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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 09:18
La France, pays qui verse le plus de dividendes en Europe…

Et si on partageait les richesses autrement ?

C'est ce que propose !

Sources : L'Humanité étude Henderson Global Investors | 23 février 2016

Alors que le gouvernement multiplie les mesures en faveur du patronat, une nouvelle étude vient nous prouver une fois encore que le problème est bien le coût du capital. Plus de 1150 milliards de dividendes ont été distribués aux actionnaires dans le monde... Infographie.

La France, pays qui verse le plus de dividendes en Europe…

La baisse en valeur enregistrée en 2015 n'est qu'un effet de l'évolution des taux de change, principalement de la hausse du dollars par rapport à l'Euro.
A monnaie constante, les dividendes ont augmenté sur un an de 10 %.

 

 

- En Europe, c'est la France qui verse le plus aux actionnaires...

La France, pays qui verse le plus de dividendes en Europe…
La France, pays qui verse le plus de dividendes en Europe…

- Dividendes versés en 2015 en milliards de dollars par secteurs

La France, pays qui verse le plus de dividendes en Europe…
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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 09:26
Ponctionner les comptes bancaires pour sauver les banques est devenu légal depuis août 2015

Pour être concret, veuillez imaginer la situation suivante : vous héritez, à la suite du décès de l’un de vos ascendants d’une habitation que vous revendez 200 000 € ou d’une assurance-vie d’un montant de 150 000 €. Vous placez momentanément cette somme en attendant de l’utiliser pour acquérir un autre bien par exemple. Imaginons que votre banque soit en grande difficulté financière et menacée de faillite ce qui n'est pas une utopie la troisième crise financière ayant commencé... dans l'indifférence générale.

Vous désirez récupérer votre argent pour faire une acquisition. Selon la nouvelle réglementation d’août2015, la banque n’est obligée que de vous rembourser 100 000 € (et 70 000 € si votre argent est géré par une compagnie d’assurances.) Ainsi, vous perdez dans le premier cas 100 000 € et dans le deuxième cas 50 000 € , et ce ,… en toute légalité !

Pour en savoir plus : Les banques ou l'art de faire payer les autres

 

Sources : Le Parti de Gauche Midi-Pyrénées et Le blogpatrimone.com par Hervé Debonrivage

- Voici maintenant le texte de l’expert en gestion financière.

"C’est bon ! Ne vous inquiétez plus, votre banque ne fera pas faillite. La prochaine crise peut arriver demain matin, les banques sont maintenant hors de danger.

 

Cette protection des banques est une excellente nouvelle (ironie) et doit son avènement dans une ordonnance publiée discrètement le 20 Août 2015 dernier. Cette ordonnance qui a pour objectif la résolution des crises bancaires en France prévoit 4 outils :

  • La cession d’activités : l’autorité de résolution cède des biens, droits, obligations, actions ou autres titres de propriété de l’entité en résolution à un tiers acquéreur. La banque qui menace de faire faillite est démantelée et vendue pour payer les dettes.
  • L’établissement-relais (« good bank ») : l’autorité de résolution crée un établissement en charge d’acquérir les biens, droits, obligations, actions ou autres titres de propriété de l’entité en résolution en vue d’une cession au meilleur prix dans un proche avenir.
  • La structure de gestion des actifs (« bad bank ») : l’autorité de résolution crée une structure de gestion des actifs en charge d’acquérir les biens, droits et obligations en vue de les liquider au meilleur prix.
  • Le renflouement interne  : l’autorité de résolution réduit et/ou convertit les éléments de passif de l’entité en résolution, à l’exception de ceux qui sont expressément identifiés comme ne pouvant pas faire l’objet d’une telle mesure.

- Soit le renflouement est utilisé dans le cadre d’une stratégie de « résurrection » et mis en oeuvre au bénéfice de l’entité en résolution si l’autorité de résolution estime que sa viabilité financière à long terme peut être restaurée.

- Soit le renflouement interne est utilisé dans le cadre d’une stratégie de démantèlement afin de capitaliser l’établissement-relais et de faciliter l’utilisation de la cession d’activités ou de la structure de gestion des actifs.

 

Dans tous les cas, l’efficacité de l’instrument de renflouement interne devrait être accrue avec le respect des entités pour une exigence minimale de fonds propres et d’engagements éligibles (MREL).

 

De ces quatre outils de résolution de la crise bancaire, c’est le point 4 qui est le plus intéressant, incompréhensible, mais très intéressant :

  • Le renflouement interne : l’autorité de résolution réduit et/ou convertit les éléments de passif de l’entité en résolution, à l’exception de ceux qui sont expressément identifiés comme ne pouvant pas faire l’objet d’une telle mesure
  • Le renflouement interne : Ponctionner les comptes bancaires, les transformer en action de la banque en faillite afin de sauver la banque.

 

De cette phrase totalement incompréhensible, il faut comprendre que l’ordonnance citée autorise les banques en difficultés à ponctionner les comptes bancaires de leurs clients afin de résoudre la crise bancaire.

 

Cette ordonnance prévoit donc l’extension du champ d’application de la procédure de renflouement interne (capacité à réduire unilatéralement les passifs et à convertir ces passifs en titres de capital) aux passifs détenus par les créanciers senior, notamment les dépôts non garantis par le Fonds de garantie des dépôts et de résolution.

 

Dorénavant, c’est officiel depuis le 20 Août dernier, les épargnants pouvoir voir leur épargne ponctionner pour sauver la banque dans laquelle ils ont déposé leur argent.

 

 

- Cela vous semble incroyable, c’est pourtant bien la réalité.

 Vous y voyez une atteinte au droit de propriété ? Vous avez raison !

Néanmoins, rassurez vous, le renflouement interne (=la ponction des comptes bancaires) ne devrait pas concerner les capitaux protégés par le fond de garantie des dépôts (100 000€ par personne et par banque et 70 000€ par personne et par compagnie d’assurance vie). Mais quelle est la valeur d’un tel engagement ? 

 

Nous ne sommes plus très loin de la proposiion du FMI dirigée par Christine LAGARDE : Ponctionner 10% de l’épargne pour rembourser l’ensemble des dettes et résoudre la crise (cf »Une taxe de 10% sur l’épargne : La solution du FMI pour sortir du surendettement ?)

 

Vous ne croyez pas cela possible, je vous laisse le soin de consulter le texte de l'ordonnance en question : 

 "Le renflouement interne ne devrait cependant être actionné après que les actionnaires (détenteur d’action des banques ou de parts sociales des banques coopératives), et les détenteurs d’obligations de la banque en question ne soient sollicités".

 

Rappelez-vous, Chypre à connu ça en Mars 2013 (cf « ALERTE !! CHYPRE : Au final, c’est l’épargnant qui paiera la facture de la crise !!) : Les épargnants ont payé la résolution de la crise bancaire par une ponction d’une partie de l’épargne qui dépassait 100 000€. L’ordonnance qui vient d’être publiée légalise cette possibilité pour la France. Vous voilà prévenu !

 

Maintenant, la prochaine crise peut arriver !

On a la certitude que les banques seront sauvées !

Les épargnants seront spoliés…"

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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 09:12
Compteurs Linky : pour la cour d'Appel de Bordeaux, l'installation n'est pas obligatoire
  • Pour le Président du directoire d'ERDF, Linky n'est pas obligatoire !
  • Les communes ont leur mot à dire sur le changement des compteurs d’électricité parce qu’ils leur appartiennent. Du coup refuser un Linky est possible !
  • Qu'en pensent les membres de la majorité municipale rochelaise ?
  • Les raisons inavouables de son déploiement à marche forcée[1] ;
  • Pour la France insoumise, il faut envisager un équipement alternatif aux compteurs Lincky pour ceux qui le souhaitent
  • Pour la cour d'Appel de Bordeaux, l'installation n'est pas obligatoire [4]

 

Sources : l'Humanité - le Parti de Gauche du Gard mis à jour le 06/07/2021

Electricité "le compteur qui communique arrive chez vous" titre Sud-Ouest. Pour l'Humanité, « Le compteur Linky est arrivé, avec lui de nombreuses questions » annonçant le début de leur déploiement, expliquant qu’il était difficile voire impossible de refuser l’installation de ce compteur controversé. La raison est, précisions-nous, « que les compteurs n’appartiennent pas aux « abonnés-clients » mais aux distributeurs (ERDF en étant le principal) ».

 

Ça a généré un bon nombre de courriels des lecteurs, parmi eux celui d’un conseiller municipal de Saint-Macaire (Gironde). Leur intérêt est qu’ils posent tous la question de la propriété des compteurs d’électricité mais aussi de gaz et d’eau.

 

Ce qui est certain est qu’ils ne sont pas la propriété des propriétaires ou locataires des lieux où ils sont installés. C’est ERDF ou un autre distributeur qui seraient donc propriétaires du compteur et qui pourraient ainsi y accéder (article 29 de la loi de transition énergétique du 17 août 2015) et changer le compteur existant pour un Linky (décret n° 2010-1022 du 31 août 2010).

 

« Non, selon le courriel que nous a envoyé Stéphane Lhomme, conseiller municipal de Saint-Macaire. Les compteurs appartiennent aux collectivités locales (communes, intercommunalités) qui les concèdent à ERDF. Beaucoup d’entre elles l’ignorent. Les Linky appartiennent donc aux communes, c’est un fait avéré et non discuté. De ce fait cela pose la question du remplacement d’office des compteurs par ERDF, sans l’accord du propriétaire des lieux. »

 

Cette information est confirmée par Charles Antoine Gautier, chef du département Energie de la FNCCR (fédération nationale des collectivités concédantes et régies). Dans un entretien à Maire Info, le journal de l’AMF (Association des Maires de France), il confirme que « les collectivités concédantes du réseau d’électricité sont propriétaires des compteurs actuels et des Linky qui commencent à se mettre en place. ERDF n’en est que le concessionnaire. »

 

Linky_Poster_Danger_Stop_Compteur_Mouchard_Linky_Arnaque

 

La raison de ce débat sur la propriété des compteurs Linky est due, selon lui, à un problème de financement que les communes ne peuvent assumer seules. Exact, sauf que c’est le consommateur qui va casquer. Car le CPL Linky a déjà la réputation d'être "le compteur qui va faire disjoncteur votre portefeuille".

 

 

Rappelons que la pose du Linky et la dépose de l’ancien compteur sont gratuites, de même que le compteur lui-même. Cependant un décret du 31 août 2010 relatif aux dispositifs de comptage sur les réseaux publics d’électricité prévoit que le financement soit assuré par les consommateurs via le TURPE (tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité) à raison de 1 à 2 euros par mois prélevés sur les factures d’électricité… jusqu’à atteindre le coût du compteur Linky (de 120 à 240 euros).

 

Sans oublier la CSPE (contribution au service public de l’électricité) qui est passé à 27 centimes d’euro par kWh le 1er janvier 2016 et qui sert aussi à financer ce type de dispositif.

 

 

- Alors, ça change quoi pour les consommateurs que les communes soient propriétaires des compteurs ?

Et bien, les conseils municipaux peuvent prendre une délibération s’opposant à l’installation de Linky chez les habitants avec leur appui… à l’exemple de Saint-Macaire qui a également refusé Gazpar, l’alter-égo de Linky pour le gaz. La délibération du conseil municipal de Saint-Macaire peut être lue avec intérêt en pièce jointe.

 

Par ailleurs, la loi de transition énergétique ne sanctionne pas le refus individuel de changer son compteur existant contre un Linky. Il faut le savoir même si ERDF prévoit de la contourner.

 

En effet, le conseiller municipal de Saint-Macaire révèle que « la CRE (commission de régulation de l’énergie) a prévu de taxer 19 euros HT par mois le relevé manuel des compteurs à tous ceux qui refusent Linky (dont le relevé se fait à distance). » C’est probablement illégal et davantage une menace qui ne manquera pas de faire l’objet de poursuite devant les tribunaux.

 

En toile de fond, c’est la suppression ou la compression de nombreux emplois chez les distributeurs et les fournisseurs d’énergie et d’eau.

 

  • D'ailleurs, le tribunal administratif de Toulouse a tranché en faveur de la commune de Blagnac, qui a publié un arrêté interdisant à Enedis de changer un compteur sans l’accord du propriétaire[2].
  • Pendant que la cour administrative d’appel de Nantes a dit le contraire au motif indiqué qu’" aucun motif d’ordre public ne permettait au maire de prendre une mesure d’interdiction au déploiement sur le fondement de ses pouvoirs de police générale "; estimant en sus que " la propriété des ouvrages des réseaux publics de distribution d’électricité, dont font partie les compteurs, est attachée à la qualité d’autorité organisatrice du réseau public de distribution d’électricité "[3].

 

 

- Usagers et élus peuvent-ils les refuser ?

L’opposition des communes à l’installation des Linky prend de l’ampleur et la forme de délibérations. Est-ce légitime et légal ? Analyse jridique.

Les usagers peuvent-ils refuser un Linky ? Pour en savoir plus, c'est ICI

 

 

- Les usagers appelés à se mobiliser pour exiger des pouvoirs publics qu'ils arrêtent de déploiement du Linky

Compteurs Linky : pour la cour d'Appel de Bordeaux, l'installation n'est pas obligatoire
  • Une pétition est à votre disposition, c'est ICI
  •  

     

    - Le président d'ERDF : Linky n'est PAS obligatoire

    Intervention très intéressante du président du directoire d'ERDF, Philippe MONLOUBOU, devant l'Assemblée Nationale le 2 février 2016, où on apprend de sa propre bouche que :

    1. le compteur Linky n'est pas obligatoire
    2. le Linky en zones de campagne utilisera des liaisons en radiofréquences, comme les Smart Meters américains, sources de nombreux dégâts matériels et sanitaires
    3. Les modules domestiques de visualisation fonctionneront en liaison par radiofréquences
    4. C'est le *marché*, et donc les intérêts des industriels, qui décidera des utilisations du Linky, et non l'intérêt des consommateurs
    5. L'objectif réel du Linky, derrière les allégations fantaisistes d'économie d'énergie et de meilleure maitrise de la consommation par le client , est de participer à l'installation de la "smart grid" qui se met en place au niveau mondial : tous les appareils connectés en permanence au réseau planétaire. Et Philippe MONLOUBOU est fier que sont entreprise soit "déjà un opérateur de Big Data, qui est une nécessité".

     

 

- Pour la France insoumise, il faut envisager un équipement alternatif aux compteurs Linky pour ceux qui le souhaitent

Sources : la France insoumise Assemblée nationale

Muriel Ressiguier, députée de la 2ème circonscription de l’Hérault, attire l’attention de Mme la ministre de la santé sur l’inquiétude grandissante concernant le programme d’installation des compteurs « Linky » sur notre territoire.

 

" Depuis la Loi de transition énergétique du 18 août 2015, l’État a lancé un immense programme d’installation de compteurs d’électricité intelligents, par la société Enedis (ancienne ERDF, et filiale à 100 % d’EDF), pour respecter la transposition d’une directive européenne dans l’article 341-4 du code de l’énergie.

 

Au total, ce sont 35 millions de ces compteurs communicants qui doivent être installés dans tout le pays d’ici à 2021. À la fin mars 2017, 3 millions et demi étaient déjà en fonction. D’ici la fin de l’année, il est prévu que le rythme de pose passe à 35 000 compteurs par jour pour atteindre cet objectif. Le but affiché est de gérer en temps réel l’énergie en récoltant à distance les données directement chez les particuliers via les compteurs « Linky ». Concrètement, les données transmises par les compteurs s’effectuent au moyen de la technologie CPL (Courant porteur en ligne), qui les achemine sous forme d’impulsions électriques, à travers les circuits domestiques normaux. Or, ces circuits ne sont pas blindés, ce qui permettrait d’éviter le rayonnement des champs électromagnétiques artificiels qui les traversent.

 

Toutefois, si l’on reprend en détail la directive européenne 2009/72/CE, elle s’attarde moins sur la maitrise des consommations ou la recherche de préservation de la planète que sur l’ouverture et la mise en concurrence au sein du marché intérieur commun aux Etats membres : « Le marché intérieur de l’électricité, dont la mise en œuvre progressive dans toute la Communauté est en cours depuis 1999, a pour finalité d’offrir une réelle liberté de choix à tous les consommateurs de l’Union européenne, qu’il s’agisse de particuliers ou d’entreprises, de créer de nouvelles perspectives d’activités économiques et d’intensifier les échanges transfrontaliers, de manière à réaliser des progrès en matière d’efficacité, de compétitivité des prix et de niveau de service et à favoriser la sécurité d’approvisionnement ainsi que le développement durable. » et n’impose pas une technologie spécifique.

 

Or, de plus en plus de citoyens font part de réticences vis-à-vis des équipements Linky en raison des risques pour la santé, liés à l’exposition à des champs électromagnétiques artificiels, hypothétiquement cancérigènes : un risque sanitaire encore méconnu et sans doute sous-estimé. Pour rappel, depuis 2011, les radiofréquences sont officiellement classées dans la catégorie 2B des agents physiques « potentiellement cancérigènes » par le CIRC (Centre International de Recherche contre le Cancer), organe de l’OMS.

 

Un rapport de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (Anses), publié en 2016, puis révisé en juin 2017, fait état « d’incertitudes sur les effets sanitaires pour les fréquences mises en œuvre » et appelle à « poursuivre l’étude de ces effets potentiels ».

 

Face aux craintes exprimées, appliquant le principe de précaution et soucieux de l’intérêt général, les maires de plus de 400 communes ont pris position. Ils ont refusé ou demandé un moratoire concernant la pose des nouveaux compteurs, s’appuyant sur le 5ème alinéa de l’article L2212-2 du Code Général des Collectivités selon lequel le maire peut faire usage de ses pouvoir de police générale « pour assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques », « prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser (…) les pollutions de toute nature (…) les maladies épidémiques ou contagieuses … » et «  pourvoir d’urgence à toutes les mesures d’assistance et de secours et, s’il y a lieu, de provoquer l’intervention de l’administration supérieure ». Mais les préfectures sont revenues sur les délibérations municipales.

 

C’est pourquoi, je vous demande de bien vouloir envisager la possibilité par l’Etat de se tourner vers un équipement alternatif, non producteur de champs électromagnétiques, et ce, afin d’éviter un nouveau scandale sanitaire potentiel. "

 

  • La France insoumise dépose une PROPOSITION DE LOI tendant à permettre aux consommateurs et aux maires de s’opposer à l’installation de compteurs électriques Linky... rejetée par la majorité gouvernementale[5].

 

Note :

[1] Compteur Linky : les raisons inavouables de son déploiement à marche forcée

[2] Le tribunal administratif de Toulouse a tranché en faveur de la commune de Blagnac, qui a publié un arrêté interdisant à Enedis de changer un compteur sans l’accord du propriétaire.

[3] Compteurs Linky : des communes s’y opposent, la justice rejette leurs recours

[4] Compteur Linky : l'installation n'est pas obligatoire pour la cour d'Appel de Bordeaux

[5La France insoumise dépose une PROPOSITION DE LOI tendant à permettre aux consommateurs et aux maires de s’opposer à l’installation de compteurs électriques Linky... rejetée par la majorité gouvernementale.

 

Pour en savoir plus :

- Avec Gaspar, c'est notre pouvoir d'achat qui part !

- Linky : le compteur qui va faire disjoncter votre portefeuille

- « Les collectivités seront bien propriétaires des compteurs Linky »

- Les Communes peuvent refuser les compteurs communicants Linky, Gazpar, et "eau" !

- modèle de lettre de refus de Linky et explications

- le refus de la commune de Saint-Macaire (délibération en pièce jointe)

- Le point sur les nouveaux compteurs Linky : Linky : un compteur avantageux, mais pour qui ?

- Doubs : la commune de Larnod ne "like" pas le compteur électrique Linky

- LINKY : Lettre de refus à adresser à ERDF - Robin des Toits - 29/01/2016

- L’Allemagne renonce à la généralisation du compteur intelligent

- Les compteurs d’électricité intelligents déjà piratés

- Compteurs Linky: il faut lever l'ambiguïté sur la propriété

- A Carmaux, l’installation du « compteur communicant » Linky est suspendue sine-die

- Compteurs Linky, leur installation forcée est-elle bien réglo ?

- Île de Ré : un retraité relaxé de "violences" après avoir expulsé un technicien Linky

- Coûteux, compliqué, pas si utile... La Cour des comptes épingle le compteur électrique Linky

- Linky, Gazpar : quelles données sont collectées et transmises par les compteurs communicants ?

- Le compteur Linky d’ENEDIS /EDF est plus dangereux, incendie des maisons, appartements d’immeubles et résidences HLM en toute impunité

- Linky : le Sénat étudie la possibilité de refuser l'installation des nouveaux compteurs

- Compteur Linky : la ministre Elisabeth Borne rappelle qu'un client peut refuser son installation

- Linky : La Cnil met en demeure Engie et EDF sur les données collectées par leurs compteurs

- Il refusait le compteur Linky, Enedis finit par lui en installer un autre

- Compteur Linky. Enedis attaqué en justice par 13 associations dans le cadre d’une action collective

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 09:27
La troisième crise financière a commencé… dans l’indifférence générale.

Le 24 août 2015, la Bourse de Shanghai chute brutalement. Un processus de crise financière mondiale se déclenche. L’onde de choc atteint les Bourses de tous les pays développés. Comme à l’habitude depuis l’entrée dans la crise systémique en août 2007, les banques centrales sont les seules à réagir. Elles augmentent la création monétaire pour alimenter les marchés financiers en liquidités permettant la poursuite de la spéculation à la hausse. Dans un premier temps les marchés financiers se redressent et la peur disparaît. Pourtant, cette riposte ne se situe qu’au niveau de la manifestation de la crise et n’agit pas sur ses causes. La crise s’est donc poursuivie obligeant « Les Échos » à faire sa une, le jeudi 21 janvier 2016 sur « Le krach rampant », les Bourses de New York, Paris, Tokyo, Londres ayant dévissé de plus de 3%, une baisse énorme.

 

Source : ENSEMBLE! par Nicolas Béniès. Le 25 janvier 2016.

 - Quelles sont les causes de cette nouvelle secousse ?

Il faut d’abord comprendre le contexte. Le capitalisme connaît, depuis août 2007, une crise qui s’attaque aux fondements même du régime d’accumulation mis en place dans les années 1980, ce régime d’accumulation à dominante financière qui se traduit par le courtermisme et par la domination des critères du capitalisme financier à commencer par la nécessité d’augmenter le profit à court terme. A la clé, l’atonie des investissements faute d’horizon à moyen terme, la baisse du coût du travail comme unique variable d’ajustement et la tendance à la surproduction. La nécessité, pour le capitalisme, de se révolutionner en détruisant le mode ancien pour ouvrir les possibilités d’un régime d’accumulation nouveau. Le monde bascule…et la politique devrait prendre en charge les orientations vers un monde différent. Il faudrait, pour ce faire, que les gouvernements et les grandes institutions internationales rompent avec l’idéologie libérale…

 

Fort logiquement, depuis la récession, profonde, de 2008-2009, le monde capitaliste n’a pas renoué avec la croissance. Pour bien faire comprendre son incapacité à intégrer cette vision du basculement du monde, le mensuel économique « L’Expansion » de décembre-janvier 2016 a titré son dossier : « La re-crise ». C’est aussi une prise de conscience des changements en cours de la conjoncture…

 

Désormais les pays émergents ne servent plus de roue de secours. Ils sont, à leur tour, touchés par la récession ou une baisse prononcée de leur croissance. Situation qui a obligé le FMI à revoir ses prévisions de la croissance mondiale à la baisse.

 

La surproduction sévit se traduisant par la déflation qui mine l’ensemble des économies développées et le commerce mondial. Les prix de toutes les matières premières, à commencer par le pétrole, sont orientés à la baisse. Une baisse massive pour le cours du pétrole atteignant péniblement 30 dollars le baril alors qu’il cotait plus de 110 dollars en 2014. L’affaiblissement de la rente pétrolière touche tous les pays exportateurs de pétrole, de l’Arabie Saoudite à l’Algérie en passant par le Venezuela, le Mexique et le Brésil. Sans oublier la Fédération de Russie. La récession revient et le rouble amorce une dangereuse dépréciation.

 

Même les États-Unis sont touchés. Ils veulent commercialiser leur pétrole et leur gaz de schiste produits au détriment de leur environnement. Les producteurs ne sont pas compétitifs et enregistrent des faillites. Comme à chaque fois que la surproduction se manifeste, l’exacerbation de la concurrence en découle avec son cortège de suppressions d’emplois et de baisse du coût du travail. Conséquences qui, à leur tour, baisse plus encore le marché final et approfondit la surproduction et la venue de la récession.

 

La baisse du prix du baril de pétrole devrait se poursuivre. La hausse de la production est inscrite dans cette concurrence effrénée et dans la nécessité pour les pays les plus endettés de vendre leur production de pétrole pour faire rentrer des devises cependant que la demande devrait moins progresser par la mise en œuvre de politique orientées vers les énergies renouvelables.

 

La déflation a aussi des raisons internes à chaque pays développés. La tendance à la surproduction y est sensible. En France, la hausse de l’indice des prix à la consommation a augmenté, en novembre, de 0,1% et les prix à la production – sortie d’usine – sont orientés à la baisse. La situation est semblable dans l’ensemble des pays de la zone euro.

 

Là est la raison principale de la politique monétaire mise en place par les banques centrales – dont la BCE mais aussi la Banque de Chine – de baisse des taux d’intérêt (taux directeur comme taux d’escompte) et de création massive de monnaie. Elles ont bien compris qu’il fallait alimenter les marchés financiers en liquidités nouvelles pour éviter le retour des krachs et des faillites des opérateurs financiers dont les banques. Les taux d’intérêt sont proches de zéro et on parle même d’arriver à des taux négatifs…

 

Cette politique monétaire a eu pour effet de faire monter les cours, en 2014-2015, alors que la croissance mondiale était faible, y compris aux Etats-Unis. Ce décalage ne pouvait durer. La validation de la création monétaire se trouve dans la création de richesses nouvelles. Plus encore, la faiblesse de cette croissance devait aussi se répercuter sur les profits des entreprises. C’est le cas en ce début d’année 2016. Les cours des Bourses devraient continuer leur descente.

 

En résumé, croissance mondiale faible, chute des cours du pétrole et de l’ensemble des matières premières, limite de la réponse des Banques centrales forment les ingrédients de cette troisième crise financière depuis août 2007. Dans cet environnement, les politiques d’austérité viennent aggraver ces tendances à la surproduction généralisée.

 

 

 - Le cas particulier de la Chine

Si tous les regards sont tournés vers la Chine, c’est d’abord parce qu’elle est devenue la deuxième économie mondiale. Sa croissance, pour 2015, s’affiche à moins de 7%. C’est la première fois depuis 25 ans qu’elle est aussi faible. Elle joue un rôle dans l’accentuation de la surproduction dans les matières premières. Son recul participe de la baisse importante du marché mondial.

 

Le gouvernement chinois, face à la grande récession de 2008-2009 qui touche prioritairement les États-Unis et se traduit par une chute des exportations, s’est trouvé dans l’obligation de transformer leur régime d’accumulation. Jusqu’en 2009, il reposait sur la baisse du coût du travail pour gagner des parts de marché à l’extérieur tout en mettant une politique d’ouverture réglementée pour les investissements étrangers qui venaient chercher l’eldorado – aujourd’hui Inde et Iran provoquent les mêmes appétits.

