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11 juillet 2025 5 11 /07 /juillet /2025 13:50
Se convertir au sionisme : comment les descendants des nazis sont devenus les “ nouveaux juifs ”

Dans le cadre de son “ nouveau chapitre ” historique, l’Allemagne s’est transformée en une sorte de shtetl juif. Les descendants des nazis adoptent des symboles juifs, admirent le sionisme et s’attaquent aux juifs qui critiquent Israël – le tout bien sûr, au nom de la lutte contre l’antisémitisme.
Lors de ma première année à Berlin, j’ai entendu un enfant raconter cette “ blague ” : “ Quelle est la différence entre les juifs et les musulmans ? Les juifs, eux, y sont déjà passés. ” Ce n’était pas drôle à l’époque, et ça l’est encore moins aujourd’hui, car comme dans toute blague, il y a un fond de vérité. Ici, cette vérité touche aux fantasmes meurtriers de la majorité blanche et aux peurs des minorités. L’enfant qui a raconté cette blague était juif, petit-fils de survivants de la Shoah qui ressentent aujourd’hui un certain soulagement, car ils “ y sont déjà passés ”.
Texte écrit par Iris Hefetz et publié en hébreu le 30.06.2025 sur le site de la revue Mekomit, traduit par les membres de Tsedek! avec son autorisation. 
Iris Hefetz est psychanalyste et membre de l’organisation « La Voix Juive pour une Paix Juste au Moyen-Orient ».

 

 

Sources : Iris Hefetz |
- L’Allemagne d’il y a 23 ans était une autre Allemagne.
C’était encore une société et un État antimilitaristes et antinationalistes, qui respectaient dans une certaine mesure leur Constitution et le droit international. À l’époque, un million de personnes avait défilé contre la guerre illégale des États-Unis en Irak à laquelle l’Allemagne avait refusé de participer. C’était une société dans laquelle de nombreuses personnes avaient personnellement vécu les conséquences du régime nazi, et les séquelles de ce projet mégalomane, ainsi que de la guerre froide. Les pancartes contre la course à l’armement face à l’URSS affluaient en masse à Berlin.

 

Konrad Hermann Joseph Adenauer , né le 5 janvier 1876 à Cologne et mort le 19 avril 1967 à Rhöndorf, est un homme d'État allemand.
Konrad Adenauer

🔴 L’Allemagne d’après la défaite nazie était un lieu en ruines. Son premier chancelier, Konrad Adenauer, déclara dans une interview télévisée :

  • Nous avons causé un tel tort aux juifs, commis contre eux des crimes si horribles, qu’il fallait les expier ou  les réparer d’une certaine manière, si nous voulions regagner le respect des peuples du monde. ”
  • Puis il ajouta un point crucial :
    Le pouvoir des juifs – même aujourd’hui, surtout en Amérique – ne doit pas être sous-estimé. C’est pourquoi j’ai consciemment et modérément investi tous mes efforts dans la réconciliation entre le peuple allemand et le peuple juif. ” Cette déclaration antisémite, qui attribue un pouvoir aux juifs, reflète une vision toujours vivace aujourd’hui. Elle s’accorde avec le fait qu’Adenauer employait Hans Globke, un nazi ayant contribué à rédiger les lois de Nuremberg, comme secrétaire général de son cabinet (avec l’approbation de Ben Gourion, qui avait signé l’accord de réparations).

 

L’identification - elle-même antisémite - entre Israël et les juifs est aujourd’hui plus forte que jamais et caractérise particulièrement la politique de l’Allemagne post-réunification. Si autrefois les juifs étaient perçus comme des “ autres ” menaçants qu’il fallait anéantir, aujourd’hui – après que l’Allemagne a exterminé une grande partie des juifs d’Europe et certains d’Afrique du Nord – les juifs sont devenus des accessoires convoités. Autrefois, pour qu’une Allemande puisse “ se libérer  de son passé nazi, elle devait aller dans un kibboutz comme volontaire, trouver un kibboutznik séduisant, se convertir selon les règles strictes, et mettre au monde des enfants qui rejoindraient l’armée, faisant d’elle une “ bonne juive ”.

 

 

- Noa Tishby en Allemand
Aujourd’hui, ce long parcours n’est plus nécessaire. La majorité des Allemands s’est convertie au sionisme, se passant de la circoncision ou de toute démarche religieuse. Une partie de la “ gauche ” allemande est composée d’hommes en quête d’une identité qu’ils ont su trouver dans l’image d’Israël. Ils parlent comme Noa Tishby, s’enveloppent dans des drapeaux de l’Etat israélien ou de son armée, assistent à des spectacles de danses folkloriques pour fêter les relations diplomatiques, et sauvent les juifs de “ l’antisémitisme ”.

 

🔴 Selon des données publiées dans le magazine israélien berlinois Spitz (article supprimé par la suite), plus de la moitié des plaintes pour actes antisémites en Allemagne proviennent  par exemple d’Allemands chrétiens, dont les grands-parents étaient nazis, qui se disent agressés par des juifs manifestant contre Israël.

Il semblerait que les petits-enfants de nazis sont très sensibles aux “ attaques antisémites ” censées les viser, surtout si elles viennent de juifs ou d’Israéliens. Cela blesse leurs sentiments et trouble leur identité. Le journaliste d’Haaretz Itay Mashiach[0], qui a enquêté sur les chiffres prétendument élevés de l’antisémitisme en Allemagne, a découvert qu’ils sont largement manipulés, sans transparence, souvent basés sur des échanges de mails avec une seule personne – chaque mail étant compté comme un “ incident antisémite ”.

 

Moshe Zimmermann, Israeli historian: ‘Jewish nationalism tends to consider everything that does not belong to its nation as the enemy’
M. Zimmermann, 01/2024.Avishag Shaar-Yashuv

🔴 Autre exemple : le professeur d’histoire Moshe Zimmermann a déclaré devant le parlement du Land de Saxe que la leçon tirée de la Shoah se devait d’être universelle - et qu’elle serait donc valable aussi pour Israël.
L’Office fédéral de surveillance de l’antisémitisme a décidé que cette déclaration équivalait à comparer Israël au régime nazi, et l’a classé comme “ incident antisémite ”. Comme ces institutions sont conscientes du fait qu’elles se ridiculisent, elles n’ont pas précisé qu’il s’agissait d’un juif israélien (issu d’une famille de survivants de la Shoah allemande) mais le décrivent comme un simple “ orateur ”. C’est aussi le cas pour tout juif ayant manifesté contre le génocide à Gaza depuis le 7 octobre avec une pancarte s’identifiant comme tel : tous les membres de l’organisation Jüdische Stimme (Voix Juive pour la Paix[1]) et d’autres non affiliés ont été arrêtés et ont fait l’objet d’accusations (d’incitation ou d’usage de symboles inconstitutionnels) qui ont par la suite été levées. J’ai moi-même été arrêtée cinq fois. Ces cas nourrissent les statistiques des “ incidents antisémites en Allemagne ”.

 

🔴 La célèbre « culture du souvenir » allemande, originellement portée par des membres de la société civile - des personnes fouillant dans les archives familiales et de quartier et confrontant leurs proches qui niaient souvent avec véhémence les crimes de leurs parents et grands-parents - a beaucoup changé.
A la place de ces projets individuels et marginaux, cette culture de la mémoire s’est institutionnalisée en un projet étatique doté de moyens financiers importants. La chute du mur n’a pas seulement été un moment de joie : pour beaucoup elle a aussi suscité l’angoisse. C’était la fin de la punition infligée à l’Allemagne pour sa folie meurtrière qui avait conduit à deux guerres mondiales et à des millions de morts en Europe. Cette marque d’infamie a été effacée aux yeux de l’Allemagne, qui s’est alors engagée dans un nouveau chapitre.

