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30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 09:04
David Graeber : « Le néolibéralisme nous a fait entrer dans l’ère de la bureaucratie totale »

Paperasse et formulaires ont envahi nos vies, et de plus en plus de gens pensent que leur travail est inutile, n’apportant aucune contribution au monde. Malgré ce que martèlent les ultralibéraux, ce n’est pas la faute de l’Etat et de ses fonctionnaires, mais celle des marchés et de leur financiarisation.

« Toute réforme pour réduire l’ingérence de l’État aura pour effet ultime d’accroître le nombre de règlementations et le volume total de paperasse », explique ainsi David Graeber, anthropologue états-unien et tête de file du mouvement Occupy Wall Street, dans son nouvel ouvrage Bureaucratie. Il appelle la gauche à renouveler sa critique de cette « bureaucratie totale » avec laquelle nous nous débattons au quotidien.

 

Sources : BASTAMAG par Rackel Knaebel et Agnès Rousseaux  le 19 octobre 2015 | mis à jour le 13/07/2020

- Basta ! : Vous dites que nous sommes désormais immergés dans une ère de « bureaucratie totale ». Quels en sont les signes ?

David Graeber  [1] : Il suffit de mesurer le temps que nous consacrons à remplir des formulaires. Quelqu’un a calculé que les citoyens états-uniens passent en moyenne six mois de leur vie à attendre que le feu passe au vert. Personne n’a calculé combien de temps nous passons à remplir des formulaires ! Peut-être une année entière… C’est la première fois dans l’histoire que nous atteignons ce niveau de bureaucratie.

 

Le nombre d’occurrences du mot « bureaucratie » augmente dans les livres jusqu’en 1974, puis diminue. Mais les mots que l’on associe généralement aux procédures bureaucratiques, comme « paperasse », « documents à fournir », ou « évaluation de rendement », augmentent de manière continue et dramatique. Nous sommes donc encerclés par des procédures bureaucratiques, mais nous ne les identifions plus comme telles. C’est ce que j’ai essayé d’analyser dans mon livre.

 

 

- Basta ! : Le sociologue Max Weber affirmait déjà que le 19e siècle avait inauguré l’ère bureaucratique. En quoi la situation est-elle nouvelle ?

David Graeber  : La différence, c’est que la bureaucratie est si totale que nous ne la voyons plus. Dans les années 1940 et 1950, les gens se plaignaient de son absurdité. Aujourd’hui, nous n’imaginons même plus une manière d’organiser nos vies qui ne soit pas bureaucratique ! Ce qui également nouveau, c’est la création de la première bureaucratie planétaire. Un système d’administration que personne n’identifie pourtant comme une bureaucratie, car il est surtout question de libre-échange. Mais qu’est-ce que cela signifie réellement ? La création de traités internationaux et d’une classe entière d’administrateurs internationaux qui régulent les choses, tout en appelant ce processus « dérégulation ».

 

La bureaucratie n’est plus seulement une manière de gérer le capitalisme. Traditionnellement, le rôle de l’État est de garantir les rapports de propriété, de réguler pour éviter l’explosion sociale. Mais la bureaucratie est désormais devenue un moyen au service des structures d’extraction de profits : les profits sont extraits directement par des moyens bureaucratiques. Aujourd’hui, la majorité des profits n’ont rien à voir avec la production, mais avec la finance. Même une compagnie comme General Motors fait plus de profits en finançant l’achat de voitures par le crédit, que par la production de voitures. La finance n’est pas un monde irréel complètement déconnecté de l’économie réelle, où des gens spéculent et font des paris, gagnent de l’argent à partir de rien. La finance est un processus qui extrait des rentes pour certains, en se nourrissant de la dette des autres. J’ai essayé de calculer la part des revenus des familles états-uniennes directement extraite pour alimenter le secteur de la finance, des assurances et de l’immobilier. Impossible d’obtenir ces chiffres !

 

Tout cela est permis par la fusion progressive de la bureaucratie publique et privée, depuis les années 1970 et 1980. Cela s’opère par une collusion bureaucratique entre le gouvernement et la finance privée. Les 1% (les plus riches) dont parle le mouvement Occupy Wall Street, sont des gens qui accaparent les profits tout en finançant également les campagnes électorales, influençant ainsi les responsables politiques. Le contrôle du politique est aujourd’hui essentiel dans cette dynamique d’accaparement des profits. Et la bureaucratie est devenue un moyen au service de ce processus, avec la fusion de la bureaucratie publique et privée, saturée de règles et de règlements, dont l’objectif ultime est d’extraire du profit. C’est ce que j’appelle l’ère de la « bureaucratie totale ».

 

 

- Basta ! : Les gens opposent souvent bureaucratie étatique et libéralisme économique. Mais « il faut mille fois plus de paperasse pour entretenir une économie de marché libre que la monarchie absolue de Louis XIV », écrivez-vous. Le libéralisme augmente donc la bureaucratie ?

David Graeber  : C’est objectivement vrai. Regardez ce qui se passe ! La statistique la plus impressionnante concerne la Russie après la chute de l’Union soviétique. D’après la Banque mondiale, entre 1992 et 2002, le nombre de fonctionnaires a augmenté de 25 % en Russie [2]. Alors que la taille de l’économie a substantiellement diminué, et qu’il y avait donc moins à gérer. Les marchés ne s’auto-régulent pas : pour les maintenir en fonctionnement, il faut une armée d’administrateurs. Dans le monde néolibéral actuel, vous avez donc davantage d’administrateurs. Pas seulement dans le gouvernement, mais aussi dans les compagnies privées.

 

 

- Basta ! : Ce qu’on entend souvent par bureaucratie, ce sont aussi des structures sociales fiables et pérennes, qui font que le société fonctionne, comme la Sécurité sociale…

David Graeber  : Beaucoup d’institutions sociales que l’on associe aujourd’hui à l’Etat-Providence ont été créées « par le bas ». Je l’ai découvert en discutant avec des Suédois : aucun des services sociaux suédois n’a été créé par le gouvernement. Toutes les cliniques, bibliothèques publiques, assurances sociales, ont été créées par des syndicats, des communautés de travailleurs. Le gouvernement a ensuite voulu les gérer à un niveau centralisé, bureaucratique, expliquant que ce serait plus efficace. Évidemment, une fois que l’État en a pris le contrôle, il peut privatiser ces services. C’est ce qui arrive.

 

 

- Basta ! : Vous faites aussi le lien entre le développement de la bureaucratie et celui des bullshits jobs (« job à la con » ) [3] que vous avez analysés dans un précédent travail. Tous les « bureaucrates » font-ils des « jobs à la con » ?

David Graeber  : Pas tous ! Mon idée sur les bullshit jobs est de demander aux gens quelle est la valeur de leur travail. Je ne veux absolument pas dire à quelqu’un : « Ce que vous faites n’est pas utile ». Mais si une personne me dit que son travail n’apporte rien d’utile, je la crois. Qui peut mieux le savoir qu’elle-même ? Suite à mon travail sur les bullshit jobs, l’agence anglaise de statistique YouGov a fait un sondage. Résultat : 37 % des gens interrogés pensent que leur travail est inutile et n’apporte aucune contribution au monde [4].

 

J’ai été étonné d’un tel résultat ! Le plus grand nombre de personnes qui pensent que leur travail est inutile se trouve dans le secteur administratif. Peu de chauffeurs de bus, de plombiers ou d’infirmières pensent que leur travail est inutile. Beaucoup de bullshits jobs sont « bureaucratiques », autant dans le secteur privé que public. Un exemple ? Ces gens qui vont à des réunions et écrivent des compte-rendus pour d’autres gens qui vont à des réunions et écrivent des compte-rendus. Quand mon article a été publié sur le web, je n’imaginais pas que les gens feraient de telles confessions sur leur travail : « Je donne des ordres pour déplacer les photocopieuses d’un côté à l’autre », ou « Mon job est de reformater des formulaires allemands dans des formulaires anglais et tout un bâtiment fait ça »… C’est incroyable. Presque tous ces jobs se trouvaient dans le secteur privé.

 

 

- Basta ! : Comment expliquez-vous alors que nous soyons si attachés à la bureaucratie, que nous n’arrivons pas à remettre en question ce processus et que nous continuons même à alimenter son développement ?

David Graeber  : J’ai analysé cela avec l’analogie de « la peur du jeu ». Il y a quelque chose de très attirant dans le jeu, qui est une expression de la liberté de chacun, mais aussi quelque chose d’effrayant. Si les gens aiment tant les jeux, c’est parce que c’est la seule situation où vous savez exactement quelles sont les règles. Dans la vie, nous sommes constamment investis dans des jeux, dans des intrigues, au travail ou entre amis. C’est comme un jeu, mais vous n’êtes jamais sûr de savoir qui sont les joueurs, quand cela commence ou s’arrête, quelles sont les règles, qui gagne. Dans une conversation avec votre belle-mère, vous savez bien qu’il y a des règles, mais vous ne savez pas trop lesquelles, ce que vous pouvez dire ou non. Cela rend la vie difficile. Nous sommes effrayés par l’arbitraire.

 

On ne veut pas du pouvoir qu’il soit arbitraire. Une école de pensée aux États-Unis, le républicanisme civique, dit que la liberté signifie savoir quelles sont les règles : quand l’État peut vous contraindre et quand il ne peut pas. Partant de là, il faut créer toujours plus de régulations pour être plus libre. Paradoxalement, dans les sociétés qui se considèrent comme libres, beaucoup d’aspects sont régulés par la coercition, par la violence

.

- Basta ! : La bureaucratie est-elle le symptôme d’une société violente ?

David Graeber  : La bureaucratie n’est pas stupide en elle-même. Elle est le symptôme de la violence sociale, qui elle est stupide. La violence structurelle – qui inclut toutes les formes d’inégalités structurelles : patriarcat, relations de genres, relations de classes…– est stupide. Là où il y a une inégalité de pouvoir, il y a aussi une forme d’ignorance et d’aveuglement. La bureaucratie semble stupide en elle-même, mais elle ne cause pas la stupidité, elle la gère ! Même quand la bureaucratie est bienveillante, sous la forme de l’État social, elle reste basée sur une forme d’aveuglement structurel, sur des catégories qui n’ont pas grand chose à voir avec ce dont les gens font l’expérience. Quand les bureaucrates essaient de vous aider, ils ne vous comprennent pas, ils ne veulent pas vous comprendre, et ne sont pas même autorisés à vous comprendre.

 

 

- Basta ! : Vous écrivez que la critique de la bureaucratie aujourd’hui vient de la droite et pas de la gauche. Et que les populistes ont bien compris que la critique de la bureaucratie était rentable d’un point vue électoral…

David Graeber  : C’est un des problèmes qui a inspiré mon livre. Pourquoi est-ce la droite qui tire tous les avantages de l’indignation populaire contre la bureaucratie, alors que c’est la droite qui est à l’origine d’une grande partie de cette bureaucratie ? C’est ridicule ! Aux États-Unis, la droite a découvert que si vous taxez les gens d’une manière injuste, et qu’ensuite vous leur dites que vous allez baisser les impôts, ils vont voter pour vous. Il y a quelque chose de similaire avec la bureaucratie en général. La gauche est tombée dans ce piège, avec la manière dont elle défend l’idée d’un État social tout en faisant des compromis avec le néolibéralisme. Elle finit par embrasser cette combinaison des forces du marché et de la bureaucratie. Et la droite en tire tout l’avantage avec ses deux ailes – d’un côté les libertariens, qui aiment le marché mais critiquent la bureaucratie, de l’autre, l’aile fasciste, qui a une critique du marché. La droite concentre toute la rage populiste sur ce sujet. Et la gauche finit par se retrouver à défendre les deux, marché et bureaucratie. C’est un désastre politique.

 

 

- Basta ! : Comment le mouvement altermondialiste a-t-il renouvelé cette critique de gauche de la bureaucratie ?

David Graeber  : Le mouvement altermondialiste cherche à identifier les structures bureaucratiques qui n’étaient pas censées être visibles. Mais pas seulement pour les dévoiler, également pour montrer à quel point ces structures ne sont pas nécessaires, qu’il est possible de faire les choses autrement d’une manière non-bureaucratique. Pourquoi les procédures démocratiques sont-elles aussi importantes dans le mouvement altermondialiste ? Parce qu’il essaie de créer des formes de décision non-bureaucratiques. Dans ce mouvement, il n’y a pas de règle, il y a des principes. C’est une négation pure de la bureaucratie. Bien sûr, ces processus ont aussi tendance à se bureaucratiser si l’on n’y fait pas attention, mais tout est fait pour l’éviter. Mon travail sur la bureaucratie vient de mon expérience d’activiste dans le mouvement altermondialiste.

 

 

- Basta ! : Mais le mouvement altermondialiste se bat aussi pour plus de régulation, par exemple dans le secteur financier…

David Graeber  : Le mouvement altermondialiste se bat pour des régulations différentes ! Et nous ne devrions pas tomber dans le piège de croire que nos adversaires sont favorables aux dérégulations. Vous ne pouvez pas avoir une banque non-régulée, c’est absurde : les banques sont entièrement basées sur des régulations. Mais des régulations en faveur des banques ! Quand on parle de re-régulation, cela signifie mettre les consommateurs au centre plutôt que les banques. Nous devons sortir de ce langage « plus ou moins de régulation ». Le néolibéralisme crée plus de régulations que les systèmes économiques précédents.

 

 

- Basta ! : Voyez-vous la même critique de la bureaucratie dans l’expérience de démocratie directe en cours au Rojava, au Kurdistan syrien ?

David Graeber  : L’exemple syrien est vraiment intéressant. J’ai fait partie d’une délégation d’universitaires en décembre dernier, qui a observé sur place leur processus démocratique. Ils sont vraiment en train de créer une société non-bureaucratique (lire notre article). C’est le seul endroit que je connaisse où il y a une situation de pouvoir « dual » où les deux côtés ont été créés par les mêmes personnes. Avec, d’un côté, des assemblées populaires de base, et de l’autre des structures qui ressemblent à un gouvernement et à un Parlement. Des structures nécessaires, car pour coopérer avec les institutions internationales, il faut une sorte de gouvernement bureaucratique institutionnel effectif, sinon elles ne vous prennent pas au sérieux. Mais au Rojava, quiconque porte une arme doit en répondre face à la base avant d’en répondre au structures du « haut ». C’est pourquoi ils disent que ce n’est pas un État, car ils ne réclament pas le monopole de la violence coercitive.

 

 

- Basta ! : Peut-on imaginer un État sans bureaucratie ?

David Graeber  : L’État est une combinaison de trois principes aux origines historiques totalement différentes : premièrement, la souveraineté, le monopole de la force dans un territoire donné. Deuxièmement, l’administration, la bureaucratie, le management rationnel des ressources. Et troisièmement, l’organisation du champ politique, avec des personnages en compétition parmi lesquels la population choisit ses dirigeants. En Mésopotamie, il y avait beaucoup de bureaucratie mais aucun principe de souveraineté. L’idée de responsables politiques en compétition vient de sociétés aristocratiques. Et le principe de souveraineté vient des Empires. Ces trois principes ont fusionné ensemble dans l’État moderne. Nous avons aujourd’hui une administration planétaire, mais elle n’a pas de principe de souveraineté et pas de champ politique. Ces principes n’ont rien à faire ensemble a priori, nous sommes juste habitués à ce qu’ils le soient.


 

- Basta ! : Comment expliquez-vous que, dans l’imaginaire social, les marchés, le libéralisme, apparaissent comme les seuls antidotes à la bureaucratie ?

David Graeber  : C’est le grand piège du 20e siècle : cette idée qu’il n’y a qu’une alternative – les marchés ou l’État – et qu’il faut opposer les deux. Pourtant historiquement, les marchés et les États ont grandi ensemble. Ils sont bien plus similaires qu’ils ne sont différents : les deux ont l’ambition de traiter les choses de la manière la plus rationnelle et efficace possible.

 

Je me souviens d’une interview d’un général sud-africain au moment où Nelson Mandela est arrivé à la présidence du pays. On lui demandait : « Vous ne trouvez pas un peu étrange de recevoir des ordres de quelqu’un que vous avez combattu pendant 20 ans ? ». Il a répondu : « C’est un honneur en tant que militaire de recevoir des ordres, quelle que soit la personne qui les donne. » En fait, ce n’est pas un comportement spécialement militaire, mais bureaucratique. Parce que ça ne se passerait pas comme ça dans une armée médiévale. Être un bureaucrate, cela signifie faire ce qu’on vous demande, et séparer les moyens et les fins. Cette séparation est devenue une base de la conscience moderne. Seules deux institutions – marché et État – opèrent de cette manière.

 

Propos recueillis par : Rachel Knaebel et Agnès Rousseaux

Photo : CC Christian Schnettelker

 

Notes :

[1Docteur en anthropologie, économiste, ancien professeur à l’Université de Yale, David Graeber est actuellement professeur à la London School of Economics. Il est selon le New York Times l’un des intellectuels les plus influents actuellement. Et est l’un des initiateurs du mouvement Occupy Wall Street.

[2De 1 million à 1,25 million.

[3Lire l’article ici (en anglais).

[4Voir les résultats de ce sondage ici.

 

Pour en savoir plus :

- Lire aussi sur Basta ! : David Graeber : « La façon la plus simple de désobéir à la finance, c’est de refuser de payer les dettes »

 David Graeber, Bureaucratie : l’utopie des règles, Éditions Les Liens qui libèrent, 2015.

David Graeber : « Le néolibéralisme nous a fait entrer dans l’ère de la bureaucratie totale »
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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 09:19
Accord de partenariat transpacifique : l’accord de libre-échange le plus agressif de l’Histoire

Le PTP a parmi ses objectifs stratégiques d’isoler et d’acculer l’économie chinoise, la seconde économie la plus puissante du monde.

 

Sources : Le * Grand Soir par Florentino LOPEZ MARTINEZ

Les négociations sur l’Accord de partenariat transpacifique (PTP) se sont achevées le 5 octobre dernier à Atlanta, aux États-Unis. Il s’agit du traité de libre-échange le plus vaste de l’histoire de l’Humanité. Des négociations qui se sont déroulées dans le secret le plus absolu durant ces cinq dernières années, bien que depuis l’arrivée de Barack Obama au pouvoir, elles avaient été envisagées dans le but d’augmenter la puissance économique des grands consortiums nord-américains.

