Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 22:30
"Le monde est au bord d'une nouvelle Guerre froide", pense Gorbatchev

L'ancien dirigeant de l'Union soviétique s'inquiète des événements en Ukraine.

 

Sources : francetvinfo le 08/11/2014 - mis à jour le 31/01/2015

Des propos inquiétant. Le dernier dirigeant de l'Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, a estimé samedi 8 novembre que "le monde est au bord d'une nouvelle Guerre froide". Il faisait notamment allusion à la crise ukrainienne.

 

L'ancien responsable de 83 ans s'exprimait en marge des célébrations marquant le 25e anniversaire de la chute du Mur de Berlin. Il a relevé que "certains disent qu'elle a déjà commencé", a-t-il ajouté, selon des propos rapportés en allemand par l'agence dpa.

 

 

- "Course aux armements"

Au cours des derniers mois, "la confiance s'est rompue", selon lui. "Souvenons-nous qu'il ne peut y avoir de sécurité en Europe sans le partenariat germano-russe", a-t-il encore insisté au cours d'une manifestation organisée par la Fondation "Cinema for peace" à laquelle il appartient.

 

Dans un entretien à la Radio Télévision suisse (RTS) qui doit être diffusé dimanche, Gorbatchev a également estimé: "On essaie de nous attirer dans une nouvelle Guerre froide. On voit de nouveaux murs. En Ukraine c'est un fossé énorme qu'ils veulent creuser""Le danger est toujours là", selon lui. "Eux, ils croient qu'ils ont gagné la Guerre froide. Il n'y a pas eu de vainqueur, tout le monde a gagné", a-t-il jugé. "Mais aujourd'hui, ils veulent commencer une nouvelle course aux armements". Interrogé ensuite pour savoir si par "eux", il entendait les pays de l'Otan, il a répondu: "L'Otan est un instrument qui est utilisé".

 

"Je suis absolument convaincu que Poutine défend aujourd'hui mieux que quiconque les intérêts de la Russie. Il y a bien sûr dans sa politique de quoi attirer les critiques. Mais je ne souhaite pas le faire et je ne veux pas que quelqu'un d'autre le fasse", a-t-il indiqué avant son départ pour la capitale allemande.

 

Pour en savoir plus :

- La face cachée de la crise ukrainienne

- L'Otan veut une présence militaire "continue" en Europe de l'est

- Mikhaïl Gorbatchev : un conflit armé entre Russes et Américains est possible

-

Partager cet article
Repost0
8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 14:00
TTIP/TAFTA – Quand un groupe suédois d'énergie réclame 4,7 milliards d'€ à l'Allemagne pour l'abandon du nucléaire

Sources : Le blog de Françoise Diehlmann sur Médiapart le 26 octobre 2014

L'Allemagne a décidé la sortie du nucléaire pour 2022 en fermant progressivement ses 17 centrales encore en activité en 2011. Ceci risque de lui coûter très cher.

 

Voilà que le groupe suédois d'énergie, Vattenfall, qui est actionnaire et exploitant de deux centrales nucléaires allemandes se considère lésé par leur fermeture. Il a donc porté plainte devant le Centre International de Résolution des Disputes d'Investissements (ICSID). Ce centre ne se trouve ni à Francfort, ni à Münich, ni à Berlin, mais à Washington près de la Maison Blanche, dans un énorme bâtiment en granit, en verre et en marbre qui appartient à la Banque mondiale. ICSID est l'un des tribunaux d'arbitrage les plus puissants et les plus influents du monde. C'est l'endroit où les conflits entre les Etats et les multinationales montent en puissance.

 

Selon le Süddeutsche Zeitung, 185 procédures judiciaires mondiales ont lieu en ce moment auprès de l'ICSID. Le cas le plus connu en Allemagne porte donc le numéro ARB/12/12 : Vattenfall versus Federal Republic of Germany. Le litige : Vattenfall réclame à l'Allemagne exactement 4 675 903 975,32 € pour les conséquences financières dues au fait que le Gouvernement allemand a décidé de fermer en 2011 les deux centrales nucléaires de Brunsbüttel et Krümmel dans le Nord de l'Allemagne pour des raisons de sécurité dans la foulée de Fukushima.

 

Sylvia Kötting-Uhl, porte parole du groupe des Grünen sur les questions nucléaires a fait part de son indignation : « Vattenfall n'a honte de rien. Les centrales de Krümmel et Brunsbüttel ne fonctionnent plus depuis des années à cause des pannes de réacteur et sont un commerce à perte. Faire payer son modèle défaillant par les contribuables est inacceptable » (Selon le Frankfurter Allgemeine Zeitung).

 

Pour ce qui est des détails de la plainte de Vattenfall, c'est l'opacité la plus totale en Allemagne. Pas un seul parlementaire n'a eu connaissance du dossier. Seuls le Vice-Chancelier et ministre de l'économie, Sigmar Gabriel (SPD) et quelques fonctionnaires de son ministère le connaissent.

 

Selon le quotidien Selon le Tageszeitung , suite à une Selon le question du groupe des Grünen au Bundestag en septembre, sur la plainte du groupe suédois contre la République Fédérale d'Allemagne, Matthias Machning, secrétaire d'Etat à l'économie, a répondu que l'ensemble des coûts devraient s'élever à 9 millions d'Euros. Il ne s'agirait que de frais d'avocats, de traduction et de justice liée à la procédure devant un tribunal d'arbitrage international aux USA. Depuis le début de la procédure en 2012,  3,23 millions d'€ ont déjà été payés sur le budget fédéral.

 

9 millions ? Mais Sigmar Gabriel lors d'une audition de la commission économique du Bundestag a rendu public le mercredi 15 octobre le montant réclamé par Vattenfall, à savoir 4,7 milliards d'€. Rien à voir avec les quelques millions d'€ mentionnés un mois avant par son secrétaire d'Etat.

 

Ce cas montre une fois de plus que les accords de libre-échange TTIP/TAFTA prévoyant une large protection des investisseurs ne sont pas acceptables, a dénoncé de son côté Klaus Ernst, député du parti de Die Linke.

 

La question des tribunaux d'arbitrage est un élément central.dans les négociations sur les accords de libre échange entre les Etats-Unis et l'Union Européenne. Lors de son premier voyage aux Etats-Unis en tant que ministre de l'économie, Sigmar Gabriel, qu'on pourrait appeler aussi Mister Tafta, a insisté sur les grands avantages économiques de TTIP/TAFTA et, dans son discours à l'Université de Harvard, a mis en garde contre les débats hystériques sur le poulet chloré. « Je pense qu'il s'agit d'un projet historique qui répond aux grandes possibilités d'un nouvel agenda transatlantique » (Selon le Tageszeitung

 

L'abandon du nucléaire en Allemagne, à l'initiative des écologistes avec le feu vert des syndicats, porté aujourd'hui par l'ensemble du pays, a révolté les 4 opérateurs des 17 centrales nucléaires en activité. Les trois opérateurs à capitaux essentiellement privés : d'abord Vattenfall a saisi un tribunal d'arbitrage international, puis les allemands RWE et E.ON ont saisi la Cour constitutionnelle allemande, E.ON qui participe à 50% pour Krümmel réclamerait 8 milliards d'€ à l'Etat et RWE qui participe à 33% pour Brunsbüttel demanderait plus de 2 milliards d'€, selon Selon les Echos.

 

Tout ceci montre que nous devons tenir bon et augmenter notre mobilisation contre TTIP/TAFTA qui prévoit que les législations en vigueur des deux côtés de l’Atlantique se plient aux normes du libre-échange établies par et pour les grandes entreprises européennes et américaines, sous peine de sanctions commerciales pour le pays contrevenant, ou d’une réparation de plusieurs millions d’euros au bénéfice des plaignants. Ceci conduirait à une révision à la baisse des législations et normes européennes (sanitaires, sociales, environnementales).

 

Aussi, le syndicat IG Bau demande au ministre allemand de l'économie d'empêcher à tout prix ces tribunaux d'arbitrage qui permettent des plaintes d'investisseurs pas seulement contre l'Etat, mais aussi contre les Länder et les communes. Affaire à suivre....

 

 

- Pour bien comprendre les méfaits du TAFTA, cliquer sur l'image.

Pour en savoir plus :

- Mon dossier : TAFTA & TISA

Partager cet article
Repost0
1 novembre 2014 6 01 /11 /novembre /2014 10:47
TTIP/TAFTA : le Cheval de Troie qui veut ouvrir en grand les portes de l’Union européenne aux OGM !

Il semble de plus en plus évident que l’accord de libre échange entre les Etats-Unis et l’Union européenne (TAFTA/TTIP) va ouvrir en grand les portes de l’Union européenne et de la France aux OGM et entraîner une contamination de nos champs et de nos assiettes. Le Commissaire européen a beau affirmer que les normes de sécurité alimentaires ne seront pas touchées, il ne convainc personne [1]

 

Sources : Les droits de l'enfant Montreuil, le 29 septembre 2014.

Les Amis de la Terre ont pu, grâce à une fuite, consulter la version finale de l’accord économique avec le Canada. Cet accord est souvent présenté comme le modèle qui sert de référence au traité avec les Etats-Unis. Nous avons pu constater que l’Union européenne a déjà accepté de coopérer avec le Canada pour autoriser de faibles niveaux de contamination dans la nourriture et les semences [2].

 

De la même façon, une lettre - obtenue aussi par une fuite - de l’ancien chef de la sécurité alimentaire de l’Union européenne dévoilait clairement que l’augmentation des importations de colza GM canadien faisait partie des concessions accordées par l’Union européenne [3].

 

Depuis 15 ans, les citoyens français et européens se sont opposés aux OGM. Nous avons obtenu par nos luttes un certain niveau de protection de nos semences et de nos aliments, notamment grâce à la règle de « tolérance zéro ».

 

Si le traité TTIP/TAFTA est adopté, ce sera le plus grand traité économique jamais signé. Mais son adoption repose largement sur la baisse de normes de sécurité et l’affaiblissement de lois qui posent prétendument des problèmes aux industriels états-uniens. Les lobbyistes et les négociateurs des Etats-Unis n’ont cessé de faire pression pour affaiblir les règlementations européennes sur les importations d’OGM, prétextant que la règle de la « tolérance zéro » est une barrière commerciale qui nuit économiquement aux exportateurs états-uniens [4].

 

Ils veulent tout simplement que l’Union européenne autorise l’importation d’aliments et de semences contaminés par des OGM, même dans le cas où le matériel GM n’est pas autorisé dans l’Union européenne pour des raisons de sécurité. Cela signifie que les citoyens et les agriculteurs ne sauront plus si les aliments ou les semences qu’ils achètent contiennent des OGM et que les citoyens français et européens pourront ainsi manger des ingrédients GM non autorisés qui n’ont subi aucune procédure de contrôle de sécurité.

 

Pour Mute Schimpf, chargée de la champagne “Alimentation” des Amis de la Terre Europe : « Depuis des années, l’industrie des biotechnologies ne parvient pas à briser l’opposition des citoyens européens – soutenus par une partie du personnel politique européen. Alors les industriels essayent de la contourner, en utilisant toute la puissance de leurs lobbies pour faire de ce traité économique avec les Etats-Unis le cheval de Troie qui ouvrira en grand les portes des marchés européens à leurs OGM. Ce traité n’est qu’une première étape pour imposer les OGM à l’Union européenne. »

 

Pour les Amis de la Terre France et Europe, il est inacceptable que le droit fondamental de l’Union européenne - inscrit dans ses traités – de protéger son environnement et ses citoyens, soit bradé pour un accord économique. Même de faibles niveaux de contamination GM sont un risque pour les agriculteurs, les récoltes et les campagnes. Toute modification de la procédure de certification équivaut à augmenter les niveaux de contamination.

