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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 09:42
J. L. Mélenchon : De Podemos au Front de gauche : cartel de partis ou mouvement global inclusif ?

Sources : L'ére du Peuple le blog de Jean Luc Mélenchon le 23 decembre 2015.

- Le score spectaculaire de Podemos a retenu l’attention, a juste titre.

Donné pour très mal en point après la série d’élections en Catalogne qui avait en partie masqué les évolutions internes et environnantes après les municipales, le mouvement a opéré une « remontée » spectaculaire qui l’a ramené dans la course pour prendre la tête du pays. On devine que je me réjouis du résultat obtenu sous la direction de Pablo Iglesias et Inigo Eregon. Ce sont pour moi de vieilles connaissances.

 

 

- Le premier, Pablo est un partenaire de longue date, au premiers pas de son travail.

J’ai siégé avec lui au Parlement européen et les occasions d’échanger n’ont pas manquées. Il a été le préfacier de la version espagnole de mon livre « Hareng de Bismarck ». Le second, Inigo, avait été accueilli aux rencontres d’été du PG de 2014. J’avais fait sa connaissance à Caracas et je le sais depuis tout ce temps fin analyste des sociétés en transition. Son analyse des nouvelles classes moyennes vénézuéliennes a fortement inspiré ma propre production sur l’analyse politique des sociétés urbanisées en temps de crise. Mais à l’époque, ni l’un ni l’autre, n’étaient pas à la mode dans la gauche française comme c’est le cas à présent. Ils sentaient trop fort le Venezuela et l’Amérique latine. Combien dorénavant ne jurent plus que par Podemos. C’est touchant. Naturellement c’est toujours pour retenir ce qui vient à l’appui des marottes de chacun… Aucun nouveau converti ne propose pour autant de mettre la photo d’un leader connu sur les bulletins de vote comme Podemos l’a fait avec celle de Pablo ! Ni de former un « mouvement citoyen » avec un scrutin majoritaire interne, ni de faire des votes électroniques pour les congrès. Ni de faire l’apologie de la « patrie », ni de rejeter le clivage droite gauche, ni de se réclamer de Ernesto Laclau et de la « raison populiste » (qu’il faut quand même avoir lu avant). Et ainsi de suite.

 

Car j’en passe bien d’autres, pour la centième partie de quoi j’ai déjà été pendu en effigie mille fois par tous ceux qui ont pourfendu ma personnalisation de l’action, fustigé mon patriotisme « déroulédiens », dénoncé mon autoritarisme et ainsi de suite ! Je laisse tout cela avec amusement. Bien sûr pour taquiner les médecins de Molière de l’autre gauche en France qui pullulent ces temps-ci. Mais aussi pour rappeler que tout cela ne se fit pas sans d’âpres polémiques sur place, loin du conte enchanteur débité par les nouveaux enthousiastes. Il y a quelques temps encore les mêmes ravis roucoulaient d’un même chant « Syrisa-et-Podemos » comme si c’était deux fois la même chose. L’un et l’autre n’ont rien à voir, pas même l’appartenance à la structure commune européenne du PGE dont Podemos ne veut pas être membre ! Depuis l’alignement d’Alexis Tsipras sur le mémorandum européen, après la photo de rigueur en bras de chemise, tout le monde oublie avec application l’épisode grec. Chacun se replie bravement vers le gagnant du soir, pour l’instant immaculé, sans autre forme d’examen. Cela mérite pourtant de s’y arrêter un sérieux moment. Non pour se rengorger d’une progression spectaculaire et s’en arroger la lumière mais pour travailler sérieusement à comprendre ce qui peut nous être utile.

 

 

- Car une question de fond nous est posée en ce qui concerne la stratégie d’action politique dans cette ère précise.

Mettons de côté ce qui n’est pourtant pas rien : les conditions particulières de la mobilisation sociale en Espagne qui ont porté le début de Podemos. « Ce n’est pas rien », dis-je, non pour reprendre le truisme des bavards « l’Espagne ce n’est pas la France et gnagnagna » mais pour pointer du doigt que c’est sur Podemos que s’est cristallisé politiquement cet élan. Pourquoi Podemos et pas IU ? De cela personne ne parle. Pourtant ce fut une bataille sévère. Izquierda Unida, construite essentiellement autour du Parti communiste espagnol et pour lequel Pierre Laurent a fait cette fois–ci encore un appel au vote, arrivait en tête de l’autre gauche à la sortie des élections européennes de 2014. Un point devant Podemos.

 

Les cadres fondateurs du mouvement Podemos étaient déjà en désaccord sur la stratégie appliquée par la majorité d’Izquierda Unida (IU). La répartition léonine au profit du PCE des places éligibles sur la liste Izquierda Unida aux européennes scella la rupture. Je maintins pour ma part la balance égale entre les deux formations sur les conseils de mes conseillers présents sur place étaient très sceptiques sur la viabilité de la tentative Podemos. Mais ce fut bien Podemos qui cristallisa ensuite politiquement tout le mouvement qui jusque-là se dirigeait en bonne partie sur IU. Et Podemos l’élargit bien au-delà. Le mouvement n’est pas seulement la projection politique pure et simple des « indignés ». Comme l’a dit l’un d’entre eux, il ne s’agissait pas seulement de mobiliser politiquement ceux qui occupèrent les « plazzas » mais aussi ceux qui étaient restés à « las casas », à la maison. C’est la méthode de cet élargissement qui importe et non le lien qui existe entre l’émergence d’une autre gauche et un mouvement social. Pourquoi Podemos et pas IU ?

 

 

- En réalité l’Espagne tranche une question pendante dans toute la recomposition en Europe.

Elle ne la tranche pas définitivement ni pour tout le monde en tous lieux et toutes circonstances. Mais elle répond à sa façon à une question posée partout : pour construire un pôle alternatif, faut-il faire un cartel de partis destiné à plus ou moins long terme à fusionner sur le mode Die Linke ou Syrisa ? Ou bien un mouvement global, inclusif de toutes les formes de participation individuelle ou collective sur le mode Podemos.

 

Pour ma part, après avoir proposé en vain des mois durant l’intégration en un même mouvement des composantes du Front de gauche et l’adhésion directe, j’ai opté pour l’expérimentation directe. Sur l’idée de François Delapierre qui devait en assurer le pilotage, nous avons lancé le Mouvement Sixième République. J’ai pu observer la puissance d’un mouvement inclusif. L’adhésion de cent mille personnes au projet est la plus importante pétition politique du pays depuis des années. Elle a été un banc d’essai de multiples formes d’auto organisation. Je regrette que maints laudateurs actuels de Podemos ne s’y soient pas intéressés. C’est la meilleure école politique que j’ai fréquenté depuis bien longtemps. J’avais annoncé dès le début que je me retirerai de l’animation du mouvement. Je pensais que François Delapierre pourrait revenir le prendre en charge. Sa maladie l’en empêcha. Mais du coup nous avons pu observer en direct la capacité de déploiement d’un mouvement totalement horizontal.

 

Le mouvement a certes vite ralenti son rythme. Il faut ici, sans démagogie, accepter l’idée qu’un mouvement sans leadership repérable a de grande difficulté à s’imposer sur la scène. Mais il ne s’est jamais éteint. L’essentiel est qu’il ait fait la preuve de la disponibilité de citoyens pour une idée aussi complexe que la convocation d’une assemblée constituante. Et qu’il ait démontré la capacité de convoquer une assemblée représentative du mouvement par élection interne, tirage au sort et délégation de familles politiques. Tout cela fut fait. N’empêche que l’initiative ne rentre dans aucune des cases connues de l’action politique traditionnelle de l’autre gauche en France. Rien de ce qui s’y est passé n’a retenu un instant son attention ou son intérêt sinon pour les traditionnels crocs en jambes et persiflages.Pour moi cette expérience est un modèle.

 

A côté de cela le summum de la modernité connue a consisté à faire des réunions confidentielles où des têtes blanches répètent jusqu’à la nausée les mêmes formules en faveur de « l’élargissement », « le dépassement » et ainsi de suite, à propos de structures de parti qui ne bougent pourtant pas d’un mètre leurs cloisons, les mêmes pratiques de tables rondes sans lendemain, les mêmes invocations à « faire du neuf » et de « l’action a la base » sans que l’on en aperçoive autre chose que l’intention évidemment louable. Dans tous ces cas, on identifie « la démocratie » à la capacité de critiquer tout et tout le monde sans trêve et sans limite avec un appétit de nivellement qui brise les jambes à quiconque dépasse d’une tête. On y assimile le « collectif » à la négociation entre groupes de taille très diverses pour parvenir au plus petit commun dénominateur. Je fais grâce ici des tirades sur « le projet » qui doit être d’abord mis au point. Je n’en doute pas. Mais nous ne partons pas de rien et l’essentiel est acquis depuis longtemps. Des années de travail de la Fondation Copernic, d’Attack et le programme « l'Humain d'abord » ont fourni une base qui est dorénavant largement acquise par tous. Ce n’est pas le projet le problème. Pas du tout.

 

 

- C’est la stratégie d’action l’enjeu.

Et à partir de là se trouve vraiment interpellé non pas seulement ce que nous croyons bon pour tous mais quels points d’appui nous avons dans la société pour l’aider à se mettre en mouvement. Un exemple. Sagit-il de rassembler la gauche ou de fédérer le peuple ? Avant de répondre « tous les deux bien sur » cela vaut la peine de s’interroger sur le contenu de cette différence qui en dit long ensuite sur la façon d’agir concrètement. Podemos reprend la formule de Robespierre quand ses leaders déclarent « nous sommes du peuple et nous allons avec le peuple ». J’avoue que j’avais été très surpris d’être aussi mal accueilli dans l’autre gauche quand fut proposé de s’appuyer sur ce concept de « peuple ». Nous en fîmes pourtant, François Delapierre, Clémentine Autain et moi le premier slogan de la campagne présidentielle de 2012 : « place au peuple ». De la même façon que nous réintégrâmes « la France la belle, la rebelle » considéré comme un slogan sans contenu par le partisan de la ligne « rassembler la gauche » qui traverse depuis le début le Front de gauche.

 

La France, la nation, la souveraineté sont des concepts tenus à distance par maints courants de l’autre gauche du moins tant qu’il s’agit de la France car pour le reste, comme par exemple la nation palestinienne, personne ne réprouve le contenu mobilisateur de l’idée. Bien sûr tout cela est l’arrière-plan non-dit de nos discussions. Mon livre « L'ère du peuple » développe cette doctrine : fédérer le peuple, former un front du peuple. J’en retrouve les mots par ci par là, chez l’un chez l’autre. Faute d’avoir tranché en pratique, l’espace politique s’est déformé sans nous. Le rassemblement de la gauche, cette mascarade, s’opère toujours autour du PS. Mais la fédération du peuple ? Evidemment c’est le Front national qui a pris la main à partir de secteurs populaires de la droite.

 

 

- Pour autant la partie n’est pas jouée.

La masse immense des abstentionnistes va se redéployer dans le vote de la présidentielle où les taux de participation sont plus élevés. Cette masse se déterminera par rapport au paysage qu’elle pourra observer. C’est-à-dire par rapport à ce qui existe déjà. Et par rapport aux opportunités qu’elle pourra y saisir. Les apparences et « la com » ne jouent pas le rôle essentiel dans ces moments-là. Ou seulement par effet de « simple exposition » comme disent les publicitaires c’est-à-dire le rabâchage médiatique. On doit s’habituer à l’idée que les médias continueront jusqu’au bout et en totale irresponsabilité civique à faire de Le Pen le vote de rejet du système et on peut compter sur les Pierre Gattaz pour y précipiter aussi les ouvriers. Sans oublier le prochain attentat et les digues arrachées avec soin par Hollande et Valls. La montée du FN, le niveau de l’abstention, la déchéance de la gauche officielle sont les condiments spécifiques de la décomposition de la société française. C’est dans ce contexte qu’il faut penser notre action et non dans la nostalgie ou l’imitation.

 

Je serai très étonné que dans le contexte actuel elle se détermine alors d’après la qualité et la position des virgules dans des textes savants qui affichent tous les marqueurs et symboles qui permettent ensuite de se faire classer à « l’extrême gauche » par nos adversaires narquois et ravis de l’aubaine que nous leur offrons. Et de même je ne crois pas qu’une campagne où que ce soit puisse échapper à la personnalisation, comme l’a très bien montré celle de Pablo Iglesias, après celle d’Alexis Tsipras. La nostalgie des vieux partis aux leaders qui apparaissent ou disparaissent sans qu’on sache pourquoi ne m’a jamais paru être attractive. Les gens veulent légitimement savoir à qui ils ont à faire. Tout cela sont les faux « débats » qui nous encombrent pour rien car ils n’ont aucune réponse totalement satisfaisante et restent totalement opaques vus du dehors de nos rangs.

 

 

- Pour ma part je crois à l’action comme principe fédérateur.

C’est dans l’action qu’un collectif peut se donner à voir d’une façon convaincante. Car dans ce cas chacun est visible dans son utilité au combat et non dans sa « sensibilité » qui ne peut exister qu’en opposition à celle des autres. L’action montre la cohérence et la solidarité des personnes et du groupe qui l’entreprend et la propose aux autres. Et elle invite tout un chacun à agir de même plutôt qu’à « se positionner ». L’action permet à la modernité réelle de s’affirmer. Car notre temps est celui d’une diversité personnelle culturelle et politique très avancée. On perd son temps à rechercher une identité commune qui sera toujours vécue par chacun comme une mutilation plus ou moins douloureuse. Cette obsession de l’accord complet propose une vision archaïque de comportements politiques fusionnels. Elle vient d’un passé où la gauche s’est confondu avec l’idée d’un socialisme « scientifique » conçu non comme une démarche s’appuyant sur la recherche des faits objectifs mais comme une communion des esprits dans « la vérité ». Pour moi la seule homogénéité souhaitable et exigible raisonnablement c’est celle qu’appelle l’action pour être menée à bien et pour cela seulement. Voilà pour l’instant ce que je crois utile de dire sur ce bilan des élections espagnoles. La suite de l’analyse et des actes que j’en déduis viendront à la rentrée.

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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 09:32
COP21 : cet accord ne sauve pas le climat, à nous d'agir !

Dès l'ouverture de la conférence, François Hollande avait décrit le type d'accord qu'il préconisait pour sauver le climat : universel et ambitieux à défaut de contraignant et différencié.

Toute la diplomatie de Laurent Fabius a donc consisté à obtenir une déclaration dont la rédaction puisse convenir à tous et les actes ne déplaire à personne.

Tout l'art de la synthèse molle est ainsi réuni dans cet accord. Du point de vue diplomatique on peut donc considérer que c'est un succès.

Pour sauver le climat c'est une autre histoire.

 

Source : le bog de Martine Billard, membre de la direction du Parti de Gauche | 16 décembre 2015

Diapo kismeL'accord de Paris doit entrer en vigueur en 2020 et prendre le relais du protocole de Kyoto qui à l'époque ne concernait que les pays développés. En comparaison, c'est un accord quasiment universel contenu dans un document en deux parties : l'accord proprement dit, de 16 pages et de 29 articles dans la version française, soumis à la ratification des états, précédé d'une partie de 22 pages appelée la « décision d'adoption » non soumise à ratification. Cette partie décision de la COP21 contient des précisions par rapport à l'accord et est modifiable par toute COP à venir. L'accord, ouvert à la ratification du 22 avril 2016 au 22 avril 2017, deviendra un traité international permanent s'il obtient la ratification de 55 pays représentant 55% des émissions de gaz à effet de serre.

 

Texte en français de l'accord issu de la COP21 : ICI

ou ci-dessous

 

- Analyse :

  • Droits

Tout ce qui concerne les droits a été retiré des articles contraignants de l'accord pour être relégué dans le préambule, ce qui en droit correspond à l'exposé des motifs et non à un article applicable. Aussi, outre la rédaction souvent plus que floue, ce préambule n'a pas de valeur normative.

 

Extrait du préambule 

"Conscientes que les changements climatiques sont un sujet de préoccupation pour l’humanité toute entière et que, lorsqu’elles prennent des mesures face à ces changements, les Parties devraient respecter, promouvoir et prendre en considération leurs obligations respectives concernant les droits de l’homme, le droit à la santé, les droits des peuples autochtones, des communautés locales, des migrants, des enfants, des personnes handicapées et des personnes en situation vulnérable et le droit au développement, ainsi que l’égalité des sexes, l’autonomisation des femmes et l’équité entre les générations".

 

Les droits de l'homme et autres droits, dont le droit à l'alimentation, sont donc réduits à des voeux pieux sans obligation. Pourtant 600 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir de la faim en raison des dérèglements climatiques d’ici à 2080. Or la sécurité alimentaire a disparu de l'article 2 remplacée par la production alimentaire, ce qui ne garantit absolument pas le droit à l'alimentation.

 

Diapo emploi

De même la question de l'emploi, malgré la bataille de la Confédération syndicale internationale, a aussi été renvoyée dans le préambule « Tenant compte des impératifs d’une transition juste pour la population active et de la création d’emplois décents et de qualité conformément aux priorités de développement définies au niveau national »
 

  • Justice climatique

Cette notion n'apparaît que dans le préambule et avec une formule incroyable puisqu'elle revient à préciser que ce n'est pas important pour tous les pays. Notant qu’il importe de veiller à l’intégrité de tous les écosystèmes, y compris les océans, et à la protection de la biodiversité, reconnue par certaines cultures comme la Terre nourricière, et notant l’importance pour certaines de la notion de « justice climatique », dans l’action menée face aux changements climatiques
 

  • Réchauffement limité à 1,5°C ? sans remise en cause des émissions de GES

Cette mention, exigée à juste titre par les îles du Pacifique et les pays les plus vulnérables, n'a été introduite que sous une forme très alambiquée : Article 2 -1 a) Contenant l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, étant entendu que cela réduirait sensiblement les risques et les effets des changements climatiques

 

Diapo GES

De plus cette inscription dans l'accord va de pair avec des reculs par rapport au texte d'origine. Ainsi, sur la base du rapport du GIEC, le texte présenté à l'ouverture de la COP préconisait de baisser les émissions de 50 à 70% d'ici 2050 pour éviter un emballement climatique incontrôlable. Cet objectif a disparu. Or rester à 1,5°C impliquerait une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 70 à 85 % d’ici 2100. Donc l'objectif des 2°C voire 1,5°C de hausse des températures qu'il ne faudrait pas dépasser n'est qu'un symbole, certes important, mais sans effet concret.
 

  • Émission du secteur aérien et maritime absentes

Ces émissions additionnées, sont aussi importantes que celles du Royaume-Uni et de l'Allemagne. Elles sont pourtant absentes du texte !
 

  • Révision tous les 5 ans d'un accord non contraignant

Il faut rappeler que les engagements de baisses d'émissions de GES des 187 pays qui ont remis leur copie, ne sont que volontaires et indicatifs (INDCs = contributions nationales volontaires) Ils figurent d'ailleurs seulement en annexe de l'accord. Tous les scientifiques ont pourtant alerté sur le fait que leur total permettait au mieux de maintenir la hausse de la température aux alentours de 3°C (contre 4°C si les émissions continuent sur le rythme actuel). Leur révision tous les 5 ans, acclamée comme une grande avancée, ne revient en fait qu'à inciter les états à revoir des contributions volontaires et non des engagements contraignants. De plus cette révision ne prendra effet qu'à partir de 2025, soit encore 8 ans d'émissions sans pression. Certes F. Hollande s'est engagé pour la France à proposer une amélioration pour 2020, mais d'abord ce n'est qu'un engagement au nom du futur président de la République dont personne n'est capable aujourd'hui de dire qui il sera. Ensuite il faudrait que les actes ne contredisent pas les discours, ce qui est pourtant la constante de ce gouvernement.
 

  • 100 milliards de dollars par an ?

C'était le seul engagement de la conférence de Copenhague en 2009 : 100 milliards de dollars par an d'ici 2020 pour que les pays les plus vulnérables puissent faire face aux impacts des dérèglements climatiques. Les pays concernés demandaient une révision à la hausse. Au final, le point 54 de la partie « décision d'adoption » cite « d’un niveau plancher de 100 milliards de dollars par an « mais au point 115 les 100 milliards ne sont plus précisés comme un plancher pouvant donc être amélioré. Mais surtout ce n'est pas dans la partie accord et donc non soumis à ratification des états pour ne pas engager les USA qui auraient alors pu rejeter l'accord. Enfin l'origine de ces 100 milliards est tout aussi floue : nouveaux financements ou recyclage de fonds déjà prévus ? Fonds publics ou fonds privés ? Prêts ou dons ?
 

