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20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 08:40
L’actuel projet européen dérive vers l’euro-dictature

Sources :  le blog de Patrick  Le  Hyaric, (directeur de L'Humanité, député européen) le 22/07/2015

- La démocratie naissait à Athènes quand Solon, l’un des sept sages de la Grèce, décida d’annuler les dettes des pauvres envers les riches

Il y a quelques jours, derrière les portes blindées de leurs salles climatisées, les mandataires européens de l’oligarchie ont fait tout le contraire ! Au nom d’une prétendue impérieuse nécessité de rembourser une dette dont le peuple n’est en rien responsable, ils ont encore plus serré le garrot qui étouffe la démocratie.

 

L’ « a-démocratie », le profond mal qui ronge chaque jour un peu plus l’actuel projet européen, dérive vers l’euro-dictature. Oh, certes, point de chars dans les rues, aucune troupe qui vous pourchasse. Tout est présenté comme légal à partir de traités européens écrits dans les antichambres de Bruxelles, recopiant des textes faxés de Berlin. Ils appellent cela le droit européen. Et quand il advient que ces textes sont rejetés par une majorité d’électeurs, soit on les oblige à revoter jusqu’à ce qu’ils disent « oui », soit, comme en France et aux Pays Bas, on ne prend même pas la peine d’y mettre les formes. On applique ce qui a été rejeté.

 

Les serviteurs des intérêts particuliers de l’oligarchie ont franchi dans la nuit du 13 au 14 juillet dernier un pas supplémentaire dans le piétinement de la démocratie et de la souveraineté populaire. Le gouvernement grec, issu d’une nouvelle majorité parlementaire démocratiquement élue, avec le double mandat de rester dans la zone euro et de mettre en œuvre une autre politique que celle qui, jusque-là, détruisait la Grèce et plaçait la population dans une insupportable crise humanitaire. Ce mandat a été bafoué, non pas par Alexis Tsipras, mais par les dirigeants européens qui ont exercé un odieux chantage à l’exclusion de la Grèce de la zone euro. Aucun chef d’Etat, quelle que soit sa sensibilité politique, ne s’y est opposé, dans la pure tradition du consensus droite-social-démocratie qui préside depuis l’origine à la construction européenne. Ce dictat était assorti d’une attaque financière sans précédent, d’une fermeture étanche des robinets du crédit par la Banque Centrale Européenne, d’une menace d’effondrement du système bancaire et de l’économie grecque, avec pour première conséquence, l’incapacité de verser les salaires des fonctionnaires et les pensions de retraites. Soumis à ce véritable « commandement à exécution » n’offrant comme seule perspective que le chaos, Alexis Tsipras a été contraint d’accepter une mise sous tutelle de son pays, accompagnée d’un catalogue de cruautés, et de vols ; des disciplines d’austérité pire que celles qui avaient conduit le pays au bord du gouffre. Contraint de les accepter mais pas de les approuver, les jugeant « mauvaises » car sachant pertinemment qu’elles ne pourraient que tout aggraver.

 

 

- Le mémorandum imposé avec cette violence inouïe fixe en effet des objectifs que les plus libéraux des économistes jugent inatteignables.

Même ceux qui l’ont rédigé n’attendent sans doute pas qu’ils le soient. Leur ambition essentielle est de dissuader les populations de tous les états européens de s’engager dans une autre voie que celle de l’austérité à perte de vue et d’un autre type de construction européenne. Avec la Grèce, c’est un exemple qu’ils veulent faire pour que, du nord au sud de l’Europe, les populations courbent l’échine. Pour y parvenir, peu importe de sacrifier la démocratie et les libertés individuelles et collectives. Peu importe de bafouer les principes de solidarité, de souveraineté populaire qui ont présidé à la création de l’Union européenne. Peu importe, pour eux, de leur substituer, dans les consciences, les venins de la xénophobie, du nationalisme, du racisme et de l’antisémitisme. En ce sens, ils jouent avec le pire, celui qui consiste à opposer la population de tel Etat à celles de ses voisins. Ce sont de dangereux aventuriers qu’Alexis Tsipras, Syriza et une majorité de grecs ont eu le courage d’affronter. Plus que jamais, nous leur devons reconnaissance et solidarité. Etant absolument opposé au mémorandum qui n’est qu’un mandat de colonisation du pays par les institutions européennes, je me garderai bien de leur donner des leçons en « changements progressistes ». Je laisserai aux grecs eux-mêmes, à mes amis de Syriza le soin de trouver, avec leur population, les meilleures voies possibles pour continuer à avancer. Il convient toujours de se méfier des leçons que nous pourrions donner d’ici, loin de l’inconfort absolu des feux de l’action et des lourdes chenilles des pressions politiques et économiques. Au vrai, avons-nous nous-mêmes fait tout ce qu’il fallait depuis le 25 janvier dernier pour contribuer à créer un mouvement donnant de la force au gouvernement Syriza ? Les mêmes institutions européennes contaminées par la doxa ultralibérale de la grande coalition allemande attendent que nous brulions A. Tsipras et ce qu’il incarne sur le bûcher qu’elles ont elles-mêmes érigé. Ne leur faisons pas ce cadeau qui ouvrirait encore plus grandes les portes aux extrêmes- droites européennes. Pour l’heure, nous devrions concentrer beaucoup d’efforts à la solidarité concrète avec le peuple Grec en agissant pour que la Banque Centrale Européenne alimente le réseau bancaire hellène sans condition, réclamer les fonds européens nécessaires permettant à la Grèce de faire face à ses obligations pour le premier accueil des migrants en Europe, le déblocage des fonds structurels européens qui lui est dû, amplifier la bataille qui prend désormais une nouvelle ampleur pour une restructuration de l’insoutenable dette, aider à la création d’un vrai fonds pour le développement et l’investissement productif ouvrant la voie au recul du chômage et de la misère ; organiser la solidarité active pour la démocratie et le respect de la souveraineté populaire.

 

 

- Mais notre solidarité doit aussi prendre la forme d’un travail profond et persévérant, indispensable pour répondre aux lourdes questions qui se posent aux partis et mouvements progressistes de toute l’Europe !

En effet, non seulement la crise de l’actuelle construction européenne atteint son paroxysme, mais l’idée même de construire un projet commun européen est désormais sérieusement atteinte. Ceci alors que, plus que jamais l’unité des nations et des peuples, leurs interventions, sont indispensables pour faire face aux puissants et inquiétants défis communs de l’époque. Qu’il s’agisse des tourmentes mondiales de la finance, du surarmement et des guerres, qu’il s’agisse des migrations forcées par la misère, les guerres et le terrorisme, des défis de l’environnement et du climat, ou de créer les conditions de la transformation des institutions internationales et des enjeux de progrès humains.

 

 

- Les dirigeants européens, installés sous la coupe de la coalition allemande, n’ont que faire de ces défis.

Pire, puisqu’en stimulant les antagonismes entre les différents peuples, ils ne font qu’alimenter ce qui pourrait les pousser à s’affronter, pas seulement au plan économique. La Grèce sert ainsi de laboratoire. Cela concerne chaque famille, chaque citoyen vivant en Europe qu’il soit grec ou irlandais, portugais ou italien, français, allemand, danois ou slovaque. Il s’agit, pour les partisans de cette Union européenne, conçue pour faire vivre le capitalisme à son stade actuel, de savoir jusqu’où les populations pourraient accepter la destruction des droits sociaux, économiques, démocratiques, leur culture et de leur environnement. Le grand capital allemand, celui de « la grande Allemagne », a déjà mis sous protectorat les pays les plus proches, ceux issus de l’effondrement soviétique. Il est en contradiction et en compétition avec d’autres sphères de capitaux nationaux français ou italiens ou encore de pays accueillant des mastodontes nord-américains exonérés de fiscalité. Quant aux populations des différentes nations – à ne jamais confondre avec les oligarques qui mènent la danse -, elles sont considérées comme des variables d’ajustement de cette guerre économique.

 

La preuve en a été cyniquement administrée avec cette tentative de créer un prétendu fonds destiné à recueillir 50 milliards d’actifs issus de la vente de biens publics grecs, que M. Schäuble voulait installer au Luxembourg, précisément dans la structure financière dont il est lui-même le président et qui a déjà servi à la privatisation des biens public de la RDA ! Son rapatriement en Grèce, sous contrôle des institutions européennes, n’empêchera pas le pillage organisé des biens du pays, objectif pour lequel il a été créé.

 

 

- Ces derniers événements européens posent avec une acuité nouvelle et dans des conditions inédites la question d’une transformation radicale de la construction européenne.

Il s'agit d'aller vers une union de nations et de peuples solidaires et associés. Les puissances financières ne l’ignorent pas et réclament, à la faveur de cette crise, une intégration capitaliste encore plus poussée, avec de nouveaux reculs de la démocratie. Les forces progressistes européennes, par leurs capacités d’innovation et de rassemblement, sauront-elles se hisser à la hauteur de cette offensive de très grande ampleur et des évolutions qu’elle provoque dans les opinions publiques des différents Etats ? Tel pourrait bien être l’enjeu majeur de la période historique qui s’ouvre. Il reste beaucoup à faire pour pouvoir l’affronter avec des chances de succès. En avoir conscience et y travailler jusqu’à se doter des outils nécessaires, en terme de projet et de propositions, de démarche et d’actes politiques à l’échelle du continent, permettrait de reprendre l’initiative pour une Europe solidaire du travail, de la création et de l’émancipation humaine.

 

Il y va aussi de la crédibilité d’une autre politique pour sortir de l’austérité perpétuelle et, plus fondamentalement, d’une politique de transformation sociale et écologique. Questions essentielles posées à tout militant progressistes de bonne foi. Constater le tournant historique à l’œuvre nous oblige à vérifier sérieusement si nos propositions, nos stratégies sont opérantes, c’est-à-dire susceptibles de créer un mouvement majoritaire tel qu’il puisse faire plier les tenants de l’Europe de l’argent et des marchands. La violence de l’affrontement politique et social contre le monde du travail et de la création, contre tout choix émis souverainement par les électrices et électeurs de telle ou telle nation, appelle à poser, hors de tous les dogmes, avec patience, courage et détermination, les questions des niveaux et de la qualité du rapport de force social, politique, idéologique, culturel à créer dans chaque pays et, indissociablement, à l’échelle du continent. Et nous avons à le faire en créant les conditions des rassemblements les plus larges, les plus conscients face à une infime minorité de privilégiés qui aujourd’hui dicte sa loi à l’immense majorité. Tout doit être fait pour éviter la division des peuples et la mise en concurrence des travailleurs. La transformation-refondation de l’Europe ne viendra pas de l’addition de petits changements. Elle devra être partie intégrante d’un mouvement politique d’ampleur européenne dans lequel ce qui se passe à Paris ou à Madrid nourrit et s’enrichit de ce qui bouge à Rome, à Londres ou à Berlin. Comment s’y prendre pour le préparer sinon par un travail profond sur nous même, mêlant débats, rencontres, confrontations, associant les forces sociales, politiques et écologiques pour des élaborations inédites, avec l’objectif qu’elles puissent devenir des forces matérielles susceptibles de changer la donne. Les forces anti-austérité et celles qui souhaitent une autre construction européenne doivent se rencontrer et se souder face à l’offensive des tenants de l’austérité, du chômage et du recul de la démocratie, pour inventer ce chemin nouveau de la transformation structurelle de nos sociétés et de l’Europe. Il devient urgent que ce débat s’ouvre et que cet important travail commence.

 

 

- C’est une grande responsabilité des mouvements progressistes et transformateurs dans notre pays.

La France, trait d’union entre l’Europe du nord et du sud, deuxième puissance européenne, a un rôle majeur à jouer pour contrer les objectifs néocoloniaux et austéritaires de l’oligarchie européenne, dans une situation devenue très dangereuse. Les nationalismes et les droites extrémistes sont désormais en embuscade. Des tensions nouvelles apparaissent. Les contradictions à l’œuvre menacent du pire. Comment faire que leur résolution apporte le meilleur pour tous ? Sûrement pas en acceptant aujourd’hui le sacrifice, sur l’autel de la rapacité des banques et des dettes, des sociétés grecque, irlandaise, italienne, portugaise ou espagnole, la nôtre demain et allemande, après-demain. L’un des enjeux du combat immédiat est d’agir pour obtenir une conférence européenne sur l’allègement des dettes et que les mille milliards de création monétaire de la Banque Centrale Européenne servent a alléger les souffrances des peuples et mettre en œuvre un plan audacieux d’investissement créateur d’emploi, et de formation adapté aux nécessités de la transition environnementale.

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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 08:16
Pour la 6e République ! (texte adopté par le m6r)

Ce texte a été adopté par le M6R à plus de 90% suite au vote de ses signataires.

Pour en savoir plus, cliquez ici. Vous visitez notre site pour la première fois ?

Signez pour la 6e République en bas de cet article. 

 

Source : le site du m6r.fr

 

Citoyennes, citoyens

Liberté, égalité, fraternité. Depuis la Révolution de 1789, cette devise fait la grandeur de la République française. Mais, trop souvent, ces principes sont encore bafoués. L’égalité entre les hommes et les femmes, les riches et les pauvres, les élus et les électeurs est loin d’être appliquée. La société actuelle favorise l’individualisme et la compétition au détriment de la fraternité et de la solidarité.

 

Le M6R agit pour instaurer la 6e République, afin d’engager l’humanité dans la voie du progrès humain. Ce bouleversement implique une insurrection civique, une révolution citoyenne.

 

Seul le peuple est légitime pour accomplir cette tâche : convoquer une assemblée constituante dans le cadre d’un processus large pour en finir avec la monarchie présidentielle de la Ve République et balayer l’oligarchie qui dirige le pays.

 

La 6e République sera démocratique, sociale, écologique, laïque, féministe et émancipatrice. Elle assurera la souveraineté du peuple dans tous les domaines et garantira de nouveaux droits pour toutes et tous.

 

 

- 1) Pour une Assemblée constituante

Notre ambition est de rendre majoritaire l’idée d’une assemblée constituante pour instaurer la 6e République dès 2017. Pour cela, nous participons aux débats qui animent et traversent notre pays. Nous encourageons les initiatives citoyennes et solidaires. Nous agissons ainsi pour convaincre le grand nombre. Nous œuvrons à faire entendre la voix du peuple à tous les niveaux et par tous les moyens (actions numériques, manifestations, réunions, interventions lors des élections …).

 

 

- 2) Au peuple de décider

Nous voulons en finir avec le règne des décisions prises sans le peuple et contre lui. Nous voulons refonder les règles d’exercice du pouvoir pour permettre l’intervention citoyenne permanente. Les institutions de la 6e République feront des citoyens les véritables détenteurs de la souveraineté et du pouvoir politique. Aucun membre ou ancien membre du parlement ou d’un gouvernement de la Ve République ne pourra siéger à l’Assemblée constituante. Aucun membre de la Constituante ne pourra exercer une fonction qu’il aura instituée. Les travaux issus de l’Assemblée constituante seront soumis à référendum.

 

 

- 3) Le peuple souverain

Nous défendons l’intérêt général humain. Par notre action, nous entendons contribuer à fédérer le peuple dans sa lutte pour la démocratie et de nouveaux droits. Le peuple doit pouvoir décider par lui-même ce qui est bon pour toutes et tous et exercer enfin sa souveraineté. Nous défendons l’unité et l’indivisibilité de la République et de la nation fondée par la communauté légale des citoyens ainsi que la démocratie à tous les niveaux. Nous considérons comme illégitime tout traité transférant des éléments de souveraineté non ratifié par référendum. Nous ne reconnaissons pas l’autorité juridique des instances supranationales antidémocratiques (UE, OMC, FMI, Otan, …).Nous prônons la fraternité entre les peuples.

 

 

- 4) Des droits nouveaux

Nous prônons le partage des richesses, la défense de l’écosystème qui permet la vie humaine, la laïcité qui garantit la liberté de conscience, l’égalité entre tous les êtres humains, en particulier l’égalité femme-homme (donc l’abolition du patriarcat), le respect et l’extension des droits et libertés personnels y compris sur internet, l’accès à la culture, à des médias indépendants et à l’éducation pour toutes et tous. L’air, l’eau, l’alimentation, le vivant, la santé, l’énergie, la monnaie ne sont pas des marchandises mais des biens communs. Pour garantir ces droits fondamentaux et gérer démocratiquement les biens communs, le droit de propriété doit être encadré, la propriété sociale protégée et les services publics développés. Partisans de la République sociale, nous défendons la démocratie dans l’entreprise et la création de droits nouveaux sur le lieu de travail pour garantir la souveraineté et la citoyenneté des salariés dans l’entreprise.

 

 

- 5) Une démarche citoyenne

Le M6R est une démarche citoyenne inédite, ouverte à toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans l’appel figurant ci-dessous. Son organisation est horizontale et seule la consultation de l’ensemble de ses membres peut engager le mouvement. Il défend et pratique la représentativité sans cumul des responsabilités et des mandats, la révocabilité et le contrôle des élus ainsi que la mobilisation citoyenne permanente. Il prône l’initiative citoyenne de référendums et de lois.

 

 

- 6) Transparence et vigilance civique

Le M6R est indépendant des intérêts économiques et des partis politiques : il est financé par les dons des citoyens et pratique le financement participatif. Les donateurs financent les projets qu’ils souhaitent parmi ceux proposés et sélectionnés par les membres. Tous les comptes sont publics. Face à la corruption de la 5e République, la transparence sur les recettes et les dépenses est la meilleure réponse. Le M6R prône la vigilance citoyenne par la transparence et défend l’inéligibilité à vie des élus condamnés pour des faits de fraude et de corruption.

 

  • Téléchargez le texte ICI

 

  • Partagez ce texte pour le faire connaître et faire signer pour la 6e République :


    

   

  • Je demande l’élection d’une assemblée constituante qui fonde avec les citoyens la 6e République. Une République débarrassée de la monarchie présidentielle et fondant les nouveaux droits personnels, écologiques et sociaux dont notre pays a besoin.

 

Je recevrai par mail les informations sur le Mouvement pour la 6e République.

 

Je signe !

Pour en savoir plus :

- mon dossier VIe République

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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 08:11
"Au nom du Temple" Israël et l'irrésistible ascension du messianisme juif (1967 - 2013) ; "Le Grand Aveuglement" Israël et l'irrésistible ascension de l'islam radical

Charles Enderlin était le correspondant permanent de France 2 à Jérusalem de 1981 à 2015.

 

- En quelques mots

Plongeant ses sources dans la haute antiquité biblique, le fondamentalisme messianique juif a pris son essor en juin 1967, après la conquête de la Cisjordanie et, surtout, du Haram Al-Sharif, le troisième lieu saint de l’Islam - là où se trouvent aussi les ruines du Temple d’Hérode, là où le patriarche Abraham avait prétendu sacrifier son fils Isaac.

 

Convaincus que le monde est entré dans l’ère eschatologique, les militants de ce mouvement religieux, allié à la droite nationaliste, s’opposent à toute concession territoriale, et a fortiori à la création d’un Etat palestinien souverain et indépendant. Les idéaux, la politique, les principes qui avaient inspiré le sionisme des origines, libéral et pragmatique, ont été, à mesure que progressait la pénétration du fondamentalisme juif dans la société israélienne, de plus en plus marginalisés.

 

Dans ce nouveau document d’enquête, Charles Enderlin décrit la lente diffusion de l’idée messianique et son corollaire, le développement de la colonisation juive en Cisjordanie, qui, selon lui, rend impossible toute solution à deux Etats. Un nouvel Israël est-il en train de naître, menant le Proche-Orient à un point de non-retour ?

 

 

- Par : Charles Enderlin

Éditions : SEUIL.com

Nombre de pages : 384 p.

Disponibilité : en librairie ou chez l'éditeur SEUIL.com
Prix : 20,00 €

 

 

Pour en savoir plus :

- du même auteur lire : "Le Grand Aveuglement" paru en octobre 2009 chez Albin MichelLe Grand Aveuglement de Charles Enderlin

- En quelques mots

En encourageant le développement à Gaza de la branche la plus extrémiste des Frères musulmans, Israël a joué avec le feu pendant près de deux décennies. Les gouvernements successifs à Tel-Aviv n'ont-ils pas longtemps cru que le cheikh Yassine, fondateur du Hamas, pouvait être « l'antidote à l'OLP » ? Il est vrai qu'à l'époque, les Etats-Unis eux-mêmes, en finançant et en armant les Moudjahidines afghans, avaient grandement sous-estimé la menace islamiste. Ni la CIA ni les services de renseignement israéliens n'ont pris alors la peine d'analyser - voire de traduire - les textes diffusés par ces organisations. Ils découvriront trop tard qu'ils ont, de fait, participé à la création du Hamas et d'Al-Qaïda.

 

Dans ce nouveau document d'enquête, l'auteur du Rêve brisé (2002) et des Années perdues (2006), correspondant permanent de France 2 à Jérusalem, raconte, à partir de sources exceptionnelles et souvent exclusives, l'incompréhension, l'aveuglement, le double-jeu parfois des services de renseignement et des politiques à Jérusalem, à Tel-Aviv et à Washington. Il décrit aussi comment l'occupation israélienne, le développement de la colonisation dans les territoires palestiniens et la politique américaine au Proche-Orient ont fait le lit de l'Islam radical.Autant de leçons d'histoire à méditer par tous ceux qui prétendent oeuvrer à une paix juste et durable dans la région.

 

« Un livre passionnant sur les relations des Israéliens et des Américains avec l'Islam. » L'Express Jacques Attali« Un excellent livre d'histoire sur le machiavélisme de ceux qui, parfois, la font déraper. » Claude Angeli. Le Canard Enchainé« Incroyable récit que cette montée des intégristes appuyée par leurs pires ennemis. » Martine Gozlan Marianne« Cette chronique livre quelques clés pour comprendre l'incapacité des acteurs du processus de paix à se tolérer. » Laurent Zecchini. Le Monde.

 

- Par : Charles Enderlin

Éditions : Albin Michel

Nombre de pages : 384 p.

Disponibilité : en librairie ou chez l'éditeur Albin Michel
Prix : 21,10 €

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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 08:04
Ces trois leçons qui nous viennent de Grèce

Il est des moments où une célèbre remarque de Jaurès prend une singulière résonance. « Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques », avait-il, un jour de 1903, dans son Discours à la jeunesse, cru bon de rappeler à ses camarades du mouvement socialiste émergent. Chercher la vérité et la dire, c’est assurément, aujourd’hui, prendre la mesure du fait que les derniers développements ayant placé la Grèce sous le feu des projecteurs représentent un tournant de situation.

 

Source : le blog de Christian Picquet membre de la Gauche Unitaire et du Front de Gauche

Un tournant, hélas, qui n’oriente pas le Vieux Continent vers des développements similaires à Mai 68, contrairement à ce que vient de dire l’ultraconservateur Monsieur Tusk, le président du Conseil européen, dans les colonnes du Monde daté du 18 juillet, pour s’effrayer d’une prétendue menace de « révolution » qu’engendrerait la « mélodie anti-européenne » dans laquelle communieraient l’extrême droite et la gauche radicale, « contre la façon traditionnelle de voir l’Europe, la monnaie commune, le libéralisme et le marché commun ». Voici presque un demi-siècle, la montée en puissance, un peu partout, des luttes du salariat et de la jeunesse, avait en effet mis les classes dirigeantes sur la défensive pour de longues années. Cinquante ans plus tard, c’est dos au mur que se battent les mouvements sociaux, c’est dans une ambiance de déroute idéologique que pataugent tous les courants de la gauche et c’est, par conséquent, dans un état de total isolement international qu’une formation comme Syriza aura pu parvenir aux responsabilités dans son pays.

 

Après l’intervention d’Alexis Tsipras sur la chaîne nationale de télévision ERT, au cours de laquelle il aura expliqué à son peuple dans quelles conditions terribles il aura dû consentir à le signer, nul ne peut désormais ignorer que l’accord du 13 juillet à Bruxelles restera, dans les annales, comme l’exemple d’une négociation où l’on aura mis le couteau sous la gorge du principal intéressé. Fallait-il donc vraiment que François Hollande, à l’occasion de sa traditionnelle interview du 14 Juillet, travestisse la réalité au point de parler d’un résultat positif pour l’Europe, la France et la Grèce ? La réalité, reconnue par tous les économistes un tant soit peu sérieux (autant, d’ailleurs, que par Madame Merkel elle-même lorsqu’il lui aura fallu vaincre les réticences de sa majorité au Bundestag), est que les conditions imposées au Premier ministre grec vont un peu plus enfoncer ce pays dans la récession, la spoliation de ses richesses, l’appauvrissement de sa population, l’humiliation nationale.

