1889, le congrès socialiste de Paris exige de proclamer ce jour férié. Les mairies socialistes puis communistes vont ensuite progressivement le mettre en place pour leurs propres services municipaux et défendre sa généralisation à l’ensemble du pays, en demandant un vote de la chambre des députés.
Après son instrumentalisation par le régime de Vichy – qui le transforme en « Jour du Travail » – le Premier Mai est inscrit dans le marbre à la Libération par les forces de la résistance. Le 1er mai 1946 est le premier chômé à salaire constant.
En 1947, le gouvernement pérennise la disposition pour tous les premiers mai à venir, et la loi du 29 avril 1948 précise les modalités de cette généralisation.
Ancienne affiche de la CGT pour le 1er Mai
🔴 L’instauration du 8 Mai férié a elle aussi été le fruit d’un long combat.
Au lendemain de la guerre, l’État ne souhaite pas reconnaître la spécificité de la victoire du 8 mai 1945 contre le nazisme, trop marquée politiquement par la résistance antifasciste et communiste. Alors que le 11 Novembre est rendu férié dès 1922 en hommage aux morts de la Première Guerre mondiale, le jour de la capitulation allemande devra attendre 1953 – et des années de mobilisations communistes et gaullistes – avant de devenir un jour férié.
🔴 Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
Dans les années qui suivent, le 8 Mai férié sera régulièrement supprimé puis rétabli – pour des raisons à la fois politiques et économiques. En 1959, De Gaulle décale la commémoration nationale au deuxième dimanche de mai, avec les mêmes justifications que celle d’un François Bayrou aujourd’hui : de trop nombreux ponts tueraient la productivité nationale… S’ensuivent plusieurs années de va-et-vient.
En 1975, le président Valéry Giscard d’Estaing abroge tout simplement la commémoration officielle de la victoire sur le nazisme, au nom de l’amitié franco-allemande.
En 1979, le Sénat vote son rétablissement comme jour férié, avant qu’il ne redevienne définitivement un jour férié et chômé sous la présidence de François Mitterrand.
Avec six évolutions en un demi-siècle, le 8 Mai symbolise à lui seul le caractère profondément politique et polarisant des jours fériés.
2 -L’offensive macroniste contre les jours fériés : une extorsion du salaire pour les poches du capital Derrière la justification budgétaire du Gouvernement – « Il faut sauver les finances publiques » – la suppression des jours fériés cache en réalité un autre objectif :diminuer les salaires réels et accroître les profits privés. En supprimant des jours fériés, l’État entend se faire de l’argent sur le dos du travail gratuit des salariés, tout en taxant une une partie du revenu de l’entreprise en contrepartie de ce surcroît d’activité. Or, cette contribution patronale n’est pas fléchée. On ne sait donc même pas où ira le fruit de notre travail gratuit : « Va-t-on travailler gratuitement pour financer les engagements présidentiels en matière de Défense nationale à 5 % du produit intérieur brut, dans une logique farfelue voulant que l’on indexe nos crédits militaires sur le niveau de richesse du pays ? Va-t-on abdiquer le droit au repos pour passer commande auprès du complexe militaro-industriel nord-américain ? » (p. 33).
🔴 C’est un retournement de la logique de la Sécurité sociale, explique Hadrien Clouet. Depuis 1946, le développement de la protection sociale reposait sur une hausse continue des cotisations qui augmentait ses recettes. La Sécurité sociale ne s’est jamais appuyée sur la réduction de la rémunération du travail : au contraire, son fonctionnement repose sur la hausse des salaires. Or,aujourd’hui, les macronistes veulent renverser cette logique et lier le destin de la Sécurité sociale au développement du travail gratuit, en imposant l’idée que les comptes de la Sécurité sociale seraient minés par une trop forte rémunération du travail. Ils créent ainsi une opposition factice entre salariés et assurés, alors que le principe de la protection sociale est justement de lier leur sort.