Diapo contre le marché

  • Pas d'indemnisation pour les pertes et dommages

L'acceptation d'une possible augmentation du montant de ce Fonds Vert n'a été cédée qu'en échange de l'abandon de toute responsabilité ou compensation des pays du nord. Les pays riches ont obtenu le dernier mot. 52.Convient que l’article 8 de l’Accord ne peut donner lieu ni servir de fondement à aucune responsabilité ni indemnisation ;
 

  • Équilibre et fausses solutions

L'équilibre tant vanté signifie en fait essayer d'échapper à la nécessité de baisser les émissions en utilisant toutes les astuces possibles du style enfouissement du CO2 ou autres technologies «d'atténuation». Le concept d'émissions nettes, c'est à dire les émissions moins celles qui peuvent être stockées, sorti par la porte a été réintroduit par la fenêtre sous le vocabulaire d'absorption, dans la partie décisions de la COP comme dans le texte de l'accord lui-même.

 

 

- Partie décisions :

  • III 31 a) Les Parties rendent compte des émissions anthropiques et des absorptions
  • c) Les Parties s’efforcent d’inclure toutes les catégories d’émissions anthropiques ou d’absorptions dans leurs contributions déterminées au niveau national et, dès lors qu’une source, un puits ou une activité est pris en compte, continuent de l’inclure
  • III 35 . Décide que les directives formulées conformément au paragraphe 31 ci-dessus garantissent qu’un double comptage est évité sur la base d’un ajustement correspondant par les Parties pour les émissions anthropiques par les sources et/ou les absorptions par les puits prises en compte dans leurs contributions déterminées au niveau national en vertu de l’Accord ;

 

et dans l'accord lui-même

  • Article 4 1. En vue d’atteindre l’objectif de température à long terme énoncé à l’article 2, les Parties cherchent à parvenir au plafonnement mondial des émissions de gaz à effet de serre dans les meilleurs délais, étant entendu que le plafonnement prendra davantage de temps pour les pays en développement parties, et à opérer des réductions rapidement par la suite conformément aux meilleures données scientifiques disponibles de façon à parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du siècle, sur la base de l’équité, et dans le contexte du développement durable et de la lutte contre la pauvreté.

 

Cette COP sera donc celle qui aura osé donner la priorité aux fausses solutions et en premier lieu au captage et stockage du carbone mis au même niveau que la réduction des émissions à la source.

 

Par ailleurs, cet accord ne permet pas de renforcer la lutte pour l'adaptation des pays déjà fortement touchés par les dérèglements climatiques. Il ne défini aucun mécanisme pour aider aux transferts de technologie à commencer par la levée des barrières que constituent les droits de propriété intellectuelle.
 

  • Diapo croissance verte Impasse total sur le modèle productiviste mondialisé et ses conséquences

Il est significatif qu'à aucun moment les énergies fossiles ne soient nommées dans le texte comme responsables des émissions de gaz à effet de serre, pas plus d'ailleurs que les énergies renouvelables comme solution. Le célèbre rapport du Massachusetts Institute of Technology "Les limites à la croissance" paru en 1972, considérait que vers 2025-2028 la planète ne serait plus en état de plus soutenir le mode de production et de consommation actuel. Pourtant le texte de l'accord de Paris fait la promotion de la croissance économique Article 10-5 « Il est essentiel d’accélérer, d’encourager et de permettre l’innovation pour une riposte mondiale efficace à long terme face aux changements climatiques et au service de la croissance économique et du développement durable. », au point que Ségolène Royal a jugé utile de tweeter «Heureuse de ce succès valeurs auxquelles je crois, pour lesquelles avec d'autres je me bats depuis si longtemps. Croissance verte, #COP21».
 

  • Agriculture et forêts

Il est significatif que le mot agriculture n'apparaisse pas une seule fois dans le texte. Les terres, ne sont plus des terres agricoles ou des forêts, elles sont devenues de simples « puits et réservoirs de carbone », de simples outils de compensation et de stockage de carbone. De plus les populations qui y vivent sont tout simplement oubliées. Le Lima Paris Action Agenda (LPAA), plan d'action réunissant des acteurs étatiques mais aussi des acteurs privés, est institutionnalisé dans le texte, ouvrant la voie aux OGM et autres pratiques de l'agriculture industrielle. C'est donc la porte ouverte à la financiarisation de la nature et aux accaparements de terre qui permettront une fois de plus aux pollueurs les plus importants d'échapper à la nécessité de baisser leurs émissions en utilisant les systèmes de compensation.
 

Des initiatives telles que la « Climate Smart Agriculture » ou « agriculture intelligente », chère à Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, qui a surtout pour objectif de justifier toutes les pratiques de l'agro-industrie y compris les pesticides et les OGM dans le but de la « croissance verte » comme le précise la FAO, s’inscrivent dans l’esprit de produire toujours plus et de séquestrer plus de carbone.
 

Diapo Tafta ou climat

  • TAFTA ou Climat il faut choisir

Les accords transnationaux en cours de discussion eux sont réellement juridiquement contraignants. Ils permettent d'aller en justice contrairement à ce traité qui n'ouvrira pas cette possibilité d'autant que si des tribunaux d'arbitrage existent permettant aux multinationales d'attaquer les états, il n'existe pas de tribunal international pour juger les crimes contre la planète.
 

 

- Bilan

 

  • Cet accord n'est donc ni contraignant ni audacieux ni basé sur les principes de la justice climatique. Il ne va pas sauver le climat.
  • Mais il offre un point d'appui pour la construction d'un mouvement de justice climatique à l'échelle internationale qui pourra interpeller gouvernements, banques et multinationales en exigeant que les actes rejoignent les déclarations de bonnes intentions.
  • En France, l'accord sera soumis pour ratification au parlement. Ce sera le moment pour revendiquer des engagements bien plus fort et surtout précis et pour exiger l'abandon de toutes les politiques contraires à ce traité, à, commencer par l'abandon de l'aéroport de Notre-Dame des Landes.

 

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier COP21

- Jean-Luc Mélenchon : D’une COP à l’autre, on avance en reculant

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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 14:11
C’est sur le terrain des idées qu’il ne faut plus céder !

Réagissant aux nombreux articles publiés à l'issue des élections régionales sur l'état de la gauche de transformation sociale, c'est à la lecture de Roger Martelli "Gauche radicale : Continuer, c’est renoncer… « Le nouveau n’adviendra que des générations nouvelles »" que Patrick Job réagit.

 

Sources : Patrick Job pour Rue du Blogule Rouge La rochelle le 26 décembre 2015

- N’est-ce pas encore là une énième constatation de la défaite de “la vraie gauche“ qui n’analyse guère que ses résultats électoraux sans poser le problème de sa défaite idéologique ?
Électoralement en effet, on peut affirmer que le FN a perdu les élections. Il a moins de voix qu’aux présidentielles et n’a pas réussi à faire élire ses chefs. La droite en général n’est pas beaucoup plus avancée après s’être fait élire par des voix socialistes. Car toute analyse électorale doit tenir compte des abstentionnistes et des votes blancs ou nuls et non uniquement des pourcentages obtenus.

 


- Mais la défaite de la gauche semble malheureusement plus profonde car c’est celle des idées.

Sur les terrains économique, social, sociétal, nous avons perdu :

  • Combien ressentent positivement aujourd’hui la nécessité de rendre au peuple la propriété des moyens de production par des nationalisations ?
  • Combien se rendent vraiment compte que les progrès sociaux acquis dans les luttes ne doivent pas être démantelés au profit de quelques profiteurs du système capitaliste actuel ?
  • Combien de nos compatriotes ont-ils rendu les armes sur le terrain de la xénophobie et du racisme ordinaire ?


L’attraction des idées de droite et d’extrême droite est telle qu’elles paraissent majoritaires dans l’opinion et que du PS au FN, tout le monde semble maintenant d’accord sur ces thèmes essentiels abandonnés par la toute la gauche puisque même les députés PCF/Front de Gauche ont baissé leur culotte en votant la prolongation de l’état d’urgence.

 


- C’est ce combat idéologique qu’il nous est interdit d’abandonner.

C’est sur le terrain des idées qu’il ne faut plus céder. Les élections et leur tambouille ne viennent qu’ensuite confirmer ou infirmer l’action sur ce terrain des Idées.

 

Pour en savoir plus :

- Gauche radicale : Continuer, c’est renoncer… « Le nouveau n’adviendra que des générations nouvelles »

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 09:18
A La Rochelle : pour les personnels territoriaux, deux semaines de congés en moins, c'est toujours NON !

Lors d'un précédent billet j'abordais ce sujet chaud et inhabituel au sein des services municipaux. Ou en sommes-nous ?

 

La rochelle le 21 décembre 2015 | mis à jour le 23/12/2015

- Pour ce patron de choc devenu maire, l'adversaire c'est la masse salariale... donc les personnels territoriaux

En effet, Jean-François Fountaine, l'actuel maire divers gauche de La Rochelle  (es PRG et ex PS), souhaite passer de 32H à 35H de travail par semaine.... ce qui revient concrètement à supprimer deux semaines de congés aux agents territoriaux (9,5 jours de congés).

 

En effet, depuis 15 ans, les 2.000 agents territoriaux rochelais travaillent 1.529 heures par an, soit 32 heures par semaine.

  • Or Jean-François Fountaine qui, en 1995 a été élu conseiller municipal sur la liste de Michel Crépeau, a contribué à la mise en place de ce dispositif social issu d'un protocole d'accord permettant, à l'époque, de créer 200 emplois ;
  • Or Jean-François Fountaine qui, entre 2008 et 2014 a été élu conseiller municipal sur la liste du député-maire socialiste Maxime Bono, n'a jamais contesté cette situation.

 

Aujourd'hui c'est en digne patron de choc (élu avec les voix d'une partie des électeurs de la liste UMP-UDI, dans la ligne politique austéritaire des Macron et Valls) qu'il s'appuie sur un rapport non contraignant de la Cour Régionale des Comptes pour remettre en cause ce qui avait été signé 15 ans plus tôt !

 

 

- Que préconise la Cour Régionale des Comptes ?

- la remise en cause de la durée du temps de travail sur les 3 collectivités CDA, CCAS et ville de La Rochelle, en se mettant en conformité avec les textes. Soit 78h de plus par an. (1529h contre 1607h)
- le non remplacement d'agents partant à la retraite ;
- la remise en cause de l’avancement d’échelon à la durée minimale de façon systématique à l’ensemble des agents ;
- le réexamen des modalités de bonification de congés des agents partant à la retraite.

 

La dégradation des conditions de travail des agents, la politique municipale de l'emploi se traduiront systématiquement par la dégradation des services rendus à nos concitoyens usagers des services publics. C'est déjà le cas avec l'absence de gardien pour ouvrir ou réceptionner les salles mises à disposition des associations le soir.

 

 

- J.F. Fountaine explique que...

"Les habitants trouvent logique cette démarche parce que certains cherchent du travail et d'autres travaillent beaucoup plus que cela", explique-t-il sur RMC.

  • Mais il se garde bien d'expliquer :

- que travailler 35 H au lieu de 32H va, à charge de travail constante, diminuer le nombre d'emplois municipaux.... donc contribuer a augmenter le chômage !

- que lorsqu'il y a des millions de chômeurs, le sens de l'histoire c'est : travailler moins et partager le travail sans baisse de salaire pour travailler tous et non pas l'inverse !

  • D'ailleurs ou sont les 32H ?

Prenons le service scolaire : ATSEM : Lundi et jeudi : 8h/17h15, Mardi et vendredi : 8h/16h30, Mercredi : 8h/12h30, Soit 40 heures semaines. Concièrge : lundi et jeudi 7h-12h15/14h-17h15, mardi et vendredi 7h-12h15/14h-17h30, mercredi 7h-12h30, soit 40 heures.

 

Les personnels municipaux ne veulent pas être les boucs émissaires des politiques d'austérité et une valeur d'ajustement budgétaire...... ils ont raison !

Ils n'ont pas à faire les frais des baisses de dotation de l'État !

 

 

- C'est fort de leur volonté de défendre la qualité du service public servi aux usagers, leurs conquis sociaux qu'ils poursuivent l'action..... NOUS DEVONS LES SOUTENIR !

Le personnel ne décolère pas et poursuit sa mobilisation :

 

- 14 décembre 2015 : J.F. Fountaine répond à la mobilisation syndicale par le huis clos !

En effet, fuyant la nouvelle mobilisation syndicale des personnels J.F. Fountaine a, dans le cadre d'un huis clos prémédité, fait entériner en catimini par le conseil municipal réduit (hors de la présence de l'opposition de gauche qui à quitté la séance en guise de protestation face au huis clos forcé) le développement de la vidéo-surveillance sur la Rochelle  : 28 pour, 4 contre, 2 abstentions.
Ainsi, 184 000€ d'argent public seront gaspillé en 2016, et ensuite 14 000€ par an pour le fonctionnement ! Soit, avec les extensions prévues, une dépense inutile de 788 000 € pour 30 caméras + le coût de fonctionnement.

 

Un vote donc favorable, sans débat public. La démocratie avance à La Rochelle !

Et pendant ce temps là, les cantines scolaires augmentent pour les plus démunis !

  • C'est ça une politique de gauche à la J.F. FOUNTAINE sur La Rochelle !

Carine Dufourg (CGT) et Sylvie Geffré (SUD) s’expriment après des élus. © XAVIER LÉOTY

Carine Dufourg (CGT) et Sylvie Geffré (SUD) s’expriment après des élus. © XAVIER LÉOTY

- En résumé la politique de J. F. Fountaine et de sa majorité politique (PRG-EELV) c'est une politique de droite qui ne dit pas son nom !

Ne sacrifier aucun projet en les réalisant à minima, sans moyens (ex nouveau plan de transport TRCR/Yelo), raboter les coûts de fonctionnement (donc la masse salariale et l'emploi des personnels territoriaux), réduire les dépenses sociales (subventions associatives), dégager de nouvelles recettes (ponctions sur les budgets des familles : cantines...), diminuer les dépenses de service public (dénonciation des accords sociaux à la RTCR)... et multiplier les dépenses inutiles (vidéo-surveillance, armement de la police municipale....).

 

C'est en effet une politique que la droite locale ne saurait combattre tant elle ressemble à celle qu'elle mettrait en oeuvre elle même !

 

  • Gageons que sur la question de savoir si La Rochelle à vélo doit être "plutôt bande ou piste cyclable ?" il y aura du monde pour s'exprimer, mais pour défendre le service public, les personnels territoriaux, c'est motus et bouche cousue dans la majorité municipale.....
  • Les employés municipaux et rochelais s'en souviendront en temps voulu !

 

 

- Les territoriaux de La Rochelle à l'Oratoire face au huis clos décrété par M. Fountaine

AG en plein Conseil :

 

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 09:40
Gauche populaire et gauche élitaire en France de 2010 à 2015. Le PS n’est pas la gauche !

La gauche n’est pas le PS, le PS n’est pas la gauche dans la mesure où la gauche ne se réduit pas au PS, loin s’en faut.

 

Sources : Le Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Hervé Debonrivage | mercredi 16 décembre 2015.

Dans un article précédent, nous avons défini ailleurs ce que nous entendions par "gauche élitaire" et par "gauche populaire".

 

Nous nous intéressons ici à l’expression électorale de ces deux gauches. Contrairement à ce qui est continuellement martelé par les médias, la gauche ne se réduit pas au seul parti socialiste.

On utilise ici la terminologie de "gauche populaire" définie par le philosophe Jacques Bidet mais on pourrait l’appeler aussi "gauche alternative" ou "l’Autre gauche" mais ces terminologies sont imprécises et ne cessent pas sur un socle théorique solide

 

 

- Modes de totalisation

On utilise le pourcentage des voix obtenues par rapport aux suffrages exprimés.

  • Totaux pour le premier tour :

T1 :Total gauche élitaire : P.S (seul) +UG + éventuellement PRG

T2 : Total gauche populaire : PCF + PG éventuellement +FdG + DG + EELV + Extr.G

- Total gauche : T1+ T2

En cas de liste écologiste sans autre étiquette, on répartit les voix en deux parties égales.

  • Totaux pour le second tour :

T3 : Total gauche élitaire : P.S + UG/2 + éventuellement PRG

T4 : Total gauche populaire : PCF + PG éventuellement + deFdG + DG +UG/2 + EELV + Extr.G

- Total gauche : T3 + T4

 

  1. Les divers gauches (DG) sont au moins dans deux tiers des cas une association du FdG (ou de l’une de ces composantes) avec EELV.et des listes citoyennes ;
  2. Union de la Gauche (UG) au second tour résulte de la fusion de listes de la gauche élitaire et de la bouche populaire : d’où la division du score par deux pour chaque gauche ;
  3. Le même phénomène peut être vrai aussi au premier tour mais nous considérons alors la fraction de la gauche populaire adoptant cette stratégie comme gauche élitaire : d’où la totalisation avec le PS au premier tour pour obtenir la gauche élitaire ;
  4. Lorsqu’une liste écologiste se présente seule et sans autre étiquette, on répartit dans chaque bouche en deux fractions égales les voix obtenues ;
  5. Le premier pourcentage représente le nombre de voix obtenues par rapport au nombre de suffrages exprimés au niveau national ;
  6. Le second pourcentage représente la répartition en pourcentage du total des voix de gauche de la gauche élitaire et de la gauche populaire. Les pourcentages sont arrondis à l’unité la plus proche.

 

 

- Après calculs, on constate que la gauche populaire est donc beaucoup moins minoritaire que l’on pourrait le croire a priori.

Les alliances à géométrie variable du FDG et de EELV dont les voix peuvent se trouver déversées dans les "divers gauche" brouillent non seulement le paysage politique mais les résultats obtenus. En utilisant une technique de globalisation, on permet ainsi de mettre en évidence l’existence relativement importante d’une gauche différente de celle du parti socialiste. Tout est mis en œuvre par le PS et les médias pour occulter cette réalité.

 

Mais il faut pondérer ces résultats par les taux d’abstention et les votes blanc que l’on a fait apparaître pour chaque élection . Le premier pourcentage concerne le premier tour et le second concerne le second tour.

 

Le second tour ne permet pas de déterminer la répartition des deux types de gauche en raison des fusions de liste, fusions qui avantagent largement la gauche élitaire en termes de voix obtenues. Les partis politiques considérés ne mettent pas à disposition des citoyens et même des adhérents les statistiques complètes concernant le nombre d’élus obtenus à tous les niveaux. (municipal, départemental, régional législatif) , statistiques globalisées au niveau national : secret défense semble-t-il. En l’absence de ces données, les calculs réalisés, bien que très significatifs, ne peuvent être considérés comme exhaustifs.

 

  • Pour chaque élection, on a mentionné le lien qui permet d’accéder aux tableaux utilisés pour les calculs figurant sur le site du Ministère de l'Intérieur.

1 – Élections municipales de 2014 (23 et 30 mars) : source ICI

 

Totaux pour le premier tour : Totaux pour le second tour :
Total gauche élitaire : 18,02 % ; 46 % Total gauche élitaire : 16,67%

Total gauche populaire : 20,78%  ; 54 % (5,7 millions d’électeurs)

Total gauche populaire : 24,94  % (2,74 millions d’électeurs)
Total gauche : 38,80 % ; 100 % Total gauche : 41,61 %
  Abstentions et blancs 41,94 % et 41,44 % des inscrits

 

2 – Élections départementales 2015 (22 et 29 mars) : source ICI

 

 

Totaux pour le premier tour : Totaux pour le second tour :
Total gauche élitaire : 21,78 % ; 59 % Total gauche élitaire : 20 % ; 95 %

Total gauche populaire : 14,99% ; 41 % ( 3 millions d’électeurs)

Total gauche populaire : 11 % 17 %
Total gauche : 36,77 % ; 100 % Total gauche : 32,65 %
  Abstentions et blancs 52,49 % et 52,88 % des inscrits

 

3 – Élections cantonales 2011 (20 et 27 mars) : source ICI

 

Totaux pour le premier tour : Totaux pour le second tour :
Total gauche élitaire : 26,6% ; 51 % Total gauche élitaire : 37,04%

Total gauche populaire : 25,47% ; 49 % (2,3 millions d’électeurs)

Total gauche populaire : 13,39 %
Total gauche : 52,07% ; 100 % Total gauche : 50,43 %
  Abstentions et blancs 57,79 % et 62 32 % des inscrits

 

4 – Élections régionales 2015 1er tour (6 décembre) : source ICI

 

Totaux pour le premier tour :
Total gauche élitaire : 23,74 % ; 62 %

Total gauche populaire : 14,36 % ; 38 % (3,1 million d’électeurs)

Total gauche : 38,10 % ; 100 %
Abstentions et blancs 52,49 %

 

5 – Élections régionales de 2010. 1er tour (14 mars) : source ICI

 

Totaux pour le premier tour :
Gauche élitaire 29,14 % ; 54 %

Gauche populaire 24,48 % ; 46 % (2,3 million d’électeurs)

Total gauche 53,62 % ; 100 %
Abstentions et blancs 57,35 %

 

6 – Élections législatives de 2012 (10 et 17 juin) : source ICI

 

Totaux pour le premier tour : Totaux pour le second tour :
Total gauche élitaire : 31,48 % ; 59 %

Total gauche élitaire : 43,25 %

Total gauche populaire : 17,23 % ; 41 % (4,47 millions d’électeurs)

Total gauche populaire : 7,76 %
Total gauche : 41,8 % ; 100 % Total gauche : 51,01 %
  Abstentions et blancs 44,25 % et 45,48,% des inscrits

 

7 – Élections présidentielles de 2012 1er tour. (22 avril) : source ICI

 

Totaux pour le premier tour :
Total gauche élitaire : 28,63 % ; 65 %

Total gauche populaire : 15,12 % ; 35 % (5,43 Millions d’électeurs )

Total gauche : 43,75 % ; 100 %
Abstentions et blancs 22,04 % et 24,33 %

 

 

- Scores moyens :

Ils sont calculés sur les 7 élections.

