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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 09:08
On vote en Grèce : un troisième tour pour rien ?

Sources : Hebdo l'Anticapitaliste - NPA par A. Sartzekis SARTZEKIS Andreas Athènes le 17 septembre 2015

Les élections de ce dimanche 20 septembre se préparent dans une certaine indifférence (née des désillusions dues aux retournements de Syriza), mais aussi sur fond de recompositions diverses dont on ne peut deviner pour l’instant la suite...

 

Le paradoxe, c’est que l’on discute partout politique, et l’enjeu est bien de montrer que le vrai « réalisme », c’est d’aller à la rupture avec la logique des mémorandums sur la base du Non de juin, ce que bien peu de courants évoquent dans leur campagne électorale !

 

 

- Quel gouvernement dimanche soir ?

C’est pour les médias le leitmotiv du scrutin. Alors que la pression d’un vote anti-droite semble redonner un peu d’avance à Syriza dans les sondages, une campagne issue des milieux économiques, et peut-être des instances européennes, presse pour un gouvernement « œcuménique », comme la Grèce en a déjà connu... pour le plus grand malheur de la population. Du coup, la droite joue sur deux tableaux : un discours ouvert aux thèses racistes des nazis, et l’assurance qu’elle pourrait gouverner avec Syriza pour mieux faire appliquer le mémorandum !

 

La direction de Syriza proteste contre cette éventualité, mais elle voit qu’elle a peu de chances d’avoir la majorité absolue en sièges et qu’Anel, le parti de droite extrême avec qui Syriza a gouverné (d’où l’accord militaire avec Israël), est en chute. Elle évoque désormais la possibilité de gouverner avec le Pasok, complice et acteur de toutes les attaques anti-populaires depuis 2010 ! Ce recentrage assumé amène aussi certains cadres ex-Pasok à se rapprocher de Syriza sur une base ouvertement social-libérale, d’où l’insistance de courants un peu gauche restant dans Syriza (courant wx-AKOA) pour mener la bataille pour une majorité absolue à Syriza. Question : que feront ces militantEs et surtout les électeurEs qui voteront « à gauche » pour Syriza dans le cas quasi évident d’alliances avec le Pasok ou le encore plus libéral Potami ?

 

 

- À gauche, ça fluctue

Ces derniers jours, on est bien loin d’il y a un mois, quand les premiers sondages donnaient Unité populaire comme troisième force (autour de 8 %). Aujourd’hui, les sondages tournent autour de 3 %, le seuil pour entrer au Parlement. Lafazanis a beau mettre en cause les instituts au service des partis dominants (certes les sondages en Grèce sont peu fiables), la campagne montre clairement qu’il n’y a pas pour le moment d’élan populaire vers la scission de gauche de Syriza. Au delà du malaise vis-à-vis d’ex­-ministres Syriza ayant géré leur fauteuil, l’objectif fixé ne fait pas rêver : « que Unité populaire devienne une force post-électorale décisive pour lancer un grand combat populaire et patriotique qui nous amènera rapidement au pouvoir » (Lafazanis à Salonique) ! Il n’est pas certain que cet axe réponde aux valeurs internationalistes de certains courants au sein de Unité populaire... De plus, si celui-ci a finalement désigné le vétéran antinazi Manólis Glézos, tête de liste nationale, Glézos appelle à voter Unité populaire... ou KKE !...

 

À quelques jours du vote, il manque toujours un appel central pour l’unité dans les luttes qui ne manqueront pas de surgir contre le mémorandum, la dette, les nazis... C’est pourtant le véritable enjeu de ces élections !

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Alexis Tsipras: « Une victoire de Syriza pour changer la Grèce et l’Europe »

- Sous les apparences, ce que disent les résultats des élections grecques

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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 08:17
L'équateur champion du monde de la reforestation

Sources : TV5MONDE

L'équateur a battu un record mondial en plantant près de 650 000 arbres en une seule journée. Près de 50 000 personnes se sont mobilisées pour parvenir à un tel exploit. Un record officiellement homologué par le Guiness Book.

 

A Guano, au coeur de l'équateur, le président Rafael Correa s'est vu remettre le certificat par le fameux Guiness Book des records. Il récompense un programme gouvernemental en faveur de la reforestation.

 

L'exploit a eu lieu le 16 mai dernier. En une journée, partout dans le pays quelque 650 000 arbres ont été plantés par des dizaines de milliers de volontaires.

 

Jusqu'en 2000, l'équivalent de 400 terrains de football étaient détruits chaque année. Depuis 2012, le taux de déforestation a été divisé par deux et d'ici 2017 le pays ambitionne purement et simplement d'éradiquer la déforestation.  

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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 08:25
L'idée choc étudiée en Islande : et si on retirait aux banques la capacité de créer de la monnaie ?

Un rapport parlementaire islandais suggère de donner à la seule banque centrale le monopole de la création monétaire. Une vraie révolution, si l'idée était appliqué...

 

Sources : La Tribune par Romaric Godin

Décidément, l'Islande est le pays de la créativité financière. Après avoir montré, en 2009, qu'il existait bien une alternative au transfert de la dette bancaire vers la dette publique, l'île nordique pourrait s'apprêter à réaliser une grande expérience monétaire.

 

Le 31 mars dernier, en effet, le président du comité des affaires économiques de l'Althingi, le parlement islandais, Frosti Sigurdjonsson, a remis un rapport au premier ministre, Sigmundur Gunnlaugsson, sur la réforme du système monétaire islandais. Et c'est une véritable révolution qu'il propose.

 

 

- L'absence de maîtrise de la banque centrale sur le système monétaire

Le rapport cherche en effet à réduire le risque de bulles et de crises dans le pays. En 2009, l'Islande a connu une crise très aiguë qui a fait suite à une explosion du crédit alimenté par un système bancaire devenu beaucoup trop généreux dans ses prêts et beaucoup trop inconscient dans sa gestion des risques.

 

Ni l'Etat, ni la Banque centrale islandaise (Sedlabanki) n'ont pu stopper cette frénésie. « Entre 2003 et 2006, rappelle Frosti Sigurdjonsson, la Sedlabanki a relevé son taux d'intérêt et mis en garde contre une surchauffe, ce qui n'a pas empêché les banques d'accroître encore la masse monétaire. »

 

 

- Comment fonctionne le système actuel

Dans le système actuel, ce sont en effet les banques commerciales qui créent l'essentiel de la masse monétaire, en accordant des prêts à discrétion. La banque centrale ne peut que tenter de décourager ou d'encourager, par le mouvement des taux ou par des mesures non conventionnelles, cette création. Mais la transmission de la politique monétaire aux banques n'est jamais une garantie.

 

Malgré la hausse des taux de la Sedlabanki, la confiance et l'euphorie qui régnait en Islande au début des années 2000 a soutenu le processus de création monétaire. Lorsque la demande existe, rien ne peut empêcher les banques de prêter. Lorsqu'elle disparaît, rien ne peut les contraindre à le faire. Et souvent, ces mouvements sont excessifs, ce qui créé des déséquilibres, puis des corrections par des crises où l'Etat doit souvent venir au secours des banques. Et lorsqu'il faut faire repartir l'activité, les banques centrales ont souvent des difficultés à être entendue.

 

Le cas de la zone euro en est une preuve. Il a fallu que la BCE use de moyens immenses, l'annonce d'un QE de 1.140 milliards d'euros, pour que le crédit commence à se redresser dans la zone euro et encore, de façon fort limitée pour l'instant.

 

 

- Une idée ancienne

D'où cette idée centrale du rapport de Frosti Sigurdjonsson : ôter aux banques le pouvoir de création monétaire. Comme le souligne l'ancien président de l'autorité financière britannique, Aldair Turner, qui préface le rapport, « la création monétaire est une matière trop importante pour être laissée aux banquiers. »

 

Cette idée n'est, en réalité, pas neuve. Après la crise de 1929, des économistes étatsuniens avaient proposé en 1933 le « plan de Chicago » qui proposait d'abolir la capacité des banques à créer par elle-même de la monnaie. Il avait eu un grand succès, mais pas de traduction concrète véritable.

 

En 1939, l'économiste Irving Fischer, un de ceux qui avaient examiné de plus près la crise de 1929, avait proposé de transférer le monopole de la création monétaire à la banque centrale. James Tobin, Milton Friedman et d'autres ont également réfléchi sur ce sujet. Mais la proposition islandaise, que Frosti Sigurdjonsson présente comme « une base de discussion » pour le pays, est la première proposition de passage à un autre système qu'il appelle le « système monétaire souverain. »

 

L'idée choc étudiée en Islande : et si on retirait aux banques la capacité de créer de la monnaie ?

- Décider de la création monétaire dans l'intérêt de l'économie

Quel est-il ? Le rapport indique que l'Islande « étant un Etat souverain avec une monnaie indépendante est libre de réformer son système monétaire actuel, qui est instable et de mettre en place un système monétaire de meilleure qualité. » Dans ce système, seule la Banque centrale aura le monopole de la création monétaire, aucune couronne ne pourra circuler si elle n'a pas été émise par la Sedlabanki à l'origine.

 

Cette dernière pourra donc faire évoluer la masse monétaire en fonction de ses objectifs « dans l'intérêt de l'économie et de toute la société. » Frosti Sigurdjonsson propose qu'un « comité indépendant du gouvernement prenne des décisions sur la politique monétaire de façon transparente. »

 

La Banque centrale créera de la monnaie en accordant des prêts aux banques commerciales pour qu'elles prêtent ensuite des sommes équivalentes aux entreprises et aux particuliers, mais aussi en finançant des augmentations de dépenses publiques ou des exemptions d'impôts, ou encore par le rachat de dettes publiques. Pour empêcher la création monétaire par le système bancaire, deux types de comptes auprès de la banque centrale seront créés.

 

 

- Comptes de transactions et d'investissements

Les premiers seront les « comptes de transactions. » Ces comptes représenteront les dépôts des particuliers et des entreprises. Les banques commerciales administreront ces comptes, mais ne pourront pas en modifier les montants. L'argent déposé sur ses comptes ne rapportera pas d'intérêt, mais sera garantie en totalité par la banque centrale.

 

Un deuxième type de comptes, les « comptes d'investissements », sera créé en parallèle. Les agents économiques pourront transférer des fonds des comptes de transaction vers les comptes d'investissements. L'argent placé sur ses comptes seront investis par les banques et seront bloqués durant une période déterminée.

 

Les banques pourront alors proposer à ceux qui placent leur argent dans ces fonds différents types de produits, notamment des produits risqués à haut rendement. Il s'agit concrètement de séparer autant qu'il est possible l'argent du crédit. Le risque lié au crédit ne disparaît pas, mais il est limité par l'obligation de ne prêter que l'argent déposé sur ces comptes d'investissements.

 

 

- Plus de Bank Runs

Pour Frosti Sigurdjonsson, ce système permettra une gestion plus réaliste de la masse monétaire non plus dans l'intérêt des agents privés, mais dans celui de la collectivité. La garantie sur les dépôts permettra d'éviter une course aux guichets (Bank Run), sans réduire, du reste, la responsabilité de ceux qui auraient investi dans des produits à risque.

 

Avec ce système, une séparation bancaire entre banque d'investissement et banque de dépôts n'est pas nécessaire, puisque l'activité de banque de dépôts sera garantie par la banque centrale. Du reste, la garantie implicite de l'Etat dont bénéficient les grandes banques disparaîtra d'elle-même.

 

 

- Gérer la transition

Pour la transition, Frosti Sigurdjonsson propose de transférer les dépôts détenus dans les banques commerciales vers les comptes de transaction. Ce transfert se fera par l'émission d'une créance sur les banques qui sera détenue par la Sedlabanki et qui sera payée sur plusieurs années par les banques.

 

Ce « passif de conversion » s'élèverait à 450 milliards de couronnes islandaises, soit 3,05 milliards d'euros. Cet argent issu des banques commerciales sera donc progressivement remplacé par de l'argent issue de la banque centrale. Dans cette phase de transition, les sommes versées par les banques pourraient servir soit à réduire la dette publique, soit à réduire, si besoin, la masse monétaire, par l'annulation d'une partie des fonds versés.

 

 

- Les problèmes posés

Cette proposition ne règlera certes pas tous les problèmes. Certes, les prêts seront sans doute moins importants et la croissance de l'économie sans doute moins forte. Mais le projet est d'avoir une économie plus stable et, sur le long terme, tout aussi performante. Plutôt que de voir l'économie croître de 5 % par an, puis de corriger de 3 % ; on pourrait avoir une croissance stable de 2 % par an sans à-coup...

 

L'indépendance du comité de la Banque centrale sera très hypothétique, car l'Etat sera une courroie naturelle de la création monétaire et un risque d'excès n'est pas, ici, à exclure, même si l'Etat peut aussi bien prétendre représenter l'intérêt général que ce comité indépendant.

 

Mais une ambiguïté peut ici être problématique. Les liens avec les autres systèmes monétaires classiques pour une petite économie comme l'Islande sont encore à explorer. Matthew Klein, dans le Financial Times, a souligné également que ce nouveau système ne réduit pas le risque de financement d'investissements à long terme par des investissements à court terme qui avait été à l'origine de la crise de 2007-2008.

 

Enfin, il ne s'agit là que d'une proposition. Le premier ministre a bien accueilli le rapport. Mais ira-t-il jusqu'à lancer un tel chambardement de grand ampleur ? Les Islandais seront-ils prêts à franchir le pas ? La discussion est, du moins, lancée.

 

Pour en savoir plus :

- Lire (en anglais) le rapport du parlement islandais ICI

- mon dossier Islande

- L'Islande annule (encore une fois) une partie des emprunts immobiliers des ménages

- Pourquoi l'omerta des médias au sujet de la démocratie islandaise ?

- Une raclée méritée : 46 ans de prison confirmés pour neuf grands banquiers islandais

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13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 08:58
Selon Al Gore, ancien vice-président des Etats-Unis: près de 50% des terres arables de la RDC sont bradées

Sources : Africatime.com R.D.Congo le 15 juillet 2015

Après le secteur des mines, qui a subi une véritable razzia, c’est le tour de terres arables de la RDC[1] de faire l’objet d’une ruée à l’échelle internationale. Dans son livre intitulé ‘’ Le futur’’, Al Gore, ancien vice-président des Etats-Unis, note que 48,8% des 120 millions d’hectares des terres arables que compte le Congo-Kinshasa sont déjà cédées aux étrangers. Un véritable bradage qui se fait malheureusement, dénonce l’ex numéro 2 sous Bill Clinton, au détriment du peuple congolais. Une redéfinition s’impose.


Scandale géologique, la République démocratique du Congo n’a pas cessé de séduire. Qui eut imaginé qu’au-delà de ses mines et de ses forets, la RDC pouvait attirer autant de convoitises pour ses terres arables ? Et sur ce point précis, la RDC a été bien dotée par la nature, parce qu’elle en compte environ 120 millions, derrière le Brésil.

 

La RDC, c’est aussi de larges étendues de terres fertiles et propices à l’agro-industrie. Une bénédiction de la nature (ou de Dieu). Les conditions climatiques favorisent le déploiement à grande échelle des activités agricoles toute l’année.

 

Malheureusement, le peuple congolais n’en tire pas le meilleur parti. Pourquoi ? Parce que son élite, toutes tendances confondues, s’embourbe dans des disputes politiques internes, ceux qui disposent du regard de l’aigle ont vite fait d’anticiper. Maffieux ou pas, ces investisseurs étrangers à la recherche de nouvelles sources d’enrichissement n’ont pas tardé pour prendre pied en RDC.

 

Leur flair les a renseignés que ce grand pays au centre de l’Afrique est un nouvel eldorado où terres rares et terres arables font ménage. Dès lors, ils préviennent la désertification qui guette des pays tels que l’Arabie Saoudite, la Chine et les Etats-Unis. Les terres arables et partant l’agriculture, se feront de plus en plus rares dans un avenir pas très lointain.

 

Dans cette recherche de la survie, la RDC est au centre du de nouveaux enjeux internationaux. D’autant que le Brésil est un pays pas facile d’accès.

Selon Al Gore, ancien vice-président des Etats-Unis: près de 50% des terres arables de la RDC sont bradées

- Le pavé d’Al Gore

Dans son dernier ouvrage intitulé : « Le futur. Six logiciels pour changer le monde », Al Gore, ancien vice-président des Etats-Unis sous l’ère Bill Clinton de 1993 à 2001 et prix Nobel de la paix, pose le problème dans des termes clairs. « Dans nos économies mondialisées, écrit-il, certains pays dont la population augmente et qui épuisent les ressources de leurs sols et en eau sont amenés à acheter de vastes étendues de terres arables dans d’autres pays, en particulier en Afrique où l’on estime qu’un tiers des terres non cultivées sont disponibles ».

 

Reprenant les déclarations de Makambo Lotorobo, agent de terrain chez Friends of Turkana, une Ong environnementale kenyane, Al Gore souligne que : « La Chine, l’Inde, la République de Corée, l’Arabie Saoudite, notamment, ainsi que des entreprises multinationales, des fonds de pension et des universités achètent de grandes étendues de terres sur le continent (Ndlr : noir) afin de produire du blé et d’autres céréales non seulement pour leur propre consommation mais aussi pour les vendre sur les marchés mondiaux. C’est une sorte de nouveau colonialisme, comme au XIXè siècle quand nos ressources étaient exploitées pour permettre au monde occidental de se développer ».

 

Al Gore poursuit, citant cette fois-ci Philip Woodhouse de l’université de Manchester, qu’ « il ne fait aucun doute qu’il ne s’agit plus seulement de terres mais bien de l’eau ». Et d’ajouter : « Les pays riches ont un œil sur l’Afrique, pas uniquement en termes de profits et de retours sur investissements mais aussi comme une police d’assurance ».

 

Dans cette nouvelle chasse aux terres arables de l’Afrique, la RDC n’est pas à l’abri. Selon Al Gore, qui se réfère à une analyse de Rights and Resources Initiative, une Ong internationale basée à Washington, « la République démocratique du Congo a signé des accords avec des propriétaires étrangers pour céder 48,8% de ses terres cultivables ». Plus explicite, l’ancien vice-président des Etats-Unis affirme que « la Chine a obtenu un agrément avec la République démocratique du Congo sur l’exploitation de l’huile de palme pour des biocarburants sur une étendue de 2,8 millions d’hectares ». « Quant à la part exacte des achats massifs destinés au biofuel, note Al Gore, les experts sont partagés. La Banque mondiale a calculé que, en 2009, 21% y étaient destinés, alors que l’International Land Coalition estime qu’ils représentent 44% ».

 

A voir de plus près, les estimations d’Al Gore paraissent tout à fait minimalistes pour le cas précis de la RDC. Sûrement, la cession des terres arables de la RDC se situe bien au-delà de 50%. Et, la Banque mondiale, citée toujours par Al Gore, penche dans ce sens. « La Banque mondiale, écrit-il, a analysé les rapports concernant les transactions immobilières internationales en matière d’agriculture entre 2008 et 2009 et conclu que, durant cette période de deux ans, les pays étrangers et les entreprises ont acheté presque 8 millions d’hectares de terres – approximativement la superficie du Pakistan – et que deux tiers des ventes se sont déroulées en Afrique ».

 

De ce point de vue, qui d’autre en Afrique à part la RDC dispose de terres arables assez larges pour se livrer à un tel exercice ? Si la Banque mondiale limite ses analyses en 2009, elle ne fait pas mention de tout ce qui se passe jusqu’à ce jour. En effet, la réalité est que le monde nourrit de grandes ambitions sur les terres arables. Et la RDC est dans l’œil du cyclone.

