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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 09:55
Ben White : Être Palestinien en Israël

Ce livre démolit de façon convaincante le mythe d’Israël “seule démocratie” du Moyen-Orient. Comme le montre Ben White, le traitement des Palestiniens en Israël est la preuve ultime qu’Israël est tout sauf démocratique.

 

Sources : La Guillotine

Je suis heureux de vous proposer sa deuxième publication des éditions La Guillotine. Après Europe-Israël : Une alliance contre-nature de David Cronin, traitant des relations ambivalentes entre l’Europe et Israël, cette fois il s’agit d’une investigation abordant un autre sujet peu éclairé. Alors que les Palestiniens en Israël s’imposent comme une composante incontournable de la réflexion politique et de l’action pour libérer la Palestine de l’apartheid et de la domination militaire sionistes, aucun livre en français n’expose systématiquement le régime de discrimination légalisée auquel ils sont soumis depuis la proclamation d’Israël. Or, le livre écrit par Ben White[1] comble largement ce déficit d’information.


La découverte du premier ouvrage de La Guillotine a amené Jean-Pierre Bouché de la Campagne BDS France (Boycott, Désinvestissement et Sanctions contre Israël jusqu’à ce qu’il respecte les droits fondamentaux du peuple palestinien) à me proposer la traduction de celui-ci. Cette publication est le résultat d’un dialogue permanent avec lui.

 

Ce livre traite d’une question clé ignorée par le “processus de paix” officiel et par les commentateurs les plus influents : celle de la minorité palestinienne à l’intérieur d’Israël. Malgré sa considérable population palestinienne en pleine croissance, ce pays se définit, non comme un État de ses citoyens, mais comme un État juif. White démontre que l’insistance à privilégier constamment un groupe ethnoreligieux sur un autre n’est pas compatible avec les valeurs démocratiques. à moins d’y remédier, cette politique ne peut que saper toute tentative de trouver une paix durable.Ce livre démolit de façon convaincante le mythe d’Israël “seule démocratie” du Moyen-Orient. Comme le montre Ben White, le traitement des Palestiniens en Israël est la preuve ultime qu’Israël est tout sauf démocratique.

 

- Par : Ben White

Éditions : La Guillotine

Nombre de pages : 160 p.

Disponibilité : en librairie ou chez l'éditeur La Guillotine ou chez

BDSFrance-logo2011-1280x525px_180K

http://www.bdsfrance.org/

Dépot légal : mai 2015
Prix TTC : 10,00 €

 

Note :

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[1] Ben White est un journaliste dont les travaux ont été publiés dans The Guardian, The New Statesman, Al Jazeera et The Electronic Intifada. Il est l’auteur de Israeli Apartheid (Pluto Press, 2009).

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 09:23
Rétrospective des interventions militaires Françaises en Afrique

- Au moment ou la France victime d'attentats est engagée dans de nouvelles aventures guerrières en Irak et en Syrie (contre un «ennemi» qu’elle a contribué à créer) en violation de toute « légalité internationale », il n'est pas inutile de revenir sur ses différentes interventions en Afrique camouflées ou pas sous des motifs "humanitaires" ou de "sauvegarde de nos ressortissants".

- Car après les décolonisations (ce qui ne veut pas dire indépendance[1] ), la France signe une vingtaine d’accords de défense et de coopération avec ses anciennes colonies africaines et poursuit ses opérations occultes notamment sous couvert de ces "accords de défense"... ou "d'opérations humanitaires"  pour sauvegarder ses intérêts capitalistes de l'ex puissance coloniale.

- En vérité, si dans le cadre de la Françafrique,  avec la collaboration des « réseaux Foccart » la France  a orchestré avec efficacité et sans états d'âme le soutien des uns et la déstabilisation des autres, fort de moyens humains et financiers considérables (les libéralités d'Elf aidant), il s'agit plus aujourd'hui de  garantir l’accès aux matières premières stratégiques du continent (pétrole, uranium etc.), et d'essayer d'offrir des débouchés privilégiés aux multinationales françaises.

- Car en Afrique aussi les ressources énergétiques sont au coeur des conflits internationaux.

- La France entend poursuivre le rôle de "GENDARME DE L'AFRIQUE" qu'elle s'est attribuée avec le soutien des autres puissances occidentales.... autant de sources possibles d'actes de terrorisme en représailles !... et certains s'étonnent que nous n'ayons pas que des amis sur terre, que la France soit une cible, tentant dans un même mouvement d'en faire une question religieuse ou de "guerre de civilisation"[2] !

 

Eclairer modestement sur le rôle de la France en Afrique, telle est l'ambition de cet article.

 

Sources : Le Grand Soir le 21 juillet 2014 | mis à jour le 01/09/2021

  • 1956 : Crise du canal de SuezContre l’avis de l’opinion internationale, la France et la Grande-Bretagne préparent une opération militaire d’envergure, baptisée  « opération 700 » pour les Français. En France, le gouvernement Mollet obtient un vote de confiance quasi unanime le 30 octobre, moins l'abstention des communistes et des poujadistes. La mission est de reprendre le contrôle du canal. Le plan (nom de code « Terrapin ») prévoit également une offensive israélienne contre l’Égypte qui débute le 29 octobre. Le commandement de l’opération est britannique, les Français ne conservant que le commandement de leurs unités, sans pouvoir de décision. Les Français, commandés par le général de corps d'armée André Beaufre, forment la force « A »[0].
  • 1961 : Tunisie. Opération : Lancée le 18 juillet 1961, par Charles de Gaulle avec pour but le maintien de la base militaire navale de Bizerte dans le giron de la France. Chef de l’État tunisien : Habib Bourguiba. Nom de l’opération : "Bouledogue" (transformée en opération « Charrue longue »).
  • 1964 : Gabon. Opération : lancée le 18 février 1964 par Charles de Gaulle pour le rétablissement, du président Léon M’ba après un putsch d’une partie de l’armée. Chef de l’État gabonnais : Léon M’ba. Nom de l’opération : ???
  • 1964 : Gabon. Opération : lancée le 18 février 1964 par Charles de Gaulle pour le rétablissement, du président Léon M’ba après un putsch d’une partie de l’armée. Chef de l’État gabonnais : Léon M’ba. Nom de l’opération : ???1968/1972 : Tchad. Opération : lancée par Charles de Gaulle et poursuivie par Georges Pompidou contre la rébellion du Tibesti au Tchad. L’armée française enregistre des pertes importantes. 39 tués dans les rangs français durant l’opération « Limousin » ainsi qu’une centaine de blessés. Chef de l’État tchadien : François Tombalbaye. Nom de l’opération : « Bison » et « Limousin ».
  • 1977 : Mauritanie. Opération : lancée par Valérie Giscard d'Estaing intervention conduite de décembre 1977 à juillet 1978 par l’armée de l’air dans le but de repousser le Front Polisario du territoire mauritanien, dans le secteur du train minéralier Zouérat-Nouadhibou et de libérer les coopérants français enlevés quelques mois auparavant. Chef de l’État mauritanien : Mokhtar Ould Daddah. Nom de l’opération : « Lamantin ». 
  • 1977 : Zaïre. Opération : lancée par Valérie Giscard d'Estaing en soutien au maréchal Mobutu Sese Seko contre la rébellion du Shaba. (19 mai - 14 juin). Chef de l’État zaïroi : Mobutu Sese Seko. Nom de l’opération : "« Verveine ».
  • 1978 : Zaïre. Opération : lancée par Valérie Giscard d'Estaing et menée dans la ville minière de Kolwezi envahie au début du mois de mai par les rebelles katangais, soutenus par l’Angola. Chef de l’État zaïroi : Mobutu Sese Seko. Nom de l’opération : « Léopard » ou « Bonite ».
  • 1978 : Tchad. Sur décision de Valérie Giscard d'Estaing, la France intervient une nouvelle fois de mars 1978 à mai 1980 pour contrer l’avancée du Frolinat (Front national de libération du Tchad). Chef de l’État tchadien : Félix Malloum. Nom de l’opération : "« Tacaud ».
  • 1979 : Centrafrique. Opération : l’empereur Jean-Bedel Bokassa est renversé. David Dacko est réinstallé au sommet de l’État. Sur décision de Valérie Giscard d'Estaing la France intervient de septembre 1979 à septembre 1981. Chef de l’État de Centrafrique : Jean-Bedel Bokassa. Nom de l’opération : «  Barracuda ».
  • 1983 : Tchad. Opération : à la demane de François Mitterand, le 18 août, 4 000 soldats français sont mobilisés en appui au président Hissène Habré mis en difficulté par les rebelles de Goukouni Oueddeye, soutenus par la Libye. L’opération durera jusqu’en février 1986. Chef de l’État tchadien : Hissène Habré. Nom de l’opération : «  Manta ».
  • 1986 : Tchad. Opération : sur décision de François Mitterand, le 15 février 1986, l’aviation française bombarde la base aérienne avancée de l’armée libyenne à Ouadi-Doum (Nord). Chef de l’État tchadien : Hissène Habré. Nom de l’opération : « Épervier ».
  • 1986 : Togo. Opération : François Mitterand envoie 150 parachutistes français qui débarquent en renfort au Togo : Sauvetage du président Gnassingbé Eyadéma, menacé par une tentative de coup d’État, le 23 septembre 1986. Des Chasseurs Jaguar dans le ciel de Lomé. Chef de l’État togolais: Gnassingbé Eyadéma.
  • 1987 : Burkina Faso : 15 octobre 1987, le monde apprenait le décès de Thomas Sankara, président du Burkina Faso. Son assassinat mettait fin à une expérience révolutionnaire sans précédent en Afrique. Durant quatre ans, Thomas Sankara avait défié la mainmise des ex-puissances coloniales sur son pays et impulsé des réformes destinées à le sortir du sous-développement ; sur la scène internationale, il s’était fait l’avocat des peuples du Sud en lutte contre l’impérialisme. L’assassinat du « Che africain » s’est déroulé dans les circonstances les plus obscures. Encore aujourd’hui le gouvernement français, soupçonné d’être l’un de ses commanditaires, refuse la nomination d’une commission d’enquête sur ce sujet[9].
  • 1989 : Comores. Opération : François Mitterand décide d'une intervention menée, du 7 au 16 décembre 1989, après l’assassinat du président Ahmed Abdallah et la prise de contrôle du pays par les mercenaires de Bob Denard. 1200 ressortissants français sont également sécurisés. Chef de l’État des Comores : Ahmed Abdallah. Nom de l’opération : « Oside ».
  • 1990 : Gabon. Opération : après l’adoption par le Parlement gabonais du multipartisme et la mort d’un responsable du parti gabonais du progrès (PGP) s’opposant au régime d’Omar Bongo, président de la République gabonaise, manifestations à Libreville et Port-Gentil du 22 au 24. De mai à juillet 1990, François Mitterand demande à l'armée d'évacuer 1800 étrangers après les émeutes de Libreville et de Port-Gentil. Chef de l’État gabonnais : Omar Bongo. Nom de l’opération : « Requin».
  • 1990 : Rwanda. Opération : début octobre, à la demande du président rwandais Juvénal Habyarimana, François Mitterand décide l'envoi, au Rwanda, de 300 militaires français basés à Bangui (Centrafrique), "ainsi que des armements légers et des munitions, dans le cadre d’une opération préventive" pour assurer la sécurité des 650 ressortissants français au Rwanda. La mission Noroit des soldats français au Rwanda perdure jusqu’en 1993. Soutien au régime du président Juvénal Habyarimana contre les rebelles du Front patriotique rwandais (FPR), d’octobre 1990 à décembre 1993. Chef de l’État rwandai : Juvénal Habyarimana. Nom de l’opération : "« Noirot »[14].
  • Mais aussi en  1990 :   Koweït. Opération : après l’invasion du Koweït par l’armée irakienne le 2 août, François Mitterand  engage la France qui participe à la coalition internationale pour l’évacuation du Koweït par l’Irak. Nom de l’opération : "Daguet" sous commandement américain dans le cadre de l'opération « Tempête du désert ».
  • 1991 : Zaïre. Opération : en raison des troubles commencés à Kinshasa durant lesquels des militaires pillent des entrepôts et des magasins pour protester contre le retard dans le paiement de leur solde, sur proposition de François Mitterand en septembre, la France et la Belgique envoient des parachutistes pour assurer la protection de leurs ressortissants ainsi que des autres ressortissants étrangers, notamment américains, en accord avec les pays concernés. Nom de l’opération : ???
  • 1991 : Djibouti. Opération : à la demande du gouvernement djiboutien, François Mitterand accepte  "de positionner des militaires français" à la frontière entre l’Ethiopie et Djibouti. Les Forces françaises de Djibouti (FFDJ) interviennent le 26 mai 1991 pour contrer l’avancée de l’armée éthiopienne sur Djibouti. L’intervention dure jusqu’au 2 juin. Chef de l’État Djiboutien : Hassan Gouled Aptidon. Nom de l’opération : « Godoria ».
  • Décembre 1992 avril 1993 : Somalie. Opération : François Mitterand  engage la France en soutien de la force de maintien de la paix des Nations unies présente sur place. À la chute du régime du général Siyad Barre en janvier 1991, la rivalité entre le général Aydid et le président intérimaire officiel Ali Mahdi dégénère en une guerre des clans et des actions de banditisme pour s’approprier l’aide humanitaire. La France envoie environ 2500 hommes. L’opération sera ensuite placée sous le commandement américain de la mission "Restore Hope". Chef de l’État somalien : Ali Mahdi. Nom de l’opération : « Oryx ».
  • 1993 : Rwanda. Opération : Extraction et évacuation de 77 ressortissants étrangers entre le 9 et le 11 février. François Mitterand annonce de l’envoi au Rwanda d’une seconde compagnie de militaires français s’ajoutant à celle déjà stationnée dans le pays depuis octobre 1990. Les autorités françaises précisent que cette force supplémentaire n’a d’autre objectif que d’assurer la sécurité des ressortissants français en une période de troubles. Le 15, démenti officiel par le ministère des affaires étrangères des déclarations faites le 14 par un représentant de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) affirmant que les troupes françaises présentes au Rwanda se seraient "battues aux côtés de l’armée rwandaise" contre les rebelles du Front patriotique rwandais. Le 20, annonce par le ministère des affaires étrangères de l’envoi au Rwanda de deux compagnies militaires supplémentaires pour "assurer la sécurité des ressortissants français et des autres étrangers". Chef de l’État rwandai : Juvénal Habyarimana. Nom de l’opération : « Volcan »[14] [14bis].
  • 1993 : Rwanda. Opération : Formation de l’armée rwandaise. Nom de l’opération : « Chimère » dont on peut apprécier les résultats : GENOCIDE DE PRES D’UN MILLION DE RWANDAIS. Chef de l’État rwandai : Juvénal Habyarimana[14] [14bis].
  • 1993 : Zaïre. Opération : Evacuation des ressortissants français. Kinshasa connaît des émeutes initiées par les militaires. L’ambassadeur de France Philippe Bernard et l’un de ses collaborateurs zaïrois ont été tués. Chef de l’État zaïroi  : Mobutu Sese Seko. Nom de l’opération : « Bajoyer ».
  • 1994 : Rwanda. Opération : L’assassinat des présidents rwandais et burundais, le 6 avril 1994, avec la destruction de leur avion au-dessus de Kigali, est suivi d’une vague de massacres à Kigali (Rwanda). Le 8, la France ferme son ambassade et décide d’évacuer 1 500 ressortissants alors que le président Habyarimana vient d’être assassiné et que débute le génocide. Chef de l’État rwandai : Juvénal Habyarimana qui vient d’être victime d’un attentat contre son avion. Nom de l’opération : « Amaryllis »[14] [14bis].
  • 1994 : ANNEE DU GENOCIDE RWANDAIS. Opération : la France intervient après l’adoption de la résolution 929 par le Conseil de sécurité de l’ONU de juin à août 1994. Chef de l’État rwandai : Théodore Sindikubwabo (intérim). Nom de l’opération : « Turquoise ». Une vidéo publiée par Mediapart éclaire sous un jour nouveau les accusations de "passivité" de l’armée française lors du génocide rwandais, qui a fait 800 000 victimes et accable l’armée française[13]

- La commission d’historiens, nommée par le président Emmanuel Macron pour étudier le rôle de la France au Rwanda au début des années 1990, a rendu son rapport le 26 mars. Elle conclut à des « responsabilités lourdes et accablantes » de Paris dans les crimes commis en 1994, notamment le génocide de près d’un million de Tutsis.[14[14bis].

  • 1995 : Comores. Opération : Bob Denard et une trentaine de mercenaires renversent le président Saïd Mohamed Djohar. A la demande de Jacques Chirac l’armée française intervient de septembre à octobre 1995, neutralise Bob Denard, le ramène en France où il est emprisonné. Chef de l’État des Comores : Saïd Mohamed Djohar. Nom de l’opération : « Azalée ».
  • 1996 : Cameroun. Opération : Jacques Chirac engage la France en soutien au régime camerounais dans le contentieux qui l’oppose au Nigeria au sujet de la presqu’île pétrolière de Bakassi. Elle est restituée au Cameroun par le Nigeria le 14 août 2008, après un arbitrage international. L’opération française, qui avait commencé le 16 février 1996, s’achèvera le 31 mai 2008. Chef de l’État camerounais : Paul Biya. Nom de l’opération : « Aramis ».
  • 1997 : Centrafrique. Opération : Jacques Chirac lance des représailles après la mort de deux militaires français tués par des rebelles le 4 janvier 1997 à Bangui. La France agit dans le cadre de la Mission de maintien de la paix de l’ONU. Chef de l’État de Centrafrique : Ange-Félix Patassé. Nom de l’opération : « Minurca ».
  • 1997 (juin) : Congo Brazzaville. Opération : Jacques Chirac mobilise la troupe pour officiellement pour évacuer les ressortissants étrangers durant la guerre civile qui oppose Sassou Nguesso appuyé par les forces angolaises à Pascal Lissouba lâché par Elf et la France. Chef de l’État du Congo Brazzaville : Pascal Lissouba. Nom de l’opération : « Pélican ».
  • 1997 (octobre) : Congo Brazzaville. Opération : Jacques Chirac lance une nouvelle intervention officiellement pour permettre des évacuations de ressortissants étrangers durant la guerre civile. Chef de l’État du Congo Brazzaville : Pascal Lissouba. Nom de l'opération « Antilope ».
  • 1998 : Guinée-Bissau. Opération : à la demande de Jacques Chirac évacuation de ressortissants et soutien d’une force interafricaine de paix. L’opération dure du 7 juin 1998 au 9 juin 1999. Chef de l’État de Guinée-Bissau : João Bernardo Vieira. Nom de l’opération «  Iroko ».
  • 1998 : République démocratique du Congo (RDC). Opération : Jacques Chirac envoie la troupe pour évacuer 2500 ressortissants français de Kinshasa entre août et octobre 1998. Chef de l’État de la RDC : Laurent-Désiré Kabila. Nom de l’opération : « Malachite ».
  • 1999 : Djibouti. Opération : Jacques Chirac engage les forces françaises en protection aérienne et maritime préventive à l’occasion du conflit Éthiopie-Érythrée de 1999 à 2000. Chef de l’État djiboutien : Ismail Omar Guelleh. Nom de l’opération : « Khor Angar ».
  • 1999 : Côte d’Ivoire. Opération : Jacques Chirac mobilise les forces aériennes du 25 au 31 décembre 1999, pour évacuer des personnalités locales menacées après le coup d’État du général Robert Gueï. Chef de l’État ivoirien : Henri Konan Bédié. Nom de l’opération : « Khaya ».
  •  Mais aussi en Octobre-décembre 2001 : Afghanistan.  Opération : à la suite des attentats du 11 septembre 2001, Jacques Chirac engage la France en participant à deux opérations internationales : la force internationale d’assistance et de sécurité sous commandement de l’Otan et l’opération « Liberté immuable » sous commandement américain.

         Les dernières troupes combattantes françaises quitteront l’Afghanistan en décembre 2012.

