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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 09:00
CEP17 refuse de plonger dans les bassines !

Sources : Le blog de CEP17

Nous apprenions par Sud-Ouest du 13 février 2015 que la commission locale de l’eau (voir la composition de la CLE) chargée de l'élaboration, de la révision et du suivi de l'application du schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE) a donné son feu vert pour  le creusement de 24 « bassines » en Charente-Maritime.

 

 

- Qu’est-ce que des bassines ?
Les bassines sont des réserves de substitution pour le stockage de l'eau, creusées, terrassées et étanchéifiées (avec un film plastique) puis remplies durant l'hiver par pompage dans la nappe phréatique, à la différence des retenues cullinaires qui sont des réserves remplies par les eaux de surface, de ruissellement, grâce à des micro-barrages.
La bassine déplace les prélèvements dans la nappe de la période estivale vers la période hivernale ; elle ne permet pas de stockage supplémentaire.

 

 

 

- Des très grosses bassines !

Le projet dont il est question concerne le stockage de 6 millions de mètres cubes d'eau dans 24 réserves sur le versant charentais-maritime de la Boutonne. Ce n’est pas rien ! Malgré cela, il n’est destiné à faciliter l'irrigation que pour une soixante-sept d'exploitants agricoles. Il est porté par l’ASA Boutonne, association d’agriculteurs irrigants ; vous savez, ceux qui, en 2010, n’étaient pas du tout responsables des menaces téléphoniques (de mort) et des injures sur la voie publique proférées à l’encontre de Jean-Yves Martin, conseiller général de Saint-Jean-d'Angély et président du SAGE.

 

 

- Une agriculture soumise à l’agrobusiness (agrobassiness ?)
Pourquoi faciliter l’irrigation ? Au  nom de la politique productiviste du maïs OGM figurant au catalogue "officiel" des semences, bien sûr !


L’eau appartient à tous ! Mais certains, cependant, s’approprient ce bien commun de l’Humanité. Outre les grandes compagnies de l’eau (Véolia, Lyonnaise des Eaux, Saur) qui engraissent leurs actionnaires, certains agriculteurs soumis au productivisme  veulent faire payer leur eau d’irrigation au contribuable.


 « Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’on irrigue. Les sumériens au IVème  siècle avant J.C. avaient déjà utilisé ce moyen pour améliorer leur production d’épeautre en Mésopotamie. Mais c’est aussi l’irrigation qui a favorisé la fin de leur civilisation puisque la salinité de l’eau a rendu les terres incultes... On a donc depuis longtemps irrigué quelques céréales, mais ce furent et ce sont surtout les cultures maraîchères en Europe, jusqu’à ce qu’arrive le grand boom du maïs... Ce fut la généralisation de l’ensilage donné aux bêtes (…) qui, dans les années soixante-dix, fut l’un des déclencheurs de l’explosion de la culture de cette plante qui demande naturellement beaucoup d’eau puisque 40 mm tous les dix jours est une moyenne, assurant l’exploitant d’avoir d’excellents rendements. Cette demande sera aussi favorisée puisqu’à la même époque on verra l’arrivée de l’enrouleur (le Typhon de Di Palma) facilitant le travail de l’agriculteur. Alors, beaucoup d’agriculteurs se mirent eux aussi au maïs et de surcroit dans des zones peu propices comme les plaines calcaires ; peu importait, puisque l’on prétendait qu’avec la mondialisation on allait faire disparaître la faim dans le monde en ayant des rendements importants dus à l’irrigation. Immense erreur !


 Ce fut en réalité l’inverse, et on parvint en 2010 à ce qu’environ un milliard d’habitants de la planète souffre de la faim. Et l’on doit ceci principalement à l’agriculture subventionnée, l’agrobusiness en bonne part européen. Cela vient du fait que l’on expédie des céréales vers les pays non développés, céréales qui sont vendues en dessous du prix de celles produites localement. Par conséquence, les cultivateurs de ces pays-là ne peuvent plus vivre, ne vendant pas leurs récoltes. C’est d’ailleurs parmi ces agriculteurs qu’il y a le plus de gens souffrant de la faim. Alors ces malheureux migrent vers les villes où ils ne trouvent pas de travail. Puis en désespoir de cause, partent vers l’Europe. L’Europe qui illico les expulse sans ménagement, alors qu’elle est en partie responsable de leurs misères et souffrances… »
Michel MENGNEAU « L’Eau, usages et mésusages…

 

S’il ne s’agit cependant pas de rejeter toute irrigation, il faut savoir ce que l’on arrose. L’agriculture ne pourrait-elle envisager d’autres cultures que le maïs ou d'autres variétés de maïs moins gourmandes en eau et respectueuses de diversité génétique  ? Sorgho, luzerne, sont moins gourmands en eau que le maïs et pourraient permettre à l’agriculteur de sortir du carcan tissé par l’industrie de type « agrobusiness » capitaliste au service des semenciers producteurs de semences OGM uniformisées.

