Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 14:35
En France, 28% des actes médicaux sont-ils inutiles ?

Le chiffre a fait grand bruit. Il a envahi la « une » des médias pendant plusieurs jours. Selon une étude[1 et 2 ] commandée par la  Fédération hospitalière de France (FHF, émanation des directions d’hôpitaux), 28% des actes médicaux pratiqués en France seraient inutiles

 

Sources : Europe Solidaire sans Frontières par Jean-Claude Delavigne | mis à jour le 4 février 2020

-

Logiques marchandes

Cette étude statistique, qui porte seulement sur la chirurgie, ne démontre ni les conclusions ni les « chiffrages » (les 28 %) avancés par la FHF.

 

L’ampleur des écarts constatés laisse toutefois planer une forte suspicion d’actes chirurgicaux pratiqués sans discernement, voire totalement inutiles.

 

La FHF attire l’attention sur une réalité incontestable, conséquence de l’introduction de logiques marchandes dans le système de santé, et sur les dérives qu’elles engendrent.

 

Un système confié à des acteurs privés, dont la rémunération dépend du nombre d’actes pratiqués et de leur « rentabilité », incite à la multiplication des actes, et au choix des plus lucratifs, ainsi qu’à la sélection des patientEs.

 
 

-

Mutation des patientEs en clientEs

Cette logique a toujours pesé sur la médecine libérale « à l’acte » et les établissements privés commerciaux. Avec les réformes libérales des années 2000 et l’instauration de la « tarification à l’activité », elle s’est étendue aux établissements publics.

 

La pratique systématisée de la césarienne lors de l’accouchement, citée par l’étude, en fournit un bon exemple. Une intervention chirurgicale peut être nécessaire dans l’intérêt de la mère et de l’enfant. Son utilisation systématique relève, à l’inverse, d’une logique purement économique.

 

La programmation des accouchements à heure déterminée permet la réduction des coûts de personnel. La césarienne est, par ailleurs, un acte mieux valorisé, dans les barèmes, que l’accouchement simple (très peu « rentable »). Elle est donc plus -rémunératrice pour l’établissement.

 

L’irrationalité d’un système faisant intervenir, de manière mal coordonnée, une multitude d’acteurs libéraux et hospitaliers, favorise la répétition d’examens ou d’actes inutiles, tout comme la mutation du patienEt en clientE, « consommateur » et non acteur, de ses soins.

 
 

-

Une dénonciation dans quel but et pour quelles solutions ?

La dénonciation d’un système qui produit les actes inutiles est justifiée. Encore faudrait-il que ce soit pour permettre à touTEs d’accéder à des soins pertinents, de qualité. Telle n’est ni la perspective de la FHF ni celle de la ministre Buzyn. Cette dernière a ainsi mis en avant le chiffre de 30 % d’actes inutiles pour justifier l’accroissement de l’austérité budgétaire et les coupes dans les budgets hospitaliers, à l’occasion du vote de la loi de financement de la Sécurité sociale.

 

La « pertinence des soins » devient alors le paravent idéologique garantissant seulement un « panier de soins » très réduit. Au-delà, seuls celles et ceux qui en auront les moyens (par leur assurance complémentaire ou leur fortune personnelle) pourront s’assurer des soins de qualité et même s’offrir, s’ils le veulent, les prestations les plus inutiles et les moins « pertinentes ».

 

Notes :

[1] Etude : la pertinence des actes et examens médicaux

[2] Atlas des variations de pratiques

 

Pour en savoir plus :

- Chirurgie : le scandale des opérations inutiles

- BLUES BLANCHES ET COUPES BUDGÉTAIRES : PETITE HISTOIRE DU FINANCEMENT DE L’HÔPITAL

Partager cet article
Repost0
15 décembre 2017 5 15 /12 /décembre /2017 00:49
14 décembre, les insoumis Rochelais en cogitation : « Convention nationale, et maintenant ? »
14 décembre, les insoumis Rochelais en cogitation : « Convention nationale, et maintenant ? »
14 décembre, les insoumis Rochelais en cogitation : « Convention nationale, et maintenant ? »
14 décembre, les insoumis Rochelais en cogitation : « Convention nationale, et maintenant ? »
14 décembre, les insoumis Rochelais en cogitation : « Convention nationale, et maintenant ? »
14 décembre, les insoumis Rochelais en cogitation : « Convention nationale, et maintenant ? »
14 décembre, les insoumis Rochelais en cogitation : « Convention nationale, et maintenant ? »

C’est devant une trentaine d'insoumis du " grand " La Rochelle qu’eut lieu une restitution de la convention de la France insoumise des 25 et 26 novembre.

 

 

- Le vécu des 3 participants provenant du " grand La Rochelle "

Plus de 1 600 insoumis-es présents à Clermont Ferrand les 25 et 26 novembre dont 3 locaux (La Rochelle, Rivedoux et Perigny), rassemblés par table de 7 à 10 personnes, sont venus travailler :

- sur les grandes questions à traiter dès à présent pour les prochaines campagnes ;

- à l’élaboration d’une trame organisationnelle (déjà bien avancée) ;

- à la mise en place de deux chartes : l’une consacrée aux principes de la France Insoumise, adoptée à plus de 96 %, l’autre concernant les groupes d’action (qui remplacent les groupes d’appui), adoptée à plus de 93 %.

 

Ce fut l’occasion de découvrir le résultat du vote de plus de 69 000 insoumis, les semaines précédant la Convention avec en regret, le trop peut de temps laissé au débat.

 

Beau et cohérent résultat que celui découvert à Clermont-Ferrand, lors de la « Convention de la pérennité » telle que qualifiée par Jean-Luc Mélenchon  (cliquez ICI) :

 
 

- Les échanges ont façonné cette soirée rochelaise sur :

  • la présentation sommaire de la charte des Groupes d'action... consultable ICI

  • la présentation sommaire des principes de la FI... consultables ICI

  • Retour sur la synthèse des boîtes à idées, par grands sujets :

- Quelles campagnes et quels thèmes d’actions pour la France insoumise ? »... consultable ICI

- Synthèse de la boîte à idées « Quelle organisation pour le mouvement ? »... consultable ICI

- Synthèse de la boîte à idées « Quelles modalités d’actions pour la France Insoumise ? »... consultable ICI

- Synthèse de la cogitation « Quels besoins de formation ? »... consultable ICI

- Synthèse de la cogitation « Quelle plate-forme de financement ? »... consultable ICI

- Synthèse de la cogitation « Quelle composition et quel rôle pour l’assemblée représentative ? »... consultable ICI

- Synthèse de la cogitation « Quelles évolutions de la plate-forme nationale ? »... consultable ICI

- Synthèse de la boîte à idées « Quels outils pour faciliter la mise en mouvement ? »... consultable ICI

    Retour sur les autres enjeux de cette convention

    • La définition de l'espace politique... consultable ICI

    • Les 3 thèmes de campagnes nationales, (ceux qui ont été votés par les insoumis qui devient choisir, parmi 30 thèmes issus du programme L’Avenir en Commun, les 3 qui paraissaient devoir être traités en priorité) voir plus bas.

    • Présentation d'un résumé de la méthode Alinski  du nom d'un militant états-unien méconnu en France, Saul Alinsky (Comment combattre efficacement les inégalités sociales, les discriminations, le capitalisme ? Que faire pour surmonter la résignation et le fatalisme ambiants ? Par où commencer ?) dont une approche est... consultable ICI

    Deux exemples concrets :

    Tout n'est pas réglé, des zones d'ombres existent encore notamment sur les moyens pour mener l'activité, mais les choses ne vont pas manquer de continuer à bouger et s'affiner dans cet outil politique en perpétuelle construction.
     
     

    -

    Nécessité d'une campagne d'action à l'échelle de la CDA de la Rochelle

    Le débat aborde un sujet important pour l'ensemble des citoyens de la communauté d'agglomération (CDA) de La Rochelle : la question de la gestion de l'eau potable dans le cadre de la mise en œuvre de la Loi NOTRe.
     
    En effet, la loi Nouvelle Organisation Territoriale de la République (NOTRe), votée sous le quinquennat Hollande prévoit que la gestion de la distribution de l'eau soit obligatoirement transférée en 2018 et au plus tard au 1er janvier 2020 des communes... aux intercommunalités, chez nous à la CDA de la Rochelle.
     
    Sur La Rochelle, l'eau est gérée en régie Publique, dans les autres communes soit c'est la RESE qui en a la gestion soit c'est une délégation de service public confiée à la SAUR (entreprise privée).
     
    • Question : Lors du transfert de la gestion de l'eau à la CDA quelle décision sera prise ?
    - gestion de l'eau en régie communautaire ?
    - ou gestion dans le cadre d'une délégation de service public à la SAUR, à Véolia ou autre ?
     
    L'enjeu est de taille pour les usagers. En moyenne l'écart de prix entre une gestion en régie publique et une gestion privée est de l'ordre de 30%.
     
    • Question : Quelles intentions de J.F. Fountaine président de la CDA ?
    - lors de la campagne des municipales de 2014, il avait pris position pour une régie publique ;
    - mais depuis 2 ans, interpellé par l'association CEP17 qui milite pour une régie publique, aucune réponse n'est fournie ;
    - Des forces politiques opposées à la gestion publique de l'eau existent sur la CDA de LR dont notamment les maires de Sainte-Soulle et Chatelaillon, la droite, le PRG.....
     
    • Question : Quel est leur poids politique ?

    Aujourd'hui, il est impossible de dire, en cas de vote, qui l'emporterait entre les défenseurs de la régie publique et ceux de la gestion privée !

     
    Après discussion, décision est prise de proposer aux groupes d'action et insoumis de la CDA rochelaise d'engager une campagne de mobilisation des citoyens pour une gestion publique de l'eau.
     
     

    -

    Détail des votes sur les thèmes de campagne

    Une liste de propositions de campagne avait été élaborée à partir de la synthèse de la boîte à idées sur les thèmes de campagne. Cette liste a été par la suite enrichie dans le cadre d'une consultation organisée à ce sujet, au cours de laquelle 317 contributions ont été recueillies. Lors du vote, chaque votant devait choisir 3 campagnes parmi les 30 proposées.

     

    Voici les campagnes arrivées dans les trois premières positions :

    14 décembre, les insoumis Rochelais en cogitation : « Convention nationale, et maintenant ? »
    Partager cet article
    Repost0
    3 décembre 2017 7 03 /12 /décembre /2017 19:47
    Le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kabore et le président français, Emmanuel Macron, donnent une conférence de presse au Palais présidentiel au Burkina Faso le 28 novembre 2017.

    Le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kabore et le président français, Emmanuel Macron, donnent une conférence de presse au Palais présidentiel au Burkina Faso le 28 novembre 2017.

    " Aujourd’hui, je ne suis pas certain que la Françafrique soit dans l’intérêt de la France. Les réseaux se servent eux-mêmes avant de servir la France. Ils s’affrontent, ce qui rend incompréhensible la politique française en Afrique.[4] "

     

     

    Au-delà des faux pas diplomatiques, voici un article de fond sur la manière dont Macron s’inscrit dans la continuité de la domination française (note et traduction de Danielle Bleitrach)

    Le président français Macron a été surpris par l’accueil hostile du public lors de sa visite au Burkina Faso. Une caravane d’accompagnement a été bombardée de pierres. Il y a eu plusieurs tentatives de protestation dans la capitale. Sa réaction montre ce qu’il représente : une continuation de la politique de Mitterrand, Chirac, Sarkozy et Hollande, avec un style très différent et des slogans différents... y compris quand il aborde la question des " femmes et de l'Afrique[3] ".

     

    Sources :  Histoire et Société par Lode Vanoost | modifié le 11/10/2021

      Le président français Macron a donc effectué une visite de trois jours dans un certain nombre de pays d’Afrique de l’Ouest, anciennes colonies françaises. En cela, il poursuit une tradition présidentielle. En outre Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981), François Mitterrand (1981-1995), Jacques Chirac (1995-2007, Nicolas Sarkozy (2007-2012) et François Hollande (2012-2017) se sont fait un point d’honneur  dans la premiers mois de leur mandat de visiter l’Afrique.

     

    Le dénominateur commun de leurs discours était alors toujours une «rupture avec les pratiques du passé», un «partenariat renouvelé» fondé sur «l’égalité et le respect mutuel». Ils devaient tous garder les troupes françaises (la légion étrangère) sur place «pour protéger la démocratie» et «défendre le progrès économique». Bref, changement de style rhétorique et continuité substantielle.

     

     

    -

    La politique obstinée de l’Afrique

    La France a depuis longtemps perdu son statut de puissance mondiale. Les jours de gloire où le français était la langue standard de la diplomatie internationale ne sont qu’un vague souvenir. La présence d’entreprises et de militaires français à l’étranger est négligeable par rapport aux États-Unis, mais cela ne signifie pas que l’Afrique n’est plus importante pour l’élite dirigeante du pays.

     

    Si la France prétend obstinément à une place en tant que puissance mondiale, cela repose sur trois piliers: faire partie  des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU avec droit de veto,  avoir son propre arsenal nucléaire et sa sphère d’influence en Afrique (et dans certaines villes plus petites dans les Caraïbes, la Guyane française et du Pacifique ). Le maintien de ces trois piliers détermine la politique étrangère du pays. Le président Macron poursuit cette tradition. Il utilise un style et une rhétorique différents de celles de ses prédécesseurs, mais en termes de contenu, cela revient à la même chose.

     

    Que les Burkinabés ne soient  pas convaincus par cet autre style n’est pas surprenant, du moins pas pour ceux qui regardent les nouveautés  du style. Macron a expliqué dans son discours aux étudiants universitaires de Ouagadougou qu’il était né en 1977 et que sa génération n’avait donc rien à voir avec le passé colonial. Selon lui, les Burkinabés feraient bien de laisser derrière eux ce passé et de réfléchir à leur avenir. Le peuple burkinabè n’a-t-il aucun intérêt à condamner l’impérialisme français? Les faits peuvent aider à clarifier cela.

     

     

    -

    Thomas Sankara, 1987

    Macron a promis l’ouverture des dossiers sur le rôle de la France dans l’assassinat du président Thomas Sankara en 1987. En dehors de la France, presque tout le monde a  convenu depuis longtemps que les services secrets français et l’armée ont facilité le coup d’état de 1987 de Blaise Compaoré, le second  de Sankara, et  le président Félix Houphouet-Boigny de la Côte d’Ivoire voisine. Ce dernier n’a pas toléré  l’exemple contagieux d’un président de gauche démocratiquement élu dans son pays voisin.

     

    Thomas Sankara toujours pas oublié par des millions d’Africains

    Thomas Sankara toujours pas oublié par des millions d’Africains

    Avec Compaoré, la France a trouvé un collaborateur empressé. Après le meurtre de Sankara Compaoré est resté président de 1987 à 2014, quand il a été mis sur la touche  par un soulèvement populaire et a dû fuir en Côte d’Ivoire. Entre-temps, il avait réussi à détruire tout progrès social réalisé sous Sankara et à faire du Burkina Faso l’un des pays les plus pauvres d’Afrique. Entre-temps, il est lui-même devenu l’un des Africains les plus riches de tous les temps, avec des domaines, des châteaux et des villas en France et en Suisse. Les présidents Mitterrand, Chirac, Sarkozy et Hollande ont agi toutes ces années pour maintenir Compaoré sur son trône. Le soulèvement populaire de 2014 n’a pas été le premier contre son régime, mais le premier qui a réussi. Les soulèvements antérieurs ont toujours été sanglants, avec le soutien des Français.

     

    Si Macron pense ce qu’il dit à propos de Sankara, il peut déjà commencer à livrer Compaoré à la cour du Burkina Faso et procéder à la confiscation de tous ses biens en France.

     

    Macron ne fait pas ça. Combien et quels documents et documents seront rendus publics en 1987 cela reste à voir. A en juger par la pratique historique après des déclarations présidentielles similaires antérieures, ce sera décevant. Probablement, seules les choses évidentes qui ne peuvent plus être contredites seront confirmées et seules les personnes déjà décédées seront mentionnées.

     

     

    -

    Monétaire unie CFA

    En dehors des pays africains concernés, on sait à peine qu’il existe une union monétaire qui dure beaucoup plus longtemps que l’euro (officiellement l’Union monétaire européenne – UEM). L’UEM a débuté en 2002 après consultation entre les États membres de l’UE concernés. On ne peut pas en dire autant du syndicat CFA (Franc CFA). Il a été imposé par un pays à tous les autres.

     

    A l’origine, le syndicat était nommé FCFA ou Franc des Colonies Françaises d’Afrique lors de sa création en 1945 . Son objectif principal était de maintenir la politique monétaire des colonies entre les mains de la banque nationale française à Paris (pour plus de détails sur le CFA, voir note de bas de page [1] ).

     

    Lorsque les pays en question commencent à devenir indépendants à partir des années 1950 (après un dur combat contre la répression coloniale), les nouveaux Etats affaiblis par la guerre et les années d’exploitation économique se voient obligés de poursuivre cette union monétaire avec la France. L’adhésion à la FCA était en effet une condition pour obtenir des attributions  indispensables de la part du FMI et d’autres institutions internationales. Cela signifie que les pays africains concernés dépendent encore de la France pour leur politique monétaire.

     

    Si Macron pense que «les Africains doivent assumer leur propre responsabilité pour leur avenir», alors il peut retirer la France de cette union et laisser désormais la politique monétaire à ces pays africains[2] .

     

    Macron déclare qu’il est prêt à «réformer le CFA, pas à l’abolir», mais c’est ce que ses prédécesseurs ont toujours promis. Cela revenait toujours à une confirmation des relations de pouvoir existantes.

     

     

    -

    Dette post-coloniale africaine ?

    Comme il devenait clair pour la France que le pays ne serait plus en mesure de contrôler ses colonies en Afrique et en Asie, les négociations ont commencé sur le transfert du pouvoir formel aux nouveaux États (à l’exception de l’Algérie, qui espérait encore de la France).

     

    L’ancien dirigeant colonial a exigé une «compensation» pour la perte de propriété, pour les investissements faits dans l’infrastructure.

     

    La France avait déjà un mauvais précédent dans cette manière de travailler. Quand Haïti fut la première colonie au monde à combattre sa liberté en 1803, le pays fut obligé de payer une «compensation» pour être reconnu internationalement. Cette «dette»  le pays l’a payé depuis  122 ans. Le président Sarkozy s’est montré très indigné quand un journaliste lui a demandé si cela ne devait pas être l’inverse.

     

    Si Macron pense respecter l’Afrique et finalement enterrer l’héritage du colonialisme, il peut décider de rembourser les profits coloniaux qu’il a gagnés avec l’oppression de millions d’Africains.

     

    Macron, comme ses prédécesseurs, n’a pas l’intention de rouvrir le débat sur cette dette coloniale.

     

     

    -

    Présence militaire en Afrique

    Comme ses prédécesseurs Sarkozy et Hollande, l’attaché de presse de Macron justifie la présence permanente des troupes françaises dans les anciennes colonies, arguant qu’elles sont là pour combattre la terreur fondamentaliste et protéger la démocratie. En réalité, ces troupes étaient déjà là lors de l’indépendance. Elles ne sont jamais vraiment partis.

     

    Ces troupes françaises se sont mêlées à plusieurs reprises à la lutte politique interne des pays concernés, la France ayant toujours opté pour ces forces ou personnes qui ont accepté la domination française. L’exemple de Compaoré au Burkina Faso a déjà été donné, mais la liste des interventions françaises est longue.

     

    Si Macron croit reconnaître la souveraineté des pays africains concernés, il peut commencer par retirer toutes les troupes françaises d’Afrique. 

     

    Ce n’est pas non plus l’intention de cet homme.

     

     

    -

    Contrebandiers de la population libyenne

    Macron a reçu une question sur la traite des êtres humains en Libye. Il a complètement rejeté toute responsabilité pour la catastrophe humanitaire en Libye : « Montre-moi les trafiquants belges, français ou allemands là-bas. Il n’y en a pas. Ils sont tous Africains!  »

     

    Cela  a presque été oublié, mais ce ne sont pas les États-Unis, ni la Grande-Bretagne, qui ont lancé l’attaque contre la Libye, mais la France. C’est le président Sarkozy qui a commencé à bombarder unilatéralement, avant même que les États-Unis et la Grande-Bretagne aient réfléchi à la manière dont ils interviendraient. Grâce à cette initiative unilatérale, l’affaire a pris de l’ampleur. En d’autres termes, la France porte une lourde responsabilité dans la catastrophe humanitaire en Libye (voir la responsabilité européenne pour les marchés d’esclaves libyens est écrasante ) constituant un enfer qui ne date pas d'hier.

     

    Macron prétend être le premier vrai président post-colonial de la France, parce qu’il est né en 1977. Chroniquement, c’est vrai. Mentalement pas. Macron est synonyme de continuité de la politique de l’Afrique française.

     

    Note :

    [1] Le syndicat CFA comprend deux pièces avec un autre taux lié, le franc de l’ UEMOA Afrique de l’ Ouest comprend le Bénin, le Burkina Faso, Côte – d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo et le franc de l’ Afrique centrale Union CEMAC avec le Cameroun, le Congo (Brazzaville), le Gabon, la Guinée Equatoriale, la République Centrafricaine et le Tchad. La Guinée et le Mali sont sortis de l’union avec leur indépendance. Madagascar et la Mauritanie l’ont fait en 1973. Le Mali est redevenu membre en 1984.  

    [2] Macron et ses prédécesseurs prétendent que le CFA peut déjà mener sa propre politique monétaire, mais les faits contredisent cela. Il y a une explication simple à cela: pas les structures formelles, mais l’équilibre des forces détermine qui est en charge.

    [3] « Macron, les femmes et l’Afrique : un discours de sélection sexuelle et de triage colonial »

    [4] Du Mali à la Guinée, Thomas Dietrich revient sur les reconfigurations de la Françafrique

     

     

    -

    Réponse Inspirante de Mamadou Koulibaly à Emmanuel Macron

    Le président Emmanuel Macron vient d’arriver vendredi 20 décembre 2019 à Abidjan où il restera 48 heures pour fêter Noël avec les soldats français de la base de Port-Bouët. Une visite qui se déroule à un moment où le pays exprime son ras-le-bol de la France, comme le dit l'ancient président de l'assemblée ivoirienne, Mamadou Koulibaly dans un message qu'il adresse au président français : " Il n'y a pas de sentiment anti-français ... Monsieur Macron, mais un ras-le-bol ".

     

    Il s'agit d'un discours juste inspirant que tout africain doit écouter et partager : « M. Macron, vous pouvez donner 1000 fois des instructions à nos chefs d’Etat... » Mamadou Koulibaly s’adresse directement à Emmanuel Macron. 

     

    Le rêve africain est plus fort que jamais et est porté par la nouvelle génération. Il est sans nul doute que le véritable rêve africain doit partir du continent et inspirer le monde entier. Et qu'il revient à nous-même Africains de saisir ce rêve et d’écrire notre propre épopée. Nombre d'Africains œuvrent déjà dans l'ombre d'autres dans la lumière et apportent leur contribution dans plusieurs domaines malgré un élan africain difficile. Mais la jeunesse continue de manquer de repère, l'Afrique manque de plus en plus de héros. 

    Pour en savoir plus :

    - Groupe parlementaire France insoumise : Demande de la levée du secret défense concernant l’assassinat de Thomas Sankara

    - Groupe parlementaire France insoumise : Macron au Burkina Faso : des propos méprisants et indignes !

    - Rétrospective des interventions militaires Françaises en Afrique

    - Comprendre le franc CFA en quatre questions

    - Non, les pays africains ne «versent pas un impôt colonial à la France»

    - Libye : La violence impérialiste n’a pas de fin ! Une seconde intervention en préparation ?

    - Il était une fois la guerre oubliée du Cameroun

    - La Françafrique n'est pas morte, elle est devenue l'Africa France

    - Jean-Luc Mélenchon : Qui va réparer la clim en Afrique ?