Moyenne statistique globale prenant en compte les sept dernières élections.

Moyens en pourcentage des suffrages exprimés

La gauche élitaire obtient une moyenne de 25,63 % soit environ 26 %

 

 

- La gauche populaire obtient une moyenne de 18,92 % soit environ 19 %.

Le total des gauches obtient une moyenne de 44,55 % soit environ 45 %

La répartition moyenne gauche populaire / gauche élitaire sur les sept dernières élections s’établit ainsi, en arrondissant le pourcentage à l’unité la plus proche :

  • Gauche élitaire : 57,54 % arrondis à 58 %
  • Gauche populaire : 42,46 % arrondi à 42 %

En arrondissant grossièrement à 60 % et 40 %, la répartition gauche populaire / gauche élitaire est donc : 2/5 pour la gauche populaire et 3/5 pour la gauche élitaire.

 

 

- Conclusion

 

Réduire la gauche au PS, considérant L’autre gauche comme quantité

négligeable constitue donc une véritable escroquerie intellectuelle et une falsification de la réalité .

 

 

L’autre gauche selon les médias ne recueillerait que 4 % voire au plus 11 % alors que la moyenne est de 19 % . Cela donne un alibi justifiant leur quasi censure.

 

Nous connaissons les raisons profondes de cette falsification que nous avons analysée par ailleurs. Brièvement, il s’agit de faire croire qu’il n’existe pas d’autre alternative à gauche que celle du PS et plus généralement qu’il n’existe pas d’autres alternatives que l’ultralibéralisme dominant. Cette falsification des chiffres permet de justifier la censure et de démoraliser les forces militantes.

 

Cette censure médiatique non seulement frappe les organisations politiques alternatives de l’autre gauche mais écarte tout commentaire et analyse que partagent plus de 5 millions d’électeurs qui se trouvent ainsi écartés de l’espace public cognitif. S’il n’existe pas d’autres alternatives, il ne faut pas s’étonner que l’abstention est élevée et que le FN ne cesse de croître.

 

En évitant le plus possible de laisser la parole à la gauche populaire, les médias bayonnent une population équivalente à la somme des populations habitant les villes suivantes : Marseille + Lyon + Toulouse + Nice + Nantes + Strasbourg + Montpellier + Bordeaux = 3,2 millions d’habitants auxquelles on peut ajouter Paris intra-muros : 2,2 millions ce qui donne un total de 5,4 millions d’habitants. Si l’on ne voulait pas prendre Paris, il faudrait alors faire le total pour les 17 villes le plus peuplées de France (on arrêterait le total à Dijon) Voir la liste ICI

 

Mais ce genre de dictature ne semble pas être un problème pour les responsables politiques de l’Autre gauche qui reste prisonniers,, tels des poissons rouges, du bocal qui échappe à leur vision. Ceux-ci n’ont pas compris que le Front National n’est rien d’autre qu’une construction médiatique et qu’à l’inverse, leur impuissance résulte d’un effacement médiatique à leur encontre.

 

Pour en savoir plus :

- Le Parti Socialiste ou..... "la deuxiéme droite"

- Comment le PS français est-il devenu un parti du capital ?

- « Hollande met en pratique une version droitisée du blairisme »

- Le PS n'est pas de gauche !

- Parti socialiste : dernière station avant la chute ?

- Comment peut-on être socialiste ?

- Faut-il désespérer du Parti socialiste ?

- Le PS, ou : Comment s'en débarrasser ?

- Le PS, ce n’est pas “la gauche”.

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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 09:32
Revenu universel, nationalisations, audit de la dette, énergies vertes… Quel est le programme de Podemos ?

Podemos, le parti qui redonne espoir à la gauche en Espagne atteindra t-il ses objectifs dimanche 20 décembre, lors des l'élection des Députés et Sénateurs ? Il est trop tôt pour le dire !

Mais que veut PODEMOS ?

 

Le tout jeune parti espagnol Podemos – « Nous pouvons » – vient de fêter sa première année d’existence. Ce mouvement de gauche avait fait une entrée remarquée sur la scène politique lors des élections européennes, avec près de 8% des voix. Il se positionne désormais comme 3ème force politique en Espagne : il a attiré 15% des votants en Andalousie, en mars. Comment expliquer ce fulgurant succès ? Quel est son programme, sa stratégie politique et médiatique ? « La politique espagnole ne sera jamais plus comme avant, même si l’on disparaissait demain, affirme Miguel Urbán Crespo[1], député européen et n°2 de Podemos. Nous avons quelque chose que les partis n’ont pas, le soutien populaire de ceux qui veulent changer les choses. » Entretien.

 

Sources : BASTAMAG par Sophie Chapelle et Simon Gouin le 14 avril 2015

- Basta ! : En décembre prochain, se dérouleront les élections nationales espagnoles. Si vous obtenez une majorité au parlement, quelles mesures prioritaires allez-vous mettre en place ?

Miguel Urbán Crespo : Face à ceux qui pratiquent le « sauvetage des banques », nous proposons un sauvetage citoyen (el rescate ciudadano). Ce programme prévoit d’abord de mettre fin au processus de privatisation des services publics. Puis, d’effectuer un audit citoyen des comptes publics et de la dette. Se pose ensuite la question de la précarité énergétique. La Constitution espagnole prévoit la nationalisation des secteurs fondamentaux s’il y a un problème d’urgence sociale et si les entreprises privées ne satisfont pas ces besoins fondamentaux. Nous sommes dans ces deux cas là.

 

 

- Basta ! : Vous souhaitez donc nationaliser les entreprises ?

Miguel Urbán Crespo : Non, nous n’allons pas arriver et dire : « Nous nationalisons ». Mais plutôt : « Soit vous répondez aux besoins fondamentaux, soit nous appliquons la loi ». Notre objectif est d’avoir un gouvernement qui fasse appliquer la loi à « ceux d’en haut », car la loi est toujours appliquée à « ceux d’en bas ». Appliquer la loi, c’est par exemple s’appuyer sur la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg qui indique que la loi espagnole sur les hypothèques [qui protège les banques et non les consommateurs] est illégale [2]. On ne peut pas continuer à virer les gens de chez eux sans alternative en matière de logement. Dans le domaine de la santé, tout le monde doit avoir accès aux soins. Enfin, nous proposons de mettre en place un revenu universel afin de sortir les gens de l’exclusion sociale. En Espagne, 60 000 familles n’ont pas de revenus.

 

 

- Basta ! : Que prévoyez-vous face à la précarité énergétique ?

Miguel Urbán Crespo : L’Espagne importe des énergies fossiles, alors qu’on a beaucoup de vent et de soleil. Nos industries d’énergie renouvelable sont importantes, mais elles ont été complètement dévastées par les intérêts de l’oligopole énergétique espagnol. Or, l’énergie verte est bien plus génératrice d’emplois que la production d’énergie basée sur l’extraction de pétrole ou de gaz. Il faut changer la structure du système de l’énergie en Espagne et ses intérêts. L’autoconsommation doit aussi être développée. On a par exemple des petits producteurs d’électricité dans les « communautés de voisins » [regroupements de propriétaires]. Il est important de leur permettre d’entrer sur le réseau électrique et d’injecter ce que ces communautés ne consomment pas, de les aider à financer leur investissement. Au final, c’est comme la roue d’un moulin. Pour que la roue tourne, il faut mettre de l’eau. L’eau, c’est l’initiative politique : il faut la diriger et savoir où va la rivière.

 

 

- Basta ! : Outre ces mesures d’urgence, quel est votre programme à moyen et long terme ?

Miguel Urbán Crespo : Les problèmes en Espagne sont immenses. Il faut par exemple revenir sur l’économie du tourisme qui génère une prédation environnementale et une bulle immobilière. Le secteur des services en la matière est surdimensionné et est confronté à la violation des droits sociaux et du travail. Raison pour laquelle il faut parler de changements de modèle productif.

 

 

- Basta ! : Dans ce modèle productif alternatif, il y a l’agriculture, qui peut être protectrice de l’environnement et génératrice d’emplois. Quelles sont les idées de Podemos sur ce sujet ?

Miguel Urbán Crespo : Nous sommes dans la phase de construction de ce programme agricole. Globalement, nous souhaitons développer une agriculture de proximité, soutenable pour l’environnement, qui consomme peu d’énergies fossiles, en évitant les transports et en favorisant les circuits courts. Nous souhaitons aussi éviter la concentration des terres agricoles dans les mains de quelques-uns. Nous travaillons avec des coopératives, pour la socialisation des terres de qualité, et contre les OGM.

 

 

- Basta ! : Fin 2014, la dette de l’Espagne s’élevait à 1 034 milliards d’euros, soit 97,7 % du PIB. Faut-il la rembourser ?

Miguel Urbán Crespo : A part Mariano Rajoy [le Premier ministre conservateur actuel], tout le monde sait que l’on ne peut pas payer la dette espagnole. Mais comment communiquer sur le sujet ? Si on dit aux gens qu’on ne va pas payer la dette, cela les choque, ils pensent que tu es un voleur. Les dettes, tu les paies. Notre position, c’est de déterminer ce que l’Espagne doit payer au sein de cette dette. A la télévision, pour traduire le problème avec des images simples, on prend l’exemple suivant : vous prenez un café et un jus d’orange dans un bar. Le serveur vous dit : c’est 600 euros. Vous lui demandez pourquoi. Il vous répond que vous allez payer l’addition de tous les gens qui sont en train de boire autour de vous. Évidemment, vous allez dire non, vous n’allez pas inviter tout le monde. C’est un peu ce qu’il s’est passé avec la dette espagnole. Ils veulent qu’on paie l’addition de choses que nous n’avons pas prises. Or, on ne va pas payer ce qui n’est pas notre dette. Mais ce que l’on doit réellement, on le paiera. Tout en renégociant comment le payer.

 

 

- Basta ! : Podemos semble renouveler les méthodes politiques. Pourquoi est-ce nécessaire ?

Miguel Urbán Crespo : Quand vingt personnes possèdent 60 % des richesses de notre pays, c’est de la corruption. On ne peut pas l’accepter, il faut changer cela. Il faut lancer un processus constitutionnel pour changer les règles du jeu. C’est comme l’histoire des pommes pourries : la question ce n’est pas les pommes mais le panier qui est pourri et qui contamine les pommes. Si tu prends quatre pommes magnifiques, même avec une queue de cheval et des boucles d’oreille [Miguel Urbán fait ici référence à Pablo Iglesias, le secrétaire général de Podemos], et que tu les mets dans ce panier pourri, les pommes vont pourrir. Ce n’est pas une question individuelle mais de système. Et nous pourrions nous aussi pourrir si nous ne changeons pas les règles du jeu et de système.

 

 

- Basta ! : Votre positionnement politique est surprenant : Podemos n’est ni de droite, ni de gauche, affirme Pablo Iglesias, le secrétaire général...

Miguel Urbán Crespo : Parmi les dirigeants de Podemos, nous avons toujours dit que nous sommes de gauche. Il n’y a qu’à voir comment nous nous habillons ! Vous n’avez jamais vu un dirigeant du Parti populaire avec une queue de cheval et une boucle d’oreille [à l’image de Pablo Iglesias] (rires). Mais l’important n’est pas de savoir d’où nous venons, mais plutôt ce que nous voulons construire. Le problème est que la politique électorale, ce n’est plus la politique des « mouvements ». Pour la plupart des gens, dans la politique électorale, la gauche c’est le Parti socialiste et la droite c’est le Parti populaire. Si tu entres dans cette logique électorale, tu te retrouves dans les marges de l’un ou de l’autre de ces partis. Or, nous avons déjà passé trop de temps à occuper les marges.

 

Nous, nous voulons construire une nouvelle centralité. Cette centralité a déjà été construite socialement par le mouvement de résistance aux politiques d’austérité, à l’instar du mouvement des indignés. Cette centralité existe socialement mais pas électoralement. Il y a beaucoup de gens qui ont voté pour le Parti populaire, tout en pensant qu’il faut sauver les familles et pas les banques. Moi je veux que ces gens là soient avec nous. Ce sont des travailleurs, des ouvriers, qui subissent la crise de plein fouet. Je dis toujours la chose suivante : quand la police vient t’expulser de ta maison, elle ne te demande pas pour qui tu as voté. Moi je ne veux pas demander aux gens pour qui ils ont voté. Personne ne mérite d’être expulsé de sa maison...

 

 

- Basta ! : Des tensions semblent apparaître entre la base de Podemos qui vient de nombreux mouvements sociaux – dont celui des Indignés – et ses dirigeants. Pablo Iglesias a par exemple déclaré, en octobre 2014, que le « ciel ne se prend pas par consensus, mais par un assaut ». Qu’en pensez-vous ?

Miguel Urbán Crespo : Je ne suis pas un fétichiste du consensus. J’aime la confrontation, la discussion. Mais à un moment il faut arriver à un accord. Il n’y a pas toujours besoin de structures ou de passer par des urnes, même internes. Podemos a été créé sur la base d’accords, pas sur la base d’affrontements. L’enjeu est que tout le monde se reconnaisse dans cet accord. J’ai répondu à Pablo à la suite de cette déclaration qu’il faudrait d’abord que nous nous mettions d’accord sur où se situe le ciel... Bien sur, nous avons beaucoup de tensions politiques, organisationnelles. Mais cela signifie que Podemos est un mouvement vivant, pas une structure pré-configurée.

 

 

- Basta ! : Podemos a été critiqué pour sa discrétion sur le projet de loi qui visait à restreindre le droit à l’IVG en Espagne...

Miguel Urbán Crespo : Non, nous n’avons pas été critiqués pour cela. Mais parce qu’une camarade de la direction, dans un cours de formation de communication politique, a dit une phrase malheureuse. Quand tu dois passer à la télévision et que tu es dans une campagne électorale, tu ne peux pas parler de tout, seulement de deux thèmes. Tu dois donc analyser les deux questions qui te mettent en position de gagner. Et notre camarade a déclaré que ce n’est pas sur le thème de l’avortement que l’on allait gagner dans le domaine de la communication... Mais nous sommes bien sur pour le droit à l’avortement, personne ne le met en discussion. On préfère toutefois frapper, au niveau de la communication, sur la question des banques plutôt que sur l’avortement, afin de nous positionner par rapport au Parti populaire et au Parti socialiste. Cela a été critiqué durement en interne.

 

 

- Basta ! : Faut-il a tout prix se démarquer du Parti socialiste ?

Miguel Urbán Crespo : Il y a ce que l’on peut faire à la télé en matière de campagne électorale, et tous les autres moyens de communication dont nous disposons – les réseaux sociaux, notre site web. On ne doit pas oublier les luttes et les revendications. Le droit à l’avortement est une question fondamentale. Cela m’est égal d’être proche du Parti socialiste sur cette revendication. Mais je suis d’accord aussi sur le fait que dans notre communication, il ne sert à rien de lancer des campagnes en faveur du droit à l’avortement. La force de Podemos, c’est sa capacité à avoir ses propres revendications sur les réseaux sociaux que personne n’avait imaginé jusqu’ici et qu’aucun autre parti en Europe ne possède. Notre compte Facebook dénombre 10 millions de personnes – le compte en lui-même est partagé par un million de personnes mais à travers ses répliques on atteint les dix millions. Le twitter de Pablo [Iglesias] c’est presque un millions de followers à lui seul. Sur ces réseaux sociaux, tu peux dire ce que tu veux sur l’avortement et cela va toucher plus de gens que sur les médias traditionnels. On n’avait pas ça avant.

 

 

- Basta ! : Podemos n’hésite pas à fréquenter assidûment les plateaux télé. N’est-ce pas risqué ?

Miguel Urbán Crespo : On a brisé un tabou historique dans le mouvement social ou des forces d’extrême gauche de ne pas aller dans les moyens traditionnels de communication. Nous avons compris qu’il fallait aller à la télévision, que l’on pouvait communiquer mieux que nos adversaires. On a passé quatre ans à se former, on a créé notre propre chaine de télévision, avec nos débats, tous les jours, sur la manière dont nous pouvions battre la droite... On a même ramené dans nos émissions des gens de la droite. Nous avons été critiqués pour cela, mais nous en avions marre de nous disputer entre nous. Et cela nous unissait de discuter contre ces personnes de droite (rires). Ça nous paraît plus intelligent. Nous avons commencé à aller dans les débats télévisés de droite et d’extrême droite pour discuter avec eux et faire en sorte que ce soient eux qui soient mis en minorité sur les plateaux.

 

Personnellement, j’ai commencé à parler à la télé avec une crainte : je voulais surtout que l’on ne me reconnaisse pas. Je portais une casquette, des lunettes de soleil noires et une écharpe autour du cou. Lors de ma première apparition à la télé avec Pablo, nous étions tous pareils, il ne fallait pas donner son nom. Maintenant, il faut que l’on te connaisse et communiquer d’une autre façon. La manipulation de la télé est stupéfiante, c’est certain. Mais si tu n’y entres pas, c’est toi qui te fais manipuler et tu vas perdre. Il faut briser ce tabou.

 

 

- Basta ! : Quelles sont vos convergences avec le parti grec Syriza ?

Miguel Urbán Crespo : Podemos et Syriza ont en commun un point important : ils représentent un avenir de changement pour le peuple grec et espagnol. Dans les deux cas, c’est une réaction politico-électorale à l’appauvrissement général qu’impose la Troïka avec ses politiques structurelles d’austérité envers la population. Mais il y a beaucoup de choses sur lesquelles nous sommes très différents, parce que nous sommés nés dans un contexte politique et culturel différents. Nous disions précédemment que Podemos n’est ni de droite ni de gauche. Syriza veut dire « coalition de la gauche radicale » !

 

 

- Basta ! : Y a t-il des mouvements en France avec lesquels des alliances sont possibles ?

Miguel Urbán Crespo : Sûrement, mais je ne les connais pas. Nous sommes dans le même groupe que le Front de gauche au Parlement européen. Nous avons beaucoup de liens historiques avec le NPA [Nouveau parti anticapitaliste] et des mouvements sociaux français. Mais pour le moment, nous sommes très occupés en Espagne. Il y a déjà beaucoup de choses à faire ici. Nous nous concentrons davantage sur les peuples du Sud de l’Europe, surtout sur le cas de la Grèce. Il est plus important de travailler avec le peuple, plutôt qu’avec telle ou telle organisation. De construire les solidarités. Car nous avons de nombreux terrains en commun.

 

 

- Basta ! : Pour vous, Podemos est de moins en moins un mouvement, et de plus en plus un parti politique. Ce qui est « négatif », dites-vous. Pourquoi ?

Miguel Urbán Crespo : Je crois qu’il faut que l’on ressemble le moins possible aux partis que l’on combat. Car ils auront toujours plus de moyens, plus d’argent, etc.. Mais nous avons quelque chose qu’eux n’ont pas : le soutien populaire de tous ces gens qui veulent changer les choses. Cela permet de multiplier les capacités, beaucoup plus que dans une structure très forte, centralisée. Podemos ne doit pas être le programme d’un parti mais celui d’un peuple. On ouvre le débat sur ce programme à tout le monde. Si le peuple considère que c’est son programme, il le défendra comme le sien. Il le défendra contre nous qui sommes en haut de Podemos si nous ne voulons plus l’appliquer. Il le défendra aussi contre des organisations externes qui tentent de le boycotter. La souveraineté nous paraît essentielle. Ce qui est certain, c’est que la politique espagnole ne sera jamais plus comme avant, même si l’on disparaissait demain. Podemos a changé de façon conséquente la compréhension de la politique dans notre pays. Que l’on arrive ou pas au gouvernement, c’est un acquis.