 

Ainsi aura-t-on, sous la pression des dirigeants allemands, exigé de la Grèce une élévation invraisemblable de la pression fiscale sur la population et de nouvelles coupes drastiques dans les dépenses publiques au nom d’un excédent primaire à faire croître de manière ininterrompue jusqu’en 2018, sans même chercher à donner le change par des mesures (fussent-elles aussi formelles qu’à l’accoutumée) portant sur les investissements dont l’économie aurait un impératif besoin pour sortir d’une stagnation qui ne cesse de s’aggraver. Ainsi aura-t-on enfermé les Grecs dans une situation d’impasse financière chronique, dès lors qu’une austérité terriblement renforcée, en rétractant l’activité, conduira inévitablement à la baisse des rentrées fiscales (quoique, dans le même temps, on veuille accroître l’imposition indirecte des citoyens par l’entremise de la forte hausse des taux de TVA), avec pour inévitable conséquence d’alourdir le poids de la dette en proportion d’une richesse nationale qui ira en diminuant. Ainsi aura-t-on surtout, pour la première fois depuis que la construction européenne vit le jour, traité un pays théoriquement partenaire à la manière d’une colonie dépossédée de ses droits inaliénables, ce qui ressort de cet incroyable paragraphe du texte du 13 juillet stipulant que « le gouvernement (grec) doit consulter les institutions (autrement dit l’ex-« Troïka », en pratique reconstituée) et convenir avec elles de tout projet législatif dans les domaines concernés dans un délai approprié avant de le soumettre à la consultation publique ou au Parlement ». Certains économistes ont, à juste titre, relevé que la logique économique présidant au diktat du sommet de Bruxelles ressemblait tragiquement aux politiques restrictives et déflationnistes mises en œuvre sur notre continent dans les années 1930, avec l’aboutissement sanglant que l’on sait. Sur un plan plus directement politique, on pourrait ajouter que l’on vient, en s’affranchissant cyniquement de la lettre des traités, d’implanter à Athènes une véritable Kommandantur économique et sociale, dont l’une des missions sera d’obtenir l’abrogation des lois votées depuis le 25 janvier dernier.

 

J’entends déjà nos éminences ministérielles s’offusquer de pareilles assertions et nous expliquer qu’il ne pouvait sortir un meilleur résultat de la rencontre des chefs d’État et de gouvernement. Que l’on me permette de les renvoyer au propos d’un expert dont les travaux auront longtemps accompagné la dérive libérale de la social-démocratie européenne. Je veux parler de Daniel Cohen, lequel vient de s’exprimer en termes particulièrement sévères dans les colonnes du Monde des 19 et 20 juillet : « Il s’agit d’un accord totalement inédit dans le degré de mise sous tutelle d’un État, du jamais vu depuis la fin des empires coloniaux ! Je suis frappé par les conditions qui y sont attachées, notamment les dispositions qui privent de facto le Parlement grec de tout pouvoir de décision dans les mois à venir. Le système de coupes automatiques en cas de dérapage des objectifs budgétaires ne laisse aucune marge de manœuvre. Il s’agit quasiment d’un accord punitif, qui oublie les efforts déjà réalisés par le pays : la Grèce est passée de 15% à 3% de déficit depuis 2009. (…) La trajectoire censée amener le pays à un excédent primaire (hors charge de la dette) de 3,5% d’ici à 2018 est plus favorable que celle du Mémorandum signé par le précédent gouvernement grec, à l’automne 2014. Ce dernier prévoyait 3% cette année et 4,5% dès 2016, des niveaux qu’il aurait été illusoire d’espérer atteindre sans fracasser l’économie grecque. Le problème, ce sont les mesures imposées aujourd’hui à la Grèce pour atteindre ces objectifs. Une chose aurait été de laisser la croissance générer des recettes supplémentaires, jusqu’à atteindre 3,5% d’excédent. Mais c’en est une autre de mettre en place des coupes budgétaires pour atteindre ces objectifs, au risque de recréer le cercle vicieux austérité-récession-austérité. La Grèce doit retrouver sa compétitivité et un modèle économique. Mais on ne va pas faire jaillir de terre l’industrie grecque dans les deux ans. En revanche, dans ce laps de temps, le risque est réel que les mesures budgétaires cassent la reprise. Et je ne parle même pas de la saison touristique grecque – un secteur majeur – que l’on est en train de gâcher : les touristes annulent leurs séjours, car il n’y a plus de liquidités et de médicaments dans le pays. »

 

Au regard de ce bilan, il faut bien conclure que ce 13 juillet ne saurait être simplement considéré comme l’un de ces sommets calamiteux rythmant, à intervalles réguliers, les soubresauts de l’unification capitaliste de l’Europe. Il aura enregistré des tendances lourdes qui se manifestaient depuis un certain temps déjà et traduit l’ouverture d’un nouveau moment politique aux enjeux majeurs, non seulement pour l’Europe et les gauches continentales, mais très probablement pour toute la planète. Trois leçons méritent, à cet égard, d’en être tirées : sur la réalité des rapports de force auxquels nous nous voyons confrontés ; sur la crise qui s’annonce pour l’Euroland et, au-delà, pour toute l’Union européenne ; sur les responsabilités qui incombent aux forces qui refusent de se laisser emporter, pour ne pas dire disloquer, par des événements d’une portée incontestablement historique.

 

 

- Une victoire… dans un rapport de force dégradé

Comment en est-on arrivé là ? C’est, très légitimement, l’interrogation qui surgit, à gauche, très au-delà des secteurs anti-austérité. On s’aperçoit alors que, trop heureux que la chaîne de la soumission des peuples au dogme austéritaire se fût rompue en son maillon faible, beaucoup s’étaient arrangés avec la réalité. Alexis Tsipras et nos camarades de Syriza ne l’ont pas emporté, le 25 janvier dernier, sous l’effet d’une poussée révolutionnaire, ni même en s’appuyant sur un processus de forte auto-organisation populaire qui leur eût permis de se préparer dans de bien meilleures conditions à l’affrontement d’immense ampleur dont ils allaient devoir assumer le choc. C’est à la tête d’une nation exsangue, contraints dans l’extrême urgence à gérer les problèmes posés par des infrastructures bradées et des richesses pillées par le remboursement de créanciers agissant en parfaits usuriers, n’ayant pour eux que le soutien d’un peuple épuisé par des années de résistance acharnée aux plans de la « Troïka », se retrouvant dans une solitude absolue face à dix-huit gouvernements peu disposés à soutenir leurs revendications (même si, parfois, d’aucuns auront manifesté leur intérêt à un changement des règles au sein de la zone euro), qu’il leur aura fallu entrer dans une négociation d’une âpreté inouïe.

 

Alexis n’a pas trahi son peuple et ses engagements le 13 juillet. Simplement, il ne disposait pas des moyens de l’épreuve qu’il lui fallait relever. Les « Économistes atterrés » pointent fort justement l’énorme déséquilibre des forces en présence : « Certes, la Grèce avait atteint en 2014 l’équilibre budgétaire primaire, de sorte qu’elle n’avait plus besoin d’augmenter son endettement. Mais elle doit trouver, mois après mois, les fonds nécessaires pour payer les intérêts et faire tourner sa dette (emprunter pour rembourser les emprunts venant à échéance). Cela, qui ne pose pas problème pour un pays en temps ordinaire, donne un pouvoir de contrôle continuel aux créanciers. Syriza (et, en particulier, le ministre des finances Yanis Varoufakis) pensait que l’échec des politiques austérité/réformes libérales était si patent qu’il trouverait des alliés en Espagne, en Italie, au Portugal, en France, dans les partis de gauche et dans les forces syndicales. Mais pour les classes dominantes, pour les technocraties européennes et nationales, pour l’Allemagne, ces politiques sont une composante obligée de la monnaie unique, de sorte qu’elles ont tout fait, et feront toujours tout, pour empêcher leur remise en cause. Elles ne sont pas négociables. Un pays qui les refuse doit quitter la zone euro. Un déluge de propagande s’est abattu sur les peuples européens, s’appuyant sur les errements des classes dirigeantes grecques d’avant 2010, pour leur faire croire qu’ils avaient payé et devraient payer pour la Grèce, comme si la cause de la crise de 2008 était la Grèce et non l’avidité de marchés financiers, comme si la cause des hausses d’impôts et des baisses des dépenses publiques et sociales depuis 2010, c’était la Grèce et non les politiques d’austérité. »

 

Nos amis ont-ils, à cet égard, mal apprécié le contexte européen ? Peut-être. Reconnaissons cependant que nous ne les avons guère aidés à définir la bonne stratégie, celle qui eût peut-être réussi à desserrer l’étau. J’admire ceux qui, maintenant qu’une partie décisive a été livrée, depuis leurs confortables bureaux situés à quelques milliers de kilomètres, leur reprochent de n’avoir pas quitté la zone euro à partir du moment où ils ne pouvaient faire autrement, en y demeurant, que d’accepter les termes du diktat imaginé par Madame Merkel et Monsieur Schäuble. Techniquement, il était évidemment envisageable d’émettre immédiatement des lettres de créance (les fameux IOU, dans la langue des technocrates) et de nationaliser des banques au bord de l’effondrement faute d’avoir reçu les liquidités de la Banque centrale européenne, préparant ce faisant le rétablissement de la drachme. Politiquement, il existait d’incontestables arguments pour s’inspirer de l’exemple argentin, lorsque le pouvoir de Nestor Kirchner, en 2001, avait fait le choix d’assumer un défaut de paiement de ses créances envers le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, ce qui avait par la suite favorisé une relance de l’économie par l’investissement et l’encouragement à la consommation intérieure. Sauf que le potentiel de la Grèce n’est nullement assimilable à celui de l’Argentine et qu’il n’est nullement certain que le pays ait pu, sans dégâts colossaux et sans un chaos difficilement maîtrisable, dans le contexte d’étranglement qu’il subissait, essuyer le choc d’un effacement unilatéral de sa dette et d’une sortie de la monnaie unique.

 

Telle est la première leçon de cet été bien sombre : l’illusion aura fait long feu d’un déferlement citoyen qui n’aurait attendu que la première occasion de s’engouffrer dans la brèche ouverte par les Grecs pour bouleverser la donne sur le continent. Chacun doit désormais se rendre à l’évidence : les classes dirigeantes seront parvenues à surmonter la tourmente financière née de la crise des subprimes et, surtout, elles auront réussi à résister aux contestations populaires qui s’en étaient suivies. On me dira que le modèle néolibéral ayant réorganisé le globe ces dernières décennies ne s’en révèle pas moins à bout de souffle. C’est parfaitement exact. À ceci près que, du fait des échecs essuyés par toutes les mobilisations sociales du nord au sud de l’Europe, cet épuisement d’un système prend principalement la forme de convulsions sans fin et de soubresauts à répétitions.

 

 

- L’euro et la construction européenne désormais menacés

Précisément, ce dont attestent les dernières semaines, c’est que le maintien d’Athènes dans le club des pays régis par une monnaie unique ne règle rien. Ni pour la Grèce, c’est l’évidence, ni pour l’Europe ! Et encore moins pour l’euro… Prenons, à cet égard, l’exacte mesure des fractures qui viennent d’apparaître spectaculairement sur l’édifice européen.

 

D’abord, la Grèce n’en est pas le seul « malade ». Dès lors que les orientations restrictives conduites un peu partout compriment l’activité et engendrent tendances récessives autant que menaces déflationnistes, dans le même temps qu’elles creusent les déficits, d’autres pays vont devoir braver l’insoutenabilité de la dette et de la discipline budgétaire sans fin. Très vite, dès les semaines à venir ou dans les tout prochains mois, la « question grecque » se trouvera de nouveau au menu des tractations bruxelloises. Plus, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, l’Islande, voire la France, peuvent parfaitement se retrouver demain aux prises avec les mécanismes diaboliques codifiés par le Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance de l’Eurozone. L’accord qu’Alexis aura été contraint d’avaliser, bien malgré lui, sera alors forcément considéré, par la droite conservatrice allemande et les eurocrates partageant sa vision du monde, comme faisant jurisprudence. C’est, par conséquent, au choix capital de l’explosion de l’espace monétaire européen du fait d’injonctions devenues à la longue insupportables par une série de pays ou de la vassalisation engendrée par la politique voulue par sa puissance dominante que l’Union européenne se verra confrontée.

 

Ce qui, dans la foulée, amène à considérer que la conception et les critères sur lesquels on aura voulu fonder la monnaie unique sont devenus parfaitement intenables. Le cas d’école grec démontre que l’euro est indissociablement associé à l’austérité, et qu’il s’avère ipso facto interdit à l’une des nations qui en ont fait leur devise de s’extraire de ce carcan. Or, comme c’est au cycle infernal décrit par Daniel Cohen, austérité-récession-austérité, qu’amène cette approche, la feuille de route du 13 juillet crée d’elle-même les conditions d’une implosion de toute l’architecture imaginée dès le Traité de Maastricht en 1992, avec une monnaie à taux fixe et identique pour tous les pays qui y adhèrent, un taux d’inflation s’appliquant uniformément à des économies très différentes dans leurs structures, une Banque centrale rendue indépendante des États et des politiques de démolition sociale décrétées immuables quels que soient les conjonctures et les votes des peuples.

 

Enfin, en encourageant des trajectoires de plus en plus éloignées entre pays de la même zone monétaire, et en laissant libre cours aux volontés hégémoniques de la puissance qui aura tiré les principaux bénéfices de cet ordolibéralisme aberrant, en l’occurrence l’Allemagne, ce sont les pires égoïsmes nationaux que l’on aura réveillé en Europe. La manière dont Angela Merkel aura clivé le débat européen, entre ceux qui refuseraient « de payer plus longtemps pour la Grèce » (camp dans lequel elle aura enrôlé les pays de sa sphère d’influence) et les autres (ceux d’Europe du Sud, volontiers taxés de « laxisme »), donnent une sérieuse indication de ce que seront, dans un proche avenir, les affrontements sur le continent. Non seulement, Berlin (sans que cela ne fût, d’ailleurs, l’apanage de la seule CDU-CSU, certains sociaux-démocrates ayant repris la même rengaine) n’aura pas songé un instant à dissimuler que son recul sur l’exclusion de la Grèce de l’Euroland n’était que provisoire et qu’elle remettrait cette exigence sur la table au cas (éminemment probable, on l’a vu) où Athènes serait amenée à solliciter de nouvelles aides pour faire face à un endettement insupportable, mais tout laisse dorénavant penser que ses dirigeants se préparent à la disparition de la monnaie unique, considérant probablement qu’ils en ont retiré tous les dividendes envisageables.

 

C’est la raison pour laquelle les dissertations un tantinet laborieuses du président de la République sur la nécessité d’un « gouvernement économique » et d’un « Parlement » de la zone euro, couplés à la proposition d’un budget commun aux États impliqués, ont quelque chose de proprement ubuesque. À supposer que ces préconisations, qui furent celles de Jacques Delors lorsqu’il présidait aux destinées de la Commission européenne, aient un jour pu posséder une pertinence, ce que je ne crois pas pour ma part, comment imaginer qu’elles puissent aujourd’hui voir le jour alors que l’on a délibérément accru l’endettement d’un certain nombre de pays en les contraignant à une rigueur sans fin, que l’on vient de miner le principe de solidarité entre nations en dépeçant l’une d’entre elles, que l’on aura réduit à néant l’idée de démocratie en privant un peuple de sa souveraineté sur les choix qui engagent son avenir.

 

D’évidence, redonner du souffle à l’idée européenne suppose, en tout premier lieu, de remettre en cause le TSCG et d’engager l’épreuve de force incontournable sur les fondements de l’euro. Depuis 2012, François Hollande s’y sera refusé, alors que la France est la seule à pouvoir prendre la tête de cette bataille avec les autorités d’outre-Rhin, en rassemblant derrière elle les pays qui ont un intérêt concordant à s’affranchir de la doxa austéritaire. Elle aura d’ailleurs, en faisant échouer le « Grexit » auquel une majorité du sommet de Bruxelles semblait favorable, démontré qu’elle disposait de réelles marges pour impulser une bifurcation européenne et modifié le rapport des forces sur le continent. Son premier magistrat aura toutefois préféré composer, in fine, avec la chancelière allemande en laissant celle-ci tordre le bras d’Alexis Tsipras.

 

 

- Il est temps que chacun assume sa part de responsabilité

Les cinq mois ayant suivi le scrutin du 25 janvier et qui se sont achevés en cette mi-juillet dans la capitale belge appellent un sérieux retour critique de la part des différentes familles de la gauche. Dans l’aire de la majorité gouvernante, cela va sans dire, puisque l’on y aura préféré renoncer à toute initiative plutôt que de prendre le risque de gêner la liberté présidentielle. Autant que du côté des courants anti-austérité, lesquels auront surtout vu, dans le souffle d’air frais venu des rivages helléniques, l’occasion de renouveler leur argumentation face au Parti socialiste, négligeant du même coup la réflexion qui eût été si nécessaire sur la stratégie à déployer pour apporter à nos frères et sœurs de là-bas une aide à la hauteur de leurs attentes. Parlons sans détours : en appeler sur tous les tons à un « Syriza à la française », ou encore s’exalter sur la « révolution citoyenne » censée être partie de Grèce, avaient certainement de quoi nourrir de belles démonstrations rhétoriques, elles ne correspondaient en rien à la réalité et éloignaient leurs auteurs du devoir de réunir le front le plus large en soutien aux demandes du peuple grec et de ses nouveaux dirigeants.

 

Ne nous trompons pas, à présent, sur les conséquences de l’échec essuyé par Syriza. Le découragement va s’en trouver renforcé chez celles et ceux qui avaient vu dans sa victoire électorale un motif d’espérer de nouveau. Les tendances à la résignation devant un ordre apparaissant inébranlable, autant que les recherches du « moindre mal » pour éviter d’avoir à subir la brutalité libérale incarnée par Madame Merkel, vont simultanément se faire plus fortes. Inévitablement, le doute va un peu plus s’installer dans les consciences sur la possibilité de faire émerger une alternative progressiste à vocation majoritaire, on le voit déjà dans le reflux des intentions de vote pour Podemos en Espagne.

 

Pour ces raisons, ce n’est certainement pas le moment de se réfugier derrière des explications commodes sur l’issue de la réunion de l’Eurogroupe. L’extrême gauche excelle dans cet exercice consistant à dénoncer la trahison de quiconque n’adhère pas à ses professions de foi révolutionnaristes, et elle a déjà commencé accuser la majorité désignée par les électeurs grecs de « collaboration de classe ». Il ne faudrait pas, à présent, que d’autres se mêlent à leur tour des dissensions internes à Syriza en se cherchant des « correspondants » plus à gauche qu’Alexis Tsipras. L’éclatement du principal parti de la gauche hellène laisserait tout un peuple orphelin de représentation politique, en un moment où le désespoir peut nourrir toutes les aventures. Il ne pourrait, en outre, que conforter le coup de force rampant, en gestation depuis des semaines, pour faire chuter l’actuel gouvernement et le remplacer, au choix, par une coalition d’union nationale voire… par cette équipe de « techniciens » à laquelle le président du Parlement européen, Martin Schulz, avait cru bon de faire allusion avant que le résultat du référendum du 5 juillet ne vînt doucher ses espérances.

 

La « question grecque » étant appelée à s’inviter de nouveau dans le débat public des semaines à venir, il importe de s’atteler sans délai à la construction du mouvement le plus unitaire possible en défense de la Grèce martyrisée. C’est manifestement possible, bien au-delà du Front de gauche et des écologistes, si l’on veut bien relever qu’au sein du Parti socialiste, jusqu’à son plus haut niveau, des voix se sont faites entendre pour dénoncer le sort réservé à une population à bout de sacrifices et de mortifications, et que dans le syndicalisme commence à s’exprimer un soutien qui n’avait que trop tardé. Voilà le vœu que je voudrais former, au beau milieu de cet été caniculaire : que les divergences fussent profondes à gauche sur la gestion des affaires par l’exécutif ne saurait empêcher de se rassembler pour sauver la Grèce, donc sauver l’idée d’une Europe solidaire, en commençant par faire monter la double exigence d’une conférence sur la restructuration des dettes souveraines et du renoncement à des politiques d’austérité par trop funestes.

 

Ce serait la meilleure manière, dans la foulée, de rouvrir une discussion close en même temps que Monsieur Sarkozy piétinait le « non » des Français au Traité constitutionnel, sans s’en tenir aux sempiternelles ritournelles sur la « réorientation » de l’Europe. À bien y regarder, ce dont fait foi la dernière séquence, c’est qu’il devient urgent de prendre à bras-le-corps les deux dimensions dont va, à terme, dépendre le devenir de la construction européenne. En tout premier lieu, je l’ai dit, le traité austéritaire imaginé par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, avant que François Hollande ne le rallie. Sa renégociation s’impose, comme le disent des économistes en nombre croissant, et la France y contribuerait en décidant, pour ce qui la concerne, de suspendre son application avant que ne doivent comparaître, devant le tribunal germano-bruxellois, d’autres gouvernements coupables de ne pouvoir demeurer dans les clous de la rigueur budgétaire et du paiement de leurs dettes. En second lieu l’euro, tant il est vrai qu’il serait grand temps de sortir de l’alternative mortifère dans laquelle on s’emploie à enfermer les citoyens, entre sortie de son cadre, au prix de possibles involutions dangereuses, et soumission perpétuelle à un système de normes aussi indépassables qu’absurdes, au prix de terribles régressions sociales et démocratiques. Après tout, on pourrait aisément concevoir une approche faisant de la devise européenne autre chose qu’un instrument disciplinaire auquel les peuples et les États doivent, de gré ou de force, se plier. Pourquoi, par exemple, la Banque centrale repassant sous le contrôle des États, ne pas imaginer un euro qui servirait dans les transactions internationales mais laisserait aux différents pays le loisir de déterminer des taux de change adaptés à leurs situations et aux besoins de leurs économies ?

 

Pour me résumer, j’ai voulu ici vous faire partager la conviction que nous entrons dans une toute nouvelle période. Qui impose à quiconque veut peser, autant que possible, sur les événements de sortir des postures faciles et des discours si fréquemment répétées qu’ils contribuent à entretenir le statu quo. Et qui requiert le courage de prendre en compte l’extrême complexité d’un moment éminemment difficile pour les peuples…

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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 08:51
Pierre Pytkowicz

Pierre Pytkowicz

Ancien ministre des Finances (1998-2 000) de la République libanaise, économiste et historien, Georges Corm défend dans son dernier ouvrage, Pensée et politique dans le monde arabe, une vision de la culture arabe bien plus riche et ouverte que le cliché récurrent de berceau du terrorisme islamiste relayé par les médias dominants.

 

Source : l'Humanité par Stéphane Aubouard le 12 Juin, 2015

- L'Humanité : Dans votre dernier ouvrage, Pensée et politique dans le monde arabe[1], vous faites clairement la distinction entre culture arabe et culture musulmane. Cependant, peut-on aujourd’hui, au regard des événements dramatiques qui secouent le monde arabe, victime de l’islamisme politique, séparer la pensée arabe de la pensée musulmane ?

Georges Corm : C’est tout le sens de mon livre. Il est absolument nécessaire de faire cette distinction. Il faut rappeler que le monde arabe a une pensée et une culture qui se situent à la fois avec et en dehors de l’islam. En dehors, parce que la culture arabe existe préalablement à l’islam, avec des traditions poétiques majeures indépendantes de toute contingence religieuse. Dans le premier chapitre de mon livre, je rappelle d’ailleurs l’importance de cette culture poétique. Culture primordiale à tel point qu’aujourd’hui encore, les personnes les plus honorées dans toutes les sociétés arabes restent les grands poètes, mais aussi de grands compositeurs de musique, chanteurs et divas, de très nombreux romanciers de qualité, dont le travail artistique et littéraire constitue le fond de la conscience collective arabe. Il y a de fait une pensée arabe très diverse de type profane, ouverte sur tous les problèmes de la modernité et qui est un socle majeur de la conscience collective arabe. Cependant, la pensée arabe existe aussi avec l’islam – événement historique et culturel considérable –, puisque, après l’apparition de la prophétie coranique, certes de très nombreuses écoles théologiques ont fleuri, mais aussi la philosophie qui a repris et développé le patrimoine grec et a fertilisé la pensée chrétienne en Europe à travers l’Andalousie. Et aujourd’hui encore, dans les cercles intellectuels, il y a de grandes controverses et des débats souvent très riches. Une des questions qui travaille le plus la pensée arabe philosophique et politique tourne autour de la structure de l’esprit arabe : est-il un esprit théologique fermé ou un esprit philosophique ouvert ? Il y a aussi de très nombreux débats sur les bienfaits et les méfaits de la laïcité, et les différentes formes de séparation du temporel et du spirituel.

 

Ce que décrit par ailleurs mon ouvrage, c’est le basculement médiatique et académique en Europe et aux États-Unis sur l’islam politique, qui a été instrumentalisé et radicalisé à la fin des années 1970, lors du dernier épisode de la guerre froide, lorsque les États-Unis ont théorisé la nécessaire réislamisation des sociétés arabes pour faire face à l’extension du communisme dans la jeunesse de ces sociétés et d’autres sociétés musulmanes en Asie. Cela s’est notamment traduit par l’enrôlement et l’entraînement de milliers de jeunes Arabes en Arabie saoudite et au Pakistan, sur la demande des États-Unis, pour aller se battre contré l’armée soviétique qui a envahi l’Afghanistan en 1979, en invoquant la nécessité d’un « djihad » contre les athées soviétiques. C’est de cette première guerre d’Afghanistan qu’est née l’organisation al-Qaida d’Oussama ben Laden, riche ressortissant saoudien, et qu’est né le mouvement des talibans, pratiquant lui aussi un islam radical à la mode saoudo-wahhabite. Ce que nous vivons aujourd’hui n’est que la suite logique de cette politique fatale.

 

 

- L'Humanité : Les contre-révolutions violentes qui ont suivi les révoltes arabes initiées en 2011, en Tunisie, et l’apparition, il y a un peu plus d’un an, de l’« État islamique » sont-elles aussi liées à un rejet des valeurs occidentales de la part des peuples arabes ?