 

🔴 L’une des étapes fut la création du Mémorial aux juifs assassinés d’Europe, en plein cœur de Berlin.
Elle fut initiée par une Allemande chrétienne du nom d’Edith Rosh, qui a changé son prénom en Lea. La communauté juive institutionnelle n’a pas été impliquée dans ce projet, et Rosh l’a clairement fait savoir au chef de la communauté : “ Cela ne vous concerne pas, ce sont les descendants des agresseurs qui construisent le mémorial, pas les juifs. Mais ce serait bien si vous pouviez acquiescer d’un signe de tête. Le peuple allemand érigera un mémorial afin que tout le monde comprenne que nous avons traité notre histoire ”. Puis elle a ajouté cette phrase : “ Nous, les Allemands, devons poser un signe clair et visible, fournir une preuve publique du fait que nous assumons la responsabilité de notre passé, et que nous avons l’intention d’écrire un nouveau chapitre de notre histoire.

 

 

- Le Shtetl juif, version Allemande
Dans le cadre de ce “ nouveau chapitre ”, l’Allemagne s’est transformée en une sorte de shtetl juif. Il n’existe aucun autre endroit au monde où l’on peut entendre autant de musique klezmer, adaptée à l’oreille allemande. Les prénoms les plus courants en Allemagne ces dernières décennies sont des prénoms hébraïques et juifs. Une liste aléatoire d’étudiants semble tout droit sortie de Mea Shearim : Samuel, Yaakov, Esther, Yehudit, Léa, Rahel, Rivka, Hanna — et bien sûr, le prénom juif par excellence pour les femmes : Sarah. Les Chrétiens ont enfanté leurs propres juifs, comme si ces derniers n’avaient jamais été exterminés.

 

🔴 L’État allemand a commencé à financer la conversion de chrétiens au judaïsme dans un cadre réformé, recréant ainsi le judaïsme libéral allemand qui avait été anéanti - une “ nouvelle judaïté ” évidemment bien plus désirable que celle des ultra-orthodoxes, qualifiés d’” Ostjuden ”.
Des départements d’études juives ont poussé comme des champignons après la Shoah, avec un corps enseignant composé presque entièrement de chrétiens convertis formant des rabbins au sein des universités[2] (comme on y forme aussi les pasteurs protestants, ou les médecins, qui passent ensuite des examens d’État). Les écoles rabbiniques ont envoyé des rabbins dans tous les recoins de l’armée et de la police, et l’Allemagne s’en est vantée — bien qu’il n’y ait même pas un seul minyan dans l’armée ou la police allemande, pas même pour Yom Kippour.

 

🔴 Il s’agit d’un Luftgeschäft - une entreprise fictive - visant à améliorer l’image de l’Allemagne, en lui permettant de redevenir ce qu’elle était avant la Seconde Guerre mondiale : autrement dit, nier la Shoah en créant l’illusion d’un retour à une vie juive d’avant-guerre.
C’est pour cette raison qu’être juif est devenu quelque chose de très convoité en Allemagne. Tellement convoité, que les suppléments des journaux sont remplis de scandales :

▪️ on découvre fréquemment qu’un grand rabbin s’était en fait fait passer pour juif ;

▪️ deux auteurs juifs se disputent afin de savoir “ qui est juif ”, parce que l’un n’a qu’un seul grand-père juif qui a été dans un camp de concentration, et l’autre a deux parents juifs ;

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Berliner Zeitung

▪️ Le dernier scandale[3] a éclaté lorsque l’auteure Deborah Feldman a découvert par hasard que le rédacteur en chef du journal de la communauté juive institutionnelle en Allemagne - financé par l’État - se présentait comme juif et utilisait ce statut pour discréditer toute personne qui ne soutiendrait pas Israël. Il affirmait que la famille de sa mère iranienne avait jadis été juive et qu’elle avait adhéré à la foi bahaïe en Iran uniquement à cause des persécutions antisémites (histoire fortement invraisemblable, puisque les bahaïs sont beaucoup plus persécutés que les juifs en Iran).

 

🔴 Donc, il y a en Allemagne de nombreux “ faux Jjuifs ” - des chrétiens convertis au sionisme - qui “ protègent la vie juive en Allemagne ”.
Et qui vient perturber ce récit ?

  • Ce sont les juifs non sionistes, ceux qui refusent que le duo Allemagne–Israël parle en leur nom. Aujourd’hui, environ un tiers des personnes licenciées, interdites de parole dans les espaces publics ou soumises à un boycott silencieux pour “antisémitisme” en Allemagne, sont des juifs[4]. Des Allemands d’origine chrétienne ou avec un histoire familiale nazie traitent des juifs d’antisémites.
  • Récemment, la cheffe de la police de Berlin a déclaré dans une interview au journal libéral Die Zeit[5] qu’elle déconseillait aux juifs et aux homosexuels de se rendre dans certains quartiers de Berlin, à forte population immigrée. Lorsqu’on lui a demandé si elle disposait de données empiriques pour justifier cette mise en garde, elle a répondu que “ heureusement, rien ne s’était produit ”, mais que tout de même, des policiers allemands étaient victimes d’attaques à caractère antisémite lors des manifestations pro-palestiniennes. Cela inclut bien sûr tous les juifs qui ont été arrêtés par la police et parfois même battus. Les images de ces violences policières circulent de manière virale à travers le monde[6], et exposent la réalité de “ la protection de la vie juive en Allemagne ”. En vérité, les “ nouveaux juifs ” sont les policiers allemands.

 

🔴 En Allemagne, les juifs sont censés soutenir la société à majorité blanche et raciste qui persécute à la fois les musulmans mais aussi les migrants.
L’Allemagne, comme la plupart des pays occidentaux, est dépendante de l’immigration. Après de nombreuses années de faible natalité, elle manque de travailleurs dans presque tous les secteurs. Un quart des employés du système de santé allemand, qui souffre déjà d’une pénurie de personnel, sont des migrants ou des personnes ayant un “ arrière-plan migratoire ” (terme de la bureaucratie allemande selon lequel - comme dans les lois de Nuremberg - ceux qui ont un grand-père ou une grand-mère migrants appartiennent à cette catégorie).

 

🔴 Cela a poussé l’ancienne chancelière Angela Merkel à accueillir en Allemagne une grande vague d’immigration, principalement en provenance de Syrie[7], ce qui a été un succès sur le plan de l’emploi.
La politique économique de l’Allemagne s’étant ces dernières décennies orientée vers le néolibéralisme (ce qui creuse les écarts entre riches et pauvres, fragilise la classe moyenne et affecte les services publics privatisés puis rachetés, etc.), cette immigration permet de désigner un bouc émissaire classique : après avoir exterminés les juifs, ce sont désormais les musulmans et les arabes qui sont visés. Des études font état d’une discrimination évidente envers les non-blancs, surtout à des postes d’influence. Les Allemands blancs n’ont pas de problème avec les médecins musulmans, les avocats arabes ou les ingénieurs noirs. Il y a un problème quand ils accèdent à des positions de pouvoir : de députés, d’enseignants, de politiciens, de juges. Dans ces cas-là, des oppositions se font entendre.

 

Les persécutions et les discriminations se sont nettement aggravées depuis les attentats du 11 septembre, et, si l’on pensait que la situation s’était un peu calmée, la politique des élites allemandes après le 7 octobre a détruit la société allemande unifiée.

 

- Israélisation de la politique

L’Allemagne connaît une israélisation de sa politique : après de nombreuses années avec  un gouvernement de coalition, le programme de l’ensemble des partis a dérivé vers la droite (vous savez comment c’est, il faut faire des compromis, influencer de l’intérieur, etc.). La motivation principale des politiciens est de conserver leur pouvoir, tandis que les lobbies font leur travail. 

 

🔴 Autrefois, l’Allemagne se caractérisait par une vie politique austère, des débats parlementaires sans éclat et des fonctionnaires absorbés par la rédaction de lois sophistiquées.
Mais ces dernières années, le Parlement est le théâtre de scènes d’enthousiasme collectif. Tous, de gauche comme de droite dans cette unité blanche allemande tant convoitée, applaudissent suite à une mesure adoptée contre le mouvement BDS qui implique de contourner la constitution allemande, ou s’emballent après avoir validé un dépassement budgétaire destiné à investir des millions d’euros dans l’armement. Selon eux, l’Allemagne “ a travaillé sur son passé ” et peut ouvrir un nouveau chapitre. Comme l’a dit le chancelier allemand, “ l’Allemagne fait son comeback ”.