 

Notes

[1Député européen depuis le 5 mars 2015, Miguel Urbán Crespo est l’un des deux fondateurs de Podemos. « J’ai commencé à faire de la politique dès 1993 à l’âge de 13 ans. J’ai milité dans les jeunesses communistes. Puis je me suis engagé dans différents mouvements sociaux (d’occupation où je fus porte-parole à Madrid, mouvements pour une vie digne, etc.) », explique-t-il.

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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 09:06
Jean-Luc Mélenchon : Front de gauche, et "l’autre gauche" sont dos au mur !

Le soir du second tour des élections régionales, au siège du Parti de Gauche, Jean-Luc Mélenchon nous a fait part de son analyse du vote FN, de son désarroi face à l’éclatement du Front de Gauche, et de sa vision de l’avenir de "l’autre gauche". Entretien.

 

Sources : Les InROCKS le 2 14/12/2015 | 09h50

- Les InROCKS : les élections régionales 2015 ont été marquées par la montée du Front national, qui a monopolisé les débats et a conduit à la disparition de la gauche au deuxième tour dans deux grandes régions. Comment éviter que le score du FN augmente encore la présidentielle de 2017 ? 

Jean-Luc Mélenchon : Il faut réussir à re-latéraliser le champ politique. La tactique de Manuel Valls consiste à détruire la gauche au profit d’un nouvel agglomérat du type “Parti démocrate” en Italie, qui fédère tous les centristes. En l’occurrence, ça a été efficace aux régionales puisque dans l’entre-deux tours l’UDI a pris ses distances avec les Républicains. Et ce soir Valls a de nouveau mis en avant le thème de la lutte commune contre l’extrême droite et le jihadisme. Face à cela, Mme Le Pen a donné une latéralisation : les mondialistes contre les patriotes. Moi j’ai dit : le peuple contre l’oligarchie. Ce sont nos marqueurs, et c’est ainsi que nous allons aborder les prochaines batailles démocratiques.

 

Il se peut que la présidentielle souffre de ce qui vient de se passer, et qu’elle se déroule, elle aussi, dans une ambiance de peur et de méfiance. C’est ce que veut François Hollande : il rêve d’un deuxième tour où il suffit qu’il soit là, c’est-à-dire d’un deuxième tour où elle est là. La présidentielle pourrait donc commencer directement sous le signe du chantage. Mais il est aussi possible que les gens ne soient pas dupes, puisqu’on leur a déjà fait le coup deux fois. Ils pourraient tout aussi bien se dire, à l’inverse : “Je n’abandonne pas mes convictions au premier tour à la porte du bureau de vote, car je ne les retrouve pas en sortant”. Glorieuse incertitude des élections.

 

 

- Les InROCKS : La gauche sort considérablement affaiblie de ces élections, en dépit du fait que le FN n’a remporté aucune région…

Jean-Luc Mélenchon : Nous sommes effectivement dos au mur. Je ne parle pas seulement de l’autre gauche, qui est dans un état de catastrophe avancé – je ne sais même pas si elle est guérissable, du fait de cette épouvantable manie des appareillons –, je parle du camp progressiste et humaniste en général, car pour l’instant une vague brune déferle sur l’Europe. Le dernier vote qui a eu lieu dans un pays européen, en Pologne, a vu l'élimination de la gauche, qui n’a plus un seul élu au Parlement. J’espère que ce cycle va s’inverser avec les élections espagnoles.

 

 

- Les InROCKS : Certains à gauche vous reprochent de ne pas aller assez loin dans la critique de la mondialisation et de l’Europe, ce qui expliquerait l’échec du Front de gauche à capter le mécontentement populaire face au Front national. Pensez-vous qu’il faut aller plus loin ? 

Jean-Luc Mélenchon : On a passé notre temps à critiquer l’Europe. Nous sommes les seuls à construire un Comité du un plan B pour l'Europe ; en 2009 il n’y a que moi qui ai mis dans ma profession de foi la lutte contre le grand marché transatlantique ; à l’élection présidentielle j’ai été le seul à parler du mécanisme européen de stabilité financière voté en février ; c’est aussi nous qui avons convoqué la manifestation contre la signature du Traité européen. Il est injuste de dire que nous ne faisons rien sur ce terrain.

 

De même, concernant le FN, c’est moi qui ai proposé d’opter pour une ligne d’attaque “Front contre Front”. J’ai gagné mille voix en trois semaines à Hénin-Beaumont [lors des élections législatives de 2012, ndlr]. Qu’en a-t-on retenu ? Que j’étais en échec et que la ligne n’était pas la bonne. Pourtant tout le reste jusqu’à présent n’a produit que des bavardages. Il est normal qu’il y ait débat, mais tout le monde doit balayer devant sa porte. Et si je dois le faire, je ne balaye pas les détritus des autres.

 

 

- Les InROCKS : La stratégie “Front contre Front” est-elle encore pertinente aujourd’hui ? 

Jean-Luc Mélenchon : La dimension du combat contre le Front national a complètement changé. On s’adapte au fur et à mesure. Il y a quinze ans, j’étais pour l’interdiction du Front national et je faisais campagne avec Charlie Hebdo. Nous n’étions pas nombreux, et on nous expliquait déjà qu’il ne fallait pas s’y prendre comme cela, qu’il fallait critiquer, etc. Qu’est-ce que ça a donné ? Ils sont à 30 %, ils sont à la porte du pouvoir ! J’aimerais que tous ceux qui ont fait des critiques à ce moment-là balayent devant leur porte.

 

marine

Quand vous voyez la Une de Marianne qui dit “Plus que 18 mois pour éviter ça!”, avec Mme Le Pen en présidente de la République, les journalistes sont persuadés entre eux que les gens vont pleurer des grosses larmes et prendre conscience du danger. Or c’est l’effet inverse qui se produit sur des millions de gens qui se disent : “Ah bon ? On est près de gagner ? Alors allons-y !” Si vous me mettez en Une en disant “Plus que 18 mois pour éviter ça!”, les anciens ressortiront de leur tombe pour voter pour moi. Les journalistes en général ne comprennent rien à la psychologie de masse.

 

 

- Les InROCKS : Comment interprétez-vous le vote FN ?

Jean-Luc Mélenchon : Certains prétendent que c’est la petite France aigre qui vote FN. Non ! Les gens ont voté FN pour tout faire sauter. Ils n’ont pas fait ça par erreur, ils ne se sont pas trompés, et parfois même ils n’ont rien contre les Arabes et les musulmans. Ils votent FN juste pour tout faire sauter, parce que la bonne société leur a dit : “Ce dont nous avons plus peur que tout, c’est de Mme Le Pen”.

 

Si le pays essuie encore un choc comme celui reçu le 13 novembre, nous allons avoir encore plus de mal à nous faire entendre. Avant le 13 novembre, l’unique objet des discussions était le niveau auquel serait Mme Le Pen. A partir du 13 novembre, le sujet a été d’un côté à quel point l’immigration et les musulmans sont dangereux, et de l’autre à quel point Mme Le Pen est dangereuse.

 

Le cynisme du pourvoir c’est qu’il joue avec ça. Il se vante d’avoir obtenu le retrait de ses candidats dans deux régions et d’avoir fait pression en vain dans une troisième. Eux-mêmes reconstruisent un paysage qui est entièrement centré autour de Mme Le Pen.

 

 

- Les InROCKS : Quel bilan tirez-vous de la campagne pour le Front de gauche ? 

Jean-Luc Mélenchon : Tous les pires pronostics se sont réalisés pour nous au premier tour : une bataille de chiens entre communistes et verts pour avoir les têtes de liste de l’opposition de gauche – résultat, il n’y a plus d’opposition de gauche du tout –, et des campagnes concurrentes illisibles. C’est une catastrophe. J’étais personnellement pour une campagne nationale, avec un état-major national, une répartition des têtes de liste, des mots d’ordre communs, etc. Mais on m’a fait prévaloir je ne sais quelle réalité des territoires, qui est une vue fumeuse et complètement idéologique. Il n’y a aucun territoire qui existe entre Guéret et Biarritz : le seul territoire qui les sépare, c’est la France. Qu’on ne vienne pas me faire croire que les gens ont pris conscience d’une réalité régionale qui n’existe pas. On a mené une campagne qui n’était même pas au niveau d’une campagne cantonale. Il faut que cela cesse.

 

 

- Les InROCKS : Le Front de gauche (FDG) ne survivra donc pas dans sa forme actuelle aux élections régionales ? 

Jean-Luc Mélenchon : Non, ça c’est clair. Les gens sont braves, ils veulent bien voter FDG, mais quand ils vont dans le bureau de vote il y a deux bulletins sur lesquels il y a le logo FDG : que voulez-vous qu’ils y comprennent ? Nous avons eu un mal de chien à construire le FDG, et maintenant qu’il est identifié par tout le monde, on le vide de son contenu. Pourquoi ? Pour une série d’élections locales dans lesquelles les appareillons misent 100 % de leur existence, car les cadres de ces organisations sont pour la plupart des élus régionaux.

 

C’est totalement démoralisant quand on fait le tour. Les Verts ont bien manœuvré : ils ont fait un chantage partout où ils voulaient la tête de liste, et partout où on ne la donnait pas ils partaient séparément. Ensuite ils ont ramassé tous les votes, puisque les régions où nous sommes unis avec eux ont été comptées pour eux. On nous attribue ainsi 4,5 % des voix, en nous enlevant trois ou quatre régions.

 

J’ai cru à la bonne foi des Verts, qui me disaient qu’ils étaient d’accord pour faire un label national d’opposition de gauche. Ils n’en ont rien fait. Je voulais déposer ce label au ministère de l’Intérieur pour qu’on soit comptabilisés ensemble dans la catégorie “opposition de gauche”, mais le ministère de l’Intérieur a remis les gens dans des cases. Cela fait beaucoup de déceptions les unes derrière les autres. Il faut reformuler une proposition politique qui tienne compte de tout cela.

 

Je commence à penser que, bien sûr, le rassemblement des sigles est indispensable, mais que bâtir sa réflexion politique à partir de ça serait une erreur totale : ce qui a un sens politique c’est la combinaison d’une masse de gens qui ne vont pas voter, et d’une masse de gens qui votent de manière insurrectionnelle contre le système et utilisent n’importe quel bulletin de vote qui leur passe à portée de main. Croire qu’il suffirait d’afficher je ne sais quelle union des groupuscules pour satisfaire aux besoins d’union du peuple français contre l’oligarchie est une vue de l’esprit.

 

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- Trois jours après le premier tour des élections régionales, Jean-Luc Mélenchon prend la parole.

- Au siège du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon tire les leçons du second tour des élections régionales

Jean-Luc Mélenchon : Front de gauche, et "l’autre gauche" sont dos au mur !
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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 09:28
Roger Martelli : « Pour vivre, la République doit être refondée »
Roger Martelli[1] pointe les responsabilités dans la montée de l’extrême droite qui se nourrit de l’« état 
de guerre ». Face aux crispations identitaires, il appelle la gauche à remettre l’égalité au cœur de son projet.
 
Sources : L'Humanité

- L'Humanité : Comment expliquez-vous que ­l’extrême droite et les forces ­rétrogrades soient arrivées à ce niveau d’influence ?

Roger Martelli : Faut-il s’en étonner ? Ce que nous vivons est en gestation depuis plus de trois décennies. Désormais l’économie a pris le pas sur la politique, la majorité de la gauche a renoncé à l’égalité et a tourné le dos au « changer la vie », l’État ne veut plus réguler, le salariat est réduit à la précarité et la droite s’est alignée sur l’extrême droite. L’espérance sociale a reculé. Ce qui nourrissait la colère et l’esprit de lutte s’est transformé en ­ressentiment et en esprit d’exclusion. Une partie du peuple se détourne de la chose publique, une autre veut donner un coup de pied dans la fourmilière. Telle est la base commune de l’abstention et de la poussée de l’extrême droite.

 

Ceux qui ont stimulé ou accepté cette évolution sont responsables. Il fut un temps où la gauche tout entière croyait à la ­possibilité de l’égalité des conditions, où l’on rêvait de changement de société, où l’État voulait peser sur l’économie, où la droite n’avait pas oublié complètement la Libération et le gaullisme, où le monde ouvrier campait sur des acquis obtenus de haute lutte. Ce n’est plus le cas. À la gauche de la gauche, nous n’avons pas pu empêcher ce recul et, de 
ce fait, nous nous sommes affaiblis. À nous maintenant de ­comprendre pourquoi.

 

 

- L'Humanité : Oui, et pourquoi le FN parvient-il, lui, à surfer sur les effets de cette crise politique ?

Roger Martelli : Parce que l’extrême droite a gagné la bataille des idées. L’égalité a structuré la vie politique depuis la Révolution : la droite croit aux vertus de l’inégalité (base de la compétition), la gauche à celles de l’égalité. Or, au fil des décennies, l’égalité a reculé au profit de l’identité. La question centrale ne serait plus celle de la justice, mais tournerait autour du sentiment que « l’on n’est plus chez soi ».

 

L’extrême droite a imposé cette idée dès les années 1970, la droite l’a peu à peu intériorisée (souvenons-nous du débat de Sarkozy sur « l’identité française ») et, hélas, une partie de la gauche y est aujourd’hui sensible.

 

 

- L'Humanité : Vous évoquez la survalorisation de la question identitaire au détriment de celle d’égalité. Mais n’apparaît-elle pas comme une réponse aux peurs individuelles face à un monde capitaliste ­divisé en prise aux guerres et dont la globalisation uniformise les droits vers le bas ?

Roger Martelli : Notre monde est instable et dangereux. Mais comment pourrait-il en être autrement quand partout règnent les lois de la concurrence, de la gouvernance et des rapports de puissance ? Les inégalités sont plus grandes que jamais, les discriminations sont le lot des individus et des peuples et la souveraineté populaire est un vain mot. Quant à ce qu’on appelle « l’état de guerre », c’est purement et simplement une construction, amorcée aux États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001. En réalité, c’est la conclusion logique d’une longue évolution, commencée dès le début des années 1990. On s’est mis alors à ­expliquer que les luttes sociales étaient désormais caduques, que l’essentiel était le conflit des « civilisations » et que l’avenir était à la guerre des « identités ». Il y a une cohérence terrible entre le primat de l’identité, le choc des civilisations et l’état de guerre. L’extrême droite en fait ses choux gras.

 

Si l’on ne se sort pas de cette nasse, la justice sociale restera en panne et notre monde pourrait bien se retrouver devant un nouvel août 1914. En pire… Il ne faut pas mettre le petit doigt dans la logique de l’état de guerre. Si l’on veut remédier au désordre du monde et à ses périls, il faut s’attaquer à ce qui le produit : l’injustice et le déni de démocratie. Voilà des décennies que l’on tourne le dos aux exigences de développement économe des capacités humaines. Persévérer dans cette cécité est une aberration, si ce n’est pas un crime.

 

 

- L'Humanité : Comment ce combat pour l’égalité doit-il se traduire concernant la nation ?

Roger Martelli : La nation n’est pas un astre mort, mais nous vivons dans un seul monde, ce qui fait de l’interdépendance des peuples et du partage les clés de l’avenir humain. Contre la barbarie et pour la justice, il n’y a plus de projet qui puisse se penser comme « avant tout national ». Tout discours qui contourne cette exigence est inefficace et stimule l’avancée frontiste. L’obsession nationale nourrit aujourd’hui le repliement frileux et l’esprit d’exclusion. Il ne faut pas laisser la mondialité à la mondialisation du capital et au jeu des puissances. En bref, on ne dispute pas le nationalisme au Front national : on le combat.

 

 

- L'Humanité : Dans la dernière période, on a assisté à de nombreux glissements lourds de conséquences. Comment y résister dans le champ politique ?

Roger Martelli : Le social-libéralisme forgé par Tony Blair contient trois volets : ­l’acceptation des normes de la mondialisation financière (la compétitivité), la mise au travail (la précarité plutôt que le ­chômage) et l’ordre social (au nom de la sécurité). François Hollande et Manuel Valls ont fait ce choix. Il inspire désormais toute leur action, y compris face au terrorisme. Or cette méthode bafoue la justice et nourrit le désordre alors même qu’elle prétend le résorber.

 

Si le choix du pouvoir est efficace, c’est sur un seul point : il détruit le socle historique de la gauche et du mouvement plébéien et démocratique français. Ce faisant, il désarçonne les catégories populaires et il exacerbe la radicalisation à droite. Sans doute cela pose-t-il de redoutables problèmes à la droite classique. Mais cela porte surtout en avant le FN. Jeu de Gribouille, incroyablement périlleux…

 

Dans ce contexte, rien ne sert d’invoquer la République ou d’appeler au rassemblement de la gauche. Pour vivre, la République doit être refondée en devenant participative et sociale. Quant à la gauche, la question n’est pas tant de la rassembler que de la reconstruire. Ce n’est possible qu’à partir de ses valeurs : égalité, liberté, solidarité… et donc esprit de rupture.

 

Note :

[1] Roger Martelli est Historien 
et codirecteur de Regards

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 10:18
Déclaration du Parti de Gauche à l’issue du second tour des régionales

Sources :  le Parti de Gauche

- A l’issue de ces Régionales, la France est dans un très mauvais état.

La mobilisation de millions de concitoyen-ne-s ayant choisi un bulletin de vote opposé à leurs convictions a permis d’éviter le pire, que le FN remporte des régions. Cela ne saurait cacher la progression en voix du FN dont les thèmes auront marqué toute cette campagne, avec parfois même le concours du gouvernement, dans un climat de mensonges, de peur, de surenchère sécuritaire et xénophobe.

 

Ailleurs les triangulaires ont permis, le plus souvent avec un écart réduit, la victoire tantôt aux listes LR, tantôt aux listes conduites par le PS. Ces dernières ont évité la déroute en bénéficiant de la mobilisation d’un électorat qui, malgré tout, s’est servi de ce bulletin pour empêcher une droite, aiguillonnée par le FN, d’aggraver encore plus la situation. Cela n’a pas été suffisant en Ile-de-France où le rejet de la politique gouvernementale a lesté la liste de Bartolone, quand la liste de Pécresse a profité d’un bon report d’une partie de l’électorat du FN, notamment des supporters de la Manif pour Tous. Le PS aurait tort de se satisfaire d’avoir conservé 5 régions sur les 12 de France métropolitaine. Ce résultat n’est en aucun cas un vote d’adhésion pour la politique menée par le gouvernement.

 

 

- Le bilan de Manuel Valls est terrible.

Il a décidé d’anéantir toute représentation de gauche dans deux régions, sans utilité autre que ses calculs politiciens pour 2017 comme le démontre le résultat maintenu de Jean-Pierre Masseret en ACAL qui n’ a pas empêché la défaite de Philippot. Le bilan social du gouvernement est celui d’un pays défiguré par un chômage et une pauvreté record, quand les dividendes des actionnaires ne cessent de croître. Un Etat affaibli par la baisse des dépenses publiques, une activité économique en berne, un accord COP21 en trompe l’oeil et qui n’est absolument pas à la hauteur de l’urgence climatique. Le bilan moral est aussi sans appel : en reprenant la mesure du FN de déchéance de la nationalité, il a de fait validé la bataille culturelle menée par l’extrême droite xénophobe. Avec la poursuite de cette politique le pire est devant nous.

 

 

- Si François Hollande agissait en homme d’Etat,...

il prendrait acte de la situation et renverrait Manuel Valls afin de de rompre radicalement avec la politique austéritaire de l’offre qui conduit le pays vers l’abime. Il proposerait la seule loi d’urgence qui vaille, celle d’un collectif budgétaire donnant la priorité au pacte social et écologique sur le pacte de stabilité.

 

 

- Si le PS agissait en parti de gauche,...

le sursaut invoqué hier par Jean-Christophe Cambadélis serait celui de se tourner vers un Front Populaire pour mettre en mouvement le peuple à l’opposé du social-libéralisme qui a gangréné son parti depuis des années. La situation est en effet aussi grave que celle des années 30.

 

 

- Mais nous n’avons pas d’illusions. Il faut donc plus que jamais travailler à une autre voie.

