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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 09:19

Histoire d'un concept

 

Au début du XXe siècle, le « Near East » et le « Middle East » apparaissent clairement distincts, l’un centré sur Istanbul et les Détroits, l’autre sur Téhéran et le golfe Persique, en relation avec l’axe stratégique qui reliait le Royaume-Uni et l’Inde britannique. Pourtant, aujourd’hui, cette distinction ne tient plus. Il ne viendrait à l’esprit de personne de mettre les Balkans dans le Proche-Orient et inversement, la Turquie est considérée par tous comme une puissance du Moyen-Orient. D’où la question : comment le « Middle East » a-t-il remplacé le « Near East » ?

 

Sources : OrientXXI par Vincent Capdepuy

 La ligne Berlin-Badgad. Construction d’un pont temporaire sur l’Euphrate, entre 1900 et 1910. Library of Congress/American Colony (Jerusalem).

La ligne Berlin-Badgad. Construction d’un pont temporaire sur l’Euphrate, entre 1900 et 1910. Library of Congress/American Colony (Jerusalem).

Dans une première partie, j’ai montré comment l’Orient tel que pouvaient le concevoir les Européens au milieu du XIXe siècle, le « vaste Orient », a été progressivement divisé en trois régions définies par leur situation stratégique dans le contexte de la confrontation des impérialismes, notamment britannique et russe : le Far East, le Near East et, en dernier lieu, le Middle East.

 

Le bouleversement géopolitique provoqué par la première guerre mondiale a sans doute été un facteur important de cette recomposition toponymique. Les guerres balkaniques de 1912-1913 s’étaient terminées par un recul important de l’empire ottoman en Europe, voire son quasi-retrait ; mais sa défaite en 1918 provoque sa disparition totale et permet l’émergence, quoique contrariée, des pays arabes. La notion de « Near East », qui était fortement liée à la question ottomane et notamment aux Balkans, semble alors se réduire à une peau de chagrin tandis que celle de « Middle East », au contraire, s’accroît depuis que la Mésopotamie et la Palestine sont passées sous mandat britannique, ce qui est acté à San Remo en avril 1920.

 

Après la prise de Bagdad par les troupes britanniques en mars 1917, un nouveau pouvoir est mis en place. Si le contrôle de ce territoire est réclamé par le vice-roi des Indes, Lord Chemsford, le Cabinet met en place directement un « Mesopotamia Administration Committee ». Celui-ci est rebaptisé « Middle East Committee » en août 1917, puis « Eastern Committee » en mars 1918, signe d’une certaine instabilité conceptuelle. Tout au long de l’année 1920, on discuta de la création d’un nouveau département en charge du « Moyen-Orient ». Au début de l’année 1921, Lloyd George offrit à Winston Churchill le poste de secrétaire d’État aux colonies, avec, pour superviser la Palestine, la Transjordanie et l’Irak, un « Middle East Department ». Avant cela, Churchill avait pris soin de consulter la Royal Geographical Society, dont la Commission permanente aux noms géographiques avait décidé l’année précédente que « Near East » devait renvoyer uniquement aux Balkans et que les terres allant du Bosphore à la frontière orientale de l’Inde devaient être appelées « Middle East ». John Shuckburgh, qui travaillait auparavant à l’India Office et qui s’était occupé durant la guerre des opérations britanniques en Mésopotamie, se retrouvait à la tête de ce département. Mais on y trouvait également Thomas Edward Lawrence, dans le rôle de conseiller, en provenance, lui du bureau arabe du Cairo Intelligence Department. Les deux services, dont les approches de la région n’ont pas toujours été convergentes, étaient ainsi réunis.

 

 

- Un tournant décisif dans la politique impériale

Au mois de mars de la même année se tint au Caire une conférence sur le Moyen-Orient. Si l’historiographie française a retenu l’expression « Conférence du Caire », officiellement, celle-ci s’intitulait bien « Middle East Conference ». L’événement a été largement couvert par la presse et a sans nul doute contribué à diffuser cet usage du terme. Le compte-rendu du correspondant du Times en avril 1921, sur le « futur des pays arabes » est assez révélateur de ce glissement des mots et de la politique britannique dans la région :

 

- Confusions britanniques

Le problème fut posé explicitement en 1941 lorsque Sir Francis Fremantle demanda au premier ministre s’il n’y avait pas une confusion des termes « Near East » et « Middle East ». Il n’obtint pas vraiment de réponse. En 1942, Churchill essaya de modifier le commandement militaire du Moyen-Orient en le divisant : l’Égypte, la Palestine et la Syrie seraient devenues le Near East Command, basé au Caire ; la Perse et l’Irak seraient devenues le nouveau Middle East Command, basé à Bassora ou à Bagdad. Mais si le War Cabinet (cabinet de guerre) accepta la division, il refusa le changement de nom : le Middle East Command resta au Caire pour éviter les confusions.

 

Le 29 juin 1941, Oliver Lyttelton fut nommé ministre d’État pour le Moyen-Orient, avec un siège au cabinet de guerre. Il eut en charge de guider sur le plan politique les commandants en chef en poste dans la région et de coordonner les représentants britanniques en Égypte, au Soudan, en Palestine, en Transjordanie, en Irak, en Éthiopie, en Somalie britannique, en Érythrée, en Somalie italienne, à Chypre, dans les États du Levant, et plus tard à Malte, à Aden et au Yémen. Il arriva au Caire le 5 juillet 1941.

 

Le problème de toponyme se posa de nouveau à la fin de la seconde guerre mondiale. Au Royaume-Uni, le 16 avril 1946, le major Symonds demanda au premier ministre Clement Attlee s’il avait l’intention de continuer à utiliser le terme de « Middle East » pour désigner des aires géographiques qui par le passé avaient été appelées « Near » et « Middle East ». Attlee répondit que la pratique était désormais d’appeler « Middle East » « le monde arabe et certains pays voisins » et qu’il ne voyait pas de raison de la changer. Aux États-Unis, le 25 juillet 1946, un officier demanda au secrétariat d’État aux affaires étrangères quels étaient les pays inclus par le nom de « Near East ». Ernest Davies, le sous-secrétaire d’État, répondit que le terme de « Near East », qui était lié à l’empire ottoman, était désormais démodé et qu’il était remplacé par celui de « Middle East ». Il incluait l’Égypte, la Turquie, l’Irak, la Perse, la Syrie, le Liban, la Jordanie, la Palestine, l’Arabie saoudite, les Émirats du Golfe, le Koweït, Bahreïn, le Qatar, Aden et le Yémen. En 1948, lorsque fut créée à l’ONU, à l’initiative de l’Égypte, une Commission économique pour le Moyen-Orient, le terme ne sembla pas faire problème. Son action s’étendit sur une aire très vaste et englobait des pays qui n’étaient ni arabes ni musulmans : l’Afghanistan, l’Iran, l’Irak, la Syrie, le Liban, la Turquie, l’Arabie saoudite, le Yémen, l’Égypte, l’Éthiopie, la Grèce. La notion de Near East ne désignait plus dès lors que la partie méditerranéenne du Moyen-Orient. Elle avait été subsumée par celle de Middle East.

 

La prédominance accordée à la notion de Middle East à partir des années 1920 et renforcée par la seconde guerre mondiale, est un événement métagéographique dans la mesure où il y a modification assez rapide des cadres de perception et de dénomination de l’espace, mais c’est un événement qui s’inscrit dans une transformation des structures économiques, culturelles et politiques du monde depuis la fin du XVe siècle. C’est le point d’aboutissement d’un processus pluriséculaire et non un simple caprice de l’histoire, ou d’un quelconque stratège. Cependant on fera ici l’hypothèse, non contradictoire avec les précédentes, que si les deux notions de Near East et de Middle East ont été rapprochées, c’est que l’espace même a été modifié dans ses structures par le progrès des moyens de transport et de communication.

 

- Succès mitigé pour le transport par bateau à vapeur

L’importance de l’axe reliant le Royaume-Uni à l’Inde explique que dès l’apparition des premiers bateaux à vapeur maritimes au début du XIXe siècle, des expériences ont été faites pour réduire la durée du trajet entre l’Angleterre et l’Inde. Au début des années 1920, le courrier de la Cour des directeurs de l’East India Company à Londres au gouverneur général à Calcutta prenait généralement de cinq à huit mois par le Cap de Bonne-Espérance. Le premier bateau à vapeur à être parvenu en Inde fut l’Enterprize, en 1825, au bout de quatre mois et avec difficulté. Un deuxième, le Falcon, parti quelques semaines plus tard, y parvint également après quatre mois, mais essentiellement à la voile. Malgré cet échec, tout relatif, l’enthousiasme pour ce nouveau mode de transport ne retomba pas. Dans les années 1830, des pétitions rédigées à Bombay, à Calcutta, à Madras furent envoyées au Parlement britannique ; un comité de lobbying, the London Committee for Establishing Steam Communication with India via the Red Sea est créé pour faire pression sur les autorités.

 

Cependant la mer Rouge n’était pas la seule route envisagée. En septembre 1828, le premier ministre, le duc de Wellington, nomma président de l’India Board Lord Ellenborough, qui avait vanté les mérites d’une communication par bateau à vapeur avec l’Inde par la mer Rouge et qui, une fois en poste, chargea Thomas L. Peacock de rédiger un rapport sur la question. Ce dernier soumit un Memorandum respecting the Application of Steam Navigation to the Internal Land External Communications of India à Lord Ellenborough en septembre 1929. Il distinguait trois routes entre l’Angleterre et l’Inde : la route océanique qui contourne le Cap de Bonne-Espérance, la route qui coupe par l’Égypte (Alexandrie, le Nil, etc.), et une nouvelle route, pour la première fois proposée par Peacock, à travers la Syrie et l’Irak, par l’Euphrate.

 

Comme Peacock le soulignait, la route par l’Égypte et la mer Rouge avait déjà été proposée en 1823 et en 1826, mais les réticences étaient fortes de la part de l’East India Company en raison des difficultés à naviguer en mer Rouge (récifs, vents contraires durant la moitié de l’année) et à cause de la mousson, qui aurait obligé à faire un long détour par l’équateur. Peacock examina aussi la possibilité de construire un canal entre la mer Rouge et la Méditerranée, mais les ingénieurs français de l’expédition de Bonaparte avaient mesuré une dénivellation trop importante entre les deux mers. La troisième possibilité, nouvelle, aurait été de faire naviguer des bateaux à vapeur sur l’Euphrate, comme sur le Mississippi. Peacock rappela que Trajan avait fait descendre l’Euphrate à son armée jusqu’à Babylone et que l’expansion russe dans le Caucase (annexion de la Géorgie en 1801 et de l’Arménie en 1828) faisait peser une menace importante sur cet espace stratégique. Avant de s’en retirer, une armée russe s’était avancée jusqu’à Erzurum. Le 21 décembre 1829, Ellenborough envoya le mémorandum de Peacock au Duc de Wellington. En mars 1830, l’East India Company demanda une étude sur la possibilité d’emprunter les routes par la mer Rouge et par l’Euphrate.

 

La première mission de reconnaissance, menée par William Bowater en août 1830, tourna court. Les membres de l’expédition furent attaqués par des Yézidis et presque tous tués. Cependant, peu de temps auparavant, en mai 1830, Francis Chesney, alors au Caire, s’était proposé pour faire cette reconnaissance. Il commença par étudier l’isthme de Suez et corrigea l’erreur des ingénieurs français sur la différence de niveau entre la mer Rouge et la mer Méditerranée, concluant qu’un canal pouvait être construit, ce qui lui vaudra d’être reconnue par Ferdinand de Lesseps comme « le père du canal ». Ensuite, de décembre 1830 à janvier 1831, Chesney descendit l’Euphrate, de Anah jusqu’à Bagdad, sur un radeau traditionnel (kelek), ce qui le convainquit de monter une expédition plus importante. Durant l’été 1836, deux navires à aube, l’Euphrates et le Tigris, furent acheminés en pièces détachées de l’embouchure de l’Oronte jusque sur les bords de l’Euphrate, où ils furent montés et mis à l’eau. La descente de l’Euphrate avait été préparée par l’installation de stocks de charbon à Deir ez-Zor et à Anah, et par la signature d’entente avec les tribus arabes. L’expédition descendit l’Euphrate jusqu’au Golfe malgré le naufrage du Tigris et la mort d’une vingtaine de personnes dans une tempête de sable en aval de Deir ez-Zor. Ce fut un succès mitigé. Aucun service fluvial ne fut ouvert.

 

Puisque l’Euphrate n’était plus considéré comme navigable, un chemin de fer longeant la rivière apparut alors comme la meilleure solution de rechange. Vers 1840, l’Euphrates Valley Railway fut le premier schéma proposé. Entre 1840 et 1856, de nombreux arguments furent utilisés en sa faveur, mais ce fut un échec.

 

- Trente mille kilomètres de câbles télégraphiques

La rapidité du transport du courrier et des informations entre l’Inde et l’Angleterre étant toujours préoccupante au milieu du XIXe siècle, l’importance d’établir une ligne télégraphique fut reconnue dès le début des années 1850, avant même la révolte des Cipayes de 1857-1858. L’Electric Telegraph Department in India mit en service les premières lignes télégraphiques publiques indiennes en 1855 et dès 1859 la décision de relier l’Inde à l’Angleterre fut prise. En 1860, un premier câble fut tiré entre Suez et Karachi, par la mer Rouge. Mais il s’abîma très vite et la réparation, trop coûteuse, fut abandonnée. En 1862, une nouvelle institution fut créée, l’Indo-European Telegraph Department. Le projet consistait à mettre en place une ligne télégraphique entre Karachi et Al Faou, à l’extrémité du golfe Persique. Le télégraphe indien serait ensuite relié au système télégraphique ottoman, connecté aux lignes européennes par Istanbul. En 1864, le câble sous-marin entre Al Faou et Karachi fut posé ; en 1865, une ligne fut tirée entre Al Faou, Bassora et Bagdad. Dès lors, un message télégraphique put être envoyé en Inde en vingt-quatre heures.

 

Cependant, ceci ne profitait pas seulement à l’empire britannique. Durant la deuxième moitié du XIXe siècle, près de 30 000 kilomètres de câbles télégraphiques ont été installés à travers tout l’empire ottoman. Le télégraphe, outil de communication, renforçait l’autorité centrale.

Le câble télégraphique du golfe Persique (Harris 1969)

Le câble télégraphique du golfe Persique (Harris 1969)

 

- Un train à travers l’« Arabie turque »

En 1869, le canal de Suez fut inauguré, permettant une communication directe entre la mer Méditerranée et l’océan Indien, sans faire le long détour par le Cap de Bonne-Espérance. Toutefois, même après cela, on continua de penser que l’ouverture d’une route alternative à travers l’« Arabie turque » offrirait des avantages commerciaux et politiques immenses en donnant une façade méditerranéenne à l’Irak et à la Perse. D’autres projets de chemin de fer furent donc imaginés pour traverser le désert. Il y eut deux écoles : ceux qui voulaient un chemin de fer à travers tout l’empire ottoman et ceux qui pensaient que la route à travers le nord de la Mésopotamie était la meilleure voie. Les Turcs en 1873 discutaient la possibilité d’un chemin à travers le « Petit Désert », de Homs à Palmyre, et de là jusqu’à Deir ez-Zor. Les hommes politiques et les ingénieurs britanniques, quant à eux, concentrèrent leur attention sur le « Grand Désert », c’est-à-dire au sud de la ligne Damas-Bagdad.

 

Trois solutions furent proposées. Dès 1878, il fut suggéré qu’un chemin de fer traversât la Palestine de Haïfa, ou Akka, à Salkhad dans le Djebel druze, puis de là à Al-Jawf à travers le Wadi Sirhan, et d’Al-Jawf jusqu’au Koweït avec un embranchement vers Bassora. Une seconde proposition fut de construire un chemin de fer de Salkhad jusqu’à Bassora directement. Une troisième proposition fut suggérée par C. E. Drummond Black en 1908 : un chemin de fer depuis Port-Saïd jusqu’à Bassora via Akaba et Al-Jawf. Mais ce fut finalement l’Allemagne qui obtint la concession du fameux Berlin-Bagdad, même si la guerre empêcha sa totale réalisation.

Les chemins de fer d’Asie mineure (Augé 1917)

Les chemins de fer d’Asie mineure (Augé 1917)

Toutefois, le tracé de celui-ci ne fit que contourner l’entre-deux syro-irakien et la mainmise britannique sur les mandats palestinien et irakien à la fin de la première guerre mondiale relança les discussions sur son franchissement. Mais aucune liaison ferroviaire ne sera établie à travers le désert syrien : l’époque était désormais à la voiture.

 

 

- Enfin vint l’automobile

En 1919, un convoi de dix Ford tenta de traverser le désert de la Syrie à l’Euphrate, mais six voitures durent être abandonnées en cours de route et une seule atteignit Deir ez-Zor en bon état. D’autres tentatives furent faites, notamment par des contrebandiers qui, au lendemain de la première guerre mondiale, cherchaient à faire passer en Irak l’or abandonné en Syrie par les troupes turques et allemandes. Dénoncés, les premiers furent rattrapés par un avion et obligés de rebrousser chemin.

 

En 1922, le cheikh Mohammed Ibn Bassam, chef de l’importante tribu des Rouala, qui était impliqué dans le trafic d’or entre Damas et Bagdad, fit transiter une cargaison d’or dans deux voitures de Damas à Deir ez-Zor, et de là en bateau jusqu’à Bagdad ; les voitures revinrent chargées d’autres marchandises de contrebande. Quelque temps après, un Français établi en Syrie renouvela discrètement la tentative et atteignit directement Bagdad. Mis au courant, le consul général de France à Bagdad s’arrangea pour faire le voyage de retour avec cet audacieux. Leur voiture ne mit que vingt heures à accomplir le trajet entre la capitale de l’Irak et Damas (janvier 1923). Suite à cela, le consul britannique de Damas proposa aux frères Nairn de tenter une traversée du désert entre Damas et Bagdad. Norman et Gerald Nairn étaient deux Néo-Zélandais ayant servi au Proche-Orient durant la première guerre mondiale et qui, après leur démobilisation en Palestine, se lancèrent dans le service de transport et créèrent la Nairn Transport Company of Palestine and Syria.

 

En avril 1923, Norman Nairn, le consul britannique à Damas, un riche marchand syrien, le consul à Beyrouth et quelques intéressés se lancèrent dans la traversée, par Rutba. Ce fut un succès. En mai 1923, M. de Littinière, inspecteur des travaux publics de l’État de Damas, parcourut la piste et en résuma les caractéristiques. À la fin de l’été, les frères Nairn organisèrent sur ces données un service régulier de transports automobiles de Caïfa (Palestine) à Bagdad ; mais le général Weygand, haut-commissaire de la République française en Syrie, les amena aussitôt à établir la tête de ligne de son service (Overland Desert Route) à Beyrouth, de façon à orienter sur ce port tout le trafic entre Syrie, Mésopotamie et éventuellement la Perse et les Indes. Dès octobre 1923 fonctionna le Nairn Crossdesert mail service. Très vite, une foule de petites entreprises automobiles se mêlèrent de transporter des voyageurs à travers le désert.

Bus de la Nairn Cie photographié à l’aéroport de Bagdad (1935, collection personnelle)

Bus de la Nairn Cie photographié à l’aéroport de Bagdad (1935, collection personnelle)

Selon le manuel de géographie des services de renseignement de la Marine britannique consacré à la Syrie (Syria 1943), les routes qui traversaient le désert syrien étaient parfaitement adaptées aux moyens de transport modernes car la surface du désert était appropriée au passage des voitures et il n’y avait pas beaucoup d’obstacles à éviter, même s’il existait certains passages délicats, en particulier la descente des escarpements et la traversée des ouadis. Plusieurs pistes furent utilisées à partir de Damas, de Homs et d’Alep vers l’Euphrate en passant par Palmyre. Les services de bus à travers le désert se multiplièrent durant les années 1930, surtout avec l’introduction de l’air climatisé. En 1937, entre Damas et Bagdad, dans les deux sens, on a totalisé le passage de 3 320 véhicules, 23 273 passagers et 6 758 tonnes de marchandises.

 

 

-

Ouverture des liaisons aériennes

Parallèlement à cela, le développement de l’aéronautique conduisit à mettre en place rapidement de nouvelles liaisons aériennes, au départ à l’initiative des militaires.

Les routes aériennes du monde (Sykes 1920)

Les routes aériennes du monde (Sykes 1920)

À la conférence du Caire de mars 1921, il fut décidé que la RAF ouvrirait un service régulier entre Le Caire et Bagdad. Le repérage au sol fut confié au major Holt. Pour aider les aviateurs à ne pas se perdre, une immense flèche fut tracée dans le sol par un tracteur. La ligne Le Caire-Bagdad fut ouverte dès l’été 1921 et en octobre un arrangement fut trouvé pour transporter du courrier civil. En septembre 1921, le Times s’enthousiasmait : un officier de la RAF avait fait le voyage de Bagdad à Alexandrie en seulement deux jours, avec une escale à Amman. À la fin du mois de mars 1929, Imperial Airways Ltd. ouvrit entre l’Angleterre et l’Inde un service postal et un service passager avec un vol inaugural de Croydon à Karachi. Celui-ci emprunta la route du désert de la RAF, qui dès lors devint un maillon de la chaîne impériale.

Premier vol vers Karachi, à travers le désert de Syrie

Premier vol vers Karachi, à travers le désert de Syrie

En 1929, la compagnie française Air Orient ouvrit un service hebdomadaire entre Marseille et Beyrouth ; l’année suivante, celui-ci fut prolongé jusqu’à Bagdad via Damas. Enfin, en 1931, un service régulier France-Indochine entre Marseille et Saigon fut établi, incorporant la route du désert Damas-Rutba-Bagdad. La même année, ce fut la Compagnie Royale d’Aviation (KLM) néerlandaise qui inaugura un autre service postal et passager entre les Pays-Bas et Java via l’Égypte, Gaza, Amman, Rutba et Bagdad. À la fin des années 1930, l’entre-deux syro-irakien semble ainsi avoir pour ainsi dire disparu :

 

Le fait significatif aujourd’hui est la facilité avec laquelle on peut traverser le désert syrien. La sécurité et la brièveté de cette traversée font aussi que le voyageur d’aujourd’hui peut avoir le sentiment que le légendaire ‘tapis volant’ s’est miraculeusement matérialisé. La Mésopotamie est maintenant à un jour de la Méditerranée au lieu d’en être séparée par plusieurs semaines de voyage en caravane[3].

 

Le développement des liaisons aériennes internationales apparaissait alors comme la clef de l’avenir des pays de la région : le Moyen-Orient pouvait être vu comme « le pivot [the hub] de l’Ancien Monde »[4]

Le Moyen-Orient, hub de l’Ancien Monde (Glubb 1957)

Le Moyen-Orient, hub de l’Ancien Monde (Glubb 1957)

- Les deux rives du désert syro-irakien

En 1941, à la suite du coup d’État de Rachid Ali le 3 avril et à son ralliement à l’Allemagne nazie, une attaque britannique fut menée par une colonne de 750 hommes à partir de la Palestine à travers le désert de Syrie. Le 1er juin, les Britanniques pénétrèrent dans Bagdad. Dans The Golden Carpet, Somerset de Chair a laissé de cette expédition un récit épique :

 

Lorsque le sable lourd du Désert de Libye retombera sur les gourbis de Tobrouk et de Benghazi, émergera l’histoire glorieuse d’une petite armée qui a marché des rivages de la Méditerranée jusqu’à l’Euphrate à travers un désert aride qu’aucune armée de conquête n’avait jamais traversé de par le passé, et qui a porté son coup jusque sur les rives du Tigre en prenant Bagdad et en entrant dans la ville des Califes.[5]

 

C’est passer sous silence les transformations radicales qui se sont opérées durant les décennies précédentes et qui ont considérablement rapproché les deux rives du désert syro-irakien.

