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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 08:05
Martine Billard secrétaire nationale du Parti de Gauche : Pourquoi la décroissance est incontournable !

De plus en plus d’intellectuels, de militants ou de simples citoyens sont persuadés que le modèle de croissance de ces 6o dernières années n’est plus souhaitable, ni possible. La remise en cause du concept même de PIB (Produit intérieur brut) est largement présente dans le débat public. Malgré cela, le pourcentage d’augmentation de la production continue a être l’alpha et l’oméga de la vie en société. Couplé à l’hégémonie de l’idéologie de la « compétitivité » et au fétichisme de la marchandise, la vision productiviste de l’économie reste dominante. Le mot décroissance pose de bonnes questions mais il suscite aussi incompréhension, réticence et peur. Pourtant une croissance infinie sur une planète aux ressources non renouvelables est impossible. Les périls qui pèsent sur la biosphère ont atteint un seuil qui oblige à des ruptures majeures.

C’est la raison du projet écosocialiste, tandis que perdure ailleurs l’illusion dépassée de réponses sans remise en cause des rapports sociaux ni du fonctionnement de l’économie de marché.

Vous trouverez ci-après ma réflexion personnelle sur le sujet

 

Source : le blog de Martine Billard Secrétaire nationale du parti de Gauche

- A) La croissance en berne

Malgré les innombrables déclarations faisant de la croissance un totem, celle-ci est de longue date en baisse pour les pays industrialisés. En France, on est passé de 4,9 % d’augmentation annuelle moyenne pour la période 1950-1973 à 1,18 entre 2002 et 2012. Cette quasi-stagnation a des racines profondes, bien au delà des effets conjoncturels dûs aux crises successives :

  • Le temps de l’énergie bon marché et du gaspillage massif des ressources naturelles est résolument derrière nous entraînant globalement une tendance à une moindre efficacité du système économique.
  • Le consumérisme des pays riches a atteint ses limites. Les produits phares des 30 glorieuses (automobile, électroménager, ameublement) sont désormais entrés dans une phase de saturation des besoins et de simples renouvellements. La demande se déplace vers des services à faible productivité ou liés à l’évolution des modes de vie (à interroger d’ailleurs).
  • Les cycles de croissance ont toujours été liés à des innovations majeures entraînant des gains considérables de productivité. Or comme le PIB, la productivité connaît elle aussi une tendance à la stagnation : 5% de gain annuel pendant les 30 glorieuses, 1% aujourd’hui. Notre société se caractérise par une panne des innovations susceptibles de relancer la machine de la production. Les fameuses « nouvelles technologie de l’information et de la communication » vantées jour et nuit par les médias ont un impact bien moindre que les découvertes du passé. Elles ne se traduisent pas pour le moment par la mise en place d’un régime d’accumulation durable et efficace.

 

 

- B) Une situation écologique insoutenable

Les périls qui pèsent sur l’écosystème ont désormais atteint un seuil qui oblige à des ruptures majeures.

  • Le réchauffement climatique

L’émission massive de gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle a entraîné une hausse de 0.85 degré depuis 1880 et pourrait aboutir à une augmentation de 4.8 degré à l’horizon 2100 dans le scénario le plus pessimiste envisagé par le 5° rapport du GIEC publié en novembre 2014. Si cette évolution devait se poursuivre, les conséquences en seraient dramatiques : multiplication des accidents climatiques (tempêtes, inondations...) risque accru d’incendies, menaces sur la bio-diversité, déplacement des maladies tropicales, mouvement massif de population, baisse de rendement des cultures, montée des eaux due à la fonte des pôles et des glaciers (98 cm prévu et jusqu’à 7 M en cas de fonte des glaces du Groenland !) , risque de submersion des zones de delta, acidification des océans et disparition des coraux, modification des courants océaniques. Pour éviter cette catastrophe, il faut réduire d’au moins 70% les émissions pour limiter à 2 degré la hausse moyenne des températures. Un tel effort est impossible sans changement radical.

 

  • La 6° extinction des espèces

En matière de bio-diversité, 17 000 espèces sont dès maintenant en danger dont : 1 oiseau sur 8, 1 conifère sur 4, 1 amphibien sur 3 et 1 mammifère sur 4. De même 70% des plantes et 37% des poissons d’eau douce sont concernés. Cette perte est due à la destruction des milieux naturels (forêts, prairie, zones humides) mais aussi à l’agriculture intensive et à l’usage des pesticides et insecticides. Qu’il s’agisse d’alimentation, de pollinisation animale, d’appauvrissement génétique des plantes, de vulnérabilité des récoltes ou de l’importance de la pharmacopée, la bio-diversité est inéluctablement liée au destin de l’humanité. L’affaiblir, c’est rendre plus difficile la vie humaine.

 

  • La menace chimique

Qu’il s’agisse de l’air, de l’eau ou des sols, la pollution induite par les dizaines de milliers de molécules chimiques en circulation est maintenant incontestable : l’atmosphère remplie de particules fines et de multiples gaz irritants entraînerait la perte de 8 mois à 2 ans de vie en moyenne en Europe. La circulation massive des pesticides (présents dans 96% des eaux de surface), des perturbateurs endocriniens du type bisphénol ou PCB comme de dizaines de substances toxiques contenues dans nombres d’objet de la vie courante (tissus, meubles, produits ménagers, électroniques) seraient responsables d’une progression considérable de certaines pathologies comme le cancer, les malformations génitales, le diabète ou les AVC aboutissant à un surcoût de 13 à 20% des dépenses de santé et à une diminution de l’espérance de vie sans incapacité majeure !

 

Une étude récente montre l’impact de ces pollutions sur les femmes enceintes et les jeunes enfants amenant une érosion des facultés cognitives et l’augmentation quasi-exponentielle de certains troubles comme l’autisme. Les sols sont fortement dégradés par l’agriculture intensive, le tassement dû aux engins lourds, l’érosion, les déchets, l’imperméabilisation lié à l’urbanisme qui se traduisent par une baisse des rendements dans certaine zones ou une perturbation de la circulation d’eau potable. Outre l’acidification constatée des océans, ce sont pas moins de 269000 tonnes de plastique en suspension qui pollueraient les mers avec des conséquences majeures sur le milieu.

 

  • L’épuisement des ressources naturelles

Les prélèvements sur les ressources renouvelables ou non concernent d’abord l’eau potable dont les quantités disponibles par habitant sont en constante régression, puis les minerais exploitables dont les gisements ne sont pas infinis. Au rythme de consommation actuelle, l’étain,le plomb et le cuivre en particulier devraient connaître un épuisement des stocks d’ici 30 ans. L’extraction des minerais consomme de plus en plus d’énergie. L’exploitation des « terres rares », indispensables à de nombreuses activités de haute technologie, largement concentrée aujourd’hui en Chine (40% des ressources estimées) provoque des dégâts environnementaux significatifs. Leur fin est aussi programmée aux alentours des années 2020. Le pétrole et le gaz dopés par les huiles et gaz de schiste ont vu leur extraction fortement augmentée au prix d’une catastrophe environnementale. L’utilisation de la totalité des réserves en énergies fossiles, dont le charbon signifierait un réchauffement de 4 degré à la fin du siècle. En outre, même si le rythme se ralentit (5,2 millions d’Ha entre 2000 et 2010 contre 8,3 entre 90 et 2000), la déforestation reste extrêmement préoccupante particulièrement en Amazonie,Afrique Équatoriale et Malaisie/Indonésie.

 

 

- C) Les fausses solutions

Le rêve de « tout changer pour ne rien changer », c’est à dire trouver des réponses sans remettre en cause ni les rapports sociaux, ni le fonctionnement de l’économie de marché, amènent à de fausses solutions.

 

  • Les gestes individuels

90 sociétés sont responsables de 63% des émissions mondiales de gaz à effet de serre depuis 1751 ! La modification des comportements individuels (tri sélectif, recyclage, économie de l’usage de l’eau, de l’électricité, remplacement des hamburgers par des salades bio, lutte contre le gaspillage alimentaire) ne peut donc être la seule solution.

 

  • Le marché

L’orientation des choix économiques par des éco-taxes ou des marchés de droits à polluer n’a jamais démontré son efficacité et se heurte en profondeur à la logique de la concurrence et du profit.. Le mécanisme européen de marché d’émission du CO2 est un échec patent. Le prix de la tonne est passé de 25 euros en 2008 à 5 euros en 2014 alors qu’il faudrait un coût d’environ 70 € la tonne pour peut-être inciter à la réduction des émissions. Il en est de même pour le programme REDD de lutte contre la déforestation qui ne fait que développer des effets pervers pour les pays du Sud.

 

L’espoir d’une « croissance verte » est une vision à court terme qui ne remet en cause ni notre mode de développement ni les conditions de vie et de travail de la majorité de la population. Il ne règle en rien la question du type d’énergie et des réserves de métaux. L’idée d’un « capitalisme vert » est une impasse. Elle consiste à « imposer au capitalisme des règles qui lui sont totalement étrangères ». (M. Husson)

 

  • Le nucléaire

Avec la lutte contre le réchauffement climatique, les défenseurs du nucléaire se sentent ragaillardis. Le nucléaire n'émettrait pas de gaz à effet de serre et donc serait LA solution. Cette approche fait l'impasse déjà sur deux réalités. La construction des centrales nucléaires entraîne la production de gaz à effets de serre. Ensuite le nucléaire ne répond pas à la question globale de l'énergie mais uniquement à la demande en électricité. Cela ne règle donc en rien la question des carburants. Quant à la question du chauffage domestique, ce problème peut être réglé bien plus simplement par l'isolation des bâtiments et du chauffage d'appoint à base d'énergie renouvelable (selon les ressources du lieu : géothermie, bois, biomasse ...).

 

De plus le nucléaire, contrairement à ce qui est toujours faussement affirmé, ne règle pas la question de l'indépendance énergétique puisque l'uranium n'existe que dans un nombre réduit de pays. Enfin l'argument central pour refuser le nucléaire est tout simplement son danger entre la gravité des accidents (Tchernobyl et Fukushima sont pourtant là pour nous le rappeler) et le problème de la durée de vie et du stockage des déchets radioactifs.

 

  • La techno-science

La plupart des solutions proposées pour sortir de la crise écologique reposent sur une croyance aveugle dans les capacités scientifiques et technologiques. Pour limiter le réchauffement à 2°C, il faut une réduction de 70 à 85% des émissions de CO2 donc une diminution de l’intensité CO2 (rapport entre émission et point de CO2) 3 fois plus rapide que celle constatée depuis 40 ans. Rien en l’état actuel des techniques ne permet d’imaginer produire plus en émettant moins. Sauf à rentrer dans des scénarios dignes de la science-fiction, il faut donc envisager une diminution annuelle du PIB mondial d’environ 3% par an jusqu’en 2050, à moduler bien sûr en fonction du niveau de richesse et de pollution accumulé... Les fanatiques de la techno-science proposent de faire baisser la température par « géo-ingéniérie » : ensemencement en fer des océans, pulvérisation d’aérosols soufrés dans l’atmosphère, capture et stockage du CO2, filtre des rayons solaires... Ces illusions technologiques, le plus souvent impraticables, produiraient des effets extrêmement négatifs (modification du régime des moussons, aggravation de l’acidification des océans). Bref, les nouveaux apprentis sorciers du climat sont prêts à tout pour continuer à polluer tout en gagnant de l’argent !

 

 

- D) Qu’en est-il des arguments contre la décroissance ?

Évacuons immédiatement une première approche qui récuserait la décroissance au motif que comme la croissance elle utiliserait les mêmes mesures mettant la production au coeur de l’analyse économique. Il s’agirait alors de privilégier de « nouveaux indicateurs » plus qualitatifs, aussi nombreux que complexes. Cette approche qui est loin d’être absurde, a toutefois l’inconvénient de ne pas s’affronter directement à l’activité économique telle qu’elle existe dans l’immédiat.

 

Cela nous amène à traiter d’une autre façon très répandue d’escamoter la croissance comme projet global. Elle consiste à expliquer que dans l’avenir certains secteurs doivent diminuer et d’autres augmenter sans que la question du solde soit jamais clairement posée. Cette présentation ne prend évidemment pas en compte la nécessité de la diminution nette de la production telle que nous l’avons examiné plus haut.

 

  • Austérité choisie contre austérité subie ?

Prôner la décroissance reviendrait à proposer de passer d'une austérité subie à une austérité choisie. Ce tour de passe-passe vise de fait à faire accepter l'austérité. La remise en cause en profondeur du système économique est escamotée au profit d'une question de curseur et de choix démocratique. C'est une vision individualiste où il suffirait de choisir ce qu'on est prêt à accepter comme réduction de consommation sans remettre en cause les choix de production. Une politique d'austérité a pour objectif de réduire la consommation en baissant considérablement les dépenses publiques. L'accès à des services comme l'éducation, la santé, les transports ... devient donc dépendant de la capacité de chaque usager à remplacer les services publics précédemment disponibles par des services privatisés bien plus coûteux que seules les catégories les plus fortunées peuvent se payer.

 

La baisse de consommation n'est donc pas une austérité choisie mais une austérité imposée à ceux qui n'ont pas les moyens. Cela peut très bien s'accompagner d'une baisse des dépenses socialement utiles et d'une augmentation des dépenses inutiles. De même que le capitalisme vante la politique des gestes individuels du type éteindre l'électricité en sortant de la pièce ou fermer le robinet d'eau pour surtout ne pas remettre en cause le système capitaliste, l'austérité choisie vise surtout à ne pas poser la question de la répartition des richesses et du mode de production.