Dès les législatives de 2012, l’autre gauche n’aura jamais su faire fructifier ni même simplement rassembler l’élan populaire qui s’était porté derrière la candidature présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. Chaque élection intermédiaire a brouillé plus encore nos messages, par un refus de nationaliser les enjeux, quand le FN lui n’a cessé de se construire dans une stratégie de conquête du pouvoir.

 

 

- L’abstention qui reste massive révèle bien cette insurrection froide qui n’a pas trouvé encore sa voie.

Le FN continue sa progression, mais il n’a pas gagné. La colère du peuple doit trouver une expression positive, notre responsabilité est immense pour y contribuer.

 

Il est désormais impératif d’être audacieux et de défricher d’autres formules politiques que celles qui ont échoué pour mettre en mouvement.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier élections régionales 2015

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 09:10
Des outils pour combattre le FN et l'idéologie d'extrême droite

Sources : Association VISA

- Qui est l'Association VISA ?

VISA est une association intersyndicale composée d’une cinquantaine de structures syndicales : la FSU et plusieurs de ses syndicats, l’Union Syndicale Solidaires et plusieurs de ses syndicats, des fédérations et des syndicats de la CGT, de la CFDT, de la CNT, de l’UNEF et le syndicat de la Magistrature.

 

Les militants de VISA, depuis 1996, recensent, analysent, dénoncent, les incursions de l’extrême droite et plus particulièrement du Front national sur le terrain social. VISA se veut être un outil d’information et de réflexion pour toutes les forces syndicales qui le souhaitent afin de lutter collectivement contre l’implantation et l’audience de l ’extrême droite dans le monde du travail.

 

Les 17,9 % de Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2012, confirmés dans de nombreuses régions aux législatives, montrent que le discours fasciste s ’est installé durablement dans la société française. Cette situation ne peut nous laisser indifférents tant les « valeurs » et l’idéologie portées par le FN sont aux antipodes des idéaux de solidarité et de progrès défendus par nos organisations syndicales.

 

Nous, syndicalistes, avons une responsabilité particulière pour dénoncer les pseudos solutions du FN qui consistent à dresser les uns contre les autres les précaires, les immigrés, les chômeurs et ceux qui ont un emploi. Notre devoir est de défendre, de façon intransigeante, dans notre propagande et nos actions, la solidarité de tout le salariat quels que soient son origine ou son statut.

 

Ce combat antifasciste doit être pris en charge par toutes les organisations syndicales, de la base au sommet. Autant que possible, cette contre offensive syndicale doit se faire dans l’unité la plus large. VISA est partie intégrante de ce combat et y contribue :

- En informant sur les dangers et le développement de l’extrême droite en France, en Europe et dans le monde ainsi que sur les « passerelles » avec la droite dure.
- En analysant de manière critique les propositions dites sociales de l’extrême droite.
- En relayant sur son site toutes les prises de positions, actions des organisations syndicales contre l’extrême droite.
- En dénonçant toutes les discriminations racistes, sexistes, homophobes au sein et hors des entreprises.
- En se faisant l’écho de toutes les actions de solidarité avec les sans papiers.
- En aidant, par des outils adaptés (journées de formation, brochures, affiches etc.), les équipes syndicales à se former et se mobiliser pour démystifier, aux yeux des salarié-e-s les propositions prétendues sociales de l’extrême droite.
- En alertant sur la présence dans les structures syndicales de militants d’extrême droite se prétendant responsables syndicaux.

 

 

- VISA met des outils à notre disposition

  • L’association VISA a publié, en 2010, une brochure intitulée « FN, le pire ennemi des salarié-e-s » dont la version papier est épuisée..... elle est disponible ICI en lecture et téléchargement direct et gratuit.

Des outils pour combattre le FN et l'idéologie d'extrême droite
  • L’association VISA a aussi publié la brochure « Contre le programme du FN», un outil à la disposition des citoyens et militants syndicaux

  • Décortiquer le programme du Front National n’est pas chose aisée, pour une raison fondamentale : pour les fascistes, les questions programmatiques sont secondaires et essentiellement tactiques. Leur vrai et unique programme est l’Etat fort ; entendons par là un Etat où les libertés démocratiques sont fortement restreintes, en attendant d’être liquidées, un Etat où le mouvement ouvrier - partis et syndicats - est muselé, détruit, ou transformé en officine corporatiste ; un Etat où l’idéologie nationaliste et chauvine tient le haut du pavé, d’abord contre les immigrés soit disant responsables de tous les maux, puis contre « l’étranger », individu ou pays, contre lequel il faut se prémunir voire s’armer (…)

     

    Cette brochure de 48 pages a donc l’ambition de livrer une analyse syndicale pour contrer le discours et le programme du FN qui risquent de tromper un nombre important de salariés et de fonctionnaires. Mise sous presse mi-février, cette brochure a été réalisée alors que le FN n’avait pas encore publié tout son programme dans le détail. Néanmoins, sa lecture permet de convaincre tout un chacun de la nature toujours profondément d’extrême droite, donc anti-sociale, du FN.

     

    Au sommaire de cette brochure, préfacée par Jean Paul Gautier (politologue) :

    • L’économie vue du FN : « nationaliser » et aggraver la crise !
    • Social, emploi, pouvoir d’ achat : poudre aux yeux et mise au pas
    • Le programme fiscal du FN : incohérent et malhonnête !
    • Le Front national et l’école :  le faux tournant républicain
    • « Préférence nationale » ou « Priorité nationale » : un projet raciste
    • Marine Le Pen : Femmes et Homos ... le double langage
    • Du marigot fasciste à Ron Paul, Poutine ... et Lieberman

    Elle peut être commandée ICI

     

    • L’association VISA a également publié la brochure « Lumière sur mairies brunes », un outil pour Garder la mémoire… pour mieux combattre la progression de l’extrême droite dans les têtes et dans les urnes.

    Garder la mémoire… pour démontrer que le Front national n’a pas changé depuis 1972, qu’il est toujours un parti raciste, xénophobe, nationaliste et férocement hostile à l’action syndicale.


    Composé par Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes (VISA), ce livre est une  «boîte à outils». On y trouve le récit détaillé des faits et méfaits du Front national et de ses alliés au terme d’une année d’exercice du pouvoir municipal dans les quinze villes qu’ils occupent depuis le printemps 2014.


    Si depuis cette date, le FN ne transforme pas brutalement les villes conquises en laboratoires d'expérimentations fascistes, il n'en demeure pas moins que nombre de leurs délibérations sont marquées du sceau de la destruction des politiques sociales, du racisme, de la stigmatisation des étrangers et des populations d'origine immigrée et de la mise au pas des opposants.


    Attaques frontales contre la culture, baisses drastiques des subventions aux associations non soumises, surarmement des policiers municipaux, noms de rues changés, appropriation et falsification de symboles ouvriers, fonctionnaires territoriaux mis sous pression, ségrégation dans l'attribution des logements sociaux... Tel est le quotidien dans les municipalités brunes dont ce livre dresse le catalogue accablant, mais indispensable, pour amplifier la riposte.


    On peut également y découvrir les analyses et communiqués de VISA ainsi que les expressions syndicales (CGT, Solidaires, FSU, CFDT) et intersyndicales qui sont autant de coups de projecteurs sur les réponses à apporter aux incursions du FN sur le terrain social. La lecture de ce livre permettra à chacun-e, de contrer les discours haineux et la démagogie sociale de l’extrême droite.

    • Elle peut être commandée ICI

     

    Pour en savoir plus :

    - Mon dossier extrême droite

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 09:57

Sources : ENSEMBLE! et Politis.fr et en dernier lieu L'ére du Peuple :

- Retour sur les résultats :

  • Sur la nouvelle région

Au second tour ce sera bonnet blanc & blanc bonnet ! (Elections régionales 2015, région Aquitaine - Limousin - Poitou/Charentes)
  • Sur la Charente Maritime
Au second tour ce sera bonnet blanc & blanc bonnet ! (Elections régionales 2015, région Aquitaine - Limousin - Poitou/Charentes)
  • 3,63% pour le Front de Gauche en Charente Maritime ;
  • 4,85% pour le Front de Gauche sur l'ensemble de la nouvelle Région (ALPC) Aquitaine - Limousin - Poitou/Charentes...
  • Le résultat est sans appel.... les 100 215 électeurs du Front de Gauche ne seront pas représentés à l'assemblée régionale ! Personne pour porter et défendre les valeurs de l'Humain Dabord !

     

     

    - Constatons que le Front de gauche est globalement en panne

    Bien sûr, les comparaisons ne sont pas faciles avec un scrutin précédent où subsistaient dans quelques régions des configurations d’alliance avec le PS, telles qu’elles avaient été inaugurées par Robert Hue en 1998. La comparaison est d’autant plus malaisée que, dans deux cas (Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées et PACA), le PCF se trouvait dans une alliance de tout le Front de gauche et des Verts, avec deux têtes de listes écologistes. Si l’on additionne les cas où le PC ne regroupe pas tout le Front de gauche (0,4%), où il est à la tête de coalition de type Front de gauche (3,8 %) et les deux rassemblements avec les Verts (1,5 %), on parvient au total de 5,7 %. En 2010, le Front de gauche en avait obtenu 5,9 % alors qu’il n’était pas présent en tant que tel dans toutes les régions. Difficile de voir dans ce résultat global l’indice d’une progression. Même si les résultats sont intéressants en Normandie ou en Île-de-France…

     

    La comparaison est plus éclairante encore, si l’on met côte-à-côte le résultat de dimanche et celui des élections européennes de 2014. À l’exception de la Normandie et de l’Île-de-France, le PCF et le Front de gauche sont partout en retrait. En Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes et en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, la perte est d’un tiers du niveau initial, dans six autres cas la perte se situe entre un tiers et un cinquième. Or les européennes de 2014 étaient déjà elles-mêmes en retrait sur le score présidentiel précédent…

     

    Le résultat global est donc incontestablement décevant. D’ores et déjà, le FDG est au-dessous du seuil des 5% dans six régions françaises, où il comptait en tout 42 conseillers, sur les 127 qu’il avait fait élire nationalement, pour les trois quarts issus des rangs du PCF. Le Front de gauche pouvait espérer tirer avantage du glissement vers la droite du socialisme de gouvernement. Il n’en a rien été pour l’instant. Depuis le mois d’avril 2012, le Front de gauche ne cesse d’enregistrer des résultats en recul sur ce que laissait augurer le scrutin présidentiel, où Jean-Luc Mélenchon avait cristallisé l’aspiration à une gauche bien à gauche.

     

     

    - Mais qui en sera surpris vu l'état l’état "d’imbroglio permanent" dans lequel se trouve le Front de Gauche ?

    Il n'est pas inutile de rappeler ici ce qu'écrivait récemment Jean-Luc Mélenchon dans L'ére du Peuple :

    • " Le Parti de gauche a abordé les élections régionales avec l’idée de permettre l’émergence et la visibilité de « l’opposition de gauche ». Il s’agissait de ne pas laisser passer l’opportunité d’élargir ce que le Front de Gauche a voulu incarner depuis le début. C’est-à-dire l’existence d’une alternative à gauche à la politique du PS.
    • Cette possibilité semblait bien ouverte avec la sortie du gouvernement d’EELV. De plus, notre principal allié dans le Front de gauche, le PCF, affirmait sans relâche la nécessité « d’élargir le rassemblement ». Le terrain semblait facile à bâtir ou à déminer. D’autant que dans le même temps, les uns et les autres déclaraient vouloir profiter de la circonstance pour se donner les moyens d’une « implication citoyenne » approfondie.
    • Mais entre les déclarations de chacun et la réalité, le même vieux gouffre s’est ouvert dans la meilleure tradition politicienne. Seuls mes amis (du Parti de Gauche), pleins d’une confondante naïveté, renoncèrent sans contrepartie à quelque tête de liste que ce soit pensant favoriser partout le rassemblement en montrant l’exemple.
    • Leur insistance à faire adopter des chartes éthiques est remarquable dans un tel contexte.
    • Le reste fut une foire d’empoigne locale, un chantage permanent à la division de la part de partenaires obnubilés par la tête de liste, sans la moindre coordination nationale pour essayer d’équilibrer la représentation de chacun. "

     

    Le résultat calamiteux du Front de Gauche et des Verts est le fruit d’un refus obstiné de faire une campagne nationale, sous un label commun, dans un système d’alliance unifié et visible par tous et partout. Quatre combinaisons d’alliance pour treize régions, c’est un record !

     

    Et, localement, que l'on ne vienne pas nous parler de "beau rassemblement" en Charente Maritime :

Au second tour ce sera bonnet blanc & blanc bonnet ! (Elections régionales 2015, région Aquitaine - Limousin - Poitou/Charentes)

- quand une grande partie des adhérents du PCF ont rejeté la candidature de leur secrétaire fédéral comme tête de liste départementale, décidé de ne pas faire campagne (à souligner que lors des élections régionales de 2010 ce sont eux qui avaient sauvé l'honneur du PCF par leur présence sur une liste de rassemblement contre leur direction fédérale qui avait refusé de faire campagne, militant pour une liste commune avec le PS pour le 1er tour), dissensions dont la presse ne manqua pas de se faire l'écho ;

Au second tour ce sera bonnet blanc & blanc bonnet ! (Elections régionales 2015, région Aquitaine - Limousin - Poitou/Charentes)

- quand la liste de "rassemblement" de Charente Maritime n'a pu unir l'ensemble des composantes du FdG, du fait de la volonté de la direction du PCF17 de minorer la place de "ENSEMBLE!" sur la liste...

 

 

- Plus globalement :

" Depuis les massacres du 13 novembre, nous sommes entrés dans un autre monde...... En empruntant une partie des propositions de l’extrême droite et en s’alignant sur les mots de la droite, le PS et son gouvernement ont brisé une digue décisive. Le nombre de ceux qui peuvent préférer l’original à la copie a été gratuitement augmenté dans une perspective étroitement électoraliste d’ailleurs parfaitement illusoire." soulignait récemment Jean-Luc Mélenchon dans L'ére du Peuple.

 

En définitive, le résultat de dimanche est celui d’une mobilisation parfaite de l’extrême droite stimulée par l’onde de choc des attentats et le pilonnage médiatique. Combinée à l’effondrement de l’engagement électoral de la population, à une abstention de masse, et au refus de faire une campagne nationale Front de Gauche[1], le tableau se lit désormais comme une insurrection civique froide sur le mode « Qu’ils s’en aillent tous ».

 

Sur un autre plan, le mode de scrutin modifié en 1999, qui devait minorer le FN, lui donne les clés !

  • Le PS, la gauche et les écologistes disparaissent dans deux régions au moins, plus vraisemblablement dans trois les discussions entre la direction du PS et Jean-Pierre Masseret continuant en vue d’aboutir à la reddition de ce dernier dans la région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes ;
  • Manuel Valls, qui présidait une possible disparition de la gauche du fait de la montée du FN, est en passe de réaliser sa prophétie. En grande partie à cause des effets de la politique qu’il conduit sous la direction de François Hollande. Son silence au soir du scrutin était assourdissant.

 

Le naufrage de ce 6 décembre a en effet une autre cause.... le mode de scrutin !

Plus ancienne, et donc oubliée de notre société sans mémoire, la modification du mode de scrutin n’en a pas moins produit ses effets, agissant comme un couperet. De 1986 à 1998, les conseils régionaux étaient élus à la proportionnelle à un tour sur listes départementales. Passer la barre de 5 % permettait d’avoir des élus et donc aux principaux courants politiques d’être représentés.

 

Mais pour nos formations gouvernementales l’absence d’une majorité de godillots était insupportable. En 1998, faute de majorité nette en leur faveur, quelques notables de droite ont passé accord avec le Front national pour emporter les présidences et constituer des majorités de gestion avec l’extrême droite. Ce fut le prétexte pour changer la loi électorale.

 

Le mode de scrutin que l’on connaît aujourd’hui, imaginé par le PS et le gouvernement Jospin, voté par le PS, le RPR et l’UDF, avait pour but de minorer la représentation du FN. Ce qui fut le cas en 2004 et 2010. Mais en accordant une prime de 25 % à la liste arrivée en tête, ce mode de scrutin lui donne aujourd’hui possiblement les clefs de deux à trois régions, alors même que l’extrême droite n’y réuni pas la majorité des suffrages exprimés. Et c’est cette disposition qui oblige les listes PS, confrontées à cette éventualité, de se faire hara-kiri pour tenter de l’empêcher.

 

On savait déjà combien l’inversion du calendrier électoral voulu par Lionel Jospin (il s’agissait de reporter la date des élections législatives pour qu’elles se tiennent quelques semaines après la présidentielle, et non quelques semaines avant) avait dramatiquement renforcé le fait présidentiel et étouffé le débat à gauche. On découvre aujourd’hui les effets anti-démocratiques de la réforme du mode de scrutin régional du même Lionel Jospin. Il est plus que temps de songer à refonder nos institutions..... une VIéme République s'impose !

 

 

- Un vaste projet de recomposition du paysage politique avec l'instrumentalisation du FN

Cette situation s'inscrit dans une vaste manoeuvre de recomposition du paysage politique dans laquelle la liquidation du PS est planifiée. Hollande, Valls, la direction du PS.... sont à la manoeuvre et utilisent le FN dans cet objectif !

 

Manuel Valls, ne cesse t-il pas de répéter que « le mot "socialisme" est dépassé » et que « le PS devra, un jour, changer de nom pour être en cohérence avec notre temps » avec en ligne de mire la construction d'une "maison commune" ?


Les élections régionales 2015 en sont un nouveau témoignage dramatique dans laquelle nous assistons à une partie de billard à 3 bandes avec en arrière pensée les prisidentielles de 2017, et ce au nom de la lutte contre le FN qui peut se schématiser ainsi :

- tout faire pour monter le FN en mayonnaise ;
- faire des primaires à gauche pour éliminer "la gauche (les forces situées à la gauche du PS) "... et ne garder que le PS ;
- appeler à l'union nationale, quitte a constituer une force politique unique
(ce dont rêve Valls) "droite - centre - PS" au nom de la lutte contre le FN (une partie des forces de droite rejoignant le FN et l'autre cette nouvelle force) ;
voilà ce à quoi s'emploie Valls, Hollande et la rue de Solférino.... quitte à liquider le PS au passage !
In fine ce serait le bipartisme à l'américaine !

 

 

- Et maintenant ?

Sur la région (ALPC) Aquitaine - Limousin - Poitou/Charentes un second tour opposera :

  • Alain Rousset (PS) ;
  • Virginie Calmels (LR) ;
  • et Jacques Colombier (FN).

 

Les forces politiques se sont exprimées :

  • Pour le PCF[2] c'est notamment : "Au deuxième tour nous appelons à dire non à l'austérité qui nourrit la désespérance et à ne laisser aucune chance à la droite et l'extrême-droite de prendre les rênes de la Région."... Mais comment "dire non à l'austérité qui nourrit la désespérance" en votant A. ROUSSET qui en est le représentant local et aura en charge de la mettre en oeuvre au travers du budget régional ?
  • Pour le Parti de Gauche et ENSEMBLE![3] c'est notamment : ".... plus que jamais reconstruire une perspective d'avenir est nécessaire : dans l'immédiat, elle implique de n'accorder aucune voie à la droite et à l’extrême droite dimanche."

 

- Et que l'on ne vienne pas me sortir que la République est en danger en Aquitaine-Limousin-Poitou/Charentes.... les chiffres démontrent le contraire !
- Par contre Virginie CALMETS et Alain ROUSSET sont, au nom de l'austérité, porteurs d'une même politique libérale qui va à l'encontre des besoins des populations en matière d'emplois, de services publics, de développement des territoires, de défense de l'environnement !

 

le 13 décembre, je n'accorderai aucune voie à la droite et à l’extrême droite..... ce sera bonnet blanc & blanc bonnet !

...JE VOTERAI BLANC !

 

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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 21:45
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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 09:59
Front de Gauche : l’état d’imbroglio permanent

Sources : L'ére du Peuple le blog de Jean Luc Mélenchon le 2 decembre 2015

- Comme il semble loin le moment où l’on envisageait la stratégie à mettre en œuvre pour les élections régionales !

La vérité c’est que depuis lors, et surtout depuis les massacres du 13 novembre, nous sommes entrés dans un autre monde. À cette heure, l’ethnicisme, l’idéologie sécuritaire, et toute la panoplie des fondamentaux de la droite et de l’extrême droite tiennent le haut du pavé dans les esprits. Et les sondages amplifient cette perception de la réalité. La nouveauté qui aggrave la débandade de nos idées c’est que l’idéologie sécuritaire a pris pied dans nos rangs.