🔴 Mais combien vaut cette manœuvre idéologique ? Pas beaucoup, visiblement. L’ancien Premier ministre François Bayrou estime à 4,2 milliards d’euros le gain de la suppression de deux jours fériés. Et encore, « le chiffre a été inventé sur un coin de table », avance Hadrien Clouet, et se fonde sur un calcul très incertain. En réalité, les recettes supplémentaires de la suppression d’un jour férié gravitent plutôt autour d’1,5 milliard d’euros, selon l’OFCE. Donc environ 3 milliards pour deux jours.
🔴 À titre de comparaison :
la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) a coûté 4,5 milliards d’euros, soit 3 jours fériés.
La suppression de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises : 5 milliards, soit plus de 3 jours fériés.
La mise en place de la flat tax : 4 milliards, soit 2,5 jours fériés.
Autrement dit, rétablir l’ISF, la CVAE et l’imposition mobilière nous rapporterait 9 jours fériés !Par ailleurs, les gains économiques attendus liés au regain d’activité productif sont illusoires : dans un contexte d’austérité sans précédent, la consommation populaire est largement en berne.
🔴 Ceux qui vont s’enrichir de cette mesure, ce sont donc les capitalistes. En faisant appel aux fondamentaux marxistes, Hadrien Clouet nous rappelle le principe du salaire : c’est la rémunération versée en échange de la location d’une force de travail pour un temps donné. Ainsi, « lorsque l’on loue sa force de travail plus longtemps, mais à salaire constant, il est évident que le prix de cette force de travail a baissé. ». Or c’est précisément l’objectif de la suppression des jours fériés. Travailler 2 jours de plus sans hausse de salaire, cela revient à perdre environ 1 % de rémunération annuelle, voire davantage pour les salariés disposant d’un accord de branche et qui bénéficiaient d’une majoration pour leur travail en jour férié.
Le gouvernement cherche donc à augmenter le temps de travail par tous les moyens. Sa dernière invention en date : la monétisation de la cinquième semaine de congés payés. Autrement dit, il s’agit d’offrir aux salariés la possibilité d’abandonner leur semaine de congé contre une rémunération supplémentaire.Jours fériés, congés payés, retraite… : l’offensive néolibérale pour rogner sur le temps libre restant est générale.
3 -Le temps libéré, ferment d’une société de l’intérêt général La suppression des jours fériés est non seulement antisociale et inutile économiquement, elle est aussi nuisible aux activités solidaires et collectives de notre société. L’extension continue de la sphère marchande étouffe les vertus sociales et politiques du temps libre, explique Hadrien Clouet.
Aujourd’hui, le jour férié n’est plus nécessairement un grand rassemblement national commémoratif. L’usage du temps libre et du divertissement est plus fragmenté, plus divers que dans le passé.Mais les jours fériés continuent de jouer un rôle de « synchronisation collective des temps non lucratifs ». Certes, une fraction non négligeable de salariés continuent de travailler les jours fériés, et il est difficile de savoir exactement combien d’entre eux chôment ces jours fériés. Mais l’enquête Emploi de l’INSEE montrent tout de même qu’en présence d’un jour férié, le temps de travail hebdomadaire général baisse de 31 %. Les jours fériés demeurent une expérience de masse.
🔴 Mais que font réellement les travailleurs et travailleuses lors des jours fériés ? Comment profitent-ils de ce temps extraordinairement extirpé du quotidien marchandisé et à quelles fins ? C’est d’abord un temps où le repos devient possible, lui qui est continuellement réduit car il représente un obstacle à l’accumulation capitaliste à court terme.Le repos du jour férié est un acte informel de résistance explique Hadrien Clouet : un temps qui échappe à la tutelle patronale et aux cadences toujours plus effrénées du travail.Le temps libéré par le jour férié est aussi une occasion de travailler autrement, d’effectuer ce que l’anthropologue Florence Weber appelle le « travail d’à-côté » : bricolage, réparation, entretien…
🔴 Mais le temps libre des jours fériés permet plus que cela : il est aussi le temps du collectif, des loisirs partagées et des sociabilités. Pendant les jours fériés, le temps passé entre amis augmente de 20 minutes par rapport au reste du temps ! Ils renforcent les liens sociaux et les relations informelles au sein de la communauté, et notamment l’aide et la solidarité envers les plus vulnérables (rendre visite aux personnes âgées, donner du temps à une association…). Bref, les jours fériés sont souvent le temps de l’organisation collective, sociale, culturelle, politique, en dehors du rythme quotidien si empêchant. Ils sont donc le ferment d’une société de l’intérêt général. Les supprimer au nom de l’équilibre budgétaire, c’est avoir une basse idée de nos existences collectives, affirme Hadrien Clouet.