  • 2002 : Côte d’Ivoire .  Opération : 4000 hommes sont déployés en septembre 2002 par Jacques Chirac dans le cadre d’une force de maintien de la paix. Ils sont chargés d’assurer la protection des ressortissants européens et de s’interposer entre l’armée régulière et les rebelles nordistes. Chef de l’État ivoirien : Laurent Gbagbo. Nom de l’opération : « Licorne ».
  • 2003 : Centrafrique. Opération : intervention militaire française suite au coup d’Etat du général François Bozizé qui renverse le président Ange-Félix Patassé, en visite à l’étranger, et s’autoproclame chef de l’Etat. Jacques Chirac ordonne l'évacuation des ressortissants français et étrangers. Le 17 mars, déploiement de 300 soldats français sur l’aéroport de Bangui, pour permettre la poursuite de l’évacuation des ressortissants français et étrangers. Chef de l’État de Centrafrique : Ange-Félix Patassé. Nom de l’opération : ???
  • 2003 : République démocratique du Congo (RDC). Opération : dans le cadre d'une opération européenne en Ituri (nord-est de la RDC). Jacques Chirac engage des troupes françaises (les 3/4 des soldats déployés du 6 juin au 6 septembre 2003 sont français). Chef de l’État de la RDC : Joseph Kabila. Nom de l’opération :  «  Artémis ».
  • 2004 : Côte d’Ivoire. Opération : Destruction des aéronefs de l’armée ivoirienne après le bombardement de Bouaké dans lequel 9 soldats de la force Licorne ont trouvé la mort et 35 autres sont blessés. Jacques Chirac ordonne l'évacuation des ressortissants français. Les soldats tirent sur la foule lors de manifestations anti-françaises notamment devant le fameux hôtel Ivoire. L’opération « Licorne » est également entachée par l’affaire Firmin Mahé (torturé à jusqu’à ce que mort s’en suive par des militaires français dans une supposée opération de police). La justice française a été saisie de la mort des soldats français ????? Chef de l’État ivoirien : Laurent Gbagbo. Nom de l’opération : « Licorne »[6].
  • 2006 : Tchad. Opération : Jacques Chirac ordonne le soutien à l’armée tchadienne face aux rebelles dans le cadre du dispositif Épervier. L’aviation française effectue un tir de semonce devant une colonne "rebelle 250 km de Ndjamena. Chef de l’État tchadien : Idriss Déby Itno. Nom de l’opération : « Épervier ».
  • 2007 : Centrafrique. Opération : Le 3 mars, le camp des militaires français situé au sud de Birao depuis décembre 2006 est attaqué par les rebelles de l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR). Sur ordre de Jacques Chirac plusieurs dizaine de parachutistes sont largués au-dessus de la ville pour défendre le détachement. Les soldats français et les forces armées centrafricaines (Faca) fidèles au président François Bozizé repoussent les rebelles quelques jours plus tard. Chef de l’État de Centrafrique : François Bozizé. Nom de l’opération : « Boali ».
  • 2008 : Tchad. Opération : Nicolas Sarkozy engage les troupes françaises pour la protection de l’aéroport de Ndjamena et l'évacuation des ressortissants français au Tchad. Echange de tirs entre l’armée française et les rebelles près de l’aéroport, soutien à Idriss Deby Itno sur fond de l’affaire de l’arche de Zoé[2]. Chef de l’État tchadien : Idris Deby Itno. Nom de l’opération : « Présence française au Tchad ».
  • 2008 : Djibouti. Opération : Nicolas Sarkozy ordonne le soutien logistique français à l’armée djiboutienne à la frontière érythréenne et la participation française au début de l’opération européenne de lutte contre la piraterie dans le golfe d’Aden. Chef de l’État djiboutien : Ismail Omar Guelleh. Nom de l’opération : « Atalante ».
  • 2011 : Côte d’Ivoire. Opération : Nicolas  Sarkozy engage les forces françaises (Licorne) à Abidjan (Côte d’Ivoire) en appui des forces de l’ONU (ONUCI) qui bombardent les positions du Président sortant Laurent Gbagbo. Celui-ci, qui considère comme invalide l’élection de son concurrent Alassane Ouattara, reconnu vainqueur de l’élection présidentielle de novembre 2010 par l’ONU, est accusé d’utiliser des armes lourdes contre des populations civiles. Alassane Ouattara est installé au pouvoir après le kidnapping de Laurent Gbagbo par les forces spéciales françaises. Chef de l’État de Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo. Nom de l’opération : « Licorne ».
  • 2011 : Libye. Opération : Nicolas  Sarkozy  prend l’initiative avec la Grande-Bretagne, de faire adopter par le Conseil de sécurité de l’Onu la résolution 1973, autorisant les Etats-membres à prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la protection des civils en Libye : la résolution prévoit une zone d’exclusion aérienne mais exclut toute force étrangère d’occupation. Les premiers avions français interviennent après l’adoption de la résolution de l’ONU. Chef de l’État libyen : Mouammar Kadhafi ( Lors de la prise de Tripoli par les rebelles soutenus par la coalition en , Mouammar Kadhafi fuit la capitale. Le 20 octobre, il est capturé, lynché et tué dans les environs de Syrte). Nom de l’opération : « Harmattan ».
  • 2013 : Centrafrique. Opération : François Hollande déploie quelque 600 soldats chargés de protéger les ressortissants français, alors que Bangui est menacé par la coalition rebelle Séléka opposée au pouvoir politique en place. Chef de l’État de Centrafrique : François Bozizé. Nom de l’opération : « Boali ».
  • 2013 : Mali. Opération : L’opération débute le 11 janvier à la demande de François Hollande . La veille, plusieurs centaines d’islamistes armés se sont emparés de Konna, petite ville du centre du pays. La France bombarde les positions des djihadistes. Chef de l’État malien : Pdt de l’Assemblée Nationale Dioncouda Traoré (intérim). Nom de l’opération : « Serval »[4].
  • 2013 : Somalie. Opération : sur ordre de François Hollande tentative de libération de l’otage français Denis Allex (un agent de la DGSE enlevé en mission), retenu depuis juillet 2009 échoue. L’otage aurait officiellement été assassiné par ses geôliers tandis que deux membres du commando français étaient tués par les islamistes somaliens. Chef de l’État somalien : Hassan Sheikh Mohamoud; Nom de l’opération : Ce fut un désastre total pour François Hollande.
  • 2013 : Centrafrique. Opération : François Hollande engage les forces françaises en soutien à la Mission internationale d'aide à la Centrafrique (Misca) contre les islamistes de la Seleka. Chef de l’État de Centrafrique : Michel Djotodia. Nom de l’opération : « Sangaris ».
  • 2014 : Mauritanie, Mali, Niger, Tchad et Burkina-Faso. Opération : François Hollande décide la fusion et le partage des moyens des armées françaises qui, jusqu’alors étaient dévolus à des opérations distinctes (l’opération « Serval » au Mali, déclenchée en 2013 et l’opération « Epervier » au Tchad, déclenchée en 1986) avec les principaux pays de la bande sahélo-saharienne (BSS). Nom de l’opération : « Barkhane »[10] qui est d'abord une histoire d'uranium[10bis].
  • Mais aussi en 2014 (15 septembre) : Irak. Opération : François Hollande (à la demande du gouvernement de l’Irak et dans le cadre des décisions du Conseil de sécurité des Nations unies, en particulier sa Résolution 2170 du 15 août ) engage les forces françaises pour assurer un soutien aérien aux troupes armées irakiennes dans leur lutte contre le groupe terroriste autoproclamé Daech qui se prétend État islamique (en coordination avec nos alliés présents dans la région). Nom de l’opération : « Chammal ».
  • 2015 (08 septembre) : Syrie. Opération : François Hollande invoquant les attentats dont la France a été victime depuis avril 2015 et l'arrivée de nombreux réfugiés syriens en Europe, engage les forces aériennes françaises en Syrie pour des missions d'observations en vue de préparer des frappes contre l'EI. Le 27 septembre, l'Élysée annonce que la France a effectué ses premières frappes en Syrie[8].
  • Ces opérations de guerre en Syrie n'ont aucune légalité : la Syrie n'est pas en guerre avec la France ; la Syrie n'a pas demandé l'assistance militaire de la France ; la France intervient sans mandat international de l'ONU. Nom de l’opération : « Chammal[11] ».

  • 2016 (25 février) : Libye. La France procède en Libye à des frappes ponctuelles très ciblées, préparées par des actions discrètes voire secrètes. Face à la menace de l’organisation Etat islamique (EI), la ligne fixée par le président François Hollande repose, pour l’heure, sur des actions militaires non officielles. Elles s’appuient sur des forces spéciales – leur présence, dont Le Monde a eu connaissance, a été repérée dans l’est de la Libye depuis mi-février par des blogueurs spécialisés[5] [7].
  • 2020 (02 février) : Mali. La France va déployer 600 soldats supplémentaires pour un renforcement de l’opération : « Barkhane »[12]. En janvier 2021 une frappe française a tué 19 civils en janvier, selon une enquête de l’ONU[15].

Notes :

[0] Crise du canal de Suez

[1] au sens éconimique, militaire ou politique

[2] opération Zoé

[3] «Guerre de civilisation» : Manuel Valls adopte le vocabulaire de la droite ; N. Sarkozy : "Discours apocalyptique et choc de civilisations"

[4] Paris s’enlise dans le bourbier sahélien

[5] La France mène des opérations secrètes en Libye

[7] Trois militaires français tués : le gouvernement libyen accuse Paris de "violation" du territoire

[8] Syrie : François Hollande confirme la livraison d'armes aux rebelles dés 2012

[9] Assassinat de Sankara : pourquoi la France refuse-t-elle une enquête ? ; France insoumise : proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sur l’assassinat de Thomas Sankara

[10] Sahel. Le Mali épuisé par une longue et vaine « guerre contre le terrorisme »

[10bis] « Barkhane » une guerre qui est d'abord une histoire d'uranium

[11communiqué France insoumise : " Envoi de troupes françaises en Syrie : le peuple doit être consulté ! "

[12La France va déployer 600 soldats supplémentaires au Sahel

[13Génocide au Rwanda : une vidéo accable l’armée française

[14] Rwanda, retour sur un aveuglement international

[14bisRwanda : « Faillite » de la France mais pas de complicité de génocide, le rôle de Mitterrand pointé du doigt

[15] Mali : en janvier 2021 une frappe française a tué 19 civils en janvier, selon une enquête de l’ONU

 

Pour en savoir plus :

- Révélation :”Voici les 22 présidents africains assassinés par la France depuis 1963″

- L'Afrique au temps des colonies : du premier comptoir aux indépendances

- Afrique du Sud : la France a joué un rôle central pour armer le régime de l'apartheid

- Libye, 3 soldats sous uniforme français tués, à quel titre ?

- Comment la France est devenue une cible « légitime » pour les groupes djihadistes

- Cameroun 1955-1962 : la guerre cachée de la France en Afrique

- Dans le marigot de la Françafrique, un faux conseiller de Hollande et un vendeur d’armes

- Un document signé Jacques Foccart établit la pratique des assassinats ciblés de l’Etat français

- Libye : La violence impérialiste n’a pas de fin ! Une seconde intervention en préparation ?

- La France mise en cause dans les cinq dernières années de répression égyptienne

- L’œuvre négative du colonialisme français à la Réunion. De l’île vierge à la tentative de chirurgie sociale

- Histoires françafricaines : Guerre et massacres français au Cameroun 1956-1971

- Histoires françafricaines. L'intervention de l'Etat français pour destituer Laurent Gbagbo : répression et massacres de masse

- Histoires françafricaines : l'Etat français sous Mitterrand soutient et collabore avec un régime génocidaire au Rwanda en 1994

- Histoires françafricaines. La guerre secrète menée par De Gaulle-Foccart au Nigeria de 1967 à 1970. Biafra : plus d'un million de morts

- Que fait l’armée française au Sahel ? C’est en janvier 2013 que la France a décidé d’intervenir militairement au Mali. Près de cinq ans plus tard, l’instabilité s’est accrue dans tout le Sahel, et les groupes radicaux étendent leur influence. Si Paris renforce son pré carré et ses intérêts économiques, les peuples de la région paient le prix d’une guerre sans fin.

- Dix ans après le génocide : Rwanda, retour sur un aveuglement international

La commission d’historiens, nommée par le président Emmanuel Macron pour étudier le rôle de la France au Rwanda au début des années 1990, a rendu son rapport le 26 mars. Elle conclut à des « responsabilités lourdes et accablantes » de Paris dans les crimes commis en 1994, notamment le génocide de près d’un million de Tutsis.

- Comprendre le génocide rwandais

- Le Tchad et la France intensifient leur coopération militaire

- Interventions militaires françaises en Afrique par Céline Marin

- la France insoumise demande une " Commission d’enquête pour un bilan stratégique des opérations militaires extérieures (OPEX) "

- Quand la France exportait en Argentine ses méthodes de torture et de répression expérimentées en Indochine et en Algérie

- Rwanda: un document prouve l’ordre de la France de laisser s’enfuir les génocidaires

- RWANDA 1994 : DERNIÈRE DÉFAITE IMPÉRIALE DE LA FRANCE ?

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5 janvier 2016 2 05 /01 /janvier /2016 09:10
Jeremy Corbyn

Jeremy Corbyn

En mai 2015, les conservateurs réussirent à emporter une majorité de 12 sièges au parlement, une première depuis John Major en 1992. Le Parti Travailliste quant à lui subissait une lourde défaite avec la disparation de la quasi-totalité de ses élus en Ecosse, qui était considérée jusqu’alors comme une forteresse travailliste imprenable.

 

Sources : La Riposte.org Ulrich Savary - Parti Travailliste, Altrincham le 22 décembre 2015

Ulrich Savary
Parti Travailliste, Altrincham

- Tout portait à croire que le Parti Travailliste n’allait pas se remettre de cette déroute électorale.

En effet, pour la deuxième fois consécutive, il perdait les élections législatives et poursuivait son déclin électoral avec la perte de plus de 4 millions de voix depuis son écrasante victoire de 1997.

 

Dès le lendemain, le dirigeant du parti, Ed Miliband, a donné sa démission. Le Parti Travailliste était enfoncé dans une crise profonde. La question était de savoir à quoi le parti travailliste sert-il ? Le socle politique sur lequel le Blairisme s’était construit avait alors disparu. En effet l’adaptation à l’économie de marche fut acceptée par bon nombre de militants du Parti Travailliste, si cela permettait de gagner les élections et d’empêcher les conservateurs de revenir au pouvoir. Le souvenir des années Thatcher suffisait à soutenir la ligne du « tout sauf les Tories ».

 

La droite du Parti Travailliste, et avec elle bon nombre de commentateurs et autres « experts », voyaient dans la défaite d’Ed Miliband la preuve que la gauche était morte, que le Parti Travailliste n’avait plus d’autre choix que de rompre définitivement tout lien avec le mouvement syndical et avec son histoire. Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est qu’il ne s’était pas transformé en parti capitaliste et que la gauche du parti, certes relativement atone depuis des années, s’était patiemment reformée autour de collectifs et de quelques députes qui ont toujours résisté à la transformation du parti en un « parti démocrate » de centre-droit. Ce dernier désastre politique fut l’opportunité tant attendue pour partir à l’assaut de la « citadelle Blairiste » et déclencher la renaissance politique de la gauche socialiste du Parti Travailliste.

 

En l’espace de quelques semaines, la candidature de Jeremy Corbyn, un député quasiment inconnu en dehors du cercle restreint de la gauche britannique, a enflammé l’imagination de centaines de milliers de personnes. Dès lors, une brèche s’est ouverte dans la citadelle « pro-capitaliste » qu’était devenue la direction du Parti Travailliste sous Tony Blair, Gordon Brown et Ed Miliband. Tel un phœnix renaissant de ses cendres, Corbyn a ravivé la flamme politique de la gauche du parti.
A son appel, et à celui des quelques milliers de militants que la gauche du parti pesait alors, des dizaines de milliers de jeunes salariés, d’étudiants, d’ancien militants et de syndicalistes sont venues grossir les rangs du parti.

 

Si en mai 2015 le Parti Travailliste ne rassemblait plus que 185,000 adhérents – dont la majorité était passive – en septembre le parti frôlait la barre des 400,000 adhérents ! En l’espace de quelques mois, une véritable armée s’est levée. Aujourd’hui, le Parti Travailliste a plus d’adhérents que les Conservateurs, les Libéraux Démocrates (centre droit) et l’UKIP (parti anti-européen et raciste) réunis ! La victoire écrasante Jeremy Corbyn en septembre (60% des voix) a fait de lui le dirigeant travailliste le plus confortablement élu de toute l’histoire du parti.

 


- Ce succès s’explique avant tout par les liens qui perdurent entre le Parti Travailliste et le mouvement syndical en Grande Bretagne.

Des syndicats tels que Unite (1.5 millions d’adhérents) ou encore Unisson (1.2 millions d’adhérents) sont affiliés au parti. Historiquement, le Parti Travailliste a été créé par le mouvement syndical pour être la voix de ce dernier au parlement. Contrairement à d’autres pays où les syndicats revendiquent leur indépendance politique, en Grande Bretagne c’est l’inverse qui s’est produit : les syndicats revendiquent leur appartenance politique.

 

Il s’est avéré impossible de dissocier le mouvement syndical du Parti Travailliste. Or, ces deux puissants syndicats britanniques ont soutenu Corbyn pendant la campagne interne. Et avec eux, d’autres syndicats ont fait de même, tels que le syndicat des gardiens de prison, ou encore celui de la Royal Mail (La Poste). Ce soutien syndical fut indispensable pour la mise en marche de la campagne. Des milliers de syndicalistes ont participé de manière active à la campagne interne, en appelant à rejoindre le Parti Travailliste et à soutenir Jeremy Corbyn. Pourtant, le succès de cette campagne a surpris même les plus optimistes. En se lançant ainsi dans une campagne militante, la gauche du parti travailliste a réussi à canaliser les frustrations sous-jacentes à la société britannique.

 

Les cinq dernières années ont vu une attaque sans précédent de la part des Conservateurs et de leurs alliés, les Libéraux Démocrates, à l’encontre des travailleurs. Les fonctionnaires ont soit perdu leur emploi, soit ils ont eu leur salaire gelé depuis les cinq dernières années. Les étudiants ont vu les frais d’inscription aux universités multipliés par trois pour atteindre £9,000 par an, forçant ainsi toute une génération d’étudiants à s’endetter pour payer leurs études. L’introduction des contrats « Zero Hours », dans lesquels vous ne savez jamais à l’avance combien d’heures vous allez travailler et donc quel salaire vous aurez, concerne aujourd’hui près d’un million de travailleurs.


Les handicapés ont quant à eux été une des cibles privilégiées du gouvernement, le ministère du travail poussant à l’annulation des aides accordées aux handicapés, prétextant que la majorité d’entre eux peuvent travailler et n’ont donc pas besoin de l’aide de l’Etat. Les conséquences de cette politique furent désastreuses. Des dizaines de milliers d’handicapés ont été réduits à une extrême pauvreté, poussant plusieurs milliers d’entre eux au suicide.

 

A coté de cela, les banques alimentaires ont explosé dans le pays avec l’atteinte en 2014 du cap d’un million de personnes qui en dépendent pour survivre, contre seulement 40,000 en 2007. Les prix des loyers à Londres et dans les grandes villes ont également explosé poussant de plus en plus de travailleurs pauvres à vivre dans des conditions misérables, voire même dans la rue. Aujourd’hui, la Grande Bretagne a 9 des 10 régions les plus pauvres d’Europe occidentale, avec des cas de prostitution infantile qui pullulent dans les banlieues ouvrières des grandes villes du Nord de l’Angleterre, où des centaines d’enfants sont laissés à l’abandon par les municipalités et les services sociaux, qui n’ont plus les moyens de faire face à la misère sociale.

 


- Les Conservateurs sont en train d’imposer un retour forcé à l’époque victorienne, où les pauvres et les travailleurs vivaient dans des conditions effroyables.

La misère sociale frappe toutes les communautés ouvrières du pays, sans exception. A Manchester, près d’un enfant sur trois ne mange pas à sa faim et est sous-alimenté. Si la pauvreté gangrène la société britannique, les plus aisés se sont quant à eux enrichis durant la même période, en spéculant notamment sur les prix de l’immobilier et en profitant des largesses du gouvernement les concernant en matière de fiscalité.

 

Si on regarde les chiffres de plus près, on s’aperçoit que 58% des Anglais n’ont pas voté pour les conservateurs, 73% des Gallois n’ont pas voté pour eux et 85% des Ecossais ont préféré voter pour un autre parti (avec les nationalistes qui l’ont emporté avec 51% des suffrages sur un programme de centre-gauche, qui sur bien des aspects était plus à gauche que celui du Parti Travailliste lui-même). David Cameron est ainsi le premier ministre le moins bien élu de l’histoire contemporaine du Royaume Uni. Les Conservateurs ont gagné par défaut. Jeremy Corbyn a été le seul à comprendre et à capter l’attention de beaucoup grâce à un discours simple et clair.


Il veut en finir avec la pauvreté, abolir les « contrat Zero hours », augmenter le salaire minimum et le faire passer à £10 de l’heure contre £6.50 actuellement, nationaliser le rail, nationaliser certaines banques, construire des logements sociaux et geler les loyers. Mais il s’est aussi engagé à combattre « bec et ongles » le gouvernement et soutenir les syndicats dans leur luttes. Il a réussi à donner un sens politique à l’énorme colère qui gronde dans le pays. C’est cela qui a permis le renforcement du Parti Travailliste, et c’est cela qui inquiète les capitalistes et les conservateurs.

 

Lors de la conférence des Conservateurs à Manchester, entre 85,000 et 100,000 personnes ont manifesté contre le gouvernement le 4 octobre. Il s’agissait de la plus grosse manifestation que Manchester ait connue depuis très longtemps, avec une participation record des jeunes salariés et étudiants et une présence massive du Parti Travailliste aux côtés des syndicats.


Le lendemain, un meeting organisé à l’appel de la Communication Workers Union (le syndicat de la Poste et Télécommunications) dans la cathédrale de Manchester contre la privatisation de la Royal Mail a fait plus que salle comble. Si à l’intérieur les 1,200 sièges étaient tous pris, à l’extérieur ce sont plus de 7,000 personnes qui s’étaient rassemblées dans les rues adjacentes pour écouter les divers orateurs et surtout Jeremy Corbyn. Près de 10,000 personnes ont ainsi assisté, et attendu parfois plus de 2 heures, pour voir et entendre le leader du Parti Travailliste.

 

Pour la première fois depuis des décennies, le Parti Travailliste représente l’espoir d’un changement politique profond. La popularité de Corbyn s’explique par le fait qu’il incarne ce changement. Le parti politique de la classe ouvrière britannique a été resusscité. Le pire cauchemar pour les capitalistes britanniques et les conservateurs serait que Corbyn devienne premier ministre. Faisons en sorte qu’il y parvienne !

 

Pour en savoir plus :

- Corbyn confirme son ancrage à la tête du parti travailliste

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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 09:39
 François Hollande lors d'une cérémonie en Arabie saoudite. (via) ostannews.com.

François Hollande lors d'une cérémonie en Arabie saoudite. (via) ostannews.com.

Persévérer est diabolique !