 

L’amenuisement de l’entre-deux syro-mésopotamien s’est traduit dès la fin de la deuxième guerre mondiale par le développement d’une idée qui auparavant aurait paru incongrue : l’union des deux royaumes hachémites de Jordanie et d’Irak. Trois fois cette idée revient sur le devant de la scène à partir de 1946. Le 14 avril 1947, à l’initiative du roi Abdallah, l’Irak et la Jordanie signent un « traité de fraternité et d’alliance » qui demeure toutefois une coquille vide. En 1951, ce sont les Irakiens Nuri Al-Said et Salih Jabr qui se rapprochent de la Jordanie à l’occasion de l’assassinat du roi Abdallah le 20 juillet, mais ils buttent sur le refus de Talal Ben Abdallah intronisé en septembre et du nouveau gouvernement élu en octobre. Enfin, en réponse à la formation de la République arabe unie (RAU) égypto-syrienne, l’Irak et la Jordanie proclament en 1958 la création d’une Fédération arabe. Le coup d’État irakien du 14 juillet 1958 y mettra fin.

Comment fut inventé le Moyen-Orient

Notes :

[1] «  Future of Arab Lands  », Times, 5 avril 1921  ; p. 9.

[2] Winston Churchill, The Hinge of Fate, Houghton Mifflin, Boston, 1950  ; p. 460 (cité par Davidson 1960).

[3] Christina P. Grant, The Syrian Desert. Caravans, Travel and Exploration, Black LTD, Londres, 1937  ; p. 295.

[4] John Bagot Glubb, A Soldier with the Arabs, Hodder and Stoughton, Londres, 1957  ; p. 19.

[5] Somerset De Chair, The Golden Carpet, New York, 1945  ; p. 5.

 

Pour en savoir plus :

- « Moyen-Orient » : une géographie qui a une histoire

- Histoire antique de la Palestine : Les premiers habitants

- Quand Daech nous oblige à relire l’histoire coloniale de la France…

- Le Moyen-Orient (1876-1980)

- L'accord secret qui bouleversa l'avenir du Moyen-Orient

- Accords de Sykes-Picot

 

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16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 09:34
De gauche à droite: Hasip Kaplan, Ziya Hatip et Levent Tüzel Photo : Jean-Jacques Régibier [1]

De gauche à droite: Hasip Kaplan, Ziya Hatip et Levent Tüzel Photo : Jean-Jacques Régibier [1]

Sources : La Ligue des Droits de l'Homme La Rochelle

-

Contre la répression et l’atteinte aux libertés par Erdogan en Turquie :

La répression est très forte en Turquie. Réagissant à la tentative de coup d’Etat, Erdogan en profite pour tenter de mettre à bas toute opposition à sa politique autoritaire en Turquie : licenciement de dizaines de milliers de fonctionnaires, arrestations nombreuses, fermeture de plus de 170 medias, mise en garde à vue de 11 députés du HDP (parti démocratique du peuple) qui vient s’ajouter à la destruction de villes kurdes, à la destitution de nombre de maires et d’élus locaux. Cette dictature grandissante ne peut nous laisser indifférente. La Turquie est membre associée de l’Union Européenne, elle ne peut tomber sous la férule du sultan Erdogan et de son mouvement. L’Union Européenne, par delà les condamnations verbales, doit prendre des mesures d’embargo.

 

  • Samedi 5 novembre, plus de 200 membres de la communauté kurde de Rochefort se sont rassemblés Place Colbert. Ils ont reçu le soutien de militants d’organisations, dont des responsables de la Ligue des droits de l’Homme. Amplifions le mouvement !
  • Un 2e rassemblement a eu lieu Samedi 12 nov. à Rochefort avec plus de 150 personnes, et le soutien de plusieurs organisations, dont la LDH, le Mouvement de la paix, ...

 

Nous  invitons tous les démocrates, toutes les associations, les syndicats et mouvements politiques de Charente-Maritime à se joindre au 3e rassemblement

SAMEDI 19 NOVEMBRE - 13h30

Place de la Motte rouge -  à La Rochelle

 

Note :

[1] Invités à Strasbourg par un groupement d’associations, trois responsables politiques, dont un membre du HDP, analysent la montée de la dictature en Turquie et les moyens que mettent en place les mouvements démocratiques pour la combattre. Hasip Kaplan est avocat et écrivain, ancien député du HDP. Levent Tüzel est secrétaire général et ancien député du Parti du Travail ( EMEP.) Ziya Hatip est membre du Parti social-démocrate populaire (SHP).

Tous les jours, les atteintes à la démocratie se multiplient en Turquie.....  « Notre résistance contre le régime fasciste est en train de se mettre en place. »

 

Pour en savoir plus :

- Rochefort : les Kurdes disent Stop à Erdogan

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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 08:28
Syrie, ALEP, Russie, France... J.L. Mélenchon... enfumage et réalités !

Oui, l’urgence est de sauver les populations civiles d’Alep.
Mais il n'y a pas de "bonnes victimes" que l'on médiatise parce qu’elles sont placées du côté de la ligne de front qui servent les intérêts de l'occident... et de mauvaises !

Qui osera aussi nous faire croire que l'offensive en cours à Mossoul (à laquelle les forces américaines et françaises participent sur le terrain et dans les airs) n'aura pas de conséquences désastreuses pour les populations civiles ?

Toutes les victimes qu'elle soient à ALEP OUEST ou à ALEP EST, à MOSSOUL en Irak, à SANAA au Yémen ou en Afghanistan doivent soulever la communauté internationale pour exiger des solutions politiques aux conflits vers la paix et la démocratie.

 

Sources :  L'indignation à géométrie variable : L'Heure du Peuple

- L'indignation à géométrie variable

La guerre en Syrie donne lieu à propos d’Alep à une campagne d’enfumage médiatique digne des plus grandes manipulations orchestrées par l’OTAN depuis la chute du mur de Berlin, de la guerre en Yougolsavie aux armes de destruction massive imaginaires de Sadam Hussein. La nouveauté est que la France est désormais en première ligne de cette guerre de l’information, en rupture avec toute son histoire d’indépendance par rapport aux logiques de guerre entre blocs. Les victimes civiles d’Alep servent ainsi de prétexte à nous faire prendre partie dans un conflit armé dont la ligne de front passe actuellement à travers cette ville. Or il n’y a pas des civils victimes qu’à Alep Est. Ceux d’Alep Ouest, sous administration syrienne, subissent depuis des mois le feu djihadiste depuis Alep Est, notamment nourri d’armes lourdes américaines livrées en masse à la « rébellion » syrienne depuis 2013. Le contexte syrien et régional plus large est tout autant occulté. La Turquie a envahi le nord de la Syrie, et les USA y construisent un aéroport militaire, avec comme unique boussole le tracé des oléoducs et gazoducs, dans l’illégalité internationale la plus totale. Quant à la France, elle bombarde la banlieue de Mossoul, ville irakienne de 1,2 millions d’habitants, et y déploie de l’artillerie au sol en vue d’une offensive de tous les dangers pour les civils. Américains et russes se livrent donc à une course de vitesse sur les fronts syriens et irakiens dont les civils sont partout les victimes innocentes.


Les campagnes occidentales pour les civils d’Alep sont d’autant plus hypocrites que les pourfendeurs des crimes de guerre en Syrie sont aussi ceux qui les pourvoient dans d’autres pays de la même région au même moment. France et États-Unis cautionnent ainsi depuis deux ans la guerre des monarchies du golfe contre la rébellion yéménite. Le bilan s’élève à 10 000 morts selon l’ONU, dont 3 900 civils tués, notamment par des Mirage 2000 et des chars Leclerc livrés aux pays du golfe par la France. Le week-end où Hollande dénonçait des crimes de guerre à Alep, 150 civils étaient tués par un missile tiré sur un mariage au Yemen.


Aucun défenseur de la paix ne doit donc être dupe de ces dénonciations à géométrie variable. Aucune solution de paix ne pourra être construite sans regard indépendant de celui des belligérants. Les civils syriens, irakiens et yéménites auraient tous à gagner à ce que s’affirme le nouvel indépendantisme français défendu par Jean-Luc Mélenchon. La France arrêterait ainsi d’attiser des guerres (Libye, Syrie, Mali, etc.) qui lui échappent et lui coûtent cher financièrement et humainement jusque sur son propre territoire. Cet effort d’indépendance n’est pas que l’affaire de l’État et de ses dirigeants mais commence aussi pour chaque citoyen dans son nécessaire rapport critique à l’information.

 

Crimes de guerre en Syrie qualifiés de «bavardages» : Mélenchon rectifie l'AFP [1]

Crimes de guerre en Syrie qualifiés de «bavardages» : Mélenchon rectifie l'AFP [1]

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Syrie - Daesh - Révélations incroyables sur France Inter !

Il y a quelques semaines, nous aurions du aller chercher de telles informations sur les chaînes russes, pour se faire alors dénigrer. Et pourtant, après une catastrophe parfois tout change! Du moins c'est l'impression qu'on peut avoir aujourd'hui...

 

- Guerre de Syrie, les intérêts cachés

Geopolitis explique les intérêts cachés de la guerre en Syrie. Ce documentaire date d'octobre 2013, date à laquelle on comptait déjà plus de 100 000 morts. Aujourd'hui le bilan s'élèverait à 250 ou 300 000 morts.

 

 

- Alep - L'intox monstrueuse dénoncée par Vanessa Beeley[1]

Le fait que Vanessa Beeley reprenne le mot "terroriste" pour qualifier les rebelles qui sévissent à Alep-Est vous semble peut-être surfait et propagandiste... Pourtant elle est bien allée sur le terrain et explique en détails pourquoi elle les appelle ainsi.

 

Note :

[1] Vanessa Beeley est un journaliste d' investigation britannique axée sur le Moyen - Orient

 

 

- Jean-Luc Mélenchon était l'invité de Michel Grossiord et Perrine Tarneaud sur « Public Sénat » le 20 octobre 2015.
La dernière partie de l'émission abordait la guerre en Syrie et la question des réfugiés.

 

 

- Sur le bras de fer diplomatique mené par François Hollande avec la Russie

Invité de Public Sénat le mardi 11 octobre 2016, Jean-Luc Mélenchon a répondu aux questions des journalistes concernant la situation en Syrie. Il a plaidé pour une coalition universelle pour la paix.

 

Jean-Luc Mélenchon a vivement condamné le bras de fer diplomatique mené par François Hollande avec la Russie, déclarant : « Je désapprouve absolument ce qu'il est en train de faire, qui est totalement contraire aux intérêts de la France ».

 

 

- Vladimir Poutine explique ce qui s’est réellement passé entre la France et la Russie

Au lendemain de l'annulation par Moscou d'une rencontre prévue à Paris entre François Hollande et Vladimir Poutine, le président russe a expliqué chronologiquement ce qui n’avait pas fonctionné dans les relations diplomatique entre les deux pays.
 

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 08:25
Samedi 15 octobre 2016 : Journée européenne d'action contre le traité CETA (UE-Canada)

On a toutes et tous une bonne raison de s’opposer au TAFTA et au CETA...

Alors le 15 octobre, venez rejoindre les collectifs STOP TAFTA 17 et 79 sur le vieux port de

La Rochelle à partir de 15h 00.

 

Le CETA est un accord conclu fin 2014 entre le Canada et l’Union européenne. Loin des regards des peuples européens et canadiens, la Commission européenne, au nom des 28 États membres de l’UE, et le gouvernement canadien sont sur le point de sceller cet accord. Conformément aux vœux des lobbies des multinationales qui en sont à l’origine, il vise à démanteler toute forme de “barrière au commerce et à l’investissement” afin de “fluidifier” les échanges entre les deux rives de l’Atlantique.

 

Plus concrètement, il s’agit de : supprimer les derniers droits de douane entre les deux zones économiques, notamment dans l’agriculture ; “harmoniser” les réglementations des deux côtés de l’Atlantique, ce qui se traduit bien souvent par l’assouplissement maximal des lois et des normes qui protègent la santé publique, les travailleurs, les consommateurs ou encore l’environnement ; conférer des droits exceptionnels aux multinationales afin d’assurer la mise en oeuvre effective, voire aller audelà des deux objectifs précédents.

 

Sources : site national STOP TAFTA

- Le CETA est le « poisson pilote » du TAFTA !
Alors qu’il charge le traité avec les Etats-Unis (TAFTA) de tous les maux, le gouvernement français fait la promotion du CETA, qui contient pourtant les mêmes dangers : une juridiction spéciale pour les investisseurs face aux Etats ; le mécanisme de coopération réglementaire, qui donne la plume aux multinationales pour « filtrer », dans l’optique du profit maximal et tout de suite, les normes sanitaires, environnementales et sociales ; la suppression des droits de douane agricoles, qui mettra en concurrence des systèmes de production de taille incomparable, et conduira à l’industrialisation de l’agriculture paysanne.


80% des entreprises américaine implantées sur le marché européen détiennent une des 42.000 filiales au Canada : elles pourront ainsi pénétrer le marché européen sans attendre le TAFTA !

 

 

- Le CETA sacrifie les agricultures locales et de qualité !
L’UE s’engage à des quotas annuels d’importation énormes sans droits de douane sur la viande bovine et porcine : environ 50.000 tonnes de viande bovine et 75.000 tonnes de viande de porc à l’horizon de 7 ans. On peut donc anticiper un choc majeur pour les producteurs européens et locaux, dans un contexte économique et de concurrence déjà très difficile pour les éleveurs.


C’est toute la filière qui sera touchée : producteurs de viande bien sûr, mais également industrie de l’abattage ou de l’alimentation animale, sous-traitants techniques, boucherie… Avec pour seule marge de manoeuvre possible l’érosion sans fin des coûts de production, ce qui conduira à la dégradation des conditions de travail des salarié.e.s et de traitement des animaux.


L’accord protège 27 AOP (appellation d’origine protégée) sur les 93 que compte la France : dit autrement, près des trois quarts des AOP françaises sont sacrifiées dans le CETA !

 

 

- Le CETA un bon accord ? Non, c’est un déni de démocratie !
Comment peut-on sérieusement prétendre que « CETA est un bon accord » alors que l’organe de coopération réglementaire, présent pour la première fois dans un accord de libre-échange sur la très forte insistance d’un lobbying commun aux transnationales des deux cotés de l’Atlantique (l’ERT), revient à donner aux transnationales un véritable droit de veto et à institutionnaliser un filtrage en amont dans le processus de décision publique ? C’est à dire à obliger l’intérêt général à se justifier et à se soumettre à l’intérêt privé, une véritable révolution culturelle qui en quelque sorte établit de façon institutionnelle un privilège !

 

 

- Le tract pour le 15 octobre (version imprimable)

Samedi 15 octobre 2016 : Journée européenne d'action contre le traité CETA (UE-Canada)
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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 08:07
Photo: Zuma / TASS

Photo: Zuma / TASS

Comme le rapporte l’agence « Xinhua », au sommet du « G20 » la Chine[1] a proposé au monde un nouveau modèle de gestion de l’économie mondiale. Les jalons essentiels en sont consignés dans un document appelé « le consensus de Hangzhou ». Fait intéressant, « Xinhua », constate une bonne compréhension du projet par les autres membres du G20.

 

Sources : Le site du Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Andreï Ivanov, traduit du Russe par Marianne Dunlop

Formellement, à la rencontre de Hangzhou[2] rien d’extraordinaire ne s’est passé. Les médias ont rapporté que les dirigeants du monde ont discuté entre eux des problèmes les plus aigus, mais ne disent pas quelles mesures pratiques ont été envisagées. Par exemple, dans le cadre de diverses réunions, Hollande, Merkel, Obama et Poutine ont discuté de la Syrie et de l’Ukraine. Mais en fait, il semble que tout reste inchangé, rien n’a été expressément convenu, et chaque Etat continuera à tenir sa ligne. La même chose peut être dite sur les problèmes de l’économie mondiale. Bref, on s’est rencontré, on a parlé et on est reparti. Le sommet du G20 dans la conscience de masse est associé à une espèce de « club d’élite », et non une autorité qui prendrait des décisions politiques.

 

Par conséquent, le message de « Xinhua » mérite une certaine attention. Il apparaît, selon l’agence, que « grâce aux efforts de la Chine, au sommet du G20 à Hangzhou pour la première fois une place importante dans les politiques macro-économiques mondiales a été accordée aux questions de développement, pour la première fois a été élaboré un plan d’action pour la mise en œuvre d’un développement durable à l’horizon 2030 ». Autrement dit, avant les dirigeants du monde se réunissaient seulement pour parler, mais en Chine, ils ont commencé à travailler sérieusement.

 

« Cela signifie que les fruits du développement économique ne doivent pas seulement profiter à un petit nombre de personnes ou de pays, mais que tous les pays doivent en tirer profit, indépendamment du fait qu’ils soient pauvres ou riches, développés ou sous-développés. Là est le problème de l’économie mondiale « , – a commenté Zhao Xijun, Vice-Président de l’Académie des finances de l’Université Populaire de Chine.

 

Étant donné la retenue traditionnelle des médias chinois dans leurs formulations, on peut conclure que la Chine prépare un modèle fondamentalement nouveau de l’ordre mondial.

 

 

- Nous pouvons essayer d’imaginer quelle sera son essence.

L’économie mondiale ralentit sa croissance. Cela s’est produit d’abord dans les pays développés, et il y avait de l’espoir pour la croissance dans les pays en développement. Mais, plus récemment, il est devenu clair que cet espoir ne se justifiait pas. Qu’est-ce qui peut relancer l’économie mondiale ? Certains disent les nouvelles technologies. Toutefois, les gains de productivité ne suppriment pas le problème de la saturation des marchés. En Europe déjà certaines banques commerciales concèdent des prêts à intérêt négatif, à tel point dans le monde d’aujourd’hui il est devenu difficile de trouver une utilisation à l’argent.

 

Le problème, bien sûr, n’est pas l’absence physique de consommateurs. C’est juste que le modèle actuel est basé sur la croissance effrénée de la consommation dans les pays riches et laisse de côté des centaines de millions de personnes dans les pays pauvres, en fait exclus de l’économie mondiale. Pour la reprise de la croissance il est nécessaire de créer la demande des consommateurs en Afrique, dans les pays les plus pauvres d’Asie et d’Amérique latine. Mais cela signifie que nous devrions réduire les disparités entre les différentes régions du monde et abandonner l’ancien modèle.

 

La nouvelle économie doit être basée non pas sur la croissance de la consommation, mais sur la fourniture du nécessaire à tout le monde. Cela suppose d’économiser l’énergie et les ressources, et de transférer la motivation pour le travail des besoins aux capacités de chacun.

 

Le modèle actuel repose sur le dollar, et il est basé sur l’inégalité. En outre, les pays les plus prospères, plutôt que produire eux-mêmes, gèrent la redistribution des résultats du travail des autres et des ressources des autres. Changer le système n’est possible qu’en renonçant au dollar.

 

Il n’est pas difficile de deviner qu’en qualité de nouvelle monnaie mondiale, la Chine envisage le yuan. A propos, au dos des billets d’un yuan est représenté le Lac de l’Ouest, situé au centre de Hangzhou. On peut dire que le lieu du G20 chinois n’a pas été choisi au hasard. Les experts disent que l’image sur le billet de banque est un symbole de l’unité du ciel, de la terre et de l’homme. Cela est tout à fait différent des symboles ouvertement maçonniques au verso du dollar sur un fond de toile d’araignée qui semble envelopper le monde.

 

La seule chose que l’on peut contester parmi les affirmations de l’article de « Xinhua » est que tous les dirigeants du monde accueillent favorablement les initiatives de la Chine. Les USA et les pays européens ne renonceront pas si facilement au fondement de leur prospérité.

  • La Chine tente aujourd’hui d’évincer les pays occidentaux dans la gestion de l’économie mondiale, – a déclaré le directeur adjoint de l’Institut d’Etudes Extrême-Orientales Andrei Ostrovsky.
  • Les « majorités de contrôle » dans les institutions financières internationales clés sont détenues par les États-Unis et l’Union européenne. Si nous parlons des devises, partout ont cours le dollar, l’euro, la livre sterling, le yen. Ce n’est que récemment qu’il a été décidé d’inclure le yuan dans la liste des monnaies de réserve mondiale.

 

A Hangzhou, la Chine a tenté de réviser le système de la gouvernance économique mondiale, et d’associer au processus les pays en développement. Le G20 comprend 19 pays plus l’Union européenne, et 77 pays étaient représentés au sommet. La Chine étant le pays organisateur, elle a le droit d’inviter d’autres États. Elle en a profité au maximum, afin d’obtenir un large soutien à ses initiatives.

 

 

- INTERVIEW

  • « SP » : – Qu’a l’intention de faire la Chine en pratique ?

La Chine a déjà mis en place la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, le fonds « Route de la Soie ». Ce sont des faits tangibles. La Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures dépasse déjà la Banque asiatique pour la reconstruction et le développement.

 

La Chine met en œuvre le projet « Route de la Soie ». Peu importe comment les autres pays l’accueilleront, la Chine a déjà commencé à mettre en œuvre son programme économique. La Chine s’éloigne peu à peu de l’esprit « profil bas » de Deng Xiaoping, ce qui est apparu clairement au sommet du « G20 » à Hangzhou.

 

  • « SP » : – Quels sont les principaux changements à attendre ?

La Chine est prête à accroître la capacité économique des pays en développement. Aujourd’hui, la proportion du G20 dans l’économie mondiale est de 86%, et tous les autres pays ne représentent que 14%, ainsi, nous voyons une grande disparité dans le monde. Pour réduire l’écart, il faut changer le système de gouvernance économique mondiale. Aujourd’hui, le système est lié au dollar, au Système fédéral de réserve et aux accords de Bretton Woods. Les Chinois tentent de corriger cette chose. La première étape est de faire du yuan une monnaie convertible. De toute évidence, ce n’est pas l’affaire d’un seul quinquennat.

 

La transition du « dollar mondial » au « yuan mondial » est un long processus. Mais le yuan est entré dans le panier de devises mondiales de réserve. Cela signifie que toutes les banques qui font l’échange de devises seront tenues d’avoir des réserves de yuans, donc acheter sur le marché mondial de la monnaie chinoise. Par exemple, les banques russes veulent avoir des bureaux à l’étranger. A partir d’octobre, elles devront avoir non seulement des livres et des dollars, mais aussi des yuans.

 

L’essentiel est de voir d’où vient ce processus. Le fait est que l’économie chinoise est en pleine croissance, et son taux de croissance est plus élevé qu’aux Etats-Unis et dans l’Union européenne. Il faut compter avec la Chine.

 

  • « SP » : – Les initiatives de la Chine peuvent ne pas plaire à l’Occident

Bien sûr. Et il y a des tentatives pour faire dévier la Chine de sa voie vers le développement durable. Ce n’est pas un hasard si on assiste à ces scandales autour des îles contestées dans la mer de Chine du Sud. Il est amusant de voir la polémique entre le leader des Philippines et le président des États-Unis. Les deux parties ont dû faire des compromis en raison de la Chine.

 

Le facteur chinois est aujourd’hui un élément clé dans le monde, au même titre que les États-Unis. En parité de pouvoir d’achat le PIB en Chine est plus élevé qu’aux Etats-Unis. Le revenu moyen par habitant des provinces côtières du Shandong, Jiangsu, Zhejiang est assez comparable au revenu américain sur la côte atlantique, à Boston ou à Philadelphie.

 

  • « SP » : – Comment les changements amenés par la Chine dans l’économie mondiale pourraient-ils affecter la Russie ?

Nous avons signé beaucoup d’accords et de contrats avec la Chine. Le problème est que notre « pivot vers l’Est »est mal appliqué. 85% du volume total du commerce extérieur se fait encore avec l’Occident, et seulement 15% en Orient, et sur ces 15% la Chine représente 12%. Notre volume du commerce extérieur avec la Chine est faible. Au cours des huit premiers mois de cette année, le volume du commerce extérieur représentait moins de 50 milliards de dollars. Nous ne pouvons pas encore atteindre le niveau de 2014. En pratique c’est« chaud en politique, froid en économie ». La coopération économique est loin derrière l’entente politique.