Il conclut en proposant non seulement de défendre nos onze jours fériés pour toutes les raisons évoquées, mais aussi d’en instaurer de nouveaux. Le propre du puissant est de dicter le temps du dominé, écrit Clouet. Renverser l’ordre des choses, c’est donc reconquérir ce temps à ceux qui le volent tout au long de nos existences. C’est la tâche de gauche de rupture si elle prend le pouvoir, qui pourrait alors instaurer de nouveaux jours fériés d’utilité publique qui symbolisent les conquêtes sociales du peuple et les grands moments de son histoire. Par exemple, le 24 février pour la mémoire de l’abolition de l’esclavage par le République, et le 18 mars, en mémoire de la Commune de Paris.
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Informations sur l’auteur :
Sociologue spécialiste de la protection sociale à l’université de Toulouse – Jean Jaurès, Hadrien Clouet est député La France Insoumise depuis 2022. Co-responsable du secteur Programme du mouvement, il conduit la bataille des idées à l’Assemblée nationale, pour subordonner notre système économique aux besoins humains.
[3] Il s’agissait de s’harmoniser avec les places boursières européennes qui n’ouvraient pas ces jours-là, et de faciliter les constats de non-paiement d’un chèque dont l’échéance tombait les lundis de Pâques et de Pentecôte.
La vraie question, c’est : est-ce qu’il vaut mieux financer ses soins par la Sécu ou bien par le marché privé ?
C'est l'argument favori du monde libéral : la France étoufferait sous la pression fiscale.
Sauf que… ces comparaisons internationales sont malhonnêtes !
Le département d’économie de l'Institut La Boétie[0] recadre les choses Un fil à partir de notre point de conjoncture du 5 avril 2025[1].
Sources :Institut La Boétie | mis à jour le 10/07/2025 Le problème, c’est que le calcul des prélèvements intègre uniquement les prélèvements publics
1️⃣ Impôts : pour financer l’État
2️⃣ Cotisations sociales : pour financer la protection sociale (Sécu…)
3️⃣ Taxes fiscales : pour financer un service (enlèvement des ordures ménagères…)
🔴 Sauf qu'il y a aussi dans la réalité des impôts privés, versés au secteur lucratif !
Par exemple : quand on souscrit à une assurance, à une complémentaire santé, à un plan d’épargne retraite…
Ces frais ne sont pas comptabilisés dans le calcul des prélèvements obligatoires.
🔴 Aux USA, il n'y a pas de Sécu, donc mécaniquement il y a moins de prélèvements publics.
Mais cela ne change rien : se soigner n’est pas gratuit pour les ménages.
Moins de prélèvements publics ➡️ plus d’impôts privés.
Aux USA, on finance ses soins via le marché privé.
Savoir quel pays a le taux de prélèvements publics le plus élevé n’a aucun sens Derrière ces discours, se cache en réalité une offensive néolibérale brutale contre la protection sociale Le but : démanteler la protection sociale et imposer partout le règne lucratif du marché.
🔴 La vraie question, c’est : est-ce qu’il vaut mieux financer ses soins par la Sécu ou bien par le marché privé ?
▶️ Qu’est-ce qui est le plus coûteux ?
▶️ Qu’est-ce qui est le plus efficace pour la population ?
▶️ Qu’est-ce qui est le plus efficace pour le système de santé ?