Georges Corm : Parlons plutôt de la vague de mouvements libertaires à forte coloration sociale qui a secoué toutes les sociétés arabes, du sultanat d’Oman à la Mauritanie, au premier trimestre de l’année 2011. Depuis trente ans, un récit cliché s’est installé qui prétend que la psyché musulmane aurait été agressée d’abord par le colonialisme, puis par les régimes républicains laïcs du monde arabe. Mais le colonialisme a fait des dégâts dans toutes les sociétés colonisées – hindoue, boud-dhiste, confucianiste, animiste ou chrétienne – donc pas seulement dans le monde musulman. Aussi, prétendre que le monde arabe est en guerre contre l’Occident est une déformation grossière de la réalité qui entretient le mythe que les organisations terroristes telles que Daesh ou le Front al-Nosra (branche syrienne d’al-Qaida – NDLR) incarneraient une psyché musulmane éternelle, résumée dans le radicalisme violent, tel qu’il peut être prôné par une utilisation perverse de la doctrine wahhabite qui constitue la doctrine d’État de l’Arabie saoudite et du Qatar. Il faut rappeler que ces deux pays, alliés des États-Unis et, entre autres, de la France, disposent de moyens financiers gigantesques qui ont facilité l’extension de la doctrine wahhabite dans toutes les communautés musulmanes sunnites. Mais soyons objectifs : il y a bien plus d’Arabes en accord avec la philosophie des Lumières qu’avec le terrorisme produit par ce radicalisme islamique, très peu conforme à l’esprit de cette religion. Il suffit de regarder dans le monde réel ! La quasi-totalité des gouvernements arabes sont des alliés de l’Occident, la Syrie exceptée et, évidemment, pour des raisons exclusivement politiques. Des centaines de milliers de familles envoient leurs enfants en Europe, en France en particulier, ou aux États-Unis pour qu’ils y fassent des études. Toute une partie de la jeunesse arabe ne rêve que d’émigrer en Europe, voire aux États-Unis. Cela prouve bien que tout le schéma huntingtonien de choc des civilisations est purement imaginaire.

 

 

- L'Humanité : Cependant, la France, qui a longtemps pratiqué une politique d’apaisement, a opéré un changement radical dans sa politique arabe dès lors que Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir. Comment le pays des droits de l’homme est-il perçu par la population civile ?

Georges Corm : Il serait souhaitable que la France cesse d’intervenir directement dans les conflits ou qu’elle cesse de vendre des armes aux monarchies de la péninsule Arabique, lesquelles sont employées dans des interventions violentes dans d’autres pays arabes tels que le Yémen. La politique extérieure française est totalement alignée sur la politique de l’Otan, des États-Unis et des États du Conseil de coopération du Golfe. Elle fait même de la surenchère comme dans le dossier syrien ou celui du projet de traité avec l’Iran. La France ne peut donc plus jouer un rôle d’apaisement ou d’arbitre impartial, comme au temps du général de Gaulle. Mais elle reste le pays des droits de l’homme, c’est une image qui reste encore très présente dans l’imaginaire collectif arabe. Parce que la pensée arabe moderne a été fortement influencée par les Lumières et la Révolution française. Pour le monde arabe, les premiers à être entrés en contact avec cette pensée européenne, ce sont les grands cheikhs de l’université islamique d’Al-Azhar, au Caire. Al-Tah-tawi, tout d’abord, qui est venu en France dès 1825, envoyé par le souverain égyptien de l’époque, Mohammed Ali. Sa mission consistait à savoir pourquoi et comment la France était arrivée à un tel niveau de développement et de modernité. C’est sans nul doute celui qui, le premier, a su le mieux saisir la notion de citoyenneté. Plus tard, il y a eu Taha Hussein, né dans un milieu rural très pauvre, atteint de cécité à l’âge de deux ans. Malgré cette infirmité majeure, ses études et son talent l’amenèrent à Al-Azhar, puis à l’université du Caire, puis à Montpellier et Paris, où il apprend le français et obtient un doctorat. Lorsqu’il reviendra en Égypte, il contribuera grandement au développement de l’éducation dans le pays. Une de ses œuvres majeures, l’Avenir de la culture en Égypte, reste d’actualité pour toutes les sociétés arabes.

 

 

- L'Humanité : Pourtant, ne sont-ce pas ces mêmes pays où les Lumières sont apparues qui passent aujourd’hui leur temps à obscurcir l’horizon des pays arabes ?

Georges Corm : C’est la seconde fois dans l’histoire contemporaine des Arabes que nous avons des révolutions et contre-révolutions fulgurantes. Tout d’abord, au temps de Gamal Abdel Nasser, cet homme charismatique qui a galvanisé l’ensemble du monde arabe pour le débarrasser de la colonisation. Le nationalisme arabe laïc et socialisant, qu’il prônait, a été considéré pendant très longtemps comme l’ennemi numéro un des grands puissances occidentales. L’expédition de Suez, en 1956, menée conjointement par la France, la Grande-Bretagne et Israël, en est la preuve la plus évidente. Par la suite, tous les efforts ont été déployés pour arrêter la vague révolutionnaire arabe anti-impérialiste des années 1960 et 1970, où les mouvements armés palestiniens ont joué un grand rôle. Efforts conjoints des puissances occidentales et des mouvances d’islam politique soutenues par l’Arabie saoudite. Francfort et New York sont alors devenus des lieux d’asile privilégiés des Frères musulmans. La grande vague libertaire de 2011 a suscité une autre contre-révolution, avec à nouveau les mouvances islamiques qui ont joué un rôle majeur, en alliance avec les États occidentaux. Rappelons que l’Arabie saoudite a envoyé son armée dans le petit royaume de Bahreïn pour y supprimer, par la force, la révolte libertaire et sociale. Ailleurs, cette révolution a de nouveau été brisée par les puissances occidentales, notamment par la France, en Libye et en Syrie, pour amener un changement de régime dans ces deux pays en particulier : le premier, vraisemblablement pour son rôle en Afrique subsaharienne ; le second, pour affaiblir le régime iranien et le Hezbollah libanais, pour le plus grand bonheur de l’État d’Israël, des États-Unis et de l’Arabie saoudite.

 

 

- L'Humanité : D’autres pays, comme la Russie, peuvent-ils encore jouer un rôle ?

Georges Corm : La Russie, qui ne dispose que d’une petite base navale en Méditerranée, dans le port syrien de Tartous, fait cependant encore contrepoids. Elle ne lâchera pas aussi facilement ce pays, à l’heure où Moscou est en train de constituer avec l’Iran, la Chine et d’autres pays émergents, un bloc eurasiatique. Car, il n’y a pas de raison que les États-Unis, qui sont à 10 000 kilomètres de la Méditerranée, soient le seul grand acteur militaire et politique de la région, et que la Russie, qui a des frontières à 200 kilomètres de cette mer stratégique, et l’Iran en soit exclus. Cependant, les États-Unis tiennent absolument à contrôler le Moyen-Orient et la Méditerranée face au projet de regroupement eurasiatique. Et pour ce faire, Washington a deux alliés de poids dans la région, l’Arabie saoudite et Israël – en sus du Pakistan, plus loin dans la péninsule Indienne –, tous trois États à prétention religieuse. Car, si le problème de la pensée politique arabe est lié en partie à l’islamisme et à ses énormes moyens financiers, politiques et médiatiques, elle doit aussi faire face au phénomène israélien, qui se présente comme l’incarnation et le défenseur du judaïsme à l’échelle mondiale. Aux États-Unis, les fondamentalismes chrétiens jouent aussi un rôle important dans l’appui accordé au fondamentalisme israélien et à la poursuite de la colonisation des territoires palestiniens sans aucune sanction internationale.

 

 

- L'Humanité : Au final, où situez vous l’espoir pour ces peuples, pris entre guerres et terrorismes ?

Georges Corm : Ce qui s’est passé lors des révoltes de 2011 n’est pas vain. Il y a eu un formidable retour à l’unité de la conscience arabe, exaspérée par les autoritarismes de sources diverses, les injustices sociales extrêmes, l’absence d’opportunités d’emploi pour la jeunesse. Et ce moment restera nécessairement comme un grand instant de cette conscience collective, tout comme l’est resté le moment nassérien. C’est cela, le principal espoir. C’est donc la jeunesse. Mais il ne faut pas être naïf, rien ne sera possible tant que les conflits et les guerres n’auront pas desserré leur étau sur les nombreuses sociétés livrées à la violence aveugle et au terrorisme, qui ne tolère aucune diversité religieuse ou ethnique ou aucune pratique de l’islam différente du radicalisme à la mode wahhabite. Aussi je ne peux m’empêcher de renvoyer la balle à tous les démocrates américains et européens, pour qu’ils demandent des comptes à leur gouvernements sur les politiques menées dans le monde arabe depuis la fin de la Première Guerre mondiale. J’ai en effet du mal à comprendre que l’exercice de la démocratie soit restreint à l’espace intérieur, mais qu’il ne soit jamais demandé des comptes sur les politiques et interventions extérieures des gouvernements des États démocratiques, dont certains passent leur temps à vendre des armes et à s’immiscer dans les affaires intérieures d’autres États. Est-ce cela, la démocratie ?

 

Note :

[1] Éditions La Découverte

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10 août 2015 1 10 /08 /août /2015 08:14
9 août 1945 : Après Hiroshima, bombe atomique sur Nagasaki... les véritables raisons

Effrayer les soviétiques, commencer la guerre froide... et transformer le japon d'agresseur[12] avec nombre de crimes de guerre [13].... en victime  !

 

IL y a exactement soixante dix ans, les 6 et 9 août 1945, les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki étaient littéralement « ramenées à l’âge de pierre » par l’explosion des premières - et seules - bombes atomiques jamais utilisées dans un conflit. L’emploi d’armes aussi barbares était devenu indispensable - dit-on alors officiellement - pour arrêter la guerre et épargner des centaines de milliers de vies.

Des documents récents démentent cependant cette thèse et révèlent que ces destructions, comme celle de Dresde le 13 février 1945, avaient pour objectif d’impressionner les Soviétiques, d’arrêter leur avance alors même que certains comme Patton[1] rêvaient d'en découdre, et marquaient, en fait, le début de la guerre froide.

 

Sources : Le Monde Diplomatique, par Frédéric F. Clairmont | mis à jour le 6 août 2020

- Le 7 mai 1945, le Japon impérial, n’était déjà plus que l’ombre de lui-même

Le 7 mai 1945, lorsque le maréchal Jodl signa l’acte de capitulation de l’Allemagne nazie, son allié, le Japon impérial, n’était déjà plus que l’ombre de lui-même : son arme d’élite d’autrefois, l’aviation, ne comprenait plus qu’un petit nombre d’adolescents désespérés mais prodigieusement courageux, et dont la plupart étaient assignés à des missions kamikazes ; il ne restait pratiquement plus rien de la marine marchande et de la marine de guerre. Les défenses antiaériennes s’étaient effondrées : entre le 9 mars et le 15 juin, les bombardiers B-29 américains avaient effectué plus de sept mille sorties en subissant seulement des pertes mimimes.

 

Le 10 mars précédent, plus de cent vingt-cinq mille personnes avaient été tuées ou blessées lors d’un bombardement sur Tokyo. Un événement, seulement dépassé dans l’horreur par les trois raids des aviations anglo-canadienne et américaine sur Dresde, dans la nuit du 13 au 14 février 1945. Pour le patron de l’US Air Force, le général Curtis Le May, il s’agissait de « ramener le Japon à l’âge de pierre », métaphore qu’il répéterait sans cesse les années suivantes pour décrire la liquidation physique de dizaines de milliers de Coréens par ses chefs d’escadrilles.

 

Le Japon avait parfaitement compris ce que signifiait la dénonciation par l’URSS du pacte de non-agression signé entre les deux pays, et il n’avait pas oublié la défaite que le maréchal Joukov avait infligée à ses armées à la veille de la seconde guerre mondiale. Alors, pourquoi ce lancement d’une attaque nucléaire sur Hiroshima le 6 août 1945 ? Et, même en admettant le bien-fondé de la « solution finale » imposée à cette ville, comment justifier la seconde démonstration de la capacité d’extermination effectuée trois jours plus tard à Nagasaki ?

 

Harry S Truman - NARA - 530677 (2).jpg Tout au long de sa présidence, Harry Truman affirma que les destructions d’Hiroshima et de Nagasaki avaient sauvé un quart de million de vies humaines[2], mais, après la fin de son mandat, il commença à jongler avec les chiffres. Les journalistes qui écrivirent les « Mémoires » du président citèrent, dans leur première version, le chiffre d’un demi-million de pertes (américaines et alliées), dont au moins trois cents mille morts. A la sortie du livre, en 1955, le total était passé à un demi-million de vies américaines sauvées et, en certaines occasions, Harry Truman alla jusqu’à parler d’un million[3].

 

Le chiffre mythique d’un demi-million avait bien pu apaiser la conscience de Truman ; mais, d’autres acteurs, non directement impliqués dans ce jeu, allaient l’utiliser à des fins beaucoup plus explicites. Winston Churchill avait ses propres raisons, liées aux perspectives de guerre froide, pour pratiquer l’escalade : Hiroshima et Nagasaki, selon lui, avaient sauvé un million deux cent mille. L’homologue britannique de Curtis Le May, le maréchal Sir Arthur Harris, surnommé bomber, confident de Churchill et exécutant de la destruction de Dresde, alla même jusqu’à parler de trois à six millions de pertes évitées[4].

 

 

- Les doutes du général Eisenhower Eisenhower, Dwight D.

TOUS les chercheurs sérieux savaient que les chiffres de Truman étaient fantaisistes, mais une étude des services secrets américains, découverte en 1988 dans les archives nationales des Etats-Unis, en apporte la confirmation[5]. Ce document est certainement l’une des évaluations les plus étonnantes qui soient parues après la fin de la guerre. On y découvre que l’invasion de la principale île de l’archipel japonais, Honshu, avait été jugée superflue. L’empereur, observe le rapport, avait décidé, dès le 20 juin 1945, de cesser les hostilités. A partir du 11 juillet, des tentatives pour négocier la paix avaient été effectuées par le biais de messages à Sato, ambassadeur japonais en Union soviétique. Le 12 juillet, le prince Konoye avait été désigné comme émissaire pour demander à Moscou d’utiliser ses bons offices afin de mettre un terme à la guerre.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Le rapport secret conclut explicitement que c’est la décision de l’Union soviétique, prise le 8 août, d’envahir la Mandchourie occupée par les Japonais, et non pas les bombardements d’Hiroshima (6 août) et de Nagasaki (9 août), qui constitua le facteur décisif menant à la fin des hostilités : « Les recherches montrent que [au sein du cabinet japonais] il fut peu question de l’usage de la bombe atomique par les Etats-Unis lors des discussions menant à la décision d’arrêter les combats [15 août 1945]. Le lancement de la bombe fut le prétexte invoqué par tous les dirigeants, mais la chaîne des événements mentionnés plus haut donne à penser, de manière quasi certaine, que les Japonais auraient capitulé après l’entrée en guerre de l’URSS. » La lecture des événements du 6 et du 9 août doit donc moins se faire en termes de fin des hostilités en Asie et dans le Pacifique qu’en termes de début de la guerre froide.

 

James F. Byrnes cph.3c32232.jpgLe secrétaire d’Etat James Byrnes - qui, au Sénat, avait été le mentor de Truman avant que ce dernier n’accède à la présidence après la mort de Roosevelt le 12 avril 1945 - ne le cachait d’ailleurs pas. Leo Szilard, qui l’avait rencontré le 28 mai rapporte ainsi que « Byrnes ne prétendait pas qu’il était nécessaire d’utiliser la bombe contre les villes japonaises pour gagner la guerre. Son idée était que la possession et l’usage de la bombe rendraient la Russie plus contrôlable ». Le mot-clé n’est ni « compromis » ni « négociation » mais « contrôlable ». Ce que Truman confirma lui-même : « Byrnes m’avait déjà dit [en avril 1945] qu’à son avis la bombe nous permettrait de dicter nos conditions à la fin de la guerre. »

 

La solution finale d’Hiroshima et de Nagasaki servit donc de prélude et de prétexte à un déploiement mondial de la puissance économique et diplomatique américaine. Après l’explosion, couronnée de succès, de la première bombe atomique, le 16 juillet 1945, dans les sables du désert du Nouveau-Mexique, Truman avait décidé d’exclure l’URSS de tout rôle significatif dans l’occupation et le contrôle du Japon. Le même personnage, alors sénateur, répondant à Roosevelt qui plaidait pour un prêt-bail à une URSS en proie aux pires difficultés, s’était exclamé : « Si nous voyons que l’Allemagne est en train de gagner la guerre, il faudrait que nous aidions la Russie, et si la Russie est sur le point de l’emporter, il faudrait que nous aidions l’Allemagne, pour qu’ils s’entretuent le plus possible. »

 

L’arme d’extermination massive ne fit pas l’unanimité au sein du petit noyau des décideurs. A son grand honneur, le général Dwight Eisenhower nota dans ses Mémoires, lorsqu’il fut informé de son usage imminent par le ministre de la guerre, Henry Stimson : « Je lui fis part de la gravité de mes doutes. D’abord sur la base de ma conviction que le Japon était déjà battu, et donc que l’utilisation de la bombe était complètement inutile. Ensuite, parce que je pensais que notre pays devait éviter de choquer l’opinion mondiale en utilisant une arme qui, à mon avis, n’était plus indispensable pour sauver des vies américaines. » De la même manière, le chef d’état-major, l’amiral William Leahy, un partisan du New Deal, écrivit : « Les Japonais étaient déjà battus et prêts à capituler. L’usage de cette arme barbare à Hiroshima et à Nagasaki n’a apporté aucune contribution matérielle à notre combat contre le Japon. » Les Etats-Unis, poursuivit-il, « en tant que premier pays à utiliser cette bombe ont adopté des normes éthiques semblables à celles des barbares du Haut Moyen Age »[6]. En revanche, lorsqu’il fut informé de l’holocauste de Nagasaki, en revenant de la conférence de Potsdam, à bord du croiseur Augusta, Truman fit part de sa jubilation au commandant du bâtiment : « C’est la plus grande chose de l’histoire. »

 

La revendication et la justification de cet holocauste par le trio Byrnes-Truman-Stimson, que les médias répercutèrent dans les heures et les semaines qui suivirent, furent extrêmement payantes. Un petit mensonge avait été métamorphosé avec succès en un gros mensonge qui allait être presque universellement accepté et rendu moralement acceptable à l’opinion américaine et aux autres. C’est encore largement le cas.

 

Pourtant, même aux pires moments de la guerre froide, à la fin des années 40, des voix s’élevèrent pour le remettre en cause. L’une des premières contributions d’envergure fut celle du physicien britannique Patrick M. Blackett, de l’université de Londres, qui écrivit que « la bombe fut la première opération d’importance dans la guerre froide diplomatique »[7]. Ce travail, et la publication, dans les années 50 et 60, de documents privés et d’archives américaines déclassées, constituèrent les bases de la monographie fondamentale de Gar Alperowitz[8].

 

18f01cd6481156ba05ae78b80adc13f0Churchill reçut la nouvelle de la destruction des deux villes japonaises avec joie, en la parant de justifications mensongères. Il faut dire que c’était lui en personne - et non pas Sir Arthur Harris, chef du Bomber Command (la flotte aérienne de bombardement britannique), transformé plus tard en bouc émissaire - qui donna l’ordre de détruire Dresde, ville sans défense et dépourvue d’objectifs militaires. Pour reprendre les propos de Harris : « L’attaque de Dresde[9] fut, à l’époque, considérée comme une nécessité militaire par des personnages plus importants que moi. » On compta plus de cent vingt mille victimes. Ce raid exterminatoire n’avait rien à voir avec une aide apportée à « nos braves alliés soviétiques » - pour reprendre la formule familière du temps de guerre - d’autant que leurs troupes n’étaient plus, ce jour-là, qu’à 130 kilomètres de l’ancienne capitale des rois de Saxe. Il s’agissait plutôt d’une démonstration de force à l’égard de cet allié.

 

Au premier coup d’oeil, les photographies aériennes prises par les Mosquito de la RAF montrèrent que la destruction de la ville de Dresde n’avait aucune justification militaire. C’est seulement après le raid que les équipages des bombardiers s’en rendirent compte. Dans la grande vision churchillienne, Dresde et Hiroshima n’étaient qu’un élément de la stratégie plus globale de la guerre froide en train de naître. On aura une idée de l’état d’esprit du premier ministre britannique à la lecture du journal de lord Alanbrooke à la date du 22 juillet 1945 : selon Churchill, « nous avions désormais entre les mains quelque chose qui rétablirait l’équilibre avec les Russes. Le secret de cet explosif et la capacité de l’utiliser modifieraient complètement l’équilibre diplomatique qui était à la dérive depuis la défaite de l’Allemagne ». Et lord Alanbrooke d’ajouter laconiquement : « Churchill se voyait déjà en mesure d’éliminer tous les centres industriels soviétiques et toutes les zones à forte concentration de population. Il s’était immédiatement peint une magnifique image de lui-même comme unique détenteur de ces bombes, capable de les lancer où il le voulait, donc devenu tout-puissant et en mesure de dicter ses volontés à Staline »[10].

 

WInston ChurchillLes années de guerre n’avaient pas changé la façon de voir de Churchill, mais seulement sa tactique et sa rhétorique. Profondément enracinée dans son esprit demeurait l’idée que « le bolchévisme n’est pas une politique, mais une maladie » . C’est pourquoi on n’aurait pu rêver d’un meilleur tandem que Truman et Churchill pour le développement stratégique de la guerre froide. Le soir du 10 février 1946, ils se réunirent à la Maison Blanche pour discuter du discours que l’homme au cigare allait prononcer, le 5 mai suivant, à Fulton dans le Missouri, et dans lequel il lancerait l’expression de « rideau de fer ». Non seulement ce manifeste de Fulton, qui formalisait le déclenchement de la guerre froide, fut couvert de louanges par Truman et son entourage, - particulièrement dans ses passages antisoviétiques où il préconisait une suprématie atomique américaine - mais on peut dire que ses ingrédients étaient une création anglo-américaine. Churchill discuta le contenu de son intervention en détail avec Truman le 10 février, avec Byrnes et le financier Bernard Baruch le 17[11].

 

La diplomatie atomique de Truman, désormais couplée avec la base économique massive de la puissance américaine, ne se cristallisa pas seulement dans la doctrine Truman mais aussi dans l’incontrôlable course aux armements qui en constitua la séquelle, ainsi que dans les guerres coloniales contre les peuples luttant pour leur indépendance.

 

Nul besoin de sanctifier les exterminations d’Hiroshima-Nagasaki (ou, à cet égard, de Dresde) et de les élever à la hauteur d’événements mystiques. Elles constituèrent la synthèse d’une situation où des décisions vitales sont prises par un tout petit groupe d’individus, disposant d’énormes pouvoirs et agissant sur la base de prémisses erronées. Mais, de ces tragédies, il nous faut tirer des enseignements, toujours aussi pertinents, quarante-cinq ans après : compte tenu de la formidable complexité des relations internationales et de la capacité d’annihilation des armes nucléaires, nous n’avons pas d’autre choix que ceux de la souplesse, du compromis et de la négociation.

 

Notes :

[1] Je prendrais Moscou en 5 jours, Général Patton ? : Le 7 mai 1945, juste avant la capitulation allemande, Patton eut une conférence en Autriche avec le Secrétaire américain à la Guerre Robert Patterson. Patton était très préoccupé par le manquement des Soviets à respecter les lignes de démarcation séparant les zones d'occupation soviétique et américaine. Il était aussi alarmé par les plans de Washington pour la démobilisation partielle immédiate de l'US Army.

«Je comprend la situation. Leur système [soviétique] de ravitaillement est inadéquat pour les soutenir dans une action sérieuse telle que je pourrais la déclencher contre eux. Ils ont des poulets dans des cages et du bétail sur pied. Voilà leur système de ravitaillement. Ils pourraient probablement tenir le coup pendant cinq jours dans le type de combat que je pourrais leur livrer. Après cela, les millions d'hommes qu'ils ont ne feraient aucune différence, et si vous vouliez Moscou je pourrais vous la donner. Ils ont vécu sur le pays depuis leur arrivée. Il ne reste pas assez pour les ravitailler pendant le retour. Ne leur donnez pas le temps de construire leur système de ravitaillement. Si nous le leur laissons, alors ... nous aurons battu et désarmé les Allemands, mais nous aurons échoué à libérer l'Europe; nous aurons perdu la guerre ! » ...Patton

- Va-t-en-guerre contre l'URSS, Patton signifie sa sympathie aux Allemands. Soucieux de ménager l'Allemagne pour se l'allier contre l'URSS, le commandement américain charge Patton de la région où se sont réfugiés la plupart des nazis : la Bavière (fief du feu-NSDAP) en Allemagne occupée où il installe son quartier général à Ratisbonne. Patton milite très activement en faveur du projet visant à attaquer l'Union Soviétique dans la foulée de la capitulation allemande. Ainsi il ne désarme pas des régiments allemands entiers, mis en réserve en vue de l'offensive souhaitée. Patton a parfaitement compris comme bon nombre de stratèges que le nouvel ennemi du monde occidental était l’URSS. La chute du régime nazi a été un objectif de circonstance alliant des régimes en réalité inconciliables. Patton voulait la guerre directe mais les dirigeants occidentaux ont opté pour la guerre dite froide, qui sera en réalité brulante et longue. Patton ne peut se retenir d’enchainer les déclarations fracassantes et les scandales s'accumulent sur sa personne. La position de Patton n'est plus tenable. Eisenhower soutient encore son général et envoie Robert Murphy mener son enquête en Bavière ; celui-ci découvre que 25 officiers nazis opèrent toujours en Bavière…Eisenhower ne croit plus pouvoir soutenir Patton, mais comme l'aura du Général reste grande, il le ménage : il lui retire le commandement de la Bavière, mais en contrepartie lui confie en octobre 1945 le contrôle de la 15e Armée (qui est une armée fictive, n'existant que sur le papier).