 

La menace de désertification qui guette de nombreux pays tels la Chine, l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis les poussent aujourd’hui à lorgner ailleurs, notamment en Afrique, pour trouver des terres cultivables. Or, la RDC en compte environ 120 millions d’hectares, dont à peine 10% sont mis en valeur. Elle paraît, de ce point de vue, comme un candidat potentiel à la grande ruée internationale des terres arables.

 

Pour ces pays en panne, il devient préférable, comme l’indique Al Gore, « d’acheter des terres disposant d’abondantes nappes d’eau douce en Afrique » que d’investir dans des projets d’irrigation extrêmement onéreux « at home ».

 

 

- La voie de sortie

Dans ces conditions, peut-on espérer une inversion de la tendance ? Difficile à dire pour l’instant. Toutefois, d’aucuns sont d’avis qu’une nouvelle colonisation de l’Afrique serait en gestation. L’Afrique se réveiller. Particulièrement la RDC, qui a le devoir ici et maintenant prendre conscience du danger pour éviter une nouvelle hécatombe au pays.

 

Alors que le vaste bradage des mines ne s’est pas encore arrêté, un autre, d’une grande amplitude, risque de ruiner complètement l’avenir de la RDC. Les terres arables congolaises sont à protéger et non à brader. Et, l’Etat, garant de la souveraineté et du bien-être du patrimoine commun doit les protéger contre vents et marées.

 

Dans une étude intitulée : « Les conflits autour des terres arables en RDC : négligés mais aussi dévastateurs que les guerres à l’Est du pays » de Joël Siku Kasereka, postée sur Internet le 20 mars 2013, l’auteur prédit un scenario apocalyptique pour la RDC. Il note que « la richesse potentielle de la RDC cache des réalités paradoxales ». L’auteur craint une résurgence des conflits autour de l’accès aux terres, notamment cultivables.

 

Pourtant, avec plus de 120 millions d’hectares des terres arables, la RDC pourrait nourrir plus du tiers de la population mondiale, en utilisant les technologies de production améliorées les plus récentes. Ce qui n’est pas le cas. En lieu de rentabiliser ses terres, la RDC a préféré les céder aux étrangers pour une exploitation agro-industrielle qui ne profite nullement à sa population. Recadrer le tir parait plus que jamais inévitable pour éviter un cataclysme national.

 

Quid ? Déposséder le pays des terres arables, comme c’est le cas actuellement, c’est entretenir des conflits que l’on ne saura pas maitriser dans les prochains jours. Une redéfinition s’impose pour recadrer les choses. Il y a va de l’intérêt du pays.

 

 

- Quelques données chiffrées sur la RDC

 

• Superficie de la RDC : 2.345.000 Km²
• +/- 120 millions d’hectares de terres arables dont 10% exploitées et 4 millions d’hectares irrigables
• +/-135 millions ha des forêts tropicales (52% de la RDC)
• Potentiel halieutique: +/- 700.000 T de poissons par an
• Potentiel de Gros bétail à élever + 40 millions de têtes
• +/-60 millions d’habitants dont 70 millions en milieu rural (six millions de ménages agricoles)
• 400.000 artisans pêcheurs.

 

Note

[1] République démocratique du Congo

 

Pour en savoir plus :

- DOSSIER : Les terres agricoles en Afrique

- Des paysans cambodgiens attaquent le groupe Bolloré en justice

- L’accaparement des terres en Afrique : Investissement ou pillage ?

- Terres "accaparées" : séance d'explications entre Bolloré et les communautés locales

- Les guerres africaines de Vincent Bolloré

- Bolloré étend son empire agricole

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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 08:51
Pierre Pytkowicz

Pierre Pytkowicz

Ancien ministre des Finances (1998-2 000) de la République libanaise, économiste et historien, Georges Corm défend dans son dernier ouvrage, Pensée et politique dans le monde arabe, une vision de la culture arabe bien plus riche et ouverte que le cliché récurrent de berceau du terrorisme islamiste relayé par les médias dominants.

 

Source : l'Humanité par Stéphane Aubouard le 12 Juin, 2015

- L'Humanité : Dans votre dernier ouvrage, Pensée et politique dans le monde arabe[1], vous faites clairement la distinction entre culture arabe et culture musulmane. Cependant, peut-on aujourd’hui, au regard des événements dramatiques qui secouent le monde arabe, victime de l’islamisme politique, séparer la pensée arabe de la pensée musulmane ?

Georges Corm : C’est tout le sens de mon livre. Il est absolument nécessaire de faire cette distinction. Il faut rappeler que le monde arabe a une pensée et une culture qui se situent à la fois avec et en dehors de l’islam. En dehors, parce que la culture arabe existe préalablement à l’islam, avec des traditions poétiques majeures indépendantes de toute contingence religieuse. Dans le premier chapitre de mon livre, je rappelle d’ailleurs l’importance de cette culture poétique. Culture primordiale à tel point qu’aujourd’hui encore, les personnes les plus honorées dans toutes les sociétés arabes restent les grands poètes, mais aussi de grands compositeurs de musique, chanteurs et divas, de très nombreux romanciers de qualité, dont le travail artistique et littéraire constitue le fond de la conscience collective arabe. Il y a de fait une pensée arabe très diverse de type profane, ouverte sur tous les problèmes de la modernité et qui est un socle majeur de la conscience collective arabe. Cependant, la pensée arabe existe aussi avec l’islam – événement historique et culturel considérable –, puisque, après l’apparition de la prophétie coranique, certes de très nombreuses écoles théologiques ont fleuri, mais aussi la philosophie qui a repris et développé le patrimoine grec et a fertilisé la pensée chrétienne en Europe à travers l’Andalousie. Et aujourd’hui encore, dans les cercles intellectuels, il y a de grandes controverses et des débats souvent très riches. Une des questions qui travaille le plus la pensée arabe philosophique et politique tourne autour de la structure de l’esprit arabe : est-il un esprit théologique fermé ou un esprit philosophique ouvert ? Il y a aussi de très nombreux débats sur les bienfaits et les méfaits de la laïcité, et les différentes formes de séparation du temporel et du spirituel.

 

Ce que décrit par ailleurs mon ouvrage, c’est le basculement médiatique et académique en Europe et aux États-Unis sur l’islam politique, qui a été instrumentalisé et radicalisé à la fin des années 1970, lors du dernier épisode de la guerre froide, lorsque les États-Unis ont théorisé la nécessaire réislamisation des sociétés arabes pour faire face à l’extension du communisme dans la jeunesse de ces sociétés et d’autres sociétés musulmanes en Asie. Cela s’est notamment traduit par l’enrôlement et l’entraînement de milliers de jeunes Arabes en Arabie saoudite et au Pakistan, sur la demande des États-Unis, pour aller se battre contré l’armée soviétique qui a envahi l’Afghanistan en 1979, en invoquant la nécessité d’un « djihad » contre les athées soviétiques. C’est de cette première guerre d’Afghanistan qu’est née l’organisation al-Qaida d’Oussama ben Laden, riche ressortissant saoudien, et qu’est né le mouvement des talibans, pratiquant lui aussi un islam radical à la mode saoudo-wahhabite. Ce que nous vivons aujourd’hui n’est que la suite logique de cette politique fatale.

 

 

- L'Humanité : Les contre-révolutions violentes qui ont suivi les révoltes arabes initiées en 2011, en Tunisie, et l’apparition, il y a un peu plus d’un an, de l’« État islamique » sont-elles aussi liées à un rejet des valeurs occidentales de la part des peuples arabes ?

Georges Corm : Parlons plutôt de la vague de mouvements libertaires à forte coloration sociale qui a secoué toutes les sociétés arabes, du sultanat d’Oman à la Mauritanie, au premier trimestre de l’année 2011. Depuis trente ans, un récit cliché s’est installé qui prétend que la psyché musulmane aurait été agressée d’abord par le colonialisme, puis par les régimes républicains laïcs du monde arabe. Mais le colonialisme a fait des dégâts dans toutes les sociétés colonisées – hindoue, boud-dhiste, confucianiste, animiste ou chrétienne – donc pas seulement dans le monde musulman. Aussi, prétendre que le monde arabe est en guerre contre l’Occident est une déformation grossière de la réalité qui entretient le mythe que les organisations terroristes telles que Daesh ou le Front al-Nosra (branche syrienne d’al-Qaida – NDLR) incarneraient une psyché musulmane éternelle, résumée dans le radicalisme violent, tel qu’il peut être prôné par une utilisation perverse de la doctrine wahhabite qui constitue la doctrine d’État de l’Arabie saoudite et du Qatar. Il faut rappeler que ces deux pays, alliés des États-Unis et, entre autres, de la France, disposent de moyens financiers gigantesques qui ont facilité l’extension de la doctrine wahhabite dans toutes les communautés musulmanes sunnites. Mais soyons objectifs : il y a bien plus d’Arabes en accord avec la philosophie des Lumières qu’avec le terrorisme produit par ce radicalisme islamique, très peu conforme à l’esprit de cette religion. Il suffit de regarder dans le monde réel ! La quasi-totalité des gouvernements arabes sont des alliés de l’Occident, la Syrie exceptée et, évidemment, pour des raisons exclusivement politiques. Des centaines de milliers de familles envoient leurs enfants en Europe, en France en particulier, ou aux États-Unis pour qu’ils y fassent des études. Toute une partie de la jeunesse arabe ne rêve que d’émigrer en Europe, voire aux États-Unis. Cela prouve bien que tout le schéma huntingtonien de choc des civilisations est purement imaginaire.

 

 

- L'Humanité : Cependant, la France, qui a longtemps pratiqué une politique d’apaisement, a opéré un changement radical dans sa politique arabe dès lors que Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir. Comment le pays des droits de l’homme est-il perçu par la population civile ?

Georges Corm : Il serait souhaitable que la France cesse d’intervenir directement dans les conflits ou qu’elle cesse de vendre des armes aux monarchies de la péninsule Arabique, lesquelles sont employées dans des interventions violentes dans d’autres pays arabes tels que le Yémen. La politique extérieure française est totalement alignée sur la politique de l’Otan, des États-Unis et des États du Conseil de coopération du Golfe. Elle fait même de la surenchère comme dans le dossier syrien ou celui du projet de traité avec l’Iran. La France ne peut donc plus jouer un rôle d’apaisement ou d’arbitre impartial, comme au temps du général de Gaulle. Mais elle reste le pays des droits de l’homme, c’est une image qui reste encore très présente dans l’imaginaire collectif arabe. Parce que la pensée arabe moderne a été fortement influencée par les Lumières et la Révolution française. Pour le monde arabe, les premiers à être entrés en contact avec cette pensée européenne, ce sont les grands cheikhs de l’université islamique d’Al-Azhar, au Caire. Al-Tah-tawi, tout d’abord, qui est venu en France dès 1825, envoyé par le souverain égyptien de l’époque, Mohammed Ali. Sa mission consistait à savoir pourquoi et comment la France était arrivée à un tel niveau de développement et de modernité. C’est sans nul doute celui qui, le premier, a su le mieux saisir la notion de citoyenneté. Plus tard, il y a eu Taha Hussein, né dans un milieu rural très pauvre, atteint de cécité à l’âge de deux ans. Malgré cette infirmité majeure, ses études et son talent l’amenèrent à Al-Azhar, puis à l’université du Caire, puis à Montpellier et Paris, où il apprend le français et obtient un doctorat. Lorsqu’il reviendra en Égypte, il contribuera grandement au développement de l’éducation dans le pays. Une de ses œuvres majeures, l’Avenir de la culture en Égypte, reste d’actualité pour toutes les sociétés arabes.

 

 

- L'Humanité : Pourtant, ne sont-ce pas ces mêmes pays où les Lumières sont apparues qui passent aujourd’hui leur temps à obscurcir l’horizon des pays arabes ?

Georges Corm : C’est la seconde fois dans l’histoire contemporaine des Arabes que nous avons des révolutions et contre-révolutions fulgurantes. Tout d’abord, au temps de Gamal Abdel Nasser, cet homme charismatique qui a galvanisé l’ensemble du monde arabe pour le débarrasser de la colonisation. Le nationalisme arabe laïc et socialisant, qu’il prônait, a été considéré pendant très longtemps comme l’ennemi numéro un des grands puissances occidentales. L’expédition de Suez, en 1956, menée conjointement par la France, la Grande-Bretagne et Israël, en est la preuve la plus évidente. Par la suite, tous les efforts ont été déployés pour arrêter la vague révolutionnaire arabe anti-impérialiste des années 1960 et 1970, où les mouvements armés palestiniens ont joué un grand rôle. Efforts conjoints des puissances occidentales et des mouvances d’islam politique soutenues par l’Arabie saoudite. Francfort et New York sont alors devenus des lieux d’asile privilégiés des Frères musulmans. La grande vague libertaire de 2011 a suscité une autre contre-révolution, avec à nouveau les mouvances islamiques qui ont joué un rôle majeur, en alliance avec les États occidentaux. Rappelons que l’Arabie saoudite a envoyé son armée dans le petit royaume de Bahreïn pour y supprimer, par la force, la révolte libertaire et sociale. Ailleurs, cette révolution a de nouveau été brisée par les puissances occidentales, notamment par la France, en Libye et en Syrie, pour amener un changement de régime dans ces deux pays en particulier : le premier, vraisemblablement pour son rôle en Afrique subsaharienne ; le second, pour affaiblir le régime iranien et le Hezbollah libanais, pour le plus grand bonheur de l’État d’Israël, des États-Unis et de l’Arabie saoudite.

 

 

- L'Humanité : D’autres pays, comme la Russie, peuvent-ils encore jouer un rôle ?

Georges Corm : La Russie, qui ne dispose que d’une petite base navale en Méditerranée, dans le port syrien de Tartous, fait cependant encore contrepoids. Elle ne lâchera pas aussi facilement ce pays, à l’heure où Moscou est en train de constituer avec l’Iran, la Chine et d’autres pays émergents, un bloc eurasiatique. Car, il n’y a pas de raison que les États-Unis, qui sont à 10 000 kilomètres de la Méditerranée, soient le seul grand acteur militaire et politique de la région, et que la Russie, qui a des frontières à 200 kilomètres de cette mer stratégique, et l’Iran en soit exclus. Cependant, les États-Unis tiennent absolument à contrôler le Moyen-Orient et la Méditerranée face au projet de regroupement eurasiatique. Et pour ce faire, Washington a deux alliés de poids dans la région, l’Arabie saoudite et Israël – en sus du Pakistan, plus loin dans la péninsule Indienne –, tous trois États à prétention religieuse. Car, si le problème de la pensée politique arabe est lié en partie à l’islamisme et à ses énormes moyens financiers, politiques et médiatiques, elle doit aussi faire face au phénomène israélien, qui se présente comme l’incarnation et le défenseur du judaïsme à l’échelle mondiale. Aux États-Unis, les fondamentalismes chrétiens jouent aussi un rôle important dans l’appui accordé au fondamentalisme israélien et à la poursuite de la colonisation des territoires palestiniens sans aucune sanction internationale.

 

 

- L'Humanité : Au final, où situez vous l’espoir pour ces peuples, pris entre guerres et terrorismes ?

Georges Corm : Ce qui s’est passé lors des révoltes de 2011 n’est pas vain. Il y a eu un formidable retour à l’unité de la conscience arabe, exaspérée par les autoritarismes de sources diverses, les injustices sociales extrêmes, l’absence d’opportunités d’emploi pour la jeunesse. Et ce moment restera nécessairement comme un grand instant de cette conscience collective, tout comme l’est resté le moment nassérien. C’est cela, le principal espoir. C’est donc la jeunesse. Mais il ne faut pas être naïf, rien ne sera possible tant que les conflits et les guerres n’auront pas desserré leur étau sur les nombreuses sociétés livrées à la violence aveugle et au terrorisme, qui ne tolère aucune diversité religieuse ou ethnique ou aucune pratique de l’islam différente du radicalisme à la mode wahhabite. Aussi je ne peux m’empêcher de renvoyer la balle à tous les démocrates américains et européens, pour qu’ils demandent des comptes à leur gouvernements sur les politiques menées dans le monde arabe depuis la fin de la Première Guerre mondiale. J’ai en effet du mal à comprendre que l’exercice de la démocratie soit restreint à l’espace intérieur, mais qu’il ne soit jamais demandé des comptes sur les politiques et interventions extérieures des gouvernements des États démocratiques, dont certains passent leur temps à vendre des armes et à s’immiscer dans les affaires intérieures d’autres États. Est-ce cela, la démocratie ?

 

Note :

[1] Éditions La Découverte

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7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 08:45
Histoire antique de la Palestine : Les premiers habitants

Sources : site du HAVRE DE SAVOIR Extrait du livre : Palestine hier, aujourd’hui et demain, Dr.Tareq Suwaidan.

- Les premiers habitants

Personne ne sait avec exactitude quand eurent lieu les premiers peuplements en terre de Palestine, et il n’existe aucune preuve qui permette de dater l’évènement. Néanmoins, les premiers indices et traces archéologiques indiquent que les premiers à avoir habité la Palestine furent un ensemble de tribu connu sous le nom de « les Natoufiyyun » 2000 ans avant J.C. Ils ont laissé des vestiges qui témoignent de leur présence mais nul ne sait qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Néanmoins, leurs vestiges sont les premières traces indiquant la première implantation humaine sur la terre de la Palestine.

 

  • Les Cananéens

Les premières découvertes archéologiques mises à jour en Palestine remontent  aux cananéens et aux Amorites. Ces deux peuples étaient des tribus qui émigrèrent de l’Arabie vers le nord et s’installèrent en terre d’Ash-Sham (Syrie), et précisément en Palestine. Ceci a été formellement et clairement démontré dans l’histoire de la Palestine. Tous les historiens aussi bien orientaux qu’occidentaux s’accordent à ce sujet. Par conséquent, l’origine  des premiers habitants de la Palestine apparue dans les textes historiques remonte aux arabes cananéens et  Amorites. Quant aux juifs,  à cette époque, il n’en est fait aucune mention. Leur nom n’est évoqué que plusieurs siècles plus tard comme le démontrera par la suite cette série sur l’histoire chronologique de la Palestine.

 

  • Les Jébusites

Nombreuses furent les tribus arabes de la Péninsule Arabique qui émigrèrent vers le nord. Là-bas, elles se dispersèrent entre la Syrie et l’Irak (Mésopotamie). Une partie de ses tribus s’installèrent en Egypte. Parmi celles-ci, se trouvaient les cananéens qui peuplèrent les vallées de Palestine. D’autres, les Jébusites s’installèrent dans la région Al-Qods (Jérusalem), avant même son édification. D’autres peuples se séparèrent et peuplèrent les montagnes : il s’agissait des phéniciens et des Amorites. Ainsi, ces tribus se répartirent la terre de Palestine. Les livres d’histoire, s’appuyant sur les traces archéologiques, citent les noms de toutes ces tribus en fonction de leur situation géographique en Palestine.