    - L’économiste Kako Nubukpo fustige la position du président français sur le CFA, qu’il juge « imprécise et caricaturale » : Franc CFA : les propos de M. Macron sont « déshonorants pour les dirigeants africains »

    - Un cadre de la Francophonie suspendu après une tribune anti-CFA publiée sur « Le Monde Afrique »

    - Quand le président de la France se gausse de l’Afrique ! Macron Président, sur les traces de Sarkozy

    - La France donne un ultimatum à la Guinée équatoriale de mettre fin à sa nouvelle monnaie

    - 15 Etats d'Afrique de l'Ouest veulent remplacer le franc CFA par une monnaie unique dès 2020

    - Mamadou Koulibaly à Macron, les africains refusent la mainmise de l’Etat français sur leurs autorités

    - 2020 : Emmanuel Macron appelle à son tour à «annuler» les dettes des pays africains ,.... elle est seulement suspendue 

    - Thomas Dietrich : annulation de la dette des pays africains, une dette illégitime, contractée le plus souvent par des dictateurs

    - Au Niger, la démocratie toujours confinée et Emmanuel Macron a choisi son camp

    - Septembre 2021 : coup d’état en Guinée... l’arrestation « prévisible » d’Alpha Condé

    - Montpellier 2021, la Françafrique à bout de souffle

    Partager cet article
    Repost0
    25 novembre 2017 6 25 /11 /novembre /2017 17:22
    Manuel Bompard : « Être la 1ère force alternative et gagner la bataille culturelle »

    A l’occasion de la Convention nationale de la France insoumise à Clermont-Ferrand, les 25 et 26 novembre, Manuel Bompard, directeur des campagnes de la France insoumise, revient sur le moment politique et l’avenir du mouvement.

     

    Sources : L'Heure du Peuple

    -

    LdP : Quel bilan faites-vous des six premiers mois de la présidence Macron ?

    Manuel Bompard : L’écran de fumée n’a pas mis longtemps à s’estomper. Macron s’est attaqué aux salariés et aux plus modestes avec le code du travail et les APL. Il a jeté des dizaines de milliers d’emplois aidés au chômage, fragilisant tout le tissu associatif. Il a offert plusieurs milliards d’euros aux riches en supprimant l’impôt sur la fortune.

     

    Il a abandonné ses promesses écologiques et laissé passer le CETA : une partie s’applique déjà sans qu’aucun citoyen ou parlementaire n’ait pu donner son avis. Il a ajouté à cette politique désastreuse une arrogance et un mépris de classe révoltant.

     

    Les choses sont finalement assez simples : il est le président des riches, des lobbys productivistes, des multinationales et des exilés fiscaux. Il faut l’arrêter !

     

     

    -

    LdP : La France insoumise est apparue comme le premier opposant. C’était un objectif ? Vous allez continuer comme cela ?

    Manuel Bompard : Bien sûr, il était nécessaire de s’emparer de ce drapeau. Car il éclaire les véritables alternatives proposées au pays : le « chacun pour soi » de Macron ou le « tous ensemble » auquel nous aspirons.

     

    Ainsi, les masques sont tombés : les Républicains partagent la politique du pouvoir. Le PS ne s’y oppose pas, comme l’a montré son vote sur la confiance au gouvernement. Quant au Front National, il a prouvé à nouveau qu’il n’est pas du côté de ceux qui souffrent et qu’il fait primer ses intérêts de boutique sur ceux du plus grand nombre.

     

    La France insoumise a assumé cette responsabilité. Elle a engagé ses forces dans la marche contre le coup d’état social et a mené une bataille de tous les instants à l’Assemblée Nationale. Elle continuera bien sûr à être en première ligne !

     

     

    -

    LdP : La bataille contre les ordonnances semble perdue. Pourquoi ? M. Macron est-il trop fort ? Comment résister ?

    Manuel Bompard : Macron a remporté une première manche. Pourtant, les études montrent que son projet est largement minoritaire dans le pays. Nous devons comprendre pourquoi. Bien sûr, on peut toujours chercher des excuses mais il vaut mieux regarder les choses en face : cette bataille a été trop mal menée pour être victorieuse.

     

    La France insoumise avait pris l’initiative d’une marche nationale le 23 septembre. Son succès aurait pu être un point d’appui pour la mobilisation. Il aurait fallu pour cela que l’ensemble des forces engagées dans cette bataille prépare une initiative commune et mobilisatrice. C’était le sens de la proposition qu’a faite Jean-Luc Mélenchon sur la place de la République.

     

    Elle est malheureusement restée sans suite. Une absurde division entre le syndical et le politique a paralysé l’action collective et offert une victoire facile au président de la République. Il est temps de réagir !

     

     

    -

    LdP : Dans la campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon ne s’est pas réclamé de la gauche. Allez-vous continuer dans cette voie ou souhaitez-vous incarner la gauche face à un Macron toujours plus de droite ?

    Manuel Bompard : Macron mène clairement une politique de droite : il a exaucé tous les rêves des libéraux ! Est-ce qu’il suffirait pour autant d’incarner la gauche pour être une alternative sérieuse ? Je ne crois pas. La gauche et la droite ne sont plus des catégories mobilisatrices. Le quinquennat de Hollande a brouillé les pistes et les premiers mois de Macron, présenté comme un homme de gauche, ont fini d’achever le tableau. Il me semble plus efficace de démasquer l’extrémisme de ce projet qui est au service exclusif d’une toute petite partie de la population. Opposons-lui un projet raisonnable au service du peuple : partager les richesses pour que chacun puisse vivre dignement ; permettre à tous d’avoir accès aux soins ; en finir avec la mainmise de la finance sur l’économie réelle ; prendre enfin à bras le corps l’impératif écologique. Ne sommes-nous finalement pas tout simplement du côté du bon sens ?

     

     

    -

    LdP : Benoît Hamon a participé à la marche du 23 septembre, proposez-vous l’union des partis de gauche ?

    Manuel Bompard : Nous avons dit pendant la campagne présidentielle que l’enjeu n’était pas de rassembler la gauche, mais de fédérer le peuple. Cela signifie que nous ne parviendrons pas à conquérir une majorité populaire si l’on se contente de juxtaposer des étiquettes. Face à l’épuisement de la vie démocratique du pays, il faut proposer à la société dans son ensemble des perspectives remobilisatrices.

     

    Pour autant, la participation de Benoit Hamon à la marche du 23 septembre était une bonne nouvelle. En effet, toutes celles et ceux qui refusent la politique désastreuse du gouvernement doivent pouvoir agir ensemble. Ce doit être la priorité aujourd’hui pour que le peuple cesse de régler la note de cette oligarchie qui nous gouverne.

     

     

    -

    LdP : Du livre l’Ère du peuple de J. L. Mélenchon aux travaux de Chantal Mouffe et Ernesto Laclau, la FI s’inscrit dans une stratégie populiste. Est-ce uniquement une stratégie ou un projet politique en soi ?

    Manuel Bompard : Le populisme est une notion ambivalente, comme l’a par exemple détaillé B. Schneckenbuger. Ce terme illustre l’idée que les oligarques se font du peuple : une masse confuse et dangereuse. Mais ce n’est bien sûr pas notre conception du populisme.

     

    La France insoumise puise le sens de son action dans la théorie de la révolution citoyenne. Il s’agit de construire le chemin vers un changement radical, par la voix démocratique, avec l’objectif d’instaurer un humanisme social et écologique. Ce chemin, c’est celui de la mise en mouvement du peuple. Il faut donc construire le peuple ! Construire le peuple, c’est passer d’une population atomisée et impuissante à une force de transformation. C’est notre objectif. En ce sens, la France insoumise s’inscrit dans une stratégie populiste.

     

     

    -

    LdP : La FI tient sa première convention depuis les législatives. Vous voulez rester un « mouvement » et non devenir un parti. Mais c’est quoi un « mouvement » ?

    Manuel Bompard : Le mouvement est la forme d’organisation du peuple. Son rôle est donc d’être déclencheur : il s’agit de fédérer des individus qui veulent reprendre leur destin en main. La France insoumise propose pour cela des « éléments fédérateurs » comme le programme « L’Avenir en commun » ou la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle.

     

    Le mouvement est donc un cadre regroupant des individus qui partagent le même programme. Il ne demande pas d’adhésion. Il organise son activité à travers une plate-forme numérique qui permet de se réunir autour d’objectifs concrets, d’agir ensemble, de faire un don ou de commander du matériel. Il ne s’organise pas de manière pyramidale. Il accueille en son sein une multiplicité de formes et de rythmes d’engagement. C’est un objet souple et poreux, qui se glisse dans tous les interstices de la société.

     

     

    -

    LdP : Quelle feuille de route sortira de cette convention ? Comment abordez-vous la période qui vient, sans élection avant un an et demi ? Le mouvement peut-il survivre à ce rythme nouveau ?

    Manuel Bompard : La France insoumise est déjà le premier opposant au pouvoir en place. Mais elle ne s’en contente pas. Elle veut également être la première force d’alternative et gagner la bataille pour l’hégémonie culturelle autour de ses idées. C’est pourquoi la convention doit permettre de choisir, à travers un vote en ligne sur la plate-forme, trois sujets de campagne que le mouvement va mener jusqu’à sa prochaine convention. C’est un premier objectif.

     

    Dans le même temps, face à la défiance massive vis-à-vis de la politique, la France insoumise veut également montrer son utilité immédiate. Elle entend donc s’engager dans des actions de solidarité concrète et va s’organiser pour jouer le rôle de catalyseur des dynamiques de mobilisation populaire.

     

    Faire reculer le pouvoir, incarner la première force d’alternative et montrer par l’action immédiate son utilité, voilà déjà une belle feuille de route !

     

     

    -

    LdP : Le programme L’Avenir en commun a convaincu beaucoup d’insoumis d’entrer dans l’action. Comment le faire vivre désormais ?

    Manuel Bompard : Le programme « L’Avenir en commun » a passé son baptême du feu électoral. Il a été construit par un travail patient d’enrichissement à travers des contributions individuelles ou collectives et des auditions de personnalités, de chercheur ou de syndicalistes. Il a réuni 7 millions de voix à l’échelle du pays : c’est un formidable outil pour le mouvement. Désormais, le programme se précise et s’enrichit, notamment dans les livrets thématiques. On en recense une quarantaine et ils permettent de compléter « L’Avenir en commun » sur des grandes questions comme l’écologie, le logement ou la santé.

     

    Enfin, le mouvement va s’engager dans un travail d’ateliers législatifs. Il s’agit désormais de décliner avec les citoyens nos propositions en texte de lois. Ainsi, nous aurons préparé les premières lois que nous proposerons au pays une fois arrivés au pouvoir.

     

     

    -

    LdP : Cette convention se veut tournée vers la base (contribution à la boîte à idées, priorité donnée au développement des groupes d’action). Est-ce parce que la FI a besoin de s’enraciner davantage ?

    Manuel Bompard : La France insoumise s’est construite dans le rythme effréné d’une campagne présidentielle. Au lendemain de celle-ci, elle a encore accueillie des dizaines de milliers de citoyens qui sont venus joindre leurs forces à l’effort collectif des élections législatives.

     

    Aujourd’hui le mouvement compte près de 5000 groupes d’action dans tout le pays, en métropole comme en outre-mer, et même auprès des Français résidant à l’étranger. Un des enjeux de la convention est de proposer un cadre commun qui permet à la fois de maintenir une cohérence dans l’action tout en conservant cette souplesse et cette énergie qui ont fait notre force.

     

    Ce n’est pas une question si simple à résoudre. C’est pourquoi nous avons voulu recueillir les idées et les propositions des insoumis à travers les boites à idées. Près de 3000 contributions ont été reçues et elles ont donné lieu à des synthèses extrêmement riches et utiles pour le mouvement.

     

     

    -

    LdP : J. L. Mélenchon parle d’un mouvement « gazeux » avec plusieurs éléments (Groupes d’action, groupe parlementaire, espace politique, espace des luttes etc.), pouvez-vous nous dire comment va fonctionner la FI ? Quelle place auront les insoumis dans les grandes décisions ?

    Manuel Bompard : À l’heure actuelle, le mouvement a une forme polycentrique. Il ne se structure pas de manière classique avec une direction identifiée, mais dispose de plusieurs équipes et espaces nationaux qui confrontent les points de vue pour éclairer les prises de décisions. À l’occasion de cette convention, une assemblée représentative sera mise en place pour réunir des membres de ces espaces et des insoumis tirés au sort sur la plate-forme et au sein des groupes d’action. Elle aura notamment pour mission de mettre en œuvre les décisions importantes du mouvement qui seront prises par un vote en ligne des insoumis sur la plate-forme. En fait, il s’agit d’inventer un mouvement de type nouveau qui permet la participation collective des insoumis, sans pour autant se structurer comme un parti politique traditionnel. C’est donc une équation complexe. La France insoumise l’aborde avec modestie. Elle se veut un mouvement évolutif qui revendique un droit à l’expérimentation. Par conséquent, le mouvement précisera ses formes d’organisation au fur et à mesure de son évolution.

     
     
    -----------------------------------------------------
     

    -

    Manuel Bompard : " Il ne suffit pas d'additionner des étiquettes pour créer des dynamiques "

    Ce weekend, Pierre Laurent a appelé les amis de Jean-Luc Mélenchon et de Benoît Hamon à se retrouver pour des listes communes aux européennes de 2019. Pendant ce temps, Benoît Hamon lançait son mouvement Génération.s au Mans. Et du côté de la Corse, les élections territoriales ont éliminé la gauche dès le premier tour. Tour d’horizon avec Manuel Bompard, directeur des campagnes de la France insoumise.

    Partager cet article
    Repost0
    19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 19:25
    Christophe Aguiton : «  Les biens communs deviennent aujourd’hui une alternative tant au capitalisme qu’à l’étatisme »

    Christophe Aguiton, un chercheur militant

     

    Entré à France Télécom à la fin des années 1990, le militant syndical participe à la création de SUD PTT. Militant associatif et politique dans les milieux altermondialistes, Christophe Aguiton participe à la création d’Agir ensemble contre le chômage (AC  !) et d’Attac. L’auteur de Le monde nous appartient (éditions Plon) dirige un séminaire sur «  Internet, communication et société  » à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne et est enseignant en sociologie du Web au sein de l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée.

    Le membre d’Attac et chercheur en sciences sociales analyse dans son dernier ouvrage[1] l’histoire récente de la gauche à l’échelle internationale. Il cible les «  problèmes stratégiques  » afin de «  réactualiser la doctrine de la gauche  », à travers des expériences comme celles de Syriza, de Podemos ou du Parti des travailleurs brésilien.

     

    Sources : L'Humanité entretien par Audrey Loussouarn

    - L'HUMA : Quelle est votre analyse de la période électorale de laquelle nous sortons ?
    Christophe Aguiton : Ce qui s’est passé pendant la période électorale est tout à fait comparable à ce qui se passe dans d’autres pays européens où la social-démocratie s’effondre ou baisse de façon significative et où s’affirment la gauche radicale mais aussi les forces populistes et xénophobes d’extrême droite. Juste avant les élections françaises on a vu ainsi, en Islande, la gauche radicale réaliser un score de plus de 25% et aux Pays-Bas le Parti socialiste, membre de la GUE[2] et qui vient historiquement de l’extrême-gauche, et le parti des animaux, parti d’extrême-gauche là-bas, ont fait presque 15%.

     

    - L'HUMA : Macron poursuit le travail de Hollande, en pire. Peut-on vraiment dire que la social-démocratie a échoué en France ?

    Christophe Aguiton : Toute une partie de l’appareil du PS, mais aussi de leurs électeurs, ont basculé d’autant plus facilement chez Macron qu’ils partageaient beaucoup de ses orientations. Le PS, ce n’est pas nouveau, a un électorat très composite incluant de nombreux sociaux-libéraux. Ce qui s’est passé en France a des analogies avec ce qui s’est passé en Italie : la majorité du Parti communiste italien s’était social-démocratisé, puis transformé en parti démocrate en ouvrant la voie à Matteo Renzi. Comme François Hollande et Manuel Valls l’ont fait pour Emmanuel Macron ces cinq dernières années. Mais l’extrême centre, comme l’appellent des dirigeants de Podemos, s’effondre. Car attention aux illusions d’optique liées à la victoire de Macron. Il n’a obtenu que 24 % au premier tour et cela en captant l’essentiel de l’électorat du PS et une partie de celui de la droite et du centre. Les partis de gouvernement, l’axe traditionnel de l’alternance, n’ont obtenu, tous ensemble, que 50 % des voix !

     

     

    - L'HUMA : Comment analysez-vous ce chamboule-tout politique ?

    Christophe Aguiton : La crise de 2007-2008 a ouvert une toute nouvelle situation. Avant cette crise, beaucoup pensaient que la mondialisation libérale était inévitable. Le mouvement altermondialiste avait commencé à combattre cette idée, mais sans réussir à faire évoluer le cœur de l’électorat. Les choses basculent dans la dernière décennie parce que les classes populaires et les couches moyennes sont directement touchées. On l’a vu aux États-Unis mais aussi en Europe, où la crise de la dette va aggraver encore la situation avec les mesures d’austérité qui vont se multiplier. En Espagne, par exemple, le mouvement des indignés va démarrer en 2011 sur la crise du logement et le refus des expulsions. À partir de là, on assiste partout à un rejet de la mondialisation libérale. Il va profiter à deux types de forces : celles du populisme de droite, xénophobe ou fasciste selon les pays, et celles de la gauche radicale. Et ce n’est pas fini. Les politiques d’austérité qui continuent dans toute l’Europe, et notamment en France comme le montrent les premières mesures d’Emmanuel Macron, vont produire les mêmes effets. La chance que nous avons est que la gauche est tout aussi forte sur le plan électoral que l’extrême droite.

     

     

    - L'HUMA : Comment expliquer que Jean-Luc Mélenchon ait obtenu 19,6 % des votes exprimés ?

    Christophe Aguiton : Il a mis en avant deux éléments clés, qui ont aussi été au cœur des stratégies de Podemos et de Syriza. Tout d’abord, il a mis en avant sa certitude qu’il était possible de gagner et d’arriver au pouvoir. Cet élément est une véritable rupture par rapport aux discours traditionnels du PCF et de l’extrême gauche. Cette dernière se présente aux élections « pour défendre ses idées », comme l’ont fait Arlette Laguiller puis Nathalie Artaud, ou pour « favoriser les luttes », comme la LCR puis le NPA. Le PCF, depuis les années 1980, est candidat pour « rééquilibrer la gauche », pour qu’elle comprenne un pôle vraiment de gauche. En mettant en avant la possibilité de gagner, Jean-Luc Mélenchon a débloqué les votes dans deux secteurs, pas forcément pro-Mélenchon au départ. Les quartiers populaires, pour qui le discours républicain et laïc n’allait pas de soi, ont voté massivement pour lui en voyant dans sa candidature le moyen de sortir de la crise et de l’abandon de leurs quartiers. Et puis il y a l’électorat des centres-villes, des intellectuels précaires présents dans Nuit debout, qui n’étaient pas forcément en phase avec une campagne autocentrée autour du candidat mais qui ont vu eux aussi l’opportunité de bousculer l’ordre établi. C’est la même stratégie qui a permis à Syriza de décoller face au KKE, le parti communiste traditionnel en Grèce, qui était pourtant mieux implanté socialement et électoralement, et qui a donné à Podemos son élan initial. C’est la « révolution par les urnes », comme le disaient aussi Chavez et d’autres dirigeants sud-américains. L’autre argument, qu’a repris Jean-Luc Mélenchon, c’est la rupture avec l’ancien monde, comme en Grèce avec le Pasok ou en Espagne avec le PSOE. C’est une double stratégie qui a été gagnante sur le plan électoral mais qui peut aussi poser problème pour demain. Vous avez des militants qui vont être convaincus qu’ils vont gagner vite. L’idée de perdre du temps dans des assemblées syndicales, associatives ou populaires n’est pas leur culture. Tout cela peut rendre compliquée l’articulation entre les mouvements sociaux et la France insoumise.

     

     

    - L'HUMA : Loi travail XXL, baisse des APL… les mobilisations sociales sont en passe de se multiplier. Qu’est-ce que cela augure pour la gauche ?

    Christophe Aguiton : Il ne faut pas croire à un lien direct entre mobilisations sociales et recomposition politique. Après mai 1968 les législatives ont vu la victoire massive de la droite et c’est plus tard que la gauche s’est réorganisée autour de l’union de la gauche. En Espagne, on met souvent les indignés et Podemos sur le même plan. Certes, Podemos s’est appuyé sur l’expérience du 15-M (le mouvement des indignés – NDLR) mais après sa disparition. Quand il existait encore, il n’était pas question d’une traduction politique. Idem en France : ce n’est pas Nuit debout qui a créé la France insoumise mais Jean-Luc Mélenchon, homme politique, ancien socialiste devenu dirigeant du Parti de gauche. Il a réussi à capter cet électorat mais, entre les deux, il n’y a pas de lien direct. Le bon score du candidat à la présidentielle va peser dans le rapport de forces futur, quand il y aura des mobilisations. Et ce sera avec l’expérience des nombreuses luttes que nous venons de connaître, contre la loi travail, pour le soutien aux réfugiés, contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, contre les discriminations, etc.

     

     

    - L'HUMA : Pour agglomérer ces revendications très parcellaires, un défi de taille s’annonce pour la gauche. Qu’entendez-vous par la nécessité d’organiser une « alliance nouvelle » ?

    Christophe Aguiton : Au siècle dernier, les forces de gauche partageaient l’idée que seule la classe ouvrière ou le prolétariat pouvaient porter une alternative au capitalisme. Les dernières expériences de victoire de la gauche, en Amérique du Sud en particulier, ont été conduites par des forces sociales différentes, paysans ou indigènes en Bolivie, par exemple. Le discours des mouvements et de la gauche a alors évolué en parlant du « peuple » ou des « 99 % » popularisés par Occupy Wall Street. Des catégories trop larges pour permettre une compréhension pragmatique de ce qui se passe sur le terrain et pour donner des outils pour une action réflexive des acteurs sociaux sur leur propre devenir. Pour ce qui est de la France, il me semble qu’il faut, sur le plan stratégique, partir de trois types d’acteurs. Le mouvement ouvrier qui, en France, est centré autour des services publics, qui ont été au cœur des mobilisations syndicales de ces dernières années. Celui-ci est très affaibli mais il ne disparaît pas et c’est le seul secteur qui a des organisations pérennes. Deuxième élément, les couches intellectuelles qui sont le produit d’une génération qui a eu accès à l’enseignement supérieur. Quel que soit leur statut précis, ils se vivent pour la plupart comme dans une situation de précarité et ils ont été au cœur de Nuit debout et votent très à gauche. Les troisièmes sont les habitants des quartiers populaires, souvent d’origine immigrée. On les retrouve dans beaucoup de luttes, comme dans le soutien à Gaza ou contre les discriminations et les violences policières mais, comme les jeunes intellectuels, ils n’ont pas d’organisations pérennes et s’informent et se mobilisent par les réseaux sociaux. On voit bien qu’il existe des différences importantes entre ces trois secteurs, tant dans leurs modes de mobilisation que dans leurs cultures politiques, mais œuvrer à leur articulation me semble essentiel. Beaucoup y travaillent et on a pu voir, à Nuit debout, des invitations de dirigeants syndicaux ou des appels à agir avec les migrants et réfugiés. Rien ne va de soi, mais c’est la seule voie possible.

     

     

    - L'HUMA : Quels sont, selon vous, les questionnements que doit mener la gauche ?

