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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 08:14
« Entreprises libérées ». Au bonheur des patrons

Pour la CGT, Les nouvelles formes de management peuvent être pernicieuses :
Un avant-goût de pa­radis socialiste ? Pas tout à fait. Même si le passage en entreprise libérée peut apporter une bouffée d’oxygène bienvenue en misant sur l’esprit d’initiative des salariés, il ne faut pas trop en attendre : le but n’est pas de libérer les travailleurs de l’exploitation capitaliste, mais bien d’augmenter la rentabilité de l’entre­prise

 

Source : L'Humanité Dimanche | Cyprien Boganda

- Si vous en avez marre des plannings imposés et des petits chefs tatillons, l’« entreprise libérée » est faite pour vous !

Ce nouveau modèle managérial un peu fumeux, aussitôt caractérisé de « révolution » par ses promoteurs, colonise les magazines. Que cache-t-il ? Rien de révolutionnaire, malheureusement : si les patrons choisissent de lâcher la bride à leurs salariés, c’est avant tout par intérêt…

 

Le concept fait fureur chez les pontes du management. La notion d’« entreprise libérée » repose sur un principe aussi simple que séduisant : pour fonctionner plus efficacement, une entreprise doit se débarrasser du poids de sa hiérarchie traditionnelle, qui entrave l’autonomie des salariés, au profit d’une structure horizontale, plus égalitaire, qui accorde à tous une grande marge de manœuvre. Jugés contre-productifs, les échelons intermédiaires sont considérablement réduits, voire, dans certains cas, carrément supprimés. Dans l’entreprise libérée, c’en est fini du manager mal embouché qui vous passe un savon le matin parce que vous franchissez le seuil du bureau avec douze minutes de retard. Le salarié décide librement de son emploi du temps et des méthodes à utiliser pour atteindre ses objectifs. Les collectifs de travail pléthoriques sont éclatés en petites unités dans lesquelles les salariés organisent leur planning, partent en vacances quand ils le veulent, élisent des responsables d’équipe pour une durée limitée… Que du bonheur !

 

C’est en tout cas ce qu’explique le grand promoteur de l’entreprise libérée en France, Isaac Getz. Ce gourou du management est professeur de gestion – ou, plus pompeusement, de « leadership et d’innovation » – à l’ESCP Europe. Auteur d’un best-seller traduit dans quatre langues (« Liberté & Cie : quand la liberté des salariés fait le bonheur des entreprises », 2012), il explique son concept par un exemple concret : « “Chef, j’ai un problème !” Que fait le manager dans une entreprise classique ? Il écoute et donne la solution. Le problème, avec cette approche, c’est que, implicitement, le manager renvoie à son subordonné un message disant qu’il a un cerveau inférieur. » Pour le chercheur, la bonne réponse consisterait à dire : « Tu es compétent, trouve la solution et on en discute après ! »

 

 

- bon pour les cost-killers

Dans le monde, nombre d’entreprises assurent avoir « libéré » leurs salariés, les plus connues étant Gore-Tex et Harley-Davidson. En France, une grosse dizaine de sociétés revendiquent également le titre d’« entreprises libérées », comme la biscuiterie Poult, la SSII grenobloise Sogilis (logiciels informatiques) ou l’équipementier automobile Favi (pièces de boîtes de vitesses), basé dans la Somme.

 

Dans ces PME modèles, les pointeuses disparaissent par magie, les salariés créatifs sont récompensés, les patrons desserrent un peu la vis… Un avant-goût de pa­radis socialiste ? Pas tout à fait. Même si le passage en entreprise libérée peut apporter une bouffée d’oxygène bienvenue en misant sur l’esprit d’initiative des salariés, il ne faut pas trop en attendre : le but n’est pas de libérer les travailleurs de l’exploitation capitaliste, mais bien d’augmenter la rentabilité de l’entre­prise. « Au-delà du marketing Bisounours, il s’agit dans bien des cas de faire du cost-killing, résume crûment François Geuze, consultant en RH (relations humaines). En supprimant les échelons intermédiaires – à commencer par les managers –, l’entreprise réduit ses frais de fonctionnement. Les salariés doivent, du coup, assumer des tâches supplémentaires sans être payés davantage… Quant aux responsabilités les plus stratégiques, elles continuent d’être exercées par la direction ! »

 

Par ailleurs, « émanciper » les salariés à la sauce Getz vise surtout à doper leur productivité. Jean-François Zobrist, emblématique dirigeant de la Favi, en convient volontiers. « Mes opérateurs sont 2 % à 3 % plus productifs que les autres, se vante-t-il face caméra [1]. Pourquoi ? Parce qu’ils sont plus heureux. » À la Favi, les salariés bienheureux n’ont plus besoin de pointer tous les matins, mais les cadences ne sont pas pour autant revues à la baisse, loin de là. « Nous ne sommes pas chronométrés, mais on a une cadence horaire à respecter, explique Joanna, opératrice. Nous devons sortir 1 800 pièces en une journée. » [1]

 

Tous les jours, elle quitte son domicile à 4 heures du matin, pour prendre son à 5 heures. S’ensuivent huit d’heures de boulot d’affilée, avant un retour au foyer bien mérité. La semaine suivante, c’est le même rythme, mais de 13 heures à 21 heures. « Je suis très, très fatiguée », avoue-t-elle dans un sourire un peu contraint.

 

 

- du fric et de l’humanisme

Ces cadences élevées font le bonheur de l’entreprise. Le site spécialisé « Dans la cuisine des patrons » (voir encadré) s’est amusé à éplucher les comptes annuels de la Favi sur les douze dernières années. Bilan : « émanciper » l’entreprise sert surtout à débrider les profits ! « Sur 12 ans, la tendance du chiffre d’affaires est à la hausse, celle des effectifs à la baisse, conclut le site. De 66 millions d’euros en 2003, le chiffre d’affaires est passé à 71 millions en 2014 ; de 421 salariés en 2003, la moyenne des effectifs est passée à 385 salariés en 2014. » Par ailleurs, si les bénéfices se portent bien (4 millions d’euros par an, en moyenne), c’est surtout l’actionnaire majoritaire qui en voit la couleur. « Pour 60 % de son montant, le résultat a été distribué à Afica (une société spécialisée dans l’affinage des alliages cuivreux, qui a racheté la boîte en 1971 – ndlr), soit une moyenne annuelle de 2,4 millions d’euros sur les douze dernières années », souligne le site.

 

Mais, trêve de mauvais esprit : après tout, on ne va pas reprocher à un honnête PDG de chercher à dégager de l’argent. Jean-François Zobrist le résume lui-même, dans son style inimitable : « Un patron est une machine à faire du fric. Et l’humanisme est le meilleur moyen d’en faire. » Voilà qui est dit !

 

Note :

[1] Voir le documentaire « Question de confiance », de François Maillart, diffusé le 22 avril 2009, sur France 3.

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