 

Cet Accord regroupe 12 pays : l’Australie, le Canada, le Chili, Brunei, le Japon, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, le Mexique, le Pérou, Singapour et les États-Unis. Situés dans des zones stratégiques de chaque côté du Pacifique, avec une population d’environ un milliard d’habitants, ces pays représentent 25% des exportations globales et 40% du Produit intérieur brut (PIB) mondial.

 

 

- cemment, la presse internationale, plusieurs syndicats, comme l’AFL-CIO et en particulier le site internet WikiLeaks, ont publié certains des contenus du PTP.

En partant de cette maigre information disponible, nous pouvons en déduire quelques observations :

1. - Le PTP est un accord de libre-échange avantageux pour les États-Unis. Il réduit à néant la souveraineté des pays signataires, en leur superposant le pouvoir des monopoles transnationaux, qui auront un droit de recours jusqu’à demander une indemnité pour « pertes », dans le cas où les États imposeraient des mesures protectionnistes dans leurs pays respectifs.

 

2. – Concernant le droit de propriété intellectuelle (droit d’auteur, de brevet...), le PTP a deux aspects extrêmement agressifs. Le premier concerne le contrôle absolu de l’information qui circule dans les différents grands médias de communication, notamment sur Internet, à savoir que selon les clauses de ce traité, aucune information ne pourra être publiée dans un quelconque pays si le droit correspondant n’a pas été acheté préalablement.

 

3. - L’autre aspect du droit de brevet, qui concerne l’industrie pharmaceutique est réellement génocidaire : il impose 12 années d’exclusivité aux magnats nord-américains, alors que pendant ce temps la production de médicaments génériques est interdite, ce qui augmentera sérieusement le prix des médicaments.

 

4. - Le PTP est un traité visant la privatisation : il supprime toute possibilité de survie aux entreprises étatiques et paraétatiques, et oblige les États à conclure leur processus de privatisation.

 

5. - L’accord offre sur un plateau d’argent toutes les ressources naturelles et agricoles des pays signataires aux monopoles transnationaux, en obligeant les États à modifier leurs législations, ce qui permettra le pillage de leurs ressources.

 

6. - Il oblige les États membres à modifier leurs codes du travail pour garantir une plus grande exploitation de la main d’œuvre, ce qui a des conséquences non seulement pour les pays économiquement dépendants, mais aussi pour la classe ouvrière nord-américaine qui sera sous la pression du transfert de ses sources d’emploi vers d’autres pays, et de ce fait sera confrontée à la baisse de salaires et à la perte d’emplois.

 

7. - Le PTP a parmi ses objectifs stratégiques d’isoler et d’acculer l’économie chinoise, la seconde économie la plus puissante du monde. Le message d'Obama à cet effet a été des plus clairs : « Nous ne pouvons pas permettre que des pays comme la Chine dictent les règles de l’économie mondiale. C’est nous qui devons dicter ces règles... »[1].

 

8. – La question militaire a été maintenue absolument secrète. Cependant, certains analystes estiment que l’une des clauses principales du PTP prétend renforcer la présence militaire des États-Unis dans le bassin Asie-Pacifique, alors qu’actuellement ils sont présents militairement dans 135 pays dans le monde.

 

Indépendamment du PTP, les États-Unis négocient le Traité de commerce transatlantique (TAFTA) avec l’Union européenne. Si cet autre accord de libre-échange venait à être conclu, il aurait un impact sur 60% du PIB mondial, 33% du commerce de biens et 42% du commerce des services. Ce traité est également négocié en secret depuis plusieurs années et possède les mêmes caractéristiques que le PTP, selon les minces informations qui ont filtré sur son contenu.

 

Mais ce n’est pas tout : un troisième accord de libre-échange, que Washington négocie en secret depuis 6 ans, est l’Accord sur le Commerce de services (TISA par ses sigles en Anglais), qui concernera 50 pays : l’Union Européenne, le Japon, le Canada, la Colombie, le Chili, le Mexique, l’Australie et la Corée du Sud. Cet accord représenterait 68% du commerce mondial dans les services et prétend réguler, de manière supranationale, les services financiers, de santé, d’eau, de télécommunications et de transports principalement, en réduisant toute compétence des gouvernements sur ces services, en les obligeant à la privatisation et à la vente aux grands groupes commerciaux nord-américains.

 

 

- Le PTP doit maintenant être approuvé par les Parlements de chaque pays. S’il était adopté, il entrerait en vigueur en 2017.

Au cas où les négociations secrètes pour implanter le TISA et le TAFTA, associés au TPT, aboutiraient, les États-Unis disposeraient du contrôle de 80% de la valeur du PIB mondial, ce qui les confirmerait comme première puissance du monde. Il ne fait pas de doute que ces accords visent à récupérer la perte d’influence qui a plongé Washington dans la crise économique internationale en 2007-2009 et a permis de renforcer la présence de la Chine sur la scène nationale.

 

Ces traités de libre-échange, aussi vastes qu’agressifs, qui sont en train de se concocter (PTP, TAFTA et TISA), sont des mécanismes qui visent à étendre la maximisation du profit du capital financier, au prix de la destruction massive de la main-d’œuvre, la surexploitation de la classe ouvrière, qui jette à la rue des millions d’ouvriers et condamne de vastes majorités de population à l’indigence et à la mort.

 

En plus de transformer le monde en un grand marché unique et en usine mondiale, ce processus de centralisation et de concentration du capital oblige irrémédiablement les ouvriers du monde entier à se penser comme un seul ouvrier, une seule classe qui travaille dans une seule usine. De ce fait, il devient possible de mettre en place un combat unique à l’échelle internationale et de créer les conditions pour la socialisation des moyens de production à grande échelle.

 

Le moment est venu pour nous, le monde du travail, la classe ouvrière, les paysans et 99% de la population, qui sommes les sinistrés de cette politique, de présenter un Front Unique contre l’impérialisme, contre le fascisme, et pour le socialisme.

 

Comme le disait Lénine, cette époque de domination des monopoles, du capital financier est aussi l’époque du capitalisme agonisant qui se trouve aujourd’hui à la veille d’une nouvelle crise.

 

Note :

[1] Déclaration faite au quartier général de Nike dans l’Oregon. L’entreprise Nike est bien connue pour ses méthodes peu progressistes en matière sociale (LGS).

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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 09:09
Infographie : Idé

Infographie : Idé

La politique de Benyamin Netanyahou a un mérite : elle produit des résultats. Au fil des semaines, les colonies s’agrandissent, ancrant toujours davantage dans le paysage la marque de la domination d’un peuple sur un autre. Rien à négocier, et Tzipi Hotovely, la vice-ministre des Affaires étrangères, l’a dit tranquillement sur le ton de l’évidence : « Le monde doit réaliser que la Judée-Samarie restera sous la souveraineté de facto d’Israël. Ceci n’est pas une monnaie d’échange et ne dépend pas de la bonne volonté des Palestiniens. C’est la terre de nos ancêtres. »
 
Dans la cadre de cette politique, l'eau est aussi une arme qui s'ajoutant  aux privations dont son l'objet les palestiniens alimente la marche vers une 3e intifada.
 
Source : l'Humanité par Françoise Germain Robin | mis à jour le 22 octobre 2019
- En privant les Palestiniens du minimum vital en eau potable, 
Israël utilise une ressource inaliénable comme arme de guerre.

Dans un rapport parlementaire rendu public en 2012[1], le député socialiste Jean Glavany avait utilisé le terme « apartheid » pour caractériser la façon dont sont gérées les ressources dont disposent les deux populations d’Israël et de la Palestine. L’expression avait provoqué les foudres d’Israël. Elle décrit pourtant bien une situation qui n’a fait que s’aggraver depuis, notamment à Gaza avec les destructions de l’été 2014 et le renforcement du blocus. Les chiffres cités par ce rapport sont implacables : 2,3 millions de Palestiniens n’ont droit qu’à 70 millions de m3 par an, contre 222 millions de m3 pour les colons israéliens, qui sont moins d’un demi-million en Cisjordanie. Autrement dit, l’eau des nappes phréatiques de la Cisjordanie est littéralement volée au profit des colons, mais aussi des autres citoyens israéliens dont la consommation quotidienne se situe entre 270 et 400 litres par jour, contre 50 à 70 litres pour les Palestiniens, alors que l’OMS estime à 100 litres par jour le minimum vital. L’expert israélien des Amis de la Terre Moyen-Orient, Gidon Bromberg, le reconnaît : « Israël ne partage pas l’eau de façon équitable avec les Palestiniens. » Il donne cette explication : « Les Israéliens vivent à l’occidentale alors que les conditions climatiques devraient leur faire adopter des comportements plus adaptés à l’aridité du climat. » Il souligne aussi que les accords signés en 1995 (Oslo 2) sur le partage de l’eau étaient provisoires et n’ont pas été actualisés du fait de l’échec du processus de paix.

 

Une explication un peu courte quand on sait que, depuis sa création, Israël a tout fait, et surtout des guerres, pour s’accaparer les ressources aquifères de la région : en Syrie, avec l’occupation du Golan et de ses sources ; au Liban, où les incursions multiples visaient le fleuve Litani ; en Cisjordanie, où se trouve la principale nappe aquifère, le Jourdain et la mer Morte, surexploités et dont les rives ouest ont été accaparées, les Palestiniens n’y ayant même plus accès.

 

Yasser Arafat nous disait, à propos des négociations avec les dirigeants israéliens, du temps où les accords d’Oslo étaient encore de ce monde : « Ce qui est extraordinaire avec eux, c’est qu’ils vous volent votre voiture et après ils vous proposent de discuter pour vous vendre une roue. » C’était l’époque où Ariel Sharon disait aux jeunes aspirants colons : « Prenez les collines et contrôlez les sources. » À lire l’interview du ministre palestinien de l’Eau, Mazen Ghoneim (voir ci-contre), on voit qu’Israël applique toujours la même stratégie : après avoir accaparé la quasi-totalité des ressources en eau de la Palestine occupée, l’Autorité israélienne de l’eau vend le précieux liquide aux Palestiniens qui sans cela mourraient de soif. Notamment à Gaza où les bombardements de l’an dernier ont détruit les réseaux de distribution, la station d’épuration et les réservoirs installés sur les toits des immeubles.

 

Depuis 1967 d’ailleurs, la question de l’eau est une affaire militaire en Israël. Et il est vrai qu’elle revêt un aspect stratégique dans tous les pays qui souffrent de pénurie chronique, ce qui est le cas général au Moyen-Orient – à l’exception de la Turquie qui, maîtrisant les deux principaux fleuves, le Tigre et l’Euphrate, n’hésite pas à jouer de ce moyen de pression.

 

Peut-on espérer que les vastes projets de désalinisation de l’eau de mer entrepris par Israël ces dernières années aboutissent un jour à une détente sur le front de l’eau ? Quatre usines de désalement ont déjà été construites, dont la plus grande du monde à Sorek, au sud de Tel-Aviv. Mais elles ne fournissent que 20 % des 2 milliards de m3 consommés chaque année et on prévoit que ces besoins auront doublé d’ici dix ans ! La Banque mondiale, visiblement plus encline à parier sur Israël que sur la Palestine, a débloqué un demi-million de dollars en juillet dernier pour aider Tel-Aviv à « développer ses techniques de pointe dans le domaine ».

 

Note :

[1] Le rapport a été remis en décembre par le député français, mais c'est plus d'un mois après sa publication, avec la traduction de certains passages dans la presse israélienne, qu'il provoque un tollé en Israël

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Palestine

- Israël-Palestine : le rapport français explosif sur la question de l'eau

- Sébastien Boussois : "L’accord mer Morte : vrai projet ou cache-sexe ?"

- Mazen Groneim : « On se contente de gérer au mieux la pénurie »

Mais aussi :

- Israël-Palestine se résigner et attendre l’embrasement ?

- Tensions exacerbées en Cisjordanie

- Israël et la Palestine au bord du gouffre

- Regard d’une thérapeute palestinienne de Jerusalem-Est

- Israël: Nétanyahou s’engage à annexer la vallée du Jourdain

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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 08:24
Le génocide (au moins sociocide*) des Palestiniens franchit une étape supplémentaire

 

Source :  Le Parti de Gauche Midi-Pyrénées le 22 octobre 2015

- C - Israël/Palestine, et la désinformation dans les médias français

La manière dont les médias en France désinforment sur ce qu’il est en train de se passer en Palestine occupée est extrêmement préoccupante.

 

L’Agence Média Palestine a publié dans le Plus du Nouvel Observateur ce billet de Michèle Sibony pour dénoncer cette désinformation, et l’analyser.

 

"Que signifie l’énoncé brut des faits ? On peut penser qu’il ne signifie rien justement. Pourtant, cette absence est signifiante en elle-même.

 

Ce qu’elle dit d’abord et avant tout : "il n’y a rien à comprendre, nous sommes devant des violences gratuites". Le citoyen en déduit qu’ils s’entre tuent, point. Il n’y a donc rien à penser pour l’auditeur ou le téléspectateur, renvoyé à sa seule opinion, comme les Palestiniens et les Israéliens semblent l’être eux aussi dos à dos.

 

Mais – et c’est là le plus vicieux de la méthode car il s’agit bien d’une méthode, déjà éprouvée avec la crise syrienne à ses débuts –, ne pas donner à penser, c’est jouer la carte du dominant."

 

 

- B - 46 palestiniens, dont 10 enfants, tués depuis le 1er octobre

Le Ministère palestinien de la Santé déclarait lundi 19 octobre 2015 que le nombre de Palestiniens, tués par des tirs israéliens depuis le début du mois, a atteint le chiffre de 45, dont 10 enfants, ainsi qu’ un prisonnier politique mort faute de soins médicaux.

 

Le Ministère a dit que le plus jeune Palestinien assassiné avait 16 mois, que huit enfants ont été tués en Cisjordanie et deux dans la bande de Gaza.

 

Il a déclaré que 31 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie occupée et à Jérusalem et 14 dans la Bande de Gaza, dont une mère et son nourrisson, ainsi qu’ un jeune homme dans la zone de Houra, dans le Néguev.

 

Quant aux Palestiniens blessés, le Ministère a dit que 1850 ont été atteints par des tirs à balles réelles et par des balles d’acier enrobées de caoutchouc, certains ont souffert de brûlures et d’autres ont été battus et agressés par des soldats et des colons, tandis que plus de 3500 ont souffert de l’inhalation de gaz lacrymogènes.

 

  • 410 Palestiniens ont reçu des tirs à balles réelles, 700 des balles d’acier enrobées de caoutchouc ; 160 ont été agressés par des soldats et des colons, et dix autres ont souffert de brûlures.
  • 290 Palestiniens ont reçu des tirs à balles réelles dans la Bande de Gaza, et 70 des balles d’acier enrobées de caoutchouc, tandis que des dizaines ont souffert des effets de l’inhalation de gaz lacrymogènes.

 

Le Ministère a déclaré que le grand nombre de Palestiniens atteints à balles réelles signifie clairement que l’armée d’Israël a recours à une force létale contre les Palestiniens.

 

Par ailleurs, les soldats ont mené 136 attaques contre des équipes médicales depuis le début du mois, blessant 165 membres du corps médical, tandis que 39 ambulances ont été frappées par des bombes de gaz et des grenades percutantes, et les soldats ont arrêté et retardé 32 fois des ambulances qui essayaient de transporter ou de ramasser des Palestiniens blessés.

 

Nom de ces personnes tuées par l’armée israélienne en octobre :

 

Cisjordanie et Jérusalem : Bande Gaza :

1. Mohannad Halabi, 19 ans, al-Bireh – Ramallah - 2. Fadi Alloun, 19ans, Jérusalem - 3. Amjad Hatem al-Jundi, 17 ans, Hébron - 4. Thaer Abu Ghazala, 19 ans, Jérusalem - 5. Abdul-Rahman Obeidallah, 11 ans, Bethléem - 6. Hoteifa Suleiman, 18 ans, Tulkarem - 7. Wisam Jamal, 20 ans, Jérusalem - 8. Mohammad al-Ja’bari, 19 ans, Hébron - 9. Ahmad Jamal Salah, 20 ans Jérusalem - 10. Ishaq Badran, 19 ans, Jérusalem - 11. Mohammad Said Ali ; 19 ans, Jérusalem - 12. Ibrahim Ahmad Mustafa Awad, 2 ans, Hébron - 13. Ahmad Abedullah Sharakka, 13 ans, camp de réfugiés d’Al Jelazoun – Ramallah - 14. Mostafa Al Khateeb, 18 ans, Sur-Baher – Jérusalem - 15. Hassan Khalid Manassra, 15 ans, Jérusalem - 16. Mohamed Nathmie Shamassnah, 22 ans, Kutneh – Jérusalem - 17. Baha’ Elain, 22 ans, village de Jabal AlMokaber – Jérusalem - 18. Mutaz Ibrahim Zawahra, 27 ans, Bethléem. Touché la poitrine à balles réelles pendant une manifestation - 19. Ala’ Abu Jammal, 33 ans, Jérusalem - 20. Bassem BassamSidr, 17 ans, Hébron - 21. Ahmad Abu Sh’aban, 23 ans, Jérusalem - 22. Ibraheem Dar-Youssif, 46 ans, village d’Al Janyia Ramallah (tué alors qu’il ramassait ses olives) - 23. Fadi Al-Darbi, 30 ans, Jénine – mort dans un camp de détention israéliens - 24. Eyad Khalil Al Awawdah, 26 ans, Hébron - 25. Ihab Hannani, 19 ans,Naplouse - 26. Fadel al-Qawasmi, 18 ans, Hébron - 27. Mo’taz Ahmad « ’Oweisat, 16 ans, Jérusalem - 28. Bayan Abdul-Wahab al-’Oseyli, 16 ns, Hébron - 29. Tariq Ziad an-Natsah, 22 ans, Hébron - 30. Omar Mohammad al-Faqeeh, 22 ans,, du village de Qotna - 31. Mohannad al-’Oqabi, 21 ans, Neguev - 32. HodaMohammad Danweesh, 65 ans, Jérusalem.