 

  • Décroissance et pouvoir d’achat

A gauche, la décroissance est souvent assimilée à tort à l’austérité et à la baisse du pouvoir d’achat des classes populaires. Il y a là en effet un débat important avec une vision réductrice du progressisme : celle du « toujours plus ». A la notion de pouvoir d’achat, nous opposons celle du « pouvoir de vivre ». Est-ce un progrès de toujours dépenser plus pour les déplacements domicile/travail, pour plus de consommations médicales afin de réparer les dégâts de modes de vie pathogènes, pour plus de vêtements à la mode, de gadgets à durée limitée, de nourriture jetée à la poubelle ? Toutes ces dépenses augmentent le PIB mais pas le bien vivre. Au delà d’un certain seuil, atteint pour une part importante de la population des pays riches, il n’y a plus de rapport mécanique entre sentiment de bonheur et enrichissement matériel. La décroissance signifiera un accroissement du « bien vivre » pour la majorité de la population, tandis que les possesseurs de yacht et les usagers des palaces auront du souci à se faire.

 

  • Décroissance et chômage

La décroissance serait synonyme de chômage de masse. L’emploi est la résultante de 3 composantes majeures : l’évolution de la population active, le rapport consommation/productivité et le temps de travail. Il faut revenir sur l’intensification du travail, créer de l’emploi sans avoir peur de faire baisser la productivité ou en la mettant au service de la réduction du temps de travail. En effet, le temps de travail a connu une baisse spectaculaire interrompue seulement par les politiques libérales de ces 30 dernières années. Ce blocage de la diminution du temps de travail est d’ailleurs une des origines de la montée actuelle du chômage avec une division entre ceux qui travaillent trop et ceux qui sont dépourvus d’emploi. Il faut reprendre et accélérer la tendance à la réduction en commençant pas un passage immédiat aux 32 heures. Si la transition écologique supprimera des emplois, les plus nocifs, dans la finance, la publicité ou les services, elle créera aussi de nouveaux emplois dans les énergies renouvelables, l’isolation des bâtiments, la réparation. De même, l’agriculture paysanne crée plus d’emplois que l’agriculture industrielle. Dans les services où la machine a remplacé le contact humain (Postes, Banques, Chemins de fer ...), où le « taper 1, taper2, taper ... » revient à exclure de nombreuses personnes de leur accès, des emplois peuvent être recréés.

 

  • Décroissance et pays pauvres

Enfin la décroissance empêcherait les pays pauvres d’accéder au même niveau de vie que les nations les plus riches. C’est l’inverse : consommer mieux et plus sobrement dans nos pays permettra un meilleur partage, la possibilité d’un développement endogène et la fin des pillages. Il s’agit de reconnaître au paysan bengali ou africain le droit de vivre en satisfaisant ses besoins essentiels, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Ce sont les pays du Nord, ceux dont l’empreinte écologique est insoutenable, qui sont visés. Mais les pays émergents ne sont pas obligés de faire les mêmes erreurs que celles commises par l’industrialisation à outrance. Le cas de la Chine est le plus frappant. Les niveaux de pollution et d’émission de CO2 engendrés par une croissance déséquilibrée ne sont pas tenables dans l’intérêt même d’une population qui en subit les effets les plus nocifs. Les pays émergents doivent aujourd’hui intégrer la notion de limite de la planète dans leurs choix de développement et refuser le modèle du tout extrativiste au bénéfice du nord ainsi que celui de l’agriculture industrielle exportatrice et de l’agroforesterie destructrice des forêts primaires et provoquant l’épuisement des sols.

 

 

- E) Ecosocialisme et décroissance

  • Le Bien Vivre

La décroissance est un projet de rupture radicale avec le modèle social consumériste et marchand. Face au fétichisme de l’accumulation d’objets comme outil de réalisation de soi et de rapport aux autres, l’écosocialisme promeut une autre logique, centrée sur le « bien vivre » : « moins de biens, plus de liens ». La décroissance introduit avec force la notion de limites à l’opposé de la démesure qui gouverne les sociétés contemporaines : désirs illimités, affirmation de la toute puissance de l’individu et croyance irraisonnée dans les vertus de la science et de la technologie. La pensée progressiste a longtemps imaginé que toute avancée scientifique était par définition émancipatrice si elle se déployait dans un cadre public. Cette idée est désormais caduque. La question n’est plus de savoir si une technique est possible mais si elle répond à des besoins réels. Au-delà, le risque est grand de tomber dans une dépendance qui institue une nouvelle forme d’asservissement de l’homme à la techno-science. Des avancées médicales oui, des robots pour s’occuper des personnes âgées, non !

 

L’autre vision novatrice concerne le rapport au temps. L’accélération permanente, le « toujours plus vite » conduit au burn-out. Il faut réhabiliter la lenteur, rejeter l’injonction d’immédiateté et la dictature du « temps réel », négation de la démocratie. Prendre le temps de méditer, lire, dormir, flâner, mais aussi décider collectivement.

 

  • Pour une démondialisation solidaire

Une écologie radicale est impossible sans rompre avec la mondialisation libérale. Il ne s’agit pas seulement d’en finir avec la « spéculation financière » repartie de plus belle depuis la crise de 2008. C’est l’ensemble des échanges internationaux qu’il faut rééxaminer. Une part considérable de ceux-ci est constituée de commerce intra-firmes (entre filiales d’une même multinationale) et intra-branches (on vend et on achète des produits similaires entre différents pays). Cette circulation effrénée de services et de marchandises génère le dumping social, des pollutions insupportables et est incompatible avec les impératifs écologiques. La multiplication des transports génère des pollutions devenus insupportables.

 

Il faut relocaliser les productions en n’échangeant entre pays que l’indispensable. De même que nous prônons la souveraineté alimentaire, il faut se diriger vers la souveraineté industrielle. Ce processus de démondialisation est solidaire car il doit se penser non pas dans une logique de marché (diminution des coûts), ni de guerre commerciale entre tous, mais par la coopération des peuples fondée sur la satisfaction des besoins sociaux. Bien loin d’un « repli sur soi », il nécessite la mise en place d’un protectionnisme solidaire.

 

  • Empreinte écologique et dette écologique

L’empreinte écologique mondiale a dépassé la capacité biologique de la Terre à produire ce dont nous avons besoin et à absorber nos déchets depuis le milieu des années 1980. Si tous les habitants de la planète consommaient autant que les Français, il faudrait disposer de 2,5 planètes. Si tout le monde consommait comme un Américain, il faudrait disposer de 5 planètes. Nous sommes donc maintenant en surconsommation, ce qui signifie que nous puisons dans nos réserves en surexploitant la nature (l’exemple le plus criant est celui des ressources en poisson). Voilà pourquoi une décroissance globale est indispensable. Pour que cela ne se fasse pas au bénéfice des pays riches ou des oligarchies de tout pays, il est impossible de laisser faire le marché et la concurrence libre et non faussée. D’où les propositions du Parti de Gauche d’inscrire la règle verte dans la constitution d’une 6e république et de mettre en œuvre une planification écologique. C’est tout le défi de l’écosocialisme.

 

  • Planification écologique

Il n’y a donc pas d’autre solution qu’une décroissance des ponctions sur la nature à l’échelle de la planète. Si on ne veut pas que cela s’effectue sauvagement et donc au bénéfice des pays riches et des oligarchies quelque soit leur pays d’origine, il faut surtout ne pas laisser faire le marché et la concurrence libre et non faussée. Il faut donc l’organiser et l’outil pour cela est la planification écologique avec deux principes de base :

 

- la règle verte : La règle verte consiste à inscrire dans la constitution le fait de ne pas prélever plus de ressources et de ne pas produire plus de déchets que ce que notre pays peut supporter. Le calcul se base sur l’utilisation de la notion d’empreinte écologique afin de réduire l’utilisation de ressources non renouvelables et de limiter les ressources renouvelables à ce que l’écosystème a le temps de renouveler. Les choix économiques, agricoles, énergétiques, d’aménagement du territoire et de transports doivent être planifiés afin de respecter cette règle verte et de réorienter production, échange et consommation selon leur utilité sociale et écologique. Cela nécessite une action qui soit à la fois coordonnée, volontariste et inscrite dans le long terme, tout en engageant des moyens immédiats pour les premières ruptures. Cela suppose d’identifier au préalable les biens communs et les services publics qui constituent les droits fondamentaux, de trouver le niveau pertinent d’articulation entre le central et le local, explorer les voies de la socialisation et de la réappropriation citoyenne.

 

- la reconnaissance de la dette écologique des pays industrialisés envers les autres pays. Le développement des pays du nord s’est effectué en pillant les ressources des pays du sud et ce pillage continue de nos jours sous des formes diverses par l’appropriation des matières premières, des terres et de la biodiversité sous la forme de la brevetabilité du vivant. Ce pillage doit donc cesser et être remplacé par des échanges justes partant des besoins des populations des pays du sud, de la nécessité de ces pays d’aller vers leur autonomie et leur souveraineté sous toute ses formes afin de ne plus dépendre des pays du nord. La coopération entre pays, basée sur l’intérêt général des populations des pays pillés, doit remplacer les mécanismes de marché. Les pays industrialisés ayant le plus de responsabilités dans le réchauffement climatique non seulement dans la durée mais aussi dans les quantités rapportées au nombre d’habitants, doivent faire les efforts principaux dans la réduction des émissions de gaz à effets de serre.

 

- La décroissance ce n’est donc pas une question morale.

- Ce n’est pas non plus revenir à la bougie ni se priver des avancées technologiques qui soulagent les êtres humains de tâches pénibles.

- La décroissance c’est le choix de la sobriété heureuse pour que la vie humaine soit encore longtemps possible sur notre planète terre.

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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 08:17
L'équateur champion du monde de la reforestation

Sources : TV5MONDE

L'équateur a battu un record mondial en plantant près de 650 000 arbres en une seule journée. Près de 50 000 personnes se sont mobilisées pour parvenir à un tel exploit. Un record officiellement homologué par le Guiness Book.

 

A Guano, au coeur de l'équateur, le président Rafael Correa s'est vu remettre le certificat par le fameux Guiness Book des records. Il récompense un programme gouvernemental en faveur de la reforestation.

 

L'exploit a eu lieu le 16 mai dernier. En une journée, partout dans le pays quelque 650 000 arbres ont été plantés par des dizaines de milliers de volontaires.

 

Jusqu'en 2000, l'équivalent de 400 terrains de football étaient détruits chaque année. Depuis 2012, le taux de déforestation a été divisé par deux et d'ici 2017 le pays ambitionne purement et simplement d'éradiquer la déforestation.  

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13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 08:58
Selon Al Gore, ancien vice-président des Etats-Unis: près de 50% des terres arables de la RDC sont bradées

Sources : Africatime.com R.D.Congo le 15 juillet 2015

Après le secteur des mines, qui a subi une véritable razzia, c’est le tour de terres arables de la RDC[1] de faire l’objet d’une ruée à l’échelle internationale. Dans son livre intitulé ‘’ Le futur’’, Al Gore, ancien vice-président des Etats-Unis, note que 48,8% des 120 millions d’hectares des terres arables que compte le Congo-Kinshasa sont déjà cédées aux étrangers. Un véritable bradage qui se fait malheureusement, dénonce l’ex numéro 2 sous Bill Clinton, au détriment du peuple congolais. Une redéfinition s’impose.


Scandale géologique, la République démocratique du Congo n’a pas cessé de séduire. Qui eut imaginé qu’au-delà de ses mines et de ses forets, la RDC pouvait attirer autant de convoitises pour ses terres arables ? Et sur ce point précis, la RDC a été bien dotée par la nature, parce qu’elle en compte environ 120 millions, derrière le Brésil.

 

La RDC, c’est aussi de larges étendues de terres fertiles et propices à l’agro-industrie. Une bénédiction de la nature (ou de Dieu). Les conditions climatiques favorisent le déploiement à grande échelle des activités agricoles toute l’année.

 

Malheureusement, le peuple congolais n’en tire pas le meilleur parti. Pourquoi ? Parce que son élite, toutes tendances confondues, s’embourbe dans des disputes politiques internes, ceux qui disposent du regard de l’aigle ont vite fait d’anticiper. Maffieux ou pas, ces investisseurs étrangers à la recherche de nouvelles sources d’enrichissement n’ont pas tardé pour prendre pied en RDC.

 

Leur flair les a renseignés que ce grand pays au centre de l’Afrique est un nouvel eldorado où terres rares et terres arables font ménage. Dès lors, ils préviennent la désertification qui guette des pays tels que l’Arabie Saoudite, la Chine et les Etats-Unis. Les terres arables et partant l’agriculture, se feront de plus en plus rares dans un avenir pas très lointain.

 

Dans cette recherche de la survie, la RDC est au centre du de nouveaux enjeux internationaux. D’autant que le Brésil est un pays pas facile d’accès.