 

Les dirigeants chinois ont compris la nécessité de faire reposer leur croissance sur le marché intérieur non seulement pour répondre à la crise mondiale mais aussi pour passer du sous-développement au développement. C’est l’enjeu de la nouvelle politique. Seulement, ce passage demande du temps. Et une crise. C’est le mode de fonctionnement du capitalisme. La crise est inscrite dans ses gênes. Une crise de surproduction et de surinvestissement, une crise classique, dont la sortie déterminera l’avenir de ce nouveau modèle de développement.

 

Une incertitude de plus dans ce monde incertain qui déstabilise tous les marchés financiers internationalisés.

Malgré la chute prononcée de toutes les Bourses chinoises en ce début d’année 2016, les réponses n’ont été que financières. La Banque centrale a ouvert plus encore les vannes du crédit, de la création monétaire sans s’attaquer aux causes mêmes de la crise.

 

 

- Les divergences de politique monétaire accentuent les risques de récession

La politique monétaire, reste, pour le moment, la seule réponse pratique dans tous les pays capitalistes développés et en Chine face à cette nouvelle secousse financière. Une exception de taille : les États-Unis. La FED, la banque de réserve fédérale américaine, sous la direction de Janet Yellen, a décidé, le 16 décembre 2015 de remonter les taux directeur et d’escompte d’un petit 0,25% faisant passer la fourchette de refinancement des banques de 0,25% au lieu de 0% à 0,50% au lieu de 0,25%. C’est, malgré tout, un tournant. La présidente de la Fed s’abrite derrière la soi-disant robustesse de l’économie américaine qui affiche 2,4% de croissance du PIB en 2015 et sur les constructions de bulles financières. En fait, elle veut se donner des capacités d’intervention en cas de retour de la crise financière…

 

La FED, par cette nouvelle orientation, accentue la profondeur de la crise financière. L’augmentation de ses taux d’intérêt attire les capitaux du monde entier et fait monter le dollar face à toutes les autres devises. Toutes les dettes libellés en dollars haussent brutalement transformant l’endettement en surendettement. Les crises de la dette font leur retour.

 

En Russie la chute du rouble et l’endettement libellé en dollars ruine les nouveaux propriétaires de leur logement qui déprimera plus encore le marché final.

 

La BCE, quant à elle, joue consciemment cette divergence qui affaiblit l’euro et donnerait un avantage compétitif aux firmes de la zone euro. Aucune traduction dans les faits en fonction de la faiblesse du marché mondial qui oblige même le capitalisme allemand à compter plus sur son marché intérieur que sur une hausse de son excédent de balance commerciale.

 

 

- Des réponses ?

Faute de réponse en termes de politique économique à commencer par un « choc » de la demande et la rupture avec les politiques d’inspiration libérale, aucune solution à la cette crise financière n’apparaît. Les politiques monétaires ont épuisé leur capacité de réponse. Il est difficile de créer plus de monnaie. La BCE crée 60 milliards d’euros par mois sans arriver à son objectif de 2% d’inflation faute d’alimenter le circuit économique et non pas les marchés financiers. Mario Draghi a promis le jeudi 21 janvier 2016 une « intervention sans limite », sans la définir pour autant, reportant les décisions au mois de mars. Ce « ministère de la parole » ne peut rassurer les opérateurs sur les marchés financiers que pendant un temps…

 

La crise qui se déploie sera, sans doute, plus profonde que celle d’août 2007 ou de mai 2010. La plupart des experts autoproclamés toujours inscrits dans l’idéologie libérale ont oublié les leçons de ces deux crises financières. Aucune crise financière ne reste limitée à la finance. Elle se traduit toujours par une récession, d’autant plus profonde que les ressorts de la croissance passée sont cassés.

 

Il faudrait donc, pour lutter contre cette récession qui vient et pour répondre au basculement du monde, appliquer les orientations – non contraignantes – de la COP 21 en investissant massivement dans les solutions à la crise écologiques et aux mutations climatiques. Seuls les Etats pourraient être porteurs de cette transformation du régime d’accumulation. Aucun investisseur ne prendrait ce risque faute de retour sur investissement…

 

Pour en savoir plus :

- Jean-Luc Mélenchon C’est la reprise ! La re-crise approche

- Les étudiants vont-ils faire sauter le système ?

- Attention France 2 nous prévient d’un risque de nouveau krach pire qu’en 2008

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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 09:26
Pendant l’état d’urgence, les affaires continuent. Des armes, des clients douteux, des profits et une privatisation bien discrète

Hollande et Valls sont les valets des marchands d’arme et des entreprises friandes de matières premières. Voilà pourquoi, dès qu’ils en ont l’occasion ils « font la guerre »dans des pays riches en matière première, sans rien demander à la chambre des députés et encore moins aux français. Ils parlent de "démocratie", mais cela rapporte surtout à leurs copains.

 

Source : Rouge midi le 22 décembre 2015

L’année 2015 a été une année record pour l’industrie de l’armement en France, et ceci grâce aux exportations dans les pays du Moyen Orient, Arabie Saoudite, Qatar, …. des pays où la démocratie est quelque peu malmenée et dont les liaisons avec l’Etat Islamique sont, pour le moins, suspectes.

 

Nexter est une entreprise française, héritière des anciennes manufactures et arsenaux, détenue à 100% par l’Etat français, par le biais de sa holding GIAT Industrie.

 

Créée en 2006, dans le cadre d’un plan de restructuration, Nexter s’est développée par l’acquisition d’entreprises et des implantations à l’étranger, auprès de ses meilleurs clients, Arabie Saoudite et Emirats Arabes Unis.

 

Depuis sa création, ses ventes n’ont cessé de progresser, dégageant de bons résultats, représentant 11% du chiffre d’affaires en 2014.

 

Jusqu’en fin d’année 2015, les résultats revenaient dans le giron de l’Etat et les ventes d’armes étaient sous contrôle des Pouvoirs Publics.

 

Or en pleine période de deuil et d’état d’urgence liée aux tragiques évènements du 13 novembre, un décret privatisant Nexter a été publié, signifiant ainsi l’abandon de la souveraineté nationale sur les ventes d’armes.

 

Ce décret était la résultante d’une année de préparation d’un rapprochement de Nexter avec une société allemande KMW, détenue par la famille Bode Wegmann.

A partir du 1er janvier 2016, Nexter sera filiale de Newco, Holding domiciliée au Pays Bas et dont les actionnaires seront, à parité, l’État français et la famille Bode Wegmann.

 

La réduction du contrôle de l’État et la recherche du profit maximum est en totale contradiction avec la volonté affichée de lutter contre le terrorisme.

 

Donc pour le gouvernement Hollande, lutter contre le terrorisme, c’est vendre des armes pour enrichir des patrons qui déposeront leurs bénéfices dans des paradis fiscaux et pas protéger les français. Cela pourrait s’appeler « non assistance à peuple en danger ».

 

 

- Un rappel utile ! (Mises en garde d’Eisenhower)

À la fin de son mandat présidentiel, juste avant de passer le témoin à son successeur John F. Kennedy, Dwight D. Eisenhower s’est adressé à ses concitoyens dans un message télévisé bref, mais qui reste important de nos jours. Notamment, il y mettait en garde contre les dangers de la structure militaro-industrielle mise en place lors des guerres alors récentes.

 

Toute ressemblance avec ce qui se passe aujourd’hui n’est absolument pas fortuite. C’est l’expression permanente du « capitalisme ». Jusqu’à quand allons nous le supporter ?

 

  • Eisenhower : discours d’adieu au peuple américain, 17 janvier 1961 (extrait)

Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu’elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d’une désastreuse ascension d’un pouvoir illégitime existe et persistera.

 

Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l’énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble.

 

Crédit photo :

- chars Leclerc : Le constructeur du char Leclerc français (Nexter) se rapproche de celui qui fabrique le Léopard allemand (Krauss-Maffei Wegmann) (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)

 

Pour en savoir plus :

- NEXTER, une usine d’armement

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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 09:09
"La mer est l'avenir de la France" : plaidoyer pour une ambition maritime forte

Doté d’un riche passé maritime, la France détient aujourd’hui le deuxième patrimoine maritime mondial, derrière les États-Unis.


Pourtant, notre pays ne possède ni ministère de la Mer, ni politique maritime digne de ce nom, alors que la mer reste l’un des seuls relais de croissance crédibles pour la France. En effet, les énergies maritimes renouvelables sont considérées comme l’or noir du futur. Pourquoi la France, malgré ses atouts et son potentiel, n’a-t-elle encore réalisé qu’une timide apparition sur la scène maritime mondiale ?  


Qu’il s’agisse de la pêche, du réseau portuaire, de la Marine nationale, ou même du développement d’une véritable politique écologique autour du littoral, Jean-Marie Biette revient  sur les enjeux déterminants pour une nouvelle prise de cap… et sur les failles des gouvernements successifs.


Si la France ne veut pas boire la tasse, il n’est que temps pour elle de se tourner, enfin, vers le large.

 

- Par : Jean-Marie Biette

Éditions : l'Archipel

EAN : 9782809816617

Disponibilité : en librairie ou chez l'éditeur l'Archipel
Prix TTC : 18,95 €

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28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 09:35
Pêche rochelaise : une mort programmée pour satisfaire au tout tourisme ?

Pêche rochelaise : le coup de grâce ?

"Trois chalutiers viennent d’être vendus. Une menace pour l’économie du port de pêche et pour la diversité des espèces proposées aux mareyeurs.

«Sourire de l'île », « Aditi » et « Lutin des mers ». Deux chalutiers et un fileyeur. Trois bateaux de pêche en haute mer que la coopérative d'armement rochelaise Atlantic 17 vient de vendre à des armateurs bretons. Deux de ces unités ont déjà quitté le port. Et les jours qui séparent l'« Aditi » d'un appareillage définitif sont probablement comptés.

Une situation financière catastrophique des bateaux et de l'armement serait à l'origine de cette décision d'Atlantic 17. Dans le cas de l'« Aditi » et du « Sourire de l'île », la récurrence de difficultés pour trouver un équipage depuis un an aurait creusé la dépression.

Ces mêmes tensions de gestion de la coopérative auraient aussi poussé ses dirigeants à se désengager à la fin de l'année du magasin d'articles et vêtements de mer qu'elle possédait dans la zone d'activités commerciale du Fief-Rose, à Lagord. Ni le président d'Atlantic 17,......

...Dans un article paru dans l'hebdomadaire «Le Marin», le président d'Atlantic 17 déclarait que l'écart des cours entre les criées, en défaveur de celle de La Rochelle, expliquait pour partie les difficultés de gestion des navires de l'armement qui perdaient de l'argent en débarquant ici. Le directeur de l'encan rochelais, Pascal Bouillaud, dément fortement. « C'est faux, à l'exception de la sole, qui se vend entre 80 et 95 centimes de mieux aux Sables-d'Olonne », concède-t-il. Le président de la chambre de commerce rochelaise, Robert Butel, très remonté par cette affaire, confirme."

Voilà comment le quotidien Sud-Ouest du 23 décembre attirait l'attention des rochelais sur l'avenir du port de pêche.

 

Mis à jour le 25 avril 2016

- Le déclin de la pêche rochelaise vient de loin, il a été précoce et rapide

  • la nouvelle législation fiscale en 1965 ;
  • la raréfaction de la ressource, face à l'augmentation du tonnage de la flotte, à l'amélioration des techniques de pêche ;
  • l'éloignement des lieux de pêche ;
  • l'extension des zones de pêche aux 200 milles nautiques ;
  • le renchérissement du pétrole en 1973 et 1974 ;
  • la réalisation du marché commun, la mise en place d'une politique de pêche et la "dure concurrence" au sein de la CEE;

sont quelques unes des causes du déclin de la pêche rochelaise qui sont développées dans un livre d'Henri Moulinier[1retraçant plus d’un siècle d’histoire de la pêche industrielle à La Rochelle, à l’aide d’une approche globale réunissant les dimensions économique, sociologique, politique et écologique. Elle est complétée par une étude comparative, avec Arcachon et Lorient plus particulièrement.

 

 

- Port de pêche de La Rochelle : la crise finale ?

Pour Henri Moulinier[1] dans une note publiée sur Facebook le 23/12/2015, la question mérite d'être posée. "En effet,  depuis au moins 2 ans couvait la crise de ce qui restait de la flottille de pêche immatriculée à La Rochelle (6 chalutiers). Déjà, l'Aditi était resté à quai, faute d'équipage et il était parti à Royan. Aujourd'hui, oui, je pense comme Philippe Barroux dans Sud Ouest du 23 décembre, que c'est la chute finale de la pêche rochelaise, de sa pêche artisanale, après celle de la pêche industrielle en 1994 que j'ai analysée dans ma thèse et mon ouvrage. Cela implique la fin de sa flottille, mais aussi de graves difficultés pour sa criée, ses mareyeurs, les employés.

 

La pêche rochelaise a été la transplantation dans notre port d'une activité traditionnelle, certes, mais boustée au début du XXe siècle par des acteurs et des facteurs exogènes, externes: armateurs non rochelais pour les plus grands, capitaux provenant pour l'essentiel de placements financiers jugés un temps rentables, marins bretons à près de 80 %."

 

 

- La pêche sacrifiée sur l'hôtel de la rentabilité à court terme !

Selon Henri Moulinier "son caractère spéculatif, financier marque l'histoire de la pêche rochelaise depuis le début du XXe siècle. Et l'attitude d'un des deux présidents de la coopérative Atlantic 17, propriétaires des 6 derniers chalutiers rochelais, outre qu'elle est pour le moins équivoque, interfère avec son mandat de président du Crédit Maritime. C'est l'intérêt financier à court terme de cette banque, son désendettement, qui semble primer sur l'intérêt économique de plus long terme de la pêche rochelaise. Et ce malgré la proposition faite par la Communauté d'agglomération de La Rochelle de reprendre les parts des bateaux, par le biais de la société d'intérêt collectif du port. (lire bas de la page de droite, Sud Ouest du 23 décembre, page 15 commentaire du Maire de Chatellaillon en charge du dossier pêche pour la DCA de LR)...." et d'ajouter : "La nature profondément spéculative du capitalisme halieurique local explique en partie certains échecs..... ou plus surement sa responsabilité dans le déclin final". C'est d'autant plus vrai aujourd'hui !

 

  • Après avoir poussé le port de pêche hors du Vieux port, les Rochelais vont-ils laisser sacrifier ce qui reste de la pêche locale, de sa flottille comme de sa criée ?
  • Et qui va payer les déficits structurels qui vont s'accentuer ?
  • Que vont devenir les activités induites et les emplois ?

 

La logique du tout-tourisme va-t-elle l'emporter, en emplissant le port de pêche de bateaux de plaisance ?"

 

 

- Alain Pochon, l’un des « tueurs de la pêche rochelaise » ?

Dans l’affaire de la vente en décembre 2015 de 3 chalutiers (sur 6) de la Coopérative Atlantic 17 du port de pêche de Chef-de-Baie à La Rochelle, Robert Butel, le président de la CCI de La Rochelle, met en accusation Alain Pochon et James Puyot, les deux derniers présidents de la coopérative.

 

Alain Pochon est l’expression même de ces hommes qui ont déserté la pêche rochelaise pour la plaisance.

 

 

- L’ancien PDG de Pochon SA a laissé tomber la pêche pour la plaisance

Selon le site de l'entreprise Pochon S.A., « Alain Pochon précurseur dans le domaine de l’électronique marine et de la plaisance a su non seulement développer son entreprise en créant plus de 80 emplois », L’entreprise va, sous son impulsion se développer dans l’électronique de navigation et de communication de la plaisance, alors qu’au départ sa clientèle était celle des pêcheurs.Portrait d'Alain POCHON

 

En fait, Alain Pochon, avec Atlantic 17, n’a-t-il pas accompagné et accentué la crise de la pêche rochelaise qui a débuté dans les années 1965, se refusant à toute solution qui aurait pu préserver une flottille de pêche locale ?

 

Ainsi le président de la CCI rochelaise dénonce-t-il « le rejet d’un candidat rochelais pour l’un des 3 bateaux à vendre, au profit d’un Breton alors que les pourparlers étaient en cours », le refus d’« une procédure de sauvegarde devant le tribunal de commerce » ou encore, selon J.-L. Léonard, vice-président de la CDA de La Rochelle, son refus de répondre à « une proposition de reprendre les parts des bateaux, par le biais de la société d’intérêt collectif du port » (Philippe Baroux, Sud Ouest du 23 décembre sous le titre « Nous ne ferons pas de cadeau à M. Pochon ! »).

 

 

- Les 4 étapes de cet abandon de la pêche par l’entreprise Pochon S.A. :

 Toujours selon le site officiel de la Société :

  • «1970 - Pierre Pochon, radioélectronicien,  crée  l’entreprise d’électronique marine qui emploie alors 5 personnes. Les clients étaient les pécheurs de l’Ile d’Oléron. Le matériel Radio Océan  était en location et l’entretien devait se faire pendant les marées ;
  • 1973 - Alain Pochon son fils prend les rennes de  l’entreprise. De nouveaux équipements arrivent sur le marché de l’électronique : FURUNO pour les radars, sondeurs et sonars, ROBERTSON pour les pilotes automatiques ;
  • 1975/1979L’entreprise POCHON étend son activité à la plaisance, tout nouveau secteur pour l’électronique marine et à la course au large ;
  • 2000/2007- POCHON SA continue son développement dans le monde de l’électronique marine. De nouvelles cartes d’importation NAVICONTROL pour les pilotes automatiques, COBRA pour les VHF Marine et SCHENKER pour les dessalinisateurs,  lui permettent de développer un nouveau secteur d’activité : la distribution en Manche, Atlantique et Méditerranée.  La plaisance est en pleine croissance et les chantiers tournent à plein régime. L’effectif du groupe POCHON est alors d’environ 80 personnes ».

 

 

- Alain Pochon s’investit dans le monde de la plaisance, au Grand Pavois

Dans le même temps, il devient « un acteur important de la filière nautique en y menant conjointement de nombreuses autres activités. En 1988 il est membre de l’Association du Grand Pavois dont il est  le Président depuis 1994. Il en  a fait un des plus importants salons nautiques à flot  international. C’est sous son impulsion que le Grand Pavois s’est ouvert à de nouvelles activités liées à la course au large.  Une politique d’ouverture en direction des jeunes avec la création de l’espace glisse et voile représente un enjeu d’avenir pour la filière nautique » affirme encore le site de Pochon S .A.

 

 

- Enfin, il est président d’une banque qui se reconvertie elle aussi dans la plaisance

Président de la Caisse régionale du Crédit Maritime, Alain Pochon ne peut que se réjouir du désengagement de sa banque grâce à la vente des 3 chalutiers rochelais par Atlantic 17. « Le Crédit maritime dont il est aussi président et qui, avec cette vente, est dégagé de tous ses engagements » affirme Robert Butel, le président de la CCI, dans l’article déjà cité. Le Crédit maritime se convertit lui aussi à la plaisance.

 

 

- « Ils tuent la pêche rochelaise »

Dirigeant d’Atlantic 17, président du Grand Pavois, président du Crédit maritime, cela fait beaucoup pour un seul homme ! Sa « navigation » comme PDG de Pochon SA, dirigeant d’Atlantic 17 et banquier du Crédit maritime va dans le même sens : l’abandon de la pêche au profit de la plaisance, plus rentable. Tant pis pour la pêche rochelaise son port, sa criée, ses mareyeurs et leurs employés ! Ce qui fait dire à Jean-Louis Léonard : « Ils tuent la pêche rochelaise ».

 

Grave affirmation qui mérite pour le moins des réponses publiques de M. Alain Pochon, à défaut de démissionner de ses 2 présidences du Grand Pavois et du Crédit Maritime !

 

Seule une mobilisation des rochelais permettra d'imposer que les pouvoirs publics s'investissent dans ce dossier pour que la pêche de proximité respectueuse de la ressource et de l'environnement ait un avenir à La Rochelle !

 

 

- Une question me taraude (l'auteur du présent blog) : Quel rôle à joué et joue Jean François Fountaine ?

  • En 2009, il est président de la Fédération des industries nautiques et A. Pochon est un "acteur important de la filière nautique".... n'ont-ils pas des intérêts communs à un développement de la filière de tourisme nautique ?
  • Il a été élu conseiller régional pour le Parti Radical de Gauche en 1992, réélu en 1998 et 2004, a été conseiller municipal à la mairie de La Rochelle sur la liste du député-maire socialiste Maxime Bono entre 2008 et 2014.... et donc a des postes influents pour orienter l'avenir de La Rochelle.... face à la mer ;
  • Était-il au courant des choix et orientations stratégiques de A. Pochon visant à l’abandon de la pêche au profit de la plaisance, plus rentable ?
  • Qu'a t-il fait pour informer la collectivité (Ville de la Rochelle et CDA) des dangers pour la filière pêche rochelaise des activités de A. Pochon et proposer des solutions pour en pérenniser l'avenir ?
  • Le maintien de l'activité de pêche à Chef de Baie n'était-il pas jugé par certains incompatible avec la création et le développement d'un port à sec par la CCI de La Rochelle et Dockside Services. En effet, selon cette dernière, "Les professionnels adhèrent au projet et sont nombreux à parier sur le développement de ce nouveau pôle du nautisme rochelais" ? Jean-François Fountaine l'ignorait-il ?

 

Questions graves qui méritent pour le moins des réponses publiques de M. J.F. Fountaine !

 

 

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- Sortie de crise pour la pêche rochelaise ?

Selon le quotidien Sud-Ouest le Syndicat mixte est candidat au rachat des parts coopératives de cinq navires. Pour garantir les débarquements à La Rochelle et la variété des apports

 

C'est une première dans l'histoire de la pêche rochelaise depuis le transfert du port à Chef-de-Baie en 1995. Le gestionnaire de l'encan, en l'occurrence le Syndicat mixte de Chef-de-Baie, dont la Chambre de commerce et la Communauté d'agglomération sont actionnaires, est candidat à la prise de participation au capital de navires de pêche.

 

 

- L'espoir n'aura pas duré..... le lobby nautique s'en frotte les mains... la place ne va pas tarder à être libre pour un port sec !

Selon le quotidien Sud-Ouest le rachat d’une partie de deux chalutiers d’Atlantic 17 par la Communauté d’agglomération et la Chambre de commerce a échoué. Un lourd endettement a pesé dans la balance.

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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 09:46
Crédits photo : Présidence de la République du Mexique

Crédits photo : Présidence de la République du Mexique

Sources : L'Ere du Peuple par jean-Luc Mélenchon

Depuis lundi 30 novembre, la conférence mondiale sur le climat se tient à Paris. Les principaux dirigeants de la planète tiennent des propos généreux. Mais c’est pour mieux cacher leur refus d’engager vraiment la lutte contre le changement climatique.

 

La COP21 qu’est-ce que c’est ?

C’est la 21e conférence des parties de la Convention cadre de l’ONU sur le changement climatique. Elle regroupe 195 pays. Le but est de parvenir à un accord international permettant de limiter le réchauffement climatique et de faire face aux changements qui en découlent. Le sommet de Paris a débuté le 30 novembre et s’achèvera le 11 décembre. Les discussions de préparation durent depuis des mois.

 

 

- L’urgence climatique de plus en plus forte, des conséquences dramatiques

Selon l’Organisation météorologique mondiale :

  • les émissions de gaz à effet de serre ont battu un nouveau record en 2014
  • l’année 2015 devrait être l’année la plus chaude jamais connue.

L’ONU a indiqué récemment que plus de 600 000 personnes étaient mortes depuis 20 ans du fait de catastrophes naturelles dont le nombre et la violence augmentent du fait du changement climatique. 90% des victimes vivaient dans les pays pauvres.... pour lire la suite...

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier COP21

- le Parti de Gauche : Un projet d’accord inacceptable

- Comment Greenpeace a piégé des scientifiques en marge de la COP21

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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 09:09
L’exemple grec nous apprend-il quelque chose ?

Interview du professeur Eric Toussaint, invité à Ljubljana par les syndicats slovènes pour y participer à une table ronde intitulée : « La dette publique : Qui doit à qui ? » par Mimi Podkrižnik, journaliste du quotidien slovène Delo.

 

Sources : CADTM par Mimi Podkrižnik le 5 novembre 2015

Source en slovène : Le quotidien Delo est le principal quotidien slovène.

La traduction du slovène vers le français a été réalisée par Mimi Podkrižnik. La version française a été revue par Patrick Saurin, Damien Millet et Eric Toussaint

- Delo : Croyez-vous au projet européen ? Y croyez-vous encore ?

Eric Toussaint : Très clairement : non. Le projet européen s’est transformé en une camisole de force pour les peuples. ll n’y a pas de marge de manoeuvre permettant à un gouvernement élu démocratiquement de mettre en œuvre des politiques au service de l’intérêt général et de respecter dans le même temps les règles européennes. En effet, les différents traités et l’architecture institutionnelle dans laquelle ils s’inscrivent – le Parlement européen, la Commission européenne, les gouvernements nationaux et la Banque centrale européenne – posent un cadre extrêmement hiérarchisé et contraignant qui laisse de moins en moins de place à l’exercice de l’autonomie, autrement dit à la démocratie et à la parole des citoyens. Nous venons d’en avoir l’illustration avec la Grèce. En janvier 2015, le peuple a porté au pouvoir un gouvernement sur la base d’un programme de rupture avec des politiques qui avaient complètement failli. Ce peuple a réaffirmé son rejet des politiques d’austérité lors du référendum du 5 juillet 2015. Or cela n’a fait qu’exacerber l’obstination des différentes institutions européennes d’empêcher que cette volonté populaire se concrétise. C’était même dit clairement. On a eu des déclarations de Jean-Claude Juncker affirmant qu’il n’y a pas de place pour le référendum. Selon les dirigeants européens, pour se prononcer sur des politiques européennes, la voie est toute tracée par la Commission et l’eurogroupe : il n’y a pas de moyens d’en sortir ou d’en dévier.

 

 

- Delo : Pourquoi ? Sommes-nous vraiment dans un cercle vicieux ?

Eric Toussaint : La construction même de l’Europe – c’est-à-dire l’adhésion à des traités et une conception très autocratique du fonctionnement des institutions – vise à restreindre le plus possible le fonctionnement démocratique. Par ailleurs, les grandes entreprises privées exercent un lobby extrêmement puissant sur la Commission et le Parlement pour les inciter à prendre des décisions favorisant leurs intérêts particuliers. À la tête de la BCE, on trouve Mario Draghi qui a été l’un des stratèges de Goldman Sachs pour toute l’Europe. C’est emblématique d’une situation qui voit les grandes entreprises privées européennes placer à des positions de pouvoir des personnes qui sont issues de leur milieu, ou diposer de l’entier soutien de chefs d’Etat et de hauts fonctionnaires pour faire adopter des mesures qui favorisent leurs intérêts. Un tel système s’apparente fortement à un système oligarchique où quelques uns imposent leurs décisions et définissent les politiques au service d’une petite minorité.