33. Shadi Hussam Doula, 20 ans - 34. Ahmad Abdul-Rahman al-Harbawi, 20 ans - 35. Abed al-Wahidi, 20 ans - 36. Mohammad Hisham al-Roqab, 15 ans - 37. Adnan Mousa Abu ‘Oleyyan, 22 ans - 38. Ziad Nabil Sharaf, 20 ans - 39. Jihad al-’Obeid, 22 ans -40. M arwan Hisham Barbakh, 13 ans - 41. Khalil Omar Othman, 15 ans - 42. Nour Rasmie Hassan, 30 ans - 43.  Rahah Yahhya Hassan, 2 ans – tuée avec sa mère dans une attaque aérienne - 44. Yihya abdul-Qader Farahat, 24 ans - 45. Shawqie Jaber Obed, 37 ans - 46. Mahmoud Hatem Hameeda, 22 ans

 

 

- A - Le gouvernement israélien seul responsable de la montée des tensions (Parti de Gauche)

Depuis des mois, les colons israéliens et l’extrême droite israélienne multiplient les intrusions sur l’esplanade des mosquées avec la protection de l’armée israélienne. Ces provocations, ajoutées à des actes de terreur comme l’incendie criminel du 31 juillet qui a provoqué la mort d’un bébé palestinien et de ses parents, suscitent la colère légitime de la part des Palestiniens, sous occupation militaire depuis 50 ans et confrontés, entre autres, à la croissance constante de la colonisation. Comment s’étonner, devant cette absence de perspective politique, que certains d’entre eux cèdent, hélas, à la vengeance personnelle ?

 

Le Parti de Gauche condamne les provocations encouragées par le gouvernement israélien de droite et d’extrême-droite. Il réclame la fin sans condition de toutes les violations du droit international commises par Israël. Il réaffirme le droit des Palestiniens à l’autodétermination, et à la pleine jouissance de leurs droits nationaux. Il appelle à la reconnaissance par la France de l’Etat de Palestine et au soutien du mouvement mondial de Boycott-Désinvestissement-Sanctions, moyens les plus adaptés pour peser sur la politique de l’Etat d’Israël.

 

Pour appeler à ce que la France reconnaisse enfin l’Etat palestinien, le collectif national pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens (dont le Parti de Gauche est membre), invite tous les démocrates épris de paix et de justice à participer à la journée d’action nationale et décentralisée qu’il organise le 10 octobre 2015. Pour Paris, le rendez-vous est donné samedi 10 octobre à 14h Place de la République, et le Parti de Gauche sera représenté par Danielle Simonnet, conseillère de Paris, Mickael Musto et Martine Sevegrand, groupe Palestine du Parti de Gauche.

 

Note

* La politique israélienne envers le peuple palestinien : un sociocide

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Palestine

- le site de l'Association France Palestine Solidarité

- UNESCO : Israël sommé de respecter les sites palestiniens, la France s'abstient lors du vote

- Selon Netanyahu, “Hitler ne voulait pas exterminer les Juifs”

  • C) Israël/Palestine, et la désinformation dans les médias français
  • B) 46 palestiniens, dont 10 enfants, tués depuis le 1er octobre
  • A) Le gouvernement israélien seul responsable de la montée des tensions (PG)
Le génocide (au moins sociocide*) des Palestiniens franchit une étape supplémentaire
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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 08:14
Ce que révèle la crise syrienne... Affaissement des Etats, diffusion du djihadisme

En quelques jours, on est passé de la perspective de bombardements américains et français en Syrie («Cinglante débâcle de la diplomatie française ») à des "négociations" entre Washington et Moscou.... et, en 2015, à des bombardements français (prévus depuis 2013) et russes.

Retour à 2013 pour comprendre !

Téhéran, jusqu’ici enfermé dans son soutien inconditionnel à Damas, laisse entrevoir de possibles ouvertures (« Damas, l'allié encombrant de Téhéran »). Ce chassé-croisé reflète les changements de l’ordre international, qui peine à se recomposer depuis la fin de la guerre froide, chahutant même les règles de la sécurité collective («Sécurité collective recherche bons avocats »). L’ampleur des conflits qui secouent le Proche-Orient et le Maghreb ainsi que l’affaissement des Etats qui engendre la diffusion du djihadisme devraient pourtant redonner sa place à la diplomatie. S’ils cherchent toujours à contenir l’Iran et à rassurer Israël comme l’Arabie saoudite, les Etats-Unis regardent de plus en plus vers l’Asie, avec en ligne de mire la Chine (« Le grand écart de Washington »).

 

Sources : Le Monde Diplomatique Octobre 2013 mis  jour le 12 novembre 2015

Déjà fragiles et rongés par les conflits où prospèrent des dictateurs corrompus, le Proche-Orient, le Maghreb et leurs marges ont connu, depuis le 11-Septembre et le lancement de la « guerre contre le terrorisme », quatre interventions occidentales majeures, auxquelles s’ajoutent les guerres israéliennes au Liban et à Gaza. Ces interventions ont contribué à l’affaiblissement des Etats et à l’extension des groupes djihadistes. Comme le montre la carte, des combattants traversent les frontières, exportant leurs idées, leurs méthodes d’action, leur savoir-faire. Les conflits attirent des volontaires venus de partout, y compris d’Europe.

 

- Afghanistan, septembre 2001. A la suite des attaques contre les tours à New York et contre le Pentagone à Washington, les Etats-Unis renversent le régime des talibans installé dans un Afghanistan ravagé par la guerre contre l’invasion soviétique. Si le retrait des troupes de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) doit s’achever en 2014, l’insurrection talibane n’a jamais été aussi puissante. Le conflit s’est étendu au Pakistan, avec notamment l’usage de drones.

 

- Irak, 2003. Les Etats-Unis renversent le régime de Saddam Hussein. Ils se retirent à la fin 2012, laissant un pays détruit et divisé. Jusque-là absente de ce territoire, Al-Qaida va se structurer, attirer des milliers de volontaires, notamment du Caucase et du Golfe, ou des moudjahidines qui ont fait leurs armes en Afghanistan. L’Etat peine à se reconstruire.

 

- Libye, 2011. Appuyés par Washington, la France et le Royaume-Uni contribuent directement au renversement de Mouammar Kadhafi. Des milliers de combattants, notamment d’Afrique subsaharienne, enrôlés dans l’armée libyenne essaiment dans la région, tandis que les arsenaux abandonnés sont pillés. Plus personne ne contrôle les zones frontalières.

 

- Mali, 2012. Pour chasser les groupes armés qui ont pris le contrôle du nord du Mali, la France intervient militairement. Bien que des troupes des Nations unies aient pris le relais, elle reste le pivot du dispositif sécuritaire dans un Etat fantôme. Les combattants d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) se sont dispersés dans la région.

 

L’usage massif des drones par les Etats-Unis sur ces théâtres d’opération, mais aussi en Somalie ou au Yémen, a éliminé un certain nombre de cadres djihadistes, mais a provoqué la mort de nombre de civils, victimes de « dommages collatéraux », ce qui alimente une haine antiaméricaine poussant au front des centaines de combattants.

 

A ces quatre guerres, il faut ajouter celle menée par Israël contre le Liban en 2006, qui fragilise un peu plus les équilibres précaires dans ce pays et affaiblit l’Etat, incapable de résister, au profit du Hezbollah. Et les deux expéditions à Gaza, qui ont contribué à empêcher toute naissance d’une entité palestinienne indépendante et unifiée. Sans oublier, bien sûr, la Syrie...

 

 

- La guerre contre le terrorisme ne peut pas être gagnée.... l'échec est annoncé ! Il n'y a pas d'exemple IRAK, Afghanistan, Libye...... Il faut employer les moyens de la paix !

Dominique de Villepin pour nous rappeler les responsabilité d'une politique américaine dans laquelle il n'y a rien à sauver depuis 15 ans, et un suivisme français contre nature : la guerre n'est pas notre vocation ; notre vocation c'est la paix et la diplomatie car nous n'avons aucunement besoin d'ennemis pour exister et nous imposer.

 

Pour notre malheur, l'Elysée, Matignon, le quai d'Orsay, sont occupés par des hommes incapables de penser l'après "Pax Americana" et la nécessité aujourd'hui de nous en éloigner... pour mieux retrouver au plus vite notre indépendance et notre tradition diplomatique de recherche d'équilibre.

 

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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 08:14
10 octobre, La Jarne (17220) table ronde TAFTA : pour qui ? Pour quoi ? Enjeux ? Dangers ?

Pour en savoir plus :

- Mon dossier : TAFTA & TISA

- Le site "Non au Traité Transatlantique"

10 octobre, La Jarne (17220) table ronde TAFTA : pour qui ? Pour quoi ? Enjeux ? Dangers ?
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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 08:16
Poutine à l’ONU le 28/09/2015 : "un discours de combat" !"

Le discours prononcé lundi 28 septembre à l’Assemblée Générale de l’ONU par le Président Vladimir Poutine a été au centre des débats[1].

Ce discours a même éclipsé celui du Président Obama, et a été suivi, le fait est suffisamment rare pour être signalé, par une tempête d’applaudissement venant des délégations de ce que l’on appelait encore, il y a trente ans, le « Tiers-Monde ».

 

Source : RussEurope par Jacques SAPIR

- Un discours de combat ?

Ce discours a été significatif même si, dans son contenu, peu de choses nouvelles ont été dites. De ce point de vue, il n’a pas la dimension programmatique du discours de Munich en février 2007. Il faut ajouter que le cadre de l’ONU ne s’y prêtait guère. Dans un discours minuté, il faut aller à l’essentiel et l’on ne peut développer tous les aspects de sa pensée, en particulier en ce qui concerne le droit international[2]. Ce discours n’a pas la même densité que celui que Vladimir Poutine a prononcé lors de la conférence du Club Valdaï en octobre 2014[3]. Dans ce discours Poutine avait posée la question de l’hégémonie. Il n’était plus question d’une organisation multipolaire du monde, bien que cela reste un objectif de long terme pour la Russie mais de ce qu’il appelait alors le « leadership économique ». Or, cette question n’est autre en réalité que la la question de l’hégémonie. Cette question posse immédiatement le problème de guerre et de paix. La dramatisation des enjeux correspondait à la nouvelle période qui s’est ouverte avec l’intervention des puissances occidentales en Libye.

 

Mais, ce discours est important parce qu’il confirme ce que l’on savait depuis des années mais qui devient aujourd’hui évident : les puissances que l’on qualifie « d’occidentales », même si ce terme est très imparfait et fait implicitement référence à la « guerre froide », n’ont plus la maîtrise des affaires internationales. La réception qui lui a été faite à l’Assemblée Générale des Nations Unies le prouve. Nous sommes bien entrés dans le monde issu de la chute du Mur de Berlin et de la fin de l’URSS, ce XXIème siècle issu de l’avortement de la tentative des Etats-Unis à asseoir leur hégémonie[4]. Mais ce monde n’est pas celui de l’hyperpuissance américaine. Il est devenu un monde multipolaire, et il le doit en particulier à l’action constante de la Russie, et de son Président, depuis le début des années 2000. L’alliance Russo-Chinoise n’est que l’une des manifestations de ce nouvel état du monde.

 

De ce point de vue, le discours de Vladimir Poutine est un discours de combat.

 

 

 

- Poutine où le compromis fondateur

Ce discours commence par un rappel des raisons de la constitution et des principes d’organisation qui régissent les Nations-Unies. Il rappelle ainsi les conditions qui ont présidées à la constitution de l’ONU, c’est à dire la « Grande Alliance » de la lutte contre le nazisme : « Le 70e anniversaire de l’ONU est l’occasion d’évoquer le passé et de réfléchir à l’avenir. En 1945, les pays ont uni leurs efforts pour penser à l’après-guerre, et c’est dans notre pays, à Yalta, que se sont réunis les chefs de la coalition antihitlérienne »[5]. Mais il ajoute immédiatement un point particulièrement important. Les pays membres de l’ONU peuvent ne pas tomber d’accord sur tous les sujets. Des divergences, traduisant des intérêts nationaux différents, peuvent les opposer. C’est pour cela que « le droit de veto a toujours été appliqué par tous les membres du Conseil de Sécurité. C’est normal. Au moment de la création de l’ONU, on ne comptait pas sur l’unanimité mais sur la recherche de compromis ». En mettant en avant la nécessaire recherche de compromis, Vladimir Poutine ne fait qu’étendre à la politique internationale un principe que nous avons hérité de Guizot[6]. Les compromis sont les fondements des institutions, et le processus d’institutionnalisation du monde n’est autre que le processus d’extension de la civilisation.

 

Or, la tentation existe, surtout en politique internationale, d’adopter des postures de rupture, postures qui très souvent ne font que masquer l’expression d’intérêts. Il le dit à partir de son expérience de russe : « Personne ne doit adopter un seul modèle de développement reconnu par un seul. Nous devons nous rappeler le passé, l’expérience de l’URSS ». Mais, il en profite pour rappeler l’importance fondamentale des Etats. Nous vivons toujours dans un monde que l’on peut qualifier de « westphalien », en référence au traité de 1648. De ce point de vue, ce discours contient une critique radicale de la position américaine, telle qu’elle s’était exprimée en 2003 lors de l’invasion de l’Irak : « Nous savons tous qu’à la fin de la Guerre froide, il n’y a plus eu qu’un centre de domination. Ceux qui se trouvaient au sommet ont pensé qu’il ne fallait plus tenir compte de l’ONU, que l’organisation ne mettait que des bâtons dans les roues. Des rumeurs ont surgi : l’organisation était devenue obsolète et avait rempli sa mission originale.

 

Mais si l’ONU disparaît, cela peut conduire à l’effondrement de l’architecture mondiale et du droit international. C’est la raison du plus fort et l’égoïsme qui vont primer. Il y aura moins de libertés, plus d’Etats indépendants mais des protectorats gérés de l’extérieur. L’Etat, c’est la liberté de chacun ».

 

Ce dernier point est essentiel.

 

 

- La crise Syrienne

La question des « protectorats », Vladimir Poutine va la développer à propos que la crise syrienne. Il commence, bien entendu, par rappeler les conséquences dramatiques de l’intervention américaine effectuée en dehors de tout cadre juridique international : « …l’intervention extérieure a conduit à la destruction de leurs structures étatiques, les droits de l’homme n’y sont plus respectés ». Il ajoute, à destination des responsables des Etats-Unis : « Je demande aux responsables de cette situation. Mais ces gens-là n’ont jamais renoncé à leurs politiques. Nous voyons des zones d’anarchie apparaître avec l’EI, on y trouve d’anciens combattants d’Irak, de Libye, un pays détruit, nous voyons aussi les membres de ce qu’on appelle l’opposition modérée recevoir une formation et puis passer dans le camp de l’EI ». Cette critique, à peine voilée, de la politique des Etats-Unis lui permet, ensuite d’avancer les positions de la Russie sur cette crise. La Russie veut une coalition qui soit capable d’affronter le danger terroriste que représente l’organisation dite « Etat Islamique » sur l’ensemble des terrains sur laquelle cette organisation se construit et se développe. La Russie veut aussi que cette coalition incluse les forces qui se battent sur le terrain contre le soi-disant « Etat Islamique », c’est à dire le régime de Bachar el Assad et les miliciens kurdes. Cela est dit explicitement dans un autre morceau du discours prononcé par Vladimir Poutine : « …c’est un erreur de refuser de soutenir les autorités syriennes qui se battent : seuls Assad et les Kurdes se battent réellement contre le terrorisme ». Le point ici n’est pas tant le soutien aux forces du régime syrien. Ce soutien était en fait attendu, et l’on sait que c’est ce qui divise la communauté internationale. Le point véritablement important est la mention des forces kurdes, car ceci vaut condamnation pour la politique menée par Erdogan en Turquie qui, sous couvert de lutte contre les militants de « l’Etat Islamique » à ouvert à nouveau le conflit avec les organisations kurdes. Cette mention des forces kurdes, même si elles ne sont pas identifiées avec précision et si l’on reste dans une ambiguïté toute diplomatique à leur sujet, est ici importante. Elle vaut soutien de la Russie au mouvement national kurde, qui est aujourd’hui écartelé entre les différents Etats sur le territoire desquels les kurdes vivent. Et l’on peut comprendre que ceci est une menace implicite tant à la Turquie d’Erdogan qu’un avertissement au gouvernement irakien de ne pas revenir sur la très large autonomie, une quasi-indépendance de fait, dont jouissent les kurdes en Irak.

 

Vladimir Poutine est très clair sur les principes à adopter : « Respecter ce qui se fait dans le cadre de l’ONU et rejeter le reste. Nous devons aider la Libye, l’Irak et les autorités légitimes en Syrie. Nous devons créer une sécurité indivisible ». Or, c’est bien là une grande part de la question. Tant que les pays comme les Etats-Unis ou des pays européens auront l’illusion qu’ils peuvent ne pas s’appliquer les règles qu’ils veulent faire appliquer aux autres, aucune sécurité internationale n’est possible. A cet égard, Vladimir Poutine a incontestablement raison : soit il y aura un cadre permettant une sécurité globale soit nous connaitrons une multiplications de conflits locaux, avec toutes les conséquences que ces derniers impliquent. La sécurité ne se divise pas.

 

 

- L’hypocrisie occidentale

Ceci permet à Vladimir Poutine de revenir à l’un de ses thèmes de prédilection, l’hypocrisie occidentale. Ici encore, et sans nommer des pays, au nom des coutumes diplomatiques, il est réalité des plus clairs : « …on nous accuse d’avoir des ambitions démesurées. Comme si ceux qui nous en accusent n’avaient pas d’ambitions du tout. Nous ne pouvons plus tolérer la situation actuelle, et ce n’est pas une question d’ambitions : nous nous basons sur les valeurs, le droit international. Nous devons unir nos efforts pour former une coalition large, comme celle contre Hitler, pour lutter contre ceux qui sèment le mal ».