 

En empruntant une partie des propositions de l’extrême droite et en s’alignant sur les mots de la droite, le PS et son gouvernement ont brisé une digue décisive. Le nombre de ceux qui peuvent préférer l’original à la copie a été gratuitement augmenté dans une perspective étroitement électoraliste d’ailleurs parfaitement illusoire. En effet, c’est ce qui se produit quand, dans l’angoisse d’une situation comme celle que nous vivons, ceux dont c’est le devoir et l’honneur de proposer un cap s’abaissent à valider des trouvailles aussi nauséabondes par exemple que la déchéance de la nationalité pour les binationaux. Car dans l’instant, et avant toute mesure effective, ils transforment en suspects des millions de gens du fait de leurs origines plus ou moins lointaines et pas toujours voulues.

 

Mais cela ne nous émancipe pas de nos propres responsabilités. L’autre gauche est une nouvelle fois en ordre dispersé dans ses réactions aux évènements. Le message de résistance à l’air du temps est dilué jusqu’au point d’être quasi inaudible. De mon côté, je m’efforce, autant que je peux, d’exprimer ce que nous savons et ressentons en marchant au pas de ce qui peut être entendu par un pays traumatisé et anxieux. Mais comment échapper à la question que m’a posé, sur "France 3 ", madame Françoise Fressoz du journal Le Monde : « comment comptez-vous peser si vous êtes déjà si divisés entre vous comme sur le vote à propos de l’état d’urgence ».

 

 

- Sur le sujet, pourtant, mon opinion est faite depuis toujours.

Je ne crois, ni n’ai jamtais cru que ce type de dispositif favorise la sécurité collective. Dans un pays qui a déjà adopté dix lois antiterroristes en dix ans, dont trois du fait de l’actuel président, il y avait mieux à faire que de légiférer dans l’urgence sur l’urgence. Mais j’ai cru de mon devoir de ne pas déclencher sur le sujet une polémique qui aurait aggravé les divisions et méconnu le vrai trouble qu’ont ressenti ceux qui ont voté l’état d’urgence.

 

En toute hypothèse, il y a avait trois positions dans les rangs de l’opposition de gauche. Le vote « contre » porté par trois socialistes et trois Verts, le vote « pour » et même… l’abstention ! Comme si un sujet où se débat l’équilibre toujours difficile entre liberté et sécurité on pouvait s’en remettre aux autres du soin de décider. Pour ce qui concerne les parlementaires « Front de Gauche », c’est-à-dire communistes pour la quasi-totalité, il n’y aura pas eu ni un amendement ni un vote « contre » à l’Assemblée et au total les votes « pour » auront été majoritaires face aux vote abstention. Sur la poursuite des bombardements en Syrie, tous se sont abstenus sans une seconde de discussion avec la coordination du Front de Gauche.

 

Quoiqu’il en soit, j’ai dit depuis longtemps combien je déplore que les groupes prennent leurs décisions sans concertation avec la coordination politique du Front de Gauche. Une nouvelle fois, il m’aura fallu découvrir dans la presse ce qui se vote et qui le fait. Sans réclamer aucun privilège, un peu de contact avec moi serait fraternel et bienvenu car c’est à moi qu’on demande ensuite d’expliquer et de commenter dans des médias qui se régalent de mon embarras. L’imbroglio d’une séquence commencée dans l’approbation sans réserve de l’état d’urgence (le groupe étant absent de la réunion de la commission des lois où se discutaient les amendements) et s’achevant dans l’abstention majoritaire au Sénat dans le groupe sénatorial « communiste citoyen et républicain » est une nouvelle démonstration de l’incohérence et de la panne stratégique sur laquelle débouche cette incroyable « indépendance des groupes et des élus ». Cette indépendance n’a jamais existé dans le passé de toutes les familles politiques de la gauche depuis l’origine de nos organisations et n’existe nulle part au monde dans les partis de gauche. J’y suis fermement opposé. Et je compte bien qu’il en aille autrement pour la prochaine législature avec ceux qui porteront la même étiquette politique que moi.

 

 

- L’imbroglio est partout.

Et surtout au pire endroit, c’est-à-dire face au suffrage universel. Les élections régionales nous voient arriver dans une cohue illisible nationalement. Et cela au moment où il y a le plus besoin de clarté de détermination et d’unité de l’opposition de gauche si elle veut être entendue par les gens normaux qui veulent des responsables qui assument leurs positions et non de confus psalmodiateurs de messages partidaires.

 

J’ai participé à la réunion où le PG a fixé sa ligne d’action. Je peux témoigner que mes amis ont abordé les élections régionales avec l’idée de permettre l’émergence et la visibilité de « l’opposition de gauche ». Il s’agissait de ne pas laisser passer l’opportunité d’élargir ce que le Front de Gauche a voulu incarner depuis le début. C’est-à-dire l’existence d’une alternative à gauche à la politique du PS. Cette possibilité semblait bien ouverte avec la sortie du gouvernement d’EELV. De plus, notre principal allié dans le Front de gauche, le PCF, affirmait sans relâche la nécessité « d’élargir le rassemblement ». Le terrain semblait facile à bâtir ou à déminer. D’autant que dans le même temps, les uns et les autres déclaraient vouloir profiter de la circonstance pour se donner les moyens d’une « implication citoyenne » approfondie.

 

Mais entre les déclarations de chacun et la réalité, le même vieux gouffre s’est ouvert dans la meilleure tradition politicienne. Seuls mes amis, pleins d’une confondante naïveté, renoncèrent sans contrepartie à quelque tête de liste que ce soit pensant favoriser partout le rassemblement en montrant l’exemple. Leur insistance à faire adopter des chartes éthiques est remarquable dans un tel contexte. Le reste fut une foire d’empoigne locale, un chantage permanent à la division de la part de partenaires obnubilés par la tête de liste, sans la moindre coordination nationale pour essayer d’équilibrer la représentation de chacun. Pour affronter une élection forcément nationale, puisque les nouvelles régions n’ont aucune homogénéité locale, rien de plus ridicule que cette façon de laisser la ligne nationale résulter des arrangements, amitiés et détestations, locaux. Avec la poussée du Front national et la pression du « vote utile », rien de pire que cet éparpillement puéril sans vision d’ensemble. C’est dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie que l’irresponsabilité a atteint son pic. La chance se présentait d’une liste commune de toute l’opposition de gauche puisque EELV avait accepté la fusion avec le FDG. Elle aurait pu se présenter comme une alternative au PS et donc comme un rude challenger face au FN. Mais l’ordre du monde est bien gardé. La liste d’union rassemblée autour d’EELV et du PG avec Sandrine Rousseau s’est vu opposer une liste identitaire du PCF déclenchant une polémique gratuite dans nos rangs en raison de son appropriation du sigle « Front de Gauche ».

 

 

- Au final, le tableau est affligeant.

Impossible d’aller dans une émission de télé ou de radio en étant capable de dire comment s’appellent nos listes puisqu’autant de « territoires », autant de noms plus poétiques les uns que les autres, choisis sans concertation entre régions. Localement, l’annexion des listes par la couleur de la tête de liste est faite sans vergogne par la presse locale qui de toute façon n’entend déjà rien aux subtilités au-delà du tripartisme bovin que le PS lui a vendu comme la nouvelle grille de lecture du monde politique en France. Et comment lui en vouloir quand nous sommes réduits à l’état de confettis. Le paradoxe est donc à son comble. Car des listes d’opposition de gauche, autonomes du PS, seront présentées devant les électeurs dans l’ensemble des régions. Le PS se retrouve, lui, isolé dans toutes les régions. C’est la première fois. Mais en face il n’y a pas d’alternative cohérente sauf dans quelques régions où l’on a su se regrouper pour agir ensemble mais où on souffre durement de l’absence de référence nationale.

 

 

- Je fais un rapide tableau d’ensemble.

Je sais combien il restera assez largement incompréhensible et assommant à lire pour mes lecteurs. Mais il faut bien le faire. Finissons-en. L’unité de l’opposition de gauche n’est complète que dans deux régions: en Midi-Pyrénées/Languedoc Roussillon et PACA. Cette construction, unissant notamment le FDG et EELV, a pour objectif de nous permettre d’être en tête de la gauche au soir du 1er tour. Cela constituerait un événement politique. Mais comment y parvenir sans visibilité nationale au moment où toute la campagne est devenue totalement nationale ? Deux autres régions voient également un rassemblement entre le PG, EELV, la Nouvelle Gauche Socialiste et Nouvelle Donne. Mais là, le PCF a décidé de présenter sa propre liste. C’est le cas dans le Nord Pas de Calais Picardie et en Auvergne Rhône-Alpes. Dans six autres, le Front de Gauche uni incarnera seul ce rassemblement puisque EELV y a choisi de faire cavalier seul : Île-de-France, Bretagne, Normandie, Aquitaine Poitou-Charentes Limousin, Alsace Champagne-Ardenne Lorraine, Bourgogne Franche-Comté.

 

Pour terminer ce puzzle, le PG sera absent dans deux régions (Centre et Pays-de-Loire) et plusieurs départements faute de n’avoir trouvé d’accord ni avec le PCF ni avec EELV, qui partent seuls, chacun de leur côté.

 

 

- Bilan de ce galimatias : l’opposition de gauche existe en fait. Mais pas en liste.

Le soir de l’annonce des résultats nous allons être humiliés. Notre score sera éclaté entre trois ou quatre type de listes. Le score du Front de Gauche devra porter la croix des listes du seul PCF captant cette appellation. Et il sera diminué du nombre des voix des listes ou nous partons avec EELV tout le Front de gauche ou seulement le PG.

  • Un sac de nœuds illisible nationalement et parfois même localement.
  • Un gâchis total !
  • Un boulet au pied pour des mois et des mois en pleine crise politique !
  • Pour moi, c’est un crève-cœur.
  • Je peux le dire tranquillement : c’est la dernière fois.
  • On ne m’y recollera plus.
  • J’en ai assez de devoir rendre des comptes pour des situations qui m’ont été imposées de force et que je désapprouve totalement.
  • Les déclarations unitaires suivies de noirs sectarismes, les « constructions originales » qui sont des feuilles de vignes sur les vieilles pratiques bureaucratiques, rien de tout cela ne correspondait déjà à la période précédente.

Dans le contexte, c’est tout simplement le néant groupusculaire assuré.

 

Pour en savoir plus :
-
Mon dossier Front de Gauche et Front du Peuple

- Le Front de gauche se remettra-t-il des élections régionales ?

- par Jean-Luc Mélenchon : Quelle poisse !

Front de Gauche : l’état d’imbroglio permanent
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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 09:46
Crédits photo : Présidence de la République du Mexique

Crédits photo : Présidence de la République du Mexique

Sources : L'Ere du Peuple par jean-Luc Mélenchon

Depuis lundi 30 novembre, la conférence mondiale sur le climat se tient à Paris. Les principaux dirigeants de la planète tiennent des propos généreux. Mais c’est pour mieux cacher leur refus d’engager vraiment la lutte contre le changement climatique.

 

La COP21 qu’est-ce que c’est ?

C’est la 21e conférence des parties de la Convention cadre de l’ONU sur le changement climatique. Elle regroupe 195 pays. Le but est de parvenir à un accord international permettant de limiter le réchauffement climatique et de faire face aux changements qui en découlent. Le sommet de Paris a débuté le 30 novembre et s’achèvera le 11 décembre. Les discussions de préparation durent depuis des mois.

 

 

- L’urgence climatique de plus en plus forte, des conséquences dramatiques

Selon l’Organisation météorologique mondiale :

  • les émissions de gaz à effet de serre ont battu un nouveau record en 2014
  • l’année 2015 devrait être l’année la plus chaude jamais connue.

L’ONU a indiqué récemment que plus de 600 000 personnes étaient mortes depuis 20 ans du fait de catastrophes naturelles dont le nombre et la violence augmentent du fait du changement climatique. 90% des victimes vivaient dans les pays pauvres.... pour lire la suite...

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier COP21

- le Parti de Gauche : Un projet d’accord inacceptable

- Comment Greenpeace a piégé des scientifiques en marge de la COP21

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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 09:09
L’exemple grec nous apprend-il quelque chose ?

Interview du professeur Eric Toussaint, invité à Ljubljana par les syndicats slovènes pour y participer à une table ronde intitulée : « La dette publique : Qui doit à qui ? » par Mimi Podkrižnik, journaliste du quotidien slovène Delo.

 

Sources : CADTM par Mimi Podkrižnik le 5 novembre 2015

Source en slovène : Le quotidien Delo est le principal quotidien slovène.

La traduction du slovène vers le français a été réalisée par Mimi Podkrižnik. La version française a été revue par Patrick Saurin, Damien Millet et Eric Toussaint

- Delo : Croyez-vous au projet européen ? Y croyez-vous encore ?

Eric Toussaint : Très clairement : non. Le projet européen s’est transformé en une camisole de force pour les peuples. ll n’y a pas de marge de manoeuvre permettant à un gouvernement élu démocratiquement de mettre en œuvre des politiques au service de l’intérêt général et de respecter dans le même temps les règles européennes. En effet, les différents traités et l’architecture institutionnelle dans laquelle ils s’inscrivent – le Parlement européen, la Commission européenne, les gouvernements nationaux et la Banque centrale européenne – posent un cadre extrêmement hiérarchisé et contraignant qui laisse de moins en moins de place à l’exercice de l’autonomie, autrement dit à la démocratie et à la parole des citoyens. Nous venons d’en avoir l’illustration avec la Grèce. En janvier 2015, le peuple a porté au pouvoir un gouvernement sur la base d’un programme de rupture avec des politiques qui avaient complètement failli. Ce peuple a réaffirmé son rejet des politiques d’austérité lors du référendum du 5 juillet 2015. Or cela n’a fait qu’exacerber l’obstination des différentes institutions européennes d’empêcher que cette volonté populaire se concrétise. C’était même dit clairement. On a eu des déclarations de Jean-Claude Juncker affirmant qu’il n’y a pas de place pour le référendum. Selon les dirigeants européens, pour se prononcer sur des politiques européennes, la voie est toute tracée par la Commission et l’eurogroupe : il n’y a pas de moyens d’en sortir ou d’en dévier.

 

 

- Delo : Pourquoi ? Sommes-nous vraiment dans un cercle vicieux ?

Eric Toussaint : La construction même de l’Europe – c’est-à-dire l’adhésion à des traités et une conception très autocratique du fonctionnement des institutions – vise à restreindre le plus possible le fonctionnement démocratique. Par ailleurs, les grandes entreprises privées exercent un lobby extrêmement puissant sur la Commission et le Parlement pour les inciter à prendre des décisions favorisant leurs intérêts particuliers. À la tête de la BCE, on trouve Mario Draghi qui a été l’un des stratèges de Goldman Sachs pour toute l’Europe. C’est emblématique d’une situation qui voit les grandes entreprises privées européennes placer à des positions de pouvoir des personnes qui sont issues de leur milieu, ou diposer de l’entier soutien de chefs d’Etat et de hauts fonctionnaires pour faire adopter des mesures qui favorisent leurs intérêts. Un tel système s’apparente fortement à un système oligarchique où quelques uns imposent leurs décisions et définissent les politiques au service d’une petite minorité.

 

 

- Delo : La gauche, elle aussi, est tombée dans le piège – on voit ce qui se passe en France avec la gauche traditionnelle, les socialistes de François Hollande, ou bien en Grèce avec la gauche radicale, la nouvelle gauche d’Alexis Tsipras.

Eric Toussaint : Je distingue la gauche traditionnelle et la gauche radicale, parce que il est clair qu’on ne peut plus parler de la gauche pour François Hollande ou bien pour Tony Blair ou Jeroen Dijsselbloem. Ce dernier est membre du parti socialiste hollandais ce qui ne l’a pas empêché d’être l’un des plus actifs pour poser des obstacles sur le chemin du gouvernement grec issu des élections du 25 janvier 2015. On peut ranger ce type de parti socialiste du côté des forces conservatrices. Appelons-les « néolibérales » ou « social-libérales ». Dans ces partis, il y a toujours une gauche qui existe et qui essaye de s’exprimer : le Labour party a élu Jeremy Corbyn contre l’avis de Tony Blair et de Gordon Brown. Mais quelle sera la marge de manoeuvre de Jeremy Corbyn ? Attendons de voir ce qui va se passer avec le Labour Party. En tout, cas Corbyn a indiqué clairement que, s’il devenait Premier ministre, il reviendrait sur ce qui a été fait par Margaret Thatcher et Tony Blair. Il parle de renationaliser les chemins de fer et va donc plus loin que ce que Tsipras avait annoncé en janvier 2015… François Hollande, les socialistes hollandais, les socialistes allemands, tous ces partis socialistes ont voté en faveur de tous les traités européens avec l’autre grand groupe parlementaire de droite : le Parti populaire. La conclusion est claire : ces socialistes-là sont les architectes de tout ce à quoi nous sommes confrontés en ce moment. Un mouvement comme celui d’Alexis Tsipras ou Podemos en Espagne et d’autres initiatives qui peuvent y ressembler n’ont pas participé à la construction de cette architecture.

 

 

- Delo : Pas encore ...

Eric Toussaint : Ils ne sont pas dans des lieux de pouvoir dans l’Union Européenne. Pourquoi sont-ils tombés dans la logique qu’on connaît en Grèce ? Parce qu’ils avaient l’illusion que les structures du pouvoir européen allaient leur donner une marge de manœuvre. Ils pensaient réellement que l’échec des politiques appliquées à la Grèce était évident, puisqu’il est reconnu par tant d’économistes très sérieux ...

 

 

- Delo : ... par des prix Nobel ...

Eric Toussaint : Oui, ils pensaient qu’en échange de leur sens des responsabilités les dirigeants européens et les dirigeants des autres gouvernements nationaux allaient leur dire : d’accord, on va vous laisser mener votre expérience, réduire radicalement les mesures d’austérité et essayer de relancer l’activité économique de la Grèce. Et ils se sont trompés. Leur calcul était tout à fait erroné. Pour les dirigeants européens il était fondamental de démontrer à tous les peuples d’Europe qu’il n’y a pas de possibilité de sortir des rails de l’austérité, qu’il n’est pas possible de freiner la privatisation. Pour ces dirigeants européens – pour tous, que ce soit Matteo Renzi ou François Hollande, Wolfgang Schäuble ou Jeroen Dijsselbloem – il était essentiel d’empêcher la réussite de l’expérience de Syriza en Grèce. Parmi les plus furieusement décidés à faire échouer Tsipras il y avait bien sûr les premiers ministres Mariano Rajoy en Espagne et Coelho au Portugal. Car ils se disaient : si Tsipras réussit, Podemos viendra au pouvoir tôt au tard en Espagne. Et la même chose vaut pour le Portugal. Aucun gouvernement des 28 autres pays de l’UE n’a réellement donné une chance au gouvernement grec ; ni les institutions européennes ni un seul gouvernement. Or il est clair que Tsipras se disait : le gouvernement de Matteo Renzi et le gouvernement de François Hollande qui veulent eux-mêmes avoir un peu plus de marge en terme de déficit vont me soutenir. Et cela ne s’est pas produit.

 

 

- Delo : Au vu des sondages de l’opinion publique, le tort causé à Syriza a affecté Podemos, dont la côte de popularité est tombée de 20% à 14 %...

Eric Toussaint : L’objectif des dirigeants européens est de dire au peuple espagnol : « ne votez pas Podemos » et de dire à Podemos : « abandonnez votre volonté de changer réellement les choses. Vous voyez bien que Tsipras accepte de capituler. Même vous, si vous avez une chance de devenir membre d’un gouvernement, vous devrez accepter les règles. »

 

 

- Delo : Vous distinguez en Europe les pays du centre des pays périphériques. La Slovénie fait partie de la périphérie, évidemment, comme la Grèce et le Portugal. Quand on en parle, on peut apercevoir un discours tout à fait différent. On traite le Portugal de bon élève, pour ce qui est de son programme et de son sauvetage par la troïka, tandis qu’on fustige la Grèce.

Eric Toussaint : Comme on parle de bon éleve pour l’Irlande. Mais la situation réelle est extrêmement mauvaise au Portugal, en Irlande comme en Espagne. Il y a une apparence de réussite du point de vue des critères des dirigeants européens, parce que ces trois pays réussisent à rembourser leur dette sans demander la réduction de celle-ci. Mais tout cela est strictement lié à des taux d’intérêt qui sont provisoirement très faibles. Tous les pays européens, y compris la Slovénie, refinancent leur dette publique à un coût très bas pour le moment, mais il n’y a absolument aucune garantie que cela continuera. Au Portugal ou en Espagne, le taux de croissance est très faible ou bien il stagne, le taux de chômage est extrêmement élevé, la situation des banques portugaises, irlandaises, espagnoles est très mauvaise aussi ; il va falloir continuer à les recapitaliser. L’année passée, une des principales banque portugaise Banco Espírito Santo a fait faillite. En fait, les grands médias et le gouvernement européen octroient des satisfecits à certains gouvernements parce qu’il faut dire : « voilà, les Grecs sont des mauvais élèves et cela va mal pour eux. Les autres, ceux qui appliquent bien les réformes, se débrouillent ». Mais tout cela, c’est de la mystification. Le bilan réel est tout à fait différent.