 

 

- Delo : La gauche, elle aussi, est tombée dans le piège – on voit ce qui se passe en France avec la gauche traditionnelle, les socialistes de François Hollande, ou bien en Grèce avec la gauche radicale, la nouvelle gauche d’Alexis Tsipras.

Eric Toussaint : Je distingue la gauche traditionnelle et la gauche radicale, parce que il est clair qu’on ne peut plus parler de la gauche pour François Hollande ou bien pour Tony Blair ou Jeroen Dijsselbloem. Ce dernier est membre du parti socialiste hollandais ce qui ne l’a pas empêché d’être l’un des plus actifs pour poser des obstacles sur le chemin du gouvernement grec issu des élections du 25 janvier 2015. On peut ranger ce type de parti socialiste du côté des forces conservatrices. Appelons-les « néolibérales » ou « social-libérales ». Dans ces partis, il y a toujours une gauche qui existe et qui essaye de s’exprimer : le Labour party a élu Jeremy Corbyn contre l’avis de Tony Blair et de Gordon Brown. Mais quelle sera la marge de manoeuvre de Jeremy Corbyn ? Attendons de voir ce qui va se passer avec le Labour Party. En tout, cas Corbyn a indiqué clairement que, s’il devenait Premier ministre, il reviendrait sur ce qui a été fait par Margaret Thatcher et Tony Blair. Il parle de renationaliser les chemins de fer et va donc plus loin que ce que Tsipras avait annoncé en janvier 2015… François Hollande, les socialistes hollandais, les socialistes allemands, tous ces partis socialistes ont voté en faveur de tous les traités européens avec l’autre grand groupe parlementaire de droite : le Parti populaire. La conclusion est claire : ces socialistes-là sont les architectes de tout ce à quoi nous sommes confrontés en ce moment. Un mouvement comme celui d’Alexis Tsipras ou Podemos en Espagne et d’autres initiatives qui peuvent y ressembler n’ont pas participé à la construction de cette architecture.

 

 

- Delo : Pas encore ...

Eric Toussaint : Ils ne sont pas dans des lieux de pouvoir dans l’Union Européenne. Pourquoi sont-ils tombés dans la logique qu’on connaît en Grèce ? Parce qu’ils avaient l’illusion que les structures du pouvoir européen allaient leur donner une marge de manœuvre. Ils pensaient réellement que l’échec des politiques appliquées à la Grèce était évident, puisqu’il est reconnu par tant d’économistes très sérieux ...

 

 

- Delo : ... par des prix Nobel ...

Eric Toussaint : Oui, ils pensaient qu’en échange de leur sens des responsabilités les dirigeants européens et les dirigeants des autres gouvernements nationaux allaient leur dire : d’accord, on va vous laisser mener votre expérience, réduire radicalement les mesures d’austérité et essayer de relancer l’activité économique de la Grèce. Et ils se sont trompés. Leur calcul était tout à fait erroné. Pour les dirigeants européens il était fondamental de démontrer à tous les peuples d’Europe qu’il n’y a pas de possibilité de sortir des rails de l’austérité, qu’il n’est pas possible de freiner la privatisation. Pour ces dirigeants européens – pour tous, que ce soit Matteo Renzi ou François Hollande, Wolfgang Schäuble ou Jeroen Dijsselbloem – il était essentiel d’empêcher la réussite de l’expérience de Syriza en Grèce. Parmi les plus furieusement décidés à faire échouer Tsipras il y avait bien sûr les premiers ministres Mariano Rajoy en Espagne et Coelho au Portugal. Car ils se disaient : si Tsipras réussit, Podemos viendra au pouvoir tôt au tard en Espagne. Et la même chose vaut pour le Portugal. Aucun gouvernement des 28 autres pays de l’UE n’a réellement donné une chance au gouvernement grec ; ni les institutions européennes ni un seul gouvernement. Or il est clair que Tsipras se disait : le gouvernement de Matteo Renzi et le gouvernement de François Hollande qui veulent eux-mêmes avoir un peu plus de marge en terme de déficit vont me soutenir. Et cela ne s’est pas produit.

 

 

- Delo : Au vu des sondages de l’opinion publique, le tort causé à Syriza a affecté Podemos, dont la côte de popularité est tombée de 20% à 14 %...

Eric Toussaint : L’objectif des dirigeants européens est de dire au peuple espagnol : « ne votez pas Podemos » et de dire à Podemos : « abandonnez votre volonté de changer réellement les choses. Vous voyez bien que Tsipras accepte de capituler. Même vous, si vous avez une chance de devenir membre d’un gouvernement, vous devrez accepter les règles. »

 

 

- Delo : Vous distinguez en Europe les pays du centre des pays périphériques. La Slovénie fait partie de la périphérie, évidemment, comme la Grèce et le Portugal. Quand on en parle, on peut apercevoir un discours tout à fait différent. On traite le Portugal de bon élève, pour ce qui est de son programme et de son sauvetage par la troïka, tandis qu’on fustige la Grèce.

Eric Toussaint : Comme on parle de bon éleve pour l’Irlande. Mais la situation réelle est extrêmement mauvaise au Portugal, en Irlande comme en Espagne. Il y a une apparence de réussite du point de vue des critères des dirigeants européens, parce que ces trois pays réussisent à rembourser leur dette sans demander la réduction de celle-ci. Mais tout cela est strictement lié à des taux d’intérêt qui sont provisoirement très faibles. Tous les pays européens, y compris la Slovénie, refinancent leur dette publique à un coût très bas pour le moment, mais il n’y a absolument aucune garantie que cela continuera. Au Portugal ou en Espagne, le taux de croissance est très faible ou bien il stagne, le taux de chômage est extrêmement élevé, la situation des banques portugaises, irlandaises, espagnoles est très mauvaise aussi ; il va falloir continuer à les recapitaliser. L’année passée, une des principales banque portugaise Banco Espírito Santo a fait faillite. En fait, les grands médias et le gouvernement européen octroient des satisfecits à certains gouvernements parce qu’il faut dire : « voilà, les Grecs sont des mauvais élèves et cela va mal pour eux. Les autres, ceux qui appliquent bien les réformes, se débrouillent ». Mais tout cela, c’est de la mystification. Le bilan réel est tout à fait différent.

 

 

- Delo : On est entré dans la psychologie...

Eric Toussaint : En Slovénie, vous êtes dans une situation un peu surréaliste. Si je ne me trompe pas, la majorité de la population slovène, le gouvernement slovène et les grands médias considèrent que vous êtes tellement proche du centre des grandes puissances – notamment de l’Autriche et de l’Allemagne – que vous vous en sortirez toujours. Que vous êtes peut-être dans la péripherie, mais avec un pied déjà dans le centre. Et certains pensent que vous êtes même carrément dans le centre. Or, on va voir si c’est durable. Votre dette publique est en train d’exploser à cause du sauvetage des banques et cela ne va pas s’améliorer à court terme. La Slovénie elle-même n’est pas à l’abri de difficultés dans les deux ou trois ans qui viennent. Et surtout, la grande différence entre la Slovénie, l’Allemagne et l’Autriche, c’est que vous n’êtes pas au centre du pouvoir européen. C’est Berlin, Paris, Londres et à un degré moindre Bruxelles et Amsterdam qui influencent la politique des dirigeants européens, ce n’est pas Ljubljana.

 

 

- Delo : Quel regard portez-vous sur le rôle des médias ? On écrit différemment sur le Portugal ou sur la Grèce. Il y a beaucoup de manipulation, d’émotions aussi. On se perd dans le style et on oublie le fond – dans le style de Yanis Varoufakis, par exemple. On se préoccupe de son doigt, voire de ses vêtements.

Eric Toussaint : Il est clair qu’on a stigmatisé la Grèce et la population grecque. Des commentateurs qui devraient être sérieux ont dit que la Grèce ne collectaient pas ses impôts depuis des siècles et qu’il s’agissait là d’un héritage de l’Empire ottoman. Il est clair qu’il y a de l’évasion fiscale en Grèce ...

 

 

- Delo : ... et de la corruption. On est dans les Balkans... quand même.

Eric Toussaint : Partout en Europe, il y a de la corruption. Partout. A la FIFA, dans tous les organismes … Mais on veut faire croire que c’est limité à quelques pays. Pour cacher la très grande corruption, on met l’accent sur un petit pays que l’on stigmatise. Ce que l’opinion publique slovène ne sait pas, c’est qu’un ministre de la défense grecque, qui vient d’ailleurs du Pasok [Akis Tsohatzopoulos], a été condamné en 2013 à 20 ans de prison ferme pour corruption. Il est en prison avec cinq membres de sa famille. Mais personne n’en parle. Or, combien de ministres en Europe sont en prison ? Je pense que certains ministres ou ex-ministres slovènes auraient leur place en prison, mais ils ne s’y trouvent pas, ils ne sont pas condamnés. En Grèce, il y a des procès pour corruption et des condamnations : il y a un procès en cours contre 69 Grecs impliqués dans une grosse affaire de corruption avec l’entreprise multinationale Siemens et il y aura des condamnations dans les mois qui viennent.

 

Oui, la Grèce a de graves problèmes en matière de corruption et de collecte d’impôts, mais le problème est largement répandu dans toute l’Europe. Dans toute l’Europe, les grandes entreprises et le pour cent le plus riche de la population européenne ont réussi à obtenir des cadeaux fiscaux. Les Etats pallient à ce manque de recettes fiscales par le recours à l’endettement public. A cela s’ajoute l’évasion fiscale, par exemple l’affaire de la Banque HSBC, ou encore l’affaire Luxleaks qui implique directement Juncker. N’oublions pas que Draghi était directement impliqué dans le scandale du maquillage des comptes publics grecs en 2001 et 2002... On a un grand problème en Europe comme aux Etats-Unis : c’est qu’on a de grandes entreprises, notamment de très grandes banques qui se rendent systématiquement coupables de fraudes ou de corruptions. L’UE ne prend que des mesures extrêmement faibles à leur égard.

 

 

- Delo : Personne ne se sent responsable ni coupable

Eric Toussaint : Les institutions européennes, la Commission européenne, les gouvernements des principaux Etats pourraient prendre des mesures fortes pour empêcher l’évasion fiscale – qui est massive et qui porte surtout préjudice aux économies les plus faibles. Les riches des pays de la périphérie européenne placent leur argent dans les pays les plus sûrs, au Luxembourg, en Allemagne, en Autriche, en Belgique, à la City de Londres. Les responsables européens ont parfaitement les moyens de prendre des mesures, mais ils ne souhaitent pas le faire.

 

 

- Delo : Est-il possible qu’un jour quelqu’un soit traduit devant la justice ?

Eric Toussaint : Je ne suis pas optimiste, surtout pas à court terme. Je ne crois pas que ces personnages seront traduits devant la justice, ni qu’ils seront condamnés, alors que leur comportement mériterait que la justice s’en occupe activement. Ce qui peut se produire en positif c’est qu’on tire les leçons de ce qui s’est passé avec la Grèce et que les nouvelles forces démocratiques progressistes comprennent quelles doivent être plus fermes, plus que Tsipras ne l’a été, et donc disposées en tant que gouvernements démocratiquement élus à désobéir aux ordres de la Commission européenne et de la BCE, si – comme on l’a vu dans le cas de la Grèce – elles prennent des mesures injustes pour les économies de leurs pays.

 

 

- Delo : La vague d’indignation dure déjà depuis un certain temps. Stéphane Hessel a appelé à l’indignation il y a quelque années de cela. On a vu naître le mouvement des Indignés en Espagne et la formation de Podemos, mais rien n’a encore abouti. On se sent un peu face à une impasse.

Eric Toussaint : Ces formations sont propulsées par une partie de la population qui veut des réponses radicales. C’est pour cela que Jeremy Corbyn qui n’avait aucun influence institutionnelle sauf dans les syndicats a gagné dans le Labour, et c’est aussi pour cela que Bernie Sanders aux Etats-Unis, qui a très peu de moyens, rencontre un grand soutien de la base dans le parti démocrate alors qu’il est perçu comme un socialiste radical. Il y a vingt ans, ceux qui avaient le vent en poupe, c’étaient Tony Blair et Gordon Brown, Clinton ou Barack Obama... Maintenant ce sont Sanders, Corbyn, Podemos. Pourquoi ? Parce que cela correspond à une volonté d’une partie de la population qui a elle-même tiré comme conclusion qu’il faut des politiques qui traitent le mal à la racine. Dans certains cas, les nouvelles formations politiques comme Syriza ou Podemos sont parfois trop modérées. Même si elles disent qu’il faudrait des solutions radicales, et recueillent pour cela un soutien populaire, elles ont peur de les mettre en pratique. On a besoin d’un gouvernement progressiste qui n’a pas peur de désobéir. L’intérêt des propos que tenait Stéphane Hessel, c’est de dire aux gens : quand ceux qui ont le pouvoir appliquent des politiques foncièrement injustes, il y a un devoir de rébellion, de révolte, de désobéissance. Et il est important que cela vienne de quelqu’un qui a résisté au nazisme, parce que justement ce sont ces gens-là qui ont résisté en France en s’opposant au régime de Vichy, à la police française, et pas simplement aux nazis. Il fallait avoir du courage pour lutter contre la police de son propre pays et contre son propre gouvernement qui collaborait. Aujourd’hui, nous ne sommes pas, bien sûr dans la même situation ; l’Allemagne d’Angela Merkel et de Wolfgang Schäuble n’est pas l’Allemagne nazie. Il y a une énorme différence, mais indéniablement dans le contexte actuel, il n’y a plus suffisamment d’espace pour exercer les droits démocratiques, et donc il faut être prêt à désobéir et à se rebeller. J’espère que ces forces politiques vont le comprendre, sinon on va aller de déception en déception. Ce qui risque d’arriver, c’est l’extrême droite avec...

 

 

- Delo : ...Marine Le Pen en France...

Eric Toussaint : ou Viktor Orbán en Hongrie. Le risque est grand que cette extrême droite finisse par trouver des figures charismatiques et qu’avec une désobéissance violente, dirigée contre les immigrés, elle puisse apparaître comme une alternative crédible pour les populations. Il y a un danger réel en Europe. Il n’est pas immédiat, ce n’est pas pour dans un an ou deux, mais le danger est quand même là.

 

 

- Delo : Quel regard portez-vous sur le rôle des syndicats ? On voit bien que, dans le secteur privé, beaucoup d’usines ont fermé les portes. La classe ouvrière est en train de disparaître.

Eric Toussaint : C’est un peu exagéré, mais il est clair qu’il y a un affaiblissement structurel des grands secteurs de salariés. Les concentrations de travailleurs salariés se réduisent certainement dans certains pays ou bien dans des régions entières de l’Europe. Le mouvement syndical a perdu de sa force dans toute une série de pays.

 

 

- Delo : Le syndicalisme se perd, du moins en Slovénie, dans une certaine nostalgie, mais aussi – il faut le dire – dans la démagogie. Le monde est en pleine mutation, il faut que les syndicats aussi suivent la dynamique.

Eric Toussaint : Je compte beaucoup sur la capacité du mouvement syndical de redéfinir une doctrine cohérente dans le nouveau contexte. Un des grands problèmes en Europe c’est qu’on a une Confédération européenne des syndicats avec, si je ne me trompe pas, près de 60 millions de membres. Mais cette Confédération a soutenu tous les traités européens, sauf le dernier, qu’elle a critiqué : le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, le TSCG ou pacte budgétaire européen. Elle s’y est opposée, mais de manière extrêmement molle, sans mobilisation. Malgré cette réduction de grande concentration industrielle on a encore – avec la Confédération européenne des syndicats qui unit presque tous les syndicats – une puissance potentielle tout à fait considérable, mais ce n’est que potentiel. En pratique, elle a tout laissé faire, en croyant que l’Union européenne allait lui permettre comme direction syndicale de vivre tranquillement dans un soi-disant dialogue social. En réalité, les dirigeants européens n’avaient d’autre objectif que de précariser le travail et remettre en cause les conventions collectives. La confédération européenne des syndicats comprend très tardivement ce qui est en train de se passer et elle est incapable de réagir, parce qu’il y a un manque de fonctionnement démocratique dans cette énorme superstructure mais aussi et surtout un refus de la part de sa direction et de certains des grands syndicats qui en sont membres d’affronter les tenants de ces politiques de casse sociale.

 

 

- Delo : Quel est le rôle des entreprises d’armes, vu la crise de la dette publique aussi bien que la crise migratoire ?

Eric Toussaint : Les industries d’armement jouent sans conteste un rôle important : dans le cas grec, les fournisseurs d’armes à la Grèce sont principalement les entreprises allemandes, françaises et nord-américaines. Elles sont responsables de la corruption. Je viens de vous parler de la condamnation de ce ministre grec ; évidemment il s’est fait corrompre par des entreprises comme Rheinmetall en Allemagne, Thales en France et Lockheed Martin aux Etats-Unis. Il y a des affaires très précises et bien connues où l’on a eu connaissance de pots-de-vin d’un montant considérable pour corrompre des dirigeants politiques. Cela porte sur des centaines de millions d’euros. On note la préoccupation d’une série de pays européens de développer leur industrie d’armement – notamment la Pologne qui vient de réaliser une grande foire internationale de l’armement. Le flux important des réfugiés venant de Syrie est le produit de la politique de l’Europe et des Etats-Unis à l’égard du Moyen-Orient. Je pense à l’intervention militaire en 2003 en Iraq qui a destabilisé la région sans réellement apporter la démocratie, à l’intervention en Libye, enfin à la politique menée à l’égard de la Syrie. Tout cela a généré le renforcement d’Al-Qaïda en Lybie et dans la zone proche du Soudan et du Mali et a favorisé la création de Daesh. On a des fournisseurs d’armes qui approvisionnent les différentes parties en conflit et entretiennent ainsi les guerres. Comme à d’autres moments de l’histoire, il y a effectivement un lien entre la stratégie suivie par les fournisseurs d’armes et le type de politiques menées pour résoudre les problèmes dans d’autres régions du monde. De telles politiques ne correspondent pas à l’intérêt des peuples ; un de leurs effets les plus désastreux est de jeter sur les routes des centaines de milliers de personnes, notamment des enfants et des vieillards, réduits à venir demander l’asile à des Etats qui refusent ou réchignent à les accueillir.

 

 

- Delo : Récemment, la maison d’édition slovène CF a mis dans le livre sur la dette publique intitulé Qui doit à qui ? une photographie de soldats allemands hissant le drapeau nazi sur l’Acropole d’Athènes en 1941. Qu’en pensez-vous ?

Eric Toussaint : C’était un message très fort qu’a voulu faire passer la maison d’édition. Son intérêt est de faire réfléchir car il ne faut pas oublier l’histoire européenne. Il n’y a pas si longtemps, les troupes de Mussolini, suivies des nazis, ont occupé la Grèce. La Grèce a été l’un des pays européens les plus martyrisés, touchés et détruits pendant la Seconde Guerre mondiale, à côté de l’Union soviétique, de la Pologne et en partie aussi de la Yougoslavie. La Grèce est toujours en droit de demander des réparations de guerre à l’Allemagne. Je la soutiens dans cette perspective-là. Cette photo doit faire réfléchir. Ce n’est pas une caricature, on n’a pas mis en dessous d’un casque la tête de Wolfgang Schäuble ou d’Angela Merkel. Cette photo ne veut pas dire que Angela Merkel se comporte comme les nazis, mais elle doit être considérée comme un rappel de notre histoire.

 

 

- Delo : Je pense qu’il faudrait changer de rhétorique dans les médias et ne plus parler du quatrième reich, par exemple. Trop de souvenirs empêchent d’atteindre nos objectifs ; il vaut mieux apaiser le discours.

Eric Toussaint : Il est très clair que nous ne sommes pas dans une situation de domination totale, certes pas dans une domination militaire de la part de l’Allemagne sur le reste de l’Europe. Au contraire, beaucoup de gouvernements nationaux sont très contents qu’Angela Merkel et Wolfgang Schäuble apparaissent comme les méchants et les plus durs. Cela arrange quelque part Matteo Renzi ou François Hollande de pouvoir dire « Ce sont eux qui nous empêchent de faire des concessions. »

 

Le problème aujourd’hui en Europe ce n’est pas seulement l’Allemagne, c’est l’architecture européenne. Pour changer tout cela il devient évident – si l’on veut véritablement une Europe démocratique – qu’il faudra abroger toute une série de traités européens. Il faudrait initier au plus vite un processus constituant au niveau européen, un processus démocratique – se traduisant par l’élection d’une assemblée constituante européenne par les différents peuples d’Europe. Dans chaque pays de l’Union européenne, des processus nationaux seraient également lancés afin d’élaborer collectivement et démocratiquement un nouveau projet pour l’Europe. On pourrait ici s’inspirer de l’expérience de la France au XVIIIe siècle où les populations de toutes les contrées du pays avaient rédigé « des cahiers de doléances » exprimant leur ressenti, leurs attentes, leurs exigences... Il est plus que temps de faire un bilan de la construction européenne des soixante dernières années et qu’on dise : « Maintenant on reprend cette construction en la rendant réellement démocratique avec la participation des peuples. » Je crois que toute une série de traités européens ne permet pas cela. Il va donc falloir un grand bouleversement en Europe, un grand mouvement européen permettant de déboucher sur un tel changement. Quand est-ce que cela va avoir lieu ? Cela commencera par quelques pays qui vont désobéir, certains vont sortir de la zone euro, l’Europe va rentrer dans une crise plus grave qu’aujourd’hui. Mais cela peut prendre dix ans ou vingt ans. Le processus sera lent et long. La sortie de l’Ancien régime d’absolutisme royal a été le fruit d’une longue lutte.

 

 

- Delo : Sera-t-il possible de le faire paisiblement, vu l’histoire et la crise ?

Eric Toussaint : Je crois que la force des structures autoritaires européennes s’appuie sur la soumission et la docilité des peuples ainsi que de leurs représentants politiques. Leur force est notre obéissance résignée. A partir du moment où une indignation devient massive et se transforme en mobilisation, l’Europe sera forcée de changer et cela n’implique pas d’exercer la violence. Il doit être possible de le faire avec fermeté et détermination mais sans violence.

 

 

- Delo : Est-il correct de parler de 1% de riches contre 99% de pauvres ?

Eric Toussaint : Oui, c’est bien. C’est très schématique, bien sûr, mais cela correspond à la réalité. J’ai étudié cette problématique et les travaux de Thomas Piketty l’ont bien mise en lumière. Le un pour cent le plus riche aux Etats-Unis détient 50 pour cent du patrimoine national. Si vous y ajoutez les neuf pour cent en plus, vous n’obtenez pas beaucoup plus ... Parler d’un pour cent permet de dire qu’on peut cibler des mesures sur un secteur minoritaire de la société et qu’on n’a pas besoin de toucher à la classe moyenne. On est repassé à un tel niveau de concentration de la richesse que la formule de un pour cent est beaucoup plus juste qu’il y a trente ans. Il y a trente ans il fallait parler de 10%.

 

 

- Delo : Mais en comparaison avec la période avant la Première Guerre mondiale ou après ? Etait-ce la même chose ?

Eric Toussaint : On est revenu, au niveau de concentration de la richesse, à la situation d’il y a cent ans. C’est ce que montre Piketty.

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 09:26
Sommet pour un Plan B en Europe les 14 et 15 novembre à Paris

Sources : le Parti de Gauche

- Le plan B est un sommet internationaliste dont la première session se tiendra le 14-15 novembre à Paris.

Sabine Lösing (Die Linke, Allemagne) « il s’agit d’installer un processus permanent autour de discussions sur l’euro et l’UE qui existent déjà en Europe. Depuis trop longtemps, les gauches européennes ont sacralisé l’euro, inhibant tout débat et reléguant toute critique à du nationalisme, un argument inique. Une monnaie ne doit pas rester aux mains des puissants. Une monnaie est un contrat social et le fruit d’un équilibre des forces. Elle porte donc nécessairement aux contradictions. Ce sommet est l’occasion d’avoir ce débat contradictoire pour trouver de nouvelles voies en Europe ».

 

 

- Le plan B « n’est pas une vision isolée dans des frontières nationales.

C’est un projet fondamentalement internationaliste pour les peuples européens » a indiqué Marina Albiol, chef de la délégation Izquierda Unida au Parlement européen.

 

 

- Le sommet de novembre réunira politiques, économistes, intellectuels et ONG en faveur d’un plan B.

A l’image du Forum de Sao Paulo qui a porté 11 forces progressistes au pouvoir en Amérique latine, le plan B doit poser sur table toutes les propositions nécessaires pour une nouvelle voie pour les peuples européens, a indiqué Jean-Luc Mélenchon à la conférence de presse. « La variété de nos propositions est une force pour répandre dans tous les pays l’idée d’un Plan B. La sortie de l’euro n’est qu’un des plans sur la table. Il n’y a pas un plan mais des plans B ».

 

 

- Un réseau d’élus européens en cours de construction

Les députés européens signataires de la tribune entendent lancer un réseau parlementaires. Il se compose pour le moment de : Marina Albiol et Javier Couso (Izquierda Unida, Espagne), Nikolaos Chountis (Unité Populaire, Grèce), Rina Ronja Kari (Mouvement populaire contre l’UE, Danemark), Sabine Lösing (Die Linke, Allemagne), Fabio de Masi (Die Linke, Allemagne), Miloslav Ransdorf (KSCM, République Tchèque)

 

 

- - Retrouvez le programme complet du Sommet pour un plan B des 14 et 15 novembre ICI

 

 

Pour en savoir plus sur l’actualité du sommet :

- le site web : https://www.euro-planb.eu
- le compte twitter https://twitter.com/Euro_PlanB
- la page Facebook https://www.facebook.com/EuroPlanB/

 

Pour en savoir plus :

- Rompre : Eric Coquerel Co-coordinateur politique du Parti de Gauche

- Contribution de la Commission Economie du Parti de Gauche pour le sommet du Plan B en Europe des 14 et 15 novembre 2015 à Paris.

- Le Plan B contre l'UE: refonder l'Europe avant la ruine

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 09:19
Normes et règles commerciales : les vrais enjeux du TTIP, ou TAFTA

L’établissement de règles commerciales et de normes[a] en apparence très techniques contournent de plus en plus les législations des États. Des négociations marquées par le secret sont menées pour établir des clauses léonines faisant fi de tout exercice démocratique et des intérêts publics au profit d’un commerce « libre » à travers l’Atlantique.