 

L’accusation est claire, et elle a été comprise comme telle que ce soit à Washington ou que ce soit à Paris. En avançant couvert du masque de la morale, les Etats-Unis et la France laissent à penser qu’ils servent d’autres maîtres que les Droits de l’Homme. Car, le gouvernement russe ne cache pas, que ce soit dans des textes publics ou dans des rencontres privées, le peu de sympathie que lui inspire le gouvernement de Damas. Mais, la politique est l’art du possible, et tout conflit impose de « choisir son camp ». On ne luttera pas contre le soi-disant « Etat islamique » sans une coalition incluant les forces de Bachar-el-Assad.

 

De ce point de vue, l’histoire de l’hypocrisie occidentale sur la guerre civile syrienne reste à écrire. Qu’il s’agisse de l’opération de propagande concernant les attaques au gaz d’août 2013 dont on sait aujourd’hui qu’elles ne sont très probablement pas le fait des forces de Damas mais bien des insurgés eux-mêmes[7] (et même si des opérations impliquant l’usage des gaz de combat ont pu être menée par les forces de Damas), ou qu’il s’agisse de la question des « réfugiés » où l’on est bien prêt à condamner un pays (la Hongrie pour ne pas la nommer) alors que l’on érige les même barbelés que ce soit à Calais ou à Ceuta et Mélilla.

 

Document 1

Texte du Global Security Working Group[8] sur les attaques au gaz attribuées à l’armée syrienne.

A  - possible-implications-of-bad-intelligence

 

Cette hypocrisie est particulièrement visible sur la Syrie, mais elle existe aussi sur l’Ukraine. Au lieu de considérer le problème comme global, les pays de l’Union européenne ont préféré mettre la totalité du blâme sur la Russie. Ainsi, lors des tragiques événements qui sont survenus en Ukraine à la fin du mois de février 2014, et dont on sait désormais qu’ils ont été largement le produit d’une provocation de la part de l’opposition[9], si l’on admet que la norme constitutionnelle avait disparu et que le Parlement était légitime dans son renversement du Président Yanoukovitch, il faut aussi admettre que le Parlement de la République autonome de Crimée était tout aussi légitime dans sa décision de se séparer de l’Ukraine et de rejoindre la Russie. Soit la règle générale s’applique à tous soit elle ne s’applique à aucun. La seule chose sur laquelle il peut y avoir un accord est le fait qu’il ne peut y avoir d’application partielle de la règle générale. Cela implique qu’il fallait admettre que la question de la Constitution se posait, et que l’on ne pouvait faire « comme si » la règle générale s’imposait alors que l’on venait de la violer. Ce ne sont pas, seulement, des subtilités juridiques. Pour ne pas les avoir comprises, pour avoir cru que l’on pouvait faire un coup d’Etat sans remettre en cause la Constitution, les dirigeants de Kiev ont provoqué et la sécession de la Crimée[10] et la guerre civile. Cela, Vladimir Poutine le constate : « …c’est toujours la manière de penser en bloc du temps de la Guerre froide qui domine actuellement en suivant la ligne de l’élargissement de l’OTAN, qui continue de se développer. Tôt ou tard, cette logique devait mener à une crise géopolitique, comme avec l’Ukraine où une guerre civile a eu lieu ». Mais, l’hypocrisie occidentale a encore de beaux jours devant elle, que ce soit quant à l’Ukraine ou quant à la Syrie, si on en juge par l‘attitude du Président français, François Hollande.

 

Vladimir Poutine a donc prononcé un discours important. Ce discours contient aussi d’autres point, comme des engagements précis, quoique probablement trop limités, sur la COP-21. Il prend position comme l’une des personnes qui, en politique internationale, incarne une forme de raison. On peut en juger dans ce passage ou il dit : « Mais les sanctions unilatérales sont devenues la norme et servent à supprimer des concurrents. Des unions se créent sans consulter les habitants des différents pays ». Au-delà de l’allusion, très claire, au mécanisme des sanctions voulu par les Etats-Unis et mis en place par l’Union européenne, comment ne pas percevoir une critique de la zone Euro et de l’UE dans cette référence à des unions imposées contre la volonté des peuples ?

 

Il ne reste plus qu’à espérer que les discours théologiques des uns et des autres cèdent du terrain et que la voix de la raison soit enfin entendue.

 

 Notes :

[1] http://www.lecourrierderussie.com/2015/09/direct-discours-vladimir-poutine-nations-unies/

[2] Voir la déclaration du président Russe lors de la conférence sur la sécurité qui s’est tenue à Munich le 10 février 2007 et dont le texte a été traduit dans La Lettre Sentinel, n°43, mars 2007.

[3] Sapir J., « Un discours programme » note publiée sur le carnet RussEurope le 29 octobre 2014, http://russeurope.hypotheses.org/2967

[4] Sapir J., Le Nouveau XXIè Siècle, le Seuil, Paris, 2008

[5] Les citations en italiques renvoient à la traduction en français du texte de ce discours, http://www.lecourrierderussie.com/2015/09/direct-discours-vladimir-poutine-nations-unies/

[6] Guizot F., Histoire de la civilisation en Europe, réédition du texte de 1828 avec une présentation de P. Rosanvallon, Paris, Hachette, coll. « Pluriel », 1985,

[7] Lloyd R. et Postol T., « Possible Implications of Faulty US Technical Intelligence in the Damascus Nerve Agent Attack of August 21, 2013 » Cambridge, MIT, Global Security Working Group, janvier 2014.

[8] Le Science, Technology and Global Security Working Group est un groupe d’experts constitué au MIT possédant des liens scientifiques étroits avec des scientifiques de Russie, de Chine, d’Allemagne, d’Israël et du Pakistan (ainsi que des liens avec des individus travaillant sur les questions de sécurité nationale en Grande-Bretagne, France et Norvège) et travaillant sur les aspects techniques du désarmement dans le monde d’après la Guerre Froide. Les travaux peuvent être consultés sur : http://web.mit.edu/stgs/Research.html

[9] Comme montré par Ivan Katchanovski, http://www.academia.edu/8776021/The_Snipers_Massacre_on_the_Maidan_in_Ukraine

[10] Vogt J., « Western Narrative of Crimea a Pack of Lies Born of Failed Policy and Historical Ignorance » in Russian Insider, 12 juin 2015, http://russia-insider.com/en/politics/crimea-work-progress/ri7794

 

Pour en savoir plus :

- Vladimir Poutine au sommet du club international Valdaï : «Ordre mondial, nouvelles règles ou pas de règles ?»

- Selon Jacques Nikonoff «Poutine a raison !» sur le dossier syrien »

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 09:08
On vote en Grèce : un troisième tour pour rien ?

Sources : Hebdo l'Anticapitaliste - NPA par A. Sartzekis SARTZEKIS Andreas Athènes le 17 septembre 2015

Les élections de ce dimanche 20 septembre se préparent dans une certaine indifférence (née des désillusions dues aux retournements de Syriza), mais aussi sur fond de recompositions diverses dont on ne peut deviner pour l’instant la suite...

 

Le paradoxe, c’est que l’on discute partout politique, et l’enjeu est bien de montrer que le vrai « réalisme », c’est d’aller à la rupture avec la logique des mémorandums sur la base du Non de juin, ce que bien peu de courants évoquent dans leur campagne électorale !

 

 

- Quel gouvernement dimanche soir ?

C’est pour les médias le leitmotiv du scrutin. Alors que la pression d’un vote anti-droite semble redonner un peu d’avance à Syriza dans les sondages, une campagne issue des milieux économiques, et peut-être des instances européennes, presse pour un gouvernement « œcuménique », comme la Grèce en a déjà connu... pour le plus grand malheur de la population. Du coup, la droite joue sur deux tableaux : un discours ouvert aux thèses racistes des nazis, et l’assurance qu’elle pourrait gouverner avec Syriza pour mieux faire appliquer le mémorandum !

 

La direction de Syriza proteste contre cette éventualité, mais elle voit qu’elle a peu de chances d’avoir la majorité absolue en sièges et qu’Anel, le parti de droite extrême avec qui Syriza a gouverné (d’où l’accord militaire avec Israël), est en chute. Elle évoque désormais la possibilité de gouverner avec le Pasok, complice et acteur de toutes les attaques anti-populaires depuis 2010 ! Ce recentrage assumé amène aussi certains cadres ex-Pasok à se rapprocher de Syriza sur une base ouvertement social-libérale, d’où l’insistance de courants un peu gauche restant dans Syriza (courant wx-AKOA) pour mener la bataille pour une majorité absolue à Syriza. Question : que feront ces militantEs et surtout les électeurEs qui voteront « à gauche » pour Syriza dans le cas quasi évident d’alliances avec le Pasok ou le encore plus libéral Potami ?

 

 

- À gauche, ça fluctue

Ces derniers jours, on est bien loin d’il y a un mois, quand les premiers sondages donnaient Unité populaire comme troisième force (autour de 8 %). Aujourd’hui, les sondages tournent autour de 3 %, le seuil pour entrer au Parlement. Lafazanis a beau mettre en cause les instituts au service des partis dominants (certes les sondages en Grèce sont peu fiables), la campagne montre clairement qu’il n’y a pas pour le moment d’élan populaire vers la scission de gauche de Syriza. Au delà du malaise vis-à-vis d’ex­-ministres Syriza ayant géré leur fauteuil, l’objectif fixé ne fait pas rêver : « que Unité populaire devienne une force post-électorale décisive pour lancer un grand combat populaire et patriotique qui nous amènera rapidement au pouvoir » (Lafazanis à Salonique) ! Il n’est pas certain que cet axe réponde aux valeurs internationalistes de certains courants au sein de Unité populaire... De plus, si celui-ci a finalement désigné le vétéran antinazi Manólis Glézos, tête de liste nationale, Glézos appelle à voter Unité populaire... ou KKE !...

 

À quelques jours du vote, il manque toujours un appel central pour l’unité dans les luttes qui ne manqueront pas de surgir contre le mémorandum, la dette, les nazis... C’est pourtant le véritable enjeu de ces élections !

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Alexis Tsipras: « Une victoire de Syriza pour changer la Grèce et l’Europe »

- Sous les apparences, ce que disent les résultats des élections grecques

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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 08:17
L'équateur champion du monde de la reforestation

Sources : TV5MONDE

L'équateur a battu un record mondial en plantant près de 650 000 arbres en une seule journée. Près de 50 000 personnes se sont mobilisées pour parvenir à un tel exploit. Un record officiellement homologué par le Guiness Book.

 

A Guano, au coeur de l'équateur, le président Rafael Correa s'est vu remettre le certificat par le fameux Guiness Book des records. Il récompense un programme gouvernemental en faveur de la reforestation.

 

L'exploit a eu lieu le 16 mai dernier. En une journée, partout dans le pays quelque 650 000 arbres ont été plantés par des dizaines de milliers de volontaires.

 

Jusqu'en 2000, l'équivalent de 400 terrains de football étaient détruits chaque année. Depuis 2012, le taux de déforestation a été divisé par deux et d'ici 2017 le pays ambitionne purement et simplement d'éradiquer la déforestation.  

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 08:12
Vladimir Poutine contre l'universalisme occidental

Selon l'analyste Mathieu Slama, ce qui se joue entre Vladimir Poutine et les dirigeants européens, ne se situe pas simplement autour de la question ukrainienne mais au niveau des idées, "sur quelque chose de bien plus fondamental et décisif". Deux visions du monde qui s'entrechoquent, " la démocratie libérale et universaliste" côté européen et "la nation souveraine et traditionaliste, de l'autre ", côté Poutine.

 

Sources : Marianne par Mathieu Slama

Nous rejetons l'universalisme du modèle occidental et affirmons la pluralité des civilisations et des cultures. Pour nous, les droits de l'homme, la démocratie libérale, le libéralisme économique et le capitalisme sont seulement des valeurs occidentales, en aucun cas des valeurs universelles. » L'homme qui a prononcé ces mots est Alexandre Douguine, intellectuel néo-eurasiste de la droite radicale russe, dans un entretien accordé à la revue Politique internationale en 2014. Au fil des années, il s'est lié d'amitié avec un certain nombre de dignitaires du Kremlin et de la Douma. Depuis le déclenchement de la crise ukrainienne, il est omniprésent dans les médias, appelant ni plus ni moins à « la prise de Kiev » et à la guerre frontale avec l'Ukraine. « L'Ukraine de l'Est sera russe », assure-t-il. Contrairement à ce qu'affirment certains intellectuels anti-Poutine en France (Bernard-Henri Lévy notamment), Douguine n'est pas « le penseur de Poutine », la relation directe entre les deux hommes étant difficile à établir. Cependant, force est de constater qu'on retrouve, dans certains discours du président russe, une même vision du monde qui est celle d'un monde multipolaire, où la dimension cardinale est la souveraineté nationale et où « universalisme » est l'autre mot pour désigner l'ambition hégémonique occidentale.

 

On peut reprocher beaucoup de choses à Vladimir Poutine, mais il y a une chose qu'il est difficile de lui contester, c'est son intelligence et l'imprégnation qu'il a de la culture et de l'âme russes.

 

 

- D'un côté, la démocratie libérale et universaliste ; de l'autre, la nation souveraine et traditionaliste

En cela, nous dit Hubert Védrine dans le dernier numéro du magazine Society consacré à Poutine, il se distingue très nettement de ses homologues européens : « C'est un gars [sic] très méditatif, qui a énormément lu. Vous ne pouvez pas dire ça d'un dirigeant européen aujourd'hui. Il y a une densité chez Poutine qui n'existe plus chez les hommes politiques. » 

 

Dans un discours absolument fondamental d'octobre 2014 devant le Club Valdaï, réunion annuelle où experts, intellectuels et décideurs viennent parler de sujets liés à la Russie, Poutine a brillamment exposé l'essentiel de sa doctrine. Morceaux choisis : « La recherche de solutions globales s'est souvent transformée en une tentative d'imposer ses propres recettes universelles. La notion même de souveraineté nationale est devenue une valeur relative pour la plupart des pays » ; « Un diktat unilatéral et le fait d'imposer ses propres modèles aux autres produisent le résultat inverse. Au lieu de régler les conflits, cela conduit à leur escalade ; à la place d'Etats souverains et stables, nous voyons la propagation croissante du chaos ». 

 

Difficile de ne pas voir l'influence, même indirecte, d'Alexandre Douguine dans un tel discours. Poutine situe son combat contre l'Occident non pas sur la seule question ukrainienne, mais sur quelque chose de bien plus fondamental et décisif. Poutine et l'Occident, ce sont deux visions du monde irréconciliables qui s'affrontent, la démocratie libérale et universaliste, d'un côté, face à la nation souveraine et traditionaliste, de l'autre.

 

La différence entre Douguine et Poutine est cependant de taille. Là où le premier défend une vision idéologique et quasi eschatologique de la mission russe - « La crise ukrainienne n'est qu'un petit épisode d'une confrontation très complexe entre un monde unipolaire et multipolaire, entre la thalassocratie[civilisation de la mer, l'Amérique] et la tellurocratie [la civilisation de la terre, la Russie] », Libération du 27 avril 2014 -, le second reste un homme d'Etat pragmatique qui sait qu'on gagne d'abord les batailles par l'habileté dans la négociation et la recherche de compromis politiques. Là où Douguine rejette en bloc le libéralisme, Poutine y voit, notamment dans sa dimension économique, un moyen d'accroître la prospérité de la Russie.

 

Raison de plus, pour l'Europe, d'éviter l'escalade et d'adopter une diplomatie un peu plus indépendante des Etats-Unis vis-à-vis de la Russie. Dans le cas contraire, la prophétie de Douguine d'un nouveau « choc des civilisations » risque fort de se réaliser.

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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 08:25
L'idée choc étudiée en Islande : et si on retirait aux banques la capacité de créer de la monnaie ?

Un rapport parlementaire islandais suggère de donner à la seule banque centrale le monopole de la création monétaire. Une vraie révolution, si l'idée était appliqué...

 

Sources : La Tribune par Romaric Godin

Décidément, l'Islande est le pays de la créativité financière. Après avoir montré, en 2009, qu'il existait bien une alternative au transfert de la dette bancaire vers la dette publique, l'île nordique pourrait s'apprêter à réaliser une grande expérience monétaire.

 

Le 31 mars dernier, en effet, le président du comité des affaires économiques de l'Althingi, le parlement islandais, Frosti Sigurdjonsson, a remis un rapport au premier ministre, Sigmundur Gunnlaugsson, sur la réforme du système monétaire islandais. Et c'est une véritable révolution qu'il propose.

 

 

- L'absence de maîtrise de la banque centrale sur le système monétaire

Le rapport cherche en effet à réduire le risque de bulles et de crises dans le pays. En 2009, l'Islande a connu une crise très aiguë qui a fait suite à une explosion du crédit alimenté par un système bancaire devenu beaucoup trop généreux dans ses prêts et beaucoup trop inconscient dans sa gestion des risques.

 

Ni l'Etat, ni la Banque centrale islandaise (Sedlabanki) n'ont pu stopper cette frénésie. « Entre 2003 et 2006, rappelle Frosti Sigurdjonsson, la Sedlabanki a relevé son taux d'intérêt et mis en garde contre une surchauffe, ce qui n'a pas empêché les banques d'accroître encore la masse monétaire. »

 

 

- Comment fonctionne le système actuel

Dans le système actuel, ce sont en effet les banques commerciales qui créent l'essentiel de la masse monétaire, en accordant des prêts à discrétion. La banque centrale ne peut que tenter de décourager ou d'encourager, par le mouvement des taux ou par des mesures non conventionnelles, cette création. Mais la transmission de la politique monétaire aux banques n'est jamais une garantie.

 

Malgré la hausse des taux de la Sedlabanki, la confiance et l'euphorie qui régnait en Islande au début des années 2000 a soutenu le processus de création monétaire. Lorsque la demande existe, rien ne peut empêcher les banques de prêter. Lorsqu'elle disparaît, rien ne peut les contraindre à le faire. Et souvent, ces mouvements sont excessifs, ce qui créé des déséquilibres, puis des corrections par des crises où l'Etat doit souvent venir au secours des banques. Et lorsqu'il faut faire repartir l'activité, les banques centrales ont souvent des difficultés à être entendue.