    Christophe Aguiton : Le premier vise à rompre avec une logique binaire où face au capitalisme, au marché et à la propriété privée, la gauche défend les nationalisations et la planification économique, c’est-à-dire un recours massif à l’État. Cette vision s’était imposée au début du XXe siècle dans la social-démocratie et le travaillisme britannique puis dans le mouvement communiste, à un moment où se refermait la mondialisation du XIXe siècle et où se développaient dans des États-nations très puissants la grande entreprise intégrée et les grands réseaux techniques, trains, électricité, télécommunications. Cette opposition binaire est remise en cause aujourd’hui et on voit se développer une autre perspective qui est celle des biens communs avec l’idée de la gestion directe par les travailleurs, en retrouvant les coopératives qui étaient au cœur du socialisme du XIXe siècle, ou l’émergence de nouveaux biens communs comme ceux du numérique. Les défis écologiques nous obligent également à réfléchir différemment en cessant de considérer l’eau et les autres ressources de la nature comme de simples biens à exploiter. Les biens communs deviennent aujourd’hui une alternative tant au capitalisme qu’à l’étatisme.

     

     

    - L'HUMA : Vous évoquez également l’idée que la question démocratique doit être au centre des préoccupations à gauche...

    Christophe Aguiton : Oui, et c’est une question qui est cohérente avec la façon d’organiser la société et la production. La démocratie représentative est aujourd’hui l’objet de critiques répétées car elle est basée sur une compétition visant à sélectionner les « meilleurs », ce qui conduit à la reproduction d’un système dominé par les élites et en phase avec le capitalisme et la loi du marché. Face à cela, la pratique du pouvoir en Amérique du Sud, en particulier au Venezuela, en Bolivie et Équateur, a vu des présidents de gauche élus au suffrage universel utiliser leur pouvoir et leur charisme pour s’opposer aux élites traditionnelles qui contrôlaient l’économie et les médias. Cette pratique a été théorisée par des intellectuels comme Ernesto Laclau et Chantal Mouffe ainsi que par les dirigeants de Podemos. Ce modèle-là défend le volontarisme politique qui va résoudre les problèmes par le haut, en renforçant de facto le poids de l’État. Face à cette opposition binaire un troisième choix est possible : la « démocratie radicale » qui s’appuie sur l’implication directe des acteurs que l’on retrouve dans la gestion des biens communs, avec des pratiques telles que les référendums d’initiative populaire, le tirage au sort ou les décisions au consensus. Certes, de même que les « communs » ne se substitueront pas totalement au marché, qui existait bien avant le capitalisme, ou à l’État, nous continuerons à élire des représentants. Mais une stratégie qui s’appuie sur les communs et la démocratie radicale redonne le pouvoir aux acteurs populaires.

     

    Note :

    [1] La Gauche du XXIe siècle, éditions la Découverte, 242 pages, 17 euros.

    [2] GUE : Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique

    Partager cet article
    Repost0
    8 novembre 2017 3 08 /11 /novembre /2017 15:51
    Un peu d’humilité à l’égard de la Chine, bon sang !
     
    Sources : Bruno Guigue 
    - L’affligeante nullité des commentaires de la presse française sur le 19ème congrès du parti communiste chinois (18-24 octobre) est éloquente.
    Qu’avons-nous appris ? Quasiment rien à vrai dire, sinon que la dictature communiste est abominable, que Xi Jin Ping a été déifié, que la Chine croule sous la corruption, que son économie est chancelante, son endettement abyssal et son taux de croissance en berne. Enfilade de lieux communs et fausses évidences à l’appui, la vision française de la Chine a brillé une fois encore par un simplisme narquois qui masque à peine une ignorance crasse. Il suffit d’avoir entendu une seule émission de Vincent Hervouët sur Europe 1 pour prendre la mesure de ce vide sidéral.
     
     
     
    - Il faut dire que la Chine ne fait rien pour faciliter les distinctions tranchées - dignes du lit de Procuste - et les catégories préétablies auxquelles ce petit monde médiatique voudrait la plier à tout prix. Communiste, capitaliste, un peu des deux, ou autre chose encore ?
    Dans les sphères médiatiques, on y perd son chinois. Inconsciemment, on le sent bien, nos commentateurs aimeraient pouvoir dire que la Chine n’est plus communiste, ce serait tellement plus simple. Convertie au libéralisme, cette nation rebelle réintégrerait le droit commun. Retour à l’ordre des choses, cette capitulation idéologique validerait la téléologie de l’homo occidentalis. Absorbant la Chine, le capitalisme mondialisé pourrait enfin déboucher le Champagne.
     
     
     
    - Mais voilà, c’est une romance libérale, une de plus.
    Le PCC n’a nullement renoncé à son rôle dirigeant dans la société, et il fournit son ossature à un Etat qui tire sa force de sa souveraineté. Hérité du maoïsme, l’Etat central conserve la maîtrise de la politique monétaire et contrôle le secteur bancaire. Doté depuis les lois de 2008 d’une fiscalité moderne, d’un code du travail et d’un système social - certes imparfaits -, il s’est fixé pour objectif numéro un l’élévation du niveau de vie de la population. Restructuré dans les années 1990, le secteur public demeure la colonne vertébrale de l’économie chinoise : avec 40% des actifs et 50% des profits générés par l’activité industrielle, il est prédominant dans la sidérurgie, l’énergie et l’électricité.
     
     
     
      - Aucun commentateur ne l’a fait, mais il suffit de lire la résolution finale du 19ème congrès pour mesurer l’ampleur des défis de la Chine contemporaine.
    Lorsque cette résolution affirme que “le Parti doit s’unir pour remporter la victoire décisive de l’édification intégrale de la société de moyenne aisance, faire triompher le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère, et lutter sans relâche pour réaliser le rêve chinois du grand renouveau de la nation”, il faut peut-être prendre ces déclarations au sérieux. Avec 89 millions de membres, le PCC n’est pas en perte de vitesse. Mais il lui faudra stimuler la consommation intérieure, réduire les inégalités sociales et juguler la pollution - un véritable fléau -, s’il veut conserver l’appui d’une population en voie d’urbanisation accélérée.
     
     
     
    - En Occident, la vision de la Chine est obscurcie par les idées reçues.
    On s’imagine que l’ouverture aux échanges internationaux et la privatisation de nombreuses entreprises ont sonné le glas du “socialisme à la chinoise”. Mais c’est faux. Pour les Chinois, cette ouverture est la condition du développement des forces productives, et non le prélude à un changement systémique. Les “zones d’exportation spéciale” ont dopé la croissance, mais cette insertion dans la mondialisation s’est effectuée aux conditions fixées par l’Etat. Pour Pékin, il fallait accumuler les capitaux afin de poursuivre les réformes. Elles ont permis de sortir 700 millions de personnes de la pauvreté, soit 10% de la population mondiale. Il n’est pas étonnant que le 19ème congrès ait réitéré le choix d’une économie mixte en insistant sur les défis de l’urbanisation et la nécessaire réduction des inégalités.
     
     
     
    - Depuis 40 ans, la Chine change à un rythme déconcertant et brouille les repères habituels.
    Un pays qui assure 30% de la croissance mondiale et dont on juge que sa croissance “fléchit” lorsqu’elle est à 6,5% mérite quand même le détour. On peut ironiser sur ce communisme qui fait la part belle au capitalisme, ou encore évoquer le spectre d’un capitalisme d’État, mais à quoi bon ? Les communistes chinois se moquent bien des catégories dans lesquelles nos appareils idéologiques désignent la réalité chinoise. Ils la connaissent mieux que nous, et ils savent que nous n’avons aucune prise sur notre propre réalité. La puissance qui est la leur et l’impuissance qui est la nôtre suffisent à nous disqualifier. Si seulement la France était un État souverain, peut-être aurions-nous quelque chose à dire. Mais franchement, mettez-vous à la place des Chinois. Allons, un peu d’humilité !
     
    Pour en savoir plus :
    Partager cet article
    Repost0
    4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 10:52
    Pierre Bourdieu : L’essence du néolibéralisme

    Sources : Le MONDE diplomatique par Pierre Bourdieu Sociologue, professeur au Collège de France.  mars 1998 | mis à jour le 13/07/2020

    Le monde économique est-il vraiment, comme le veut le discours dominant, un ordre pur et parfait, déroulant implacablement la logique de ses conséquences prévisibles, et prompt à réprimer tous les manquements par les sanctions qu’il inflige, soit de manière automatique, soit — plus exceptionnellement — par l’intermédiaire de ses bras armés, le FMI ou l’OCDE, et des politiques qu’ils imposent : baisse du coût de la main-d’œuvre, réduction des dépenses publiques et flexibilisation du travail ? Et s’il n’était, en réalité, que la mise en pratique d’une utopie, le néolibéralisme, ainsi convertie en programme politique, mais une utopie qui, avec l’aide de la théorie économique dont elle se réclame, parvient à se penser comme la description scientifique du réel ?

     

     

    Cette théorie tutélaire est une pure fiction mathématique, fondée, dès l’origine, sur une formidable abstraction : celle qui, au nom d’une conception aussi étroite que stricte de la rationalité identifiée à la rationalité individuelle, consiste à mettre entre parenthèses les conditions économiques et sociales des dispositions rationnelles et des structures économiques et sociales qui sont la condition de leur exercice.

     

    Il suffit de penser, pour donner la mesure de l’omission, au seul système d’enseignement, qui n’est jamais pris en compte en tant que tel en un temps où il joue un rôle déterminant dans la production des biens et des services, comme dans la production des producteurs. De cette sorte de faute originelle, inscrite dans le mythe walrasien [1] de la « théorie pure », découlent tous les manques et tous les manquements de la discipline économique, et l’obstination fatale avec laquelle elle s’accroche à l’opposition arbitraire qu’elle fait exister, par sa seule existence, entre la logique proprement économique, fondée sur la concurrence et porteuse d’efficacité, et la logique sociale, soumise à la règle de l’équité.

     

    Cela dit, cette « théorie » originairement désocialisée et déshistoricisée a, aujourd’hui plus que jamais, les moyens de se rendre vraie, empiriquement vérifiable. En effet, le discours néolibéral n’est pas un discours comme les autres. A la manière du discours psychiatrique dans l’asile, selon Erving Goffman[2], c’est un « discours fort », qui n’est si fort et si difficile à combattre que parce qu’il a pour lui toutes les forces d’un monde de rapports de forces qu’il contribue à faire tel qu’il est, notamment en orientant les choix économiques de ceux qui dominent les rapports économiques et en ajoutant ainsi sa force propre, proprement symbolique, à ces rapports de forces. Au nom de ce programme scientifique de connaissance, converti en programme politique d’action, s’accomplit un immense travail politique (dénié puisque, en apparence, purement négatif) qui vise à créer les conditions de réalisation et de fonctionnement de la « théorie » ; un programme de destruction méthodique des collectifs.

     

    Le mouvement, rendu possible par la politique de déréglementation financière, vers l’utopie néolibérale d’un marché pur et parfait, s’accomplit à travers l’action transformatrice et, il faut bien le dire, destructrice de toutes les mesures politiques (dont la plus récente est l’AMI, Accord multilatéral sur l'investissement, destiné à protéger, contre les États nationaux, les entreprises étrangères et leurs investissements), visant à mettre en question toutes les structures collectives capables de faire obstacle à la logique du marché pur : nation, dont la marge de manœuvre ne cesse de décroître ; groupes de travail, avec, par exemple, l’individualisation des salaires et des carrières en fonction des compétences individuelles et l’atomisation des travailleurs qui en résulte ; collectifs de défense des droits des travailleurs, syndicats, associations, coopératives ; famille même, qui, à travers la constitution de marchés par classes d’âge, perd une part de son contrôle sur la consommation.

     

    Le programme néolibéral, qui tire sa force sociale de la force politico-économique de ceux dont il exprime les intérêts — actionnaires, opérateurs financiers, industriels, hommes politiques conservateurs ou sociaux-démocrates convertis aux démissions rassurantes du laisser-faire, hauts fonctionnaires des finances, d’autant plus acharnés à imposer une politique prônant leur propre dépérissement que, à la différence des cadres des entreprises, ils ne courent aucun risque d’en payer éventuellement les conséquences —, tend globalement à favoriser la coupure entre l’économie et les réalités sociales, et à construire ainsi, dans la réalité, un système économique conforme à la description théorique, c’est-à-dire une sorte de machine logique, qui se présente comme une chaîne de contraintes entraînant les agents économiques.

     

    La mondialisation des marchés financiers, jointe au progrès des techniques d’information, assure une mobilité sans précédent de capitaux et donne aux investisseurs, soucieux de la rentabilité à court terme de leurs investissements, la possibilité de comparer de manière permanente la rentabilité des plus grandes entreprises et de sanctionner en conséquence les échecs relatifs. Les entreprises elles-mêmes, placées sous une telle menace permanente, doivent s’ajuster de manière de plus en plus rapide aux exigences des marchés ; cela sous peine, comme l’on dit, de « perdre la confiance des marchés », et, du même coup, le soutien des actionnaires qui, soucieux d’obtenir une rentabilité à court terme, sont de plus en plus capables d’imposer leur volonté aux managers, de leur fixer des normes, à travers les directions financières, et d’orienter leurs politiques en matière d’embauche, d’emploi et de salaire.

     

    Ainsi s’instaurent le règne absolu de la flexibilité, avec les recrutements sous contrats à durée déterminée ou les intérims et les « plans sociaux » à répétition, et, au sein même de l’entreprise, la concurrence entre filiales autonomes, entre équipes contraintes à la polyvalence et, enfin, entre individus, à travers l’individualisation de la relation salariale : fixation d’objectifs individuels ; entretiens individuels d’évaluation ; évaluation permanente ; hausses individualisées des salaires ou octroi de primes en fonction de la compétence et du mérite individuels ; carrières individualisées ; stratégies de « responsabilisation » tendant à assurer l’auto-exploitation de certains cadres qui, simples salariés sous forte dépendance hiérarchique, sont en même temps tenus pour responsables de leurs ventes, de leurs produits, de leur succursale, de leur magasin, etc., à la façon d’« indépendants » ; exigence de l’« autocontrôle » qui étend l’« implication » des salariés, selon les techniques du « management participatif », bien au-delà des emplois de cadres. Autant de techniques d’assujettissement rationnel qui, tout en imposant le surinvestissement dans le travail, et pas seulement dans les postes de responsabilité, et le travail dans l’urgence, concourent à affaiblir ou à abolir les repères et les solidarités collectives[3].

     

    L’institution pratique d’un monde darwinien de la lutte de tous contre tous, à tous les niveaux de la hiérarchie, qui trouve les ressorts de l’adhésion à la tâche et à l’entreprise dans l’insécurité, la souffrance et le stress, ne pourrait sans doute pas réussir aussi complètement si elle ne trouvait la complicité des dispositions précarisées que produit l’insécurité et l’existence, à tous les niveaux de la hiérarchie, et même aux niveaux les plus élevés, parmi les cadres notamment, d’une armée de réserve de main-d’œuvre docilisée par la précarisation et par la menace permanente du chômage. Le fondement ultime de tout cet ordre économique placé sous le signe de la liberté, est en effet, la violence structurale du chômage, de la précarité et de la menace du licenciement qu’elle implique : la condition du fonctionnement « harmonieux » du modèle micro-économique individualiste est un phénomène de masse, l’existence de l’armée de réserve des chômeurs.

     

    Cette violence structurale pèse aussi sur ce que l’on appelle le contrat de travail (savamment rationalisé et déréalisé par la « théorie des contrats »). Le discours d’entreprise n’a jamais autant parlé de confiance, de coopération, de loyauté et de culture d’entreprise qu’à une époque où l’on obtient l’adhésion de chaque instant en faisant disparaître toutes les garanties temporelles (les trois quarts des embauches sont à durée déterminée, la part des emplois précaires ne cesse de croître, le licenciement individuel tend à n’être plus soumis à aucune restriction).

     

    On voit ainsi comment l’utopie néolibérale tend à s’incarner dans la réalité d’une sorte de machine infernale, dont la nécessité s’impose aux dominants eux-mêmes. Comme le marxisme en d’autres temps, avec lequel, sous ce rapport, elle a beaucoup de points communs, cette utopie suscite une formidable croyance, la free trade faith (la foi dans le libre-échange), non seulement chez ceux qui en vivent matériellement, comme les financiers, les patrons de grandes entreprises, etc., mais aussi chez ceux qui en tirent leurs justifications d’exister, comme les hauts fonctionnaires et les politiciens, qui sacralisent le pouvoir des marchés au nom de l’efficacité économique, qui exigent la levée des barrières administratives ou politiques capables de gêner les détenteurs de capitaux dans la recherche purement individuelle de la maximisation du profit individuel, instituée en modèle de rationalité, qui veulent des banques centrales indépendantes, qui prêchent la subordination des Etats nationaux aux exigences de la liberté économique pour les maîtres de l’économie, avec la suppression de toutes les réglementations sur tous les marchés, à commencer par le marché du travail, l’interdiction des déficits et de l’inflation, la privatisation généralisée des services publics, la réduction des dépenses publiques et sociales.

    Sans partager nécessairement les intérêts économiques et sociaux des vrais croyants, les économistes ont assez d’intérêts spécifiques dans le champ de la science économique pour apporter une contribution décisive, quels que soient leurs états d’âme à propos des effets économiques et sociaux de l’utopie qu’ils habillent de raison mathématique, à la production et à la reproduction de la croyance dans l’utopie néolibérale. Séparés par toute leur existence et, surtout, par toute leur formation intellectuelle, le plus souvent purement abstraite, livresque et théoriciste, du monde économique et social tel qu’il est, ils sont particulièrement enclins à confondre les choses de la logique avec la logique des choses.

     

    Confiants dans des modèles qu’ils n’ont pratiquement jamais l’occasion de soumettre à l’épreuve de la vérification expérimentale, portés à regarder de haut les acquis des autres sciences historiques, dans lesquels ils ne reconnaissent pas la pureté et la transparence cristalline de leurs jeux mathématiques, et dont ils sont le plus souvent incapables de comprendre la vraie nécessité et la profonde complexité, ils participent et collaborent à un formidable changement économique et social qui, même si certaines de ses conséquences leur font horreur (ils peuvent cotiser au Parti socialiste et donner des conseils avisés à ses représentants dans les instances de pouvoir), ne peut pas leur déplaire puisque, au péril de quelques ratés, imputables notamment à ce qu’ils appellent parfois des « bulles spéculatives », il tend à donner réalité à l’utopie ultraconséquente (comme certaines formes de folie) à laquelle ils consacrent leur vie.

     

    Et pourtant le monde est là, avec les effets immédiatement visibles de la mise en œuvre de la grande utopie néolibérale : non seulement la misère d’une fraction de plus en plus grande des sociétés les plus avancées économiquement, l’accroissement extraordinaire des différences entre les revenus, la disparition progressive des univers autonomes de production culturelle, cinéma, édition, etc., par l’imposition intrusive des valeurs commerciales, mais aussi et surtout la destruction de toutes les instances collectives capables de contrecarrer les effets de la machine infernale, au premier rang desquelles l’Etat, dépositaire de toutes les valeurs universelles associées à l’idée de public, et l’imposition, partout, dans les hautes sphères de l’économie et de l’Etat, ou au sein des entreprises, de cette sorte de darwinisme moral qui, avec le culte du winner, formé aux mathématiques supérieures et au saut à l’élastique, instaure comme normes de toutes les pratiques la lutte de tous contre tous et le cynisme.

     

    Peut-on attendre que la masse extraordinaire de souffrance que produit un tel régime politico-économique soit un jour à l’origine d’un mouvement capable d’arrêter la course à l’abîme ? En fait, on est ici devant un extraordinaire paradoxe : alors que les obstacles rencontrés sur la voie de la réalisation de l’ordre nouveau — celui de l’individu seul, mais libre — sont aujourd’hui tenus pour imputables à des rigidités et des archaïsmes, et que toute intervention directe et consciente, du moins lorsqu’elle vient de l’Etat, par quelque biais que ce soit, est d’avance discréditée, donc sommée de s’effacer au profit d’un mécanisme pur et anonyme, le marché (dont on oublie qu’il est aussi le lieu d’exercice d’intérêts), c’est en réalité la permanence ou la survivance des institutions et des agents de l’ordre ancien en voie de démantèlement, et tout le travail de toutes les catégories de travailleurs sociaux, et aussi toutes les solidarités sociales, familiales ou autres, qui font que l’ordre social ne s’effondre pas dans le chaos malgré le volume croissant de la population précarisée.

     

    Le passage au « libéralisme » s’accomplit de manière insensible, donc imperceptible, comme la dérive des continents, cachant ainsi aux regards ses effets, les plus terribles à long terme. Effets qui se trouvent aussi dissimulés, paradoxalement, par les résistances qu’il suscite, dès maintenant, de la part de ceux qui défendent l’ordre ancien en puisant dans les ressources qu’il recelait, dans les solidarités anciennes, dans les réserves de capital social qui protègent toute une partie de l’ordre social présent de la chute dans l’anomie. (Capital qui, s’il n’est pas renouvelé, reproduit, est voué au dépérissement, mais dont l’épuisement n’est pas pour demain.)

     

    Mais ces mêmes forces de « conservation », qu’il est trop facile de traiter comme des forces conservatrices, sont aussi, sous un autre rapport, des forces de résistance à l’instauration de l’ordre nouveau, qui peuvent devenir des forces subversives. Et si l’on peut donc conserver quelque espérance raisonnable, c’est qu’il existe encore, dans les institutions étatiques et aussi dans les dispositions des agents (notamment les plus attachés à ces institutions, comme la petite noblesse d’Etat), de telles forces qui, sous apparence de défendre simplement, comme on le leur reprochera aussitôt, un ordre disparu et les « privilèges » correspondants, doivent en fait, pour résister à l’épreuve, travailler à inventer et à construire un ordre social qui n’aurait pas pour seule loi la recherche de l’intérêt égoïste et la passion individuelle du profit, et qui ferait place à des collectifs orientés vers la poursuite rationnelle de fins collectivement élaborées et approuvées.

     

    Parmi ces collectifs, associations, syndicats, partis, comment ne pas faire une place spéciale à l’Etat, Etat national ou, mieux encore, supranational, c’est-à-dire européen (étape vers un Etat mondial), capable de contrôler et d’imposer efficacement les profits réalisés sur les marchés financiers et, surtout, de contrecarrer l’action destructrice que ces derniers exercent sur le marché du travail, en organisant, avec l’aide des syndicats, l’élaboration et la défense de l’intérêt public qui, qu’on le veuille ou non, ne sortira jamais, même au prix de quelque faux en écriture mathématique, de la vision de comptable (en un autre temps, on aurait dit d’« épicier ») que la nouvelle croyance présente comme la forme suprême de l’accomplissement humain.

     

    Notes :

    [1] NDLR : par référence à Auguste Walras (1800-1866), économiste français, auteur de De la nature de la richesse et de l’origine de la valeur (1848) ; il fut l’un des premiers à tenter d’appliquer les mathématiques à l’étude économique.

    [2] Erving Goffman, Asiles. Etudes sur la condition sociale des malades mentaux, Editions de Minuit, Paris, 1968.

    [3] On pourra se reporter, sur tout cela, aux deux numéros des Actes de la recherche en sciences sociales consacrés aux « Nouvelles formes de domination dans le travail » (1 et 2), no 114, septembre 1996, et no 115, décembre 1996, et tout spécialement à l’introduction de Gabrielle Balazs et Michel Pialoux, « Crise du travail et crise du politique », no 114, p. 3-4.

     

     

    -Comment le néolibéralisme défait la démocratie

    Pierre Dardot, Christian Laval, présentation: Stanislas D'Ornano.

     

    Partager cet article
    Repost0
    1 novembre 2017 3 01 /11 /novembre /2017 18:36
    Jean-Luc Mélenchon : de Macron à l'hypocrisie de la Chartre d'Amiens

    << Avoir le point >> ou pas !