[2] Voir les archives publiques de la présidence Public Papers of the Presidents : Harry S. Truman, Government Printing Office, Washington DC, 1965.

[3] Harry S. Truman, Mémoires, Years of Decision, vol. 1, Doubleday, New-York, 1955.

[4]Dudley Saward, Bomber Harris : The Authorized Biography, Cassell, Londres, 1984.

[5] Voir The New York Times, 4 août 1989. L’étude, découverte dans un dossier du ministère de la guerre, sur « Les conversations américano-britanniques », avait été élaborée au début de 1946 par les spécialistes du renseignement de la division des opérations, qui constituait alors l’échelon suprême de la planification dans l’armée de terre.

[6] William D. Leahy, I Was There, McGraw Hill, New-York, 1956.

[7] Patrick M. Blackett, Fear, War and the Bomb : Military and Political Consequences of Atomic Energy, Turnstile Press, Londres, 1948.

(8) Gar Alperowitz, Atomic Diplomacy : Hiroshima and Potsdam : The Use of the Atomic Bomb and the American Confrontation with the Soviet Power, Secker and Warburg, Londres, 1965.

[9] Pourquoi Dresde fut-elle détruite les 13-14 Février 1945 ?

[10] Gar Alperowitz, Atomic Diplomacy : Hiroshima and Potsdam : The Use of the Atomic Bomb and the American Confrontation with the Soviet Power, Secker and Warburg, Londres, 1965.Ibid.

[11] Voir Fraser Harbutt, The Iron Curtain : Churchill, America and the Origins of the Cold War, Oxford University Press, 1986.

[12] Les Chinois eurent beaucoup plus de pertes, avec 3 229 000 soldats et au moins 9 000 000 de civils sans compter les destructions. Sur les centaines de milliers de soldats chinois faits prisonniers par l’armée shōwa au cours de la guerre, seulement 68 furent relâchés vivants en 1945. Quant aux civils, les travaux publiés en 2002 par un comité conjoints d'historiens réunissant Mitsuyoshi Himeta, Zhifen Ju, Toru Kubo et Mark Peattie démontrent que plus de 10 millions d’entre eux furent enrôlés de force par la Kōa-in (Agence impériale de développement de l'Asie orientale) pour des travaux dans les mines et les usines du Mandchoukouo.

De nos jours, le chiffre du nombre des victimes Chinoises mortes durant le conflit, entre 1937 et 1945, est revu à la hausse, avec les chiffres souvent avancés, de plus de 20 millions de morts au total, chiffres sensiblement différents de ceux avancés dans les années 1980. Source https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_sino-japonaise_%281937-1945%29

[13] Les historiens et les gouvernements de nombreux pays ont considéré les militaires de l’Empire du Japon, à savoir l’Armée impériale japonaise et la Marine impériale japonaise, comme les responsables des tueries et autres crimes commis à l’encontre de plusieurs millions de civils ou de prisonniers de guerre (PG) au cours de la première moitié du XXe siècle. Source https://fr.wikipedia.org/wiki/Crimes_de_guerre_du_Japon_Sh%C5%8Dwa

 

Pour en savoir plus :

- Août 1945 : Hiroshima, pourquoi ?

- 75 ans après Hiroshima : comment l'histoire d'un crime de guerre a été réécrite

- 7 et 8 août 1945 En confrontant les archives japonaises, américaines et russes, l’historien américain Tsuyoshi Hasegawa démontre que « rien ne justifiait le recours à l’arme nucléaire »

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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 08:39
Ce que la Grèce ne peut faire, la France le pourra !

Rien ne serait plus terrible pour le peuple français que de se résigner à l’existant, après la folle séquence que nous avons vécue du 25 janvier au 13 juillet 2015 en Grèce. Pourtant, la manière extrêmement brutale avec laquelle la Troïka a extorqué la signature de Tsipras, pour lui faire avaliser le diktat Merkel/Schäuble, a de quoi faire peur effectivement.

Tout cela au mépris de l’article 51 –Contrainte exercée sur le représentant d’un Etat, de la convention de Vienne sur le droit des traités, du 23 mai 1969, disposant que : « L'expression du consentement d'un Etat à être lié par un traité qui a été obtenue par la contrainte exercée sur son représentant au moyen d'actes ou de menaces dirigés contre lui est dépourvue de tout effet juridique. »

La France n'a pas signé cette convention. L'Allemagne et la Grèce, comme la plupart des pays européens, l'ont signée, mais surtout ratifiée. Elle est donc supralégislative. C'est-à-dire qu'elle aurait dû s'imposer à ces pays. Ils ont préféré s'asseoir dessus.

 

Sources :  le Parti de Gauche Midi Pyrénées par Robert Mascarell

Il va de soi que, d’ores et déjà, cette séquence est minutieusement analysée par toutes les personnes engagées dans la vie politique, qu’elles soient de droite ou de gauche. Pour celles engagées à gauche, il s’agit de comprendre si le dénouement provisoire, intervenu le 13 juillet, aurait pu être évité, et si oui, à quel moment ou pour quelle(s) décision(s) nos camarades de Syriza ont failli, au point d’être contraints de signer ce diktat de la honte.

 

Dans de précédentes contributions, publiées sur mon blog[1],  j’ai eu l’occasion de m’exprimer sur ce point. Je ne vais donc pas y revenir.

 

 

- Les atouts intrinséques de la France

Reste à savoir si, ce qui a été infligé à la Grèce pourrait l’être à la France, alors que le peuple aurait choisi de voter majoritairement pour le Front de gauche. J’affirme que ce ne serait pas possible. Je vais m’efforcer de démontrer pourquoi.

 

En premier lieu, avant même de parler du dispositif politique à mettre en place pour annihiler les inévitables attaques de la Troïka contre notre pays, il faut comparer le poids intrinsèque de la France par rapport à celui de la Grèce.

 

Politiquement, la France est le 1er pays de la zone euro et même de l’Union européenne (dans ce cas, à égalité avec la Grande Bretagne). Pourquoi ? France et Grande Bretagne sont les seuls pays à disposer d’un droit de véto à l’ONU, d’une armée dotée de l’arme nucléaire (qu’on soit pour ou qu’on soit contre), d’une zone d’influence outremer (là encore qu’on soit pour ou qu’on soit contre).

 

Géographiquement, un simple regard sur la carte de l’Europe permet de constater que la France est une voie de passage obligée pour que l’Espagne et le Portugal soient reliés par la terre au reste de l’Europe. De plus, située au bout occidental de l’Europe, la France possède trois façades maritimes, vers le nord, l’ouest et le sud. La France est la deuxième puissance mondiale en étendue marine. La France est enfin le plus grand pays de l’Union européenne en surface.

 

Economiquement, la France est la 2ème puissance économique de l’eurozone. Elle pèse 19,7 % du PIB de l’Europe, alors que la Grèce ne pèse que 2,3 % [2], soit près de neuf fois plus. Ce poids donne même à la France un droit de véto pour le vote de certaines dispositions que voudrait prendre l’eurozone. Seuls deux autres pays de l’eurozone, l’Allemagne et l’Italie disposent de ce droit de véto (il faut peser plus de 15 % du PIB européen).

 

Ses façades maritimes et son étendue marine, déjà évoquées, sont également un atout économique considérable.

 

Démographiquement, la France est le 2ème en importance de population. Elle est même en voie de devenir le premier pays.

 

Voilà pour les données qui n’ont rien à voir avec la couleur politique du gouvernement de la France, mais qui constituent de sacrés atouts pour notre pays comparativement à ceux que possède la Grèce.

 

Evidemment, ces atouts ne le sont que si un gouvernement résolu, soucieux de la défense de nos intérêts, a la volonté de les faire valoir dans les négociations intraeuropéennes. C’est ce qui nous manque aujourd’hui. Donc, avant même d’entrer dans le vif du sujet, celui tenant à ce que fera un vrai gouvernement de gauche, tous les gouvernements français dignes de ce nom ont des atouts considérables pour ne pas jouer les porte-bidons d’Angéla Merkel.

 

 

- Les apports d'un vrai gouvernement de gauche

Qu’apporterait un vrai gouvernement de gauche en plus de nos considérables atouts spécifiques ?

 

Il sera d’autant plus fort, que toute la gauche est maintenant instruite de la manière dont a procédé la Troïka pour écraser Syriza, et des erreurs que nos camarades grecs ont commises.

 

Il va de soi que le Parti de gauche (j’en suis membre), mais au-delà le Front de gauche, vont devoir repenser sensiblement leur logiciel d’accession au pouvoir et de son exercice. Nous ne pouvons plus nous contenter de proposer un seul programme, aussi beau soit-il. Celui intitulé « l’Humain d’abord » me convient tout à fait, mais il ne s’inscrit que dans une seule hypothèse : l’exercice du pouvoir dans le cadre de l’Union européenne et surtout de la zone euro.

 

A mon avis, il faut ajouter un chapitre relatif à la prise en compte des attaques malveillantes que la Troïka ne va pas manquer de mener contre le gouvernement de gauche fraîchement élu. Dès la première attaque, il s’agira de ne pas être attentiste et même d’être à l’initiative.

 

C’est-à-dire que là où, dans le cadre de notre programme « L’Humain d’abord », nous soumettons un certain nombre de nos propositions à la négociation avec nos partenaires européens, il s’agira d’en mettre un certain nombre en œuvre sans attendre. Je pense à notre refus d’appliquer la directive détachement. Je pense aussi, en particulier, au rôle de la BCE dont nous proposons, entre autres, qu’elle prête directement aux Etats.

 

Il faudra abroger immédiatement la loi de janvier 1973, pour redonner à la Banque de France le pouvoir de prêter directement à l’Etat, sans intérêts. Il faudra prendre aussi le contrôle immédiat de tout le système bancaire et des assurances français, y compris et surtout dans les paradis fiscaux, avec contrôle de la circulation des capitaux au-delà d’un seuil à fixer, de manière telle qu’il soit le moins pénalisant possible pour l’activité économique, si nécessaire. Etant bien entendu que la nécessité devra s’appliquer dès la première velléité d’attaque.

 

Si, en dépit de ces dispositions protectrices, la Troïka persiste dans sa malveillance, il faudra poser le principe de notre sortie de l’euro, non pas seulement comme une menace tactique, mais comme une orientation de fond irréversible. Il va de soi que dans ce cas, nous devrons faire défaut sur le paiement de notre dette, au moins pour la partie au-delà de 60 % de notre PIB. Notre sortie de l’euro devra être accompagnée d’un renversement d’alliance. Je pense là à notre rapprochement des BRICS et au développement considérable de nos échanges commerciaux avec les pays d’Amérique du sud, qui ont pris leurs distances avec le FMI. Acheter notre pétrole au Vénézuéla, par exemple, me paraît bien plus judicieux que de l’acheter à l’Arabie Saoudite ou aux Emirats arabes.

 

De cette manière, tous les eurobéats qui, quand ils entendent parler d’un possible retour au franc crient au repli sur soi, ne pourront pas nous en accuser.

 

Ah ! J’allais oublier, que la malveillance de la Troïka, à l’égard du gouvernement français de gauche, ne restera pas sans une autre conséquence. En aucun cas, il ne s’agira de fermer nos frontières, mais en revanche les échanges commerciaux, transitant à travers la France, entre l’Espagne, le Portugal et le reste de l’Europe se feront à prix forts. D’autant plus, si ces deux pays jouent le même sale rôle que celui qu’ils ont joué contre la Grèce.

 

Pour autant, en dépit de ces propositions, dont j’admets qu’elles rompent de fait avec l’eurozone, je ne préconise pas la sortie de l’Union européenne. Non que j’en sois un partisan inconditionnel, mais les trai]és qui la régissent (Maastricht, Lisbonne, TSCG) comportent tous un vide juridique. Rien ne prévoit les modalités d’exclusion d’un pays membre. En outre, toutes les décisions de l’Union européenne doivent être prises à l’unanimité. A défaut, aucune de ses décisions ne peut devenir opérationnelle. Ainsi, par exemple, si la Grèce, même affaiblie comme elle l’est depuis le diktat, vote contre l’adoption du TAFTA, l’Union européenne ne pourra l’adopter.

 

Notes :

|1] http://robertmascarell.overblog.com/2015/07/apres-le-diktat-de-merkel-tout-est-encore-possible-pour-les-grecs.html et http://robertmascarell.overblog.com/2015/07/hollande-fossoyeur-de-la-grece.html

[2] source : http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=98&ref_id=CMPTEF08323

 

Pour en savoir plus :

- Les leçons du « laboratoire grec » en débat – Et si Tsipras avait raison ?

- La fin de l'Europe

- L’affrontement inévitable (Pierre Khalfa)

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 08:15
L’abolition des privilèges : il paraît que c’était le 4 août 1789...

Si les inégalités s’accroissent, les révoltes se multiplient (gilets jaunes en 2019, quartiers populaires en juillet 2023, c’est bien parce qu’existent de nouveaux privilèges....

Avec une VIe République, une nouvelle Nuit du 4 août reste donc à faire !

 

C’est dans le sillage de la prise de la Bastille le 14 juillet 1789 qu’aura lieu une certaine abolition des privilèges dans la nuit du 4 au 5 août 1789. Cette abolition sera votée par la toute nouvelle Assemblée Constituante.

4 août 1789 : Dépassés par le soulèvement des milieux ruraux, les députés de la Constituante vivent une nuit célèbre qui finit par l’abolition des droits seigneuriaux dans l’espoir de rétablir le calme. Ainsi disparaissent juridiquement ce que la mobilisation populaire a déjà complètement sapé, des banalités aux juridictions seigneuriales, du droit de chasse aux privilèges spécifiques des provinces...

 

Sources : REBELLYON.INFO le Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Jacques Serieys | mis à jour le 26/07/2023

- Bref retour en arrière

- L’ouverture des États Généraux à Versailles le 5 mai 1789 (les derniers dataient de 1614) met en difficulté le roi de France Louis XVI, même si ces États Généraux ont été convoqués à sa demande, surtout sous la pression du refus de payer les impôts, en particulier par la région du Dauphiné [1] : le royaume est en effet en proie à de graves difficultés financières avec son endettement chronique et l’impôt est écrasant.

 

La composition de ces États Généraux est assez disparate, avec ses 1139 représentants de trois ordres : la noblesse (270 députés dont 70 de la haute noblesse) le clergé (291 avec 200 curés et 91 évêques) et le tiers état (578 dont près la moitié sont avocats et pour le reste des bourgeois d’affaire) Les débats se focalisent rapidement sur la représentativité et sur la nécessité de réformes fiscales et sociales (le roi y étant opposé) N’oublions pas que pour voter, il fallait payer l’impôt !

 

La tradition voulait que les trois ordres soient représentés en nombre égal et votent séparément, ce qui assurait normalement aux deux ordres privilégiés une majorité automatique face au troisième. Bien que Louis XVI ait accordé fin 1788 le doublement des voix pour le tiers état et n’ait rien dit du mode de scrutin dans la future assemblée (les trois ordres réunis ou chacun séparément) la tension est forte. Le 17 juin, sur proposition de l'abbé Sieyès, les députés du tiers état, renforcés par quelques curés, se proclament Assemblée nationale et, non contents de rejeter la division en trois ordres, s’arrogent aussi le droit d’autoriser la perception des impôts. Le point de rupture est atteint et le roi de France ordonne la fermeture des lieux des débats, par la force si nécessaire. Les députés du tiers état décident alors le 20 juin 1789 de poursuivre leurs travaux (Serment du Jeu de Paume), et le 9 juillet 1789 de transformer les États Généraux en Assemblée Nationale Constituante. Cet acte met fin à l’absolutisme royal.

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- C’est dans un climat de peur et de famine que se déroule la prise de la Bastille.

Climat où des troupes étrangères stationnées autour de Paris font craindre au peuple la répression. Après le renvoi le 11 juillet du ministre des finances Necker par le roi qui le rend responsable du désordre, la population craint la banqueroute de l’État. Les 12 et 13 juillet, c’est l’émeute dans Paris avec des scènes de pillage et d’incendie sans que les 5000 gardes suisses n’interviennent ni que la milice bourgeoise montée à la hâte par les électeurs du tiers état n’arrive à ramener le calme. Le matin du 14 juillet, après le pillage de l’arsenal de l’Hôtel des Invalides où la foule s’empare de 3000 fusils et d’une douzaine de canons (mais sans poudre) c’est dans la foulée, et dans la confusion, la prise de la prison de la Bastille par un millier d’émeutiers. Il y a une centaine de morts et autant de blessés du côté des assaillants, seulement 4 morts du côté de la garnison. La démolition de la Bastille commence le soir même.

 

JPEG - 48.1 ko- Le roi prend peur, ses ministres commencent à plier bagages, la bourgeoisie bien installée craint aussi pour ses fortunes accumulées. Car malgré la visite du roi dès le 15 juillet à l’Assemblée Constitutante, le rappel de Necker le 16, et le même jour la création de la première commune de Paris par les électeurs du tiers état qui transforment la milice bourgeoise en Garde nationale, le calme reste précaire dans la capitale.

 

Dans les campagnes, le “bon peuple”, celui qui par exemple travaille la terre et n’en tire même pas toujours de quoi se nourrir, en a assez d’être écrasé d’impôts. La révolte gronde depuis déjà plusieurs mois. La nouvelle de la prise de la Bastille se répand et la crainte d’une forte réaction nobiliaire avec la propagation de rumeurs quant-à un "complot aristocratique" provoque "la Grande Peur" : les attaques de châteaux se multiplient, les paysans brûlent les archives, en particulier les "terriers" qui fixent les droits et les propriétés seigneuriales. En route, les révoltes se muent en Révolution et l’Assemblée Constituante veut éviter sa progression. Contre les bourgeois qui en appellent à la répression, les nobles, plus au courant de la situation, prônent plutôt l’apaisement. Mais cette fois, il y aura de la réforme et pas de la réformette !

 

 

- "L’abolition des privilèges"

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1) Le dilemne posé aux privilégiés en cette nuit du 4 août 1789

Dans la journée du 3 août, la majorité de l’Assemblée est favorable à une répression générale du mouvement populaire.

 

Le premier orateur de la séance parlementaire se nomme Guy Target, député du Tiers Etat, bourgeois de la magistrature connu comme un émule de Montesquieu. Il réaffirme cette position de fermeté et propose un arrêté dénonçant "les troubles et les violences qui ... portent l’atteinte la plus funeste aux droits sacrés de la propriété et de la sûreté des personnes" ... Il insiste pour que toutes les redevances et prestations d’Ancien Régime soient payées tant qu’un nouveau système d’impôts n’a pas été créé.

 

Pourtant, en cette nuit du 3 au 4 août, l’Assemblée va choisir une autre voie que la répression.

 

Le duc d'Aiguillon, député de la Sénéchaussée d'Agen, gravure de J.-B. Vérité, 1789.Quelques grands aristocrates ont préparé une intervention en faveur de l’égalité fiscale, c’est à dire un impôt pesant sur tous les citoyens sans exemption spécifique pour la noblesse et le clergé. Louis XVI l’avait évoquée dans son discours du 23 juin. Ils font valoir, de plus, que le soulèvement populaire est essentiellement nourri par le refus des injustices, oppressions, vexations... générées par les privilèges féodaux. Dans ces conditions, seule une abolition de ceux-ci peut ramener le calme. « Le peuple cherche à secouer enfin un joug qui depuis tant de siècles pèse sur sa tête », s’exclame le duc d'Aiguillon, « l’insurrection trouve son excuse dans les vexations dont il est la victime ». Cependant, cette abolition de droits féodaux incompatibles avec l’égalité fiscale (déjà en place au Royaume-Uni par exemple sans que cela nuise à la richesses des lords) doit être compensée.

 

Buste par Antoine Laurent DantanGalerie des batailles du château de Versailles.

Le Vicomte de Noailles, noble désargenté, monte à la tribune : " Le but du projet d’arrêté que l’Assemblée vient d’entendre est d’arrêter l’effervescence des provinces, d’assurer la liberté publique, et de confirmer les propriétaires dans leurs véritables droits. Mais comment peut-on espérer d’y parvenir, sans connaître quelle est la cause de l’insurrection qui se manifeste dans le royaume ? ... Comment l’espérer, cette tranquillité ? En calmant le peuple... Je propose que l’impôt sera payé par tous les individus du royaume, dans la proportion de leurs revenus... Que tous les droits féodaux seront rachetables... Que les corvées seigneuriales, les mains-mortes et autres servitudes personnelles seront détruites sans rachat."

 

 

 

2) L’offensive républicaine est lancée par un député en habit de paysan bas-breton

File:D026- le guen de kerangal - Liv3-Ch16.pngLe Guen de Kerangal, un paysan "bas Breton en costume de bas Breton, député inconnu, qui ne parla jamais ni avant ni après" (Michelet) monte alors à la tribune et lit un discours en phase avec la guerre sociale paysanne en cours : "Vous eussiez prévenu, messieurs, l’incendie des châteaux, si vous eussiez été plus prompts à déclarer que les armes terribles qu’ils contenaient, et qui tourmentaient le peuple depuis des siècles, allaient être anéanties par le rachat forcé que vous en avez ordonné. Le peuple impatient d’obtenir justice, et las de l’oppression, s’empresse à détruire ces titres, monuments de la barbarie de nos pères ! Soyons justes, messieurs, qu’on nous apporte ces titres, outrageant non seulement la pudeur, mais l’humanité même ! Ces titres qui humilient l’espèce humaine, en exigeant que des hommes soient attelés à des charrettes comme les animaux du labourage ! Qu’on nous apporte ces titres qui obligent les hommes à passer la nuit à battre les étangs, pour empêcher les grenouilles de troubler le repos de leurs seigneurs voluptueux ! Qui de nous ne ferait pas un bûcher expiatoire de ces infâmes parchemins, et ne porterait pas le flambeau pour en faire un sacrifice sur l’autel du bien public ? Vous ne ramènerez, messieurs, le calme dans la France agitée, que quand vous aurez promis au peuple que vous allez convertir en argent, rachetables à volonté, les droits féodaux quelconques ; et que les lois que vous allez promulguer anéantiront jusqu’aux moindres traces de ce régime oppresseur"...

 

La Poule, député du Tiers de Franche-Comté complète son collègue en citant des droits féodaux "bizarres, cruels et incroyables".

 

M. de Foucault, le vicomte de Beauharnais, M de la Rochefoucault, le comte de Virieu, le jeune de Montmorency... vont surenchérir en supprimant les banalités, les pensions sans titre, les juridictions seigneuriales, le droit de chasse, les colombiers féodaux, les privilèges ecclésiastiques, proposant même des adoucissements pour l’esclavage des noirs. Le duc du Châtelet propose alors le rachat de la dîme.

 

Les députés du haut clergé s’avèrent prudents et réticents, se montrant seulement généreux pour supprimer les privilèges de noblesse ; les nobles le sont autant pour supprimer ceux du clergé. Le bas-clergé consent de gros sacrifices, participant à la folle nuit.

 

 

Il est près de 2 h du matin.

Le président Le Chapelier récapitule les acquis de la nuit, liste impressionnante qui met à bas définitivement l’Ancien Régime. Un vote global a lieu. Approbation à l’unanimité !

 

La messe est dite (l’archevêque de Paris a même fait adopter un projet de Te Deum dans toutes les paroisses et églises du royaume) La séance se termine tardivement aux cris de « Vive le roi, restaurateur de la liberté française ! »...

 

C’est donc dans la nuit du 4 au 5 août 1789, à 2h du matin, après 6 h de discussions passionnées, qu’est proclamée à l’unanimité l’abolition de la féodalité, celle des trois ordres et de leurs particularités, notamment fiscale, militaire et judiciaire, mais aussi l’unification du territoire national (jusqu’alors, chaque commune, paroisse, province avait ses propres privilèges) Vraie révolution donc.

 

Mais il faut noter que les députés vont se raviser dans les jours suivants. Les droits résultant d’un « contrat » passé entre le propriétaire du sol et l’exploitant direct (cens, champart, rentes [2]) subsistent mais peuvent être rachetés. Ainsi seuls peuvent se libérer totalement les paysans les plus riches. La désillusion sera grande dans les campagnes et les troubles vont perdurer jusqu’en 1792.

 

 

3) La nuit du 4 août vue par un témoin (Lettre du député du Tiers-Etat Bouchette à ses concitoyens) :

Francois Joseph Bouchette, avocat, : ne en 1736. Deputé de la flandre maritime : [dessin] / [non identifié] - 1" La Noblesse vient de faire des sacrifices qu’elle appelle justes et le Clergé imite son exemple. Tous les droits seigneuriaux seront rachetés ou rachetables ; il n’y aura plus de justices seigneuriales dans les autres tribunaux. L’administration de la justice sera gratuite, la vénalité des charges sera supprimée ; la chasse libre à tout propriétaire ; plus de privilège de l’une à l’autre province et un pacte d’association de toutes les provinces entre elles ; les villes principales, Paris, Lyon, Marseille, etc., etc., renoncent à leurs franchises, les curés de campagne renoncent à leur casuel, leur pension sera augmentée.