 

Sources : Progressistes par FRANÇOISE DUPONT (syndicaliste), documentation[b]

Les États-Unis et l’Union européenne (UE) sont engagés dans la négociation d’un partenariat transatlantique de commerce et d’investissement, connu sous le sigle TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership) ou encore TAFTA (Transatlantic Free Trade Area). Dans un article[1] publié par le blog Social Europe Journal, l’économiste états-unien Dean Baker affirme que le véritable but du TTIP n’est pas la promotion du libre commerce mais la mise en place d’une nouvelle structuren26-1024px-Europäisches_Patentamt_in_München réglementaire. Il estime en effet que les droits de douane ou les quotas sont déjà bas, à de rares exceptions près, et donc qu’il ne reste que peu à gagner sur ce point. Par contre, il constate que dans un grand nombre de domaines l’UE dispose de protections des consommateurs et de l’environnement plus fortes que celles en vigueur aux États- Unis. Il donne plusieurs exemples (téléphonie, fracturation des sols et gaz de schiste, brevets, copyright et droits d’auteur) pour illustrer ce qu’il pense être l’objectif stratégique des entreprises : la recherche d’un cadre réglementaire moins contraignant. Le mandat confié à la Commission européenne par le Conseil de l’UE pour la négociation du TTIP est loin d’être connu dans les détails. Pour autant, à la lecture de la communication de la Commission européenne présentant sa « vision pour le marché intérieur des produits industriels » apparaissent les enjeux de réglementation/ normalisation des produits liés au TTIP[2]. Publié le 22 janvier 2014, le document comporte une partie finale consacrée au marché mondial dans laquelle l’UE est invitée à faire son deuil de « l’attractivité de son modèle réglementaire[3] » en raison des mutations des échanges économiques internationaux générées par la mondialisation. En conséquence, « la compétitivité internationale des entreprises de l’UE doit jouer un rôle plus important lors de l’évaluation de la réglementation en vigueur et de l’examen des options possibles pour le lancement de nouvelles initiatives » réglementaires[4]. Le même document précise que l’UE négocie déjà des accords de libre-échange avec de grands pays industrialisés et que « ces négociations ouvrent la voie à la réduction des obstacles réglementaires entre les principaux partenaires commerciaux […]. Elles contribuent à une réflexion plus vaste sur la définition de règles communes et internationales applicables aux produits »[5]. Enfin, conclusion du raisonnement, « un accord commercial transatlantique qui élimine les obstacles traditionnels au commerce de produits et services serait une étape importante vers une telle réglementation internationale. Les entreprises de tous les secteurs de l’économie auraient ainsi la possibilité de réduire leurs coûts de mise en conformité réglementaire »[6]. Pour comprendre les enjeux liés à la réglementation/normalisation posés par le TTIP, face à la suggestion de la Commission européenne de définir des « règles communes et internationales » entre l’UE et les États-Unis, il faut rappeler le cadre communautaire relatif aux marchandises et produits et préciser en quoi les normes sont des outils de politique générale, de politique industrielle, de structuration du marché, de localisation des activités productives et des emplois qui en résulteront.

 

 

- Règlementation et normalisation européenne des marchandises

 

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Le véritable but du TAFTA est la mise en place d’une nouvelle structure réglementaire. En effet, les droits de douane ou les quotas sont déjà bas, à de rares exceptions près, et donc qu’il ne reste que peu à gagner sur ce point…

 

La construction européenne repose sur la volonté de créer un grand marché commun, ce qui explique la part prépondérante prise par la libre circulation des marchandises, l’une des quatre libertés fondamentales sur lesquelles se fonde le marché intérieur. Comment faire circuler des marchandises produites dans des États membres ayant des réglementations et législations parfois fort différentes ? La réponse privilégiée dans un premier temps fut de rechercher une harmonisation totale de ces législations. Mais devant la complexité de la tâche et la lenteur du processus, les institutions communautaires adoptèrent en 1985 une « nouvelle approche » en matière de législation harmonisée, consistant à articuler étroitement réglementation et normalisation[7]. Ainsi, le législateur de l’UE définit les « exigences essentielles », c’est-à-dire les objectifs en matière de sécurité, de santé, de protection de l’environnement et de protection des consommateurs auxquels les entreprises doivent se conformer lorsqu’elles mettent des produits sur le marché de l’Union. Pour ce qui relève de ces exigences, l’harmonisation se réalise par des normes établies par des organismes européens de normalisation, sur la base d’un mandat confié par la Commission européenne[8]. Si le respect de la norme n’est pas obligatoire, les produits fabriqués conformément aux normes européennes jouissent d’une présomption de conformité, et peuvent donc circuler librement sur le marché. Le fabricant qui choisit de ne pas utiliser les normes européennes devra fournir les preuves de la conformité de ses produits aux « exigences essentielles » s’il souhaite faire circuler ses marchandises sur le marché européen au-delà de son marché national. Sur le marché intérieur, les obstacles sont réduits et éliminés à partir du principe de reconnaissance mutuelle et par la législation communautaire. Conformément à l’article 114 du Traité de fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), la législation et les normes européennes doivent assurer la protection la plus élevée de l’environnement, de la santé et de la sécurité des travailleurs de l’industrie et des consommateurs des produits mis sur le marché par l’industrie. En même temps, la législation doit favoriser la libre circulation de ces produits sur le marché intérieur, dans la mesure où ils répondent pleinement aux obligations imposées par l’article 114 du TFUE. Les obligations de déclaration préalable des normes et régulations techniques, avant leur adoption au plan national, sont destinées à évaluer si elles ne constituent pas des obstacles techniques aux échanges de produits industriels ; elles sont imposées tant par la législation communautaire que par les accords OMC sur les obstacles techniques au commerce (en anglais, TBT: technical barriers to trade). Il convient de noter que la normalisation et les principes de la « nouvelle approche » ne se limitent plus aux seuls produits mais sont de plus en plus utilisés pour élaborer la législation, à tel point que certains auteurs parlent de méthode « légistique »[9]. Dans le cadre de son initiative «Mieux légiférer », la Commission européenne impulse depuis le début des années 2000 une logique de « corégulation », selon ses propres termes. En effet, la nouvelle approche introduit une nouvelle répartition des tâches entre l’UE et les instituts européens de normalisation car, à travers ces instituts, ce sont les opérateurs économiques qui élaborent les normes ; d’où la nécessité d’un contrôle et d’une participation démocratique au processus de normalisation pour éviter que la corégulation ne se transforme en autorégulation des opérateurs économiques, c’est-à-dire des entreprises.

 

 

- Les normes comme outils de politique générale et industrielle

Les normes techniques des produits industriels sont des outils politiques, et doivent être pleinement considérées comme tels. Ce sont tout d’abord des outils de politique générale, visant un objectif explicite d’intérêt public: la santé et la sécurité de l’utilisateur (consommateur ou salarié enenvironnement professionnel); des conditions de travail favorables à la productivité et à la motivation des travailleurs ; la préservation de ressources naturelles fragiles, non renouvelables ou rares (climat, ressources minérales, biosphère, espèces vivantes) ; le bien-être animal; la confidentialité et l’intégrité des communications et des données ; l’interopérabilité des composantes de systèmes complexes…

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Ce sont également des outils de politique industrielle et de structuration du marché. La conformité à une norme technique exigeante est un outil de différenciation et de compétitivité hors prix, par la qualité, sur le marché international. En anticipant les besoins futurs, les évolutions du marché, une norme aide les industriels européens à être en avance, à innover et à avoir une offre faiblement sensible au prix – et donc rentable et génératrice d’emplois de qualité. Lorsque des normes concurrentes (en particulier d’interopérabilité) s’affrontent sur un marché, le choix de la norme a une influence sur les entreprises – qui en retireront un avantage concurrentiel – et donc sur la localisation de l’activité économique, et des emplois qui en résulteront. Le caractère politique des normes techniques sur les produits industriels a pour conséquence qu’elles ne peuvent être considérées comme le domaine réservé d’intérêts privés et de spécialistes techniques. Elles doivent au contraire être l’objet d’une régulation démocratique, ouverte et transparente, impliquant un ensemble large de parties prenantes. Cette régulation porte sur : – l’opportunité même de normaliser ; – les objectifs assignés à la normalisation ; – les moyens techniques d’atteindre ces objectifs ; – le contrôle de conformité à la norme et la surveillance de marché; – l’exercice de sanctions effectives, proportionnées et dissuasives en cas de non-conformité. Cette régulation doit s’appuyer sur des institutions ouvertes, légitimes et donnant concrètement à toutes les parties prenantes la possibilité d’exercer une influence sur la décision. La liste des parties prenantes légitimes à contribuer à cette régulation est ouverte et dépend de la nature précise de celle-ci (ainsi, une norme sur le bienêtre des animaux d’élevage ne mobilisera pas les mêmes parties qu’une autre sur l’interopérabilité d’outils de communication numérique). Cette liste doit comprendre au moins, impérativement: les entreprises, les salariés ou leurs représentants, les consommateurs, les ONG de protection de l’environnement. Le fait que les normes techniques soient des instruments de politique industrielle, de compétitivité par la qualité et l’anticipation des besoins techniques, sociétaux et environnementaux, et des sources d’innovation technique, entraîne qu’elles doivent, pour tenir ce rôle, être revues et améliorées régulièrement, à un rythme d’autant plus élevé que le secteur est innovant. Pour un ensemble large de parties prenantes, contribuer aux travaux de normalisation, aux cinq étapes identifiées ci-dessus, constitue un objectif d’intérêt public. Cet ensemble large comprend des parties ne disposant que de faibles ressources : organisations syndicales, PME, associations. Il est donc légitime qu’un soutien public soit accordé pour la participation de ces parties à ces travaux, avec octroi d’un droit de vote, afin que cette ouverture du processus soit une réalité concrète et opérationnelle. La Commission devrait diffuser largement, et en particulier sur les marchés des pays tiers, l’information sur la qualité et le haut niveau d’exigence des produits conformes aux normes européennes, à l’aide d’un budget dédié de communication. Ainsi, les consommateurs et les acheteurs professionnels seront mieux informés des avantages à choisir cette offre. Cela donnera un avantage concurrentiel aux produits conçus et fabriqués en Europe, ou conformément aux normes européennes, et donc aux entreprises et aux travailleurs européens. L’expérience historique que les États membres de l’UE ont acquise depuis 1993, au cours du long chemin encore inachevé vers la constitution effective d’un marché unique des produits industriels, ne doit pas être perdue. Elle prend pleinement en compte le caractère politique, et donc démocratique, ouvert et transparent, de la régulation des normes techniques les concernant, et doit être préservée lors de la conclusion d’accords de libre échange. Lors des négociations en cours, la Commission doit établir un cadre institutionnel garantissant ces mêmes caractéristiques de démocratie, d’ouverture et de transparence, au cours des cinq étapes identifiées ci-dessus du processus de normalisation, puis de contrôle de conformité. Il est fondamental que les normes relatives aux produits et les réglementations et décisions protectrices des intérêts publics, ainsi que les sanctions de leur non-respect, ne puissent pas être attaquées comme des obstacles non tarifaires.

 

 

- Les brevet

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D’autres problèmes considérés comme obstacles à la libre circulation et à la libre compétition subsistent. Il s’agit par exemple des brevets portant sur des standards techniques, ou de l’effectivité des contrôles de la mise en oeuvre des normes et de la législation. Lorsqu’un brevet a été pris sur une innovation devenant un standard technique, il est indispensable que les concurrents puissent accéder à des licences devenues obligatoires à un prix raisonnable. Dans certains pays non européens, notamment les États-Unis, la qualité des brevets est sujette à caution : leur délivrance ne donne pas lieu à une recherche d’antériorité suffisante, ce qui met en cause leur caractère novateur ; l’acceptation de brevets triviaux met en doute leur caractère inventif ; tandis que les brevets portant sur des concepts abstraits d’apparence et de sensation, indépendamment de la manière technique dont cette apparence est obtenue, sont contraires au principe même du brevet d’invention portant exclusivement sur le moyen d’atteindre un résultat. Cette situation ouvre la porte à des procès abusifs où les entreprises européennes sont en position de faiblesse. La législation de la propriété intellectuelle doit offrir une véritable protection de l’innovation sans que les brevets ou le droit d’auteur puissent être utilisés comme des obstacles à la compétition industrielle et à l’innovation. En conclusion, face à la suggestion de la Commission européenne de définir des « règles communes et internationales » entre l’UE et les États-Unis, il convient de noter les différences d’approche entre les deux puissances économiques en matière de normalisation et de réglementation des marchandises. L’approche communautaire repose sur le principe de précaution: reconnu par l’article 191 du TFUE pour ce qui relève de la politique de l’Union en matière d’environnement, il a été qualifié de « principe général du droit communautaire » par le juge européen. Par contre, les États-Unis semblent privilégier une démarche de précaution plutôt que le principe de précaution. Autrement dit, « si aucune donnée scientifique ne prouve un impact négatif, il n’y aura pas de régulation du produit, alors que l’inverse s’impose en Europe où le produit ne pourra entrer sur le marché, en cas d’incertitudes, qu’en présence d’études scientifiques concluant à l’absence de nocivité[10] ». Ainsi, pour la Cour de justice de l’Union européenne, « il doit être admis que lorsque des incertitudes subsistent quant à l’existence ou à la portée de risques pour la santé des personnes, les institutions peuvent prendre des mesures de protection sans avoir à attendre que la gravité de ce risque soit pleinement démontrée »[11]. L’approche communautaire vise à protéger des «exigences essentielles » par une combinaison entre action législative et normalisation, cette dernière étant réalisée sous mandat de la puissance publique européenne. D’autre part, dans le processus de normalisation, l’Union européenne fait une place – que l’on peut certes juger insuffisante au regard de l’extension régulière du périmètre de la normalisation et des enjeux démocratiques que cela pose – aux différentes parties prenantes, dont les organisations de travailleurs. Enfin, il est clair que l’éventuel établissement de « règles communes » implique un risque d’abaissement du niveau de protection européen, même – et surtout – en cas de création d’un organisme conjoint de normalisation, car celui-ci aurait pour effet de contourner et saper le rôle des organismes européens déjà existants.

 

 

[1] “TTIP : it’s not about trade !”, http://www.social-europe.eu/2014/02/ttip/
[2] Cf. http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do uri=COM :2014:0025:FIN:FR:PDF
[
3] Ibid., page 17.
[
4] Ibid., page 18.
[
5] Ibid.
[
6] Ibid.
[
7
] Le règlement européen en vigueur relatif à la normalisation définit la norme comme « une spécification technique, approuvée par un organisme reconnu de normalisation, pour application répétée ou continue, dont le respect n’est pas obligatoire ». Il distingue des normes dites internationales, européennes, harmonisées,
nationales.

[
8] L’harmonisation totale est encore utilisée mais pour des produits très spécifiques : automobile, pharmacie, par exemple.
[
9
] Cité par Aubry, Brunet, Péraldi Leneuf, la Normalisation en France et dans l’Union européenne – Une activité privée au service de l’intérêt général ?
[
10] Hayvel Émilie, À propos de la prise en compte du principe de précaution par les États-Unis, l’Union européenne et l’OMC, http://m2bde.u-paris10.fr/content/propos-de-la-prise-en-compte-du-principe-de-précaution-par-les-etats-unis-luion-européenne-e
[11] Cité par Hayvel, op. cit.

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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 09:19
Accord de partenariat transpacifique : l’accord de libre-échange le plus agressif de l’Histoire

Le PTP a parmi ses objectifs stratégiques d’isoler et d’acculer l’économie chinoise, la seconde économie la plus puissante du monde.

 

Sources : Le * Grand Soir par Florentino LOPEZ MARTINEZ

Les négociations sur l’Accord de partenariat transpacifique (PTP) se sont achevées le 5 octobre dernier à Atlanta, aux États-Unis. Il s’agit du traité de libre-échange le plus vaste de l’histoire de l’Humanité. Des négociations qui se sont déroulées dans le secret le plus absolu durant ces cinq dernières années, bien que depuis l’arrivée de Barack Obama au pouvoir, elles avaient été envisagées dans le but d’augmenter la puissance économique des grands consortiums nord-américains.

 

Cet Accord regroupe 12 pays : l’Australie, le Canada, le Chili, Brunei, le Japon, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, le Mexique, le Pérou, Singapour et les États-Unis. Situés dans des zones stratégiques de chaque côté du Pacifique, avec une population d’environ un milliard d’habitants, ces pays représentent 25% des exportations globales et 40% du Produit intérieur brut (PIB) mondial.

 

 

- cemment, la presse internationale, plusieurs syndicats, comme l’AFL-CIO et en particulier le site internet WikiLeaks, ont publié certains des contenus du PTP.

En partant de cette maigre information disponible, nous pouvons en déduire quelques observations :

1. - Le PTP est un accord de libre-échange avantageux pour les États-Unis. Il réduit à néant la souveraineté des pays signataires, en leur superposant le pouvoir des monopoles transnationaux, qui auront un droit de recours jusqu’à demander une indemnité pour « pertes », dans le cas où les États imposeraient des mesures protectionnistes dans leurs pays respectifs.

 

2. – Concernant le droit de propriété intellectuelle (droit d’auteur, de brevet...), le PTP a deux aspects extrêmement agressifs. Le premier concerne le contrôle absolu de l’information qui circule dans les différents grands médias de communication, notamment sur Internet, à savoir que selon les clauses de ce traité, aucune information ne pourra être publiée dans un quelconque pays si le droit correspondant n’a pas été acheté préalablement.

 

3. - L’autre aspect du droit de brevet, qui concerne l’industrie pharmaceutique est réellement génocidaire : il impose 12 années d’exclusivité aux magnats nord-américains, alors que pendant ce temps la production de médicaments génériques est interdite, ce qui augmentera sérieusement le prix des médicaments.

 

4. - Le PTP est un traité visant la privatisation : il supprime toute possibilité de survie aux entreprises étatiques et paraétatiques, et oblige les États à conclure leur processus de privatisation.

 

5. - L’accord offre sur un plateau d’argent toutes les ressources naturelles et agricoles des pays signataires aux monopoles transnationaux, en obligeant les États à modifier leurs législations, ce qui permettra le pillage de leurs ressources.

 

6. - Il oblige les États membres à modifier leurs codes du travail pour garantir une plus grande exploitation de la main d’œuvre, ce qui a des conséquences non seulement pour les pays économiquement dépendants, mais aussi pour la classe ouvrière nord-américaine qui sera sous la pression du transfert de ses sources d’emploi vers d’autres pays, et de ce fait sera confrontée à la baisse de salaires et à la perte d’emplois.

 

7. - Le PTP a parmi ses objectifs stratégiques d’isoler et d’acculer l’économie chinoise, la seconde économie la plus puissante du monde. Le message d'Obama à cet effet a été des plus clairs : « Nous ne pouvons pas permettre que des pays comme la Chine dictent les règles de l’économie mondiale. C’est nous qui devons dicter ces règles... »[1].

 

8. – La question militaire a été maintenue absolument secrète. Cependant, certains analystes estiment que l’une des clauses principales du PTP prétend renforcer la présence militaire des États-Unis dans le bassin Asie-Pacifique, alors qu’actuellement ils sont présents militairement dans 135 pays dans le monde.

 

Indépendamment du PTP, les États-Unis négocient le Traité de commerce transatlantique (TAFTA) avec l’Union européenne. Si cet autre accord de libre-échange venait à être conclu, il aurait un impact sur 60% du PIB mondial, 33% du commerce de biens et 42% du commerce des services. Ce traité est également négocié en secret depuis plusieurs années et possède les mêmes caractéristiques que le PTP, selon les minces informations qui ont filtré sur son contenu.

 

Mais ce n’est pas tout : un troisième accord de libre-échange, que Washington négocie en secret depuis 6 ans, est l’Accord sur le Commerce de services (TISA par ses sigles en Anglais), qui concernera 50 pays : l’Union Européenne, le Japon, le Canada, la Colombie, le Chili, le Mexique, l’Australie et la Corée du Sud. Cet accord représenterait 68% du commerce mondial dans les services et prétend réguler, de manière supranationale, les services financiers, de santé, d’eau, de télécommunications et de transports principalement, en réduisant toute compétence des gouvernements sur ces services, en les obligeant à la privatisation et à la vente aux grands groupes commerciaux nord-américains.

 

 

- Le PTP doit maintenant être approuvé par les Parlements de chaque pays. S’il était adopté, il entrerait en vigueur en 2017.

Au cas où les négociations secrètes pour implanter le TISA et le TAFTA, associés au TPT, aboutiraient, les États-Unis disposeraient du contrôle de 80% de la valeur du PIB mondial, ce qui les confirmerait comme première puissance du monde. Il ne fait pas de doute que ces accords visent à récupérer la perte d’influence qui a plongé Washington dans la crise économique internationale en 2007-2009 et a permis de renforcer la présence de la Chine sur la scène nationale.

 

Ces traités de libre-échange, aussi vastes qu’agressifs, qui sont en train de se concocter (PTP, TAFTA et TISA), sont des mécanismes qui visent à étendre la maximisation du profit du capital financier, au prix de la destruction massive de la main-d’œuvre, la surexploitation de la classe ouvrière, qui jette à la rue des millions d’ouvriers et condamne de vastes majorités de population à l’indigence et à la mort.

 

En plus de transformer le monde en un grand marché unique et en usine mondiale, ce processus de centralisation et de concentration du capital oblige irrémédiablement les ouvriers du monde entier à se penser comme un seul ouvrier, une seule classe qui travaille dans une seule usine. De ce fait, il devient possible de mettre en place un combat unique à l’échelle internationale et de créer les conditions pour la socialisation des moyens de production à grande échelle.

 

Le moment est venu pour nous, le monde du travail, la classe ouvrière, les paysans et 99% de la population, qui sommes les sinistrés de cette politique, de présenter un Front Unique contre l’impérialisme, contre le fascisme, et pour le socialisme.

 

Comme le disait Lénine, cette époque de domination des monopoles, du capital financier est aussi l’époque du capitalisme agonisant qui se trouve aujourd’hui à la veille d’une nouvelle crise.

 

Note :

[1] Déclaration faite au quartier général de Nike dans l’Oregon. L’entreprise Nike est bien connue pour ses méthodes peu progressistes en matière sociale (LGS).

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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 08:18
Recette du miracle allemand ? Marché du travail moins flexible qu’en France et différence de dynamique démographique

Ce dont Valls et Macron devraient s'inspirer !

 

Sources :  alteréco+PLUS par Guillaume Duval

Ces dernières années, le chômage a fortement baissé en Allemagne, malgré la crise, et cela n’a pas été le cas en France. En juin 2008, pourtant, les deux pays affichaient le même taux de chômage : 7,4 %. Aujourd’hui, les deux courbes se sont sensiblement éloignées : en Allemagne le chômage a chuté à 4,2 %, tandis qu’en France il a grimpé à 10,3 % de la population active.

Recette du miracle allemand ? Marché du travail moins flexible qu’en France et différence de dynamique démographique

Cette divergence de trajectoire a contribué à nourrir le mythe d’une supériorité intrinsèque du « modèle allemand ». Et en particulier souligner l’impérieuse nécessité qu’il y aurait à copier les réformes impopulaires menées par le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder au début des années 2000, pour remettre en cause l’Etat social allemand et libéraliser le marché du travail. Or les performances allemandes sur le marché du travail ont une tout autre origine.

Recette du miracle allemand ? Marché du travail moins flexible qu’en France et différence de dynamique démographique

Ce n’est pas du tout parce que l’économie allemande a créé plus d’emplois que le chômage y baisse rapidement, contrairement à ce qu’on veut souvent nous faire croire. Depuis 2000, l’Allemagne a créé 50 % d’emplois de moins que l’économie française en proportion du stock d’emplois de départ. Ces dernières années, les créations d’emplois sont certes plus dynamiques en Allemagne qu’en France, mais au début des années 2000, les réformes Schröder en avaient aussi détruit beaucoup.

 

Si le chômage baisse en Allemagne, c’est surtout parce que la population active (ceux qui ont ou cherchent un emploi) s’y accroît beaucoup moins vite qu’en France : plus de deux fois moins d’augmentation entre 2000 et 2015. Et cet accroissement est moindre que l’emploi malgré la faible hausse de celui-ci. D’où la baisse du chômage alors que l’inverse est vrai en France.

 

Cette hausse de la population active constitue malgré tout un exploit, parce que la population d’âge actif (15 à 65 ans) a, quant à elle, nettement diminué depuis le début des années 2000. En Allemagne, l’écart est de 9 points de pourcentage entre l’évolution de la population active et celle de la population d’âge actif, contre 4 points en France. Cette progression est due principalement à l’entrée massive des femmes sur le marché du travail, à travers les petits boulots précaires et mal payés créés par Gerhard Schröder.

 

Les écarts sur le plan du chômage s'expliquent surtout par la différence des dynamiques démographiques

 

- N’en est-il pas aussi ainsi parce que les Allemands ont su courageusement libéraliser leur marché du travail ?

Ce qu’il faudrait enfin réaliser en France en dépoussiérant un code du travail obèse, tâche à laquelle le gouvernement est bien décidé à se consacrer au cours des prochains mois.

 

Un tel diagnostic est pourtant erroné, si on en croit l’OCDE, le pourtant très libéral club des pays développés : le marché du travail allemand reste nettement moins flexible que son homologue français. Ce qui explique une part non négligeable des succès germaniques en matière d’emploi.

Recette du miracle allemand ? Marché du travail moins flexible qu’en France et différence de dynamique démographique

L'OCDE calcule en effet depuis 1985 différents indices de protection de l'emploi à partir de 21 caractéristiques que l’institution note et agrège : délai de prévenance en cas de licenciement, modalités de notification, niveau d’indemnisation, obligation de réintégration en cas de licenciement abusif… Ceux qui veulent regarder sous le capot trouveront le détail de ces éléments et des pondérations effectuées sur le site de l’organisation.

 

Les salariés allemands restent sensiblement mieux protégés contre les

licenciements que leurs homologues français

 

Si on observe donc l’indice de protection des salariés en contrat à durée indéterminée (CDI) contre les licenciements individuels, établi par l’OCDE à partir de huit éléments, et son évolution depuis trente ans, on constate que les salariés allemands ont toujours été mieux protégés que les Français. Mais on se rend compte aussi que l’écart ne cesse de se creuser : les salariés allemands sont en réalité de mieux en mieux protégés au fil du temps, tandis que les salariés français le sont au contraire plutôt de moins en moins.

 

Recette du miracle allemand ? Marché du travail moins flexible qu’en France et différence de dynamique démographique

Si on s’intéresse maintenant aux contraintes supplémentaires imposées aux entreprises en cas de licenciements collectifs, les fameux plans sociaux, on voit que les entreprises allemandes doivent là aussi répondre à des conditions plus strictes que leurs homologues hexagonales. Et encore, les dernières données de l’OCDE remontent à 2013. Elles ne tiennent donc pas compte des mesures incluses dans la loi Sapin de 2013, ni de la loi Macron de 2015. Deux réformes qui ont encore beaucoup allégé les contraintes pesant sur les entreprises françaises en matière de licenciements collectifs.

 

 

- Un constat contre-intuitif

Bref, entre la France et l’Allemagne, il n’y a pas photo : les salariés allemands restent sensiblement mieux protégés contre les licenciements que leurs homologues français. Un constat qui peut sembler contre-intuitif : les réformes menées au début des années 2000 par le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder sont en effet souvent accusées d’avoir libéralisé à l'excès le marché du travail allemand.  

 

Ces réformes ont en effet entraîné un développement spectaculaire de la précarité outre-Rhin. Multipliant le nombre des personnes qui ne bénéficient pas de ces protections réservées aux seuls salariés en CDI. Mais les différentes formes d’emploi précaire n’en restent pas moins sensiblement moins fréquentes en Allemagne que chez nous, où elles sont de longue date très répandues : en 2014, l’emploi précaire touchait ainsi selon Eurostat 16 % des salariés français, contre 13,1 % des Allemands, une proportion qui recule d’ailleurs ces dernières années. L'Allemagne vient, de plus, de limiter beaucoup la précarité sur ce segment du marché du travail en instaurant un SMIC général à 8,5 euros de l'heure. Et cela d'ailleurs, sans aucun effet négatif notable sur l'emploi.  