 

La part du commerce transfrontalier est seulement 15% du commerce total. Le volume des investissements mutuels est faible. L’an dernier, les Chinois ont investi chez nous environ un milliard de dollars, et nous en Chine – seulement 40 millions. Le commerce extérieur est directement lié à l’investissement mutuel.

 

Nous devons déterminer si nous nous tournerons vers l’Est. Au forum économique oriental on en a parlé. Mais les négociations sont en cours, et nous ne voyons pas de progrès. Quelque chose se fait, mais pas des changements fondamentaux. Il y a eu cette question des crèmes glacées, que nous faisons beaucoup mieux que les Chinois. Pourquoi y a-t-il des problèmes même avec les glaces ?

 

La Chine propose avant tout l’ouverture des marchés régionaux grâce à l’élimination des taxes à l’exportation et l’importation, – considère le Directeur de l’École d’études orientales, École supérieure d’économie Alexei Maslov.

 

C’est bénéfique pour la Chine, qui a accumulé une masse des marchandises. Elle veut pénétrer de nouveaux marchés. Les États-Unis s’y opposent, en interdisant le dumping. Quand la Chine parle des nouvelles règles du commerce mondial, elle est préoccupée principalement par elle-même et non les autres pays.

 

Simplement le marché mondial actuel s’est constitué sans la participation de la Chine, comme un système étroit. La Chine veut obtenir sa part du marché.

 

Actuellement, à mon avis, les propositions de la Chine ne seront pas acceptées. Mais la Chine est obligée de les mettre en avant pour se déclarer comme le chef du nouvel ordre mondial et attirer à elle un grand nombre de pays d’Asie.

 

La Chine propose l’admission des Etats à leurs marchés respectifs. Formellement, cela sonne bien. Mais l’avantage n’est que pour ceux qui ont des marchandises excédentaires. Dans une certaine mesure, cela est bénéfique pour la Russie, mais pour l’instant nous ne disposons pas d’une quantité suffisante de produits qui puissent entrer sur les marchés mondiaux. La Chine est opposée à diverses restrictions de quotas commerciaux. La Chine se bat pour elle-même, mais prétend défendre les intérêts des autres pays.

 

  • « SP » : – dans quelle mesure est justifiée la thèse selon laquelle la Chine veut passer d’un modèle de croissance de la consommation à un modèle de croissance du bien-être ?

Ce n’est pas un modèle économique, mais une déclaration politique. Pendant longtemps, l’économie de la Chine a augmenté grâce à des investissements en actifs fixes, c’est-à-dire, à travers la construction d’usines et de routes. Formellement, cela augmentait le PIB. Mais la croissance était fondée sur l’augmentation des immobilisations, et non sur la croissance du bien-être des citoyens. Aujourd’hui, la Chine entend développer la consommation intérieure. Ainsi, la RPC entend relancer l’économie.

 

Mais on n’a jamais vu que la croissance de la consommation rende tout le monde en même temps plus riche. Quelqu’un sera plus pauvre, d’autres seront ruinés. Mais théoriquement cela donne une chance de nourrir tout le monde.

 

  • « SP » : – La Chine a l’ambition de reformater le système économique mondial ?

La Chine a des ambitions sérieuses. En plus de développer le commerce, la Chine est intéressée à être admise aux grands projets d’investissement dans le monde. Aujourd’hui, ils peuvent ne pas rapporter d’intérêt, mais le bénéfice est à long terme. Il s’agit de lignes de chemin de fer, de l’achat de ports. La Chine est engagée vers l’expansion et l’investissement étranger. Mais pour cela, il faut obtenir beaucoup de permissions des bureaucraties d’État, auxquelles la Chine s’oppose.

 

Si nous prenons la question du « yuan d’or », la Chine ne l’aborde pas ouvertement. Mais il est clair que la Chine ne souhaite pas lier sa monnaie à la notion de libre convertibilité. La Chine n’a pas soulevé cette question afin de ne pas dépendre du système de Bretton Woods, quand toute conversion passe par le dollar.

 

Le yuan peut rester une monnaie de réserve, comme elle est maintenant. Ou bien la Chine peut essayer d’élever le yuan au rang de devise, qui permettra la conversion. Autrement dit, la question est celle de la formation d’un système alternatif de conversion de devises. Théoriquement, c’est bien beau, mais en pratique, cela exige un consensus de nombreux Etats. Je doute sérieusement que la Chine soit en mesure de le faire au cours des prochaines années.

 

Ce que dit la Chine est conçu pour au moins 25 ans, ce qui est le temps long habituel pour les Chinois.

 

Note :

[1] Chine 1ère puissance économique mondiale 2ème puissance politique et militaire

[2] Xi Jinping rencontre les dirigeants du monde entier à Hangzhou les 4 et 5 septembre 2016

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 08:40
11 septembre 73 : Salvador Allende était renversé par un coup d'Etat avec l'aide des Etats-Unis...

En une journée, les forces armées chiliennes balaient l'Unité populaire et s'emparent du pouvoir. Le "golpe" (coup d'État) est lancé dans le port de Valparaiso par le soulèvement de la marine ; il aboutit, à Santiago, au bombardement du palais présidentiel de La Modena et à la mort d'Allende. Extrait du hors-série de l'Humanité : Chili, l'espoir assassiné.

 

Source : Le blog de Pierre Faucon par Pierre Faucon; L'Humanité

- Le fil d'une journée tragique

  • 6h20 : Allende est informé que l'infanterie de marine s'est soulevée à Valparaiso. Il quitte sa résidence et file à vive allure vers La Moneda entouré de sa garde rapprochée.
  • 7h30 : Allende arrive à la Moneda armé d'un fusil AK-47. Casque sur la tête, il organise la résistance et distribue des armes à ses collaborateurs.
  • 7h40 : La hiérarchie militaire ne répond pas aux appels de la présidence de la République. Salvador Allende nprononce sa première allocution radiophonique.
  • 8h30 : Pinochet, nommé un mois auparavant chef nde l’armée de terre, a trahi. Dans la nuit, une dernière réunion de « coordination » a eu lieu à l’ambassade des États-Unis, à Santiago, en liaison radio avec le bureau du secrétaire d’État Henry Kissinger. C’est lui, après un échange avec Richard Nixon, qui donne le feu vert. La junte militaire exige une première fois la reddition d'Allende.
  • 9h00 : Des avions de chasse passent au-dessus de La Moneda. Distribution d’armes légères aux collaborateurs de Salvador Allende. Il prononce plusieurs brèves allocutions sur les ondes de deux radios non occupées par les militaires. La troupe massée à proximité de La Moneda tire sur la présidence.
  • 9h15 : Attaque contre la Moneda. La junte demande au président de se rendre et d'abandonner le pays. "Le Président ne se rend pas ! ", rétorque Allende.
  • 11h50 : début du bombardement contre la Moneda. Un peloton de soldat entre dans la cour centrale. Encerclés, les derniers combattants descendent par le grand escalier pour se rendre. A cet instant, un coup de feu retentit. Le président s'est suicidé d'un coup de fusil.
  • 13h50 : Allende demande à ses gardes du corps et à ses collaborateurs de quitter La Moneda. Quelques instants avant sa mort, il adresse un dernier message transmis par Radio Magallanes : « Ils vont sûrement faire taire Radio Magallanes et vous ne pourrez plus entendre le son de ma voix. Peu importe, vous continuerez à m’écouter, je serai toujours près de vous, vous aurez au moins le souvenir d’un homme digne qui fut loyal avec la patrie. Le peuple doit se défendre et non pas se sacrifier, il ne doit pas se laisser exterminer et humilier. Allez de l’avant, sachant que bientôt s’ouvriront de grandes avenues où passera l’homme libre pour construire une société meilleure. Vive le Chili ! Vive le peuple ! Vive les travailleurs ! Ce sont mes dernières paroles, j’ai la certitude que le sacrifice ne sera pas vain et qu’au moins ce sera une punition morale pour la lâcheté et la trahison. »
  • 14h : Allende refuse la proposition de partir en exil à bord d’un avion militaire. La présidence est en feu. Il refuse d’être pris vivant et se suicide dans son bureau d’une rafale de mitraillette. Plus tard, dans l’après-midi, les militaires investissent le palais présidentiel. Le général Palacios fait transporter le corps d’Allende à l’hôpital militaire. Le lendemain, le cercueil du président est transporté à Vina del Mar. L’enterrement au cimetière de Santa Inès quadrillé par la troupe est expéditif. Au moment de descendre le cercueil, Hortensia Bussi, la veuve d’Allende, s’empare de quelques fleurs des tombes voisines et, les jetant en offrande, prononce d’une voix forte : « Que l’on sache qu’ici repose le président constitutionnel du Chili. »

 

Enregistrement du dernier discours du président Salvador Allende sur Radio Magallanes, le 11 septembre 1973, à partir de 9h10. Sous-titres français.

 

- L'ombre des États-Unis.

Des conversations enregistrées à la Maison-Blanche, entre le président Richard Nixon et son conseiller Henri Kissinger, révèlent le rôle joué par Washington dans le coup d'état.

  • 1970 : Kissinger : « Nous ne laisserons pas le Chili partir à l'égout » (après l'élection de Salvador Allende).
  • 1971 : Nixon : « j'ai décidé que nous allions sortir Allende. C'est un ennemi. Tout est permis au Chili. Foutez lui un coup de pieds au cul, OK ».
  • Juillet 1973 : Nixon : je crois que ce chilien pourrait avoir quelques problèmes.
  • 16 septembre 1973 : Kissinger : « l'affaire au Chili se concrétise et bien sûr la presse se lamente parce qu'un gouvernement pro-communiste a été renversé (…) C'est-à-dire, au lieu de se féliciter… Sous le gouvernement de Eisenhower,nous serions des héros »/ Nixon : «Bon,nous ne l'avons pas fait.ou plutôt, nous avons aidé (…) Nous avons créé les meilleures conditions possibles »/Nixon : « voilà, et c'est comme cela que nous allons le présenter ».
  • Octobre 1973 : Kissinger : « le gouvernement (de Pinochet) est meilleur pour nous que ne l'était Allende ».

 

Le coup d'état le 11 septembre 1973 fomenté par la CIA , Kissinger et Nixxon .

11 septembre 73 : Salvador Allende était renversé par un coup d'Etat avec l'aide des Etats-Unis...
11 septembre 73 : Salvador Allende était renversé par un coup d'Etat avec l'aide des Etats-Unis...
11 septembre 73 : Salvador Allende était renversé par un coup d'Etat avec l'aide des Etats-Unis...
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26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 08:15

Il y a tout juste un an, en juillet 2015, François Hollande, lors d'une tournée africaine close au Cameroun, reconnaissait la responsabilité de la France (longtemps niée) dans la répression sanglante des indépendantistes de cette ancienne colonie française dans les années 50-60. Il assurait vouloir ouvrir les archives (Quelles archives ? Mystère) concernant les exactions perpétrées en pays bamiléké par l'armée française.

L'annonce fut alors remarquée, la volonté de lever le voile sur cette autre guerre de la honte, saluée. Quid aujourd'hui de cette promesse ? Aucune suite tangible connue.

Une pirouette politique, un simple coup d'épée dans l'eau. Mais on peut compter sur une jeune génération d'écrivains camerounais pour révéler les tenants et les aboutissants de cette guerre soigneusement gardée secrète où, comme en Algérie, le recours aux bombardements, aux villages rasés, aux camps et à la torture fut avalisé.

Si, en 2011, Kamerun ! (enquête de plus de 700 pages solidement documentée)[1], révélait ce pan de l'Histoire méconnu, c'est sur le mode de la fiction que Hemley Boum et Max Lobe se sont emparés de cette réalité pour révéler la farouche résistance d'un peuple et son aspiration inconditionnelle à être libre.

 

Sources : Marianne, les éditions La Cheminante, les éditions Zoé

 

 

"LES MAQUISARDS" par Hemley Boum

Il était une fois la guerre oubliée du Cameroun

- Résumé

Ce roman Les maquisards de Hemley Boum est une bombe à retardement, un choc émotionnel inouï, un phare dans le nuit de la mémoire, une boussole pour l’avenir. Un roman qui révèle à travers une saga familiale bouleversante le rôle éminent du peuple bassa dans la libération du joug de la colonisation au Cameroun. Un pan caché de l’Histoire déployé dans un vécu de chair, de sang et d’amour, sans angélisme ni pathos. Conjuguer le passé au présent pour réenchanter la dignité humaine. Savoir d’où l’on vient et qui a forgé notre avenir. Les Maquisards de Hemley Boum symbolisent tous ceux qui paient le prix fort de notre liberté.

 

En même temps, il traverse l’âme en poussant le lecteur dans les retranchements de ses propres deuils, et espoirs en la suite de l’histoire, celle des personnages du roman, la sienne, la nôtre.

 

Anthropologue de formation, Hemley Boum signe avec Les Maquisards son troisième roman, couronné en 2015 par le Grand Prix d'Afrique noire, remarquable à bien des égards. Dans cette saga familiale au souffle romanesque marquezien (oui, on pense à Cent ans de solitude tout au long de ce récit), la jeune écrivaine s'affirme comme une formidable conteuse, nous emmenant avec une limpidité désarmante dans ce labyrinthe complexe où se croisent les générations, au cœur de la forêt bassa, lieu de maquis. Hemley Boum brosse les destinées des petites gens, acteurs invisibles de la résistance, au même titre que celles des figures historiques - dont Ruben Um Nyobè, dit «Mpodol», leader de l'Union des populations du Cameroun (UPC). Les Maquisards embrasse réalités sociales, politiques, traditionnelles et spirituelles de l'époque, échappant ainsi à la caricature anticolonialiste pour mieux exalter le panache et le courage de tout un peuple face à l'oppresseur. Fortes, braves, tout feu, tout flamme, les femmes, potomitan de la lutte, charpentent ce roman et donnent lieu à l'esquisse de riches personnages.

 

- Par : Hemley Boum

Éditions : La Cheminante

Pages : 392

Disponibilité : en librairie ou chez l'éditeur Editions La Cheminante

Format: : 14x19 cm

ISBN : 9782371270220

Prix TTC : 22 €

 

Note :

[1] Kamerun ! : Une guerre cachée aux origines de la Françafrique, 1948-1971, de Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa, La Découverte, 744 p., 26 €.

 

 

"CONFIDENCES" par Max Lobe

Il était une fois la guerre oubliée du Cameroun

- Résumé

C'est aussi une femme qui se fait le porte-voix de cette guerre dans Confidences, le dernier roman de Max Lobe. Originaire de Douala, comme Hemley Boum, installé en Suisse, le jeune écrivain, de retour au pays le temps d'un voyage, donne la parole à Mâ Maliga. Porteur du devoir de mémoire, ce dialogue intimiste entre une grand-mère qui a vécu l'avènement douloureux de l'indépendance camerounaise et un jeune exilé à la recherche de l'histoire non dite fait défiler les événements : la lutte acharnée, la dévotion de tout un peuple au héros charismatique Mpodol, les petites histoires de vie imbriquées dans la grande Histoire. Par petites touches, et à grands coups de matango (vin de palme), Mâ Maliga dévoile la «vraie vérité» de cette période et fait resurgir le temps perdu des peurs, du courage, des collabos, des têtes coupées ou de la terrible vie dans les camps. Portée par un verbe vif et cocasse, sa gouaille emprunte à une langue métissée, imagée, réinventée, et sait transformer les souvenirs, malheureux ou drôles, en un livre d'histoire épique.

 

- Par : Max Lobe

Éditions : Zoé

Pages : 288

Parution : février 2016

Disponibilité : en librairie ou chez l'éditeur Zoé

Format : 14x21 cm

ISBN : 978-2-88927-312-6

Prix TTC : 20,5€

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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 08:29
Comment la France est devenue une cible « légitime » pour les groupes djihadistes

Il n’existe aucun rapport entre la politique française au Proche-Orient ou au Sahel et les attentats dont elle a été, et est encore la victime : telle est la doxa qui domine à Paris.

Ce ne seraient pas les guerres que la France mène « là-bas » qui provoqueraient des répliques meurtrières sur son sol, mais la haine de « nos valeurs », de « nos idéaux », voire du mode de vie hexagonal.

Ce ne serait pas non plus les "victimes collatérales" qui créeraient de nouvelles générations de futurs candidats potentiels au "martyr"(NDLR) [6].

Pourtant, toute l’histoire récente enseigne le contraire.

 

Sources : Orient XXI  par Alain Gresh&Jean-Pierre Séréni le 17 décembre 2015 modifié le 9 août 2017

Au temps des colonies, le scénario des expéditions militaires outre-mer était simple : la guerre se déroulait exclusivement sur le territoire de la victime et l’agresseur n’imaginait pas que ses villes et ses villages puissent être la cible de contre-attaques ennemies. Non sans raison. La supériorité de ses armements, sa maîtrise absolue des mers et l’absence de toute «  cinquième colonne  » active sur son sol l’interdisaient. Le Royaume-Uni et la France ont conquis la presque totalité du globe au XVIIIe et au XIXe siècle selon ce schéma très différent des guerres européennes où les destructions, les morts et les blessés n’épargnaient aucun pays ni aucune population civile en dehors de l’insulaire Royaume-Uni.

 

Désormais, il n’en va plus de même. Certes, la bataille reste toujours inégale, même si l’Organisation de l’État islamique (OEI) dispose d’un territoire, administre des millions d’habitants et défend ses frontières. Mais un équilibre de la terreur s’ébauche et les spécialistes parlent de «  guerre asymétrique  », les uns ayant des avions, des drones et des missiles, les autres maniant Internet, l’explosif et la «  kalach  ». «  Donnez-nous vos avions, nous vous donnerons nos couffins  », expliquait en substance Larbi Ben M’Hidi, l’un des chefs de l’insurrection algérienne arrêté en 1957 à ses bourreaux qui lui reprochaient de déposer des bombes camouflées dans des couffins[1].

 

Les ennemis de la France ou des États-Unis, que ce soient des États ou des organisations politico-militaires, ne sont plus impuissants au-dehors et peuvent désormais atteindre d’une façon ou d’une autre le territoire d’où partent les opérations qui les visent, comme on vient encore de le voir à San Bernardino en Californie où 14 civils ont payé de leur vie la vengeance d’un couple inspiré par l’OEI que l’US Air Force combat à plusieurs milliers de kilomètres|2].

 

 

- De la guerre Irak-Iran au conflit algérien et aux bombardements contre l’OEI

Moins de 25 ans après la fin de la guerre d’Algérie avec son long cortège de fusillades, de sabotages et d’attentats en métropole, la France fait à nouveau connaissance avec le terrorisme. Le 17 septembre 1986, au 140 de la rue de Rennes, à Paris, face au magasin populaire Tati, une poubelle municipale en fer explose  ; bilan : 7 morts et 55 blessés. C’est le dernier d’une série de 14 attentats commis en moins d’un an par un mystérieux «  Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes et du Proche-Orient  ». L’intitulé cache le véritable objectif de son «  cerveau  », Fouad Ali Saleh, un Tunisien converti au chiisme, qui cherche moins à libérer ses camarades emprisonnés qu’à faire cesser le soutien militaire de Paris à l’Irak dans le conflit meurtrier qui l’oppose à la République islamique d’Iran depuis 1980.

 

Élu en mai 1981, François Mitterrand ne cache pas son penchant pro-irakien. Mais l’attentat de l’immeuble Drakkar à Beyrouth occupé par l’armée française (58 parachutistes tués) le 23 octobre 1983 et attribué à des groupes liés à Téhéran le pousse à autoriser la livraison de munitions aux forces armées iraniennes. Celles-ci sont équipées en petite partie de matériel français livré avant la chute du chah en 1979. Cinq cent mille obus de 155 et 203 mm sont acheminés vers l’Iran par le biais de pays sud-américains et balkaniques qui fournissent des certificats de complaisance. Avec la victoire de Jacques Chirac et de la droite aux élections parlementaires de 1986 commence la «  cohabitation  ». Le ministre de la défense, André Giraud, ordonne l’arrêt immédiat de toute livraison de munitions à destination de l’Iran et livre à la justice les protagonistes de ce qu’on appellera «  l’affaire Luchaire  »[3]. La réponse iranienne aura lieu rue de Rennes.

 

Depuis l’interruption des premières élections législatives libres en Algérie en décembre 1991, soldées par la victoire du Front islamique du salut (FIS), Mitterrand et son gouvernement oscillent entre le soulagement — les islamistes ne sont pas au pouvoir — et la dénonciation du putsch, contraire à leurs principes.

 

En mars 1993, Édouard Balladur devient premier ministre. En décembre 1994, un Airbus d’Air France est détourné à Alger et se pose à Marseille où le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) le prend d’assaut sans qu’il ait pu atteindre son objectif : s’écraser sur la Tour Eiffel. Charles Pasqua, nouveau ministre de l’intérieur, avait rompu avec l’attitude de son prédécesseur socialiste qui fermait les yeux sur les complicités agissantes dont bénéficiaient le Groupe islamique armé (GIA) en France dans la diaspora algérienne. Il avait lancé des opérations de répression, multiplié les perquisitions et les assignations à résidence contre les soutiens plus ou moins discrets du GIA, obligés alors de quitter la France pour la Suisse ou la Belgique.

 

Entre juillet et octobre 1995, une nouvelle vague de 8 attentats vise l’Hexagone. Le plus meurtrier, le 25 juillet 1995 à la station Saint-Michel du RER B à Paris, fait 8 morts et 55 blessés. Attribués au GIA, ces attentats font encore suite aux prises de position politique de Paris vis-à-vis de la guerre civile algérienne. Le nouveau président de la République, Jacques Chirac, élu en 1995, comprend parfaitement le message et se place en retrait par rapport à l’Algérie, celle du président Liamine Zeroual comme celle des islamistes.

 

Janvier 2015. Moins de 5 mois après le début des bombardements français sur l’Irak, Paris est à nouveau ensanglanté par le terrorisme. Si les deux agresseurs de Charlie Hebdo sont mus par l’intolérance religieuse la plus extrême, Amedy Coulibaly, celui de la supérette cacher de la porte de Vincennes prétend venger les victimes de l’intervention française dans son pays d’origine, le Mali. Le 13 novembre, moins de 3 mois après l’extension des bombardements à la Syrie, l’OEI revendique les fusillades meurtrières de l’Est parisien (130 morts, plus de 400 blessés)[4].

 

- Inflexions de la politique de Paris

Comme on le voit, les attentats, aussi condamnables soient-ils, ne peuvent se comprendre (et donc se combattre) que dans un cadre politique et diplomatique. Après le 11 septembre 2001, et surtout la guerre déclenchée par les États-Unis contre l’Irak en mars 2003, le sol européen est à nouveau un objectif : deux attentats majeurs frappent Madrid en mars 2004 et Londres en juillet 2005. Ils ne visent pas «  le mode de vie  » occidental, mais deux pays parmi les plus actifs de la coalition qui démolit l’Irak. La France est épargnée, sans doute grâce, entre autres, au discours anti-guerre du 14 février 2003 de son ministre des affaires étrangères Dominique de Villepin, au Conseil de sécurité des Nations unies.

 

On ne mesure pas à quel point les guerres menées par les Occidentaux dans le monde musulman nourrissent une haine qui dépasse très largement les cercles extrémistes. Les centaines de milliers de morts, les millions de réfugiés, les tortures d’Abou Ghraib, les «  dommages collatéraux  », les tirs de drones — tous concentrés sur les pays musulmans — alimentent la propagande de l’OEI dénonçant une guerre des «  Croisés  » contre l’islam et une impunité aussi injuste qu’unilatérale : aucun des responsables américains de la catastrophe irakienne n’a été jugé, ni même inquiété par la Cour pénale internationale (CPI).