 

La pluralité des bénéfices supprimés ; plus d’annates payées en Cour de Rome ; liberté de religion aux non catholiques. Le Parlement de Paris consent à un démembrement de son ressort ; il s’appliquera à étudier les loix nouvelles que l’Assemblée nationale va porter ; tout cela doit être rédigé et consenti dans l’Assemblée d’aujourd’huy qui commencera à midy".

 

 

4) La nuit du 4 août vue par l’historien de la Révolution : Jules Michelet

Description de cette image, également commentée ci-après" C’était le 4 août à huit heures du soir, heure solennelle où la féodalité, au bout d’un règne de mille ans, abdique, abjure, se maudit...

 

Vers minuit " L’attendrissement, l’exaltation, étaient montés, de proche en proche, à un point extraordinaire. Ce n’était dans toute l’Assemblée qu’aplaudissements, félicitations, expressions de bienveillance mutuelle. Les étrangers présents à la séance étaient muets d’étonnement ; pour la première fois, ils avaient vu la France, toute sa richesse de coeur... Ce que des siècles d’efforts n’avaient pas fait chez eux, elle venait de le faire en peu d’heures par le désintéressement et le sacrifice... L’argent, l’orgueil immolé, toutes les vieilles insolences héréditaires... Le monstrueux chêne féodal abattu d’un coup...

 

« Tout semblait fini. Une scène non moins grande commençait. Après les privilèges des classes, vinrent ceux des provinces. Celles qu’on appelait Pays d’État, qui avaient des privilèges à elles, des avantages divers pour les libertés, pour l’impôt, rougirent de leur égoïsme, elles voulurent être France, quoi qu’il pût en coûter à leur intérêt personnel, à leurs vieux et bons souvenirs. Le Dauphiné, dès 1788 (cf Vizille après la journée des Tuiles), l’avait offert magnanimement pour lui-même et conseillé aux autres provinces. Il renouvela cette offre. Les plus obstinés, les Bretons, quoique liés par leurs mandats, liés par les anciens traités de leur province avec la France, n’en manifestèrent pas moins le désir de se réunir. La Provence en dit autant, puis la Bourgogne et la Bresse, la Normandie, le Poitou, l’Auvergne, l’Artois. La Lorraine, en termes touchants, dit qu’elle ne regretterait pas la domination de ses souverains adorés qui furent pères du peuple, si elle avait le bonheur de se réunir à ses frères, d’entrer avec eux dans cette maison maternelle de la France, dans cette immense et glorieuse famille ! Puis ce fut le tour des villes..."

 

 

5) Analyse et conséquences du 4 août

En votant l’abolition des privilèges féodaux, beaucoup de députés voulaient seulement faire un geste temporaire d’apaisement pour arrêter les désordres. De plus, cette abolition ne coûtait pas bien cher à bon nombre de députés de la noblesse qui tiraient l’essentiel de leurs revenus d’autres sources.

 

Dès le 5 août, des députés de la noblesse et du clergé poussent à limiter l’abolition des privilèges sans indemnité aux seuls droits féodaux pesant sur les personnes. Les droits féodaux pesant sur les terres comme les cens et les champarts, devront être rachetés par les paysans pour devenir propriétaires de leurs terres.

 

Une abolition complète des privilèges féodaux aurait pu satisfaire à ce moment-là le milieu rural et faire retomber sa mobilisation mais la plupart des droits féodaux n’étaient supprimés qu’à condition de rachat et les conditions mises au rachat étaient telles que cela était pratiquement impossible.

 

 

Deux raisons font que la nuit du 4 août, au lieu de sonner la fin de la mobilisation, marque une nouvelle étape dans la radicalisation du processus populaire révolutionnaire :

- Beaucoup de nobles ne voulurent pas accepter la décision de l’assemblée ;

- Les paysans refusèrent souvent d’acquitter les droits théoriquement supprimés mais toujours exigibles en droit ;

- Surtout, le roi n’accorda pas sa sanction aux décrets votés « Je ne consentirai jamais à dépouiller mon clergé, ma noblesse. Je ne donnerai pas ma sanction à des décrets qui les dépouilleraient ; c’est alors que le peuple français pourrait m’accuser d’injustice et de faiblesse. Monsieur l’archevêque, vous vous soumettez aux décrets de la Providence ; je crois m’y soumettre en ne me livrant point à cet enthousiasme qui s’est emparé de tous les ordres, mais qui ne fait que glisser sur mon âme. Si la force m’obligeait à sanctionner, alors je céderais, mais alors il n’y aurait plus en France ni monarchie ni monarque. »

6) Que devinrent réellement les privilèges féodaux ?

Une partie du mouvement social prit pour argent comptant immédiat l’abolition des privilèges et le rapport de forces qu’elle symbolise. Des sections parisiennes se dirigent ainsi vers le château de Chantilly, propriété de la famille des princes de Condé, tous émigrés.

 

Du 4 août au début octobre, des paysans exterminèrent le gibier, ravagèrent les forêts, brûlèrent les bancs seigneuriaux dans les églises...

 

C’est seulement le 5 octobre que contraint, le roi donnera son accord aux décrets du 4 août votés par l’Assemblée. Alors disparaissent les privilèges des ecclésiastiques, des nobles, des corporations, des villes et des provinces.

 

Les négociations sur l’indemnisation des privilèges abolis se poursuit dans un "âpre marchandage" (Michel Vovelle). Elles se concluent par la loi du 15 mars 1790 assez favorables aux "expropriés" qui n’ont même pas à apporter les preuves de leurs titres.

 

Il ne faut cependant pas sous-estimer l’importance historique de cette célèbre nuit du 4août :

Cette journée marque un nouvel approfondissement d la révolution française, créant le rapport de forces propice à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (votée le 26 août 1789).

 

Elle symbolise la fin du mode de production féodal comme type de société au plan politique, symbolique et judiciaire.

 

Elle pose les fondements :

- du caractère national de la loi, du droit , de la justice, de l’égalité formelle des citoyens devant celle-ci ;

- du caractère national de l’administration ouverte à tout citoyen ;

- de l’impôt proportionnel payé par tous ;

- d’une nation sans "privilèges particuliers de provinces, principautés, pays, cantons, villes et communautés d’habitants" dont la vie politique est organisée par une constitution ;

- d’un contrôle de l’Etat sur les dépenses de la famille royale ;

- d’une implication des instances politiques nationales dans les affaires du clergé et ses liens avec la papauté.

 

- Le décret du 11 août 1789 de l’Assemblée nationale avalise la majeure partie des décisions prises dans la nuit du 4 août et entérine donc la fin du régime féodal.

Sa lecture enseigne beaucoup sur l’état d’esprit des députés de l’époque.

 

Décret du 11 août 1789

- Art. 1er. L’Assemblée nationale détruit entièrement le régime féodal. Elle décrète que, dans les droits et les devoirs tant féodaux que censuels, ceux qui tiennent à la main-morte réelle ou personnelle, et à la servitude personnelle, et ceux qui les représentent, sont abolis sans indemnité ; et tous les autres sont déclarés rachetables, et le prix et le mode de rachat seront fixés par l’Assemblée nationale. Ceux desdits droits qui ne sont points supprimés par ce décret continueront néanmoins d’être perçus jusqu’au remboursement.

 

- Art. 2. Le droit exclusif des fuies et colombiers est aboli. Les pigeons seront enfermés aux époques fixées par les communautés durant lequel temps, ils seront regardés comme gibier, et chacun aura le droit de les tuer sur son terrain.

 

- Art. 3. Le droit exclusif de la chasse ou des garennes ou vertes est pareillement aboli, et tout propriétaire a le droit de détruire ou faire détruire, seulement sur ses possessions, toute espèce de gibier, sauf à se conformer aux lois de police qui pourront être faites relativement à la sûreté publique. Toute les capitaineries même royales, et toutes réserves de chasse, sous quelque dénomination que ce soit, sont pareillement abolies ; et il sera pourvu, par des moyens compatibles avec le respect dû aux propriétés et à la liberté, à la conservation des plaisirs personnels du Roi. M. le président est chargé de demander au Roi le rappel des galériens et des bannis pour simple fait de chasse, l’élargissement des prisonniers actuellement détenus, et l’abolition des procédures existantes à cet égard.

 

- Art. 4. Toutes les justices seigneuriales sont supprimées sans aucune indemnité, et néanmoins les officiers de ces justices continueront leurs fonctions jusqu’à ce qu’il ait été pourvu par l’Assemblée nationale à l’établissement d’un nouvel ordre judiciaire.

 

- Art. 5. Les dîmes de toute nature, et les redevances qui en tiennent lieu, sous quelques dénominations qu’elles soient, connues et perçues, même par abonnement, possédées par les corps séculiers et réguliers, par les bénéficiers, les fabriques, et tous les gens de main-morte, même par l’ordre de Malte, et d’autres ordres religieux et militaires, même celles qui auraient été abandonnées à des laïques, en remplacement et pour option de portions congrues, sont abolies, sauf à aviser aux moyens de subvenir d’une autre manière à la dépense du culte divin, à l’entretien des ministres des autels, au soulagement des pauvres, aux réparations et reconstructions des églises et presbytères, et à tous les établissements, séminaires, écoles, collèges, hôpitaux, communautés et autres, à l’entretien desquels elles sont actuellement affectées. Et cependant, jusqu’à ce qu’il y ait été pourvu, et que les anciens possesseurs soient entrés en jouissance de leur remplacement, l’Assemblée nationale ordonne que lesdites dîmes continueront d’être perçues suivant les lois et en la manière accoutumée. Quant aux autres dîmes, de quelque nature qu’elles soient, elles seront rachetables de la manière qui sera réglée par l’Assemblée ; et jusqu’au règlement à faire à ce sujet, l’Assemblée nationale ordonne que la perception en sera aussi continuée.

 

- Art. 6. Toutes les rentes foncières perpétuelles, soit en nature, soit en argent, de quelque espèce qu’elles soient, quelle que soit leur origine, à quelques personnes qu’elles soient dues, gens de main-morte, domanistes, apanagistes, ordre de Malte, seront rachetables ; les champarts de toute espèce, et sous toutes dénominations le seront pareillement, au taux qui sera fixé par l’Assemblée. Défense seront faites de plus à l’avenir de créer aucune redevance non remboursable.

 

- Art. 7. La vénalité des offices de judicature et de municipalité est supprimée dès cet instant. La justice sera rendue gratuitement. Et néanmoins les officiers pourvus de ces offices continueront d’exercer leurs fonctions et d’en percevoir les émoluments jusqu’à ce qu’il ait été pourvu par l’Assemblée aux moyens de leur procurer leur remboursement.

 

- Art. 8. Les droits casuels des curés de campagne sont supprimés, et cesseront d’être payés aussitôt qu’il aura été pourvu à l’augmentation des portions congrues et à la pension des vicaires, et il sera fait un règlement pour fixer le sort des curés des villes.

 

- Art. 9. les privilèges pécuniaires, personnels ou réels, en matière de subsides, sont abolis à jamais. La perception se fera sur tous les citoyens et sur tous les biens, de la même manière et de la même forme ; et il va être avisé aux moyens d’effectuer le payement proportionnel de toutes les contributions, même pour les six derniers mois de l’année de l’imposition courante.

 

- Art. 10. Une constitution nationale et la liberté publique étant plus avantageuses aux provinces que les privilèges dont quelques-unes jouissaient, et dont le sacrifice est nécessaire à l’union intime de toutes les parties de l’empire, il est déclaré que tous les privilèges particuliers de provinces, principautés, pays, cantons, villes et communautés d’habitants, soit pécuniaires, soit de toute autre nature, soient abolis sans retour, et demeureront confondus dans le droit commun de tous les Français.

 

- Art. 11. Tous les citoyens, sans distinction de naissances, pourront être admis à tous les emplois et les dignités ecclésiastiques, civiles et militaires, et nulle profession utile n’emportera dérogeance.

 

- Art. 12. À l’avenir il ne sera envoyé en cour de Rome, en la vice-légation d’Avignon, en la nonciature de Lucerne, aucuns deniers pour annales ou pour quelque cause que ce soit ; mais les diocésains s’adresseront à leurs évêques pour toutes les provisions de bénéfices et dispenses, lesquelles seront accordées gratuitement, nonobstant toutes réserves, expectatives et partages de mois, toutes les églises de France devant jouir de la même liberté.

 

- Art. 13. Les déports, droits de cotte-morte, dépouilles, vacat, droits censaux, deniers de Saint-Pierre, et autres du même genre établis en faveur des évêques, archidiacres, archiprêtres, chapitres, curés primitifs et tous autres, sous quelque nom que ce soit, sont abolis, sauf à pourvoir, ainsi qu’il appartiendra, à la dotation des archidiaconés et des archiprêtres qui ne seraient pas suffisamment dotés.

 

- Art. 14. La pluralité des bénéfices n’aura plus lieu à l’avenir, lorsque les revenus du bénéfice ou des bénéfices dont on sera titulaire excèderont le somme de 3 000 livres. Il ne sera pas permis non plus de posséder plusieurs pensions sur bénéfices, ou une pension et un bénéfice, si le produit des objets de ce genre que l’on possède déjà excède la même somme de 3 000 livres.

 

- Art. 15. Sur le compte qui sera rendu à l’Assemblée nationale de l’état des pensions, grâces et traitements, qu’elle s’occupera, de concert avec le Roi, de la suppression de celles qui seraient excessives, sauf à déterminer à l’avenir une somme dont le Roi pourra disposer pour cet objet.

 

- Art. 16. L’Assemblée nationale décrète qu’en mémoire des grandes et importantes délibérations qui viennent d’être prises pour le bonheur de la France, une médaille sera frappée, et qu’il sera chanté en actions de grâces un "Te deum" dans toutes les paroisses et églises du royaume.

 

- Art. 17. L’Assemblée nationale proclame solennellement le Roi Louis XVI Restaurateur de la liberté française.

 

- Art. 18. L’Assemblée nationale se rendra en corps auprès du Roi, pour présenter à Sa Majesté l’arrêté qu’elle vient de prendre, lui porter hommage de sa plus respectueuse reconnaissance, et la supplier de permettre que le "Te deum" soit chanté dans sa chapelle, et d’y assister elle-même. L’assemblée nationale s’occupera, immédiatement après la constitution, de la rédaction des lois nécessaires pour le développement des principes qu’elle a fixés par le présent arrêté, qui sera incessamment envoyé par MM. Les députés dans toutes les provinces, avec le décret du 10 de ce mois, pour y être imprimé, publié même au prône des paroisses, et affiché partout où besoin sera.

 

Notes

[1La première manifestation de révolte contre l’autorité royale eut lieu à Vizille, près de Grenoble, pour la « journée des tuiles » du 7 juin 1788, qui voit ses habitants s’en prendre à coup de tuiles jetées des toits aux soldats du roi qui avaient reçu l’ordre de renvoyer sur leurs terres les parlementaires du Dauphiné remettant en cause les impôts.

[2La rente, ici dans le sens de rente foncière, s’apparente par beaucoup d’aspects à un loyer du sol.

 

 

Pour en savoir plus :

4 août 1789 : Abolition des privilèges et des droits féodaux

 

L’abolition des privilèges : il paraît que c’était le 4 août 1789...
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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 08:30
Crise sans précédent du lambertisme : l’explosion du POI est en cours

Depuis plusieurs mois, une crise couvait dans le POI (Parti ouvrier indépendant, ex-PT). Elle vient d’éclater ces jours-ci avec une violence inouïe. Commencée plus précisément dans le CCI (Courant communiste internationaliste, section française de la « Quatrième internationale » lambertiste), qui est le courant fondateur et hégémonique du POI, auquel il fournit l’essentiel de ses dirigeant-e-s et cadres, elle gagne maintenant le POI lui-même.

Elle va avoir des répercussions importantes dans les syndicats, notamment dans FO, où les lambertistes occupent des fonctions d’encadrement et de direction, dans la Libre pensée et d’autres structures qu’ils/elles dirigent, ainsi que dans les organisations de la quarantaine de pays où ce courant existe.

Elle met aux prises deux camps, qui représentent à ce stade respectivement 2/3 et 1/3 des forces du CCI : c’est donc d’ores et déjà la crise la plus importante de l’histoire du lambertisme. Des bribes d’informations, des rumeurs et des documents des deux camps circulent désormais bien au-delà des rangs du POI. Avant que la presse bourgeoise ne saisisse en déformant les faits, il est indispensable de donner les éléments exacts et dûment vérifiés, car cela intéresse tout le mouvement ouvrier et tout particulièrement les anticapitalistes.

 

Sources :  Tendance CLAIRE le 9 juillet 2015 mis à jour le 27 septembre 2015

- Aux origines de la crise actuelle du lambertisme

S’il est certes peu connu sur le plan médiatique, s’il s’invisibilise lui-même en refusant le plus souvent de manifester avec les autres organisations et s’il est marqué par une politique de tendance républicaine et réformiste, le POI est un parti dont il serait gravement erroné de sous-estimer l’importance. Ce parti se réclame de la lutte des classes et de l’anticapitalisme, c’est une organisation importante de l’extrême gauche au sens large du terme, puisqu’il compte 4 à 5 000 adhérent-e-s, dont 2000 militant-e-s du CCI, et son journal est vendu à 8-10 000 exemplaires. Une grande partie de ses militant-e-s sont des cadres voire des dirigeant-e-s syndicaux, surtout à FO, mais aussi à la CGT et un peu à la FSU (animant la tendance URIS – 4% des voix au congrès fédéral). La force de ce courant s’est manifestée récemment dans la réunion du 6 juin, qui a rassemblé 900 militant-e-s, la plupart syndicalistes CGT et FO, une partie significative n’étant pas au POI.

 

Pierre Lambert, le principal fondateur de ce courant politique, qui le dirigeait d’une main de fer, est mort en 2008. Depuis – comme toujours dans ce genre d’organisations dirigées par un patriarche historique et autoritaire – des rivalités se sont aiguisées dans la direction. Le principal dirigeant, Daniel Gluckstein, promu par Lambert depuis les années 1980 et secrétaire national du PT, puis du POI, n’a pas réussi à faire l’unanimité, mais au contraire toutes les vieilles frustrations silencieuses qu’avaient suscitées sa promotion rapide (alors même qu’il ne venait pas du bercail de l’OCI des années 1970, mais de la LCR...) ont commencé à resurgir.

 

Mais c’est l’échec du POI, fondé en 2008 dans la foulée de la campagne de Gérard Schivardi, qui provoque la crise actuelle. Censé avoir été lancé avec près de 10 000 adhérent-e-s, le POI en a perdu près de la moitié. Quant au CCI, il est incapable de se développer, composé pour l’essentiel de cadres âgé-e-s, recruté-e-s dans les années 1970, pour la plupart à la retraite – les plus jeunes étant généralement des enfants ou petits-enfants de cette génération...

 

 

- Les deux orientations en présence

L’échec du POI a conduit la majorité du CCI (2/3 de la direction nationale) à expérimenter une autre politique, consistant à minorer la construction du POI lui-même au profit d’un regroupement mis en place pour gagner en priorité des syndicalistes, en s’appuyant sur les effets que la politique du PS ne manquent pas de produire chez les cadres de FO et de la CGT. Pour cette majorité du CCI, la classe ouvrière reste insensible aux principaux mots d’ordre politiques du POI et la principale résistance aux attaques du gouvernement passe par les cadres syndicaux. L’idée est donc de constituer un cadre plus large que le POI, organisée autour du journal Informations ouvrières (qui est pourtant officiellement le journal du POI...). Ainsi est-ce sous l’égide de ce journal et de cette orientation que s’est tenue la réunion de 900 syndicalistes le 6 juin, où la majorité du CCI a décidé que le POI ne s’exprimerait pas en tant que tel...

 

La minorité du CCI (1/3 de la direction nationale), emmenée par Daniel Gluckstein, ex-n° 1 du CCI et toujours secrétaire national du POI, accuse la majorité de vouloir liquider le POI et de renoncer à la construction du parti au profit d’une politique qui se réduit à l’adresse aux syndicalistes. Cette minorité estime que la priorité est de construire le POI comme parti pour résoudre le problème de la représentation politique de la classe ouvrière, donc en posant la question du pouvoir – ce qui se réduirait à ses yeux aux mots d’ordre de « rupture avec l’Union européenne » et d’« Assemblée constituante pour rétablir la démocratie dont le peuple définira lui-même la forme et le contenu ». En ce sens, la minorité est plus politique et « basiste », alors que la majorité assume davantage le parasyndicalisme tourné vers les appareils syndicaux, qui est l’une des principales marques de fabrique du lambertisme.

 

Cependant, sur le fond politique, il ne s’agit en fait — en tout cas à ce stade — que de nuances. La majorité ne met pas en cause l’orientation du POI et la minorité ne conteste pas l’importance majeure donnée à la construction chez les cadres syndicaux de FO et de la CGT – et surtout elle ne critique pas la confusion entretenue depuis des décennies par le lambertisme entre les syndicats, leur appareil et leur direction, confusion qui a permis de justifier l’alliance stratégique nouée avec des appareils syndicaux, à commencer par celui de FO en France Ainsi les résolutions de la direction nationale du CCI comme du Conseil national et du Bureau national du POI étaient-elles encore votées à l’unanimité ces derniers mois. Un timide amendement de Daniel Gluckstein n’est apparu pour la première fois dans la DN du CCI qu’en avril, sans que son rejet empêche le vote unanime de la résolution finale... Ces nuances, qui commençaient à s’exprimer à l’oral depuis moins d’un an, ont commencé à s’exprimer davantage avec la crise de la CGT, la préparation de la journée d’action du 9 avril et la préparation de la réunion autour d’Informations ouvrières du 6 juin.

 

 

- L’absence de démocratie empêche la discussion de se développer sur le terrain politique

Dans une organisation démocratique, ces nuances auraient été développées, discutées tranquillement, car il est tout à fait normal de débattre régulièrement de la façon de construire son parti, surtout dans une situation difficile comme celle que nous connaissons, marquée par la violence des attaques du gouvernement et la crise du mouvement ouvrier. Mais le lambertisme est un courant politique qui, s’il réclame sans cesse la « démocratie » dans sa presse (au nom de la « République une et indivisible » !), se caractérise surtout par l’absence de toute culture démocratique en interne. Depuis des décennies, toutes les divergences se sont réglées par la violence bureaucratique, des exclusions régulières, des calomnies ignobles, l’humiliation des individus... Depuis une tendance éphémère en 1989, bien vite disparue, il n’y a pas eu de tendances dans le CCI, alors que les statuts les autorisent, car les membres qui voulaient en constituer une ou qui commençaient à exprimer des divergences qui auraient pu y conduire, ont été soigneusement isolé-e-s et exclu-e-s. De plus, la majorité des dirigeants sont de vieux permanents (une quarantaine en tout, par ailleurs essentiellement des hommes bien virilistes), recrutés dans les années 1970, qui ont largement dépassé l’âge de la retraite sans avoir jamais connu le monde du travail, sont inamovibles à leurs postes depuis 40 ans, largement coupés du monde réel auquel ils/elles n’ont accès que par des cadres syndicaux et les militant-e-s du POI, pénétrés d’habitudes bureaucratiques.

 

Parmi les dernières exclusions collectives, cette direction décida par exemple celle de la poignée de militant-e-s qui fondèrent ensuite le Groupe CRI en 2002, et qui virent d’abord refuser leurs demandes de tendance dans le CCI puis dans le PT, avant d’être exclu-e-s sur la base de calomnies, accusé-e-s notamment d’être en lien avec la préfecture de police ! Bien plus importante fut la décision prise par le secrétariat international de la QI lambertiste d’exclure la majorité de la section brésilienne (l’une des plus importantes) à la veille de son congrès où s’annonçait un changement de majorité (avec notamment une descente de la minorité et d’une délégation du secrétariat international au local national de l’organisation pour s’en emparer, changer les serrures et garder le journal...). De même encore, la direction nationale du CCI (même pas du PT !) n’avait pas hésité en 2005 à exclure les 2/3 de la fédération du PT de l’Yonne au seul prétexte qu’ils/elles avaient voté... contre l’exclusion de leur secrétaire fédéral (après avoir pourtant été d’accord avec la direction pour condamner à l’unanimité sa critique jugée scandaleuse d’une bureaucrate lambertiste de FO...). La liste des exclusions serait trop longue. Mais, dans tous les cas, incapable de justifier sur le fond politique des mesures aussi brutales, car cela aurait supposé une discussion démocratique, la direction a eu recours au mensonge et à la calomnie, tout en faisant bloc...

 

 

- Mais d’où viennent ces méthodes anti-démocratiques ?

Il n’est dès lors par étonnant que ce soient ces mêmes « méthodes », devenus si habituelles depuis des décennies, qui sont mises en œuvre dans la crise actuelle du CCI et du POI. Au cours de ces dix derniers jours, en effet, la majorité de la direction nationale du CCI a décidé de « suspendre » un tiers de ses membres, refusé leur demande de tendance pourtant conforme aux statuts, reporté le congrès du CCI prévu à l’automne, fait approuver sa décision par une « commission de contrôle » qui n’a même pas entendu la minorité, fait changer les serrures des locaux pour empêcher les minoritaires d’y accéder librement, et elle multiplie les pressions sur les militant-e-s pour qu’ils/elles se désolidarisent immédiatement de la minorité !