1️⃣ ▪️ La gestion privée concurrentielle exige des dépenses de fonctionnement plus élevées.
Pour faire du profit, il faut attirer toujours plus de clients ➡️ campagnes de pub, démarchage, embauche de commerciaux… Quand on souscrit à une complémentaire santé, on paye aussi cela.
✅ Résultat : le privé est un énorme gaspillage.
Les frais de gestion de la Sécu sont de 7,8 milliards d’€, alors qu'elle couvre 78 % des dépenses de santé.
Les frais des complémentaires sont de… 8,3 milliards d’€ pour seulement 12 % des dépenses de santé couvertes !
Et cette tendance s’amplifie.
La Sécu a diminué en quelques années ses frais de gestion de 700 millions d’€, dans un contexte d’austérité brutale.
Dans le même temps, les dépenses des complémentaires ont explosé de 1,9 milliards d’€.
2️⃣ ▪️ La gestion privée coûte donc plus cher… pour un accès aux soins moins bon !
La comparaison entre la France et les USA est sans appel
▶ Aux USA : les produits de santé sont 2,4 fois plus chers qu’en France
▶ Aux USA : il y a 272 médecins pour 100 000 habitants, contre 340 pour 100 000 habitants en France
▶ Aux USA : l'espérance de vie inférieure de 4 années
3️⃣ ▪️ La gestion privée laisse de côté les classes populaires.
▶ Aux USA, les assurances et les hôpitaux sont tellement chers qu’ils sont réservés aux plus riches.
▶ Près de 1 personne sur 10 dans le pays n’est pas assurée du tout : d’abord les Latino et les Afro-américains.
🔴 Inversement, la protection sociale en France assure à chacun un soutien contre les risques sociaux : maladie, vieillesse, chômage, accidents du travail.
La mutualisation des risques sociaux offre une couverture collective, quel que soit le niveau de ressources.
En réalité, les prélèvements obligatoires qui financent la protection sociale font BAISSER la pauvreté et DIMINUER les inégalités ! La preuve par ce graphique : plus un pays a un niveau de prélèvements élevé, moins on y est pauvre 👇.
🔴 Pour en savoir plus :Consultez notre dernier point de conjoncture sur le site de l’Institut La Boétie en cliquant sur l'image 👇
Les samedi 21 et dimanche 22 octobre 2023, l'Institut La Boétie organisait un colloque exceptionnel « Extrême droite : le dessous des cartes. Comment la vaincre[1]. »
Aujourd’hui, l’extrême droite s’impose à la télévision, dans les rues, et même sur la scène politique, sans rencontrer suffisamment de résistance. Malheureusement, les discours qui l’entourent oscillent entre le constat auto-réalisateur de sa montée inexorable, et l’idée qu’elle ne serait qu’une force du passé. L’extrême droite contamine le champ politique et médiatique, brouillant les frontières entre ses différentes manifestations. Il est donc impératif d’analyser de près ce qu’elle représente aujourd’hui, dans toutes ses nuances, pour la contrer sous toutes ses formes.
Le colloque « Extrême droite : le dessous des cartes » avait pour objectif d’examiner ce phénomène en profondeur, de faire le plein d’analyses et d’arguments pour vaincre l’extrême droite, de s'armer intellectuellement dans le combat décisif contre l’extrême droite.
Samedi, de 10h30 à 11h :Introduction par Clémence Guetté, co-présidente de l’Institut La Boétie : « Thèses stratégiques pour vaincre l’extrême droite »
Dans son mot d'ouverture « Thèses stratégiques pour vaincre l’extrême droite »,elle détaillera l'état d'esprit de la fondation, les ambitions portées par cet événement et la stratégie insoumise pour vaincre l'extrême-droite.
Samedi, de 11h à 12h30 : La première plénière porte sur la médiatisation de l'extrême droite et l'extrême droitisation des médias.