 

Le cas de la zone euro en est une preuve. Il a fallu que la BCE use de moyens immenses, l'annonce d'un QE de 1.140 milliards d'euros, pour que le crédit commence à se redresser dans la zone euro et encore, de façon fort limitée pour l'instant.

 

 

- Une idée ancienne

D'où cette idée centrale du rapport de Frosti Sigurdjonsson : ôter aux banques le pouvoir de création monétaire. Comme le souligne l'ancien président de l'autorité financière britannique, Aldair Turner, qui préface le rapport, « la création monétaire est une matière trop importante pour être laissée aux banquiers. »

 

Cette idée n'est, en réalité, pas neuve. Après la crise de 1929, des économistes étatsuniens avaient proposé en 1933 le « plan de Chicago » qui proposait d'abolir la capacité des banques à créer par elle-même de la monnaie. Il avait eu un grand succès, mais pas de traduction concrète véritable.

 

En 1939, l'économiste Irving Fischer, un de ceux qui avaient examiné de plus près la crise de 1929, avait proposé de transférer le monopole de la création monétaire à la banque centrale. James Tobin, Milton Friedman et d'autres ont également réfléchi sur ce sujet. Mais la proposition islandaise, que Frosti Sigurdjonsson présente comme « une base de discussion » pour le pays, est la première proposition de passage à un autre système qu'il appelle le « système monétaire souverain. »

 

L'idée choc étudiée en Islande : et si on retirait aux banques la capacité de créer de la monnaie ?

- Décider de la création monétaire dans l'intérêt de l'économie

Quel est-il ? Le rapport indique que l'Islande « étant un Etat souverain avec une monnaie indépendante est libre de réformer son système monétaire actuel, qui est instable et de mettre en place un système monétaire de meilleure qualité. » Dans ce système, seule la Banque centrale aura le monopole de la création monétaire, aucune couronne ne pourra circuler si elle n'a pas été émise par la Sedlabanki à l'origine.

 

Cette dernière pourra donc faire évoluer la masse monétaire en fonction de ses objectifs « dans l'intérêt de l'économie et de toute la société. » Frosti Sigurdjonsson propose qu'un « comité indépendant du gouvernement prenne des décisions sur la politique monétaire de façon transparente. »

 

La Banque centrale créera de la monnaie en accordant des prêts aux banques commerciales pour qu'elles prêtent ensuite des sommes équivalentes aux entreprises et aux particuliers, mais aussi en finançant des augmentations de dépenses publiques ou des exemptions d'impôts, ou encore par le rachat de dettes publiques. Pour empêcher la création monétaire par le système bancaire, deux types de comptes auprès de la banque centrale seront créés.

 

 

- Comptes de transactions et d'investissements

Les premiers seront les « comptes de transactions. » Ces comptes représenteront les dépôts des particuliers et des entreprises. Les banques commerciales administreront ces comptes, mais ne pourront pas en modifier les montants. L'argent déposé sur ses comptes ne rapportera pas d'intérêt, mais sera garantie en totalité par la banque centrale.

 

Un deuxième type de comptes, les « comptes d'investissements », sera créé en parallèle. Les agents économiques pourront transférer des fonds des comptes de transaction vers les comptes d'investissements. L'argent placé sur ses comptes seront investis par les banques et seront bloqués durant une période déterminée.

 

Les banques pourront alors proposer à ceux qui placent leur argent dans ces fonds différents types de produits, notamment des produits risqués à haut rendement. Il s'agit concrètement de séparer autant qu'il est possible l'argent du crédit. Le risque lié au crédit ne disparaît pas, mais il est limité par l'obligation de ne prêter que l'argent déposé sur ces comptes d'investissements.

 

 

- Plus de Bank Runs

Pour Frosti Sigurdjonsson, ce système permettra une gestion plus réaliste de la masse monétaire non plus dans l'intérêt des agents privés, mais dans celui de la collectivité. La garantie sur les dépôts permettra d'éviter une course aux guichets (Bank Run), sans réduire, du reste, la responsabilité de ceux qui auraient investi dans des produits à risque.

 

Avec ce système, une séparation bancaire entre banque d'investissement et banque de dépôts n'est pas nécessaire, puisque l'activité de banque de dépôts sera garantie par la banque centrale. Du reste, la garantie implicite de l'Etat dont bénéficient les grandes banques disparaîtra d'elle-même.

 

 

- Gérer la transition

Pour la transition, Frosti Sigurdjonsson propose de transférer les dépôts détenus dans les banques commerciales vers les comptes de transaction. Ce transfert se fera par l'émission d'une créance sur les banques qui sera détenue par la Sedlabanki et qui sera payée sur plusieurs années par les banques.

 

Ce « passif de conversion » s'élèverait à 450 milliards de couronnes islandaises, soit 3,05 milliards d'euros. Cet argent issu des banques commerciales sera donc progressivement remplacé par de l'argent issue de la banque centrale. Dans cette phase de transition, les sommes versées par les banques pourraient servir soit à réduire la dette publique, soit à réduire, si besoin, la masse monétaire, par l'annulation d'une partie des fonds versés.

 

 

- Les problèmes posés

Cette proposition ne règlera certes pas tous les problèmes. Certes, les prêts seront sans doute moins importants et la croissance de l'économie sans doute moins forte. Mais le projet est d'avoir une économie plus stable et, sur le long terme, tout aussi performante. Plutôt que de voir l'économie croître de 5 % par an, puis de corriger de 3 % ; on pourrait avoir une croissance stable de 2 % par an sans à-coup...

 

L'indépendance du comité de la Banque centrale sera très hypothétique, car l'Etat sera une courroie naturelle de la création monétaire et un risque d'excès n'est pas, ici, à exclure, même si l'Etat peut aussi bien prétendre représenter l'intérêt général que ce comité indépendant.

 

Mais une ambiguïté peut ici être problématique. Les liens avec les autres systèmes monétaires classiques pour une petite économie comme l'Islande sont encore à explorer. Matthew Klein, dans le Financial Times, a souligné également que ce nouveau système ne réduit pas le risque de financement d'investissements à long terme par des investissements à court terme qui avait été à l'origine de la crise de 2007-2008.

 

Enfin, il ne s'agit là que d'une proposition. Le premier ministre a bien accueilli le rapport. Mais ira-t-il jusqu'à lancer un tel chambardement de grand ampleur ? Les Islandais seront-ils prêts à franchir le pas ? La discussion est, du moins, lancée.

 

Pour en savoir plus :

- Lire (en anglais) le rapport du parlement islandais ICI

- mon dossier Islande

- L'Islande annule (encore une fois) une partie des emprunts immobiliers des ménages

- Pourquoi l'omerta des médias au sujet de la démocratie islandaise ?

- Une raclée méritée : 46 ans de prison confirmés pour neuf grands banquiers islandais

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13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 08:58
Selon Al Gore, ancien vice-président des Etats-Unis: près de 50% des terres arables de la RDC sont bradées

Sources : Africatime.com R.D.Congo | mis à jour le 13/02/2024

- Après le secteur des mines, qui a subi une véritable razzia, c’est le tour de terres arables de la RDC[1] de faire l’objet d’une ruée à l’échelle internationale.

Dans son livre intitulé ‘’ Le futur ’’, Al Gore, ancien vice-président des Etats-Unis, note que 48,8% des 120 millions d’hectares des terres arables que compte le Congo-Kinshasa sont déjà cédées aux étrangers. Un véritable bradage qui se fait malheureusement, dénonce l’ex numéro 2 sous Bill Clinton, au détriment du peuple congolais. Une redéfinition s’impose.


Scandale géologique, la République démocratique du Congo n’a pas cessé de séduire. Qui eut imaginé qu’au-delà de ses mines et de ses forets, la RDC pouvait attirer autant de convoitises pour ses terres arables ? Et sur ce point précis, la RDC a été bien dotée par la nature, parce qu’elle en compte environ 120 millions, derrière le Brésil.

 

La RDC, c’est aussi de larges étendues de terres fertiles et propices à l’agro-industrie. Une bénédiction de la nature (ou de Dieu). Les conditions climatiques favorisent le déploiement à grande échelle des activités agricoles toute l’année.

 

 

- Malheureusement, le peuple congolais n’en tire pas le meilleur parti. Pourquoi ?

Parce que son élite, toutes tendances confondues, s’embourbe dans des disputes politiques internes, ceux qui disposent du regard de l’aigle ont vite fait d’anticiper. Maffieux ou pas, ces investisseurs étrangers à la recherche de nouvelles sources d’enrichissement n’ont pas tardé pour prendre pied en RDC.

 

Leur flair les a renseignés que ce grand pays au centre de l’Afrique est un nouvel eldorado où terres rares et terres arables font ménage. Dès lors, ils préviennent la désertification qui guette des pays tels que l’Arabie Saoudite, la Chine et les Etats-Unis. Les terres arables et partant l’agriculture, se feront de plus en plus rares dans un avenir pas très lointain.

 

Dans cette recherche de la survie, la RDC est au centre du de nouveaux enjeux internationaux. D’autant que le Brésil est un pays pas facile d’accès.

Selon Al Gore, ancien vice-président des Etats-Unis: près de 50% des terres arables de la RDC sont bradées

- Le pavé d’Al Gore

Dans son dernier ouvrage intitulé : « Le futur. Six logiciels pour changer le monde », Al Gore, ancien vice-président des Etats-Unis sous l’ère Bill Clinton de 1993 à 2001 et prix Nobel de la paix, pose le problème dans des termes clairs. « Dans nos économies mondialisées, écrit-il, certains pays dont la population augmente et qui épuisent les ressources de leurs sols et en eau sont amenés à acheter de vastes étendues de terres arables dans d’autres pays, en particulier en Afrique où l’on estime qu’un tiers des terres non cultivées sont disponibles ».

 

Reprenant les déclarations de Makambo Lotorobo, agent de terrain chez Friends of Turkana, une Ong environnementale kenyane, Al Gore souligne que : « La Chine, l’Inde, la République de Corée, l’Arabie Saoudite, notamment, ainsi que des entreprises multinationales, des fonds de pension et des universités achètent de grandes étendues de terres sur le continent (Ndlr : noir) afin de produire du blé et d’autres céréales non seulement pour leur propre consommation mais aussi pour les vendre sur les marchés mondiaux. C’est une sorte de nouveau colonialisme, comme au XIXè siècle quand nos ressources étaient exploitées pour permettre au monde occidental de se développer ».

 

Al Gore poursuit, citant cette fois-ci Philip Woodhouse de l’université de Manchester, qu’ « il ne fait aucun doute qu’il ne s’agit plus seulement de terres mais bien de l’eau ». Et d’ajouter : « Les pays riches ont un œil sur l’Afrique, pas uniquement en termes de profits et de retours sur investissements mais aussi comme une police d’assurance ».

 

 

- Dans cette nouvelle chasse aux terres arables de l’Afrique, la RDC (République Démocratique du Congo) n’est pas à l’abri.

Selon Al Gore, qui se réfère à une analyse de Rights and Resources Initiative, une Ong internationale basée à Washington, « la République démocratique du Congo a signé des accords avec des propriétaires étrangers pour céder 48,8% de ses terres cultivables ». Plus explicite, l’ancien vice-président des Etats-Unis affirme que « la Chine a obtenu un agrément avec la République démocratique du Congo sur l’exploitation de l’huile de palme pour des biocarburants sur une étendue de 2,8 millions d’hectares ». « Quant à la part exacte des achats massifs destinés au biofuel, note Al Gore, les experts sont partagés. La Banque mondiale a calculé que, en 2009, 21% y étaient destinés, alors que l’International Land Coalition estime qu’ils représentent 44% ».

 

A voir de plus près, les estimations d’Al Gore paraissent tout à fait minimalistes pour le cas précis de la RDC. Sûrement, la cession des terres arables de la RDC se situe bien au-delà de 50%. Et, la Banque mondiale, citée toujours par Al Gore, penche dans ce sens. « La Banque mondiale, écrit-il, a analysé les rapports concernant les transactions immobilières internationales en matière d’agriculture entre 2008 et 2009 et conclu que, durant cette période de deux ans, les pays étrangers et les entreprises ont acheté presque 8 millions d’hectares de terres – approximativement la superficie du Pakistan – et que deux tiers des ventes se sont déroulées en Afrique ».

 

De ce point de vue, qui d’autre en Afrique à part la RDC dispose de terres arables assez larges pour se livrer à un tel exercice ? Si la Banque mondiale limite ses analyses en 2009, elle ne fait pas mention de tout ce qui se passe jusqu’à ce jour. En effet, la réalité est que le monde nourrit de grandes ambitions sur les terres arables. Et la RDC est dans l’œil du cyclone.

 

La menace de désertification qui guette de nombreux pays tels la Chine, l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis les poussent aujourd’hui à lorgner ailleurs, notamment en Afrique, pour trouver des terres cultivables. Or, la RDC en compte environ 120 millions d’hectares, dont à peine 10% sont mis en valeur. Elle paraît, de ce point de vue, comme un candidat potentiel à la grande ruée internationale des terres arables.

 

Pour ces pays en panne, il devient préférable, comme l’indique Al Gore, « d’acheter des terres disposant d’abondantes nappes d’eau douce en Afrique » que d’investir dans des projets d’irrigation extrêmement onéreux « at home ».

 

 

- La voie de sortie

Dans ces conditions, peut-on espérer une inversion de la tendance ? Difficile à dire pour l’instant. Toutefois, d’aucuns sont d’avis qu’une nouvelle colonisation de l’Afrique serait en gestation. L’Afrique se réveiller. Particulièrement la RDC, qui a le devoir ici et maintenant prendre conscience du danger pour éviter une nouvelle hécatombe au pays.

 

Alors que le vaste bradage des mines ne s’est pas encore arrêté, un autre, d’une grande amplitude, risque de ruiner complètement l’avenir de la RDC. Les terres arables congolaises sont à protéger et non à brader. Et, l’Etat, garant de la souveraineté et du bien-être du patrimoine commun doit les protéger contre vents et marées.

 

Dans une étude intitulée : « Les conflits autour des terres arables en RDC : négligés mais aussi dévastateurs que les guerres à l’Est du pays » de Joël Siku Kasereka, postée sur Internet le 20 mars 2013, l’auteur prédit un scenario apocalyptique pour la RDC. Il note que « la richesse potentielle de la RDC cache des réalités paradoxales ». L’auteur craint une résurgence des conflits autour de l’accès aux terres, notamment cultivables.

 

Pourtant, avec plus de 120 millions d’hectares des terres arables, la RDC pourrait nourrir plus du tiers de la population mondiale, en utilisant les technologies de production améliorées les plus récentes. Ce qui n’est pas le cas. En lieu de rentabiliser ses terres, la RDC a préféré les céder aux étrangers pour une exploitation agro-industrielle qui ne profite nullement à sa population. Recadrer le tir parait plus que jamais inévitable pour éviter un cataclysme national.

 

Quid ? Déposséder le pays des terres arables, comme c’est le cas actuellement, c’est entretenir des conflits que l’on ne saura pas maitriser dans les prochains jours. Une redéfinition s’impose pour recadrer les choses. Il y a va de l’intérêt du pays.

 

 

- Quelques données chiffrées sur la RDC

 

• Superficie de la RDC : 2.345.000 Km²
• +/- 120 millions d’hectares de terres arables dont 10% exploitées et 4 millions d’hectares irrigables
• +/-135 millions ha des forêts tropicales (52% de la RDC)
• Potentiel halieutique: +/- 700.000 T de poissons par an
• Potentiel de Gros bétail à élever + 40 millions de têtes
• +/-60 millions d’habitants dont 70 millions en milieu rural (six millions de ménages agricoles)
• 400.000 artisans pêcheurs.

 

Note

[1] République démocratique du Congo

 

Pour en savoir plus :

- DOSSIER : Les terres agricoles en Afrique

- Des paysans cambodgiens attaquent le groupe Bolloré en justice

- L’accaparement des terres en Afrique : Investissement ou pillage ?

- Terres "accaparées" : séance d'explications entre Bolloré et les communautés locales

- Les guerres africaines de Vincent Bolloré

- Bolloré étend son empire agricole

- La RDC peut-elle devenir le grenier de l’Afrique ?

 

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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 08:51
Pierre Pytkowicz

Pierre Pytkowicz

Ancien ministre des Finances (1998-2 000) de la République libanaise, économiste et historien, Georges Corm défend dans son dernier ouvrage, Pensée et politique dans le monde arabe, une vision de la culture arabe bien plus riche et ouverte que le cliché récurrent de berceau du terrorisme islamiste relayé par les médias dominants.

 

Source : l'Humanité par Stéphane Aubouard le 12 Juin, 2015

- L'Humanité : Dans votre dernier ouvrage, Pensée et politique dans le monde arabe[1], vous faites clairement la distinction entre culture arabe et culture musulmane. Cependant, peut-on aujourd’hui, au regard des événements dramatiques qui secouent le monde arabe, victime de l’islamisme politique, séparer la pensée arabe de la pensée musulmane ?

Georges Corm : C’est tout le sens de mon livre. Il est absolument nécessaire de faire cette distinction. Il faut rappeler que le monde arabe a une pensée et une culture qui se situent à la fois avec et en dehors de l’islam. En dehors, parce que la culture arabe existe préalablement à l’islam, avec des traditions poétiques majeures indépendantes de toute contingence religieuse. Dans le premier chapitre de mon livre, je rappelle d’ailleurs l’importance de cette culture poétique. Culture primordiale à tel point qu’aujourd’hui encore, les personnes les plus honorées dans toutes les sociétés arabes restent les grands poètes, mais aussi de grands compositeurs de musique, chanteurs et divas, de très nombreux romanciers de qualité, dont le travail artistique et littéraire constitue le fond de la conscience collective arabe. Il y a de fait une pensée arabe très diverse de type profane, ouverte sur tous les problèmes de la modernité et qui est un socle majeur de la conscience collective arabe. Cependant, la pensée arabe existe aussi avec l’islam – événement historique et culturel considérable –, puisque, après l’apparition de la prophétie coranique, certes de très nombreuses écoles théologiques ont fleuri, mais aussi la philosophie qui a repris et développé le patrimoine grec et a fertilisé la pensée chrétienne en Europe à travers l’Andalousie. Et aujourd’hui encore, dans les cercles intellectuels, il y a de grandes controverses et des débats souvent très riches. Une des questions qui travaille le plus la pensée arabe philosophique et politique tourne autour de la structure de l’esprit arabe : est-il un esprit théologique fermé ou un esprit philosophique ouvert ? Il y a aussi de très nombreux débats sur les bienfaits et les méfaits de la laïcité, et les différentes formes de séparation du temporel et du spirituel.