 

🔴 L’identification à Israël accompagne l’Allemagne dans son retour vers un État militaire.

  • Elle contribue à briser le tabou du nationalisme ;
  • elle participe aussi à la réhabilitation de l’image de l’homme allemand, qui, dans les années suivant la guerre, avait tenté de ne plus être “ allemand ” en mettant en avant des traits plus doux - une éducation non autoritaire des enfants, le fait de fumer (les nazis y étaient opposés), le tricot, le port de salopettes dans des communautés de gauche, et parfois même le soutien à la cause palestinienne.

Tout cela est désormais dépassé. L’Allemagne est en crise économique depuis au moins deux ans. Son industrie automobile s’effondre et se transforme en industrie de l’armement. Les actions des entreprises d’armement allemandes montent en flèche, et des “ experts en sécurité ” parlent dans les studios et les journaux de la formidable et sophistiquée armée israélienne comme un modèle à suivre.

 

F. Merz, 17 juin 2025, à Kananaskis, au Canada

🔴 Récemment, le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré qu’Israël “ fait pour nous le sale boulot[8] ” en référence à une attaque contre l’Iran.
Roderich Kiesewetter,l ’expert en sécurité de son parti a affirmé : “ Nous sommes aussi prêts à mourir pour Israël[9] ”. C’est ainsi que l’Allemagne – pays où la collectivisation était tabou – construit un “ nous ” et prépare la société à la conscription obligatoire (qui existe dans la loi mais n’est pour le moment pas appliquée). Ces déclarations antisémites sur des juifs qui feraient le “ sale boulot ” pour l’Allemagne ne sont pas nouvelles, et qualifier le meurtre de civils de “ sale boulot ” rappelle le discours de Posen prononcé par Himmler, ou le propos de Rudolf Höss lors des procès de Nuremberg. L’Allemagne fait son come-back.

 

🔴 Ce retour en force implique, comme en Israël, des attaques contre les organisations de la société civile.
Et cela se traduit par :

  • des attaques contre des avocats et des tribunaux ;
  • la violence policière pour réprimer les manifestations de la gauche contre les néonazis qui défilent déjà en plein cœur de Berlin, ou les manifestations pro-palestiniennes (un nouveau rapport du commissaire aux droits de l’homme de l’Union européenne en fait état[10) ;
  • la qualification de l’organisation “ Derniè]re Génération ” — qui lutte contre la crise climatique et dont les militants se sont physiquement collés à la chaussée sur des autoroutes  — comme organisation terroriste ;
  • la persécution politique des organisations pro-palestiniennes ;
  • les attaques contre la liberté d’expression (interdiction d’entrée à des intervenants, y compris des citoyens européens ou des employés de l’ONU qui parlent de la question palestinienne, présence de policiers lors des conférences où ils s’expriment, usage d’agents secrets dans les universités “ pour protéger la vie juive en Allemagne ”) ;
  • des artistes qui avaient trouvé refuge en Allemagne, parce qu’on pouvait y étudier gratuitement et obtenir des bourses généreuses pour des projets artistiques, commencent à partir. L’Allemagne a adopté la définition de l’antisémitisme de l’IHRA[11][12] et les artistes qui reçoivent une bourse doivent la signer, et si leur projet est jugé non conforme à cette définition, ils doivent alors rembourser l’argent.

En bref, tout l’arsenal des États autoritaires est mis en œuvre sous couvert de lutte contre l’antisémitisme.

 

🔴 En même temps :

  • des politiciens tels que le chancelier parlent du “ drapeau juif ” en désignant le drapeau d’Israël ;
  • et des journalistes (du journal Der Spiegel, à deux reprises déjà) ont écrit à propos d’événements qu’ils avaient eu lieu à “ l’ambassade juive à Berlin ”.
  • Par ailleurs, certains policiers ont été surpris en train d’échanger dans des groupes de discussion où circulaient des propos néonazis, tandis que le pays est dirigé par des descendants de nazis, dont certains revendiquent cet héritage ou choisissent de garder le silence (le chancelier actuel est resté silencieux sur le passé nazi de son grand-père[13], celui d’Annalena Baerbock, ancienne ministre des Affaires étrangères, et les grands-pères de Beatrix von Storch du parti d’extrême droite étaient soldats dans l’armée allemande, et l’un d’eux fut ministre nazi des Finances).

 

Il est probable que les attaques actuelles contre la société civile ne soient pas liées au conflit israélo-palestinien, mais que la “ lutte contre l’antisémitisme ” serve de levier pour promouvoir un agenda politique de droite, à un moment où les migrants arrivés en Allemagne lors de la vague de 2015 deviennent citoyens et gagnent en influence politique. L’Allemagne leur fait comprendre[14], aux millions de Syriens, Turcs, Afghans, qu’ils peuvent bénéficier de ce qu’elle a à offrir à condition qu’ils soient “ de bons migrants ”, c’est-à-dire s’ils acceptent d’être des sujets sans droits politiques. Comme en Israël : soyez de bons Palestiniens, occupez-vous du folklore, du houmous ou de la musique orientale, la majorité blanche s’occupe du programme politique. 

 

🔴 L’Allemagne est entrée dans une course à l’armement et fournit à Israël au moins un tiers des armes utilisées pour le génocide à Gaza[15].
On y observe également une montée significative de la droite[16] et des tendances autoritaires qui se sont clairement renforcées au fil des années. Malgré tout cela, à la différence d’autres pays occidentaux adoptant des politiques comparables, l’opposition demeure très timide. Suite à une campagne d’épuration dans la presse, il n’y reste essentiellement que des journalistes qui font la promotion d’Israël et amplifient ses discours. Il y a là une politique d’incitation et de répression de toute activité et voix critique envers la politique israélienne, et ce n’est que récemment, après les dernières élections, que des politiciens s’opposant clairement au génocide mené par Israël sont entrés au parlement.

 

🔴 Pourtant, une majorité écrasante de la société allemande s’oppose de manière constante à la fourniture d’armes à Israël[17].
Et malgré toute la propagande pro-israélienne et les drapeaux israéliens qui flottent au-dessus de chaque bureau gouvernemental en Allemagne, 73 % des individus pensent qu’Israël commet un génocide à Gaza, même si les manifestations contre ce génocide mobilisent peu. L’obéissance de l’élite blanche, et la coopération des universitaires et des artistes qui (comme d’habitude) restent silencieux ou s’identifient ouvertement au système, est assourdissante.

 

Se convertir au sionisme : comment les descendants des nazis sont devenus les “ nouveaux juifs ”

Notes :

[0En Allemagne, une chasse aux sorcières fait rage contre les critiques d'Israël. Nombreux sont ceux qui commencent à en avoir assez

[1] Voix juives pour une paix juste au moyen Orient

[2] Rabbin militaire de la Bundeswehr. Plus de rabbins que de soldats ?

[3] Deborah Feldman : Les curmatoires de la vie allemandes. Dans le magazine Die Weltb'hne, l'auteur à succès traite des pièges de l'identité juive. Une impression originale

[4The German Questions w/Emily Dische-Becker

[5Berlin : Le président de la police met en garde les Juifs et les homosexuels contre des endroits dangereux

[6] Un manifestant juif antisioniste affronte la police allemande

[7A l'initiative d'Angela Merkel, le pays a accueilli plus d'un million de réfugiés de Syrie ou d'Irak de 2015 à 2016

[8« Israël fait le sale boulot pour nous tous » : pourquoi cette phrase du chancelier allemand n’est pas qu’un dérapage

[9Roderich Kiesewetter, député du Bundestag : « Nous sommes prêts à défendre la sécurité d’Israël au péril de nos vies. » 

[10] L'Observatoire européen des droits de l'homme suscite des inquiétudes quant à la liberté d'expression en Allemagne dans le contexte des manifestations de Gaza 

[11] La définition déformée de l'antisémitisme protège Israël de toute critique. L'IHRA a été créée en tant qu'organisation internationale pour lutter contre l'antisémitisme, mais ses définitions actuelles du terme sont devenues un outil pour museler toute critique à l'égard d'Israël. Au lieu de s'excuser de l'occupation, Israël est devenu un accusateur.