 

 

- L'origine du mot Palestine

Baalist : L’origine du nom « Palestine » remonte à d’autres peuples venus d’iles méditerranéennes, et notamment de Crêtes.  Il semblerait que les peuples de ces îles, pour cause de famine ou d’un évènement particulier, aient été contraints d’attaquer les côtes du « sham » et d’Egypte. Ils furent contenus une première fois par Ramsès III  lors la célèbre bataille de « Luzin » qui se déroula en Egypte. Ramsès refusa leur installation en Egypte. Après négociation, ils émigrèrent en Palestine. Ramsès leur ordonna de s’établir au sud de la Palestine, dans une région appelée «Baalist ». Les livres d’histoire et les textes sacrés évoquent ce récit ainsi que le nom de « Baalist ». Les habitants de « Baalist » furent appelés les « balistiniy-yun », d’où le nome « Palestine » qui était appelé tout d’abord « Balestine » pour se transformer au fil du temps en « Palestine ». Cependant, ces peuples furent voisins  des cananéens et des jébusites qui sont les habitants autochtones de cette région. Puis, ils se mélangèrent à la population autochtone et s’assimilèrent à la majorité au niveau linguistique et culturel. Avec le temps, les « balestiniens » s’assimilèrent complètement au sein des cananéens et l’histoire ne fit plus mention d’eux.

 

D’après ce qui précède, il nous apparait d’une manière évidente que pendant cette époque, il n’a jamais été fait mention des juifs ou de leurs peuples. Où se trouvaient-ils à cette époque ? Comment arrivèrent-ils en terre de Palestine ? Toutes les traces archéologiques, tous les livres d’histoire ainsi que les textes sacrés prouvent d’une manière catégorique que les premiers habitants de la Palestine sont les « cananéens » et les « jébusites ».

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Palestine

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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 08:05
Après le diktat de Merkel, tout est encore possible pour les Grecs

Sources : Le Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Robert Mascarell le 16 juillet 2015

Rien n’est terminé, mais tout me paraît fini. Voilà deux synonymes qui pourtant ne veulent pas dire la même chose. Je les utilise ici dans un sens oxymorique.

 

Rien n’est terminé, c’est-à-dire que la parole va devoir être reprise par la rue, par le peuple grec, et que des évolutions inattendues peuvent surgir.

 

Tout me paraît fini pour le Syriza qui a gagné le 25 janvier 2015 et surtout le 5 juillet 2015. Un autre Syriza va forcément naître, très différent.

 

Entendons-nous bien, je ne reproche pas à Tsipras d’avoir tourné le dos à ses engagements. Le point où en était arrivée la crise, délibérément provoquée par la troïka, contraignait Tsipras à signer n’importe quoi, plutôt que de prendre le risque instantanément d’une catastrophe humanitaire incontrôlable. Ce point ne me paraît pas souffrir de discussion.

 

Imprudent, celui qui limiterait son analyse au dernier épisode de la succession des événements depuis le 25 janvier 2015. Notre recul n’est pas très grand, mais il est suffisant pour se permettre de tirer quelques enseignements de ce qui a été fait et surtout de ce qui n’a pas été fait par nos camarades de Syriza.

 

Sur ce qui a été fait, je n’ai pas de critique à faire. C’est donc sur ce qui n’a pas été fait, de mon point de vue, que vont porter mon propos et mes regrets, pas mes critiques.

 

 

- 1er acte : la dissolution de l'Assemblée voulue par la Troïka

Tout à la joie de leur magnifique élection, le 25 janvier, nos camarades, trop idéalistes, ont insuffisamment perçu que, pour les 18 autres gouvernements de la zone euro, pour ne pas dire les 27 autres gouvernements de l’Union européenne, leur gouvernement était l’ennemi à abattre toute affaire cessante, par tous les moyens possibles.

 

Le hasard veut que le 24 janvier 2015, soit la veille de la victoire de Syriza, et alors que celle-ci était annoncée par tous les sondages, je participais à une réunion des responsables du Parti de gauche de l’Aveyron. Nous étions tous très heureux et, à mes yeux, immodérément optimistes sur les perspectives que cette victoire allait ouvrir dans les mois suivants. Très heureux, moi aussi, j’avais appelé mes camarades à beaucoup plus de prudence. J’ai rappelé que l’élection du 25 janvier était une élection anticipée, puisqu’elle était le résultat d’une dissolution de la chambre des députés majoritairement de droite, voulue par la troïka et par le chef du gouvernement grec, Monsieur Samaras.

 

J’ai ajouté, que ceux-là ont jugé qu’il était préférable pour eux que l’élection soit avancée d’une année. Quitte à ce que Syriza gagne cette élection anticipée. Pourquoi ? Parce que, si l’élection grecque avait eu lieu à la date prévue, soit en décembre 2015 ou janvier 2016, elle aurait eu lieu après l’élection générale en Espagne, où les chances de victoire de Podémos ne sont pas négligeables.

 

J’ai précisé, qu’en procédant aux élections d’abord en Grèce, puis en Espagne, les dirigeants européens espéraient bien avoir le temps de provoquer la chute de Syriza avant l’élection en Espagne. De manière à montrer au peuple espagnol, ce qui les attendait si jamais ils s’obstinaient à vouloir voter pour Podémos.

 

 

- 2ème acte : de sommet bidon en sommet bidon décisifs

La stratégie de Merkel, soutenue par tous les autres gouvernements européens, respecte le tableau de marche qu’elle s’est fixée.

 

Nos camarades de Syriza auraient-ils pu enrayer cette mécanique infernale ? Il est difficile de l’affirmer, mais mon regret, c’est que nos camarades n’ont pas suffisamment mesuré que dans une Europe capitaliste, la lutte des classes y est menée à mort, si nécessaire. De mon point de vue, ils ont été trop tendres.

 

Avant même d’arriver au pouvoir, il aurait été nécessaire que Syriza ait plusieurs stratégies alternatives, en fonction de l’évolution des événements. Au lieu de cela, le gouvernement grec a constamment réaffirmé son attachement absolu à cette Europe-là et à sa monnaie. Certes, il a été élu avec le mandat de rester et dans l’Europe et dans l’eurozone. Il a même réaffirmé sa volonté de rembourser sa dette.

 

Il est clair que, dès le premier acte de guerre mené par la BCE, qui scandaleusement a coupé tous les robinets vers la Grèce, puis le 2ème, après le fameux « accord » du 20 février 2015, où il est apparu que la troïka s’ingéniait à systématiquement retoquer les propositions de Tsipras, nos camarades auraient dû taper du poing sur la table et immédiatement, alors que les banques grecques avaient encore des réserves, en prendre le contrôle total. D’autant plus que la Banque centrale grecque est dirigée par un homme de droite.

 

C’est là, qu’ils auraient dû faire comprendre à la troïka, que si l’Europe, et surtout les pays de l’eurozone, continuaient à entraver leurs décisions, ils avaient une solution de rechange, genre se rapprocher de la Russie et des BRICS.

 

Dans ce sens, il me semble que Tsipras n’a pas suffisamment fait de géopolitique. Si cela avait été le cas, il aurait, de manière ostensible, insisté sur l’emplacement géographique de la Grèce, au carrefour entre la Russie orthodoxe (tiens, comme par hasard, c’est la religion des Grecs) et le Proche et Moyen-Orient.

 

Malheureusement, jusqu’au diktat du couple infernal Merkel-Schäuble, ce dimanche 12 juillet, imposé le révolver sur la tempe de Tsipras, celui-ci n’a joué, ni de près ni de loin, cette carte. Il est vrai que le 12 juillet c’était beaucoup trop tard.

 

Au lieu de cela, nos camarades ont accepté de se couler dans la tactique de la troïka. Celle des sommets bidons décisifs, où Tsipras et Varoufakis se présentaient avec chaque fois de nouvelles propositions en recul, mais qui étaient systématiquement repoussées par les monstres de la troïka. De sommet bidon en sommet bidon, les monstres ont gagné cinq mois, pendant lesquels les réserves financières grecques n’ont cessé de s’affaiblir. Jusqu’au moment, où n’en pouvant plus, Tsipras a magnifiquement joué la carte du soutien populaire, mais là aussi il était déjà trop tard. Le nœud coulant était presque totalement refermé sur la gorge des Grecs.

 

Il est aussi dommage que Tsipras n’ait absolument pas fait cas du rapport publié par le comité d’audit de la dette grecque, constitué d’experts financiers internationaux, et formé à l’initiative de l’admirable présidente de la chambre des députés grecque, la Vouli. Alors que ce comité démontre lumineusement que la dette grecque est illégale, illégitime, odieuse et insoutenable. C’est-à-dire que, rien que pour ces motifs, la Grèce était justifiée à ne pas la rembourser.

 

Le dénouement, provisoire j’en suis convaincu, de cette tragédie a eu lieu le 12 juillet. Tsipras ne pouvait faire autrement que de signer le diktat de Merkel-Schäuble, sauf à prendre le risque d’une catastrophe humanitaire immédiate et gravissime pour le peuple grec. C’est pourquoi, je lui garde tout mon respect et mon soutien. Il a agi en homme responsable et humain.

 

 

- 3éme acte : SYRIZA peut reprendre la main

Et maintenant, les carottes sont-elles cuites ? Je veux croire que non. Je pense même que Syriza a encore de bonnes cartes dans sa main.

 

Il est évident que le diktat européen ne peut que précipiter la Grèce encore plus au fond du gouffre. Mais, je suis persuadé que le peuple ne va pas se laisser faire. Des grèves et manifestations vont se multiplier, non contre le gouvernement, mais contre la troïka. Il va, probablement, sortir de sa torpeur pro-européiste et pro-euro présente et accéder à l’idée que rien n’est possible dans cette Europe.

 

Pendant tout ce temps de maturation du peuple, les dirigeants de Syriza, je n’en doute pas, vont, ce coup-ci, préparer les conditions de la sortie de la Grèce du carcan européen. De même, que le moment venu, ils sauront se saisir des conclusions du comité d’audit de la dette grecque et ainsi faire défaut sur la quasi-totalité de leur dette. Ils vont aussi, inviter l’Allemagne à lui payer ses dettes de guerre.

 

Aussi, loin d’accuser Tsipras et Syriza de trahison, je me félicite qu’ils soient toujours à la tête de la Grèce, pour utiliser le peu de pouvoir que leur laisse la troïka en faveur d’une répartition équitable des terribles efforts imposés par la dictature européenne, mais aussi pour favoriser toutes les actions de résistance du peuple.

 

La lutte continue !

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Grèce : l'implosion programmée de Syriza

- Derrière la fable, la France n’a pas vraiment défendu la Grèce

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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 08:09
Pourquoi l'omerta des médias au sujet de la démocratie islandaise ?

La réponse n'est pas si difficile à apporter :

l'Islande devient l'une des premières démocraties en Europe !

 

Source :  OPINIONS le 29 mai 2015 par Eric Labbé

Dans la quasi-totalité des pays européens, les Etats empruntent aux banques privées et sur les marchés financiers... Auparavant (en 1973 pour la France), les Etats empruntaient auprès de leur banque centrale.

 
 

- Mais pourquoi ce changement et à qui profite le "crime" ?

Les banques centrales prêtaient à taux nul à leurs Etats et ces derniers ont décidé, par l'intermédiaire des élus-traîtres, de transférer leur pouvoir aux banques privées qui ne se sont pas privées (sic) pour prêter avec un taux d'intérêt conséquent. Et c'est ainsi que la dette de tous les pays s'est envolée, les principaux créanciers étant les banques privées, ces dernières dictant leur loi aux citoyens de tous les pays par élus traîtres et corrompus interposés.

 

 

- Mais que fait l'Islande pour échapper aux banquiers escrocs ?

Première étape: Elle les met en prison. Le directeur de la deuxième banque d'Islande, la Landsbanki, a été condamné à 3 mois de prison ferme. Deux autres banquiers ont également été "coffrés" pour avoir manipulé des cours de bourse (comment est-ce possible?). Tandis que trois autres escrocs du système bancaire, ayant évolué au sein de l'ancienne première banque islandaise, la Kaupthing, ont écopé, en décembre 2013, de peines de prison allant de 3 ans et demi à 5 ans et demi, excusez du peu !

 

Deuxième étape : Plainte contre toutes les banques pour faux-monnayage. La Homes Association of Iceland (association d'intérêt public pour la protection des droits des ménages islandais) s'appuie notamment sur l'article 150 du Code pénal général n°19/1940 qui stipule que :"Toute personne qui crée de la fausse monnaie dans le but de la mettre en circulation comme monnaie légale ou toute personne qui acquiert de la fausse monnaie pour lui-même ou d'autres personnes dans le même dessein, sera soumise à une peine d'emprisonnement de 12 ans maximum. Dans le cas où la contrefaçon a été effectuée de manière à réduire la valeur spécifique de la monnaie légale, la sanction consistera en une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à 4 ans".

 

 

- Pourquoi ces silences permanents des médias traditionnels qui préfèrent informer dans le tout-convenant ?

Très certainement pour entretenir un système oligarchique médiatico-politico-financier qui profite à leurs maîtres mais aussi à eux-mêmes dans une moindre mesure.

 

Les peuples européens commencent à se réveiller. L'Islande, l'Espagne, la Grèce sont aux premières loges... Quel dommage que notre système oligarchique français perdure.... Mais pour combien de temps encore ?

 

Pour en savoir plus :

- mon dossier Islande

- L'Islande annule (encore une fois) une partie des emprunts immobiliers des ménages

- L’Islande dit non à l’Union Européenne

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 08:02
La crise russo-ukrainienne accouchera-t-elle d’un nouvel ordre européen ?

En dépit des divergences au sein du monde euro-atlantique et des réticences de Washington, les seconds accords de Minsk, visant à mettre fin au conflit dans l’est du Donbass, ont été signés à l’arraché grâce à une initiative conjointe de la France et de l’Allemagne, le 11 février dernier.

S’ils parviennent à empêcher une nouvelle partition de l’Ukraine, ces accords, si fragiles et ambigus soient-ils, pourraient offrir une chance ultime de rénovation de l’ordre européen, en jetant les bases d’un modus vivendi avec la Russie.

La France et l’Allemagne, qui demeurent les principaux piliers de l’Union européenne, pourraient jouer ici un nouveau rôle historique dans l’établissement d’un modus vivendi entre le monde occidental et la Russie. Mais examinons d’abord les paramètres qui pourraient permettre d’envisager la réalisation des accords de Minsk.

 

Sources :  le Monde Diplomatique par Jacques Lévesque[1], juin 2015 | mis à jour le 2 février 2016

- L’annexion de la Crimée peut à juste titre être attribuée au revanchisme.

Cependant, l’examen de la politique extérieure de la Russie postsoviétique montre qu’elle a été le produit de circonstances récentes, et qu’elle n’était pas inéluctable, ni même programmée, avant le début de 2014. C’est pourquoi elle était totalement inattendue. La résurrection du terme Novorossia la nouvelle Russie ») pour désigner le sud-est de l’Ukraine, et son utilisation par M. Vladimir Poutine, ne l’ont pas précédée, mais suivie, pour la justifier a posteriori.

 

 

- Deux conditions cruciales sont posées par Moscou pour la finalisation des accords de Minsk.

La première, et la plus importante, qui n’est pas explicitement inscrite dans ces accords : la non-adhésion de l’Ukraine à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). La seconde, la fédéralisation de l’Ukraine, doit être vue avant tout comme un moyen de garantir la première.

 

Depuis la fin de l’URSS, le processus d’élargissement de l’OTAN vers l’Est a été le principal facteur de la détérioration — entrecoupée de phases de coopération importantes — des relations entre la Russie et les Etats-Unis. Dès 1994, même les occidentalophiles qui entouraient encore Boris Eltsine s’y opposaient, affirmant qu’il ne pouvait être vu à Moscou que comme un moyen d’empêcher sa résurgence en tant que puissance européenne majeure. Même si Washington et les chancelleries occidentales niaient viser un tel objectif, Varsovie, Budapest, Prague et, plus tard, les républiques baltes affirmaient clairement, quant à eux, vouloir rallier l’OTAN pour se protéger d’une menace militaire russe qui n’allait pas tarder à revenir. Ce n’est que vingt ans plus tard que celle-ci s’est manifestée, telle une prophétie autoréalisatrice.

 

 

- Il a fallu beaucoup de temps pour cela.

En 1997, Eltsine signait avec son homologue ukrainien un traité solennel qui, pour la première fois, reconnaissait formellement l’intégrité territoriale de l’Ukraine, Crimée comprise. Il comptait ainsi freiner ce qui n’était alors que des velléités de rejoindre l’OTAN. Après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, M. Poutine, misant sur une refondation des relations avec Washington, facilita l’ouverture de bases et d’infrastructures militaires américaines en Asie centrale postsoviétique pour la conduite de la guerre d’Afghanistan. Il avala même la couleuvre du feu vert donné par M. George W. Bush à l’admission des trois républiques baltes au sein de l’OTAN, en espérant qu’elles seraient les dernières à la rejoindre. Jusqu’en 2004, il garda la conviction que la Russie pouvait devenir autre chose qu’une force d’appoint de la puissance américaine (2). Durant la période de coopération qui suivit le 11-Septembre, le partenariat stratégique avec la Chine pour la promotion d’un monde multipolaire, amorcé sous Eltsine, fut même prudemment mis en veilleuse.

 

C’est après la « révolution orange » de 2004 en Ukraine, et surtout après le sommet de l’OTAN d’avril 2008, au cours duquel M. Bush réussit à faire inscrire dans une déclaration solennelle que l’Ukraine et la Géorgie deviendraient un jour membres de l’Alliance, que M. Poutine se fit plus ouvertement menaçant. M. Bush avait arraché cette déclaration après que la France et l’Allemagne eurent fait échouer son projet de leur octroyer immédiatement un plan d’appartenance à l’Alliance. Tous les sondages en Ukraine montraient alors que la majorité de la population s’opposait à l’adhésion à l’OTAN, raison pour laquelle le gouvernement refusait la tenue d’un référendum sur la question.

 

Plusieurs mois auparavant, M. Poutine avait prévenu que si les puissances occidentales reconnaissaient l’indépendance du Kosovo sans l’accord du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), il se sentirait libre de faire de même avec l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, et de remettre à son tour en question le tabou de l’intangibilité des frontières des Etats issus de la guerre froide. Ces menaces ne furent pas prises au sérieux, pas davantage que les protestations russes émises depuis 1994 face à l’expansion de l’OTAN. C’est la Géorgie qui en paya le prix. 

 

Malgré tous les gages que M. Mikhaïl Saakachvili avait donnés à M. Bush, il ne reçut aucun secours décisif ni de Washington ni de l’OTAN lorsqu’il tenta quelques mois plus tard de reprendre l’Ossétie du Sud. Avec le redressement économique de la Russie, l’enlisement des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan, la défaite catastrophique de la Géorgie révéla assez clairement la fin du « moment unipolaire » qui inspirait encore la politique internationale de Washington. Ce n’est qu’avec l’administration de M. Barack Obama que l’on commença à en mesurer les conséquences.

 

 

- La centralité de l’OTAN dans l’obsession géopolitique qui prédomine en Russie a fini par déborder sur ses relations avec l’Union européenne.

Pendant plusieurs années, la Russie ne s’est pas opposée à ce que les anciens membres du Pacte de Varsovie, et même les anciennes républiques baltes, s’y joignent. Mais la conjugaison des nouvelles adhésions à l’OTAN et à l’Union européenne a rendu plus difficiles ses relations avec la seconde. C’est sur l’initiative des nouveaux membres qu’a été créé en 1999 le Partenariat oriental de l’Union, taillé sur mesure pour tous les Etats qui, de la Biélorussie au Nord jusqu’à la Géorgie, flanquent les frontières occidentales de la Russie. Il visait à leur donner un statut et des avantages distincts de ceux de la Russie, moyennant des gages de démocratisation qui se sont avérés bien légers s’agissant du régime de M. Viktor Ianoukovitch. Cela a amené M. Poutine, au début de son troisième mandat, à mettre en avant son projet d’Union eurasiatique (3) pour y attirer les mêmes Etats. Comme on le sait, c’est cette concurrence et la décision de M. Ianoukovitch de différer la conclusion d’un accord de l’Ukraine avec l’Union qui ont entraîné l’insurrection, la chute du président et la crise actuelle.