 

Ce que décrit par ailleurs mon ouvrage, c’est le basculement médiatique et académique en Europe et aux États-Unis sur l’islam politique, qui a été instrumentalisé et radicalisé à la fin des années 1970, lors du dernier épisode de la guerre froide, lorsque les États-Unis ont théorisé la nécessaire réislamisation des sociétés arabes pour faire face à l’extension du communisme dans la jeunesse de ces sociétés et d’autres sociétés musulmanes en Asie. Cela s’est notamment traduit par l’enrôlement et l’entraînement de milliers de jeunes Arabes en Arabie saoudite et au Pakistan, sur la demande des États-Unis, pour aller se battre contré l’armée soviétique qui a envahi l’Afghanistan en 1979, en invoquant la nécessité d’un « djihad » contre les athées soviétiques. C’est de cette première guerre d’Afghanistan qu’est née l’organisation al-Qaida d’Oussama ben Laden, riche ressortissant saoudien, et qu’est né le mouvement des talibans, pratiquant lui aussi un islam radical à la mode saoudo-wahhabite. Ce que nous vivons aujourd’hui n’est que la suite logique de cette politique fatale.

 

 

- L'Humanité : Les contre-révolutions violentes qui ont suivi les révoltes arabes initiées en 2011, en Tunisie, et l’apparition, il y a un peu plus d’un an, de l’« État islamique » sont-elles aussi liées à un rejet des valeurs occidentales de la part des peuples arabes ?

Georges Corm : Parlons plutôt de la vague de mouvements libertaires à forte coloration sociale qui a secoué toutes les sociétés arabes, du sultanat d’Oman à la Mauritanie, au premier trimestre de l’année 2011. Depuis trente ans, un récit cliché s’est installé qui prétend que la psyché musulmane aurait été agressée d’abord par le colonialisme, puis par les régimes républicains laïcs du monde arabe. Mais le colonialisme a fait des dégâts dans toutes les sociétés colonisées – hindoue, boud-dhiste, confucianiste, animiste ou chrétienne – donc pas seulement dans le monde musulman. Aussi, prétendre que le monde arabe est en guerre contre l’Occident est une déformation grossière de la réalité qui entretient le mythe que les organisations terroristes telles que Daesh ou le Front al-Nosra (branche syrienne d’al-Qaida – NDLR) incarneraient une psyché musulmane éternelle, résumée dans le radicalisme violent, tel qu’il peut être prôné par une utilisation perverse de la doctrine wahhabite qui constitue la doctrine d’État de l’Arabie saoudite et du Qatar. Il faut rappeler que ces deux pays, alliés des États-Unis et, entre autres, de la France, disposent de moyens financiers gigantesques qui ont facilité l’extension de la doctrine wahhabite dans toutes les communautés musulmanes sunnites. Mais soyons objectifs : il y a bien plus d’Arabes en accord avec la philosophie des Lumières qu’avec le terrorisme produit par ce radicalisme islamique, très peu conforme à l’esprit de cette religion. Il suffit de regarder dans le monde réel ! La quasi-totalité des gouvernements arabes sont des alliés de l’Occident, la Syrie exceptée et, évidemment, pour des raisons exclusivement politiques. Des centaines de milliers de familles envoient leurs enfants en Europe, en France en particulier, ou aux États-Unis pour qu’ils y fassent des études. Toute une partie de la jeunesse arabe ne rêve que d’émigrer en Europe, voire aux États-Unis. Cela prouve bien que tout le schéma huntingtonien de choc des civilisations est purement imaginaire.

 

 

- L'Humanité : Cependant, la France, qui a longtemps pratiqué une politique d’apaisement, a opéré un changement radical dans sa politique arabe dès lors que Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir. Comment le pays des droits de l’homme est-il perçu par la population civile ?

Georges Corm : Il serait souhaitable que la France cesse d’intervenir directement dans les conflits ou qu’elle cesse de vendre des armes aux monarchies de la péninsule Arabique, lesquelles sont employées dans des interventions violentes dans d’autres pays arabes tels que le Yémen. La politique extérieure française est totalement alignée sur la politique de l’Otan, des États-Unis et des États du Conseil de coopération du Golfe. Elle fait même de la surenchère comme dans le dossier syrien ou celui du projet de traité avec l’Iran. La France ne peut donc plus jouer un rôle d’apaisement ou d’arbitre impartial, comme au temps du général de Gaulle. Mais elle reste le pays des droits de l’homme, c’est une image qui reste encore très présente dans l’imaginaire collectif arabe. Parce que la pensée arabe moderne a été fortement influencée par les Lumières et la Révolution française. Pour le monde arabe, les premiers à être entrés en contact avec cette pensée européenne, ce sont les grands cheikhs de l’université islamique d’Al-Azhar, au Caire. Al-Tah-tawi, tout d’abord, qui est venu en France dès 1825, envoyé par le souverain égyptien de l’époque, Mohammed Ali. Sa mission consistait à savoir pourquoi et comment la France était arrivée à un tel niveau de développement et de modernité. C’est sans nul doute celui qui, le premier, a su le mieux saisir la notion de citoyenneté. Plus tard, il y a eu Taha Hussein, né dans un milieu rural très pauvre, atteint de cécité à l’âge de deux ans. Malgré cette infirmité majeure, ses études et son talent l’amenèrent à Al-Azhar, puis à l’université du Caire, puis à Montpellier et Paris, où il apprend le français et obtient un doctorat. Lorsqu’il reviendra en Égypte, il contribuera grandement au développement de l’éducation dans le pays. Une de ses œuvres majeures, l’Avenir de la culture en Égypte, reste d’actualité pour toutes les sociétés arabes.

 

 

- L'Humanité : Pourtant, ne sont-ce pas ces mêmes pays où les Lumières sont apparues qui passent aujourd’hui leur temps à obscurcir l’horizon des pays arabes ?

Georges Corm : C’est la seconde fois dans l’histoire contemporaine des Arabes que nous avons des révolutions et contre-révolutions fulgurantes. Tout d’abord, au temps de Gamal Abdel Nasser, cet homme charismatique qui a galvanisé l’ensemble du monde arabe pour le débarrasser de la colonisation. Le nationalisme arabe laïc et socialisant, qu’il prônait, a été considéré pendant très longtemps comme l’ennemi numéro un des grands puissances occidentales. L’expédition de Suez, en 1956, menée conjointement par la France, la Grande-Bretagne et Israël, en est la preuve la plus évidente. Par la suite, tous les efforts ont été déployés pour arrêter la vague révolutionnaire arabe anti-impérialiste des années 1960 et 1970, où les mouvements armés palestiniens ont joué un grand rôle. Efforts conjoints des puissances occidentales et des mouvances d’islam politique soutenues par l’Arabie saoudite. Francfort et New York sont alors devenus des lieux d’asile privilégiés des Frères musulmans. La grande vague libertaire de 2011 a suscité une autre contre-révolution, avec à nouveau les mouvances islamiques qui ont joué un rôle majeur, en alliance avec les États occidentaux. Rappelons que l’Arabie saoudite a envoyé son armée dans le petit royaume de Bahreïn pour y supprimer, par la force, la révolte libertaire et sociale. Ailleurs, cette révolution a de nouveau été brisée par les puissances occidentales, notamment par la France, en Libye et en Syrie, pour amener un changement de régime dans ces deux pays en particulier : le premier, vraisemblablement pour son rôle en Afrique subsaharienne ; le second, pour affaiblir le régime iranien et le Hezbollah libanais, pour le plus grand bonheur de l’État d’Israël, des États-Unis et de l’Arabie saoudite.

 

 

- L'Humanité : D’autres pays, comme la Russie, peuvent-ils encore jouer un rôle ?

Georges Corm : La Russie, qui ne dispose que d’une petite base navale en Méditerranée, dans le port syrien de Tartous, fait cependant encore contrepoids. Elle ne lâchera pas aussi facilement ce pays, à l’heure où Moscou est en train de constituer avec l’Iran, la Chine et d’autres pays émergents, un bloc eurasiatique. Car, il n’y a pas de raison que les États-Unis, qui sont à 10 000 kilomètres de la Méditerranée, soient le seul grand acteur militaire et politique de la région, et que la Russie, qui a des frontières à 200 kilomètres de cette mer stratégique, et l’Iran en soit exclus. Cependant, les États-Unis tiennent absolument à contrôler le Moyen-Orient et la Méditerranée face au projet de regroupement eurasiatique. Et pour ce faire, Washington a deux alliés de poids dans la région, l’Arabie saoudite et Israël – en sus du Pakistan, plus loin dans la péninsule Indienne –, tous trois États à prétention religieuse. Car, si le problème de la pensée politique arabe est lié en partie à l’islamisme et à ses énormes moyens financiers, politiques et médiatiques, elle doit aussi faire face au phénomène israélien, qui se présente comme l’incarnation et le défenseur du judaïsme à l’échelle mondiale. Aux États-Unis, les fondamentalismes chrétiens jouent aussi un rôle important dans l’appui accordé au fondamentalisme israélien et à la poursuite de la colonisation des territoires palestiniens sans aucune sanction internationale.

 

 

- L'Humanité : Au final, où situez vous l’espoir pour ces peuples, pris entre guerres et terrorismes ?

Georges Corm : Ce qui s’est passé lors des révoltes de 2011 n’est pas vain. Il y a eu un formidable retour à l’unité de la conscience arabe, exaspérée par les autoritarismes de sources diverses, les injustices sociales extrêmes, l’absence d’opportunités d’emploi pour la jeunesse. Et ce moment restera nécessairement comme un grand instant de cette conscience collective, tout comme l’est resté le moment nassérien. C’est cela, le principal espoir. C’est donc la jeunesse. Mais il ne faut pas être naïf, rien ne sera possible tant que les conflits et les guerres n’auront pas desserré leur étau sur les nombreuses sociétés livrées à la violence aveugle et au terrorisme, qui ne tolère aucune diversité religieuse ou ethnique ou aucune pratique de l’islam différente du radicalisme à la mode wahhabite. Aussi je ne peux m’empêcher de renvoyer la balle à tous les démocrates américains et européens, pour qu’ils demandent des comptes à leur gouvernements sur les politiques menées dans le monde arabe depuis la fin de la Première Guerre mondiale. J’ai en effet du mal à comprendre que l’exercice de la démocratie soit restreint à l’espace intérieur, mais qu’il ne soit jamais demandé des comptes sur les politiques et interventions extérieures des gouvernements des États démocratiques, dont certains passent leur temps à vendre des armes et à s’immiscer dans les affaires intérieures d’autres États. Est-ce cela, la démocratie ?

 

Note :

[1] Éditions La Découverte

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7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 08:45
Histoire antique de la Palestine : Les premiers habitants

Sources : site du HAVRE DE SAVOIR Extrait du livre : Palestine hier, aujourd’hui et demain, Dr.Tareq Suwaidan.

- Les premiers habitants

Personne ne sait avec exactitude quand eurent lieu les premiers peuplements en terre de Palestine, et il n’existe aucune preuve qui permette de dater l’évènement. Néanmoins, les premiers indices et traces archéologiques indiquent que les premiers à avoir habité la Palestine furent un ensemble de tribu connu sous le nom de « les Natoufiyyun » 2000 ans avant J.C. Ils ont laissé des vestiges qui témoignent de leur présence mais nul ne sait qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Néanmoins, leurs vestiges sont les premières traces indiquant la première implantation humaine sur la terre de la Palestine.

 

  • Les Cananéens

Les premières découvertes archéologiques mises à jour en Palestine remontent  aux cananéens et aux Amorites. Ces deux peuples étaient des tribus qui émigrèrent de l’Arabie vers le nord et s’installèrent en terre d’Ash-Sham (Syrie), et précisément en Palestine. Ceci a été formellement et clairement démontré dans l’histoire de la Palestine. Tous les historiens aussi bien orientaux qu’occidentaux s’accordent à ce sujet. Par conséquent, l’origine  des premiers habitants de la Palestine apparue dans les textes historiques remonte aux arabes cananéens et  Amorites. Quant aux juifs,  à cette époque, il n’en est fait aucune mention. Leur nom n’est évoqué que plusieurs siècles plus tard comme le démontrera par la suite cette série sur l’histoire chronologique de la Palestine.

 

  • Les Jébusites

Nombreuses furent les tribus arabes de la Péninsule Arabique qui émigrèrent vers le nord. Là-bas, elles se dispersèrent entre la Syrie et l’Irak (Mésopotamie). Une partie de ses tribus s’installèrent en Egypte. Parmi celles-ci, se trouvaient les cananéens qui peuplèrent les vallées de Palestine. D’autres, les Jébusites s’installèrent dans la région Al-Qods (Jérusalem), avant même son édification. D’autres peuples se séparèrent et peuplèrent les montagnes : il s’agissait des phéniciens et des Amorites. Ainsi, ces tribus se répartirent la terre de Palestine. Les livres d’histoire, s’appuyant sur les traces archéologiques, citent les noms de toutes ces tribus en fonction de leur situation géographique en Palestine.

 

 

- L'origine du mot Palestine

Baalist : L’origine du nom « Palestine » remonte à d’autres peuples venus d’iles méditerranéennes, et notamment de Crêtes.  Il semblerait que les peuples de ces îles, pour cause de famine ou d’un évènement particulier, aient été contraints d’attaquer les côtes du « sham » et d’Egypte. Ils furent contenus une première fois par Ramsès III  lors la célèbre bataille de « Luzin » qui se déroula en Egypte. Ramsès refusa leur installation en Egypte. Après négociation, ils émigrèrent en Palestine. Ramsès leur ordonna de s’établir au sud de la Palestine, dans une région appelée «Baalist ». Les livres d’histoire et les textes sacrés évoquent ce récit ainsi que le nom de « Baalist ». Les habitants de « Baalist » furent appelés les « balistiniy-yun », d’où le nome « Palestine » qui était appelé tout d’abord « Balestine » pour se transformer au fil du temps en « Palestine ». Cependant, ces peuples furent voisins  des cananéens et des jébusites qui sont les habitants autochtones de cette région. Puis, ils se mélangèrent à la population autochtone et s’assimilèrent à la majorité au niveau linguistique et culturel. Avec le temps, les « balestiniens » s’assimilèrent complètement au sein des cananéens et l’histoire ne fit plus mention d’eux.

 

D’après ce qui précède, il nous apparait d’une manière évidente que pendant cette époque, il n’a jamais été fait mention des juifs ou de leurs peuples. Où se trouvaient-ils à cette époque ? Comment arrivèrent-ils en terre de Palestine ? Toutes les traces archéologiques, tous les livres d’histoire ainsi que les textes sacrés prouvent d’une manière catégorique que les premiers habitants de la Palestine sont les « cananéens » et les « jébusites ».

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Palestine

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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 08:05
Après le diktat de Merkel, tout est encore possible pour les Grecs

Sources : Le Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Robert Mascarell le 16 juillet 2015

Rien n’est terminé, mais tout me paraît fini. Voilà deux synonymes qui pourtant ne veulent pas dire la même chose. Je les utilise ici dans un sens oxymorique.

 

Rien n’est terminé, c’est-à-dire que la parole va devoir être reprise par la rue, par le peuple grec, et que des évolutions inattendues peuvent surgir.

 

Tout me paraît fini pour le Syriza qui a gagné le 25 janvier 2015 et surtout le 5 juillet 2015. Un autre Syriza va forcément naître, très différent.

 

Entendons-nous bien, je ne reproche pas à Tsipras d’avoir tourné le dos à ses engagements. Le point où en était arrivée la crise, délibérément provoquée par la troïka, contraignait Tsipras à signer n’importe quoi, plutôt que de prendre le risque instantanément d’une catastrophe humanitaire incontrôlable. Ce point ne me paraît pas souffrir de discussion.

 

Imprudent, celui qui limiterait son analyse au dernier épisode de la succession des événements depuis le 25 janvier 2015. Notre recul n’est pas très grand, mais il est suffisant pour se permettre de tirer quelques enseignements de ce qui a été fait et surtout de ce qui n’a pas été fait par nos camarades de Syriza.

 

Sur ce qui a été fait, je n’ai pas de critique à faire. C’est donc sur ce qui n’a pas été fait, de mon point de vue, que vont porter mon propos et mes regrets, pas mes critiques.

 

 

- 1er acte : la dissolution de l'Assemblée voulue par la Troïka

Tout à la joie de leur magnifique élection, le 25 janvier, nos camarades, trop idéalistes, ont insuffisamment perçu que, pour les 18 autres gouvernements de la zone euro, pour ne pas dire les 27 autres gouvernements de l’Union européenne, leur gouvernement était l’ennemi à abattre toute affaire cessante, par tous les moyens possibles.

 

Le hasard veut que le 24 janvier 2015, soit la veille de la victoire de Syriza, et alors que celle-ci était annoncée par tous les sondages, je participais à une réunion des responsables du Parti de gauche de l’Aveyron. Nous étions tous très heureux et, à mes yeux, immodérément optimistes sur les perspectives que cette victoire allait ouvrir dans les mois suivants. Très heureux, moi aussi, j’avais appelé mes camarades à beaucoup plus de prudence. J’ai rappelé que l’élection du 25 janvier était une élection anticipée, puisqu’elle était le résultat d’une dissolution de la chambre des députés majoritairement de droite, voulue par la troïka et par le chef du gouvernement grec, Monsieur Samaras.

 

J’ai ajouté, que ceux-là ont jugé qu’il était préférable pour eux que l’élection soit avancée d’une année. Quitte à ce que Syriza gagne cette élection anticipée. Pourquoi ? Parce que, si l’élection grecque avait eu lieu à la date prévue, soit en décembre 2015 ou janvier 2016, elle aurait eu lieu après l’élection générale en Espagne, où les chances de victoire de Podémos ne sont pas négligeables.