[12] L'IHRA Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste

[13Merz peut-il rester silencieux en tant que chancelier? Le grand-père de Friedrich Merz a essayé d'inclure sa propre inclusion dans le NSDAP – et est devenu membre auparavant plus connu. 

[14La police allemande cible-t-elle délibérément le mouvement de solidarité pro-palestinien ?

[16] L'extrême droite incarnée par l'AfD s'impose comme la principale force d'opposition en Allemagne, après les élections fédérales anticipées. En Allemagne de l'Est, un homme sur quatre a voté pour le parti d'extrême droite

[17La guerre au Moyen-Orient : 80 % des Allemands critiquent les actions israéliennes dans la bande de Gaza

 

Pour en savoir plus :

Juifs rescapés de la shoah, opposants à l’ultranationalisme d’Israël

- Pourquoi le gouvernement allemand soutient le génocide à Gaza ?

 

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26 février 2025 3 26 /02 /février /2025 18:25
Allemagne : « L’orientation de Die Linke est clarifiée, et sa base électorale consolidée »

Le politiste Kolja Lindner analyse le relatif succès dans les urnes du parti de gauche radicale, qui a reconstitué son groupe parlementaire. Il a fait mieux que résister à la scission organisée voici un an par une de ses anciennes responsables, Sahra Wagenknecht.
En obtenant près de 9 % des suffrages lors des élections fédérales tenues le 23 février
[1], Die Linke[0] a enregistré une progression qui constitue l’une des rares bonnes nouvelles pour les gauches en Allemagne.
Né en 2007 de la fusion opérée entre des dissidents sociaux-démocrates de l’Ouest et d’ex-communistes de l’Est, le parti s’était installé dans le paysage politique national depuis de nombreuses années. Il avait cependant décliné de manière significative lors du précédent scrutin législatif, en 2021. Et l’an dernier, ses perspectives s’étaient encore assombries en raison d’une scission à l’initiative de Sahra Wagenknecht. Celle-ci avait lancé une formation « conservatrice de gauche » à son nom, ce qui avait privé Die Linke de groupe parlementaire.

À rebours de nombreux commentaires, Kolja Lindner estimait alors que le départ de Wagenknecht offrait l’occasion d’une clarification pour Die Linke, dont l’image avait été dégradée par des controverses internes interminables.

Maître de conférences en théorie politique allemande à l’université Paris 8, titulaire de la chaire Maurice-Halbwachs à l’université de Wuppertal (Allemagne) en 2024-25, il a répondu à nos questions sur les résultats de ce dimanche.

 

 

Sources : Médiapart |

- Mediapart : Die Linke a retrouvé une représentation inespérée au Bundestag. Quels ont été les moteurs de sa dynamique électorale ?

Kolja Lindner : Le premier facteur date d’avant l’annonce des élections anticipées. En octobre dernier, un nouveau binôme paritaire a été élu à la tête du parti. Cela l’a rendu apte à saisir une fenêtre d’opportunité pour augmenter son poids électoral.

 

Sur le papier, l’équilibre traditionnel entre une personne issue de l’Ouest (Jan van Aken) et une personne issue de l’Est (Ines Schwerdtner) a été reproduit. Mais le plus important, c’est qu’ils incarnaient tous deux une véritable relève générationnelle.

  • Jan van Aken provient de milieux activistes écologistes dans la ville de Hambourg ;
  • tandis qu’Ines Schwerdtner, qui a travaillé pour la version allemande de la revue de gauche Jacobin, n’avait aucun lien historique avec l’ancien parti du régime communiste.

 

🔴 Cela a considérablement joué sur deux plans.

  • D’une part, Die Linke a connu des adhésions massives : le parti est passé de 54 000 membres en 2022 à 81 000 membres juste avant les élections législatives.
  • D’autre part, les jeunes se sont davantage reconnus dans son offre politique.

Celles et ceux qui ont voté pour la première fois ont été 27 % à mettre un bulletin Die Linke dans l’urne, et les 18-24 ans ont été 25 % à faire de même. Die Linke est le premier parti dans ces deux catégories.

 

🔴 Le deuxième facteur a été le positionnement du parti sur le fond. Die Linke est apparue en pointe de la mobilisation antifasciste. Après que Friedrich Merz [le chef de file des chrétiens-démocrates – ndlr] a fait passer une motion sur l’immigration avec les voix de l’AfD au Bundestag, la députée Heidi Reichinnek a appelé à résister à la tribune, et enregistré une intervention devenue virale sur les réseaux sociaux. Elle a ainsi contribué à la mobilisation de centaines de milliers de personnes contre la rupture du cordon sanitaire avec l’extrême droite.

 

🔴 Ensuite, Die Linke a mené une campagne sur les enjeux sociaux, et plus particulièrement sur la question des loyers et de l’habitat communal. Cet enjeu a fortement résonné dans les zones urbaines où Die Linke a réalisé de gros scores. On l’a notamment vu à Berlin, où la question du logement fait l’objet de mobilisations régulières.

 

 

- Mediapart : Une des limites de la progression de Die Linke n’est-elle pas d’avoir été faite aux dépens d’autres partis de gauche, et relativement peu grâce à d’autres sources de voix ?

Kolja Lindner : Effectivement, on observe une redistribution de l’électorat à l’intérieur de la gauche. Un peu moins de 300 000 « non-votants » ont nourri le score de Die Linke, contre 700 000 voix venues d’anciens électeurs écologistes, et environ 560 000 venues d’anciens électeurs sociaux-démocrates.

 

Mais est-ce révélateur d’une faiblesse structurelle, ou d’un début de recomposition de la gauche ? L’avenir le dira, mais j’observe que les 4,4 millions de voix de Die Linke ont été obtenues sur une base programmatique qui a gagné en cohérence et s’est « gauchisée » à la suite du départ de Sahra Wagenknecht. D’ailleurs, si l’on ajoute les scores de cette dernière et de Die Linke, la somme est plus importante que tous les résultats obtenus quand les deux sensibilités cohabitaient encore ensemble.

 

C’est aussi comme cela qu’il faut comprendre l’euphorie de dimanche soir chez les partisans de Die Linke. Leur parti est désormais relativement uni, sur une orientation politique clarifiée, avec une base électorale consolidée. L’avenir leur paraît bien plus prometteur qu’il y a quelques mois à peine.

 

 

- Mediapart : En termes de géographie électorale, ce scrutin a-t-il permis de vérifier la tendance à la « nationalisation » de l’implantation de Die Linke, au-delà de sa surreprésentation historique à l’Est ?
Kolja Lindner : Oui. Un écart persiste, puisque le vote pour Die Linke reste un peu plus fort à l’Est, autour de 13 %, contre 7-8 % environ à l’Ouest. Mais cela n’a rien à voir avec les différences enregistrées par le passé.

 

Au-delà des effets propres au profil politique du parti, il faut y voir la traduction d’évolutions sociodémographiques. Il y a trente ans, aux élections fédérales de 1994, le parti héritier du régime communiste, le PDS, frôlait les 20 % à l’Est et n’atteignait que 1 % à l’Ouest. Mais cela date d’une génération : beaucoup d’électeurs de cette époque sont décédés ou devenus très âgés, ils pèsent beaucoup moins lourd qu’autrefois.

 

De manière générale, les « frontières fantômes » persistent encore dans le comportement électoral, mais c’est à nuancer avec d’autres variables sociologiques. On voit par exemple que Die Linke a conquis des circonscriptions au scrutin majoritaire dans des centres de grandes villes comme Leipzig et Erfurt. Plus que leur localisation à l’Est, c’est le très bon score de Die Linke auprès des jeunes femmes urbaines qui a joué, alors qu’à l’inverse l’AfD a fait ses meilleures performances auprès des hommes âgés résidant en zone rurale.

 

Si l’on regarde la place de l’Allemagne de l’Est dans le programme électoral de Die Linke, une section lui est bien consacrée, mais bien plus courte que par le passé. Cela atteste que la question, sans disparaître, a perdu en importance.