Selon Al Gore, ancien vice-président des Etats-Unis: près de 50% des terres arables de la RDC sont bradées

- Le pavé d’Al Gore

Dans son dernier ouvrage intitulé : « Le futur. Six logiciels pour changer le monde », Al Gore, ancien vice-président des Etats-Unis sous l’ère Bill Clinton de 1993 à 2001 et prix Nobel de la paix, pose le problème dans des termes clairs. « Dans nos économies mondialisées, écrit-il, certains pays dont la population augmente et qui épuisent les ressources de leurs sols et en eau sont amenés à acheter de vastes étendues de terres arables dans d’autres pays, en particulier en Afrique où l’on estime qu’un tiers des terres non cultivées sont disponibles ».

 

Reprenant les déclarations de Makambo Lotorobo, agent de terrain chez Friends of Turkana, une Ong environnementale kenyane, Al Gore souligne que : « La Chine, l’Inde, la République de Corée, l’Arabie Saoudite, notamment, ainsi que des entreprises multinationales, des fonds de pension et des universités achètent de grandes étendues de terres sur le continent (Ndlr : noir) afin de produire du blé et d’autres céréales non seulement pour leur propre consommation mais aussi pour les vendre sur les marchés mondiaux. C’est une sorte de nouveau colonialisme, comme au XIXè siècle quand nos ressources étaient exploitées pour permettre au monde occidental de se développer ».

 

Al Gore poursuit, citant cette fois-ci Philip Woodhouse de l’université de Manchester, qu’ « il ne fait aucun doute qu’il ne s’agit plus seulement de terres mais bien de l’eau ». Et d’ajouter : « Les pays riches ont un œil sur l’Afrique, pas uniquement en termes de profits et de retours sur investissements mais aussi comme une police d’assurance ».

 

Dans cette nouvelle chasse aux terres arables de l’Afrique, la RDC n’est pas à l’abri. Selon Al Gore, qui se réfère à une analyse de Rights and Resources Initiative, une Ong internationale basée à Washington, « la République démocratique du Congo a signé des accords avec des propriétaires étrangers pour céder 48,8% de ses terres cultivables ». Plus explicite, l’ancien vice-président des Etats-Unis affirme que « la Chine a obtenu un agrément avec la République démocratique du Congo sur l’exploitation de l’huile de palme pour des biocarburants sur une étendue de 2,8 millions d’hectares ». « Quant à la part exacte des achats massifs destinés au biofuel, note Al Gore, les experts sont partagés. La Banque mondiale a calculé que, en 2009, 21% y étaient destinés, alors que l’International Land Coalition estime qu’ils représentent 44% ».

 

A voir de plus près, les estimations d’Al Gore paraissent tout à fait minimalistes pour le cas précis de la RDC. Sûrement, la cession des terres arables de la RDC se situe bien au-delà de 50%. Et, la Banque mondiale, citée toujours par Al Gore, penche dans ce sens. « La Banque mondiale, écrit-il, a analysé les rapports concernant les transactions immobilières internationales en matière d’agriculture entre 2008 et 2009 et conclu que, durant cette période de deux ans, les pays étrangers et les entreprises ont acheté presque 8 millions d’hectares de terres – approximativement la superficie du Pakistan – et que deux tiers des ventes se sont déroulées en Afrique ».

 

De ce point de vue, qui d’autre en Afrique à part la RDC dispose de terres arables assez larges pour se livrer à un tel exercice ? Si la Banque mondiale limite ses analyses en 2009, elle ne fait pas mention de tout ce qui se passe jusqu’à ce jour. En effet, la réalité est que le monde nourrit de grandes ambitions sur les terres arables. Et la RDC est dans l’œil du cyclone.

 

La menace de désertification qui guette de nombreux pays tels la Chine, l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis les poussent aujourd’hui à lorgner ailleurs, notamment en Afrique, pour trouver des terres cultivables. Or, la RDC en compte environ 120 millions d’hectares, dont à peine 10% sont mis en valeur. Elle paraît, de ce point de vue, comme un candidat potentiel à la grande ruée internationale des terres arables.

 

Pour ces pays en panne, il devient préférable, comme l’indique Al Gore, « d’acheter des terres disposant d’abondantes nappes d’eau douce en Afrique » que d’investir dans des projets d’irrigation extrêmement onéreux « at home ».

 

 

- La voie de sortie

Dans ces conditions, peut-on espérer une inversion de la tendance ? Difficile à dire pour l’instant. Toutefois, d’aucuns sont d’avis qu’une nouvelle colonisation de l’Afrique serait en gestation. L’Afrique se réveiller. Particulièrement la RDC, qui a le devoir ici et maintenant prendre conscience du danger pour éviter une nouvelle hécatombe au pays.

 

Alors que le vaste bradage des mines ne s’est pas encore arrêté, un autre, d’une grande amplitude, risque de ruiner complètement l’avenir de la RDC. Les terres arables congolaises sont à protéger et non à brader. Et, l’Etat, garant de la souveraineté et du bien-être du patrimoine commun doit les protéger contre vents et marées.

 

Dans une étude intitulée : « Les conflits autour des terres arables en RDC : négligés mais aussi dévastateurs que les guerres à l’Est du pays » de Joël Siku Kasereka, postée sur Internet le 20 mars 2013, l’auteur prédit un scenario apocalyptique pour la RDC. Il note que « la richesse potentielle de la RDC cache des réalités paradoxales ». L’auteur craint une résurgence des conflits autour de l’accès aux terres, notamment cultivables.

 

Pourtant, avec plus de 120 millions d’hectares des terres arables, la RDC pourrait nourrir plus du tiers de la population mondiale, en utilisant les technologies de production améliorées les plus récentes. Ce qui n’est pas le cas. En lieu de rentabiliser ses terres, la RDC a préféré les céder aux étrangers pour une exploitation agro-industrielle qui ne profite nullement à sa population. Recadrer le tir parait plus que jamais inévitable pour éviter un cataclysme national.

 

Quid ? Déposséder le pays des terres arables, comme c’est le cas actuellement, c’est entretenir des conflits que l’on ne saura pas maitriser dans les prochains jours. Une redéfinition s’impose pour recadrer les choses. Il y a va de l’intérêt du pays.

 

 

- Quelques données chiffrées sur la RDC

 

• Superficie de la RDC : 2.345.000 Km²
• +/- 120 millions d’hectares de terres arables dont 10% exploitées et 4 millions d’hectares irrigables
• +/-135 millions ha des forêts tropicales (52% de la RDC)
• Potentiel halieutique: +/- 700.000 T de poissons par an
• Potentiel de Gros bétail à élever + 40 millions de têtes
• +/-60 millions d’habitants dont 70 millions en milieu rural (six millions de ménages agricoles)
• 400.000 artisans pêcheurs.

 

Note

[1] République démocratique du Congo

 

Pour en savoir plus :

- DOSSIER : Les terres agricoles en Afrique

- Des paysans cambodgiens attaquent le groupe Bolloré en justice

- L’accaparement des terres en Afrique : Investissement ou pillage ?

- Terres "accaparées" : séance d'explications entre Bolloré et les communautés locales

- Les guerres africaines de Vincent Bolloré

- Bolloré étend son empire agricole

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 08:01
François Hollande aurait enterré le projet de l’autoroute A831

Enfin ! Les tergiversations de M. Valls et S. Royal aux oubliettes ?

Attendre et voir avant de fêter les 10 ans de lutte !

 

Sources : Presse Océan Nantes le 3 juillet 2015

Hugues Fourage, député PS du sud-Vendée, a annoncé ce vendredi 3 juillet que, selon une source officielle, François Hollande venait de décider de ne pas demander la prorogation de la déclaration d’utilité publique (DUP) de l'A 831. Cette DUP tombe le 12 juillet, ce qui signifie que le 12 juillet l'A 831 « sera donc définitivement enterrée ».

 

Ce projet d'autoroute entre l’A83 (Nantes-Niort) au niveau de Fontenay-le-Comte et l’A837 (Rochefort-Saintes) au niveau de Rochefort, devait traverser les départements de Vendée en région Pays de la Loire et de Charente-Maritime en région Poitou-Charentes. Le tracé passait par deux zones humides : le marais poitevin et le marais de Rochefort. Déclaré d’utilité publique par décret du 12 juillet 2005, ce projet constituait le dernier maillon de la route des Estuaires et devait désenclaver la ville de La Rochelle. Ségolène Royal n’a cessé de rappeler son hostilité à cette portion autoroutière et il semble qu’elle ait obtenu gain de cause auprès de François Hollande.
 
 

- Autoroute A831 : Ségolène Royal confirme et "assume" l'abandon du projet[1]

"C'est fini le temps de celui qui impose quelque chose alors que la population n'en veut pas", a ajouté Mme Royal, soulignant que ce projet "n'est pas rentable". Le coût du projet est estimé à "900 millions d'euros, plus les compensations de déficits qu'il faudrait verser à l'exploitant", a fait valoir la ministre. Et notre Dame des Landes ?

 

Note :

[1] http://www.bfmtv.com/breves-et-depeches/autoroute-a831-segolene-royal-assume-l-abandon-du-projet-901245.html

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier A831

- Il est temps d'enterrer la A831 ! Non aux projets inutiles !

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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 08:04
VEOLIA veut créer un « Google » des données sur l’eau

Avec le projet FLUKS, Veolia veut utiliser les données des régies publiques pour devenir le leader mondial de la valorisation des données des services d’eau. Première étape avant de tenter de s’approprier l’ensemble des données publiques sur l’eau, ce qui représenterait un danger majeur pour la démocratie.

 

Source : Les eaux glacées du calcul égoïste par Marc Laimé le 09/04/2015

En tirant profit du besoin de partager l’information entre les régies, Veolia va créer une nouvelle place de marché en semi « open data » sur internet, qualifié "d’agrégateur des connaissances d’exploitation".

 

Veolia Eau France est déjà le leader du marché en volume de données susceptibles d’être diffusées. L’entreprise a dès lors la capacité d’élaborer, par exemple, des comparateurs sur les pertes en eau des différents réseaux, grâce à la fiabilité et à la quantité de ses propres données.

 

Ce leadership peut être promu sur Internet, où Veolia a l’ambition de devenir la référence incontournable sur le plan mondial de ce nouveau segment de marché.

 

L’entreprise espère neutraliser les premiers rapprochements initiés sur le même thème par Eau de Paris et la nouvelle régie de Nice-Métropole, adhérents du réseau France Eau Publique, créé en 2012.

 

Pour Alain Franchi, missionné par Antoine Frérot, P-DG de Veolia Environnement pour restructurer Veolia Eau France, la filiale historique du groupe en nette perte de vitesse depuis quelques années : « Les réinternalisations sont massives. La montée en puissance des agglomérations va accélérer ce phénomène. La délégation de service public (DSP) décline et se meurt. Dès lors, il convient de privilégier une organisation reposant sur des métiers de spécialité. »

 

Une nouvelle holding, « Nova », a été conçue pour porter des activités spécialisées, sur une base de « métiers » et non plus d’implantations géographiques. Le projet doit permettre d’atteindre une taille critique suffisante permettant de s’adapter à la baisse des prix du marché.

 

En effet, le prix de l’eau a diminué de -28 % en moyenne. Il convient donc d’élargir l’offre des prestations spécialisées à des marchés autres que ceux de l’eau et de l’assainissement. Ce qui implique de créer une entité managériale capable de choisir les projets, le nombre de « capsules » qui vont être créées à cet effet étant défini en fonction des besoins.

 

Le projet s’est appuyé sur le constat du bouleversement de l’économie engendré par Internet. Ce processus s’est accéléré au cours des cinq dernières années, transformant les relations entre les entreprises et les clients institutionnels.

 

Par ailleurs « l’open data » commence à bouleverser l’économie de la donnée, en incitant tous les acteurs à les diffuser librement.

 

L’entreprise a constaté que le savoir-faire de Veolia Eau France est de moins en moins valorisé dans les appels d’offres de DSP, qui privilégient fréquemment l’offre la moins coûteuse. Le phénomène de retour en régie plaide lui aussi en faveur de la mutualisation des savoir faire.

 

Par ailleurs le système d’exploitation de Veolia Eau France a vieilli. C’est le cas en particulier de l’application « Lerne ». Bien qu’étant un outil éprouvé, le « reporting » repose sur des tableaux Excel, ce qui n’est plus satisfaisant aujourd’hui.

 

Veolia Eau France a toujours disposé de structures susceptibles d’être utilisées en cas de besoin. Ces sociétés étaient identifiées par le sigle « CLIG » (Compagnie locale d’investissement et de gestion), et adaptées aux besoins de l’entreprise.

 

Dans le cadre du projet FLUKS, l’entreprise a décidé d’utiliser Clig 29, filiale à 100 % de VE-CGE. À terme, cette entité serait rebaptisée « Nova Veolia » et deviendra la holding de l’ensemble des « capsules » créées ultérieurement. Elle portera, au nom de VE-CGE, le lien capitalistique avec toutes les sociétés qui lui seront rattachées. « Nova Veolia » n’a pas vocation à accueillir du personnel. Les capsules seront donc des filiales de « Nova Veolia », elle-même détenue à 100 % par Veolia Eau-Compagnie Générale des Eaux SCA.

 

 

- Nouveau partenariat VEOLIA – BRGM

Dans un registre voisin, un nouvel accord de partenariat entre Veolia et le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) a également été rendu public le 2 avril 2015.