 

Les attentats du 13 novembre à Paris, leurs 130 victimes au sein de la population ont provoqué un choc émotionnel légitime et partagé. La douleur issue de ces nouveaux meurtres d’une violence inouïe ne doit cependant pas interdire une réflexion de fond sur leur contexte, et sans réduire celui-ci au périmètre étroit des apparences. La France, qui doit nécessairement réagir à ces attentats, a malheureusement opté pour une réponse qui a déjà prouvé qu’elle était inadaptée et contre-productive.

 

Sources : orientXXI le 22 novembre 2015 par Marc Cher-Leparrain

Le Proche-Orient est en feu en Syrie, en Irak, au Sinaï, au Yémen. Nous pourrions prolonger ce sombre tableau vers la Libye et l’Afghanistan. Sur ces foyers de sang viennent souffler les intérêts d’acteurs régionaux comme l’Iran, l’Arabie saoudite, la Turquie, l’Égypte  ; internationaux avec les États-Unis et plus récemment la Russie — pour ne citer que les principaux. Tous les pays de la région, s’ils ne sont pas eux-mêmes des théâtres de guerres sont directement ou indirectement partie prenante. Une seule exception peut-être : le sultanat d’Oman, qui poursuit sa stratégie politique d’intermédiaire entre les mondes sunnites et chiites. Écheveau où des intérêts opposés ou divergents s’entrecroisent, se superposent, s’imbriquent, se nourrissent aussi les uns des autres. Gigantesque orgie de confrontations confessionnelles — nourries par l’opposition de l’Arabie saoudite à l’Iran — , d’intérêts de pouvoirs familiaux, religieux, ethniques, d’appétits de leadership ou de puissance pour certains, de préservation de leur existence pour d’autres. Aucun n’est blanc ou noir, sauf pour des regards partiaux et compromis dans l’un ou l’autre des camps. La France veut rassembler autour du combat contre l’organisation de l’État islamique (OEI)  ?

 

- Soit, mais quid des priorités des acteurs régionaux  ?

  • La priorité de la Turquie est d’empêcher toute autonomie kurde en Syrie, jusqu’à utiliser l’OEI contre l’expansion territoriale du Parti de l’union démocratique (PYD), allié syrien du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Lors de la bataille de Kobané à l’été 2014, elle a empêché des renforts du PYD de rejoindre les éléments de ce parti kurde syrien qui tenaient seuls la ville face à l’OEI. Et n’a autorisé, in extremis, que des renforts de Kurdes irakiens du Parti démocratique du Kurdistan (PDK). Aujourd’hui, son aviation pilonne essentiellement les Kurdes syriens, et non pas l’OEI  ;
  • la priorité absolue de l’Arabie saoudite est l’Iran et son influence régionale, et de fédérer un front sunnite contre ce pays. Pour elle, il faut avant tout renverser Bachar Al-Assad, pion de Téhéran. Sa priorité n’est pas l’OEI. Sa participation à la coalition aérienne dirigée par les États-Unis contre cette organisation est symbolique. Même si le «  califat  » d’Abou Bakr Al-Baghdadi représente un danger pour la monarchie saoudienne, il n’en reste pas moins un adversaire utile actuellement contre les chiites. Au Yémen, l’Arabie saoudite a lancé une campagne militaire meurtrière — dans un silence international assourdissant — pour contrer le mouvement houthiste (zaydite, branche du chiisme) supposé allié de l’Iran. Elle se satisfait de voir Al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA) combattre le même ennemi commun, et laisse cette branche d’Al-Qaida occuper tout le sud-est du pays et prendre le contrôle de quartiers d’Aden, la deuxième ville du pays  ;
  • l’Irak, que la France aide militairement contre l’OEI, soutient le régime syrien par le biais de nombreuses milices chiites irakiennes. Ces mêmes milices épaulent l’armée irakienne défaillante. Sans elles, l’OEI aurait occupé encore davantage de terrain dans ce pays  ;
  • l’Iran soutient à bout de bras le régime syrien, comme il l’a toujours soutenu, et a engagé à cette fin le Hezbollah libanais mais aussi des Gardiens de la Révolution (pasdaran), ceux-là même qui soutiennent et arment les milices chiites irakiennes en Syrie et contre l’OEI en Irak.

 

De ce champ chaotique qu’aucun acteur ne contrôle, s’étend et prospère le djihadisme comme jamais il n’avait prospéré, avec des branches et sous-branches toujours plus étendues et actives, en Syrie, en Irak, au Yémen, en Égypte, mais aussi au Liban et en Turquie. Autrefois limité et «  hors-sol  », il se crée des territoires, avec «  l’État islamique  » à cheval sur la Syrie et l’Irak, mais aussi avec AQPA au Yémen. Des allégeances se ramifient en Libye, dans le Maghreb, dans le Sahel. Ses noms évoluent, ses formes changent, mais le phénomène s’accroit à tel point qu’il s’inscrit dans l’agenda de tous les acteurs impliqués au Proche-Orient et au-delà, jusqu’aux rues de la France.

 

 

- Un mouvement politique qui manipule le lexique religieux

Depuis le 11 septembre 2001, le «  combat pour la civilisation  » et pour faire «  prévaloir la paix et la liberté  », lancé par le président américain Georges W. Bush pour une «  guerre globale contre le terrorisme  » n’a proposé et appliqué qu’une réponse sécuritaire au djihadisme. Nous voyons le résultat de cette pax romana guerrière dans ce qu’est devenu le Proche-Orient aujourd’hui. Les mêmes mots et principes d’action sont prononcés aujourd’hui par le président de la République française François Hollande, en réaction aux attentats commis en France. Bis repetita. N’a-t-on rien appris  ? Une grande coalition militaire contre l’OEI n’aura d’autre effet que d’abattre au mieux un arbre du djihadisme, tout en entretenant et amplifiant les mécanismes qui le produisent.

 

Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, le djihadisme ne se limite pas à une entité physiquement déterminée qui s’appelle «  Daesh  » ou Jabhat al-Nosra. C’est un mouvement politique qui manipule un lexique religieux qu’il s’approprie. Comme tout mouvement politique, il a des origines, il est apparu et s’est développé en réaction à des événements, à des contextes, à des politiques tierces, parfois spécifiques à deux pays — y compris l’échec des régimes nés des accords Sykes-Picot  à transcender les fractures identitaires, religieuses ou ethniques.

 

On n’abat pas une idéologie politique avec une opération militaire, mais avec des actions politiques. Le champ de la diplomatie est immense, mais elle échouera si elle ne tient pas compte de ce qui a fait naître et qui alimente l’idéologie du djihadisme dans ses différents points d’application. Elle sera vouée à l’échec si, par incapacité et irresponsabilité, elle ne vise que le court terme. En ne rassemblant que des Occidentaux (Russes compris), et même avec la participation symbolique de monarchies du Golfe, l’opération militaire restera perçue comme une nouvelle croisade en terre musulmane. Aucune des racines qui fondent le djihadisme n’est traitée. Chacune des bombes françaises, dont nous ne pourrons éviter par ailleurs les dégâts collatéraux, ne fera que fertiliser le terreau sur lequel il ne cesse de se développer. Avec des réponses uniquement sécuritaires, la France et ses alliés satisfont aux attentes des djihadistes. Ils ont déjà gagné cette première bataille.

 

 

- Paris a soutenu tous les autoritarismes

Dans son discours du 16 novembre 2015 devant le Parlement réuni à Versailles, François Hollande déclare avec force que le but des terroristes est de s’attaquer aux valeurs que la France défend «  partout dans le monde  », et justifie sa décision de «  guerre  » contre l’OEI par la défense de ces valeurs. Mais comment la France défend-elle ses valeurs «  partout dans le monde  »  ?

 

Limitons-nous à l’histoire récente et regardons la lisibilité de la politique étrangère française. La France a soutenu tous les régimes arabes, du Maghreb au Machrek, avant le vent des Printemps. Elle était au mieux avec les régimes de Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie, de Hosni Moubarak en Égypte  ; elle a reçu en grande pompe Bachar Al-Assad et Mouammar Khadafi, ce dernier à des fins mercantiles, notamment pour des contrats d’armements. Elle a courtisé pour ces mêmes motifs mercantiles l’Arabie saoudite et les autres monarchies du Golfe, en passant sous silence leur implication avec des groupes djihadistes, en se taisant sur leurs excès et atteintes à ces valeurs fondamentales des droits humains. Elle cautionne aujourd’hui leur campagne meurtrière au Yémen. La France s’est retranchée derrière ces régimes autoritaires et dictatoriaux pour se protéger de l’islamisme que ces mêmes régimes entretenaient selon les circonstances, ou les utilisaient contre leurs adversaires, ou en répandaient les doctrines les plus obscurantistes et extrêmes, comme le wahhabisme saoudien.

 

Après avoir proposé son savoir-faire en matière de maintien de l’ordre à la police de Ben Ali au début du soulèvement populaire tunisien, la France a encouragé le soulèvement de la population syrienne afin d’être dans le vent de l’histoire. Malgré ses déclarations combatives, François Hollande a laissé cette population à son sort en ne lui apportant que des mots de soutien, alors que la France venait de provoquer une intervention militaire en faveur de la chute du chef d’État libyen, lequel venait d’être reçu dans les jardins de l’Élysée. La France soutient le marchal Sissi en Egypte, dont le régime est pourtant encore plus violent contre toute opposition intérieure — même laïque — que ne l’était celui de Hosni Moubarak. Ce faisant, elle soutient, en lui vendant Rafale, frégates et autres Mistral, un régime qui a mis à bas le processus démocratique que la révolution de janvier 2011 avait amené pour la première fois dans l’histoire de ce pays. Faut-il applaudir l’arrêt d’un processus démocratique sous prétexte qu’il amène un parti islamiste au pouvoir  ? Faut-il alors s’étonner de la radicalisation d’une partie de ces islamistes  ?

 

 

- Une oumma du ressentiment

Et que penser du soutien inconditionnel à Israël, quand la France va jusqu’à approuver sa campagne meurtrière de bombardement de Gaza en 2014, alors que le gouvernement de cet État viole le droit international en toute impunité depuis des décennies dans les territoires palestiniens qu’il occupe  ? Que dire aussi de la compassion sélective exprimée par la France envers les minorités chrétiennes de Syrie et d’Irak alors que souffre tout autant l’immense majorité des populations musulmanes de ces régions  ? Les valeurs de la France laissent penser qu’elles ont une acception différenciée. Le ressentiment est une clef fondamentale. Comment ne pas comprendre que ces errements viennent le renforcer et contribuer à le fédérer dans ce que l’on peut nommer une oumma du ressentiment, qui se prolonge aussi dans le territoire national français  ? L’immense impact qu’ont provoqué dans l’ensemble des populations arabes le simple «  coup de gueule  » de Jacques Chirac en octobre 1996 dans la vieille ville de Jérusalem, ainsi que le discours de Dominique de Villepin à l’ONU en février 2003, s’explique d’abord parce qu’ils étaient, d’une certaine façon, une reconnaissance de ce ressentiment.

 

Mais après tout, que cherche vraiment la France, sans oser le dire ouvertement, derrière les coups de menton pour la défense de ses «  valeurs  » attaquées  ? 17 milliards d’euros de contrats d’armements gagnés en 2015. Une année record. Qui sont ses principaux clients depuis des années  ? Ceux-là même — les monarchies du Golfe — dont elle soutient aveuglément la politique désastreuse au Moyen-Orient qui alimente aussi, en même temps que les bombes des Rafale, le djihadisme, quand ils ne n’en servent pas eux-mêmes pour leurs propres intérêts régionaux face à l’Iran en Syrie, au Yémen. Malheureusement, les 130 morts français du 13 novembre ne provoquent qu’un renforcement des errements français, de sa «  guerre contre le terrorisme  », en nourrissant un peu plus le monstre et ceux qui l’alimentent, voire s’en servent.

 

Il y a deux façons de répondre aux attentats qui sont survenus en France. La première est d’en dénoncer les auteurs, l’organisation à laquelle ils se rattachent — en l’occurrence l’OEI — et de s’acharner à les détruire dans leurs périmètres territoriaux et humains ainsi que leurs moyens physiques de subsistance, filières de financement et autres. C’est une approche sécuritaire technique, militaire. Suivie depuis quinze ans par les États-Unis avec des moyens considérables, elle se solde par un échec patent.

 

La seconde est d’envisager l’ensemble des déterminants qui ont provoqué la naissance et le développement de l’idéologie à laquelle s’est greffée cette organisation ainsi que les autres de même nature qui l’utilisent pour leur propres fins, en prenant également en compte que pour chacune d’elles s’ajoutent des paramètres spécifiques de développement (politiques, irrédentistes, sociétaux). C’est une approche politique et diplomatique.

 

François Hollande a mobilisé la France et ses alliés autour de la première solution, sécuritaire et militaire. C’est un déni total du fait que le djihadisme est le fruit d’un ressentiment accumulé. Cela ne rendra que plus difficile la seconde solution, la seule qui puisse réellement contrer le djihadisme, si celle-ci n’est pas abordée au moins simultanément et avec force. Maintenant.

 

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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 11:31
Petit à petit la réalité des implications occidentales et notamment françaises dans la création et la montée de DAESH perce dans les médias !

Sources : Eric DURAND | mis à jour le 19/05/2021

- Le vent tourne tout simplement

Il y a quelques semaines, nous aurions du aller chercher de telles informations sur les chaînes russes, pour se faire alors dénigrer.

Et pourtant, après une catastrophe parfois tout change !

Du moins c'est l'impression qu'on peut avoir aujourd'hui...

 

 

- France Inter dévoile la véritable raison de la guerre contre Bachar el-Assad

Dans une région dont la complexité sociale politique et religieuse est séculaire, des projets économiques contemporains ont cristallisé la situation : en 2010, l’Iran projette de construire un pipe-line qui passerait par l’Irak et la Syrie pour acheminer du pétrole et du gaz vers la méditerranée. Cela redistribuerait les cartes de la production pétrolière dans le golfe. Or le Gaz pour le Qatar, et le pétrole pour l’Arabie Saoudite, c’est vital.

 

- Roland Dumas nous révèle qui gouverne la France.

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 09:05
Appel pour retirer le PKK de la liste des organisations terroristes
Appel pour retirer le PKK de la liste des organisations terroristes

Sources :  Blog député européen Jean-Luc Mélenchon 30 octobre 2015

La perspective de parvenir à une solution pacifique et démocratique à la question kurde en Turquie est menacée. La violence s'intensifie et pose un risque grave pour la stabilité de la Turquie et de la région. On sait à quel point le combat des Kurdes tant en Syrie qu'en Irak représente un espoir pour ceux qui recherchent une solution démocratique, laïque, écologiste et féministe pour la région dans son ensemble.

 

La résistance kurde à Kobanê, marquée en particulier par l'implication des femmes, en est un exemple, auquel s'ajoutent le sauvetage de dizaines de milliers de Yézidis à Sinjar ou la défense des minorités dans la région.

 

Ainsi, face à Daech, les Kurdes ont systématiquement été le fer de lance d'une lutte déterminée et un soutien à toutes les forces locales et internationales y contribuant. Nul ne peut ignorer le rôle en la matière du PKK et des organisations kurdes syriennes.

 

La Turquie fait aujourd'hui face à une flambée de violences qui éloigne toute idée de processus de paix et risque d'affaiblir la lutte contre Daech.


D'ores et déjà, l'Union européenne par la voix de sa Haute Représentante mais aussi le Conseil européen, l'ONU et les Etats-Unis ont lancé des appels à la paix en Turquie.

 

Mais le gouvernement turc continue d'utiliser le fait que le PKK figure sur la liste des organisations terroristes comme une excuse pour affirmer : "Nous ne pouvons pas rencontrer une organisation terroriste et négocier". L'inscription du PKK sur cette liste s'oppose donc à l'instauration de la paix, du dialogue et des négociations, renforce ceux qui souhaitent la guerre en Turquie et affaiblit ceux qui veulent la paix.

 

Ce ne sont pas les seuls effets négatifs de la proscription du PKK. Il facilite, au nom de la lutte contre le terrorisme, les violations des droits de l'Homme, permet la restriction des libertés de pensée et de la presse. En conséquence de cette interdiction, des milliers de personnes et en particulier les médias en Turquie sont menacés à la fois en interne et en externe.

 

C'est en raison de ces développements dangereux que l'inscription du PKK sur cette liste doit être réexaminée d'urgence.


Nous, soussignés parlementaires, demandons au Conseil de l'Union européenne que cette liste soit révisée et que le PKK soit retiré de la liste des organisations terroristes de l'UE.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier terrorisme

- Le PKK n'est plus une organisation 'terroriste', pour l'APCE

- PCF : Francis Wurtz : Il faut retirer le PKK de la « liste noire » !

- Bernard-Henri Lévy : Il faut retirer le PKK de la liste des organisations terroristes

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 09:31
Ils frappent la République ? Résistons avec plus de République !

Sources : le Parti de Gauche par Danielle Simonnet & Eric Coquerel (Co-coordinateurs politiques du PG)

- La République a été frappée de nouveau.

En plein coeur et dans nos coeurs. Dans sa jeunesse, dans son droit au bonheur, à la fête autour d’un verre, d’un match de foot ou d’un concert, dans son droit même à la culture. Nous pleurons les 129 victimes et adressons toutes nos condoléances à l’ensemble de leurs proches. Nous pleurons les nôtres frappés aveuglément par de lâches criminels. Nous sommes toutes et tous concerné-e-s. Mais nous n’avons pas peur.

 

Dans l’horreur de cette sinistre soirée du 13 novembre, où les images ont défilé bien plus vite qu’on ne les réalisait, nous saluons le dévouement de la police, des pompiers, des soignants, de tous ces fonctionnaires qui n’ont pas ménagé leur peine et ont pris tant de risques pour nous sauver, pour nous protéger, pour nous soigner. Preuve de toute l’importance de nos services publics à réaffirmer aux tenants de l’austérité de l’Union Européenne et à notre gouvernement qui s’y soumet. Nous saluons également tous les anonymes, via les réseaux sociaux, qui proposaient spontanément l’hospitalité pour celles et ceux qui se trouvaient coincés dehors derrière le hashtag #porteouverte ou ont donné leur sang.

 

 

- Faire peuple uni et fraternel, telle est notre première tâche hautement politique.

Ils veulent nous diviser ? Démontrons-leur qu’ils n’y parviendront pas. Clamons sans relâche qu’aucun amalgame n’est acceptable entre ces fascistes et une partie de nos concitoyens, une partie des nôtres du fait de leur croyance réelle ou supposée ou de leurs origines. La religion n’a aucun rapport avec ces entreprises meurtrières. Notre peuple en est capable. Ne laissons pas la haine envahir les coeurs. Et témoignons toute notre solidarité avec nos concitoyens de confession musulmane, avec les résidents étrangers, avec les réfugiés premières cibles des amalgames non seulement du FN mais de la droite antirépublicaine qui lui court après.

 

Ce week-end devait être celui de notre premier Sommet Internationaliste du plan B. De fait, ces assassins nous ont empêchés de le tenir. De nombreux messages de soutien du monde entier nous sont parvenus. Nous nous sommes néanmoins retrouvés avec celles et ceux de nos invités qui étaient déjà sur Paris. Nous avons fait le serment que ce sommet aurait bien lieu et qu’il serait permanent. Défendre une nouvelle perspective géopolitique en Europe, alternative à l’austérité et aux coups d’état financiers n’est pas hors du sujet. Restaurer la démocratie et l’indépendance des peuples, vouloir avec détermination changer le cours de l’histoire de notre humanité est une nécessité aussi pour le combat contre l’idéologie fasciste de Daesh. C’est dans ces convictions internationalistes bien ancrées que nous avons rendu hommage aux victimes, en déposant des gerbes de fleurs devant les différents cafés et le Bataclan, avec Zoé Konstantopoulou (ancienne Présidente du Parlement grec), Jean-Luc Mélenchon et d’autres personnalités internationales telles que Pedro Soares et Joana Mortaga du Bloco portugais, Finghin Kelly d’Irlande, Nikolaj Villumsen du Danemark ou encore Bodo Ellmerrs d’Allemagne.

 

 

- Si le temps dans lequel nous sommes est toujours celui du deuil, il est essentiel de comprendre les causes pour ne pas les aggraver par la poursuite des politiques qui en portent une grave responsabilité.

Les actes monstrueux de vendredi soir ont été pensés, programmés, organisés, financés et revendiqués par Daesh. Daesh, l’enfant terrible des interventions militaires successives qui ont détruit l’Etat irakien, ont frappé la Libye, la Syrie. La montée de Daesh résulte en grande partie des logiques va t-en guerre de l’Otan dans lesquelles la France s’est fourvoyée et se fourvoie.  On ne peut jouer les gendarmes du monde, déstabiliser plus encore des régions, lancer l’idéologie du choc des civilisations sans conséquences. Daesh se nourrit autant des bombardements aveugles faisant suite aux soutiens des dictatures d’hier, que de la misère consécutive à des décennies de politiques néolibérales imposant ses ajustements structurels et pillant les ressources naturelles et humaines.

 

Ces fascistes avaient assassiné Chokri Belaïd et Mohammed Brahmi, deux dirigeants du Front Populaire Tunisien, et avaient ciblé le peuple de la révolution tunisienne, de l’assemblée constituante, le peuple qui a ouvert une voie politique nouvelle intégrant et la question sociale et la question laïque. Ils ont attaqué en Turquie la manifestation des militant-e-s HDP, la gauche turque et kurde, laïque et féministe, au moment précisément où sa progression électorale dans les urnes ouvrait également une nouvelle voie. En France ils avaient attaqué Charlie Hebdo, journal engagé symbole de la liberté d’expression, de la liberté de consciences, du droit au blasphème. Ils ont attaqué ce vendredi la jeunesse et la République française, ce régime non-neutre qui promeut l’émancipation.