 

 

- La question la plus difficile à résoudre dans le cadre des accords de Minsk sera celle du statut final des régions qui échappent au contrôle de Kiev.

La résolution de cette question constitue explicitement une condition préalable à la reprise du contrôle des frontières ukrainiennes par le gouvernement. Depuis 1994, Moscou a préconisé la fédéralisation de l’Ukraine comme solution aux profondes divisions socio-politiques qui la caractérisent depuis son indépendance. Jusqu’ici, l’Ukraine a résolument refusé d’utiliser le terme de fédéralisation, pour de bonnes raisons. Les formules de fédéralisation mises en avant par Moscou relèvent davantage d’une confédération que d’une fédération.

 

On l’a vu clairement en novembre 2003, lorsque, sous l’égide de M. Poutine, un accord est intervenu entre la Moldavie et la Transnistrie pour mettre fin à la sécession de cette dernière (4). Suite aux promesses de soutien formulées par l’ambassadeur des Etats-Unis à Chisinau, le président moldave Vladimir Voronine refusa in extremis l’accord, au grand dam de M. Poutine, qui dut rebrousser chemin alors qu’il se rendait en Moldavie pour le signer. Dans le cas du Donbass, la France et l’Allemagne, parce qu’elles sont parties prenantes des accords, et en raison de leur poids politique international, peuvent faire en sorte que l’intégrité territoriale de l’Ukraine soit maintenue, et que l’autonomie prévue pour les régions sécessionnistes de Donetsk et de Lougansk ne se fasse pas aux conditions maximales souhaitées par Moscou.

 

 

- Dans un discours au Bundestag, en 2001, Vladimir Poutine avait souligné la primauté de l’appartenance européenne de la Russie

Depuis 1992, la France et l’Allemagne ont été les partenaires politiques européens privilégiés de la Russie. L’Allemagne demeure son principal partenaire économique. L’Union européenne reste, et de loin, le principal partenaire économique de la Russie. On se souvient de la concertation des trois pays dans l’opposition à la guerre en Irak, que Moscou a voulu poursuivre sur d’autres dossiers. Depuis toujours, Moscou mise sur les divergences entre les Etats-Unis et l’Europe. La France et l’Allemagne disposent de leviers importants pour obtenir le maintien de l’intégrité territoriale de l’Ukraine ; elles peuvent et doivent profiter de la place qu’elles occupent dans les calculs politiques russes pour exiger un règlement qui soit dans leur intérêt et dans celui de l’Europe. Les accords de Minsk contiennent une lueur d’espoir pour un réaménagement des rapports entre la Russie et l’Europe : pour la première fois, on y a accepté le principe d’une négociation à trois des relations économiques entre la Russie, l’Ukraine et l’Union. La conclusion d’un accord acceptable pour les trois parties, sur ces questions qui ont été à l’origine des manifestations de Maïdan, serait d’une portée politique considérable.

 

 

- A l’évidence, le soutien de la Russie aux séparatistes ukrainiens représente avant tout une police d’assurance contre une nouvelle marche de l’Ukraine vers l’OTAN.

Si, après la saisie de la Crimée, M. Poutine s’était contenté du référendum, qui devait initialement porter sur le statut futur de la région, et non sur son annexion, il aurait plus facilement pu réaliser cet objectif, sans avoir pour cela à soutenir l’extension du conflit ailleurs en Ukraine (5). Dans les conditions actuelles, il sera sans doute très difficile de trouver une façon de fermer la voie atlantiste à l’Ukraine, même si la France et l’Allemagne ont par le passé pris des positions qui allaient dans ce sens.

 

On dit en effet, à Washington et ailleurs, qu’une assurance de non-extension de l’OTAN serait une prime à l’annexion russe de la Crimée. Au premier abord, l’argument paraît convaincant. Mais il recèle une forte dose d’hypocrisie. La demande d’intégration rapide à l’OTAN formulée par le gouvernement de Kiev ne rencontre aucun écho favorable à Washington. Même les républicains les plus interventionnistes, qui exigent la fourniture d’armes aux forces ukrainiennes, écartent l’idée d’envoyer des soldats américains combattre pour l’Ukraine. Cependant, il existe un consensus à Washington pour utiliser la crise ukrainienne afin de renforcer l’OTAN dans sa composition actuelle. Un peu comme à l’époque du secrétaire d’Etat à la défense Donald Rumsfeld, les Etats-Unis misent sur la « nouvelle Europe » pour renforcer l’hégémonie américaine au sein de l’OTAN.

 

 

- Sauf que ce n’est plus toute la « nouvelle Europe » qui est au rendez-vous... 

La Hongrie, la Slovaquie et même la République tchèque manquent à l’appel.

Malgré cela, la presse allemande a révélé les efforts du commandant des forces alliées de l’OTAN, le général Philip Breedlove, pour exagérer les chiffres avancés par les services de renseignement européens sur le nombre de militaires et les fournitures d’armements russes aux régions séparatistes de l’Ukraine de l’Est. Il s’agissait de justifier le déploiement d’une force de trois mille hommes de l’OTAN dans les républiques baltes (6). Bref, on fait comme si c’étaient elles, plus que l’Ukraine, qui avaient besoin d’un secours rapide.

 

Dans l’état actuel des rapports de forces internationaux, il faut bien reconnaître que la promesse d’une entrée dans l’OTAN adressée en 2008 à la Géorgie et à l’Ukraine par M. Bush n’a fait qu’aggraver leur vulnérabilité. Si les accords de Minsk pouvaient aboutir à un aggiornamento sur cette question, un nouvel ordre international pourrait s’établir en Europe. On pourrait alors assister à une véritable coopération entre la Russie, l’OTAN et l’Europe, et sauver l’Ukraine de la faillite générale qui la menace tout en obtenant des garanties conjointes de sécurité pour l’avenir. La fin de l’expansion de l’OTAN vers l’Est pourrait permettre un retour à la primauté de l’appartenance européenne de la Russie, que M. Poutine avait fortement soulignée dans un discours au Bundestag au début de son premier mandat, en 2001.

 

 

- Il s’agit là d’une vision très optimiste des virtualités des accords de Minsk 2.

On souhaiterait que ce scénario soit le plus probable, mais rien de permet encore de le croire. Le pire pourrait même se produire. Tout d’abord, du côté du discours officiel russe, qui se fait défiant et parfois menaçant. Est-ce seulement pour obtenir des concessions tangibles sur les questions évoquées ? Ou bien M. Poutine ferait-il preuve d’hubris, comme en témoigneraient la mégalomanie des Jeux olympiques de Sotchi, la sous-estimation des capacités occidentales de rétorsion et la poussée de son avantage dans le Donbass au-delà du succès facile remporté en Crimée, sans mort d’homme ?

 

Quant au pouvoir en place à Kiev, très divisé et instable, son comportement est difficile à prévoir face aux revendications des bataillons de combattants volontaires. Dans un passé encore récent, il a réussi à obtenir contre Moscou, de la part des Etats-Unis d’abord, puis de l’Europe, grâce aux pressions des premiers sur la seconde, de sévères sanctions. Fort de cet appui, et profitant d’une désescalade purement tactique de Moscou, il a déjà tenté, avec des succès initiaux, de reprendre le contrôle militaire des régions rebelles. 

 

C’est dans ce contexte que Mme Angela Merkel s’était rendue à Kiev, en août 2014, pour fêter le 23e anniversaire de la déclaration d’indépendance de l’Ukraine. Elle avait appelé publiquement, devant un président Petro Porochenko impassible, à un cessez-le-feu que Washington évitait de réclamer. Plus réaliste que son interlocuteur ukrainien, elle savait que Moscou avait peu à faire pour renverser le sort des armes. Même maintenant, on tente à Kiev de modifier les conditions prévues par les accords de Minsk pour l’octroi d’une autonomie aux régions sécessionnistes, afin de forcer la main aux puissances occidentales. Le gouvernement ukrainien n’a pas repris le versement des salaires aux enseignants et fonctionnaires des régions sécessionnistes du Donbass. Dans les cercles du pouvoir, plusieurs préfèrent y voir un conflit gelé plutôt que l’exécution d’un accord jugé trop favorable aux demandes de Moscou.

 

Enfin, l’administration Obama, qui est divisée sur la question, pourrait encore décider d’envoyer une quantité d’armements sophistiqués aux forces ukrainiennes, malgré l’opposition de la France et de l’Allemagne, comme elle a déjà menacé de le faire en février dernier, quelques jours avant la tenue de la réunion diplomatique de Minsk.

 

L’escalade qui en résulterait pourrait amener Moscou à soutenir les rebelles, qui ne demandent que cela, pour une reprise de Marioupol et d’une partie de la région côtière, afin de faire de l’ensemble du territoire conquis un nouveau « conflit gelé » de longue durée, et ainsi garder une hypothèque sur l’avenir de l’Ukraine.

 

Les Ukrainiens, mais aussi les Russes, paieraient alors un prix très lourd, notamment par le renforcement de l’autoritarisme et des aspects les plus détestables et inquiétants de la dernière mouture du régime Poutine.

 

Le glissement de la Russie vers la Chine et l’Asie, qui n’a jamais été son premier choix, se poursuivrait, l’isolant davantage du monde occidental. Ce dernier attendrait un changement de régime qui pourrait mettre beaucoup de temps à venir, et même voir l’instauration d’un pouvoir plus répressif et plus rétrograde que l’actuel.

 

Notes :

[1] - Jacques Lévesque : Professeur émérite à la faculté de science politique et de droit de l’Université du Québec à Montréal. Co-auteur de La Russie et son ex-empire : reconfiguration géopolitique de l’ancien espace soviétique, Presses de Sciences Po, Paris, 2003.

(2) L’octroi du Membership Action Plan (MAP) à l’un ou l’autre des ces deux pays ne pourrait plus faire l’unanimité (nécessaire) des membres de l’OTAN dans son état actuel. Lire « La Russie est de retour sur la scène internationale », Le Monde diplomatique, novembre 2013.

(3) Jean-Marie Chauvier, « Eurasie, le “choc des civilisations” version russe », Le Monde diplomatique, mai 2014.

(4) L’accord paraphé par les parties et par le représentant de M. Poutine, M. Dmitri Kozak, prévoyait une chambre haute donnant 50 % des sièges aux Moldaves et 50 % à la Transnistrie et à la Gagaouzie, qui, ensemble, disposaient d’une capacité de blocage sur des questions majeures en matière de politique internationale et de défense, alors qu’elles comptaient pour 18 % de la population. Lire Jens Malling, « De la Transnistrie au Donbass, l’histoire bégaie », Le Monde diplomatique, mars 2015.

(5) Jacques Lévesque, « Annexion de la Crimée par la Russie : quelle est la stratégie du Kremlin en Ukraine ? », Diplomatie, n° 21, juin-juillet 2014.

 

Pour en savoir plus :

- UE-Ukraine: la vérité se fraye un chemin

- Thierry Mariani : la politique étrangère américaine est porteuse de discorde et de chaos

- L’Ukraine en voie de dislocation

- L’Ukraine sera fédérale ou ne sera plus

- Un reportage de Canal+ sur le Maïdan ukrainien vilipendé par les médias et menacé de déprogrammation

- TV. Derrière les masques de la révolution ukrainienne

- Interdiction de dire la vérité sur l’Ukraine ? Paul Moreira répond aux critiques sur son film sur les nazis de Maidan !

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9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 08:18
TAFTA : Le double discours PS quant aux tribunaux d’arbitrage privés

Sources : le Parti de Gauche par Thomas Mazelier

Au mois d’avril, l’Argentine a été condamnée par un tribunal d’arbitrage à verser 382 millions d’euros à la multinationale Suez environnement. Le tort de la ville de Buenos Aires ? Avoir résilié le contrat de gestion de l’eau à cause de la mauvaise qualité de celle-ci et d’une hausse des tarifs de 10% pratiquée par la multinationale.

 

Voilà à quoi nous devrons nous attendre, si jamais les tribunaux d’arbitrages font partie du Grand Marché Transatlantique (GMT). La mobilisation citoyenne contre les tribunaux privés commence à faire effet. Sentant le vent tourner, le Parti Socialiste (PS) et le gouvernement, adaptent leurs discours et orchestrent une opposition de façade.


Comme l’a martelé le premier secrétaire du PS : « sur le traité TAFTA, je veux être clair : à cette étape, c’est ’non’, ’no’, ’nein’, ’oxi’ ! ». On notera pourtant l’importance du terme « à cette étape », qui marque la défiance toute relative de Jean-Christophe Cambadélis à l’égard du GMT et des tribunaux d’arbitrage. Il en va de même des eurodéputés du PS qui ont soutenu pendant des années toutes les résolutions sur le GMT au parlement européen.

 

Le secrétaire d’état au commerce extérieur Matthias Fekl (PS), en charge du dossier sur le GMT se prétend lui aussi contre l’instauration de tribunaux d’arbitrages privés. Pourtant, loin de fermer la porte à la pratique de l’arbitrage, comme le prétend le PS, il entend « réformer » le système arbitral afin « d’instaurer un nouveau moyen de régler les différends entre États et investisseurs ».

 

Dans une série de recommandations déposées à Bruxelles le 2 juin, le secrétaire d’État propose : de « préserver le droit à réguler des États » ; la mise en place d’une cour permanente d’arbitrage au niveau de l’Union Européenne ; le « renforcement de l’éthique des arbitres ». Ces propositions, qui représentent la position du gouvernement français, ne s’opposent pas au principe même de l’arbitrage. Ces réformes « cosmétiques », laissent entière la possibilité pour les multinationales, d’attaquer devant un tribunal d’exception nos choix collectifs.

 

Le 10 juin dernier, ce n’était même pas la position française qui devait être débattue au Parlement européen, mais une résolution soutenant la nécessité des tribunaux d’arbitrages privés. La coalition formée par la droite et les sociaux-démocrates s’est fissurée devant la pression populaire. Martin Schulz, le président du Parlement européen, à du reporter le vote afin de camoufler l’opposition au GMT.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier : TAFTA & TISA

- Traité transatlantique. Les tribunaux privés toujours en question

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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 08:02
Des milliers d'Équatoriens se mobilisent pour défendre la révolution citoyenne contre le putsch des riches

Des milliers d'Équatoriens se mobilisent pour défendre la révolution citoyenne contre le putsch des riches

Un événement qui est resté inaperçu dans le médias occidentaux ! Normal, les oligarques sont à la manoeuvre avec le soutien des "pays libres" !

Dès que le gouvernement d'un pays refuse d'appliquer les recettes internationales du libéralisme, qui en Amérique Latine comme ailleurs exige de tout privatiser et de supprimer tout ce qui pourrait être des entraves à la toute puissance de la finance, il est taxé de dictatorial, de non respect de la démocratie.

Et s'il est impossible de le renverser par le scrutin électoral, alors entrent en action tous les mécanismes possibles de déstabilisation.

 

Source : blog de Martine Billard par Martine Billard membre de la direction du Parti de Gauche le 15-06-2015

- En Équateur, Rafael Correa a été élu président de la République pour la première fois le 26 avril 2006 au second tour avec 54,86% des voix.

Comme promis pendant sa campagne il a appelé à référendum pour mettre en place une assemblée constituante.

 

La nouvelle constitution issue de ces travaux a été adoptée le 28 septembre 2008 par 64% des électeurs avec entre autres les points suivants

  • le droit de tous aux soins médicaux, à la nourriture, à la sécurité sociale et à l'éducation
  • la gratuité des soins pour les personnes âgées ;
  • le renforcement du contrôle de l'État sur les ressources essentielles, tels le pétrole et les minerais ;
  • la possibilité d'exproprier et de redistribuer les terres arables inusitées ;
  • la légalisation des mariages homosexuels ;
  • la possibilité pour le président de se présenter pour un second mandat.
  • la reconnaissance d'une autonomie juridique pour les peuples autochtones du pays

 

- A la nouvelle élection présidentielle qui s'en est suivie le 26 avril 2009...

Rafael Correa a été élu selon la nouvelle constitution par 51,95% des voix au premier tour. Faute d'avoir pu l'écarter par les urnes, le 30 septembre 2010 un coup d'état policier éclate et séquestre le président qui est libéré par l'armée.

 

 

- Nouvelle élection présidentielle le 17 février 2013

De nouveau Rafael Correa est élu au premier tour avec 57,17% des voix. Vraiment désespérant pour tous ceux qui le honnissent et qui cherchent à le faire passer pour un dictateur !

 

 

- La prochaine échéance électorale est en 2017 et les grandes manoeuvres recommencent du côté de l'opposition.

Profitant du séjour du président hors du pays pour assister à la conférence entre l'Union Européenne et la CELAC (Communauté d'États latino-américains et caraïbes), l'opposition a appelé à des manifestations qui ont pris une tournure violente.

 

 

- Le motif en est la décision du gouvernement de modifier la loi qui taxe les héritages.

Actuellement, l'impôt ne concerne que les personnes percevant un héritage d'une valeur supérieure à 68 800 dollars, soit en gros 61 232 euros. En 2012, les 20% les plus riches s'accaparaient encore 52,5% des revenus (5 points de moins qu'en 2006), alors que les 4,1% les plus pauvres ne recevaient que 4,1% de la richesse nationale. Ce sont en fait surtout les classes moyennes qui ont profité d'une meilleure redistribution. Les grandes entreprises représentant 10% de l'activité du pays se sont attribuées 95,8% de la valeur des ventes en 2010. En 2013, l'Equateur était le pays avec la taxation des bénéfices la plus faible après le Chili, avec une moyenne de 34,6% contre 57% à l'échelle de la région.

 

 

- Certes la pauvreté a diminué de 10 points entre 2006 et 2012, mais il reste encore beaucoup à faire.

Le président Correa a donc décidé de présenter une loi de redistribution de la richesse, contre les plus-values immobilières et de lutte contre l'évasion fiscale. Les recettes ainsi dégagées seront reversées aux programmes sociaux. Le taux d'imposition variera de 2,5 à 77,5 %.

 

  • Actuellement l'impôt est exigible à partir d'un héritage d'une valeur de 68 800 dollars. Seulement 3 pour mille équatoriens reçoivent un héritage, ils ne sont que 3 sur cent mille à en recevoir un d'une valeur supérieure à 50 000 dollars et entre 2010 et 2014, seulement 5 en ont reçu un supérieur à 1 million de dollars.
  • Dorénavant les héritiers en ligne directe (enfants, parents, grands-parents, petits-enfants) ne seront pas imposables en dessous de 35 400 dollars (31 500 euros) soit 100 fois le salaire minimum (354 dollars mensuels qui concerne 18,17% de la population active).
  • A comparer avec la France où l'impôt (sauf récemment entre conjoints) est dû une fois décompté un abattement de 100 000 euros. Si on compare par rapport au niveau du salaire minimum, on voit que la proportion est identique.
  • L'impôt est ensuite progressif jusqu'à 47,5% pour les montants supérieurs à 566 400 dollars (504 096 euros) avec un taux maximum de 77,50 % pour un héritage dépassant les 849 600 dollars (756 322 euros).
  • En cas de transmission d'entreprise d'une valeur supérieure à un million de dollar, l'imposition est de 329 mille dollars selon la loi actuelle. Avec la nouvelle loi l'héritier sera exonéré d'impôt s'il transfère en actions à ces salariés cette somme due à l’État.