 

 

- Mediapart : Die Linke a déjà connu cet étiage électoral : en 2017, elle dépassait les 9 %. Qu’est-ce que le parti peut faire de plus que d’incarner une voix d’opposition de gauche, impuissante à ce stade ?
Kolja Lindner : Il faut tout de même rappeler que depuis la scission de l’an dernier, le groupe parlementaire n’existait même plus au Bundestag, puisqu’il ne comptait plus assez de membres. Cela avait coûté au parti des capacités d’intervention au Bundestag, et du temps d’antenne à la télévision.

 

Avec le score de dimanche, le groupe est restauré, avec les ressources auxquelles il donne droit. Cela signifie, entre autres, que l’importante Fondation Rosa Luxemburg [un institut de réflexion et de formation associé au parti – ndlr[2]] n’est plus menacée dans son existence.

 

Alors certes, Die Linke ne va toujours pas peser sur la formation des politiques publiques. Pour autant, sa capacité à incarner des propositions alternatives va être plus importante qu’avant le scrutin, et sur une base idéologique bien plus claire et moins disputée en interne.

 

 

- Mediapart : Comment appréciez-vous le score du parti de Sahra Wagenknecht ? Après tout, en 2013, l’AfD avait elle aussi manqué de peu l’entrée au Bundestag, ce qui n’avait pas empêché sa progression ultérieure.
Kolja Lindner : La dynamique ne me semble pas identique. Celle de l’AfD était montante, et l’extrême droite s’est saisie de nouvelles crises pour progresser. Le parti qui porte son nom, le BSW, est au contraire sur le déclin après être entré dans quelques parlements régionaux d’ex-Allemagne de l’Est.

 

Il ne s’agit pas uniquement du résultat de dimanche. La structuration du parti est d’ores et déjà entravée par le départ de salariés qui ont exprimé leur désaccord avec le discours sur les politiques migratoires, jugé trop proche de celui de l’AfD. En Bavière, vingt-huit permanents du puissant syndicat IG Metall ont reproché au chef régional du parti de « s’être associé à des racistes » et lui ont demandé de démissionner. Et dans les manifestations pour le cordon sanitaire, on pouvait lire de nombreuses pancartes hostiles à Sahra Wagenknecht.

 

Si je devais m’avancer sur un pronostic, je dirais donc que le BSW pourrait avoir atteint son zénith, et que son futur au niveau fédéral est désormais très incertain.

 

 

- Mediapart : Sahra Wagenknecht a développé une ligne fort complaisante avec Vladimir Poutine, pas du tout solidaire du peuple ukrainien. Quel discours Die Linke a-t-elle tenu sur le sujet ?
Kolja Lindner : Un des deux coprésidents, Jan van Aken, a été inspecteur pour l’ONU des armes biologiques. Il connaît donc bien les questions internationales et était à l’aise sur le sujet lors des débats télévisés.

 

  • Sa ligne consiste à contester la livraison d’armes, que ce soit à l’Ukraine ou à Israël, pour des raisons pacifistes. Mais le parti défend une solidarité différente, de type civil, passant par des sanctions et une offensive diplomatique auprès de la Chine, afin de contraindre la Russie à entrer dans des négociations de paix.
  • Die Linke dénonce clairement l’agression de l’Ukraine par Poutine, et affirme qu’aucune négociation ne devrait avoir lieu sans les Ukrainiens et les Ukrainiennes.
Allemagne : « L’orientation de Die Linke est clarifiée, et sa base électorale consolidée »
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30 août 2022 2 30 /08 /août /2022 10:27
Ariane 6 lanceur fusée espace spatial

Ariane 6 lanceur fusée espace spatial

Jean-Luc Mélenchon : " ...la suite de l’aventure de l’humanité dans l’espace est en train de s’écrire. Il n’est pas question d’être naïfs et de tenir une position destinée à être dépassée par les évènements et les autres protagonistes. La France est une puissance et son devoir est de se déployer dans toutes les directions de l’épopée humaine. "[1]

 

Alors que l’espace suscite de nouveau l’intérêt des grandes puissances et de nouveaux acteurs privés, la France semble se reposer sur ses lauriers et abandonner son rôle de puissance spatiale. D’une part, Paris semble préférer déléguer cette activité au secteur privé, au lieu de piloter indirectement l’action de ce dernier, comme le fait la NASA. D’autre part, l’Allemagne ne cache plus ses ambitions et délaisse la coopération européenne, tout en essayant de récupérer les technologies françaises.

 

 

Sources : Le Vent se lève |

- La conquête spatiale fut l’un des grands enjeux de la Guerre froide

Dans cet affrontement entre Soviétiques et Américains, la politique d’indépendance du général De Gaulle s’est également traduite en termes de souveraineté spatiale[1bis]. Du programme Véronique au développement d’Ariane 6, la France reste un acteur majeur du spatial dans le monde. Ce rôle permet d’avoir une place importante en matière militaire, scientifique et industrielle. Ce, même face aux géants étasuniens, russes et, aujourd’hui, chinois. Pour ce faire, la France a pu compter sur l’expertise acquise par le Centre national d’études spatiales (CNES[2]) qui a fêté ses 60 ans en 2021. Ces compétences, fruit d’années d’investissements et d’ambitions publiques, ont fait le lit de l’excellence française en matière spatiale. Depuis lors, la France a tout naturellement pris le rôle de moteur européen dans les activités extra-atmosphériques. Toutefois, fer de lance de la souveraineté française, le secteur spatial ne cesse de voir sa position fragilisée par l’absence de vision et la naïveté de la France face à l’Allemagne dans l’UE.

 

 

 

- Une nouvelle zone de conflictualité ?
En 1958, une résolution de l’ONU faisait référence à l’usage « exclusivement pacifique » de l’espace extra-atmosphérique[3]. A l’époque, Russes et Américains s’étaient entendus pour faire retirer l’adverbe exclusivement dans le texte onusien. Bien qu’ancienne, la militarisation, c’est-à-dire l’usage à des fins militaires de l’espace, tend à s’accentuer ces dernières années. La facilité de l’accès à l’espace permet aux armées du monde entier d’envoyer des systèmes orbitaux d’observation et de télécommunication. En revanche, l’arsenalisation – l’usage d’actions militaires dans, depuis et vers l’espace – de la zone extra-atmosphérique paraît de plus en plus inéluctable. De nombreux Etats sont par exemple d’ores et déjà capables de détruire des satellites depuis le sol.

 

 

Pourtant le traité de l’espace de 1967[4], la référence en droit spatial, indique que nul ne peut s’approprier l’espace.
La zone extra-atmosphérique est donc ouverte à tous. De même, le traité stipule que les armes nucléaires ne peuvent y être déployées. Le texte reste néanmoins flou et sujet à interprétation dans sa rédaction. Il apparaît de moins en moins adapté aux nouvelles réalités conflictuelles, comme le note un récent rapport d’information parlementaire[5].

 

Donald Trump dévoile le drapeau de la «force de l'Espace» des Etats-unis
D. Trump dévoile le drapeau de la «force de l'Espace» des USA

En 2015, Barack Obama ouvre une première brèche avec le Space act[6], qui autorise l’exploitation des ressources dans l’espace et son appropriation par les citoyens étasuniens. Par la suite, Donald Trump suivra en créant une Space force[7] pour défendre les intérêts des Etats-Unis dans l’espace. Emmanuel Macron, dans la foulée de son homologue américain, a décidé de passer à une doctrine plus active en termes de protection des intérêts spatiaux de la France. Ceci afin de « répondre aux défis […] dans les nouvelles zones de confrontation que sont l’espace cyber ou l’espace exo-atmosphérique[8».