 

Au Proche-Orient, la voix de la France a perdu cette petite musique qui faisait sa spécificité. Paris s’est aligné, après 2003, sur les États-Unis dans les dernières années de la présidence de George W. Bush, a entériné l’occupation de l’Irak, est intervenue militairement en Libye, au Mali, en RCA, et finalement en Irak puis en Syrie. Son appui va — sans réserve publiquement exprimée — à l’écrasement du Yémen par l’Arabie saoudite, à laquelle elle fournit de l’armement. Aucune autre puissance occidentale, à l’exception des États-Unis, n’est aussi présente militairement en terre d’islam. Et quand Paris fait entendre sa différence, c’est pour critiquer le président Barack Obama, jugé trop souple avec l’Iran sur le dossier nucléaire et insuffisamment interventionniste à ses yeux en Syrie.

 

Sans oublier l’infléchissement français sur le conflit israélo-palestinien. Depuis l’écrasement de la seconde intifada par les chars israéliens en 2002-2003, l’opinion a assisté, souvent en direct à la télévision, aux attaques massives contre Gaza en 2008, 2012 et 2014. À chaque fois, le gouvernement français, de droite comme de gauche, les a entérinées au nom du « droit dIsraël à se défendre   ». Comment le Quai d’Orsay, à l’instar de nombre d’intellectuels, peut-il prétendre que la rage contre l’Occident et contre la France ne résulte pas aussi du drame palestinien  ? Le général américain David Petraeus, alors chef du Central Command[5], était plus lucide :

 

" Les tensions israélo-palestiniennes se transforment souvent en violence et en confrontations armées à grande échelle. Le conflit provoque un sentiment anti-américain, à cause de la perception du favoritisme des États-Unis à l’égard d’Israël. La colère arabe sur la question palestinienne limite la puissance et la profondeur de nos relations avec des gouvernements et des peuples de cette zone et affaiblit la légitimité des régimes modérés dans le monde arabe. Pendant ce temps, Al-Qaida et d’autres groupes militants exploitent la colère pour mobiliser. "

 

 

L’oubli du lien entre la politique étrangère menée dans le monde arabe et le développement du djihadisme amène une cécité qui explique quinze ans d’échec de la «  guerre contre le terrorisme  ». Cette omission paralyse la réflexion stratégique et entraine la France dans un engrenage infernal dont elle ne peut que payer le prix fort[2] [4].

 

Note :

[1] Larbi Ben M’hidi, un symbole national

[2] mais aussi l'attentat de Nice en France en juillet 2016

[3] NDLR. Scandale de ventes occultes d’armes à l’Iran par la société d’armement Luchaire et de reversement de commissions occultes aux partis politiques français dans les années 1980.

[4] attentats 2015 en France :

- 7 et 9 janvier 2015 : les attentats de «Charlie Hebdo» et de l’Hyper Cacher

Les frères Chérif et Saïd Kouachi pénètrent au siège de Charlie Hebdo, dans le XIarrondissement, et abattent à la kalachnikov 12 personnes, dont les dessinateurs Wolinski, Cabu, Charb et Tignous, ainsi que deux policiers. Retranchés le surlendemain dans une entreprise de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), ils sont abattus par le GIGN. Le 8 janvier, Amédy Coulibaly tue une policière municipale et blesse un agent municipal à Montrouge (Hauts-de-Seine) puis prend plusieurs personnes en otages le lendemain, dans une épicerie casher de la Porte de Vincennes, à Paris XXe. Il tue 4 personnes et est abattu dans l’assaut du Raid.

- 13 novembre 2015 : 130 morts dans des attaques coordonnées

Trois attaques ont lieu durant la même soirée à Paris et Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). A proximité du Stade de France, pendant un match amical opposant la France à l’Allemagne, trois kamikazes se font exploser, faisant une victime. Un peu plus tard dans la soirée, trois hommes mitraillent des terrasses de cafés et restaurants des Xe et XIe arrondissements de Paris. Dans ce même XIe arrondissement a lieu une longue prise d’otages, au Bataclan, où 1 500 personnes assistent au concert des Eagles of Death Metal. Le bilan total de cette nuit sanglante s’élève à 130 morts. Le lendemain, les attaques ont été revendiquées par l’Etat islamique.

[5] Le Central Command, le plus important des cinq commandements régionaux américains, couvre le Proche et Moyen-Orient. Discours prononcé devant le Sénat le 25 mars 2010.

[6] Au moins 56 civils tués dans des raids de la coalition en Syrie

 

 

- Point de vue

Que le Président de la République aille en Irak dans une période de crise, pourquoi pas. Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est l’annonce du président Obama de la formation d’une grande coalition pour engager la troisième guerre d’Irak ; c’est une décision, je pèse mes mots, absurde et dangereuse. Pourquoi ? Parce que il serait temps que les pays occidentaux, l’Europe et les États-Unis, tirent les leçons de l’expérience depuis l’Afghanistan. Ça fait 13 ans nous avons multiplié les interventions militaires : Afghanistan, Irak, Libye, Mali, pour quel résultat ? Il y avait en 2001 un foyer de crise terroriste central. Aujourd’hui, il y en a près d’une quinzaine. C’est dire que nous les avons multipliés, je dis bien NOUS les avons multipliés. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui l’État Islamique, Daesh, comme le disent les anglo-saxons, c’est l’enfant monstrueux de l’inconstance et de l’arrogance de la politique occidentale. Guerre en 2003 irréfléchie, départ en 2011 précipité, et puis soutien jusqu’au bout au régime d’un Premier ministre irakien, monsieur Al-Maliki, qui a fait le jeu confessionnel en opposant les chiites aux sunnites. De la même façon, en Syrie, nous avons lâché les opposants, les rebelles syriens au milieu du guet faisant le jeu à la fois du régime de Bachar el-Assad, et en même temps des extrémistes djihadistes. Faut se rendre compte qu’aujourd’hui la montée en puissance de l’État Islamique à grande vitesse – ils étaient quelques milliers il y a quelques mois, aujourd’hui on en dénombre entre 20 et 30 000 – et bien c’est la conséquence de nos incohérences.

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8 juillet 2016 5 08 /07 /juillet /2016 08:34
« Le néolibéralisme a-t-il été surestimé ? » se demande le FMI.

Un texte intitulé « Neoliberalism : oversold ? » vient d’être publié dans le numéro de juin de la revue du Fonds Monétaire International. Il critique, avec de la modération mais sans ambiguïté, la vigueur et la généralisation des politiques néolibérales - qualifiées comme telles - au niveau mondial, l’instabilité qu’elles provoquent, les inégalités qu’elles génèrent.

 

Source :  Le Grand Soir le 6 mai 2016[1]

Ce n’est pas la première fois que des doutes s’expriment depuis le cœur même du réacteur. Et cela n’empêche pas le réacteur de continuer à tourner à fond, emporté par son propre élan.

 

En 2013 par exemple, dans un rapport sur la Grèce (IMF Country report n° 13/156) le Fonds avait esquissé un mea culpa sur les politiques d’austérité appliquées à la Grèce. Il avouait avoir sous estimé les effets récessifs de la rigueur sur l’activité économique hellène. Il convenait qu’il aurait mieux valu envisager dès 2010 un défaut partiel sur la dette, qui sera finalement autorisé que deux ans plus tard.

 

De la même façon, la Commission européenne publiait la même année un rapport mettant en cause l'austérité et indiquant par exemple que « les effets négatifs des restrictions budgétaires et des hausses d’impôts sur l’emploi et le niveau de vie sont de plus en plus visibles dans certains États membres ».

 

Toutes ces belles paroles de part et d’autre n’ont pas empêché que les mêmes politiques de se poursuive, notamment en Europe et spécialement en Grèce.

 

Ceci dit, comme il n’y pas de mal à se faire du bien et parce que ce n’est peut-être pas uniquement la simple « tempête dans un verre d’eau » que le journal Le Monde adorerait pouvoir y voir, voici le texte intégral du FMI.

 

Le néolibéralisme a-t-il été surestimé ?

 

Au lieu de relancer l’activité, certaines politiques néolibérales ont accru les inégalités, compromettant en retour la croissance durable de l’économie.

 

En 1982 Milton Friedman saluait le « miracle économique » chilien. Près d’une décennie plus tôt, le Chili avait été soumis aux politiques qui, depuis, se sont imposées partout dans le monde. L’agenda néolibéral - expression davantage utilisée par les critiques que par les tenants de cette politique - repose sur deux éléments principaux. Le premier est l’accroissement de la libre concurrence, obtenu grâce à la déréglementation et à l’ouverture des marchés, y compris financiers, à la concurrence étrangère. Le second est la réduction du rôle de l’État, via les privatisations et les limites imposées aux gouvernements en matière de déficits budgétaires et d’endettement.

 

On assiste partout dans le monde, depuis les années 1980, à la généralisation du néolibéralisme. Elle est notamment visible dans la façon dont les différents pays ont introduit la concurrence dans divers domaines de l’activité économique pour favoriser la croissance.

 

Comme on le voit dans la planche de gauche du graphique ci-dessous, la poussée néolibérale au Chili a commencé une dizaine d’années avant 1982, avec des changements de politiques le rapprochant des États-Unis. D’autres pays ont également mis en œuvre des politiques néolibérales (voir le graphique 1, planche de droite).

 

Il y a certes eu des éléments positifs dans l’explosion néolibérale. L’expansion du commerce mondial a sorti des millions de personnes d’une pauvreté abjecte. L’investissement direct étranger a souvent été un moyen de transfert de technologie et de savoir-faire pour les économies en développement. La privatisation des entreprises publiques a, dans de nombreux cas, permis de fournir des services plus efficaces et de réduire le fardeau fiscal des gouvernements.

 

Cependant, d’autres aspects du néolibéralisme n’ont pas fonctionné. Notre évaluation de celui-ci se limite aux effets générés par deux mesures : la suppression des restrictions à la circulation des capitaux à travers les frontières d’un pays (la fameuse libéralisation du capital), et l’assainissement budgétaire parfois appelé « austérité », expression utilisée pour désigner les politiques de réduction des déficits budgétaires et des niveaux d’endettement. Une évaluation de ces politiques spécifiques (plutôt que de l’intégralité vaste processus néolibéral) aboutit à trois conclusions inquiétantes :

  • les avantages en termes de croissance semblent assez difficiles à établir lorsqu’on considère un grand nombre de pays,
  • les coûts en termes d’accroissement des inégalités sont exorbitants. Ces coûts incarnent le dilemme croissance / équité de l’agenda néolibéral,
  • la hausse des inégalités hypothèque à son tour le niveau et la durabilité de la croissance. Même si la croissance est le seul ou le principal objectif du néolibéralisme, les partisans de celui-ci devraient malgré tout prêter attention aux effets distributifs.

 

 

- Ouverture et fermeture ?

Comme l’a noté Maurice Obstfeld (1998), « la théorie économique ne laisse aucun doute sur les avantages potentiels » de la libéralisation du capital, parfois appelée « ouverture financière ». Celle-ci peut permettre au marché international des capitaux de canaliser l’épargne mondiale de façon à rendre plus efficiente son utilisation à l’échelle internationale. Les économies en développement disposant de peu de capital peuvent emprunter pour financer leurs investissements, ce qui favorise leur croissance économique sans exiger de fortes hausses de l’épargne dans leur propre économie. Mais Obstfeld a également souligné le « risque véritable » de l’ouverture aux flux financiers étrangers. Il a admis que « cette dualité des avantages et des risques était incontournable dans le monde réel ».

 

Il se trouve que c’est le cas. Le lien entre ouverture financière et croissance économique est complexe. Certaines entrées de capitaux, tels que les investissements directs étrangers (IDE) - qui peuvent inclure un transfert de technologie ou de capital humain - semblent stimuler la croissance à long terme. Mais l’impact des autres flux - comme les investissements de portefeuille, les services bancaires risqués ou spéculatifs sur la dette - ne semble ni stimuler la croissance, ni permettre au pays de mieux partager les risques avec ses partenaires commerciaux (Dell’Ariccia et autres, 2008 ; Ostry, Prati et Spilimbergo, 2009). Cela suggère que la balance entre avantages et risques des flux de capitaux dépend du type de flux considéré, ainsi que de la nature des politiques menées.

 

Si la croissance et ses bénéfices sont incertains, les coûts en termes d’instabilité économique et la fréquence des crises semblent quant à eux plus évidents. Depuis 1980, il y a eu environ 150 épisodes de volatilité pour les flux de capitaux dans plus de cinquante économies émergentes. Comme indiqué dans la colonne de gauche du tableau ci-dessous, ces épisodes se sont terminés par des crises financières dans 20% des cas, dont beaucoup associées à de forts épisodes récessifs (Ghosh, Ostry et Qureshi, 2016).

 

L’alternance régulière de ces cycles d’expansion et de récession accrédite l’affirmation de Dani Rodrik, économiste de Harvard. Pour lui, tout cela « est à peine considéré comme un petit défaut dans les flux de capitaux internationaux alors que c’est en réalité le fond de l’affaire ». Bien que plusieurs causes se conjuguent, l’ouverture sans cesse croissante aux mouvements de capitaux est un vrai facteur d’instabilité. En plus d’augmenter les risques d’un accident, l’ouverture financière modifie la redistribution des revenus et accroît sensiblement les inégalités. En outre, les effets de l’ouverture sur les inégalités sont beaucoup plus élevés quand un accident survient (graphique 2 ci-dessous, colonne de droite).

 

L’évidence du coût élevé l’ouverture des marchés de capitaux par rapport au bénéfice, notamment en ce qui concerne les flux à court terme, a conduit l’ancien Directeur général adjoint du FMI, Stanley Fischer, maintenant vice-président de la Réserve fédérale des États-Unis, à s’interroger récemment : « quelle est l’utilité des flux de capitaux internationaux à court terme ? ». Chez les décideurs d’aujourd’hui, on sent monter la volonté de contrôle afin de limiter les flux à court terme qui sont jugés susceptibles d’entraîner - ou au moins de participer à - une crise financière. Alors que le contrôle des capitaux n’est pas le seul outil disponible - les taux de change et les politiques financières peuvent aussi aider - il est parfois la seule option lorsque la source d’un boom du crédit non durable est l’emprunt direct à l’étranger ( Ostry et al, 2012).

 

 

- La taille de l’État

Réduire la taille de l’État est un autre objectif de l’agenda néolibéral. La privatisation de certaines missions gouvernementales est un moyen d’atteindre cet objectif. L’autre est de limiter les dépenses du gouvernement via la réduction des déficits budgétaires, et en limitant la capacité des gouvernements à s’endetter. L’histoire économique de ces dernières décennies offre de nombreux exemples de telles restrictions, comme la limite d’une dette à 60% du PIB imposée aux pays voulant rejoindre la zone euro (et qui est l’un des critères de Maastricht).

 

La théorie économique donne peu d’indications sur le niveau optimal de la dette publique. Certaines théories justifient des niveaux plus élevés de dette (puisque la fiscalité créée de la distorsion) et d’autres privilégient des niveaux inférieurs et même négatifs (puisque les chocs défavorables appellent l’épargne de précaution). Dans certaines de ses préconisations de politique budgétaire, le FMI se préoccupe surtout de la vitesse à laquelle les gouvernements réduisent leurs déficits et leurs niveaux d’endettement suite à l’accumulation de dette dans les économies avancées induites par la crise financière mondiale. Un désendettement trop lent perturbe les marchés. Trop rapide, il peut faire dérailler la reprise. Mais le FMI a également plaidé pour des remboursements partiels à moyen terme dans nombre de pays avancés et émergents, principalement pour éviter de nouveaux chocs.

 

Existe-t-il de bonnes raisons, pour des pays comme l’Allemagne, le Royaume-Uni ou aux États-Unis, de vouloir réduire leur dette publique ? Deux arguments plaident pour le remboursement de la dette dans les pays ayant une large assiette fiscale, et où le risque réel de crise financière est faible. Le premier argument est que, bien que les grandes récessions comme la Grande Dépression des années 1930 ou la crise financière mondiale de la dernière décennie soient rares, il est utile, quand ils se produisent, d’avoir mis à profit les périodes plus fastes pour rembourser la dette. Le deuxième argument repose sur l’idée que l’endettement élevé est mauvais pour la croissance et que par conséquent, il est essentiel de diminuer la dette pour favoriser cette dernière.

 

Il est vrai que de nombreux pays (comme ceux d’Europe du Sud) doivent pratiquer la consolidation budgétaire, notamment parce que les marchés ne leur permettront pas de continuer à emprunter sans cela. Pour autant la nécessité de « l’austérité » dans certains pays ne signifie pas qu’elle soit nécessaire pour tous. Ainsi, la circonspection vis-à-vis d’une politique unique est totalement justifiée. Les marchés imputent généralement de très faibles probabilités de crise de la dette aux pays qui ont une forte réputation de responsabilité financière (Mendoza et Ostry, 2007). Une telle réputation leur donne la latitude de décider de ne pas augmenter les impôts ou de pas réduire les dépenses productives lorsque le niveau de la dette est élevé (Ostry et autres, 2010 ; Ghosh et autres, 2013). Et pour les pays ayant un bon bilan, le bénéfice d’une réduction de la dette pour prévenir une future crise financière se révèle exceptionnellement faible, même si leur niveaux d’endettement est levé. Par exemple, passer d’un taux d’endettement de 120% du PIB à 100% du PIB en quelques années ne procure qu’une faible réduction du risque de crise pour les pays (Baldacci et autres, 2011).

 

Mais même si le bénéfice est faible, cela pourrait toutefois être utile si le coût était également faible. Il se trouve, cependant, que le coût pourrait être important - beaucoup plus que lebénéfice. La raison en est que, pour arriver à un niveau d’endettement plus faible, les impôts doivent être augmentés temporairement ou les dépenses publiques réduites, et parfois les deux à la fois. Les coût des hausses d’impôts ou des coupes dans les dépenses nécessaires au désendettement peuvent être beaucoup plus grand que la diminution du risque de crise permis par la réduction de la dette (Ostry, Ghosh et Espinoza, 2015). Cela ne signifie pas qu’on considère une dette élevée sans insidence. Elle a bien sûr des inconvénients. Mais le point essentiel réside dans l’idée que le coût d’une dette plus élevée (la soi-disant fardeau de la dette) est celui qui a déjà été engagé et ne peut de toute façon plus plus être récupéré.

 

Confrontés au choix soit de vivre avec une dette élevée - en laissant la dette se réduire grâce à la croissance - soit d’utiliser les excédents budgétaires pour réduire la dette, les États ayant une économie importante et une assiette fiscale largent feraient mieux d’accepter de vivre avec leur dette. Car les politiques d’austérité ont des coûts sociaux importants, détériorent l’emploi et aggravent le chômage.

 

L’idée que la consolidation budgétaire puisse générer de la croissance (c’est à dire augmenter la production et le volume d’emplois), en augmentant la confiance du secteur privé et de l’investissement, a notamment été défendue par l’économiste de Harvard Alberto Alesina dans le monde universitaire, et par l’ancien président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet dans l’arène politique. Toutefois, en pratique, les épisodes de consolidation budgétaire ont davantage été suivis par des périodes de faible que de forte croissance. En moyenne, une réduction de la dette de 1 % du PIB augmente le taux de chômage à long terme de 0,6 % et de 1,5 % les inégalités de revenus mesurées par le coefficient de Gini (Ball et autres, 2013).

 

En somme, les avantages des politiques néolibérales semblent avoir étéquelque peu exagérés. Dans le cas de l’ouverture financière,certains flux de capitaux, tels l’investissement direct étranger, semblent apporter les avantages attendus. Mais pour d’autres, en particulier les flux de capitaux à court terme, les bienfaits sur la croissance sont difficiles à obtenir, alors que les risques en termes de volatilité et de risque de crise accru sont très présents. Dans le cas de l’assainissement budgétaire, les coûts à court terme dûs à la baisse de la production, du bien-être et à la hausse du chômage ont été minimisés. Et l’on a sous-estimé la possibilité de garder des ratios d’endettement élevés si l’assiette fiscale le permet, car cet endettement se réduira de lui-même avec la croissance.

 

 

- Un effet défavorable

En outre, comme l’ouverture internationale et l’austérité sont associées à une inégalité croissante des revenus, cela induit une rétroaction négative. L’augmentation des inégalités engendrées par l’ouverture financière et l’austérité pourrait freiner cette croissance que le néolibéralisme prétend pourtant justement vouloir stimuler. Or il y existe maintenant des preuves solides que l’inégalité peut diminuer à la fois le niveau et la solidité de la croissance, et ce de manière significative (Ostry, Berg et Tsangarides, 2014).

 

La preuve des dommages économiques créés par l’inégalité suggère que les décideurs politiques devraient être plus ouverts à la redistribution qu’ils ne le sont. Bien sûr, en dehors de la redistribution, les politiques conduites pourraient être conçues pour atténuer certains effets néfastes en amont, grâce par exemple à l’augmentation des dépenses en matière d’éducation et de formation qui augmentent l’égalité des chances par avance certains impacts (on appelle cela des politiques de prédistribution). L’assainissement budgétaire quant à lui, lorsqu’il est nécessaire, pourrait être conçu pour minimiser l’impact négatif sur les revenus les plus faibles. A l’inverse, dans certains cas, les effets inégalitaires indésirables devront être corrigés après leur apparition en utilisant les impôts et les dépenses publiques pour redistribuer la richesse. Par chance, la crainte que de telles politiques puissent nuire elles-mêmes à la croissance est sans fondement (Ostry, 2014).

 

 

- Trouver l’équilibre

Ce qui précède suggère la nécessité de nuancer les bienfaits du néolibéralisme. Le FMI, qui supervise le système monétaire international, a été à l’avant-garde de ce réexamen. Par exemple, l’ancien chef économiste Olivier Blanchard, a déclaré dès 2010 : « un assainissement et une consolidation budgétaire crédibles à moyen terme sont nécessaires dans de nombreuses économies avancées, mais pas leur étranglement actuel ». Trois ans plus tard, la directrice générale du FMI Christine Lagarde, a déclaré que le Congrès américain avait eu raison de relever le plafond de la dette du pays « parce qu’il ne faut pas contracter l’économie en réduisant les dépenses brutalement alors que l’économie se redresse ». En 2015 enfin, le FMI a indiqué que les pays de la zone euro « disposant de marges de manœuvre budgétaires devrait les utiliser pour soutenir l’investissement ».

 

L’avis du FMI a également changé sur la libéralisation des capitaux – on est passé d’une hostilité initiale aux contrôles à une meilleure acceptation des contrôles pour faire face à la volatilité des flux de capitaux . Le FMI reconnaît que la libéralisation complète des flux de capitaux n’est pas toujours un objectif final approprié, et que la poursuite de la libéralisation n’est bénéfique et peu risquée que si les pays ont atteint certains seuils de développement financier et institutionnel.

 

L’expérience pionnière du Chili avec le néolibéralisme a reçu des éloges du prix Nobel Milton Friedman, mais de nombreux économistes soutiennent aujourd’hui la vision plus nuancée exprimée par le professeur Joseph Stiglitz ( lui-même un prix Nobel ), selon laquelle le Chili « est un exemple de succès des marchés combinés avec une réglementation appropriée  » (2002). Stiglitz a noté que, dans les premières années de sa marche vers le néolibéralisme, le Chili avait imposé « des contrôles sur les entrées de capitaux , afin de en pas être innondé », comme cela s’est produit une décennie et demie plus tard dans le premier pays de la crise asiatique, la Thaïlande. L’expérience chilienne et d’autres donnent à penser qu’aucun ordre du jour rigide ne fournit de bons résultats en tout temps et en tous lieux. Les décideurs politiques et les institutions qui les conseillent comme le FMI, doivent être guidés non par l’idéologie, mais par les preuves tangibles de ce qui fonctionne réellement.