 

 

- Cette loi n'a donc rien d'une spoliation, mais c'en est encore trop pour les plus riches.

Selon le ministre de la Politique économique, Patricio Rivera, "la loi sur les héritages vise le secteur le plus élevé de la société, les 0,1% plus riches (....), 98% des Équatoriens ne paieront pas un centime".

 

On a donc vu hommes d'affaires et ultra-riches soutenus par la droite descendre dans la rue ces derniers jours et exiger le départ du président. Ils n'ont pas honte !

 

Leur tentative est vouée à l'échec, déjà leur nouvel appel à manifester hier, contre le retour du tyran, rien que cela !, a fait un flop.

 

La révolution citoyenne équatorienne continue pour plus de justice

sociale.

 

 

 

 

- Pour en savoir plus :

- Menace de coup d'Etat en Equateur ?

- L'équateur champion du monde de la reforestation

 

Equateur : tentative de déstabilisation du gouvernement Équateurien de Correa ?
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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 08:14
« L’UE, c’est l’antithèse de la démocratie » – Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie.

Sources : 360NEWS360X le 29 juin 2015

Le crescendo d’amertume et de querelles en Europe pourrait faire croire aux étrangers à une sorte de fin de partie plutôt amer entre la Grèce et ses créanciers. En réalité, explique Joseph Stiglitz[1] dans un article paru sur Project Syndicate, les dirigeants européens commencent juste à révéler la vraie nature de la controverse sur la dette actuelle, et la réponse n’a rien de plaisant : il s’agit bien plus de pouvoir et de démocratie que d’argent et d’économie.

 

L’économie derrière le programme que la « Troïka » (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) a imposé à la Grèce voilà cinq ans a sombré dans un gouffre, avec une chute vertigineuse de 25% du PIB. Aucune dépression n’a eu des conséquences aussi catastrophiques, commente Stiglitz, rappelant un simple fait : le taux de chômage parmi les jeunes dépasse aujourd’hui les 60%. Il est surprenant, poursuit le Prix Nobel, que la troïka refuse de reconnaitre ses échecs. Mais ce qui est encore plus surprenant est que les dirigeants européens n’en aient rien retenu.

 

Stiglitz rappelle que les énormes sommes d’argent prêtées à la Grèce ont terminé leur course dans les caisses des créanciers du secteur privé – y compris les banques allemandes et françaises. Le FMI et les autres créanciers « officiels » n’ont pas besoin de l’argent qui est réclamé aujourd’hui. S’il s’agissait d’un scénario de « Business as usual », cet argent serait très probablement à nouveau prêté à la Grèce.

 

Mais, encore une fois, ce n’est pas une question d’argent. Il s’agit en réalité d’utiliser les échéances pour contraindre la Grèce à se soumettre, à accepter l’inacceptable – non seulement des mesures d’austérité, mais aussi des politiques punitives de régression.

 

Mais pourquoi donc l’Europe fait-elle cela ? Pourquoi les dirigeants européens refusent-ils de prolonger de quelques jours l’échéance du 30 juin pour le remboursement de la Grèce au FMI ? L’Europe n’est-elle pas synonyme de démocratie ? En fait, c’est antithèse de la démocratie, répond Stiglitz : de nombreux dirigeants en Europe voudraient voir la chute du gouvernement de gauche emmené par Alexis Tsipras. Il n’est pas simple de conseiller les Grecs sur comment voter le 5 juillet, continue Stiglitz. Aucune des deux alternatives  – approbation ou refus des conditions imposées par la troïka – ne sera facile, et chacune comporte des risques énormes. Voter « oui » signifierait une dépression sans fin. Il est possible qu’un pays – qui aurait vendu tous ses biens et dont les jeunes auraient émigré – pourrait finalement obtenir l’annulation de sa dette ; peut-être qu’alors la Grèce pourrait obtenir l’assistance de la Banque mondiale. Tout ceci pourrait se produire pendant la prochaine décennie, ou la suivante.

 

A l’inverse, voter « non » laisserait au moins ouverte la possibilité pour la Grèce, avec sa forte tradition démocratique, de décider de son destin. Les Grecs pourraient saisir l’opportunité de construire ainsi un futur qui, même s’il n’est pas aussi prospère que par le passé, serait bien plus prometteur que la torture totalement déraisonnable qu’elle subit actuellement.

 

« Moi je saurais quoi voter, » conclut le Prix Nobel d’Économie.

 

Note :

[1] Joseph Stiglitz

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Piketty : "Entre 2009 et 2014, la Grèce est le pays qui a le plus réduit son déficit"

- L’Europe périt où la démocratie naquit.

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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 09:54
La Rochelle soutien au peuple grec : jeudi 2 juillet à 19h, cours des Dames

 

Au mois de janvier 2015, le peuple grec s'est prononcé pour changer de politique et dire STOP à l'austérité imposée par la Troïka qui paupérise la population grecque et annihile toute possibilité de sortir le pays de la spirale infernale du déclin économique et social.

 

Suite à l’impasse des négociations due au refus du FMI et des institutions européennes d’annuler ou de restructurer la dette grecque, suite aux mesures d’économie drastiques et inhumaines imposées au pays*, le gouvernement grec appelle ses citoyens à se prononcer par referendum​, dimanche prochain, sur le plan d’accord soumis par les institutions européennes et par le FMI...et appelle clairement à voter non : OXI !

 

 

- L'Europe de la finance refuse toutes les mesures proposée par le gouvernement grec visant à soulager le peuple en taxant les nantis.

Quelques exemples de mesures refusées ou imposées par les institutions européennes et le FMI qui disent à Tsipras : pas touche aux riches !

  • Augmentation du taux d’imposition sur les sociétés : REFUSÉE
  • Taxe exceptionnelle de 12% sur les profits supérieurs à ​500​ ​000€ : REFUSÉE
  • Taxation des jeux en ligne : REFUSÉE
  • Suppression de l’allocation de solidarité pour les retraités les plus pauvres : IMPOSÉE
  • Augmentation de la TVA : IMPOSÉE
  • etc, etc.

 

Comme c’est prévisible, les médias et l’UE vont tout faire pour que la peur l’emporte sur la démocratie. Soutenons le peuple grec !

 

 

- Surprise ! Le PS Charente Maritime appelle au soutien du Peuple Grec

Le PS ira t-il jusqu’à dénoncer la politique d'austérité qu'Hollande, Moscovici et consort veulent imposer aux grecs ? Bien sur que non !

 

Le PS de Charente Maritime soutient-il l'appel à voter NON au référendum grec ? Bien sur que non !

 

Il soutient la déclaration du bureau national du PS qui appelle le peuple grec "à faire les concessions nécessaires", donc de nouvelles mesures d'austérité..... passant aux pertes et profits toutes les propositions faites par le gouvernement grec, notamment celles qui visent à soulager le peuple en taxant les nantis.

 

  • Le PS prend une position à usage de politique intérieure française pour se donner une image plus "solidaire et anti austéritaire" sans rien renier sur le fond de son soutien sans condition au FMI, à la Troïka, par peur que le peuple grec en disant NON,  fasse la démonstration qu'une autre politique est possible en Europe.

 

- Une fois cet éclaircissement effectué...... tout le monde est bienvenu !

 

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Les français solidaires du peuple grec : non à la soumission aux chantages de la troïka

Appel au rassemblement des citoyens, syndicats, partis, associations pour un soutien au peuple grec :

jeudi 2 juillet à 19h, cours des Dames

La Rochelle soutien au peuple grec : jeudi 2 juillet à 19h, cours des Dames
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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 08:33
Selon le FMI, la plus grosse bulle financière de l’Histoire va bientôt exploser

Dans son dernier rapport sur la stabilité financière, le Fonds monétaire international sonne l’alarme. Son propos, sur la retenue comme d’ordinaire, n’est pas aussi explicite que le nôtre. LE BILAN ajoute, aux aspects conjoncturels relevés par le FMI, une analyse structurelle du système financier.

 

Sources :  LE BILAN par Benoit Delrue le 02-06-2015 mis à jour le 15 decembre 2017

C’est un événement planétaire. Le Fonds monétaire international (FMI), organisme basé à Washington né des accords de Bretton Woods en 1944, qui a largement contribué à bâtir le système financier actuel, tire la sonnette d’alarme. Généralement rassurante, l’institution sort de ses habitudes pour mettre le doigt sur ce qui « accentue les tensions » dans l’économie mondiale. Bien sûr, le discours tenu par le FMI reste sobre et évite soigneusement les formules catégoriques et trop explicites. Néanmoins, après avoir déjà consacré son avant-dernier[1] rapport régulier – biannuel ou trimestriel – sur la stabilité financière aux « risques » encourus par les acteurs publics et privés de la finance internationale, l’édition d’avril 2015 du document franchit une marche supplémentaire[2].

 

Selon le FMI, la plus grosse bulle financière de l’Histoire va bientôt exploser

La prochaine crise est inévitable. Pour le prouver, nous nous intéresserons de près aux signaux négatifs dont le FMI fait état, reposant comme à l’accoutumée sur une étude empirique des conjonctures. Dans un second temps, nous lierons à ces facteurs circonstanciels un examen structurel du système financier contemporain. Ce dernier, par une analyse plus profonde, sera révélé pour ce qu’il est – un géant aux pieds d’argile, sans cesse grandissant pour nourrir en milliards la caste des ultra-riches.

 

 

- Le printemps des crises

Le FMI fait état d’une conjoncture qui, mois après mois, « intensifie les risques » de survenue d’une nouvelle crise financière. Certains éléments, salués en France par les dirigeants politiques et les économistes de cabinet comme très favorables pour l’économie nationale, sont profondément déstabilisateurs pour le système international. Autrement dit, les causes d’une croissance française « élevée », à 0,6% au premier trimestre selon les estimations bienveillantes de l’Insee, mettent en danger des acteurs économiques de premier rang – donc l’équilibre financier planétaire.

 

 

- Taux d'intérêt records en France et en Allemagnerises

Le 1er juin 2015, les taux d’intérêt auquel la France emprunte sur les marchés ont atteint un nouveau record[3]. A dix ans, les obligations ont atteint le seuil de 0,8080% ; pour les maturités les plus courtes, les taux sont même négatifs depuis des mois, et ont même franchi, ce jour, la barre du -1% pour les échéances de trois ans. Une bonne nouvelle, à priori : enfin, l’Etat semble sortir des milliards d’euros d’intérêts réglés chaque année à ses créanciers. Sur LE BILAN, nous avons d’ailleurs insisté sur l'arnaque géante que représente la dette publique pour les travailleurs français. Mais du point de vue de l’équilibre des marchés, c’est une toute autre histoire.

 

En réalité, la ruée vers les dettes allemandes et françaises met à mal la rentabilité du secteur de l’assurance. L’outre-Rhin emprunte également à des taux très bas, pour une raison simple : comme les obligations françaises, les allemandes représentent le risque le plus faible du marché. Les compagnies d’assurance misent des quantités astronomiques de capitaux, souvent dans des placements périlleux. La probabilité de voir s’effondrer ces investissements, lucratifs mais dangereux, oblige les entreprises à placer certains œufs dans des paniers plus sûrs. Les emprunts des Etats ont toujours représenté une solidité, une garantie de remboursement quoiqu’il advienne. Mais dans la zone euro, certains pays ont inspiré davantage de craintes que de confiance : la Grèce, l’Italie, le Portugal ont subi, ces dernières années, des phénomènes de désinvestissement massif en raison des inquiétudes de restructuration de leurs dettes publiques ; et par le jeu du marché, leurs taux se sont alors relevé subitement, entraînant parfois de graves conséquences.

 

Selon le FMI, la plus grosse bulle financière de l’Histoire va bientôt exploser

A contrario, face à l’instabilité des Etats du sud, les premières puissances de l’Union européenne ont incarné dans l’esprit des financiers une certaine intangibilité. Les dettes françaises et allemandes, malgré la santé relativement mauvaise de l’économie hexagonale, sont devenues les valeurs-refuge par excellence. Mais y investir a représenté un coût toujours plus important : désormais, ce sont les créanciers qui payent ces gros Etats pour pouvoir placer leurs capitaux entre leurs mains, d’où les taux négatifs. La loi du marché, théâtre d’un rapport de force permanent entre l’offre et la demande donne parfois des situations comme celles-ci ; et plus les investisseurs sont nombreux à acquérir des obligations françaises et allemandes, plus les taux d’intérêt continueront à baisser.

 

L’observateur non-averti pourrait croire que chacun trouve son compte dans ce mécanisme. Il sous-estimerait lourdement les pratiques hasardeuses, voire fâcheuses, des compagnies concernées. Axa, Predica, et Allianz vendent des contrats d’assurance en garantissant des taux de rémunération supérieurs ; elles promettent un rendement élevé aux particuliers, qui contractent des assurances-vie, des retraites par capitalisation ou placent leur épargne sur des investissements présentés comme profitables. Mais les difficultés du marché à restaurer la confiance, et les taux toujours plus bas des placements obligataires, creusent toujours plus l’écart avec les revenus prédits, dont les assurances jurent de se faire les garantes. En bout de course, les compagnies se rapprochent toujours plus du précipice, et leur chute pourrait être extrêmement sévère.

 

Au printemps déjà, le FMI mettait sérieusement en garde contre le phénomène de tension qui s’opère sur ce marché. Dans son rapport sur la stabilité économique mondiale, publié en avril, l’institution souligne que « la persistance des faibles taux d’intérêt mettra à rude épreuve un grand nombre d’établissements financiers ». Après avoir atteint, peu après la publication du rapport, le record absolu de 0,3%, puis être revenus à plus de 1% début mai, les intérêts des obligations sur dix ans replongent à nouveau. Or, le Fonds allait encore plus loin : « les tests de résistance réalisés par l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles font apparaître que 24% des assureurs risquent de ne pas pouvoir tenir leurs exigences de solvabilité, dans un scénario de persistance de faibles taux d’intérêt ». Autrement dit, dans ce « scénario » qui est de loin le plus probable de tous, un quart des compagnies se retrouveraient, ni plus ni moins, en incapacité de régler les prestations à leurs assurés – qu’il s’agisse de complémentaires retraites ou de tout autre contrat. L’ensemble du secteur de l’assurance, qui détient les capitalisations les plus élevées de la planète, se retrouverait bientôt plongé dans une crise aux conséquences faramineuses, et dont personne ne sait aujourd’hui s’il sera possible d’en sortir.

 

 

- Le pétrole et la guerre

Outre la crise des assurances, qui menace de frapper de plein fouet la zone euro, la situation internationale n’est pas au beau fixe. Un autre facteur, présenté en France comme bénéfique pour notre économie, est au cœur des préoccupations : la chute drastique du prix du pétrole. Le baril de Brent, après avoir atteint son plus haut historique à près de 140 dollars en juin 2008, avait largement pâti de la crise financière en tombant sous la barre des 40 dollars six mois plus tard. Mais son cours s’était immédiatement repris, revenant à 70 dollars en mai 2009, et oscillant autour des 100 dollars pendant près de cinq ans.

Selon le FMI, la plus grosse bulle financière de l’Histoire va bientôt exploser

Voici exactement un an, le baril était à plus de 110 dollars : il entama, alors, sa baisse la plus longue jamais observée. Jusqu’en janvier 2015, pas un jour n’est passé sans que le prix du pétrole finisse par baisser ; après une timide reprise en mars, son cours stagne depuis deux mois et les observateurs craignent une nouvelle chute, vers les abysses cette fois. Au passage, si le Brent est le plus représentatif avec près de deux-tiers des échanges mondiaux, il est important de souligner que le baril de pétrole américain suit exactement la même courbe, avec la même baisse historique durant six mois[4]. Bien sûr, les Français ont vu ce phénomène comme une bonne affaire : notre pays, très consommateur d’essence et dénué de toutes ressources, a vu ces événements comme un soulagement. Le mauvais présage de feu Christophe de Margerie, patron de Total jusqu’à son décès en octobre dernier, qui prévoyait pour les prochains mois un prix à la pompe de 2 euros pour le sans plomb, était écarté. Mais là encore, les conséquences d’un processus excessifs seront lourdes.

 

Les pays exportateurs de pétrole, qu’il s’agisse des monarchies du Golfe ou des pays d’Amérique Latine, dont le Venezuela de notre camarade Nicolas Maduro, se retrouvent en grave difficulté financière. Le cercle vicieux est en œuvre depuis maintenant un an : la baisse du baril entraîne logiquement des profits moins élevés pour les Etats producteurs ; leurs dettes publiques et leurs devises deviennent des placements moins avantageux, voire plus dangereux, ce qui provoque le départ de nombreux financiers ; ces pays se trouvent pris dans un certain étau, entre moins de profits et moins d’investissements. Les entreprises qui y ont encore leurs placements, pour beaucoup européennes et américaines, font face à des risques toujours plus élevés pour leurs trésoreries. Plus globalement, la sortie accélérée des capitaux en devises monétaires concernées entraîne un cercle vicieux, qui déstabilise complètement le marché international des changes.

 

Ce dernier vacille d’autant plus qu’un autre facteur vient perturber l’équilibre financier du capitalisme planétaire, et non des moindres : les guerres. Les années 2010 voient une très forte recrudescence des hostilités armées, dont la présentation par nos « grands » médias comme de simples guerres civiles cache mal l’ampleur de leurs répercussions. Tout particulièrement, les guerres libyenne et syrienne, largement encouragées par l’OTAN qui a financé et armé les prétendus « rebelles », déstabilisent des régions entières, voire des continents. Le Maghreb et le Moyen-Orient pâtissent sévèrement, d’un point de vue financier, de la montée en puissance des groupes djihadistes. La Libye et la Syrie étaient des modèles économiques, tant en point de vue de leur produit intérieur que de la distribution des revenus au sein de leurs populations. Cette relative prospérité a poussé leurs voisins à lier des capitaux aux leurs, tant elles représentaient une stabilité prometteuse. Les événements meurtriers, qualifiés de « printemps arabe » alors qu’ils étaient pour l’essentiel provoqués par des milices de mercenaires, ont profondément rebattu les cartes dans les régions.

 

Les puissances occidentales, Union européenne et Etats-Unis en tête, minimisent largement l’aspect économique de ces guerres ; d’une part, parce qu’elles les ont délibérément déclenchées, d’autre part, parce que des pays comme les USA ou la France placent leurs pions sur l’échiquier économique. En Libye, par exemple, Total s’est rué sur les exploitations pétrolières, faisant peu de cas de la population locale et de son devenir. En Syrie, le pari fait par la France est d’abord et avant tout la chute du régime d’El Assad, encore aujourd’hui malgré l’horreur incarnée par Daech. De solides, la Syrie et la Libye sont désormais vouées à s’écrouler dans le ventre mou du tiers-monde. Mais d’autres entreprises occidentales ou internationales avaient misé gros sur les économies syrienne et libyenne ; nombre d’entre elles ont procédé au retrait d’une quantité importante de capitaux. Et ce phénomène a, lui aussi, bouleverse le marché des devises.