 

Pour Christian Berdot, référent Agriculture/OGM des Amis de la Terre France : « Nous vivons un moment décisif. Ce sont quinze années de lutte et de résistance contre les OGM qui peuvent être réduites à néant par ces coups bas (réforme des processus d’autorisation dans l’UE, CETA et TAFTA/TTIP). Nous avons pu voir clairement dans l’accord fuité avec le Canada que les négociateurs européens n’étaient que trop contents de brader la protection des citoyens et de l’environnement européen au profit des industriels. Tout l’édifice règlementaire encadrant les OGM peut devenir une coquille vide. Avec ce traité, c’est aussi une certaine idée de la démocratie qui est ‘génétiquement modifiée’ ! »

 

Dossier complet : http://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/ogm_et_tafta.pdf Texte de l’accord, août 2014.

 

 

 

 

Notes :

[1] Le Commissaire européen Karel de Gucht affirme que les règlements de l’Union européenne ne seront pas modifiés suite à la signature de l’accord. Voir par exemple ICI ;

[2] Les copies de l’accord entre le Canada et l’Union européenne - obtenues par une fuite – montrent clairement (p 442) qu’un accord sur les biotechnologies a été conclu afin de favoriser :

-des procédures d’autorisation plus rapides pour les produits GM ;
- la coopération internationale sur des questions relatives aux biotechnologies, comme la présence en faibles quantités d’organismes génétiquement modifiés ;
- et la « coopération en matière règlementaire, afin de minimiser les effets négatifs sur le commerce dus aux pratiques règlementaires relatives aux produits des biotechnologies » Voir :
http://eu-secretdeals.info/ceta/

[3] Lettre du Commissaire européen Borg à propos de l’accélération des autorisations pour le colza dans l’accord Canada-Union européenne.

[4] Dans les rapports des représentants des Etats-Unis, les priorités de ce pays sont clairement fixées :

- ouverture des marchés pour les produits états-uniens des biotechnologies,
- accélération des procédures d’autorisation des plantes GM ;
- élimination de diverses « barrières commerciales » qui entravent les importations de plantes GM dans l’Union européenne
- et harmonisation des procédures entre les organes de réglementation des deux côtés de l’Atlantique. (
Voir le dossier complet).

TTIP/TAFTA : le Cheval de Troie qui veut ouvrir en grand les portes de l’Union européenne aux OGM !

- Soutenez l'Initiative Citoyenne Européenne

  • Le LIEN DIRECT est disponible  ICI

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier : TAFTA & TISA

Partager cet article
Repost0
13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 23:43
 La colonie de Gush Etzion. Wikimedia Commons, 2004.

La colonie de Gush Etzion. Wikimedia Commons, 2004.

Le rapport de François Dubuisson, professeur de droit international à l’Université libre de Bruxelles vise, par l’obtention de mesures concrètes de contrainte, à la fin de la colonisation et de l’occupation du territoire palestinien. Il constitue l’étude juridique de la campagne européenne Made in illegality lancée par des associations belges. Le texte montre concrètement comment l’Union européenne s’est jusqu’ici largement abstenue de remplir ses obligations relatives au respect du droit international dont elle se fait pourtant le porte-parole ailleurs.

 

Sources :  OrientXXI par Françoise Feugas

Vingt ans de politique israélienne d’installation de colonies de peuplement à Jérusalem-Est, en Cisjordanie et à Gaza aboutissent à ce qu’à l’heure actuelle, on dénombre entre 500 000 et 650 000 colons dans plus de 150 implantations selon le rapport 2012 du Secrétaire général des Nations unies[1]. L’Union européenne (UE) entretient par ailleurs avec Israël des relations économiques privilégiées, régies par un «  accord d’association  » qui accorde des tarifs douaniers préférentiels aux produits israéliens, dont une part importante provient des colonies. Le rapport de François Dubuisson dénonce cette situation en démontrant que l’UE et ses États membres ont l’obligation de faire respecter le droit international et ne pas reconnaître ou encourager de quelque manière que ce soit les violations d'obligations découlant de normes fondamentales de ce même droit international.

 

 

- Transgression initiale

La colonisation est en soi illégale en droit international. La Quatrième Convention de Genève précise que «  la Puissance occupante ne pourra procéder à la déportation ou au transfert d’une partie de sa propre population civile dans le territoire occupé par elle.  » À partir de cette transgression initiale, Dubuisson détaille une cascade d’autres violations qui découlent d’une politique d’appropriation des terres palestiniennes, de l’accaparement des ressources naturelles – notamment de l'eau — au seul bénéfice des colons, des routes et zones réservées à leur usage, et enfin la construction du mur qui empiète dans la majeure partie de son tracé sur le territoire palestinien en confisquant d’innombrables terres cultivables et de ressources naturelles. L’ensemble de ce qui apparaît désormais comme un système colonial et discriminatoire privant les Palestiniens de la plupart de leurs droits fondamentaux est consolidé par l’établissement de régimes juridiques distincts qui bafouent également la prohibition de la ségrégation énoncée par la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale du 21 décembre 1965.

 

Ces violations du droit international commises par Israël relèvent de normes dites «  impératives  » et d’obligations erga omnes  à l’égard de tous  »). Une norme impérative est une norme acceptée et reconnue par la communauté internationale des États dans son ensemble et à laquelle aucune dérogation n’est permise. Les règles fondamentales du droit international humanitaire et des droits humains, les interdictions relatives à la discrimination raciale et le respect du droit à l'autodétermination relèvent de ces normes impératives qu’Israël viole en permanence par sa politique de colonisation.

 

 

- Une inflexion positive

La forme que ces obligations doivent prendre exclut des relations bi ou multilatérales qui seraient de nature à entraîner une certaine reconnaissance des activités liées à la colonisation ou à apporter aide ou assistance au maintien des colonies. En clair, le refus de l’importation des produits en provenance des colonies ou d’opérateurs dont les activités sont liées aux colonies, mais également l’adoption de mesures appropriées à l’égard des entreprises européennes afin qu’elles ne mènent pas d’activités qui soient de nature à contribuer à l’entreprise coloniale.

 

Par le passé, l’Union européenne a, dans le cadre de certains programmes de coopération ou de recherche, octroyé des financements à des entreprises israéliennes (comme par exemple Ahava, qui a pu bénéficier de plus d’un million d’euros pour des programmes de recherche). Interpellée par des députés européens, la Commission européenne a fini par rectifier sa position en 2012, et cette affaire a conduit à l’adoption de «  Lignes directrices  » en juillet 2013 (avec mise en œuvre au 1er janvier 2014), qui se veulent conformes à l’obligation de non-reconnaissance par l’Union de la souveraineté d’Israël sur les territoires occupés depuis 1967. Elles s’appliquent à toutes les formes d’aides européennes. Dans le domaine commercial, la Commission ne reconnaît plus désormais que les certificats de conformité des produits alimentaires issus du «  territoire de l’État d’Israël  », à l’exclusion du Golan, de Jérusalem-Est, de Gaza et de la Cisjordanie, et en conséquence les produits non conformes sont interdits à l’importation.

 

Dans le domaine financier, la Norvège, la Suède, le Luxembourg ont d’ores et déjà adopté des mesures d’exclusion de banques et d’entreprises israéliennes concernant des fonds gouvernementaux. La coopération universitaire est également touchée, l’Espagne ayant par exemple interdit à l’université d’Ariel, installée en Cisjordanie, l’accès à un concours d’architecture. Le gouvernement allemand a annoncé qu’il allait limiter l’octroi de subventions et le renouvellement d’accords de coopération scientifique aux entités non situées sur les territoires occupés.

 

 

- La mère de toutes les batailles

Mais, outre qu’il y a loin de la coupe aux lèvres, la bataille juridique sans doute la plus ancienne et la plus dure à mener – notamment pour défaut de contrôle efficace sur l’origine des produits — concerne l’entrée sur le marché européen de nombreux produits israéliens à tarif préférentiel. Dubuisson en fait l’historique et rappelle qu’elle a jusque ici porté exclusivement sur l’application ou non de ce tarif préférentiel, mais pas à l’importation elle-même. Le débat intra-européen sur l’étiquetage des produits qui permettrait de séparer le bon grain de l’ivraie en n’appliquant pas les tarifs préférentiels aux produits des colonies est une fausse piste, dit-il : il faut en interdire purement et simplement l’importation. Rien ne s’y oppose juridiquement, en dépit même du sacro-saint principe de libre-échange ardemment défendu par la Commission européenne. C’est «  la mère de toutes les batailles  ».

 

Aux sceptiques qui doutent de l’efficacité d’une pression citoyenne européenne, le texte répond que les outils juridiques existent et que les luttes sur le terrain du droit international peuvent être gagnées. Preuves à l’appui.

Françoise Feugas
 
 
Note :

[1] Les colonies de peuplement israéliennes dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et le Golan syrien occupé, A/67/375, 12 septembre 2012.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Palestine

- Le projet de canal mer Morte-mer Rouge

- un site contient qui une très bonne carte de la Cisjordanie avec tout les colonies et le nombre d'habitant

- Connivence entre l’Occident et Israël pour le nettoyage ethnique de la Palestine

Partager cet article
Repost0
11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 09:04
TAFTA/GMT ( Grand Marché Transatlantique) un diaporama et une vidéo pour comprendre

- Le Grand Marché transatlantique : un projet contre les peuples et la démocratie

Un vaste accord de libre-échange est en cours de négociation entre l'Union européenne et les Etats-Unis. Négocié en toute opacité, celui-ci comporterait de nombreux dangers pour les normes sociales, environnementales et sanitaires. Il représente aussi une menace démocratique dans la mesure où il permettrait aux multinationales de poursuivre les Etats devant des tribunaux d'arbitrage privé. Ce diaporama, cette vidéo font état des menaces que représente le projet de traité transatlantique (TAFTA).

 

 

- Qu'est-ce qui se cache derrière le Grand Marché Transatlantique ?

Ci dessous, ou ICI le lien vers un diaporama pour comprendre, informer, débattre.

Partager cet article
Repost0
25 septembre 2014 4 25 /09 /septembre /2014 11:10
Photo : Wikipedia (NightThree / CC BY 2.0)

Photo : Wikipedia (NightThree / CC BY 2.0)

En Ukraine, l'enjeu pour les occidentaux, c'est aussi la poursuite de l'accaparement des terres agricoles...

 

Chaque jour, des petits paysans se voient dépossédés de leur unique moyen de subsistance. Les sociétés agro-industrielles et les spéculateurs européens contrôlent déjà dix-sept millions d’hectares de terres agricoles mondiales hors de leurs pays, dont plus d’un million en Ukraine.

 

Sources : Reporterre le quotidien de l'écologie le 08/09/2014 par Agnès Stienne (Farm Land Grab)

Certes, l’historique de ces données permet de voir qu’environ un contrat sur sept (13 %) n’aboutit pas. Mais de nouvelles tractations s’ouvrent à chaque instant, et les acquisitions de larges étendues de terres arables progressent inexorablement.

 

Chaque jour, des petits paysans (dont une part importante de femmes) se voient dépossédés de leur unique moyen de subsistance. Et ces accaparements de terres, destinés aux marchés d’exportation, provoquent une pression croissante sur les ressources alimentaires des pays les plus pauvres.

 

Mais pas seulement. Lorsque, le 22 février 2014, les Ukrainiens de la place Maidan destituent Viktor Ianoukovitch, 1,6 million d’hectares de terres des plus fertiles d’Ukraine étaient passées, par l’affairisme du président, entre les mains d’investisseurs étrangers, dont 1,3 million au profit d’Européens.