 

Note :

[1] La traduction a été réalisée par Monique Plaza et Loïc Steffan. http://l-arene-nue.blogspot.fr/2016/06/le-neoliberalisme-t-il-ete-sure...

 

Note :

- Une idéologie à la source de nos problèmes : le néolibéralisme

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 08:16
Août 1945 : Hiroshima, pourquoi ?

Hiroshima a changé le monde, mais n’a pas mis fin à la Seconde Guerre mondiale ; c’est l’entrée en guerre de l’Union soviétique qui l’a fait.

 

Source :  Le Grand Soir le 05 juin 2016 par Oliver STONE, Peter KUZNICK[1] modifié le 6 août 2020

La visite du président Obama à Hiroshima le 27 mai dernier a ravivé le débat public sur les bombardements atomiques américains du Japon – débat en grande partie occulté depuis que le Smithsonian Institute a annulé son exposition sur l’Enola Gay en 1995. Obama, conscient que les critiques sont prêtes à fuser s’il jette le moindre doute sur la rectitude de la décision du président Harry S. Truman d’utiliser des bombes atomiques, a choisi de garder le silence sur la question. C’est malheureux. Un inventaire national est largement dû.

 

La plupart des Etasuniensont appris que l’utilisation de bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki en août 1945, fut justifiée parce que les bombardements ont terminé la guerre dans le Pacifique, évitant ainsi une coûteuse invasion étasunienne du Japon. Cette affirmation erronée est issue des manuels d’histoire du secondaire encore aujourd’hui[2]. Plus dangereusement, elle façonne la pensée des responsables gouvernementaux et des planificateurs militaires qui travaillent dans un monde qui possède encore plus de 15 000 armes nucléaires.

 

 

- Truman exultait à propos de la destruction d’Hiroshima, la qualifiant de « plus grande chose dans l’histoire ».

Les chefs militaires étasuniens ne partageaient pas son exubérance. Sept des huit officiers cinq étoiles de l’Amérique en 1945 – les généraux Dwight Eisenhower, Douglas MacArthur et Henry Arnold, ainsi que les amiraux William Leahy, Chester Nimitz, Ernest King et William Halsey – ont par la suite dénoncé les bombardements atomiques, affirmant qu’ils étaient soit militairement inutiles, soit moralement répréhensibles, ou les deux. Les bombes n’ont pas non plus réussi dans leur objectif accessoire : intimider les Soviétiques.

 

Leahy, qui était le chef d’état major de Truman, a écrit dans ses mémoires que les « Japonais étaient déjà vaincus et prêts à se rendre [...] L’utilisation de cette arme barbare à Hiroshima et à Nagasaki n’était d’aucune aide matérielle dans notre guerre contre le Japon ». MacArthur est allé plus loin. Il a dit à l’ancien président Hoover que si les États-Unis avaient assuré aux Japonais qu’ils pourraient garder l’empereur, ils auraient volontiers cédé à la fin mai.

 

 

- Ce ne fut pas l’annihilation atomique d’Hiroshima et de Nagasaki qui mit fin à la guerre du Pacifique.

Au lieu de cela, c’est l’invasion soviétique de la Mandchourie et d’autres colonies japonaises, qui commença à minuit le 8 août 1945 – entre les deux bombardements atomiques.

 

Pendant des mois, les services de renseignement alliés avaient rapporté que l’invasion soviétique allait terrasser le Japon. Le 11 avril, par exemple, l’état-major interarmes réuni avait prédit : « Si à un moment l’URSS devait entrer dans la guerre, tous les Japonais se rendraient compte que la défaite absolue est inévitable. »

 

Les Etasuniens, ayant brisé les codes secrets japonais, étaient au courant du désespoir fébrile du Japon de négocier la paix avec les États-Unis, avant que les soviétiques ne les envahissent. Truman lui-même décrit un câble japonais intercepté le 18 juillet 1945, comme le « télégramme de l’empereur jap demandant la paix ». En effet, Truman se rendit au sommet de la mi-juillet à Potsdam, pour s’assurer que les Soviétiques tiendraient leur promesse, faite à la conférence de Yalta, d’entrer dans la guerre du Pacifique. Quand Staline lui en a donné l’assurance, le 17 juillet, Truman écrivit dans son journal : « Il sera dans la guerre jap le 15 août, les Japs seront foutus quand cela se produira. » Truman a réitéré dans une lettre à sa femme le lendemain : « Nous allons finir la guerre un an plus tôt maintenant, pense aux enfants [américains] qui ne seront pas tués. »

 

En défaisant rapidement le corps d’armée japonais Guandong, en Manchourie, les Soviétiques ont ruiné diplomatiquement et militairement la fin de partie prévue par les Japonais : continuer d’infliger des pertes militaires aux États-Unis et obtenir l’aide de Staline pour négocier avec les Américains de meilleures conditions de reddition.

 

 

- Les bombardements atomiques, aussi terribles et inhumains qu’ils aient été, ont joué peu de rôle dans les calculs des dirigeants japonais pour se rendre rapidement.

Août 1945 : Hiroshima, pourquoi ?

Après tout, les États-Unis avait incendié plus de cent villes japonaises. Hiroshima et Nagasaki n’étaient que deux villes détruites de plus ; que l’attaque nécessite une bombe ou des milliers n’a pas beaucoup d’importance. Comme le général Torashirō Kawabe, chef d’état-major adjoint, l’a dit plus tard aux interrogateurs des États-Unis, la profondeur de la dévastation à Hiroshima et Nagasaki ne fut connue que « d’une manière progressive ». Mais, a-t-il ajouté, « en comparaison, l’entrée soviétique dans la guerre a été un grand choc ».

 

Quand on a demandé au Premier ministre Kantaro Suzuki, le 10 août, pourquoi le Japon avait besoin de se rendre aussi rapidement, il expliqua : « L’Union soviétique aura non seulement la Mandchourie, la Corée, Karafuto, mais aussi Hokkaïdo. Cela détruirait le fondement du Japon. Nous devons mettre fin à la guerre, si nous pouvons traiter avec les États-Unis. » Les dirigeants japonais ont également craint la propagation des soulèvements communistes, d’inspiration soviétique, et savaient que ceux-ci ne verraient pas d’un bon œil leurs préoccupations primordiales – la protection de l’empereur lui-même et du système impérial.

 

 

- Truman comprenait les enjeux. Il savait que l’invasion soviétique mettrait fin à la guerre.

Il savait aussi qu’en rassurant le Japon à propos de l’empereur, cela conduirait à la reddition. Mais il a décidé d’employer les bombes atomiques de toute façon.

 

Pendant son séjour à Potsdam, Truman reçut un rapport détaillant la puissance de la bombe testée le 16 juillet à Alamogordo, au Nouveau Mexique. Après cela, il « était un autre homme », selon Winston Churchill. Il a commencé à jouer au boss avec Staline. Et il a autorisé l’utilisation de la bombe contre le Japon. Si sa nouvelle assurance à Potsdam n’avait pas montré à Staline qui était le patron, Truman a supposé que Hiroshima certainement le ferait.

 

 

- Staline a reçu le message.

Les bombes atomiques étaient maintenant un élément fondamental de l’arsenal américain, et non pas seulement un dernier recours. Il a ordonné aux scientifiques soviétiques de jeter tout ce qu’ils avaient dans le développement d’une bombe soviétique. La course était engagée. Finalement, les deux parties ont accumulé l’équivalent de 1,5 million de bombes d’Hiroshima. Et comme le physicien du Manhattan Project, Isidor Isaac Rabi, l’a astucieusement observé, « soudain, le jour du jugement dernier était le lendemain et depuis, c’est tous les jours comme ça. »

 

Note :

[1] Article original paru dans le Los Angeles Times, traduit et édité par jj, relu par nadine pour le Saker Francophone

[2] et malheureusement pas eux seuls, c'est aussi la version officielle en France

 

Pour en savoir plus :

- Obama à Hiroshima : un hommage, pas des excuses

- Hiroshima sous les feux du révisionnisme

- 6 août 1945 : et si Hiroshima n'avait servi à rien ?

- 9 août 1945 : Après Hiroshima, bombe atomique sur Nagasaki... les véritables raisons

- Hiroshima Nagasaki : Deux bombes US pour la domination impérialiste du monde

- 75 ans après Hiroshima : comment l'histoire d'un crime de guerre a été réécrite

- 7 et 8 août 1945 En confrontant les archives japonaises, américaines et russes, l’historien américain Tsuyoshi Hasegawa démontre que « rien ne justifiait le recours à l’arme nucléaire »

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4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 08:41
La France autorise l'installation de bases de l'Otan sur son territoire

Sources : Scoop.it! par HumdeBut

Le Parlement français a adopté, le 7 avril 2016, le Protocole sur le statut des quartiers généraux militaires internationaux créés en vertu du Traité de l’Atlantique-Nord.

 

50 ans après la décision du général de Gaulle de fermer les bases militaires étrangères, en l’occurrence étasuniennes, présentes en France, le Parlement vient d’adopter la loi rendant possible un retour des troupes de l’OTAN sur le sol français - See more at: https://www.lepartidegauche.fr/communique/retour-en-france-des-troupes-l-otan-l-oligarchie-atlantiste-unie-au-parlement-34590#sthash.M0f1ZW3y.0dBOy4eH.dpuf

Ainsi, 50 ans après la décision du général de Gaulle prise en 1966 de fermer les bases militaires étrangères, en l’occurrence étasuniennes, présentes en France, le Parlement vient d’adopter la loi rendant possible un retour des troupes de l’OTAN sur le sol français en autorisant l’installation de bases de l’Otan sur le territoire national.

 

Les groupes PS, UDI, Radicaux de gauche et la majorité des élus « Républicains », unis dans leur soumission à l’atlantisme, ont voté pour.

 

  • Pour accéder au dossier officiel, c'est ICI

 

 

- Pour une France indépendante, un seul candidat, Jean-Luc Mélenchon

L’armée française est engagée dans un nombre sans précédents de guerres. Comment sortir de la logique de guerre ? Comment restaurer l’indépendance de la France et quelles alliances nouer pour cela ? Formulez vos propositions en la matière :  ICI

 

Pour en savoir plus :

- OTAN : Hollande exécuteur testamentaire de Nicolas Sarkozy

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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 08:07
Quand Daech nous oblige à relire l’histoire coloniale de la France…

En perçant le mur de sable établi entre la Syrie et l'Irak, Daech revient sur une Histoire vieille d’un siècle…

 

Source : le Grand Soir par Michel J. CUNY le 12 avril 2016 - mis à jour le 21 mai 2016

- Rappelons-le aussitôt

Du point de vue des impérialismes occidentaux, la Première Guerre mondiale avait eu l’extrême mérite de faire imploser l’Empire ottoman qui, semble-t-il, n’était plus bon à autre chose... de leur point de vue, toujours.

 

Or, à leur façon, les accords Sykes-Picot (9 et 16 mai 1916)[1] auront été un élément essentiel du partage des dépouilles apparues à la suite d’un conflit qui avait ajouté les millions de morts aux millions de morts. Lus aujourd’hui, ces accords permettent surtout de prendre conscience de ce qu’étaient certains des buts de guerre de la Grande-Bretagne et de la France à cette époque. Et le prix qu’il a fallu payer pour en venir à bout.

 

Il est bon, parfois, de mettre des noms de personnes sur des situations, sur des événements, sur des décisions qui dépassent évidemment les responsabilités individuelles... Ce n’est toujours qu’un début de piste. Mais enfin, la foudre qui s’abat par instants sur les sociétés humaines n’est pas toujours due qu’à des hasards malencontreux.

 

 

- Dans le duo constitué de MM. Sykes et Picot, où le premier était un Britannique, saisissons-nous du second, le Français

C’est François Georges-Picot (1870-1951). Sans trop nous éloigner de lui, constatons qu’il avait une sœur un peu plus jeune que lui : Geneviève Henriette Georges-Picot (1876-1949). Pour sa part, elle devait épouser un certain Jacques Bardoux (1874-1959). Voici donc les grands parents maternels de Valéry Giscard d’Estaing...

 

Or – comme je l’ai montré ailleurs, Jacques Bardoux est l’un des pères fondateurs de cette Cinquième République dont son petit-fils (VGE) devait devenir président en 1974. C’est déjà un signe... Surtout parce que, en raison de la façon dont, en matière de guerre, la Constitution française de 1958 offre le plein exercice de la souveraineté au président de la Pépublique, nous avons ce résultat qu’aujourd’hui la Libye est détruite des suites d’une décision plus ou moins folle d’un Sarkozy...

 

Une décision qui ne paraît folle qu’aux yeux de qui ne sait pas ce qu’était vraiment la Libye du temps de Mouammar Kadhafi. La France fait donc des guerres sans savoir pourquoi... Voire...

 

 

- Un siècle plus tard, nous ne savons toujours à peu près rien des raisons qui ont présidé au déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Or, en ce qui concerne les accords Sykes-Picot des 9 et 16 mai 1916, il paraît que nous avons tort de ne pas les connaître depuis bien longtemps. Certes, au départ ils étaient secrets. Mais cela n’a eu qu’un temps, et si court.

 

En effet, grâce à la Révolution bolchevique de 1917, le mystère a été aussitôt éventé... Parce que Lénine, terriblement soucieux des ravages ordinaires de l’impérialisme, s’est donné les moyens de montrer au monde entier ce qu’est la réalité sournoise de la liberté d’entreprendre quand elle s’étend à l’échelle de la planète. Il a révélé les documents secrets détenus par les bureaux du tsar de toutes les Russies...

 

Nous savons donc... C’est-à-dire que, depuis 1917, nous devrions savoir.

Mais la guerre de 1914-1918 ne nous a surtout pas été enseignée sous cet angle-là. Donc, nous ne savons toujours pas.

Serait-ce à Daech de venir nous le dire ? Peut-être bien.

 

Il y a nos promesses... Sous l’angle de la souveraineté de notre pays, cela s’appelle la France. Il y a donc les promesses de la France...

 

 

- Mais, dans le contexte impérialiste, la France n’aura toujours été qu’un sous-fifre.

Aujourd’hui encore, il est bien connu que nous devons compter – bien plus que ne le dira aucun responsable politique – avec Sa Majesté la reine d’Angleterre.

 

Ce strapontin plus ou moins permanent qui nous a été octroyé par la Couronne d’Angleterre – et grâce, entre autres, aux manœuvres plus ou moins douteuses et aventurées d’un Voltaire, nous le retrouvons en 1916, dans toute sa splendeur, à l’occasion des accords Sykes-Picot... qui ont tendu à escroquer... les Arabes, en les appelant à la révolte contre l’Empire ottoman, pour prix d’un État... unitaire arabe (islamique ?)... qui n’a jamais existé. Et pour cause.

 

C’est cet État que disent les accords Sykes-Picot, qui, selon la forme que leur donne la lettre adressée le 9 mai 1916 par l’ambassadeur de France à Londres, Paul Cambon, au secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, Sir Edward Grey ‒ organisent le partage du gâteau... comme ceci :

 

  • « 1. La France et la Grande-Bretagne sont disposées à reconnaître et à soutenir un État arabe indépendant ou une confédération d’États arabes dans les zones (A) et (B) indiquées sur la carte ci- jointe, sous la suzeraineté d’un chef arabe. »
  • Ni un État arabe indépendant, ni une confédération d’États arabes... Rien que deux parts de gâteau... Avec, au sein de la part française, un découpage placé sous la doctrine : "diviser pour régner"... Ce qui aide beaucoup, dans le chaos actuel en Syrie...

 

Mais lisons la suite, pour bien comprendre l’inanité des éventuels États arabes au lendemain de la Première Guerre Mondiale :

  • « Dans la zone (A), la France, et, dans la zone (B), la Grande-Bretagne, auront un droit de priorité sur les entreprises et les emprunts locaux. Dans la zone (A), la France et dans la zone (B) la Grande-Bretagne, seront seules à fournir des conseillers ou des fonctionnaires étrangers à la demande de l’État arabe ou de la Confédération d’États arabes. »

 

Comme dans la suite, je souligne les mots qui marquent bien l’impact de l’impérialisme occidental. Au titre de l’économie de marché et du morceau réservé à l’Angleterre..., il convient de retenir le cinquième paragraphe que voici :

  • « 5. Alexandrette sera un port franc en ce qui concerne l’Empire britannique et il ne sera pas établi de droits de ports, ni d’avantages particuliers refusés à la Marine et aux marchandises anglaises ; il y aura libre transit pour les marchandises anglaises par Alexandrette et par chemin de fer à travers la zone bleue que ces marchandises soient destinées à la zone rouge, la zone (B), la zone (A) ou en proviennent ; et aucune différence ne sera établie (directement ou indirectement) aux dépens des marchandises anglaises sur quelque chemin de fer que ce soit, comme aux dépens de marchandises ou de navires anglais dans tout port desservant les zones mentionnées. »

 

Pour le morceau français, c’est ici :

  • « Caifa sera un port franc en ce qui concerne le commerce de la France, de ses colonies et de ses protectorats et il n’y aura ni différence de traitement ni avantage dans les droits de port qui puissent être refusés à la Marine ou aux marchandises françaises. Il y aura libre transit pour les marchandises françaises par Caifa et par le chemin de fer anglais à travers la zone brune que ces marchandises soient en provenance ou à destination de la zone bleue, de la zone (a) ou de la zone (b) et il n’y aura aucune différence de traitement directe ou indirecte aux dépens des marchandises françaises sur quelque chemin de fer que ce soit, comme aux dépens des marchandises ou des navires français dans quelque port que ce soit desservant les zones mentionnées. »

 

Et puis, il y aura eu les années subséquentes... Les nationalisations (du pétrole)... Les printemps (arabes ?)... Peut-être pas autant que ça...

 

D’où l’intérêt de regarder avec attention les accords Sykes-Picot...

 

Note :

 

[1] Accords Sykes-Picot

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier terrorisme

- L'accord secret qui bouleversa l'avenir du Moyen-Orient

 

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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 08:30
Penser les tueries terroristes à l'aune du capitalisme : Notre mal vient de plus loin !
Dans ce court essai, Alain Badiou[1] revient sur les tueries perpétrées le 13 novembre à Paris et propose d’élucider ce qui est arrivé.
 
  • Qui sont les agents de ce crime de masse ? Et comment qualifier leur action ?
  • Où en est notre monde, du point de vue de ce qui a été ainsi mis en place insidieusement, puis avec acharnement depuis un peu plus de trente ans ?

 

Ce dont nous souffrons, c’est de l’absence à échelle mondiale d’une politique disjointe du capitalisme hégémonique. Tant qu’une proposition stratégique autre ne sera pas faite, le monde restera dans une désorientation essentielle. C’est un travail pour tous que d’essayer de faire que l’histoire de l’humanité change de direction et s’arrache au malheur opaque où en ce moment elle s’enfonce.
 
 
Un ouvrage et une analyse d'actualité
Alors que la ville de Bruxelles, capitale belge et centre névralgique de l’Europe, était touchée mardi 22 mars par une série d’attaques terroristes qui a fait plus de 30 morts et 200 blessés, l’émotion et le sentiment d’horreur dominent.
 

Comme ce fut le cas, lors des attentats de Paris du 13 novembre 2015. L’analyse des conséquences de ces drames est à faire, mais celle de leurs causes s’impose d’autant plus.

Dans un entretien accordé à la NVO à l’occasion de la publication « dans l’urgence » de son livre, Notre mal vient de plus loin, penser les tueries du 13 novembre, le philosophe Alain Badiou tente une élucidation.

 

L’hégémonie du capitalisme mondialisé et les inégalités abyssales qu’il génère sont au cœur de ses explications.

- Par : Alain Badiou

Éditions : Fayard

EAN : 9782213700991

Pages : 72

Format : 125 x 192 mm

Disponibilité : en librairie ou chez l'éditeur Fayard

Prix imprimé TTC :  5.00 €

Prix numérique :  3.99

 

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 09:19
Le déploiement international du nouvel impérialisme chinois

Sur tous les plans – économique, diplomatique, militaire, influence régionale ou globale… – le déploiement international du nouvel impérialisme chinois a été ces dernières années très rapide. Certes, en bien des domaines, il partait de très bas et ce déploiement reste inégal. Le chemin pour consolider sa position dans le monde s’avère toujours semé d’embuches, depuis la riposte de Washington jusqu’aux fragilités internes et au risque de crise de leadership. Le statut de superpuissance unique des États-Unis n’est pas remis en cause. Il n’empêche que sur le terrain, l’initiative revient souvent à Pékin et que la Chine est devenue la deuxième puissance mondiale. Ce n’est pas rien !

 

Sources : Eesf Europe Solidaire Sans Frontières par ROUSSET le 8 février 2016

- Une rupture avec le passé

Comme en bien d’autres domaines, la politique étrangère du PCC marque une rupture radicale avec le passé : le régime affiche aujourd’hui une ambition planétaire de grande puissance et un expansionnisme assumé, à l’encontre d’une posture « stratégique » avant tout défensive durant l’époque maoïste.

 

Au lendemain de la proclamation de la République populaire (octobre 1949), la direction maoïste voulait se consacrer à la consolidation du nouveau régime et à la reconstruction d’un pays dévasté par la guerre. Elle n’en a pas eu le loisir, devant intervenir à son corps défendant dans la guerre de Corée (1950-1953) et réussissant à repousser sur le 38e parallèle l’armée états-unienne. Pour « contenir et refouler » la révolution chinoise, Washington a établi une « ceinture de sécurité » plus vaste encore qu’à la frontière orientale de l’Europe. Ce dispositif existe pour l’essentiel encore : bases US en Corée du Sud, au Japon (Okinawa), aux Philippines (aujourd’hui un « droit de visite permanent » dans les ports de l’archipel), VIIe Flotte en mer de Chine…

 

Le régime du Guomindang à Taiwan siège alors au Conseil de sécurité de l’ONU comme seul représentant de toute la Chine. Les États-Unis prennent le relais des Français au Vietnam. Ils soutiennent le coup d’État de Suharto en Indonésie et le bain de sang anticommuniste qui suivit (1965). Ils inspirent la contre-insurrection en Malaisie, puis aux Philippines et en Thaïlande.

 

Pékin réagit en aidant la guerre au Vietnam contre l’occupation française, en apportant un soutien mesuré aux guérillas maoïstes dans la région (Thaïlande, Malaisie), et surtout en engageant une vaste opération de « désenclavement diplomatique » ayant pour figure de proue Zhou Enlai. La République populaire participe à la conférence de Bandung en Indonésie (1955) qui impulse le Mouvement des non-alignés. Le « profil politique » présenté est « modeste ». Les dirigeants chinois s’excusent pour les torts commis dans le passé par le régime dynastique envers les peuples de la région. Le discours est alors très différent de celui qui prévaut aujourd’hui, à savoir une rhétorique nationaliste de puissance se revendiquant de la grandeur passée de l’Empire du Milieu, répétant à l’envi que la Chine « ne cèdera pas ne serait-ce qu’un pouce du territoire sacré du pays ». Ce qui au regard de l’histoire, est, comme le note Au Loong-Yu, un non-sens. En effet, « Le PCC a négocié à maintes et maintes reprises les frontières avec ses voisins durant ses presque sept décennies au pouvoir. A-t-il toujours affirmé faire siens, en totalité, les territoires hérités de la dynastie Qing ou de la République de Chine ? Évidemment non. Ce ne fut certainement pas le cas concernant l’accord avec la Corée du Nord, après la fondation de la République populaire de Chine ». [1]

 

Le conflit sino-soviétique prend forme dès le début des années soixante. Lors de la guerre frontalière entre la Chine et l’Inde (1963), Moscou soutient New Delhi. Staline négocie un accord nucléaire avec les États-Unis sans y associer Pékin. La direction chinoise opère alors un tournant radical en matière de politique internationale. L’URSS devient « l’ennemi principal ». Des combats opposent en 1969 les deux pays sur l’Oussouri, fleuve frontalier.