 

La bioversité du maïs hors catalogue officiel

La bioversité du maïs hors catalogue officiel

Malheureusement, beaucoup demeurent englués dans ce système, et le productivisme reste le moteur de leurs façons de faire !

 

 

- On nous bassine depuis des années !
Michel Mengneau écrivait déjà en octobre 2010 :


« Alors ça continue ! La dernière phobie des agriculteurs du sud Vendée ce sont des réserves d’eau avec bâches plastiques, implantées en plein milieu de plaine, et remplies en période hivernale sous prétexte qu’il y a un surplus d’eau. Ce qui est déjà une totale méconnaissance de l’hydrogéologie puisque ce qui sera prélevé en hiver dans les nappes manquera inéluctablement en période sèche. C’est même aussi une erreur monumentale de vouloir par ce moyen limiter aussi les crues qui sont absolument nécessaires à l’équilibre écologique, au maintient de la biodiversité de nos territoires.
 Le pire sans conteste, c’est que ces réserves sont en grande partie construites avec des financements publics…
Tout ceci est encore plus aberrant lorsque l’on sait que dans toute cette partie du territoire, sud-Vendée, sud-Deux-Sèvres, Charente-Maritime, l’accent est mis sur la production de céréales afin de faire de la Palice un port céréalier remplaçant le bois exotique qui ne sera plus importé. Donc, on force sur la mondialisation des transferts de céréales au détriment de la relocalisation. Ceci pour une poignée de céréaliers qui ne sont pas les plus défavorisés du monde agricole.
Aidons nos agriculteurs à comprendre qu’ils font fausse route, qu’une autre agriculture est possible, car en détruisant les ressources de la nature ils affament aussi d’autres populations… »

Michel MENGNEAU « L’Eau, usages et mésusages…

 


- Une eau rare est chère !

Le coût total du projet s’élèverait à 21,3 millions d’euros, ce qui représente un coût moyen de 5,5 à 6 € par m3 (ou encore 317910 € par irrigant). De plus, la CLE elle même reconnaît que cette estimation est sans doute sous dimensionnée et l’évoque comme un des points à préciser.

 

Subventionnés à 7O% par des fonds publics, les moyens ainsi offerts à l’irrigation pour la culture et la productivité du maïs, obligeront les exploitants à utiliser encore plus de produits nocifs qu’on retrouvera dans l’eau et dont les usagers de l’eau devront payer la dépollution.

 

 

- CEP 17 s’oppose au projet et exprime sa solidarité
Face à ce projet, la position du collectif eau publique 17 est donc on ne peut plus claire :

  • Pas de financement public inconsidéré pour satisfaire 60 agriculteurs irrigants.
  • Pas de financement public pour une diminution de la ressource en eau.
  • Pas de financement public pour une aggravation de la pollution de l’eau en raison d’une agriculture vouée uniquement à l’augmentation des rendements de la monoculture du maïs.
  • Soutien aux opposants à ce projet et à la déclaration de Benoît Biteau, agriculteur bio et accessoirement vice-président de la région Poitou-Charentes, qui, dans le même temps, s’est vu refuser les aides européennes parce qu’en renonçant à l’agriculture productiviste il a renoncé à irriguer.

 

Pour en savoir plus :

- mon dossier Politique de l'eau

- Gaspillage de l’eau : le gouvernement se couche devant la FNSEA

- Les agriculteurs productivistes obtiennent un programme massif de réserves d’eau en Poitou Charente

- rapport de la Cour des comptes qui dénonçait les errements de la politique de l’eau en France

- Les paysans bio veulent leurs aides comme les autres

- Soutenons le paysan Benoît Biteau ! Et demandons le règlement des primes aux agriculteurs bio !

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commentaires

éric 14/03/2015 18:07

Réserves collinaires et non cullinaires, Faire des réserves l'hiver lorsque la nappe phréatique déborde me parait moins couillon que de pomper en plein été. L'irrigation est une assurance, assurance d'avoir une bonne germination régulière , assurance d'avoir une belle récolte. Assurance de même pouvoir sauver une récolte dans certaines régions. Vous allez bien réussir à détruire l'agriculture et décourager les derniers qui essaient d'en vivre. Quand au bio et à l'exemple local que vous idolâtrez je vous invite à voir ce qu'il livre réellement.

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