     

    Sources : L'ERE DU PEUPLE par Jean Luc Mélenchon

    J’ai dit au fil d’une discussion avec les journalistes qui m’accompagnaient à Athènes que « pour l’instant, Macron a le point ». « Pour l’instant » n’y fit rien, même si j’ai dit déjà la même chose à TF1 il y a quinze jours. Ici, 24 heures plus tard j’aurais reconnu avoir « perdu une bataille » ! Rien de moins ! Et ainsi de suite d’une rangée de moutons médiatiques à l’autre. Et comme la joie n’a pas de frontière, j’ai même retrouvé l’information telle que reformatée par les machines à buzz française dans la presse espagnole. Le buzz a donc fonctionné, étouffant aussitôt tout le reste de ce que j’ai dit et fait en Grèce. Nouvelle vérification du fait que la sphère médiatique ne rend pas compte de l’actualité mais la fabrique dans un format sensationnaliste correspondant au niveau de culture qu’elle suppose rencontrer chez ses lecteurs. Je dirai que son but n’est pas d’informer mais d’empêcher de penser.

     

     

    -Car mon propos n’était pas celui d’un commentateur mais celui d’un protagoniste engagé dans une lutte pour la défense de ce qu’il croit fondamental.

    Je ne pousserai pas l’impudence jusqu’à rappeler qu’un plus illustre que moi fit en son temps la distinction entre perdre une bataille et perdre une guerre. Et fonda toute sa stratégie sur ce constat. Combien sauraient de quoi je parle dans ces médias ? Que comprennent-ils à une nuance ? Mon intention est d’interpeller les miens, ceux de ma famille politique et sociale. Comment je sais que Macron a le point aujourd’hui ? Parce qu’il peut se permettre d’avancer sur tant de front sociaux sans ralentir. Comment est-ce possible alors qu’il n’a pas de base sociale pour sa politique dans le pays ? Voilà la question que je pose. Je le fais non pour poser une question mais pour faire comprendre qu’il faut une réponse concrète.

     

    La forme et la tactique de résistance à la politique du gouvernement ne peut plus rester enfermée dans le « chacun de son côté ». Il est plus que temps d’organiser la jonction des efforts entre le mouvement social, associatif et les forces politiques de la résistance au coup d’État social. Je prends la responsabilité de le dire haut et fort avant qu’il ne soit trop tard. Et je ne vois pas d’intérêt à appliquer des piqûres de ciment en niant ce que tout le monde sait et voit. Quand la CFDT invite a une réunion qui se finit dans un bistrot parce que la centrale a refusé de prêter une salle à ceux qui ne sont pas de son avis et qu’elle congédie, un seuil dans le dérisoire n’est-il pas franchi ? Et combien d’autres choses à pointer. Comme ces négociations séparées de certaines branches professionnelles, cruel démenti du système syndical confédéré où la force du collectif est poussée à s’émietter.  Ne pas accepter de le voir, c’est renoncer à imaginer la réponse à la question : comment inverser le cours des évènements ? Voilà la seule question qui vaille. C’est celle que je pose.

     

     

    -Bien-sûr, le 16 novembre, il faut être dans la mobilisation syndicale.

    Comme à chaque étape, « La France insoumise » mobilise aux côtés des syndicats alors que l’inverse n’est jamais vrai. Personne, y compris parmi ceux qui donnent des leçons, ne mobilise autant. Mais on ne peut en rester là, tel est mon message. Contre les ordonnances, il ne s’agit pas de faire un baroud d’honneur. Il s’agit de mener une lutte avec clarté sur l’objectif et les moyens de l’atteindre : faire reculer le pourvoir, sauver nos acquis sociaux et une  manière de vivre en société ! C’est de cela dont on parle. Le 23 septembre, dans mon discours place de la République, conformément aux conclusions de notre groupe parlementaire, j’avais fait le geste de nous mettre en retrait en appelant les syndicats a diriger tout le mouvement et en proposant une marche générale avenue des Champs Élysées. La suite, nous l’avons sous les yeux. La stratégie qui a échoué face à El Khomri a encore moins bien marché face à Macron. Je ne vois aucune raison de faire semblant de ne pas l’avoir vu.

     

    Car de notre côté, dans l’hémicycle, nous nous sommes trouvés progressivement absolument seuls sur la barricade. Le débat du projet de loi de finance de la Sécurité sociale a pu être bouclé en quatre jours pourtant annoncés de longue date sans un seul instant de mobilisation spécifique. Une nouvelle fois, le dogme du « mouvement social indépendant de la politique » a montré sa limite. Je le dis parce qu’à ce rythme tous les acquis sociaux essentiels du pays vont y passer et nous aurons été cloués dans une double interdiction : interdit de critiquer « la seule politique possible » d’un côté, interdiction de discuter de l’organisation de la lutte de l’autre.

     

     

    -La « Charte d’Amiens » sans cesse invoquée une nouvelle fois aura eu bon dos.

    Il serait temps que nombre de ceux qui s’y réfèrent pour stigmatiser la présence des organisations politiques dans le combat social se demandent si ce document qui date de 1905 et résulte de la bataille entre marxistes et anarchistes au début du siècle précédent doit rester un dogme sans nuance 111 ans plus tard. Car ce texte fixe une stratégie d’unité ouvrière en tenant à distance les « sectes socialistes » (à l’époque, en 1905, il y a cinq partis socialistes) pour permettre le déclenchement de la « grève générale révolutionnaire »… Parmi les dirigeants du mouvement social actuel, qui a l’intention de préparer aujourd’hui une « grève générale révolutionnaire » comme cela est prévu dans la « charte d’Amiens »? Personne !

     

     

    -Il faut donc en finir avec cette hypocrisie.

    Il faut savoir faire équipe et savoir joindre les efforts de mobilisation entre la sphère politique et la sphère du mouvement social. Et je dis le mouvement social en pensant non seulement au syndicalisme mais à tout l’univers associatif, lui aussi laissé de côté à présent en dépit de ses propres efforts pour se mobiliser. Bref, nous avons besoin d’une convergence populaire. En tous cas je le dis clairement : les organisations politiques ont toute leur place dans la mobilisation et la conduite du mouvement de résistance sociale. La jonction entre elles et les organisations du mouvement syndical et associatif est indispensable face à la politique de Macron. Car cette politique vise en fait, à partir du terrain social, à une reconstruction politique générale de la société. Ce n’est donc pas seulement une « question syndicale » qui est posée. Ni la refonte du code du travail, ni la destruction de la Sécurité sociale ne sont des questions exclusivement syndicales. Ce sont des questions de société qui ont un contenu hautement politique comme nous ne cessons de le dire à la tribune de l’Assemblée et au pays.

     

    Pour en savoir plus :

    - Jean-Luc Mélenchon : «La France est dans un état surcritique, tout peut basculer»

    - Pour Mélenchon, «la France reste un volcan». Selon le leader de La France insoumise, le pays demeure en ébullition. Et si la mobilisation n’a pas eu lieu, c’est la faute à la désorganisation et aux bisbilles syndicales.

    -Jean-Luc Mélenchon : « Les syndicats sont mortels, comme les partis »

    - Un œil sur la lutte ( partie 1) et Un œil sur la lutte ( partie 2)

    Page d'Histoire : 1895 : naissance de la CGT

    - Ordonnances SNCF : l’occasion par Frédéric Lordon, 20 mars 2018

    - Dilemmes français – Syndicalisme et politique : liaison dangereuse ou tragédie moderne ?

    Partager cet article
    Repost0
    20 octobre 2017 5 20 /10 /octobre /2017 14:18

    Grand entretien 18 octobre 2017

    « L’insoumission est un nouvel humanisme » Jean-Luc Mélenchon
    « L’insoumission est un nouvel humanisme » Jean-Luc Mélenchon
    « L’insoumission est un nouvel humanisme » Jean-Luc Mélenchon

    « Notre tactique, c'est celle du bélier : frapper sans pause, en comptant que la muraille finira par tomber ! On ne sait pas quand ! Il faut donc être endurant et avoir une stratégie de combat sur le long terme ».

     

    Sources : Le1hebdo.fr propos recueillis par JULIEN BISSON et VINCENT MARTIGNY

    -On vous présente comme le premier opposant de France. Quel est le sens, pour vous, du mot opposition ?
    L’opposition ? Ce n’est qu’une étape vers la conquête du pouvoir. Du reste, quel mérite à être le premier opposant, quand les autres ne s’opposent pas ? Le PS est broyé. Il ne se relèvera pas avant un très long moment, s’il se relève un jour. Sa base sociale a disparu. Pas parce qu’elle est partie, mais parce qu’elle n’existe plus. Cette base, c’était la classe moyenne urbaine ascendante des années 1970. Monsieur faisait du jogging, madame de la bicyclette, et le gros chien blanc bondissait entre eux : c’est la pub pour le quartier des Pyramides à Évry, en 1980. Cette base sociale n’existe plus : la classe moyenne n’est plus ascendante, elle a peur du déclassement pour ses enfants, et elle a sombré dans le zapping consumériste. Donc le liant à partir duquel le PS assemblait les ouvriers et les ingénieurs s’est cassé.

     

    Et il a choisi la fuite en avant dans l’illusion libérale des classes moyennes supérieures : c’est la cause profonde de son isolement quasi total. Mais ceux qui sont le plus en danger aujourd’hui, ce sont les partis de droite ! Ne sous-estimez pas Macron : quand il parle des « fainéants », il ne fait que reprendre le vocabulaire de la droite ras-du-bonnet ; c’est un signal de ralliement, il veut être le nouveau chef de la droite. Dans ce cas, le titre de premier opposant de France peut être suspect. Je ne veux pas d’une compétition dont je n’ai pas choisi les termes. Notre but, c’est de construire une majorité populaire autour de notre programme et de nous préparer à gouverner dans la révolution citoyenne. Il faut savoir choisir son terrain, s’y déployer et s’y tenir, sans se laisser entraîner dans des compétitions sans objet.

     


    -Justement, quel est pour vous le terrain de l’opposition : l’Assemblée, la rue ?
    Les deux. Voyez comment nous avons agi contre les ordonnances. On nous prédisait cinq députés à l’Assemblée ; on est dix-sept. On forme un groupe avec des notes différentes, des nuances. Un groupe qui marche à la bonne franquette. Mais il dégage une énergie énorme et contagieuse !

     


    -Votre groupe comporte tout de même quelques fortes personnalités, de François Ruffin à Clémentine Autain. Comment cela se passe-t-il ?
    Il faudrait leur demander leur ressenti ! Mais c’est simple entre nous. Il y a dix-sept têtes dures. On forme un groupe, pas une addition d’individus. Et j’ai un besoin total de les voir occuper le terrain. Plus il y a d’émetteurs du message, plus il se diffuse. Attention : ce sont de belles intelligences, et surtout des militants, avec souvent cinq ou dix ans d’expérience dans les bottes. Le petit Quatennens ne sort pas de l’œuf : certes, il n’a que 27 ans, mais il a une dizaine d’années d’expérience derrière lui.

     

     

    -Qu’en est-il de la rue ? Vos appels aux casserolades ou au million de manifestants sur les Champs-Élysées n’ont pas été franchement couronnés de succès…
    Vous vous trompez ! Chaque jour, on avance. La conscience collective du grand nombre progresse. Nous apprenons à assumer notre rôle central. Par exemple, nous ne sommes pas tombés dans le piège de la compétition avec les syndicats. Mais qui d’autres que nous, en politique, est capable de telles mobilisations de masse ? Parfois, bien sûr, on prend des coups. On apprend. Le 23 septembre dernier, on a été naïfs. La marche a été un énorme succès, mais on n’a pas été bons sur le service après-vente. Castaner a monté une belle diversion avec l’histoire du peuple et des nazis. C’est dommage, car cela a limité notre impact médiatique.

    Notre tactique, c’est celle du bélier : frapper sans pause, en comptant que la muraille finira par tomber. On ne sait pas quand ! Il faut donc être endurant. Et avoir une stratégie de combat sur le long terme.

     

     

    -Quel va être le rôle des Insoumis dans les cinq années à venir ?
    Le point de départ, c’est le livre L’Ère du peuple en 2014, la théorie de la révolution citoyenne. Et le programme L’Avenir en commun. La théorie, c’est : le peuple fait la révolution citoyenne. Toute la question est de savoir comment on définit le peuple et en quoi consiste son action.

     

    Deux éléments ont jailli pour produire la théorie de la révolution citoyenne :

    • le premier, c’est l’épuisement de tous les modèles de la « vieille gauche » – en atteste l’effondrement de la social-démocratie européenne, qui a longtemps été ma famille politique, et du communisme d’État. Beaucoup vivent ça comme un incident de parcours. Pas moi. Un monde est mort !
    • Le second déclencheur, c’est la prise de conscience écologique.

     

    L’entrée dans l’écologie politique m’a fait sortir du cadre théorique dans lequel j’étais en train de mourir sur pied. L’écologie politique ramène aux fondamentaux. Il y a des biens communs, un seul écosystème compatible avec la vie de notre espèce, et ils sont menacés. La thèse sociale-démocrate est donc morte à jamais, car elle suppose une correction progressive des inégalités par une répartition inégalitaire des produits de la croissance – le développement serait infini alors que la ressource est finie. Quant au communisme d’État, il fonctionne lui aussi sur une illusion productiviste, aggravée du fait qu’il est incapable de s’auto corriger parce qu’il n’y a pas de démocratie. Donc il fallait reformuler un corpus théorique cohérent : identifier l’acteur de l’histoire, ses méthodes d’action, le programme capable de le fédérer et la place particulière de la démocratie et de la conflictualité pour renverser le vieux monde et faire vivre le nouveau.

     

    -La France insoumise est-elle un parti ou un mouvement ?
    C’est un mouvement. Nous ne voulons pas être un parti. Le parti, c’est l’outil de classe. Le mouvement est la forme organisée du peuple. L’idée, c’est d’articuler le mouvement, sa forme et son expression : le réseau. Je sais que ce n’est pas évident à comprendre pour les seniors de la politique qui trimballent leurs vieux scénarios des années soixante, mais le but du mouvement de la France insoumise n’est pas d’être démocratique mais collectif. Il refuse d’être clivant, il veut être inclusif. Ça n’a rien à voir avec la logique d’un parti. De plus, il doit être un organe utile. Alors les copains distribuent de la nourriture, vont chercher des vêtements, aident les gens à demander les prestations sociales auxquelles ils ont droit. Et pour le reste, le mouvement ne fait que des campagnes. Donc quand on nous demande où est la direction, ça peut vous paraître étrange, mais il n’y en a pas.


    Nos observateurs sont enfermés dans une vision binaire opposant verticalité et horizontalité. Or le mouvement n’est ni vertical ni horizontal, il est gazeux. C’est-à-dire que les points se connectent de façon transversale : on peut avoir un bout de sommet, un bout de base, un bout de base qui devient un sommet… Pour le comprendre, il faut construire un nouvel imaginaire politique.

     

     

    -Et le concept d’Insoumis, d’où vient-il ?
    Lui aussi est très travaillé. Au point de départ, l’idée était de trouver un mot qui dise deux choses en même temps : une action collective et un comportement individuel. Le mot insoumis est ce qui correspond le mieux à l’individuation des rapports sociaux de notre temps. Au début, l’idée c’était « rebelle ». Mais rebelle ne dit rien de celui qui l’est. Insoumis, ça nous ramène à la racine individuelle du combat pour l’émancipation. Je dis : l’insoumission est un nouvel humanisme. J’ai rattaché notre mouvement à ses racines très profondes : l’époque où l’obscurantisme religieux commence à desserrer ses mâchoires de fer et où émerge la Renaissance, et avec elle un désir de liberté de pensée et de liberté politique. L’insoumis, c’est un concept en travail. Le crayon à la main, je complète en ce moment la thèse de l’insoumission humaniste.

     

     

    -Dans le mouvement de la France insoumise, quel rôle joue Jean-Luc Mélenchon ?
    Je sers de clé de voûte. Je laisse donc beaucoup les choses se faire toutes seules. C’est très anxiogène de bosser avec moi. Il n’y a pas de consigne, on ne sait pas ce que je veux. Moi je sais. Parfois, mais pas toujours. J’ai une foi totale dans la capacité auto-organisatrice de notre peuple. Ce n’est plus le même peuple que dans ma jeunesse, les gens sont très éduqués, ils ont moins de lectures communes, mais ils ont une ample culture partagée de vidéos, de films, de musiques. Tout le monde sait qui est Naomi Klein, tout le monde a vu son film La Stratégie du choc ; tout le monde a vu aussi, par exemple, les films Demain, La Sociale ou Divines. Donc le mouvement se construit sur une culture commune, et avec une capacité d’auto-instruction des masses humaines considérable.

     

     

    -Votre électorat est aujourd’hui principalement constitué de gens aux revenus limités, mais souvent très diplômés. Qu’avez-vous prévu pour parler au peuple sans diplôme ?
    Moi. Vous pouvez vous identifier à moi. J’assume le refus de ce monde. Ne pas être diplômé ne veut pas dire ne pas avoir d’idées ou de savoirs. Mon comportement valide leur insoumission spontanée. Les personnes que je croise dans la rue, dans le bus, dans le métro, sentent d’instinct celui qui est « avec nous ». C’est important, dans une société, de gagner les gens à la fois par ce qu’ils ont dans la tête et par les affects. Le mécanisme libéral qui broie les classes sociales continue à alimenter nos rangs, pas ceux des autres. Si on avait une société qui permettait aux classes populaires de s’élever, de croire en l’avenir de leurs enfants, alors le point d’équilibre serait sans doute plus modéré. Ce n’est pas le cas. Dans les milieux populaires, on cherche surtout à prouver qu’on est un mouvement utile. On a repris l’idée de caravanes militantes, qui vont à la rencontre des gens, qui les renseignent sur les droits sociaux dont ils peuvent bénéficier, qui les inscrivent sur les listes électorales, qui amènent des écrivains publics et des équipes sanitaires, qui mènent la bataille contre les punaises de lit !

     

    On ne peut plus aujourd’hui se contenter de mettre une pile de prospectus sur une table et d’attendre le chaland. Il faut créer les équipes de potes, aller faire du porte-à-porte, et surtout rester et discuter. On prépare la masse qui va agir. Ça prend du temps ! Il faut avoir la patience des bâtisseurs. Pas question de faire semblant. On ne se contente pas d’espérer faire juste 5 % pour permettre de rembourser les frais de campagne. Je veux fédérer une majorité populaire et gouverner le pays. La dernière campagne a été féconde : seuls contre tous les autres partis, nous avons dû continuellement trouver le moyen d’être compris par le grand nombre. Bien sûr, de temps à autre, on fait des rechutes. On écrit des tracts qui jargonnent. Mais, globalement, les mentalités avancent. Voyez la bataille sur le Code du travail : c’est une réforme complexe, difficile à comprendre. On a maintenu la flamme. Est-ce qu’on va réussir à l’empêcher ? C’est une situation ouverte. La politique est un art de la réalisation. Il ne suffit pas de savoir, il faut faire. Et, à un moment, tu fais et tout peut basculer.

     

     

     

    -Avec ces actions et la création du Média, un organe très proche de la France insoumise, reprenez-vous l’idée très communiste de création d’une forme de contre-société ?
    Bien sûr. Le Média sera un espace culturel, ce qui signifie qu’il ne sera jamais « le » média du mouvement. Ça ne servirait à rien. J’ai déjà ma chaîne YouTube, et la plateforme des Insoumis compte cinq cent mille appuis. Il y a nos millions de tracts ! Le rôle du Média est de rendre possible et de structurer un espace culturel autonome de résistance et d’insoumission. Un espace culturel d’un type absolument nouveau, car il veut s’enraciner dans la francophonie.

     

    Donc il va s’alimenter aussi au Québec, dans le Maghreb et l’Afrique subsaharienne. Notre horizon n’est pas celui du village franco-français ! Nous voyons grand pour agir en grand : la francophonie, troisième groupe de locuteurs au monde, c’est une bonne base. Je ne veux jouer aucun rôle dans la vie du Média. On a besoin de moi dans tellement d’autres secteurs moins bien lotis ! Il y a tellement d’autres initiatives sociétales. En ce moment, des copains réfléchissent à créer une organisation pour les enfants, sur le modèle des scouts, d’autres veulent créer des caravanes sanitaires… Le but numéro un du mouvement, c’est l’auto-organisation du peuple. C’est pour ça qu’on ne parle pas la même langue avec ceux qui me demandent : « Comment sera élue la direction du mouvement ? » On s’en fout comme de notre première chemise ! Le système multipolaire actuel nous convient. Qui fait attention au fait que toutes nos structures comportent une part de gens tirés au sort depuis le début ? Nous aurons bientôt une assemblée représentative du mouvement à moitié tirée au sort ! Nous engageons des révolutions radicales dans la manière d’organiser notre vie politique.

     

     

    -C’est ce qui vous rapproche d’un mouvement comme La République en marche ! Qu’est-ce qui vous en différencie ?
    Le fond. Les outils sont souvent les mêmes mais, ensuite, tout diverge. Par exemple, eux ont une plateforme qui fonctionne bien, très professionnelle. Mais tout est sous-traité à des entreprises qui ont des méthodes non politiques. En marche ! ne construit pas un mouvement de masse transversal ni une contre-société, ce n’est pas son sujet. Il est fondamentalement jupitérien. J’admets que, dans notre façon de faire, il y a aussi une dimension verticale. Mais elle n’est ni unique ni centrale.

     

     

    -Qu’est-ce qui vous a éloigné de votre ancien partenaire, le Parti communiste ?
    Quand j’ai quitté le PS au bout de trente ans, je voyais que la formule des cartels de partis qui fusionnaient était dominante en Europe : c’était Die Linke en Allemagne, Synaspismós, devenu Syriza, en Grèce. Partout revient la même formule : une coalition devient un parti. Mais, en France on bute sur une difficulté imprévue. Nous étions pour un front de gauche et la direction du PCF est pour des fronts de gauche. Tout a mal tourné. J’étais devenu une machine à cash électoral, mais ils ne voulaient pas entendre parler d’une organisation qui se construise par l’ancrage populaire de masse. J’ai compris que si on continuait sur cette voie, on croupirait à 6 %. Sans oublier le noir opportunisme des alliances dans les élections locales sous prétexte de « rassemblement de la gauche ». La direction actuelle du PC a rendu illisible le « front de gauche ». Mais, sur le terrain, les militants communistes ont largement fait équipe avec nous contre la tambouille. Leur congrès a repris notre thèse de la « révolution citoyenne ». Et, en retirant nos candidats dans six circonscriptions, nous avons permis l’élection de plus de la moitié des députés communistes. Nous ne sommes donc pas en guerre. Mais la divergence de stratégie ne doit pas être masquée : rassembler la gauche ou fédérer le peuple ? Les résultats électoraux ont tranché. Hélas, le PCF est à 2 % aux législatives.

     

     

     

    -Comment expliquez-vous le décalage entre la description que vous faites de votre mouvement, qui se veut solidaire et bienveillant, et son image publique, parfois dure et agressive ?

    Nos adversaires savent travailler ! Ils savent marquer des points contre nous. Ils ont l’appui du « parti médiatique », quasi unanime. Leur but essentiel est de nous attribuer une identité qui leur convient. On s’apprête à leur faire les poches, ils ne vont pas nous féliciter ! Donc il joue sur cette corde : Mélenchon est agressif, ses partisans sont durs, etc. Ils parviennent à rendre les nôtres super virulents sur les réseaux sociaux. Mais quand tu les retrouves dans la rue, tout le monde voit bien qu’ils sont bons comme du pain blanc. La morale de cela, c’est qu’il ne faut pas s’occuper de ce que les gens pensent de nous dans l’instant. Car on n’arrivera pas à empêcher qu’on nous caricature. Essayons plutôt d’en tirer parti. Le large public s’éduque petit à petit mais irrémédiablement. Le mépris populaire pour les médias a bien évolué : il est plus profond et conscient que jamais. Je sais que c’est dur. Moi aussi, il y a des jours où je me sens asphyxié par les buzz quotidiens que lancent les chiens de garde.