 


- SPACE X et les réalités du NEW SPACE
Si l’intérêt pour l’espace connaît un regain d’intérêt depuis environ une décennie, cela s’explique aussi par les mutations profondes de l’industrie spatiale suite à l’arrivée d’acteurs privés. Ainsi, plusieurs sociétés, dont celles de multimilliardaires, se sont engouffrées dans ce nouvel environnement technologique et sociétal, dénommé new space. Les emblèmes de cette nouvelle ère sont sans aucun doute Space X d’Elon Musk et Blue Origin de Jeff Bezos. Le phénomène a également gagné le Vieux continent. De nouvelles entités y ont émergé et viennent concurrencer les acteurs traditionnels du spatial, comme Airbus, Thales, Safran, etc. En outre, ce nouvel âge spatial s’appuie également sur un cycle d’innovation plus court dû à la miniaturisation des satellites et de leurs composants, d’une part, et la numérisation de la société, d’autre part. Cette numérisation à outrance a pour corollaire non seulement des infrastructures au sol, câbles sous marins et data centers, mais également des moyens de télécommunication en orbite, tels que les constellations de satellites actuellement déployées par Starlink (Elon Musk), OneWeb (Airbus) ou Kuyper (Jeff Bezos). L’émergence du tourisme spatial[9fait également partie des moteurs de ces mutations.

 

Derrière le phénomène au nom rêveur du new space se trouve une réalité bien connue, celle des start-ups. Il s’agit de l’afflux de capitaux privés, via du capital risque, sensibles à l’image positive que véhicule le spatial, ses innovations technologiques et la rentabilité présumée du secteur. Ce faisant, il s’est créé un effet d’entraînement global. A l’instar de la bulle Internet, au début des années 2000, le new space n’est d’ailleurs pas à l’abri d’une bulle financière, notamment alors que les taux d’intérêt sont en train de remonter.

 

Toutefois, si cet appel aux capitaux privés, notamment aux États-Unis, conduit certains commentateurs à évoquer une privatisation de l’espace, cette dernière mérite d’être questionnée.

  • Premièrement, ces financements viennent parfois en complément du public sur des programmes très onéreux.
  • Deuxièmement, les principaux clients de Space X restent le gouvernement américain lui-même à travers la NASA ou le Pentagone. Cela se traduit par de nombreux lancements institutionnels pour l’envoi de satellites, civils et militaires, ou l’approvisionnement de l’ISS (Station spatiale internationale) avec le Falcon 9.
  • Enfin, toutes les technologies développées par ces acteurs privés sont issues des recherches de la NASA, comme le rappelle notamment les travaux de l’économiste Mariana Mazzucato[10].

 

- Ainsi, et de manière contre intuitive, l’apport du new space dans l’écosystème spatial américain tient moins de l’innovation de rupture que de la facilité qu’ont ces entreprises à industrialiser les technologies de la NASA. En somme, entre le new space aux États-Unis et la NASA, la filiation est directe. Le rapport d’information parlementaire cité plus haut, révèle ainsi qu’historiquement la NASA a utilisé les acteurs du New space pour pallier l’échec de son programme de navette.

- Ainsi, les rares marchés exclusivement privés se trouvent dans le tourisme spatial et les méga-constellations en orbite basse. Ces deux activités, dont le modèle économique est très fragile[11], sont toutes deux très polluantes et néfastes aux activités scientifiques.

 

 

- Entre automutilation et illusion libérale : le New SPACE français
Face à cette nouvelle configuration, la France tente aujourd’hui de rattraper ce qu’elle considère comme un retard. Néanmoins, à la différence des Etats-Unis, le marché des lancements institutionnels européens n’est ni conséquent ni garanti. Quand le budget de la NASA s’élève à plus de 20 milliards, celui du CNES atteint à peine plus de 2 milliards et de 6 milliards pour l’ESA (European Space Agency)

 

La moitié de l'enveloppe financière devrait atterrir dans les poches des acteurs du NewSpace.

Dans le sillage des illusions sur la start-up nation, Bruno Le Maire a annoncé l’avènement d’un Space X français d’ici 2026[12]. Ce faisant, le Ministre de l’économie a oublié que le leader mondial des lancements commerciaux était français. En effet, avec Arianespace, qui gère la commercialisation et l’exploitation des systèmes de lancements depuis Kourou (les lanceurs Ariane et Vega), la France a un accès privilégié, et de qualité, à l’espace ! Pour soutenir les acteurs du new space, Emmanuel Macron a annoncé investir 1,5 milliard dans ce secteur dans le cadre du plan France 2030[13]. Dès lors, deux stratégies distinctes se dessinent de chaque côté de l’Atlantique : d’un côté une privatisation pilotée par la NASA, de l’autre un véritable laissé faire, sans planification

 

L’automutilation de l’Etat français et l’absence de vision à long terme, censée guider les politiques spatiales, se font ressentir au cœur même de l’excellence française. En effet, le Centre national d’études spatiales est touché de plein fouet par ces nouvelles orientations. C’est pourquoi, en avril dernier, les ingénieurs du CNES, de Paris à Kourou, dans un mouvement sans précédent depuis 60 ans, ont décidé de se mettre en grève pour protester contre les nouveaux contrats d’objectifs[14]. Ces derniers, aux dires des syndicats, privilégient les nouveaux acteurs privés au détriment de la recherche publique. Leur crainte est qu’à travers ces objectifs, le CNES ne devienne qu’une agence de financement. Dès lors, le regard stratégique sur le devenir des grands projets reviendrait aux seuls industriels

 

Arianespace : l'Etat signe la vente de ses parts à Airbus et Safran

Ces craintes sont fondées : ce retrait du CNES est déjà une réalité depuis 2015. Quand Manuel Valls avait décidé de vendre les parts de l’Etat (34%), à travers le CNES, dans la société Arianespace[15]. Cette société est pourtant hautement stratégique en termes d’efficience industrielle et de souveraineté d’accès à l’espace. Les parts ont été cédées à la co-entreprise (Ariane group), composée de Safran et d’Airbus. La cession a mis fin à la logique de partenariat public/privé qui avait prévalu en France et qui avait fait ses preuves. A sa place, une logique de gestion pilotée uniquement par les industriels, notamment celle du futur lanceur Ariane 6, est en train de s’affirmer.

 

 

 

- L’Allemagne se rêve en puissance spatiale

Outre une ambition politique aux abonnés absents, le spatial français doit faire face aux divergences politiques avec l’Allemagne. Ces divergences ne sont du reste pas nouvelles, elles existent d’ores et déjà pour l’industrie militaire. La naïveté française dans les grands projets industriels de l’UE permet aux entreprises allemandes de siphonner les technologies françaises. Du programme SCAF (avion de chasse de nouvelle génération) au transfert du moteur d’Ariane 6 de Vernon vers la Bavière, les exemples sont légion.


Face aux problèmes budgétaires de la France, l’Allemagne s’est en effet mise en tête de prendre le leadership européen dans le spatial. Le conseiller espace d’Angela Merkel à l’époque, Peter Hintze, relayé par La Tribune, le disait en ces termes : « l‘Allemagne occupe le deuxième rang européen en matière de spatial; se satisfaire du deuxième rang ne suffit pas, il faut considérer ce classement comme une source de motivation »[17].

 

Depuis, l’Allemagne a été à plusieurs reprises la plus grande contributrice du budget de l’ESA. L’objectif, à peine voilé, est de conforter sa base industrielle dans un esprit mercantile orienté vers la haute valeur ajoutée. Les spécialistes faisaient remarquer à l’époque l’absence de vision en termes d’indépendance dans le discours allemand, comme le confirme un document que s’est procuré La Tribune[18]. Ce dernier indique que le gouvernement allemand pense qu’ « un système de lancement compétitif européen au niveau mondial n’est pas un objectif prioritaire […] ». D’autant que la compétition est, selon elle, complètement biaisée : « la demande institutionnelle nettement plus importante aux États-Unis […] Un système européen ne pourrait survivre dans cet environnement qu’avec de lourdes subventions gouvernementales annuelles[18] ». L’Allemagne y fustige également le manque de concurrence face à Arianegroup.