 

Selon le FMI, la plus grosse bulle financière de l’Histoire va bientôt exploser

La dépréciation rapide des taux de change accentue les tensions qui pèsent sur les entreprises fortement endettées en devises [des Etats producteurs de pétrole ou en guerre] et cela a provoqué de fortes sorties de capitaux des pays émergents », constate le Fonds monétaire international. Ce dernier souligne la gravité financière des événements actuels : « l’augmentation de la volatilité des principaux taux de change a été la plus forte depuis la crise financière mondiale. La diminution des liquidités sur les marchés des changes et les marchés obligataires, de même que l’évolution de la composition des investisseurs, ont accentué les frictions dans les ajustements de portefeuille ». Les « frictions » dans les « ajustements » sont des euphémismes : même s’ils jurent ne jamais céder à la panique, l’assombrissement des perspectives internationales donne aux investisseurs des sueurs froides.

 

 

- Faillites bancaires en pagaille

Petit à petit, les conditions d’un krach se réunissent. Aux éléments observés par le Fonds monétaire, d’autres phénomènes sont à étudier de près. La  situation des marchés financiers, en particulier en Europe, donne à elle seule un signal extrêmement pessimiste pour l’avenir immédiat.

 

C’est d’abord une banque autrichienne qui a provoqué en Europe centrale des remous démesurés. Depuis la crise de 2008, Hypo Alpe Adria (HAA) est incapable de sortir la tête de l’eau, empêtrée dans toutes sortes de placements toxiques. En grave difficulté depuis 2014, ses problèmes viennent pour l’essentiel de sa filiale Heta, spécialisée dans les investissements à risque. Pour maintenir ses activités, HAA se voyait régulièrement aidée par les fonds publics : entre 2008 et 2015, ce sont 5,5 milliards d’euros qui ont été versés, sans contrepartie ni remboursement, par l’Etat autrichien à la banque. Face à la colère des contribuables, et à l’impasse de la situation, l’Autriche a pris une décision le 1er mars dernier : ne plus donner un euro à Heta, dont les actifs ne représentaient plus alors que 280 millions d’euros. Mais cette structure était organiquement liée à de nombreux acteurs financiers, en Europe de l’Est et également en Allemagne.

 

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C’est notamment la Düsseldorf Hypotherkenbank, basée dans la capitale de Westphalie, qui a pâti le plus immédiatement de la faillite annoncée de Heta. Banque modeste et entièrement liée à HAA, Düsselhyp représente néanmoins une première étape d’un « effet boule de neige considérable[5] », concède le quotidien libéral en ligne la Tribune  : « avec un impact initial de 280 millions, on met en péril un bilan de 11 milliards, et un marché de quelque 400 milliards d’euros ». Pour éviter la contagion, l’Association allemande des banques privées (BdB) a immédiatement pris le contrôle de la Düsselhyp ; mais cette dernière n’est pas la seule concernée par la faillite de la filiale de la HAA, loin s’en faut. La bavaroise BayernLB et Dexia Kommunalbank sont exposées à hauteur de plusieurs milliards. Si les flammes apparentes ont été étouffées, le brasier pouvant provoquer une crise bancaire en Europe centrale reste intact.

 

Parallèlement, un pays bien plus petit mais plus proche de nous était ébranlé par une crise de premier ordre : Andorre. La principauté, dont le président de la République française est également le chef d’Etat, a fait face à une déstabilisation jamais vue. La Banque privée d’Andorre (Banca Privada d’Andorra, BPA) s’est retrouvée sous la coupe d’une enquête américaine, ouverte le 10 mars par la FinCEN, organisme attaché au Trésor chargé de lutter contre le crime financier. En cause, la BPA avait blanchi l’argent de mafias chinoises, russes et vénézuéliennes, selon les autorités américaines. L’aspect géopolitique dans l’affaire est important, tant les trois pays cités constituent des adversaires de premier plan pour l’impérialisme états-unien ; du point de vue économique, qui nous intéresse ici, l’affaire a provoqué un déficit de confiance sans précédent pour les plus de 7 milliards d’actifs de la BPA. Le petit Etat a pris le contrôle de la banque, fait inédit dans son histoire ; mais, comme le rappelle la Tribune[6], Andorre n’a « pas de filets de sécurité ». N’étant pas membre de la zone euro, la Banque centrale de Francfort ne le renflouerait pas en cas de faillite ; or, les actifs de la BPA sont deux fois supérieurs au produit intérieur brut de la principauté. Si elle venait à déposer le bilan, elle entraînerait dans sa chute bien d’autres institutions, à commencer par les banques espagnoles avec lesquelles elle entretient des partenariats financiers privilégiés.

 

Pendant ce temps, les tensions grandissantes entre Europe et Russie ont coûté au grand pays une grave crise bancaire, qui n’a pas fini de le secouer. De nombreux établissements ont fait faillite au printemps, passant les uns après les autres sous la tutelle par la Deposit Insurance Agency (DIA), l’organisme public chargé de reprendre les banques déposant le bilan. En mars, l’équivalent de 18 milliards d’euros manquait aux banques pour assurer leurs financements, rendant dès lors insuffisant le plan de recapitalisation de 13 milliards mis en place par l’Etat. « Un quart des banques russes sont au bord de l’asphyxie », annonçaient alors Les Echos[7]. Pour éviter de se retrouver, elle-même, en difficulté, la géante Sberbank se refusait alors à toute aide vis-à-vis de ses concurrents. Malgré son intransigeance apparente, elle a accusé de lourdes difficultés au premier trimestre, avec une division par deux de ses bénéfices sur un an selon les résultats annoncés la semaine dernière[8]. Le premier facteur de ces résultats est intrinsèque au système bancaire, avec notamment une diminution de 16% des revenus nets tirés par la banque des intérêts des crédits.

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Enfin, après l’Allemagne et Andorre, c’est un autre voisin de la France qui semble proche de la tempête depuis ce printemps : l’Italie. Le cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC) a dévoilé, le 25 mars, un rapport qui a mis le feu aux poudres dans le microcosme de l’investissement financier. L’entreprise américaine d’audit et conseil, reprise par le magazine Challenges au mois d’avril[9], souligne « l’inflation galopante des crédits à risques des banques italiennes ». « Les prêts douteux augmentent sans cesse », souligne Jacques Sapir : « ils sont proches de 15 à 20% là où ils devraient être à 5% ». Du propre aveu de la Banque d’Italie, ces « prêts non performants » ont atteint 185 milliards d’euros en janvier, et continueront à augmenter en 2015 d’après PwC. Le système bancaire de notre voisin latin ne trouve plus grâce aux yeux des cabinets de conseil, comme Alpha Value, qui insiste sur le « fonctionnement coûteux » d’un « système éclaté », où « le niveau de fonds propres des banques est très bas ». La réaction est sans appel : les capitaux fuient désormais le pays. Après trois ans et demi de baisse, les taux d’intérêts des obligations italiennes remontent depuis trois mois[10], créant pour la finance nationale des tensions accrues. Challenges rappelle que « cette faiblesse a été mise en lumière par les tests de résistance de la BCE, en octobre, puisque neuf banques italiennes sur les quinze soumises à l’exercice ont échoué » aux « stress tests » de la Banque centrale. L’hebdomadaire économique, chantre du capitalisme, se fait franchement pessimiste sur l’avenir proche de la péninsule, reprenant en chapeau les propos de Sapir : « on peut s’attendre à une crise bancaire italienne majeure cet été ».

 

 

- Le retour des subprimes

Comme le veut la logique du marché, l’incertitude règne sur la suite des événements. Nous ne nous ferons pas oiseau de mauvais augure : il est impossible d’affirmer si la prochaine crise surviendra effectivement cet été. Néanmoins, le système financier est de plus en plus sous pression et les signaux négatifs ne manquent pas. Les faillites bancaires européennes, survenues pour des raisons diverses, restent jusqu’à présent des phénomènes isolés – mais, ajoutés aux processus globaux analysés par le FMI, créent les conditions d’une nouvelle crise.

 

Les « grands » médias se gardent bien d’aborder frontalement la question, trop attachés à défendre le système capitaliste, en glorifiant par exemple le 0,6% de croissance française. S’il est effectivement absurde de chercher à prédire la date du prochain krach, analyser en profondeur la situation des banques est par contre possible, utile et nécessaire. Il apparaît alors clairement que la prochaine crise aura bien lieu ; et qu’elle aura un retentissement, dans le monde et en France, sans doute plus puissant encore que celle de l’automne 2008. Pour comprendre le dernier krach, comme celui à venir, étudier la question des subprimes est éclairant. Loin d’être d’un autre âge, elle en dit long sur le système financier contemporain.

 

 

- Le d'or

A l’origine se trouve un système bancaire entièrement basé sur le crédit, dont les Etats-Unis sont le fer de lance. Au pays du « rêve américain », les revenus des travailleurs ont été comprimés pendant plus d’un demi-siècle ; à mesure que les profits des plus riches grimpaient en flèche, grâce aux hausses de production et aux gains de productivité, les salaires proportionnels n’ont fait que baisser. Pour soutenir artificiellement la consommation des ménages, les banques ont donc développé un outil formidable : les crédits à la consommation. Emprunter de l’argent est devenu toujours plus facile : pour acheter une maison ou une voiture, bien sûr, mais aussi un lave-linge, un aspirateur, et enfin pour payer ses baguettes. Les cartes de crédits, qui sont devenues la norme, permettent de régler ses achats du quotidien non plus avec l’argent présent effectivement sur le compte bancaire, mais avec de l’argent prêté par la banque que le consommateur devra rembourser les mois suivants. Comme chaque prêt, il comporte des taux d’intérêts élevés ; et avec un pouvoir d’achat artificiellement augmenté, les Américains se sont en fait retrouvés de plus en plus dans l’étau des banques.
 

Selon le FMI, la plus grosse bulle financière de l’Histoire va bientôt exploser

Aux Etats-Unis, le phénomène de surendettement atteint des niveaux inimaginables en Europe ; des millions de foyers sont concernés. Dans un ersatz de régulation du système se sont développées les agences de notation : chaque créditeur, chaque individu qui emprunte de l’argent, se voit attribuer une note sur 1.000, allant de la solidité financière incarnée (1.000) à l’insolvabilité la plus totale (0). Ce système, le « FICO score », introduit en 1989 par la société de logiciels informatiques éponyme, s’est institutionnalisé et il n’est plus une compagnie de crédits qui ne le prend en compte. Dès la fin des années 1990 s’est formée une nouvelle catégorie de la population, les « mauvais payeurs », accumulant les dettes et les retards sur leurs remboursements : les subprimes. Fixé historiquement à 640, puis variable[11], il est un niveau du FICO score en-dessous duquel les ménages ne peuvent plus contracter de nouveau prêt, sauf à accepter des conditions particulières. A partir de 2001, le nombre d’individus catégorisés subprimes n’a cessé de croître.

 

Dans un processus décortiqué avec talent par Michael Moore dans son film Capitalism : A love story[12], les banques ont mis en place au début des années 2000 un système pernicieux. Les familles surendettées se sont vues proposer de prendre un crédit sur l’hypothèque de leur logement : en pleine ascension des prix de l’immobilier, s’est diffusée l’idée selon laquelle les maisons sont des « tas d’or », des « banques » à elles seules. Si un ménage, même endetté jusqu’au cou, vivait dans une maison estimée à 200.000 dollars, alors il pouvait emprunter une part proportionnelle à la banque, proche parfois de la valeur estimée du bien. Du point de vue des banques, le calcul était simple : en prêtant de l’argent, les ménages pourront consommer, investir, vivre mieux et dégager bientôt de quoi nous rembourser ; pour ce service, nous pouvons appliquer des taux d’intérêts fluctuants, très profitables, indexés sur le marché pour maximiser le rendement des prêts hypothécaires ; enfin, si la famille en vient à ne plus payer ses traites, nous pourrons saisir le logement, ce qui constitue une garantie de remboursement à coup sûr. Chacun sait aujourd’hui que ce scénario ne s’est pas déroulé comme prévu.

 

 

- La perversion du système

Si le mécanisme de crédits en était resté là, tout injuste qu’il est pour des travailleurs pris à la gorge, il n’aurait pas provoqué la tempête de 2008. En réalité, le système va beaucoup plus loin. La finance capitaliste repose sur un principe élémentaire : les établissements prêtent de l’argent qu’ils n’ont pas. Pour bien comprendre, nous allons prendre un exemple abstrait.

 

Mettons que mille individus demandent, chacun, un prêt de mille dollars à la banque A. Celle-ci n’a pas un million d’euros en poche ; mais elle peut en avoir seulement  100.000, soit 10%, et accorder malgré tout ces prêts. Le procédé est simple : pour récupérer le million de dollars, elle recourt marché financier. En émettant des actions, elle peut se financer massivement, pour réaliser ses opérations et au final, donner à ses financeurs une bonne rentabilité. Le plus souvent, ça fonctionne très bien : la banque A, si elle applique un taux d’intérêt moyen de 5% à ses clients, en redistribuant 3% aux actionnaires et en empochant 2% de commission, fait une excellente affaire. Cela signifie qu’elle a gagné 20.000 dollars, pour avoir prêté un argent qu’elle ne possède pas ; et au passage, elle a grassement rémunéré les actionnaires, qui auront davantage confiance en elle.

 

En réalité, les sommes sont bien plus élevées, donc les risques aussi. Pour parer les probabilités de ne pas se voir rembourser, la banque A veille à mutualiser les risques. Elle combine les engagements financiers : si une action reposait, au bout du compte, sur un seul crédit, elle ne vaudrait plus rien au cas où l’endetté ne rembourserait pas. La banque A veille donc à ce que chaque titre sur le marché corresponde à une somme de parts dans de nombreux crédits, étalés temporellement et géographiquement : c’est la titrisation. De plus, notre banque émet en réalité des actions pour un montant supérieur aux prêts qu’elle fournit aux ménages ; ainsi, elle place des capitaux dans une multitude d’investissements, sûrs ou très rentables. Avec une trésorerie toujours égale à 100.000 dollars, la banque A peut donc brasser, par exemple, deux millions de dollars sur les marchés financiers : tout repose sur la promesse de gains contenue dans le bénéfice qu’elle réalisera sur cette capitalisation élevée.

 

Selon le FMI, la plus grosse bulle financière de l’Histoire va bientôt exploser

Là où l’affaire se corse dangereusement, c’est que les deux millions de dollars de capitalisation font eux-mêmes l’objet d’une spéculation. A partir de ces actifs financiers sont émis des dérivés de crédit, consistant en des options d’achats – mais pas des promesses – des actions concernées. Ce mécanisme permet, a priori, de réduire les risques : un autre financeur, l’acheteur du dérivé, se porte garant pour l’actif et le « protège ». En réalité, c’est un moyen pour les financeurs de doper dans des proportions astronomiques la quantité de capitaux, donc les revenus qui leur sont liés – les dividendes notamment. Ce commerce juteux s’est placé, ces dernières décennies, au cœur du système financier international. Pour l’exemple de la banque A, les deux millions d’actifs financiers peuvent faire l’objet d’un montant équivalent de dérivés de crédit. La capitalisation totale de l’affaire est donc portée à quatre millions de dollars ; le tout, alors que seul un million a été effectivement prêté, et pourra fera l’objet de remboursement ; et alors que la trésorerie de la banque A est, encore et toujours, à 100.000 dollars, soit moins de 3% de la capitalisation totale prenant en compte les dérivés.

 

L’exemple présenté, derrière des sommes abstraites pour rendre les mécanismes intelligibles, est loin d’être une exception : c’est le modèle de la finance capitaliste. Il est question ci-dessus de dollars, pour ne pas trancher avec le présent exposé sur les subprimes ; mais le raisonnement reste parfaitement valable en euros ou en francs, étant donné que le mécanisme est tout autant utilisé par les compagnies d’assurance et les banques françaises. Revenons donc à notre exemple. A partir d’un millions de dollars dans l’économie réelle, qui représentent déjà un pouvoir d’achat artificiel pour les ménages endettés, ce sont quatre millions qui peuvent transiter sur les marchés et arroser copieusement les gros porteurs d’actions. Le système tient parce que les capitaux se renouvellent, parce que les ménages continuent de contracter toujours plus de crédits immobiliers ou à la consommation, et parce que les mouvements de fonds sont permanents. Il subsiste même si, parmi les 1.000 individus qui ont emprunté mille dollars à la base, 50 en viennent à ne pas pouvoir rembourser.  Mais à 100 insolvables, le système vacille dangereusement ; et si la confiance se perd, les capitaux s’enfuient aussi rapidement qu’ils sont arrivés.

 

 

- La crise des subprimes

Différents facteurs ont progressivement conduit à la crise des subprimes, survenue en août 2007. D’abord, les taux d’intérêts appliqués par les organismes de crédits pour les prêts hypothécaires se sont envolés, quand la Réserve fédérale – la banque centrale états-unienne – a rehaussé son taux directeur, de 1% en 2004 à plus de 5% en 2007. Dès lors, le montant des échéances mensuelles ont grimpé pour ceux qui avaient souscrit à un crédit subprime. Une raison rarement évoquée par les observateurs est le marasme économique états-unien : comme en France, bien qu’à un degré moindre, l’appareil industriel des USA a été progressivement démantelé, ces dernières décennies, par les grands groupes capitalistes qui ont délocalisé la production en Asie. Dans leur pays d’origine, ces entreprises maintenaient un chiffre d’affaire artificiellement élevé par de nombreux engagements financiers avec le secteur de la bancassurance ; ce n’est donc pas pour rien si des géants, comme General Motors, sont passés en 2008 à deux doigts de la faillite. Toujours est-il que le chômage des Etats-Unis a grimpé au cours des années 2000, renforçant la condition de pauvreté des travailleurs américains, et donc leur incapacité à payer leurs traites.

 

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Dès lors, un nombre grandissant de ménages se sont vus dans l’incapacité de régler les échéances mensuelles. Le phénomène grandissant, il a d’abord mis en danger les asset-backed security, ou ABS, les titres financiers conçus à partir des crédits subprimes. Les banques et assurances propriétaires de ces titres les avaient, elles-mêmes, transformés en toutes sortes de dérivés de crédits, dont les collateralised debt obligation ou CDO, considérés sûrs car mêlant les créances immobilières des subprimes à des titres obligataires émis par les Etats. Le rendement promis pour ces produits financiers était élevé, c’est pourquoi certains établissements, financiers voire immobiliers, s’étaient spécialisés dans la détention de ces titres. Plus les organismes détenaient de ces actions « toxiques », et plus rapidement ils se sont retrouvés piégés. En 2007 puis en 2008, ce sont des poids lourds qui ont successivement été atteints par la paralysie financière : la banque Bear Stearns, d’abord, pionnière dans les méthodes de titrisation – parfois répétées sur les mêmes produits pour espérer créer une cascade de profits. Investie à plus de 80% sur le marché des capitaux, délaissant l’économie réelle comme la gestion de patrimoine (10%), la Bear était la cinquième banque d’affaires de Wall Street. En situation de dépôt de bilan, elle a été rachetée en mars 2008 par la banque commerciale JPMorgan Chase à 10 dollars l’action, soit treize fois moins que son niveau d’octobre 2007.