     

     

    -Parlons d’un sujet plus important, mais pas moins polémique : la nation et l’Europe. Quelle est votre position aujourd’hui sur ces points ?

    La nation est un mot à bords flous en France. Pour moi, il y a un concept central : le peuple est souverain. On oublie que j’ai passé presque dix ans à mener un combat fédéraliste au niveau européen, avec la gauche du SPD, pour aboutir à une assemblée constituante. Au bout d’un moment, j’ai laissé tomber. Leur Europe, celle des traités libéraux, a gagné. Le pli est désormais irréversible. Il faut avancer avec une autre méthode. Nous avons appelé ça « plan A et sinon plan B ». On ne peut pas laisser faire l’Europe en défaisant la France. Mais, en s’appuyant sur l’identité républicaine de la France, on peut faire une Europe des nations bien intégrée. Les Français comprennent ça ! Mais leurs élites sociales et médiatiques sont mondialistes. Nous sommes altermondialistes. J’ai été marqué par le sens du nationalisme latino. C’est un nationalisme de gauche, anti-impérialiste. Ça a un sens : tu ne peux pas construire un mouvement de masse à dix mille kilomètres de l’affect moyen de ton pays. La première fois qu’on a évoqué l’idée de chanter La Marseillaise dans les meetings, plusieurs de mes amis ne voulaient pas en entendre parler. Moi, j’y croyais. Si on fait une campagne présidentielle où on ne chante pas l’hymne national, qu’est-ce qu’on va chanter ? L’Internationale ? Ça exclut tous ceux qui ne la connaissent pas. Quand on a commencé à chanter La Marseillaise sur la place de Stalingrad à Paris en 2012, ceux qui chantaient le plus fort, c’étaient les jeunes dans le public. Pour moi, il était important de rendre à ce chant son caractère populaire, qui en fait partout dans le monde un chant révolutionnaire. J’y reviens : le concept central, c’est celui selon lequel le peuple est le seul souverain.

     

     

    -L’Europe ne peut pas être le cadre de cette souveraineté ?
    Alors le monde entier peut l’être ! Il n’y a qu’une seule humanité. Mais s’il faut commencer par un bout, commençons par former un peuple souverain. Le « peuple européen », qu’est-ce que c’est ? Je ne me sens rien de commun avec les pays baltes. C’est le bout du monde, même les Romains ne sont pas allés là-bas ! La grande matrice de l’Europe, ce sont les frontières de l’Empire romain. En deçà, la nation civique ; au-delà, la nation ethnique. Et quel déni de la réalité concrète ! Il y a un million de Maghrébins qui vivent aujourd’hui en France, dont une majorité sont français ! On a des familles en commun ! Mais on les traite en suspects ! Et on traiterait comme des frères de lointains Lituaniens sous prétexte qu’ils sont chrétiens ! Ce n’est pas mon histoire. Quand je parle de nation, il ne faut pas l’essentialiser. La nation, c’est le contenant de la République et de son peuple souverain. Ce qui m’intéresse, c’est le caractère républicain de la patrie. En France, la République fonde la nation, et pas l’inverse. Jospin me disait : il y avait la France avant la Révolution. Non ! C’était le royaume de France, les frontières étaient différentes, les gens aussi. Par conséquent, je n’accepterai jamais un nationalisme qui serait un ethnicisme. Je suis universaliste. Et je refuse absolument les abandons de souveraineté populaire sous prétexte de cantiques européistes creux et dangereux, comme le renoncement à notre autonomie en matière de défense.

     

     

    -Si la France insoumise arrivait au pouvoir, respecterait-elle la démocratie ?
    Mais oui ! On votera même plus que jamais ! Et on perdra des élections ! Et alors on s’en ira ! L’erreur est de croire que, parce qu’on essaye de se maintenir par la force, on peut avoir raison. Ni la force ni la guérilla. J’ai cru, comme beaucoup de gens de ma génération, à l’idée de la guérilla. On a aidé et armé le MIR (Mouvement de la gauche révolutionnaire) contre Pinochet. Aujourd’hui, on ne le ferait plus. L’action populaire et les bulletins de vote ! Ça durera le temps qu’il faut, mais le tyran finira par tomber. Et les copains ne mourront plus les premiers.

     

     

    -La violence n’est pas une solution en politique ?
    Jamais. C’est toujours nous qui perdons, c’est ce que la vie m’a appris. On n’est jamais assez armés, on perdra tout le temps et les meilleurs mourront. C’est un hasard local si on a pris le pouvoir comme cela à Cuba, et on l’a chèrement payé. Le Che est mort en Bolivie avec cette stratégie. Il n’y a pas d’exemple où on ait vaincu par les armes. En revanche, il y en a beaucoup où nous avons été vaincus parce que certains prenaient les armes. À un moment, j’en arrivais à dire : les seules révolutions durables sont celles où on vient aux actions avec ses gosses dans les landaus.

     

     

    -Quels sont les penseurs qui ont nourri votre action et celle de la France insoumise ?
    Je suis maintenant un bric-à-brac très avancé. C’est un processus très humain de culture accumulative : j’empile des romans, des essais, etc. En revanche, j’ai des repères fixes : le matérialisme historique, les livres de l’historien marxiste Denis Collin, et même des inspirations littéraires. Voyez mon fameux hologramme : c’est une idée que je sors d’Isaac Asimov, dans Fondation et Empire ! Ça ne se dit pas. Je pourrais aussi citer Philip K. Dick, dans la même veine. Après, pour comprendre les aspects premier degré répétitif, c’est quelque chose que j’ai trouvé chez Erskine Caldwell. Ses personnages sont des abrutis, qui répètent tout le temps la même chose, mais qui avancent par la force de l’évidence qu’ils ressentent. Un texte comme La Route au tabac est pour moi lumineux. Donc je suis aussi fait de romans. Parce que la théorie politique, le matérialisme historique, Gramsci, c’est bien beau, mais ce n’est pas forcément ce qui te rend créatif dans l’action. Pour cela, il y a la littérature. Quand mes assistants commencent à travailler avec moi, les premiers livres que je leur donne ce sont Socialisme utopique et socialisme scientifique d’Engels, puis la biographie de Louis XI par Paul Murray Kendall.

     

     

    -Pourquoi Louis XI ?
    Parce que c’est un génie ! Il affronte un adversaire riche et puissant, qui a tout pour lui. Lui arbore un chapeau pouilleux et n’est même pas sûr d’être le fils du roi. Mais il calcule. Toute sa force sera de parvenir à prendre Charles le Téméraire à son propre piège pour le mettre à terre. Ce livre est arrivé dans ma vie et m’a montré l’intelligence de cet homme plus qu’isolé, et qui va parvenir avec quelques compères à retourner la situation et triompher. Avec François Delapierre, l’ancien secrétaire national du Parti de gauche qui est décédé en 2015, nous appelions cela « la stratégie de la tête d’épingle ». Et puis, il faut lire l’Histoire de la révolution russe de Trotski, qui est indépassable et merveilleusement écrite. Et, avant tout, les histoires de la Révolution française, en commençant par celle de Michelet, pour une mise en bouche lyrique. Même si je ne suis pas d’accord avec lui, puisqu’il est antirobespierriste. Moi, j’ai épousé cette histoire à 14 ans, racontée par Thiers, ce qui ne manque pas de sel, non ? Lorsque j’étais trotskiste, j’ai choisi mon nom en référence à celui que Thiers insulte tout au long du livre, un bistrotier du nom de Santerre.

     

     

    Qu’espérez-vous avoir accompli dans cinq ans ?-

    J’espère avoir créé une grande puissance politique et un mouvement populaire de masse capable d’exercer le pouvoir. Actuellement, il y a 564 000 personnes qui appuient le mouvement. J’aime ce défi qui consiste à savoir ce qu’on fait avec un demi-million de personnes. Aujourd’hui, je n’en sais rien. Je pense qu’un simple clic de soutien peut, petit à petit, mener à un engagement très profond. Prenez la casserolade : personne ne sait comment ça marche, à commencer par moi. J’ai vu Besancenot en faire contre la loi El Khomri, ça m’a bien plu. Il y a des endroits où ça a pris, d’autres non. Une semaine plus tard, ça a repris à Toulouse, et dans les cortèges syndicaux ensuite. Des copains veulent les généraliser dans les marches. Progressivement, ça va devenir une marque de fabrique. En 2012, on avait essayé avec les balais, ça n’avait pas pris. La casserole, ça peut prendre. Le grand nombre doit construire ses rites d’identification.

     

    Qu’est-ce que je veux accomplir ? Créer un mouvement populaire de masse qui sait pourquoi il fait les choses : faire triompher le programme L’Avenir en commun, avec une méthode et une organisation nouvelles. Le tout avec 17 députés, des milliers de groupes d’appui. Et une caisse pleine – on doit être le seul mouvement politique qui n’a aucune dette !

     

     

    -Avez-vous déjà réfléchi à votre succession ?
    J’ai eu l’orgueil de croire qu’on pouvait choisir son successeur. Il est mort. Aujourd’hui, je ne m’en préoccupe plus. Ce que je souhaite, c’est que le mouvement soit suffisamment large et puissant pour qu’il existe sans moi. Il y a beaucoup de talents et de jeunes en son sein. Ils se disputeront sans doute, mais ce ne sera plus mon affaire. Le triomphe du disciple est la gloire du maître. Le bon maître est celui qui apprend à l’élève à se déprendre de lui. Ma marque sera la contribution intellectuelle que j’aurai apportée pour fonder l’humanisme politique de ce siècle.

     

     

    Pour en savoir plus :

    - Mélenchon 2022 : nouvelle étape dans la stratégie de la révolution citoyenne

    « L’insoumission est un nouvel humanisme » Jean-Luc Mélenchon
    Partager cet article
    Repost0
    13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 14:32
    Populisme. Le fantasme des élites

    -En savoir plus

    Alors que le terme de « populiste » semble bien établi dans le vocabulaire des commentateurs politiques, on ne peut qu’être surpris par l’absence de points communs entre les partis ou personnalités qui en sont accusés. Comment pourrait-il en être autrement ? Il sert à décrire tout autant des mouvements progressistes, depuis la fin du XIXe siècle, que l’extrême droite européenne. Ne faut-il pas alors voir dans cette confusion la raison d’être d’un concept qui masque avant tout une défiance face au peuple et à la démocratie ?


    Il faut entreprendre l’histoire de ce dénigrement pour comprendre la morgue de ceux qui l’utilisent à tort et à travers. Le peuple a toujours fait peur, le libéralisme produit les mécanismes pour le bâillonner. Fantasme des oligarques, le populisme exprime leur haine du peuple.

     

    Benoît Schneckenburger, docteur et agrégé de philosophie, est spécialiste de théorie politique et du matérialisme. Membre du bureau national du Parti de Gauche et militant du Front de Gauche, il a publié Apprendre à philosopher avec Épicure (Ellipses) et Hobbes, Léviathan chapitres 13 à 17 (Gallimard Folioplus). Il enseigne la philosophie en lycée à Paris et à l’université Paris 8.

     

    - Par : Benoît Schneckenburger

    Éditions : Bruno Leprince | éditions

    ISBN :  979-10-329-0059-8

    : 213

    Disponibilité : chez l'éditeur Bruno Leprince | éditions

    Prix papier TTC : 5 €

     

     

    -

    Populisme, le fantasme des élites - Entretien avec Benoît Schneckenburger

     

    -

    Le populisme est-il la solution ?
    Vendredi 24 août 2018, conférence « Le populisme est-il la solution ? » à Marseille aux Amfis d'été de la France insoumise.

    Partager cet article
    Repost0
    29 septembre 2017 5 29 /09 /septembre /2017 20:03
    Ordonnances travail : exigez, avec les insoumis, qu'Olivier Falorni vote contre leur validation
    Nous le savions : 
    - Député de la 1ére circonscription de Charente Maritime (La Rochelle/Ré) il se dit « de gauche » alors qu'aucune de ses déclarations politiques depuis l'élection d'Emmanuel Macron ne comporte d'analyse critique de la politique gouvernementale, des projets en cours, ou déjà mis en œuvre.
    - Lors de la campagne des législatives c'est en connaissance de cause qu'il à annoncé son ralliement à « La République en Marche », enfin à la « majorité présidentielle », à la politique de casse qui se met en place à grande vitesse.
    - Olivier Falorni a rejoint la majorité gouvernementale sans ignorer le texte de l'avant projet de loi habilitant le gouvernement à légiférer par ordonnances publié le 4 juin dernier par Le Parisien et dans lequel on  retrouvait toute la panoplie du recul social : plafonnement des indemnités prud’homales, référendum à l’initiative du chef d’entreprise, fusion des instances de représentation du personnel, réforme de l’assurance chômage, redéfinition de la place des branches, l'inversion de la hiérarchie des normes.... et malheureusement confirmé et aggravé depuis.

     

    - Les actes du député O. Falorni depuis sa réélection en juin 2017 ne sont donc pas une surprise : discours de gauche et... actes de droite

    • 4 juillet 2017 : Vote de la confiance au gouvernement. C'est confirmé, Olivier Falorni député de La Rochelle/Ré, en votant la confiance au gouvernement d’Édouard Philippe, s'est mit au service d'une politique... de droite. Il l'a fait en toute connaissance du programme d'En Marche, de Macron, du 1er Ministre (généralisation de l'état d'urgence, casse du Code du travail, baisse des pensions des retraités...). Tout ce qu'il pourra dire ou faire à dater de ce jour sera de la gesticulation médiatique pour rassurer l'électorat qui lui reste à gauche ! La France insoumise est le seul groupe parlementaire à voter unanimement contre la confiance.

     

    • 13 juillet 2017 : Vote de la loi d'habilitation autorisant le gouvernement à légiférer par ordonnance pour casser le code du travail. Après quatre jours de débat, le projet de loi d'habilitation a été approuvé par 270 voix contre 50. La majorité ainsi que les Républicains et les Constructifs LR-UDI ont voté pour alors que la Nouvelle gauche (ex-PS), les Insoumis et les communistes ont voté contre. Sur ce dossier pourtant essentiel pour les salariés.... Olivier Falorni est absent se rendant complice par défaut de coup d'état social en cours.

     

     

    Les ordonnances Macron étant publiées, le parlement va être à nouveau saisi pour les valider.

    La bataille politique et sociale continue

     

     

    - C'est donc en toute légitimité que les insoumis rochelais en appellent aux citoyens pour qu'ils interpellent le député O. Falorni et exigent de lui qu'il vote " contre " leur validation

     

    Ordonnances travail : exigez, avec les insoumis, qu'Olivier Falorni vote contre leur validation
    Ordonnances travail : exigez, avec les insoumis, qu'Olivier Falorni vote contre leur validation

    - N'attendez pas qu'il trop tard pour interpeller votre député afin qu'il vote contre la validation des ordonnances travail !

    • Un tract est à votre disposition ici :

    Ordonnances travail : exigez, avec les insoumis, qu'Olivier Falorni vote contre leur validation

     

    - Les insoumis de la Rochelle s'adressent aux passants

    Ordonnances travail : exigez, avec les insoumis, qu'Olivier Falorni vote contre leur validation
    Ordonnances travail : exigez, avec les insoumis, qu'Olivier Falorni vote contre leur validation
    Ordonnances travail : exigez, avec les insoumis, qu'Olivier Falorni vote contre leur validation
    Ordonnances travail : exigez, avec les insoumis, qu'Olivier Falorni vote contre leur validation
    Ordonnances travail : exigez, avec les insoumis, qu'Olivier Falorni vote contre leur validation
    Ordonnances travail : exigez, avec les insoumis, qu'Olivier Falorni vote contre leur validation
    Ordonnances travail : exigez, avec les insoumis, qu'Olivier Falorni vote contre leur validation
    Ordonnances travail : exigez, avec les insoumis, qu'Olivier Falorni vote contre leur validation
    Ordonnances travail : exigez, avec les insoumis, qu'Olivier Falorni vote contre leur validation
    Ordonnances travail : exigez, avec les insoumis, qu'Olivier Falorni vote contre leur validation
    Ordonnances travail : exigez, avec les insoumis, qu'Olivier Falorni vote contre leur validation
    Ordonnances travail : exigez, avec les insoumis, qu'Olivier Falorni vote contre leur validation
    Partager cet article
    Repost0
    26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 10:09
    source : http://www.manuelbompard.fr

    source : http://www.manuelbompard.fr

    Manuel Bompard est mathématicien et a été directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon. C’est une des chevilles ouvrières de La France Insoumise et de sa stratégie. Nous avons souhaité l’interroger dans le cadre de notre série d’été sur la France Insoumise.

     

    Sources : LE VENT SE LÈVE

    -

    LVSL : Vous faites partie d’une génération qui maîtrise les codes d’internet, désormais au cœur de la stratégie de la France Insoumise. Peut-on voir dans la campagne de 2017 une bifurcation dans l’usage politique d’internet ?

    Manuel Bompard : Je ne suis pas sûr que l’on puisse parler de virage ou de bifurcation. En réalité, cela n’a pas été aussi brutal, il y a eu un certain nombre d’étapes intermédiaires pour passer de la campagne du Front de Gauche en 2012 à la campagne de la France Insoumise en 2017.  Il ne s’agit pas d’un processus chimiquement pur à travers lequel on passerait d’une stratégie à l’autre. Il y a eu des tâtonnements, des essais, à l’instar du Mouvement pour la 6ème République (M6R). Par cette expérimentation, nous avons insisté sur la notion de réseau social au sens large : nous avons mis en place une plateforme numérique qui visait à remplacer le rôle traditionnel des organisations politiques.  

     

    Aujourd’hui, la plateforme France Insoumise permet de faire ce que faisaient traditionnellement les partis politiques : commander du matériel, s’organiser collectivement avec d’autres personnes, etc. Cela permet de fonctionner de manière moins rigide que les organisations politiques, et de commencer à mettre en ouvre notre principale idée : rendre le mouvement poreux vis à vis de la société. L’impasse dans laquelle nous étions, y compris avec le Front de Gauche, c’est que la frontière entre les militants politiques engagés et le reste de la population était devenue presque impossible à franchir. Les gens percevaient les militants comme des moines. La démarche M6R était un premier test pour déterminer si nous arrivions à remédier à cela. 

     

    A une échelle encore embryonnaire, les élections intermédiaires ont été marquées par des tentatives, dans certains départements et dans certaines régions, d’aller au delà des cartels d’organisations politiques pour faire des mouvements plus larges ouverts à tous ceux qui souhaitaient y participer.  Des initiatives citoyennes qui sont restées assez marginales, car ce sont des élections qui ne politisent pas la société. Mais il y avait des bribes, des tests.

     

    « Le mot « Insoumis » joue le rôle de ce que Laclau appelle le signifiant vide : chacun y vient avec ses revendications, c’est une manière de passer du particulier au collectif »

     

    A la fin d’une campagne électorale on a toujours tendance à refaire l’histoire, mais beaucoup de nos initiatives relevaient de l’intuition, sans avoir été théorisées à l’avance. Je sais qu’à LVSL, vous êtes des lecteurs d’Ernesto Laclau et de Chantal Mouffe. Chez ces deux auteurs, il y a une idée importante, celle du « signifiant vide ». Prenez le mot « Insoumis » par exemple. On ne l’a pas choisi suite à une discussion théorique mais en inscrivant cinquante slogans sur une feuille avant de choisir celui qui nous plaisait le plus. D’ailleurs, on optait au début pour « La France Insoumise, le peuple souverain », puis nous nous sommes dits que « La France Insoumise » c’était suffisant. Mais après quelques mois, nous nous sommes rendus compte que le mot « Insoumis » joue le rôle de ce que Laclau appelle le signifiant vide, c’est à dire que chacun y vient avec sa revendication, son sujet, comme une manière de passer du particulier au collectif. On peut être insoumis pour de multiples raisons.

     

    - LVSL : Quelle place accordez-vous aux réseaux sociaux dans votre action politique ?

    Manuel Bompard : Il faut commencer par définir ce qu’on entend par réseaux sociaux. Il y a d’abord la plateforme numérique de la France Insoumise qui constitue un premier test d’auto-organisation par internet. Les gens peuvent s’engager par internet dans des dynamiques de mobilisation. On trouve aussi le Discord Insoumis, qui prolonge la plateforme avec des initiatives qui émergent par elles-mêmes.  

     

    Internet a pris une telle place dans la vie aujourd’hui, que nous nous sommes demandés comment utiliser au mieux tous les outils proposés pour mener la bataille culturelle. La dimension « nouveaux médias » a été très forte dans la campagne avec l’usage de Youtube. Facebook et Twitter c’est presque désuet maintenant, tout le monde le fait. Pour lutter contre l’idéologie dominante sur internet, les nouveaux médias comme Youtube permettent d’élaborer une stratégie précise. Nous avons à ce sujet des sources d’inspiration, la Tuerka notamment [programme de télévision animé par Pablo Iglesias en Espagne]. 

     

     

    - LVSL : L’expérience espagnole des précurseurs de Podemos a donc été une source d’inspiration dans la création de vos propres médias ?

    Manuel Bompard : Oui, bien sûr. Mais il ne s’agit pas seulement d’être ses propres médias. Être ses propres médias, cela fait 40 ans qu’on en entend parler. Tout le monde veut être son propre média. L’idée forte que l’on retrouve dans la Tuerka, et que l’on a essayé de mettre en œuvre à notre tour – peut être pas encore suffisamment –  c’est de s’approprier les codes populaires. Nous ne voulons pas faire un nouveau média élitiste uniquement destiné au groupe de personnes déjà intéressées par ce qu’on raconte. Il ne suffit pas de faire des reportages sur la Loi travail, des interviews de syndicalistes engagés, même si c’est très bien. On ne peut pas concurrencer les médias traditionnels sur ce créneau, car c’est un média de niche.

    source : http://www.publico.es/publico-tv/otra-vuelta-de-tuerka/490285/otra-vuelta-de-tuerka-jean-luc-melenchon

    source : http://www.publico.es/publico-tv/otra-vuelta-de-tuerka/490285/otra-vuelta-de-tuerka-jean-luc-melenchon

    Ce qui me semble important, et nous l’avons décliné dans l’émission Esprit de campagne, c’est donc l’idée de s’approprier les codes populaires, ceux des séries télévisées, des JT, afin de les retourner contre le système. C’est la dimension la plus importante, et elle vient d’Espagne. Podemos a beaucoup travaillé là dessus. Pour prendre un exemple, on pourrait imaginer une série à la House of Cards dans laquelle nous serions au pouvoir, nous nous confronterions aux évènements de l’actualité et nous nous montrerions sous une forme de shadow cabinet dynamique. 

     

    De ce point de vue, le travail de la France Insoumise sur les réseaux sociaux est lié au fait qu’on ne souhaite pas rester entre nous, heureux de comprendre le code du travail mieux que les autres. Non, nous voulons parvenir à utiliser des codes de communication qui permettent à tout le monde de se sentir intéressé, afin que notre message percute la vie quotidienne de chacun.

     

     

    - LVSL : Quelle était la stratégie médiatique de la France Insoumise durant la campagne électorale ? 

    Manuel Bompard : Notre objectif était de répondre à l’invisibilisation dans les médias. Nous avons réalisé deux types d’émission dans cette optique. La première, Pas vu à la télé, avait vocation à remédier à l’invisibilisation des gens qu’on ne voit jamais sur les plateaux de télévision, ces gens qui luttent contre le contrôle au faciès, pour le droit à mourir dans la dignité, des gens investis dans le combat pour la question sociale. Nous nous sommes dits que si les médias ne voulaient pas en parler, nous allions le faire.  