 

La direction chinoise renoue avec Washington. Dès 1971, Pékin remplace Taiwan au Conseil de sécurité de l’ONU. L’année suivante, Nixon se rend à Pékin, en pleine escalade militaire en Indochine – le PCC « conseille » alors aux Vietnamiens de ne plus viser la victoire, mais de rechercher un compromis de partition analogue de type Corée ou Allemagne. Une alliance idéologiquement contre nature se noue entre les Khmers rouges au Cambodge, la Chine et Washington qui débouche sur la guerre sino-vietnamienne de 1978-79. Cette dernière année, la Chine et les États-Unis annoncent la reprise des relations diplomatiques officielles.

 

Trente ans après la conquête du pouvoir, Deng Xiaoping, véritable revenant, peut préparer les « réformes » qui vont conduire à la reconstitution d’un capitalisme chinois. Le pays a déjà, sur le plan international, des attributs de grande puissance : détenteur officiel de l’arme nucléaire, il est membre permanent du Conseil de sécurité avec droit de veto. Pékin a aussi une obsession – trait de continuité avec la période maoïste : se prémunir contre tout enclavement. Cela peut paraître bizarre quand on parle d’un pays continent de la taille de la Chine ; pourtant sa frontière terrestre peut-être fermée par une alliance russo-indienne, ainsi que son accès à l’océan par un chapelet d’archipels dans une zone maritime sous hégémonie US.

 

L’insertion rapide de la Chine dans l’économie mondiale n’est pas sans danger. Les conditions d’admission au FMI sont particulièrement favorables aux transnationales et le régime doit prendre reprendre en main l’économie, au début des années 2000, pour éviter une « néocolonisation » interne du pays. Les rapports avec Washington restent tendus, comme l’atteste le bombardement en 1999 de l’ambassade de Chine à Belgrade, lors de la crise yougoslave.

 

Nouvelle puissance capitaliste, soit la Chine accède au rang d’impérialisme, soit elle retombe dans un statut subordonné qui peut mettre en cause jusqu’à son unité – autre obsession du régime chinois depuis 1949, le pays ayant vécu le dépeçage par les concessions impérialistes après les guerres de l’Opium, puis le règne des Seigneurs de la guerre.

 

 

- La nouvelle doctrine militaire

Toute grande puissance doit être une puissance militaire – en particulier tout nouvel impérialisme. Elle doit pouvoir protéger elle-même ses intérêts dans le monde – en particulier ses voies de communication. La doctrine chinoise a donc profondément changé. Sous Mao, la clé était l’armée de terre, combiné avec l’immensité du territoire : qui envahirait la Chine s’y perdrait. Sous Xi Jinping, actuel président et homme fort du régime, la clé est devenue la Navale. C’est elle qui permet de se projeter bien au-delà de ses frontières.

 

En matière militaire, le jeu d’échecs inter-impérialiste se joue pour une grande partie sur les océans. La nouvelle doctrine chinoise a été officialisée avec la parution, le 26 mai 2015, d’un Livre blanc pour la première fois consacré à la stratégie militaire et selon lequel « la sécurité de(s) intérêts outremer [de la Chine] dans l’énergie et les ressources, les voies maritimes stratégiques, ainsi que des institutions, du personnel et des actifs présents à l’étranger, est devenue une préoccupation majeure ». « [A]vec l’expansion des intérêts nationaux chinois, la sécurité nationale est devenue plus vulnérable aux tumultes régionaux et internationaux, le terrorisme, la piraterie, enfin, les désastres naturels et les épidémies majeures ». Pour un expert du SIPRI [2] : « les affaires maritimes dans la région et la protection des intérêts extrarégionaux d’une Chine globalisée, se combinent dans la construction de la puissance navale chinoise ». « Le changement de ton est évident par rapport au dernier Livre blanc, qui mettait l’accent sur la coopération internationale de l’APL [armée populaire de libération] au sein de missions multilatérales. » [3]

 

La direction chinoise ne fait plus mystère de ses ambitions. Le 3 septembre dernier (pour l’anniversaire de la capitulation du Japon en 1945), le régime a organisé une inhabituelle grande parade militaire, dans le style soviétique ou français, pour faire étalage de sa puissance, provocant l’inquiétude des pays voisins.

 

La reconversion des forces armées chinoises demande du temps. Elle est loin d’être achevée. Mais les avancées sont considérables. La Chine est devenue la deuxième puissance militaire au monde (loin derrière les États-Unis) [4]. Alors qu’elle possède déjà un porte-avions acheté à la Russie, elle en construit un second, ce qui lui permettra d’assurer la continuité de service et aussi d’en envoyer un sur un théâtre d’opération extérieure en gardant l’autre au large de ses côtes. La Chine ne maîtrise toujours pas le système de catapulte, utilisant la technique du pont incliné. En revanche, elle développe un programme de missile balistique antinavire d’une catégorie unique au monde : le DF-21 D (pour Dongfeng, ou « vent d’est »).

 

Le talon d’Achille chinois, concernant tant le matériel que les troupes, est qu’ils ne sont pas testés dans des conflits réels. La Chine n’a pas l’expérience de la guerre depuis l’invasion du Vietnam en 1978-79. Or côté chinois, il s’agissait encore d’une stratégie « à l’ancienne », par vagues d’assaut massives.

 

Les troupes chinoises sont actuellement intégrées à de nombreuses interventions de l’ONU, en Afrique notamment, où elles peuvent accumuler une certaine expérience. Elles participent à des opérations conjointes contre la piraterie. Elles gagnent maintenant une indépendance opérationnelle, menant notamment d’importantes opérations d’évacuation de ses ressortissants en Libye (2011) et au Yémen (2015). Ses navires de guerre cinglent dans le Golf d’Aden et au large des côtes orientales de l’Afrique.

 

La décision d’implanter à Djibouti une première base militaire outre-mer est prise, les travaux ont commencé. « Le président Ismaïl Omar Guelleh semble prêt à toutes les concessions pour plaire à son homologue chinois. » « De sources non officielles, on avance le chiffre considérable de 10 000 militaires chinois qui seront déployés à Djibouti, contre 4 000 pour les Américains. Ces derniers ont été sommés par le gouvernement djiboutien d’abandonner leur base secondaire d’Obock pour se concentrer sur celle de Camp Lemonnier, et faire de la place aux Chinois. » « Pékin et Djibouti sont en train de sceller une alliance stratégique majeure qui fera de ce petit Etat niché au creux de la corne de l’Afrique, l’étape obligée de la Chine dans sa fameuse nouvelle « route de la soie » reliant la Chine à l’Afrique en passant par le Golfe arabique. » [5]

 

Walvis Bay représente un autre projet, peut-être le plus avancé dans la région ; à savoir la construction d’un port chinois sur les côtes namibiennes d’où il est aussi possible de contrôler les principales routes du commerce international [6]. Elle possède déjà sur place un système de « tracking » par satellite – et ce n’est pas le seul ! Dix-huit bases militaires étrangères sont à l’étude à Pékin, pas seulement en Afrique [7].

 

La mondialisation d’enclaves extraterritorialisées sous contrôle chinois s’opére sous diverses formes. La Patagonie (au sud de l’Argentine) en offre un exemple intéressant. Pékin a besoin de stations de surveillance dans l’hémisphère sud. Elle a passé à cette fin un accord avec Buenos Aires. L’Agence chinoise de lancement et de contrôle des satellites (CLTC) en a construit une dans la province patagonienne de Neuquen. Le site est cédé pour 50 ans à l’opérateur chinois – qui s’avère être en fait l’armée. Gageons qu’elle ne se contentera pas d’y développer son programme d’exploration lunaire.

 

Plus généralement Pékin multiplie les accords qui autorisent ses forces à utiliser les installations portuaires dans un nombre croissant de pays – et achète aussi un nombre croissant de ports dans le monde, avec pour dernière acquisition celle du Pirée en Grèce.

 

 

- Dans et hors les institutions internationales

La Chine est devenue un acteur diplomatique de tout premier plan, ainsi que les négociations climatiques l’ont illustré – où celles actuellement en cours en Afghanistan. Devenue la deuxième économie du monde, elle pèse de plus en plus dans les institutions internationales. Elle a adhéré au Centre de développement de l’OCDE. Sa monnaie, le yuan (renminbi) fait désormais partie du panier de devises composant le système des droits de tirages spéciaux (DTS) du FMI.

 

Simultanément, Pékin déploie ses propres institutions financières internationales. Depuis son lancement en 2014, la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (Asian Infrastructure Investment Bank, ou AIIB), a été rejointe par de nombreux pays avancés et émergents au grand dam des États-Unis (France, Grande-Bretagne, Russie, Brésil, Danemark…). C’est explicitement une alternative à la Banque asiatique de développement sous direction nippo-américaine et un défi lancé au système financier fondé après la Seconde Guerre mondiale.

 

La direction chinoise initie de très grands projets, en particulier deux « nouvelles routes de la soie », l’une continentale en direction de l’Asie centrale (ex-Républiques musulmanes d’URRS), l’autre maritime en direction de l’Afrique. Outre le transport de marchandises, il s’agit de constituer de véritables corridors d’investissements avec, notamment, en ligne de mire le Kazakhstan – donc la zone d’influence traditionnelle de la Russie où un nouveau front de la bataille de l’énergie (pétrole, gaz…) est engagé –, et le Golfe arabique.

 

La Chine force l’entrée de tous les clubs traditionnellement contrôlés par quelques impérialismes traditionnels ou la Russie, tels le nucléaire, l’aviation civile aussi bien militaire, la vente d’armements, l’espace. Après avoir fait alunir une sonde en décembre 2013, et débarqué un robot d’exploration, Pékin annonce le projet inédit de poser un engin sur la face cachée de la Lune…

 

Elle s’impose dans la production de panneaux photovoltaïques et, de même que le Brésil, dans le secteur agroalimentaire (avec le WH Group). Elle multiplie les acquisitions d’entreprises en Europe, via son bras armé en ce domaine, la ChemChina :

« Le prédateur chinois, ChemChina, qui pesait 39 milliards de dollars en 2014, n’en est pas à son coup d’essai. Son PDG, Ren Jianxi, membre éminent du Parti communiste chinois, est passé maître dans l’art d’acquérir des sociétés européennes. En France, d’abord, où il s’est emparé en 2006 d’Adisseo, une société d’alimentation animale, filiale de Rhône-Poulenc, puis de l’activité silicone de Rhodia. Plus spectaculaire, le racha de l’italien Pirelli. Stratégique, enfin, la prise de contrôle du fabricant de machines KraussMaffei, l’un des symboles de l’industrie allemande, et la prise de participation dans la société de négoce suisse Mercuria. Avec Syngenta, ChemChina espère compléter un tableau de chasse impressionnant. » [8]

 

ChemChina est évidemment actif hors Europe, comme en Israël, mettant la main sur une société spécialisée dans l’agrochimie. En Amérique latine, Pékin négocie unilatéralement avec chaque pays cible, souvent avec succès, imposant des conditions qui lui sont très favorables (bien qu’un peu moins qu’en Afrique).

 

Il y a encore des régions où Pékin n’avance ses pions que très prudemment – à commencer par le Moyen-Orient. Le président Xi Jinping vient d’y effectuer un voyage qui s’est voulu strictement d’affaires en Égypte, Iran, Arabie saoudite… Il s’agit de renforcer la présence chinoise dans des pays en conflit les uns avec les autres, dans une géopolitique de guerre instable où la Chine ne peut à l’heure actuelle jouer sa partie. Les rapports avec la Russie sont aussi complexes, entre alliance face aux États-Unis et rivalité, ainsi qu’avec l’Inde, gendarme de l’Asie du Sud.

 

La pénétration chinoise est particulièrement intense dans sa zone d’influence immédiate, en Asie du Sud Est. Mais c’est là aussi que la contre-offensive de Washington prend forme, y compris sur le plan militaire.

 

 

- La contre-offensive US

Pour la première fois depuis 2012, le 26 octobre dernier, des navires de guerre US ont pénétré au sein de l'archipel des Spratleys dans la zone des douze miles marins autour d’îlots créés par Pékin. Cet archipel est revendiqué en tout ou partie par les Philippines, la Malaise, le Vietnam, Brunei et la Chine. Appliquant la politique du fait accompli, cette dernière a construit, à partir de 2014, des îles artificielles en utilisant des bateaux pompant les sédiments. Des installations et pistes d’atterrissage sont en train d’être établies dans l’archipel, comme en d’autres « points chauds » de l’espace maritime qui s’étend du sud-est au nord-est de l’Asie.

 

Après avoir été pris de court par les initiatives chinoises, Washington semble donc décidé de commencer à réagir. L’enjeu est considérable. Ce couloir maritime est l’un des plus fréquentés du monde, utilisé notamment pour les transports pétroliers entre le Moyen-Orient et le Japon. Pékin revendique sa souveraineté sur l’essentiel de cette zone stratégique, considérée par les autres pays comme un espace de libre circulation internationale, par mer ou par air. L’impérialisme états-unien doit réaffirmer sa présence, alors que ses deux alliés les plus proches dans la région se trouvent en première ligne de conflits territoriaux aigus.

 

C’est le cas du Japon, dont le Premier ministre Abe accélère la militarisation, et aussi des Philippines, qui fut l’une des rares colonies directes des États-Unis (les liens restent très étroits entre classes dominantes de ces deux pays). Les principales bases militaires US se trouvent actuellement au Japon (Okinawa) et en Corée du Sud. Or, ce dernier pays est aujourd’hui courtisé par Pékin dont l’influence économique grandit. En témoigne la présence à Pékin de la présidente sud-coréenne, Park Geun-hie, lors la grande parade militaire du 3 septembre – alors que Tokyo, Washington, la plupart des capitales européennes et une bonne partie des pays d’Asie du Sud-Est boudaient l’événement, absents ou ostensiblement « sous représentés ».

 

Washington n’a eu de cesse d’annoncer, depuis plusieurs années, son « recentrage » sur la zone Asie-Pacifique. Plus facile à dire qu’à faire, alors que ses forces doivent aussi rester déployées au Moyen-Orient, où elles s’enlisent, et en Afrique. Mais des échéances politiques s’imposent, comme la réunion du sommet de l’Association des Nations du Sud-Est asiatique (Asean) et du forum annuel de la Coopération économique en Asie-Pacifique (APEC).

 

Nous entrons probablement dans une étape nouvelle du face à face sino-états-unien

 

 

- La crise du monde chinois

Pékin a récemment subi une série de revers politiques, en particulier dans le « monde chinois ». La récente la défaite du Guomindang à l’élection présidentielle de Taiwan et la victoire d’une indépendantiste, Tsai Ing-wen, représentent un véritable camouflet ; même si cette dernière ne veut pas modifier le statut formel de l’État insulaire.

 

Face à l’emprise du PCC, l’opposition démocratique [9] à Hongkong ne désarme pas. En outre, des sentiments xénophobes contre les « migrants » venus de Chine continentale se développent dans la population. À force d’autoritarisme, le régime finit par miner l’un de ses principes fondamentaux : l’existence « d’une seule Chine ».

 

A ces revers, s’ajoute la crise économique et financière en Chine continentale. Elle peut affecter l’ampleur des moyens mis à la disposition des ambitions impérialistes du PCC, mais probablement pas les modifier. Au contraire, le nationalisme de grande puissance reste le principal ciment idéologique du pouvoir et l’ennemi extérieur le meilleur dérivatif aux difficultés intérieures – l’accusation d’activités portant atteinte à la sécurité nationale offrant par ailleurs l’une des principales justifications d’une répression qui ne cesse de s’aggraver.

 

P.-S.

* Cet article est une version un peu plus développée de celle qui est parue dans le numéro de février 2016 de la revue « L’Anticapitaliste ».

 

Notes

[2SIPRI : Stockolm International Peace Research Institute.

[3Brice Pedroletti, Le Monde, 28 mai 2015. Disponible sur ESSF (article 37099), Djibouti, capitale de la Chinafrique – Une alliance stratégique majeure : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37099

[5Sébastien Le Belzic, Le Monde, 25 janvier 2016. Disponible sur ESSF (article 37099), Djibouti, capitale de la Chinafrique – Une alliance stratégique majeure : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37099

[6Sébastien Le Belzic, Le Monde, 6 avril 2015. Disponible sur ESSF (article 34713), Afrique, Moyen-Orient : les projets de bases militaires chinoises : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article34713

[7Op. cit.

[9Ainsi que la droite.

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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 09:27
Fabius et Valls ont obéi aux injonctions d’Hillary Clinton en empêchant la libération de Georges Ibrahim Abdallah !

Des emails récemment déclassifiés émanant de Hillary Clinton, ancienne ministre étasunienne des Affaires étrangères et actuelle candidate aux élections présidentielles révèlent qu’en 2013, alors qu’elle était ministre, elle est intervenue directement avec Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, pour empêcher la libération de Georges Ibrahim Abdallah.

 

Source : Info-Palestine.fr le 29 janvier 2016

L’appel téléphonique en question entre Hillary Clinton et Laurent Fabius a eu lieu le 11 janvier 2013, c’est-à-dire le lendemain du jour où la Cour d’Appel a prononcé la libération de Georges Ibrahim Abdallah.

 

Ibrahim Abdallah, communiste révolutionnaire arabe, militant de la cause palestinienne, était détenu dans une prison française depuis 1984. En 2013, la plus haute Cour de Justice française lui a accordé sa libération conditionnelle.

 

Mais Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, s’y est opposé suite à l’intervention d’Hillary Clinton. Il a refusé d’extrader Ibrahim Abdallah au Liban et a prétendu qu’il ne lui serait pas possible de veiller à ce que celui-ci tienne parole une fois rentré dans sa patrie.

 

Georges Ibrahim Abdallah a été condamné à l’emprisonnement à perpétuité en 1987 pour sa participation dans l’assassinat de Charles Ray, attaché militaire américain, et dans celui de Yakov Barsimentov, diplomate israélien, survenus à Paris en 1982, ainsi que pour l’attentat de 1984 contre le consul général américain à Strasbourg.

 

Robert Homme- Ibrahim Abdallah, autrefois leader du mouvement de guérilla marxiste-léniniste FRAL (Fractions Révolutionnaires Armées du Liban) est connu pour être l’homme qui a passé le plus de temps dans les prisons occidentales.

 

Il aurait pu être libéré en 1999, mais sept appels consécutifs ont été rejetés parce qu’il n’a fait preuve d’aucun remords pour son crime et parce qu’il y avait tout lieu de penser qu’il reprendrait son combat révolutionnaire s’il était libéré et renvoyé au Liban.

 

Bien que le gouvernement français n’ait aucune autorité juridique pour annuler la décision de la Cour d’Appel du 10 Janvier, nous espérons que les autorités françaises puissent s’appuyer sur d’autres bases pour remettre en cause la légalité de cette décision.

 

Ce n’était certes pas la première intervention étasunienne dans le cas Ibrahim Abdallah. Trente ans plus tôt, en 1986, Ronald Reagan était intervenu aux côtés de François Mitterrand pour empêcher sa libération. Des fonctionnaires du Département d’Etat ainsi que des membres du Congrès n’ont cessé d’exiger qu’il soit maintenu en prison.

 

Le communiste libanais Georges Ibrahim Abdallah a entamé sa 32e année de détention à Lannemezan (Hautes-Pyrénées) -

 

 

- Mais qui est Georges Ibrahim Abdallah ?

C’est un Libanais arabe, militant de la cause palestinienne, emprisonné en France depuis 1984 et reconnu coupable d’avoir participé à des actions armées avec le mouvement FARL (Fractions Révolutionnaires Armées du Liban). Celui-ci combat les invasions sionistes et colonialistes au Liban.

 

Georges Abdallah est militant depuis son plus jeune âge. Il a d’abord travaillé avec le PSNS, Parti social nationaliste syrien, puis avec le FPLP, Front populaire de libération palestinien. Alors membre du FPLP, il a combattu et a été blessé en 1978 par les forces israéliennes qui envahissaient le Liban.

 

Communiste et internationaliste engagé, il considère la lutte arabe contre le sionisme et l’impérialisme comme partie intégrante du combat des travailleurs du monde entier contre le capitalisme.

 

Le mouvement FRAL (Fractions Révolutionnaires Armées du Liban) a été créé pour résister aux attaques impérialistes contre le Liban, menées par les États-Unis, Israël ou tout autre pays. Georges Abdallah a été accusé d’avoir participé à des attaques contre des responsables militaires américains et israéliens en France.

 

Depuis 1999, on a jugé qu’il pouvait être libéré. Pourtant, il continue à se voir refuser la libération conditionnelle bien qu’elle lui ait été plusieurs fois accordée par des juges français. Le gouvernement libanais a officiellement demandé sa libération et lui-même demande à être extradé au Liban.

 

Mais le gouvernement français est intervenu au plus haut niveau, avec les Américains et les Israéliens, pour lui refuser la liberté sur parole.

 

 

- Le mail de Hillary Clinton, ici accès au document original en pdf

 


 

  • Traduction[1] :

Adresses mail

Georges Ibrahim Abdallah a été condamné à l’emprisonnement à perpétuité en 1987 pour sa participation dans l’assassinat de Charles Ray, attaché militaire américain, et dans celui de Yakov Barsimentov, diplomate israélien, survenus à Paris en 1982, ainsi que pour l’attentat de 1984 contre le consul général américain à Strasbourg.

DECLASSIFIE -Département d’Etat américain- Cas n°------------------Date : 30/11/2015
DECLASSIFIE- Département d’Etat américain- Cas n0------------ Date : 30/11/2015

Robert Homme- Ibrahim Abdallah, autrefois leader du mouvement de guérilla marxiste-léniniste FRAL (Fractions Révolutionnaires Armées du Liban) est connu pour être l’homme qui a passé le plus de temps dans les prisons occidentales.

Il aurait pu être libéré en 1999, mais sept appels consécutifs ont été rejetés parce qu’il n’a fait preuve d’aucun remords pour son crime et parce qu’il y avait tout lieu de penser qu’il reprendrait son combat révolutionnaire s’il était libéré et renvoyé au Liban.

Bien que le gouvernement français n’ait aucune autorité juridique pour annuler la décision de la Cour d’Appel du 10 Janvier, nous espérons que les autorités françaises puissent s’appuyer sur d’autres bases pour remettre en cause la légalité de cette décision.

 

Note

[1] Traduit de l’anglais par Christine Malgorn , auteure de Syrie, mon amour. 1860, au cœur de la guerre oubliée, édition Harmattan, 2012 – Voir la vidéo (disponible sur Amazon) ; et de « Bienvenue au Shéol » paru en avril 2015 (disponible en numérique sur Amazon, et en format papier). Consultez son blog

 

Pour en savoir plus :

- Georges Ibrahim Abdallah : le plus ancien prisonnier politique en Europe - 26/10/2014

- Georges Ibrahim Abdallah une nouvelle fois victime du racisme d’État, de l’acharnement judiciaire - 4/02/2014
-
France : exigence grandissante pour la libération immédiate de Georges Ibrahim Abdallah - 26/10/2013
-
Solidarité avec Georges Abdallah : rassemblement à Lannemezan le 26 octobre - 19/10/2013
-
Georges Ibrahim Abdallah : la France et le mépris du droit - 17/07/2013
-
France : acharnement politico-judiciaire contre Georges Ibrahim Abdallah - 5/04/2013
-
Construire la solidarité avec Georges Ibrahim Abdallah - 14/02/2013
-
Le refus de libérer Georges Ibrahim Abdallah est une véritable honte ! - 31/01/2013
-
Manuel Valls bloque la libération de Georges Ibrahim Abdallah - 14/01/2013
-
Georges Ibrahim Abdallah : le retour d’un héros - 13/01/2013
-
Georges Ibrahim Abdallah libérable sous condition d’expulsion - 11/01/2013
-
Le gouvernement français s’acharne sur Georges Ibrahim Abdallah - 25/10/2012
-
Le cas de Georges Ibrahim Abdallah n’est pas « une question humanitaire » - 26/03/2012
-
George Ibrahim Abdallah : dénoncer la farce de la justice française - 21/01/2012
-
Yves Bonnet raconte les dessous de l’affaire Abdallah - 8/01/2012

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 09:48
Libye : La violence impérialiste n’a pas de fin ! Une seconde intervention en préparation ?