 

Un premier accord de recherche avait été conclu entre les deux partenaires en 2007. Il avait favorisé la réalisation de plusieurs projets, notamment sur l’utilisation des eaux usées pour recharger les nappes.

 

Le sol a des capacités épuratrices naturelles qui peuvent compléter les processus de traitement opérés dans les stations d’épuration. L’infiltration d’eaux usées traitées peut être envisagée pour recharger de manière artificielle les nappes. Cela peut aussi contribuer à lutter contre l’intrusion d’eau salée dans les nappes littorales. Simulations numériques, expérimentations in situ sur un bassin d’infiltration d’eaux usées traitées, observations sur une colonne de sol reconstitué ont ainsi été au programme des collaborations passées.

 

Cinq sujets thématiques majeurs font l’objet du nouvel accord :

  • réhabilitation de sites contaminés,
  • « mines urbaines » et valorisation des matières minérales,
  • ressources secondaires dont les métaux et terres rares,
  • promotion des solutions de réutilisation de l’eau en réinjection de nappes ou stockage souterrain,
  • gestion des ressources hydrogéologiques complexes.

 

Le partenariat doit permettre de réaliser des études conjointes, de développer de nouveaux concepts, ou encore de tester des produits en France ou à l’étranger.

 

Noter ici que très discrètement, l’an dernier, le BRGM et l’ONEMA ont créé le pôle INSIDE, qui s’occupe précisément des données sur l’eau, après le scandale de l'ONEMA

 

 

- Un enjeu colossal

La question des données publiques sur l’eau françaises avait brutalement fait irruption avec le scandale de l’ONEMA, révélant des enjeux jusque là cachés : le risque de marchandisation des données sur l'eau, que nous avions alors dénoncé, nous heurtant à l’incrédulité, non pas générale, mais soigneusement attisée par ceux qui y avaient intérêt…

 

Depuis, l’audition d’une quinzaine d’experts données de l’ONEMA par le groupe opérationnel Levraut avait confirmé l’ampleur du désastre : des données ni fiables, ni interopérables, et parfois même… irrécupérables…

 

Ensuite un audit conduit par l’AFNOR, dont les conclusions ont suscité un violent conflit entre l’équipe de l’AFNOR et celles de la DEB, des Agences et de l’ONEMA, est venu compléter le tableau du désastre.

 

Dans le même temps, il faut se souvenir que c’est Pascal Berteaud, ex-directeur de l’eau durant la décennie 2000, « inventeur » de l’ONEMA, qui, après l’avoir préparé au cabinet de NKM jusqu’en 2010, a assuré, en sa qualité de directeur de l’Institut géographique national (IGN), à partir de 2010, la transcription en droit français de la directive INSPIRE qui, pour faire simple, promeut la mise à disposition du public de toutes les données environnementales.

 

En apparence, en apparence seulement, l'IGN aurait freiné des quatre fers pour préserver son business des ravages de « l’open data ».

 

En réalité VEOLIA, (encore), a participé et participe toujours à plusieurs programmes de RD dans le domaine de l’eau et de l’environnement mis en oeuvre par l’IGN.

 

Pour faire simple il s’agit, tout en captant les flux croissants de données qui sont mis à disposition du public, comme en attestent par exemple les annonces récentes de l’OIEau, s’agissant de stations de mesure de la qualité des eaux continentales, ou des masses d'eau de transition, de construire step by step une gigantesque place de marché sur laquelle, à terme, les drones que VEOLIA utilise déjà dans des campagnes de relevés topographiques et hydrologiques alimenteront en continu les solutions progicielles que l’entreprise développe discrètement (voir le Grand Nancy…), et qui seront dans un avenir proche les outils incontournables de la gestion des petit et grand cycle de l’eau…

 

  • Les lecteurs d’Eaux glacées n’en seront pas surpris.
  • Tout cela n’intéresse strictement personne, … à part nous et eux.
  • Bienvenue dans le monde du Data Worldwide Water Consortium.
  • Quand les filiales dédiées seront placées en bourse, cassez vos tirelires…
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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 08:05
Un rapport de l’ADEME démontre la possibilité de couvrir la totalité des besoins électro–énergétiques en énergies renouvelables.

Une bombe verte dans le pays le plus nucléarisé du monde.

 

Source : Le Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Hervé Debonrivage

La présentation de la bombe de l'ADEME a provoqué la mise en action d’une procédure de désamorçage par le gouvernement (gauche élitaire) de manière à ce que ce rapport fasse pschittt. Passez, il n’y a n’a rien à lire ! Mais la plupart des médias ne sont pas dupes. Voici un extrait de revue de presse.

 

Le rapport est disponible sur Mediapart (seulement pour les abonnés). Le rapport de l’Ademe n’y est pas téléchargeable en format PDF par un hyperlien. On ne trouve pas non plus disponible sur le site de l'ADEME.

 

Le rapport est disponible sur Mediapart (seulement pour les abonnés).

 

 

- 1 - Pour le Club Technique de la Gazette des communes du 17/03/2015 : l’Ademe garde pour elle son scénario 100% énergies renouvelables

"Le colloque de l’Ademe sur la transition énergétique organisé mi-avril 2015 a déprogrammé une présentation très attendue. Celle d’une étude exploratoire imaginant un mix électrique 100 % renouvelable d’ici 2050. Un revirement qui interroge...

 

Le président de l’Ademe, Bruno Léchevin, avait promis début février 2015 que le scénario évaluant les modalités d’un mix électrique 100 % EnR en 2050 allait « secouer un peu ». Objectif affiché : permettre un débat riche et porteur de solutions nouvelles et innovantes… Sauf que l’étude, annoncée pour le colloque sur la transition énergétique de l’Agence de l’environnement organisé les 14 et 15 avril prochains, a finalement disparu du programme. A l’Ademe, on avance des explications techniques liées à des résultats peu concluants. « Les outils de modélisation utilisés montrent une trop forte sensibilité aux hypothèses », explique un porte-parole de l’agence. Un travail complémentaire devrait permettre de présenter le scénario tant attendu au deuxième semestre.

 

Ménager la chèvre et le chou - Au delà de ces arguments, difficile de ne pas faire le lien entre ce report et les sorties répétées de la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal. Si les députés ont voté le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte prévoyant un plafond de 50 % d’électricité nucléaire à l’horizon 2025, les sénateurs ont refusé d’entériner cette date.

 

Alors que le texte va être à nouveau étudié par les deux chambres, la ministre est soucieuse de ménager la chèvre et le chou et ne cesse de marteler que rééquilibrage ne signifie pas abandon. Pas question donc à ce jour d’envisager une hypothétique sortie du nucléaire. Pour l’Ademe, ces quelques soucis techniques arrivent à point nommé pour ne pas froisser son autorité de tutelle…"

 

 

- 2 - Selon le Nouvel Observateur du 09/04/2015 : "100% d’électricité renouvelable en 2050 : le rapport qui dérange"

"Un rapport de l’Ademe qui envisageait la possibilité de remplacer l’électricité nucléaire par un bouquet 100% renouvelable, a été enterré. Que dit-il au juste ?

 

On le sait, l’inhumation de rapport est un sport prisé des élites politiques françaises. En général, ce sont les ministres qui se chargent d’"oublier" dans un coin un texte qui énonce des vérités trop enquiquinantes. Parfois, ce sont les rapporteurs eux-mêmes qui se coupent le sifflet. C’est ce qui est arrivé à l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie).

 

L’inopportun rapport devait être rendu public le 15 avril par l’établissement public spécialisé dans les questions environnementales. Les journalistes l’attendaient, certains même l’avaient réclamé en primeur. Las ! "Le Monde" a révélé que cette étude, passablement technique pour le profane et qui a nécessité plus d’un an de travail, a été reportée pour "affiner les implications économiques et technologiques". Traduction : elle dérange quelqu’un au sein de l’exécutif – on n’est pas encore sûr de savoir qui – et sera donc parfaite pour caler un meuble branlant. Mais que dit-elle donc de si gênant ? Nos confrères de "Mediapart" ont réussi à mettre la main dessus, voici ce qu’on peut y lire :"

 

Voici les têtes de paragraphe rédigées par le Nouvel Observateur :

  • La production d’électricité "verte" pourrait atteindre trois fois nos besoins
  • Nous pourrions nous passer du nucléaire
  • Ça ne reviendrait pas beaucoup plus cher
  • Les aléas climatiques auraient peu d’impact


 

- 3 - Médiapart du 08/04/2015 titre... "Energie : le rapport caché sur une France 100% renouvelable"

Mediapart s’est procuré le rapport commandé par l’Ademe sur une France 100 % renouvelable en 2050 : le potentiel énergétique est colossal, et ne coûterait pas beaucoup plus cher que de maintenir le nucléaire. Mais visiblement, il dérange puisque sa publication a été repoussée. Nous le publions en intégralité pour ouvrir le débat que l’administration a voulu refermer.

 

Les 14 et 15 avril prochains, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), placée sous la tutelle des ministères de l’écologie et de la recherche, organise un colloque sur les énergies renouvelables dans la production d’électricité en France. Il s’intitule « 40 % d’électricité renouvelable en 2050 : la France est-elle prête ? ». À l’origine, devait y être présentée en avant-première une étude de l’Ademe sur un scénario beaucoup plus radical : une France en 2050 dont 100 % de l’électricité serait produite par des sources renouvelables : hydraulique, éolien, photovoltaïque, géothermie, bois, méthanisation, énergies marines… Ce rapport, très attendu, était annoncé depuis des mois par l’Ademe et son président, Bruno Léchevin.

 

Mais la séance de présentation de ce document a été retirée du programme à quelques jours de la réunion, comme l’a évoqué Le Monde dans son édition du 4 avril et comme l’avait déjà révélé La Gazette des communes le 17 mars.

 

« Cette étude exploratoire avait été annoncée, mais des travaux complémentaires sur certains points doivent être menés, afin de consolider l’étude », explique l’Ademe, jointe par Mediapart.  Pourtant, ce rapport de 119 pages est bel et bien finalisé – dès la page de garde, le lecteur pourra lire la mention « rapport final ». Mediapart se l’est procuré et le publie ci-dessous. Fruit de 14 mois de travail, extrêmement précis et argumenté, il explique que rien n’empêche qu’en France 100 % de l’électricité provienne de sources renouvelables en 2050. Il révèle également, calculs détaillés à l’appui, que ce scénario ne coûterait pas beaucoup plus cher aux consommateurs que le maintien du nucléaire à 50 % de la production électrique, seuil fixé par François Hollande pour 2025. Alors que la loi de transition énergétique, en cours de vote au Parlement, devrait entériner cet objectif de 50 % du nucléaire, le rapport de l’Ademe est explosif. Il prend le contre-pied de l’idée si souvent reprise par les élus et par le gouvernement, selon laquelle le maintien de l’atome dans le mix énergétique français est l’option de loin la moins onéreuse pour les comptes publics.

 

 

- 4 - En consultant le site de EELV du 08/04/2015 qui fait référence à ce rapport : on peut y lire

"…Ce rapport vient donc confirmer celui du député écologiste Denis Baupin sur le coût réel du nucléaire : le nucléaire, entre maintenance du parc, gestion des déchets et du démantèlement et explosion des coûts prévus pour l’EPR, représente des investissements colossaux qui détruisent le mythe d’une énergie peu onéreuse, sans même parler du risque majeur qu’elle fait peser sur la population en cas d’accident grave.

 

Pour les écologistes, plutôt que de chercher à en minimiser la diffusion, le gouvernement doit se saisir de ce rapport de l’ADEME pour accentuer les efforts en matière de transition énergétique. Ce n’est qu’en étant exemplaire que la France pourra aborder la Conférence-Climat avec l’espoir d’obtenir un accord ambitieux, contraignant et universel.

Julien Bayou et Sandrine Rousseau, porte-parole nationaux"

 

Malheureusement la volonté des acteurs de ce site pour faire connaître aux citoyens le rapport semble dans les faits extrêmement limitée , car il n’est pas téléchargeable en PDF sur le site de EELV. Gauche élitaire ou gauche populaire ?

 

Pour en savoir plus :

- mon dossier nucléaire

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 08:04
"Gouttu" un outil au service des citoyens et de l'eau potable pour tous !

Avec GOUTTU, venez plonger en eaux troubles !

 

Gouttu vous fera découvrir le système de l'eau en Nord-Aunis et des propositions de CEP17 pour améliorer sa gestion

 

- Cliquez ici ICI pour voir “Gouttu“, l'album militant sur l'eau de CEP17

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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 08:00
25/04/2015, LA ROCHELLE ensemble pour dire : Non au Nucléaire, Oui à la transition énergétique

Pour en savoir plus :

- mon dossier nucléaire

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 08:24
Paysage agricole de la vallée de Viñales - Miriane Demers-lemay

Paysage agricole de la vallée de Viñales - Miriane Demers-lemay

Après avoir essuyé les ravages économiques et environnementaux de la monoculture à grande échelle, Cuba se tourne maintenant vers l'agroforesterie à une vitesse et une ampleur inégalées. Et c'est un succès.

 

Source : notre-planete.info par Miriane Demers-Lemay / indépendante le 03/03/2015

Au lendemain de la révolution de 1959, le gouvernement cubain adopte le modèle de développement agricole promu par la révolution verte. L'île se modernise. Elle introduit massivement les tracteurs, les fertilisants chimiques, les herbicides, les systèmes d'irrigation à grande échelle et les graines hybrides. Cuba devient l'un des pays les plus mécanisés d'Amérique latine.