 

 

- La lutte contre Daesh et ses lâches assassins est une lutte militaire et politique.

Pour la partie militaire, nos dirigeants vont-ils enfin prendre conscience que nos politiques géostratégiques sont totalement à revoir ? Que notre priorité ne doit pas être de renverser Bachar El Assad, aussi dictateur sanguinaire soit-il, mais de contribuer à la paix dans la région ? Il est grand temps de soutenir enfin les meilleurs combattants sur le terrain contre Daesh, les combattants kurdes qui ont remporté la victoire sur Kobané, et d’exiger de la Turquie qu’elle cesse de leur tirer dans le dos et de s’en prendre à la gauche turque, laïque, féministe et solidaire des kurdes. Il est grand temps de reprendre les relations avec la Russie et d’engager dans le cadre de l’ONU une alliance internationale qui soutiendrait l’intervention de toutes les forces régionales acceptant de combattre réellement Daesh et le terrorisme fondamentaliste.

 

Il faut aussi frapper Daesh financièrement. Comment accepter la venue de l’Emir du Qatar en France quand on sait l’importance de la participation de riches familles qataris aux financements passés de Daesh et aujourd’hui d’autres groupes radicaux, sans parler de leur régime ?

 

 

- Concernant notre sécurité intérieure, la défense de notre République nécessite plus que jamais un Etat bien présent, pour faire respecter ses lois et les faire appliquer.

Or, les fonctions régaliennes de l’Etat sont à bout de souffle. Partout du terrain, policiers, gendarmes, pompiers nous alertent de l’insuffisance totale de leurs moyens humains. Ces moyens humains sont aussi essentiels aux services de renseignement, et que cesse enfin l’illusion du renseignement numérique, non seulement inopérant, mais prétexte à mettre toute la population sous surveillance. Après les dix lois anti-terroristes qui se sont succédées, nous réaffirmons notre refus de toute nouvelle restriction de nos libertés. Nous désapprouvons la prolongation de l’état d’urgence de trois mois, qui va instaurer de fait un régime permanent inacceptable. A l’approche des régionales et aussi de la COP 21, refusons que le débat démocratique et l’implication citoyenne soient entravés et confisqués par des logiques sécuritaires !

 

Les déclarations de François Hollande devant le Congrès confirme la complète dérive sécuritaire et autoritaire de la 5ème république. Il remet en cause le principe d’indivisibilité du peuple français, essentiel à notre code de la nationalité, en reprenant la proposition du FN sur la déchéance de la nationalité des binationaux. Mais en plus, il vient d’annoncer qu’il constitutionnalisait l’état d’urgence, sans aucun retour vers le peuple, instaurant de façon permanente un régime d’exception au détriment de nos libertés...

 

La réponse aux actes criminels de ce vendredi 13 novembre devrait être l’inverse. Plus de démocratie, de liberté, d’égalité et de fraternité, telle doit être notre réponse aux attaques fascistes !

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier terrorisme

- Jean-Luc Mélenchon : "La sécurité collective a besoin de notre liberté individuelle !"

- Le Parti de gauche : la République n'a pas besoin d'un état d'exception permanent pour se défendre

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 09:50
Jean-Luc Mélenchon : "La sécurité collective a besoin de notre liberté individuelle !"

Après les attaques terroristes survenues à Paris et à Saint-Denis le 13 novembre 2015 : contribuer à l'unité de notre peuple et affronter les bouffées sécuritaires...

 

Sources :  L'ERE DU PEUPLE

- Dans ces moments d’Histoire, des milliers de consciences comprennent l’importance de la politique dans la vie des peuples.

Selon la vieille formule : si tu ne t’occupes pas de politique, la politique, elle, s’occupe de toi. Ne nous contentons pas d’analyser les erreurs sans fin des dirigeants politiques qui nous amenés à cette situation. Demandez-vous : « étais-je de ceux pour qui peu importait que l’on décide sans mandat international, et sans vote de l’assemblée nationale d’aller bombarder des gens dans un pays lointain ? »

  • Avez-vous méprisé ou rabroué ceux qui vous mettaient en garde ?
  • Avez-vous participé au concert de ceux qui accablaient grossièrement les lanceurs d’alerte en les assimilant à des agents de l’ennemi ?
  • L’horrible nuit du 13 novembre vous aura appris que la guerre n’est pas un jeu vidéo mais un acte politique dont l’onde de choc finit toujours par atteindre tous ceux qui y participent.

 

 

- Décider une guerre est une question sérieuse.

Il ne faut pas l’abandonner à un seul homme. Les formes prévues pour en décider ne sont pas un embarras, un ralentissement insupportable de l’action qui porte préjudice à son efficacité. C’est au contraire une garantie que nous nous donnons pour agir à bon escient et en se préparant à assumer les conséquences de nos actes. La liberté de pensée, de parole et de décision des représentants du peuple est une garantie pour notre sécurité.


A présent les mêmes trouvent peut-être sans importance que le Président dise que nous sommes en guerre sans nous dire où et contre qui et sans respecter les formes prévues par la Constitution pour le faire (article 35). Et pour eux peu importerait peut-être aussi que l’Etat d’urgence soit prolongé de trois mois sans qu’il soit dit une seule fois pour quel bénéfice attendu dans l’action et sans tenir aucun compte des inconvénients que cette situation comporte également et en plus grande proportion.

  • Et sans doute tiennent-ils pour un détail formaliste que la Constitution interdise qu’on la modifie quand l’état d’urgence a été proclamé.
  • Peut-être acceptent-ils aussi sans état d’âme de croire, puisqu’on le leur répète, que sacrifier un peu de liberté individuelle n’est rien si l’on augmente par ce moyen la sécurité collective. Et sans doute s’agacent-ils déjà qu’on ose dire qu’il n’en est rien et que cela n’a jamais produits autre chose que de nouveaux désastres politiques là où on l’appliqué.

 


- Beaucoup sont, comme nous-mêmes, chaudement partisans de la trêve des polémiques en période de deuil national.

Alors comment comprendre que le premier à la rompre soit le chef de l’Etat, contraignant tout le monde a la polémique ? Car c’est bien ce qu’il vient de faire solennellement devant le congrès du parlement à Versailles en lançant un projet de réforme constitutionnelle.

 

Toucher à la Constitution c’est évidemment toucher au cœur de tous les débats politiques et les allumer tous en même temps. En tous cas les partisans que nous sommes d’une Assemblée Constituante sont placés dans l’obligation de protester.

 

Car c’est une nouvelle mise à l’écart de toutes les questions que nous avons soulevé sur ce doit être le travail de constituants et de toutes les questions que nous souhaitons voir entrer dans le texte fondamental. Il faudrait mettre de côté cette question pourtant si décisive ? Admettons.

 

Mais comment accepter que des sujets aussi polémiques, par exemple, que la déchéance de la nationalité et quelques autres directement empruntées à l’extrême droite et que combattait hier toute la gauche et même une partie de la droite soient désormais prise en charge sans autre explication par le Président ? Puisque nous n’avons pas changé d’avis en même temps que les mots changeaient de bouche, ne sommes-nous pas contraints de notre côté de répéter avec la même passion nos arguments contre une telle fausse bonne idée dont la dangerosité a été mille fois démontrée ?

 


- Est-ce de la désinvolture, de l’inconscience ou bien un calcul cynique de lancer ces débats en plein deuil national, les morts n’étant pas encore enterrés et sous le régime de l’état d’urgence ?

Serait-ce encore un excès de formalisme de s’en soucier ?

Je veux dire combien nous nous sentons abusés de voir qu’à la bonne volonté et à la pondération des propos, à l’amnistie provisoire que nous avons prononcé sur les responsabilités de la situation il soit répondu à la faveur d’une circonstance solennelle par une aussi grossière nouvelle transgression des lignes de fond de la famille progressiste en France.

 

Et comment supporter en silence que François Hollande inflige une telle défaite sans combat à la doctrine républicaine de cette famille ? Cette situation qui devrait si vigoureusement renforcer nos principes et nos valeurs se dénoue par une nouvelle victoire idéologique de nos pires adversaires ! Sans aucun gain prévisible ni sur le plan sécuritaire ni sur le plan électoral.

 

 

- Echanger de la liberté contre une amélioration de la sécurité est le pari que firent les auteurs du « Patriot Act » aux Etats Unis.

De cette expérience les observateurs savent désormais que si la réduction des libertés a été payée comptant, les gains de sécurité n’ont pas été le résultat des moyens nouveaux. La cause du « terrorisme » ce sont les guerres régionales dans lesquelles nos pays ont les bras enfoncés jusqu’aux épaules.

 

La riposte aux attaques est donc nécessairement sur deux fronts :

  • l’un pour faire cesser la guerre ;
  • l’autre pour garantir la cohésion de notre pays c’est-à-dire l’unité de son peuple et fer le terrain de la guerre sur le terrain, heureusement, les russes ont fait ce qu’il fallait pour que les américains n’aient d’autres choix que de se rendre à la raison et d’accepter, en l’absence de la France et sans la consulter, de constituer une seule coalition sous mandat de l’ONU avec l’objectif d’organiser des élections sans le préalable paralysant du départ de El Assad.

 

François Hollande a immédiatement obtempéré et annoncé son ralliement dans des termes qui sont exactement l’inverse de sa déclaration à la tribune de l’ONU. On peut donc considérer que les choses avancent en ce qui concerne l’approche de la fin de la guerre en Syrie. Même si cela ne règle pas tout ce qui est nécessaire pour qu’elle s’arrête aussi en Irak d’où viennent l’argent et le matériel de guerre.

 

 

- Mais pour ce qui est du front de la lutte contre les attentats dans nos frontières, il en va tout autrement.

Le soudain appétit de François Hollande pour les mesures du Front National et la mise en scène d’un « super état d’urgence » permanent, cette volteface opérée, rédigée et prononcée entre vendredi une heure du matin et lundi 16 heures sentent l’improvisation, le coup de com. et l’astuce politicienne davantage qu’une pensée construite et argumentée, soucieuse d’efficacité concrète.

 

  • A notre tour nous allons devoir lutter sur deux fronts : contribuer à l’unité de notre peuple et affronter les bouffées sécuritaires.
  • C’est un chemin de crête que le nôtre. Mais notre devoir de long terme est de rester ceux qui affirment que la sécurité collective est plus forte quand les libertés fondamentales de chacun sont garanties.

 

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- Pourquoi la déchéance de nationalité est une fausse bonne idée.

Déclaration de Hollande
 
La reconnaissance d’erreurs et la constitutionnalisation d’un Patriot Act
- See more at: https://www.lepartidegauche.fr/communique/declaration-hollande-la-reconnaissance-d-erreurs-la-constitutionnalisation-d-un-patriot-act-33822#sthash.zMaL9YC6.dpuf

Jean-Luc Mélenchon : "La sécurité collective a besoin de notre liberté individuelle !"
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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 09:23

"...... On se demande si le pire, en prenant ce type de mesures (celles annoncées par François Hollande le 16 novembre 2015[1]), est de donner raison à la droite et à l’extrême droite en abondant dans son sens de la restriction drastique des libertés individuelles et collectives ou si c’est son inefficacité certaine. On peut même le craindre : sa contre-productivité.

En effet, combien parmi ceux qui seront inquiétés sans jugement par les policiers se “radicaliseront“-ils ?..."

 

Sources : Rue du Blogule Rouge

- À la suite des attentats de Paris du 13 novembre 2015, on a vu fleurir sur les réseaux sociaux une photo de profil :

Prier ou réfléchir ?

Mais, beaucoup plus intelligente et efficace était celle-ci :

Prier ou réfléchir ?

“Ne priez pas pour Paris, réfléchissez !“

 

- Car, après la période de deuil, il va bien falloir agir pour que de tels faits ne se reproduisent plus et au préalable réfléchir !

Il est légitime de se demander si c’est bien ce qu’a fait le Président de la République lorsqu’il a déclaré, joignant ainsi sa voix à toutes celles des journalistes et des inconscients qui l’avaient fait avant lui : “Nous sommes en guerre“ devant le Congrès des parlementaires qu’il avait aussitôt (2 jours à peine plus tard) réuni à Versailles. A-t-il vraiment pesé son propos ?

 

“En guerre“, mais contre qui ? Entre-t-on en guerre contre des assassins (le terme a été par ailleurs utilisé par le Président lui-même) ? Non, on les poursuit, on les arrête, eux ou leurs complices et on les juge. Ce terme de “guerre“, compréhensible lorsqu’il fut prononcé sous le coup de l’émotion du moment suscitée par l’ampleur de la tuerie à Paris, mais non par sa nature d’attentat terroriste, peut-il s’appliquer à un autre objet qu’un conflit violent entre états ? Non, bien sûr et c’est bien pourquoi le chef de l’État a aussitôt désigné un “état“ responsable : l’EI. C’est à lui que nous allons faire la guerre et d’ailleurs, on a déjà commencé ! (Ah ! Bon ? La France est déjà entrée en guerre sans l’accord des parlementaires comme le prévoit sa Constitution ?)

 

Parlons donc de cette guerre : tous les militaires, tous les politiques, tous les journalistes, s’accordent à dire qu’elle ne pourra jamais être gagnée seulement par des bombardements aériens. Qu’annonce Hollande ? Des bombardements aériens sur Rakka, ville de 200 000 habitants, sur laquelle l’aviation française, sans faire, paraît-il, aucune victime civile ( !?), a déversé une vingtaine de bombes pour détruire un camp d’entraînement, un poste de commandement et on ne sait quoi d’autre. Peut-on savoir combien ce bombardement a-t-il provoqué de ralliements supplémentaires au Jihad ? Il en ira de même de tous les bombardements effectués par les Américains, les Français ou les Russes, fussent-ils coalisés.

 

 

- Alors, que faire pour atteindre le but de guerre fixé par Hollande : détruire l’institution “État Islamique“ ?

Tout le monde sait qu’il existe plusieurs possibilités à court et à moyen terme :

  • Dans un premier temps :

Armer et aider les Kurdes qui combattent l’EI sur le terrain. Encore faudrait-il pour cela empêcher la Turquie, membre comme nous de l’OTAN, de les bombarder et de tenter par tous les moyens de les détruire.

 

Laisser Achar El Assad à la tête de la Syrie et aider l’armée syrienne qu’il dirige à combattre l’EI. Hollande l’a exclu car c’est un tyran qui martyrise son peuple, pas du tout, par exemple, comme le roi d’Arabie, à qui on peut vendre des armes sans état d’âme.

 

  • Discuter avec Américains Iraniens et Russes pour coordonner les actions. Cela, François Hollande l’a évoqué, même prudemment.

Tarir les moyens financiers de l’EI qui sont dus essentiellement au commerce du pétrole[4]. On ne peut pas parce que ce pétrole passe en contrebande par la Turquie ? Sans blague ? Qui l’achète ? Qui est en état de le faire et de raffiner ce pétrole pour ensuite le “distribuer“ ? N’est-il pas évident que si les Etats-Unis, l’Europe et la Russie en avaient tous vraiment la volonté, ils seraient en capacité d’assécher rapidement la manne pétrolière qui permet à l’EI d’acheter des armes [2] ?

 

Dans un deuxième temps, il faudra bien parvenir à une solution qui permette aux peuples de la région de vivre en paix durablement. Il sera nécessaire alors de négocier avec tous les protagonistes de la zone moyenne-orientale.... Au lieu de ça, nous allons continuer (intensifier ?) les bombardements aériens…

 

 

- Que faire alors aussi pour nous prémunir du danger terroriste sur notre sol ?

D’abord, augmenter le nombre de policiers et de soldats. Mais surtout, le Président l’a dit et répété : "même si nous préférerions un état de droit, nous serons mieux en sécurité avec l’état d’urgence. On va même le prolonger à trois mois". En voilà une trouvaille ! On va pouvoir enfin perquisitionner sans s’inquiéter de ces juges qui ne sont là que pour mettre des bâtons dans les roues des policiers. On va pouvoir enfin mettre en garde à vue des suspects, etc.

 

On se demande si le pire, en prenant ce type de mesures, est de donner raison à la droite et à l’extrême droite en abondant dans son sens de la restriction drastique des libertés individuelles et collectives ou si c’est son inefficacité certaine. On peut même le craindre : sa contre-productivité. En effet, combien parmi ceux qui seront inquiétés sans jugement par les policiers se “radicaliseront“-ils ?

 

Comme l’a formulé Marc Trévidic, l’ancien juge anti-terroriste, n’aurait-il pas fallu plutôt renforcer de manière massive le système judiciaire et éviter les dérives à la Guantanamo ?[3]

 

Finalement, le plus grave n’est-il pas qu’on soit en train de rendre victorieux les terroristes ? Il leur a “suffi“ d’assassiner lâchement et froidement autant de personnes qu’ils ont pu, pour provoquer la réunion du Congrès, une annonce de changement constitutionnel, l’abandon de l’état de droit, la mise sous surveillance policière de la population, c’est-à-dire autant qu’un état de guerre ! N’était-ce pas ce qu’ils recherchaient ?

 

Si en plus la France pouvait se déchirer en une guerre civile, une guerre de religion, par exemple, tous leurs vœux ne seraient-ils pas alors exaucés ?

 

Note :

[1] Révision de la Constitution, moyens renforcés pour la sécurité... Les mesures annoncées par Hollande devant le Congrès

[2] Qu'attendons-nous pour couper l'oxygène à l'Etat islamique, son approvisionnement en argent et en armes ?

[3] Marc Trevidic : « D’autres attentats sont à prévoir »

[4] Jean-Charles Brisard : "L’Etat islamique contrôle 140 succursales bancaires gérant 1,1 milliard de dollars"

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier terrorisme

- David Van Reybrouck « Monsieur le Président, vous êtes tombé dans le piège ! »

- Déclaration de Hollande : La reconnaissance d’erreurs et la constitutionnalisation d’un Patriot Act

- Attentats à Paris : interner les fichés pour terrorisme n'est "pas une bonne mesure", selon Marc Trévidic

- Qu'attendons-nous pour couper l'oxygène à l'Etat islamique, son approvisionnement en argent et en armes ?

- Ne pas sous-estimer l’idéologie génocidaire de Daech

Déclaration de Hollande
 
La reconnaissance d’erreurs et la constitutionnalisation d’un Patriot Act
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Déclaration de Hollande
 
La reconnaissance d’erreurs et la constitutionnalisation d’un Patriot Act
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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 09:09
« Les attentats sont une conséquence de la politique française ambiguë contre le terrorisme »

- La France et les Etats-Unis ont soutenu les terroristes en Afghanistan, maintenant cela s’est retourné contre la France, explique Michel Collon[1] dans une interview à RT

- Dans le même temps, pour René Backman dans Médiapart face à la crise syro-irakienne, comme devant le conflit israélo-palestinien, la France a subordonné ses choix politiques à des impératifs commerciaux, des fidélités d’un autre âge et des coups de sang, le tout sans vision stratégique.

 

Sources : Le Grand* Soir par Michel Collon

- INVESTIG'ACTION : Plus d’une dizaine de pays, notamment la France, prennent part aux bombardements contre l’Etat islamique. Si c’est vraiment Daesh qui a perpétré ces attaques à Paris, pourquoi ont-ils choisi la France comme cible ?

Michel Collon : D’abord, la France a soutenu le terrorisme avec les Etats-Unis, mais maintenant ces terroristes ont leur propre agenda, ils sont allés trop loin. Parce qu’il existe une résistance en Syrie, au Moyen-Orient, il y a une intervention russe… C’est pour ça qu’ils réalisent maintenant que l’Occident avait une politique très ambiguë à l’égard du terrorisme, lorsque Laurent Fabius estimait par exemple que le Front al-Nosra faisait du bon travail.

 

 

Je crois que maintenant ces gens se sentent trahis et se retournent contre la France.

 

Mais ce n’est pas quelque chose de nouveau. Cette histoire a commencé en 1979, quand M. Brzezinski, qui était à la tête de la diplomatie américaine, a armé, formé et envoyé Ben Laden, et ce type de terroristes, en Afghanistan. Et puis, ils ont aussi utilisé ce type de terrorisme en Yougoslavie, en Irak, dans la Caucase, en Libye, en Syrie. C’est une politique générale et malheureusement, l’attitude des Etats-Unis de bombarder les terroristes est très récente et très limitée. Nous avons vraiment besoin d’une analyse équilibrée de ce phénomène.

 

 

- INVESTIG'ACTION : Le groupe terroriste a promis de faire payer la France pour ses frappes aériennes en Syrie et en Irak. Les autorités françaises auraient-elles pu mieux se préparer ?

Michel Collon : Je ne suis pas un spécialiste du renseignement… Le problème n’est pas seulement de savoir si l’on peut arrêter ce type particulier des terrorisme. Encore une fois, je ne suis pas un spécialiste. Mais je pense que la préparation dont nous avons besoin est différente. Le problème, c’est qu’en France et en Europe occidentale, il n’y a pas de véritable débat sur la politique que mène Israël à l’égard des Palestiniens. Il n’y a pas de réelle politique pour savoir si nous – la France, la Belgique et d’autres – avons le droit de créer des murs dans des pays comme la Libye et la Syrie. Avons-nous le droit de décider de qui doit diriger ces pays ? Avons-nous le droit de soutenir le terrorisme pour obtenir un changement de régime ?

 

On ne débat pas de cela en France, ni de la question d’Israël, ce qui fait que beaucoup de gens, des jeunes malheureusement, ne font plus confiance aux médias, pas plus qu’il ne croient à la possibilité d’un débat et à la possibilité d’exprimer une voix démocratiquement dans ce débat. C’est comme ça qu’ils sont manipulés par des gens, tout le monde sait qui les manipule, ce sont les Saoudiens, des gens de ce type qui leur mettent des idées stupides qui n’ont rien à voir avec l’islam [dans la tête] et qui les utilisent comme des marionnettes. C’est la seule façon de faire de la prévention contre ce type d’événements.