 

La semaine suivante, le négociant danois Trigon Agri, jouissant de 52 000 hectares en Ukraine, estimait sans inquiétude qu’« il est fort probable que tout ceci conduira à un environnement plus favorable pour les affaires que celui que nous avons connu ces dernières années ». C’est dire !

 

Les investisseurs des quinze pays européens les plus riches ont désormais, à eux seuls, jeté leur dévolu sur plus de dix-sept millions d’hectares de terres, dont 70 % sur le continent africain. Sans surprise, on y cultive des agrocarburants, des céréales, des palmiers à huile, du soja, du bois, du caoutchouc.

 

Il est urgent :

  • de mettre un terme à l’accaparement des terres par les investisseurs ;
  • d'interdire l'usage à des fins énergétiques (photovoltaïque au sol, agrocarburants) des terres agricoles dont la vocation doit rester à des fins alimentaires des terres agricole ;
  • de mettre en place une politique européenne exemplaire en la matière ;
  • d'impulser un nouveau modéle agricole.

 

Pour en savoir plus :

- Nous pourrions nourrir deux fois la population mondiale, et pourtant...

- ONU : Rapport 2014 soumis par le Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter

- Quand l’agriculture sert à nourrir les machines aux dépens des humains

Partager cet article
Repost0
19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 08:55
Le référendum en Écosse : une révolte contre le règne conjoint de la finance et de l’impérialisme

Les écossais disent yes à la Couronne.... mais plus rien ne sera comme avant !

 

Le 18 septembre, les Écossais se sont prononcés pour ou contre leur indépendance du Royaume-Uni. Même si les derniers sondages, l’hypothèse d’une victoire du Oui, impensable il y a quelques mois, n’était plus improbable, c'est le non qui l'a emporté avec 55,3% contre 44,7% pour le "Yes" avec un taux de participation de près de 85%.

Loin des clichés nationalistes, la campagne pour l’indépendance écossaise est aussi portée par une vaste mouvement populaire et démocratique, qui s’est attiré le soutien d’une bonne partie de la gauche et des écologistes, y compris en Angleterre même. Explications de Hilary Wainwright, du magazine progressiste Red Pepper.

 

Sources : basta! www.bastamag.net par Hilary Wainwrightpour Red Pepper

- Pourquoi Basta ! publie-t-il ce texte ?

En France, l’indépendance écossaise n’est souvent abordée que sous l’angle « folkorique », comme une manifestation de nationalisme classique, ou en relayant les messages négatifs des élites britanniques sur les conséquences économiques d’une scission. Mais, derrière le Scottish National Party et son leader Alex Salmond, cibles de toutes les critiques, la cause de l’indépendance écossaise est aussi – et surtout – portée par un vaste mouvement démocratique dans la société écossaise. Ce mouvement populaire suscite l’enthousiasme d’une bonne partie de la gauche et des écologistes non seulement en Écosse, mais aussi en Angleterre même.

 

Une autre partie de la gauche anglaise a pris position contre l’indépendance, notamment par rejet du nationalisme. Les travaillistes britanniques sont aussi le parti qui a le plus à perdre à court terme d’une indépendance écossaise. L’Écosse vote traditionnellement à gauche. La perte de ces suffrages risque de compromettre les chances du parti de revenir au pouvoir à Londres lors des élections générales de 2015. Des figures aussi diverses que le journaliste George Monbiot [1] ou l’écrivain d’origine pakistanaise Tariq Ali se sont prononcés pour l’indépendance.

 

Comme le souligne Hilary Wainwright [2] dans cet article paru dans le magazine progressiste Red Pepper, la cause de l’indépendance écossaise est la manifestation d’une révolte contre l’austérité imposée par le gouvernement conservateur de David Cameron. C’est aussi, plus profondément, une révolte contre le règne conjoint de la finance et de l’impérialisme qui caractérise aux yeux de beaucoup d’Écossais la politique menée à Londres. Mais l’enjeu du référendum est surtout celui de la libération de l’imagination démocratique et la réouverture de perspectives d’avenir différentes de la perpétuation du carcan néolibéral.

 

« Il y a aujourd’hui en Écosse un mouvement politique qui va bien au-delà de ce qui serait contrôlable ou même compréhensible dans les termes de la politique parlementaire classique, avec ses élections sans choix réel revenant tous les quatre ans. Beaucoup d’entre nous au Sud de la frontière écossaise, engourdis depuis si longtemps par des promesses jamais tenues de changement, avons mis du temps à ouvrir les yeux sur cette réalité – mais il faut ouvrir les yeux.

 

La question posée lors du référendum du 18 septembre, oui ou non à l’indépendance de l’Écosse, a été choisie par le Premier ministre britannique David Cameron. Son objectif était de faire paraître l’alternative au statu quo si radicale que les forces du conservatisme ne manqueraient pas de triompher. Mais les choses ne se sont pas déroulées conformément à son plan. La possibilité ainsi ouverte de se prononcer sur l’avenir de l’Écosse a entraîné une mobilisation populaire pour un changement social radical qui dépasse tout ce que nous avons vu dans ces îles depuis une génération.

 

Certes, les conditions de cette mobilisation ont été créées par le Scottish National Party (Parti national écossais, SNP) grâce à sa gestion habile de la politique électorale classique et des médias. Il n’y aurait pas eu de référendum si le SNP d’Alex Salmond n’était pas devenu le parti au pouvoir au Parlement écossais de Holyrood et s’il n’avait pas utilisé ce levier pour forcer David Cameron à l’organiser. Mais, comme l’a souligné avec insistance Cat Boyd (jeune militante syndicale et animatrice de la « Radical Independence Campaign », ndt), le mouvement pour l’indépendance suscité par le référendum dépasse complètement Alex Salmond, le SNP et les atours traditionnels du nationalisme.

 

 

- Une invitation à dire non à une superpuissance

Cat Boyd s’exprimait à l’occasion d’une réunion au Parlement britannique à Westminster, organisée par les magazines Red Pepper et OpenDemocracy afin de porter la cause de l’indépendance « dans le ventre de la bête ». Neal Ascherson (célèbre historien et journaliste écossais, ndt) a déclaré lors de cette réunion : « Gordon Brown [3] a dit que c’est une campagne pour ou contre le SNP, mais c’est totalement faux. Il s’agit d’une énorme mobilisation de masse. »

 

Le référendum est devenu une invitation à dire non à une superpuissance dont les guerres, comme celle contre l’Irak, ont toujours été jugées odieuses par le peuple écossais, mais auxquelles celui-ci a pourtant été contraint de se joindre ; une opportunité de dire non à des décennies d’injustice sociale et de sacrifices à l’autel du marché mondial par les gouvernements conservateurs et travaillistes à Westminster, pour qui les électeurs écossais n’avaient pas voté. Il est, enfin, la possibilité de refuser une démocratie sans substance où les députés, à 500 kilomètres de distance, voire plus, sont trop éloignés pour être tenus responsables ou soumis à la pression populaire.

 

 

- Naissance soudaine d’un nouvel imaginaire politique

Plus important encore, les Écossais ont saisi le choix qu’ils avaient à faire eux-mêmes, sans la médiation de la classe politique, comme une opportunité d’imaginer le type de société qu’eux, peuple écossais, pourraient construire grâce aux possibilités démocratiques de l’indépendance. La force de ces deux dynamiques – celle du refus et celle de la naissance soudaine d’un nouvel imaginaire politique – est telle qu’il y a tout lieu de se demander si le SNP de Salmond pourra même survivre à cette tourmente politique.

 

Pourtant, les commentateurs politiques, en particulier dans les médias dominants, font comme si rien n’avait changé. Pour eux, c’est encore de la politique telle qu’ils la connaissent : une bataille entre hommes d’âge mûr en costume-cravate échangeant des insultes – une bataille dont les protagonistes sont Alex Salmond et l’ancien ministre travailliste et figure de proue du Non, Alistair Darling.

 

J’ai commencé à m’intéresser au référendum parce que je sentais qu’au contraire, quelque chose de spécial, politiquement, était en train de se passer. C’est ce qu’illustrent l’implication active d’artistes et de créateurs – des metteurs en scène radicaux comme David Greig et des journalistes comme Joyce McMillan (pas les suspects habituels) – ou encore l’imagination enthousiaste libérée parmi les étudiants, qui m’a été transmise par ma propre nièce, qui est en dernière année à l’École d’Art de Glasgow et bien décidée à demeurer dans cette ville du fait de son dynamisme culturel. Je sentais qu’enfin cela pourrait être une opportunité d’ébranler jusque dans ses fondements le « colosse Britannia, pompeux et aristocratisant », selon les termes de Niki Seth-Smith d’openDemocracy.

 

De puissants mouvements militants contre Thatcher, comme la grève des mineurs de 1984-1985, la rébellion contre la « poll tax » [4], ont secoué ce colosse, mais n’ont pas réussi à l’abattre. Les partis de gauche n’ont pas su surmonter les obstacles du système électoral pour proposer une alternative de gauche aux travaillistes qui aurait pu empêcher la soumission de ces derniers au consensus néolibéral. Le mouvement pour l’indépendance écossaise pourrait-il être la pierre dans la fronde de David qui troue l’armure de Goliath ?

 

 

- Des idées fraîches qui n’ont aucune chance dans le cadre du Royaume-Uni

Cela n’aura pas été un affrontement de machines politiques bien rodées. Certes, la campagne pour l’indépendance, grâce au collectif national des artistes soutenant le Oui, a bénéficié de la contribution de nombreux créateurs brillants, tandis que la campagne du Non s’est contentée d’une campagne de dénigrement de ses adversaires. Mais la puissance du Oui va bien au-delà des techniques de communication, aussi créatives soient-elles.

 

Les propos d’un jeune diplômé de l’Université Caledonian de Glasgow offrent un aperçu de ce qui a donné aux "David" du Oui cette force inattendue. Jim Bevington, né de parents anglais dans les îles Shetland et vivant à Glasgow depuis cinq ans, décrit comment, d’adversaire passif de l’indépendance, il s’est transformé en militant engagé et enthousiaste de la campagne pour le Oui. Tout d’abord, il s’est rendu compte que l’indépendance n’était pas, comme les médias le suggéraient, une question de changement de papier à lettres et de « relookage » de l’Écosse. Ce n’était même pas une question de nationalisme. « Je me suis rendu compte que quelque chose d’absolument énorme était en jeu : la transformation et la scission du Royaume-Uni, pour la première fois depuis des centaines d’années. J’avais besoin de m’informer et de m’engager. Quand je me suis informé, en allant sur le site de la Radical Independance Campaign puis à l’une de leurs conférences, je me suis rendu compte que l’enjeu n’était pas de savoir à quel point la Grande-Bretagne était mauvaise, mais les idées des gens sur ce à quoi pourrait ressembler une Écosse indépendante... Des idées fraîches qui n’auraient aucune chance d’être mises en œuvre dans le cadre du Royaume-Uni, mais qui auraient toutes les chances d’être mises en œuvre dans une Écosse indépendante. »

 

 

- Chaque citoyen en Écosse est en mesure de voter pour une autre société

C’est cet espoir devenu réaliste qui pousse les gens à s’organiser en Comrie, à Ullapool, à Troon (localités écossaises, ndt), dans pratiquement tous les quartiers à travers l’Écosse afin de partager leurs idées, de réfléchir à la façon dont ils voudraient façonner une Écosse indépendante. C’est une dynamique auto-organisée, galvanisée par la simple idée que chaque citoyen en Écosse est en mesure de voter pour un autre type de société – et non pas, comme dans la plupart des élections, juste pour choisir ses élites. La possibilité de l’indépendance met les électeurs écossais au défi de se prendre au sérieux et de donner corps aux espoirs qu’ils ont partagés de façon informelle avec leurs amis et leurs voisins.