 

Près de 90% des terres agricoles sont alors occupées par la monoculture intensive, principalement de sucre. Les récoltes sont exportées aux pays du bloc soviétique. De ces pays, on importe les produits agrochimiques et le pétrole pour faire fonctionner la machinerie agricole. Toutefois, cet effort agricole ne suffit pas à l'autonomie alimentaire de l'île. À la fin des années 80, près de 60% de ce que mangent les Cubains est importé.

L'agriculture tout comme la sécurité alimentaire de Cuba dépendent fortement du commerce avec l'extérieur.

 

En 1990, la chute du bloc soviétique entraîne Cuba dans la crise économique. L'embargo américain se resserre. Les exportations de sucre chutent. Le pays ne peut importer le pétrole et les produits agrochimiques nécessaires à ses monocultures. Pire : les monocultures ont laissé en héritage des sols érodés, compacts, salins et peu fertiles. De nouvelles pestes résistantes aux herbicides et aux insecticides ont émergé. L'économie du pays menace de couler à pic.

 

 

- Une révolution agraire

Le gouvernement prend alors les grands moyens. Il instaure un programme d'austérité nationale. La « période spéciale en temps de paix » commence. Cuba est alors marquée par une seconde révolution. Celle-ci, cependant, n'est pas politique, mais agraire. Sans combustible, la machinerie est désuète. Elle est remplacée par les animaux de trait. Les pesticides et les insecticides sont remplacés par la fertilisation et le contrôle biologique. Les sols sont restaurés avec une reforestation massive. Cuba troque ses monocultures pour l'une des plus anciennes méthodes de production agricole du monde : l'agroforesterie.

 

Une exploitation agroforestière peut être décrite comme un hybride entre un champ et une forêt. On y retrouve des plantes herbacées, comme les céréales ou le fourrage, ainsi que des arbres et des arbustes. Des oasis des déserts du Maghreb aux milpas du Mexique, on trouve des systèmes agroforestiers partout sur la planète. L'agroforesterie a été extirpée des oubliettes par les scientifiques il y a une trentaine d'années. Elle est maintenant considérée comme l'une des solutions les plus prometteuses pour réconcilier la production alimentaire avec la protection de l'environnement, tout en contribuant à l'économie locale. Depuis plusieurs années, la promotion et l'expansion de l'agroforesterie sont à l'agenda de programmes internationaux comme ceux de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture).

 

Dans plusieurs pays d'Amérique latine, plus de 30 000 familles ont adopté l'agroforesterie au cours des trente dernières années. À Cuba, la transformation agricole est d'une importance et d'une vitesse sans précédent : ce sont plus de 100 000 familles qui ont adopté l'agroforesterie en moins d'une décennie. Selon l'ANAP (Association Nationale de petits agriculteurs de Cuba), l'ampleur et la rapidité de cette révolution agraire sont attribuées au grand degré d'organisation des agriculteurs et à l'urgence de fournir de la nourriture aux Cubains.

 

 

- Une transformation qui donne des fruits

Déjà, la transformation des terres agricoles cubaines donne ses fruits :

  • La diversification des espèces cultivées réduit la vulnérabilité des exploitations à la volatilité de la valeur marchande de chaque produit, tout en assurant une meilleure stabilité économique.
  • Le secteur agricole cubain a augmenté sa productivité par hectare et par travailleur.
  • Les tâches se diversifient, intégrant et valorisant le rôle des femmes, des jeunes et des aînés dans le travail agricole.
  • En raison de leur complexité, les systèmes agroforestiers excluent l'usage des fertilisants, pesticides et herbicides, diminuant les risques pour la santé humaine et l'intégrité de l'environnement.

 

De plus, les parcelles agroforestières sont beaucoup plus résilientes aux évènements extrêmes que les monocultures. Les arbres et arbustes des exploitations agroforestières augmentent l'humidité au sol, améliorant la résistance des cultures aux sécheresses, dont la fréquence et l'intensité devraient augmenter avec les changements climatiques. À la suite des ouragans ayant affecté les provinces de Las Tunas et de Holguín en 2008, l'ANAP compara les dégâts. Les monocultures furent complètement détruites. Les parcelles agroforestières conservèrent la moitié des récoltes. Les cultures au sol, comme le maïs, les fèves, les courges et les tomates, furent protégées par les couches supérieures de végétation, qui amortirent la force du vent et de la pluie.

 


- Un exemple pour l'agriculture mondiale

L'expérience agricole cubaine inspire. Comme tant de pays, Cuba a été séduite par les promesses de la monoculture. Celle-ci lui a toutefois retiré son autonomie alimentaire tout en générant d'innombrables problèmes environnementaux. La situation s'est inversée et le pays a épousé les principes d'une agriculture plus respectueuse de l'environnement. De fait, Cuba est actuellement le seul pays au monde à avoir un développement durable selon la WWF.

 

Cuba prouve qu'un changement drastique de paradigme est possible. Qu'une révolution agricole est réalisable et même, bénéfique !

 

Pour en savoir plus :

- ANAP (Asociación Nacional de Agricultores Pequeños) & La Via Campesina (2013).

- Agroecological revolution : The Farmer-to-Farmer Movement of the ANAP in Cuba, 92 p.

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 09:47
13 mars 2015 : conférence de Dany DIETMANN sur le traitement de nos déchets ménagers

Sources :  Blog de René Blanchemanche

LE TRAITEMENT DE NOS DÉCHETS MÉNAGERS

Par les valeurs ajoutées des gestes de tri, mettons l’incinération et le T.M.B* à la poubelle !

Vendredi 13 mars 2015 à 20H30

Salle Aliénor d’Aquitaine à Saint Jean d’Angély.

 

Nous consommons beaucoup et…nous jetons beaucoup ! Il y a entre autre un énorme problème avec nos déchets ménagers. Leur traitement est un enjeu citoyen : il faut que nous ouvrions les yeux sur cette réalité et que nous prenions les choses en main !

VENEZ VOUS INFORMER !

DANY DIETMANN EST ENGAGÉ SUR LE THÈME DE L’EAU ET DES DÉCHETS, IL VIENDRA NOUS PARLER DES DANGERS QUE PRÉSENTENT LES INCINÉRATEURS DE DÉCHETS MÉNAGERS POUR LA SANTÉ HUMAINE ET L’ENVIRONNEMENT.

  •  Professeur des Sciences de la Vie et de la Terre

  • Maire de Manspach en Alsace depuis 1983

  • Président du SMARL (Syndicat mixte pour l’aménagement et la renaturation du bassin versant de la Largue).

  • Vice-président de la Communauté de Communes de la Porte d’Alsace (CCPA).

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier incinération

- La Commission européenne recommande un moratoire sur la construction de nouveaux incinérateurs

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4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 09:00
Photo : CC Kris Krug

Photo : CC Kris Krug

L’argent que gère le Fonds de réserve des retraites est censé garantir aux générations futures le bénéfice d’une protection sociale.

Problème : une partie des excédents de cotisations retraites est investi dans des secteurs très polluants et des entreprises controversées. Basta ! et l’Observatoire des multinationales ont étudié la liste de ces placements, qui profitent notamment à Total, Shell, Gazprom, Monsanto, ou même à l’industrie du tabac !

Le Fonds de réserve des retraites sera la cible d’une campagne de mobilisation animée par le mouvement écologiste 350.org. Objectif : que les institutions financières retirent leurs investissements des secteurs qui contribuent fortement au changement climatique.

 

Sources :  Basta!www.bastamag.net par Ivan Roy, Olivier Petitjean

C’était l’une des idées du gouvernement Jospin : créer un fonds de réserve pour les retraites afin de financer dans la durée les pensions des retraités, en particulier les dépenses supplémentaires générées par les « papy boomers ». Il s’agissait d’assurer la viabilité du régime des retraites pour les générations futures, au-delà de 2020. Le fonds a été mis en place en 2001. Il devait être abondé à hauteur de 130 milliards d’euros à l’horizon 2015. Cet objectif ne sera jamais atteint. Le fonds gère cependant aujourd’hui 34 milliards d’euros d’actifs. L’argent placé provient principalement des excédents de différentes caisses de retraite – donc de nos cotisations – et de prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine. Le fonds est hébergé par la Caisse des dépôts et consignations (CDC), le principal établissement financier public, et est doté d’un conseil de surveillance composé de parlementaires et de représentants syndicaux et patronaux.

 

Censé garantir aux générations futures de pouvoir bénéficier du système des retraites quand elles vieilliront, ce fonds contribue paradoxalement à ternir leur avenir. Car il participe de manière non négligeable au réchauffement climatique en plaçant des centaines de millions d’euros dans des activités très polluantes. Basta ! et l’Observatoire des multinationales – avec l’appui du mouvement pour la justice climatique 350.org – se sont plongés dans le portefeuille d’actions et d’obligations détenus par le Fonds de réserve pour les retraites (FRR) dans des centaines d’entreprises. Il détient des investissements directs dans 60 des 100 premières entreprises mondiales du secteur pétrolier et gazier, et dans 21 des 100 premières entreprises mondiales de charbon. Soit plus de 920 millions d’euros au service des secteurs les plus émetteurs en CO2, selon notre décompte des actions et obligations d’entreprises détenus par le fonds au 31 décembre 2013.

 

 

- Total, Halliburton ou Gazprom profitent de l’argent des retraites

Dans le secteur des énergies fossiles au sens large – incluant l’extraction, le transport, le stockage et la génération d’électricité à partir de sources fossiles (pétrole, gaz et charbon) –, le fonds a investi pas moins de 2,1 milliards d’euros, dont un milliard d’euros dans les mines et centrales à charbon, un secteur particulièrement polluant. Encore ce chiffre ne tient-il pas compte des participations indirectes ni des secteurs économiques gros consommateurs d’hydrocarbures comme le ciment, la sidérurgie ou la pétrochimie. Le fonds détient ainsi de nombreux actifs dans les banques, qui elles-mêmes investissent ensuite dans des secteurs très polluants. BNP Paribas et le Crédit agricole, dont des filiales travaillent comme prestataires du fonds [1], figurent par ailleurs parmi les vingt institutions financières qui investissent le plus dans l’extraction de charbon (voir le Livre noir des banques, édité par Attac et Basta !).

 

L’un des placements préférés du fonds de réserve des retraites est Total, que l'on ne présente plus. Le géant pétrolier, malgré ses activités controversées dans les sables bitumineux ou le gaz de schiste et ses relations polémiques avec des dictatures, profite de 130,6 millions d’euros d’investissements, abondés en partie par nos cotisations sociales. D’autres géants pétroliers, régulièrement critiqués pour leurs mauvaises pratiques environnementales, bénéficient également de l’argent de la protection sociale. 29,1 millions d’euros pour Shell, qui prospecte en Arctique, est accusé de graves crimes environnementaux au Nigeria, et promeut le gaz de schiste de l’Ukraine à la Patagonie (lire notre article). 7,7 millions pour Chevron, considérée comme la « pire entreprise de tous les temps » par les Public Eye Awards en 2015 et au centre d’une bataille juridique internationale l’opposant à des communautés de l’Amazonie équatorienne, qui l’accuse d’avoir dévasté les zones où la multinationale a opéré (notre article).

 

Également 13,9 millions d’euros pour Halliburton, qui a largement profité de la guerre d’Irak grâce à sa proximité avec l’administration Bush. Halliburton est aussi impliquée dans la marée noire du Golfe du Mexique de 2010 (lire ici). Ou encore 4,2 millions pour la compagnie gazière russe Gazprom… Un fonds censé contribuer à la protection sociale des générations futures finance donc les oligarques russes proches de Poutine ! Chacun appréciera également le fait que la puissante multinationale Glencore, active dans la spéculation sur les matières premières, et basée dans le paradis fiscal du canton de Zoug, en Suisse, profite de 49,8 millions d’euros des contribuables français (notre article). La liste est encore longue…

 

 

- L’industrie du tabac, la déforestation et les OGM aussi !

Une partie de nos retraites finance ainsi des entreprises qui disposent de réserves d’hydrocarbures et de charbon capables, si elles continuent d’être extraites des profondeurs de la terre, de déstabiliser la température planétaire. Pour éviter que le réchauffement global ne dépasse le seuil critique des 2°C supplémentaires à la fin du siècle, la majeure partie de ces réserves d’énergies fossiles doivent demeurer inexploitées. Les sociétés pétrolières et gazières au sein desquelles le fonds possède des participations cumulent des réserves de plus de 194 milliards de tonnes de CO2. Soit 370 fois les émissions de la France sur une année ! [2]

 

Et il n’y a pas que le réchauffement climatique. Le Fonds de réserve des retraites a investi plus de 130 millions d’euros dans l'industrie du tabac en 2013 [3]. Sans oublier les actions et les obligations placées dans l’industrie des boissons alcoolisées. Un commentateur cynique y verrait une manière de limiter le nombre de retraités… Les OGM – 17 millions pour Monsanto – et l’industrie de l’huile de palme, accusée de provoquer une déforestation massive, en Asie notamment, bénéficient également des largesses de nos excédents de cotisations retraites.