 

Quand on compare les deux pays, on constate donc bien que les salariés allemands en emploi stable sont mieux protégés contre les licenciements. Mais également que le travail précaire est moins répandu outre-Rhin. Pour tous ceux qui considèrent la flexibilité du marché du travail comme un Graal à atteindre, nos voisins font figure de cancres à côté de nous…

 

C’est parce que le marché du travail allemand n’est pas flexible que

l’Allemagne a bien résisté à la crise

 

Au-delà des indicateurs de l’OCDE, ce manque flagrant de flexibilité a d’ailleurs pu être constaté en vraie grandeur, au cours de la phase aiguë de la crise : en 2009, la France a perdu 260 000 emplois alors que l’Allemagne en a gagné 40 000, selon les chiffres de la Commission européenne. Et cela bien que l’Allemagne ait subi cette année-là une baisse de 5,6 % de son produit intérieur brut (PIB), soit une récession quasiment deux fois plus marquée qu’en France (– 2,9 %). C’est bien simple : malgré l’effondrement de l’activité, les entreprises allemandes n’ont licencié personne…

 

Et c’est en réalité ce manque total de flexibilité du marché du travail allemand qui explique, pour une bonne part, que notre voisin ait nettement mieux résisté ensuite à la crise : la demande intérieure allemande s’est maintenue et, quand la reprise est venue, celle-ci a pu être rapide puisque les entreprises n’avaient pas licencié leur personnel.

 

Bien sûr, de nombreux autres éléments – qualité de l’offre, spécialisation… – expliquent aussi les succès industriels allemands. Mais on ne peut en tout cas pas tirer comme conclusion de la relative bonne santé économique actuelle de l’Allemagne qu’il faudrait absolument flexibiliser davantage le marché du travail français. Bien au contraire.

 

Pour en savoir plus :

- Allemagne : 12,5 millions de personnes sous le seuil de pauvreté, un record

- En Allemagne, les femmes gagnent un cinquième de moins que les hommes

- Le « modèle » impérialiste allemand

- Code du travail : le « modèle allemand », pas si flexible que ça !

- Allemagne : Les écarts sur le plan du chômage s'expliquent surtout par la différence des dynamiques démographiques

- La France va-t-elle suivre le modèle allemand et transformer ses chômeurs en travailleurs pauvres ?

- L’enfer du miracle allemand : Le modèle qui inspire Emmanuel Macron

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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 08:02
Le CICE ? Il augmente le cash des entreprises, pas l’investissement

Sources :  alteréco+PLUS par christian Chavagneux

Au fur et à mesure que l’année passe, l’évolution de l’économie française souligne l’inanité de la politique de baisse des cotisations sociales des entreprises, fer de lance de la politique économique du gouvernement. Les chefs d’entreprises ont bien compris ce qu’il y avait à y prendre, sans aucun doute. Le rapport de suivi du CICE du 22 septembre 2015 remis par France Stratégie montre que les firmes françaises s’emparent du dispositif. A la moitié de l’année, 14,2 milliards de deniers publics leur ont déjà été distribués, montant qui devrait passer à un peu plus de 18 milliards fin décembre (après 11,2 milliards l’an dernier).

 

 

- Etait-ce utile ? Les entreprises s’en servent-elles pour investir ?

  • A ces questions, les dernières statistiques apportent une réponse doublement négative.

Les dernières données de l’Insee montrent que le taux de marge des entreprises est désormais en hausse, à un peu plus de 31 % au cours du premier semestre 2015. Selon les économistes de Natixis, cette amélioration s’explique pour un tiers par la baisse des prix du pétrole, un tiers par la compétitivité liée à la dépréciation de l’euro et un tiers grâce au CICE.

 

 

- Un effet limité du CICE

En clair, les effets de demande liés au gain de pouvoir d’achat des ménages français et à la demande étrangère ont plus d’importance dans le redressement des comptes des entreprises que la politique de l’offre.

 

On pourrait considérer que l’important est que les entreprises retrouvent la possibilité d’investir, qu’elle qu’en soit la raison. Reste à savoir ce qu’elles font de ce retour à meilleure fortune.

 

Entre ce que les entreprises déclarent et la réalité, le fossé n’est pour l’instant pas comblé

 

Pour le savoir, on peut, comme l’Insee, leur demander ce qu'elles comptent faire du CICE. 61 % des entreprises de services et 65 % des entreprises industrielles déclarent qu’elles vont utiliser l’accroissement de leur résultat d’exploitation en faveur de l’investissement. Sauf qu’entre le déclaratif et la réalité, le fossé n’est pour l’instant pas comblé.

 

 

- Pas d’effet sur l’investissement

Dans une note réalisée début septembre, Patrick Artus de Natixis cherche à déterminer ce que les entreprises françaises font de leurs marges de manœuvre en progression. On ne trouve pas d’effet sur l’investissement, ni sur la constitution de stocks, ni sur l’emploi, ni sur les salaires, ni sur une baisse des prix de vente pour gagner en compétitivité, ni sur une stratégie de désendettement.

 

Les entreprises remplissent leur porte-monnaie et leurs comptes courants et n’en font rien

 

On trouve une légère augmentation des dividendes et, surtout, une forte progression de l’accumulation de réserves de cash inutilisées. Elles augmentent de l’équivalent de 2 points de PIB en valeur depuis 2013 : les entreprises remplissent leur porte-monnaie et leurs comptes courants et n’en font rien. Encéphalogramme plat du dynamisme entrepreneurial.

 

A ce stade, le bilan de la politique du gouvernement est clair : des subventions fiscales onéreuses qui limitent la réduction du déficit budgétaire, jouent marginalement par rapport aux évolutions extérieures dans l’amélioration de la situation des entreprises, amélioration dont les chefs d’entreprises ne font rien.

 

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- Rapport de France Stratégie dresse le bilan du CICE

 

Là dessus, je n'ai pas entendu Valls parler de "voyous"

Là dessus, je n'ai pas entendu Valls parler de "voyous"

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 08:12
Bernard Friot : « Nous n’avons besoin ni d’employeurs, ni d’actionnaires pour produire »

Économiste et sociologue, Bernard Friot défend depuis de nombreuses années une alternative au capitalisme, qu’il a théorisée à partir de son sujet de prédilection : la sécurité sociale. Contrairement à la proposition du revenu de base qu’il qualifie de « roue de secours du capitalisme », la solution du salaire à vie s’inscrit autant dans une refonte complète de notre rapport à la propriété que dans une démarche de suppression de notre aliénation au marché de l’emploi, au profit de la valorisation du travail. Car, pour ce professeur émérite de l’université de Nanterre, c’est très clair : nous travaillons tous, même si nous n’avons pas d’emploi. Au sein de l’association d’éducation populaire Réseau salariat dont il est cofondateur, Bernard Friot déconstruit méthodiquement la rhétorique de ce qu’il appelle la « religion capitaliste », que nous avons intégrée jusqu’à en être prisonniers conceptuellement. Entretien.

 

Source :  Ballast le 12 septembre 2015

- Ballast : Dans l'une de vos conférences, vous affirmez que la France n’est pas un État laïc. Pouvez-vous nous expliquer en quoi le capitalisme est une religion, d’État qui plus est ?

Bernard Friot : La France est un État partiellement laïc et c’est heureux : la laïcité, en séparant l’État des religions, est une condition de l’émancipation populaire, car les religions sont de puissants systèmes d’adhésion à la classe dirigeante. Mais justement, il y a une religion qui, loin d’être séparée de l’Etat, y règne en maître : c’est la religion capitaliste. Entendons par là un ensemble très construit de dogmes, de croyances, de rituels, qui font passer pour divine la violence des institutions du capital. Les dogmes sont construits par la prétendue « science économique », qui s’est imposée à l’université en excluant les hétérodoxes des postes de professeur et qui formate tout le discours des gouvernants et des médias. Plus la réalité infirme le dogme, plus il est raffiné, avec l’affirmation classique de toute religion : c’est parce que nous ne sommes pas assez fidèles au dogme qu’il n’informe pas encore suffisamment le réel ! La prétendue « science économique » procède par injonction permanente. Les croyances permettent d’intérioriser les injonctions du capital : nous présenter sur le marché du travail comme « demandeurs d’emploi » (alors que nous sommes les seuls producteurs de la valeur !) parce que nous croyons que seuls ceux qui ont un emploi produisent de la valeur économique ; nous soumettre aux marchés financiers parce que nous croyons que l’on ne peut financer l’investissement (et créer de la monnaie) que par crédit ; accepter la rémunération du capital parce que nous croyons que l’outil de travail crée de la valeur ; apprendre à vivre avec la souffrance d’un travail mené sous la dictature du temps parce que nous croyons que la mesure naturelle de la valeur, c’est le temps de travail. Je m’en tiens à ces exemples, mais les croyances capitalistes nous enserrent dans un filet très fin.

 

Les rituels, eux, inscrivent notre quotidien dans la pratique ou l’acceptation des croyances et des dogmes. Là encore, je n’en retiens que quelques-uns dans un ensemble infini. Dès l’enfance, nous entendons à la radio et à la télé le prêche des éditorialistes, qui nous rabâchent ad nauseam le même sermon : si vous n’êtes pas sages, vous irez en enfer (voyez, les Grecs n’ont pas été sages, ils sont en enfer). À la radio toujours, l’appel plusieurs fois par jour du muezzin qui, depuis le temple de la Bourse, récite le moulin à prières de la cote des titres financiers. Dès le collège, nos enfants sont régulièrement conduits dans des salons d’orientation où ils vont apprendre à appauvrir leurs désirs professionnels pour les conformer aux « exigences du marché du travail », un dieu particulièrement cruel. Puis il faudra aller régulièrement à confesse : auprès de conseillers de Pôle emploi et autres institutions du marché du travail pour examiner avec eux comment sortir du péché en améliorant notre employabilité, auprès du N+1 pour entretenir soigneusement notre incertitude sur la légitimité de notre présence dans notre emploi. A l’opposé, dans une pratique laïque de l’État, la loi ne doit être porteuse d’aucune de ces croyances et de ces rituels, leur expression doit être interdite dans les instances d’État et les services publics (mais autorisée bien sûr sur France Culture le dimanche matin parmi les autres croyances) ; la loi doit interdire leur obligation et garantir l’impunité pour ceux qui les refusent. Nous en sommes loin, le combat laïc a encore fort à faire. Mener la bataille pour la séparation de l’État et de la religion capitaliste est d’autant plus décisif aujourd’hui que, chez les socialistes, les mânes de la séparation de l’État et des églises traditionnelles sont invoquées comme caution de gauche à une politique de soutien résolu à la religion capitaliste, tandis que la laïcité a été récupérée par le Front national et Les Républicains comme argument raciste au service d’une division populaire qui dédouane le capital de sa responsabilité dans la crise du travail.

 

 

- Ballast : Vous décrivez donc une religion capitaliste qui est la cause d’une très puissante aliénation aux institutions du capital. Quelles sont les alternatives possibles à ces institutions ?

 

« Tout cela peut être étendu à toute la production, car nous n’avons besoin ni d’employeurs, ni d’actionnaires, ni de prêteurs pour produire. »


Bernard Friot : Mettre en évidence le déjà-là de ces alternatives est tout l’objet de mon activité de chercheur : je fais donc une réponse sommaire et je renvoie le lecteur à mes livres, du plus simple (Émanciper le travail, entretiens avec Patrick Zech, aux éditions La Dispute, en 2014) au plus technique (Puissances du salariat, édition augmentée, La Dispute, 2012). Vous avez raison de souligner que malgré la chape de plomb de la religion d’État, le mouvement populaire a commencé à construire une classe révolutionnaire qui s’est victorieusement opposée aux institutions du capital. Contre le marché du travail a été construit le salaire à vie des fonctionnaires et des retraités. Contre le salaire « prix de la force de travail », qui fait de nous des mineurs économiques ayant droit à du pouvoir d’achat, niés comme producteurs de valeur, la classe ouvrière a imposé le salaire à la qualification. Contre la mesure de la valeur par le temps de travail, la production des administrations est mesurée par la qualification des producteurs. Contre la propriété lucrative, de multiples formes de propriété d’usage sont en train de s’instituer. Contre le crédit à l’investissement, l’impôt et la cotisation permettent de subventionner des équipements collectifs. Tout cela peut être étendu à toute la production, car nous n’avons besoin ni d’employeurs, ni d’actionnaires, ni de prêteurs pour produire.

 

 

- Ballast : Il a été reproché à Thomas Piketty de négliger dans son livre best-seller Le Capital au XXIe siècle toute la violence sociale contenue dans le rapport entre un employeur et un employé. Peut-on imaginer un capitalisme sans ce rapport asymétrique, et donc sans cette violence ?

Bernard Friot : Évidemment pas : la propriété lucrative réserve la propriété de l’outil de production à une minorité, qui exerce une dictature sur la majorité par le double chantage à l’emploi et à la dette. Les institutions de l’Union européenne, syndicat du capital, organisent depuis les années 1950 ce double chantage, avec une constance et une détermination que des travaux comme ceux de Corinne Gobin, politiste à l’université libre de Bruxelles, ont très bien montrées depuis des décennies, sans qu’ils aient été pris au sérieux par tous les croyants dans une possible réforme de l’Union européenne. L’affrontement de la troïka au peuple grec ouvre aujourd’hui les yeux de certains de ces croyants, et cela en dépit de la mise en scène du jeu de rôles entre Hollande et Merkel, et de l’incroyable propagande du clergé médiatique. Dans une affaire où Le Monde et Libération s’illustrent par leur participation sans retenue à la curée, de tous les quotidiens, seul L’Humanité soutient le peuple grec, même s’il faut déplorer qu’elle le fasse sur la base d’un appui sans réserve à Syriza, qui ne mène pas la nécessaire lutte contre la classe capitaliste grecque pour la propriété populaire de l’économie, condition sine qua non de tout bras de fer avec la troïka – ce qui nous renvoie, chez nous, à la dérive sociale-démocrate du PCF et de la CGT. Puisque votre question fait référence à Thomas Piketty, qui s’inscrit dans la filiation de François Furet et de Pierre Rosanvallon dont la responsabilité dans le déplacement à droite du débat public depuis quarante ans est énorme, je note qu’il a pris position contre la troïka, avec tous les économistes hétérodoxes. Ce qui montre que le refus de l’austérité, qui motive l’essentiel de l’opposition à la politique de l’Union, est à côté de la plaque : la violence du capital exige en réponse la construction d’une autonomie populaire sur la base d’une production alternative à la production capitaliste, comme la classe ouvrière, avant son affaissement des quarante dernières années, a commencé à le faire. Je viens de rappeler ces commencements en réponse à votre précédente question, et c’est de ces acquis – considérables – qu’il faut partir pour les généraliser.

 

 

- Ballast : Pour faire disparaître la violence sociale due à l’emploi, vous proposez, entre autres, la copropriété d’usage, et donc l’abolition de la propriété lucrative. En quoi cette dernière est-elle différente de ce que l’on appelle communément la propriété privée des biens de production ?

 

« Le capitalisme ne repose pas sur la propriété privée des biens de production mais sur leur propriété lucrative, c’est-à-dire sur la contrainte faite aux non propriétaires de présenter leur force de travail comme une marchandise sur un marché du travail. »


Bernard Friot : Remplacer dans l’analyse de la propriété l’opposition propriété privée/publique par l’opposition propriété lucrative/d’usage est décisif si le mouvement populaire veut sortir de son désastreux mutisme sur la propriété. « Propriété privée » est un pléonasme : le propriétaire d’un logement individuel ou le collectif copropriétaire d’une usine en ont un usage privé, personne d’autre que ces propriétaires ne peut disposer de ce logement ou de cette usine. Le projet  d’« abolir la propriété privée » est de ce point de vue un non-sens : seuls des logements ou des outils de travail portés par des propriétaires sont réellement assumés. C’est pourquoi ce projet est si peu énoncé, ou alors selon deux propositions très contestables. La première, traditionnelle dans la revendication de nationalisations, opère une distinction entre les petits et les gros propriétaires : seuls les seconds seraient concernés par la collectivisation de la propriété (le projet étant, je le rappelle, de passer du « privé » au « public »)… ce qui revient à laisser au capital l’essentiel du tissu productif, fait de PME, et crée une division du salariat entre les salariés des grandes entreprises et les autres, deux raisons essentielles de l’échec des nationalisations, qui ont pourtant été très nombreuses au XXe siècle. La seconde, plus récente, considère la propriété comme une question dépassée, et préconise l’usage : certes, mais sur quelle base juridique et avec quelles capacités décisionnelles ? Revendiquer l’usage sans la propriété ne risque pas de faire peur au capital ! Le capitalisme ne repose pas sur la propriété privée des biens de production mais sur leur propriété lucrative, c’est-à-dire sur la contrainte faite aux non-propriétaires de présenter leur force de travail comme une marchandise sur un marché du travail, afin de produire des marchandises sous la dictature du temps et ainsi d’augmenter le patrimoine des propriétaires. Seul le travail vivant produit de la valeur, et donc, si un patrimoine procure un revenu, c’est forcément sur la base de cette extorsion du travail d’autrui dans la sphère de la production. Y compris si l’on est « petit » : propriétaire d’une TPE ou d’une PME, salarié actionnaire ou titulaire d’une épargne dont le rendement est supérieur à la croissance du PIB courant, loueur d’un bien foncier ou immobilier.

 

Tant que la propriété lucrative n’est pas délégitimée (et interdite) dans toutes ses manifestations, l’œuf volé par le « petit » légitimera le bœuf volé par le « gros ». Contre la propriété lucrative et à sa place, c’est une autre propriété qu’il faut continuer à construire pour la généraliser : la propriété d’usage. Propriété, parce que c’est la condition pour décider : de l’investissement, de ce qui va être produit, de la hiérarchie, du collectif de travail. Tout cela doit être le fait de chacun de nous, nous devons absolument devenir propriétaires de notre outil de travail (et, j’ajoute, de notre logement, pour pouvoir y apporter les modifications conformes à notre pratique de l’espace privé). Faute d’être nous-mêmes propriétaires, nous sommes impuissants devant des propriétaires lucratifs qui délocalisent à leur guise, qui nous imposent l’objet et les conditions de notre travail ou des hiérarchies sur lesquelles nous n’avons aucune prise, qui nous obligent à restituer notre logement dans l’état où nous l’avons trouvé. Oui, contre cette impuissance, nous devons devenir tous propriétaires de notre outil de travail et de notre logement, mais propriétaires d’usage ! Qu’est-ce que ça veut dire ? Que nous ne tirons aucun revenu de cette propriété, et qu’elle n’est transmissible que comme propriété d’usage. Pas de parts sociales cessibles comme dans trop de coopératives : dès qu’on est embauché, on entre dans l’entreprise avec tous les droits d’un copropriétaire (décision sur l’investissement, le produit, la hiérarchie, le collectif de travail…), sans nécessité d’un quelconque apport autre que celui de son travail, et quand on la quitte, c’est sans autre enrichissement que celui d’une progression salariale, si on a pu passer une épreuve de qualification grâce à l’expérience acquise. Dans la même logique, la maison de famille, la ferme ou l’outil de travail d’un artisan sont transmissibles comme propriété d’usage, et uniquement comme propriété d’usage. Aucune accumulation individuelle et familiale ou collective n’est possible.

 

 

- Ballast : Devant le rejet de la hiérarchie de la part de la nouvelle génération, le capitalisme semble opérer une nouvelle mutation. Dans de plus en plus d’entreprises, on supprime les hiérarchies, et on autonomise et implique davantage tous les travailleurs dans les créations de projet. On leur propose même parfois de décider eux-mêmes de leur salaire. Qu’en pensez-vous ?

Bernard Friot : On peut aussi venir y travailler en short et tongs et avec son chat. Et, si possible, avec son sac de couchage, pour être en permanence « créateur de projet » ! La capacité de telles entreprises à essorer les jeunes en s’appuyant sur leur intérêt pour leur travail pour obtenir d’eux un infini travail gratuit est effectivement très perverse. Mais, à 30 ou 35 ans, ils se rendent compte qu’ils ont été floués.

 

 

- Ballast : Cette question vous est souvent objectée mais, pour avoir lu et écouté vos réponses, nous restons encore sur notre faim : qu'est-ce qui pourrait pousser les gens à travailler s'ils reçoivent un salaire à vie ? Ne projetez-vous vos propres dispositions personnelles sur l'ensemble de la population ? Votre anthropologie ne souffre-t-elle pas de quelque candeur ?

 

« La valeur n’a pas d’autre fondement que politique, elle est le lieu d’expression de l’enjeu de pouvoir inhérent à toute production, à tout travail. »

 

Bernard Friot : Si les réponses que je fais habituellement à cette objection ne vous satisfont pas, je vais passer par un détour théorique sur la valeur et la lutte des classes. Le mot « travail » renvoie à deux réalités qu’il faut bien distinguer. Nous passons l’essentiel de notre vie éveillée dans des activités concrètes qui produisent, avec la nature, des biens et des services utiles – ou considérés comme tels. Ce travail concret est producteur de la richesse sans laquelle notre espèce ne pourrait pas se reproduire. Et lorsqu’une personne, bien qu’engagée dans ces activités concrètes, dit qu’elle « cherche du travail » ou qu’elle « ne travaille plus », nous sommes renvoyés à la seconde dimension du travail, celle de sa validation sociale et de l’expression monétaire de cette validation dans le profit du propriétaire lucratif et le salaire du salarié, ou dans le bénéfice du travailleur indépendant. Ici, ce n’est pas sous sa dimension concrète, en tant que producteur de richesse, que le travail est considéré, mais en tant que producteur de valeur. On parle alors de travail abstrait : quelles que soient les différences de leur travail concret, une comptable et un boucher peuvent produire la même valeur. Le travail abstrait détermine le travail concret : c’est sur « ce qui vaut » que va se concentrer la production de richesse et cela, selon les critères de « ce qui vaut ». Par exemple : si ce sont les transports liés à la route qui valent, il y a peu de chance pour que des moyens de transport ferroviaires ou fluviaux soient produits. Il y a une loi de la valeur, au sens où la production de richesse est déterminée par la production de valeur. Penser qu’on pourrait faire société dans la transparence des valeurs d’usage, éliminer le travail abstrait, libérer la richesse de la valeur en supprimant la monnaie et le travail est un rêve mortifère, qui prétend abolir le pouvoir par décret et qui empêche de voir que le travail abstrait est l’objet d’une lutte de classes. Car qui décide de ce qui vaut dans tout ce que nous produisons ? La lutte de classes. La valeur n’a pas d’autre fondement que politique, elle est le lieu d’expression de l’enjeu de pouvoir inhérent à toute production, à tout travail.

 

La classe capitaliste, en tant que classe dirigeante, exerce une dictature sur la production de valeur en la mettant au service de l’accumulation du capital : les richesses produites hors de son emprise (par les retraités, les fonctionnaires, les travailleurs indépendants, les chômeurs) sont déclarées sans valeur, tandis que valent des biens et des services parfaitement inutiles ou dangereux, dont la production alimente le capital. Mais contradictoirement, comme nous l’avons vu, une classe révolutionnaire se construit depuis deux siècles, avec des hauts et des bas, et commence à imposer une autre pratique de la valeur que, dans L'Enjeu du salaire et dans Emanciper le travail, je qualifie de « salariale » parce qu’elle se construit à partir des institutions du salaire conquises par la classe révolutionnaire : une pratique de la valeur décidée par des copropriétaires d’usage titulaires d’un salaire à vie, libérés du marché du travail, du chantage au crédit et de la mesure de la valeur par le temps de travail. La lutte de classes est l’affrontement irréductible entre deux pratiques antagonistes de la valeur. Elle se joue dans la matérialité des institutions de la production et dans les représentations qu’elles génèrent. La bourgeoisie prend l’avantage dans la lutte de classes quand elle réussit à imposer le gel ou le recul des cotisations et des impôts qui paient les soignants, les retraités, les fonctionnaires, les parents ou les chômeurs. Quand elle transforme le droit au salaire des chômeurs en droit à l’emploi, la retraite comme salaire continué par la retraite comme salaire différé, le salaire à la qualification par la sécurisation des parcours professionnels. Quand elle réimpose le financement à crédit des équipements collectifs. Quand, par le new public management, elle introduit la dictature du temps dans la production des services publics et y remplace des fonctionnaires par des CDI ou des salariés associatifs. Nous sommes là dans la matérialité des institutions de la production. Mais la lutte de classes se joue aussi dans les représentations. Quand un chômeur dit qu’il ne travaille pas, ou qu’un retraité dit qu’il ne travaille plus, il y a, dans cet aveu que ce qu’ils font peut être utile mais ne crée pas de valeur, adhésion à la religion capitaliste, aliénation à la violence de rapports de classes qui permettent à la classe capitaliste de refuser de valider l’activité qui se déroule hors de l’emploi, dont elle a la maîtrise absolue.

 

« Quand un chômeur dit qu’il ne travaille pas, ou qu’un retraité dit qu’il ne travaille plus, il y a, dans cet aveu que ce qu’ils font peut être utile mais ne crée pas de valeur, adhésion à la religion capitaliste. »

 

Quand des fonctionnaires acceptent l’idée absurde qu’ils dépensent (et non pas qu’ils produisent, comme tous les salariés) la valeur de l’impôt qui les paie, ils témoignent aussi de la même violence et de son intériorisation religieuse : ils croient que, comme ils ont un salaire à vie lié à leur grade, qui est un attribut de leur personne, et non un salaire à l’emploi (dont le support est le poste de travail, comme dans le privé), ils ne travaillent pas – au sens de : ils ne produisent pas de valeur –, puisque leur travail concret ne s’inscrit pas dans les canons capitalistes du travail abstrait. L’enjeu est que la classe révolutionnaire reprenne l’avantage, dans les institutions comme dans les représentations. Pour m’en tenir à l’objet de votre question (mais le raisonnement serait le même pour la copropriété d’usage de tous les outils de travail, pour le financement de l’investissement sans appel au crédit, ou pour le remplacement de la mesure capitaliste du travail abstrait par le temps de travail, par sa mesure salariale, par la qualification du producteur), nous ne pourrons généraliser le salaire à vie que si la classe révolutionnaire retrouve l’offensive et continue à imposer la pratique salariale de la valeur contre sa pratique capitaliste, comme elle l’a fait jusque dans les années 1970. Énumérons quelques mots d’ordre et pratiques d’une telle ré-offensive en vue de l’institution d’un droit politique au salaire, c’est-à-dire d’un salaire attribué de façon irrévocable à chaque personne, de 18 ans à sa mort, avec une progression possible par épreuves de qualification : hausse massive des cotisations et des impôts qui paient les fonctionnaires, les libéraux de santé ou les retraités, pour que la valeur qu’ils produisent aille au salaire socialisé, exclusivité des marchés publics pour les seules entreprises non capitalistes afin de sortir les coopératives et le travail indépendant de la marginalité, affectation de la qualification, et donc du salaire, à la personne des salariés du privé et non à leur poste de travail, transformation des prétendues « aides à l’agriculture » en salaire à vie des paysans, etc.