 

Qui a construit la confiance en soi nécessaire pour relever le défi de façonner un nouvel avenir, plutôt que de continuer à s’accommoder avec un présent familier, mais imparfait ? Pour répondre à cette question, il suffit de voir la campagne pour le Oui en action. C’est un mouvement étonnamment généreux d’esprit, créatif et pluriel, concentré sur un but commun. Il dispose de nombreuses plates-formes, y compris la campagne officielle pour le Oui des politiciens et des organisations nationales, et la Radical Independence Campaig (RIC), dont les militants ont parcouru en long et en large les quartiers populaires qui avaient été ignorés par les politiques depuis des décennies.

 

 

- Une nouvelle économie durable, créatrice d’emplois socialement utiles

La Radical Independence Campaign rassemble des groupes très divers, à travers des mobilisations spécifiques : celle, énergique et omniprésente, des Women for Independence (« Femmes pour l’indépendance » ; le stratégiquement vital Labour for Independence (« Travaillistes pour l’indépendance »), qui a désormais le soutien de plusieurs figures du parti en Écosse ; ou encore la Fondation Jimmy Reid, un think-tank influent qui se dédie à l’action autant qu’aux discours, dirigé par Robin McAlpine. La Fondation a réuni les idées pour une nouvelle Écosse issues de réunions locales dans un livre-manifeste intitulé The Common Weal (« Le Bien Commun »).

 

Tous ces affluents alimentent un mouvement populaire qui n’a pas besoin de leader charismatique. Il s’agit d’un mouvement organisé par et autour des gens, dans toute leur particularité. Sa puissance réside dans ses voix multiples, en une conversation entre elles et avec les autres, et dans la manière dont la Radical Independence Campaign parvient à transformer la critique radicale de tel ou tel aspect de la politique du gouvernement britannique ou de la structure socio-politique du pays en argument puissant en faveur d’une nouvelle perspective et pour une solution positive.

 

Un argument négatif en faveur de l’indépendance, par exemple celui d’échapper à la bulle immobilière qui s’est développée autour de Londres, devient l’argument positif de doter l’Écosse des pouvoirs macro-économique nécessaires pour créer une nouvelle économie durable, créatrice d’emplois socialement utiles et basé sur des formes variées de démocratie économique.

 

 

- Pas une souveraineté nationale unique et fermée sur elle-même

De même, de la critique du rôle impérialiste de la Grande-Bretagne dans le monde et du caractère unidimensionnel des relations internationales de l’Écosse tant que celle-ci restera dans l’Union, les partisans de l’indépendance radicale tirent une vision libératrice des possibilités ouvertes par l’adhésion à un réseau des nations. Ils envisagent un large éventail de collaborations qui portent le débat au-delà de la notion de « séparation » et de souveraineté nationale unique et fermée sur elle-même. Avec l’exemple du Conseil nordique [5] à l’esprit, ils soulignent que l’autonomie sur la base d’une souveraineté partagée et mise en commun est non seulement possible, mais représente aussi une opportunité de rééquilibrer les rapports de forces au sein de notre archipel.

 

Il n’est pas sûr que cette énergie intellectuelle et organisationnelle et cette puissance d’association suffise à produire une majorité de Oui le 18 septembre. Pour ma part, comme beaucoup d’Anglais – beaucoup plus qu’on ne le reconnaît généralement –, je souhaite que ce soit le cas. Mais il est d’ores et déjà clair qu’il n’y a pas de retour en arrière possible à la veille politique, ni en Écosse, ni dans tout le Royaume-Uni. (…)

 

 

- Une invitation à imaginer une autre Angleterre et un autre Pays de Galles

Un tabou séculaire a été rompu. Plus possible de revenir en arrière, même si les principaux partis conspirent à restaurer un silence religieux. Mais des deux côtés de la frontière, quel que soit le résultat du référendum, nous devons faire davantage que parler de la constitution et contester ses règles non écrites. En Angleterre et au Pays de Galles, nous devons suivre l’inspiration de la campagne pour le Oui en Écosse, et traiter cette remise en question de l’avenir de l’Union comme une invitation à imaginer un autre type d’Angleterre et un autre type de Pays de Galles, et des relations différentes entre et au sein de nos nations autonomes. Nous pouvons déjà voir en Écosse comment l’acte collectif d’imaginer un nouvel ordre social transforme des sujets découragés en architectes d’un nouvel ordre constitutionnel. Après qu’on leur ait dit pendant des années qu’ils ne voulaient pas la liberté et ne seraient pas capables de la gérer s’ils l’avaient, ils ont appris qu’ils étaient prêts et capables. Il est plus que temps pour nous autres d’apprendre la même leçon. »

 

Ce texte, écrit pour servir de préface au livre d’Adam Ramsay « 42 raisons de soutenir l’indépendance écossaise » (42 Reasons to support Scottish independence) [6], a été publié initialement par Red Pepper et par le magazine en ligne OpenDemocracy.net. Traduction légèrement abrégée : Olivier Petitjean pour Basta !.

 

Notes

[1] Lire (en anglais) cette tribune récente dans le Guardian : « Voter non à l’indépendance serait pour les Écossais un acte étonnant d’automutilation… L’Angleterre est dysfonctionnelle, corrompue et extrêmement inégalitaire. Qui voudrait être rattaché à un tel pays ? ».

[2Hilary Wainwright est membre du comité éditorial du magazine Red Pepper et associée au Transnational Institute. Nous la remercions pour son autorisation à traduire et publier cet article.

[3Premier ministre travailliste jusqu’en 2010, d’origine écossaise.

[4Réforme fiscale introduite en 1989 par le gouvernement Thatcher qui a suscité une large opposition, ndt.

[5Forum de coopération entre les gouvernements et les parlements des pays nordiques : Danemark, suède, Norvège, Finlande, Islande, plus les territoires autonomes du Groenland, des îles Féroé et des îles Aland.

[6Adam Ramsay est co-éditeur du site britannique OpenDemocracy.net et du site écologiste écossais Bright Green.

 

Pour en savoir plus :

- Le royaume désuni par le libéralisme

- TINA, mère de l’indépendance écossaise

-

- Référendum en Écosse: «Plus rien ne sera jamais comme avant»

- Red Pepper. http://www.redpepper.org.uk/

- Débats sur l’indépendance écossaise sur le site openDemocracy.net. https://www.opendemocracy.net/ourkingdom/collections/scotland%27s-future

- 42 Reasons to Support Scottish Independence, livre issu d’une série de tribunes d’Adam Ramsay, co-éditeur de openDemocracy.net. http://commonwealth-publishing.com/?p=255

- Yes : the radical case for Scottish independence. Livre manifeste de la campagne pour une “indépendance radicale”. http://www.plutobooks.com/display.asp?K=9780745334752

- Radical Independence Campaign. http://radicalindependence.org

- The Common Weal, ouvrage en ligne issu de réunions publiques organisées en Écosse pour débattre de l’avenir de cette nation, dans la perspective du référendum. http://www.allofusfirst.org

Partager cet article
Repost0
13 septembre 2014 6 13 /09 /septembre /2014 15:00
Le sacro-saint ratio de 3% du PIB.... une invention franco-socialiste.
 
Pourquoi le déficit à 3% du PIB est une invention 100%... française généralisée à l'Europe ?
 
Guy Abeille était chargé de mission au ministère des Finances sous Giscard puis au début de l'ère Mitterrand. Il révèle pour La Tribune comment est né, en France et non en Allemagne, le sacro-saint ratio de 3% du PIB pour les déficits publics. A l'origine, il s'agissait d'imposer la rigueur aux ministres socialistes. Puis cette référence cardinale a fait école, bien qu'elle fut dépourvue du moindre sens économique.

Par les temps qui courent, les attentions sont focalisées sur les déficits publics. Il vous intéressera peut-être de savoir quelle est la toute origine du seuil de 3% de déficit public rapporté au PIB - référence devenue cardinale, et critère retenu par le traité de Maastricht.

 
Sources : La  Tribune Extraits du témoignage publié par Guy Abeille publié le 01/10/2010

Je suis un ancien chargé de mission.... du Ministère des Finances, où, jeune diplômé de l'ENSAE (Ecole Nationale de la Statistique et de l'Administration Economique), je fus en fonction d'octobre 1977 à juin 1982, à la Direction du Budget, 1ère sous-direction....

 

J'y fus chargé de suivre, analyser et commenter au mois le mois l'exécution du budget de l'Etat, et de fournir tout au long de l'année, et de façon de plus en plus pressante quand approchait la fin de l'exercice budgétaire, la prévision de son solde d'exécution - en l'espèce, de son déficit. Cette mission se concrétisant par la rédaction d'une "note au ministre" mensuelle, révisée et visée par mon chef de bureau... et de là filant aux cabinets de Matignon et de l'Elysée.

 

Et en fin d'exercice, nous recevions mandat, selon la météo électorale - c'est à dire explicitement selon l'horizon des plus proches élections -, de jouer des marges de liberté que pouvaient nous ménager quelques zones de flou de la comptabilité publique pour améliorer (ou dégrader si les élections étaient à deux ans) le résultat qui serait pour finir gouvernementalement publié, transbordant donc d'un exercice à l'autre l'impedimentum de telles ou telles recettes ou dépenses miraculeusement devenues migratoires. En réalité, en ces temps rivoliens... c'était moi, et moi seul, qui, entre décembre et février (le mastodonte budgétaire, en certains de ses organes, s'étale de deux mois sur l'année suivante), étais officieusement chargé de faire preuve d'inventivité, de sagacité, et de doigté..., pour établir la liste chiffrée, et manuscrite (rien ne serait imprimé), de ce qu'il était possible de faire; ou de faire encore, car d'année en année nous finissions - moi, et ceux qui d'un goupillon cardinalice, hiérarchique et discret bénissaient mes trouvailles - par griller nos successives cartouches, ne pouvant revenir impunément sur une règle que nous avions nous même hautement, et bruyamment hélas, proclamée l'année précédente parce qu'elle arrangeait la présentation comptable voulue cette année-là par nos ministres. Cela sans autre soutien, on l'aura compris, que l'approbation - orale - donnée par mes autorités (habituellement le mistigri était lestement repassé jusqu'au cabinet du Ministre), et en prenant garde de ne pas faire trop monter le rythme des hoquets ni d'exagérer le niveau des remontrances qui ne manqueraient pas d'être, hoquets et remontrances, émis par la Cour des Comptes - mais deux années plus tard, en fait, au moment de la loi dite de règlement, à laquelle, au vrai, plus personne n'accorderait intérêt. Durant deux mois, ainsi, tout allait son train par téléphone et additions, ou soustractions, sur de petits papiers ; et début mars le rutilant résultat bugétaire était porté sur les fonts médiatiques (cela, il faut bien le reconnaître, mais telle est l'incurable myopie politico-technocratique, dans l'indifférence colossale éprouvée par l'électeur de base, pour la financière édification duquel pourtant toutes ces habiletés avaient été tissées).

Le sacro-saint ratio de 3% du PIB.... une invention franco-socialiste.

- L'entrée en déficits

J'en viens au seuil magique - pour un peu, chamanique - du déficit à 3% du PIB.