     

    La deuxième émission, c’est la Revue de la semaine, qui remédiait cette fois-ci à l’invisibilisation des thématiques. Cela nous permettait de parler des thèmes dont on avait envie de parler. Antoine Léaument, entre autres, a fait un boulot formidable sur ce sujet. L’émission Pas vu à la télé était un format un peu trop long pour devenir véritablement viral, donc les jeunes de l’équipe ont poussé pour adopter un format plus court, qui correspondait mieux à ce qui se faisait le plus sur Youtube. Nous avons repris les codes des youtubers, des vidéos qui fonctionnaient le mieux. On nous a notamment mis en garde sur le fait de ne pas rechercher l’esthétique, car ce n’est pas forcément le plus efficace. C’est vrai pour les vidéos, mais aussi pour tous les visuels qu’on publie sur les réseaux sociaux : on a constaté que les visuels les plus beaux ne sont pas nécessairement ceux qui marchent le mieux. 

     

     

    - LVSL : On a beaucoup parlé de la construction du « personnage » Jean-Luc Mélenchon dans la campagne…

    Manuel Bompard : Oui, c’est une autre dimension de la campagne qui allait au delà des réseaux sociaux, à savoir quelle figure devait incarner Jean-Luc Mélenchon dans l’élection présidentielle. En 2012, il tenait la position de celui qui devait enfoncer des portes à coups de pied. Cela a été beaucoup critiqué, mais c’est facile de refaire l’histoire a posteriori. On l’avait théorisé mais cette fois-ci cela ne pouvait pas être la même chose. Jean-Luc Mélenchon disposait déjà d’une notoriété et il n’était plus nécessaire d’ouvrir les portes à coups de pied. Au contraire, il fallait essayer de construire un seuil de crédibilité. Pour plaisanter, on parlait de la figure de « l’instituteur du peuple ». 

     

    « Quand on a préparé les deux grands débats, on a voulu que Jean-Luc Mélenchon soit au dessus, qu’il n’entre pas dans la basse-cour avec les autres, qu’il tienne un discours pour l’intérêt du pays et du peuple. »

     

    Jean-Luc [Mélenchon] devait incarner la figure rassurante. Quand on a préparé les deux grands débats, on a voulu faire en sorte qu’il soit au dessus, qu’il n’entre pas dans la basse cour avec les autres, qu’il tienne un discours pour l’intérêt du pays et du peuple. Y compris, s’il le faut, qu’il donne la leçon à tout le monde. Nous voulions qu’il démontre sa maîtrise des sujets, que son humanité ne se fait pas au détriment d’une forme de  sérieux et de crédibilité. Ça a marché dans les débats, avec l’humour, dont on ne parle pas assez. L’humour en politique est très important. La petite blague sur « il faut bien qu’il y ait un débat au PS » a bien fonctionné, par exemple.

     

     

    - LVSL : Dans quelle mesure avez-vous tenté de mener ce travail de crédibilisation, de présentation de la France Insoumise comme force alternative ? 

    Manuel Bompard : Ce travail, nous devons le mener, et je ne suis pas sûr que nous soyons encore parvenus à le faire. Je n’ai aucun regret sur la campagne, mais manifestement c’est sur cet aspect là que nous n’avons pas réussi à remplir notre objectif. C’est peut être ce qui nous a coûté la victoire : les gens étaient plutôt d’accord avec notre programme, mais cela leur faisait encore peur. En même temps, nous voulons transformer radicalement la société. Évidemment, si vous ne voulez apeurer personne, il suffit de dire que vous n’allez rien changer. Il faut bien trouver un compromis, car au bout d’un moment la communication prend le dessus, on évince la conflictualité et on ne change pas la société. 

     

    Dans la campagne, nous avons décidé de nous centrer sur le programme, ce n’est pas toujours ce que font les candidats aux élections. Certains candidats sont créés sur la base d’une stratégie ou sur une ligne, le nôtre l’a été sur un programme, que nous avons beaucoup travaillé. On a sorti le programme en décembre, puis on a lancé les livrets thématiques. C’était une manière de montrer qu’on avait le programme le plus fouillé, un programme sérieux et raisonnable. Dans ce travail, nous avons mis à distance cet écueil de l’extrême gauche qui consiste à concevoir le programme comme un panier de course. Nous avons fait attention à garder un seuil de crédibilité. 

    Source : http://www.rfi.fr/france/20170219-presidentielle-2017-jean-luc-melenchon-chiffre-son-programme

    Source : http://www.rfi.fr/france/20170219-presidentielle-2017-jean-luc-melenchon-chiffre-son-programme

    Nous avons donc sorti le livre L’Avenir en commun. Nous l’avons largement diffusé et nous avons organisé deux journées nationales autour du programme. Ensuite, l’émission sur le chiffrage a été un temps fort dans la crédibilisation. On a essayé de désamorcer les polémiques de manière intelligente. On a manié l’humour et la dérision, ce qui évite de nous situer dans la marginalité, marginalité dans laquelle vous vous placez plus rapidement si vous jouez la figure du syndicaliste en colère.

     

    Encore une fois, tout n’a pas été théorisé, on affinait et on ajustait nos intuitions au fil du temps. La crédibilisation, on l’avait posée comme un objectif en tant quel tel, dans les conditions actuelles je pense qu’on l’a plutôt bien réussi. Désormais, il nous faut approfondir ce travail. 

     

     

    - LVSL : Comment envisagez-vous aujourd’hui de poursuivre dans cette voie ?

    Manuel Bompard : D’abord, il ne faut pas avoir peur d’être la première force d’opposition. Il ne faut pas vouloir s’en cacher. Certains copains disent « non, on n’est pas la première force d’opposition, on est la force d’alternative ». Je suis d’accord pour dire que nous sommes la première force d’alternative, mais il ne faut pas avoir peur d’incarner les responsabilités qui sont les nôtres, et les responsabilités qui sont les nôtres consistent aussi à s’opposer aux mauvais coups. Mais évidemment, cela ne suffit pas.

     

    A l’Assemblée notamment, quand on combat un projet de loi, il faut déposer une contre-proposition de loi. Les règlements de l’assemblée ne permettent pas toujours de le faire mais rien n’empêche d’organiser une conférence de presse des députés pour présenter ce que nous aurions fait à ce moment là. Des outils de communication pourraient nous permettre de montrer ce qu’on ferait si on était aux responsabilités.

     

    Il y a aussi un aspect moins communicationnel, davantage tourné vers le terrain : nous devons être présents dans la société, pas uniquement être la force alternative parce qu’on a le meilleur programme. Nous débattons aujourd’hui de l’auto-organisation, de la manière dont la France Insoumise peut être un outil pour le peuple quand il se met en mouvement. Aux universités d’été, nous avons fait des ateliers sur les formes d’auto-organisation qui existent à Marseille, par exemple avec des gens qui s’organisent entre eux pour gérer le ramassage des ordures car il n’est plus assuré près de chez eux. D’autres qui s’organisent pour assurer la sécurité du quartier, mais d’une manière plus intelligente que l’extrême droite. Tout cela est sans doute très embryonnaire, mais c’est une source d’inspiration géniale.

     

    « Notre alternative n’a de sens que si elle est poreuse vis-à-vis de la société, elle n’est pas un enfermement dans un espace saturé de codes militants (…) On essaie de faire émerger un ordre alternatif. »

     

    C’est à mettre en lien avec la crédibilité, car lorsque les gens ont un problème de logement et commencent à construire un collectif, si leur premier réflexe est de venir nous voir pour savoir comment on peut les aider, cela signifiera qu’on a une crédibilité pour résoudre les problèmes concrets. Résoudre les problèmes, ce n’est pas seulement une question de communication nationale. Au quotidien, localement, quand quelqu’un a une galère,  il faut être là pour l’aider.

     

    Je le relie à ce que je disais précédemment sur la porosité du mouvement avec la société. Il ne s’agit pas de former un petit groupe de gens dans un coin, coupé du reste de la société et heureux de partager les mêmes codes. Notre alternative n’a du sens que si elle est poreuse vis-à-vis de la société, elle n’est pas un enfermement dans un espace saturé de codes militants, ce n’est pas de cette manière que je l’envisage. Notre espace a vocation à agréger et non pas à mettre à distance les gens. On essaie de faire émerger un ordre alternatif. 

     

     

    - LVSL : Vous évoquiez tout à l’heure la théorisation a posteriori et les écrits d’Ernesto Laclau et de Chantal Mouffe. Dans quelle mesure leurs travaux ont-ils influencé votre démarche ? 

    Manuel Bompard : Effectivement, tout n’est pas de l’intuition, et heureusement. C’est pour cela que nous faisons des journées comme celles-ci, avec des formations théoriques. Parfois, les signaux que nous envoient la société ne sont pas suffisamment mûrs pour percevoir que cela correspond à une théorie, on en prend parfois conscience a posteriori. C’est ce que je disais sur le mot « Insoumis », c’est dans la pratique que l’on a compris son impact. Je ne crois pas au fait que la théorie précède la pratique, c’est une idée réductrice. Je crois qu’il y a une dialectique entre la théorie et la pratique en permanence. On avait des fondements théoriques lorsqu’on a lancé la campagne, et les retours du terrain ont impacté cette dernière. On ne peut pas se contenter de plaquer une théorie, car si la société ne réagit pas comme on l’entend, on va dans le mur. 

     

    On a bien sûr une dette intellectuelle, pas seulement envers le courant populiste, mais aussi vis-à-vis du marxisme, vis-à-vis des fondamentaux de l’écologie politique. Pour revenir à la campagne, nous avions effectivement travaillé Laclau et Mouffe, notamment. Cela ne signifie pas que nous sommes d’accord dans l’équipe avec l’ensemble des théories de Chantal Mouffe et d’Ernesto Laclau. Tous les gens de l’équipe n’ont pas le même rapport à Laclau. Personnellement, je fais partie de ceux qui en sont le plus proche, mais d’autres en sont plus éloignés. Nous nous inspirons plutôt de principes, car certains aspects de leurs travaux sont très théoriques, nous sommes plus focalisés sur la mise en application.

     

    Dans cette mise en pratique, on retrouve l’idée de transversalité, le fait de mobiliser des affects. La principale source d’inspiration dans la théorie populiste, c’est le refus du marxisme mécanique qui imprègne la culture d’une partie de la gauche radicale. Quand j’ai commencé la politique, il n’y a pas si longtemps, j’ai fait des formations au matérialisme. Je suis un scientifique, ma première réaction c’était de dire « mais si l’avènement de la révolution est inéluctable du fait du développement des forces productives, alors à quoi sert-il que nous fassions tout cela ? ». J’avais une vision purement mécanique des processus marxistes, dans lesquels tout est supposé se dérouler selon un schéma prédéfini. Ensuite, il y a eu Gramsci, avec ses contradictions, puis Laclau et Mouffe, qui nous apprennent à ne pas voir les choses d’un point de vue mécanique.

     

    source : http://www.manuelbompard.fr

    source : http://www.manuelbompard.fr

    Il ne suffit pas que les gens soient d’accord à 100% avec le programme pour qu’ils votent pour nous. Dans une campagne comptent aussi les émotions, les atmosphères, les dynamiques collectives. Car la force va à la force. Nous avons pensé notre campagne en séquences, chaque séquence devant se terminer par un rassemblement de masse. Et à chaque fois, cette masse devait grandir. Notre premier pari était le rassemblement de Stalingrad en juin 2016. Ensuite, la convention de Lille en octobre 2016 pour que les gens comprennent qu’on créait un objet politique nouveau. Puis la séquence du 18 mars, avec le rassemblement sur la place de la République. Il ne s’agit pas uniquement de convictions sur la base du programme, il nous fallait créer une atmosphère, tout cela devait être joyeux. J’étais très content lorsque j’ai vu que le mot le plus associé à notre campagne était le bonheur. C’est un affect, cela signifie qu’on a fait passer un message, les gens souriaient dans nos meetings. Cette dimension du populisme me semble très importante. 

     

    La question de la frontière est aussi essentielle. C’est un classique, on le faisait déjà auparavant, mais on a continué à désigner des ennemis, à nous construire en opposition à l’oligarchie. L’idée centrale consiste à ne pas avoir de délimitation préalable au sein de la population, autre que cette frontière avec l’oligarchie. On s’adresse à la population dans son ensemble, y compris des gens qui, traditionnellement, ne sont pas nos électeurs. C’était marrant, parce que beaucoup de gens nous ont dit que leurs grands parents qui ont toujours voté à droite ont cette fois-ci voté pour Mélenchon. C’est hallucinant. Certains se demandent si c’est vraiment cela qui a fonctionné dans la campagne. Je crois que oui, ce n’est pas une réécriture de l’histoire : on a mordu sur des secteurs qui n’étaient traditionnellement pas de notre électorat. C’est une dimension qu’on peut considérer comme « héritée »  du populisme.

     

    « Du populisme, je retiendrais donc ces éléments : la transversalité, se construire à travers une frontière, mobiliser des affects, parler de sujets qu’on n’évoque pas habituellement. »

     

    Ensuite, il faudrait qualifier ce que veut dire « populisme », car il y a beacoup de théories populistes. Dans notre équipe, Benoit Schneckenburger a écrit un livre sur le populisme. Laclau et Mouffe sont intéressants, et Chantal Mouffe était présente aux universités d’été, mais le populisme ne se réduit pas à leurs écrits.

     

    Je retiendrais donc ces éléments : la transversalité, se construire à travers une frontière, mobiliser des affects, parler de sujets qu’on n’évoque pas habituellement. Quand on s’empare de la question vegan, des droits des animaux, on fait de la transversalité, de même lorsqu’on publie un livret sur le terrorisme et qu’on parle de l’armée : les gens ne nous voyaient pas arriver sur ces sujets.

     

     

    - LVSL : Une dimension centrale de la campagne a consisté à s’éloigner des codes traditionnels de la gauche radicale. Vous évoquiez les signifiants vides, comment en êtes-vous venus à adopter des éléments de discours différents de ceux de 2012 ? 

    Manuel Bompard : Au début de la campagne, on s’est rendu compte que tous nos mots avaient été volés, et on ne savait plus lesquels utiliser. Le débat est parfois crispant quand il s’agit de déterminer si on doit utiliser le terme « gauche » ou non. Entre nous la question ne se pose pas, on se considère tous de gauche. Mais le mot « gauche » nous a été volé. Il est difficile aujourd’hui de parler de gauche, de socialisme, de communisme, même si ce sont des beaux mots. Le progressisme, Macron nous l’a dérobé. Même les fachos se mettent à nous voler des mots, des symboles, comme le patriotisme. Les Républicains ont pris la République. Il faut donc inventer de nouveaux mots, et nous n’avons pas fini de régler cette question. 

     

    On parle d’opposition écologique et sociale, mais nous ne sommes pas seulement une opposition. On parle d’humanisme social et écologique, mais c’est un peu long comme dénomination. Peut-être que le mot « Insoumis » est le bon, car c’est celui qui s’impose dans la société.  On débat, on se pose des questions. Écosocialisme c’était un beau mot, mais parler de socialisme aujourd’hui…

     

     

    - LVSL : Ne faudrait-il pas disputer à Macron le progressisme pour éviter d’être relégué dans la catégorie des « conservateurs de tous bords » qu’il cherche à construire ? 

    Manuel Bompard : Oui, il a déjà commencé à le faire. Lorsqu’il explique que « les Français n’aiment pas les réformes », par exemple. C’est la rhétorique sarkozyste, et il faut la démonter. C’est une belle construction de sa part par ailleurs. Il a réussi à créer cette contradiction dans la société entre ceux qui sont pour la réforme et ceux qui sont pour l’immobilisme. Mais nous ne sommes pas pour l’immobilisme, il y a 300 propositions dans notre programme.

     

    - LVSL : Les acteurs qui s’opposent à la future Loi Travail peuvent être tentés d’adopter une posture défensive sur le thème « il faut défendre 100 ans de lutte sociale »…

    Manuel Bompard : C’est vrai. On peut se permettre de dire cela quand on conteste la méthode. On ne peut pas laisser passer le fait que Macron utilise les ordonnances au milieu de l’été pour changer une législation héritée de 100 ans de travail. Ce n’est pas forcément un problème de dire cela. Parce que c’est une manière de renforcer notre argument : Macron ne peut pas briser tout ce travail en deux mois. En revanche, sur le fond, ce discours n’est pas efficace.

     

    « Il faut retourner les outils de l’adversaire contre lui : ce que Macron propose de faire à propos du droit du travail, c’est ce qui a été fait depuis vingt ans. »

     

    Sur un plateau télévisé, la question n’est pas de savoir ce qui est juste mais de savoir ce qui peut être utilisé comme un outil. Dans le film La Sociale, de Gilles Perret, l’un des protagonistes s’exprime et regrette que nous ayons abandonné la marche en avant sur le code du travail et adopté de purs discours de résistance pour conserver ce que nous avons réussi à obtenir par le passé. Je sais que nos adversaires vont essayer de nous enfermer dans ce discours. Il faut donc prendre les choses dans l’autre sens, retourner les outils de l’adversaire contre lui : ce que Macron propose de faire à propos du droit du travail, c’est ce qui a été fait depuis vingt ans. 

     

     

    - LVSL : Dans les meetings, le slogan qui revient le plus est « Résistance », ce qui témoigne d’une certaine manière de la persistance d’une position défensive…

    Manuel Bompard : Oui, le problème c’est que nous n’avons pas trouvé autre chose, et cela ne se fait pas tout seul. Pendant la campagne, on a aussi scandé « Dégagez ! ». Là encore, on ne peut pas faire comme s’il n’y avait aucun lien entre 2012 et 2017. Toute la première partie de notre longue histoire, c’est la création d’un premier espace de contestation sur lequel se sont ensuite développés des terreaux plus larges. « Résistance », c’est un héritage de 2012 auquel les gens sont attachés. C’est comme cela que je le vois.

     

    - LVSL : L’enjeu de ces prochaines années consiste-t-il à passer de la logique de résistance à la mise en évidence qu’il est possible de prendre le pouvoir et de faire les choses autrement ?

    Manuel Bompard : Si le problème se résumait aux slogans dans les meetings, on aurait pris le pouvoir dans ce pays depuis longtemps. Il ne suffira pas de changer nos slogans, même s’ils ont leur importance et construisent une histoire. En Espagne, Iñigo Errejón insiste beaucoup sur l’échéance des élections municipales. Mais pour nous, il y aura d’abord un affrontement crucial avec le pouvoir lors des élections européennes, car le mode de scrutin, la centralisation des listes autour des grands partis, vont en faire le premier test électoral.  Cela ne va pas être facile, mais ce sera un affrontement national avec le pouvoir. Les élections municipales, c’est un peu différent, certains phénomènes ne sont pas toujours déterminés par le contexte national. 

     

    Par ailleurs, il ne faut pas, au nom d’une forme de guerre de position, abandonner totalement la guerre de mouvement. On peut toujours essayer de se construire une crédibilité, en gommant tous les points de conflictualité, en faisant des compromis. Mais on peut aussi considérer que notre crédibilité viendra de l’échec des autres. Il faut faire attention à ce qu’on fait, les gens sont énervés. Je suis d’accord à 99% avec Iñigo Errejón, mais je crois qu’il faut réussir à exprimer une radicalité qui existe dans la société. Le slogan « Résistance » dans les meetings n’est peut être pas le plus approprié, mais  le slogan de Podemos en juin 2016, « le sourire d’un pays » n’exprimait pas suffisamment la colère.

     

    « Je ne voudrais pas qu’au nom de la crédibilisation, nous options pour une stratégie gentillette qui ne parle qu’aux centres-villes : il y a de la colère dans ce pays. »

     

    On ne peut pas être l’excité qui crie et qui n’est jamais content. Mais on ne peut pas non plus être ceux qui pensent que tout va bien, que le pays est magnifique. Il y a des problèmes dans ce pays, il y a de la colère, des gens qui sont énervés, qui en ont marre et qui envoient tout balader. Il faut aussi leur parler. Je ne voudrais pas qu’au nom de la crédibilisation, nous options pour une stratégie gentillette qui ne parle qu’aux centres villes : il y a de la colère dans ce pays.

     

     

    - LVSL : Comment envisagez l’avenir du mouvement en termes d’organisation, de structuration ? 

    Manuel Bompard : Nous avons lancé une boite à idées pour recueillir les opinions des inscrits. A titre personnel, je suis radicalement opposé à ce qu’on décline le mouvement en structures locales, en une organisation avec des responsables par villes, des secrétaires fédéraux. Cela nous ramènerait deux ans en arrière. Ce qui ne signifie pas qu’il faille négliger l’échelle locale. Mais je suis opposé à ce que nous construisions une organisation locale qui transforme tout en positions de pouvoir et oriente l’activité du mouvement exclusivement vers l’intérieur. C’est précisément ce qui crée l’absence de porosité : vous vous regardez les uns les autres pendant que le monde extérieur s’éloigne

     

    Il me semble qu’une des forces de la FI dans les campagnes a été sa facilité d’accès : on vient, on dit ce qu’on a envie de faire, et en vingt minutes on peut commencer à appartenir au mouvement. Et pas seulement de manière formelle, mais appartenir en agissant. C’est l’action qui fédère. Une deuxième grande force a été la multiplicité des formes et des rythmes d’engagement, des méthodes utilisées. Si vous n’avez pas le temps parce que vous travaillez ou vous vous occupez de votre famille, mais que vous avez deux heures de libre, vous pouvez les mettre à contribution en passant des coups de téléphone pour convaincre des électeurs. Ou à l’inverse, si vous avez trois jours par semaine parce que vous êtes à mi-temps, alors vous pouvez participer à une caravane dans les quartiers. Chacun, selon son parcours, ses compétences, son savoir-faire et ses envies peut apporter une pierre à l’édifice. Le mouvement fédère par l’action et par les objectifs communs, le programme étant l’objectif autour duquel tout le monde se retrouve.

     

    Troisième point : un mouvement tourné vers l’action et non vers les discussions théoriques. Non pas parce qu’il ne faut pas avoir de débats théoriques. Nous en avons, comme en témoignent notre échange et les débats qu’on a organisés aux amphis d’été. Mais toujours avec l’idée d’articuler la théorie et la pratique : mieux comprendre le monde pour le transformer, et le transformer pour mieux le comprendre. Je ne méprise pas les cercles de réflexion théorique, mais ce n’est pas ce que nous souhaitons construire. Nous souhaitons que la plateforme permette une fluidité d’action, qu’elle crée aussi une multiplicité de points de contact avec des secteurs particuliers de la société, comme un mouvement à plusieurs têtes.

    source : http://www.liberation.fr/france/2017/08/24/la-france-insoumise-ouvre-ses-premieres-journees-d-ete-a-marseille_1591761

    source : http://www.liberation.fr/france/2017/08/24/la-france-insoumise-ouvre-ses-premieres-journees-d-ete-a-marseille_1591761

    Dans mon esprit, on pourrait avoir des espaces pour les syndicalistes, pour les élus, pour les écologistes, et chacun de ces espaces contribuerait à une même galaxie avec une certaine autonomie d’action. Notre mouvement doit pouvoir se glisser dans tous les interstices de la société et générer chaque fois des espaces qui s’adaptent à la forme de cet interstice. Par exemple, les copains qui sont allés à Bure nous disent qu’il y a une radicalité dans les mouvements écologistes à côté de laquelle on ne peut pas passer. Mais si on dit aux gens de la ZAD de venir dans la France Insoumise, ce n’est pas leur truc. On doit essayer d’avoir un espace, un point de contact entre eux et nous, on pourrait les aider et eux pourraient nous apporter beaucoup de leur côté. Et dans mon idée, n’importe quelle action locale doit être appuyée et financée : si un groupe d’appui veut mener une campagne parce qu’un établissement va fermer à côté de chez eux, ils peuvent compter sur la plateforme nationale.