 

Espace : OHB, cette PME allemande au coeur des tensions entre Paris et Berlin

Berlin, dans un esprit libéral, refuse donc la logique d’agence et de coopération européenne de l’ESA et aimerait lui substituer une logique d’acteurs industriels. A contrario, la tradition française, qui associe programmes civils et militaires, est de penser le spatial en termes de souveraineté d’accès. Ainsi, profitant de l’avènement du new space, Berlin a fait émerger de nouveaux acteurs tels que OHB ou encore ISAR Aerospace. Ces différents choix stratégiques de l’Allemagne posent des problèmes de cohérence à ses partenaires européens, notamment la France. Récemment, l’agence spatiale allemande (DLR) a choisi Space X pour l’envoi de son satellite d’observation de la terre. Ou, encore, le lobbying d’OHB[19] en faveur du lanceur américain pour l’envoi des derniers satellites du programme Galileo, le GPS européen. De fait, Berlin semble avoir abandonné toute idée de préférence européenne.

 

Outre-Rhin, on pense l’avenir à travers les megaconstellations et les micro lanceurs réutilisables. Ils visent ainsi le marché, non institutionnel, des envois commerciaux. Cette stratégie permet à ces start-ups, soutenues par le gouvernement allemand, de s’autonomiser, en partie, du port spatial de Kourou. L’opération Launch Germany[20] s’inscrit dans cette logique. Elle a pour objectif de développer une zone de lancement pour micro-lanceurs en mer du nord. Pourtant le CNES, l’ESA et Ariangroup cherchent à redéployer l’ancien site de lancement de la fusée diamant en base pour micro-lanceurs. Il s’agit des programmes Thémis, Prometheus et Callisto.

 

Ces divergences se confirment dans cette période de transition entre les versions 5 et 6 d’Ariane. Cette dernière est censée être plus compétitive face à la concurrence de Space X. Néanmoins, conscient des défis de la fusée réutilisable, Paris indique que ce nouveau lanceur, qui n’intègre pas de modules réutilisables, est quasi obsolète. La volonté est donc d’embrayer très vite sur une nouvelle génération de lanceurs. Pour Berlin, qui a financé un des quatre milliards de conception d’Ariane 6, c’est évidemment trop tôt. Le retour sur investissement de la fusée Ariane 6 se fera certainement sur la durée, entre 10 à 15 ans. Or, repartir sur une nouvelle génération de lanceur entraînera d’énormes coûts de conception, jusqu’à 10 milliards d’euros selon les estimations. Ce sont les industriels d’Arianegroup et l’ESA, au travers de ses membres étatiques, qui porteront ce coût.

 

 

- Le port spatial de Kourou : un fleuron mis à mal
Si l’avenir de la coopération spatiale européenne reste incertain, qu’en est-il des bases de lancement ?

Pour l’heure, le port spatial de Kourou[21], en territoire français, offre au pays des Lumières un atout essentiel d’indépendance et de sécurité. Le déploiement des programmes de vols, notamment ceux à usage militaire, se fait sans contrainte d’exportation et de location d’un site étranger. L’indépendance qu’offre ce site lui confère donc un grande importance. Malheureusement, celui-ci est également confronté à une période difficile.

 

Le 25 décembre 2021, comme un cadeau offert à la communauté scientifique et au monde, s’envolait le télescope James Webb[22]. Le remplaçant du célèbre Hubble était attendu par les scientifiques du monde entier. Depuis, James Webb réjouit la communauté scientifique et même les particuliers par ses performances optiques. Ce joyau technologique a coûté 10 milliards de dollars à la NASA sur 20 ans. Le télescope est parti depuis Kourou, en Guyane, empaqueté dans la coiffe d’une Ariane 5. La précision du vol fut telle que le télescope a gagné en durée de vie en économisant son carburant[23].

 

Si, cet exploit technique et scientifique a été salué par la NASA, qui a reconnu l’extrême précision du lancement, il ne saurait cacher néanmoins les difficultés du sport spatial. Le développement d’Ariane 6 s’articule autour d’un leitmotiv : la réduction des coûts. Cela passe notamment par la réduction d’effectifs, surtout lorsque les budgets sont contraints et orientés vers des start-ups. Dans ce cadre, le gestionnaire du site, Arianegroup – actionnaire majoritaire d’Arianespace (76%) – se prépare depuis deux ans à des réductions d’effectifs. 600 licenciements répartis entre la France et l’Allemagne, sont évoqués[24]. Concernant le Centre spatial guyanais, une étude évoque une suppression de 300 postes[25]. Cette réduction d’effectifs fait craindre une perte de savoir-faire, notamment dans le domaine d’excellence de la France : la filière des lanceurs.

 

 

- Du côté des salariés de la base, c’est le flou concernant la suite de l’aventure spatiale.
« Les salariés sont anxieux face à la baisse de cadence et les solutions amenées pour y faire face. L’arrêt prématuré de Soyouz n’arrange pas les choses. Il y a une véritable lenteur des dirigeants à trouver et proposer des solutions. » nous rapporte Youri Antoinette, syndicaliste UTG-CGT sur la base. Pour ce dernier, le contrat passé avec Amazon[26] est une bonne nouvelle.


Il s’inquiète néanmoins de la gestion de cette période de transition. En effet, le lancement de la constellation Kuiper d’Amazon doit débuter en 2024 à bord d’Ariane 6. Il y a donc un trou de deux ans à combler. Cette transition devait se faire grâce au lanceur russe Soyouz, basé en Guyane depuis 2011. Cependant, la guerre en Ukraine a eu pour conséquence l’arrêt des coopérations entre l’ESA et Roscosmos. L’UE n’a par conséquent pas de lanceur de substitution. Dans l’intervalle, la production d’Ariane 5 est stoppée et le programme Ariane 6 a pris du retard. De plus, L’arrêt de Soyouz signe la disparition de 50 emplois équivalent temps plein sur la base.
 

  • La souveraineté spatiale de la France est donc mise à mal de toute part.
  • Son rôle moteur au sein de l’UE est remis en cause par l’Allemagne, dont les ambitions hégémoniques s’affirment de plus en plus.
  • Pendant ce temps, en dehors de l’UE les puissances spatiales poursuivent leur affrontement pour la primauté scientifique, industrielle et/ou commerciale.
  • Force est de constater, qu’à ce jour, la France, prise dans le dédale de ses contradictions et de l’UE, semble ne plus avoir les capacités de tisser le fil d’Ariane d’une nouvelle ambition spatiale.

 

Notes :

[1] À la conquête de l’espace

[1bis] La naissance de la politique spatiale française

[2] Le site du Centre national d'études spatiales CNES

[3] RESOLUTION DU 13 DECEMBER1958 SUR L'UTILISATION DE L'ESPACE EXTRA-ATMOSPHERIQUE A DES FINS PACIFIQUES (NATIONS UNIES) - 1348 - XIII (Création du Comité spécial des utilisatoins pacifiques de l'espace extra-atmosphérique)

[4] Traité de l'espace 1967

[5] RAPPORT D’INFORMATION PAR LA COMMISSION DE LA DÉFENSE NATIONALE ET DES FORCES ARMÉES

[6] Droit de l’espace : évolution, révolution ou déliquescence annoncée ?

[7] Trump crée un commandement militaire spatial pour sa future " Armée de l'Espace "

[8Armées : Macron annonce la création d’un commandement militaire de l’espace, et La France muscle sa stratégie spatiale avec un commandement dédié

[9] MILLIARDAIRES DANS L’ESPACE, DYSTOPIE SUR TERRE

[10L'État entrepreneurial

[11] OneWeb: de nombreuses interrogations autour du modèle économique

[12] Espace : Paris présente son plan pour concurrencer SpaceX

[13] Plan "France 2030" : Macron met sur la table 1,5 milliard d'euros pour le spatial

[14] Grève historique au CNES : " Des projets spatiaux s'arrêtent faute de financement "

[15] Arianespace : l'Etat signe la vente de ses parts à Airbus et Safran

[16] Du néant de la relation stratégique franco-allemande au divorce nécessaire

[17] Espace : la France rend les armes face à l'Allemagne

[18] Stratégie lanceurs : comment l'Allemagne s'oppose fortement à Bruxelles et à la France

[19] Espace : OHB, cette PME allemande au coeur des tensions entre Paris et Berlin

[20] Spatial européen : l'inquiétant séparatisme allemand

[20] Centre spatial guyanais

[22] Le télescope spatial James-Webb est arrivé à destination, à 1,5 million de kilomètres de la Terre

[23] Un lancement précis d'Ariane 5 devrait prolonger la durée de vie prévue de Webb

[24] Arianegroup annonce la suppression de 600 postes en France et en Allemagne

[25] Spatial : Le CSG va vers un plan social qui ne dit pas son nom

[26] ARIANESPACE SIGNE UN CONTRAT HISTORIQUE AVEC AMAZON POUR 18 ARIANE 6 AFIN DE DÉPLOYER LE PROJET DE CONSTELLATION KUIPER

 

Pour en savoir plus :

- Spatial : vers un déclassement de la France ?