 

Pourtant, ce mini fonds souverain public se targue de mener une stratégie d’investissement « socialement responsable » et de prendre en compte « des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance » dans la gestion de son portefeuille [4]. Seules les entreprises impliquées dans les armes controversés – mines anti-personnel et bombes à sous-munitions – ont été exclues. En 2014, le fonds a lancé, avec un fonds de pension suédois et le fonds Amundi (Crédit agricole) un indice boursier « bas carbone » dont le principe est de sélectionner des entreprises de tous les secteurs émettant moins de gaz à effet de serre que leurs concurrentes. L’application de ces critères aurait pour résultat d’exclure plusieurs dizaines d’entreprises, dont Total (pétrole et gaz), BHP Billiton (charbon) et Lafarge (ciment). Un premier pas aux effets cependant limités, car des entreprises comme Chevron ou ExxonMobil figurent encore en première place de cet indice.

 

 

- Des investisseurs se retirent des secteurs controversés

Le fonds public demeure à la traîne d’un mouvement qui gagne les investisseurs du monde entier. Ceux-ci commencent à retirer leurs placements des secteurs les plus polluants. « Depuis l’automne 2014, est apparu un mouvement coordonné d’investisseurs engagés dans la lutte contre le changement climatique par divers modes d’actions. En plein essor, il puise ses origines dans leurs pratiques d’investissement responsable », souligne Novethic, média spécialisé sur l’économie responsable, qui vient de publier un rapport sur le sujet (« Les investisseurs mobilisés sur le changement climatique »). « Le mouvement a pris une ampleur particulière aux États-Unis en associant les investisseurs éthiques comme les congrégations religieuses, les fondations et des grands fonds de pension emblématiques (…) ou encore les universités. »

 

Les exemples se multiplient. La prestigieuse université de Stanford aux États-Unis a annoncé son désinvestissement du charbon en mai 2014 suite à une campagne de mobilisation étudiante. Elle suit ainsi le chemin tracé par le Hampshire College du Massachussets : il a été le premier collège universitaire à se désinvestir des énergies fossiles en décembre 2011, après avoir été le premier collège à se désinvestir des entreprises actives en Afrique du Sud au temps de l’apartheid. En Europe, l’Université de Glasgow en Écosse est la première université du continent à se désinvestir entièrement des énergies fossiles, en octobre 2014. Ses 172 millions d’euros de dotation ne contribueront plus au réchauffement climatique.

 

 

- Collectivités et fonds publics français à la traîne

Des collectivités locales sont aussi en pointe : Seattle est la première grande ville américaine à déclarer vouloir se désinvestir des énergies fossiles en 2012. Elle a été suivie par San Francisco. Et de gros investisseurs rejoignent le mouvement. Le Rockefeller Brothers Fund, le fonds philanthropique de 860 millions de dollars géré par la famille Rockefeller, héritiers d’une fortune pétrolière, en septembre 2014. Le Fonds de pension du gouvernement norvégien, qui gère un portefeuille de plus de 850 milliards de dollars, a récemment annoncé s’être désengagé de 22 entreprises en raison de leurs fortes émissions de CO2. Ce mouvement va-t-il gagner la France ?

 

Les premières journées mondiales de désinvestissement auront lieu ces 13 et 14 février (« Global Divestment Days »), à l’initiative notamment du mouvement 350.org. Celui-ci a été fondé en 2008 aux États-Unis par le journaliste Bill McKibben. Le chiffre 350 se réfère au niveau de CO2 dans l’atmosphère – 350 parties par million ou ppm – à ne pas dépasser pour préserver une planète habitable et minimiser les impacts du changement climatique, alors que le niveau actuel de CO2 dans l’atmosphère est déjà supérieur à 400 ppm. L’objectif, en France, est que les investisseurs publics, de la Caisse des dépôts et de consignation aux collectivités locales, commencent à prendre leurs responsabilités.

 

 

Notes

[1Via Amundi, filiale du Crédit agricole, et BNP Paribas Asset Management.

[2Les émissions de CO2 de la France s’élèvent à 522 millions de tonnes de CO2 en 2010, selon le ministère du développement durable.

[3Voici le détail : Altria (4 546 592 euros en actions et 18 642 710 euros en obligations), Philip Morris (3 411 849 euros en actions et 39 137 653 euros en obligations), British American Tobacco (12 956 787 euros en actions et 15 714 748 euros en obligations), Imperial Tobacco (11 354 615 euros en actions et 20 940 337 euros en obligations), Reynolds (2 578 626 euros en actions et 3 865 103 euros en obligations) ou encore Lorillard (844 115 euros en actions et 5 034 401 euros en obligations)

[4Voir le site du FRR.

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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 09:00
CEP17 refuse de plonger dans les bassines !

Sources : Le blog de CEP17

Nous apprenions par Sud-Ouest du 13 février 2015 que la commission locale de l’eau (voir la composition de la CLE) chargée de l'élaboration, de la révision et du suivi de l'application du schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE) a donné son feu vert pour  le creusement de 24 « bassines » en Charente-Maritime.

 

 

- Qu’est-ce que des bassines ?
Les bassines sont des réserves de substitution pour le stockage de l'eau, creusées, terrassées et étanchéifiées (avec un film plastique) puis remplies durant l'hiver par pompage dans la nappe phréatique, à la différence des retenues cullinaires qui sont des réserves remplies par les eaux de surface, de ruissellement, grâce à des micro-barrages.
La bassine déplace les prélèvements dans la nappe de la période estivale vers la période hivernale ; elle ne permet pas de stockage supplémentaire.

 

 

 

- Des très grosses bassines !

Le projet dont il est question concerne le stockage de 6 millions de mètres cubes d'eau dans 24 réserves sur le versant charentais-maritime de la Boutonne. Ce n’est pas rien ! Malgré cela, il n’est destiné à faciliter l'irrigation que pour une soixante-sept d'exploitants agricoles. Il est porté par l’ASA Boutonne, association d’agriculteurs irrigants ; vous savez, ceux qui, en 2010, n’étaient pas du tout responsables des menaces téléphoniques (de mort) et des injures sur la voie publique proférées à l’encontre de Jean-Yves Martin, conseiller général de Saint-Jean-d'Angély et président du SAGE.

 

 

- Une agriculture soumise à l’agrobusiness (agrobassiness ?)
Pourquoi faciliter l’irrigation ? Au  nom de la politique productiviste du maïs OGM figurant au catalogue "officiel" des semences, bien sûr !


L’eau appartient à tous ! Mais certains, cependant, s’approprient ce bien commun de l’Humanité. Outre les grandes compagnies de l’eau (Véolia, Lyonnaise des Eaux, Saur) qui engraissent leurs actionnaires, certains agriculteurs soumis au productivisme  veulent faire payer leur eau d’irrigation au contribuable.


 « Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’on irrigue. Les sumériens au IVème  siècle avant J.C. avaient déjà utilisé ce moyen pour améliorer leur production d’épeautre en Mésopotamie. Mais c’est aussi l’irrigation qui a favorisé la fin de leur civilisation puisque la salinité de l’eau a rendu les terres incultes... On a donc depuis longtemps irrigué quelques céréales, mais ce furent et ce sont surtout les cultures maraîchères en Europe, jusqu’à ce qu’arrive le grand boom du maïs... Ce fut la généralisation de l’ensilage donné aux bêtes (…) qui, dans les années soixante-dix, fut l’un des déclencheurs de l’explosion de la culture de cette plante qui demande naturellement beaucoup d’eau puisque 40 mm tous les dix jours est une moyenne, assurant l’exploitant d’avoir d’excellents rendements. Cette demande sera aussi favorisée puisqu’à la même époque on verra l’arrivée de l’enrouleur (le Typhon de Di Palma) facilitant le travail de l’agriculteur. Alors, beaucoup d’agriculteurs se mirent eux aussi au maïs et de surcroit dans des zones peu propices comme les plaines calcaires ; peu importait, puisque l’on prétendait qu’avec la mondialisation on allait faire disparaître la faim dans le monde en ayant des rendements importants dus à l’irrigation. Immense erreur !


 Ce fut en réalité l’inverse, et on parvint en 2010 à ce qu’environ un milliard d’habitants de la planète souffre de la faim. Et l’on doit ceci principalement à l’agriculture subventionnée, l’agrobusiness en bonne part européen. Cela vient du fait que l’on expédie des céréales vers les pays non développés, céréales qui sont vendues en dessous du prix de celles produites localement. Par conséquence, les cultivateurs de ces pays-là ne peuvent plus vivre, ne vendant pas leurs récoltes. C’est d’ailleurs parmi ces agriculteurs qu’il y a le plus de gens souffrant de la faim. Alors ces malheureux migrent vers les villes où ils ne trouvent pas de travail. Puis en désespoir de cause, partent vers l’Europe. L’Europe qui illico les expulse sans ménagement, alors qu’elle est en partie responsable de leurs misères et souffrances… »
Michel MENGNEAU « L’Eau, usages et mésusages…

 

S’il ne s’agit cependant pas de rejeter toute irrigation, il faut savoir ce que l’on arrose. L’agriculture ne pourrait-elle envisager d’autres cultures que le maïs ou d'autres variétés de maïs moins gourmandes en eau et respectueuses de diversité génétique  ? Sorgho, luzerne, sont moins gourmands en eau que le maïs et pourraient permettre à l’agriculteur de sortir du carcan tissé par l’industrie de type « agrobusiness » capitaliste au service des semenciers producteurs de semences OGM uniformisées.

 

La bioversité du maïs hors catalogue officiel

La bioversité du maïs hors catalogue officiel

Malheureusement, beaucoup demeurent englués dans ce système, et le productivisme reste le moteur de leurs façons de faire !

 

 

- On nous bassine depuis des années !
Michel Mengneau écrivait déjà en octobre 2010 :


« Alors ça continue ! La dernière phobie des agriculteurs du sud Vendée ce sont des réserves d’eau avec bâches plastiques, implantées en plein milieu de plaine, et remplies en période hivernale sous prétexte qu’il y a un surplus d’eau. Ce qui est déjà une totale méconnaissance de l’hydrogéologie puisque ce qui sera prélevé en hiver dans les nappes manquera inéluctablement en période sèche. C’est même aussi une erreur monumentale de vouloir par ce moyen limiter aussi les crues qui sont absolument nécessaires à l’équilibre écologique, au maintient de la biodiversité de nos territoires.
 Le pire sans conteste, c’est que ces réserves sont en grande partie construites avec des financements publics…
Tout ceci est encore plus aberrant lorsque l’on sait que dans toute cette partie du territoire, sud-Vendée, sud-Deux-Sèvres, Charente-Maritime, l’accent est mis sur la production de céréales afin de faire de la Palice un port céréalier remplaçant le bois exotique qui ne sera plus importé. Donc, on force sur la mondialisation des transferts de céréales au détriment de la relocalisation. Ceci pour une poignée de céréaliers qui ne sont pas les plus défavorisés du monde agricole.
Aidons nos agriculteurs à comprendre qu’ils font fausse route, qu’une autre agriculture est possible, car en détruisant les ressources de la nature ils affament aussi d’autres populations… »

Michel MENGNEAU « L’Eau, usages et mésusages…

 


- Une eau rare est chère !

Le coût total du projet s’élèverait à 21,3 millions d’euros, ce qui représente un coût moyen de 5,5 à 6 € par m3 (ou encore 317910 € par irrigant). De plus, la CLE elle même reconnaît que cette estimation est sans doute sous dimensionnée et l’évoque comme un des points à préciser.

 

Subventionnés à 7O% par des fonds publics, les moyens ainsi offerts à l’irrigation pour la culture et la productivité du maïs, obligeront les exploitants à utiliser encore plus de produits nocifs qu’on retrouvera dans l’eau et dont les usagers de l’eau devront payer la dépollution.

 

 

- CEP 17 s’oppose au projet et exprime sa solidarité
Face à ce projet, la position du collectif eau publique 17 est donc on ne peut plus claire :

  • Pas de financement public inconsidéré pour satisfaire 60 agriculteurs irrigants.
  • Pas de financement public pour une diminution de la ressource en eau.
  • Pas de financement public pour une aggravation de la pollution de l’eau en raison d’une agriculture vouée uniquement à l’augmentation des rendements de la monoculture du maïs.
  • Soutien aux opposants à ce projet et à la déclaration de Benoît Biteau, agriculteur bio et accessoirement vice-président de la région Poitou-Charentes, qui, dans le même temps, s’est vu refuser les aides européennes parce qu’en renonçant à l’agriculture productiviste il a renoncé à irriguer.

 

Pour en savoir plus :

- mon dossier Politique de l'eau

- Gaspillage de l’eau : le gouvernement se couche devant la FNSEA

- Les agriculteurs productivistes obtiennent un programme massif de réserves d’eau en Poitou Charente

- rapport de la Cour des comptes qui dénonçait les errements de la politique de l’eau en France

- Les paysans bio veulent leurs aides comme les autres

- Soutenons le paysan Benoît Biteau ! Et demandons le règlement des primes aux agriculteurs bio !

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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 15:32
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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 09:00
(Crédit photo : Petras Gagilas - Flickr)

(Crédit photo : Petras Gagilas - Flickr)

Interview - Du béton, des rues, des transports, mais aussi des passants qui portent leurs effets personnels et leurs courses. Pour que la ville durable voie le jour, il faut bien connaître la « logistique piétonne », assure Franck Cochoy, sociologue.