     

    La dernière dimension concerne l’auto-organisation, même s’il reste encore beaucoup à défricher. On fait parfois des erreurs. Dans mon groupe d’appui, on a fait des tests et on s’est rendu compte qu’on se trompait lorsqu’on pensait à la place des gens : nous ne sommes pas des prestataires de services, nous n’avons pas vocation à aller dans les quartiers pour leur imposer des choses, nous ne sommes pas des commerciaux. Nous avons donc changé d’approche, on a cherché à créer un espace de discussion dans le quartier pour faire émerger par les habitants des revendications et des projets d’auto-organisation. Et on ne va surtout pas le faire à leur place, on va les laisser faire et leur servir de point d’appui. On réfléchit donc à avoir des locaux dans les grandes villes où l’on peut expérimenter ce type de pratique, un peu comme le fait Podemos. Voila mon état d’esprit à cette heure, même s’il reste des choses à préciser.

     

     

    - LVSL : Cette formule peut-elle se révéler durable avec le passage d’une séquence politique chaude à une phase plus froide ? Pensez-vous que les Insoumis resteront mobilisés ?

    Manuel Bompard : La présidentielle est une période chaude, les particules s’accélèrent et il y’a des collisions dans tous les sens. La période inter-électorale est plus froide. Bien sûr que des gens mobilisés dans la campagne le seront moins demain, la question c’est de savoir à quel niveau et en quelle proportion. Il me semble, et les journées d’été en attestent, qu’il y a certes une frustration de ne pas avoir réussi mais aussi et surtout le sentiment qu’on a préparé le terrain pour la fois d’après. Il y a un enthousiasme, une volonté conquérante, et l’actualité sociale va être chargée. Nous avons une position centrale dans la société, les gens s’intéressent à ce qu’on fait. Autant de raisons qui les poussent à continuer à se mobiliser. les résultats des élections offrent des potentialités. Les scores réalisés dans les quartiers populaires des grandes villes sont extraordinaires. Nous y sommes très attendus, on l’a vu avec les caravanes pendant l’été, les gens nous disent « au moins vous, vous revenez là, vous ne nous avez pas abandonnés ». Et en tant que militant politique, quand vous entendez ça, normalement vous revenez encore la fois d’après, car il y a une responsabilité qui pèse sur vos épaules.

     

    « Les scores réalisés dans les quartiers populaires des grandes villes sont extraordinaires. Nous y sommes très attendus, on l’a vu avec les caravanes pendant l’été. »

     

    Je ne dis pas que les 500 000 personnes qui ont signé sur la plateforme vont être en mouvement en permanence, si c’était le cas, on ferait reculer la Loi travail très facilement. Mais quelque chose a pris, quelque chose est né. Tout cela ne va pas être facile, on l’a vu lors des législatives. Nous avons nous-mêmes perdu des voix dans les législatives. Mais en réalité, je suis d’accord avec tous ces gens qui ne sont pas retournés voter : on a fait campagne en expliquant qu’il fallait passer à une VIe Républque, et pour cela prendre le pouvoir dans le cadre de la Ve et gagner la présidentielle. Mais une fois la présidentielle passée, on a dû expliquer que les législatives donnaient tout de même la possibilité de freiner Macron. Les gens votent pour que leurs problèmes soient résolus, pas pour embêter celui qui a été élu à la présidentielle. Des gens se sont mobilisés lors de la présidentielle conscients que c’est là que tout se jouait, puis ont considéré que c’était plié et qu’il fallait encore attendre cinq ans. Il y en a, mais je pense qu’on observe tout de même un enthousiasme et une source énergie.

     

     

    - LVSL : Comment la France Insoumise entend-elle lutter contre le Front national ?

    Manuel Bompard : D’abord, on prend en compte les problèmes des gens, la misère. Ce n’est pas très original, mais c’est la base. On n’a pas peur de s’aventurer sur des terrains glissants, comme le travail détaché. Deuxièmement, on refuse de lui laisser l’apanage de certains sujets, comme la laïcité, le droit de vivre en sécurité dans ce pays. A un moment donné, nous avons réussi à nous faire enfermer dans l’idée que nous n’étions pas préoccupés par les questions de sécurité. Mais qui sont les premières victimes des problèmes de sécurité ? Ce ne sont pas les bourgeois du XVIe arrondissement de Paris. On parle souvent de la violence dans les quartiers populaires, et les premières victimes des violences dans les quartiers populaires sont les habitants de ces quartiers populaires. 

     

    Il ne faut pas laisser ces thèmes au Front national, ni lui laisser les symboles : le drapeau, l’hymne. Si quelque chose a progressé dans la campagne c’est bien cela. Et pas seulement dans notre campagne, dans le pays : les gens étaient fiers d’avoir le drapeau bleu-blanc-rouge. C’est quelque chose de collectif : quand tout le monde commence à le porter, on se dot « je suis comme lui, je peux aussi le porter ». Quand seuls les fachos brandissent le drapeau, on se dit « je ne le prends pas, sinon on va me dire que je suis avec eux ».

     

    « Il ne faut pas laisser ces thèmes au Front National, ni lui laisser les symboles : le drapeau, l’hymne (…) Ce n’est pas parce qu’on parle de son pays qu’on est nationaliste. »

     

    Il faut accepter de poser la question européenne. Peut être que cela nous a fait perdre des voix. Tous les gens de la classe moyenne supérieure que je rencontre me disent que si on avait eu un discours plus apaisé sur l’Europe on aurait pu gagner. Mais je connais aussi plein de gens qui n’auraient pas voté pour nous si cela avait été le cas. Il faut travailler : ce n’est pas tant un problème de radicalité que de précision quant à la manière de formuler ce sujet. On ne doit donc pas laisser le monopole de la question européenne et du protectionnisme au Front National.

     

    Il ne faut pas nous laisser gangréner par un courant qui considère que tout se joue à l’échelle internationale, que la nation n’est plus un levier pour changer la société, qu’il faut se concentrer sur les conférences internationales. Je crois totalement l’inverse. Je respecte cet état d’esprit mais nous pensons que le pouvoir se prend dans le cadre de la nation. Il faut bien entendu travailler avec d’autres pays mais c’est d’abord dans le pays dans lequel on est qu’on veut prendre le pouvoir. Ce n’est pas parce qu’on parle de son pays qu’on est nationaliste.

     

    C’est aussi le cas sur la question de la laïcité. Certains courants à gauche ont fait des bêtises, ont considéré par exemple, ce qui est insultant pour tout le monde, qu’on ne progresserait dans les quartiers populaires que si on commençait à faire des compromis avec la question laïque. C’est considérer que les habitants des quartiers populaires sont déterminés par la religion, c’est absurde. Certains ont une religion, c’est très bien, ils en ont le droit. Mais ne faisons pas ce type de bêtises qui créent un terreau pour le FN.

     

    Et dernière chose, il faut cesser avec ce discours de la diabolisation qui les renforce. A chaque fois que vous dites à Marine Le Pen qu’elle est le diable, les gens veulent voter pour le diable, car ceux qui sont présentés comme les organisateurs du paradis proposent un paradis qui ne leur correspond pas.

     

    Pour en savoir plus :

    - Les mouvements qui sont restés sur une addition de forces ont tous échoué – Entretien avec Eric Coquerel

    - Manuel Bompard : « Être la 1ère force alternative et gagner la bataille culturelle »

    - LE POPULISME EN 10 QUESTIONS

    Partager cet article
    Repost0
    17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 20:07
    Le service rendu par Pierre Laurent à la France insoumise

    @Pierre Laurent : " en plein mouvement contre les #OrdonnancesMacron, l'adversaire c'est macron et le Medef, pas Jean Luc Mélenchon " #faute

     

    (Sce : Canard enchainé)

    (Sce : Canard enchainé)

    Sources : Chroniques du YETI par Pierrick Tillet

    -Le secrétaire national du Parti communiste, Pierre Laurent, se lâche
    Fête de l’Huma : en s'en prenant à Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent (PCF) rend un service inestimable à celui-ci et à son mouvement.

     

    Qu’est-ce qui lui a pris, au secrétaire national du vieux PCF, d’éreinter aussi stupidement le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, absent de la fête à la Courneuve pour cause de déplacement à la Réunion ?

    Le service rendu par Pierre Laurent à la France insoumise
    Le service rendu par Pierre Laurent à la France insoumise

    Mais certains de ses lieutenants étaient bien présents, à écouter ce discours fort indélicat à leur encontre. Ils s’en émurent, comme quantité d’insoumis sur les réseaux sociaux.

     

    Ceux-ci ont pourtant tort de se formaliser. Pierre Laurent, fort probablement à l’insu de son plein gré et plus certainement par excès de dépit, a juste coupé le cordon ombilical entre son vieux monde politique et un nouveau en pleine ébullition.

     

    Partant, il aide finalement la force montante insoumise à s’affranchir sans état d’âme des pesanteurs du passé. Il pourrait même avoir dissuadé les derniers accros à la stratégie de l’union (Clémentine Autain)

     

    La @FranceInsoumise présente en nombre à l'allocution de @plaurent_pcf à la #FetedeLhuma !
    La @FranceInsoumise présente en nombre à l'allocution de @plaurent_pcf à la #FetedeLhuma !
    La @FranceInsoumise présente en nombre à l'allocution de @plaurent_pcf à la #FetedeLhuma !
    La @FranceInsoumise présente en nombre à l'allocution de @plaurent_pcf à la #FetedeLhuma !
    La @FranceInsoumise présente en nombre à l'allocution de @plaurent_pcf à la #FetedeLhuma !
    La @FranceInsoumise présente en nombre à l'allocution de @plaurent_pcf à la #FetedeLhuma !
    La @FranceInsoumise présente en nombre à l'allocution de @plaurent_pcf à la #FetedeLhuma !
    La @FranceInsoumise présente en nombre à l'allocution de @plaurent_pcf à la #FetedeLhuma !
    La @FranceInsoumise présente en nombre à l'allocution de @plaurent_pcf à la #FetedeLhuma !
    La @FranceInsoumise présente en nombre à l'allocution de @plaurent_pcf à la #FetedeLhuma !

    La @FranceInsoumise présente en nombre à l'allocution de @plaurent_pcf à la #FetedeLhuma !

    -Aller de l’avant sereinement sans regarder sur les bas-côtés

    L’union fantasmée des forces de gauche est un leurre éventé. Celle-ci n’interpelle plus guère que les militants fatigués. Elle n’est en rien un gage d’une convergence de l’opinion publique autour d’un projet. comme on a hélas pu le vérifier en 2012 avec feu le Front de gauche.

     

    Ce qui se passe actuellement, c’est une recomposition complète du paysage politique, avec « dégagisme » sans pitié des vieilles lunes obsolètes du monde d’avant : LR, EELV, PS, PCF…  Même le FN vient de se prendre un sacré coup sur le nez. Et Besancenot n’est plus qu’une ombre pathétique.

     

    Tant pis si les chiens aboient au passage de la caravane. Tant mieux si la meute médiatique gueule à s’en égosiller. C’est juste signe qu’elle sent le danger et panique. Ne reste à ces fantômes qu’à décrocher en répandant leurs aigreurs (Pierre Laurent) ou tenter de raccrocher leur wagonnet à une locomotive qui les dépasse (Hamon le 23 septembre).

     

    La France insoumise doit continuer d’aller sereinement de l’avant, sans regarder sur les bas-côtés, encore moins derrière elle.  À la fête de l’Huma, Pierre Laurent vient de lui donner un sacré coup-de main.

     

    Pierrick Tillet

     

    ---------------------------------------------

     

    Rassembler OUI ! Mais rassembler quoi ?

    Si c'est les partis, c'est NON... si c'est le peuple, c'est OUI !

     

    -C'est le type de rassemblements que la France insoumise met en œuvre

    Depuis le début de la campagne des élections présidentielles, nous n'avons eu de cesse de tenir le même langage " C'est le peuple que nous voulons rassembler, pas les partis " !

     

    Car certains ont tellement la mémoire courte......

    Le service rendu par Pierre Laurent à la France insoumise

    .... qu'ils sont prêts à remettre ça !

    Le PS à la fête de l'Huma pour prêcher l'unité http://www.parti-socialiste.fr/parti-socialiste-present-a-fete-de-lhumanite/

    Le PS à la fête de l'Huma pour prêcher l'unité http://www.parti-socialiste.fr/parti-socialiste-present-a-fete-de-lhumanite/

    Le service rendu par Pierre Laurent à la France insoumise

    - Il n'y a pas " d'enjeu de pouvoir " pour la France insoumise

    Nous sommes au cœur d'une bataille politique sur la conception du rassemblement à mettre en œuvre pour battre politiquement Macron, la droite et l’extrême droite.

     

    Contrairement à ce qu'affirme Pierre Laurent, en ayant l'ambition de " RASSEMBLER LE PEUPLE " la France insoumise n'a pas vocation à rassembler le pays derrière J.L. Mélenchon, mais à rassembler une majorité sur un programme en l’occurrence aujourd'hui, L'AVENIR EN COMMUN.

     

    Soit rassembler " la gauche " comme le préconisent Laurent, Hamon, Ensemble, le PS, EELV ce qui exclue d'entrée ceux qui ne se retrouvent plus dans " la gauche ", ne votent plus ou votent FN....... ou RASSEMBLER LE PEUPLE dans une démarche transversale et hors parti ce qui vise à intégrer tous les exclus de la politique ou qui ne se retrouvent plus dans les partis traditionnels....... et ils sont des millions ! Environ 40% du corps électoral.

     

    La France insoumise est sur cette démarche là depuis 2 ans.... et nous n'en changerons pas n'en déplaise à Laurent, Hamon et les autres !

     

     

    -

    Et si, finalement, nous prenions ça avec une note d'humour !

    Le service rendu par Pierre Laurent à la France insoumise
    Partager cet article
    Repost0
    12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 10:43
    Macron et le désordre
    ... ou l’illégitimité du pouvoir en place qui organise la grande braderie sociale.

     

    En cette rentrée de septembre, Emmanuel Macron, fort de 30% d’opinions favorables, un record qui dépasse l’impopularité des Hollande ou Sarkozy, s’apprête à mettre en place les premières mesures d’un programme annoncé –sans jamais avoir été développé- depuis plusieurs mois.

    Les français vont donc découvrir ce qui s’apparente à une grande braderie sociale, faisant du « code du travail » le point de départ de ce qui s’apparente bien, derrière l’argument de « lutte contre le chômage », à un véritable « coup d’état social ».

    Face au pouvoir le « front syndical », du moins celui des organisations, est disloqué. Et la riposte politique promise par la « France Insoumise » est présentée par le monde médiatique comme une manifestation parmi d’autres qui ne ferait que « rajouter de la division à la division ».

    Bref, tout est fait pour accréditer l’idée qu’un président élu par moins d’un électeur sur quatre pourrait tout bouleverser, tout casser en toute impunité, en toute tranquillité. Pari pour le moins risqué.

     

    Sources : La Sociale par Jacques Cotta

    - Un contenu d’une violence inouïe
    Les ordonnances sur le code du travail remettent en cause les principales conquêtes du monde du travail, obtenues après des décennies de luttes difficiles et douloureuses. Le code du travail, initialement conçu comme droit correcteur au service des plus faibles, une fois revu et corrigé par les ordonnances, est réduit au rôle d’outil pour mieux asservir l’homme comme instrument au service de l’économie capitaliste. C’est la « République démocratique et sociale » revendiquée dans l’article 1 de la constitution qui est de fait remise en question.

    • Dans la grande majorité des entreprises (jusqu’à 50 salariés), possibilité de déroger aux accords de branche grâce au « référendum d’entreprise » à l’initiative de l’employeur. C’est la négation du lien de subordination du salarié vis à vis de son employeur…
    • Possibilité d’imposer à un salarié la perte de certains avantages prévus par son contrat de travail, ou de donner sa démission sans indemnité…
    • Contournement favorisé des organisations syndicales pour toute négociation.
    • Fusion des instances représentatives du personnel soumettant de fait des sujets comme l’hygiène et la sécurité à un chantage permanent…
    • Modification du périmètre du licenciement économique permettant aux multinationales d’organiser des plans sociaux selon leur bon vouloir, délocalisant ici ou là selon leurs intérêts au détriment des salariés…
    • Fragilisation de l’employé qui en cas de licenciement lors d’un refus d’accord collectif ne sera pas reconnu comme licenciement économique. Adieu donc aux dispositions existant en cas de plan social…
    • Limitation des indemnités prud’homales pour tout licencié sans cause réelle ni sérieuse, permettant aux entreprises de provisionner à l’avance sans risque pour « dégraisser » selon leur bon vouloir…
    • Élargissement du « contrat de chantier », donc instauration d’une précarité permanente… A l’inverse du CDD, aucune indemnité n’est prévue à son terme…
    • Etc …

     

     

    - Une politique d’ensemble
    Les ordonnances s’inscrivent dans une politique d’ensemble assez cohérente. Le candidat des banquiers, du capital financier et de l’union européenne, respecte son mandat. Le budget 2018 en témoigne.


    La règle des 3% de déficit dictée par l’UE et revendiquée par Macron impose des coupes drastiques dans le budget de l’état. Cela d’autant plus qu’un des points phares de son programme repose sur la baisse des impôts, des cotisations sociales, la réforme de l’ISF et la « flat tax » à 30% sur les revenus du capital… Et également sur la transformation du CICE en « baisse de charges pour les entreprises », encouragée par Bruxelles et son commissaire européen, le socialiste et ex ministre Pierre Moscovici…

    Les conséquences sont donc prévisibles :

    • Suppression des 120 000 postes de fonctionnaires sur 5 ans....
    • Réduction ou fermeture concomitantes de services publics….
    • Différentiation du point d’indice dans les trois fonctions publiques, état, territoriale, hospitalière…
    • Augmentation de la CSG de 1,7% qui touchera particulièrement les retraités dont la pension excède 1200 euros mensuels…


    C’est au quotidien que la société toute entière devra subir la violence des mesures Macron. En effet, de l’aveu même du président ou de ses ministres :

    • 60% des efforts demandés seront destinés aux retraités dits « les plus aisés ». Le montant médian des pensions s’élevant à 1500 euros environ, quel est donc le seuil visé ? 1500, 1800, 2000 euros par mois ? Une fortune…
    • Les APL baissées au nom de l’égalité… Et tant pis pour ceux qui ne pourront plus se loger…
    • L’université avec remise en cause du libre accès pour tous… Conformément aux recommandations de l’OCDE et de l’UE, une grande masse sous éduquée, sous formée, corvéable et malléable à loisir, et une petite frange bien faite pour les encadrer…
    • Les emplois aidés supprimés massivement, au détriment des besoins des collectivités et accessoirement des familles qui ne peuvent vivre que grâce au salaire que ces emplois leur rapportent…
    • Etc…

     

     

    - La question est politique
    Cette rentrée serait donc synonyme de « réformes » … En fait, la régression s’annonce violente. C’est bien une grande braderie sociale ou encore d’un coup d’état social que Le Président Macron et son gouvernement se proposent de réaliser.

    La « loi travail » prend l’allure d’un double « test ». Test d’abord sur le contenu. Si tout se passe comme l’espère le pouvoir, ce sera ensuite la protection sociale qui sera l’objet de toute son attention. Test ensuite sur les réactions que susciteront les mesures présentes dans les ordonnances. La base des salariés, les sections syndicales, les unions départementales parviendront-elles à submerger les directions confédérales ? La question se pose notamment à « Force Ouvrière » au sein de laquelle l’attitude de Jean-Claude Mailly suscite interrogation, souvent colère, parfois dégout …

    La situation se résumerait donc à une division syndicale, d’un côté les « combattifs », prêts à une lutte de longue haleine, de l’autre les « capitulards » de la première heure, complice de tous les gouvernements, telle la CFDT, ou de la dernière heure telle FO.

     

     

    - Alors, quelle solution ?
    Évidemment la capitulation ne peut faire que le jeu des ordonnances, de Macron, de son gouvernement. De son côté la perspective de journées d’action à répétition ne peut que démoraliser avant même d’avoir commencé. L’expérience des années passées est de ce point de vue éclairante…

    Évidemment la capitulation ne peut faire que le jeu des ordonnances, de Macron, de son gouvernement. De son côté la perspective de journées d’action à répétition ne peut que démoraliser avant même d’avoir commencé. L’expérience des années passées est de ce point de vue éclairante…

     

    Il apparaît donc que la question que pose le gouvernement est politique. Il tire sa légitimité des institutions de la 5ème république qui permettent de concentrer tous les pouvoirs dans les mains d’un homme « providentiel », d’un « Jupiter » des temps nouveaux, qui pourtant est ultra minoritaire dans le pays avec seulement 18% des voix sur son seul nom. Formellement, du point de vue de la 5ème république, tout lui est permis. Mais politiquement, démocratiquement ? La question est bien politique. Emmanuel Macron et son gouvernement ne sont pas légitimes pour casser ce que plusieurs décennies de larmes et de sang ont acquis. En exprimant une telle exigence, le président de la république et son gouvernement prennent la responsabilité d’une riposte qui dépasse de très loin la seule action syndicale.

     

    Car si la cohérence de l’action syndicale est l’opposition aux ordonnances, si l’unité est nécessaire pour atteindre cet objectif, si tel est le cadre ouvert par les manifestations du 12 septembre, le contenu du 23 prend un autre relief. Appelé par la « France Insoumise », le rassemblement de Paris prend un caractère directement politique, s’inscrivant d’ores et déjà dans un contexte où les jours de ce gouvernement et du régime sont comptés… N’est-ce pas d’ailleurs par un 23 septembre massif à Paris, dont le moteur est le rejet profond de Macron et de ce qu’il représente, que les forces sociales pourront trouver les ressources d’une bataille à la hauteur pour préserver et développer le contenu de ce que doit être la république sociale ?

     

    Pour en savoir plus :

    - Casse du Code du travail : la machine Macron risque de s'enrayer... !

    - Macron, l’arrogance solitaire du pouvoir par Francois Cocq   

    - Macron : un demi Poincaré

    - Symboles, codes et discours de la présidence macron : que veut nous vendre la com'jupitérienne ?

    - Emmanuel Macron, ou l’oligarchie au pouvoir

    Partager cet article
    Repost0
    10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 22:00
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris

    - Le 9 septembre, succès de la rentrée politique des insoumis de la Charente Maritime à Tonnay Charente

    C'est avec plus de 150 participants, dans une ambiance studieuse et festive que les insoumis de Charente Maritime ont effectué leur rentrée politique.

    • LE MATIN ( l'instant des insoumis à huis-clos) :

      Compte-rendu des  AmFIs des 24 au 27 août à Marseille, puis atelier "boîte à outils" - moment d'échange et de propositions sur la structuration et l'organisation de la FI (parti politique, association, organisation horizontale, quel pérennisation et développement de l'encrage territorial) mais aussi : quelle activité en direction des quartiers et entreprises, etc..... ?.

    • L'objectif : apporter des contributions collectives sur la plateforme nationale (boite à idées).

    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    • APRÈS-MIDI : ATELIERS STUDIEUX et intermèdes musicaux

    I - Loi travail 2 - " Ce que le gouvernement impose, comment les citoyens s'opposent ", dans une salle pleine, en présence de Caroline AVRIL représentante du syndicat SUD solidaires (l'UD-CGT17 s'est excusée au dernier moment) et du député insoumis Loïc Prud'homme.

    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris

    II - Le CETA - " accord de libre-échange avec le Canada appliqué à partir du 21 septembre - et maintenant ? " En présence de membres de Stop tafta et d’Attac

    III - Produits sains et circuits court - " la solution s'organise ! " En présence de membres de la confédération paysanne, de producteurs locaux, de membres d'associations de développement de la production alimentaire locale  et du député insoumis Loïc Prud'homme

     

    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris

    IV - Solidarités et initiatives citoyennes - en présence de membres de l'association Zéro déchet et de Pays Rochefortais Alert qui s'oppose à l'hyper-incinérateur d'Echillais

    V - Accueil des migrants en Charente Maritime, il y a urgence " - En présence de membres du Comité Anti-Expulsion

     

    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris

    VI - Égalité des chances dans l’école de la République : une rentrée scolaire sous tension - En présence de membres de l'Éducation nationale et de représentants d'associations de parents d'élèves

     

    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris

    VII - Soirée conviviale 

    - Le Mystère du journaliste jaune, conférence gesticulée de Philippe Merlan[1]

    - Chansons d'Alain Lanatrix

    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris

    - Et maintenant ? L'heure est à l'action...