Quand le capitalisme se rêve un destin cosmique ; le capital à l'assaut de l'espace

Spatial : l'Europe se contente du minimum syndical

- L'Otan va installer à Toulouse un centre de formation et01 d'expérimentations dédié à l'espace, ont indiqué vendredi le ministère des armées et le CNES

- L’Otan installe à Toulouse son QG de l’espace pour contrer les menaces sur ses satellites

- l'Union Populaire (France insoumise) Mélenchon 2022 : L’espace, notre horizon commun

L’espace, notre horizon commun

 

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 09:00
L’Allemagne ne paie pas ses dettes… mais critique la Grèce

Sources : Conscience Citoyenne Responsable par 2ccr le 26 janvier 2015 modifié le 9 juillet 2015

L’Allemagne joue les donneuses de leçons sur la question de savoir s’il convient d’accorder de nouvelles aides à la Grèce. Le gouvernement se montre inflexible sur le mode : “Vous n’aurez de l’argent que si vous faites ce que nous vous demandons.” Cette attitude est-elle justifiée ?


Albrecht Ritschl réponds : « Non, absolument pas. Dans toute l’histoire récente, c’est l’Allemagne qui a connu les pires faillites d’État, au XXe siècle. Sa stabilité financière et son statut de bon élève de l’Europe, la République fédérale les doit uniquement aux Etats-Unis, qui, aussi bien après la Première Guerre mondiale qu’après la Seconde, ont renoncé à des sommes considérables. Malheureusement, on a un peu trop tendance à l’oublier. »
 
Entre 1924 et 1929, la république de Weimar a vécu à crédit et a même emprunté auprès des États-Unis l’argent dont elle avait besoin pour payer les réparations de la Première Guerre mondiale. Cette pyramide s’est effondrée pendant la crise de 1931. Il n’y avait plus d’argent. Les dégâts ont été considérables aux États-Unis et l’effet a été dévastateur sur l’économie mondiale.
 
Début 2010, lors d’un voyage en Allemagne, Theodoros Pangalos, alors vice-premier ministre, avait lancé une bombe sur les ondes de la BBC : « Ils ont pris les réserves d’or de la Banque de Grèce, ils ont pris l’argent grec et ne l’ont jamais rendu. C’est un sujet qu’il faudra bien aborder un jour ou l’autre. » En décembre de la même année, le secrétaire d’État aux finances hellènes, Philippos  Sahinidis, était allé plus loin en chiffrant la dette allemande envers son pays à 162 milliards d’euros, à comparer au montant de la dette grecque qui s’élevait à 350 milliards d’euros fin 2011.
 
Plus récemment, c’était au tour du héros de la Résistance Manolis Glezos, 89 ans, connu pour avoir décroché le drapeau nazi de l’Acropole en 1941, de réclamer le remboursement du prêt imposé à la Grèce par le régime nazi. « Avec les dommages de guerre », qu’Athènes se réserve toujours le droit de revendiquer, « c’est 162 milliards d’euros, sans les intérêts« , estime-t-il.
 
Combien doit l’Allemagne ? 81 milliards, comme le dit Cohn-Bendit ? 162 milliards, à en croire les revendications grecques ? 68 milliards comme l'affirme Le Point ? ou 1000 comme le soutien Manolis Glezos (député de la gauche radicale), ou rien du tout, comme le soutient Berlin ? La bataille de chiffres qui entoure cette question est à la mesure de la complexité de la situation.
 
Nous sommes en 1941. Le 6 avril, la Wehrmacht envahit la Grèce. Elle y restera jusqu’en 1944. Dans son ouvrage Dans la Grèce d’Hitler, l’historien Mark Mazower estime que la Grèce est le pays qui a le plus souffert du joug nazi – derrière la Russie et la Pologne – et qu’elle a subi un « pillage systématique de ses ressources ». En 1941, les nazis imposeront en outre à la Banque Centrale Grecque, comme ils l’ont fait dans d’autres pays, un prêt de 476 millions de reichsmarks au titre des contributions à l’effort de guerre.
 
Cet « emprunt » ne sera jamais remboursé, pour la simple raison qu’il ne figure pas dans l’accord de Londres de 1953 qui fixe le montant des dettes extérieures contractées par l’Allemagne entre 1919 et 1945. Afin de ne pas répéter les erreurs du traité de Versailles et de ménager ce nouvel allié de l’Ouest face à la menace communiste, les États-Unis consentent à réduire la dette de l’Allemagne de moitié. Les victimes de l’Occupation sont priées d’oublier leurs demandes de réparation. L’objectif stratégique des alliés est d’édifier une Allemagne forte et sereine, plutôt que ruinée par les dettes et humiliée.
 
Washington obtient surtout des pays bénéficiaires du plan Marshall qu’ils renoncent à exiger immédiatement leur dû, repoussant d’éventuelles réparations à une réunification de l’Allemagne dans le cadre d’un « traité de paix ». « A partir de là, l’Allemagne s’est portée comme un charme pendant que le reste de l’Europe se saignait aux quatre veines pour panser les plaies laissées par la guerre et l’occupation allemande« , résume l’historien de l’économie allemand Albrecht Ritschl, professeur à la London School of Economics, dans un entretien à Der Spiegel.
 
Ce sursis permettra à la RFA de connaître un véritable « miracle économique », le fameux Wirtschaftswunder pendant quatre décennies. Et au moment de passer à la caisse, Bonn s’arrangera pour ne pas honorer ses engagements. Le chancelier Helmut Kohl obtient en effet que le traité de Moscou de 1990 entérinant la réunification ne porte pas la mention « traité de paix », une des conditions figurant dans l’accord de 1953 pour d’éventuels remboursements. « C’était un moyen de continuer à fuir les réparations« , souligne le Süddeutsche Zeitung. En approuvant ce traité, la Grèce a perdu, aux yeux de Berlin, toute légitimité à réclamer des réparations. « Dans la pratique, l’accord de Londres de 1953 libéra les Allemands de leur obligation de rembourser leurs dettes de guerre », résume le quotidien allemand.
 
En d’autres termes, l’actuel champion économique de la zone euro a fait trois fois défaut au cours du XXe siècle : dans les années 1930, en 1953 et en 1990. « L’Allemagne n’a pas réglé ses réparations après 1990 – à l’exception des indemnités versées aux travailleurs forcés, » poursuit Albrecht Ritschl dans Der Spiegel. » Les crédits prélevés de force dans les pays occupés pendant la Seconde Guerre mondiale et les frais liés à l’Occupation n’ont pas non plus été remboursés. A la Grèce non plus. » Or « personne en Grèce n’a oublié que la République fédérale devait sa bonne forme économique aux faveurs consenties par d’autres nations« , insiste-t-il.
 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier : La dette.... la dette ?

- Mon dossier Grèce

- Crise grecque : quand la Grèce annulait la dette de l'Allemagne

- «Dette allemande»: la Grèce n'est pas le seul pays européen à avoir été pillé par les nazis

- La “lettre ouverte » d’Alexis Tsipras aux citoyens Allemands sur ce qu’on ne leur a jamais dit sur la dette Grecque

- "Au XXe siècle, Berlin a été le roi de la dette"

- Pourquoi l'Allemagne devrait 1.000 milliards d'euros à la Grèce

- Quand les créanciers de l'Allemagne fermaient les yeux sur sa dette

- Le signal grec

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  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, ex secrétaire de syndicat, d'Union locale et conseiller Prud'homme CGT  de 1978 à 2022.
  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, ex secrétaire de syndicat, d'Union locale et conseiller Prud'homme CGT de 1978 à 2022.

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