 

Note :

- [1] Michel Collon

 

Pour en savoir plus :

- Hollande a conduit une politique aventureuse au Proche-Orient

- L’attentat contre Charlie Hebdo : l’occultation politique et médiatique des causes, des conséquences et des enjeux

- Terrorisme musulman : à qui la faute ?

- Laurent Fabius veut armer les terroristes en Syrie

- Ce que révèle la crise syrienne... Affaissement des Etats, diffusion du djihadisme

- Attentats de Paris : Bachar al-Assad accuse la France d'avoir contribué à "l'expansion du terrorisme"

- La vraie nature de Daech

- Enquête. Ce que veut vraiment l’Etat islamique

- “La France est en guerre” – ben oui, depuis longtemps, crétins…

- Alain Chouet : « Nous sommes alliés avec ceux qui sponsorisent depuis 30 ans le phénomène djihadiste »

- Comment échapper à la logique qui a conduit aux tueries d’hier soir à Paris, quand celles-ci l’alimentent, comment lui substituer un sursaut civique pour enrayer la spirale d’une guerre qui nous atteint aujourd’hui de plein fouet ?

- Pierre Laurent PCF : "Il faut des objectifs de paix"

- Comment la France est devenue une cible « légitime » pour les groupes djihadistes

- De Villepin : « L’État Islamique, c’est l’enfant monstrueux de la politique occidentale »

- Petit à petit la réalité des implications occidentales et notamment françaises dans la création et la montée de DAESH perce dans les médias ! 

 

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 09:24
Terrorisme musulman : à qui la faute ?

L’Occident fabrique des monstres musulmans

 

Sources : Le Grand Soir par Andre VLTCHEK

Il y a cent ans, il aurait été inimaginable de voir deux hommes musulmans entrer dans un café ou un transport en commun, puis se faire exploser, en tuant des dizaines. Ou de massacrer l’équipe d’un magazine satirique à Paris ! C’eut été inconcevable.

 

Quand vous lisez les mémoires de Edward Said, ou que vous parlez à des vieux à Jérusalem-Est, il est clair que la grande partie de la société palestinienne était résolument laïque et modérée. On se souciait de la vie, de la culture et même de la mode, plus que de dogmes religieux.

 

On pourrait dire la même chose à propos de nombreuses autres sociétés musulmanes, dont celles de la Syrie, de l’Irak, de l’Iran, de l’Egypte et de l’Indonésie. Les vieilles photos parlent d’elles-mêmes. C’est pourquoi il est si important d’étudier les anciennes images encore et encore, avec soin.

 

L’islam n’est pas seulement une religion ; c’est aussi une énorme culture, une des plus grandes de la Terre, qui a enrichi notre humanité avec certaines des réalisations scientifiques et architecturales les plus importantes, et d’innombrables découvertes dans le domaine de la médecine. Les musulmans ont écrit de la poésie magnifique, et composé de la belle musique. Mais surtout, ils ont développé certains des premières structures sociales dans le monde, dont d’énormes hôpitaux publics et les premières universités au monde, comme l’Université Al Quaraouiyine à Fès, au Maroc.

 

L’idée de « social » était naturel chez de nombreux politiciens musulmans, et si l’Occident n’avait pas brutalement interféré en renversant les gouvernements de gauche et en mettant sur le trône les alliés fascistes de Londres, Washington et Paris, presque tous les pays musulmans, dont l’Iran, l’Egypte et l’Indonésie, seraient probablement socialistes aujourd’hui, sous la houlette de dirigeants très modérés et majoritairement laïcs.

 

 

- Dans le passé, de nombreux dirigeants musulmans se sont levés contre le contrôle du monde par l’occident.

De grandes figures comme le président indonésien, Ahmet Sukarno, étaient proches des partis et des idéologies communistes. Sukarno a même forgé un mouvement anti-impérialiste mondial, le mouvement des non-alignés, qui a été clairement défini au cours de la Conférence de Bandung en Indonésie, en 1955.

 

C’était un contraste frappant avec la chrétienté conservatrice, orientée vers les élites, qui prévalait chez nous avec ses dirigeants fascistes et ses colonialistes, avec ses rois, ses commerçants et ses grandes oligarchies.

 

Pour l’Empire, l’existence et la popularité des dirigeants musulmans progressistes, marxistes, régissant le Moyen-Orient ou l’Indonésie riche en ressources naturelles, était quelque chose de tout à fait inacceptable. S’ils consacraient leurs richesses naturelles à améliorer la vie de leurs populations, qu’allait-il en rester pour l’Empire et ses sociétés ? Il fallait l’arrêter par tous les moyens. L’Islam devait être divisé et infiltré par des radicaux et des cadres anti-communistes et ceux qui se fichent pas mal du bien-être de leur peuple.

 

 

- Presque tous les mouvements radicaux de l’islam d’aujourd’hui, partout dans le monde, sont liés au wahhabisme.

Le wahhabisme, une secte réactionnaire ultra-conservatrice de l’Islam, qui contrôle la vie politique de l’Arabie Saoudite, le Qatar et d’autres fidèles alliés de l’Occident dans le Golfe.

 

  • Pour citer le Dr Abdullah Mohammad Sindi :

« Selon les archives historiques, il est très clair que, sans l’aide des Britanniques, ni le wahhabisme, ni la Maison des Saoud n’existeraient aujourd’hui. Le wahhabisme est un mouvement fondamentaliste d’inspiration britannique dans l’Islam. Grâce à sa défense de la Maison des Saoud, les États-Unis soutiennent également le wahhabisme directement et indirectement indépendamment des attaques terroristes du 11 Septembre, 2001. Le wahhabisme est violent, d’extrême-droite, ultra-conservateur, rigide, extrémiste, réactionnaire, sexiste, et intolérant ... »

 

L’Occident a donné son plein appui aux wahhabites dans les années 1980. Ils ont été utilisés, financés et armés, après que l’Union Soviétique eut été attirée dans l’Afghanistan et dans une guerre acharnée qui a duré de 1979 à 1989. À la suite de cette guerre, l’Union Soviétique s’est effondrée, épuisée à la fois économiquement et psychologiquement.

 

Les Moudjahidine, qui combattaient les Soviétiques ainsi que le gouvernement de gauche à Kaboul, ont été encouragés et financés par l’Occident et ses alliés. Ils sont venus des quatre coins du monde musulman, pour livrer une « guerre sainte » contre les "infidèles communistes".

 

  • Selon les archives du Département d’Etat des Etats-Unis :

« Des contingents de soi-disant Arabes afghans et de combattants étrangers voulaient mener le djihad contre les communistes athées. Parmi eux était un jeune Saoudien nommé Oussama ben Laden, dont le groupe arabe a fini par devenir al-Qaïda »,

 

Parmi les groupes radicaux musulmans créés et injectés dans divers pays musulmans par l’Occident, on trouve al-Qaïda, mais aussi, plus récemment, ISIS (également connus comme ISIL – ou Etat Islamique - NdT). ISIS est une armée extrémiste qui est née dans les « camps de réfugiés » sur les frontières turco-syriennes et jordano-syriennes, et qui a été financée par l’OTAN et l’Occident pour lutter contre le gouvernement syrien (laïc) de Bachar al-Assad.

 

Ces implants radicaux ont servi à plusieurs fins. L’Occident les utilise comme des sous-traitants dans les guerres menées contre ses ennemis - les pays qui sont encore à travers du chemin de la domination totale du monde par l’Empire. Ensuite, à un moment donné, lorsque ces armées extrémistes « échappent à tout contrôle » (elles le font toujours), elles pourront servir d’épouvantails et comme justification de la « guerre contre le terrorisme », ou, comme lorsque ISIS a pris la ville de Mossoul, comme une excuse pour un réengagement des troupes occidentales en Irak.

 

Des histoires sur les groupes musulmans radicaux ont été constamment exposées sur les premières pages des journaux et des magazines, ou montrées sur les écrans de télévision, rappelant aux lecteurs « à quel point le monde est vraiment dangereux », « combien l’intervention de l’Occident est importante », et par conséquent, combien la surveillance est importante, combien les indispensables mesures de sécurité le sont ainsi que les énormes budgets de « défense » et les guerres contre d’innombrables Etats voyous.

 

 

- D’une civilisation pacifique et créative, qui penchait vers le socialisme, les nations musulmanes et l’Islam lui-même se sont retrouvés soudainement désorientés, dupés, déjoués, infiltrés par des implants religieux et idéologiques étrangers et transformés par les idéologues et les propagandistes occidentaux en une « menace considérable », les summums et les symboles du terrorisme et de l’intolérance.

La situation est totalement grotesque, mais personne ne rit - trop en sont morts ; trop a été détruit !

 

L’Indonésie est l’un des exemples historiques les plus frappants du fonctionnement de ces mécanismes de destruction des valeurs musulmanes progressistes[4].

 

Dans les années 1950 et au début des années 1960, les Etats-Unis, l’Australie et l’Occident en général étaient de plus en plus « préoccupés » par la position progressiste, anti-impérialiste et internationaliste du président Sukarno, et de la popularité croissante du Parti communiste indonésien (PKI). Mais ils étaient encore plus préoccupés par la version éclairée, socialiste et modérée de l’Islam indonésien, qui était clairement en train de se rapprocher des idéaux communistes.

 

Les idéologues et « décideurs » chrétiens anti-communistes, dont le fameux jésuite Joop Beek, infiltrèrent l’Indonésie. Ils y mirent en place des organisations clandestines, idéologiques et paramilitaires, pour aider l’Occident à planifier le coup d’Etat qui pendant et après 1965 a coûté la vie de 1 à 3 millions d’êtres humains.

 

Façonnée en occident, la propagande anti-communiste et anti-intellectuelle propagée de manière extrêmement efficace par Joop Beek et ses cohortes a également contribué à un lavage de cerveau de nombreux membres de grandes organisations musulmanes, les poussant à rejoindre le meurtre des progressistes, immédiatement après le coup d’Etat, ignorants qu’ils étaient que ce n’était pas seulement le communisme qui avait été choisi comme la principale cible de la « cinquième colonne » chrétienne et pro-occidentale à l’intérieur de l’Indonésie, ou plus précisément, que la cible était l’Islam libéral et progressiste.

 

Après le coup d’Etat de 1965, le dictateur fasciste parrainé par l’Occident, le général Suharto, a employé Joop Beek comme son principal conseiller. Il s’est également appuyé idéologiquement sur les « étudiants » de Beek. Economiquement, le régime lui-même était lié à des magnats des affaires, principalement chrétiens, dont Liem Bian Kie.

 

Dans le pays musulman le plus peuplé de la planète, l’Indonésie, les musulmans furent mis à l’écart, leurs partis politiques « non fiables » interdits pendant la dictature, et à la fois le politique (de manière couverte) et l’économie (de manière ouverte) sont passés sous le contrôle strict d’une minorité chrétienne pro-occidentale. À ce jour, cette minorité a son réseau complexe et venimeux de guerriers anti-communistes, de cartels et de mafias d’affaires très soudés, de médias et « structures éducatives » y compris d’écoles religieuses privées, ainsi que des prédicateurs religieux corrompus (beaucoup ont joué un rôle dans les massacres de 1965), et d’autres collaborateurs à la fois avec le régime local et mondial.

 

L’islam indonésien a été réduit à une majorité silencieuse, majoritairement pauvre et sans aucune influence notable. Il ne fait la une des journaux que lorsque ses militants frustrés vêtus de blanc saccagent des bars, ou lorsque ses extrémistes, dont beaucoup sont liés aux Moudjahidine et la guerre soviéto-afghane, font sauter des discothèques, hôtels ou restaurants à Bali et à Jakarta.

 

  • Ou le font-ils vraiment ?

L’ancien Président de l’Indonésie et religieux musulman progressiste, Abdurrahman Wahid (forcé à démissionner par les élites), m’a dit un jour : « Je sais qui a fait sauter l’Hôtel Marriott à Jakarta. Ce n’était pas une attaque des islamistes ; c’était les services secrets indonésiens, pour justifier leur existence et leur budget, et pour plaire à l’Occident ».

 

 

- L’impérialisme occidental n’a pas tellement forgé une alliance avec les factions radicales mais qu’il les a plutôt créées

C'est le propos que m'a tenu, à Londres, mon ami et leader intellectuel musulman progressiste, Ziauddin Sardar.

 

  • Et M. Sardar de continuer :

« Il faut comprendre que le colonialisme a fait beaucoup plus que simplement endommager les nations et les cultures musulmanes. Il a joué un rôle majeur dans la suppression et la disparition éventuelle de la connaissance et de l’apprentissage, de la pensée et de la créativité, de cultures musulmanes. Le rencontre coloniale a commencé par l’appropriation de la connaissance et de l’apprentissage de l’Islam, qui est devenu la base de la « Renaissance européenne » et des « Lumières » et s’est soldé par l’éradication de cette connaissance et de l’apprentissage à la fois des sociétés musulmanes et de l’histoire elle-même. Il l’a fait à la fois par l’élimination physique - la destruction et la fermeture des établissements d’enseignement, l’interdiction de certains types de connaissances autochtones, éliminant penseurs et érudits locaux - et en réécrivant l’Histoire comme l’histoire de la civilisation occidentale qui englobe toutes les histoires mineures des autres civilisations ».

 

De l’espoir né après la Seconde guerre mondiale à l’obscurité totale du présent – quel chemin long et terrible ce fut ! Le monde musulman est maintenant blessé, humilié et confus, presque toujours sur la défensive.

 

Il est mal compris par les étrangers, et souvent même par ses propres gens qui sont fréquemment obligés de compter sur les vues occidentales et chrétiennes du monde.

 

Ce qui rendait la culture de l’Islam si attrayante - la tolérance, l’apprentissage, la préoccupation pour le bien-être des personnes - a été amputé de la sphère musulmane, détruite de l’étranger. Il n’en est resté que la religion.

 

 

- Aujourd’hui, la plupart des pays musulmans sont gouvernés par des despotes, par les cliques militaires ou corrompus. Tous étroitement liés à l’Occident et son régime et intérêts globaux.

Comme ils l’ont fait dans plusieurs grandes nations et empires de l’Amérique centrale et du Sud, ainsi qu’en Afrique, les envahisseurs et les colonisateurs occidentaux ont réussi à anéantir totalement de grandes cultures musulmanes... qui furent remplacées par la cupidité, la corruption et la violence.

 

Il semblerait que tout ce qui est basé sur des bases différentes, non-chrétiennes, est en train d’être réduit en poussière par l’Empire. Seules survivent les cultures les plus grandes et les plus coriaces.

 

Chaque fois qu’un pays musulman tente de revenir à son essence, de fonctionner d’une manière socialiste ou à vocation sociale - que ce soit l’Iran, l’Egypte, l’Indonésie, ou beaucoup plus récemment l’Irak, la Libye ou la Syrie[1] - il se voit sauvagement torturé et détruit.

 

La volonté de son peuple est brisé sans ménagement et les choix démocratiquement exprimés sont renversés.

 

Pendant des décennies, la Palestine s’est vue refuser la liberté, ainsi que ses droits humains fondamentaux. Israël et l’Empire crachent sur son droit à l’autodétermination. Le peuple palestinien est enfermé dans un ghetto, humilié et assassiné. Pour certains d’entre eux, la religion est tout ce qui leur reste.

 

Le « printemps arabe » a déraillé et s’est éteint presque partout, de l’Egypte à Bahreïn, et les anciens régimes et les militaires sont de retour au pouvoir.

 

Comme les peuples africains, les Musulmans paient un prix terrible pour être nés dans des pays riches en ressources naturelles. Mais ils sont aussi brutalisés pour avoir, avec la Chine, la plus grande civilisation de l’histoire, celle qui a éclipsé toutes les cultures de l’Occident.

 

 

- Le christianisme a pillé et brutalisé le monde entier.

L’Islam, avec ses grands Sultans tels que Saladin, a résisté aux envahisseurs, en défendant les grandes villes d’Alep et de Damas, Le Caire et Jérusalem. Mais dans l’ensemble, il était plus intéressé par la construction d’une grande civilisation que par le pillage et les guerres.

 

Maintenant presque personne en Occident ne connaît Saladin ou les grandes réalisations scientifiques, artistiques ou sociales du monde musulman. Mais tout le monde est « bien informé » à propos de ISIS. Bien sûr, tout ce qu’ils connaissent d’ISIS est que c’est un « groupe extrémiste islamique », et ignorent qu’il s’agit d’un des principaux outils utilisés par les Occidentaux pour déstabiliser le Moyen-Orient.

 

Tandis que la France est en deuil pour la mort des journalistes dans les bureaux de la revue satirique Charlie Hebdo (indéniablement un crime terrible !), à travers toute l’Europe c’est encore l’islam qui est décrit comme brutal et militant, et non l’Occident avec sa doctrine chrétienne fondamentaliste post-croisade, qui ne cesse de renverser et d’abattre tous les gouvernements et systèmes modérés, laïcs et progressistes dans le monde musulman, en laissant les musulmans à la merci des fanatiques dérangés.

 

 

- Au cours des cinq dernières décennies, environ 10 millions de musulmans ont été assassinés parce que leurs pays ne servaient pas les intérêts de l’Empire, ou parce qu’ils n’étaient pas serviles, ou tout simplement parce qu’ils représentaient un obstacle.

Les victimes étaient Indonésiennes, Irakiennes, Algériennes, Afghanes, Pakistanaises, Iraniennes, Yéménites, Syriennes, Libanaises, Egyptiennes et citoyens du Mali, de la Somalie, de Bahreïn et de nombreux autres pays.

 

L’Occident a identifié les monstres les plus horribles, leur a jeté des milliards de dollars, les a armés, leur a donné une formation militaire de pointe, puis les a lâchés.

 

Les pays qui cultivent le terrorisme, l’Arabie saoudite[3] et le Qatar[2], sont quelques-uns des plus proches alliés de l’Occident[5], et n’ont jamais été punis pour l’exportation de l’horreur partout dans le monde musulman.

 

De grands mouvements musulmans sociaux comme le Hezbollah, qui est actuellement engagé dans un combat à mort contre ISIS, mais qui a également galvanisé le Liban au cours de sa lutte contre l’invasion israélienne, sont sur les « listes terroristes » compilées par l’Occident. Cela explique beaucoup de choses à ceux qui veulent bien y prêter attention.

 

Vu du Moyen-Orient, il semble que l’Occident, comme pendant les croisades, vise à la destruction absolue des pays musulmans et de la culture musulmane.

 

Quant à la religion musulmane, l’Empire n’en tolère que la version servile - celle qui accepte le capitalisme extrême et la position mondiale dominante de l’Occident. Le seul autre type tolérable de l’Islam est celui qui est fabriqué par l’Occident lui-même et par ses alliés dans le Golfe - désigné pour lutter contre le progrès et la justice sociale ; celui qui dévore ses propres enfants.

 

 

Note personnelle

[1] ce qui prête évidemment à discussion est, sur ce point de vu là fort contestable pour la Syrie, la Libye ou l'Irak (DURAND Eric)

[2] Avec le Qatar, le Rafale remporte un nouveau succès à l'exportation

[3] La France signe avec l'Arabie saoudite pour 10,3 milliards d'euros de contrats

[4] Indonésie 1965 : un million de communistes massacrés

[5] Alain Chouet : « Nous sommes alliés avec ceux qui sponsorisent depuis trente ans le phénomène djihadiste »

 

 

- Dominique de Villepin : "N'oublions pas que l'Etat islamique, nous l'avons enfanté"

 

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 09:19
Normes et règles commerciales : les vrais enjeux du TTIP, ou TAFTA

L’établissement de règles commerciales et de normes[a] en apparence très techniques contournent de plus en plus les législations des États. Des négociations marquées par le secret sont menées pour établir des clauses léonines faisant fi de tout exercice démocratique et des intérêts publics au profit d’un commerce « libre » à travers l’Atlantique.

 

Sources : Progressistes par FRANÇOISE DUPONT (syndicaliste), documentation[b]

Les États-Unis et l’Union européenne (UE) sont engagés dans la négociation d’un partenariat transatlantique de commerce et d’investissement, connu sous le sigle TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership) ou encore TAFTA (Transatlantic Free Trade Area). Dans un article[1] publié par le blog Social Europe Journal, l’économiste états-unien Dean Baker affirme que le véritable but du TTIP n’est pas la promotion du libre commerce mais la mise en place d’une nouvelle structuren26-1024px-Europäisches_Patentamt_in_München réglementaire. Il estime en effet que les droits de douane ou les quotas sont déjà bas, à de rares exceptions près, et donc qu’il ne reste que peu à gagner sur ce point. Par contre, il constate que dans un grand nombre de domaines l’UE dispose de protections des consommateurs et de l’environnement plus fortes que celles en vigueur aux États- Unis. Il donne plusieurs exemples (téléphonie, fracturation des sols et gaz de schiste, brevets, copyright et droits d’auteur) pour illustrer ce qu’il pense être l’objectif stratégique des entreprises : la recherche d’un cadre réglementaire moins contraignant. Le mandat confié à la Commission européenne par le Conseil de l’UE pour la négociation du TTIP est loin d’être connu dans les détails. Pour autant, à la lecture de la communication de la Commission européenne présentant sa « vision pour le marché intérieur des produits industriels » apparaissent les enjeux de réglementation/ normalisation des produits liés au TTIP[2]. Publié le 22 janvier 2014, le document comporte une partie finale consacrée au marché mondial dans laquelle l’UE est invitée à faire son deuil de « l’attractivité de son modèle réglementaire[3] » en raison des mutations des échanges économiques internationaux générées par la mondialisation. En conséquence, « la compétitivité internationale des entreprises de l’UE doit jouer un rôle plus important lors de l’évaluation de la réglementation en vigueur et de l’examen des options possibles pour le lancement de nouvelles initiatives » réglementaires[4]. Le même document précise que l’UE négocie déjà des accords de libre-échange avec de grands pays industrialisés et que « ces négociations ouvrent la voie à la réduction des obstacles réglementaires entre les principaux partenaires commerciaux […]. Elles contribuent à une réflexion plus vaste sur la définition de règles communes et internationales applicables aux produits »[5]. Enfin, conclusion du raisonnement, « un accord commercial transatlantique qui élimine les obstacles traditionnels au commerce de produits et services serait une étape importante vers une telle réglementation internationale. Les entreprises de tous les secteurs de l’économie auraient ainsi la possibilité de réduire leurs coûts de mise en conformité réglementaire »[6]. Pour comprendre les enjeux liés à la réglementation/normalisation posés par le TTIP, face à la suggestion de la Commission européenne de définir des « règles communes et internationales » entre l’UE et les États-Unis, il faut rappeler le cadre communautaire relatif aux marchandises et produits et préciser en quoi les normes sont des outils de politique générale, de politique industrielle, de structuration du marché, de localisation des activités productives et des emplois qui en résulteront.