 

 

- Delo : On est entré dans la psychologie...

Eric Toussaint : En Slovénie, vous êtes dans une situation un peu surréaliste. Si je ne me trompe pas, la majorité de la population slovène, le gouvernement slovène et les grands médias considèrent que vous êtes tellement proche du centre des grandes puissances – notamment de l’Autriche et de l’Allemagne – que vous vous en sortirez toujours. Que vous êtes peut-être dans la péripherie, mais avec un pied déjà dans le centre. Et certains pensent que vous êtes même carrément dans le centre. Or, on va voir si c’est durable. Votre dette publique est en train d’exploser à cause du sauvetage des banques et cela ne va pas s’améliorer à court terme. La Slovénie elle-même n’est pas à l’abri de difficultés dans les deux ou trois ans qui viennent. Et surtout, la grande différence entre la Slovénie, l’Allemagne et l’Autriche, c’est que vous n’êtes pas au centre du pouvoir européen. C’est Berlin, Paris, Londres et à un degré moindre Bruxelles et Amsterdam qui influencent la politique des dirigeants européens, ce n’est pas Ljubljana.

 

 

- Delo : Quel regard portez-vous sur le rôle des médias ? On écrit différemment sur le Portugal ou sur la Grèce. Il y a beaucoup de manipulation, d’émotions aussi. On se perd dans le style et on oublie le fond – dans le style de Yanis Varoufakis, par exemple. On se préoccupe de son doigt, voire de ses vêtements.

Eric Toussaint : Il est clair qu’on a stigmatisé la Grèce et la population grecque. Des commentateurs qui devraient être sérieux ont dit que la Grèce ne collectaient pas ses impôts depuis des siècles et qu’il s’agissait là d’un héritage de l’Empire ottoman. Il est clair qu’il y a de l’évasion fiscale en Grèce ...

 

 

- Delo : ... et de la corruption. On est dans les Balkans... quand même.

Eric Toussaint : Partout en Europe, il y a de la corruption. Partout. A la FIFA, dans tous les organismes … Mais on veut faire croire que c’est limité à quelques pays. Pour cacher la très grande corruption, on met l’accent sur un petit pays que l’on stigmatise. Ce que l’opinion publique slovène ne sait pas, c’est qu’un ministre de la défense grecque, qui vient d’ailleurs du Pasok [Akis Tsohatzopoulos], a été condamné en 2013 à 20 ans de prison ferme pour corruption. Il est en prison avec cinq membres de sa famille. Mais personne n’en parle. Or, combien de ministres en Europe sont en prison ? Je pense que certains ministres ou ex-ministres slovènes auraient leur place en prison, mais ils ne s’y trouvent pas, ils ne sont pas condamnés. En Grèce, il y a des procès pour corruption et des condamnations : il y a un procès en cours contre 69 Grecs impliqués dans une grosse affaire de corruption avec l’entreprise multinationale Siemens et il y aura des condamnations dans les mois qui viennent.

 

Oui, la Grèce a de graves problèmes en matière de corruption et de collecte d’impôts, mais le problème est largement répandu dans toute l’Europe. Dans toute l’Europe, les grandes entreprises et le pour cent le plus riche de la population européenne ont réussi à obtenir des cadeaux fiscaux. Les Etats pallient à ce manque de recettes fiscales par le recours à l’endettement public. A cela s’ajoute l’évasion fiscale, par exemple l’affaire de la Banque HSBC, ou encore l’affaire Luxleaks qui implique directement Juncker. N’oublions pas que Draghi était directement impliqué dans le scandale du maquillage des comptes publics grecs en 2001 et 2002... On a un grand problème en Europe comme aux Etats-Unis : c’est qu’on a de grandes entreprises, notamment de très grandes banques qui se rendent systématiquement coupables de fraudes ou de corruptions. L’UE ne prend que des mesures extrêmement faibles à leur égard.

 

 

- Delo : Personne ne se sent responsable ni coupable

Eric Toussaint : Les institutions européennes, la Commission européenne, les gouvernements des principaux Etats pourraient prendre des mesures fortes pour empêcher l’évasion fiscale – qui est massive et qui porte surtout préjudice aux économies les plus faibles. Les riches des pays de la périphérie européenne placent leur argent dans les pays les plus sûrs, au Luxembourg, en Allemagne, en Autriche, en Belgique, à la City de Londres. Les responsables européens ont parfaitement les moyens de prendre des mesures, mais ils ne souhaitent pas le faire.

 

 

- Delo : Est-il possible qu’un jour quelqu’un soit traduit devant la justice ?

Eric Toussaint : Je ne suis pas optimiste, surtout pas à court terme. Je ne crois pas que ces personnages seront traduits devant la justice, ni qu’ils seront condamnés, alors que leur comportement mériterait que la justice s’en occupe activement. Ce qui peut se produire en positif c’est qu’on tire les leçons de ce qui s’est passé avec la Grèce et que les nouvelles forces démocratiques progressistes comprennent quelles doivent être plus fermes, plus que Tsipras ne l’a été, et donc disposées en tant que gouvernements démocratiquement élus à désobéir aux ordres de la Commission européenne et de la BCE, si – comme on l’a vu dans le cas de la Grèce – elles prennent des mesures injustes pour les économies de leurs pays.

 

 

- Delo : La vague d’indignation dure déjà depuis un certain temps. Stéphane Hessel a appelé à l’indignation il y a quelque années de cela. On a vu naître le mouvement des Indignés en Espagne et la formation de Podemos, mais rien n’a encore abouti. On se sent un peu face à une impasse.

Eric Toussaint : Ces formations sont propulsées par une partie de la population qui veut des réponses radicales. C’est pour cela que Jeremy Corbyn qui n’avait aucun influence institutionnelle sauf dans les syndicats a gagné dans le Labour, et c’est aussi pour cela que Bernie Sanders aux Etats-Unis, qui a très peu de moyens, rencontre un grand soutien de la base dans le parti démocrate alors qu’il est perçu comme un socialiste radical. Il y a vingt ans, ceux qui avaient le vent en poupe, c’étaient Tony Blair et Gordon Brown, Clinton ou Barack Obama... Maintenant ce sont Sanders, Corbyn, Podemos. Pourquoi ? Parce que cela correspond à une volonté d’une partie de la population qui a elle-même tiré comme conclusion qu’il faut des politiques qui traitent le mal à la racine. Dans certains cas, les nouvelles formations politiques comme Syriza ou Podemos sont parfois trop modérées. Même si elles disent qu’il faudrait des solutions radicales, et recueillent pour cela un soutien populaire, elles ont peur de les mettre en pratique. On a besoin d’un gouvernement progressiste qui n’a pas peur de désobéir. L’intérêt des propos que tenait Stéphane Hessel, c’est de dire aux gens : quand ceux qui ont le pouvoir appliquent des politiques foncièrement injustes, il y a un devoir de rébellion, de révolte, de désobéissance. Et il est important que cela vienne de quelqu’un qui a résisté au nazisme, parce que justement ce sont ces gens-là qui ont résisté en France en s’opposant au régime de Vichy, à la police française, et pas simplement aux nazis. Il fallait avoir du courage pour lutter contre la police de son propre pays et contre son propre gouvernement qui collaborait. Aujourd’hui, nous ne sommes pas, bien sûr dans la même situation ; l’Allemagne d’Angela Merkel et de Wolfgang Schäuble n’est pas l’Allemagne nazie. Il y a une énorme différence, mais indéniablement dans le contexte actuel, il n’y a plus suffisamment d’espace pour exercer les droits démocratiques, et donc il faut être prêt à désobéir et à se rebeller. J’espère que ces forces politiques vont le comprendre, sinon on va aller de déception en déception. Ce qui risque d’arriver, c’est l’extrême droite avec...

 

 

- Delo : ...Marine Le Pen en France...

Eric Toussaint : ou Viktor Orbán en Hongrie. Le risque est grand que cette extrême droite finisse par trouver des figures charismatiques et qu’avec une désobéissance violente, dirigée contre les immigrés, elle puisse apparaître comme une alternative crédible pour les populations. Il y a un danger réel en Europe. Il n’est pas immédiat, ce n’est pas pour dans un an ou deux, mais le danger est quand même là.

 

 

- Delo : Quel regard portez-vous sur le rôle des syndicats ? On voit bien que, dans le secteur privé, beaucoup d’usines ont fermé les portes. La classe ouvrière est en train de disparaître.

Eric Toussaint : C’est un peu exagéré, mais il est clair qu’il y a un affaiblissement structurel des grands secteurs de salariés. Les concentrations de travailleurs salariés se réduisent certainement dans certains pays ou bien dans des régions entières de l’Europe. Le mouvement syndical a perdu de sa force dans toute une série de pays.

 

 

- Delo : Le syndicalisme se perd, du moins en Slovénie, dans une certaine nostalgie, mais aussi – il faut le dire – dans la démagogie. Le monde est en pleine mutation, il faut que les syndicats aussi suivent la dynamique.

Eric Toussaint : Je compte beaucoup sur la capacité du mouvement syndical de redéfinir une doctrine cohérente dans le nouveau contexte. Un des grands problèmes en Europe c’est qu’on a une Confédération européenne des syndicats avec, si je ne me trompe pas, près de 60 millions de membres. Mais cette Confédération a soutenu tous les traités européens, sauf le dernier, qu’elle a critiqué : le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, le TSCG ou pacte budgétaire européen. Elle s’y est opposée, mais de manière extrêmement molle, sans mobilisation. Malgré cette réduction de grande concentration industrielle on a encore – avec la Confédération européenne des syndicats qui unit presque tous les syndicats – une puissance potentielle tout à fait considérable, mais ce n’est que potentiel. En pratique, elle a tout laissé faire, en croyant que l’Union européenne allait lui permettre comme direction syndicale de vivre tranquillement dans un soi-disant dialogue social. En réalité, les dirigeants européens n’avaient d’autre objectif que de précariser le travail et remettre en cause les conventions collectives. La confédération européenne des syndicats comprend très tardivement ce qui est en train de se passer et elle est incapable de réagir, parce qu’il y a un manque de fonctionnement démocratique dans cette énorme superstructure mais aussi et surtout un refus de la part de sa direction et de certains des grands syndicats qui en sont membres d’affronter les tenants de ces politiques de casse sociale.

 

 

- Delo : Quel est le rôle des entreprises d’armes, vu la crise de la dette publique aussi bien que la crise migratoire ?

Eric Toussaint : Les industries d’armement jouent sans conteste un rôle important : dans le cas grec, les fournisseurs d’armes à la Grèce sont principalement les entreprises allemandes, françaises et nord-américaines. Elles sont responsables de la corruption. Je viens de vous parler de la condamnation de ce ministre grec ; évidemment il s’est fait corrompre par des entreprises comme Rheinmetall en Allemagne, Thales en France et Lockheed Martin aux Etats-Unis. Il y a des affaires très précises et bien connues où l’on a eu connaissance de pots-de-vin d’un montant considérable pour corrompre des dirigeants politiques. Cela porte sur des centaines de millions d’euros. On note la préoccupation d’une série de pays européens de développer leur industrie d’armement – notamment la Pologne qui vient de réaliser une grande foire internationale de l’armement. Le flux important des réfugiés venant de Syrie est le produit de la politique de l’Europe et des Etats-Unis à l’égard du Moyen-Orient. Je pense à l’intervention militaire en 2003 en Iraq qui a destabilisé la région sans réellement apporter la démocratie, à l’intervention en Libye, enfin à la politique menée à l’égard de la Syrie. Tout cela a généré le renforcement d’Al-Qaïda en Lybie et dans la zone proche du Soudan et du Mali et a favorisé la création de Daesh. On a des fournisseurs d’armes qui approvisionnent les différentes parties en conflit et entretiennent ainsi les guerres. Comme à d’autres moments de l’histoire, il y a effectivement un lien entre la stratégie suivie par les fournisseurs d’armes et le type de politiques menées pour résoudre les problèmes dans d’autres régions du monde. De telles politiques ne correspondent pas à l’intérêt des peuples ; un de leurs effets les plus désastreux est de jeter sur les routes des centaines de milliers de personnes, notamment des enfants et des vieillards, réduits à venir demander l’asile à des Etats qui refusent ou réchignent à les accueillir.

 

 

- Delo : Récemment, la maison d’édition slovène CF a mis dans le livre sur la dette publique intitulé Qui doit à qui ? une photographie de soldats allemands hissant le drapeau nazi sur l’Acropole d’Athènes en 1941. Qu’en pensez-vous ?

Eric Toussaint : C’était un message très fort qu’a voulu faire passer la maison d’édition. Son intérêt est de faire réfléchir car il ne faut pas oublier l’histoire européenne. Il n’y a pas si longtemps, les troupes de Mussolini, suivies des nazis, ont occupé la Grèce. La Grèce a été l’un des pays européens les plus martyrisés, touchés et détruits pendant la Seconde Guerre mondiale, à côté de l’Union soviétique, de la Pologne et en partie aussi de la Yougoslavie. La Grèce est toujours en droit de demander des réparations de guerre à l’Allemagne. Je la soutiens dans cette perspective-là. Cette photo doit faire réfléchir. Ce n’est pas une caricature, on n’a pas mis en dessous d’un casque la tête de Wolfgang Schäuble ou d’Angela Merkel. Cette photo ne veut pas dire que Angela Merkel se comporte comme les nazis, mais elle doit être considérée comme un rappel de notre histoire.

 

 

- Delo : Je pense qu’il faudrait changer de rhétorique dans les médias et ne plus parler du quatrième reich, par exemple. Trop de souvenirs empêchent d’atteindre nos objectifs ; il vaut mieux apaiser le discours.

Eric Toussaint : Il est très clair que nous ne sommes pas dans une situation de domination totale, certes pas dans une domination militaire de la part de l’Allemagne sur le reste de l’Europe. Au contraire, beaucoup de gouvernements nationaux sont très contents qu’Angela Merkel et Wolfgang Schäuble apparaissent comme les méchants et les plus durs. Cela arrange quelque part Matteo Renzi ou François Hollande de pouvoir dire « Ce sont eux qui nous empêchent de faire des concessions. »

 

Le problème aujourd’hui en Europe ce n’est pas seulement l’Allemagne, c’est l’architecture européenne. Pour changer tout cela il devient évident – si l’on veut véritablement une Europe démocratique – qu’il faudra abroger toute une série de traités européens. Il faudrait initier au plus vite un processus constituant au niveau européen, un processus démocratique – se traduisant par l’élection d’une assemblée constituante européenne par les différents peuples d’Europe. Dans chaque pays de l’Union européenne, des processus nationaux seraient également lancés afin d’élaborer collectivement et démocratiquement un nouveau projet pour l’Europe. On pourrait ici s’inspirer de l’expérience de la France au XVIIIe siècle où les populations de toutes les contrées du pays avaient rédigé « des cahiers de doléances » exprimant leur ressenti, leurs attentes, leurs exigences... Il est plus que temps de faire un bilan de la construction européenne des soixante dernières années et qu’on dise : « Maintenant on reprend cette construction en la rendant réellement démocratique avec la participation des peuples. » Je crois que toute une série de traités européens ne permet pas cela. Il va donc falloir un grand bouleversement en Europe, un grand mouvement européen permettant de déboucher sur un tel changement. Quand est-ce que cela va avoir lieu ? Cela commencera par quelques pays qui vont désobéir, certains vont sortir de la zone euro, l’Europe va rentrer dans une crise plus grave qu’aujourd’hui. Mais cela peut prendre dix ans ou vingt ans. Le processus sera lent et long. La sortie de l’Ancien régime d’absolutisme royal a été le fruit d’une longue lutte.

 

 

- Delo : Sera-t-il possible de le faire paisiblement, vu l’histoire et la crise ?

Eric Toussaint : Je crois que la force des structures autoritaires européennes s’appuie sur la soumission et la docilité des peuples ainsi que de leurs représentants politiques. Leur force est notre obéissance résignée. A partir du moment où une indignation devient massive et se transforme en mobilisation, l’Europe sera forcée de changer et cela n’implique pas d’exercer la violence. Il doit être possible de le faire avec fermeté et détermination mais sans violence.

 

 

- Delo : Est-il correct de parler de 1% de riches contre 99% de pauvres ?

Eric Toussaint : Oui, c’est bien. C’est très schématique, bien sûr, mais cela correspond à la réalité. J’ai étudié cette problématique et les travaux de Thomas Piketty l’ont bien mise en lumière. Le un pour cent le plus riche aux Etats-Unis détient 50 pour cent du patrimoine national. Si vous y ajoutez les neuf pour cent en plus, vous n’obtenez pas beaucoup plus ... Parler d’un pour cent permet de dire qu’on peut cibler des mesures sur un secteur minoritaire de la société et qu’on n’a pas besoin de toucher à la classe moyenne. On est repassé à un tel niveau de concentration de la richesse que la formule de un pour cent est beaucoup plus juste qu’il y a trente ans. Il y a trente ans il fallait parler de 10%.

 

 

- Delo : Mais en comparaison avec la période avant la Première Guerre mondiale ou après ? Etait-ce la même chose ?

Eric Toussaint : On est revenu, au niveau de concentration de la richesse, à la situation d’il y a cent ans. C’est ce que montre Piketty.

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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 09:39
 François Hollande lors d'une cérémonie en Arabie saoudite. (via) ostannews.com.

François Hollande lors d'une cérémonie en Arabie saoudite. (via) ostannews.com.

Persévérer est diabolique !

 

Les attentats du 13 novembre à Paris, leurs 130 victimes au sein de la population ont provoqué un choc émotionnel légitime et partagé. La douleur issue de ces nouveaux meurtres d’une violence inouïe ne doit cependant pas interdire une réflexion de fond sur leur contexte, et sans réduire celui-ci au périmètre étroit des apparences. La France, qui doit nécessairement réagir à ces attentats, a malheureusement opté pour une réponse qui a déjà prouvé qu’elle était inadaptée et contre-productive.

 

Sources : orientXXI le 22 novembre 2015 par Marc Cher-Leparrain

Le Proche-Orient est en feu en Syrie, en Irak, au Sinaï, au Yémen. Nous pourrions prolonger ce sombre tableau vers la Libye et l’Afghanistan. Sur ces foyers de sang viennent souffler les intérêts d’acteurs régionaux comme l’Iran, l’Arabie saoudite, la Turquie, l’Égypte  ; internationaux avec les États-Unis et plus récemment la Russie — pour ne citer que les principaux. Tous les pays de la région, s’ils ne sont pas eux-mêmes des théâtres de guerres sont directement ou indirectement partie prenante. Une seule exception peut-être : le sultanat d’Oman, qui poursuit sa stratégie politique d’intermédiaire entre les mondes sunnites et chiites. Écheveau où des intérêts opposés ou divergents s’entrecroisent, se superposent, s’imbriquent, se nourrissent aussi les uns des autres. Gigantesque orgie de confrontations confessionnelles — nourries par l’opposition de l’Arabie saoudite à l’Iran — , d’intérêts de pouvoirs familiaux, religieux, ethniques, d’appétits de leadership ou de puissance pour certains, de préservation de leur existence pour d’autres. Aucun n’est blanc ou noir, sauf pour des regards partiaux et compromis dans l’un ou l’autre des camps. La France veut rassembler autour du combat contre l’organisation de l’État islamique (OEI)  ?

 

- Soit, mais quid des priorités des acteurs régionaux  ?