    • Le 12 septembre

    Les insoumis de Charente Maritime, n'ont pas attendu d'ordre pour inviter les citoyens à participer, aux côtés des syndicats, à l’action du 12 septembre et des jours qui suivront... parce-qu-ils sont dans les entreprises, dans la cité, dans la vie économique sociale.... !

     

    Chez les insoumis, la consigne : " c'est n'attendez pas la consigne ! "

    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    • Le 23 septembre
    • Si le combat contre ce gouvernement et sa politique est syndical et social, il est aussi tout autant politique. C'est pourquoi la France insoumise a décidé de faire de la date du 23 septembre (lendemain de la présentation et de l'adoption des ordonnances en Conseil des Ministres) une marche nationale contre le coup d'état social. Ce sera l'occasion de dire non à la casse du code du travail mais également au monde qui l'accompagne.

       

      Cette marche ne sera pas seulement la marche des insoumis.e.s. Elle est ouverte à toutes celles et ceux qui en partagent les objectifs. Malgré les contraintes d'un déplacement à Paris, il est très important qu'un maximum de personnes y participent car c'est la force du nombre qui fera vaciller le gouvernement.

       

      Le 23 septembre, déferlons sur Paris !

      - Pour participer à la manifestation et aller à Paris en bus, au départ de La Rochelle... c'est ICI

    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris
    Après le 9 septembre les insoumis du 17 mobilisés pour l'action le 12, le... et le 23 septembre à Paris

    Notes :

    [1] Captation de la conférence gesticulée de Philippe Merlant du 24 mai 2014, lors des Rencontres des Médias Libres et du journalisme de résistance à Meymac (Corrèze) en trois parties : partie 1 - partie 2 - partie 3

     

    Pour en savoir plus :

    - la fête départementale des insoumis du 17 en photos

    - Fête insoumise à Tonnay-Charente (17)

    - 12 et 23 septembre : conjuguer le politique et le social

    Partager cet article
    Repost0
    27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 20:02
    1973-2017 : l’effondrement idéologique de la “gauche” française

    Sources : Le Grand*Soir par Bruno GUIGUE

    -D'hier.... à aujourd'hui
    En 1973, le coup d’État du général Pinochet contre le gouvernement d’Unité populaire au Chili provoqua une vague d’indignation sans précédent dans les milieux progressistes du monde entier. La gauche européenne en fit le symbole du cynisme des classes dominantes qui appuyèrent ce “pronunciamiento”. Elle accusa Washington, complice du futur dictateur, d’avoir tué la démocratie en armant le bras meurtrier des militaires putschistes. En 2017, au contraire, les tentatives de déstabilisation du pouvoir légitime au Vénézuéla ne recueillent au mieux qu’un silence gêné, un sermon moralisateur, quand ce n’est pas une diatribe antichaviste de la part des milieux de gauche, qu’il s’agisse des responsables politiques, des intellectuels qui ont pignon sur rue ou des organes de presse à gros tirage.

     

    Du PS à l’extrême-gauche (à l’exception du “Pôle de renaissance communiste en France”, qui a les idées claires), on louvoie, on ménage la chèvre et le chou, on reproche au président Maduro son “autoritarisme” tout en accusant l’opposition de se montrer intransigeante. Dans le meilleur des cas, on demande au pouvoir légal de faire des compromis, dans le pire on exige qu’il se démette. Manuel Valls, ancien premier ministre “socialiste”, dénonce la “dictature de Maduro”. Son homologue espagnol, Felipe Gonzalez, trouve scandaleux l’appel aux urnes, et il incrimine “le montage frauduleux de la Constituante”. Mouvement dirigé par la députée de la “France Insoumise” Clémentine Autain, “Ensemble” condamne le “caudillisme” du pouvoir chaviste. Eric Coquerel, également député de la FI et porte-parole du Parti de gauche, renvoie dos-à-dos les fauteurs de violence qui seraient à la manœuvre “des deux côtés”, tout en avouant ingénument qu’il n’a “pas envie de critiquer Maduro”.

     

     

    - Entre 1973 et 2017, que s’est-il passé ?
    Il y a un demi-siècle, la gauche française et européenne était généralement solidaire - au moins en parole - des progressistes et révolutionnaires des pays du Sud. Sans méconnaître les erreurs commises et les difficultés imprévues, elle ne tirait pas une balle dans le dos à ses camarades latino-américains. Elle ne distribuait pas les responsabilités entre les putschistes et leurs victimes en rendant une sorte de jugement de Salomon. Elle prenait parti, quitte à se tromper, et ne pratiquait pas, comme la gauche actuelle, l’autocensure trouillarde et la concession à l’adversaire en guise de défense. Elle ne disait pas : tout cela, c’est très vilain, et tout le monde a sa part de culpabilité dans ces violences regrettables. La gauche française et européenne des années 70 était sans doute naïve, mais elle n’avait pas peur de son ombre, et elle ne bêtifiait pas à tout bout de champ lorsqu’il s’agissait d’analyser une situation concrète. C’est incroyable, mais même les socialistes, comme Salvador Allende, pensaient qu’ils étaient socialistes au point d’y laisser leur peau.

     

     

    - A voir l’ampleur du fossé qui nous sépare de cette époque, on est pris de vertige.
    La crise vénézuélienne fournit un exemple commode de cette régression parce qu’elle se prête à une comparaison avec le Chili de 1973. Mais si l’on élargit le spectre de l’analyse, on voit bien que le délabrement idéologique est général, qu’il traverse les frontières. Lors de la libération d’Alep par l’armée nationale syrienne, en décembre 2016, les mêmes “progressistes” qui font la fine bouche devant les difficultés du chavisme ont fait chorus avec les médias détenus par l’oligarchie pour accuser Moscou et Damas des pires atrocités. Et la plupart des “partis de gauche” français (PS, PCF, PG, NPA, Ensemble, EELV) ont appelé à manifester devant l’ambassade de Russie, à Paris, pour protester contre le “massacre” des civils “pris en otage” dans la capitale économique du pays.


    Bien sûr, cette indignation morale à sens unique occultait la véritable signification d’une “prise d’otages” qui eut lieu, en effet, mais par les milices islamistes, et non par les forces syriennes. On put le constater dès que les premiers couloirs d’évacuation furent mis en place par les autorités légales : les civils fuirent en masse vers la zone gouvernementale, parfois sous les balles de leurs gentils protecteurs en “casque blanc” qui jouaient au brancardier côté cour et au djihadiste côté jardin. Pour la “gauche”, le million de Syriens d’Alep-Ouest bombardés par les extrémistes customisés en “rebelles modérés” d’Alep-Est ne comptaient pas, la souveraineté de la Syrie non plus. La libération d’Alep restera dans les annales comme un tournant de la guerre par procuration menée contre la Syrie. Le destin aura aussi voulu, malheureusement, qu’elle signale un saut qualitatif dans l’avachissement cérébral de la gauche française.

     

     

    - Syrie, Venezuela : ces deux exemples illustrent les ravages causés par l’indigence de l’analyse conjuguée à la couardise politique.

    Tout se passe comme si les forces qui tenaient lieu de “forces vives” dans ce pays avaient été anesthésiées par on ne sait quel puissant sédatif. Parti des sphères de la “gauche de gouvernement”, le ralliement à la doxa diffusée par les médias dominants est général. Convertie au néo-libéralisme mondialisé, l’ancienne social-démocratie ne s’est pas contentée de tirer une balle dans le dos à ses ex-camarades des pays du Sud, elle s’est aussi tirée une balle dans le pied. Transformé en courant minoritaire - social-libéral - au sein d’une droite plus dévouée que jamais au capital, le PS s’est laissé cannibaliser par Macron, la savonnette à tout faire de l’oligarchie capitaliste euratlantique. Dans les années 70, même la droite française “libérale éclairée”, avec Giscard d’Estaing, était plus à gauche que le PS d’aujourd’hui, ce résidu vermoulu dont l’unique fonction est de distribuer les sinécures aux rescapés du hollandisme.

     

     

    - La page de Solférino une fois tournée, on pouvait alors espérer que la “gauche radicale” prendrait le relais en soldant les comptes des errements passés.
    Mais la “France insoumise”, malgré son succès électoral du 23 avril 2017, est un grand corps mou, sans colonne vertébrale. On y trouve des gens qui pensent que Maduro est un dictateur et d’autres qui pensent qu’il défend son peuple. Ceux qui dénoncent l’adhésion de la France à l’OTAN pleuraient à chaudes larmes sur le sort de ses mercenaires wahhabites à Alep. La main sur le cœur, on se proclame contre l’ingérence étrangère et l’arrogance néo-coloniale au Moyen-Orient, mais on veut “envoyer Assad devant la CPI”, ce tribunal d’exception réservé aux parias du nouvel ordre mondial. Le président syrien, nous dit-on, est un “criminel”, mais on compte quand même sur le sacrifice de ses soldats pour éliminer Daech et Al-Qaida. Ces contradictions seraient risibles, si elles ne témoignaient d’un délabrement plus profond, d’un véritable collapsus idéologique.

     

    Elle a beau vouloir rompre avec la social-démocratie, cette gauche adhère à la vision occidentale du monde et à son droit-de-l’hommisme à géométrie variable. Sa vision des relations internationales est directement importée de la doxa pseudo-humaniste qui partage le monde en sympathiques démocraties (nos amis) et abominables dictatures (nos ennemis). Ethnocentrique, elle regarde de haut l’anti-impérialisme légué par les nationalismes révolutionnaires du Tiers Monde et le mouvement communiste international. Au lieu de se mettre à l’école d’Ho Chi-Minh, Lumumba, Mandela, Castro, Nasser, Che Guevara, Chavez et Morales, elle lit Marianne et regarde France 24. Elle croit qu’il y a des bons et des méchants, que les bons nous ressemblent et qu’il faut taper sur les méchants. Elle est indignée - ou gênée - lorsque le chef de la droite vénézuélienne, formé aux USA par les néo-conservateurs pour éliminer le chavisme, est mis sous les verrous pour avoir tenté un coup d’Etat. Mais elle est incapable d’expliquer les raisons de la crise économique et politique au Venezuela. Pour éviter les critiques, elle répugne à décrire comment la rupture des approvisionnements a été provoquée par une bourgeoisie importatrice qui trafique avec les dollars et organise la paralysie des réseaux de distribution en espérant saper la légitimité du président Maduro.

     

     

    - Indifférente aux mouvements de fond, cette gauche se contente de participer à l’agitation de surface.

    En proie à une sorte de divertissement pascalien qui la distrait de l’essentiel, elle ignore le poids des structures. A croire que pour elle, la politique n’est pas un champ de forces, mais un théâtre d’ombres. Elle prend parti pour les minorités opprimées à travers le monde en omettant de se demander pourquoi certaines sont visibles et d’autres non. Elle préfère les Kurdes syriens aux Syriens tout court parce qu’ils sont minoritaires, sans voir que cette préférence sert leur instrumentalisation par Washington qui en fait ses supplétifs et cautionne un démembrement de la Syrie conforme au projet néo-conservateur. Elle refuse de voir que le respect de la souveraineté des États n’est pas une question accessoire, qu’elle est la revendication majeure des peuples face aux prétentions hégémoniques d’un Occident vassalisé par Washington, et que l’idéologie des droits de l’homme et la défense des LGBT servent souvent de paravent à un interventionnisme occidental qui s’intéresse surtout aux hydrocarbures et aux richesses minières.

     

    On pourra chercher longtemps, dans la production littéraire de cette gauche qui se veut radicale, des articles expliquant pourquoi à Cuba, malgré le blocus, le taux de mortalité infantile est inférieur à celui des USA, l’espérance de vie est celle d’un pays développé, l’alphabétisation est de 98% et il y a 48% de femmes à l’Assemblée du pouvoir populaire (merci à Salim Lamrani et à Flavien Ramonet, enfin, de l’avoir fait). On n’y lira jamais, non plus, pourquoi le Kérala, cet Etat de 33 millions d’habitants dirigé par les communistes et leurs alliés depuis les années 50, a l’indice de développement humain de loin le plus élevé de l’Union indienne, et pour quelle raison les femmes y jouent un rôle social et politique de premier plan. Car les expériences de développement autonome et de transformation sociale menées loin des projecteurs dans des contrées exotiques n’intéressent guère nos progressistes, fascinés par l’écume télévisuelle et les péripéties du barnum politicien.

     

     

    - Et pendant ce temps là....
    Dopée à la moraline, intoxiquée par le formalisme petit-bourgeois, la gauche boboïsée signe des pétitions, elle intente des procès et lance des anathèmes contre des chefs d’État qui ont la fâcheuse manie de défendre la souveraineté de leur pays. Ce manichéisme lui ôte la pénible tâche d’analyser chaque situation concrète et de regarder plus loin que le bout de son nez. Elle fait comme si le monde était un, homogène, traversé par les mêmes idées, comme si toutes les sociétés obéissaient aux mêmes principes anthropologiques, évoluaient selon les mêmes rythmes. Elle confond volontiers le droit des peuples à s’auto-déterminer et le devoir des États de se conformer aux réquisits d’un Occident qui s’érige en juge suprême. Elle fait penser à l’abolitionnisme européen du XIXème siècle, qui voulait supprimer l’esclavage chez les indigènes en y apportant les lumières de la civilisation au bout du fusil. La gauche devrait savoir que l’enfer de l’impérialisme aujourd’hui, comme du colonialisme hier, est toujours pavé de bonnes intentions. Lors de l’invasion occidentale de l’Afghanistan, en 2001, on n’a jamais lu autant d’articles, dans la presse progressiste, sur l’oppression des femmes afghanes et l’impératif moral de leur libération. Après quinze ans d’émancipation féminine au canon de 105, elles sont plus couvertes et illettrées que jamais.

     

    Pour en savoir plus :

    - Emmanuel Maurel : « Ce n’est pas un départ du PS, c’est une scission »

    Une partie de la droite vénézuellienne en action
    Une partie de la droite vénézuellienne en action
    Une partie de la droite vénézuellienne en action

    Une partie de la droite vénézuellienne en action

    Partager cet article
    Repost0
    18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 15:42
    9 septembre : rentrée politique des insoumis de Charente Maritime
    Des insoumis en réunion préparatoire au 9 septembre
    Des insoumis en réunion préparatoire au 9 septembre
    Des insoumis en réunion préparatoire au 9 septembre
    Des insoumis en réunion préparatoire au 9 septembre
    Des insoumis en réunion préparatoire au 9 septembre

    Des insoumis en réunion préparatoire au 9 septembre

    La période politique qui s'est déroulée depuis les élections a été particulièrement porteuse d'annonces de mauvais coups pour la majorité de nos concitoyens.

     

    Certains, comme la poursuite de la remise en cause de 100 ans de conquêtes sociales, ont été adoptés et ce malgré le travail remarquable de nos élus à l'Assemblée nationale notamment contre la loi travail et qui, en dépit de leur nombre limité, ont mis le gouvernement en difficulté sur ses projets.


    C'est dans ce contexte que les insoumis de Charente Maritime ont décidé de faire du Samedi 9 septembre un temps politique fort, tremplin pour reprendre l'action politique de terrain permettant de rassembler les citoyens notamment à l'occasion des journées de lutte des 12 septembre et 23 septembre.

     

     

    - Ce sera la rentrée politique des insoumis de la Charente Maritime

    • le lieu : Centre Richard 3 avenue de Gaulle, Tonnay-Charente 17 430
    9 septembre : rentrée politique des insoumis de Charente Maritime

    Elle se tiendra en deux temps :
    - Le matin, de 11H à 13H l'instant des insoumis à huis-clos temps de discussion interne

    - Ensuite ouverture au public : auberge espagnole à partir de 12H30 (invitez vos amis !)
    • avec à partir de 14H : Rencontre, débats, moments de convivialité...
    • Nous voulons aussi faire de l’après midi,  un moment de rencontre avec des acteurs associatifs.

     

    - Pour s'inscrire à l'initiative du 9 septembre, c'est ICI

     

     

    - Demandez le programme !

    9 septembre : rentrée politique des insoumis de Charente Maritime
    Partager cet article
    Repost0
    16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 15:41
    Le macronisme est un autoritarisme : « projet de société global »

    Quatre mois après le premier tour de l’élection présidentielle, on y voit désormais plus clair quant aux modalités d’exercice du pouvoir à la sauce Macron, à propos desquelles il avait maintenu un certain flou durant sa campagne, à grands renforts de « et en même temps ».

    Si les premières mesures de Macron et de son gouvernement ont donné le ton concernant les orientations générales du nouveau président et de sa majorité, d’autres décisions annoncent la couleur au sujet du type de pouvoir que Macron entend construire.

     

    Sources : Le NPA par Julien Salingue | mis à jour le 06/11/2020

    - Concentration des pouvoirs
    Depuis son élection, Emmanuel Macron organise une concentration des pouvoirs qui, si elle est grandement facilitée par la nature même des institutions de la 5e République, n’en prend pas moins des formes inédites. L’épisode des investitures d’En marche pour les élections législatives a été l’un des premiers révélateurs de cette « méthode Macron ». Les futurs députéEs ont en effet été recrutés sur CV, après un appel à candidatures, par une « commission » composée de proches de Macron, soit une méthode à peu près similaire à celles employées dans les grandes entreprises privées. Un mimétisme qui ne surprend guère lorsque l’on connaît le pedigree de Macron et de son entourage, mais dont la portée politique est loin d’être anodine.


    Ce n’est certes pas la première fois que des partis politiques importent des techniques du privé. Toutefois, cette présélection des députéEs ne peut être réduite à un simple phénomène d’importation de ces méthodes. En effet, du fait de ce processus de « recrutement », la légitimité des députéEs macronistes ne vient pas de leur éventuelle base locale ou d’un parti qui les aurait investis, mais de leur « sélection », d’en haut, par l’entourage de Macron. Des « sélectionneurs » qui sont majoritairement des technocrates sans implantation politique, appelés à être conseillers de l’Élysée, membres des cabinets des ministres, voire ministres. En d’autres termes, c’est le futur exécutif qui a sélectionné à l’avance le futur législatif.

     
     
    -Macron, un libéral-autoritaire
    Autre innovation avec la réduction considérable de la taille des cabinets ministériels (dix collaborateurs au maximum par ministre), que l’Élysée justifie par une volonté d’accorder une plus grande place aux administrations et donc aux hauts fonctionnaires qui, fait nouveau, participeront aux réunions avec les ministres et seront associés aux discussions budgétaires. Un pas de plus dans la technocratisation, qui se double de la volonté affichée de Macron d’« évaluer » près de 200 hauts fonctionnaires pour s’assurer de leur loyauté et, le cas échéant, de ne pas les renouveler. Il s’agit donc, dans un double mouvement, de renforcer le poids de la technocratie d’État tout en renforçant le contrôle de l’exécutif sur les technocrates.
     

    À propos de l’élection de Macron, Alain Badiou évoquait récemment un « coup d’État démocratique ». Une formule paradoxale mais pertinente, confirmée par la posture « libérale-­autoritaire » du nouveau président qui, sous couvert de « modernisation » et de « rationalisation », vocable typique de la novlangue libérale, se donne les moyens institutionnels d’un exercice du pouvoir hyper concentré et ne tolérant aucune remise en question. Le récent épisode du « recadrage » du chef d’état-major Pierre de Villiers, qui a conduit à la démission de celui-ci, illustre cette tendance : le conflit n’avait pas pour racine les moyens attribués à l’armée (puisque Macron a fini par céder) mais la volonté de Macron d’affirmer publiquement son autorité.

     
     
    -Une main de fer dans un gant d’acier chromé
    L’inscription de l’état d’urgence dans le droit commun et les postures martiales de Macron lors de ses premières rencontres internationales ne sont pas des accidents. L’autoritarisme est une composante du macronisme, dont les projets d’adaptation brutale des structures économiques et sociales françaises aux nouvelles configurations du capitalisme mondialisé passent par une caporalisation de la société, une marginalisation des corps intermédiaires et une mise sous tutelle des contre-pouvoirs. Macron, c’est une main de fer dans un gant d’acier chromé, et les artifices communicationnels du président ont déjà fait long feu, comme le montrent les critiques de plus en plus nombreuses venues d’éditorialistes rapidement revenus de leur Macron-béatitude.
     

    À la tête d’un exécutif mal élu et disposant d’une base sociale particulièrement réduite, le manager Macron et ses chefs d’équipe, pour la plupart issus de la « nouvelle économie » et des grandes écoles de commerce, entendent exercer le pouvoir comme s’ils administraient une start-up ou un cabinet d’avocats de Wall Street : une vitrine décontractée et moderne, mais une gestion brutale et autoritaire des « ressources humaines ». Le macronisme n’est pas seulement une nouvelle étape de la contre-révolution libérale, mais bien un projet de société global auquel il est indispensable, au-delà des nécessaires résistances, d’opposer un contre-modèle social, économique, écologique et ­démocratique tout aussi global.

     

     

    -Autre point de vue sur le " macronisme " : celui d'Emmanuel Todd
    L'association Critique de la raison européenne a reçu Emmanuel Todd, le mercredi 3 octobre à Sciences Po. Il nous a fait l'honneur de répondre à la question suivante : "Qu'est-ce que le macronisme ?" Son développement suit quatre parties : la toile de fond du macronisme - Macron - les macronistes - Macron et le monde.
    Partager cet article
    Repost0

    Présentation

    • : Blog INSOUMIS.
    • : INFORMER pour MOBILISER et AGIR ENSEMBLE
    • Contact

    La France insoumise, L'AVENIR EN COMMUN

    -N'attendez pas la consigne !

    ✅ Rejoignez la France insoumise (cliquez ci-dessous) 👇

    -" NOUS SOMMES POUR " le site de la campagne des présidentielles 2022

    Ensemble, tout est possible !
    Nous sommes déjà plus de 183 000, rejoignez nous
     ( pour nous rejoindre, cliquez ci-dessous) 👇

     

    -

    " L’AVENIR EN COMMUN ", programme de campagne 2022

    ✅ Visitez  le programme de 2022 (cliquez ci-dessous) 👇

    " L’avenir en commun " est en version téléchargeable ICI

     

    -

    Le JOURNAL de L'INSOUMISSION (cliquez ci-dessous) 👇

     

    - La chaîne télé de Jean Luc Melenchon (cliquez ci-dessous) 👇

    Pour vous abonner gratuitement, cliquez ICI

    Recherche

    La France insoumise à l'Assemblée Nationale

     Pour accéder au site (cliquez ci-dessous) 👇

    Sur les réseaux sociaux  :

    Facebook  - Twitter

    Pour ne pas avoir à subir un duel Macron/Le Pen en 2022 : LEVONS NOUS EN MASSE !


     

    🔴  Pour une VIe République, refonder notre démocratie... levons nous en masse !

     

    👉 Ensemble, nous les mettrons en échec, un outil est à votre disposition : ✍️ https://noussommespour.fr/

     

    Le site du Parti de Gauche

     Pour accéder au site (cliquez ci-dessous) 👇

     

    Manifeste pour l'Ecosocialisme

     Pour accéder au site (cliquez ci-dessous) 👇

     

    Mouvement pour la 6e République

     Pour accéder au site (cliquez ci-dessous) 👇

     

    Des outils pour combattre le FN et l'idéologie d'extrême droite française

     Pour accéder au site (cliquez ci-dessous) 👇


    🔴  et aussi : Observatoire national pour « mettre sous surveillance » l’extrême droite

     Pour accéder au site (cliquez ci-dessous) 👇