  • Le premier choc pétrolier se produit à l'automne 1973 : quadruplement du prix - la bombe la plus nocive de la guerre du Kippour est celle qui frappe l'économie mondiale. Exit les Trente Glorieuses.
  • La crainte première est celle du déséquilibre extérieur et de l'inflation : Giscard d'Estaing, tout nouveau Président, y répond par le "plan de refroidissement" Fourcade. Plan qui se traduit par un volontaire et notable excédent budgétaire. Stop and go d'anthologie: le plan de relance Chirac qui le suit en prend le contrepied (un modèle de relance keynésienne, qu'on cite encore dans les écoles). Nous sommes en 1975, les finances publiques viennent d'entrer lourdement dans le rouge. C'était il y a 35 ans. Nul ne le sait encore: la trappe s'est ouverte, elles n'en sortiront plus.
  • Pourtant, s'il ne tenait qu'à lui, Raymond Barre[1] gèrerait les finances à l'équilibre (on sait combien il aime à se portraiturer en bon père de famille). Giscard d'Estaing, c'est à dire la nécessité électorale (la gauche passe à un cheveu de la victoire en 1978), lui en impose autrement. Même l'exquis soulagement qu'apportent les législatives de mars 1978 ne lui donne pas le loisir de ressaisir ses principes. Car le vent souffle d'ouest, Thatcher et Reagan bientôt seront élus: après l'austérité des années 76-77, l'air se fait libéral (on se souvient des barristes "bois mort" et autres "canards boîteux", comprendre textile, sidérurgie...).
  • Ainsi après un premier tour de piste en début de septennat, arrive pour la fin du mandat la seconde figure du tango économique qu'aura conduit Giscard, accordéoniste télégénique mais de faible renom: un pas sur l'inflation (refroidissement Fourcade, austérité des premières années Barre), un pas sur le chômage (relance Chirac, libéralisation Barre). Le déficit, tenu en 1976 et 1977 en lisière des 25 milliards, bondit en 1978[2] à un, libéral faut-il croire, 41 milliards de francs.
  • Et voilà que fin 1979 débute le second choc pétrolier. Ainsi, tous les budgets de Giscard (sauf le premier), et de Barre, auront été en déficit. Pour des montants (hormis la relance Chirac, plus massive) légèrement supérieurs à 1% du PIB. Mais en ce temps, nul n'use de cette référence. Ce ratio est absent des esprits; il n'a pas d'existence.

 

Les dernières années, budgétairement Giscard d'Estaing n'a qu'un point de fixation : ne plus laisser au déficit franchir la ligne des 30 milliards de francs ; elle aurait à ses yeux une portée politique.

Les deux budgets d'avant la gauche s'y tiennent vaillamment (-31 milliards de francs chacune des années 1979 et 1980) ; au prix, s'il m'en souvient, d'un art de l'évitement dans la confrontation avec l'écueil comptable, qu'après trois années de pratique à la Direction du Budget, je commence à assez posséder.

Le sacro-saint ratio de 3% du PIB.... une invention franco-socialiste.

- Arrive 1981

Le budget a été présenté avec un déficit de 29 milliards de francs (on reconnaît là la limite fétiche, et un sens du marketing d'étiquette que nous aurons souvent vu à l'oeuvre chez Giscard d'Estaing, dès lors qu'il s'agissait de publier des chiffres - prière d'annoncer, par exemple, que les prix augmenteront de 9,9% et non de 10%).

 

Cependant, dans les quelques mois qui précèdent le vote, la compétition électorale est gagnée par de vives ardeurs, on a des inquiétudes, et tout Barre qu'on soit, il faut bien en accepter les contingences financières collatérales : on n'aurait garde de ne pas s'attacher ceux qui pourraient pencher pour soi, ou bien seraient possiblement tentés de regarder ailleurs; ces saisons ne sont guère propices à une gestion retenue des finances publiques.

 

Et quand, au terme du combat, la gauche tient sa victoire, on n'en est plus à résister sur la ligne des 30 milliards de francs. Sans que rien n'en eût filtré en dehors de nos murs (d'ordinaire le fonctionnaire est loyal), les élections ont fait sauter, sinon la banque - après tout, on n'en est encore qu'à sept années de dette -, du moins le seuil. Je me revois ainsi, au surlendemain de l'élection, enfiler un des longs couloirs du Louvre, dans l'aile Richelieu où depuis cent dix ans comme un coucou nichait le Ministère des Finances (aujourd'hui le marbre ailé d'Apollon poursuivant Daphné a remplacé l'airain terrible du Budgétaire traquant la Dépense stérile), pour donc informer le rond, le gai et l'affablement zézayant Jean-Paul Huchon, chef du bureau Agriculture et Communautés européennes (lier les deux c'est déjà toute une époque), lequel est au sein du Budget un des représentants connus de l'état-major socialiste (adjoint de Rocard à la mairie de Conflans-Sainte-Honorine, il sera dès le 22 mai, et pour dix ans, son directeur de cabinet), l'informer que le déficit sur lequel il faut tabler, avant même tout geste du nouveau pouvoir, n'est pas en deçà des 30 milliards de francs jusqu'ici proclamés, mais maintenant au delà des 50 milliards: dans les chaleurs pré-électorales, le libéralisme de Giscard et de Barre s'est dénudé en libéralité.

 

Deux mois plus tard, la première loi de finances rectificative socialiste en prendra acte, actualisant le déficit à 55 milliards; et dès le début juin, sans attendre, Laurent Fabius va rendre ce chiffre public.

 

Car le ministre qui nous est dévolu s'appelle Laurent Fabius.... Laurent Fabius a obtenu d'inaugurer le titre, jusque là inconnu au bataillon, de Ministre délégué.... Ce qui lui donne, tout de même, droit de présence aux conseils des ministres, et, car il l'a obtenu, signature des lois de finances sans le ternissant voisinage de Jacques Delors, son ministre de prétendue tutelle.

  • Nous arrivons fin juin, et s'il y a urgence pour adapter l'action budgétaire à la nouvelle donne, plus grande elle est encore pour préparer le budget de l'année 1982, qui sera la première de plein exercice pour la gauche au pouvoir. Las ! Malgré l'autorité toute neuve due au Ministre délégué, et à son rang, il nous revient assez vite que, dans l'effervescence de cette aube nouvelle, camarade ! et l'inaccoutumance des néo-ministres aux règles de gouvernement, ces derniers multiplient à qui mieux mieux les visites du soir auprès du Président pour plaider in vivo leurs besoins en crédits (or, l'expérience séculaire du Budget montre qu'en réalité il n'existe pas de demandes de crédit qui ne soient authentiquement justifiées - le gouvernement, du moins le budgétaire, commence avec l'art de faire tomber l'oukase du refus). Et, au vu des données qui s'agglomèrent peu à peu sur mon bureau, il apparaît assez vite qu'on se dirige bon train vers un déficit du budget initial pour 1982 qui franchira le seuil, jusque là hors de portée mentale, des 100 milliards de francs, chiffre que les plus intrépides d'entre nous n'auraient même en secret pas osé murmurer.

 

 

- Une commande, un soir
C'est dans ces circonstances qu'un soir, tard, nous appelle Pierre Bilger..., devenu le tout récent n°2 de la Direction du Budget à son retour du poste de directeur de cabinet de Maurice Papon (...Ministre du Budget...).
Donc nous voici convoqués, c'est à dire moi-même, et Roland de Villepin, cousin de Dominique..., récent chef de bureau.... Formés à l'ENSAE, nous sommes considérés dans la faune locale comme appartenant à l'espèce, rare au Budget, des économistes (les autres sont des énarques, ces grands albatros de l'administration généraliste), et plus spécialement, car passablement mâtinés de mathématiques (nous sommes des ingénieurs de l'économie, en quelque sorte), de la sous-espèce des économistes manieurs de chiffres - sachant faire des additions, nous plaisante-t-on, en référence, évidemment, aux agrégés-sachant-écrire.

 

Bilger nous informe en quelques mots du ballet budgétaire élyséen en cours, et il nous fait savoir que le Président a urgemment et personnellement demandé à disposer d'une règle, simple, utilitaire, mais marquée du chrême de l'expert, et par là sans appel, vitrifiante, qu'il aura beau jeu de brandir à la face des plus coriaces de ses visiteurs budgétivores.

 

 

 

 

 

 

 

  • Il s'agit de faire vite. Villepin et moi nous n'avons guère d'idée, et à vrai dire nulle théorie économique n'est là pour nous apporter le soutien de ses constructions, ou pour même orienter notre réflexion. Mais commande est tombée du plus haut. Nous posons donc, d'un neurone perplexe, l'animal budgétaire sur la table de dissection.
  • Nous palpons du côté des dépenses, leur volume, leur structure, avec dette, sans dette, tel regroupement, tel autre, ou leur taux d'accroissement comparé à celui de l'économie. Il y aurait bien moyen de détailler à la main quelques ratios consommables, mais tout cela est lourd et fleure son labeur: norme flasque, sans impact, aucune n'est frappante comme une arme de jet, propre à marquer l'arrêt aux meutes dépensières. Nous retournons la bête du côté des recettes : impôts d'Etat sur revenu national ? mais les impôts fluctuent avec la conjoncture, plusieurs sont décalés d'un an... Surtout, nous ne pouvons échapper à l'attraction des prélèvements obligatoires, dont la fiscalité d'Etat n'est guère qu'une part : peut-on valablement se cantonner à elle ? le débat ne manquera pas de naître, à juste titre, et prendra vite le tour d'un brouhaha technique. Tout ça sera confus et sans force probante, au rebours du principe-étendard que nous avons reçu commande de faire surgir pour ostension publique. La route des recettes est coupée.

Le sacro-saint ratio de 3% du PIB.... une invention franco-socialiste.

 

Donc ce sera le ratio déficit sur PIB. Simple; élémentaire même, confirmerait un détective fameux. Avec du déficit sur PIB, on croit tout de suite voir quelque chose de clair.

 

 

 

 

 

 

- Un critère douteux
Arrivé à ce point, un peu de réflexion s'impose.

- On commencera par noter que le déficit est un solde ; c'est à dire non pas une grandeur économique première, mais le résultat d'une opération entre deux grandeurs. Ce simple fait, trivial, emporte deux remarques.

 

- La deuxième observation touche à la pertinence du ratio lui-même : ne divise-ton pas des choux par des carottes ? Car un déficit n'est rien d'autre qu'une dette : il est le chiffre exact de ce qu'il faut, tout de suite, emprunter, c'est à dire, cigale, aller demander à d'autres ; et donc de ce qu'il faudra épargner - au fil des années suivantes - pour rembourser ceux qui auront prêté. Autrement dit, afficher un pourcentage de déficit par rapport au PIB, c'est mettre en rapport le flux partitionné, échelonné des échéances à honorer dans les années futures avec la seule richesse produite en l'année origine. Il y a discordance des temps[3]. Où l'on saisit que le seul critère pertinent est celui de la capacité de remboursement à horizon donné (qui est celui de l'emprunt) ; laquelle est elle-même fonction, non pas tant du déficit consenti une année donnée, que de la dette globale accumulée - cette année-là, mais aussi celles qui ont précédé et peut-être celles qui suivront - et de la prévision qu'en regard on peut faire des ressources futures, c'est à dire du couple croissance et rendement fiscal. Le reste n'est qu'affichage.

 

- Dernière observation enfin, plus générale : on conçoit bien qu'un déficit n'a pas le même sens économique selon qu'il est purement ponctuel, rupture dans une série d'années à l'équilibre, laquelle sera réabsorbée en une à trois années par la réactivation même de l'économie que ce choc aura provoquée (keynésianisme pur) ; ou selon qu'à l'inverse il n'est que le morne jalon d'une longue chronique de déficits, courant les décennies, installés, devenus entière partie prenante, mode de fonctionnement même de l'économie, si usuels, si métabolisés, à elle si consubstantiels que c'est le retour à l'équilibre, la désaccoutumance, qui a un effet de choc (du keynésianisme à rebours en somme). Je rappelle qu'en 2010, la France en est à sa... 36ème année de déficit ininterrompu, et donc de dette couche à couche empilée, cumulée - 36 années, bien plus qu'un tiers de siècle -, et dont elle ne pourra mécaniquement se délester d'un coup: à vue humaine il est probable qu'au point où nous en sommes et où en sont les perspectives longues de notre économie, nous finirons par avoir stocké, dans la meilleure des hypothèses, de la dette pendant pas loin d'un demi-siècle, continûment, tenacement, c'est à dire sans avoir jamais commencé de seulement la rogner ; laquelle, pour finir, soit sera remboursée (perspective vertueuse, ou bien enchanteresse), soit détruite (par inflation, ou restructuration comme on dit pudiquement), soit plus vraisemblablement aura été traitée par un mixte empirique des deux, c'est à dire fonction des rapports de force dans la partie à trois entre gouvernements, Banque Centrale et marchés.