 
Source : terraeco.net

Dans les rues des villes, les citoyens se promènent ou vaquent à leurs occupations, souvent encombrés de cabas, de sacs à dos ou de poches plastique. Car la charge portée par les urbains a largement augmenté depuis un siècle. C’est la conclusion d’une étude franco-suédoise qui s’est penchée sur les photographies de deux rues, l’une à Toulouse, l’autre à Göteborg, en Suède, à quatre périodes différentes : avant la Première Guerre mondiale, dans l’entre-deux-guerres, dans les années 1950 et 1960 et enfin, aujourd’hui. Or, soulignent les chercheurs, si l’on veut pousser les gens vers les transports doux ou publics, la « logistique du piéton » doit être prise en compte. Elle est pourtant largement ignorée par les concepteurs de la ville durable, souligne Franck Cochoy, sociologue et coauteur de l'étude franco-suédoise et d’une autre plus ancienne « Places et déplacements : une archéologie statistique de la logistique piétonneouce  » résumée dans la revue Mondes sociaux.



- Terra eco : Qu’est ce qui a motivé votre recherche ?

Franck Cochoy : Elle avait pour ambition d’examiner des comportements quotidiens très banals, comme le fait de transporter ses courses, et de montrer leur impact sur la vie de la cité. Dans une ville que l’on veut durable, on fait en sorte que les gens utilisent des transports doux, qu’ils aient moins recours à la voiture, qu’ils consomment près de chez eux. Mais cela a des effets sur l’encombrement des personnes, cela peut entraîner de la peine, de la fatigue, de l’embarras. Si l’on se focalise sur l’urbanisme ou l’installation des bus électriques en oubliant de considérer la logistique du déplacement piéton, les politiques d’encouragement à la ville durable risquent de rester un vœu pieux.

Or, c’est déjà le cas. Dans les vidéos, les dessins d’architectes, les maquettes en 3D qui dessinent la ville de demain, les piétons représentés ne portent très souvent rien. La ville est pensée comme un ensemble de béton, d’aménagements, de transports avec des gens presque tout nus. D’ailleurs, quand on a présenté notre étude, on n’a pas bénéficié de beaucoup d’attention de la part des élus. Notre enquête leur a paru un peu farfelue. Les gens aiment bien qu’on leur parle politique, mais peu de choses pratiques.

 

 

- Terra eco : Quelles sont les conclusions de votre étude ?
Franck Cochoy : Dans ces deux rues photographiées à travers le temps, on a regardé si les gens portaient des chapeaux ou non, quel était leur sexe, s’ils s’agissait d’adultes ou d’enfants. Et puis, on a pensé aux mains. Est-ce qu’ils ont les mains libres ? Est-ce qu’ils ont les mains dans les poches ? Qu’est-ce qu’ils portent et à quel endroit de leur corps ? Sur un siècle, on s’est rendu compte que la quantité d’objet transporté par personne s’est accrue.

On peut expliquer ce phénomène par l’accroissement du pouvoir d’achat, par la progression de la société de consommation, mais aussi par le recul de la domesticité. Il n’y a pas beaucoup de gens aujourd’hui qui paient pour qu’on leur porte leurs colis ou leurs bagages, à part peut-être dans les hôtels de luxe. Certains pourront interpréter cette progression de la charge par personne comme quelque chose de positif – l’évolution vers une société plus égalitaire, une capacité d’achat étendue. D’autres le verront sous un jour négatif : la progression d’une société de consommation dans laquelle on acquiert et transporte des choses superflues.

La deuxième chose que l’on a observée, c’est le taux d’occupation des mains. Alors que le nombre de choses portées augmente, le pourcentage de mains libres sur les photos reste étonnamment le même. Ce paradoxe s’explique par l’évolution des technologies de portage. On utilise de plus en plus les dos et les épaules – grâce à la multiplication des sacs en bandoulière et des sacs à dos – pour porter nos affaires. Mais si cette évolution concerne la manière dont on transporte les effets personnels, ce n’est pas vrai des sacs de caisse qui sont toujours portés exclusivement à la main. C’est comme si les commerces avaient un siècle de retard sur l’évolution des pratiques.



- Terra eco : Vous dites dans votre étude que, pour encourager la fréquentation des transports en commun et éviter que les gens ne se tournent vers la voiture pour des questions d’encombrement, il faut organiser le portage. Est-ce à dire qu’il faut encourager la distribution de sacs jetables en bandoulière ? Ce n’est pas très durable…
Franck Cochoy : Notre rôle s’arrête aux observations. Nous ne sommes pas là pour faire du design industriel. D’ailleurs, notre étude peut poser de vraies questions en terme de durabilité. Des militants pourraient aussi se demander : « Faut-il rendre la vie des consommateurs plus aisée alors que la consommation entraîne le gaspillage ? » Mais ce qui nous intéresse avant tout, c’est de montrer que des choses qui paraissent aller de soi affectent la manière dont on vit, la préférence accordée à tel ou tel mode de transport. Celui qui circule en vélo a une empathie par rapport au sac à dos. Un piéton qui entre dans un bus est confronté à une nouvelle problématique.

Si vous interrogez les gens en leur demandant comment ils vivent avec leurs sacs, ils vous rient au nez. Ils n’ont rien à dire. Et pourtant, leur propre corps réagit à la charge. Et s’ils sont trop encombrés, ils prennent la voiture sans vraiment réfléchir consciemment à ce choix. Si on pense bien les objets, les aménagements, on peut agir sur les mouvements. Au caractère un peu trop provocant de l’image près, c’est un peu comme du bétail que l’on canaliserait avec des barrières. La ville, c’est un flux, on peut fluidifier les choses sans forcément que les usagers s’en aperçoivent.

Notre étude, puisqu’elle est internationale, permet aussi de combattre la représentation culturelle. Les gens adorent expliquer les différences de comportements par la culture. Quand on compare l’usage du vélo à Amsterdam ou à Copenhague – où environ un tiers des déplacements se font à vélo – à celui en France – qui tourne autour des 4% –, on explique souvent la différence par une culture plus accentuée du vélo dans les deux premières villes. Mais c’est avant tout une affaire d’infrastructures et de décisions politiques ! A Copenhague, quand il y a des chutes de neige, la voirie déneige en premier lieu les pistes cyclables. Pour la logistique piétonne, c’est pareil. Ça ne veut pas dire que les gens doivent forcément se saisir de cette question d’encombrement. Ça signifie en revanche que les gens qui aménagent l’espace doivent y réfléchir.

 

Pour en savoir plus :

- Voyez le déclin des centres commerciaux américain

- Ringards mais toujours conquérants, les centres (...)

- Le temps des renaissances ?

- Comment la France a tué ses villes

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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 09:00
Rochefort : Création de l'association "Collectif Zéro Déchet "

L'alternative citoyenne à l'incinération est en marche

 

 

- A l'ordre du jour de cette réunion :

  • Élection du Conseil d'Administration de 10 personnes et du bureau de 6 personnes ....

 

  • Les initiateurs de l'association vous invitent à venir nombreux pour ce nouveau départ... car même si pour beaucoup dans la population refusent le projet d'incinérateur d'Echillais, ils convient aussi de mettre en place des actions positives pour la réduction des déchets à la source et démontrer aux élus qui refusent de prendre en compte cette alternative à l'incinération.... que c'est possible !

 

Contact si vous désirez être au CA et plus d'infos : Tel 06 66 39 62 06


 

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 18:43
Projet de loi sur la transition énergétique : l’énergie ne doit pas servir la finance !

Ce projet de loi s’inscrit dans la volonté de casser les services publics pour les livrer à la voracité des marchés financiers, à la spéculation, comme l’exigent les directives de l’Union européenne.

 

Le 8 avril 1946 a été votée la loi de nationalisation d’EDF-GDF, dans la foulée des conquêtes sociales arrachées au patronat, comme la Sécurité sociale,…

 

Après l’ouverture à la concurrence en 2007 pour les particuliers, 11 millions de français sont à ce jour en situation de précarité énergétique, tandis que les dividendes versés aux actionnaires ont explosé !

 

-Sinon, quelles conséquences ?

Derrière les intentions affichées (lutte contre le réchauffement climatique,…) il y a les véritables objectifs. Entre autres :

  • Hausse continue du prix de l’énergie, déjà plus de 75% pour le gaz et 25% pour l’électricité !

  • Régionalisation de la distribution, avec des tarifs différents selon les régions (la fin de la péréquation tarifaire)!

  • Danger sur la continuité de la fourniture d’énergie et problème de sureté d’approvisionnement !

  • Casse de l’outil industriel, garant du service public et suppressions d’emplois !

  • Mise en concurrence et privatisation des barrages hydrauliques (création de SEM – Sociétés d’économie mixte). La part de l’Etat et des collectivités territoriales ne pourrait dépasser 34 % !

 

- Et bien d’autres raisons qui font que les usagers, citoyens, élus et personnels ont des intérêts communs à défendre.

 

Il est donc important de se rassembler :

 

Avec le Syndicat CGT Energie 17

Réunion publique

vendredi 23 janvier 2015 – 18 h 30

Salle de L’Arsenal (Place Marcet) La Rochelle

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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 11:53
Photo : Attac France.

Photo : Attac France.

Les politiques de libéralisation du commerce et d’extension des droits des investisseurs renforcent la division internationale des systèmes productifs, font prédominer le droit des investisseurs sur le droit de l’environnement et la démocratie, et ignorent les exigences climatiques. En orientant le développement économique vers l’exportation et la recherche de compétitivité externe à tout prix, elles rendent les économies et nos sociétés ultra-dépendantes des importations et exportations d’énergies fossiles, et dotent les acteurs économiques des instruments pour empêcher la mise en oeuvre de véritables politiques de transition énergétique. Les négociations entre l’Union européenne et les États-Unis (TAFTA) et entre l’UE et le Canada (CETA) promeuvent un modèle énergétique insoutenable, très fortement dépendant des infrastructures d’extraction, de transformation et d’acheminement des énergies fossiles, qui anéantit toute ambition de maîtriser le changement climatique.

 

Satisfaisant les intérêts des multinationales de l’énergie et de l’industrie, l’extension du libre-échange et de la protection de l’investissement privé s’oppose aux exigences de sobriété, de relocalisation des systèmes productifs, de développement des énergies renouvelables et de coopération entre les citoyens, les consommateurs et les communautés pour partager et distribuer les ressources existantes. Conclure des accords de l’ampleur de TAFTA et de CETA réduira presque à néant l’espoir de voir naître « des sociétés plus agréables à vivre, plus conviviales, plus solidaires, plus justes et plus humaines » [1]. Ainsi combattre TAFTA et CETA, c’est lutter contre le réchauffement climatique car c’est préserver la possibilité de mettre en œuvre de véritables pratiques et politiques de transition écologique et sociale.

 

Sources :  %attac le 4 décembre, 2014

- TAFTA et CETA libéralisent le marché transatlantique de l’énergie

Au prétexte de garantir sa « sécurité énergétique » et son approvisionnement en énergies fossiles, l’Union européenne cherche à libéraliser le commerce et les investissements transatlantiques en matière d’énergie et de matières premières. Le mandat de négociations [2] confié à la Commission européenne par les États-membres – qui ne mentionne pas les défis climatiques – est très clair : la Commission doit « assurer un environnement commercial ouvert, transparent et prévisible en matière énergétique et à garantir un accès sans restriction et durable aux matières premières ». Et l’ex-Commissaire européen au commerce, Karel de Gucht, l’avait explicitement confirmé : il souhaitait « permettre aux entreprises européennes d’importer des ressources énergétiques et matières premières des États-Unis ». Les documents fuités dans la presse américaine en mai et juillet derniers [3] le prouvent incontestablement : l’UE souhaite la fin des restrictions américaines à l’exportation de gaz naturel et de pétrole brut. Une série de dispositions prévoit même de faciliter les investissements et l’octroi de licences de prospection, d’exploration et de production d’hydrocarbures aux entreprises étrangères des deux côtés de l’Atlantique.

 

 

- TAFTA et CETA encouragent l’exploitation d’hydrocarbures de schiste et de sables bitumineux

La France et l’Allemagne ont explicitement appuyé cette approche, arguant, crise diplomatique avec Moscou oblige, de l’urgence de substituer de nouvelles sources d’importation au gaz russe, mais jurant que la compensation serait à somme nulle. Si les attentes de l’UE étaient acceptées, l’industrie pétrolière et gazière nord-américaine serait encouragée à étendre la frontière d’extraction du pétrole issu des sables bitumineux dans le nord-est canadien et l’usage de la fracturation hydraulique pour accroître la production d’hydrocarbures de schiste. Soit deux des sources d’hydrocarbures les plus polluantes et dévastatrices pour l’environnement et les populations avoisinantes que l’on connaisse sur la planète. Pour être acheminés de l’autre côté de l’Atlantique, ce gaz et ce pétrole nécessiteraient des investissements colossaux – plusieurs centaines de milliards de dollars – dans la construction de nouveaux pipelines, raffineries et usines de liquéfaction et regazéification des deux côtés de l’Atlantique.