 

Au printemps 2008, certains pensaient que le pire était passé ; mais l’étau ne faisait que commencer à se refermer sur des acteurs plus importants encore, comme le retrace le captivant docu-fiction Too big to fail[13]. Fannie Mae (FNMA) et Freddie Mac (FHLMC), deux sociétés par actions créées par le gouvernement fédéral pour augmenter la taille du marché des prêts hypothécaires, se sont retrouvées asphyxiée : à elles deux, elles assuraient envers les organismes de crédits 5.200 milliards de dollars d’hypothèques, soit des centaines de fois leurs fonds propres. Fin juillet, au bord de la faillite, le Trésor consent à prendre le contrôle des entreprises pour éviter la liquidation pure et simple. Enfin, ce fut au tour de Lehman Brothers, quatrième banque des Etats-Unis, de se retrouver sous le feu des projecteurs. Les événements ont alors sévèrement démenti l’adage courant dans le milieu de la finance américaine, appliqué notamment dans le cas de cette banque, selon lequel l’établissement serait « trop gros pour faire faillite ». Mi-septembre, faute de repreneurs, Lehman Brothers n’a eu d’autre choix que d’être liquidée, faisant s’envoler les promesses de rendements et de remboursements des innombrables acteurs financiers engagés avec elle. La faillite de la banque fut l’élément déclencheur du krach boursier international.

 

 

- Recave géante

Les observateurs se penchant sur l’étude de la crise financière mondiale se sont surtout focalisés sur la question des crédits subprimes, sur les conditions du marché américain, ou sur le comportement du Trésor – c’est d’ailleurs l’angle du téléfilm de HBO cité plus haut. Rares sont ceux qui se sont intéressés à la partie émergée de l’iceberg, le système financier lui-même.

 

Il est vrai que les subprimes, en tant que placements risqués qui ont fini dans le mur, sont l’élément déclencheur du krach international ; mais, finalement, ils n’en sont pas le moteur. La cause première de la crise réside dans la structure même de la finance capitaliste, c’est-à-dire la titrisation et la production de dérivés de crédits. Complexe et technique, la question est soigneusement évitée par les « grands » médias, tant obnubilés par leur audience que défenseurs invétérés du capitalisme contemporain. Pourtant, c’est bien la structure même de l’économie qui permet une telle spéculation, et qui engendrera des crises toujours plus violentes.

Selon le FMI, la plus grosse bulle financière de l’Histoire va bientôt exploser

Au lendemain de la crise financière, les chefs d’Etat, rassemblés au Conseil européen ou au G20, ont multiplié les déclarations d’intention. En janvier 2009, Nicolas Sarkozy ouvrait à Paris la conférence internationale « Nouveau monde, nouveau capitalisme », en insistant : « on doit moraliser le capitalisme (…) ceux qui refusent la refondation, font le lit de ceux qui veulent détruire le capitalisme ». A ses côtés, Angela Merkel estimait que « la seule possibilité » était de « réformer le système financier », « pour inciter les marchés financiers à ne pas prendre trop de risque ». Tony Blair, alors jeune retraité de son poste de Premier ministre britannique et consultant financier pour les multinationales, abondait : « il faut une gouvernance mondiale afin de réguler le système financier face à la crise internationale ». Il est important de préciser que tous ces discours restèrent lettre morte. Plus aucun dirigeant ne parle de régulation, au contraire ; tous insistent sur le besoin de rendre l’économie « compétitive », donc de la libérer de toute contrainte – même, par exemple, pour établir un seuil de ratio entre fonds propres et capitalisation à ne pas dépasser.

 

Cette envie passagère de « moralisation » était une réponse contextuelle à des peuples interloqués par les sommes en jeu. En novembre 2008, pour « sauver les banques », les Etats ont mis des sommes astronomiques sur la table. Ainsi, la France a proposé 360 milliards d’euros de recapitalisation et d’argent frais aux banques qui le souhaitaient, une initiative alors saluée y compris par le Parti socialiste et le Front national, satisfaits de voir les grandes banques françaises extraites de la tempête. Sans aucune contrepartie, cette manne incroyable a été distribuée aux établissements financiers qui n’hésitaient pas, bientôt, à mordre la main qui les a nourris. Car ces centaines de milliards ont été financés par un large emprunt de l’Etat sur les marchés, c’est-à-dire aux mêmes banques et compagnies d’assurances bénéficiant du « plan de sauvetage » ; et elles n’hésitaient pas à tout faire pour maintenir, sur cette dette créée de toutes pièces, les taux d’intérêts les plus élevés. Dans un rare instant de lucidité[14], Le Monde relaya en janvier 2014 une étude selon laquelle « entre 200 et 300 milliards d’euros par an d’avantage financier » ont bénéficié aux banques européennes.

 

Même au cœur de la crise financière, en 2008, les principales banques françaises ont réalisé des milliards d’euros de bénéfices, distribuant à leurs dirigeants et actionnaires des gigantesques profits. Grâce à la recapitalisation gratuite fournie par les Etats, donc les travailleurs contribuables, aucune remise en question n’a été réalisée par les grands établissements financiers. En fait, alors que le krach venait de faire disparaître en poussière des milliers de milliards d’euros dans les bourses de la planète, les gouvernements et la grande bourgeoisie financière propriétaire des banques ont simplement veillé à remettre dix balles dans le flipper. Ou pour prendre une image plus appropriée aux méthodes de casino employées dans la finance capitaliste, à opérer une « recave » géante – paiement d’une nouvelle mise pour revenir à la table de jeu, après avoir perdu au poker. Les milliers de milliards d’euros dépensés par les Etats pour « aider » les banques ont permis à ces dernières de poursuivre leurs activités de spéculation, en prétextant que les cesser reviendrait à céder à la panique, le tout sous les applaudissements des politiciens européens. Dans ce mauvais cirque, les travailleurs ont été doublement perdants : d’abord, ce sont les petits porteurs et les salariés qui ont subi de plein fouet la crise financière ; ensuite, ce sont tous les contribuables, notamment les simples employés écrasés par les taxes, qui ont payé le remboursement de la dette publique, donc le « plan de sauvetage » du système.

 

 

- La bulle éclatera

L’un des premiers principes du capitalisme est l’opacité dans laquelle les dirigeants économiques opèrent. Les propriétaires de capitaux ont un droit inaltérable à l’anonymat, à la « liberté » de spéculer avec des sommes à peine croyables, et n’ont de comptes à rendre à personne. Il est donc très difficile de connaître la situation réelle des banques aujourd’hui, et pour l’observateur étranger aux cercles de pouvoirs, se fier aux indices laissés par le marché sont la seule option. Le rapport du FMI est, à lui seul, un puissant révélateur sur l’état d’esprit dans lequel se trouvent les dirigeants financiers, pourtant versés d’ordinaires dans l’autosatisfaction et le déni des risques.

Selon le FMI, la plus grosse bulle financière de l’Histoire va bientôt exploser

« La délégation de la gestion quotidienne de portefeuille crée des problèmes d’incitation entre investisseurs ultimes et gestionnaires, ce qui peut encourager des comportements déstabilisateurs et amplifier les crises », dit le Fonds monétaire international. « La stabilité financière n’est pas fermement établie dans les pays avancés et les risques se sont intensifiés dans beaucoup de pays émergents » poursuit l’organisme international, dans un discours dont la platitude n’a d’égale que le caractère exceptionnel. Le meilleur résumé se trouve sans doute dans les constatations les plus techniques : « Les options de rachat facile et la présence d’un «avantage du précurseur» peuvent provoquer des risques de ruée, et la dynamique des prix ainsi enclenchée peut s’étendre à d’autres compartiments du système par le conduit des marchés de financement, des bilans et des garanties. ». Au cas où ça ne vous semble pas très clair, en langage FMIste, ça signifie que la prochaine crise internationale est pour très bientôt.

 

 

- Ça gonfle, ça gonfle

L’autre institution internationale issue de Bretton Woods, la Banque mondiale, présente des statistiques qui peuvent être un marqueur très intéressant. Pourtant, comme l’INSEE, la façon dont les données sont présentées et structuraient gomment volontairement les paradoxes béants de l’économie contemporaine, pour mieux défendre l’ordre établi ; de plus, la Banque accuse un grave retard dans la publication des chiffres, les derniers en date étant ceux de l’année 2013. Néanmoins ils restent instructifs : les capitalisations boursières totales des entreprises cotées[15], après avoir accusé le coup en 2007-2008 et en 2011, sont nettement reparties à la hausse. Elles marquent une reprise en flèche des spéculations boursières, alors même que les économies réelles ont tendance, elles, à patiner.

 

Les ratios capital/actif des banques ont suivi, en sens inverse, la même courbe[16] : ces dernières années, la part de fonds réels contenue dans la capitalisation des établissements financiers a lourdement diminué ; et tout indique que le mouvement s’est accéléré entre 2013 et 2015, une période non traitée par la Banque mondiale. Cette courbe internationale n’a pas été suivie par la France : notre pays a légèrement amélioré son ratio ces dernières années. Il faut dire que les banques hexagonales partaient de très loin : en 2013, dernier chiffre connu, les établissements français ne disposaient toujours que de 5,4% de fonds propres par rapport à l’ensemble de leurs actifs financiers. C’est, à très peu de choses près, au même niveau que l’exemple que nous donnions : une capitalisation à deux millions d’euros pour un capital réel à 100.000 euros.

Selon le FMI, la plus grosse bulle financière de l’Histoire va bientôt exploser

Plus probant encore, la montée vertigineuse des capitalisations est constatable par l’évolution des places boursières, autant valable en points d’indice qu’en montant monétaire. Le Dow Jones, qui avait atteint les 14.198 points en octobre 2007, a dégringolé dans les mois qui ont suivi, passant brièvement sous la barre des 8.000 points début 2009. Mais très rapidement, il a repris un rythme de croissance soutenu, franchissant son record avec 14.268 points en mars 2013, et ne cessant de crever le plafond depuis. Le 19 mai 2015, il a établi son plus haut niveau en fermeture à 18.312 points ; au soir du 1er juin, il était toujours supérieur à 18.000.

 

La Bourse de Paris et son indice phare suivent la même déroutante course. Supérieur à 5.000 points en ce début du mois de juin, il atteint surtout des niveaux de capitalisation record. Mi-juillet 2007, avant d’être affecté par la crise des subprimes, le CAC 40 établissait un record avec tout juste 1.300 milliards d’euros. Il a ensuite lourdement baissé dans les dix-huit mois qui ont suivi : d’environ 1.000 milliards début 2008, le CAC n’était plus qu’à 570 milliards d’euros début 2009. Depuis, l’indice boursier français n’a fait que grimper, si bien que ce printemps, le record de juillet 2007 a été allègrement franchi. Le CAC s’est élevé au-dessus des 5.000 points, en finissant le 1er juin avec une capitalisation de 1.353,28 milliards d’euros ; et le 27 avril, il a même réalisé un record en clôturant à 1.415 milliards.

 

 

- L’explosion pour bientôt

Ces chiffres qui se succèdent semblent ne pas signifier grand-chose, et il est vrai qu’ils ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Ce sont de petits révélateurs d’un mouvement global : jamais la capitalisation, en France et dans le monde, n’a été aussi élevée. En ajoutant l’ensemble des établissements financiers, le fossé entre l’économie réelle et la spéculation boursière devient une abîme. Dans cette course effrénée, la bulle gonfle encore et toujours, en quantité et en proportions, faisant apparaître toujours plus nettement la seule perspective possible : l’éclatement violent de ce gonflement artificiel, le plus grand que l’Histoire aura connu.

 

Les grands porteurs d’action, les milliardaires de la grande bourgeoisie financière, savent parfaitement jouer avec les règles du marché ; quand l’éclatement surviendra, ils en seront les premiers informés, car ils disposent de tous les outils pour visualiser l’évolution proche des actifs financiers. En attendant, ils s’empiffrent sans aucun cas de conscience : en 2014, les dividendes du CAC 40 ont bondi de 25%. Dévoilés, sans bruit[17], en février 2015, ils ont atteint 56 milliards d’euros pour la seule année dernière, et pour les seules quarante entreprises présentes dans l’indice. Le record, accompli en 2007 avec 57,1 milliards d’euros, est frôlé.

Selon le FMI, la plus grosse bulle financière de l’Histoire va bientôt exploser

Dirigeants économiques, politiciens et éditorialistes poursuivent leurs activités, vaquent à leurs occupations sans se soucier de la suite. Pourtant, dans les sphères proches du pouvoir – réel, celui de la grande bourgeoisie – la certitude d’une crise prochaine se dessine plus clairement. Et cette fois, personne ne sait exactement comment en sortir. Les Etats, déjà étranglés par une dette gigantesque due au « sauvetage » de 2008 et aux intérêts des créanciers, auraient bien du mal à allonger la monnaie pour « recaver » une deuxième fois dans la même décennie. Mais pour l’instant, nos très chères élites font l’économie d’une telle discussion.

 

Le scénario se confirmera : si ce n’est pas cet été, ni en 2016, ce sera à coup sûr dans les prochaines années. Le système financier capitaliste est un monstre gigantesque, en croissance permanente, construit toujours plus sur du vide. La sortie de la crise financière de 2008 par une extorsion massive de richesses aux peuples, organisée par la caste politico-médiatique aux ordres de la classe capitaliste dominante, a simplement accordé un sursis de quelques ans au système en place. La crise des subprimes, et le krach international consécutif, ont révélé la nature même du régime économique de notre époque, où l’artifice cache mal les blessures profondes. Il ne reste plus qu’à espérer que les peuples, à commencer par les travailleurs français, en fassent une occasion de pousser à la transformation radicale de notre société. Céder à la servitude une nouvelle fois mettrait à genoux la France, sa classe ouvrière, son restant de souveraineté ; se redresser, au contraire, est toujours possible. Il faudra, simplement, arrêter de s’incliner devant la poignée de milliardaires et leurs avatars politiques, de la gauche socialiste à l’extrême-droite chauvine.

 

  • Les indices ne manquent pas pour annoncer la crise prochaine. Déjà, le FMI sonne l’alarme, dérogeant à ses habitudes les plus élémentaires ; ensuite, les faillites en série dans l’espace européen sont un signal fort de ce qui adviendra ; enfin, la structure même de la finance capitaliste pousse l’économie, à vitesse grand V, vers le prochain krach boursier.
  • Il ne fait nul doute que la prochaine crise arrivera ; ce peut être cet été, ou dans cinq voire dix ans, mais elle est inéluctable.
  • La course effrénée conduite par les grands financiers, poussés par la caste politico-médiatique, fera beaucoup de dégâts – et avant tout chez les travailleurs qui nourrissent le monde de richesses, plutôt que chez les spéculateurs qui gonflent leur fortune.
  • La question qui doit nous animer, désormais, est moins la façon dont cette crise se déroulera, ou le moment auquel elle surviendra ; mais ce que nous ferons, en tant que peuple déjà âprement exploité, quand l’économie mondiale sera à nouveau à la croisée des chemins.

 

PS :

L’article est consultable sur la nouvelle version du BILAN à cette adresse, pour un plaisir de lecture accru. Profitez-en !

 

Notes :

[1] : http://www.imf.org/external/french/pubs/ft/gfsr/2014/02/pdf/execsumf.pdf

[2] : http://www.imf.org/external/french/pubs/ft/gfsr/2015/01/pdf/execsumf.pdf

[3] : https://www.banque-france.fr/economie-et-statistiques/changes-et-taux/les-indices-obligataires.html

[4] : http://prixdubaril.com/

[5] : http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/l-allemagne-tente-de-contenir-la-contagion-de-la-crise-bancaire-autrichienne-461187.html

[6] : http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/andorre-menacee-par-une-crise-bancaire-de-grande-ampleur-460932.html

[7] : http://www.lesechos.fr/01/03/2015/lesechos.fr/0204192794824_la-crise-bancaire-s-accelere-en-russie.htm

[8] : http://fr.euronews.com/2015/05/28/la-banque-russe-sberbank-victime-de-la-crise-et-des-sanctions/

[9] : http://www.challenges.fr/economie/20150402.CHA4540/l-italie-est-elle-au-bord-d-une-crise-bancaire-majeure.html

[10] : http://www.borse.it/spread/quotazioni/BTP_BUND/90/giorni

[11] : http://www.argentumlux.org/documents/JEL_6.pdf

[12] : https://www.youtube.com/watch?v=mzuPeyi7FWc

[13] : http://www.hbo.com/movies/too-big-to-fail/

[14] : http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/01/27/les-banques-europeennes-et-le-jackpot-des-garanties-d-etat_4354966_3234.html

[15] : http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/CM.MKT.LCAP.GD.ZS

[16] : http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FB.BNK.CAPA.ZS/countries

[17] : http://www.leparisien.fr/economie/cac-40-56-milliards-d-euros-de-dividendes-reverses-aux-actionnaires-09-02-2015-4518971.php

 

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- Pour Jean-Luc Mélenchon, le 30 novembre 2017 : « il va y avoir une crise car la bulle financière va éclater et personne ne paiera jamais cette dette. »

Jean-Luc Mélenchon était l'invité de "L'Émission politique" sur France 2. Une émission au cours de laquelle il a déclaré. : « Ecoutez moi bien car c’est une chose très importante pour l’histoire des années qui viennent… Premièrement, il va y avoir une nouvelle crise parce que la bulle financière va éclater. Deuxièmement, personne ne paiera jamais cette dette. Faites-moi plutôt confiance pour essayer d’en sortir par le haut tranquillement, gentiment, plutôt que de laisser tout se détruire et les économies plonger dans le chaos ! Eh bien, je vous donne rendez-vous dans un an ou deux et on discutera de savoir où on en est. »

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 08:04
La filiale israélienne d’Orange a fourni une aide matérielle directe à l’armée lors de l’attaque contre Gaza de l’été 2014. DR

La filiale israélienne d’Orange a fourni une aide matérielle directe à l’armée lors de l’attaque contre Gaza de l’été 2014. DR

Tribune de Taoufiq Tahani, président de l’Association France-Palestine Solidarité (AFPS). Lire également "Les liaisons dangereuses d’Orange et de son actionnaire l’État français dans les colonies israéliennes" sur le site du CCFD et télécharger le rapport réalisé par CCFD-Terre Solidaire, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme(FIDH), Al Haq, Association France Palestine Solidarité, la Confédération Générale du Travail (CGT), la Ligue des droits de l’Homme (LDH), et l'Union Syndicale Solidaires.

 

Source : L'Humanité mis à jour le 2 juillet 2015

L’opérateur français Orange a renouvelé en 2011 un accord de licence de marque avec l’opérateur israélien Partner Communications-Orange Israël. La direction générale d’Orange a été avertie à de nombreuses reprises sur cette « relation dangereuse » pour la marque Orange et pour la compagnie française : délégation de l’AFPS en novembre 2011, délégation du Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens en novembre 2012, interventions des organisations syndicales dans les instances représentatives du personnel, nombreux courriers de protestation. En effet, Partner Communications tire profit, comme les autres opérateurs israéliens, de la colonisation. Il disposait en 2011 de 176 antennes et installations de communication en Cisjordanie et dans les hauteurs du Golan occupées militairement. Il a des boutiques dans plusieurs colonies de Cisjordanie. Les entreprises israéliennes, Partner inclus, ne paient pas d’impôts à l’Autorité palestinienne pour leur activité commerciale sur le marché palestinien.

 

Les opérateurs palestiniens ne peuvent ni avoir d’antennes dans 60 % de la Cisjordanie, ni importer librement des équipements modernes. Un rapport de la Banque mondiale, publié en janvier 2008, indiquait que 20 % à 45 % du marché de téléphonie mobile palestinienne était, à l’époque, entre les mains des entreprises israéliennes. La liste des avantages tirés par Partner de l’occupation militaire est longue. Il s’ajoute à tout cela un nouveau scandale : le soutien de Partner à l’armée israélienne et tout particulièrement comme sponsor d’une unité de combat qui a sévi à Gaza lors de l’agression militaire de l’été 2014 : 2 200 morts dont 500 enfants. Les révélations faites sur le site Electronic Intifada sont accablantes. Elles sont confirmées par Partner-Orange Israël. Sur son site, faisant référence à la campagne « Adopt a Warrior » (adopter un guerrier), Partner a « adopté » le bataillon de tanks Ezuz et le bataillon Shachar.