 

 

- Règlementation et normalisation européenne des marchandises

 

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Le véritable but du TAFTA est la mise en place d’une nouvelle structure réglementaire. En effet, les droits de douane ou les quotas sont déjà bas, à de rares exceptions près, et donc qu’il ne reste que peu à gagner sur ce point…

 

La construction européenne repose sur la volonté de créer un grand marché commun, ce qui explique la part prépondérante prise par la libre circulation des marchandises, l’une des quatre libertés fondamentales sur lesquelles se fonde le marché intérieur. Comment faire circuler des marchandises produites dans des États membres ayant des réglementations et législations parfois fort différentes ? La réponse privilégiée dans un premier temps fut de rechercher une harmonisation totale de ces législations. Mais devant la complexité de la tâche et la lenteur du processus, les institutions communautaires adoptèrent en 1985 une « nouvelle approche » en matière de législation harmonisée, consistant à articuler étroitement réglementation et normalisation[7]. Ainsi, le législateur de l’UE définit les « exigences essentielles », c’est-à-dire les objectifs en matière de sécurité, de santé, de protection de l’environnement et de protection des consommateurs auxquels les entreprises doivent se conformer lorsqu’elles mettent des produits sur le marché de l’Union. Pour ce qui relève de ces exigences, l’harmonisation se réalise par des normes établies par des organismes européens de normalisation, sur la base d’un mandat confié par la Commission européenne[8]. Si le respect de la norme n’est pas obligatoire, les produits fabriqués conformément aux normes européennes jouissent d’une présomption de conformité, et peuvent donc circuler librement sur le marché. Le fabricant qui choisit de ne pas utiliser les normes européennes devra fournir les preuves de la conformité de ses produits aux « exigences essentielles » s’il souhaite faire circuler ses marchandises sur le marché européen au-delà de son marché national. Sur le marché intérieur, les obstacles sont réduits et éliminés à partir du principe de reconnaissance mutuelle et par la législation communautaire. Conformément à l’article 114 du Traité de fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), la législation et les normes européennes doivent assurer la protection la plus élevée de l’environnement, de la santé et de la sécurité des travailleurs de l’industrie et des consommateurs des produits mis sur le marché par l’industrie. En même temps, la législation doit favoriser la libre circulation de ces produits sur le marché intérieur, dans la mesure où ils répondent pleinement aux obligations imposées par l’article 114 du TFUE. Les obligations de déclaration préalable des normes et régulations techniques, avant leur adoption au plan national, sont destinées à évaluer si elles ne constituent pas des obstacles techniques aux échanges de produits industriels ; elles sont imposées tant par la législation communautaire que par les accords OMC sur les obstacles techniques au commerce (en anglais, TBT: technical barriers to trade). Il convient de noter que la normalisation et les principes de la « nouvelle approche » ne se limitent plus aux seuls produits mais sont de plus en plus utilisés pour élaborer la législation, à tel point que certains auteurs parlent de méthode « légistique »[9]. Dans le cadre de son initiative «Mieux légiférer », la Commission européenne impulse depuis le début des années 2000 une logique de « corégulation », selon ses propres termes. En effet, la nouvelle approche introduit une nouvelle répartition des tâches entre l’UE et les instituts européens de normalisation car, à travers ces instituts, ce sont les opérateurs économiques qui élaborent les normes ; d’où la nécessité d’un contrôle et d’une participation démocratique au processus de normalisation pour éviter que la corégulation ne se transforme en autorégulation des opérateurs économiques, c’est-à-dire des entreprises.

 

 

- Les normes comme outils de politique générale et industrielle

Les normes techniques des produits industriels sont des outils politiques, et doivent être pleinement considérées comme tels. Ce sont tout d’abord des outils de politique générale, visant un objectif explicite d’intérêt public: la santé et la sécurité de l’utilisateur (consommateur ou salarié enenvironnement professionnel); des conditions de travail favorables à la productivité et à la motivation des travailleurs ; la préservation de ressources naturelles fragiles, non renouvelables ou rares (climat, ressources minérales, biosphère, espèces vivantes) ; le bien-être animal; la confidentialité et l’intégrité des communications et des données ; l’interopérabilité des composantes de systèmes complexes…

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Ce sont également des outils de politique industrielle et de structuration du marché. La conformité à une norme technique exigeante est un outil de différenciation et de compétitivité hors prix, par la qualité, sur le marché international. En anticipant les besoins futurs, les évolutions du marché, une norme aide les industriels européens à être en avance, à innover et à avoir une offre faiblement sensible au prix – et donc rentable et génératrice d’emplois de qualité. Lorsque des normes concurrentes (en particulier d’interopérabilité) s’affrontent sur un marché, le choix de la norme a une influence sur les entreprises – qui en retireront un avantage concurrentiel – et donc sur la localisation de l’activité économique, et des emplois qui en résulteront. Le caractère politique des normes techniques sur les produits industriels a pour conséquence qu’elles ne peuvent être considérées comme le domaine réservé d’intérêts privés et de spécialistes techniques. Elles doivent au contraire être l’objet d’une régulation démocratique, ouverte et transparente, impliquant un ensemble large de parties prenantes. Cette régulation porte sur : – l’opportunité même de normaliser ; – les objectifs assignés à la normalisation ; – les moyens techniques d’atteindre ces objectifs ; – le contrôle de conformité à la norme et la surveillance de marché; – l’exercice de sanctions effectives, proportionnées et dissuasives en cas de non-conformité. Cette régulation doit s’appuyer sur des institutions ouvertes, légitimes et donnant concrètement à toutes les parties prenantes la possibilité d’exercer une influence sur la décision. La liste des parties prenantes légitimes à contribuer à cette régulation est ouverte et dépend de la nature précise de celle-ci (ainsi, une norme sur le bienêtre des animaux d’élevage ne mobilisera pas les mêmes parties qu’une autre sur l’interopérabilité d’outils de communication numérique). Cette liste doit comprendre au moins, impérativement: les entreprises, les salariés ou leurs représentants, les consommateurs, les ONG de protection de l’environnement. Le fait que les normes techniques soient des instruments de politique industrielle, de compétitivité par la qualité et l’anticipation des besoins techniques, sociétaux et environnementaux, et des sources d’innovation technique, entraîne qu’elles doivent, pour tenir ce rôle, être revues et améliorées régulièrement, à un rythme d’autant plus élevé que le secteur est innovant. Pour un ensemble large de parties prenantes, contribuer aux travaux de normalisation, aux cinq étapes identifiées ci-dessus, constitue un objectif d’intérêt public. Cet ensemble large comprend des parties ne disposant que de faibles ressources : organisations syndicales, PME, associations. Il est donc légitime qu’un soutien public soit accordé pour la participation de ces parties à ces travaux, avec octroi d’un droit de vote, afin que cette ouverture du processus soit une réalité concrète et opérationnelle. La Commission devrait diffuser largement, et en particulier sur les marchés des pays tiers, l’information sur la qualité et le haut niveau d’exigence des produits conformes aux normes européennes, à l’aide d’un budget dédié de communication. Ainsi, les consommateurs et les acheteurs professionnels seront mieux informés des avantages à choisir cette offre. Cela donnera un avantage concurrentiel aux produits conçus et fabriqués en Europe, ou conformément aux normes européennes, et donc aux entreprises et aux travailleurs européens. L’expérience historique que les États membres de l’UE ont acquise depuis 1993, au cours du long chemin encore inachevé vers la constitution effective d’un marché unique des produits industriels, ne doit pas être perdue. Elle prend pleinement en compte le caractère politique, et donc démocratique, ouvert et transparent, de la régulation des normes techniques les concernant, et doit être préservée lors de la conclusion d’accords de libre échange. Lors des négociations en cours, la Commission doit établir un cadre institutionnel garantissant ces mêmes caractéristiques de démocratie, d’ouverture et de transparence, au cours des cinq étapes identifiées ci-dessus du processus de normalisation, puis de contrôle de conformité. Il est fondamental que les normes relatives aux produits et les réglementations et décisions protectrices des intérêts publics, ainsi que les sanctions de leur non-respect, ne puissent pas être attaquées comme des obstacles non tarifaires.

 

 

- Les brevet

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D’autres problèmes considérés comme obstacles à la libre circulation et à la libre compétition subsistent. Il s’agit par exemple des brevets portant sur des standards techniques, ou de l’effectivité des contrôles de la mise en oeuvre des normes et de la législation. Lorsqu’un brevet a été pris sur une innovation devenant un standard technique, il est indispensable que les concurrents puissent accéder à des licences devenues obligatoires à un prix raisonnable. Dans certains pays non européens, notamment les États-Unis, la qualité des brevets est sujette à caution : leur délivrance ne donne pas lieu à une recherche d’antériorité suffisante, ce qui met en cause leur caractère novateur ; l’acceptation de brevets triviaux met en doute leur caractère inventif ; tandis que les brevets portant sur des concepts abstraits d’apparence et de sensation, indépendamment de la manière technique dont cette apparence est obtenue, sont contraires au principe même du brevet d’invention portant exclusivement sur le moyen d’atteindre un résultat. Cette situation ouvre la porte à des procès abusifs où les entreprises européennes sont en position de faiblesse. La législation de la propriété intellectuelle doit offrir une véritable protection de l’innovation sans que les brevets ou le droit d’auteur puissent être utilisés comme des obstacles à la compétition industrielle et à l’innovation. En conclusion, face à la suggestion de la Commission européenne de définir des « règles communes et internationales » entre l’UE et les États-Unis, il convient de noter les différences d’approche entre les deux puissances économiques en matière de normalisation et de réglementation des marchandises. L’approche communautaire repose sur le principe de précaution: reconnu par l’article 191 du TFUE pour ce qui relève de la politique de l’Union en matière d’environnement, il a été qualifié de « principe général du droit communautaire » par le juge européen. Par contre, les États-Unis semblent privilégier une démarche de précaution plutôt que le principe de précaution. Autrement dit, « si aucune donnée scientifique ne prouve un impact négatif, il n’y aura pas de régulation du produit, alors que l’inverse s’impose en Europe où le produit ne pourra entrer sur le marché, en cas d’incertitudes, qu’en présence d’études scientifiques concluant à l’absence de nocivité[10] ». Ainsi, pour la Cour de justice de l’Union européenne, « il doit être admis que lorsque des incertitudes subsistent quant à l’existence ou à la portée de risques pour la santé des personnes, les institutions peuvent prendre des mesures de protection sans avoir à attendre que la gravité de ce risque soit pleinement démontrée »[11]. L’approche communautaire vise à protéger des «exigences essentielles » par une combinaison entre action législative et normalisation, cette dernière étant réalisée sous mandat de la puissance publique européenne. D’autre part, dans le processus de normalisation, l’Union européenne fait une place – que l’on peut certes juger insuffisante au regard de l’extension régulière du périmètre de la normalisation et des enjeux démocratiques que cela pose – aux différentes parties prenantes, dont les organisations de travailleurs. Enfin, il est clair que l’éventuel établissement de « règles communes » implique un risque d’abaissement du niveau de protection européen, même – et surtout – en cas de création d’un organisme conjoint de normalisation, car celui-ci aurait pour effet de contourner et saper le rôle des organismes européens déjà existants.

 

 

[1] “TTIP : it’s not about trade !”, http://www.social-europe.eu/2014/02/ttip/
[2] Cf. http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do uri=COM :2014:0025:FIN:FR:PDF
[
3] Ibid., page 17.
[
4] Ibid., page 18.
[
5] Ibid.
[
6] Ibid.
[
7
] Le règlement européen en vigueur relatif à la normalisation définit la norme comme « une spécification technique, approuvée par un organisme reconnu de normalisation, pour application répétée ou continue, dont le respect n’est pas obligatoire ». Il distingue des normes dites internationales, européennes, harmonisées,
nationales.

[
8] L’harmonisation totale est encore utilisée mais pour des produits très spécifiques : automobile, pharmacie, par exemple.
[
9
] Cité par Aubry, Brunet, Péraldi Leneuf, la Normalisation en France et dans l’Union européenne – Une activité privée au service de l’intérêt général ?
[
10] Hayvel Émilie, À propos de la prise en compte du principe de précaution par les États-Unis, l’Union européenne et l’OMC, http://m2bde.u-paris10.fr/content/propos-de-la-prise-en-compte-du-principe-de-précaution-par-les-etats-unis-luion-européenne-e
[11] Cité par Hayvel, op. cit.

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30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 09:04
David Graeber : « Le néolibéralisme nous a fait entrer dans l’ère de la bureaucratie totale »

Paperasse et formulaires ont envahi nos vies, et de plus en plus de gens pensent que leur travail est inutile, n’apportant aucune contribution au monde. Malgré ce que martèlent les ultralibéraux, ce n’est pas la faute de l’Etat et de ses fonctionnaires, mais celle des marchés et de leur financiarisation.

« Toute réforme pour réduire l’ingérence de l’État aura pour effet ultime d’accroître le nombre de règlementations et le volume total de paperasse », explique ainsi David Graeber, anthropologue états-unien et tête de file du mouvement Occupy Wall Street, dans son nouvel ouvrage Bureaucratie. Il appelle la gauche à renouveler sa critique de cette « bureaucratie totale » avec laquelle nous nous débattons au quotidien.

 

Sources : BASTAMAG par Rackel Knaebel et Agnès Rousseaux  le 19 octobre 2015 | mis à jour le 13/07/2020

- Basta ! : Vous dites que nous sommes désormais immergés dans une ère de « bureaucratie totale ». Quels en sont les signes ?

David Graeber  [1] : Il suffit de mesurer le temps que nous consacrons à remplir des formulaires. Quelqu’un a calculé que les citoyens états-uniens passent en moyenne six mois de leur vie à attendre que le feu passe au vert. Personne n’a calculé combien de temps nous passons à remplir des formulaires ! Peut-être une année entière… C’est la première fois dans l’histoire que nous atteignons ce niveau de bureaucratie.

 

Le nombre d’occurrences du mot « bureaucratie » augmente dans les livres jusqu’en 1974, puis diminue. Mais les mots que l’on associe généralement aux procédures bureaucratiques, comme « paperasse », « documents à fournir », ou « évaluation de rendement », augmentent de manière continue et dramatique. Nous sommes donc encerclés par des procédures bureaucratiques, mais nous ne les identifions plus comme telles. C’est ce que j’ai essayé d’analyser dans mon livre.

 

 

- Basta ! : Le sociologue Max Weber affirmait déjà que le 19e siècle avait inauguré l’ère bureaucratique. En quoi la situation est-elle nouvelle ?

David Graeber  : La différence, c’est que la bureaucratie est si totale que nous ne la voyons plus. Dans les années 1940 et 1950, les gens se plaignaient de son absurdité. Aujourd’hui, nous n’imaginons même plus une manière d’organiser nos vies qui ne soit pas bureaucratique ! Ce qui également nouveau, c’est la création de la première bureaucratie planétaire. Un système d’administration que personne n’identifie pourtant comme une bureaucratie, car il est surtout question de libre-échange. Mais qu’est-ce que cela signifie réellement ? La création de traités internationaux et d’une classe entière d’administrateurs internationaux qui régulent les choses, tout en appelant ce processus « dérégulation ».

 

La bureaucratie n’est plus seulement une manière de gérer le capitalisme. Traditionnellement, le rôle de l’État est de garantir les rapports de propriété, de réguler pour éviter l’explosion sociale. Mais la bureaucratie est désormais devenue un moyen au service des structures d’extraction de profits : les profits sont extraits directement par des moyens bureaucratiques. Aujourd’hui, la majorité des profits n’ont rien à voir avec la production, mais avec la finance. Même une compagnie comme General Motors fait plus de profits en finançant l’achat de voitures par le crédit, que par la production de voitures. La finance n’est pas un monde irréel complètement déconnecté de l’économie réelle, où des gens spéculent et font des paris, gagnent de l’argent à partir de rien. La finance est un processus qui extrait des rentes pour certains, en se nourrissant de la dette des autres. J’ai essayé de calculer la part des revenus des familles états-uniennes directement extraite pour alimenter le secteur de la finance, des assurances et de l’immobilier. Impossible d’obtenir ces chiffres !

 

Tout cela est permis par la fusion progressive de la bureaucratie publique et privée, depuis les années 1970 et 1980. Cela s’opère par une collusion bureaucratique entre le gouvernement et la finance privée. Les 1% (les plus riches) dont parle le mouvement Occupy Wall Street, sont des gens qui accaparent les profits tout en finançant également les campagnes électorales, influençant ainsi les responsables politiques. Le contrôle du politique est aujourd’hui essentiel dans cette dynamique d’accaparement des profits. Et la bureaucratie est devenue un moyen au service de ce processus, avec la fusion de la bureaucratie publique et privée, saturée de règles et de règlements, dont l’objectif ultime est d’extraire du profit. C’est ce que j’appelle l’ère de la « bureaucratie totale ».

 

 

- Basta ! : Les gens opposent souvent bureaucratie étatique et libéralisme économique. Mais « il faut mille fois plus de paperasse pour entretenir une économie de marché libre que la monarchie absolue de Louis XIV », écrivez-vous. Le libéralisme augmente donc la bureaucratie ?

David Graeber  : C’est objectivement vrai. Regardez ce qui se passe ! La statistique la plus impressionnante concerne la Russie après la chute de l’Union soviétique. D’après la Banque mondiale, entre 1992 et 2002, le nombre de fonctionnaires a augmenté de 25 % en Russie [2]. Alors que la taille de l’économie a substantiellement diminué, et qu’il y avait donc moins à gérer. Les marchés ne s’auto-régulent pas : pour les maintenir en fonctionnement, il faut une armée d’administrateurs. Dans le monde néolibéral actuel, vous avez donc davantage d’administrateurs. Pas seulement dans le gouvernement, mais aussi dans les compagnies privées.

 

 

- Basta ! : Ce qu’on entend souvent par bureaucratie, ce sont aussi des structures sociales fiables et pérennes, qui font que le société fonctionne, comme la Sécurité sociale…

David Graeber  : Beaucoup d’institutions sociales que l’on associe aujourd’hui à l’Etat-Providence ont été créées « par le bas ». Je l’ai découvert en discutant avec des Suédois : aucun des services sociaux suédois n’a été créé par le gouvernement. Toutes les cliniques, bibliothèques publiques, assurances sociales, ont été créées par des syndicats, des communautés de travailleurs. Le gouvernement a ensuite voulu les gérer à un niveau centralisé, bureaucratique, expliquant que ce serait plus efficace. Évidemment, une fois que l’État en a pris le contrôle, il peut privatiser ces services. C’est ce qui arrive.

 

 

- Basta ! : Vous faites aussi le lien entre le développement de la bureaucratie et celui des bullshits jobs (« job à la con » ) [3] que vous avez analysés dans un précédent travail. Tous les « bureaucrates » font-ils des « jobs à la con » ?

David Graeber  : Pas tous ! Mon idée sur les bullshit jobs est de demander aux gens quelle est la valeur de leur travail. Je ne veux absolument pas dire à quelqu’un : « Ce que vous faites n’est pas utile ». Mais si une personne me dit que son travail n’apporte rien d’utile, je la crois. Qui peut mieux le savoir qu’elle-même ? Suite à mon travail sur les bullshit jobs, l’agence anglaise de statistique YouGov a fait un sondage. Résultat : 37 % des gens interrogés pensent que leur travail est inutile et n’apporte aucune contribution au monde [4].

 

J’ai été étonné d’un tel résultat ! Le plus grand nombre de personnes qui pensent que leur travail est inutile se trouve dans le secteur administratif. Peu de chauffeurs de bus, de plombiers ou d’infirmières pensent que leur travail est inutile. Beaucoup de bullshits jobs sont « bureaucratiques », autant dans le secteur privé que public. Un exemple ? Ces gens qui vont à des réunions et écrivent des compte-rendus pour d’autres gens qui vont à des réunions et écrivent des compte-rendus. Quand mon article a été publié sur le web, je n’imaginais pas que les gens feraient de telles confessions sur leur travail : « Je donne des ordres pour déplacer les photocopieuses d’un côté à l’autre », ou « Mon job est de reformater des formulaires allemands dans des formulaires anglais et tout un bâtiment fait ça »… C’est incroyable. Presque tous ces jobs se trouvaient dans le secteur privé.