 

 

- Pourtant, le gaz de schiste n’est pas une énergie de transition

Souvent, les responsables politiques européens et américains se retranchent derrière l’argument selon lequel le gaz de schiste serait moins émetteur de gaz à effets de serre que le pétrole ou le charbon lors de sa combustion. Il serait donc possible d’en faire « une énergie de transition » le temps d’abandonner le charbon. Cet argument est pourtant irrecevable pour trois raisons. Des études [4] montrent que le cycle complet de production du gaz de schiste – de l’extraction à la combustion – serait potentiellement plus émetteur de gaz à effet de serre que le charbon, surtout s’il est destiné à l’exportation, qui exige liquéfaction (pour le transport) puis regazéification. Aux regards des exigences climatiques rappelées avec force par le GIEC, et alors que l’UE s’affirme à la pointe de la lutte contre le changement climatique, est-il encore acceptable qu’elle accepte de substituer une énergie fossile à une autre ? L’urgence est au contraire à réduire en valeur absolue la consommation d’énergies fossiles, quelles qu’elles soient. Enfin, les lourds investissements consacrés à la production d’hydrocarbures de schiste, pour des projets que les populations refusent, ne le seront pas pour des politiques de transition énergétique.

 

 

- TAFTA et CETA sabotent déjà la lutte contre les dérèglements climatiques !

Avec CETA et TAFTA, les normes visant à encadrer et/ou réduire l’importation et la consommation d’énergies fossiles ne sont pas les bienvenues et sont perçues comme des fardeaux réglementaires à supprimer. Fin septembre, la Commission européenne et le Canada ont annoncé avoir finalisé leurs négociations commerciales. Quelques jours plus tard, l’Union européenne renonçait [5] à restreindre l’importation du pétrole issu des sables bitumineux. Rien d’un hasard de calendrier bien au contraire : pour obtenir ce résultat, Stephen Harper, le Premier Ministre canadien, allié aux multinationales du pétrole, a multiplié, des mois durant, les pressions diplomatiques [6] auprès des responsables politiques européens afin que la Directive européenne sur la qualité des carburants ne pénalise pas spécifiquement les entreprises qui produisent, commercialisent et/ou utilisent du pétrole canadien. Depuis, le gouvernement français a jugé que cet accord était un « bon accord » et, le 2 novembre dernier, le jour où le GIEC présentait la synthèse de ses travaux, François Hollande s’est rendu en Alberta pour encourager les investissements français dans les sables bitumineux... L’UE et la France encouragent de cette façon le Canada dans sa logique déplorable : Ottawa a déjà annoncé sa sortie du Protocole de Kyoto et a renoncé à atteindre ses objectifs de réduction d’émissions. Quant aux États-Unis, leur annonce récente non contraignante (réduction de 26 à 28 % de leurs émissions d’ici 2025 par rapport au niveau de 2005) est bien moins spectaculaire une fois ramenée au niveau de 1990 et à un chiffre annuel : -0,43%. On perçoit mieux la modestie de cet objectif lorsque l’on apprécie le boom de l’exploitation et du commerce des hydrocarbures de schiste dans le pays et vers l’Europe.

 

 

- TAFTA va accroître les émissions de gaz à effets de serre

L’étude d’impact commanditée par la Commission européenne reconnaît qu’une libéralisation accrue des échanges transatlantiques générerait une hausse des émissions de gaz à effets de serre de quatre à onze milles tonnes de CO2 par an. Cette hausse, même relativement limitée, n’est-elle pas contraire aux exigences climatiques qui imposent de mettre en œuvre des politiques réduisant drastiquement les émissions de GES ? Plutôt qu’investir dans des programmes de sobriété et d’efficacité énergétique en mesure d’engager l’économie européenne dans une ère post-fossile, TAFTA contribuerait à maintenir et accroître une très forte dépendance aux énergies fossiles en Europe, qui est déjà de 60 % pour le gaz et de 85 % pour le pétrole. Plus généralement, les accords commerciaux contribuent à accroître les échanges internationaux au détriment de politiques de relocalisation des circuits de production et de consommation. L’UE souhaite en l’occurrence que TAFTA et CETA s’inscrivent dans un projet économique global, dans lequel la multiplication des accords de commerce de nouvelle génération la hissera au premier rang mondial des exportateurs. Ainsi, alors que la contribution du commerce de marchandises aux dérèglements climatiques est évaluée à 10% des émissions mondiales, en constante augmentation, elle pratique la fuite en avant.

 

 

- Le droit des investisseurs contre le climat

En faisant primer le droit commercial sur les exigences écologiques et en étendant toujours plus les droits des investisseurs face aux collectivités publiques, les politiques de libéralisation du commerce et des investissements affaiblissent considérablement la perspective de voir déboucher des politiques qui contraindront les activités des multinationales extractives et qui organiseront une véritable transition écologique. Le très controversé mécanisme de règlement des différends investisseur – État fragilisera toute une série de réglementations écologiques dont l’Union européenne, ses pays membres ou collectivités locales déjà existantes, et aura un effet de dissuasion à l’égard de ces derniers lorsqu’ils envisageront des législations futures. C’est ce type de disposition, inclus dans CETA et prévu dans TAFTA, qui permet à l’entreprise Lone Pine Resources de poursuivre le Canada pour le moratoire de la province de Québec sur la fracturation hydraulique [7]. C’est également via ce dispositif, déjà compris dans un certain nombre d’accords bilatéraux d’investissement, que l’entreprise canadienne Gabriel Resources menace d’attaquer la Roumanie parce qu’elle a déclaré envisager d’écouter les habitants de la communauté de Rosia Montana et de limiter l’exploitation de la mine d’or locale. Dans ces dispositifs, nul État ni collectivité publique ne peut en revanche poursuivre une entreprise qui n’accepterait pas de se soumettre aux réglementation environnementales publiques existantes ; celles-ci ont le monopole de la force de contrainte et de sanction que procure le régime international de l’investissement codifié dans CETA et dans TAFTA. Engager des politiques et des lois efficaces pour enrayer durablement les dérèglements climatiques appelle donc, au minimum, d’admettre une certaine hiérarchie des urgences et des légitimités, et de soumettre les droits du commerce et des investisseurs au droit international des hommes et de l’environnement.

 

 

- Le droit commercial contre la transition énergétique

Organiser la transition énergétique exige de promouvoir des énergies renouvelables à l’échelle des territoires, dans une logique de coopération et de partage des connaissances et des savoir-faire, qui suppose des modes de soutien et de gestion associant les collectivités locales, les consommateurs et les PME ou coopératives de production. Or ces accords de libre-échange réduiront très sensiblement la capacité des États et des collectivités locales à accompagner ces mutations. Selon le texte final de l’accord UE-Canada, qui préfigure largement le contenu du TAFTA, les collectivités publiques - États, régions, municipalités, UE en tant que telle... - ne pourront ni adopter ni maintenir des mesures imposant un minimum de contenu, de production ou de consommation locale à une entreprise investissant sur leur territoire, ni exiger que celle-ci s’associe à des entrepreneurs locaux ou nationaux, ni obliger la dite entreprise à transmettre son savoir-faire localement, notamment via l’ouverture des droits de propriété intellectuelle qu’elle détient sur une technologie ou un mode opératoire. Il sera également impossible d’introduire des formes de subventions préférentielles à des acteurs économiques locaux au détriment d’entreprises dont les activités seraient exclusivement exportatrices. En effet de tels instruments politiques sont considérés par le droit du commerce et de l’investissement comme des distorsions à la libre-concurrence ou comme des restrictions à la liberté des investisseurs étrangers. Des précédents attestent du risque effectif pour la puissance publique puisque des mesures de ce type ont déjà été contestées et invalidées. Le programme de développement des énergies renouvelables en Ontario (Canada) a du être abandonné sous la pression du Japon et de l’Union européenne. Les États-Unis ont également attaqué l’Inde devant l’Organe de règlement des différends de l’OMC en raison de son programme d’appui à la filière solaire nationale, qui obligeait les opérateurs étrangers à acheter les panneaux solaires à des entreprises locales. Ce sont pourtant des flexibilités indispensables pour qu’une collectivité locale ou qu’un État puissent soutenir le déploiement des renouvelables sur tous les territoires. Ces critères de localité et de qualité sont également de puissants outils pour relocaliser des emplois et des activités à travers la promotion de produits et de compétences locales, et l’utilisation des meilleures technologies disponibles.

 

 

- Le commerce international fait disparaître des émissions de CO2 !

A travers le commerce international, ce sont les émissions incorporées aux biens et services échangés qui circulent d’un pays à l’autre. Ces émissions, fruit de la production de ces biens et services et des consommations intermédiaires qu’ils nécessitent, représenteraient, selon plusieurs études [8], près de 28 % des émissions mondiales de CO2 alors qu’en 1990, ce chiffre n’était que de 18%. En longue période, le commerce international ayant augmenté plus vite que le PIB, les émissions qui sont incorporées aux biens échangés augmentent plus vite que les émissions globales : + 4,3 % par an en moyenne sur 2000 – 2008 contre + 3,4 % pour les émissions globales [9]. Tout comme certains pays exportent plus de biens qu’ils n’en importent, disposant ainsi d’une balance commerciale positive, certains pays, au niveau des émissions, sont exportateurs nets d’émission quand d’autres en sont importateurs nets. Les pays les plus riches sont essentiellement des pays importateurs nets d’émission. La Chine est exportatrice nette d’émissions, à hauteur de 27 % de ses émissions totales. La comptabilisation de ces émissions importées ne serait pas importante si elle ne changeait pas totalement la façon dont évolue les émissions d’un grand nombre de pays. Ainsi, en France, les émissions ont officiellement diminué de 7 % entre 2000 et 2010 (- 6% pour l’UE). Mais si l’on tient compte des émissions incorporées dans les importations et exportations, on calcule que les émissions de CO2 ont augmenté de 15 % sur la période (+ 9 % pour l’UE). Ainsi, à travers le commerce international, c’est l’empreinte carbone de toute une série de pays qui tend à se réduire et à devenir invisibles pour s’agréger à celle d’autres populations, généralement plus pauvres et bien moins émettrices de gaz à effets de serre. Est ainsi dissimulée dans le commerce international une part importante des émissions liées aux choix de consommation des populations des pays riches.

 

 

- Conclusion

 

  • TAFTA et CETA, et plus généralement les politiques de libéralisation des échanges et de l’investissement, représentent des incitations - institutionnelles, juridiques et économiques - nouvelles à l’expansion du commerce transatlantique des énergies fossiles. La dépendance des économies européennes aux énergies fossiles n’en sera que renforcée et l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels, des deux côtés de l’Atlantique, encouragée.
  • Cette perspective est-elle bien compatible avec les objectifs de réduction de 30 % de la consommation de ressources fossiles d’ici 2030 et de division par quatre des émissions de GES d’ici 2050 comme prévu par le premier article du projet de loi sur la transition énergétique voté à l’automne 2014 ?
  • Si François Hollande est réellement convaincu que le sort de l’humanité se joue avec le réchauffement climatique, comme il l’a récemment affirmé à plusieurs reprises, alors pourquoi ne pas conditionner tout nouvel accord de libéralisation des échanges et d’investissement au respect des responsabilités climatiques des pays les plus émetteurs et les plus pollueurs ? 

Document coordonné par Maxime Combes et Amélie Canonne.

 

Notes

[1Appel «  Créons 10, 100, 1 000 Alternatiba en Europe  » - http://www.bizimugi.eu/fr/creons-10-100-1-000-alternatiba-en-europe/

[2Les États membres de l’UE ont finalement déclassifié le mandat de négociations début octobre 2014, plus d’un an après avoir commencé http://data.consilium.europa.eu/doc/document/ST-11103-2013-REV-1-DCL-1/fr/pdf

[3Avec le TAFTA, l’UE et les États-Unis sabordent le climat et la transition

[4Voir par exemple : http://www.springer.com/earth+sciences+and+geography/meteorology+%26+climatology?SGWID=0-10009-12-565099-0

[5http://www.bastamag.net/Carburants-polluants-une-premiere

[6http://www.amisdelaterre.org/Sables-bitumineux-une-nouvelle.html

[7Voir : Non à la fracturation hydraulique  !

[8Les émissions importées, le passager clandestin du commerce mondial, Rapport du RAC, Avril 2013, http://www.rac-f.org/IMG/pdf/EMISSIONS-IMPORTEES_RAC-Ademe-Citepa.pdf

[9Peters, Glen, Minx Jan C., Weber, Christopher L., Edenhofer, Ottmar  ! (2011) «  Growth in emission transfers via international trade from 1990 to 2008  », PNAS - http://www.pnas.org/content/early/2011/04/19/1006388108.abstract

 

 

- Documents joints

Note TAFTA/TISA à télécharger ICI

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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 10:24

- On en débat !
Même questionnement sur la CDA de La Rochelle ! Quel service public de collectage des déchets ? Le zéro déchets est-il possible ? Quelle politique mettre en œuvre ? Tri sélectif, recyclage, compostage, méthanisation,... ou incinération ? La puissance publique doit-elle reprendre la main face à la puissance des majors du privé ? Les citoyens ne devraient-ils pas avoir le dernier mot quant-aux choix à mettre en œuvre ?

Déchets : trier et/ou détruire..... on en débat !
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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 10:00
La biodiversité sous l'emprise de la finance ?
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Rédacteur

  • Pour une Révolution citoyenne par les urnes
  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, syndicaliste CGT, conseiller Prud'homme depuis 1978.
  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, syndicaliste CGT, conseiller Prud'homme depuis 1978.

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