 

Or le bataillon Ezuz est intervenu à Gaza où il a participé aux exactions les plus sanglantes comme à Deir Balah et à Rafah. Partner Communications-Orange Israël s’est ainsi retrouvé à fournir des aides matérielles aux soldats et à soutenir le moral des militaires menant les assauts. Selon le site israélien Frumline, tous les jours durant cette agression, Partner-Orange Israël envoyait trois unités équipées de générateurs, de chargeurs pour toutes sortes de téléphones pour permettre aux militaires de parler gratuitement à leurs familles. Il parcourait aussi les hôpitaux pour distribuer des tablettes tactiles aux soldats blessés en opération. Faudra-t-il attendre qu’Orange France soit mis en cause dans ses filiales à l’étranger et notamment dans les pays arabes pour réaliser le danger que cet aveuglement fait courir à l’entreprise et à l’emploi ? Est-ce qu’Orange France va enfin prendre conscience de la nécessité absolue de rompre ses liens avec Partner Communications ? Est-ce que l’État français, actionnaire avec la BPI à hauteur de 25 % dans Orange, va continuer à fermer les yeux ? Nous demandons qu’au vu notamment de ces révélations Orange rompe ses liens avec Partner Communications.

 

Pour en savoir plus :

- sur le site du CCFD : Les liaisons dangereuses d’Orange et de son actionnaire l’État français dans les colonies israéliennes

- télécharger le rapport : Les liaisons dangereuses d'Orange dans le territoire palestinien occupé

- Orange évoque son retrait d’Israël, qui demande des excuses

- Polémique avec Israël : le PDG d’Orange s’explique, Nétanyahou s’enflamme

- Orange : la France « fermement opposée » au boycott d’Israël

- Fin du contrat entre Orange et Partner d’ici 2017 : une victoire pour le respect des droits humains

 
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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 08:05
Combien vaut la vie d’un Noir en Amérique ?

Source : Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Sylvie LAURENT[1 17 mai 2015

- C’est lorsqu’il s’installa à Chicago, en 1966, pour y dénoncer le racisme systémique que l’étoile de Martin Luther King commença à pâlir dans l’opinion publique.

Tant qu’il s’évertua à combattre les pratiques féodales d’un vieux Sud malade, il fut un héros. Mais qu’il s’installa dans un ghetto de Chicago pour y dénoncer l’exploitation économique, culturelle et sociale systématique des Noirs des taudis urbains, et qu’il osa défiler dans les banlieues blanches pour dénoncer la logique d’apartheid sonna le glas de sa popularité. Lorsqu’il parla, après Malcolm X, du « colonialisme interne » pratiqué par les Etats-Unis à l’endroit de leurs Noirs, indigènes humiliés et aliénés, maintenus sous le joug tels les Algériens ou les Vietnamiens, ce fut la vérité de trop. Ses alliés traditionnels, les progressistes éduqués du Nord, persuadés d’être immunisés contre toute pratique raciste, n’entendaient pas que l’on vienne ainsi mettre en cause leur police, leurs promoteurs immobiliers, leurs juges et leur complaisance. Martin Luther King ne fut pas surpris : « Cela n’a pas coûté un centime à l’Amérique de désagréger les restaurants du Sud, et de nous rendre le droit de vote. Mais maintenant, il va lui falloir payer très cher pour la justice réelle, celle qu’elle doit aux Noirs. C’est maintenant que les difficultés commencent. »

 

Le 5 mai, la ville de Chicago a ordonné le versement de 5 millions de dollars de dédommagements à plus d’une centaine d’Afro-Américains, victimes d’un tortionnaire assermenté, Jon Burge, chef de la police de la ville qui officia de 1972 à 1991. Général Aussaresses du South Side (quartier noir de la ville, Burge se livra sur les prévenus de couleur à qui il voulait extorquer des aveux aux méthodes les plus odieuses, de l’usage de la gégène sur les parties génitales à l’étouffement simulant la mort en passant par le fracassement des dents et les brûlures. Ces lynchages modernes, exercices de dépersonnalisation constitutifs du sujet colonial, participent, en effet, d’une logique impériale dont nous avons le spectacle éloquent lorsqu’à chaque « émeute raciale », chars d’assaut et armes de guerre sont déployés pour patrouiller en territoire ennemi.

 

 

- L’aveu du crime n’est, certes, pas encore la justice.

Jon Burge est non seulement resté en poste près de vingt ans, mais il touche toujours sa retraite, lui qui a échappé à une condamnation significative malgré l’établissement des faits. S’il fit quatre ans de prison, ce fut pour entrave à la justice et parjure, jamais pour torture. L’ancien soldat et son équipe de bourreaux n’ont été poursuivis qu’en 2010, lorsque fut révélé, par la presse, qu’ils se livraient à ces pratiques interrogatoires barbares dans une base secrète dite « Homan Square ». Le versement de cette indemnité, dérisoire au regard des faits et loin de tenir lieu de véritable réparation morale, sera néanmoins sans doute suivie d’excuses publiques et de l’inauguration d’un Mémorial, signes d’une reconnaissance officielle que la torture d’Etat fut bel et bien pratiquée.

 

 

- On revient de loin.

L’impunité de la police de Chicago est ancienne, liée au paternalisme démocrate d’un Richard Daley, maire de la ville de 1955 à 1976 qui, après avoir fait échouer la campagne de King en 1967, coopta suffisamment de Noirs à sa solde pour masquer sa duplicité raciale. Son fils, maire de 1989 à 2011 et parrain du jeune Obama, fut l’ami de l’establishment noir mais le spectateur passif d’une ville toujours plus inégalitaire et ségréguée. Depuis peu, c’est Rahm Emanuel, ancien proche conseiller du Président, qui officie à la mairie. Tiède, longtemps silencieux sur l’affaire Burge qu’il observa prudemment de loin, il est comme ses prédécesseurs soucieux de consensus. Il se félicite de la victoire arrachée par les activistes qui espèrent que cette « réparation » partielle et symbolique soit les prémices d’une justice véritable, celle qui coûtera vraiment. Un même espoir est partagé dans les communautés noires des quatre coins du pays, qui croient moins aux vertus d’une nouvelle enquête fédérale sur la fréquence des agissements policiers racistes ici ou là qu’à l’action collective de la rue, combat éternel du pot de terre contre le pot de fer qui seul contraint le pouvoir à la justice.

 

 

- Combien vaut la vie d’un Noir ?

Le philosophe américain Michael Sandel s’inquiète de la marchandisation généralisée à l’œuvre dans son pays, où l’on peut même monétariser la morale. Il est difficile, en effet, de ne pas s’indigner lorsque la transaction de marché tient lieu de justice. Si la torture pratiquée sur Freddie Gray à Baltimore lui fut fatale, des dizaines de valeureux survivants avaient obtenu des dédommagements, estimés à 6 millions de dollars depuis 2011, pour être restés tétraplégiques, malvoyants ou malades mentaux après leur rencontre funeste avec la police. Dans nombre de villes américaines, cette ligne de budget, payée par le contribuable, est une dépense collatérale prévue par l’administration pour de telles pratiques policières. Rien qu’en 2014, Chicago a versé 50 millions aux familles de plaignants, arrangement financier évitant le scandale et la réforme.

 

Mais cette fois, la décision de la ville de Chicago de « compenser » pour le préjudice subi par une partie des victimes n’est pas qu’une tentative de plus pour acheter la paix sociale. Elle est la victoire des enfants de King, ces dizaines de militants des droits civiques qui ont inlassablement mené le combat contre Burge et ses puissants soutiens. Depuis des décennies, de la tribune des Nations unies aux tribunaux de l’Illinois, ils ont martelé et obtenu que – et c’est le nom de la principale organisation en lutte aujourd’hui – la vie d’un Noir compte (#BlackLivesMatter).

 

L’administration actuelle clôturera son passage dans l’histoire contemporaine des Etats-Unis par un bilan racial saisissant : un recul indéniable de la condition des Noirs et des Hispaniques, de leurs droits civiques fondamentaux à leur situation économique, et un réveil démocratique inédit depuis les années 70 des militants de la justice raciale. Ils sont, à ce jour, très seuls. Personne n’a jamais pensé que l’actuel président des Etats-Unis, qui n’ignore rien des affres du South Side, serait un épigone de Martin Luther King ou même qu’il serait un Lyndon B. Johnson. Il lui reste néanmoins la possibilité de ne pas être un Daley Jr. qui, bienveillant mais spectateur passif, sera comptable d’une nation plus que jamais malade – comme le disait King – du racisme, de l’impérialisme et des inégalités.

 

Note :

[1] Sylvie Laurent est américaniste, chercheure associée à Harvard et Stanford, professeure à Sciences-Po. Son dernier ouvrage : Martin Luther King, une biographie, Le Seuil, 2015.

 

Pour en savoir plus :

- Etats-Unis : la police aurait abattu 385 personnes depuis début 2015

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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 08:16
Vote sur le TAFTA au Parlement européen : interpellez vos euro-députés !

Le mercredi 10 juin, le Parlement européen réuni en plénière votera le texte de la résolution Lange, portant sur le traité transatlantique TAFTA. Sa version actuelle, adoptée la semaine passée par la commission responsable de la rédaction du texte (INTA), est désastreuse pour les peuples et l’environnement. Pour la démocratie, le climat, l’emploi, la santé et l’agriculture paysanne, interpellons les euro-députés !

 

Sources : site du collectif national STOP TAFTA

Une résolution du Parlement européen est un texte non contraignant qui énonce la position du Parlement. La Commission européenne - institution non-élue qui négocie le Traité transatlantique - n’a pas obligation de suivre les recommandations qui y sont énoncées. La résolution Lange représente néanmoins la position de la seule instance élue au plan européen, et, dans cette mesure est une référence politique sur laquelle nous pouvons nous appuyer.

 

La semaine passée, la commission responsable de la rédaction du texte (INTA) en a voté une version désastreuse pour les peuples et l’environnement. Elle s’est prononcée en faveur d’une version amendée du projet de résolution de Bernd Lange, en y intégrant les pires amendements. Une majorité des élus sociaux-démocrates se sont alliés à la droite pour obtenir ce résultat.

 

 

- Le texte actuel :

  • Abandonne toute opposition au mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États (ISDS)
  • Renonce à s’opposer à la création d’un conseil de coopération réglementaire transatlantique et accepte donc la dérégulation à venir
  • Pousse à la libéralisation du marché de l’énergie américain, une mesure climaticide, et ne considère les mesures pour répondre à l’urgence climatique que comme des freins à la compétitivité européenne

 

De nombreux autres points extrêmement problématiques peuvent être relevés : le texte vante toujours les miracles économiques supposés du traité transatlantique, il choisit le mode de négociation le plus risqué sur les services (1.b.v), promeut l’agro-industrie (K), ne remet pas en cause l’opacité des négociations (M), il demande l’inclusion des services financiers (1.b.x) dans l’accord..

 

Lors du vote en plénière du 10 juin, ce texte doit être modifié en profondeur, ou totalement rejeté par les euro-députés.

 

Pour la démocratie, le climat, l’emploi, la santé et l’agriculture paysanne, interpellons les euro-députés !

 

 

- Pourquoi se mobiliser pour un texte non contraignant ?

Même si elle ne peut pas forcer les négociateurs à changer de cap, la résolution Lange est un test important, particulièrement en perspective de la ratification de l’accord EU-Canada (CETA) qui pourrait commencer dès l’automne 2015.

 

Les positions des partis, des groupes politiques et les positions individuelles des eurodéputés sur des sujets clés tels que l’arbitrage d’investissement, la coopération réglementaire, l’énergie ou les droits de douane agricoles se sont formées et continuent de se former à l’occasion des débats de cette résolution.

 

Les lobbies d’affaire pro-TAFTA ainsi que la Commission européenne et les États membres font pression sur les eurodéputés afin qu’ils votent un texte soutenant le TAFTA. La voix des citoyens doit également résonner avec un message clair : TAFTA et CETA sont de mauvais accords pour les peuples et la planète. Les électeurs demanderont des comptes si leurs représentants soutiennent ces traités.

 

 

- Vote sur le TAFTA au Parlement européen : pour
interpeller vos députés, cliquez ICI !

 

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier : TAFTA & TISA

- Les effets secondaires du TAFTA nous rendent déjà malades

- La Commission défend l'intégration du volet « santé » dans le TTIP

- Le TAFTA menace toutes les collectivités locales... mais elles peuvent le refuser !

- Le Parlement européen a reporté un vote prévu mercredi 10 juin sur les négociations commerciales transatlantiques.

Vote sur le TAFTA au Parlement européen : interpellez vos euro-députés !
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4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 08:02
La « guerre mondiale contre le terrorisme » a tué au moins 1,3 million de civils
Révélations Humanité Dimanche. Un rapport publié par un groupe de médecins lauréats du prix Nobel de la paix révèle qu’un million de civils irakiens, 220 000 Afghans et 80 000 Pakistanais ont péri, au nom du combat mené par l’Occident contre « la terreur».
 
Sources :  l'Humanité Dimanche par Marc de Miramon Vendredi, 24 Avril, 2015
« Je crois que la perception causée par les pertes civiles constitue l’un des plus dangereux ennemis auxquels nous sommes confrontés », déclarait en juin 2009 le général états-unien Stanley McCrystal, lors de son discours inaugural comme commandant de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan (ISAF). Cette phrase, mise en exergue du rapport tout juste publié par l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IP- PNW), lauréate du prix Nobel de la paix en 1985, illustre l’importance et l’impact potentiel du travail effectué par cette équipe de scientifiques qui tente d’établir un décompte des victimes civiles de la « guerre contre le terrorisme » en Irak, en Afghanistan et au Pakistan.
 
 

- « Les faits sont têtus »

Pour introduire ce travail globalement ignoré des médias francophones, l’ex-coordinateur humanitaire pour l’ONU en Irak Hans von Sponeck écrit: « Les forces multinationales dirigées par les États-Unis en Irak, l’ISAF en Afghanistan (...) ont méthodiquement tenu les comptes de leurs propres pertes. (...) Celles qui concernent les combattants ennemis et les civils sont (par contre) officiellement ignorées. Ceci, bien sûr, ne constitue pas une surprise.


Il s’agit d’une omission délibérée. » Comptabiliser ces morts aurait « détruit les arguments selon lesquels la libération d’une dictature en Irak par la force militaire, le fait de chasser al-Qaida d’Afghanistan ou d’éliminer des repaires terroristes dans les zones tribales au Pakistan ont permis d’empêcher le terrorisme d’ atteindre le sol états-unien, d’améliorer la sécurité globale et permis aux droits humains d’avancer, le tout à des coûts “ défendables ”».


Cependant, « les faits sont têtus », poursuit-il. « Les gouvernements et la société civile savent que toutes ces assertions sont absurdement fausses. Les batailles militaires ont été gagnées en Irak et en Afghanistan mais à des coûts énormes pour la sécurité des hommes et la confiance entre les nations. »


Bien sûr, la responsabilité des morts civils incombe également aux « escadrons de la mort » et au « sectarisme » qui portait les germes de l’actuelle guerre chiitesunnite, souligne l’ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld dans ses mémoires (« Know and Unknown », Penguin Books, 2011).


Mais comme le rappelle le docteur Robert Gould (du Centre médical de l’université de Californie), l’un des auteurs du rapport, « la volonté des gouvernements de cacher le tableau complet des interventions militaires et des guerres n’a rien de nouveau. Concernant les États- Unis, l’histoire de la guerre au Vietnam est emblématique. Le coût immense pour l’ensemble de l’Asie du Sud-Est, incluant la mort estimée d’au moins 2 millions de Vietnamiens non combattants, et l’impact à long terme sur la santé et l’environnement d’herbicides comme l’agent orange, ne sont pas encore pleinement reconnus par la majorité du peuple américain». Et Robert Gould d’établir un autre parallèle entre la sauvagerie des Khmers rouges, qui émergeront d’un Cambodge dévasté par les bombardements, et la récente déstabilisation « post-guerre » de l’Irak et de ses voisins, laquelle a rendu possible la montée en puissance du groupe terroriste dit « État islamique »

 

 

- Total estimé à 3 millions

Bien loin des chiffres jusqu’à présent admis, comme les 110 000 morts avancés par l’une des références en la matière, l’« Iraq Body Count » (IBC), qui inclut dans une base de données les morts civils confirmés par au moins deux sources journalistiques, le rapport confirme la tendance établie par la revue médicale « Lancet », laquelle avait estimé le nombre de morts irakiens à 655 000 entre 2003 et 2006. Depuis le déclenchement de la guerre par George W. Bush, l’étude de l’IPPN aboutit au chiffre vertigineux d’au moins 1 million de morts civils en Irak, 220 000 en Afghanistan, et 80 000 au Pakistan. Si l’on ajoute, concernant l’ancienne Mésopotamie, le bilan de la première guerre du Golfe (200 000 morts), et ceux du cruel embargo infligé par les États-Unis (entre 500 000 et 1,7 million de morts), ce sont presque 3 millions de morts qui sont directement imputables aux politiques occidentales, le tout au nom des droits de l’homme et de la démocratie.


En conclusion du rapport, les auteurs citent le rapporteur spécial des Nations unies de 2004 à 2010 sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires: selon Philip Alston, qui s’exprimait en octobre 2009, les investigations sur la réalité des attaques de drones (lire encadré) étaient presque impossibles à mener, à cause de l’absence totale de transparence et le refus des autorités états-uniennes de coopérer. Puis il ajoutait, après avoir insisté sur le caractère illégal au regard du droit international de ces assassinats ciblés, que « la position des États-Unis était intenable». Trois semaines plus tard, Barack Obama recevait le prix Nobel de la paix ...

 

 PENDANT CE TEMPS-LÀ, EN IRAK, EN AFGHANISTAN, AU PAKISTAN...

  • Le 20 avril dernier, la « coalition antidjihadistes » dirigée par les États-Unis indiquait dans un communiqué avoir mené en 24 heures 36 raids aériens contre des positions du groupe « État islamique », dont 13 dans la province d’Al-Anbar, à l’ouest de Bagdad. Combien de « dommages collatéraux » civils dans cette région, l’une des plus touchées par les violences depuis l’invasion de l’Irak en 2003 ?
  • Les communiqués militaires demeurent systématiquement muets sur cette question, alors que plus de 3 200 « frappes » aériennes, selon la novlangue moderne, ont été effectuées depuis le mois d’août 2014 et la prise de Mossoul par l ’« État islamique». Le 18 avril, c’est un attentat-suicide, « technique » de combat inconnue en Afghanistan avant le 11 septembre 2001, qui faisait 33 morts près de la frontière pakistanaise.
  • À la fin du mois de mars, des sources sécuritaires pakistanaises faisaient état de 13 « djihadistes » liés aux talibans tués lors d’une attaque d’un drone états-unien.
  • Près de 10 000 soldats américains sont toujours stationnés en Afghanistan.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus sur le même sujet :

- Les frappes aériennes occidentales ont balayé 52 civils syriens en un jour, aucun djihadiste touché

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