  • La priorité de la Turquie est d’empêcher toute autonomie kurde en Syrie, jusqu’à utiliser l’OEI contre l’expansion territoriale du Parti de l’union démocratique (PYD), allié syrien du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Lors de la bataille de Kobané à l’été 2014, elle a empêché des renforts du PYD de rejoindre les éléments de ce parti kurde syrien qui tenaient seuls la ville face à l’OEI. Et n’a autorisé, in extremis, que des renforts de Kurdes irakiens du Parti démocratique du Kurdistan (PDK). Aujourd’hui, son aviation pilonne essentiellement les Kurdes syriens, et non pas l’OEI  ;
  • la priorité absolue de l’Arabie saoudite est l’Iran et son influence régionale, et de fédérer un front sunnite contre ce pays. Pour elle, il faut avant tout renverser Bachar Al-Assad, pion de Téhéran. Sa priorité n’est pas l’OEI. Sa participation à la coalition aérienne dirigée par les États-Unis contre cette organisation est symbolique. Même si le «  califat  » d’Abou Bakr Al-Baghdadi représente un danger pour la monarchie saoudienne, il n’en reste pas moins un adversaire utile actuellement contre les chiites. Au Yémen, l’Arabie saoudite a lancé une campagne militaire meurtrière — dans un silence international assourdissant — pour contrer le mouvement houthiste (zaydite, branche du chiisme) supposé allié de l’Iran. Elle se satisfait de voir Al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA) combattre le même ennemi commun, et laisse cette branche d’Al-Qaida occuper tout le sud-est du pays et prendre le contrôle de quartiers d’Aden, la deuxième ville du pays  ;
  • l’Irak, que la France aide militairement contre l’OEI, soutient le régime syrien par le biais de nombreuses milices chiites irakiennes. Ces mêmes milices épaulent l’armée irakienne défaillante. Sans elles, l’OEI aurait occupé encore davantage de terrain dans ce pays  ;
  • l’Iran soutient à bout de bras le régime syrien, comme il l’a toujours soutenu, et a engagé à cette fin le Hezbollah libanais mais aussi des Gardiens de la Révolution (pasdaran), ceux-là même qui soutiennent et arment les milices chiites irakiennes en Syrie et contre l’OEI en Irak.

 

De ce champ chaotique qu’aucun acteur ne contrôle, s’étend et prospère le djihadisme comme jamais il n’avait prospéré, avec des branches et sous-branches toujours plus étendues et actives, en Syrie, en Irak, au Yémen, en Égypte, mais aussi au Liban et en Turquie. Autrefois limité et «  hors-sol  », il se crée des territoires, avec «  l’État islamique  » à cheval sur la Syrie et l’Irak, mais aussi avec AQPA au Yémen. Des allégeances se ramifient en Libye, dans le Maghreb, dans le Sahel. Ses noms évoluent, ses formes changent, mais le phénomène s’accroit à tel point qu’il s’inscrit dans l’agenda de tous les acteurs impliqués au Proche-Orient et au-delà, jusqu’aux rues de la France.

 

 

- Un mouvement politique qui manipule le lexique religieux

Depuis le 11 septembre 2001, le «  combat pour la civilisation  » et pour faire «  prévaloir la paix et la liberté  », lancé par le président américain Georges W. Bush pour une «  guerre globale contre le terrorisme  » n’a proposé et appliqué qu’une réponse sécuritaire au djihadisme. Nous voyons le résultat de cette pax romana guerrière dans ce qu’est devenu le Proche-Orient aujourd’hui. Les mêmes mots et principes d’action sont prononcés aujourd’hui par le président de la République française François Hollande, en réaction aux attentats commis en France. Bis repetita. N’a-t-on rien appris  ? Une grande coalition militaire contre l’OEI n’aura d’autre effet que d’abattre au mieux un arbre du djihadisme, tout en entretenant et amplifiant les mécanismes qui le produisent.

 

Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, le djihadisme ne se limite pas à une entité physiquement déterminée qui s’appelle «  Daesh  » ou Jabhat al-Nosra. C’est un mouvement politique qui manipule un lexique religieux qu’il s’approprie. Comme tout mouvement politique, il a des origines, il est apparu et s’est développé en réaction à des événements, à des contextes, à des politiques tierces, parfois spécifiques à deux pays — y compris l’échec des régimes nés des accords Sykes-Picot  à transcender les fractures identitaires, religieuses ou ethniques.

 

On n’abat pas une idéologie politique avec une opération militaire, mais avec des actions politiques. Le champ de la diplomatie est immense, mais elle échouera si elle ne tient pas compte de ce qui a fait naître et qui alimente l’idéologie du djihadisme dans ses différents points d’application. Elle sera vouée à l’échec si, par incapacité et irresponsabilité, elle ne vise que le court terme. En ne rassemblant que des Occidentaux (Russes compris), et même avec la participation symbolique de monarchies du Golfe, l’opération militaire restera perçue comme une nouvelle croisade en terre musulmane. Aucune des racines qui fondent le djihadisme n’est traitée. Chacune des bombes françaises, dont nous ne pourrons éviter par ailleurs les dégâts collatéraux, ne fera que fertiliser le terreau sur lequel il ne cesse de se développer. Avec des réponses uniquement sécuritaires, la France et ses alliés satisfont aux attentes des djihadistes. Ils ont déjà gagné cette première bataille.

 

 

- Paris a soutenu tous les autoritarismes

Dans son discours du 16 novembre 2015 devant le Parlement réuni à Versailles, François Hollande déclare avec force que le but des terroristes est de s’attaquer aux valeurs que la France défend «  partout dans le monde  », et justifie sa décision de «  guerre  » contre l’OEI par la défense de ces valeurs. Mais comment la France défend-elle ses valeurs «  partout dans le monde  »  ?

 

Limitons-nous à l’histoire récente et regardons la lisibilité de la politique étrangère française. La France a soutenu tous les régimes arabes, du Maghreb au Machrek, avant le vent des Printemps. Elle était au mieux avec les régimes de Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie, de Hosni Moubarak en Égypte  ; elle a reçu en grande pompe Bachar Al-Assad et Mouammar Khadafi, ce dernier à des fins mercantiles, notamment pour des contrats d’armements. Elle a courtisé pour ces mêmes motifs mercantiles l’Arabie saoudite et les autres monarchies du Golfe, en passant sous silence leur implication avec des groupes djihadistes, en se taisant sur leurs excès et atteintes à ces valeurs fondamentales des droits humains. Elle cautionne aujourd’hui leur campagne meurtrière au Yémen. La France s’est retranchée derrière ces régimes autoritaires et dictatoriaux pour se protéger de l’islamisme que ces mêmes régimes entretenaient selon les circonstances, ou les utilisaient contre leurs adversaires, ou en répandaient les doctrines les plus obscurantistes et extrêmes, comme le wahhabisme saoudien.

 

Après avoir proposé son savoir-faire en matière de maintien de l’ordre à la police de Ben Ali au début du soulèvement populaire tunisien, la France a encouragé le soulèvement de la population syrienne afin d’être dans le vent de l’histoire. Malgré ses déclarations combatives, François Hollande a laissé cette population à son sort en ne lui apportant que des mots de soutien, alors que la France venait de provoquer une intervention militaire en faveur de la chute du chef d’État libyen, lequel venait d’être reçu dans les jardins de l’Élysée. La France soutient le marchal Sissi en Egypte, dont le régime est pourtant encore plus violent contre toute opposition intérieure — même laïque — que ne l’était celui de Hosni Moubarak. Ce faisant, elle soutient, en lui vendant Rafale, frégates et autres Mistral, un régime qui a mis à bas le processus démocratique que la révolution de janvier 2011 avait amené pour la première fois dans l’histoire de ce pays. Faut-il applaudir l’arrêt d’un processus démocratique sous prétexte qu’il amène un parti islamiste au pouvoir  ? Faut-il alors s’étonner de la radicalisation d’une partie de ces islamistes  ?

 

 

- Une oumma du ressentiment

Et que penser du soutien inconditionnel à Israël, quand la France va jusqu’à approuver sa campagne meurtrière de bombardement de Gaza en 2014, alors que le gouvernement de cet État viole le droit international en toute impunité depuis des décennies dans les territoires palestiniens qu’il occupe  ? Que dire aussi de la compassion sélective exprimée par la France envers les minorités chrétiennes de Syrie et d’Irak alors que souffre tout autant l’immense majorité des populations musulmanes de ces régions  ? Les valeurs de la France laissent penser qu’elles ont une acception différenciée. Le ressentiment est une clef fondamentale. Comment ne pas comprendre que ces errements viennent le renforcer et contribuer à le fédérer dans ce que l’on peut nommer une oumma du ressentiment, qui se prolonge aussi dans le territoire national français  ? L’immense impact qu’ont provoqué dans l’ensemble des populations arabes le simple «  coup de gueule  » de Jacques Chirac en octobre 1996 dans la vieille ville de Jérusalem, ainsi que le discours de Dominique de Villepin à l’ONU en février 2003, s’explique d’abord parce qu’ils étaient, d’une certaine façon, une reconnaissance de ce ressentiment.

 

Mais après tout, que cherche vraiment la France, sans oser le dire ouvertement, derrière les coups de menton pour la défense de ses «  valeurs  » attaquées  ? 17 milliards d’euros de contrats d’armements gagnés en 2015. Une année record. Qui sont ses principaux clients depuis des années  ? Ceux-là même — les monarchies du Golfe — dont elle soutient aveuglément la politique désastreuse au Moyen-Orient qui alimente aussi, en même temps que les bombes des Rafale, le djihadisme, quand ils ne n’en servent pas eux-mêmes pour leurs propres intérêts régionaux face à l’Iran en Syrie, au Yémen. Malheureusement, les 130 morts français du 13 novembre ne provoquent qu’un renforcement des errements français, de sa «  guerre contre le terrorisme  », en nourrissant un peu plus le monstre et ceux qui l’alimentent, voire s’en servent.

 

Il y a deux façons de répondre aux attentats qui sont survenus en France. La première est d’en dénoncer les auteurs, l’organisation à laquelle ils se rattachent — en l’occurrence l’OEI — et de s’acharner à les détruire dans leurs périmètres territoriaux et humains ainsi que leurs moyens physiques de subsistance, filières de financement et autres. C’est une approche sécuritaire technique, militaire. Suivie depuis quinze ans par les États-Unis avec des moyens considérables, elle se solde par un échec patent.

 

La seconde est d’envisager l’ensemble des déterminants qui ont provoqué la naissance et le développement de l’idéologie à laquelle s’est greffée cette organisation ainsi que les autres de même nature qui l’utilisent pour leur propres fins, en prenant également en compte que pour chacune d’elles s’ajoutent des paramètres spécifiques de développement (politiques, irrédentistes, sociétaux). C’est une approche politique et diplomatique.

 

François Hollande a mobilisé la France et ses alliés autour de la première solution, sécuritaire et militaire. C’est un déni total du fait que le djihadisme est le fruit d’un ressentiment accumulé. Cela ne rendra que plus difficile la seconde solution, la seule qui puisse réellement contrer le djihadisme, si celle-ci n’est pas abordée au moins simultanément et avec force. Maintenant.

 

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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 12:22
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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 09:53
Portugal : Entretien avec Fernando Rosas, membre fondateur du Bloc de gauche

Seize ans après sa création, le Bloc de gauche, un parti anti-austérité portugais lié à Syriza, a décidé de soutenir les socialistes pour renverser, mardi 10 novembre, le gouvernement de droite. Conclue également avec le Parti communiste, cette alliance est une première dans un pays où la gauche a jusqu’ici toujours été divisée.

Fernando Rosas, professeur d’histoire à l’université nouvelle de Lisbonne et membre fondateur du Bloc de gauche, est un des idéologues du parti. Il explique ce qui a poussé sa formation, traditionnellement très critique vis-à-vis du Parti socialiste portugais, (PSP) à opérer ce tournant et à soutenir Antonio Costa pour qu’il forme un gouvernement.

 

Sources : le Parti de Gauche Midi Pyrénées entretien par Jean-Baptiste Chastand pour Le Monde

- J.B Chastand : Comment expliquez-vous que la gauche portugaise, divisée depuis quarante ans, ait réussi à s’entendre ?

Fernando Rosas : Les législatives du 4 octobre ont permis aux socialistes, aux communistes et au Bloc de gauche d’obtenir une majorité très claire pour prôner une alternative à la politique d’austérité aveugle menée par le gouvernement de droite sortant. Le Bloc de gauche et le Parti communiste ont récolté ensemble près d’un million de voix à la gauche de la gauche. C’est sans précédent, et cela montrait que l’électorat voulait un véritable changement.

 

La pression de notre base a été très forte : il fallait profiter de cette opportunité historique de gauche. L’accord n’est pas un programme du Bloc de gauche, on a fait des compromis et ce sera un gouvernement socialiste auquel nous ne participerons pas. Mais il est très précis, après avoir été très minutieusement négocié.

 

 

- J.B Chastand : Que prévoit-il ?

Fernando Rosas : Il vise surtout à revenir sur les coupes dans les salaires ou les retraites décidées ces dernières années. Il va certes augmenter les dépenses, mais en permettant une hausse de la consommation, et donc une augmentation des recettes fiscales. Il prévoit aussi une plus grande justice fiscale en taxant les grandes fortunes et la spéculation financière. En clair, il va permettre d’améliorer la vie des gens les plus pauvres, ceux qui ont été les plus touchés par la crise.

 

 

- J.B Chastand : Mais vous avez rénoncé à demander une renégociation de la dette et un changement des traités budgétaires européens…

Fernando Rosas : Nous n’avons pas renoncé, mais nous n’en avons pas fait une condition pour négocier le programme, c’est vrai. Il est toutefois prévu qu’une commission soit mise en place pour discuter de la dette. Et nous allons continuer à nous battre pour une amélioration des règles des traités. Mais on n’en a pas fait une condition, car cet accord permet d’abord des mesures très concrètes et très urgentes pour améliorer la vie des gens. C’est une opportunité unique après quatre ans de gouvernement de droite néoliberale et très radicale, qui ont fait beaucoup de mal au pays et provoqué le basculement de 800 000 votes de la droite pour la gauche.

 

 

- J.B Chastand : Le président de la République, qui est de droite, ne semble pas prêt à nommer le chef de file socialiste Antonio Costa comme premier ministre…

Fernando Rosas : Il est très hostile à cette option, mais la Constitution empêche d’appeler à de nouvelles élections avant juin. Il pourrait maintenir un gouvernement technique de droite jusque-là. Mais ce gouvernement n’aura pas de budget et ne pourra pas gouverner contre la majorité parlementaire. Ce serait la catastrophe. Je ne vois pas comment le président pourrait choisir cette voie.

 

 

- J.B Chastand : Comment expliquez-vous que le Parti communiste portugais, que vous qualifiiez vous-même de « sectaire », accepte désormais de s’allier avec vous et le Parti socialiste ?

Fernando Rosas : Il s’agit en effet d’un changement historique. Il y a eu une forte pression des milieux syndicaux sur le Parti communiste pour signer un accord, et notamment de la Confédération générale des travailleurs portugais (CGTP), le syndicat contrôlé par le parti. Les fédérations des professeurs et des transports publics voulaient un accord, car cela va permettre d’annuler les coupes dans les salaires et des retraites. L’accord permet surtout revenir sur les projets du gouvernement de droite qui aurait pu mettre en danger les centrales syndicales en restreignant la concertation collective au profit de la négociation individuelle.

 

 

- J.B Chastand : Pour vous, l’échec d’Alexis Tsipras à changer les règles budgétaires en Europe a-t-il joué ?

Fernando Rosas : La situation en Grèce était différente. Nous, nous n’allons pas gouverner, c’est le Parti socialiste qui va gouverner. Et Tsipras a dû accepter ces règles dans des conditions pires que nous.

 

 

- J.B Chastand : Qu’est-ce qui vous empêche encore de gouverner ?

Fernando Rosas : Ne pas rentrer au gouvernement nous permet d’être clairs. Il y a encore des divergences sur les questions européennes. Mais l’avenir permettra peut-être d’avancer sur cette question.

 

 

- J.B Chastand : Le Parti socialiste portugais a toujours été pro-européen et soutenu la rigueur budgétaire. A-t-il changé ?

Fernando Rosas : Il y a eu un changement qui a été bien interprété par la direction actuelle du parti. Cette question ne se posait d’ailleurs pas qu’à lui mais à tous les partis socialistes au niveau européen. Regardez le Parti travailliste britannique… ou le PSOE espagnol, qui est prêt à s’allier avec Podemos. Les partis socialistes européens sont devant un choix face à l’austérité : la soutenir ou retourner à des positions sociales-démocrates plus traditionnelles. Et nous avons aujourd’hui un programme social-démocrate.

 

Pour en savoir plus :

- Portugal : le gouvernement de droite est renversé

- Fernando Rosas : « La gauche radicale portugaise est l’une des plus fortes en Europe »

- Portugal : Que va-t-il arriver après l’accord gouvernemental entre le PSP, le Bloc de gauche et le PCP ?

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 21:42
Olivier Dartigolles PCF tête de liste FdG aux élections régionales 2015

Olivier Dartigolles PCF tête de liste FdG aux élections régionales 2015

- Pris au hasard :

  • Il faut dire que le bulletin de vote Front de Gauche ce n'est pas seulement pour les élections régionales. Il faut parler d'avenir ;
  • Les propositions fortes de l'écologie c'est nous car nous refusons l'austérité ;
  • Il ne faut pas qualifier DAESH d'état. Par contre menons le combat pour que la Palestine devienne un État ;
  • Les consciences s'ouvrent. Les gens s'aperçoivent que cette période de guerre ne réglera rien :
  • Dans ce moment où nous sommes frappés il faut réagir en ayant l'idée de ne pas aller sur le terrain de l'adversaire ;
  • On ne peut pas faire COP21 et en même temps ne pas vouloir mettre les camions sur les rails. Nous avons pour nous le bon sens ;
  • Un joyau de l'aménagement du territoire. Voila ce qu'est le maillage ferroviaire. Il faut des trains du quotidien ;
  • Les entreprises qui reçoivent des aides publiques doivent s'engager sur l'emploi des jeunes. C'est une condition obligatoire ;
  • Le rôle de la politique c'est de rendre possible ce qui paraît impossible. C'est l'engagement du ‪‎Front de G‬auche ;
  • Il faut la gratuité des transports pour les moins de 26ans sur l'ensemble de la grande région ;
  • La question de la jeunesse doit être la priorité des priorités. Ne plus la sacrifier ;
  • Les chiffres du chômage ce soir marquent un peu plus l'échec de la politique de F. Hollande ;
  • Nous avons pour nous l'avenir, les solutions et l'imaginaire :
  • Notre pays doit prendre un autre chemin que celui qui a été emprunté par l'administration Bush.....
  • Si on arrête avec le dogme des 3% pour le pacte de sécurité c'est qu'on peut le faire pour le pacte de solidarité ;
  • Les fonctionnaires territoriaux, par leurs actions quotidiennes, oeuvrent pour améliorer le vivre ensemble ;
  • Le service public est le patrimoine de celles et ceux qui n'en ont pas ;
  • Quand les jeunes ne peuvent croire en rien dans l'avenir ils peuvent croire en n'importe quoi. Offrons leurs un avenir ;
  • Amis, camarades le score à deux chiffres est à portée de mains ;
  • Il faut mettre fin aux marges de la grande distribution qui saignent les agriculteurs ;
  • Nous ne sommes pas favorable à la mise en concurrence des territoires et des hommes ;
  • Ceux qui attaquent la maîtrise publique des centrales hydro-électriques et qui veulent la COP21 sont des menteurs ;
  • Nous ne voulons pas régionaliser la question de l'emploi. Il faut un Etat fort. Un État stratège ;
  • Ils ont décidés administrativement la mort du Limousin et du Poitou-Charentes ;
  • Dans cette situation exceptionnelle on devrait prendre des mesures exceptionnelles pour faire vivre le pluralisme ;
  • Amis et camarades : jamais les barbares ne décideront du rythme de notre vie démocratique......
  • Mobilisons simplement 1% des 75 milliards de dépôt bancaire pour alimenter un fond régional d'investissement, soit 750 millions d'euros.

 

- Les absences remarquées....

Ni Jean-Luc Mélenchon (pourtant annoncé), ni le responsable régional de ENSEMBLE ! (pourtant membre du Front de Gauche) ne sont venus à ce meeting !

 

28/11 - Rochefort (17) Olivier Dartigolles tête de liste FdG aux élections régionales 2015, région (ALPC) Aquitaine - Limousin - Poitou/Charentes fait salle comble !
Laurence Pache Parti de Gauche

Laurence Pache Parti de Gauche

28/11 - Rochefort (17) Olivier Dartigolles tête de liste FdG aux élections régionales 2015, région (ALPC) Aquitaine - Limousin - Poitou/Charentes fait salle comble !
28/11 - Rochefort (17) Olivier Dartigolles tête de liste FdG aux élections régionales 2015, région (ALPC) Aquitaine - Limousin - Poitou/Charentes fait salle comble !
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Rédacteur

  • Pour une Révolution citoyenne par les urnes
  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, syndicaliste CGT, conseiller Prud'homme depuis 1978.
  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, syndicaliste CGT, conseiller Prud'homme depuis 1978.

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