 

Bien sûr, elle n’oublie pas de faire circuler « discrètement » un texte de calomnies contre Daniel Gluckstein, qui fut pourtant son leader incontesté promu par Lambert depuis les années 1980 et qui est accusé maintenant d’avoir entretenu un réseau clandestin pour prendre et garder le pouvoir et « attendu son heure pendant 35 ans » pour fomenter la dislocation de l’organisation, etc.

 

La minorité a beau jeu de dénoncer ces méthodes intolérables... mais ce sont exactement les mêmes que celles qu’elle avait elle-même mises en œuvre pendant tant d’années, notamment dans tous les cas cités précédemment, où les exclusions, les descentes pour changer les serrures, les mensonges et les calomnies étaient fomentées par Daniel Gluckstein et ses proches qui en sont aujourd’hui victimes... De telles méthodes ne tombent pas comme un coup de tonnerre dans un ciel serein : on ne peut séparer l’orientation politique et les méthodes utilisées à l’intérieur du parti comme dans le mouvement ouvrier en général.

 

Mais l’ampleur de la crise actuelle n’a rien à voir avec un quelconque épisode précédent dans l’histoire du lambertisme. Même l’exclusion en 1984 de Stéphane Just, le n° 2 de l’OCI, qui semble l’épisode le plus comparable, avait frappé « seulement » 150 militant-e-s qui le soutenaient sur 4000 – alors que la minorité actuelle revendique 677 signatures pour sa déclaration de tendance sur 2000 membres du CCI et souligne la participation d’une trentaine de « vétérans » (militant-e-s avant 1968). En outre, il semble que la majorité des jeunes comme la majorité de la fédération 93 (la plus nombreuse du POI) soient avec la minorité nationale. La minorité revendique aussi le soutien d’une partie importante d’autres sections de la QI lambertiste ou de leurs dirigeant-e-s. Enfin, Daniel Gluckstein a le soutien des deux autres secrétaires nationaux du POI, Jean Markun et Gérard Schivardi, qui ne sont pas membres du CCI et appellent la direction de ce courant à régler ses problèmes en interne au lieu de les transporter dans le POI et de calomnier Daniel Gluckstein. De fait, la scission du POI lui-même a commencé : le « Bureau national » du 4 juillet aurait mandaté un « secrétariat permanent du POI » qui fait désormais ses propres communiqués, alors que les « trois secrétaires nationaux du POI » continuent à publier les leurs...

 

Pour en savoir plus :

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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 08:40
Europe : prendre la mesure du tournant historique !

La tentative de Syriza pour imposer une alternative aux institutions européennes a connu une issue sinistre. Mais elle peut être un commencement, à condition de durcir le rapport de forces, et de préparer l’affrontement – mais aussi un plan B en cas d’impasse.

 

Sources :  Regards.fr par Clémentine Autain le 17 juillet 2015

 

L’histoire a mal tourné, mais elle s’est remise en marche. Pour la première fois, un gouvernement, celui d’Alexis Tsipras, a porté le fer contre la Troïka qui entend imposer une voie politique unique. Avec Syriza, les Grecs se sont opposés aux choix libéraux, austères, non démocratiques exigés pour tous les peuples de l’Union. Seuls, puisqu’aucun autre pays n’est gouverné par une gauche digne de ce nom et que les solidarités européennes furent bien pâles ces dernières semaines, ils ont fait une démonstration politique.

 

Est-il possible de mener une autre politique que celle choisie par l’Eurogroupe pour un pays de la zone euro ? La réponse, cinglante, se veut sans appel : c’est non. Quiconque s’y essaie est promis en prime à l’humiliation politique.

 

 

- Une logique dans le marbre des traités

Le gouvernement de Tsipras a permis de révéler aux yeux de tous la férocité, le cynisme et la détermination d’un Eurogroupe préférant la concurrence entre les peuples à leur coopération solidaire, le dogmatisme à la démocratie, l’intérêt de la caste dirigeante à celui des catégories populaires. Que leur politique ne marche pas et massacre la vie des populations ne les fait aucunement sourciller. Que de nombreux économistes, y compris des prix Nobel, et pas seulement des hétérodoxes, rappellent jour après jour l’inanité de leur choix ne les trouble pas.

 

Or, l’austérité produit la récession économique, creuse les inégalités et ne règle même pas le problème, la résorption de la dette, au nom duquel elle est imposée puisque partout les déficits augmentent. Que la réduction des dépenses publiques et les ajustements structurels permettent au capital de s’enrichir – et certainement pas à l’économie d’améliorer les conditions de vie du grand nombre – leur va bien. Leur main ne tremble pas : elle assume la saignée. Et si le peuple grec affirme et réaffirme par referendum son refus, qu’à cela ne tienne, la sanction sera plus sévère encore.

 

Cette logique est malheureusement inscrite dans le marbre des traités. Le fonctionnement institutionnel de l’Union européenne permet à l’Allemagne, et plus généralement aux pays qui dominent économiquement, d’affirmer leur puissance – autrement dit, d’écraser les autres. La France a participé activement à la construction de cet édifice, au mépris du peuple qui, consulté, avait notamment refusé le Traité constitutionnel européen en 2005. Nicolas Sarkozy s’est assis sur ce vote, François Hollande n’a rien renégocié. Aujourd’hui, le gouvernement français prétend aider les Grecs mais ne veut pas remettre en cause son entente avec l'Allemagne.

 

 

- Syriza, le prix de la soumission

C’est ainsi qu’après des semaines et des semaines de négociation, la Grèce s’est retrouvée financièrement asphyxiée et priée de se soumettre. C’est bien le pistolet sur la tempe que Tsipras a signé cet "accord" auquel il ne croit pas. Et pour cause : les plans d’austérité ont conduit la Grèce dans la situation de drame humanitaire que l’on connaît. Un neuvième plan est de nature à plonger un peu plus le pays dans la récession et le chaos. Les demandes concernant la dette – audit, rééchelonnement, effacement d’une partie – sont remisées aux calendes grecques. Alexis Tsipras a voulu tenir les deux bouts : rester dans la zone euro et mener une politique alternative. C’est la ligne politique sur laquelle il a été élu. La réponse de l’Eurogroupe ? N’y pensez pas !

 

La question de savoir s’il eut été possible de refuser cet accord appartient d’abord aux Grecs. Vu de France, et du haut de nos 10% pour la gauche radicale, il serait bien prétentieux de faire la leçon. Alexis Tsipras a pris la décision qui lui semblait, à ce stade, la moins dangereuse pour le peuple grec. Force est néanmoins de constater que ce n’est pas seulement la plate-forme de gauche de Syriza qui conteste la signature de l’accord, mais également trente-huit députés de la majorité qui n’ont pas voté pour à la Vouli, parmi lesquels Yanis Varoufakis et Zoe Konstantopoulou (lire "Alexis Stripras éconduit vers le Grexit").

 

Alexis Tsipras répond qu’une sortie de la zone euro à froid, sans préparation, eut conduit le pays au désastre. Les premiers lui rétorquent que le désastre est assuré avec l’accord, et que le prix de la soumission sera plus grand encore. Alexis Tsipras, ovationné après son discours à la Vouli, y compris sur les bancs des députés de Syriza qui ont voté contre l’accord, rétorque qu’il n’est pour autant pas question de lâcher, qu’il s’agit de continuer à se battre pour les classes populaires, de ne pas faire de Syriza une parenthèse de gauche en Europe. L’histoire n’est donc pas finie. L’éclatement de Syriza, que l’on peut redouter, n’est nullement une fatalité. Elle ferait si plaisir à la Troïka…

 

 

- La nécessité d’un affrontement politique et social

Ne présageons pas de la suite des événements en Grèce. Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’une question va désormais s’imposer à tous les courants sociaux, intellectuels et politiques européens de la gauche critique : si un pays bascule du côté de l’alternative sociale et écologiste, comment pourra-t-il mener sa politique s’il reste dans la zone euro ? Autrement dit, si la séquence grecque que nous venons de vivre est un tournant historique, nous ne pouvons continuer comme avant en développant les mêmes argumentations stratégiques. Nous sommes devant un os, qui se voit.

 

Pour commencer, nous avons le devoir de muscler le rapport de forces. Le gouvernement de Syriza semble lui-même avoir été abasourdi par l’entêtement haineux de l’Allemagne et de ses alliés. Le passage à une autre logique sociale et économique ne peut se dérouler dans un cadre tranquille et policé. C’est bien un affrontement social et politique de très haut niveau qui est nécessaire pour faire bouger les lignes. La recherche patiente et déterminée d’un compromis, appuyée sur un soutien populaire massif, s’est heurtée à la violence inouïe des adversaires de Syriza. Cela indique à quel point les forces opposées à l’austérité doivent être soudées. Plus nous sommes atomisés, plus nous sommes fragiles. Or, le risque, nous le voyons bien, c’est que l’expérience de Syriza débouche sur des conclusions contradictoires entre nous, et donc de l’éclatement.

 

Notre responsabilité historique, c’est d’ouvrir le débat avec franchise et humilité, sans invectives inutiles et autres procès en trahison, dans un état d’esprit de rassemblement et de conquête. Nous avons aussi à renforcer les liens et les discussions entre courants critiques de différents pays européens. Cette lisibilité commune, cette coordination nécessaire, est l’une des conditions de notre élargissement et de notre capacité à gagner.

 

 

- Préparer les consciences à un plan "B"

Le piège d’un affrontement entre nations doit être évité. Ceux qui peuvent tirer les marrons du feu de cette séquence sont ceux qui proposent un repli nationaliste, xénophobe. Ce projet mortifère est le contraire du nôtre. Notre objectif n’est certainement pas d’opposer les États, les peuples, entre eux mais d’opposer l’intérêt des peuples à celui de la finance, la démocratie à l’oligarchie qui gouverne. D’ailleurs, si l’Allemagne est à juste titre montrée du doigt aujourd’hui, il est important de rappeler dans le même temps combien sa prédominance est rendue possible par les traités et par le fait que les autres pays l’acceptent, à commencer par la France.

 

Cet horizon européen ne signifie pas qu’il faudrait attendre que la majorité des pays de l’Union se soient convertis à l’alternative pour mener une politique de gauche dans un pays. C’est bien parce qu’un pays puis un autre aura réussi à démontrer la possibilité de faire autrement que nous deviendrons crédibles. La perspective commune de transformation de l’Europe ne peut aboutir que si les équations nationales fonctionnent progressivement les unes après les autres, qu’elles font sens commun, à l’intérieur de l’Europe mais aussi à l’échelle internationale.

 

La discussion stratégique qui doit s’ouvrir porte sur les moyens de tenir tête à l’Eurogroupe, de résister à son chantage. Peut-on gagner un rapport de forces sans imaginer, préparer, concevoir comment nous ferions si nous le perdions ? C’est parfois possible, mais à l’évidence difficile quand l’adversaire est à ce point belliqueux et économiquement puissant, quand nos forces sont encore trop faibles à l’échelle européenne. Nous voudrions pouvoir mener une autre politique tout en restant dans la zone euro. Mais si cela s’avère impossible, si un compromis acceptable n’est pas à portée de main, il est indispensable de réfléchir aux voies qui permettent de ne pas mener nos pays dans le mur et de faire prospérer l’espoir, ce qui suppose de rendre crédible une autre politique ici et maintenant. Et si cette voie passe par une monnaie complémentaire, un contrôle de capitaux, une non application des injonctions de Bruxelles, ou d’autres mesures de protection économique face au coup d’Etat financier qui menace, alors il faut s’y préparer.

 

Le débat doit être ouvert, sans tabous, sans figer par avance les positions des uns et des autres. Notre pensée et nos propositions doivent être en mouvement. Notons par ailleurs que rester dans la zone euro et rester dans l’Union européenne sont deux choses distinctes, comme le montre l’Angleterre depuis longtemps. Enfin, ayons à l’esprit un élément fondamental : cette préparation à une sorte de plan B ne peut se faire que si les consciences y sont préparées, que si ce travail est précisément et sérieusement mené collectivement, que si le peuple est prêt à un tel scénario, à une telle confrontation. L’expérience politique de Syriza amène les consciences, celle des Grecs mais aussi les nôtres, à bouger. Il le faut.

 

Pour en savoir plus :

- Eric Toussaint : « La BCE a déstabilisé l’économie pour soumettre la Grèce aux exigences des créanciers »

- "L’échec de Syriza, c’est l’échec de l'idée d'une réforme de l'UE de l'intérieur"

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28 juillet 2015 2 28 /07 /juillet /2015 08:20
Une alternative est possible au plan négocié entre Alexis Tsipras et les créanciers à Bruxelles

Le 5 juillet 2015, à l’issue du référendum initié par le gouvernement d’Alexis Tsipras et le parlement hellène, le peuple grec a rejeté massivement la poursuite de l’austérité que voulaient lui imposer les institutions qui auparavant agissaient sous le nom de Troïka. C’est une splendide victoire de la démocratie.

 

Sources :  Le Grand Soir par Eric Toussaint[1] le 13 juillet 2015

Pourtant, s’il est mis en pratique, l'accord intervenu le lundi 13 juillet 2015 au matin, signifiera la poursuite de l’austérité dans le cadre d’un nouvel accord pluriannuel.

 

 

- Cet accord est en totale contradiction avec le résultat du référendum.

Cette proposition inclut l’abandon d’une série très importante d’engagements pris par Syriza lors de la campagne électorale qui lui ont permis d’obtenir une victoire d’une portée historique le 25 janvier 2015. Syriza a engagé sa responsabilité devant le peuple grec et il serait tragique qu’elle ne la respecte pas, d’autant que le peuple lui a apporté un appui très clair tant le 25 janvier que le 5 juillet 2015.

 

Les concessions faites aux créanciers par le gouvernement grec portent sur les retraites, avec une nouvelle diminution de leur montant (alors que Syriza s’était engagé à rétablir le 13e mois pour les retraites inférieures à 700 euros par mois) et un allongement de l’âge de départ, les salaires qui resteront comprimés, les relations de travail qui seront encore plus précarisées, l’augmentation des impôts indirects y compris ceux supportés par les bas revenus, la poursuite et l’accélération des privatisations, l’accumulation de nouvelles dettes illégitimes afin de rembourser les précédentes, le transfert des actifs grecs de valeur dans un fonds indépendant, la poursuite de l’abandon d’éléments importants du droit à l’autodétermination, la limitation du pouvoir législatif au profit de celui des créanciers...

 

Contrairement à ceux qui affirment qu’en échange de ces concessions néfastes, la Grèce obtiendra trois ans de répit et pourra relancer de manière importante l’activité économique, la réalité montrera qu’avec le maintien de la compression de la demande des ménages et de la dépense publique, il sera impossible de dégager l’excédent budgétaire primaire annoncé dans le plan.

 

Les conséquences néfastes sont inéluctables : dans quelques mois ou au début de l’année prochaine au plus tard, les créanciers attaqueront les autorités grecques pour non-respect de leurs engagements en termes d’excédent budgétaire primaire et avanceront de nouvelles exigences. Il n’y aura pas de répit pour le peuple et pour le gouvernement grecs. Les créanciers menaceront de ne pas débourser les sommes prévues si de nouvelles mesures d’austérité ne sont pas adoptées. Les autorités grecques seront prises dans l’engrenage des concessions[2].

 

La Commission pour la Vérité sur la Dette publique instituée par la présidente du Parlement grec a établi dans son rapport préliminaire rendu public les 17 et 18 juin 2015 que la dette réclamée par les actuels créanciers doit être considérée comme illégitime, illégale et odieuse. La Commission a également démontré que son remboursement est insoutenable. Sur la base d’arguments fondés sur le droit international et le droit interne, le gouvernement grec peut suspendre de manière souveraine le paiement de la dette afin que l’audit des dettes soit conduit à son terme. Une telle suspension de paiement est tout à fait possible. Depuis février 2015, la Grèce a remboursé 7 milliards d’euros aux créanciers sans que ceux-ci versent les 7,2 milliards qui devaient l’être dans le cadre du programme qui a pris fin au 30 juin 2015. D’autres sommes auraient dû être versées à la Grèce et ne l’ont pas été : les intérêts perçus par la BCE sur les titres grecs, le solde prévu pour la recapitalisation des banques, etc. Si la Grèce suspend le paiement de la dette à l’égard des créanciers internationaux, elle économisera près de 12 milliards d’euros qu’elle est supposée leur rembourser d’ici la fin de l’année 2015[3]. En suspendant le paiement de la dette, les autorités grecques amèneraient les créanciers à faire des concessions. Une réduction radicale du montant de la dette pourrait en découler soit par la voie de la négociation, soit par celle de la répudiation.

 

 

- Il est possible de rester dans la zone euro tout en prenant de manière souveraine une série de mesures d’autodéfense et de relance de l’économie.

Chacun a pu faire le constat qu’il est impossible de convaincre par la simple discussion la Commission européenne, le FMI, la BCE et les gouvernements néolibéraux au pouvoir dans les autres pays européens de prendre des mesures qui respectent les droits des citoyens grecs ainsi que ceux des peuples en général. Le référendum du 5 juillet qu’ils ont combattu ne les a pas convaincus. Au contraire, bafouant les droits démocratiques fondamentaux, ils ont radicalisé leurs exigences. Sans prendre des mesures souveraines fortes d’autodéfense, les autorités et le peuple grecs ne pourront pas mettre fin à la violation des droits humains perpétrés à la demande des créanciers. Toute une série de mesures devraient être prises à l’échelle européenne pour rétablir la justice sociale et une authentique démocratie. Techniquement, il n’est pas compliqué de les prendre mais il faut bien constater que dans le contexte politique et avec les rapports de force qui prévalent dans l’Union européenne, les pays avec un gouvernement progressiste ne peuvent pas espérer être entendus ni soutenus par la Commission européenne, la BCE, le Mécanisme européen de stabilité.

 

Au contraire, tant ces institutions que le FMI et les gouvernements néolibéraux en place dans les autres pays combattent activement l’expérience en cours en Grèce afin de démontrer à tous les peuples d’Europe qu’il n’y a pas d’alternatives au modèle néolibéral. En revanche, par des mesures fortes, les autorités grecques peuvent leur arracher de véritables concessions ou simplement les obliger à prendre acte des décisions prises. Il est fondamental également de fonder une stratégie alternative en suscitant des mobilisations populaires massives en Grèce et dans les autres pays d’Europe. Les autorités grecques pourraient s’appuyer dessus pour empêcher les tentatives d’isolement que ne manqueront pas d’organiser toutes les forces opposées aux changements en faveur de la justice sociale. En retour, une telle démarche du gouvernement grec renforcerait les mobilisations populaires et la confiance en leurs propres forces des citoyens mobilisés.

 

 

- A côté de la suspension du paiement de la dette illégitime, illégale, odieuse et insoutenable, voici quelques propositions à soumettre d’urgence au débat démocratique car elles sont de nature à aider la Grèce à se relever.

  • 1 - Les pouvoirs publics grecs constituent de loin l’actionnaire majoritaire des grandes banques grecques (représentant plus de 80% du marché bancaire grec) et devraient donc exercer pleinement le contrôle des banques afin de protéger l’épargne des citoyens et relancer le crédit interne pour soutenir la consommation. D’une part, il conviendrait de tirer les conséquences de la participation majoritaire de l’Etat dans les banques en leur conférant un statut d’entreprise publique. L’Etat devrait organiser une faillite ordonnée de ces banques en veillant à protéger les petits actionnaires et les épargnants. Il s’agit de récupérer le coût de l’assainissement des banques sur le patrimoine global des gros actionnaires privés car ce sont eux qui ont provoqué la crise et ont ensuite abusé du soutien public. Une bad bank serait créée pour isoler les actifs toxiques en vue d’une gestion extinctive. Il faut une fois pour toutes faire payer les responsables de la crise bancaire, assainir en profondeur le secteur financier et le mettre au service de la population et de l’économie réelle.

 

  • 2 - Les autorités grecques doivent réquisitionner la banque centrale. A sa tête se trouve aujourd’hui Yannis Stournaras (placé à ce poste par le gouvernement d’Antonis Samaras) qui met toute son énergie à empêcher le changement voulu par la population. C’est un véritable cheval de Troie qui sert les intérêts des grandes banques privées et des autorités européennes néolibérales. La banque centrale de Grèce doit être mise au service des intérêts de la population grecque.

 

  • 3 - Les autorités grecques ont également la possibilité de créer une monnaie électronique (libellée en euro) à usage interne au pays. Les pouvoirs publics pourraient augmenter les retraites ainsi que les salaires de la fonction publique, payer les aides humanitaires aux personnes en leur ouvrant un crédit en monnaie électronique qui pourrait être utilisé pour de multiples paiements : facture d’électricité, d’eau, paiement des transports en commun, paiement des impôts, achats d’aliments et de biens de première nécessité dans les commerces, etc. Contrairement à un préjugé infondé, même les commerces privés auraient tout intérêt à accepter volontairement ce moyen de paiement électronique car cela leur permettra à la fois d’écouler leurs marchandises et de régler des paiements à l’égard des administrations publiques (paiement des impôts et de différents services publics qu’ils utilisent). La création de cette monnaie électronique complémentaire permettrait de diminuer les besoins du pays en euros. Les transactions dans cette monnaie électronique pourraient être réalisées par les téléphones portables comme c’est le cas aujourd’hui en Equateur.

 

  • Le gouvernement pourrait également émettre de titres publics en papier sous formes de IOU’s (I Owe You), équivalents à des billets d’euro : 10 euros, 20 euros,... pour faire face à la pénurie de billets en circulation. Ils présentent un avantage par rapport à la drachme car ils laissent la porte ouverte à la négociation et permettent à la Grèce de rester formellement dans la zone euro.

 

  • 4 - Le contrôle sur les mouvements de capitaux doit être maintenu de même que doit être mis en place un contrôle des prix à la consommation.

 

  • 5 - L’organisme chargé des privatisations doit être dissous et doit être remplacé par une structure publique de gestion des biens nationaux (avec arrêt immédiat des privatisations) chargée de protéger le patrimoine public tout en générant des revenus.

 

  • 6 - De nouvelles mesures doivent être adoptées dans un souci de justice fiscale en vue de renforcer très nettement celles déjà prises, notamment en décidant de taxer très fortement les 10 % les plus riches (et en particulier le 1% le plus riche) tant sur leurs revenus que sur leur patrimoine. De même, il convient d’augmenter fortement l’impôt sur les bénéfices des grandes entreprises privées et de mettre fin à l’exemption fiscale des armateurs. Il faut aussi taxer plus fortement l’Eglise orthodoxe qui n’a versé que quelques millions d’euros d’impôts en 2014.

 

  • 7 - Une réduction radicale des impôts sur les bas revenus et les petits patrimoines doit être décidée, ce qui bénéficierait à la majorité de la population. Les taxes sur les produits et services de première nécessité doivent baisser radicalement. Une série de services de première nécessité doivent être gratuits (électricité et eau limitées à une certaine consommation, transports publics, etc.). Ces mesures de justice sociale relanceront la consommation.

 

  • 8 - La lutte contre la fraude fiscale doit être intensifiée avec la mise en place de mesures très dissuasives contre la grande fraude fiscale. Des sommes importantes peuvent être récupérées.

 

  • 9 - Un vaste plan public de création d’emplois doit être mis en œuvre pour reconstruire des services publics dévastés par des années d’austérité (par exemple, en matière de santé et d’éducation) et pour poser les premiers jalons de la nécessaire transition écologique.

 

  • 10 - Ce soutien au secteur public doit être accompagné de mesures visant à apporter un soutien actif à la petite initiative privée qui joue un rôle essentiel aujourd’hui en Grèce à travers les micro-entreprises.

 

  • 11 - Réaliser une politique d’emprunt public interne via l’émission de titres de la dette publique à l’intérieur des frontières nationales. En effet, l’État doit pouvoir emprunter afin d’améliorer les conditions de vie des populations, par exemple en réalisant des travaux d’utilité publique. Certains de ces travaux peuvent être financés par le budget courant grâce à des choix politiques affirmés, mais des emprunts publics peuvent en rendre possibles d’autres de plus grande envergure, par exemple pour passer du « tout automobile » à un développement massif des transports collectifs, développer le recours aux énergies renouvelables respectueuses de l’environnement, créer ou rouvrir des voies ferrées de proximité sur tout le territoire en commençant par le territoire urbain et semi-urbain, ou encore rénover, réhabiliter ou construire des bâtiments publics et des logements sociaux en réduisant leur consommation d’énergie et en leur adjoignant des commodités de qualité. Il s’agit aussi de financer le vaste plan de création d’emplois proposé plus haut.

 

 

- Il faut définir de toute urgence une politique transparente d’emprunt public.

La proposition que nous avançons est la suivante :

  • 1 - la destination de l’emprunt public doit garantir une amélioration des conditions de vie, rompant avec la logique de destruction environnementale ;

 

  • 2 - le recours à l’emprunt public doit contribuer à une volonté redistributive afin de réduire les inégalités. C’est pourquoi nous proposons que les institutions financières, les grandes entreprises privées et les ménages riches soient contraints par voie légale d’acheter, pour un montant proportionnel à leur patrimoine et à leurs revenus, des obligations d’État à 0 % d’intérêt et non indexées sur l’inflation, le reste de la population pourra acquérir de manière volontaire des obligations publiques qui garantiront un rendement réel positif (par exemple, 3%) supérieur à l’inflation. Ainsi si l’inflation annuelle s’élève à 2%, le taux d’intérêt effectivement payé par l’Etat pour l’année correspondante sera de 5%. Une telle mesure de discrimination positive (comparable à celles adoptées pour lutter contre l’oppression raciale aux États-Unis, les castes en Inde ou les inégalités hommes-femmes) permettra d’avancer vers davantage de justice fiscale et vers une répartition moins inégalitaire des richesses.