Hillary Clinton : « La guerre contre la Libye visait à empêcher la souveraineté économique de l’Afrique ![1] »

 

La générosité de l’Empire en matière de violence est sans limites. Après que les Etats-Unis aient menti au Conseil de sécurité des Nations Unies sur la soi-disant menace que Kadhafi représentait pour les « manifestants » de Benghazi, le Conseil de sécurité de l’ONU a autorisé l’usage de la force pour les protéger. La Russie et la Chine se sont abstenues au lieu d’opposer leur veto.

 

Sources : Le Grand Soir Traduction de Moon of Alabama : Dominique Muselet | mis à jour le 10 août 2020

Les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN (dont la France) ont violé la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Ils ont armé les « manifestants », bombardé le pays jusqu’à le réduire en miettes, et tué les principaux officiels du gouvernement dont Mouammar Kadhafi. La secrétaire d’Etat étasunienne, le monstre Clinton, s’en est glorifiée (vidéo) dans une célèbre réplique : « Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort. »

 

C’est à cause de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU que le président russe Medvedev n’a pas pu se représenter pour un second mandat. Le président Poutine, qui à l’époque était Premier ministre et n’était responsable que de la politique intérieure, a dit que, lorsqu’il avait lu la résolution du Conseil de sécurité il avait trouvé, dans son libellé, des trous permettant à toute une armée de se frayer un passage. Medvedev avait fait une énorme erreur en la laissant passer. Le fait qu’il ait été obligé de partir, est le seul résultat positif de l’attaque de l’OTAN sur la Libye.

 

 

- Maintenant, les États-Unis veulent attaquer à nouveau la Libye.

  • Le général Joseph Dunford Jr., le président du Joint Chiefs of Staff, a déclaré aux journalistes vendredi que les responsables militaires « réfléchissaient à une action militaire décisive » contre l’État islamique ou ISIS en Libye où le groupe terroriste a environ 3 000 combattants selon des responsables occidentaux.
  • Des officiels de l’Administration disent que la campagne en Libye pourrait commencer dans quelques semaines. Ils pensent qu’elle sera menée avec l’aide de quelques d’alliés européens, comme la Grande-Bretagne, la France et l’Italie.

 

Il y aura, comme d’habitude, des frappes aériennes, des forces spéciales sur le terrain, des mercenaires, formés par les forces étasuniennes ou des sociétés privées, qui se transformeront en escadrons de la mort et terroriseront la population.

 

C’est le chaos en Libye, comme c’était prévisible et a été prédit ici quand la guerre en Libye a commencé....  et reconnu récemment par Alain Juppé . Il y a beaucoup de groupes armés et deux parlements et deux gouvernements rudimentaires, un dans l’est et un dans l’ouest. L’ONU vient juste d’essayer d’en créer un troisième, un gouvernement d’union nationale, et elle a échoué :

  • Le parlement de Libye, reconnu internationalement, a voté lundi pour rejeter le gouvernement d’union proposé dans le cadre d’un plan soutenu par les Nations Unies pour résoudre la crise politique et le conflit armé dans le pays. ... Depuis 2014, la Libye a eu deux parlements et deux gouvernements concurrents, l’un basé à Tripoli et l’autre dans l’est. Les deux sont soutenus par des alliances instables de groupes armés et d’anciens rebelles qui ont aidé à renverser Mouammar Kadhafi en 2011.

 

Une grande partie des « rebelles » payés par le Qatar et d’autres pour renverser le gouvernement libyen sont islamistes. Beaucoup sont allés de Libye en Syrie pour lutter contre le gouvernement syrien, et les États-Unis ont contribué à fournir des armes de Libye à ces terroristes étrangers en Syrie.

 

Il est peu probable que l’intérêt réel des États-Unis soit maintenant de combattre les quelques combattants étrangers de l’État islamique en Libye. La plupart des partisans de l’État islamique en Libye appartiennent à des tribus qui, auparavant, faisaient partie d’un gang islamiste local ou d’un autre. Ils ne sont pas une menace et d’autres forces locales peuvent les tenir en respect.

 

 

- Les États-Unis veulent avoir tout le pays sous leur contrôle indirect, mais jusqu’ici ils n’en ont que la moitié.

  • Les forces armées alliées au gouvernement de l’est sont dirigées par le général Khalifa Haftar, un ancien allié de Kadhafi. Il a également combattu les militants islamistes dans la ville orientale de Benghazi, et il est devenu l’une des figures les plus controversées de Libye. Il bénéficie d’un grand soutien dans l’est, mais il est méprisé par les forces alliées au gouvernement de Tripoli.

 

Haftar était autrefois avec Kadhafi mais a été écarté après avoir échoué dans une guerre avec le Tchad. Autour de 1990, il a essayé sans succès de renverser Kadhafi. Il est allé aux États-Unis, est devenu un citoyen américain et a travaillé pour la CIA. En 2011, il était de retour en Libye et a tenté à nouveau de renverser Kadhafi.

 

En 2011, les États-Unis n’ont pas réussi installer leur leader par procuration en Libye. Ils vont maintenant essayer à nouveau de prendre le contrôle total du pays et de ses ressources. Une fois installés en Libye, ils pourront asservir des pays d’Afrique du Nord.

 

Il est facile de voir que cela va engendrer plus de guerres, plus de terreur, et plus de réfugiés. La violence impériale est inépuisable.

 

La France de Hollande, va-t-elle s'embarquer dans cette aventure qui ne peut que, pour les terroristes, contribuer à légitimer leurs actions contre notre territoire et nos ressortissants ?

 

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 09:17
En 1991, la guerre en Irak a été la première guerre suivie en live à la télévision.

En 1991, la guerre en Irak a été la première guerre suivie en live à la télévision.

Il y a 25 ans, une coalition de 49 pays envahissait l’Irak. La guerre, l’embargo qui a suivi, une nouvelle guerre et une occupation ont laissé derrière eux un pays sans ressources. Mais l’Irak n’est pas mort. L’opposition et les protestations n’ont jamais cessé et sont l’antidote contre le militarisme et l’occupation.

 

Sources : Solidaire par Dirk Adriaensens le 15 janvier 2015

- La guerre du Golfe de 1991

Le 17 janvier 1991, 29 pays, parmi lesquels la Belgique et quelques pays arabes, envahissaient l’Irak. Le but était de chasser l’armée irakienne du Koweit, qu’elle avait envahi en août 1990. En 43 jours, une coalition internationale effectuait 100 000 bombardements aériens, lançait 450 roquettes Tomahawk et larguait 265 000 bombes. Une grande partie des infrastructures sociales et économiques d’Irak était détruites. Le pays était rejeté dans l’ère pré-industrielle pour une très longue période. 

 

En 1991, la guerre en Irak a été la première guerre suivie en live à la télévision. Les premiers bombardements sur Bagdad, le 17 janvier, ont été montrés en direct et de manière quasi triomphale sur CNN (photos ci-dessus). Beaucoup d’images infographiques ont également été utilisées pour illustrer les prétendues « frappes chirurgicales ». En réalité, celles-ci ont été bien moins précises que les images le laissaient croire. Elles ont coûté le vie à des milliers de gens, alors qu’on évoquait des « dommages collatéraux ».  

 

Le 26 février, l’Irak se retirait du Koweit. Les troupes qui se repliaient étaient également attaquées. Rien que là, on a compté 25 000 morts irakiens. Au total, 125 000 militaires irakiens ont trouvé la mort, contre 125 Américains. 

 

Après le retrait irakien du Koweit, le Conseil de sécurité des Nations Unies organisait un embargo jusqu’à ce que toutes les armes non-conventionnelles (chimiques, biologiques et atomiques) soient détruites. La commission des Nations unies UNSCOM était chargée de cette mission. Jusqu’au mois d’août, 340 équipes UNSCOM ont contrôlé 9 346 sites où des armes auraient pu être entreposées. Après ces contrôles, il n’y avait plus d’armes de destruction en Irak. L’embargo serait d’application jusqu’en mai 2003, après la chute du président Saddam Hussein. 

 

La guerre du Golfe a coûté 676 milliards de dollars, ce qui correspondait à ce moment-là à la moitié du montant de la dette du tiers-monde.

 

 

- Après la guerre militaire, la guerre économique : l’embargo 

Le nombre de morts dus à l’embargo est énorme. D’après les chiffres du ministère irakien de Santé publique (chiffre pour fin 2002), 1 806 915 victimes civiles, dont 750 000 enfants de moins de 5 ans, sont mortes à cause de l’étranglement économique. Avant la guerre du Golfe, l’Irak importait 70 % de sa nourriture : pour 2 à 3 milliards de dollars par an. Sous l’embargo, à peine la moitié entrait encore dans le pays. La production locale n’a pas non plus pu se rétablir. 

 

L’embargo a été une punition collective, imposée à toute la population irakienne pour exercer une pression sur le gouvernement irakien. Les changements que le pays subissait après dix ans de sanctions sont incommensurables. Les indicateurs de base (alphabétisation, santé, enseignement...) qui mesurent le niveau de bien-être des gens étaient en Irak avant l’embargo parmi les meilleurs du monde. En 2000, l’Irak régressait jusqu’au 20 % les plus bas. En dix ans, la mortalité infantile passait de l’une des plus basses au monde à l’une des plus hautes. 

 

Même quand la guerre du Golfe était officiellement terminée, il y avait encore des bombardements tous les jours sur une grande partie du pays. Entre 1991 et 2001, les forces armées américaines et britanniques ont effectué 280 000 vols de combat au dessus de l’Irak et tué des centaines de civils.

 

L’infrastructure était également gravement touchée. L’Irak a quand même réussi à reconstruire toute seule une partie importante de ses infrastructures vitales.

 

Highway of Death (l’autoroute de la mort) : l’attaque sur les troupes irakiennes qui se retiraient du Koweït vers l’Irak via l’autoroute côtière a fait à elle seule 25 000 morts. L’avant du convoi a été bombardé. Comme il y avait des champs de mines sur les côtés, impossible de prendre une autre voie. Des milliers de soldats irakiens réfugiés dans des tranchées ont été enterrés vivants dans le sable par des bulldozers. (Photo Joe Coleman / Wikimedia Commons)

 

- Les buts stratégiques des États Unis

Les États-Unis avaient cinq buts stratégiques pour le Moyen-Orient : 

  • Assurer le contrôle des réserves pétrolières du Moyen-Orient pour déterminer les quantités produites et faire baisser les prix. 
  • Maintenir les structures politiques de la région, surtout celles des Émirats et de l’Arabie saoudite qui assuraient le contrôle de l’Occident sur le pétrole. 
  • Détruire le potentiel économique et militaire de l’Irak.
  • Installer des bases militaires pour imposer les diktats de l’Occident.
  • Sécuriser la suprématie d’Israël sur tous les pays arabes.

Comme grand producteur de pétrole, l’Irak avait nationalisé ce secteur en 1972 et investissait les revenus de ce pétrole pour son propre développement. Les pouvoirs occidentaux et les compagnies pétrolières n’ont jamais pu l’accepter.

 

Dans les années 1990, la France et la Russie avaient conclu des accords avec l’Irak pour exploiter le pétrole irakien après la levée des sanctions. Ces contrats concernaient au total 1 100 milliards de dollars. Les États-Unis étaient exclus de l’accès au développement futur des plus grandes réserves de pétrole au monde (à un près). 

 

L’Occident avait aussi un problème par rapport à l’économie socialiste (socialisante) d’Irak. A la fin de l’année 2000, le gouvernement irakien décidait de ne plus travailler avec le dollar pour les opérations pétrolières parce qu’il était une « monnaie ennemie ». Toutes les transactions se faisaient, depuis la fin de 2000, en euros, et le siège des comptes pétroliers n’étaient plus situé aux USA mais à Paris. « Dans le monde réel (...), le seul facteur à la base de la prospérité américaine est le maintien du dollar comme monnaie de réserve mondiale. Ceci ne peut se faire que si les pays producteurs de pétrole gardent le dollar pour calculer le prix du pétrole. Le dernier clou au cercueil de Saddam Hussein a été sa décision de commencer à vendre son pétrole en euros », commente Richard Benson, analyste de Citibank et Chase Manhattan.

 

Tout cela était une raison suffisante pour les États Unis pour entreprendre une action déterminante et envahir une nouvelle fois l’Irak.

 

 

- Invasion illégale et occupation de l’Irak

Le 19 mars 2003, les États-Unis et la Grande-Bretagne attaquaient illégalement l’Irak. 41 000 vols de combat étaient effectués et 27 000 bombes étaient larguées. A peu près 200 000 soldats prenaient part aux opérations au sol. Les gouvernements des États-Unis et de la Grande-Bretagne n’avaient pas l’approbation du Conseil de sécurité des Nations Unies pour une telle attaque. Ils ont alors eu recours à des mensonges pour pouvoir envahir l’Irak : ce pays détiendrait des armes de destruction massive et aurait un lien avec les terroristes d’Al Qaïda ; et la guerre apporterait la démocratie en Irak... Le président Bush et ses ministres ont menti exactement 935 fois entre le 11 septembre 2001 et le 19 mars 2003 pour justifier leur invasion. Et cette désinformation a été coûteuse. En 2009, le ministère américain de la Défense a dépensé au moins 4,7 milliards de dollars pour « gagner les cœurs et les esprits » dans le pays et à l’étranger. 

 

 

- Le coût de la guerre : plus de 3 000 milliards de dollars

Le budget de la Défense des États-Unis a augmenté de 335 milliards de dollars en 2001 à 637 milliards de dollars en 2015. Le prix Nobel d’économie Joseph E. Stiglitz a déclaré à ce sujet : « Une guerre gratuite n’existe pas. L’aventure de l’Irak a sérieusement affaibli l’économie américaine et la misère va bien plus loin que la crise des hypothèques. On ne peut pas dépenser 3 milliards de dollars pour une guerre ratée à l’étranger sans en ressentir le mal à l’intérieur du pays. » 

 

D’après Stiglitz, les États Unis dépensent en ce moment 5 milliards de dollars par an en Afrique : « 5 milliards d’euros, c’est environ 10 jours de combats. Cela vous donne une idée du gaspillage de moyens. »

 

 

- La destruction intentionnelle de l’État irakien 

Après 25 ans de guerre, d’embargo, d’occupation et de chaos, il est évident que la destruction de l’État irakien a été voulue sciemment par les États-Unis. Les architectes américains de cette guerre avaient déjà prédit depuis des années qu’une invasion de l’Irak provoquerait la fin de l’État irakien. Dans un rapport de 1996, des auteurs néoconservateurs décrivaient l’inévitable déclin de l’Irak après une invasion militaire, affirmant qu’un changement de régime mènerait à « un déchirement de l’Irak par la politique des seigneurs de guerre, des voleurs, des clans, des sectes et des familles importante. » Ces mêmes auteurs sont pourtant par la suite devenus les défenseurs les plus agressifs d’une invasion. Les effets désastreux du point de vue culturel et humain de la destruction de l’État irakien de 2003 à 2011 – déjà fort affaibli par la guerre du Golfe en 1991 et par les sanctions économiques – sont énormes. Plus d’un million et demi de citoyens ont perdu la vie, l’infrastructure sociale – électricité, eau potable, égouts et institutions publiques – était détruite, des académiciens et des professionnels étaient assassinés, à peu près 2,5 millions de personnes devenaient des réfugiés dans leur pays (IDP) et 2 764 000 personnes ont fui. 

 

 

- Socialement et écologiquement invivable 

La destruction sociale est inestimable. Le niveau de l’enseignement et de la santé se situent aujourd’hui encore loin en dessous de celui d’avant l’invasion. Les minorités nationales irakiennes (chrétiens, Assyriens, Mandéens...) sont au bord de l’éradication. Certaines de ces minorités religieuses et ethniques irakiennes ont cohabité en paix dans la région pendant plus de 2 000 ans. Les droits des femmes ont été complètement supprimés, comme le droit à la protection de la maternité, le permis de travail et les soins de santé. De grandes parties du pays sont devenues écologiquement invivables. Des régions entières sont contaminées par l’uranium appauvri et par d’autres pollutions militaires, des millions de tonnes de déchets ont été abandonnés et ont non seulement porté atteinte au système écologique fragile de façon irréversible mais ont également provoqué une forte augmentation des malformations génétiques et des cancers. Le bas niveau de l’eau des lacs et rivières a provoqué des catastrophes parce que l’absence d’égouts a rendu l’eau impropre à la consommation humaine et animale. 

 

Du point de vue économique, l’Irak est devenu un immense paradis du marché libre, où les Irakiens n’ont aucun pouvoir. 

 

 

- L’occupation crée l’opposition 

L’opposition contre l’occupation étrangère a commencé tout de suite après l’invasion. Des officiers de l’armée irakienne, avec l’appui de la population, ont commencé immédiatement une guérilla qui a débouché sur une véritable rébellion civile. L’opposition a mené en moyenne 185 attaques par jour contre les forces d’occupation (chiffre de juin 2007). Les voitures piégées et autres attaques kamikazes ne sont qu’une petite partie de toutes les attaques. 90% des attaques kamikazes en Irak ont été effectuées par des combattants étrangers liés à Al Qaïda en Irak, et non pas seulement par l’opposition, d’après les statistiques de l’armée américaine elle-même. Les troupes irakiennes de sécurité du gouvernement comptaient 330 000 hommes. En mars 2011 ils étaient 670 000. Ils étaient souvent utilisés comme unités de choc pour l’armée d’occupation et il n’est donc pas étonnant qu’ils aient également été visés par l’opposition. 

 

En 2008, 157 800 militaires américains, plus de 150 000 mercenaires, 41 000 membres de la « National Police » (précédemment les escadrons de la mort) et 144 000 personnes des services de surveillance devaient essayer de maîtriser l’opposition massive irakienne. 

 

 

- Les américains sèment les germes de conflits 

Quand, en juillet 2013, le diplomate américain Paul Bremer créait l’organe de direction provisoire, l’Iraqi Governing Council (IGC), il a sélectionné les gens sur base de leur provenance religieuse et ethnique,  mentionnant leur appartenance derrière leur nom. L’identité irakienne a été totalement effacée du dictionnaire des occupants. Au lieu de construire un État avec des droits et des devoirs égaux pour tous les citoyens, les arabes sunnites ont été marginalisés, et le gouvernement, surtout constitué de certains groupes chiites et kurdes, les a très mal traités. La poudrière en Irak a été créée par l’occupation américaine. 

 

Le 15 décembre 2001, une marche internationale pour la paix avait lieu à Bruxelles. (Photo Solidaire, Salim Hellalet)

- La sale guerre 

Quand les armées américaine et britannique ont été confrontées à une opposition sérieuse, ils ont changé drastiquement leur tactique. « La seule façon que nous avons de gagner, c’est de passer à des moyens conventionnels. Nous devrons jouer leur jeu. Guérilla versus guérilla, terrorisme versus terrorisme. Nous devons terroriser les Irakiens et les obliger à se soumettre », ont-ils estimé. Pendant la période qui a suivi, des rapports ont vu le jour à propos des escadrons de la mort et de purification ethnique. Les médias ont, eux, parlé de « violences sectaires ». Une partie de la violence était peut-être spontanée, mais il y a cependant des preuves écrasantes que la plus grande partie était le résultat des plans décrits par les divers experts américains en décembre 2003. 

 

La firme de sécurité américaine Blackwater USA a recruté des mercenaires venant du Chili, de Pérou, d’Argentine, de Colombie et du Guatemala. Dans ces pays, on a de l’expérience pour les sales guerres. Les militaires y étaient bien entraînés à fréquenter les éléments subversifs internes. Le but n’était pas d’identifier les vrais combattants de l’opposition, de les arrêter et de les assassiner mais d’atteindre la population civile. C’était une stratégie de terrorisme d’Etat pour couper le lien entre la population et l’opposition et pour briser l’appui de la population à la guérilla. 

 

Des milliers d’Irakiens ont disparu entre 2005 et 2007. Certains étaient attrapés par les milices et chargés sur des camions, d’autres avaient l’air de disparaître tout simplement. Au plus fort des assassinats sectaires, entre 50 et 180 corps étaient largués tous les jours dans les rues de Bagdad. Beaucoup étaient décapités ou abattus par balles et portaient des traces de torture. 

 

 

- « Retrait » des troupes d’Irak

Le 21 octobre 2011, le président américain Obama annonçait le départ des dernières troupes. L’opposition irakienne y a beaucoup contribué. Cependant, le retrait des troupes ne signifiait pas la fin de l’occupation. L’empreinte américaine est toujours solidement présente. Une mission complète américaine de 16 000 personnes était maintenue en Irak, dans la plus grande ambassade américaine du monde. De plus, les États-Unis maintiennent toujours des «conseillers» dans tous les ministères irakiens. 

 

 

- Opposition pacifique d’une partie de la société 

A côté de l’opposition armée l’Irak, des protestations pacifiques d’un mouvement ouvrier fort et de groupes d’intérêt de la classe moyenne sont nées dans les années après l’invasion. Les autorités ont réagi brutalement contre les grèves. Les syndicats indépendants sont interdits et les travailleurs n’ont pas droit à des négociations collectives ni à la grève. Pour museler les protestations, plus de 44 % du budget du régime est consacré à la « sécurité ». Entre-temps, le citoyen irakien vit 18h par jour sans électricité, n’a souvent pas d’eau potable (70%) ou d’équipements sanitaires (80%). A Bagdad, près des deux tiers des eaux usées coulent toujours directement dans les rivières. 

 

En 2011 et 2013, il y a eu des centaines de milliers de manifestants dans les rues. Leurs exigences : suppression de la peine de mort, renforcement des services de base, pas de division entre groupes ethniques et religieux, arrêt de la corruption, lutte contre le sectarisme sous toutes ses formes et maintien de l’unité nationale.

 

 

- Chaos, répression et néolibéralisme ont fait le succès de Daech

Après une année de protestations pacifiques, le Premier ministre irakien Maliki a envoyé son armée et ses milices armées contre les manifestants. Plusieurs villes ont été attaquées et bombardées par les troupes gouvernementales. De ce fait, les islamistes sunnites séparatistes ont commencé à gagner en influence. Malgré les contretemps subis par Daech au cours de l’occupation de l’Irak, le groupe parvenait déjà fin 2012 à porter le nombre de ses combattants actifs à environ 2 500. La terreur semée par Daech est effrayante, mais les méfaits des milices chiites et de l’armée gouvernementale, soutenus par l’étranger, le sont tout autant. A part l’Occident, les États du Golfe comme l’Arabie saoudite et l’Iran, la Turquie aussi commence à jouer un rôle en Irak.

 

Et, pendant ce temps, la population irakienne est prise entre l’enclume et le marteau. Le 15 juin 2015, au moins quatre millions d’Irakiens étaient des déplacés internes. 

Bagdad 2002. (Photo Solidaire, Antonio Gomez Garcia)
 

 

- La crise humanitaire dans un pays oublié

En 2015, par manque d’argent, les Nations unies ont gelé la plupart des programmes de santé en Irak. Lors d’un appel à donation portant sur au moins 60 milliards de dollars, à peine 5,1 millions sont rentrés. 

 

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a dû fermer plus de 184 services de santé. Les réfugiés et les personnes déplacées n’ont de ce fait plus accès aux soins de première ligne, post-traumatiques, alimentaires et aux services de vaccination En Irak, au moins 8 millions de personnes, soit un tiers de la population, ont besoin aujourd’hui d’aide humanitaire. C’est 3 millions de plus que lors de la dernière enquête de mars 2015, avant l’arrêt des programmes santé des Nations unies.  