 

J’ai précisé, qu’en procédant aux élections d’abord en Grèce, puis en Espagne, les dirigeants européens espéraient bien avoir le temps de provoquer la chute de Syriza avant l’élection en Espagne. De manière à montrer au peuple espagnol, ce qui les attendait si jamais ils s’obstinaient à vouloir voter pour Podémos.

 

 

- 2ème acte : de sommet bidon en sommet bidon décisifs

La stratégie de Merkel, soutenue par tous les autres gouvernements européens, respecte le tableau de marche qu’elle s’est fixée.

 

Nos camarades de Syriza auraient-ils pu enrayer cette mécanique infernale ? Il est difficile de l’affirmer, mais mon regret, c’est que nos camarades n’ont pas suffisamment mesuré que dans une Europe capitaliste, la lutte des classes y est menée à mort, si nécessaire. De mon point de vue, ils ont été trop tendres.

 

Avant même d’arriver au pouvoir, il aurait été nécessaire que Syriza ait plusieurs stratégies alternatives, en fonction de l’évolution des événements. Au lieu de cela, le gouvernement grec a constamment réaffirmé son attachement absolu à cette Europe-là et à sa monnaie. Certes, il a été élu avec le mandat de rester et dans l’Europe et dans l’eurozone. Il a même réaffirmé sa volonté de rembourser sa dette.

 

Il est clair que, dès le premier acte de guerre mené par la BCE, qui scandaleusement a coupé tous les robinets vers la Grèce, puis le 2ème, après le fameux « accord » du 20 février 2015, où il est apparu que la troïka s’ingéniait à systématiquement retoquer les propositions de Tsipras, nos camarades auraient dû taper du poing sur la table et immédiatement, alors que les banques grecques avaient encore des réserves, en prendre le contrôle total. D’autant plus que la Banque centrale grecque est dirigée par un homme de droite.

 

C’est là, qu’ils auraient dû faire comprendre à la troïka, que si l’Europe, et surtout les pays de l’eurozone, continuaient à entraver leurs décisions, ils avaient une solution de rechange, genre se rapprocher de la Russie et des BRICS.

 

Dans ce sens, il me semble que Tsipras n’a pas suffisamment fait de géopolitique. Si cela avait été le cas, il aurait, de manière ostensible, insisté sur l’emplacement géographique de la Grèce, au carrefour entre la Russie orthodoxe (tiens, comme par hasard, c’est la religion des Grecs) et le Proche et Moyen-Orient.

 

Malheureusement, jusqu’au diktat du couple infernal Merkel-Schäuble, ce dimanche 12 juillet, imposé le révolver sur la tempe de Tsipras, celui-ci n’a joué, ni de près ni de loin, cette carte. Il est vrai que le 12 juillet c’était beaucoup trop tard.

 

Au lieu de cela, nos camarades ont accepté de se couler dans la tactique de la troïka. Celle des sommets bidons décisifs, où Tsipras et Varoufakis se présentaient avec chaque fois de nouvelles propositions en recul, mais qui étaient systématiquement repoussées par les monstres de la troïka. De sommet bidon en sommet bidon, les monstres ont gagné cinq mois, pendant lesquels les réserves financières grecques n’ont cessé de s’affaiblir. Jusqu’au moment, où n’en pouvant plus, Tsipras a magnifiquement joué la carte du soutien populaire, mais là aussi il était déjà trop tard. Le nœud coulant était presque totalement refermé sur la gorge des Grecs.

 

Il est aussi dommage que Tsipras n’ait absolument pas fait cas du rapport publié par le comité d’audit de la dette grecque, constitué d’experts financiers internationaux, et formé à l’initiative de l’admirable présidente de la chambre des députés grecque, la Vouli. Alors que ce comité démontre lumineusement que la dette grecque est illégale, illégitime, odieuse et insoutenable. C’est-à-dire que, rien que pour ces motifs, la Grèce était justifiée à ne pas la rembourser.

 

Le dénouement, provisoire j’en suis convaincu, de cette tragédie a eu lieu le 12 juillet. Tsipras ne pouvait faire autrement que de signer le diktat de Merkel-Schäuble, sauf à prendre le risque d’une catastrophe humanitaire immédiate et gravissime pour le peuple grec. C’est pourquoi, je lui garde tout mon respect et mon soutien. Il a agi en homme responsable et humain.

 

 

- 3éme acte : SYRIZA peut reprendre la main

Et maintenant, les carottes sont-elles cuites ? Je veux croire que non. Je pense même que Syriza a encore de bonnes cartes dans sa main.

 

Il est évident que le diktat européen ne peut que précipiter la Grèce encore plus au fond du gouffre. Mais, je suis persuadé que le peuple ne va pas se laisser faire. Des grèves et manifestations vont se multiplier, non contre le gouvernement, mais contre la troïka. Il va, probablement, sortir de sa torpeur pro-européiste et pro-euro présente et accéder à l’idée que rien n’est possible dans cette Europe.

 

Pendant tout ce temps de maturation du peuple, les dirigeants de Syriza, je n’en doute pas, vont, ce coup-ci, préparer les conditions de la sortie de la Grèce du carcan européen. De même, que le moment venu, ils sauront se saisir des conclusions du comité d’audit de la dette grecque et ainsi faire défaut sur la quasi-totalité de leur dette. Ils vont aussi, inviter l’Allemagne à lui payer ses dettes de guerre.

 

Aussi, loin d’accuser Tsipras et Syriza de trahison, je me félicite qu’ils soient toujours à la tête de la Grèce, pour utiliser le peu de pouvoir que leur laisse la troïka en faveur d’une répartition équitable des terribles efforts imposés par la dictature européenne, mais aussi pour favoriser toutes les actions de résistance du peuple.

 

La lutte continue !

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Grèce : l'implosion programmée de Syriza

- Derrière la fable, la France n’a pas vraiment défendu la Grèce

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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 08:09
Pourquoi l'omerta des médias au sujet de la démocratie islandaise ?

La réponse n'est pas si difficile à apporter :

l'Islande devient l'une des premières démocraties en Europe !

 

Source :  OPINIONS le 29 mai 2015 par Eric Labbé

Dans la quasi-totalité des pays européens, les Etats empruntent aux banques privées et sur les marchés financiers... Auparavant (en 1973 pour la France), les Etats empruntaient auprès de leur banque centrale.

 
 

- Mais pourquoi ce changement et à qui profite le "crime" ?

Les banques centrales prêtaient à taux nul à leurs Etats et ces derniers ont décidé, par l'intermédiaire des élus-traîtres, de transférer leur pouvoir aux banques privées qui ne se sont pas privées (sic) pour prêter avec un taux d'intérêt conséquent. Et c'est ainsi que la dette de tous les pays s'est envolée, les principaux créanciers étant les banques privées, ces dernières dictant leur loi aux citoyens de tous les pays par élus traîtres et corrompus interposés.

 

 

- Mais que fait l'Islande pour échapper aux banquiers escrocs ?

Première étape: Elle les met en prison. Le directeur de la deuxième banque d'Islande, la Landsbanki, a été condamné à 3 mois de prison ferme. Deux autres banquiers ont également été "coffrés" pour avoir manipulé des cours de bourse (comment est-ce possible?). Tandis que trois autres escrocs du système bancaire, ayant évolué au sein de l'ancienne première banque islandaise, la Kaupthing, ont écopé, en décembre 2013, de peines de prison allant de 3 ans et demi à 5 ans et demi, excusez du peu !

 

Deuxième étape : Plainte contre toutes les banques pour faux-monnayage. La Homes Association of Iceland (association d'intérêt public pour la protection des droits des ménages islandais) s'appuie notamment sur l'article 150 du Code pénal général n°19/1940 qui stipule que :"Toute personne qui crée de la fausse monnaie dans le but de la mettre en circulation comme monnaie légale ou toute personne qui acquiert de la fausse monnaie pour lui-même ou d'autres personnes dans le même dessein, sera soumise à une peine d'emprisonnement de 12 ans maximum. Dans le cas où la contrefaçon a été effectuée de manière à réduire la valeur spécifique de la monnaie légale, la sanction consistera en une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à 4 ans".

 

 

- Pourquoi ces silences permanents des médias traditionnels qui préfèrent informer dans le tout-convenant ?

Très certainement pour entretenir un système oligarchique médiatico-politico-financier qui profite à leurs maîtres mais aussi à eux-mêmes dans une moindre mesure.

 

Les peuples européens commencent à se réveiller. L'Islande, l'Espagne, la Grèce sont aux premières loges... Quel dommage que notre système oligarchique français perdure.... Mais pour combien de temps encore ?

 

Pour en savoir plus :

- mon dossier Islande

- L'Islande annule (encore une fois) une partie des emprunts immobiliers des ménages

- L’Islande dit non à l’Union Européenne

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 08:02
La crise russo-ukrainienne accouchera-t-elle d’un nouvel ordre européen ?

En dépit des divergences au sein du monde euro-atlantique et des réticences de Washington, les seconds accords de Minsk, visant à mettre fin au conflit dans l’est du Donbass, ont été signés à l’arraché grâce à une initiative conjointe de la France et de l’Allemagne, le 11 février dernier.

S’ils parviennent à empêcher une nouvelle partition de l’Ukraine, ces accords, si fragiles et ambigus soient-ils, pourraient offrir une chance ultime de rénovation de l’ordre européen, en jetant les bases d’un modus vivendi avec la Russie.

La France et l’Allemagne, qui demeurent les principaux piliers de l’Union européenne, pourraient jouer ici un nouveau rôle historique dans l’établissement d’un modus vivendi entre le monde occidental et la Russie. Mais examinons d’abord les paramètres qui pourraient permettre d’envisager la réalisation des accords de Minsk.

 

Sources :  le Monde Diplomatique par Jacques Lévesque[1], juin 2015 | mis à jour le 2 février 2016

- L’annexion de la Crimée peut à juste titre être attribuée au revanchisme.

Cependant, l’examen de la politique extérieure de la Russie postsoviétique montre qu’elle a été le produit de circonstances récentes, et qu’elle n’était pas inéluctable, ni même programmée, avant le début de 2014. C’est pourquoi elle était totalement inattendue. La résurrection du terme Novorossia la nouvelle Russie ») pour désigner le sud-est de l’Ukraine, et son utilisation par M. Vladimir Poutine, ne l’ont pas précédée, mais suivie, pour la justifier a posteriori.

 

 

- Deux conditions cruciales sont posées par Moscou pour la finalisation des accords de Minsk.

La première, et la plus importante, qui n’est pas explicitement inscrite dans ces accords : la non-adhésion de l’Ukraine à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). La seconde, la fédéralisation de l’Ukraine, doit être vue avant tout comme un moyen de garantir la première.

 

Depuis la fin de l’URSS, le processus d’élargissement de l’OTAN vers l’Est a été le principal facteur de la détérioration — entrecoupée de phases de coopération importantes — des relations entre la Russie et les Etats-Unis. Dès 1994, même les occidentalophiles qui entouraient encore Boris Eltsine s’y opposaient, affirmant qu’il ne pouvait être vu à Moscou que comme un moyen d’empêcher sa résurgence en tant que puissance européenne majeure. Même si Washington et les chancelleries occidentales niaient viser un tel objectif, Varsovie, Budapest, Prague et, plus tard, les républiques baltes affirmaient clairement, quant à eux, vouloir rallier l’OTAN pour se protéger d’une menace militaire russe qui n’allait pas tarder à revenir. Ce n’est que vingt ans plus tard que celle-ci s’est manifestée, telle une prophétie autoréalisatrice.

 

 

- Il a fallu beaucoup de temps pour cela.

En 1997, Eltsine signait avec son homologue ukrainien un traité solennel qui, pour la première fois, reconnaissait formellement l’intégrité territoriale de l’Ukraine, Crimée comprise. Il comptait ainsi freiner ce qui n’était alors que des velléités de rejoindre l’OTAN. Après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, M. Poutine, misant sur une refondation des relations avec Washington, facilita l’ouverture de bases et d’infrastructures militaires américaines en Asie centrale postsoviétique pour la conduite de la guerre d’Afghanistan. Il avala même la couleuvre du feu vert donné par M. George W. Bush à l’admission des trois républiques baltes au sein de l’OTAN, en espérant qu’elles seraient les dernières à la rejoindre. Jusqu’en 2004, il garda la conviction que la Russie pouvait devenir autre chose qu’une force d’appoint de la puissance américaine (2). Durant la période de coopération qui suivit le 11-Septembre, le partenariat stratégique avec la Chine pour la promotion d’un monde multipolaire, amorcé sous Eltsine, fut même prudemment mis en veilleuse.

 

C’est après la « révolution orange » de 2004 en Ukraine, et surtout après le sommet de l’OTAN d’avril 2008, au cours duquel M. Bush réussit à faire inscrire dans une déclaration solennelle que l’Ukraine et la Géorgie deviendraient un jour membres de l’Alliance, que M. Poutine se fit plus ouvertement menaçant. M. Bush avait arraché cette déclaration après que la France et l’Allemagne eurent fait échouer son projet de leur octroyer immédiatement un plan d’appartenance à l’Alliance. Tous les sondages en Ukraine montraient alors que la majorité de la population s’opposait à l’adhésion à l’OTAN, raison pour laquelle le gouvernement refusait la tenue d’un référendum sur la question.

 

Plusieurs mois auparavant, M. Poutine avait prévenu que si les puissances occidentales reconnaissaient l’indépendance du Kosovo sans l’accord du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), il se sentirait libre de faire de même avec l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, et de remettre à son tour en question le tabou de l’intangibilité des frontières des Etats issus de la guerre froide. Ces menaces ne furent pas prises au sérieux, pas davantage que les protestations russes émises depuis 1994 face à l’expansion de l’OTAN. C’est la Géorgie qui en paya le prix. 

 

Malgré tous les gages que M. Mikhaïl Saakachvili avait donnés à M. Bush, il ne reçut aucun secours décisif ni de Washington ni de l’OTAN lorsqu’il tenta quelques mois plus tard de reprendre l’Ossétie du Sud. Avec le redressement économique de la Russie, l’enlisement des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan, la défaite catastrophique de la Géorgie révéla assez clairement la fin du « moment unipolaire » qui inspirait encore la politique internationale de Washington. Ce n’est qu’avec l’administration de M. Barack Obama que l’on commença à en mesurer les conséquences.

 

 

- La centralité de l’OTAN dans l’obsession géopolitique qui prédomine en Russie a fini par déborder sur ses relations avec l’Union européenne.

Pendant plusieurs années, la Russie ne s’est pas opposée à ce que les anciens membres du Pacte de Varsovie, et même les anciennes républiques baltes, s’y joignent. Mais la conjugaison des nouvelles adhésions à l’OTAN et à l’Union européenne a rendu plus difficiles ses relations avec la seconde. C’est sur l’initiative des nouveaux membres qu’a été créé en 1999 le Partenariat oriental de l’Union, taillé sur mesure pour tous les Etats qui, de la Biélorussie au Nord jusqu’à la Géorgie, flanquent les frontières occidentales de la Russie. Il visait à leur donner un statut et des avantages distincts de ceux de la Russie, moyennant des gages de démocratisation qui se sont avérés bien légers s’agissant du régime de M. Viktor Ianoukovitch. Cela a amené M. Poutine, au début de son troisième mandat, à mettre en avant son projet d’Union eurasiatique (3) pour y attirer les mêmes Etats. Comme on le sait, c’est cette concurrence et la décision de M. Ianoukovitch de différer la conclusion d’un accord de l’Ukraine avec l’Union qui ont entraîné l’insurrection, la chute du président et la crise actuelle.

 

 

- La question la plus difficile à résoudre dans le cadre des accords de Minsk sera celle du statut final des régions qui échappent au contrôle de Kiev.

La résolution de cette question constitue explicitement une condition préalable à la reprise du contrôle des frontières ukrainiennes par le gouvernement. Depuis 1994, Moscou a préconisé la fédéralisation de l’Ukraine comme solution aux profondes divisions socio-politiques qui la caractérisent depuis son indépendance. Jusqu’ici, l’Ukraine a résolument refusé d’utiliser le terme de fédéralisation, pour de bonnes raisons. Les formules de fédéralisation mises en avant par Moscou relèvent davantage d’une confédération que d’une fédération.

 

On l’a vu clairement en novembre 2003, lorsque, sous l’égide de M. Poutine, un accord est intervenu entre la Moldavie et la Transnistrie pour mettre fin à la sécession de cette dernière (4). Suite aux promesses de soutien formulées par l’ambassadeur des Etats-Unis à Chisinau, le président moldave Vladimir Voronine refusa in extremis l’accord, au grand dam de M. Poutine, qui dut rebrousser chemin alors qu’il se rendait en Moldavie pour le signer. Dans le cas du Donbass, la France et l’Allemagne, parce qu’elles sont parties prenantes des accords, et en raison de leur poids politique international, peuvent faire en sorte que l’intégrité territoriale de l’Ukraine soit maintenue, et que l’autonomie prévue pour les régions sécessionnistes de Donetsk et de Lougansk ne se fasse pas aux conditions maximales souhaitées par Moscou.

 

 

- Dans un discours au Bundestag, en 2001, Vladimir Poutine avait souligné la primauté de l’appartenance européenne de la Russie

Depuis 1992, la France et l’Allemagne ont été les partenaires politiques européens privilégiés de la Russie. L’Allemagne demeure son principal partenaire économique. L’Union européenne reste, et de loin, le principal partenaire économique de la Russie. On se souvient de la concertation des trois pays dans l’opposition à la guerre en Irak, que Moscou a voulu poursuivre sur d’autres dossiers. Depuis toujours, Moscou mise sur les divergences entre les Etats-Unis et l’Europe. La France et l’Allemagne disposent de leviers importants pour obtenir le maintien de l’intégrité territoriale de l’Ukraine ; elles peuvent et doivent profiter de la place qu’elles occupent dans les calculs politiques russes pour exiger un règlement qui soit dans leur intérêt et dans celui de l’Europe. Les accords de Minsk contiennent une lueur d’espoir pour un réaménagement des rapports entre la Russie et l’Europe : pour la première fois, on y a accepté le principe d’une négociation à trois des relations économiques entre la Russie, l’Ukraine et l’Union. La conclusion d’un accord acceptable pour les trois parties, sur ces questions qui ont été à l’origine des manifestations de Maïdan, serait d’une portée politique considérable.