 

 

Où l'on aura compris que fixer le projecteur sur le déficit d'une année donnée n'a guère de sens ; et que le rapporter au PIB de cette même année lui en fait perdre un peu plus. Le ratio déficit sur PIB peut au mieux servir d'indication, de jauge : il situe un ordre de grandeur, il soupèse une ampleur, et fournit une idée - mais guère plus - immédiate, intuitive de la dérive. Mais en aucun cas il n'a titre à servir de boussole ; il ne mesure rien : il n'est pas un critère. Seule a valeur une analyse raisonnée de la capacité de remboursement, c'est à dire une analyse de solvabilité : n'importe quel banquier (ou n'importe quel marché, ce qui revient au même) vous le dira.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Certes ; mais la question politique - politique, et non économique - demeure : comment transmuter le plomb d'une analyse raisonnée de solvabilité en l'or apparent d'une règle sonore, frappante, qui puisse être un mot d'ordre ? C'est, dans son prosaïsme, la question qui se pose à nous, et l'impossible auquel nous nous heurtons, en ce soir de juin 81.

 

 

- Fabriquer une norme
Pressés, en mal d'idée, mais conscients du garant de sérieux qu'apporte l'exhibition du PIB et de l'emprise que sur tout esprit un peu, mais pas trop, frotté d'économie exerce sa présence, nous fabriquons donc le ratio élémentaire déficit sur PIB, objet bien rond, jolie chimère (au sens premier du mot), conscients tout de même de faire, assez couverts par le statut que nous confèrent nos études, un peu joujou avec notre boîte à outil. Mais nous n'avons pas mieux. Ce sera ce ratio. Reste à le flanquer d'un taux. C'est affaire d'une seconde. Nous regardons quelle est la plus récente prévision de PIB projetée par l'INSEE pour 1982. Nous faisons entrer dans notre calculette le spectre des 100 milliards de déficit qui bouge sur notre bureau pour le budget en préparation. Le rapport des deux n'est pas loin de donner 3%.

 

C'est bien, 3% ; ça n'a pas d'autre fondement que celui des circonstances, mais c'est bien.

 

 

 

 

 

Nous remontons chez Bilger avec notre 3% du PIB, dont nous sommes heureux, sans aller jusqu'à en être fiers. Et lui faisant valoir que....., foi d'économistes, c'est ce qu'actuellement nous avons de plus sérieux, de plus fondé en magasin. En tout cas de plus présentable.... On sait ce qu'il en est advenu.

 

 

- L'envol du 3%
Le Franc très vite plonge. Il faut écoper le vaisseau.

 

Dans le combat des influences qui se joue cet automne, Delors reprend la main. Il ose parler de pause (un spectre hante la gauche, celui de Blum en février 37 demandant "une pause nécessaire dans la montée des finances publiques..."). Et il est le premier à faire expressément savoir que le déficit ne doit plus franchir les 3% du PIB, et cela pour l'ensemble des comptes publics (il sera bien le seul à être aussi strict, et précis, et complet). Fabius d'affirmer hautement, trois semaines plus tard : "Pour le budget, j'ai toujours posé comme règle que le déficit n'était acceptable qu'à condition de ne pas dépasser un montant raisonnable, de l'ordre de 3% du PIB".

 

Ici, une station s'impose : ainsi viennent de naître, et, pire, d'infiltrer les esprits comme un contaminant, les notions de "déficit acceptable" et de "montant raisonnable" : tomber en très lourd déficit, cela ne s'analyse qu'en référence à l'année dont on parle et non au parcours d'endettement sur lequel on s'inscrit, et, ainsi myopement circonscrit, ce n'est plus un défaut de ressources qu'il faudra, au plus vite, remonter, c'est un acte par nature conforme à la raison, aux Lumières pour un peu, mais à la condition, bien entendu, car on est aussi l'ennemi pondéré de tout ce qui est excès, qu'on ne rajoute guère à tout ce qu'on doit déjà que, bah, bon an mal an, une centaine de milliards - acceptable, raisonnable... superbes déplacements du sens : ou ce que la langue assouplie à l'ENA fait de la rhétorique d'Ulm.

  • Une seule voie nous reste : le déficit. Le déficit, d'abord, du citoyen lambda au Président de format courant, ça parle à tout le monde : être en déficit, c'est être à court d'argent ; ou, si l'on préfère, tirer aujourd'hui un chèque sur demain, qui devra rembourser. Ensuite, le déficit a depuis Keynes acquis ses lettres de noblesse économique : il figure vaillamment dans les théories, il est une des plus visiblement opératoires variables des modèles. Lui seul, c'est évident, a la carrure et la netteté pour nous tirer d'affaire. Le déficit ! mais qu'en faire ? à quelle contrainte le plier pour en extraire une norme ?
  • Le coup est vite joué. La bouée tous usages pour sauvetage du macro-économiste en mal de référence, c'est le PIB : tout commence et tout s'achève avec le PIB, tout ce qui est un peu gros semble pouvoir lui être raisonnablement rapporté.
    • La première, c'est qu'un même déficit peut être obtenu par différence entre des masses dont l'ampleur est sans comparaison : 20 milliards sont aussi bien la différence entre 50 et 70 milliards qu'entre 150 et 170.
    • Or, et c'est la deuxième remarque, on conviendra qu'il ne peut être tout à fait indifférent à la marche de l'économie que la masse des dépenses et recettes publiques soit d'une certaine ampleur (moins de 35% du PIB, comme aux USA ou au Japon) plutôt que d'une autre, bien plus grande (nettemment plus de 50% comme en France ou dans les pays scandinaves) ; sans même parler du contenu de chacune des masses : ce n'est pas la même chose d'aspirer un certain volume de recettes avec une TVA à 10% et un impôt sur le revenu montant jusqu'à 80%, qu'avec une TVA à 20% et un impôt sur le revenu de 30% au pire ; ou bien encore d'aligner un même volume de dépenses, mais avec 5% de subventions d'investissement dans un cas ou 20% dans l'autre. On voit donc que s'intéresser au déficit en soi, à son montant seul, n'a qu'un sens relatif. Première observation.
    • 1% serait maigre, et de toute façon insoutenable : on sait qu'on est déjà largement au delà, et qu'en éclats a volé magistralement ce seuil ;
    • 2% serait, en ces heures ardentes, inacceptablement contraignant, et donc vain ; et puis, comment dire, on sent que ce chiffre, 2% du PIB, aurait quelque chose de plat, et presque de fabriqué. Tandis que trois est un chiffre solide ; il a derrière lui d'illustres précédents (dont certains quon vénère). Surtout, sur la route des 100 milliards de francs de déficit, il marque la dernière frontière que nous sommes capables de concevoir (autre qu'en temps de guerre) à l'aune des déficits d'où nous venons et qui ont forgé notre horizon.
    • Mitterrand déleste le budget 1982, en cours de finition (on le présente en septembre), du déficit de 120 milliards où il se propulsait jusqu'à celui de 95 milliards qui sera annoncé, soit bien visiblement moins que le seuil symbolique - chiffon... rouge pour marchés en émoi - des 100 milliards de francs (nos 3% du PIB). Et c'est en août que Fabius..., pour la première fois dans toute l'histoire de la langue publique universelle (car nul encore nulle part, serait-ce à l'étranger, n'a jamais avancé ce ratio), réfère le déficit au PIB - pour le rendre bénin sans doute, et couvrir sa rudesse d'une gaze savante: car enfin, ces 2,6% du PIB qu'il cite aux journalistes sans s'y appesantir, presque comme en passant, comme une chose qui serait dans les moeurs, et du moins ne saurait inquiéter qui a fait des études et sait de quoi il parle, ces 2,6%, que pèsent-ils au fond, sinon le poids d'une pincée de PIB ? - et non la centaine de milliards de francs que rajoutés aux autres il faudra un jour, avant la fin des temps, ou avant la faillite, par l'impôt rembourser.
    • Mais l'automne déjà, ses bourrasques ; et le Franc balayé avec les premières feuilles : il faut dévaluer (dans la govlangue on dit "réajuster"), non sans avoir âprement négocié, négocié et plaidé, comme de juste, comme chaque fois, avec l'Allemagne - l'Allemagne au mark toujours trop fort, à l'inflation trop faible, à l'industrie trop fiable, l'Allemagne, ce modèle irritant et exténuant voisin qui construit sa confiance, interne et externe, comme ses machines-outils et comme ses berlines, sur le long terme, et sans désemparer, sans versatilité, unanime à ne pas tolérer que quiconque jamais y porte une ébréchure, tandis que nous changeons de pied, désunis, impatients et fragiles, plus inquiets d'affirmer une autorité que de faire autorité, plus sensibles à l'effet produit sur le théâtre de l'intelligence qu'à l'effort soutenu dans l'avancée commune.
Le sacro-saint ratio de 3% du PIB.... une invention franco-socialiste.

Dès lors dans les déclarations - Fabius, Delors, Mauroy - le 3% du PIB revient comme une antienne. Il est le phare qui balise la route (quand il n'est guère que le quinquet qui suit la descente à la dette). Tandis que les attaques contre le Franc reprennent de plus belle, et que la préparation du budget 83, sous la pression énervée des ministres, livre des premiers scénarios assez époustouflants (à son plus haut le décompte produit un déficit de 210 milliards de francs), le 3% du PIB, désormais bien en selle, devient le marqueur proclamé, martelé, d'une "politique maîtrisée des finances publiques" - en somme, on peut dévaler la pente de l'endettement sur un cheval qu'on cravache, mais à la condition, raisonnable, qu'il ne s'emballe pas. Le petit calcul discutable, mais malin, et tout de circonstance que nous avons commis un soir d'il y a quelques mois est maintenant devenu une norme publique, qui vaut principe, affiché, assumé, presque revendiqué, pour la conduite du gouvernement. Assurément, un succès assez rare.

 

  • Ce calcul, ce principe, il lui reste à recevoir encore, par les voies les plus solennelles, l'onction du Président. C'est chose faite le 9 juin 1982... ; lors de sa seconde conférence de presse du septennat, le Président dans son intervention liminaire déclare: "Le déficit est d'environ 3% et il ne faut pas qu'il dépasse ce pourcentage appliqué au produit intérieur brut. J'attends du gouvernement qu'il respecte - je n'ai pas lieu d'en douter sachant l'engagement du gouvernement tout entier - ce plafond de 3% et pas davantage." (... sachant l'engagement du gouvernement tout entier : on imagine qu'un ange - armé d'un coupe-coupe budgétaire -, fors Delors, sur les ministres passe).

 

Le processus d'acculturation est maintenant achevé ; on a réussi à déporter le curseur : ce qui est raisonnable, ce n'est pas de voir dans le déficit un accident, peut-être nécessaire, mais qu'il faut corriger sans délai comme on soigne une blessure ; non, ce qui est décrété raisonnable c'est d'ajouter chaque année à la dette seulement une centaine de milliards (en francs 1982). C'est cela, désormais, qu'on appelle "maîtrise" : en dessous de 3% du PIB, dors tranquille citoyen, la dette se dilate, mais il ne se passe rien - quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt, dit le proverbe chinois ; quand le sage montre l'endettement, l'incompétent diplômé regarde le 3% du PIB.