 

Si une telle mobilisation était porteuse d’une moindre incitation à travailler, elle serait immédiatement vaincue par l’adversaire de classe. Et d’ailleurs, qu’est-ce qui pousse aujourd’hui à une telle mobilisation ? Précisément l’expérience que le marché du travail et le marché des capitaux (ces fouets esclavagistes qui sont implicitement derrière la croyance que leur disparition conduirait à une moindre incitation à travailler) sont des institutions du travail abstrait qui empêchent le travail concret, celui des travailleurs bridés dans leurs initiatives par la nécessité de produire de la valeur pour l’actionnaire, celui des jeunes sous-utilisés massivement parce que victimes du marché du travail, celui des retraités réduits au bénévolat, celui des travailleurs indépendants ou des patrons de PME réduits aux miettes que leur laissent les groupes capitalistes. La mutation salariale du travail abstrait va considérablement relancer le travail concret et, ce qui est encore plus décisif quand on considère les considérables dégâts anthropologiques et écologiques de la pratique capitaliste du travail, le déplacer vers d’autres valeurs d’usage si, dès l’enfance, nous sommes éduqués à la coresponsabilité sur la valeur, puisque nous nous serons libérés de la dictature du capital.

 

Je résume : la généralisation du salaire à vie contre le marché du travail est l’affaire d’une incessante lutte de classes pour construire un travail abstrait libéré de sa pratique capitaliste et rendant possible un travail concret pour tous dans de bonnes conditions anthropologiques et écologiques. Il ne s’agit en aucun cas d’une « autre répartition de la valeur » qui affecterait aux personnes sous forme inconditionnelle une partie de la valeur créée par un travail abstrait inchangé. Laissons ce projet aux tenants du revenu de base, roue de secours d’une classe capitaliste porteuse d’un travail abstrait à ce point aberrant pour le travail concret qu’elle est prête à mettre en place la soupape de sécurité d’un revenu de base permettant à chacun, dans les interstices que laisse une production capitaliste inchangée, de mener les activités concrètes de son choix : par exemple avoir un jardin bio dans un océan d’agro-business, produire des logiciels libres qui, au bout du compte, alimenteront le droit de propriété intellectuelle des groupes capitalistes de l’internet. En contradiction avec cette dérive hélas possible, la généralisation du salaire à vie est une des dimensions de la suppression de la production capitaliste et de l’institution, à l’échelle macroéconomique, d’une autre pratique de la valeur et du travail dans laquelle le chantage à l’emploi et à la dette cédera la place à la coresponsabilité dans la production d’une valeur suffisante pour assurer le droit politique au salaire.

 

 

- Ballast : Nous avons récemment interviewé le sociologue Alain Bihr. Il disait : «Ce qui me paraît fort critiquable dans l'idée de "salaire à vie", c'est qu'elle passe à la trappe l'idée qu'abolir le capital, c'est, simultanément et du même mouvement, abolir le salariat. Le processus révolutionnaire est celui par lequel les producteurs associés, et au-delà l'ensemble de la société à travers eux, se réapproprient les moyens sociaux de production et dirigent, organisent et contrôlent la production de manière à satisfaire l'ensemble des besoins sociaux. Dans le cadre de pareils rapports de production, il n'y a pas de salariat.» Que répondez-vous ?

 

« La croyance dans une révolution qui n’aura jamais lieu que demain entretient le mythe de l’impuissance des dominés aujourd’hui. »

 

Bernard Friot : Alain Bihr fait partie de ces marxistes (et ils sont hélas nombreux) qui pensent qu’il n’y a pas de sujet révolutionnaire effectivement en train de se construire à l’échelle macrosociale, que la seule classe qui existe est la classe capitaliste. Et cela contre le cœur même de l’œuvre de Marx, analyste magistral du capitalisme comme contradiction, journaliste soigneux des mouvements révolutionnaires, acteur de la Première internationale. Alain Bihr écrit certes sur « les rapports sociaux de classes », au sens où il énonce, à juste titre, que les classes ne préexistent pas à leur conflit et que ce sont les luttes de classes qui produisent les classes, mais les classes qu’il définit ne comportent… qu’une classe, la « classe capitaliste » qui domine respectivement  le« prolétariat »,  l’« encadrement » et la « petite bourgeoisie ». Le postulat de la lutte de classes reste chez lui un élément du puzzle théorique mais, dans la réalité, il n’observe aucun résultat révolutionnaire de la mobilisation syndicale ou politique concrète des dominés : la qualification, la sécurité sociale, la fonction publique, la cotisation, tout cela peut selon lui apporter une correction aux inégalités sociales et desserrer provisoirement l’étau, mais ne constitue en aucun cas les prémices d’une alternative, voire sert les intérêts fondamentaux du capital. Ce mouvement ouvrier qui n’a rien conquis de véritablement subversif du capital n’est donc pas un sujet historique, il n’est pas une classe révolutionnaire. Seule la classe capitaliste existe comme telle. Alain Bihr n’est pas le seul à exalter le mouvement ouvrier abstrait mais à faire du mouvement ouvrier concret un idiot utile du capital, à élaborer une critique théorique du capitalisme dans l’ignorance de sa critique sociale, à raconter la saga d’une classe dirigeante qui a toujours la main : la majorité des chercheurs en sciences sociales écrivent l’histoire du point de vue de la domination de classe. Par leur fascination pour le pouvoir, ils sont un élément décisif du clergé de la religion capitaliste. Je ne parle pas ici des économistes orthodoxes, dont j’ai dit dès le début qu’ils sont le haut clergé de cette religion et qui pratiquent d’ailleurs, non pas la science sociale (pouah), mais la science tout court ! Je parle d’un bas-clergé d’autant plus efficace qu’il critique une domination capitaliste dont il nie qu’elle ait commencé à être radicalement mise en cause.

 

On retrouve là un ingrédient constitutif de la religion, qui, je le rappelle, n’est pas simple soumission, mais aussi soupir du soumis contre son maître. De même que la croyance dans la damnation des riches après la mort entretient la soumission dans cette vie à ces riches haïs, de même la croyance dans une révolution qui n’aura jamais lieu que demain entretient le mythe de l’impuissance des dominés aujourd’hui. J’ai tout à fait conscience de la gravité qu’il y a à dire cela, s’agissant de collègues aussi respectables qu’Alain Bihr ou les Pinçon-Charlot, ou trop d’Economistes atterrés. Si je le dis aujourd’hui avec encore plus de fermeté qu’hier, c’est parce qu’il y a urgence à sortir d’une critique du capitalisme aveugle sur les tremplins révolutionnaires construits dans la lutte de classes, une critique qui, par son aveuglement, participe, évidemment à son corps défendant, à la domination qu’elle combat. Pourquoi Alain Bihr identifie-il souveraineté sur la production des producteurs associés et abolition du salariat ? Précisément parce que les salariés sont rangés chez lui dans deux classes-qui-n’en-sont-pas, le prolétariat, qu’il définit exclusivement comme dominé, et l’encadrement, qui regroupe « les agents subalternes de la domination capitaliste ». Le salariat, c’est les prisonniers et leurs kapos. Et alors même qu’il insiste sur le papier sur la nécessité théorique d’une historicisation des classes sociales, en pratique il les essentialise : les salariés sont enfermés à vie dans le camp du capital. Rien, dans ce qui s’est passé depuis deux siècles de combat ouvrier, n’est fondamentalement émancipateur. Le « processus révolutionnaire » dont il parle dans la citation que vous rapportez est pour demain, Alain Bihr attend le Messie qui balaiera la classe capitaliste, et donc le salariat qui en est l’appendice. Alors que si, comme je m’y efforce depuis quarante ans dans mon analyse de la sécurité sociale dans l’Europe continentale, on élabore une critique théorique du capitalisme à partir de sa critique sociale, le salariat prend une tout autre couleur. En tant que classe ouvrière, il a mené une lutte de classes sur le salaire qui a produit les institutions décisives que sont le salaire à la qualification et, plus encore, à la qualification de la personne qui en fait un salaire à vie, et une socialisation massive de la valeur contradictoire à l’accumulation capitaliste par la partie de la cotisation et de l’impôt qui est affectée au paiement du salaire à vie et au subventionnement de l’investissement.

 

« Il y a urgence à sortir d’une critique du capitalisme aveugle sur les tremplins révolutionnaires construits dans la lutte de classes. »

 

Aujourd’hui où la classe ouvrière s’est affaissée dans les vieux pays capitalistes – ce qui certes est dommageable sur le court terme mais doit être lu dans le nécessaire temps long de la révolution du mode de production (après tout, la bourgeoisie a mis cinq siècles pour l’emporter comme classe révolutionnaire sur l’aristocratie féodale, et a connu elle aussi des hauts et des bas dans ce combat séculaire) –, l’imposition d’une production salariale sans emploi et sans crédit, sans chantage donc de la propriété lucrative, relève de la mobilisation et de l’inventivité des organisations encore vivantes de la classe ouvrière, mais aussi, très au-delà d’elles, de la mobilisation des cadres, écœurés des pratiques des actionnaires et des prêteurs et qui mettent leur savoir-faire au service d’une production alternative portée par de plus en plus de trentenaires éduqués qui refusent, c’est leurs termes, de «produire de la merde pour le capital » ou de se soumettre aux injonctions d’employabilité : et aussi de la mobilisation de travailleurs indépendants qui ont compris que leur intérêt n’est absolument pas du côté du capital, voire de patrons de PME sur qui pèsent la fonction d’employeur et la propriété d’un patrimoine dont ils pourraient être libérés par une organisation salariale de la production. Le salariat comme classe révolutionnaire en cours d’affirmation face à la classe capitaliste ne se définit évidemment pas à partir du contrat de travail avec un employeur. Il regroupe toutes celles et tous ceux qui assument les institutions anticapitalistes du salaire : droit politique au salaire à vie, copropriété d’usage de l’outil de travail, socialisation de tout le PIB dans la cotisation-salaire et la cotisation-investissement, création monétaire sans crédit.

 

 

- Ballast : Dans "Après l'économie de marché", paru aux éditions ACL, Anselm Jappe vous reproche de vous battre pour des choses qui, finalement, existent déjà (la valeur, l'argent, le salaire, les fonctionnaires, les retraites), et estime que votre montagne (la révolution) accouche d'une souris. Vous voyez les choses en petit ou Jappe a-t-il la folie des grandeurs ?

Bernard Friot : Comme Alain Bihr, Anselm Jappe pense qu’il n’y a pas de sujet révolutionnaire en construction face à la classe capitaliste, ce qui pour lui n’a d’ailleurs aucune importance. Car la lutte de classes disparaît chez lui non seulement de l’observation concrète, mais de la théorie elle-même. Le capitalisme est défini comme fétichisme de la valeur, un fétichisme qui domine tant les capitalistes que ceux qu’ils dominent, les uns comme les autres impuissants à contenir une dynamique éperdue de marchandisation pour tenter d’échapper à l’implacable baisse tendancielle du taux de profit, dans une fuite en avant qui débouchera sur une inévitable apocalypse. Il reste à espérer qu’elle sera joyeuse. Anselm Jappe ne voit les choses ni en petit ni en grand : il développe du capitalisme une lecture millénariste irresponsable. Ce qui m’importe, c’est de débattre avec ceux que touche cette lecture. Car un tel discours sur l’horreur économique, sur l’inutilité des mobilisations syndicales, sur la nécessité de suppression de la valeur, et donc du travail et de la monnaie, n’est pas sans échos à une époque où, à défaut de pouvoir susciter l’adhésion au triste état dans lequel elle met la pratique de la valeur et donc le travail concret, la classe dirigeante s’accommode d’opposants qui récusent toute mobilisation pour changer cette pratique.

 

Pour en savoir plus :

- Lire notre entretien avec Franck Lepage, « L'école fabrique des travailleurs adaptables et non des esprits critiques », juin 2015
- Lire notre entretien avec Alain Bihr,
« Étatiste et libertaire doivent créer un espace de coopération », mai 2015

- Mon dossier Revenu Universel

- Le « Salaire à Vie » de Bernard Friot vu par Usul

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 08:25
Pourquoi préférer une monnaie commune... à une monnaie unique ?

Vouloir sortir de l’euro est une idée qui se défend. Mais elle n’est pas une fin en elle-même. Ne nous cachons, pas malgré ses faiblesses – qui seront rappelées plus tard – la monnaie unique possède un avantage : à défaut d’être un instrument de coopération économique, elle rend au moins impossible toute guerre monétaire au sein de la zone.

De plus, il est évident qu’une sortie non réfléchie peut avoir des effets désastreux aux niveaux économique et humain. Pour finir, il est essentiel de noter que nos gouvernements n’ont pas attendu l’euro, ni même le Serpent Monétaire Européen (SME), pour mener des politiques libérales.

En ce sens, nous pouvons affirmer avec Jacques Nikonoff qu’il « existe aujourd’hui une sortie de l’euro par la droite et même par l’extrême droite, et une sortie par la gauche »[1].

L’objet de cette brève est donc de présenter modestement une alternative réaliste et internationaliste à la monnaie unique permettant une sortie du capitalisme (sans être pour autant suffisante) : la monnaie commune.

 

Sources :  LA GAUCHE D'OPPOSITION par Kévin Victoire le 24 février 2014

- La Monnaie unique : concept et faiblesses

La nécessité de créer une union monétaire apparaît dès les années 1970. La fin du système de Bretton Woods[2] en 1971 favorise un retour de l’instabilité monétaire au niveau mondial. Dans une mondialisation sauvage qui se réorganise, les Etats se livrent à des « guerres monétaires » en dévaluant afin de gagner en compétitivité. Une fois généralisé, ce jeu ne fait que des perdants. C’est pourquoi, le Serpent Monétaire Européen né en 1972 afin de limiter les fluctuations entre les monnaies européennes. En 1979, il laisse sa place au Système Monétaire Européen, qui s’avère inefficace, les devises européennes sont victimes de spéculations qui les déstabilisent. L’euro est officiellement créé par le Traité de Maastricht de 1992. Il est introduit de manière immatérielle le 1er janvier 1999 et le 1er janvier 2002 de façon matérielle.

 

Dès le départ, la création de la monnaie unique pose divers problèmes. Le premier bémol à sa mise en œuvre provient de la théorie économique. Dans les années 1960, Robert Mundell, économiste canadien lauréat du prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel en 1999, développe la « théorie des zones monétaires optimales ». Cherchant à comprendre sous quelles conditions une union monétaire peut devenir bénéfique, l’économiste met plusieurs critères en avant. Une zone monétaire est optimale si les économies qui la composent sont structurellement proches et qu’elles échangent beaucoup ensemble : le but étant que cycles soient homogènes dans toute la zone et ainsi de permettre une politique monétaire bénéfique à tous les pays ou toutes les régions. Si ces premières conditions ne sont pas respectées, il faut une grande mobilité des facteurs de production (capitaux et travailleurs très élevés), afin d’accommoder les chocs conjoncturels asymétriques. Si nous pouvons noter que ces conditions ne sont pas réunies en Europe, les États-Unis ne respectent pas non plus réellement ces critères – de grandes disparités existent entre les États et bien que supérieure à la zone euro, la mobilité des travailleurs reste insuffisante. Cependant, les États-Unis bénéficient d’une politique budgétaire fédérale permettant de combler ces lacunes. Le budget européen – 6 fois plus faible que le seul budget français – est évidemment insuffisant. Au jour d’aujourd’hui, le fédéralisme ne semble clairement pas une solution raisonnable pour une simple évidence : il n’existe pas de peuple européen[3] sur lequel une vraie démocratie pourrait se fonder[4]. Au moment de la mise en place de la zone euro, toutes ses choses étaient parfaitement sues[5]. Mais bizarrement la théorie économique s’adapte au projet européen dans les années 1990. Une nouvelle approche, dite des « critères endogènes », énonce que l’union monétaire produit d’elle-même les conditions de son optimisation. Si cette théorie a pu sembler se vérifier un moment[6], il est aujourd’hui clair que l’euro est un facteur de divergence, comme l’énonce le « Nobel » Paul Krugman [7].

 

Mais l’euro n’est pas qu’un instrument économiquement défaillant, c’est aussi une arme néolibérale. D’après le président de Démocratie libérale et ex-ministre chiraquien, Alain Madelin : « Le traité de Maastricht agit comme une assurance-vie contre le retour à l’expérience socialiste pure et dure. » En effet, l’euro peut être vu comme le mark – ancienne monnaie des Allemands – généralisé à la zone monétaire. Il traduit ainsi du modèle ordolibéral[8] germanique. L’obsession anti-inflationniste de la Banque Centrale Européenne (BCE), quand la plupart des autres grandes banques centrales se préoccupent aussi du plein emploi, en est par exemple le parfait exemple.

 

 

- Pourquoi une monnaie commune ?

Transformer l’euro actuel en monnaie commune – solution proposée par Frédéric Lordon ou Jacques Sapir ou encore Yves Dimicoli pour le PCF le 31 mars 2000 mais aussi Christian Picquet et Bruno Moschetto sans oublier Dominique Garabiol et le Parti de Gauche - peut être une réponse à ces diverses difficultés. Le principe peut sembler complexe à première vue. La monnaie commune est une sorte de SME amélioré. Dans ce système, chaque pays possède sa propre monnaie nationale (des « euros-francs », « euro-lires », …). Celles-ci ne sont pas cotées sur les marchés boursiers et ne sont donc pas soumises aux spéculations des financiers. Elles ne sont pas non plus convertibles directement entre elles mais uniquement au guichet de la BCE avec la monnaie commune (nouvel euro). Cette dernière servirait de moyen de paiement avec les monnaies extérieures à la zone et serait placée sur les marchés financiers. Dans ce contexte, les parités monétaires sont fixes et révisées régulièrement, de telle sorte que les balances courantes[9] sont constamment équilibrées entre les pays européens. Le rôle de la BCE est donc de maintenir les parités. La monnaie commune présente l’avantage de rendre aux États leur liberté en matière de politique monétaire. Il permet aussi d’éviter les pièges des triangles d’incompatibilités de Mundell[10] et de Rodrik[11]. Mais surtout, la monnaie commune met partiellement fin à la guerre économique généralisée à laquelle s’adonnent les pays européens et laisse des marches de manœuvre suffisantes aux États pour mener une politique antilibérale.

 

La souveraineté économique et monétaire est la condition sine qua non à une réussite du programme économique du Front de gauche – et de tout programme de gauche radicale. La transformation de l’euro de monnaie unique à monnaie commune semble indispensable. De manière concertée, elle minimise les coûts non négligeables de destruction de la devise européenne[12]. Elle permet ensuite de perpétuer une solidarité européenne fragile. Cependant, il est fort probable que tous les États de la zone n’acceptent pas cette proposition – voire la rejettent tous. Dans ce cas, il faudra le courage de sortir unilatéralement de la zone en donnant aux autres économies européennes la possibilité de nous rejoindre, afin de construire autre chose.

 

 

- Invité de notre émission «En direct de Mediapart», l'économiste Frédéric Lordon est revenu sur son dernier ouvrage : La Société des affects – Pour un structuralisme des passions.

 

Notes :

[1] Jacques Nikonoff – La confrontation : Argumentaire anti-FN

[2] Signés en 1944, les accords de Bretton Woods ont pour but de réguler les relations monétaires ainsi que de favoriser la reconstruction et le développement des pays touchés par la guerre.

[3] A ce sujet, les travaux d’Emmanuel Todd – notamment sur les systèmes familiaux – montrent que de grandes disparités anthropologistes subsistent entre les pays européens.

[4] Selon le philosophe et ex-révolutionnaire Régis Debray, une société ne peut se fonder que sur une transcendance. Avec des langues, institutions et cultures différentes, les peuples européens en sont loin actuellement.

[5] Au point, qu’en 1989, deux rapports, l’un du français Édouard Balladur et l’autre du britannique John Major, peu suspects de gauchisme ou d’extrémisme nationaliste, dénonçaient les faiblesses d’une hypothétique monnaie unique et préconisaient une monnaie commune.

[6] Les divergences ont un moment été masquées par une forte inflation dans les pays du sud de la zone, à PIB plus faible, favorisant un faux rattrapage.

[7] Selon lui, la monnaie unique à surtout pour but de concentrer les industries, les différentes régions profitant un maximum de leurs avantages comparatifs.

[8] Courant de pensée dominant en Allemagne, selon lequel le rôle de l’État est de créer et maintenir un cadre normatif permettant de favoriser la liberté économique.

[9] Solde des flux monétaires d’un pays résultant de ses échanges internationaux de biens et services, transferts courants et revenus.

[10] Ce principe développé par Robert Mundell et Marcus Fleming stipule qu’une économie ne peut pas avoir simultanément un régime de change fixe, une politique monétaire autonome et une parfaite liberté des capitaux. Une fois ce concept énoncé, l’échec du SME devient plus clair.

[11] S’inspirant de Mundell et Fleming, Dani Rodrik, économiste à Harvard, énonce qu’il est impossible d’avoir simultanément des États souverains, un régime démocratique et une zone parfaitement mondialisée. Ce triangle d’incompatibilité pose clairement  problème de la démocratie en zone euro.

[12] Jacques Sapir estimait fin 2012 les coûts techniques entre 300 et 700 millions d’euros. Un montant largement supportable.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Euro

- Résolution du Parti de Gauche sur l’euro

Guillaume Etievant - Parti de Gauche : "Soyons prêts à sortir de l'euro....via l’instauration d’une monnaie commune"

- Yves Dimicoli PCF : Euro : impasse de la monnaie unique, espace pour une monnaie commune par

- Christian Picquet : "Il faut ouvrir le débat sur l'euro comme monnaie commune"

- Bruno Moschetto : Passer de la monnaie unique à la monnaie commune

- Dominique Garabiol : "La monnaie unique est déjà morte. Vive la monnaie commune!"

- Pour une monnaie commune sans l’Allemagne (ou avec, mais pas à la francfortoise) par Frédéric Lordon

- Sortir de l’euro ? par Frédéric Lordon

- Les scenarii de dissolution de l’euro par Jacques Sapir et Phillipe Murer

- Crise  l’euro : la perspective d’une monnaie commune européenne comme solution par Jacques Sapir

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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 08:16
10 avril 2011 : Résolution du Parti de Gauche sur l’euro

Un texte pleinement d'actualité !

 

Sources : le Parti de Gauche

  • Adoptée au Conseil national du PG, 10 avril 2011

Avec le « semestre européen », les gouvernements de la zone euro ont manifesté leur détermination à imposer cette orientation en instituant une tutelle de la Commission européenne sur les budgets nationaux. Ils viennent d’aggraver cette régression de la démocratie avec le pacte « euro-plus ». Désormais, et sans consultation des citoyens, la sinistre méthode du FMI – celle des plans d’ajustement structurel – sera intégrée aux institutions européennes : pour bénéficier du mécanisme de solidarité financière, un Etat devra s’engager  sur un programme d’austérité et de régression sociale.

 

Dans ce contexte, monte une légitime protestation contre le fonctionnement de l’union monétaire et surgissent de nombreux appels à la sortie de l’euro. Une alternative semble en effet s’imposer dans les faits : ou bien un pays reste dans l’union monétaire, mais il devrait alors se soumettre au carcan des politiques néolibérales, ou bien il entend mener une autre politique, mais il devrait pour ce faire sortir de l’euro. S’il n’y avait effectivement pas d’autre alternative que celle-là, le PG opterait assurément pour la sortie de l’euro et la reconstruction d’une autre forme de coopération monétaire avec les pays européens disposés à le faire.

 

 

- Toutefois, cette façon de poser le débat et de le centrer sur la question du maintien ou de l’abandon de l’euro n’est pas la bonne.

Certes, l’union monétaire ne remplit aucune des conditions nécessaires au fonctionnement durable et progressiste d’une zone monétaire ;

  • celle-ci devrait donc être profondément transformée (voir section 1, ci-dessous) ;
  • Certes, encore, l’union monétaire est devenue l’instrument d’une régression économique et sociale (voir section 2, ci-dessous) ;
  • Mais l’euro, en lui-même, n’est pas la cause de la crise actuelle qui est imputable au capitalisme financiarisé et aux politiques néolibérales (voir section 3, ci-dessous) ;
  • Or, la sortie de l’euro (pas plus que son maintien d’ailleurs) n’est pas une condition nécessaire pour changer de système et de politique ; il y a en effet une stratégie alternative et plus efficace pour renverser le rapport de forces : sortir de l’application du traité de Lisbonne sans sortir de l’Union (voir section 4, ci-dessous) ;
  • Le PG propose donc un ensemble de mesures concrètes nécessaires au plan national pour s’affranchir du carcan néolibéral et mener une politique alternative, sans pour autant rejeter en bloc tous les acquis de la construction européenne (voir section 5, ci-dessous) ;
  • On ne peut toutefois pas écarter a priori la possibilité que d’autres pays fassent le choix de sortir de l’euro et que la zone euro explose de fait, sous la pression combinée des spéculateurs et des peuples soumis à des politiques insupportables. Face à cette éventualité, le PG propose une réponse graduée, selon les circonstances, allant de la restauration d’une monnaie unique à l’institution d’une monnaie commune (voir section 6, ci-dessous).

 

 

- [1] La nécessaire refondation de l’Union monétaire

L’union monétaire européenne ne remplit actuellement aucune des conditions nécessaires au fonctionnement durable et progressiste d’une zone monétaire.

 

La zone euro n’est pas et ne peut pas être une « zone monétaire optimale » au sens de la théorie économique : cela supposerait notamment une parfaite mobilité du travail comme du capital, la synchronie des cycles d’activité des pays membres et la convergence des structures économiques et sociales. Telles seraient les conditions requises pour qu’une politique monétaire unique puisse être adaptée à tous les pays membres.

 

Néanmoins, à défaut de pouvoir réunir les conditions susdites, l’union monétaire pourrait être bénéfique et soutenable si, en rupture avec le traité de Lisbonne, elle était refondée grâce aux dispositifs suivants :

  • un plus haut degré de solidarité budgétaire entre les États membres, et un budget européen plus important, en sorte de pouvoir corriger les divergences structurelles et les chocs conjoncturels asymétriques qui affectent les États membres ;
  • la liberté pour chaque État de compenser un choc conjoncturel par le niveau de déficit public adéquat ;
  • un nouveau statut de la Banque centrale européenne lui assignant d’œuvrer au soutien de l’activité et de l’emploi avec une inflation soutenable, et dirigée par un directoire évalué par et responsable devant le conseil européen et le parlement européen ;
  • des mécanismes d’harmonisation des politiques fiscales et sociales, visant au minimum à protéger les États membres contre tout dumping fiscal ou social, ou, mieux encore, engageant un processus de convergence des pays les moins avancés vers des standards plus élevés en matière de droits sociaux, de salaire minimum et de protection sociale ;
  • le contrôle des mouvements de capitaux vers les pays non membres de l’Union européenne (UE) [sans quoi la tutelle des spéculateurs – abolie sur le marché des changes – finit par être restaurée sur le marché mondial des capitaux].

Une union monétaire ainsi refondée renforcerait la solidarité des européens, l’activité et l’emploi, tout en mettant les États membres à l’abri de toute pression des spéculateurs sur les marchés financiers, étendant ainsi les marges de manœuvres de ces États pour mener des politiques sociales conformes aux vœux de leurs peuples respectifs.