Enfin, les autorités grecques doivent veiller à la poursuite du travail de la commission d’audit et des autres commissions qui travaillent sur les mémorandums et les dommages de guerre.

 

 

- D’autres mesures complémentaires, discutées et décidées d’urgence démocratiquement, sont bien sûr susceptibles de venir compléter ce premier dispositif d’urgence

Elles peuvent être résumé avec les cinq piliers suivants :

  • la prise de contrôle par l’Etat des banques et d’une partie de la création monétaire,
  • la lutte contre la fraude fiscale et la mise en place d’une réforme fiscale juste apportant à l’Etat les ressources nécessaires pour la mise en œuvre de sa politique,
  • la protection du patrimoine public et sa mise au service de l’ensemble de la collectivité,
  • la réhabilitation et le développement des services publics,
  • le soutien à une initiative privée de proximité.

 

 

- Il est également important d’engager la Grèce dans un processus constituant avec participation citoyenne active afin de permettre des changements démocratiques structurels.

Pour réaliser ce processus constituant, il faut convoquer, via une consultation au suffrage universel, l’élection d’une assemblée constituante chargée d’élaborer un projet de nouvelle Constitution. Une fois le projet adopté par l’assemblée constituante qui devra fonctionner en recevant les cahiers de doléances et les propositions émanant du peuple, il sera soumis au suffrage universel.

 

En cas d’exclusion de la zone euro provoquée par les créanciers ou en cas de sortie volontaire de la zone euro, les mesures indiquées plus haut sont également adaptées, en particulier la socialisation des banques à l’instar de la nationalisation du système bancaire mis en France à la Libération. Ces mesures devraient être combinées avec une importante réforme monétaire redistributive pouvant s’inspirer de la réforme monétaire réalisée après la Seconde Guerre mondiale par le gouvernement belge. Cette réforme vise à opérer une ponction notamment sur les revenus de ceux qui se sont enrichis sur le dos des autres. Le principe est simple : il s’agit, lors d’un changement de monnaie, de ne garantir la parité automatique entre l’ancienne et la nouvelle monnaie (un ancien euro contre une nouvelle drachme par exemple) que jusqu’à un certain plafond.

 

Au-dessus de ce plafond, la somme excédentaire doit être placée sur un compte bloqué, et son origine justifiée et authentifiée. En principe, ce qui excède le plafond fixé est changé à un taux moins favorable (par exemple, deux anciens euros contre une nouvelle drachme) ; en cas d’origine délictueuse avérée, la somme peut être saisie. Une telle réforme monétaire permet de répartir une partie de la richesse de manière plus juste socialement. Un autre objectif de la réforme est de diminuer la masse monétaire en circulation de manière à lutter contre des tendances inflationnistes. Pour qu’elle soit efficace, il faut avoir établi un contrôle strict sur les mouvements de capitaux et sur les changes.

 

Voici un exemple (bien sûr, les barèmes indiqués peuvent être modifiés après étude de la répartition de l’épargne liquide des ménages et adoption de critères rigoureux) :

. 1€ s’échangerait contre 1 nouvelle Drachme (n.D.) jusque 200.000 euros
. 1€ = 0,7 n.D. entre 200.000 et 500.000 euros
. 1€ = 0,4 n.D. entre 500.000 et 1 million d’euros
. 1€ = 0,2 n.D. au dessus de 1 million d’euros

. Si un foyer a 200.000 euros en liquide, il obtient en échange 200.000 n.D.
. S’il a 400.000 euros, il obtient 200.000 + 140.000 = 340.000 n.D.
. S’il a 800.000 euros, il obtient 200.000 + 210.000 + 120.000 = 530.000 n.D.
. S’il a 2 millions d’euros, il obtient 200.000 + 210.000 + 200.000 + 200.000 = 810.000 n.D.

 

Une vraie logique alternative peut être enclenchée. Et la Grèce peut enfin cesser d’être sous la coupe de ses créanciers. Les peuples d’Europe pourraient retrouver l’espoir dans le changement en faveur de la justice.

 

Notes

[1] Eric Toussaint est maître de conférence à l’université de Liège, préside le CADTM Belgique et est membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet du livre AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège Dernier livre : Bancocratie ADEN, Brussels, 2014. Il est coordonnateur de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015.
[2] L’auteur remercie Stavros Tombazos, Daniel Munevar, Patrick Saurin, Michel Husson et Damien Millet pour leurs conseils dans la rédaction de ce document. L’auteur porte néanmoins l’entière responsabilité du contenu de ce texte.

[3] 6,64 milliards d’euros et 5,25 milliards d’euros doivent être respectivement payés à la BCE et au FMI d’ici le 31 décembre 2015. Source : Wall Street Journal, http://graphics.wsj.com/greece-debt-timeline/ consulté le 12 juillet 2015.

 

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- « La BCE a déstabilisé l’économie pour soumettre la Grèce aux exigences des créanciers »

- James Galbraith "Ce n'est pas un accord, c'est un viol"

- Grèce : les conséquences de la capitulation

- Europe : un accord trois fois perdant

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23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 08:19
Cette Europe qui écœure
Sources : le parti de Gauche par Henri Peña-Ruiz[1]
 

Victor Hugo se retourne dans sa tombe. C’est lui qui inventa la belle expression « Etats-Unis d’Europe ». Quel était son rêve ? Celui de la paix bien sûr. Et même de la concorde. L’union des cœurs, et pas seulement l’armistice. Mais comment fonder cette union des cœurs ? Sur une paix durable d’abord, impliquant des traités internationaux équitables, attentifs à faire payer les fauteurs de guerre, à garantir la souveraineté de chaque peuple sans aliéner son pouvoir propre de décision. Et à fonder les rapports entre nations par le respect principiel de ces nations elles-mêmes. Sur le sens du bien commun et de la justice sociale ensuite, seuls ciments solides du lien social. Le respect des nations n’a rien à voir avec celui des particularismes oppressifs, des religions dominatrices, des nationalismes exclusifs, qui génèrent le rejet de l’autre. Faut-il rappeler que la Révolution Française a redéfini la nation par la communauté de droit que fonde la souveraineté populaire (cf Ernest Renan : Qu’est-ce qu’une nation ?). Nulle contradiction donc entre le respect des nations et l’internationalisme. Les principes de droit prenant la place des particularismes sans les nier sont en effet universalisables.

 

Il faut donc concilier les souverainetés nationales. Seul peut le faire leur intérêt commun. Et celui-ci ne peut aller contre les peuples. La « concurrence libre et non faussée » conduit à noyer l’intérêt commun dans une vision financière qui externalise les coûts écologiques, humains et sociaux. Le néolibéralisme triomphe aujourd’hui et creuse les inégalités au sein des peuples. Jean Monnet, lié aux milieux d’affaires et peu soucieux des droits sociaux, peut être satisfait. La souveraineté des peuples a été laminée au profit d’experts partisans qui instrumentalisent l’idéal européen pour le mettre au service du capitalisme mondialisé. Les peuples doivent désormais subir une politique antisociale qui se travestit en loi d’airain. L’Europe rêvée par Hugo était celle du mieux-disant social, non du moindre coût du travail et du coût maximal du capital. Une Europe de la culture et non de la course débridée au profit, « qui produit la richesse en créant la misère » (Hugo dans Melancholia). Une Europe de la solidarité redistributive, de la généralisation des services publics et non de leur sacrifice aux intérêts particuliers. Bref, une Europe conciliant progrès social et dynamisme économique, responsabilité au regard des plus démunis et rejet de tout type de racisme ou de xénophobie. Une Europe qui ne tiendrait pas les diktats de la finance pour des fatalités imposées quoi qu’il en coûte pour l’humanité des hommes, la santé du lien social, l’équilibre de la nature.

 

Hélas, la construction actuelle de l’Europe est aux antipodes d’un tel idéal. Elle disqualifie l’idée européenne au lieu de lui rallier les peuples. Elle porte en elle la conjonction néfaste de la négation des souverainetés populaires et d’un néolibéralisme destructeur des solidarités comme des droits sociaux. Pas d’alternative, ose-t-on encore dire en faisant croire que la concorde entre les peuples implique la vénération du Dieu marché, le cas échéant assorti du supplément d’âme de compensations religieuses. Et quand un peuple refuse démocratiquement non l’Europe mais la tournure qu’elle prend, on s’empresse de lui faire honte, de l’accabler de sarcasmes en le taxant de nationalisme, d’ignorance des lois économiques. S’il a dit non à la façon dont se construit l’Europe, à défaut de le dissoudre comme l’ironie de Brecht le disait, on le fait revoter comme le peuple d’Irlande, ou on rature de façon scandaleuse sa volonté, comme pour le peuple français rejetant à 55% le traité constitutionnel européen en 2005, et bafoué par Nicolas Sarkozy avec l’aide du Parti socialiste. Parler aujourd’hui de souveraineté européenne est une lourde et dangereuse illusion. C’est se rendre complice de la casse sociale menée au nom de l’Europe.

 

Aujourd’hui, c’est le peuple grec qui subit le même sort parce qu’après des années de complaisance de ses dirigeants à l’égard de plans d’austérité drastiques, sans aucun effet, Syriza propose de redresser l’économie tout en préservant les droits sociaux et les retraites lourdement amputées. Alexis Tsipras a impulsé un assainissement de l’Etat, refondé la fiscalité de façon redistributive, refusé toute mesure qui ne ferait qu’accroître le dénuement des plus démunis. Logiquement, il a demandé une restructuration de la dette pour une grande part liée au comportement des puissances financières, et amorcé un redressement des comptes publics. Et ce en seulement six mois. Il n’exclut pas tout remboursement de dette, mais il entend que seul le peuple grec décide de quelle façon. Ce qui est la moindre des choses si l’Europe prétend promouvoir la démocratie. Mais les délais accordés à ses prédécesseurs de droite lui ont été refusés, pour bien donner à entendre qu’il ne peut y avoir une alternative de gauche dans l’Europe dominée par la haute finance. Il a le tort, aux yeux d’une Allemagne conservatrice et d’une France qui a renoncé à toute réorientation sociale de l’Europe pourtant promise lors des élections présidentielles, de conduire cette action de redressement en ménageant un peuple exsangue, voué à la misère par des plans d’austérité aussi inefficaces économiquement qu’irresponsables humainement.

 

Le diktat des institutions européennes veut mettre à genoux le peuple grec, et ce en un singulier contraste avec les privilèges dont a pu jouir l’Allemagne, dispensée en 1953 de rembourser les dettes qui étaient pourtant les siennes pour dommages de guerre, mais aussi pour les crimes nazis particulièrement dévastateurs en Grèce. Un scandale absolu si l’on se souvient que les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles. Où est l’Europe des droits, d’une paix juste et réparatrice ? Rappelons que la dette contractée par l’Allemagne a été réduite de plus de 60%. Parallèlement le règlement des dettes de guerre et des réparations aux Etats et aux victimes civiles a été reporté sine die, jusqu’à la réunification allemande de 1990. Le service de la dette, selon les accords d’alors, fut fixé en fonction du poids supportable par l’économie allemande. Un principe qui vient d’être refusé à la Grèce. Quant aux réparations dues à la Grèce, le gouvernement allemand refuse d’en entendre parler, à l’exception du président de la République, Joachim Gauck, qui a eu l’honnêteté d’en reconnaître la légitimité : « Nous sommes les descendants de ceux qui pendant la seconde guerre mondiale ont laissé un sillage de destruction derrière eux, entre autres en Grèce. ».

 

Oui cette Europe est écœurante car elle tourne le dos aux beaux principes qu’à l’origine elle prétendait défendre. Il est temps de la refonder radicalement en déjouant les mystifications idéologiques qui en font un parangon de démocratie alors qu’elle foule aux pieds les souverainetés populaires et le cas échéant les peuples qui ont le malheur de relever la tête.

 

Note :

[1] - Philosophe, écrivain, membre du Parti de gauche

 

Pour en savoir plus :

- « La crise grecque montre que le capitalisme n’est plus compatible avec la démocratie »

- Emmanuel Todd : «Une autodestruction de l’Europe sous direction allemande»

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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 08:05
Après le diktat de Merkel, tout est encore possible pour les Grecs

Sources : Le Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Robert Mascarell le 16 juillet 2015

Rien n’est terminé, mais tout me paraît fini. Voilà deux synonymes qui pourtant ne veulent pas dire la même chose. Je les utilise ici dans un sens oxymorique.

 

Rien n’est terminé, c’est-à-dire que la parole va devoir être reprise par la rue, par le peuple grec, et que des évolutions inattendues peuvent surgir.

 

Tout me paraît fini pour le Syriza qui a gagné le 25 janvier 2015 et surtout le 5 juillet 2015. Un autre Syriza va forcément naître, très différent.

 

Entendons-nous bien, je ne reproche pas à Tsipras d’avoir tourné le dos à ses engagements. Le point où en était arrivée la crise, délibérément provoquée par la troïka, contraignait Tsipras à signer n’importe quoi, plutôt que de prendre le risque instantanément d’une catastrophe humanitaire incontrôlable. Ce point ne me paraît pas souffrir de discussion.

 

Imprudent, celui qui limiterait son analyse au dernier épisode de la succession des événements depuis le 25 janvier 2015. Notre recul n’est pas très grand, mais il est suffisant pour se permettre de tirer quelques enseignements de ce qui a été fait et surtout de ce qui n’a pas été fait par nos camarades de Syriza.

 

Sur ce qui a été fait, je n’ai pas de critique à faire. C’est donc sur ce qui n’a pas été fait, de mon point de vue, que vont porter mon propos et mes regrets, pas mes critiques.

 

 

- 1er acte : la dissolution de l'Assemblée voulue par la Troïka

Tout à la joie de leur magnifique élection, le 25 janvier, nos camarades, trop idéalistes, ont insuffisamment perçu que, pour les 18 autres gouvernements de la zone euro, pour ne pas dire les 27 autres gouvernements de l’Union européenne, leur gouvernement était l’ennemi à abattre toute affaire cessante, par tous les moyens possibles.

 

Le hasard veut que le 24 janvier 2015, soit la veille de la victoire de Syriza, et alors que celle-ci était annoncée par tous les sondages, je participais à une réunion des responsables du Parti de gauche de l’Aveyron. Nous étions tous très heureux et, à mes yeux, immodérément optimistes sur les perspectives que cette victoire allait ouvrir dans les mois suivants. Très heureux, moi aussi, j’avais appelé mes camarades à beaucoup plus de prudence. J’ai rappelé que l’élection du 25 janvier était une élection anticipée, puisqu’elle était le résultat d’une dissolution de la chambre des députés majoritairement de droite, voulue par la troïka et par le chef du gouvernement grec, Monsieur Samaras.

 

J’ai ajouté, que ceux-là ont jugé qu’il était préférable pour eux que l’élection soit avancée d’une année. Quitte à ce que Syriza gagne cette élection anticipée. Pourquoi ? Parce que, si l’élection grecque avait eu lieu à la date prévue, soit en décembre 2015 ou janvier 2016, elle aurait eu lieu après l’élection générale en Espagne, où les chances de victoire de Podémos ne sont pas négligeables.

 

J’ai précisé, qu’en procédant aux élections d’abord en Grèce, puis en Espagne, les dirigeants européens espéraient bien avoir le temps de provoquer la chute de Syriza avant l’élection en Espagne. De manière à montrer au peuple espagnol, ce qui les attendait si jamais ils s’obstinaient à vouloir voter pour Podémos.

 

 

- 2ème acte : de sommet bidon en sommet bidon décisifs

La stratégie de Merkel, soutenue par tous les autres gouvernements européens, respecte le tableau de marche qu’elle s’est fixée.

 

Nos camarades de Syriza auraient-ils pu enrayer cette mécanique infernale ? Il est difficile de l’affirmer, mais mon regret, c’est que nos camarades n’ont pas suffisamment mesuré que dans une Europe capitaliste, la lutte des classes y est menée à mort, si nécessaire. De mon point de vue, ils ont été trop tendres.

 

Avant même d’arriver au pouvoir, il aurait été nécessaire que Syriza ait plusieurs stratégies alternatives, en fonction de l’évolution des événements. Au lieu de cela, le gouvernement grec a constamment réaffirmé son attachement absolu à cette Europe-là et à sa monnaie. Certes, il a été élu avec le mandat de rester et dans l’Europe et dans l’eurozone. Il a même réaffirmé sa volonté de rembourser sa dette.

 

Il est clair que, dès le premier acte de guerre mené par la BCE, qui scandaleusement a coupé tous les robinets vers la Grèce, puis le 2ème, après le fameux « accord » du 20 février 2015, où il est apparu que la troïka s’ingéniait à systématiquement retoquer les propositions de Tsipras, nos camarades auraient dû taper du poing sur la table et immédiatement, alors que les banques grecques avaient encore des réserves, en prendre le contrôle total. D’autant plus que la Banque centrale grecque est dirigée par un homme de droite.

 

C’est là, qu’ils auraient dû faire comprendre à la troïka, que si l’Europe, et surtout les pays de l’eurozone, continuaient à entraver leurs décisions, ils avaient une solution de rechange, genre se rapprocher de la Russie et des BRICS.

 

Dans ce sens, il me semble que Tsipras n’a pas suffisamment fait de géopolitique. Si cela avait été le cas, il aurait, de manière ostensible, insisté sur l’emplacement géographique de la Grèce, au carrefour entre la Russie orthodoxe (tiens, comme par hasard, c’est la religion des Grecs) et le Proche et Moyen-Orient.

 

Malheureusement, jusqu’au diktat du couple infernal Merkel-Schäuble, ce dimanche 12 juillet, imposé le révolver sur la tempe de Tsipras, celui-ci n’a joué, ni de près ni de loin, cette carte. Il est vrai que le 12 juillet c’était beaucoup trop tard.

 

Au lieu de cela, nos camarades ont accepté de se couler dans la tactique de la troïka. Celle des sommets bidons décisifs, où Tsipras et Varoufakis se présentaient avec chaque fois de nouvelles propositions en recul, mais qui étaient systématiquement repoussées par les monstres de la troïka. De sommet bidon en sommet bidon, les monstres ont gagné cinq mois, pendant lesquels les réserves financières grecques n’ont cessé de s’affaiblir. Jusqu’au moment, où n’en pouvant plus, Tsipras a magnifiquement joué la carte du soutien populaire, mais là aussi il était déjà trop tard. Le nœud coulant était presque totalement refermé sur la gorge des Grecs.

 

Il est aussi dommage que Tsipras n’ait absolument pas fait cas du rapport publié par le comité d’audit de la dette grecque, constitué d’experts financiers internationaux, et formé à l’initiative de l’admirable présidente de la chambre des députés grecque, la Vouli. Alors que ce comité démontre lumineusement que la dette grecque est illégale, illégitime, odieuse et insoutenable. C’est-à-dire que, rien que pour ces motifs, la Grèce était justifiée à ne pas la rembourser.

 

Le dénouement, provisoire j’en suis convaincu, de cette tragédie a eu lieu le 12 juillet. Tsipras ne pouvait faire autrement que de signer le diktat de Merkel-Schäuble, sauf à prendre le risque d’une catastrophe humanitaire immédiate et gravissime pour le peuple grec. C’est pourquoi, je lui garde tout mon respect et mon soutien. Il a agi en homme responsable et humain.

 

 

- 3éme acte : SYRIZA peut reprendre la main

Et maintenant, les carottes sont-elles cuites ? Je veux croire que non. Je pense même que Syriza a encore de bonnes cartes dans sa main.

 

Il est évident que le diktat européen ne peut que précipiter la Grèce encore plus au fond du gouffre. Mais, je suis persuadé que le peuple ne va pas se laisser faire. Des grèves et manifestations vont se multiplier, non contre le gouvernement, mais contre la troïka. Il va, probablement, sortir de sa torpeur pro-européiste et pro-euro présente et accéder à l’idée que rien n’est possible dans cette Europe.

 

Pendant tout ce temps de maturation du peuple, les dirigeants de Syriza, je n’en doute pas, vont, ce coup-ci, préparer les conditions de la sortie de la Grèce du carcan européen. De même, que le moment venu, ils sauront se saisir des conclusions du comité d’audit de la dette grecque et ainsi faire défaut sur la quasi-totalité de leur dette. Ils vont aussi, inviter l’Allemagne à lui payer ses dettes de guerre.

 

Aussi, loin d’accuser Tsipras et Syriza de trahison, je me félicite qu’ils soient toujours à la tête de la Grèce, pour utiliser le peu de pouvoir que leur laisse la troïka en faveur d’une répartition équitable des terribles efforts imposés par la dictature européenne, mais aussi pour favoriser toutes les actions de résistance du peuple.

 

La lutte continue !

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Grèce : l'implosion programmée de Syriza

- Derrière la fable, la France n’a pas vraiment défendu la Grèce

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 08:09
La machine de la terreur (“Quotidien des Rédacteurs” du 2 juillet 2015)

La machine de la terreur (“Quotidien des Rédacteurs” du 2 juillet 2015)

La (brève) campagne pour le référendum grec aura achevé de faire tomber les derniers oripeaux de l’idée démocratique à l’occidentale. Et confirmé la dérive clairement totalitaire d’une élite dirigeante aux abois.

 

Sources : Politis.fr le 03 juillet 2015

- A-t-on jamais vu pareil déchaînement contre un gouvernement ayant décidé de consulter ses citoyens quant au chemin délicat qu’il entendait emprunter ?

  • Intrusion grossière dans un processus démocratique avec des appels, que dis-je, des injonctions à voter oui de la part des autorités européennes :

« Un non des Grecs au référendum serait un non à l’Europe »

(Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne).

 

 

  • Menaces ouvertes de représailles en cas de vote contraire à ces injonctions, comme celle de Jeroen Djisselbloem, président de l’Eurogroupe, avertissant que toute négociation serait close si la Grèce vote "non".
  • Appel sans phare à un coup d’État : Martin Schultz, président du Parlement européen, ne vient-il pas d’exprimer son souhait de « voir la fin de l’ère Syriza en cas de victoire du "oui"aux réformes, pour qu’un gouvernement de technocrates puisse être formé » ?
  • Mensonges éhontés pour appuyer des arguments comme cette déclaration du ministre français Sapin invoquant de prétendues interventions de pays jaloux des "largesses" accordées par le FMI à la Grèce (affirmations solennellement démenties par les intéressés, l’Argentine et le Brésil, ceux-là prenant au contraire fait et cause... pour le gouvernement Tsipras !).
  • Pressions intérieures tout aussi brutales comme ce chantage révélé par Panagiotis Grigoriou sur son site Greek Crisis : en juin, des entreprises privées grecques n’ont payé que la moitié des salaires de leurs employés, en menaçant ces derniers de s’exposer à des licenciements massifs en cas de victoire du "non".

- La répression comme ultime méthode de gouvernement

Mais ces dangereuses dérives ne se limitent pas au seul cas grec. Celui-ci n’est au contraire que le point d’achèvement de l’idée démocratique à l’occidentale. Car il faut avoir les yeux et l’esprit sérieusement crottés pour ne pas en avoir vu se multiplier les signes de plus en plus criants de la tentation totalitaire :

  • La remise en cause sans complexe de tous les résultats électoraux "non conformes" : après le référendum français de juin 2005, les législatives grecques de janvier 2015 avaient déjà fait l’objet de ces remises en cause à peine voilées.
  • La militarisation galopante de l’espace démocratique : non seulement en Ukraine et dans les ex-pays dits de l’Est, mais également sur toutes les Zad récalcitrantes et dans tous les quartiers "échauffés" (cf. l’équipement des Robocops policiers abondamment déployés par les autorités en poste).
  • La multiplication des mesures répressives et liberticides : mises sur écoutes de tous les citoyens, limitation draconienne du droit de manifester comme en Espagne, répression féroce contre tous les lanceurs d’alerte tels Julian Assange ou Edward Snowden...
  • L’assujettissement complet des moyens d’informations devenus purs instruments de propagande au service de la pensée unique, comme on a pu encore le vérifier avec la La multiplication des mesures répressives et liberticides : mises sur écoutes de tous les citoyens, limitation draconienne du droit de manifester comme curée médiatique contre le référendum grec, tant dans les pays satellites européens qu’en Grèce même où TOUS les médias privés se sont faits les hérauts du "oui".

- Des ennemis

Cette fuite en avant totalitaire, qui ne prend même plus soin de se draper dans les oripeaux de l’apparence démocratique, illustre bien plus un désarroi qu’une position de force des dirigeants occidentaux. Ceux-là n’ont tout bonnement plus d’autres moyens, ni financiers, ni économiques, ni politiques, encore moins sociaux, d’assurer leur autorité auprès de leurs ouailles.

 

Pas d’autres moyens non plus, et c’est peut-être le plus important, de préserver les intérêts très privés de leurs commanditaires. Car là où les citoyens russes et chinois ont encore des chefs d’État, les populations occidentales n’ont plus depuis longtemps que les VRP appointés des lobbies de ces intérêts privés.

 

Dès lors, le spectacle démocratique n’a plus pour but que de valider le degré de soumission des majorités à leurs maîtres. Et l’effondrement de pratiquement tous les fondamentaux du système occidental néolibéral ne peut conduire qu’au chaos politique.

 

Le fossé est désormais définitif entre les citoyens et ceux qu’on ose plus appeler leurs "représentants". Quel qu’en soit l’issue, le résultat du référendum grec témoignera vite de cette rupture irréductible. Car quoi qu’en dise Alexis Tsipras, une victoire du "non" n’infléchira en rien la position inflexible de la Troïka. D’adversaires politiques, ceux-là sont clairement devenus des ennemis.