 

 

- 2015 : la population irakienne résiste à la terreur de Daech et à celle de son gouvernement 

Malgré la terreur semée par Daech, le peuple irakien ne s’avoue pas vaincu. Les protestations massives débutées le 31 juillet 2015 ont atteint un point culminant le 7 août. 

 

Pour la seule Bagdad, environ un demi-million de personnes ont défilé dans les rues en scandant des slogans contre le gouvernement corrompu. Des centaines de milliers d’autres ont manifesté dans les villes chiites du sud. Des slogans comme « Ni chiites, ni sunnites mais laïcité » et « Le régime religieux nous a trompés » montrent la vraie nature des protestations de la population irakienne. Celle-ci a exprimé sa profonde colère à propos de la pauvreté, de l’insécurité, du non-respect des droits fondamentaux et du gouvernement irakien corrompu et sectaire. 

 

Selon un récent sondage effectué pour la BBC, 66% de la population irakienne estime que le pays va dans la mauvaise direction. 90% croit qu’il est possible de dégager une solution diplomatique aux différends nationaux. 84% pense que Daech a une influence « fortement négative ». 56% est hostile aux attaques aériennes de la coalition. 

 

 

- Laissez l’Irak au peuple irakien 

Il y a actuellement diverses initiatives du monde associatif irakien et des anciens mouvements d’opposition en vue de résoudre les différends nationaux de façon pacifique. Ces tentatives de se mettre autour d’une table sont l’une après l’autre sabotées par le gouvernement irakien et ses conseillers étrangers. 

 

La vente d’armes augmente. L’Occident entame de nouvelles opérations terrestres et aériennes contre des villes syriennes et irakiennes. Cela ne fera que gonfler les rangs de Daech et accroître encore les risques d’actions terroristes en Europe et aux États-Unis. Le monde associatif et les mouvements d’opposition en Irak sont les seules forces qui peuvent venir à bout de Daech et des autres milices. 

 

L’Irak n’est pas morte. Ces dernières 25 années, la résistance et les protestations n’ont jamais cessé et constituent le contre-poison au militarisme et à l’occupation. Le peuple irakien veut reprendre son pétrole en mains propres et il veut une économie saine au service des gens et ce, dans un environnement paisible. L’intervention militaire n’est pas la solution. Celle-ci réside dans la nécessité d’écouter la société civile irakienne et de soutenir les initiatives en vue de la réconciliation. Une Irak vraiment démocratique, souveraine, est une condition absolue si on veut faire disparaître Daech.

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 09:32
Réflexions sur le confusionnisme et le néofascisme

Au lendemain d’élections régionales dont le résultat a pu provoquer chez certains un sentiment momentané de soulagement malgré un taux d’abstention supérieur à 40 % et des niveaux inhabituels de votes blancs et nuls , il n’est pas inutile de rappeler que l’économie française, entrainée dans la politique déflationniste de l’Union européenne et de l’Euro, reste installée depuis la crise de 2008 dans une quasi stagnation , que le chômage continue à s’élever à des niveaux record , que le commerce extérieur reste durablement déficitaire.

Le gouvernement , enfermé désormais dans la forteresse autocratique de l’état d’urgence , continue à s’impliquer, dans ou hors OTAN, dans de multiples opérations guerrières contribuant à accroitre des tensions internationales dangereuses et qu’il affiche systématiquement une préférence marquée pour les gouvernements les plus réactionnaires : Ukraine, Arabie Saoudite, Qatar, Israël, Turquie en même temps qu’un soutien constant aux bourgeoises compradores africaines.

 

Sources : Le Grand Soir par Robert Charvin[1]

- Confusionnisme et neofascisme

S’il est une idéologie dominante aujourd’hui en France et dans de nombreuses régions du monde, c’est le « confusionnisme ». Les questions majeures qui déterminent l’essentiel des comportements sont noyées dans un fatras de références pseudo-morales, religieuses, instrumentalisées pour gommer les inégalités sociales, la précarité en voie de généralisation dans les pays développés, la fracture nord-sud et l’incapacité du système économique à avoir une quelconque efficacité contre la destruction de l’environnement.

 

Ce n’est pas encore un monde nouveau qui se profile à l’horizon, c’est le vieux monde poursuivant sa logique qui se dégrade à grande vitesse et accentue toutes ses perversions. La richesse se concentre entre quelques mains de moins en moins nombreuses dans un monde où les difficultés sociales et la crise environnementale s’aggravent, sans que le système dominant n’ouvre aucune issue.

 

En Amérique du Sud, après une dizaine d’années de victoires progressistes permettant d’affirmer pour la première fois l’indépendance vis-à-vis des États-Unis de plusieurs États et le recul de la pauvreté, la contre-révolution reprend le dessus, grâce à des alliances confuses extrême-droite – conservateurs et social-démocratie ! La Bolivie d’Evo Morales résiste, mais le Venezuela chaviste s’affaiblit tandis que l’Argentine change de camp : le retour des États-Unis et des grandes firmes privées s’annonce !

 

En Afrique, le désordre et la misère atteignent des sommets particulièrement depuis la destruction de la Libye par la France et les États-Unis qui a déstabilisé une large partie des États africains voisins. Les inégalités, la mal-gouvernance et les interventions extérieures renforcent le chaos qui se répand sous couleur de conflits religieux. Le développement n’a pas de réalité pour le plus grand nombre.

 

En Asie, la Chine qui a pour priorité l’édification d’une économie nationale puissante, n’a pas encore une stratégie lisible à l’échelle planétaire. Sa tradition exclut toute « précipitation » dans le domaine politique. Il est difficile de savoir ce qu’il en sera demain.

 

Les États-Unis, divisés entre conservateurs de plus en plus ultras et démocrates très modérés et dont les positions varient d’un État à l’autre au sein de la Fédération, poursuivent cependant quelle que soit la présidence une politique à visée hégémonique, usant du recours à la force ou de l’ingérence « soft » pour maintenir des intérêts économiques et stratégiques, sous couvert d’un humanitarisme frelaté. Son « exceptionnalisme » affirmé exclut tout respect de la légalité internationale.

 

Les États européens qui se sont ligotés dans le cadre de l’Union Européenne, qui n’a créé qu’une structure affairiste au service des lobbies les plus riches, est politiquement malade. Malgré des dispositions « constitutionnelles » pro-démocratiques, l’Union Européenne accepte sans réaction des gouvernements qui associent diverses droites et des mouvements fascisants (comme en Hongrie ou en Lettonie, par exemple). Elle se propose même d’accepter l’adhésion de la Turquie autoritaire, islamiste et opportuniste de l’A.K.P, tandis qu’elle n’a pas hésité à détruire la gauche grecque qui avait remporté les élections, avec un parfait mépris de la démocratie électorale. La social-démocratie qui, dans une période récente, était presque partout au pouvoir en Europe, n’a rien modifié à la situation sociale détériorée. Aujourd’hui, elle est souvent associée à la droite conservatrice, comme en Allemagne qui devient le modèle politique de la France et d’autres pays européens.

 

La France, quant à elle, a perdu tous ses repères. Il n’y a pas « modernisation » de la vie politique malgré la prétention de certains « socialistes » qui en réalité ne le sont pas. Il y a au contraire pourrissement de toutes les valeurs, effacement de tous les principes, sous l’égide d’un « tripartisme » dont les composantes FN, PS, ex-UMP sont dotées d’un programme quasi identique, chacune ayant fait les poubelles des deux autres. Le PS et l’ex-UMP ont intégré par exemple la ligne anti-immigration et les revendications autoritaristes du FN, tandis que le FN a récupéré des éléments du programme économique et social de la gauche. Au P.S, comme à l’ex-UMP, on ne combat pas le F.N, on l’évite au maximum, dans l’espoir du ralliement de ses électeurs et d’alliances (y compris contre-nature) éventuelles ultérieures. Le fascisme imbécile de Daesh conforte l’influence des pires ennemis de l’Islam en France et en Europe, qui cultivent surtout (c’est plus facile) le racisme anti-arabe, substitut au vieil antisémitisme, sous couleur de laïcité ou de défense de la civilisation.

 

Plus personne ne s’y retrouve clairement, y compris dans l’intelligentsia, malade d’un pseudo humanitarisme et d’un droitdel’hommisme obsessionnels et inefficaces pour les droits de l’homme eux-mêmes. Cette pseudo-idéologie se voulant consensuelle contribue à tuer le politique de plus en plus discrédité, conduisant les citoyens au repli sur la vie privée et à l’indifférence vis-à-vis des luttes sociales. Le travail de mémoire de cette intelligentsia est discriminatoire. Complexée vis-à-vis de la Shoah, l’intelligentsia est devenue muette sur les massacres anticommunistes en Indonésie, au Vietnam, au Chili, etc. et oublie les massacres de la décolonisation. Cette intelligentsia-mode est aussi coupable d’un travail d’opacification des réalités socio-économiques et de la lutte des classes (concept devenu obscène), qui pourtant sous des formes complexes, avec des drapeaux renouvelés, se poursuit, malgré le sociétal médiatisé à outrance.

 

 

- Ce confusionnisme contribue fortement à préparer un avenir, sans que le pire soit certain, de type néo-fasciste

L’Histoire ne se répète pas, mais elle peut produire des phénomènes de même nature, par-delà les décennies, que l’on ne reconnaît pas. Les drapeaux n’ont pas la même couleur, le discours présente des différences, et surtout le style est différent.

 

Dans une société « américanisée », comme l’est la société françaises, dont plusieurs générations ont connu les « 30 Glorieuses », Mein Kampf (malgré sa réédition) est illisible, même si l’arabe a remplacé le juif et le bolchevik ! La pitoyable « pensée » d’un Zemour suffit !

 

Les Ligues et les milices n’ont plus guère d’intérêts en raison des réseaux et plus généralement des moyens offerts par les nouvelles techniques de communication. La propagande n’a plus besoin de grands meetings avec des « chefs » charismatiques : n’importe qui grâce à sa médiatisation répétitive peut passer pour un « superman » ou une « superwoman », malgré son inculture ou sa médiocrité banale.

 

L’apathie politique est entretenue par une inculture de masse, des spectacles simplistes et des jeux stupides. L’émotivité remplace le rationnel. Le contrôle social, par un formatage conservateur, remplace la répression, rendue néanmoins facile par la transparence des citoyens (grâce au net et aux services de type NSA), alors que les pouvoirs restent opaques. Tout est entrepris pour effacer les contre-pouvoirs : les juges, les forces politiques et syndicats revendicatifs, les intellectuels critiques.

 

D’authentiques leaders ne sont plus nécessaires pour rallier les foules : une « belle gueule » ou l’image d’un « père tranquille » suffisent pourvu qu’ils sachent manipuler avec efficacité les gens, comme des VRP du néo conservatisme, pour ajuster l’État et la société aux seuls intérêts des pouvoirs privés dominants qu’il ne faut surtout pas « déranger » !

 

 

- La manipulation la plus classique est l’instrumentalisation de la peur, toujours au service des dominants

Cette intoxication à la peur est entretenue plus ou moins subtilement, y compris en la dénonçant et en assimilant le courage au fait de rester aux terrasses des bistrots ! Le chômage, la précarité généralisée et organisée, la répression antisyndicale sélective (comme celle des agents d’Air France), le recrutement préférentiel à tous les niveaux de conformistes (par exemple, pour les professeurs d’économie), la valorisation constante de l’armée et de la police dont tous les actes sont applaudis, assurent l’entretien de la crainte chez les individus de plus en plus isolés les uns des autres.

 

Les actes terroristes aveugles sont encore plus déterminants : ils imposent la recherche de protecteurs, c’est-à-dire des plus puissants. Pourtant, Daesh et ses complices sont combattus dans l’ambiguïté des alliances contre nature avec l’Arabie Saoudite et le Qatar qui nourrissent le salafisme et par des « états d’urgence », pouvant devenir permanents.

 

Les « experts » choisis parmi les courtisans du pouvoir passent en boucle sur tous les médias, imposant l’idée que le désordre établi est « naturel », même s’il est douloureux et que tout ordre différent serait pire ou irréaliste.

 

Les programmes des partis eux-mêmes peuvent être aujourd’hui ni sophistiqués ni réalistes : la V° République française notamment, avec son présidentialisme outrancier, a habitué les citoyens à un combat politique de « têtes » et non de projets. A partir des sondages et des revendications, les « programmes » sont édifiés pour plaire, et peu importe qu’il ne soit pas question de les mettre en œuvre ou qu’ils restent inconnus du plus grand nombre. Le Parti nazi avait, par exemple, un programme social avancé avant 1933 et qui n’a vu le jour que très partiellement, la « gauche » nazie, qui souhaitait une « révolution » nationale et socialiste, ayant été rapidement éliminée. Le monde des affaires avait décidé ! Rien d’étonnant à ce que tous les partis proposent des programmes sociaux avancés, y compris le FN : la logique du système les rend impraticables ! Néanmoins, une large partie de la classe ouvrière a été séduite. Il est vrai qu’en 1936, le chômage avait été résorbé par l’économie de guerre. La seule dénonciation des « profits abusifs », l’idée d’ « unité nationale » associant partis et ouvriers et rendant « la dignité » aux salariés, l’antisémitisme et l’antibolchevisme (les deux n’étant pas dissociés à l’époque) fabriquant le bouc-émissaire nécessaire, l’origine populaire des dirigeants et leur style inédit, « antiélitiste », ont parfaitement fonctionné : le peuple allemand avait été profondément déçu de la Ière République née en 1919, non remis de la défaite, il avait subi de plein fouet la crise de 1929-1930. Le parti nazi a pu ainsi se composer pour un tiers d’ouvriers ! L’idée dominante, pour la grande majorité, était qu’il valait mieux être encaserné dans le nazisme que supporter la misère et l’insécurité avec les siens !

 

En France, à la veille de la guerre de 1939-40, les mots d’ordre des droites étaient simples : « La France aux Français », « honneur, ordre et propriété ». S’ajoutait l’hostilité venue de loin aux « judéo-marxistes », « ferment de la décomposition nationale » ! Aujourd’hui, à la crise économique et sociale, s’additionnent le souvenir de la guerre d’Algérie, source d’un racisme anti-arabe chronique et nourrissant l’anti-immigration, le simplisme venu de Bush et des États-Unis enseignant doctement le « Bien » et le « Mal » dans le monde, distinguant les « États voyous » du monde « civilisé » : dans « l’air du temps », la Russie, la Chine, l’Iran, le monde arabe, l’Islam sont les « méchants » étrangers d’aujourd’hui. Le dérivatif au mécontentement social est efficace : les antagonismes sociaux sont transformés en haine raciale, en xénophobie, en crainte généralisée des « pauvres » : le « réfugié », par exemple, devient « l’étranger type », venu d’on ne sait où, voler notre pain et notre travail, dangereux par nature. Les sommets sont atteints lorsque tous les conflits sont délibérément transformés en affrontements de type religieux !

 

Dans la plupart des pays européens, les droites extrêmes (y compris de type nazi, en Grèce, en Ukraine, dans les pays baltes), et le FN en France « surfent » sur ce climat sociopolitique confus mais pénétrant. Le FN, par exemple, est à la fois porteur de revendications populaires (qui ne l’engagent pas pour la suite) et reprend à son compte les réactions populaires les plus instinctives et les plus primitives, avec la complaisance des grands médias et des partis de gouvernement qui se dispensent à son égard de toute mesure répressive, en espérant au contraire pouvoir s’en servir. Les forces de droite extrême qui travaillent l’Europe et contaminent toute la société ont donc des origines précises.

 

De même, Daesh n’est pas de génération spontanée. Les puissances occidentales ont détruit dans le monde arabe toutes les forces qui les contestaient. L’Islam unifiant l’Empire Ottoman allié de l’Allemagne a été contourné par les vainqueurs de la Première Guerre mondiale par l’utilisation des nationalismes locaux permettant le démembrement de l’adversaire turc. La France, la Grande Bretagne ont « fabriqué » les « États » du Moyen Orient, dans des cadres plus ou moins artificiels, en instrumentalisant les minorités et en accentuant les différents clivages ethniques ou religieux : le résultat a été une mosaïque ingouvernable et surtout sans contenu démocratique. Les États-Unis, après 1945, ont pris le relais des interventionnismes en tout genre, pétrole oblige. Les Occidentaux ont éliminé toutes les forces qui les dérangeaient : les communistes et progressistes, puis les nationalistes nassériens ou autres, pour ne soutenir que l’armée (comme en Égypte, financée directement par les États-Unis) ou des noyaux de privilégiés corrompus et de pratique dictatoriale. L’inévitable a suivi : une montée des Islamistes (en commençant par les Frères Musulmans, longtemps soutenus aussi par les Américains) a été la réponse de peuples brimés qui rêvent de leur ancien Califat et de sociétés moins misérables et moins soumises à l’étranger.

 

Les succès électoraux du FN en France et de la droite extrême en Europe résultent de même des essais infructueux des partis de gouvernements (de droite ou de gauche), dont les pratiques sont identiques et dont les dirigeants professionnalisés (quelle que soit la sincérité de leurs électeurs) n’ont que des plans de carrière, liés qu’ils sont aux milieux d’affaires qui comptent sur eux pour faire à tout prix leur politique, sous couvert de ce qu’ils appellent « l’Entreprise » parée de toutes les vertus ! La vulgarité de pensée des Sarkozistes et les trahisons « socialistes » ont accoutumé les Français, notamment les jeunes, à la « pensée » de la droite extrême, accessible aux plus incultes et aux plus défavorisés, lassés d’attendre.

 

Pour seule perspective, la droite et la social-démocratie en France ont l’arrière-pensée de gouverner ensemble, avant ou après 2017. La seule question qui les sensibilise est le rapport de forces entre elles qui déterminera le rôle de l’une et de l’autre : comme en Allemagne ! Cette collaboration, qui se généralise en Europe, est l’aboutissement d’un long chemin parallèle, toujours profondément « respectueux » du système capitaliste, quels que soient les dommages qu’il provoque.

 

Mais rien n’exclut, si nécessaire, une alliance de toutes les droites, si par hasard, la complicité PS-ex-UMP buttait sur certains obstacles. Un fort courant néo-sarkoziste est tout disposé à cette autre collaboration, excluant éventuellement même la « gauche » la moins à gauche ! De son côté, un fort courant social-démocrate est prêt à toutes les alliances avec les droites, y compris en cassant le parti qui les abrite encore. Mais cette collaboration est plus dangereuse pour la suite : elle est donc source d’hésitations.

 

 

- En tout état de cause, la démocratie, qui se porte mal, s’en portera encore plus mal

Peut s’installer ainsi en France (mais pas seulement) dans un climat d’ « état d’urgence » permanent (voir les lois successives de 1996, 2001, 2003, 2004, 2006, 2014, 2015) sur le renseignement et la prorogation de l’état d’urgence pour 3 mois, reconductible) un régime ultra-présidentialiste, sans contestation réelle possible, se voulant acteur d’une « fin de l’histoire », celle des libertés (relatives) et des acquis sociaux qui survivent.

 

Les milieux d’affaires, dont les positions sont de plus en plus décisives, quant à eux sont en réflexion. Aujourd’hui le MEDEF de France condamne le FN, exclusivement pour son programme économique et social, dénoncé comme étant « d’extrême-gauche » ! Il est indifférent à son programme sociétal de type néofasciste. Cela peut « s’arranger » dans le futur, tout comme l’industrie lourde s’est en définitive associée au nazisme, comme l’aristocratie italienne s’est aussi ralliée au fascisme mussolinien, malgré son mépris de classe. Durant les affrontements politiques, en effet, les « affaires continuent », de même que Daesh sait conclure des contrats pétroliers avec différents trafiquants et diverses compagnies occidentales, tout en prônant la « pureté » de l’Islam ! Les milieux d’affaires ne sont pas dogmatiques : ils peuvent soutenir indifféremment les droites ou la fausse gauche, ou toutes les forces politiques simultanément, et si cela leur apparaît utile, ils n’ont pas d’hostilité de principe à l’instauration d’un régime autoritaire. Pour les affairistes, qui se prennent pour une nouvelle aristocratie, « la démocratie submerge les élites sous le flot des médiocres et des incompétents ». Ils sont pour « une société stable et efficace qui a besoin de l’autorité allant de haut en bas et de la responsabilité qui monte de bas en haut. Il faut favoriser et non entraver l’élévation des meilleurs, c’est la loi de la nature » On croirait entendre le MEDEF ou BFM ! Mais non, c’est l’auteur de Mein Kampf qui s’exprime !!

 

Il y a au sein du patronat le culte de la « libre » concurrence : elle en fait toujours faussée ! Par contre, elle est de plus en plus vive entre les individus : c’est la guerre de chacun contre tous pour parvenir à survivre, créant l’hostilité à l’égard des autres. Toutes les structures collectives craquent pour le plus grand profit des puissants. La conscience d’appartenir à une caste cohérente est vivante chez les privilégiés. Elle implose chez les démunis.

 

Les attentats islamistes de Daesh, financés par des alliés de la France (350 victimes en France en 30 ans) qualifiés trop souvent de « guerre », relèguent la crise sociale au second plan des préoccupations. Les éloges permanents aux « forces de l’ordre » et les méthodes de répression aident au développement d’un climat sécuritaire, dans lequel on met la justice à l’écart tandis que l’éducation nationale et tous les services publics font l’objet au contraire des critiques les plus systématiques. Les grands médias entre les mains des groupes financiers loin d’être un quatrième pouvoir, sont le relais des idées dans « l’air du temps ».

 

Tous les ingrédients du fascisme, mouture des années 2000, sont donc réunis. Le « capitalisme de la séduction », rendu possible par les « 30 Glorieuses » avec sa consommation de masse, ne fonctionne plus : la caste dominante estime ne plus avoir les moyens d’offrir aujourd’hui ce qu’elle fournissait hier. Un « capitalisme de l’oppression », plus ou moins délicate, tend à lui succéder. Pour faire avaliser cet autoritarisme, on renforce le « faste » entourant les « chefs » de l’État, pourtant plus mussolinien que républicain. On met en exergue les « valeurs » démocratiques mais on annihile les citoyens en les empêchant d’être des centres d’initiative. Le degré de « délicatesse » de l’oppression dépendra des réactions plus ou moins fortes qu’il suscitera nécessairement : en attendant, le système se sert de tous les événements et de tous les prétextes pour prévoir le pire, en discréditant les juges qui font leur métier. Le système ne manque pas d’ores et déjà de traiter avec une condescendance méprisante l’authentique opposition de gauche très affaiblie, tout comme la Commission Européenne a réduit à l’impuissance, avec arrogance, hier Syriza et demain sans doute Podemos ou le nouveau parti travailliste britannique !

 

Aucune perspective de progrès (ni même de croissance à retombée sociale) n’est réaliste dans le cadre du capitalisme financier. Il ne peut qu’essayer de produire des fictions manipulatrices ou frapper.

 

Beaucoup ne croient pas encore, surtout dans la « Patrie des Droits de l’Homme » à une telle régression, comme si les dictatures et les autoritarismes c’était toujours pour les autres ! Il y a amnésie sur l’Europe des années 1930-1940 ; il y a ignorance de certaines réalités en Europe de l’Est. Il y a volonté de ne pas savoir ce que vivent réellement les peuples du Sud. Il n’y a qu’une crainte stupide vis-à-vis des progrès de la Chine et de la volonté de la Russie de reprendre sa place dans le concert des Nations, traitées comme des ennemies.

 

Tout est en place pour que les archaïsmes politiques et économiques les plus frelatés apparaissent comme le comble de la modernité.

Un seul obstacle, heureusement de taille : l’intelligence et la mobilisation des citoyens.

 

Note :

[1] Par Robert Charvin, professeur émérite de droit à l’Université de Nice Sophia-Antipolis. Il était doyen honoraire de la Faculté de Droit et des Sciences économiques de Nice. Consultant Droit International, droit des relations internationales

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