 

 

- A l’évidence, le soutien de la Russie aux séparatistes ukrainiens représente avant tout une police d’assurance contre une nouvelle marche de l’Ukraine vers l’OTAN.

Si, après la saisie de la Crimée, M. Poutine s’était contenté du référendum, qui devait initialement porter sur le statut futur de la région, et non sur son annexion, il aurait plus facilement pu réaliser cet objectif, sans avoir pour cela à soutenir l’extension du conflit ailleurs en Ukraine (5). Dans les conditions actuelles, il sera sans doute très difficile de trouver une façon de fermer la voie atlantiste à l’Ukraine, même si la France et l’Allemagne ont par le passé pris des positions qui allaient dans ce sens.

 

On dit en effet, à Washington et ailleurs, qu’une assurance de non-extension de l’OTAN serait une prime à l’annexion russe de la Crimée. Au premier abord, l’argument paraît convaincant. Mais il recèle une forte dose d’hypocrisie. La demande d’intégration rapide à l’OTAN formulée par le gouvernement de Kiev ne rencontre aucun écho favorable à Washington. Même les républicains les plus interventionnistes, qui exigent la fourniture d’armes aux forces ukrainiennes, écartent l’idée d’envoyer des soldats américains combattre pour l’Ukraine. Cependant, il existe un consensus à Washington pour utiliser la crise ukrainienne afin de renforcer l’OTAN dans sa composition actuelle. Un peu comme à l’époque du secrétaire d’Etat à la défense Donald Rumsfeld, les Etats-Unis misent sur la « nouvelle Europe » pour renforcer l’hégémonie américaine au sein de l’OTAN.

 

 

- Sauf que ce n’est plus toute la « nouvelle Europe » qui est au rendez-vous... 

La Hongrie, la Slovaquie et même la République tchèque manquent à l’appel.

Malgré cela, la presse allemande a révélé les efforts du commandant des forces alliées de l’OTAN, le général Philip Breedlove, pour exagérer les chiffres avancés par les services de renseignement européens sur le nombre de militaires et les fournitures d’armements russes aux régions séparatistes de l’Ukraine de l’Est. Il s’agissait de justifier le déploiement d’une force de trois mille hommes de l’OTAN dans les républiques baltes (6). Bref, on fait comme si c’étaient elles, plus que l’Ukraine, qui avaient besoin d’un secours rapide.

 

Dans l’état actuel des rapports de forces internationaux, il faut bien reconnaître que la promesse d’une entrée dans l’OTAN adressée en 2008 à la Géorgie et à l’Ukraine par M. Bush n’a fait qu’aggraver leur vulnérabilité. Si les accords de Minsk pouvaient aboutir à un aggiornamento sur cette question, un nouvel ordre international pourrait s’établir en Europe. On pourrait alors assister à une véritable coopération entre la Russie, l’OTAN et l’Europe, et sauver l’Ukraine de la faillite générale qui la menace tout en obtenant des garanties conjointes de sécurité pour l’avenir. La fin de l’expansion de l’OTAN vers l’Est pourrait permettre un retour à la primauté de l’appartenance européenne de la Russie, que M. Poutine avait fortement soulignée dans un discours au Bundestag au début de son premier mandat, en 2001.

 

 

- Il s’agit là d’une vision très optimiste des virtualités des accords de Minsk 2.

On souhaiterait que ce scénario soit le plus probable, mais rien de permet encore de le croire. Le pire pourrait même se produire. Tout d’abord, du côté du discours officiel russe, qui se fait défiant et parfois menaçant. Est-ce seulement pour obtenir des concessions tangibles sur les questions évoquées ? Ou bien M. Poutine ferait-il preuve d’hubris, comme en témoigneraient la mégalomanie des Jeux olympiques de Sotchi, la sous-estimation des capacités occidentales de rétorsion et la poussée de son avantage dans le Donbass au-delà du succès facile remporté en Crimée, sans mort d’homme ?

 

Quant au pouvoir en place à Kiev, très divisé et instable, son comportement est difficile à prévoir face aux revendications des bataillons de combattants volontaires. Dans un passé encore récent, il a réussi à obtenir contre Moscou, de la part des Etats-Unis d’abord, puis de l’Europe, grâce aux pressions des premiers sur la seconde, de sévères sanctions. Fort de cet appui, et profitant d’une désescalade purement tactique de Moscou, il a déjà tenté, avec des succès initiaux, de reprendre le contrôle militaire des régions rebelles. 

 

C’est dans ce contexte que Mme Angela Merkel s’était rendue à Kiev, en août 2014, pour fêter le 23e anniversaire de la déclaration d’indépendance de l’Ukraine. Elle avait appelé publiquement, devant un président Petro Porochenko impassible, à un cessez-le-feu que Washington évitait de réclamer. Plus réaliste que son interlocuteur ukrainien, elle savait que Moscou avait peu à faire pour renverser le sort des armes. Même maintenant, on tente à Kiev de modifier les conditions prévues par les accords de Minsk pour l’octroi d’une autonomie aux régions sécessionnistes, afin de forcer la main aux puissances occidentales. Le gouvernement ukrainien n’a pas repris le versement des salaires aux enseignants et fonctionnaires des régions sécessionnistes du Donbass. Dans les cercles du pouvoir, plusieurs préfèrent y voir un conflit gelé plutôt que l’exécution d’un accord jugé trop favorable aux demandes de Moscou.

 

Enfin, l’administration Obama, qui est divisée sur la question, pourrait encore décider d’envoyer une quantité d’armements sophistiqués aux forces ukrainiennes, malgré l’opposition de la France et de l’Allemagne, comme elle a déjà menacé de le faire en février dernier, quelques jours avant la tenue de la réunion diplomatique de Minsk.

 

L’escalade qui en résulterait pourrait amener Moscou à soutenir les rebelles, qui ne demandent que cela, pour une reprise de Marioupol et d’une partie de la région côtière, afin de faire de l’ensemble du territoire conquis un nouveau « conflit gelé » de longue durée, et ainsi garder une hypothèque sur l’avenir de l’Ukraine.

 

Les Ukrainiens, mais aussi les Russes, paieraient alors un prix très lourd, notamment par le renforcement de l’autoritarisme et des aspects les plus détestables et inquiétants de la dernière mouture du régime Poutine.

 

Le glissement de la Russie vers la Chine et l’Asie, qui n’a jamais été son premier choix, se poursuivrait, l’isolant davantage du monde occidental. Ce dernier attendrait un changement de régime qui pourrait mettre beaucoup de temps à venir, et même voir l’instauration d’un pouvoir plus répressif et plus rétrograde que l’actuel.

 

Notes :

[1] - Jacques Lévesque : Professeur émérite à la faculté de science politique et de droit de l’Université du Québec à Montréal. Co-auteur de La Russie et son ex-empire : reconfiguration géopolitique de l’ancien espace soviétique, Presses de Sciences Po, Paris, 2003.

(2) L’octroi du Membership Action Plan (MAP) à l’un ou l’autre des ces deux pays ne pourrait plus faire l’unanimité (nécessaire) des membres de l’OTAN dans son état actuel. Lire « La Russie est de retour sur la scène internationale », Le Monde diplomatique, novembre 2013.

(3) Jean-Marie Chauvier, « Eurasie, le “choc des civilisations” version russe », Le Monde diplomatique, mai 2014.

(4) L’accord paraphé par les parties et par le représentant de M. Poutine, M. Dmitri Kozak, prévoyait une chambre haute donnant 50 % des sièges aux Moldaves et 50 % à la Transnistrie et à la Gagaouzie, qui, ensemble, disposaient d’une capacité de blocage sur des questions majeures en matière de politique internationale et de défense, alors qu’elles comptaient pour 18 % de la population. Lire Jens Malling, « De la Transnistrie au Donbass, l’histoire bégaie », Le Monde diplomatique, mars 2015.

(5) Jacques Lévesque, « Annexion de la Crimée par la Russie : quelle est la stratégie du Kremlin en Ukraine ? », Diplomatie, n° 21, juin-juillet 2014.

 

Pour en savoir plus :

- UE-Ukraine: la vérité se fraye un chemin

- Thierry Mariani : la politique étrangère américaine est porteuse de discorde et de chaos

- L’Ukraine en voie de dislocation

- L’Ukraine sera fédérale ou ne sera plus

- Un reportage de Canal+ sur le Maïdan ukrainien vilipendé par les médias et menacé de déprogrammation

- TV. Derrière les masques de la révolution ukrainienne

- Interdiction de dire la vérité sur l’Ukraine ? Paul Moreira répond aux critiques sur son film sur les nazis de Maidan !

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9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 08:18
TAFTA : Le double discours PS quant aux tribunaux d’arbitrage privés

Sources : le Parti de Gauche par Thomas Mazelier

Au mois d’avril, l’Argentine a été condamnée par un tribunal d’arbitrage à verser 382 millions d’euros à la multinationale Suez environnement. Le tort de la ville de Buenos Aires ? Avoir résilié le contrat de gestion de l’eau à cause de la mauvaise qualité de celle-ci et d’une hausse des tarifs de 10% pratiquée par la multinationale.

 

Voilà à quoi nous devrons nous attendre, si jamais les tribunaux d’arbitrages font partie du Grand Marché Transatlantique (GMT). La mobilisation citoyenne contre les tribunaux privés commence à faire effet. Sentant le vent tourner, le Parti Socialiste (PS) et le gouvernement, adaptent leurs discours et orchestrent une opposition de façade.


Comme l’a martelé le premier secrétaire du PS : « sur le traité TAFTA, je veux être clair : à cette étape, c’est ’non’, ’no’, ’nein’, ’oxi’ ! ». On notera pourtant l’importance du terme « à cette étape », qui marque la défiance toute relative de Jean-Christophe Cambadélis à l’égard du GMT et des tribunaux d’arbitrage. Il en va de même des eurodéputés du PS qui ont soutenu pendant des années toutes les résolutions sur le GMT au parlement européen.

 

Le secrétaire d’état au commerce extérieur Matthias Fekl (PS), en charge du dossier sur le GMT se prétend lui aussi contre l’instauration de tribunaux d’arbitrages privés. Pourtant, loin de fermer la porte à la pratique de l’arbitrage, comme le prétend le PS, il entend « réformer » le système arbitral afin « d’instaurer un nouveau moyen de régler les différends entre États et investisseurs ».

 

Dans une série de recommandations déposées à Bruxelles le 2 juin, le secrétaire d’État propose : de « préserver le droit à réguler des États » ; la mise en place d’une cour permanente d’arbitrage au niveau de l’Union Européenne ; le « renforcement de l’éthique des arbitres ». Ces propositions, qui représentent la position du gouvernement français, ne s’opposent pas au principe même de l’arbitrage. Ces réformes « cosmétiques », laissent entière la possibilité pour les multinationales, d’attaquer devant un tribunal d’exception nos choix collectifs.

 

Le 10 juin dernier, ce n’était même pas la position française qui devait être débattue au Parlement européen, mais une résolution soutenant la nécessité des tribunaux d’arbitrages privés. La coalition formée par la droite et les sociaux-démocrates s’est fissurée devant la pression populaire. Martin Schulz, le président du Parlement européen, à du reporter le vote afin de camoufler l’opposition au GMT.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier : TAFTA & TISA

- Traité transatlantique. Les tribunaux privés toujours en question

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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 08:02
Des milliers d'Équatoriens se mobilisent pour défendre la révolution citoyenne contre le putsch des riches

Des milliers d'Équatoriens se mobilisent pour défendre la révolution citoyenne contre le putsch des riches

Un événement qui est resté inaperçu dans le médias occidentaux ! Normal, les oligarques sont à la manoeuvre avec le soutien des "pays libres" !

Dès que le gouvernement d'un pays refuse d'appliquer les recettes internationales du libéralisme, qui en Amérique Latine comme ailleurs exige de tout privatiser et de supprimer tout ce qui pourrait être des entraves à la toute puissance de la finance, il est taxé de dictatorial, de non respect de la démocratie.

Et s'il est impossible de le renverser par le scrutin électoral, alors entrent en action tous les mécanismes possibles de déstabilisation.

 

Source : blog de Martine Billard par Martine Billard membre de la direction du Parti de Gauche le 15-06-2015

- En Équateur, Rafael Correa a été élu président de la République pour la première fois le 26 avril 2006 au second tour avec 54,86% des voix.

Comme promis pendant sa campagne il a appelé à référendum pour mettre en place une assemblée constituante.

 

La nouvelle constitution issue de ces travaux a été adoptée le 28 septembre 2008 par 64% des électeurs avec entre autres les points suivants

  • le droit de tous aux soins médicaux, à la nourriture, à la sécurité sociale et à l'éducation
  • la gratuité des soins pour les personnes âgées ;
  • le renforcement du contrôle de l'État sur les ressources essentielles, tels le pétrole et les minerais ;
  • la possibilité d'exproprier et de redistribuer les terres arables inusitées ;
  • la légalisation des mariages homosexuels ;
  • la possibilité pour le président de se présenter pour un second mandat.
  • la reconnaissance d'une autonomie juridique pour les peuples autochtones du pays

 

- A la nouvelle élection présidentielle qui s'en est suivie le 26 avril 2009...

Rafael Correa a été élu selon la nouvelle constitution par 51,95% des voix au premier tour. Faute d'avoir pu l'écarter par les urnes, le 30 septembre 2010 un coup d'état policier éclate et séquestre le président qui est libéré par l'armée.

 

 

- Nouvelle élection présidentielle le 17 février 2013

De nouveau Rafael Correa est élu au premier tour avec 57,17% des voix. Vraiment désespérant pour tous ceux qui le honnissent et qui cherchent à le faire passer pour un dictateur !

 

 

- La prochaine échéance électorale est en 2017 et les grandes manoeuvres recommencent du côté de l'opposition.

Profitant du séjour du président hors du pays pour assister à la conférence entre l'Union Européenne et la CELAC (Communauté d'États latino-américains et caraïbes), l'opposition a appelé à des manifestations qui ont pris une tournure violente.

 

 

- Le motif en est la décision du gouvernement de modifier la loi qui taxe les héritages.

Actuellement, l'impôt ne concerne que les personnes percevant un héritage d'une valeur supérieure à 68 800 dollars, soit en gros 61 232 euros. En 2012, les 20% les plus riches s'accaparaient encore 52,5% des revenus (5 points de moins qu'en 2006), alors que les 4,1% les plus pauvres ne recevaient que 4,1% de la richesse nationale. Ce sont en fait surtout les classes moyennes qui ont profité d'une meilleure redistribution. Les grandes entreprises représentant 10% de l'activité du pays se sont attribuées 95,8% de la valeur des ventes en 2010. En 2013, l'Equateur était le pays avec la taxation des bénéfices la plus faible après le Chili, avec une moyenne de 34,6% contre 57% à l'échelle de la région.

 

 

- Certes la pauvreté a diminué de 10 points entre 2006 et 2012, mais il reste encore beaucoup à faire.

Le président Correa a donc décidé de présenter une loi de redistribution de la richesse, contre les plus-values immobilières et de lutte contre l'évasion fiscale. Les recettes ainsi dégagées seront reversées aux programmes sociaux. Le taux d'imposition variera de 2,5 à 77,5 %.

 

  • Actuellement l'impôt est exigible à partir d'un héritage d'une valeur de 68 800 dollars. Seulement 3 pour mille équatoriens reçoivent un héritage, ils ne sont que 3 sur cent mille à en recevoir un d'une valeur supérieure à 50 000 dollars et entre 2010 et 2014, seulement 5 en ont reçu un supérieur à 1 million de dollars.
  • Dorénavant les héritiers en ligne directe (enfants, parents, grands-parents, petits-enfants) ne seront pas imposables en dessous de 35 400 dollars (31 500 euros) soit 100 fois le salaire minimum (354 dollars mensuels qui concerne 18,17% de la population active).
  • A comparer avec la France où l'impôt (sauf récemment entre conjoints) est dû une fois décompté un abattement de 100 000 euros. Si on compare par rapport au niveau du salaire minimum, on voit que la proportion est identique.
  • L'impôt est ensuite progressif jusqu'à 47,5% pour les montants supérieurs à 566 400 dollars (504 096 euros) avec un taux maximum de 77,50 % pour un héritage dépassant les 849 600 dollars (756 322 euros).
  • En cas de transmission d'entreprise d'une valeur supérieure à un million de dollar, l'imposition est de 329 mille dollars selon la loi actuelle. Avec la nouvelle loi l'héritier sera exonéré d'impôt s'il transfère en actions à ces salariés cette somme due à l’État.

 

 

- Cette loi n'a donc rien d'une spoliation, mais c'en est encore trop pour les plus riches.

Selon le ministre de la Politique économique, Patricio Rivera, "la loi sur les héritages vise le secteur le plus élevé de la société, les 0,1% plus riches (....), 98% des Équatoriens ne paieront pas un centime".

 

On a donc vu hommes d'affaires et ultra-riches soutenus par la droite descendre dans la rue ces derniers jours et exiger le départ du président. Ils n'ont pas honte !

 

Leur tentative est vouée à l'échec, déjà leur nouvel appel à manifester hier, contre le retour du tyran, rien que cela !, a fait un flop.

 

La révolution citoyenne équatorienne continue pour plus de justice

sociale.

 

 

 

 

- Pour en savoir plus :

- Menace de coup d'Etat en Equateur ?

- L'équateur champion du monde de la reforestation

 

Equateur : tentative de déstabilisation du gouvernement Équateurien de Correa ?
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  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, ex secrétaire de syndicat, d'Union locale et conseiller Prud'homme CGT  de 1978 à 2022.
  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, ex secrétaire de syndicat, d'Union locale et conseiller Prud'homme CGT de 1978 à 2022.

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