 

 

- Basta ! : Comment expliquez-vous alors que nous soyons si attachés à la bureaucratie, que nous n’arrivons pas à remettre en question ce processus et que nous continuons même à alimenter son développement ?

David Graeber  : J’ai analysé cela avec l’analogie de « la peur du jeu ». Il y a quelque chose de très attirant dans le jeu, qui est une expression de la liberté de chacun, mais aussi quelque chose d’effrayant. Si les gens aiment tant les jeux, c’est parce que c’est la seule situation où vous savez exactement quelles sont les règles. Dans la vie, nous sommes constamment investis dans des jeux, dans des intrigues, au travail ou entre amis. C’est comme un jeu, mais vous n’êtes jamais sûr de savoir qui sont les joueurs, quand cela commence ou s’arrête, quelles sont les règles, qui gagne. Dans une conversation avec votre belle-mère, vous savez bien qu’il y a des règles, mais vous ne savez pas trop lesquelles, ce que vous pouvez dire ou non. Cela rend la vie difficile. Nous sommes effrayés par l’arbitraire.

 

On ne veut pas du pouvoir qu’il soit arbitraire. Une école de pensée aux États-Unis, le républicanisme civique, dit que la liberté signifie savoir quelles sont les règles : quand l’État peut vous contraindre et quand il ne peut pas. Partant de là, il faut créer toujours plus de régulations pour être plus libre. Paradoxalement, dans les sociétés qui se considèrent comme libres, beaucoup d’aspects sont régulés par la coercition, par la violence

.

- Basta ! : La bureaucratie est-elle le symptôme d’une société violente ?

David Graeber  : La bureaucratie n’est pas stupide en elle-même. Elle est le symptôme de la violence sociale, qui elle est stupide. La violence structurelle – qui inclut toutes les formes d’inégalités structurelles : patriarcat, relations de genres, relations de classes…– est stupide. Là où il y a une inégalité de pouvoir, il y a aussi une forme d’ignorance et d’aveuglement. La bureaucratie semble stupide en elle-même, mais elle ne cause pas la stupidité, elle la gère ! Même quand la bureaucratie est bienveillante, sous la forme de l’État social, elle reste basée sur une forme d’aveuglement structurel, sur des catégories qui n’ont pas grand chose à voir avec ce dont les gens font l’expérience. Quand les bureaucrates essaient de vous aider, ils ne vous comprennent pas, ils ne veulent pas vous comprendre, et ne sont pas même autorisés à vous comprendre.

 

 

- Basta ! : Vous écrivez que la critique de la bureaucratie aujourd’hui vient de la droite et pas de la gauche. Et que les populistes ont bien compris que la critique de la bureaucratie était rentable d’un point vue électoral…

David Graeber  : C’est un des problèmes qui a inspiré mon livre. Pourquoi est-ce la droite qui tire tous les avantages de l’indignation populaire contre la bureaucratie, alors que c’est la droite qui est à l’origine d’une grande partie de cette bureaucratie ? C’est ridicule ! Aux États-Unis, la droite a découvert que si vous taxez les gens d’une manière injuste, et qu’ensuite vous leur dites que vous allez baisser les impôts, ils vont voter pour vous. Il y a quelque chose de similaire avec la bureaucratie en général. La gauche est tombée dans ce piège, avec la manière dont elle défend l’idée d’un État social tout en faisant des compromis avec le néolibéralisme. Elle finit par embrasser cette combinaison des forces du marché et de la bureaucratie. Et la droite en tire tout l’avantage avec ses deux ailes – d’un côté les libertariens, qui aiment le marché mais critiquent la bureaucratie, de l’autre, l’aile fasciste, qui a une critique du marché. La droite concentre toute la rage populiste sur ce sujet. Et la gauche finit par se retrouver à défendre les deux, marché et bureaucratie. C’est un désastre politique.

 

 

- Basta ! : Comment le mouvement altermondialiste a-t-il renouvelé cette critique de gauche de la bureaucratie ?

David Graeber  : Le mouvement altermondialiste cherche à identifier les structures bureaucratiques qui n’étaient pas censées être visibles. Mais pas seulement pour les dévoiler, également pour montrer à quel point ces structures ne sont pas nécessaires, qu’il est possible de faire les choses autrement d’une manière non-bureaucratique. Pourquoi les procédures démocratiques sont-elles aussi importantes dans le mouvement altermondialiste ? Parce qu’il essaie de créer des formes de décision non-bureaucratiques. Dans ce mouvement, il n’y a pas de règle, il y a des principes. C’est une négation pure de la bureaucratie. Bien sûr, ces processus ont aussi tendance à se bureaucratiser si l’on n’y fait pas attention, mais tout est fait pour l’éviter. Mon travail sur la bureaucratie vient de mon expérience d’activiste dans le mouvement altermondialiste.

 

 

- Basta ! : Mais le mouvement altermondialiste se bat aussi pour plus de régulation, par exemple dans le secteur financier…

David Graeber  : Le mouvement altermondialiste se bat pour des régulations différentes ! Et nous ne devrions pas tomber dans le piège de croire que nos adversaires sont favorables aux dérégulations. Vous ne pouvez pas avoir une banque non-régulée, c’est absurde : les banques sont entièrement basées sur des régulations. Mais des régulations en faveur des banques ! Quand on parle de re-régulation, cela signifie mettre les consommateurs au centre plutôt que les banques. Nous devons sortir de ce langage « plus ou moins de régulation ». Le néolibéralisme crée plus de régulations que les systèmes économiques précédents.

 

 

- Basta ! : Voyez-vous la même critique de la bureaucratie dans l’expérience de démocratie directe en cours au Rojava, au Kurdistan syrien ?

David Graeber  : L’exemple syrien est vraiment intéressant. J’ai fait partie d’une délégation d’universitaires en décembre dernier, qui a observé sur place leur processus démocratique. Ils sont vraiment en train de créer une société non-bureaucratique (lire notre article). C’est le seul endroit que je connaisse où il y a une situation de pouvoir « dual » où les deux côtés ont été créés par les mêmes personnes. Avec, d’un côté, des assemblées populaires de base, et de l’autre des structures qui ressemblent à un gouvernement et à un Parlement. Des structures nécessaires, car pour coopérer avec les institutions internationales, il faut une sorte de gouvernement bureaucratique institutionnel effectif, sinon elles ne vous prennent pas au sérieux. Mais au Rojava, quiconque porte une arme doit en répondre face à la base avant d’en répondre au structures du « haut ». C’est pourquoi ils disent que ce n’est pas un État, car ils ne réclament pas le monopole de la violence coercitive.

 

 

- Basta ! : Peut-on imaginer un État sans bureaucratie ?

David Graeber  : L’État est une combinaison de trois principes aux origines historiques totalement différentes : premièrement, la souveraineté, le monopole de la force dans un territoire donné. Deuxièmement, l’administration, la bureaucratie, le management rationnel des ressources. Et troisièmement, l’organisation du champ politique, avec des personnages en compétition parmi lesquels la population choisit ses dirigeants. En Mésopotamie, il y avait beaucoup de bureaucratie mais aucun principe de souveraineté. L’idée de responsables politiques en compétition vient de sociétés aristocratiques. Et le principe de souveraineté vient des Empires. Ces trois principes ont fusionné ensemble dans l’État moderne. Nous avons aujourd’hui une administration planétaire, mais elle n’a pas de principe de souveraineté et pas de champ politique. Ces principes n’ont rien à faire ensemble a priori, nous sommes juste habitués à ce qu’ils le soient.


 

- Basta ! : Comment expliquez-vous que, dans l’imaginaire social, les marchés, le libéralisme, apparaissent comme les seuls antidotes à la bureaucratie ?

David Graeber  : C’est le grand piège du 20e siècle : cette idée qu’il n’y a qu’une alternative – les marchés ou l’État – et qu’il faut opposer les deux. Pourtant historiquement, les marchés et les États ont grandi ensemble. Ils sont bien plus similaires qu’ils ne sont différents : les deux ont l’ambition de traiter les choses de la manière la plus rationnelle et efficace possible.

 

Je me souviens d’une interview d’un général sud-africain au moment où Nelson Mandela est arrivé à la présidence du pays. On lui demandait : « Vous ne trouvez pas un peu étrange de recevoir des ordres de quelqu’un que vous avez combattu pendant 20 ans ? ». Il a répondu : « C’est un honneur en tant que militaire de recevoir des ordres, quelle que soit la personne qui les donne. » En fait, ce n’est pas un comportement spécialement militaire, mais bureaucratique. Parce que ça ne se passerait pas comme ça dans une armée médiévale. Être un bureaucrate, cela signifie faire ce qu’on vous demande, et séparer les moyens et les fins. Cette séparation est devenue une base de la conscience moderne. Seules deux institutions – marché et État – opèrent de cette manière.

 

Propos recueillis par : Rachel Knaebel et Agnès Rousseaux

Photo : CC Christian Schnettelker

 

Notes :

[1Docteur en anthropologie, économiste, ancien professeur à l’Université de Yale, David Graeber est actuellement professeur à la London School of Economics. Il est selon le New York Times l’un des intellectuels les plus influents actuellement. Et est l’un des initiateurs du mouvement Occupy Wall Street.

[2De 1 million à 1,25 million.

[3Lire l’article ici (en anglais).

[4Voir les résultats de ce sondage ici.

 

Pour en savoir plus :

- Lire aussi sur Basta ! : David Graeber : « La façon la plus simple de désobéir à la finance, c’est de refuser de payer les dettes »

 David Graeber, Bureaucratie : l’utopie des règles, Éditions Les Liens qui libèrent, 2015.

David Graeber : « Le néolibéralisme nous a fait entrer dans l’ère de la bureaucratie totale »
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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 09:19
Accord de partenariat transpacifique : l’accord de libre-échange le plus agressif de l’Histoire

Le PTP a parmi ses objectifs stratégiques d’isoler et d’acculer l’économie chinoise, la seconde économie la plus puissante du monde.

 

Sources : Le * Grand Soir par Florentino LOPEZ MARTINEZ

Les négociations sur l’Accord de partenariat transpacifique (PTP) se sont achevées le 5 octobre dernier à Atlanta, aux États-Unis. Il s’agit du traité de libre-échange le plus vaste de l’histoire de l’Humanité. Des négociations qui se sont déroulées dans le secret le plus absolu durant ces cinq dernières années, bien que depuis l’arrivée de Barack Obama au pouvoir, elles avaient été envisagées dans le but d’augmenter la puissance économique des grands consortiums nord-américains.

 

Cet Accord regroupe 12 pays : l’Australie, le Canada, le Chili, Brunei, le Japon, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, le Mexique, le Pérou, Singapour et les États-Unis. Situés dans des zones stratégiques de chaque côté du Pacifique, avec une population d’environ un milliard d’habitants, ces pays représentent 25% des exportations globales et 40% du Produit intérieur brut (PIB) mondial.

 

 

- cemment, la presse internationale, plusieurs syndicats, comme l’AFL-CIO et en particulier le site internet WikiLeaks, ont publié certains des contenus du PTP.

En partant de cette maigre information disponible, nous pouvons en déduire quelques observations :

1. - Le PTP est un accord de libre-échange avantageux pour les États-Unis. Il réduit à néant la souveraineté des pays signataires, en leur superposant le pouvoir des monopoles transnationaux, qui auront un droit de recours jusqu’à demander une indemnité pour « pertes », dans le cas où les États imposeraient des mesures protectionnistes dans leurs pays respectifs.

 

2. – Concernant le droit de propriété intellectuelle (droit d’auteur, de brevet...), le PTP a deux aspects extrêmement agressifs. Le premier concerne le contrôle absolu de l’information qui circule dans les différents grands médias de communication, notamment sur Internet, à savoir que selon les clauses de ce traité, aucune information ne pourra être publiée dans un quelconque pays si le droit correspondant n’a pas été acheté préalablement.

 

3. - L’autre aspect du droit de brevet, qui concerne l’industrie pharmaceutique est réellement génocidaire : il impose 12 années d’exclusivité aux magnats nord-américains, alors que pendant ce temps la production de médicaments génériques est interdite, ce qui augmentera sérieusement le prix des médicaments.

 

4. - Le PTP est un traité visant la privatisation : il supprime toute possibilité de survie aux entreprises étatiques et paraétatiques, et oblige les États à conclure leur processus de privatisation.

 

5. - L’accord offre sur un plateau d’argent toutes les ressources naturelles et agricoles des pays signataires aux monopoles transnationaux, en obligeant les États à modifier leurs législations, ce qui permettra le pillage de leurs ressources.

 

6. - Il oblige les États membres à modifier leurs codes du travail pour garantir une plus grande exploitation de la main d’œuvre, ce qui a des conséquences non seulement pour les pays économiquement dépendants, mais aussi pour la classe ouvrière nord-américaine qui sera sous la pression du transfert de ses sources d’emploi vers d’autres pays, et de ce fait sera confrontée à la baisse de salaires et à la perte d’emplois.

 

7. - Le PTP a parmi ses objectifs stratégiques d’isoler et d’acculer l’économie chinoise, la seconde économie la plus puissante du monde. Le message d'Obama à cet effet a été des plus clairs : « Nous ne pouvons pas permettre que des pays comme la Chine dictent les règles de l’économie mondiale. C’est nous qui devons dicter ces règles... »[1].

 

8. – La question militaire a été maintenue absolument secrète. Cependant, certains analystes estiment que l’une des clauses principales du PTP prétend renforcer la présence militaire des États-Unis dans le bassin Asie-Pacifique, alors qu’actuellement ils sont présents militairement dans 135 pays dans le monde.

 

Indépendamment du PTP, les États-Unis négocient le Traité de commerce transatlantique (TAFTA) avec l’Union européenne. Si cet autre accord de libre-échange venait à être conclu, il aurait un impact sur 60% du PIB mondial, 33% du commerce de biens et 42% du commerce des services. Ce traité est également négocié en secret depuis plusieurs années et possède les mêmes caractéristiques que le PTP, selon les minces informations qui ont filtré sur son contenu.

 

Mais ce n’est pas tout : un troisième accord de libre-échange, que Washington négocie en secret depuis 6 ans, est l’Accord sur le Commerce de services (TISA par ses sigles en Anglais), qui concernera 50 pays : l’Union Européenne, le Japon, le Canada, la Colombie, le Chili, le Mexique, l’Australie et la Corée du Sud. Cet accord représenterait 68% du commerce mondial dans les services et prétend réguler, de manière supranationale, les services financiers, de santé, d’eau, de télécommunications et de transports principalement, en réduisant toute compétence des gouvernements sur ces services, en les obligeant à la privatisation et à la vente aux grands groupes commerciaux nord-américains.

 

 

- Le PTP doit maintenant être approuvé par les Parlements de chaque pays. S’il était adopté, il entrerait en vigueur en 2017.

Au cas où les négociations secrètes pour implanter le TISA et le TAFTA, associés au TPT, aboutiraient, les États-Unis disposeraient du contrôle de 80% de la valeur du PIB mondial, ce qui les confirmerait comme première puissance du monde. Il ne fait pas de doute que ces accords visent à récupérer la perte d’influence qui a plongé Washington dans la crise économique internationale en 2007-2009 et a permis de renforcer la présence de la Chine sur la scène nationale.

 

Ces traités de libre-échange, aussi vastes qu’agressifs, qui sont en train de se concocter (PTP, TAFTA et TISA), sont des mécanismes qui visent à étendre la maximisation du profit du capital financier, au prix de la destruction massive de la main-d’œuvre, la surexploitation de la classe ouvrière, qui jette à la rue des millions d’ouvriers et condamne de vastes majorités de population à l’indigence et à la mort.

 

En plus de transformer le monde en un grand marché unique et en usine mondiale, ce processus de centralisation et de concentration du capital oblige irrémédiablement les ouvriers du monde entier à se penser comme un seul ouvrier, une seule classe qui travaille dans une seule usine. De ce fait, il devient possible de mettre en place un combat unique à l’échelle internationale et de créer les conditions pour la socialisation des moyens de production à grande échelle.

 

Le moment est venu pour nous, le monde du travail, la classe ouvrière, les paysans et 99% de la population, qui sommes les sinistrés de cette politique, de présenter un Front Unique contre l’impérialisme, contre le fascisme, et pour le socialisme.

 

Comme le disait Lénine, cette époque de domination des monopoles, du capital financier est aussi l’époque du capitalisme agonisant qui se trouve aujourd’hui à la veille d’une nouvelle crise.

 

Note :

[1] Déclaration faite au quartier général de Nike dans l’Oregon. L’entreprise Nike est bien connue pour ses méthodes peu progressistes en matière sociale (LGS).

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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 09:09
Infographie : Idé

Infographie : Idé

La politique de Benyamin Netanyahou a un mérite : elle produit des résultats. Au fil des semaines, les colonies s’agrandissent, ancrant toujours davantage dans le paysage la marque de la domination d’un peuple sur un autre. Rien à négocier, et Tzipi Hotovely, la vice-ministre des Affaires étrangères, l’a dit tranquillement sur le ton de l’évidence : « Le monde doit réaliser que la Judée-Samarie restera sous la souveraineté de facto d’Israël. Ceci n’est pas une monnaie d’échange et ne dépend pas de la bonne volonté des Palestiniens. C’est la terre de nos ancêtres. »
 
Dans la cadre de cette politique, l'eau est aussi une arme qui s'ajoutant  aux privations dont son l'objet les palestiniens alimente la marche vers une 3e intifada.
 
Source : l'Humanité par Françoise Germain Robin | mis à jour le 22 octobre 2019
- En privant les Palestiniens du minimum vital en eau potable, 
Israël utilise une ressource inaliénable comme arme de guerre.

Dans un rapport parlementaire rendu public en 2012[1], le député socialiste Jean Glavany avait utilisé le terme « apartheid » pour caractériser la façon dont sont gérées les ressources dont disposent les deux populations d’Israël et de la Palestine. L’expression avait provoqué les foudres d’Israël. Elle décrit pourtant bien une situation qui n’a fait que s’aggraver depuis, notamment à Gaza avec les destructions de l’été 2014 et le renforcement du blocus. Les chiffres cités par ce rapport sont implacables : 2,3 millions de Palestiniens n’ont droit qu’à 70 millions de m3 par an, contre 222 millions de m3 pour les colons israéliens, qui sont moins d’un demi-million en Cisjordanie. Autrement dit, l’eau des nappes phréatiques de la Cisjordanie est littéralement volée au profit des colons, mais aussi des autres citoyens israéliens dont la consommation quotidienne se situe entre 270 et 400 litres par jour, contre 50 à 70 litres pour les Palestiniens, alors que l’OMS estime à 100 litres par jour le minimum vital. L’expert israélien des Amis de la Terre Moyen-Orient, Gidon Bromberg, le reconnaît : « Israël ne partage pas l’eau de façon équitable avec les Palestiniens. » Il donne cette explication : « Les Israéliens vivent à l’occidentale alors que les conditions climatiques devraient leur faire adopter des comportements plus adaptés à l’aridité du climat. » Il souligne aussi que les accords signés en 1995 (Oslo 2) sur le partage de l’eau étaient provisoires et n’ont pas été actualisés du fait de l’échec du processus de paix.

 

Une explication un peu courte quand on sait que, depuis sa création, Israël a tout fait, et surtout des guerres, pour s’accaparer les ressources aquifères de la région : en Syrie, avec l’occupation du Golan et de ses sources ; au Liban, où les incursions multiples visaient le fleuve Litani ; en Cisjordanie, où se trouve la principale nappe aquifère, le Jourdain et la mer Morte, surexploités et dont les rives ouest ont été accaparées, les Palestiniens n’y ayant même plus accès.

 

Yasser Arafat nous disait, à propos des négociations avec les dirigeants israéliens, du temps où les accords d’Oslo étaient encore de ce monde : « Ce qui est extraordinaire avec eux, c’est qu’ils vous volent votre voiture et après ils vous proposent de discuter pour vous vendre une roue. » C’était l’époque où Ariel Sharon disait aux jeunes aspirants colons : « Prenez les collines et contrôlez les sources. » À lire l’interview du ministre palestinien de l’Eau, Mazen Ghoneim (voir ci-contre), on voit qu’Israël applique toujours la même stratégie : après avoir accaparé la quasi-totalité des ressources en eau de la Palestine occupée, l’Autorité israélienne de l’eau vend le précieux liquide aux Palestiniens qui sans cela mourraient de soif. Notamment à Gaza où les bombardements de l’an dernier ont détruit les réseaux de distribution, la station d’épuration et les réservoirs installés sur les toits des immeubles.

 

Depuis 1967 d’ailleurs, la question de l’eau est une affaire militaire en Israël. Et il est vrai qu’elle revêt un aspect stratégique dans tous les pays qui souffrent de pénurie chronique, ce qui est le cas général au Moyen-Orient – à l’exception de la Turquie qui, maîtrisant les deux principaux fleuves, le Tigre et l’Euphrate, n’hésite pas à jouer de ce moyen de pression.

 

Peut-on espérer que les vastes projets de désalinisation de l’eau de mer entrepris par Israël ces dernières années aboutissent un jour à une détente sur le front de l’eau ? Quatre usines de désalement ont déjà été construites, dont la plus grande du monde à Sorek, au sud de Tel-Aviv. Mais elles ne fournissent que 20 % des 2 milliards de m3 consommés chaque année et on prévoit que ces besoins auront doublé d’ici dix ans ! La Banque mondiale, visiblement plus encline à parier sur Israël que sur la Palestine, a débloqué un demi-million de dollars en juillet dernier pour aider Tel-Aviv à « développer ses techniques de pointe dans le domaine ».