 

Cette refondation aurait pu être engagée à la fin des années 1990, quand la plupart des pays de la zone euro étaient gouvernés par les socialistes et les sociaux-démocrates. Mais ces derniers, loin de combattre la tournure néolibérale de la construction européenne, l’ont validé par le traité d’Amsterdam et accentué ensuite en acceptant l’élargissement de l’UE sans approfondissement préalable d’institutions démocratiques et de mécanismes de convergence sociale et de solidarité financière ; pour finir, ils ont confirmé à nouveau leur soutien à cette orientation en contribuant massivement à la ratification du Traité de Lisbonne, copie conforme du traité constitutionnel européen auquel pourtant les peuples irlandais et français avaient clairement dit « non ».
 
Dans ce contexte politique, l’union monétaire a pu être instrumentalisée par des gouvernements déterminés à imposer leur idéologie néolibérale.

 

 

- [2] L’Union monétaire est devenue l’instrument d’une régression économique et sociale

Jusqu’à la crise de 2008, la BCE a mené une politique monétaire excessivement rigoureuse, source de sous-activité et de chômage, et responsable d’une surévaluation de l’euro qui pénalise gravement l’économie française comme celle des autres pays du sud de l’Europe.

 

Dépossédés de l’instrument des taux d’intérêts et du taux de change, contraints par le pacte de stabilité en matière de politique budgétaire, livrés enfin à une libre concurrence exacerbée par l’élargissement de l’UE, les gouvernements ont instrumentalisé cet ensemble de contraintes pour justifier des politiques de désinflation compétitive fondées sur la compression des « coûts » salariaux, l’intensification du travail, l’exonération des prélèvements fiscaux et sociaux pesant sur les entreprises et les revenus du capital. Ce dumping fiscal et social, associé à l’hémorragie des ressources publiques qu’il engendre, a également servi à justifier la dégradation ou la privatisation des services publics.

 

En fait d’ « union » monétaire, la zone euro s’est ainsi transformée en zone de désunion des peuples qui dresse les travailleurs les uns contre les autres, rogne leur pouvoir d’achat, restreint leurs droits sociaux et dégrade leurs services publics. L’union ne fait plus ici la force des peuples pour améliorer leur sort, mais seulement la force des gouvernements rétrogrades pour imposer toujours plus de sacrifices et de rigueur aux salariés.

 

Ainsi, quand est survenue la crise financière internationale de 2008 et, à sa suite, la crise de la dette publique dans la zone euro, l’union monétaire n’a pas servi à protéger les pays victimes de la spéculation, bien au contraire. Face à cette crise, l’euro n’a eu aucun effet protecteur ; les pays membres de la zone euro attaqués par les spéculateurs se voient au contraire imposer des taux d’emprunt exorbitants. Au lieu de réagir contre les spéculateurs fauteurs de crise, les gouvernements de la zone euro ont choisis de faire payer la crise aux travailleurs ; ils ont conditionné leur soutien en faveur des pays attaqués à la mise en œuvre d’une cure d’austérité. Ils ont ainsi appliqué aux Européens la sinistre méthode des « Plans d’ajustement structurel » que le FMI inflige systématiquement aux pays pauvres et/ou surendettés.  Cette politique est, à terme, insoutenable sur le plan social et d’ores et déjà parfaitement imbécile sur le plan économique : l’austérité combinée dans un ensemble de pays dont les économies sont solidaires condamne la zone euro à une longue atonie de l’activité qui accentuera la crise des finances publiques au lieu de la résorber.

 

Le « pacte euro-plus » adopté le 25 mars 2011, vient confirmer et aggraver cette orientation insoutenable.

Les États devront désormais faire valider leur politique budgétaire par la Commission européenne avant de présenter leurs budgets devant leur parlement. Ainsi,  tandis que la crise provoquée par les spéculateurs justifierait évidemment  la mise au pas des marchés financiers, elle est au contraire invoquée pour mettre au pas les peuples, pour priver de leur souveraineté les citoyens susceptibles de s’opposer aux politiques néolibérales de régression sociale.

 

 

- [3] Le capitalisme financiarisé et les politiques néolibérales sont les véritables responsables de la crise financière dans la zone euro

La quasi-totalité des méfaits habituellement imputés à l’euro sont plutôt l’effet combiné d’autres règles et institutions, des choix politiques gouvernementaux et du pouvoir exorbitant des gestionnaires de capitaux dans le capitalisme financiarisé.

 

En effet, la monnaie unique, en soi, n’implique pas la rigueur excessive et la surévaluation ; elle ne nous protège pas non plus contre ces maux. L’orientation de la politique monétaire n’est pas imputable à l’existence ou non d’une monnaie unique ; elle est imputable aux statuts de la banque centrale et à l’orientation idéologique de ses dirigeants (choisis par les gouvernements). En outre, à défaut d’une réforme de la BCE et d’une réorientation de sa politique, un pays peut toujours réformer sa propre banque centrale et réglementer le crédit distribué par les banques publiques ou privées (cf. 4. et 5. ci-dessous).

 

Par ailleurs, la crise de la dette publique européenne et les difficultés pour l’affronter n’ont rien à voir avec l’euro ; elles sont imputables à la libre circulation des capitaux avec le reste du monde, aux statuts de la BCE interdisant les concours directs aux besoins de financement publics, et aux politiques délibérées des gouvernements européens. Avec ou sans euro, quel que soit le système monétaire, la déréglementation financière produit les mêmes crises, et la volonté politique des gouvernements néolibéraux produit toujours la même stratégie d’ajustement par la régression sociale.

Plus fondamentalement, la crise de la zone euro – indissociable de la crise financière internationale ouverte en 2008 – est un sous-produit du développement du capitalisme financiarisé, c’est-à-dire des pleins pouvoirs donnés aux gestionnaires de capitaux pour imposer leur volonté aux entreprises comme aux salariés, pour développer n’importe quel type de spéculation génératrice de profits, pour bouleverser la répartition des revenus au seul avantage des plus riches. L’exposition des banques aux produits financiers toxiques américains ne vient pas de l’euro, mais de l’insuffisance de la réglementation bancaire et des mouvements de capitaux. Le maintien d’une monnaie nationale au Royaume-Uni n’a pas immunisé les banques anglaises contre l’exposition à la crise des subprimes.

 

En un mot, la crise financière en Europe est l’effet d’un système économique et de politiques gouvernementales qui produisent les mêmes effets avec ou sans euro. L’euro ne nous protège pas contre ce système et ces politiques, pas plus que ne le ferait le franc, l’écu ou n’importe quelle autre monnaie. Centrer le débat européen sur le maintien ou non de l’euro nous détourne donc du vrai débat qui porte sur les mesures nécessaires pour rompre avec le capitalisme financiarisé et les politiques néolibérales.

 

En conséquence, le PG aborde le problème d’une autre manière, très concrète.

La France est aujourd’hui dans l’UE et dans la zone euro. Compte tenu de cette réalité, si un gouvernement déterminé à mener une autre politique arrivait au pouvoir en 2012, quelles mesures immédiates devrait-il prendre pour disposer des marges de manœuvres nécessaires à la mise en œuvre de son programme, pour s’opposer au pouvoir des spéculateurs, pour échapper à la cure d’austérité imposée par la Commission européenne, pour surmonter la crise des finances publiques, pour contrer les effets d’une politique monétaire inadéquate ?

 

  • L’examen rigoureux de cette question conduit à la conclusion que la sortie de l’euro n’est pas une condition nécessaire à la mise en place des mesures nécessaires, et qu’elle n’apporterait pas de marges de manœuvres supplémentaires à celles dont le gouvernement pourrait disposer par le simple exercice de la volonté politique [1]. Il est en revanche nécessaire de s’affranchir unilatéralement de l’application d’un certain nombre de dispositions du traité de Lisbonne.

 

 

- [4] Une stratégie alternative : sortir du traité de Lisbonne en restant dans l’Union européenne.

Le PG comprend le souci légitime de restaurer des marges de manœuvres politiques face à l’eurolibéralisme, souci qui s’exprime notamment par l’appel à la sortie de l’euro. Néanmoins, nous considérons que la restauration d’une monnaie nationale a des effets hasardeux et pas toujours souhaitables sur lesdites « marges de manœuvres ». Cette restauration donne en effet au pays la possibilité de procéder à des « dévaluations compétitives »  en vue de corriger ainsi un éventuel écart de compétitivité.  Mais la longue expérience française des dévaluations compétitives (des années 1950 au début des années 1980) démontre la faible efficacité d’une telle stratégie.

 

  • Une dévaluation commence toujours par alourdir la facture des importations en partie incompressibles à court terme, et ce bien avant que l’effet stimulant sur les exportations se fasse sentir.

Par ailleurs, la dévaluation ne corrige qu’un écart de « compétitivité-prix », elle a peu d’effet sur un défaut de « compétitivité structurelle », et son éventuel effet bénéfique pour un pays suppose que les  partenaires commerciaux de ce dernier ne dévaluent pas à leur tour et ne prennent aucune mesure de rétorsion. Si les pays européens accablés par le carcan néolibéral optent pour la sortie de l’euro et comptent sur la dévaluation pour améliorer leur sort, l’Europe risque de s’enliser plus avant dans la logique de guerre commerciale dont elle souffre déjà. L’éclatement de la zone euro pourrait déclencher une série de dévaluations qui affaibliraient le gain effectif de chaque pays et attiseraient leur rivalité. L’éclatement de la zone euro ne prépare pas forcément la refondation d’une Europe de la coopération des peuples. Elle risque de restaurer l’affrontement mortifère des nationalismes.

 

  • Par ailleurs, il ne faut pas surévaluer le problème certes bien réel de la surévaluation de l’euro !

Nous savons que la perte de croissance imputable à cette dernière est notable, mais le PG est un parti écologiste qui ne vise pas le retour d’une croissance indifférenciée qu’autoriserait éventuellement la dévaluation d’une monnaie nationale restaurée. Un supplément de croissance obtenu grâce à la compétitivité accrue des producteurs les mieux adaptés aux exigences des marchés mondiaux n’est pas nécessairement adapté aux exigences d’une économie refondée sur la satisfaction des besoins de tous et sur des méthodes de production assurant une coévolution harmonieuse des activités humaines et des écosystèmes. Le PG n’attend pas la prospérité et le plein emploi d’une compétitivité accrue sur les marchés d’antan, mais de la planification écologique d’une économie humaine et de la juste répartition des richesses. Les politiques et les grands travaux engagés pour développer les services publics, la recherche, les énergies renouvelables, la qualité écologique des logements, une agriculture soutenable, le ferro-routage, la reconversion industrielle, etc., soutiendront plus surement l’emploi et les activités vraiment utiles que ne le ferait une dévaluation compétitive aux effets hasardeux.

 

  • Pour toute ces raisons, nous considérons que l’éclatement de la zone euro et le retour à des monnaies nationales n’est pas la meilleure solution [1] : la question est donc de savoir si on peut l’éviter, sans pour autant supporter tous les effets nocifs du fonctionnement actuel de l’union monétaire ? Autrement dit, comment peut-on préserver l’union tout en transformant radicalement son mode de fonctionnement et en abolissant les entraves qu’elle impose aujourd’hui à toute politique progressiste ?

 

Dans l’état actuel des rapports de forces politiques au sein de l’UE, il est parfaitement illusoire d’espérer une réorientation radicale des politiques et des institutions européennes si l’on se contente d’attendre que tous nos partenaires soient disposés à engager une renégociation des traités. Toutefois, au sein d’une quelconque association, le conflit entre une partie minoritaire et les autres parties prenantes n’a pas que deux issues – la soumission ou la sortie – il existe une troisième issue : l’action subversive au sein même de l’association, action qui a d’autant plus de chances de forcer les parties prenantes à l’accord que celles-ci n’ont pas intérêt à la dislocation de l’association.

 

Un gouvernement déterminé peut mener cette action subversive dans l’UE : il peut cesser d’appliquer l’intégralité du traité de Lisbonne, s’affranchir des règles européennes qui imposent aux politiques un carcan néolibéral, et cela sans s’imposer les difficultés supplémentaires qu’engendrerait une sortie de l’euro. Ce coup de force politique peut naturellement susciter une très forte résistance des gouvernements les plus attachés à l’actuel fonctionnement antisocial et antidémocratique de la zone euro (notamment le gouvernement allemand). Mais dans la crise politique qui s’ouvrirait alors dans l’UE, le rapport de force est défavorable à ceux qui ont le plus à perdre à l’éclatement de la zone euro (notamment l’Allemagne) et favorable à ceux qui sont disposés à assumer cet éclatement s’il apparaît inéluctable. Nous y sommes quant à nous parfaitement disposés et préparés.

 

  • Le PG ne sacralise aucun système monétaire en lui-même, il ne fait prévaloir que l’absolue nécessité de mener les politiques publiques progressistes exigées par le suffrage universel ; en conséquence, si l’alternative qui venait à se présenter était le maintien de la zone euro dans la soumission au carcan néolibéral, ou bien la sortie de l’euro pour appliquer le programme validée par le vote des citoyens, le PG opterait sans hésitation pour cette seconde solution.


Nous pensons toutefois que, dans l’immédiat, l’alternative réelle est différente. Un gouvernement déterminé peut faire à peu près ce qu’il veut dans la zone euro, et sa détermination a toutes les chances de faire plier des partenaires récalcitrants, mais qui ont fort à perdre dans la disparition de l’euro.

 

Si d’éminents économistes, y compris économistes de gauche, prennent d’emblée position en faveur d’une sortie de l’euro, c’est notamment parce qu’ils excluent la possibilité dont dispose toujours un gouvernement national : décider unilatéralement de ne plus appliquer certaines dispositions des traités européens. Leur raisonnement est pertinent dans un cadre politique donné : si un État national est censé respecter à la lettre les traités, alors il est exact que la monnaie unique est devenue insoutenable pour un gouvernement qui voudrait rompre avec les politiques néolibérales imposées par le fonctionnement actuel de l’UE et l’idéologie dominante dans les gouvernements européens. Mais pour que ce raisonnement reste cohérent, il faudrait ajouter que la sortie de la seule zone euro ne suffit pas : il faut sortir de l’UE, puisqu’il est nécessaire de s’affranchir d’autres règles européennes que celles concernant la monnaie. Il est notamment indispensable de rétablir un contrôle strict des mouvements de capitaux. Si l’on postule qu’il est impossible de s’affranchir partiellement d’un accord sans rompre intégralement cet accord, alors la question de la sortie de l’euro est indissociable de celle d’une sortie de l’UE.
 

  • Or le PG  entend œuvrer à une transformation de l’UE, non à sa destruction.

Il ne s’agit donc pas seulement d’abandonner l’UE à son triste sort en restaurant la seule souveraineté du peuple français, mais d’engager une épreuve de force au sein de l’UE en démontrant qu’un gouvernement déterminé à le faire peut toujours mener une autre politique. S’affranchir du carcan néolibéral de l’UE, sortir de l’application intégrale du traité de Lisbonne, sans sortir de l’UE, c’est démontrer que l’on peut préserver l’acquis de cinquante ans de construction européenne, en se débarrassant du poison néolibéral. Cette démonstration est un encouragement aux peuples européens pour qu’ils exercent à leur tour leur souveraineté en votant pour des gouvernants qui s’engagent à suivre l’exemple du peuple français. C’est ainsi que se construira un nouveau rapport de forces en faveur d’une refondation démocratique et progressiste de l’UE. Les mesures présentées ci-dessous montrent comment un pays membre de la zone euro peut mener seul une autre politique que celle qu’impose aujourd’hui le strict respect du traité de Lisbonne et les choix politiques nettement dominés par l’idéologie néolibérale et par la volonté du gouvernement allemand. Mais elles ne définissent évidemment pas l’horizon idéal de notre relation à l’UE. Elles visent plutôt à contraindre tous ceux qui ont beaucoup à perdre à l’éclatement de la zone euro (au premier chef l’Allemagne) à négocier un nouveau fonctionnement de la zone euro ; elles visent à convaincre d’autres pays (notamment du sud de l’Europe) de s’associer à la France pour promouvoir cette réforme nécessaire.

 

Tous les fléaux associés à ce que l’on dénomme la « crise de l’euro » peuvent être combattus, dans l’immédiat, sans sortir de l’euro [1], par des mesures nationales immédiates contrevenant à certaines dispositions des traités européens. En invoquant le compromis du Luxembourg, le gouvernement français pourrait obtenir une clause d’exception (opt out) pour une liste déterminée de dispositions qui empêchent la mise en œuvre du programme validé par les élections nationales. La violation de la volonté exprimée par le suffrage universel constitue en effet une atteinte grave aux intérêts supérieurs de la nation française (cadre d’application du compromis du Luxembourg). Face à un gouvernement déterminé à agir, nos partenaires n’ont d’autre alternative que l’acception de cette exception française ou la contemplation de sa mise en œuvre sans leur accord (aucune procédure n’est prévue dans les traités pour exclure un membre de la zone euro au motif des infractions prévues cf. 5. ci-dessous).

 

A défaut du consentement de nos partenaires, le gouvernement peut faire adopter par le peuple français et ses représentants élus toutes les dispositions nécessaires pour que l’exercice effectif de l’exception française se fasse dans un cadre légal et constitutionnel.

 

 

- [5] Les mesures nationales face à la crise de la zone euro

En pratique, pour surmonter la « crise de la zone euro » et mettre en œuvre la stratégie énoncée ci-dessus, chaque pays qui le souhaite pourrait et devrait : refonder un système bancaire public (5.1, 5.2), éliminer une part du stock de dette publique (5.3 et 5.4), renationaliser le financement de la dette publique (5.5, 5.6), s’assurer de l’autonomie du pays à l’égard de toute pression spéculative des marchés financiers (5.7, 5.8), soutenir l’activité et l’emploi pour compenser le choc dépressif engendré par la crise financière et l’accumulation imbécile de plans de rigueur (5.9, 5.10, 5.11), mettre en place une politique sélective du crédit (5.12, 5.13) pour corriger les défauts de la politique monétaire unique de la BCE. 

 

  • Refonder un système bancaire public

5.1. Constitution d’un pôle public bancaire.

5.2. Une réforme de la Banque de France permet à celle-ci de concourir directement au financement de l’État (une tranche plafonnée d’avances directes mobilisables à la discrétion du gouvernement ; une tranche exceptionnelle mobilisable par le vote d’une loi).

 

  • Éliminer une part du stock de dette publique

5.3. Rachat d’une partie de la dette publique par les banques publiques et la Banque centrale nationale (monétisation : financement des dettes par création monétaire).

5.4. Annulation partielle et renégociation de la dette par les États surendettés (restructuration).

 

  • Renationaliser le financement de la dette publique

5.5. Émission des titres la dette publique exclusivement auprès d’investisseurs résidents dans la zone euro ou dans le pays émetteur.

5.6. Obligation minimale de détention d’obligations publiques par les banques et les fonds d’investissement résidents. Si nécessaire, les grandes entreprises et les particuliers détenteurs d’un portefeuille de placement financiers peuvent se voir imposer, au-delà d’un certain seuil, la détention d’un pourcentage minimal de titres publics. Ceci a pour double effet bénéfique de garantir le placement des titres publics, et de sécuriser l’actif des institutions concernées.

 

  • L’autonomie du pays à l’égard de toute pression spéculative des marchés financiers

5.7. Contrôle strict des mouvements de capitaux sur les placements financiers (agrément public et/ou taxation des transactions).

5.8. Interdiction des instruments spéculatifs sans utilité pour le financement de l’économie réelle (vente à terme sur titres publics, CDO, CDS, produits dérivés, etc.).

 

  • Soutenir l’activité et l’emploi

5.9. Hausse des salaires et des investissements publics écologiques et sociaux.

5.10. Création directes d’emplois privés (par l’institution de normes minimales d’emplois dans les services non délocalisables).

5.11. Création d’emplois dans tous les services publics sinistrés (justice, éducation, hôpitaux publics, inspection du travail, service public de l’emploi, etc.).

 

  • Politique sélective du crédit

5.12. Bonifications des taux d’intérêt financées par les collectivités publiques pour soutenir des investissements ou des activités prioritaires.

5.13. Programmes prioritaires à taux réduit financés directement par des banques publiques.

 

Ces mesures n’entraineraient aucune dérive vers un endettement excessif de l’État, d’abord en raison des mesures susmentionnées concernant la restructuration et la renationalisation de la dette, ensuite en raison de la réforme fiscale abolissant l’essentiel de la « dépense fiscale » (niches pour les riches et les revenus financiers, exonérations inutiles…), enfin parce que le plein emploi et le progrès écologique et social soutenu par cette stratégie génèrent à terme l’autofinancement de la dette (exactement comme pour tout investissement productif privé).

 

 

- [6] Options possibles face à un éventuel éclatement de la zone euro

La stratégie de sortie du traité de Lisbonne sans sortie de l’euro, est une stratégie d’action immédiate pour se libérer du carcan néolibéral et pour changer le rapport de forces au sein de l’UE.

 

À moyen et long terme, cette stratégie, en elle-même, ne résout aucune des insuffisances actuelles pour assurer une union monétaire soutenable (insuffisances énoncées dans la cf. section 2 ci-dessus). À terme, la persistance de divergences profondes entre les systèmes sociaux et fiscaux, la persistance d’écarts notables de compétitivité, l’absence des transferts budgétaires et de la solidarité financière nécessaires pour réduire ces divergences ou pour compenser les chocs conjoncturels asymétriques, tout cela soumet une union monétaire quelconque à une tension qui finit par être insoutenable. La stratégie proposée ne fait sens qu’en tant qu’étape susceptible de provoquer le choc nécessaire pour briser la domination du bloc néolibéral au sein de l’Union et de forcer la renégociation d’un traité instaurant les conditions d’une union monétaire soutenable. Si donc, à moyen terme, il s’avérait impossible d’engager une telle refondation de l’union monétaire, il faudrait envisager une autre forme de coopération monétaire entre les pays qui y sont disposés.

 

Par ailleurs, la stratégie et les arguments développés ci-dessus décrivent notre position face à l’état actuel de la zone euro, et dans l’hypothèse où un gouvernement mené par le Front de Gauche trouverait cette zone dans ce même état. Mais les gouvernements européens ont choisi de ne rien faire pour protéger l’UE contre le déploiement ininterrompu de la spéculation, de soumettre la zone euro à une cure d’austérité qui va aggraver la crise des finances publiques la régression sociale et l’exaspération des peuples sommés de payer le prix lourd pour la crise engendrée par le capitalisme financiarisé. L’inévitable récession que ces choix vont provoquer, les nouvelles difficultés financières des États qui s’ensuivront et les nouveaux assauts des spéculateurs pourraient bien engendrer une situation financière et surtout politique qui contraint les pays les plus exposés à sortir de l’euro.

 

  • Si nous considérons qu’une autre stratégie serait préférable, y compris pour ces pays, nous devons néanmoins envisager sérieusement l’hypothèse où la question ne serait plus  « faut-il ou non préserver la zone euro ? » mais « que faire dans une zone euro qui a d’ores et déjà éclaté ? ».

 

Face à cette question, le PG propose une réponse graduée en cinq temps.

  • 1°) Rester dans l’euro et tenter la réintégration des sortants

À très court terme, le gouvernement français doit rester dans l’euro et appliquer la stratégie décrite ci-dessus. Dans le même temps, il propose à la zone euro d’offrir aux États sortis de l’euro leur réintégration assorti d’un protocole les autorisant à appliquer, à l’instar de la France, une série d’exceptions au traité de Lisbonne. Le rapport de force serait alors radicalement bouleversé au détriment du consensus eurolibéral. L’exemple français pourrait inciter les gouvernements sortants à opter pour la réintégration à ces nouvelles conditions.

 

  • 2°) Menacer les membres de la zone euro de la constitution d’une « zone eurosud ».

Si l’option précédente se heurte au refus des États sortants de l’euro et/ou des États restés dans la zone euro, le gouvernement engage de concert deux séries de négociations.
Avec les États sortants : négociation pour la création d’un « eurosud » refondé sur les principes coopératifs et progressistes énoncés plus haut et fortement dévalué par rapport à l’euro et au dollar en sorte d’effacer la surévaluation dont souffre aujourd’hui les économies concernées. L’eurosud pourrait tout aussi bien être baptisé l’ « eurosol », abrégé de l’euro « solidaire ».
Avec l’Allemagne et l’UE : négociation d’une réforme de l’union monétaire incluant les conditions sans lesquelles la zone eurosud sera effectivement constituée. Si cette négociation aboutit la nouvelle union monétaire peut réintégrer tous les États sortants.

 

  • 3°) Mettre en place une « zone eurosud » ou « eurosol »

Cette nouvelle union monétaire serait ouverte à tous les pays de l’Union européenne, qui aurait ainsi le choix entre l’euro surévalué d’une zone exposée à la guerre économique et à la régression sociale, et l’euro compétitif d’une zone solidaire unissant ses forces pour protéger l’emploi, combattre la spéculation, et rendre aux peuples la possibilité de décider de l’orientation de leurs politiques budgétaires et sociales intérieures.

 

  • 4°) Une nouveau Système monétaire européen

A court terme, si trop peu d’Etats sont disposés à la reconstitution d’une quelconque union monétaire, il faudrait au minimum tenter d’instituer un système monétaire européen stabilisant les taux de changes intra-européens. Mais, contrairement au SME mis en place en 1979, ce nouveau SME devrait impérativement être associé au contrôle des mouvements de capitaux, sans quoi il deviendrait vite insoutenable sous la pression des spéculateurs.

 

  • 5°) Une monnaie commune entre les pays sortants de l’euro

À moyen terme, la France devra œuvrer au renforcement de la coopération monétaire en proposant le passage du SME à la « monnaie commune européenne » (et non plus « monnaie unique »). Cette solution est inspirée de celle imaginée par J.M. Keynes pour le système monétaire international en 1944.

 

Chaque pays dispose d’une monnaie nationale convertible dans la monnaie commune à un taux de change fixe mais ajustable ;

- la monnaie commune sert aux transactions internationales ;

- une banque des règlements internationaux règle l’émission de la monnaie commune en fonction des besoins liés aux échanges et impose des pénalités financières aux pays dont les comptes sont structurellement excédentaires ou déficitaires, incitant ainsi ces derniers à un jeu commercial coopératif qui vise l’équilibre des échanges.

La dévaluation ou la réévaluation des taux de change internes à la zone monétaire font parties des mesures correctrices autorisées pour combattre un déséquilibre structurel des échanges.

Ce système préserve un mécanisme de correction des écarts de compétitivité par des variations des taux de change, sans livrer pour autant la zone concernée à la compétition déloyale par la manipulation discrétionnaire de ces taux de change.

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Conclusion

Le PG se prononce donc, de préférence, pour le maintien d’une zone euro refondée ou d’une nouvelle zone monétaire limitée aux seuls pays disposés à engager la refondation d’une union monétaire démocratique et progressiste[1]. A défaut, il soutient le projet d’une monnaie commune européenne.