Il s’agit ici de revenir sur la médiatisation croissante des idées d’extrême droite ces 30 dernières années, et la façon dont les médias ont contribué à l’élargissement considérable de leur audience en assurant leur entrée dans les foyers et à leur banalisation, leur assurant une place dans le débat politique et idéologique dominant.Il est question d’analyser les discours que les médias portent sur l’extrême droite autant que les discours qu’elle y porte et les stratégies qu’elle met en œuvre. Il est aussi un moment de réflexion sur l’extrême droitisation des médias, stade avancé de la banalisation de ce courant en même temps que résultat de stratégies capitalistiques.
Avec :
Pauline Perrenot, journaliste, membre d’Acrimed, autrice de « Médias et extrême droite : la grande banalisation » ;
René Monzat, journaliste, auteur de « Enquêtes sur la droite extrême » ;
Samuel Bouron, maître de conférences en sociologie, auteur de « Entrer en politique par la bande médiatique ? »
Dimanche, de 10h00 à 12h :Revivez la seconde plénière : Qui vote pour l’extrême droite ? Structure sociale et motivations électorales du bloc d’extrême droite
Notre deuxième plénière porte sur l’analyse du bloc d’extrême droite, de ses tendances, de ses structurants et de ses faiblesses, et permet donc de distinguer les mécanismes à l'œuvre entre les blocs issus des élections présidentielle et législative, et notamment ceux de droite et d’extrême droite, avec déjà en France le début d’un glissement de composition électorale du bloc de droite à celui d’extrême droite, comme observé dans de nombreux pays d’Europe où des coalitions se constituent.
Il s’agit ici de discuter des déterminants du vote d’extrême droite, qu’ils soient sociaux ou culturels, alors qu’il est souvent présenté comme seulement un vote “perdu” par la gauche mais en réalité cimenté par des repères sociaux, idéologiques et culturels nouveaux ou propres, dans une analyse qui doit être géo-sociale. Il est question aussi des contradictions sociologiques au sein de ce bloc entre le vote RN et Reconquête par exemple.
Avec :
Yann Le Lann, maître de conférences en sociologie, collectif Quantité Critique ;
Safia Dahani, politiste, EHESS ;
Raphaël Challier, sociologue ;
Violaine Girard, sociologue, co-autrice de « Le vote FN au village : trajectoires de ménages populaires du périurbain » ;
Félicien Faury, docteur en sciences politiques, auteur de « Vote FN et implantation partisane dans le Sud-Est de la France : racisme, rapports de classe et politisation »
Dimanche, de 13h00 à 14h30 :dernière plénière portant sur la lutte anti-écologique de l’extrême droite et ses formes particulières.
D’une part, elle paraît être souvent à l’avant-garde du développement d’un climato-négationnisme, donc du refus de constater l’ampleur et la réalité scientifique de la crise climatique. D’autre part, elle s’emploie à recycler des principes rationalistes ou traditionalistes pour développer une doctrine d’écologie réactionnaire opposée à la bifurcation écologique, qui fait de la défense de la nature une opportunité pour développer son projet raciste et conservateur.
Nous tenterons d’analyser ces deux directions prises par l’extrême droite face à la question écologique, en tension ou en contradictions, et comment elles s’inscrivent dans le rejet des causes profondes et des issues globales à apporter à cette crise considérant de façon centrale la responsabilité portée par le système capitaliste.
Avec :
Antoine Dubiau, chercheur en écologie politique, auteur du livre « Écofascismes » ;
Ève Gianoncelli, politiste, autrice de « Des racines du socialisme à la politique chrétienne par la racine : l’union radicale conservatrice et ses limites » ;
Sylvain Laurens, sociologue, co-auteur de « Les gardiens de la raison. Enquête sur la désinformation scientifique » ;
Claire Lejeune, co-responsable du département de planification écologique de l’Institut La Boétie
Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, ex secrétaire de syndicat, d'Union locale et conseiller Prud'homme CGT de 1978 à 2022.
La France insoumise
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✅ La dissolution, nous y sommes prêts !
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📌Pourquoi La France insoumise, ses origines ? La France insoumise : comment ? La France insoumise : pour quoi faire ?
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