 

Note :

[1] Le rapport a été remis en décembre par le député français, mais c'est plus d'un mois après sa publication, avec la traduction de certains passages dans la presse israélienne, qu'il provoque un tollé en Israël

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Palestine

- Israël-Palestine : le rapport français explosif sur la question de l'eau

- Sébastien Boussois : "L’accord mer Morte : vrai projet ou cache-sexe ?"

- Mazen Groneim : « On se contente de gérer au mieux la pénurie »

Mais aussi :

- Israël-Palestine se résigner et attendre l’embrasement ?

- Tensions exacerbées en Cisjordanie

- Israël et la Palestine au bord du gouffre

- Regard d’une thérapeute palestinienne de Jerusalem-Est

- Israël: Nétanyahou s’engage à annexer la vallée du Jourdain

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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 08:14
Ce que révèle la crise syrienne... Affaissement des Etats, diffusion du djihadisme

En quelques jours, on est passé de la perspective de bombardements américains et français en Syrie («Cinglante débâcle de la diplomatie française ») à des "négociations" entre Washington et Moscou.... et, en 2015, à des bombardements français (prévus depuis 2013) et russes.

Retour à 2013 pour comprendre !

Téhéran, jusqu’ici enfermé dans son soutien inconditionnel à Damas, laisse entrevoir de possibles ouvertures (« Damas, l'allié encombrant de Téhéran »). Ce chassé-croisé reflète les changements de l’ordre international, qui peine à se recomposer depuis la fin de la guerre froide, chahutant même les règles de la sécurité collective («Sécurité collective recherche bons avocats »). L’ampleur des conflits qui secouent le Proche-Orient et le Maghreb ainsi que l’affaissement des Etats qui engendre la diffusion du djihadisme devraient pourtant redonner sa place à la diplomatie. S’ils cherchent toujours à contenir l’Iran et à rassurer Israël comme l’Arabie saoudite, les Etats-Unis regardent de plus en plus vers l’Asie, avec en ligne de mire la Chine (« Le grand écart de Washington »).

 

Sources : Le Monde Diplomatique Octobre 2013 mis  jour le 12 novembre 2015

Déjà fragiles et rongés par les conflits où prospèrent des dictateurs corrompus, le Proche-Orient, le Maghreb et leurs marges ont connu, depuis le 11-Septembre et le lancement de la « guerre contre le terrorisme », quatre interventions occidentales majeures, auxquelles s’ajoutent les guerres israéliennes au Liban et à Gaza. Ces interventions ont contribué à l’affaiblissement des Etats et à l’extension des groupes djihadistes. Comme le montre la carte, des combattants traversent les frontières, exportant leurs idées, leurs méthodes d’action, leur savoir-faire. Les conflits attirent des volontaires venus de partout, y compris d’Europe.

 

- Afghanistan, septembre 2001. A la suite des attaques contre les tours à New York et contre le Pentagone à Washington, les Etats-Unis renversent le régime des talibans installé dans un Afghanistan ravagé par la guerre contre l’invasion soviétique. Si le retrait des troupes de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) doit s’achever en 2014, l’insurrection talibane n’a jamais été aussi puissante. Le conflit s’est étendu au Pakistan, avec notamment l’usage de drones.

 

- Irak, 2003. Les Etats-Unis renversent le régime de Saddam Hussein. Ils se retirent à la fin 2012, laissant un pays détruit et divisé. Jusque-là absente de ce territoire, Al-Qaida va se structurer, attirer des milliers de volontaires, notamment du Caucase et du Golfe, ou des moudjahidines qui ont fait leurs armes en Afghanistan. L’Etat peine à se reconstruire.

 

- Libye, 2011. Appuyés par Washington, la France et le Royaume-Uni contribuent directement au renversement de Mouammar Kadhafi. Des milliers de combattants, notamment d’Afrique subsaharienne, enrôlés dans l’armée libyenne essaiment dans la région, tandis que les arsenaux abandonnés sont pillés. Plus personne ne contrôle les zones frontalières.

 

- Mali, 2012. Pour chasser les groupes armés qui ont pris le contrôle du nord du Mali, la France intervient militairement. Bien que des troupes des Nations unies aient pris le relais, elle reste le pivot du dispositif sécuritaire dans un Etat fantôme. Les combattants d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) se sont dispersés dans la région.

 

L’usage massif des drones par les Etats-Unis sur ces théâtres d’opération, mais aussi en Somalie ou au Yémen, a éliminé un certain nombre de cadres djihadistes, mais a provoqué la mort de nombre de civils, victimes de « dommages collatéraux », ce qui alimente une haine antiaméricaine poussant au front des centaines de combattants.

 

A ces quatre guerres, il faut ajouter celle menée par Israël contre le Liban en 2006, qui fragilise un peu plus les équilibres précaires dans ce pays et affaiblit l’Etat, incapable de résister, au profit du Hezbollah. Et les deux expéditions à Gaza, qui ont contribué à empêcher toute naissance d’une entité palestinienne indépendante et unifiée. Sans oublier, bien sûr, la Syrie...

 

 

- La guerre contre le terrorisme ne peut pas être gagnée.... l'échec est annoncé ! Il n'y a pas d'exemple IRAK, Afghanistan, Libye...... Il faut employer les moyens de la paix !

Dominique de Villepin pour nous rappeler les responsabilité d'une politique américaine dans laquelle il n'y a rien à sauver depuis 15 ans, et un suivisme français contre nature : la guerre n'est pas notre vocation ; notre vocation c'est la paix et la diplomatie car nous n'avons aucunement besoin d'ennemis pour exister et nous imposer.

 

Pour notre malheur, l'Elysée, Matignon, le quai d'Orsay, sont occupés par des hommes incapables de penser l'après "Pax Americana" et la nécessité aujourd'hui de nous en éloigner... pour mieux retrouver au plus vite notre indépendance et notre tradition diplomatique de recherche d'équilibre.

 

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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 08:14
10 octobre, La Jarne (17220) table ronde TAFTA : pour qui ? Pour quoi ? Enjeux ? Dangers ?

Pour en savoir plus :

- Mon dossier : TAFTA & TISA

- Le site "Non au Traité Transatlantique"

10 octobre, La Jarne (17220) table ronde TAFTA : pour qui ? Pour quoi ? Enjeux ? Dangers ?
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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 08:16
Poutine à l’ONU le 28/09/2015 : "un discours de combat" !"

Le discours prononcé lundi 28 septembre à l’Assemblée Générale de l’ONU par le Président Vladimir Poutine a été au centre des débats[1].

Ce discours a même éclipsé celui du Président Obama, et a été suivi, le fait est suffisamment rare pour être signalé, par une tempête d’applaudissement venant des délégations de ce que l’on appelait encore, il y a trente ans, le « Tiers-Monde ».

 

Source : RussEurope par Jacques SAPIR

- Un discours de combat ?

Ce discours a été significatif même si, dans son contenu, peu de choses nouvelles ont été dites. De ce point de vue, il n’a pas la dimension programmatique du discours de Munich en février 2007. Il faut ajouter que le cadre de l’ONU ne s’y prêtait guère. Dans un discours minuté, il faut aller à l’essentiel et l’on ne peut développer tous les aspects de sa pensée, en particulier en ce qui concerne le droit international[2]. Ce discours n’a pas la même densité que celui que Vladimir Poutine a prononcé lors de la conférence du Club Valdaï en octobre 2014[3]. Dans ce discours Poutine avait posée la question de l’hégémonie. Il n’était plus question d’une organisation multipolaire du monde, bien que cela reste un objectif de long terme pour la Russie mais de ce qu’il appelait alors le « leadership économique ». Or, cette question n’est autre en réalité que la la question de l’hégémonie. Cette question posse immédiatement le problème de guerre et de paix. La dramatisation des enjeux correspondait à la nouvelle période qui s’est ouverte avec l’intervention des puissances occidentales en Libye.

 

Mais, ce discours est important parce qu’il confirme ce que l’on savait depuis des années mais qui devient aujourd’hui évident : les puissances que l’on qualifie « d’occidentales », même si ce terme est très imparfait et fait implicitement référence à la « guerre froide », n’ont plus la maîtrise des affaires internationales. La réception qui lui a été faite à l’Assemblée Générale des Nations Unies le prouve. Nous sommes bien entrés dans le monde issu de la chute du Mur de Berlin et de la fin de l’URSS, ce XXIème siècle issu de l’avortement de la tentative des Etats-Unis à asseoir leur hégémonie[4]. Mais ce monde n’est pas celui de l’hyperpuissance américaine. Il est devenu un monde multipolaire, et il le doit en particulier à l’action constante de la Russie, et de son Président, depuis le début des années 2000. L’alliance Russo-Chinoise n’est que l’une des manifestations de ce nouvel état du monde.

 

De ce point de vue, le discours de Vladimir Poutine est un discours de combat.

 

 

 

- Poutine où le compromis fondateur

Ce discours commence par un rappel des raisons de la constitution et des principes d’organisation qui régissent les Nations-Unies. Il rappelle ainsi les conditions qui ont présidées à la constitution de l’ONU, c’est à dire la « Grande Alliance » de la lutte contre le nazisme : « Le 70e anniversaire de l’ONU est l’occasion d’évoquer le passé et de réfléchir à l’avenir. En 1945, les pays ont uni leurs efforts pour penser à l’après-guerre, et c’est dans notre pays, à Yalta, que se sont réunis les chefs de la coalition antihitlérienne »[5]. Mais il ajoute immédiatement un point particulièrement important. Les pays membres de l’ONU peuvent ne pas tomber d’accord sur tous les sujets. Des divergences, traduisant des intérêts nationaux différents, peuvent les opposer. C’est pour cela que « le droit de veto a toujours été appliqué par tous les membres du Conseil de Sécurité. C’est normal. Au moment de la création de l’ONU, on ne comptait pas sur l’unanimité mais sur la recherche de compromis ». En mettant en avant la nécessaire recherche de compromis, Vladimir Poutine ne fait qu’étendre à la politique internationale un principe que nous avons hérité de Guizot[6]. Les compromis sont les fondements des institutions, et le processus d’institutionnalisation du monde n’est autre que le processus d’extension de la civilisation.

 

Or, la tentation existe, surtout en politique internationale, d’adopter des postures de rupture, postures qui très souvent ne font que masquer l’expression d’intérêts. Il le dit à partir de son expérience de russe : « Personne ne doit adopter un seul modèle de développement reconnu par un seul. Nous devons nous rappeler le passé, l’expérience de l’URSS ». Mais, il en profite pour rappeler l’importance fondamentale des Etats. Nous vivons toujours dans un monde que l’on peut qualifier de « westphalien », en référence au traité de 1648. De ce point de vue, ce discours contient une critique radicale de la position américaine, telle qu’elle s’était exprimée en 2003 lors de l’invasion de l’Irak : « Nous savons tous qu’à la fin de la Guerre froide, il n’y a plus eu qu’un centre de domination. Ceux qui se trouvaient au sommet ont pensé qu’il ne fallait plus tenir compte de l’ONU, que l’organisation ne mettait que des bâtons dans les roues. Des rumeurs ont surgi : l’organisation était devenue obsolète et avait rempli sa mission originale.

 

Mais si l’ONU disparaît, cela peut conduire à l’effondrement de l’architecture mondiale et du droit international. C’est la raison du plus fort et l’égoïsme qui vont primer. Il y aura moins de libertés, plus d’Etats indépendants mais des protectorats gérés de l’extérieur. L’Etat, c’est la liberté de chacun ».

 

Ce dernier point est essentiel.

 

 

- La crise Syrienne

La question des « protectorats », Vladimir Poutine va la développer à propos que la crise syrienne. Il commence, bien entendu, par rappeler les conséquences dramatiques de l’intervention américaine effectuée en dehors de tout cadre juridique international : « …l’intervention extérieure a conduit à la destruction de leurs structures étatiques, les droits de l’homme n’y sont plus respectés ». Il ajoute, à destination des responsables des Etats-Unis : « Je demande aux responsables de cette situation. Mais ces gens-là n’ont jamais renoncé à leurs politiques. Nous voyons des zones d’anarchie apparaître avec l’EI, on y trouve d’anciens combattants d’Irak, de Libye, un pays détruit, nous voyons aussi les membres de ce qu’on appelle l’opposition modérée recevoir une formation et puis passer dans le camp de l’EI ». Cette critique, à peine voilée, de la politique des Etats-Unis lui permet, ensuite d’avancer les positions de la Russie sur cette crise. La Russie veut une coalition qui soit capable d’affronter le danger terroriste que représente l’organisation dite « Etat Islamique » sur l’ensemble des terrains sur laquelle cette organisation se construit et se développe. La Russie veut aussi que cette coalition incluse les forces qui se battent sur le terrain contre le soi-disant « Etat Islamique », c’est à dire le régime de Bachar el Assad et les miliciens kurdes. Cela est dit explicitement dans un autre morceau du discours prononcé par Vladimir Poutine : « …c’est un erreur de refuser de soutenir les autorités syriennes qui se battent : seuls Assad et les Kurdes se battent réellement contre le terrorisme ». Le point ici n’est pas tant le soutien aux forces du régime syrien. Ce soutien était en fait attendu, et l’on sait que c’est ce qui divise la communauté internationale. Le point véritablement important est la mention des forces kurdes, car ceci vaut condamnation pour la politique menée par Erdogan en Turquie qui, sous couvert de lutte contre les militants de « l’Etat Islamique » à ouvert à nouveau le conflit avec les organisations kurdes. Cette mention des forces kurdes, même si elles ne sont pas identifiées avec précision et si l’on reste dans une ambiguïté toute diplomatique à leur sujet, est ici importante. Elle vaut soutien de la Russie au mouvement national kurde, qui est aujourd’hui écartelé entre les différents Etats sur le territoire desquels les kurdes vivent. Et l’on peut comprendre que ceci est une menace implicite tant à la Turquie d’Erdogan qu’un avertissement au gouvernement irakien de ne pas revenir sur la très large autonomie, une quasi-indépendance de fait, dont jouissent les kurdes en Irak.

 

Vladimir Poutine est très clair sur les principes à adopter : « Respecter ce qui se fait dans le cadre de l’ONU et rejeter le reste. Nous devons aider la Libye, l’Irak et les autorités légitimes en Syrie. Nous devons créer une sécurité indivisible ». Or, c’est bien là une grande part de la question. Tant que les pays comme les Etats-Unis ou des pays européens auront l’illusion qu’ils peuvent ne pas s’appliquer les règles qu’ils veulent faire appliquer aux autres, aucune sécurité internationale n’est possible. A cet égard, Vladimir Poutine a incontestablement raison : soit il y aura un cadre permettant une sécurité globale soit nous connaitrons une multiplications de conflits locaux, avec toutes les conséquences que ces derniers impliquent. La sécurité ne se divise pas.

 

 

- L’hypocrisie occidentale

Ceci permet à Vladimir Poutine de revenir à l’un de ses thèmes de prédilection, l’hypocrisie occidentale. Ici encore, et sans nommer des pays, au nom des coutumes diplomatiques, il est réalité des plus clairs : « …on nous accuse d’avoir des ambitions démesurées. Comme si ceux qui nous en accusent n’avaient pas d’ambitions du tout. Nous ne pouvons plus tolérer la situation actuelle, et ce n’est pas une question d’ambitions : nous nous basons sur les valeurs, le droit international. Nous devons unir nos efforts pour former une coalition large, comme celle contre Hitler, pour lutter contre ceux qui sèment le mal ».

 

L’accusation est claire, et elle a été comprise comme telle que ce soit à Washington ou que ce soit à Paris. En avançant couvert du masque de la morale, les Etats-Unis et la France laissent à penser qu’ils servent d’autres maîtres que les Droits de l’Homme. Car, le gouvernement russe ne cache pas, que ce soit dans des textes publics ou dans des rencontres privées, le peu de sympathie que lui inspire le gouvernement de Damas. Mais, la politique est l’art du possible, et tout conflit impose de « choisir son camp ». On ne luttera pas contre le soi-disant « Etat islamique » sans une coalition incluant les forces de Bachar-el-Assad.

 

De ce point de vue, l’histoire de l’hypocrisie occidentale sur la guerre civile syrienne reste à écrire. Qu’il s’agisse de l’opération de propagande concernant les attaques au gaz d’août 2013 dont on sait aujourd’hui qu’elles ne sont très probablement pas le fait des forces de Damas mais bien des insurgés eux-mêmes[7] (et même si des opérations impliquant l’usage des gaz de combat ont pu être menée par les forces de Damas), ou qu’il s’agisse de la question des « réfugiés » où l’on est bien prêt à condamner un pays (la Hongrie pour ne pas la nommer) alors que l’on érige les même barbelés que ce soit à Calais ou à Ceuta et Mélilla.

 

Document 1

Texte du Global Security Working Group[8] sur les attaques au gaz attribuées à l’armée syrienne.

A  - possible-implications-of-bad-intelligence

 

Cette hypocrisie est particulièrement visible sur la Syrie, mais elle existe aussi sur l’Ukraine. Au lieu de considérer le problème comme global, les pays de l’Union européenne ont préféré mettre la totalité du blâme sur la Russie. Ainsi, lors des tragiques événements qui sont survenus en Ukraine à la fin du mois de février 2014, et dont on sait désormais qu’ils ont été largement le produit d’une provocation de la part de l’opposition[9], si l’on admet que la norme constitutionnelle avait disparu et que le Parlement était légitime dans son renversement du Président Yanoukovitch, il faut aussi admettre que le Parlement de la République autonome de Crimée était tout aussi légitime dans sa décision de se séparer de l’Ukraine et de rejoindre la Russie. Soit la règle générale s’applique à tous soit elle ne s’applique à aucun. La seule chose sur laquelle il peut y avoir un accord est le fait qu’il ne peut y avoir d’application partielle de la règle générale. Cela implique qu’il fallait admettre que la question de la Constitution se posait, et que l’on ne pouvait faire « comme si » la règle générale s’imposait alors que l’on venait de la violer. Ce ne sont pas, seulement, des subtilités juridiques. Pour ne pas les avoir comprises, pour avoir cru que l’on pouvait faire un coup d’Etat sans remettre en cause la Constitution, les dirigeants de Kiev ont provoqué et la sécession de la Crimée[10] et la guerre civile. Cela, Vladimir Poutine le constate : « …c’est toujours la manière de penser en bloc du temps de la Guerre froide qui domine actuellement en suivant la ligne de l’élargissement de l’OTAN, qui continue de se développer. Tôt ou tard, cette logique devait mener à une crise géopolitique, comme avec l’Ukraine où une guerre civile a eu lieu ». Mais, l’hypocrisie occidentale a encore de beaux jours devant elle, que ce soit quant à l’Ukraine ou quant à la Syrie, si on en juge par l‘attitude du Président français, François Hollande.

 

Vladimir Poutine a donc prononcé un discours important. Ce discours contient aussi d’autres point, comme des engagements précis, quoique probablement trop limités, sur la COP-21. Il prend position comme l’une des personnes qui, en politique internationale, incarne une forme de raison. On peut en juger dans ce passage ou il dit : « Mais les sanctions unilatérales sont devenues la norme et servent à supprimer des concurrents. Des unions se créent sans consulter les habitants des différents pays ». Au-delà de l’allusion, très claire, au mécanisme des sanctions voulu par les Etats-Unis et mis en place par l’Union européenne, comment ne pas percevoir une critique de la zone Euro et de l’UE dans cette référence à des unions imposées contre la volonté des peuples ?

 

Il ne reste plus qu’à espérer que les discours théologiques des uns et des autres cèdent du terrain et que la voix de la raison soit enfin entendue.

 

 Notes :

[1] http://www.lecourrierderussie.com/2015/09/direct-discours-vladimir-poutine-nations-unies/

[2] Voir la déclaration du président Russe lors de la conférence sur la sécurité qui s’est tenue à Munich le 10 février 2007 et dont le texte a été traduit dans La Lettre Sentinel, n°43, mars 2007.

[3] Sapir J., « Un discours programme » note publiée sur le carnet RussEurope le 29 octobre 2014, http://russeurope.hypotheses.org/2967

[4] Sapir J., Le Nouveau XXIè Siècle, le Seuil, Paris, 2008

[5] Les citations en italiques renvoient à la traduction en français du texte de ce discours, http://www.lecourrierderussie.com/2015/09/direct-discours-vladimir-poutine-nations-unies/

[6] Guizot F., Histoire de la civilisation en Europe, réédition du texte de 1828 avec une présentation de P. Rosanvallon, Paris, Hachette, coll. « Pluriel », 1985,

[7] Lloyd R. et Postol T., « Possible Implications of Faulty US Technical Intelligence in the Damascus Nerve Agent Attack of August 21, 2013 » Cambridge, MIT, Global Security Working Group, janvier 2014.

[8] Le Science, Technology and Global Security Working Group est un groupe d’experts constitué au MIT possédant des liens scientifiques étroits avec des scientifiques de Russie, de Chine, d’Allemagne, d’Israël et du Pakistan (ainsi que des liens avec des individus travaillant sur les questions de sécurité nationale en Grande-Bretagne, France et Norvège) et travaillant sur les aspects techniques du désarmement dans le monde d’après la Guerre Froide. Les travaux peuvent être consultés sur : http://web.mit.edu/stgs/Research.html

[9] Comme montré par Ivan Katchanovski, http://www.academia.edu/8776021/The_Snipers_Massacre_on_the_Maidan_in_Ukraine

[10] Vogt J., « Western Narrative of Crimea a Pack of Lies Born of Failed Policy and Historical Ignorance » in Russian Insider, 12 juin 2015, http://russia-insider.com/en/politics/crimea-work-progress/ri7794

 

Pour en savoir plus :

- Vladimir Poutine au sommet du club international Valdaï : «Ordre mondial, nouvelles règles ou pas de règles ?»

- Selon Jacques Nikonoff «Poutine a raison !» sur le dossier syrien »

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