 

« À défaut », car la monnaie commune n’est pas un système conçu pour le développement d’une intégration économique et politique des nations ; il s’agit d’un système conçu pour une coopération internationale visant à équilibrer les échanges et stabiliser les échanges entre des pays strictement indépendants qui n’ont aucune intention de constituer ensemble un espace politique, économique et social plus intégré. C’est pourquoi le PG soutient le projet d’une monnaie commune, en tant qu’élément souhaitable d’une nouvelle organisation des relations monétaires internationales. En revanche, au niveau européen, les peuples peuvent avoir une ambition qui dépasse la constitution d’un simple espace de coopération interétatique. L’Union européenne est aussi un cadre d’intégration politique partielle qui permet la production de biens publics européens à une échelle plus pertinente que le seul niveau national. C’est pourquoi, la monnaie unique peut constituer un système préférable à la monnaie commune, dans le cas où il serait possible de transformer radicalement les conditions de son fonctionnement[1].

 

Si l’on postule la mort définitive, l’impossibilité ou la nocivité de tout projet d’intégration européenne, alors l’idée même de monnaie unique doit être exclue a priori. Il nous faut retourner vers un état antérieur de l’Europe ou ne subsisterait que des éléments de coopération internationale technique et économique. Or le PG entend œuvrer à la refondation du projet européen et non à sa dissolution ; il préfère donc une Union européenne refondée à une simple coopération monétaire internationale entre les États. C’est pourquoi, il n’exclut pas la possibilité de maintenir une monnaie unique. Mais il n’exclut pas davantage a priori l’abandon de cette monnaie unique s’il s’avère impossible de réformer et de démocratiser suffisamment le cadre de sa mise en œuvre.

 

La monnaie unique a un avantage qui est aussi son plus redoutable inconvénient : elle pousse d’une manière ou d’une autre à une convergence des politiques économiques et sociales. Elle n’est donc ni un bien en soi, ni un mal en soi ; le type de convergence politique qu’elle induit peut être tout aussi bien régressif que progressiste selon les rapports de forces historiques et les choix des gouvernements nationaux.

 

Les politiques peuvent, comme c’est le cas depuis 20 ans, se déployer sur un axe néolibéral par l’alignement sur des politiques de régression sociale imposée par la compétition généralisées entre les travailleurs et les territoires européens.

 

Mais elles pourraient aussi ce développer sur un axe progressiste et ce qui détermine la voie empruntée à chaque instant de l’histoire est le rapport des forces politiques. Or, au moment où les peuples européens souffrent comme jamais du capitalisme financiarisé et de l’idéologie néolibérale, le rapport de force peut se retourner en faveur de l’axe progressiste. Oui, la monnaie unique est aujourd’hui devenue insoutenable avec des politiques et des institutions néolibérales ! Mais cette impasse a deux issues et non pas une seule. On peut faire sauter soit la monnaie unique, soit les politiques néolibérales, soit l’euro, soit l’eurolibéralisme. Le PG ne campe pas sur la monnaie unique pour préserver un quelconque totem ; nous n’avons aucun culte de la monnaie unique et pouvons bien si nécessaire considérer d’autres options.  Car l’union monétaire, pas plus que l’Union européenne, n’est pas une fin en soi mais un instrument à employer dans la mesure où il peut contribuer au progrès humain. Le PG soutient pour l’heure le maintien dans la zone euro parce que son combat n’est pas mené contre l’intégration européenne mais contre le néolibéralisme. En restant dans la place, en démontrant qu’une politique progressiste est possible sans sortir de l’union monétaire, un gouvernement déterminé peut démontrer aux peuples voisins qu’ils peuvent eux aussi exiger une autre politique.

 

Tout comme la réalisation inattendue de l’improbable révolution du jasmin en Tunisie a réveillé une irrépressible mobilisation populaire dans le monde Arabe, la révolution citoyenne dans un seul pays de l’UE pourrait réveiller la résistance des européens contre les diktats de la Commission et du FMI. Abandonner la monnaie unique sans combattre, pour « sauver les meubles » franco-français, c’est abandonner les peuples à l’illusion que l’on ne peut pas mener d’autres politiques dans l’UE, c’est les abandonner à la démagogie nationaliste qui les dressera les uns contre les autres, tout comme les politiques néolibérales dressent déjà les travailleurs les uns contre les autres.  Garder la monnaie unique comme bien commun des peuples unis d’Europe, nous la réapproprier en menant la politique que nous voulons, c’est provoquer un tel bouleversement dans la représentation collective des possibles que, peu à peu ou bien plus soudainement, c’est la stratégie néolibérale des gouvernements néolibéraux qui deviendra politiquement insoutenable dans la zone euro, c’est leurs gouvernements que les peuples chasseront et non l’euro[1].

 

Note :

[1] analyse et propositions effectuées dans la situation politique, économique, sociale, monétaire de 2011

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Euro

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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 08:05
Martine Billard secrétaire nationale du Parti de Gauche : Pourquoi la décroissance est incontournable !

De plus en plus d’intellectuels, de militants ou de simples citoyens sont persuadés que le modèle de croissance de ces 6o dernières années n’est plus souhaitable, ni possible. La remise en cause du concept même de PIB (Produit intérieur brut) est largement présente dans le débat public. Malgré cela, le pourcentage d’augmentation de la production continue a être l’alpha et l’oméga de la vie en société. Couplé à l’hégémonie de l’idéologie de la « compétitivité » et au fétichisme de la marchandise, la vision productiviste de l’économie reste dominante. Le mot décroissance pose de bonnes questions mais il suscite aussi incompréhension, réticence et peur. Pourtant une croissance infinie sur une planète aux ressources non renouvelables est impossible. Les périls qui pèsent sur la biosphère ont atteint un seuil qui oblige à des ruptures majeures.

C’est la raison du projet écosocialiste, tandis que perdure ailleurs l’illusion dépassée de réponses sans remise en cause des rapports sociaux ni du fonctionnement de l’économie de marché.

Vous trouverez ci-après ma réflexion personnelle sur le sujet

 

Source : le blog de Martine Billard Secrétaire nationale du parti de Gauche

- A) La croissance en berne

Malgré les innombrables déclarations faisant de la croissance un totem, celle-ci est de longue date en baisse pour les pays industrialisés. En France, on est passé de 4,9 % d’augmentation annuelle moyenne pour la période 1950-1973 à 1,18 entre 2002 et 2012. Cette quasi-stagnation a des racines profondes, bien au delà des effets conjoncturels dûs aux crises successives :

  • Le temps de l’énergie bon marché et du gaspillage massif des ressources naturelles est résolument derrière nous entraînant globalement une tendance à une moindre efficacité du système économique.
  • Le consumérisme des pays riches a atteint ses limites. Les produits phares des 30 glorieuses (automobile, électroménager, ameublement) sont désormais entrés dans une phase de saturation des besoins et de simples renouvellements. La demande se déplace vers des services à faible productivité ou liés à l’évolution des modes de vie (à interroger d’ailleurs).
  • Les cycles de croissance ont toujours été liés à des innovations majeures entraînant des gains considérables de productivité. Or comme le PIB, la productivité connaît elle aussi une tendance à la stagnation : 5% de gain annuel pendant les 30 glorieuses, 1% aujourd’hui. Notre société se caractérise par une panne des innovations susceptibles de relancer la machine de la production. Les fameuses « nouvelles technologie de l’information et de la communication » vantées jour et nuit par les médias ont un impact bien moindre que les découvertes du passé. Elles ne se traduisent pas pour le moment par la mise en place d’un régime d’accumulation durable et efficace.

 

 

- B) Une situation écologique insoutenable

Les périls qui pèsent sur l’écosystème ont désormais atteint un seuil qui oblige à des ruptures majeures.

  • Le réchauffement climatique

L’émission massive de gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle a entraîné une hausse de 0.85 degré depuis 1880 et pourrait aboutir à une augmentation de 4.8 degré à l’horizon 2100 dans le scénario le plus pessimiste envisagé par le 5° rapport du GIEC publié en novembre 2014. Si cette évolution devait se poursuivre, les conséquences en seraient dramatiques : multiplication des accidents climatiques (tempêtes, inondations...) risque accru d’incendies, menaces sur la bio-diversité, déplacement des maladies tropicales, mouvement massif de population, baisse de rendement des cultures, montée des eaux due à la fonte des pôles et des glaciers (98 cm prévu et jusqu’à 7 M en cas de fonte des glaces du Groenland !) , risque de submersion des zones de delta, acidification des océans et disparition des coraux, modification des courants océaniques. Pour éviter cette catastrophe, il faut réduire d’au moins 70% les émissions pour limiter à 2 degré la hausse moyenne des températures. Un tel effort est impossible sans changement radical.

 

  • La 6° extinction des espèces

En matière de bio-diversité, 17 000 espèces sont dès maintenant en danger dont : 1 oiseau sur 8, 1 conifère sur 4, 1 amphibien sur 3 et 1 mammifère sur 4. De même 70% des plantes et 37% des poissons d’eau douce sont concernés. Cette perte est due à la destruction des milieux naturels (forêts, prairie, zones humides) mais aussi à l’agriculture intensive et à l’usage des pesticides et insecticides. Qu’il s’agisse d’alimentation, de pollinisation animale, d’appauvrissement génétique des plantes, de vulnérabilité des récoltes ou de l’importance de la pharmacopée, la bio-diversité est inéluctablement liée au destin de l’humanité. L’affaiblir, c’est rendre plus difficile la vie humaine.

 

  • La menace chimique

Qu’il s’agisse de l’air, de l’eau ou des sols, la pollution induite par les dizaines de milliers de molécules chimiques en circulation est maintenant incontestable : l’atmosphère remplie de particules fines et de multiples gaz irritants entraînerait la perte de 8 mois à 2 ans de vie en moyenne en Europe. La circulation massive des pesticides (présents dans 96% des eaux de surface), des perturbateurs endocriniens du type bisphénol ou PCB comme de dizaines de substances toxiques contenues dans nombres d’objet de la vie courante (tissus, meubles, produits ménagers, électroniques) seraient responsables d’une progression considérable de certaines pathologies comme le cancer, les malformations génitales, le diabète ou les AVC aboutissant à un surcoût de 13 à 20% des dépenses de santé et à une diminution de l’espérance de vie sans incapacité majeure !

 

Une étude récente montre l’impact de ces pollutions sur les femmes enceintes et les jeunes enfants amenant une érosion des facultés cognitives et l’augmentation quasi-exponentielle de certains troubles comme l’autisme. Les sols sont fortement dégradés par l’agriculture intensive, le tassement dû aux engins lourds, l’érosion, les déchets, l’imperméabilisation lié à l’urbanisme qui se traduisent par une baisse des rendements dans certaine zones ou une perturbation de la circulation d’eau potable. Outre l’acidification constatée des océans, ce sont pas moins de 269000 tonnes de plastique en suspension qui pollueraient les mers avec des conséquences majeures sur le milieu.

 

  • L’épuisement des ressources naturelles

Les prélèvements sur les ressources renouvelables ou non concernent d’abord l’eau potable dont les quantités disponibles par habitant sont en constante régression, puis les minerais exploitables dont les gisements ne sont pas infinis. Au rythme de consommation actuelle, l’étain,le plomb et le cuivre en particulier devraient connaître un épuisement des stocks d’ici 30 ans. L’extraction des minerais consomme de plus en plus d’énergie. L’exploitation des « terres rares », indispensables à de nombreuses activités de haute technologie, largement concentrée aujourd’hui en Chine (40% des ressources estimées) provoque des dégâts environnementaux significatifs. Leur fin est aussi programmée aux alentours des années 2020. Le pétrole et le gaz dopés par les huiles et gaz de schiste ont vu leur extraction fortement augmentée au prix d’une catastrophe environnementale. L’utilisation de la totalité des réserves en énergies fossiles, dont le charbon signifierait un réchauffement de 4 degré à la fin du siècle. En outre, même si le rythme se ralentit (5,2 millions d’Ha entre 2000 et 2010 contre 8,3 entre 90 et 2000), la déforestation reste extrêmement préoccupante particulièrement en Amazonie,Afrique Équatoriale et Malaisie/Indonésie.

 

 

- C) Les fausses solutions

Le rêve de « tout changer pour ne rien changer », c’est à dire trouver des réponses sans remettre en cause ni les rapports sociaux, ni le fonctionnement de l’économie de marché, amènent à de fausses solutions.

 

  • Les gestes individuels

90 sociétés sont responsables de 63% des émissions mondiales de gaz à effet de serre depuis 1751 ! La modification des comportements individuels (tri sélectif, recyclage, économie de l’usage de l’eau, de l’électricité, remplacement des hamburgers par des salades bio, lutte contre le gaspillage alimentaire) ne peut donc être la seule solution.

 

  • Le marché

L’orientation des choix économiques par des éco-taxes ou des marchés de droits à polluer n’a jamais démontré son efficacité et se heurte en profondeur à la logique de la concurrence et du profit.. Le mécanisme européen de marché d’émission du CO2 est un échec patent. Le prix de la tonne est passé de 25 euros en 2008 à 5 euros en 2014 alors qu’il faudrait un coût d’environ 70 € la tonne pour peut-être inciter à la réduction des émissions. Il en est de même pour le programme REDD de lutte contre la déforestation qui ne fait que développer des effets pervers pour les pays du Sud.

 

L’espoir d’une « croissance verte » est une vision à court terme qui ne remet en cause ni notre mode de développement ni les conditions de vie et de travail de la majorité de la population. Il ne règle en rien la question du type d’énergie et des réserves de métaux. L’idée d’un « capitalisme vert » est une impasse. Elle consiste à « imposer au capitalisme des règles qui lui sont totalement étrangères ». (M. Husson)

 

  • Le nucléaire

Avec la lutte contre le réchauffement climatique, les défenseurs du nucléaire se sentent ragaillardis. Le nucléaire n'émettrait pas de gaz à effet de serre et donc serait LA solution. Cette approche fait l'impasse déjà sur deux réalités. La construction des centrales nucléaires entraîne la production de gaz à effets de serre. Ensuite le nucléaire ne répond pas à la question globale de l'énergie mais uniquement à la demande en électricité. Cela ne règle donc en rien la question des carburants. Quant à la question du chauffage domestique, ce problème peut être réglé bien plus simplement par l'isolation des bâtiments et du chauffage d'appoint à base d'énergie renouvelable (selon les ressources du lieu : géothermie, bois, biomasse ...).

 

De plus le nucléaire, contrairement à ce qui est toujours faussement affirmé, ne règle pas la question de l'indépendance énergétique puisque l'uranium n'existe que dans un nombre réduit de pays. Enfin l'argument central pour refuser le nucléaire est tout simplement son danger entre la gravité des accidents (Tchernobyl et Fukushima sont pourtant là pour nous le rappeler) et le problème de la durée de vie et du stockage des déchets radioactifs.

 

  • La techno-science

La plupart des solutions proposées pour sortir de la crise écologique reposent sur une croyance aveugle dans les capacités scientifiques et technologiques. Pour limiter le réchauffement à 2°C, il faut une réduction de 70 à 85% des émissions de CO2 donc une diminution de l’intensité CO2 (rapport entre émission et point de CO2) 3 fois plus rapide que celle constatée depuis 40 ans. Rien en l’état actuel des techniques ne permet d’imaginer produire plus en émettant moins. Sauf à rentrer dans des scénarios dignes de la science-fiction, il faut donc envisager une diminution annuelle du PIB mondial d’environ 3% par an jusqu’en 2050, à moduler bien sûr en fonction du niveau de richesse et de pollution accumulé... Les fanatiques de la techno-science proposent de faire baisser la température par « géo-ingéniérie » : ensemencement en fer des océans, pulvérisation d’aérosols soufrés dans l’atmosphère, capture et stockage du CO2, filtre des rayons solaires... Ces illusions technologiques, le plus souvent impraticables, produiraient des effets extrêmement négatifs (modification du régime des moussons, aggravation de l’acidification des océans). Bref, les nouveaux apprentis sorciers du climat sont prêts à tout pour continuer à polluer tout en gagnant de l’argent !

 

 

- D) Qu’en est-il des arguments contre la décroissance ?

Évacuons immédiatement une première approche qui récuserait la décroissance au motif que comme la croissance elle utiliserait les mêmes mesures mettant la production au coeur de l’analyse économique. Il s’agirait alors de privilégier de « nouveaux indicateurs » plus qualitatifs, aussi nombreux que complexes. Cette approche qui est loin d’être absurde, a toutefois l’inconvénient de ne pas s’affronter directement à l’activité économique telle qu’elle existe dans l’immédiat.

 

Cela nous amène à traiter d’une autre façon très répandue d’escamoter la croissance comme projet global. Elle consiste à expliquer que dans l’avenir certains secteurs doivent diminuer et d’autres augmenter sans que la question du solde soit jamais clairement posée. Cette présentation ne prend évidemment pas en compte la nécessité de la diminution nette de la production telle que nous l’avons examiné plus haut.

 

  • Austérité choisie contre austérité subie ?

Prôner la décroissance reviendrait à proposer de passer d'une austérité subie à une austérité choisie. Ce tour de passe-passe vise de fait à faire accepter l'austérité. La remise en cause en profondeur du système économique est escamotée au profit d'une question de curseur et de choix démocratique. C'est une vision individualiste où il suffirait de choisir ce qu'on est prêt à accepter comme réduction de consommation sans remettre en cause les choix de production. Une politique d'austérité a pour objectif de réduire la consommation en baissant considérablement les dépenses publiques. L'accès à des services comme l'éducation, la santé, les transports ... devient donc dépendant de la capacité de chaque usager à remplacer les services publics précédemment disponibles par des services privatisés bien plus coûteux que seules les catégories les plus fortunées peuvent se payer.

 

La baisse de consommation n'est donc pas une austérité choisie mais une austérité imposée à ceux qui n'ont pas les moyens. Cela peut très bien s'accompagner d'une baisse des dépenses socialement utiles et d'une augmentation des dépenses inutiles. De même que le capitalisme vante la politique des gestes individuels du type éteindre l'électricité en sortant de la pièce ou fermer le robinet d'eau pour surtout ne pas remettre en cause le système capitaliste, l'austérité choisie vise surtout à ne pas poser la question de la répartition des richesses et du mode de production.

 

  • Décroissance et pouvoir d’achat

A gauche, la décroissance est souvent assimilée à tort à l’austérité et à la baisse du pouvoir d’achat des classes populaires. Il y a là en effet un débat important avec une vision réductrice du progressisme : celle du « toujours plus ». A la notion de pouvoir d’achat, nous opposons celle du « pouvoir de vivre ». Est-ce un progrès de toujours dépenser plus pour les déplacements domicile/travail, pour plus de consommations médicales afin de réparer les dégâts de modes de vie pathogènes, pour plus de vêtements à la mode, de gadgets à durée limitée, de nourriture jetée à la poubelle ? Toutes ces dépenses augmentent le PIB mais pas le bien vivre. Au delà d’un certain seuil, atteint pour une part importante de la population des pays riches, il n’y a plus de rapport mécanique entre sentiment de bonheur et enrichissement matériel. La décroissance signifiera un accroissement du « bien vivre » pour la majorité de la population, tandis que les possesseurs de yacht et les usagers des palaces auront du souci à se faire.

 

  • Décroissance et chômage

La décroissance serait synonyme de chômage de masse. L’emploi est la résultante de 3 composantes majeures : l’évolution de la population active, le rapport consommation/productivité et le temps de travail. Il faut revenir sur l’intensification du travail, créer de l’emploi sans avoir peur de faire baisser la productivité ou en la mettant au service de la réduction du temps de travail. En effet, le temps de travail a connu une baisse spectaculaire interrompue seulement par les politiques libérales de ces 30 dernières années. Ce blocage de la diminution du temps de travail est d’ailleurs une des origines de la montée actuelle du chômage avec une division entre ceux qui travaillent trop et ceux qui sont dépourvus d’emploi. Il faut reprendre et accélérer la tendance à la réduction en commençant pas un passage immédiat aux 32 heures. Si la transition écologique supprimera des emplois, les plus nocifs, dans la finance, la publicité ou les services, elle créera aussi de nouveaux emplois dans les énergies renouvelables, l’isolation des bâtiments, la réparation. De même, l’agriculture paysanne crée plus d’emplois que l’agriculture industrielle. Dans les services où la machine a remplacé le contact humain (Postes, Banques, Chemins de fer ...), où le « taper 1, taper2, taper ... » revient à exclure de nombreuses personnes de leur accès, des emplois peuvent être recréés.

 

  • Décroissance et pays pauvres

Enfin la décroissance empêcherait les pays pauvres d’accéder au même niveau de vie que les nations les plus riches. C’est l’inverse : consommer mieux et plus sobrement dans nos pays permettra un meilleur partage, la possibilité d’un développement endogène et la fin des pillages. Il s’agit de reconnaître au paysan bengali ou africain le droit de vivre en satisfaisant ses besoins essentiels, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Ce sont les pays du Nord, ceux dont l’empreinte écologique est insoutenable, qui sont visés. Mais les pays émergents ne sont pas obligés de faire les mêmes erreurs que celles commises par l’industrialisation à outrance. Le cas de la Chine est le plus frappant. Les niveaux de pollution et d’émission de CO2 engendrés par une croissance déséquilibrée ne sont pas tenables dans l’intérêt même d’une population qui en subit les effets les plus nocifs. Les pays émergents doivent aujourd’hui intégrer la notion de limite de la planète dans leurs choix de développement et refuser le modèle du tout extrativiste au bénéfice du nord ainsi que celui de l’agriculture industrielle exportatrice et de l’agroforesterie destructrice des forêts primaires et provoquant l’épuisement des sols.

 

 

- E) Ecosocialisme et décroissance

  • Le Bien Vivre

La décroissance est un projet de rupture radicale avec le modèle social consumériste et marchand. Face au fétichisme de l’accumulation d’objets comme outil de réalisation de soi et de rapport aux autres, l’écosocialisme promeut une autre logique, centrée sur le « bien vivre » : « moins de biens, plus de liens ». La décroissance introduit avec force la notion de limites à l’opposé de la démesure qui gouverne les sociétés contemporaines : désirs illimités, affirmation de la toute puissance de l’individu et croyance irraisonnée dans les vertus de la science et de la technologie. La pensée progressiste a longtemps imaginé que toute avancée scientifique était par définition émancipatrice si elle se déployait dans un cadre public. Cette idée est désormais caduque. La question n’est plus de savoir si une technique est possible mais si elle répond à des besoins réels. Au-delà, le risque est grand de tomber dans une dépendance qui institue une nouvelle forme d’asservissement de l’homme à la techno-science. Des avancées médicales oui, des robots pour s’occuper des personnes âgées, non !

 

L’autre vision novatrice concerne le rapport au temps. L’accélération permanente, le « toujours plus vite » conduit au burn-out. Il faut réhabiliter la lenteur, rejeter l’injonction d’immédiateté et la dictature du « temps réel », négation de la démocratie. Prendre le temps de méditer, lire, dormir, flâner, mais aussi décider collectivement.

 

  • Pour une démondialisation solidaire

Une écologie radicale est impossible sans rompre avec la mondialisation libérale. Il ne s’agit pas seulement d’en finir avec la « spéculation financière » repartie de plus belle depuis la crise de 2008. C’est l’ensemble des échanges internationaux qu’il faut rééxaminer. Une part considérable de ceux-ci est constituée de commerce intra-firmes (entre filiales d’une même multinationale) et intra-branches (on vend et on achète des produits similaires entre différents pays). Cette circulation effrénée de services et de marchandises génère le dumping social, des pollutions insupportables et est incompatible avec les impératifs écologiques. La multiplication des transports génère des pollutions devenus insupportables.

 

Il faut relocaliser les productions en n’échangeant entre pays que l’indispensable. De même que nous prônons la souveraineté alimentaire, il faut se diriger vers la souveraineté industrielle. Ce processus de démondialisation est solidaire car il doit se penser non pas dans une logique de marché (diminution des coûts), ni de guerre commerciale entre tous, mais par la coopération des peuples fondée sur la satisfaction des besoins sociaux. Bien loin d’un « repli sur soi », il nécessite la mise en place d’un protectionnisme solidaire.

 

  • Empreinte écologique et dette écologique

L’empreinte écologique mondiale a dépassé la capacité biologique de la Terre à produire ce dont nous avons besoin et à absorber nos déchets depuis le milieu des années 1980. Si tous les habitants de la planète consommaient autant que les Français, il faudrait disposer de 2,5 planètes. Si tout le monde consommait comme un Américain, il faudrait disposer de 5 planètes. Nous sommes donc maintenant en surconsommation, ce qui signifie que nous puisons dans nos réserves en surexploitant la nature (l’exemple le plus criant est celui des ressources en poisson). Voilà pourquoi une décroissance globale est indispensable. Pour que cela ne se fasse pas au bénéfice des pays riches ou des oligarchies de tout pays, il est impossible de laisser faire le marché et la concurrence libre et non faussée. D’où les propositions du Parti de Gauche d’inscrire la règle verte dans la constitution d’une 6e république et de mettre en œuvre une planification écologique. C’est tout le défi de l’écosocialisme.

 

  • Planification écologique

Il n’y a donc pas d’autre solution qu’une décroissance des ponctions sur la nature à l’échelle de la planète. Si on ne veut pas que cela s’effectue sauvagement et donc au bénéfice des pays riches et des oligarchies quelque soit leur pays d’origine, il faut surtout ne pas laisser faire le marché et la concurrence libre et non faussée. Il faut donc l’organiser et l’outil pour cela est la planification écologique avec deux principes de base :

 

- la règle verte : La règle verte consiste à inscrire dans la constitution le fait de ne pas prélever plus de ressources et de ne pas produire plus de déchets que ce que notre pays peut supporter. Le calcul se base sur l’utilisation de la notion d’empreinte écologique afin de réduire l’utilisation de ressources non renouvelables et de limiter les ressources renouvelables à ce que l’écosystème a le temps de renouveler. Les choix économiques, agricoles, énergétiques, d’aménagement du territoire et de transports doivent être planifiés afin de respecter cette règle verte et de réorienter production, échange et consommation selon leur utilité sociale et écologique. Cela nécessite une action qui soit à la fois coordonnée, volontariste et inscrite dans le long terme, tout en engageant des moyens immédiats pour les premières ruptures. Cela suppose d’identifier au préalable les biens communs et les services publics qui constituent les droits fondamentaux, de trouver le niveau pertinent d’articulation entre le central et le local, explorer les voies de la socialisation et de la réappropriation citoyenne.

 

- la reconnaissance de la dette écologique des pays industrialisés envers les autres pays. Le développement des pays du nord s’est effectué en pillant les ressources des pays du sud et ce pillage continue de nos jours sous des formes diverses par l’appropriation des matières premières, des terres et de la biodiversité sous la forme de la brevetabilité du vivant. Ce pillage doit donc cesser et être remplacé par des échanges justes partant des besoins des populations des pays du sud, de la nécessité de ces pays d’aller vers leur autonomie et leur souveraineté sous toute ses formes afin de ne plus dépendre des pays du nord. La coopération entre pays, basée sur l’intérêt général des populations des pays pillés, doit remplacer les mécanismes de marché. Les pays industrialisés ayant le plus de responsabilités dans le réchauffement climatique non seulement dans la durée mais aussi dans les quantités rapportées au nombre d’habitants, doivent faire les efforts principaux dans la réduction des émissions de gaz à effets de serre.

 

- La décroissance ce n’est donc pas une question morale.

- Ce n’est pas non plus revenir à la bougie ni se priver des avancées technologiques qui soulagent les êtres humains de tâches pénibles.

- La décroissance c’est le choix de la sobriété heureuse pour que la vie humaine soit encore longtemps possible sur notre planète terre.

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