Le sacro-saint ratio de 3% du PIB.... une invention franco-socialiste.

- Extension du domaine du ratio
Puis un jour le traité de Maastricht et le TSCG[4] parurent sur le métier. Ce 3%, on l'avait sous la main, c'est une commodité ; en France on en usait, pensez ! chiffre d'expert ! Il passe donc à l'Europe ; et de là, pour un peu, il s'étendrait au monde.

 

Sans aucun contenu, et fruit des circonstances, d'un calcul à la demande monté faute de mieux un soir dans un bureau, le voilà paradigme: sur lui on ne s'interroge plus, il tombe sous le sens (à vrai dire très en dessous), c'est un critère vrai. Construction contingente du discours, autorité de la parole savante, l'évidence comme leurre ou le bocal de verre (celui dans lequel on s'agite, et parade, sans en voir les parois) : Michel Foucault aurait adoré.

 

Parfois lorsque j'entends, repris comme un mantra, le 3% du PIB, je m'amuse de ce trois que nous avons choisi. Me revient le souvenir du numero deus impare gaudet - le nombre impair plaît à la divinité - qu'on trouve dans Virgile. Et la traduction qu'en donne Gide dans Paludes : le nombre deux se réjouit d'être impair. Et il a bien raison, ajoute Gide.

Le 3% du PIB se réjouit d'être critère... Et il a bien raison.

 

 

  • Et en 2016..... ?

- L’inventeur des "3% de déficit" avec lesquels les Etats européens continuent de se débattre doute de la validité économique de son équation

Sources : La Rédaction de France Info mercredi 24 février 2016

Guy Abeille, créateur du fameux objectif de 3% de déficit public avec lesquels les Etats européens continuent de se débattre aujourd’hui, a reconnu mercredi soir sur France Info qu’"avec le recul", il aurait "peut-être la main qui tremblerait" au moment d’établir cette équation.

 

L’ancien chargé de mission à la direction du Budget sous François Mitterrand avait alors divisé la "perspective de déficit de 100 milliards de francs" avec le produit intérieur brut, ce qui avait donné 3%.
 
Il s’est toutefois interrogé sur la "validité économique" de ce chiffre de nos jours, même si cet objectif  reste "une règle qui permet de rassurer en particulier les marchés et de mettre une barrière, qui sert de référence. "

Notes :

[1] passe aux manettes de l'économie en 1976

[2] Dette française : les aveux effarants de Michel Rocard sur la loi de 1973

[3] « l’endettement public atteint 1 650 milliards d’euros sur un PIB de 1 950 milliards d’euros, soit 85 % du PIB » ; Absurde. Le PIB, c’est le PIB d’une année. La dette, ça court sur plusieurs années ; C’est comme si on comparait les revenus d’une personne sur 1 an avec l’emprunt qu’il a fait sur 25 ans pour acheter son appartement ; dans ce cas, son niveau d’endettement serait non pas de 85 %, mais peut-être de 200 % ou 300 % ! La durée moyenne d’un emprunt d’Etat est de 7 ans et 30 jours : il faut donc comparer le niveau d’endettement au PIB de la France pendant 7 ans, soit près de 14 000 milliards d’euros ; Et une dette de 1 650 milliards d’euros, ça fait seulement 12% du PIB de la France sur 7 ans..... moins que l'endettement de nombre de ménages qui parfois dépassent les 30% des revenus !

[4] TSCG : Le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance impose une « règle d’or » : les États doivent afficher des comptes publics « en équilibre ou en excédent ». Aux 3 % de déficit budgétaire maximum, imposé par le traité de Maastricht, le TSCG ajoute que le déficit structurel (calculé sur la croissance du PIB à moyen terme) ne doit pas dépasser 0,5 %,...

 

Pour en savoir plus :

Commentaires de J.L. Mélenchon après l’adoption du TSCG

- Nous déclarons la mort du Traité de l’austérité (TSCG)

Partager cet article
Repost0
10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 13:00
Pour aider la gauche de transformation sociale française à sortir de son enlisement..... l'expérience espagnole de Podemos (« Nous pouvons »)

Si la gauche radicale connaît actuellement des difficultés en France, d'autres expériences - notamment Syriza en Grèce ou Podemos dans l'Etat espagnol - permettent d'espérer et invitent à penser. Nous reproduisons ici un article initialement publié le 23 juin 2014 sur  Viento Sur, puis traduit et publié en français par la revue en ligne Alencontre. L’auteur Brais Fernandez, est militant d’Izquierda Anticapitalista et participe à Podemos. Dans cet article, il revient sur les origines et la signification politique du mouvement Podemos qui a émergé dans l'Etat espagnol, dans le sillage du mouvement des Indignés et des "marées". 

  

Sources : Contretemps mis par Brais Fernandez publié le 23 juin 2014 

L’apparition de Podemos a déboussolé le paysage politique. Dans une situation de blocage institutionnel, où l’instabilité paraissait plutôt être le fruit de la crise des vieux partis que celui de l’apparition de nouveaux acteurs, Podemos émerge comme une grande menace pour ceux d’en haut et un grand espoir pour ceux d’en bas.

 

Après des années de mobilisations et de dynamiques de lutte essentiellement défensives, la marée d’indignation qui s’est manifestée avec le mouvement revendicatif du 15M [15 mai 2011: mouvement des «Indigné·e·s»] cherche à se doter d’outils en vue de lutter pour la conquête de fractions de pouvoir institutionnel, en provoquant un changement de cycle: les classes subalternes ne se contentent plus de protester, elles cherchent désormais à transformer leur propre narration, leur propre récit, en pouvoir politique. Un secteur de la population commence à croire, de nouveau, à la possibilité de construire une société égalitaire et démocratique: l’irruption populaire discrédite la politique traditionnelle.

 

Dans cet article nous tenterons de répondre brièvement à quelques questions. Pourquoi Podemos a-t-il été lancé et par qui? Quel est le rapport entre Podemos et les identités de la gauche? Ainsi que quelques points concernant les éléments du discours politique, les formes et modalités d’organisation et les défis à venir. Il resterait encore bien des aspects intéressants à aborder, mais je vous invite à lire cet article simplement comme une réflexion inachevée ou une contribution au débat.

 

 

- De l’interprétation d’un moment à la création d’un événement

Rompant avec l’idée selon laquelle il «faut accumuler des forces lentement», le lancement de Podemos répond à une vision combinant une analyse «objective» de la conjoncture politique avec une utilisation «subjective» de cette dernière. D’un côté, la conjoncture fraie un chemin vers une possibilité politique: les luttes de défense du secteur public (santé, éducation, etc.), le discrédit des organisations sociales et politiques traditionnelles, la bureaucratisation de la gauche institutionnelle, la désaffection et la colère d’amples couches de la population, la recherche d’une issue politique aux mobilisations constituent quelques-uns des symptômes indiquant qu’un projet comme celui de Podemos avait des chances de réussir. D’un autre côté, la réunion de ces caractéristiques ne conduit pas, en elle-même, à entraîner un quelconque changement fondamental de l’ordre politique. Pour impulser la construction d’acteurs (de sujets) qui vont créer des événements en fonction des possibilités existantes, il importe de tirer parti de la conjoncture pour bénéficier d’un élan. Ce qu’il faut pour que la réalité cesse d’être un puzzle dont toutes les pièces doivent pouvoir s’emboîter implique de commencer à construire le puzzle avec les pièces qui sont à disposition, même si elles ne s’emboîtent pas toutes.

 

 

- Un lancement avec les forces accumulées

Podemos fut lancé par les personnes regroupées autour de l’émission (de TV) de débat politique La Tuerka – dont Pablo Iglesias est la figure de proue – et par des militant·e·s d’Izquierda Anticapitalista. Deux cultures politiques différentes se sont rencontrées. La première, celle qui a trouvé son inspiration dans les processus en cours en Amérique latine, avec une hypothèse fondée sur la possibilité d’une agrégation populaire autour d’une figure charismatique permettant de faire confluer diverses expressions de mécontentement. La seconde, issue une culture «mouvementiste», fondée sur la volonté de construire une alternative de rupture à partir d’en bas et à gauche, très marquée par les expériences du 15M et des mareas [les «marées» ou mouvements sociaux, il en existe plusieurs, caractérisées par leurs couleurs, blanche dans la santé, vert dans l’éducation, grenat pour les «exilés du travail», etc.].

 

L’utilisation d’une figure publique «forte», plus connue par ses apparitions télévisées que pour être le dirigeant d’un mouvement – comme peut l’être Ada Colau[1] – a été et continue d’être controversé. Mais, au-delà des débats, il faut reconnaître que, sans la figure de Pablo Iglesias, Podemos n’aurait pas dépassé le stade d’autres expériences sans pouvoir d’agrégation populaire, allant au-delà des espaces militants déjà constitués. Et je me réfère à Pablo Iglesias comme figure construite pour souligner une réussite indéniable: derrière cette figure, il y a une interprétation de la nécessité de se construire également sur le plan médiatique, eu égard au rôle que jouent les «mass media» dans les sociétés actuelles. Pablo Iglesias est le produit d’une stratégie, et bien que les opportunités soient toujours contingentes, il faut savoir en profiter. Le mérite revient à celui qui a saisi qu’il y avait un espace à occuper ainsi qu’une accumulation de forces potentielles permettant de le faire. Et il a fait en sorte de transformer ce potentiel en quelque chose de concret. La légitimité de Pablo Iglesias dans la direction de Podemos provient du fait qu’il a su construire, par le biais des haut-parleurs médiatiques, une voie de communication directe avec des millions de personnes qui s’identifient avec les questions qu’il soulève. Le débat ne s’articule pas autour de la nécessité ou non d’une direction de ce type – qui a démontré être très utile pour impulser un vaste projet fondé sur l’auto-organisation populaire – mais plutôt sur le thème portant sur la manière de combiner se modèle de direction médiatique avec la culture égalitaire et «venant d’en bas» qui est apparue avec le 15M. La tentative, non dépourvue de tensions, d’aller dans le sens de réunir deux sphères explique en bonne partie le succès de Podemos. Dans ce domaine, il reste encore beaucoup d’expériences à faire.

 

Par ailleurs, un secteur de la gauche radicale (radicale dans le sens d’une recherche de réponses allant à la racine des problèmes endémiques) a été capable de mettre ses (modestes) forces militantes au service de l’ouverture d’un espace qui ne peut être contrôlé par quelque organisation que ce soit. Forces qui cherchent à faire confluer de nouveaux secteurs sociaux au-delà de positions politiques prédéfinies. Il s’agit, en effet, de mettre l’organisation au service du mouvement, abandonnant l’idée que l’on «intervient de l’extérieur» ou de penser qu’il existe des camps politiques fixes. La tâche consiste à participer à des expériences massives, tout en en assumant les contradictions et les formes qui sont plus imposées par les rythmes réels de la situation qu’issues d’un travail patient et organisé. A de nombreuses reprises cette situation produit certaines tensions entre des militant·e·s très idéologisés et le développement politique d’un mouvement composé majoritairement de gens sans expérience militante, dont les liens ne s’établissent pas souvent sur la base de l’activité militante traditionnelle. Il existe un risque réel de désaccouplement entre les noyaux militants (qui ne proviennent pas nécessairement d’une organisation concrète, car il y a des militant·e·s très différents) et cette base sociale vaste et diffuse de Podemos. Ce risque est réel et toujours présent dans un mouvement qui, en raison de ses caractéristiques propres, comprend des formes multiples et variées de liens entre ses membres, au même titre que de degrés de participation.