 

La Troïka transforme l'Europe en zone de guerre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La Troïka transforme l’Europe en zone de guerre
 

 

- La politique coloniale de l'Europe sur le dossier grec

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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 18:09
Jean-Luc Mélenchon "Grèce : un accord contraint qu’il ne faut pas soutenir"

Un révolver sur la tempe !

 

Source : le blog de Jean-Luc Mélenchon le 13 juillet 2015 | modifié le 20 juillet 2015

- « Un revolver sur la tempe », selon ses propres termes : Tsipras a signé un « compromis ».

Aussitôt, les trompettes des louanges relaient la traditionnelle propagande gouvernementale pour célébrer le rôle de facilitateur de Hollande, la force du « couple franco-allemand » et réciter les refrains, les mantras et les calembredaines habituelles des eurolâtres. La vérité toute crue est, une fois de plus, à des lustres des pseudos analyses de commentateurs qui ne comprennent pas ce qu’ils voient, parlent de textes qu’ils n’ont pas lu et font réagir des « responsables politiques » sans autres informations que celles données par ces plus que douteux intermédiaires.

 

 

- Sur tous les écrans la même image....

madame Merkel face à Alexis Tsipras flanquée de Donald Tusk et de François Hollande. Un spectacle inacceptable. Pas seulement pour un Français à qui il est pénible de se voir de ce côté de la table et de surcroît assis en bout de banc ! Mais surtout pour un Européen. Car cette réunion devenue, faute de critique des commentateurs, une « instance », n’a aucune légitimité. Il y a un Conseil des gouvernements, il y a un Eurogroupe. Il n’y a pas de tandem faisant office d’audit ! La proposition issue de cette réunion n’a donc aucune légitimité. D’ailleurs, les Italiens (troisième économie du continent) ont lourdement protesté. Et le gouvernement finlandais où règne la coalition de la droite et de l’extrême droite a déjà déclaré que cet accord n’était pas le sien ! Voilà qui devrait au moins faire réfléchir les eurolâtres français. Quelle genre d’Europe est-ce là ?

 

 

- Quant à la discussion dans ce cadre, quelle valeur a-t-elle ?

La partie grecque n’y était pas du tout libre. Le pays est en état de blocus financier depuis quinze jours ! L’asphyxie est amplement commencée. Que vaut dans ces conditions une discussion de treize heures sans pause ? Et comment accepter le genre de pression que signifie la présence d’un côté des experts des deux premières économies, appuyés par les assistants du président du Conseil des gouvernements face à un gouvernement seul ? Est-ce ainsi que l’on traite ses partenaires en Europe ? Asphyxie financière du pays et asphyxie physique des négociateurs comme cadre d’échange ? 

 

 

- Après quoi je me dis mal à l’aise du fait du soutien apporté dans notre gauche ici ou là a cet « accord ».

Je veux croire qu’il n’aura pas été lu ou lu trop vite… En effet, le texte signé prévoit par exemple l’abrogation de toutes les lois votées depuis février dernier, la remise en cause du code du travail jusque dans des détails comme le travail du dimanche, la surveillance rétablie de la Troïka sur chaque ministère et le devoir de son approbation préalable avant chaque proposition de loi. Quand au rééchelonnement de la dette, question prioritaire, il est, d’une part, mis au conditionnel et, d’autre part, subordonné à l’approbation préalable de tout ceci par le Parlement Grec ! 

 

 

- La presse allemande comme le « Spiegel » parle de cet accord comme d’un « catalogue de cruauté ».

Le journal « L'Humanité », sous la plume de son directeur Patrick Apel Muller, parle de « la dictature froide de l’Allemagne ». « Angela Merkel, écrit-il, réclame la capitulation sans condition sous peine d’exclusion, accompagnée par quelques gouvernements servile. » La veille, Matéo Renzi, le président du Conseil italien, avait fini par éclater face au gouvernement allemand : « Ça suffit ! ». De toutes part, l’indignation est montée. « Le Monde » rapporte que même les hauts fonctionnaires européenns sont outrés. Il montre Tsipras épuisé et humilié.

 

 

- Telle est pourtant dorénavant l’Union européenne.

Le gouvernement d’Alexis Tsipras a résisté pied à pied comme nul autre ne l’a aujourd’hui fait en Europe. Il doit accepter un armistice dans la guerre qui lui est menée. Notre solidarité lui est due. Mais rien ne doit nous obliger a accepter de participer à la violence qui lui est faite. Si j’étais député, je ne voterais pas cet accord à Paris. Ce serait ma manière de condamner la guerre faite à la Grèce. Ce serait ma manière de condamner ceux qui la mènent et les objectifs qu’ils poursuivent.

 

 

- En France, nous devons condamner de toutes les façons possibles les sacrifices encore demandés aux Grecs et la violence qui leur est imposée.

Comme d’habitude, cela commence par le sang-froid face à la meute médiatique et son rouleau compresseur de fausses évidences. Ne jamais perdre de vue qu’ils mettent en mots la réalité pour la faire correspondre à leurs formats de diffusion et que la vérité n’est pas leur première exigence, même au prix de l’absurdité. Dans cette ambiance, il est impossible de retourner la tendance du commentaire, car elle est dans la folie panurgique. Mais, en allumant des signaux et en faisant circuler des analyses documentées, on empèche la débandade intellectuelle et on donne des points d’appui. Dans quarante-huit heures, les ravis de la crèches vont dessaouler. Toutes sortes de gens intellectuellement exigeants vont lire le texte. La résistance va se reconstituer. Certes, personne ne viendra dire merci à ceux qui auront tenus la première ligne de tranchée. Mais ce qui importe le plus sera acquis : une résistance va exister. 

 

 

- Les gens de bonne foi qui cherchent à se faire une opinion libre n’y comprennent rien...

En vérité, tant l’accumulation des bavardages transforme en « bruit » toute question. Ils sentent bien qu’on veut leur faire penser quelque chose et ils ne veulent pas se laisser faire. Notre devoir est de tenir bon en tenant tous les bouts du problème posé. Il faut soutenir Alexis Tsipras et ne pas s’ajouter à la meute de ceux qui veulent le déchirer et se rendent complice du coup d’état tenté contre lui et les Grecs. Mais il ne faut pas soutenir l’accord pour ne pas cautionner la violence dont il est issu et qu’il prolonge. 

 

 

- Nous savons que le meilleur atout du peuple grec serait la victoire de Podemos en Espagne et la nôtre en France.

Nous y travaillons ! Pour cela, il ne faut pas commettre l’erreur d’approuver aujourd’hui des méthodes appliquées demain aux Grecs, dont on ne supporterait pas qu’elles soient appliquées à la France. En laissant faire le putch contre Chypre, la France a validé une méthode qui a été depuis étendue à la Grèce. Nous fûmes trainés dans la boue pour l’avoir dit et même traité d’antisémites pour cela par Harlem Désir, alors premier secrétaire du PS, absent total de la partie européenne qui vient de se jouer alors même qu’il est le ministre français des affaires européennes ! 

 

 

- Mobilisés en équipe et avec traducteurs, mes amis et moi nous n’avons pas lâché les devoirs de la froide analyse et de la « solidarité raisonnée » qui est notre règle éthique et politique.

Cette discipline, nous la pratiquons depuis la période où nous avons accompagné et soutenu les révolutions citoyennes de l’Amérique latine. En effet, elles posaient déjà à chaque instant le problème de la façon de combiner le nécessaire soutien face à l’ennemi et le droit de ne pas partager une position prise par nos amis sur place. C’est d’ailleurs pour maintenir la possibilité de cette attitude que nous avons refusé à Chavez la construction d’une « cinquième internationale » comme il l’avait proposé, en nous prévenant à juste titre que le refus de sa proposition nous laisserait sans alternative collective. Nous avons mis en veilleuse nos critiques de François Hollande, même si nos encouragements à bien faire ont comme d’habitude été utilisés sans scrupule pour faire croire à notre adhésion.

 

 

- Cette attitude est celle de la responsabilité devant notre pays et devant nos amis grecs.

Sans surprise, une fois de plus, nous avons vu l’exécutif français deux mains en dessous des évènements et revenant de Bruxelles comme d’autres de Munich, le sourire aux lèvres et les fleurs au plastron, acclamé par des meutes hallucinées. Je dois évidemment souligner que je ne fais cette comparaison que pour éclairer une scène. Je ne compare jamais l’Allemagne actuelle à celle des nazis. Je ne l’ai jamais fait. On m’a évidemment reproché une phrase pour mieux dépolitiser toutes les autres. J'ai dit que pour la troisième fois, l'Allemagne était en train de détruire l'Europe. C’était le titre ce matin du quotidien proche de Syriza. Avant cela, c’était déjà une appréciation de Joska Ficher, l’ancien ministre écologiste des affaires étrangères de l’Allemagne du temps de Schröder…

 

Jean-Luc Mélenchon

 

  • Consultez le texte de l'accord ICI !

 

  • La version intégrale de l'accord annotée par l'ex-ministre des finances grec Yanis Varoufakis, cliquez ICI et ICI !

 

  • Six économistes passent au crible l’accord imposé par la zone euro ICI !

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Dans son nouveau livre «test de stress» vient de sortir aux Etats-Unis, Timothy Geithner a révélé qu'en 2012, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble l'avait présenté un plan pour lancer la Grèce de la zone euro. Ceci, dit-il, serait d'apaiser les électeurs allemands et terrifier l'Europe.

- Allemagne : Une dictature froide sur l’Europe

- Crise grecque. Les propositions de l'Eurogroupe sont bel et bien un coup d'Etat

- Un accord détestable de type néo-colonial par Jacques Sapir

- L'accord sur la Grèce inquiète en Allemagne

- Le Parti de Gauche appelle l’Assemblée Nationale a refuser l’accord de l’Eurogroupe

- l'art de la désinformation et de la caricature : "Le Parti de gauche applaudit la politique d'austérité de Syriza"

 

  • Des mesures alternatives sont en débat en Grèce :

- L'alternative à l'austérité

- Une alternative est possible au plan négocié entre Alexis Tsipras et les créanciers à Bruxelles

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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 08:09
La trahison de Tsipras ?
  • Tsipras ne capitule pas, il poursuit sa strategie[1] !
  • Soutenu par le peuple[2], il tient compte des rapports de force dans une Europe dominée par l'alliance de libéraux et des sociaux-libéraux...
  • A. Tsipras : "Nous avons accepté ces demandes pour montrer que s'il y a un grexit, c'est une décision politique et pas financière"
La trahison de Tsipras ?

 

Source : blog de Jacques Sapir le 10 juillet 2015 | modifié le 11 juillet 2015

Les propositions soumises par Alexis Tsipras et son gouvernement dans la nuit de jeudi à vendredi ont provoqué la stupeur. Elle reprennent largement, mais non totalement, les propositions formulées par l’Eurogroupe le 26 juin. Elles sont largement perçues dans l’opinion internationale comme une « capitulation » du gouvernement Tsipras. La réaction très positive des marchés financiers ce vendredi matin est, à cet égard, un signe important.

 

On sait par ailleurs qu’elles ont été en partie rédigées avec l’aide de hauts fonctionnaires français, même si cela est démenti par Bercy. Ces propositions résultent d’un intense travail de pressions tant sur la Grèce que sur l’Allemagne exercées par les Etats-Unis. La France a, ici, délibérément choisi le camp des Etats-Unis contre celui de l’Allemagne. Le gouvernement français n’a pas eu nécessairement tort de choisir d’affronter l’Allemagne sur ce dossier. Mais, il s’est engagé dans cette voie pour des raisons essentiellement idéologique. En fait, ce que veut par dessus tout M. François Hollande c’est « sauver l’Euro ». Il risque de voir très rapidement tout le prix qu’il a payé pour cela, et pour un résultat qui ne durera probablement que quelques mois. Car, ces propositions, si elles devaient être acceptées, ne règlent rien.

 

 

- Les termes de la proposition grecque

Ces propositions sont donc proches de celles de l’Eurogroupe. On peut cependant noter certaines différences avec le texte du 26 juin, et en particulier la volonté de protéger les secteurs les plus fragiles de la société grecque : maintien du taux de TVA à 7% pour les produits de base, exemptions pour les îles les plus pauvres, maintien jusqu’en 2019 du système d’aide aux retraites les plus faibles. De ce point de vue, le gouvernement grec n’a effectivement pas cédé. De même, le gouvernement a inclus dans ce plan des mesures de luttes contre la fraude fiscale et la corruption, qui faisaient parties du programme initial de Syriza. Mais, il faut bien reconnaître qu’il s’est, pour le reste, largement aligné sur les demandes de l’Eurogroupe. Faut-il alors parler de capitulation comme le font certains ? La réponse est pourtant moins simple que ce qu’il paraît.

 

En effet, le gouvernement grec insiste sur trois points : un reprofilage de la dette (à partir de 2022) aboutissant à la reporter dans le temps de manière à la rendre viable, l’accès à 53 milliards sur trois ans, et le déblocage d’un plan d’investissement, dit « plan Juncker ». Mais, ce « plan » inclut largement des sommes prévues – mais non versées – par l’Union européenne au titre des fonds structurels. Surtout, le gouvernement grec insiste sur un engagement contraignant à l’ouverture de négociations sur la dette dès le mois d’octobre. Or, on rappelle que c’était justement l’une des choses qui avaient été refusées par l’Eurogroupe, conduisant à la rupture des négociations et à la décision d’Alexis Tsipras de convoquer un référendum.

 

De fait, les propositions transmises par le gouvernement grec, si elles font incontestablement un pas vers les créanciers, maintiennent une partie des exigences formulées précédemment. C’est pourquoi il est encore trop tôt de parler de capitulation. Une interprétation possible de ces propositions est qu’elles ont pour fonction de mettre l’Allemagne, et avec elle les autres pays partisans d’une expulsion de la Grèce de la zone Euro, au pied du mur. On sait que les Etats-Unis, inquiets des conséquences d’un « Grexit » sur l’avenir de la zone Euro, ont mis tout leur poids dans la balance pour amener Mme Merkel à des concessions importantes. Que l’Allemagne fasse preuve d’intransigeance et c’est elle qui portera la responsabilité du « Grexit ». Qu’elle se décide à céder, et elle ne pourra plus refuser au Portugal, à l’Espagne, voire à l’Italie, ce qu’elle a concédé à la Grèce. On peut alors considérer que ce plan est une nouvelle démonstration du sens tactique inné d’Alexis Tsipras. Mais, ces propositions présentent aussi un grave problème au gouvernement grec.

 

 

- Le dilemme du gouvernement grec

Le problème auquel le gouvernement Tsipras est confronté aujourd’hui est double : politique et économique. Politiquement, vouloir faire comme si le référendum n’avait pas eu lieu, comme si le « non » n’avait pas été largement, et même massivement, majoritaire, ne sera pas possible sans dommages politiques importants. Le Ministre des finances démissionnaire, M. Yannis Varoufakis, a d’ailleurs critiqué des aspects de ces propositions. Plus profondément, ces propositions ne peuvent pas ne pas troubler non seulement les militants de Syriza, et en particulier la gauche de ce parti, mais aussi, et au-delà, l’ensemble des électeurs qui s’étaient mobilisés pour soutenir le gouvernement et Alexis Tsipras. Ce dernier prend donc le risque de provoquer une immense déception. Celle-ci le laisserait en réalité sans défense faces aux différentes manœuvres tant parlementaires qu’extra-parlementaires dont on peut imaginer que ses adversaires politiques ne se priveront pas. Or, la volonté des institutions européennes de provoquer un changement de gouvernement, ce qu’avait dit crûment le Président du Parlement européen, le social-démocrate Martin Schulz, n’a pas changé. Hier, jeudi, Jean-Claude Juncker recevait les dirigeants de la Nouvelle Démocratie (centre-droit) et de To Potami (centre-gauche). Privé d’un large soutien dans la société, ayant lourdement déçu l’aile gauche de son parti, aile gauche qui représente plus de 40% de Syriza, Tsipras sera désormais très vulnérable. Au minimum, il aura cassé la logique de mobilisation populaire qui s’était manifestée lors du référendum du 5 juillet et pendant la campagne. Il faut ici rappeler que les résultats de ce référendum ont montré une véritable mobilisation allant bien au-delà de l’électorat de Syriza et de l’ANEL, les deux partis du gouvernement. Cela aura, bien entendu des conséquences. Si les députés de la gauche de Syriza vont très probablement voter ces propositions au Parlement, il est néanmoins clair que les extrêmes, le KKE (les communistes néostaliniens) et le parti d’Extrême-Droite « Aube Dorée », vont pouvoir tirer profit de la déception que va susciter ces propositions.

 

Au-delà, la question de la viabilité de l’économie grecque reste posée, car ces propositions n’apportent aucune solution au problème de fond qui est posé. Certes, cette question de la viabilité sera posée dans des termes moins immédiatement dramatiques qu’aujourd’hui si un accord est conclu. La crise de liquidité pourra être jugulée sans recourir aux mesures radicales que l’on a évoquées dans ces carnet. Les banques, à nouveau alimentée par la BCE, pourront reprendre leurs opérations. Mais, rien ne sera réglé. Olivier Blanchard, l’ancien économiste en chef du Fond Monétaire International signale que les pronostics très négatifs réalisés par son organisation sont probablement en-deçà de la réalité. Après cinq années d’austérité qui l’ont saigné à blanc, l’économie grecque a désespérément besoin de souffler. Cela aurait pu passer par des investissements, une baisse de la pression fiscale, bref par moins d’austérité. Ce n’est pas le chemin vers lequel on se dirige. Cela aurait pu aussi passer par une sortie, et non une expulsion, hors de la zone Euro qui, en permettant à l’économie grecque de déprécier sa monnaie de -20% à -25%, lui aurait redonné sa compétitivité. On ne fera, à l’évidence, ni l’un ni l’autre. Dès lors, il faut s’interroger sur les conditions d’application des propositions soumises par la Grèce à ses créanciers. Même en admettant qu’un accord soit trouvé, la détérioration de la situation économique induite par l’action de la Banque Centrale Européenne, que M. Varoufakis a qualifiée de « terroriste », venant après cinq années d’austérité risque de rendre caduques ces propositions d’ici à quelques mois. Une chute des recettes de la TVA est aujourd’hui prévisible. Une nouvelle négociation sera donc nécessaire. En ce sens, ces propositions ne règlent rien.

 

 

- L’Euro c’est l’austérité

Il faut, alors, s’interroger sur le sens profond de ces propositions. Si elles sont tactiquement défendables, elles correspondent très probablement à une erreur de stratégie. Alexis Tsipras a déclaré ce vendredi matin, devant le groupe parlementaire de Syriza, qu’il n’avait pas reçu mandat du peuple grec pour sortir de l’Euro. Le fait est aujourd’hui débattable, surtout après l’écrasante victoire du « non » au référendum. Il est clair que telle n’était pas l’intention initiale du gouvernement, et ne correspondait pas au programme sur lequel il avait été élu. Mais, on peut penser que mis devant l’alternative, refuser l’austérité ou refuser l’Euro, la population grecque est en train d’évoluer rapidement. En fait, on observe une radicalisation dans les positions de la population, ou du moins c’est ce qui était observée jusqu’à ces propositions. Les jours qui viennent indiqueront si cette radicalisation se poursuit ou si elle a été cassée par ce qu’a fait le gouvernement.

 

En réalité, ce que l’on perçoit de manière de plus en plus claire, et c’est d’ailleurs l’analyse qui est défendue par l’aile gauche de Syriza et un économiste comme Costas Lapavitsas[3], c’est que le cadre de l’Euro impose les politiques d’austérité. Si Tsipras a cru sincèrement qu’il pourrait changer cela, il doit reconnaître aujourd’hui qu’il a échoué. L’austérité restera la politique de la zone Euro. Il n’y aura pas « d’autre Euro », et cette leçon s’applique aussi à ceux qui, en France, défendent cette fadaise.

 

Dès lors il faut poser clairement le problème d’une sortie de l’Euro, qu’il s’agisse d’ailleurs de la Grèce ou de nombreux autres pays.

 

Note :

 

[1] Tsipras ne capitule pas il poursuit sa strategie

[2] OXI : le peuple grec a dit NON à l'ingérence politique et aux exigences de la finance internationale !

[3] Voir son interview, http://therealnews.com/t2/index.php?option=com_content&task=view&id=31&Itemid=74&jumival=14181

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Grèce et maintenant ? Par Christophe Ventura

- Après le « non », encore des concessions grecques pour arracher un accord

- Grèce : pourquoi Angela Merkel refuse de parler de la dette grecque

- "L'Allemagne veut évincer la Grèce pour imposer une zone euro disciplinaire"

- «L’Europe a nourri la corruption en Grèce, c’est un fait»

- Un insider raconte: comment l'Europe a étranglé la Grèce

- L'Allemagne est le problème de l'Europe

- Des Grecs dépensiers ou malhonnêtes… le tour des idées reçues

- Grèce : Tsipras "a signé pour éviter le désastre au pays"

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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 18:45
Communiqué du Parti de Gauche : "Plus que jamais, Solidarité avec la Grèce"

Sources :  le Parti de Gauche par Eric Coquerel

Hier devant le parlement grec, Alexis Tsipras a présenté un plan comportant des concessions en contrepartie d’un financement et d’une restructuration de la dette. Malgré cette proposition, non contents du blocus financier qu’ils ont organisé, Berlin et ses affidés, dont le patron de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem, abordent les réunions du week-end en faisant de la surenchère. Manifestement l’Allemagne ne veut pas d’un accord mais la capitulation totale de la Grèce même au prix d’un Grexit.

 

Maintenant ça suffit ! L’avenir de la Grèce et des autres peuples européens ne peut dépendre du bon vouloir des conservateurs allemands. Plus que jamais nous affirmons notre solidarité avec la Grèce. Le plan du gouvernement Tsipras et la restructuration de la dette doivent être validés en l’état. Beaucoup de choses vont dépendre de la France : nous demandons à François Hollande de passer des paroles aux actes et d’apporter son plein soutien aux propositions de la Grèce.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 14:02
Élections régionales 2015 : Communiqué du Front de Gauche (PCF, ENSEMBLE !, PG, GU) Région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes

Sources :  le Parti de Gauche de Charente

Réuni en coordination régionale à Bordeaux le 8 juillet 2015, les organisations du Front de Gauche (PCF, ENSEMBLE !, PG, GU) appellent à un large rassemblement en vue des élections de décembre 2015 et au-delà, pour que la justice sociale, l’écologie, la démocratie et un aménagement équilibré des territoires s’impose enfin.

 

Il s’agit de combattre les politiques proposées par la droite et l’extrême-droite, et de s’inscrire en rupture avec les politiques libérales et d’austérité menées par le parti socialiste au gouvernement. Dans nos trois régions (Aquitaine, Poitou-Charentes et Limousin), les majorités dominées par le PS accompagnent et parfois amplifient ces politiques.

 

Nous appelons toutes les forces politiques disponibles (EELV, NPA, Nouvelle Donne, …) les femmes et les hommes, militants écologistes, socialistes, syndicalistes, associatifs, acteurs culturels et citoyens qui partagent cette ambition à construire avec nous ce rassemblement.

 

Bordeaux, le 8 juillet 2015

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 08:01
François Hollande aurait enterré le projet de l’autoroute A831

Enfin ! Les tergiversations de M. Valls et S. Royal aux oubliettes ?

Attendre et voir avant de fêter les 10 ans de lutte !

 

Sources : Presse Océan Nantes le 3 juillet 2015

Hugues Fourage, député PS du sud-Vendée, a annoncé ce vendredi 3 juillet que, selon une source officielle, François Hollande venait de décider de ne pas demander la prorogation de la déclaration d’utilité publique (DUP) de l'A 831. Cette DUP tombe le 12 juillet, ce qui signifie que le 12 juillet l'A 831 « sera donc définitivement enterrée ».

 

Ce projet d'autoroute entre l’A83 (Nantes-Niort) au niveau de Fontenay-le-Comte et l’A837 (Rochefort-Saintes) au niveau de Rochefort, devait traverser les départements de Vendée en région Pays de la Loire et de Charente-Maritime en région Poitou-Charentes. Le tracé passait par deux zones humides : le marais poitevin et le marais de Rochefort. Déclaré d’utilité publique par décret du 12 juillet 2005, ce projet constituait le dernier maillon de la route des Estuaires et devait désenclaver la ville de La Rochelle. Ségolène Royal n’a cessé de rappeler son hostilité à cette portion autoroutière et il semble qu’elle ait obtenu gain de cause auprès de François Hollande.
 
 

- Autoroute A831 : Ségolène Royal confirme et "assume" l'abandon du projet[1]

"C'est fini le temps de celui qui impose quelque chose alors que la population n'en veut pas", a ajouté Mme Royal, soulignant que ce projet "n'est pas rentable". Le coût du projet est estimé à "900 millions d'euros, plus les compensations de déficits qu'il faudrait verser à l'exploitant", a fait valoir la ministre. Et notre Dame des Landes ?

 

Note :

[1] http://www.bfmtv.com/breves-et-depeches/autoroute-a831-segolene-royal-assume-l-abandon-du-projet-901245.html

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier A831

- Il est temps d'enterrer la A831 ! Non aux projets inutiles !

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  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, ex secrétaire de syndicat, d'Union locale et conseiller Prud'homme CGT  de 1978 à 2022.
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