 

Il est possible qu’un certain changement de mentalité soit nécessaire pour que les militant·e·s, outre le fait d’être des «protagonistes» politiques, assument également une certaine volonté de se mettre en relation avec tous les gens qui s’identifient avec Podemos mais qui ne sont pas disposés à s’impliquer dans des dynamiques activistes.

 

 

- Mettre le « faire » avant l’ « être », afin de pouvoir « être » à nouveau

La défaite de la gauche traditionnelle (chute du mur de Berlin, adaptation de la social-démocratie au néolibéralisme, impuissance de la gauche radicale) est à l’origine de ce que, au contraire d’époques antérieures en Europe, la symbologie « rouge » n’est plus l’élément d’identification par lequel s’exprime le mécontentement anticapitaliste. Ce qui devient central comme élément d’ancrage est ce qu’il «faut faire» qui l’emporte sur «ce que l’on est». Pour le dire en employant des mots de Miguel Romero: «Il est possible et important de créer une organisation politique dont la force et l’unité s’établissent au-delà de l’idéologie, nous concentrant sur la définition des tâches politiques centrales.»

 

Cela ne signifie nullement que cette priorité de «l’agir» empêche la reconstruction d’identités, car il y a toujours en politique une relation de tension avec le passé, une force qui nous impulse provenant de très loin, ainsi que l’expliquait Walter Benjamin [dans ses « Thèses sur l’histoire » de 1940]. Il suffit de voir l’étonnante récupération-transformation de meetings [dans de vastes espaces, souvent dehors, en public] en tant que «théâtre politique» qu’a réalisée Podemos: les poings levés; Carlos Villarejo[2] citant Engels ; Teresa Rodríguez [députée européenne de Podemos, membre de Izquierda Anticapitalista], saluant les luttes locales de travailleurs, les chants de combats ; ou, encore, Pablo Iglesias évoquant ce qu’il y a de meilleur dans le mouvement ouvrier.

 

Cette conception du meeting comme espace vivant, performatif [décrivant l’action et impliquant cette action], conditionne l’évolution de Podemos sur le plan de l’esthétique et du discours: sur ce théâtre d’un «type nouveau» –que sont devenus les meetings de Pablo Iglesias et d’autres figures publiques du mouvement – le public non seulement observe, admiratif, mais il agit, il fait pression, il vit. Cette ouverture d’espaces pour l’expression populaire – ce qui est le grand mérite de Podemos – a permis au peuple de gauche de se réunir avec lui-même, mais a également obligé la gauche à sortir de sa léthargie identitaire. Podemos a fonctionné dans cet équilibre, tendu et précaire, permettant au projet de partir de la gauche, d’ouvrir un nouveau champ au-delà de cette identité, pour ensuite la recomposer, mais sans jamais s’y enfermer. Etre de gauche revient à la mode parce que ce n’est déjà plus quelque chose qui se vit dans la solitude et avec un symbole accroché à la boutonnière.

 

 

- Le jeu des concepts

Podemos a atteint un équilibre difficile pour la gauche: apparaître comme «le nouveau» tout en puisant cette force qui provient de l’observation du passé pour y chercher de l’inspiration. Deux exemples nous permettront d’illustrer cet aspect: tout d’abord, l’introduction «depuis l’extérieur» du terme «caste»; ensuite la contestation de l’identité «socialiste» du PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol), l’un des piliers du régime constitutionnel de 1978.

 

L’introduction du terme « caste » met clairement en évidence la puissance discursive de Podemos. Il s’agit d’un concept suffisamment ambivalent et sibyllin pour pouvoir établir un axe antagoniste, cela dans un contexte où les responsables de la débâcle sociale se montrent invisibles ou strictement individualisés. Traditionnellement, dans la théorie politique issue du marxisme, le terme «caste» a été utilisé pour se référer aux couches de la population dont le pouvoir émanait de leurs relations avec l’Etat, alors que le terme «classe» était relié à la position face aux moyens et aux rapports de production et de propriété. Le terme «caste» peut être l’expression de cette fusion entre le pouvoir économique et les appareils de l’Etat typique de la période néolibérale ; fusion produite par l’invasion financière de champs de gestion étatique qui, au cours de la période du «Welfare», reproduisait les conquêtes sociales de la classe laborieuse. Le terme «caste» se transforme en une représentation, simple et directe, des responsables économiques et politiques de la misère, de la fusion entre les pouvoirs publics et privés. Ce terme pourrait se convertir en synonyme de ce que le mouvement ouvrier a nommé la «bourgeoisie».

 

Cette capacité du terme «caste» de symboliser la fusion entre les pouvoirs économiques et politiques possède également sa base matérielle dans le mouvement réel: que l’on se reporte au slogan qui lança le 15M, rappelant que «nous ne sommes pas des marchandises aux mains des politiciens et des banquiers».

 

Un terme aussi ambigu que celui de «caste», sans ces expériences collectives antérieures, aurait pu se transformer également en une représentation faussée de tous les maux, un recours populiste occultant les responsables authentiques de la crise, ainsi que cela s’est produit en Italie où le principal porte-drapeau de la lutte contre la «caste» est le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo, qui a fini par négocier la formation d’un groupe parlementaire avec l’UKIP (le parti d’extrême droite vainqueur des dernières élections européennes en Grande-Bretagne) au Parlement européen. Cet accord a été approuvé, selon une forme classique du Mouvement 5 étoiles, grâce à une consultation en ligne.

 

Ceci ne discrédite pas le référendum en ligne (sans doute l’un des outils les plus utiles[3] pour amplifier la participation populaire), ni l’usage du terme «caste», mais cela nous rappelle que ce sont les processus sociaux collectifs qui détiennent le poids décisif. Ce sont eux qui définissent la signification d’un terme et déterminent l’utilisation dans un sens ou dans un autre des mécanismes de participation online.

 

Il ne faut pas non plus oublier que le duel entre les termes «la caste» et «les gens» se produit dans le cadre de relations structurelles de domination et d’exploitation capitalistes: la «caste» est exploiteuse, mais elle se maintient et se reproduit dans un cadre systémique. C’est l’action politique des gens qui peut déloger la «caste», non seulement pour la remplacer par une nouvelle couche de gouvernants «plus justes», mais pour désarticuler ces rapports (relations entre l’être humain et l’environnement fondées sur la rapine, l’expropriation par quelques-uns de la richesse produite par le travail, des relations d’oppression hétéropatriarcales) qui déterminent la vie sociale.

 

La force de Podemos réside en ce que le concept n’est pas détaché de l’action réelle, et ainsi s’ouvre la possibilité de lier la lutte contre la «caste» à la possibilité de dépasser les structures et les rapports qui permettent et conditionnent la reproduction de la «caste». Au sein de ce processus de lutte apparaissent des éléments d’auto-organisation populaire, de nouvelles relations sociales qui remettent en question celles imposées par la société capitaliste: la lutte contre «la caste» se forge dans la coopération et le débat, cela à l’opposé de la mise en concurrence, de l’isolement social et de la solitude que produit le néolibéralisme.

 

Par ailleurs, Podemos a eu l’audace (liée à la possibilité ouverte par la fragilité des loyautés politiques établies par le régime de 1978) d’aller contester les bases sociales du PSOE. Le PSOE a fonctionné au cours des dernières décennies comme le principal élément «partidaire» d’intégration des classes subalternes à l’Etat espagnol, un rôle fortement lié à sa subordination et fusion avec les appareils de l’Etat. Les mécanismes pour cette intégration ont été multiples. Les plus notables sont ses liens avec les syndicats, une politique de réformes destinée à stimuler un modèle économique qui échangeait les aides européennes (UE) contre une désindustrialisation du pays. L’endettement servait d’instrument de compensation de la stagnation salariale. Dans la foulée s’opérait une financiarisation du système productif. L’effondrement de ce modèle, à partir de la crise de 2008, a également signifié une forte érosion de son rôle de référence sociale pour tout ce secteur de la classe laborieuse qui considérait jadis le PSOE comme un moindre mal comparé à la droite. Podemos a su se réapproprier le terme «socialiste» pour se positionner en tant qu’alternative face à la ruine de la «marque d’origine», y compris au moyen d’un «jeu discursif» s’appuyant sur une donnée aléatoire: le dirigeant de Podemos et le fondateur du PSOE portent le même nom [Pablo Iglesias, 1850-1925, il fut aussi dirigeant de l’UGT]. Ainsi, Podemos accuse le PSOE d’abandonner ses objectifs fondateurs et appelle à les récupérer dans le cadre de la construction d’un nouveau sujet politique. Les socialistes peuvent ainsi retrouver la fierté de l’être, mais en dehors du PSOE, perçu comme un cadre caduc et en voie de décomposition.

 

Si nous comprenons le «sens commun» à la manière de Gramsci, c’est-à-dire comme une synthèse entre l’idéologie de la classe dominante et les conquêtes contre-hégémoniques des subalternes dans leur lutte contre cette idéologie dominante, il ne fait aucun doute que l’ambivalence discursive de Podemos permet de recueillir une bonne partie du capital historique accumulé autant par les luttes que par l’histoire du mouvement des opprimé·e·s. Mais cette ambivalence – indispensable et si utile pour un processus d’agrégation populaire massif – devra également faire face à des défis dictés par l’agenda politique dominant. Un agenda, ne l’oublions pas, qui continue d’être marqué par des faits étrangers aux actions de Podemos, même si ce dernier constitue déjà un élément de l’équation. Que se passera-t-il le jour de la consultation catalane [prévu le 9 novembre 2014] ? Le sens commun qui domine dans une grande partie – voire la majorité – de ceux qui s’identifient à Podemos ne les pousse pas précisément dans le sens d’un soutien au droit des Catalans à décider [l’indépendance], même si certains dirigeants de Podemos ont défendu le droit de décider des Catalans. Beaucoup de pédagogie et de courage seront nécessaires pour que ne s’impose pas en Espagne le sens commun dominant, c’est-à-dire celui de l’unité de l’Espagne. Mais Podemos, au moins, a ouvert la possibilité de résoudre cette situation de manière démocratique.

 

 

- On n’invente pas les formes

L’une des caractéristiques des périodes de reflux réside dans le fait que la gauche a tenté d’intégrer les personnes dans ses propres structures plutôt que d’aller vers les structures que «génèrent» les gens. C’est, jusqu’à un certain point, compréhensible. S’il n’y a pas de mouvement, il n’y a pas de lieu où aller, ce qui entraîne le repli et l’isolement. C’est la raison pour laquelle les attaques gratuites, très à la mode dans certains secteurs, contre la gauche qui a résisté à toute la vague néolibérale qui a précédé le 15M sont souvent peu matérialistes et injustes. La tragédie n’est pas cette résistance, qui ne mérite que le respect. La tragédie se produit plutôt lorsqu’il y a un changement d’époque, lorsque le mouvement surgit dans l’histoire. Les tentatives de ne pas disparaître en périodes de reflux ou de crise du mouvement se concrétisent souvent sous forme de tendances bureaucratiques, car sans la pression de ceux d’en bas, ce sont les institutions dominantes qui font pression à partir d’en haut. C’est ainsi que les organisations traditionnelles de la gauche ont eu une tendance à se transformer en appareils conservateurs en raison de la pression générée par les liens avec les appareils de l’Etat et les dynamiques de résistance basées uniquement sur la lutte électorale.

 

Lorsque le mouvement populaire fait de nouveau irruption, toutes ces routines sont remises en question. La marée du 15M fut précisément cette irruption du mouvement, après le désert et l’apathie néolibérale, avec le retour du collectif, avec la création de formes organisationnelles qui répondaient aux problèmes de la majorité de la population, à la réalité quotidienne des gens. Emmanuel Rodriguez dans son ouvrage Hipótesis Democracia décrit à la perfection les formes que propose (et impose) le mouvement 15M : « Ample, sous forme d’assemblées, sans structures déterminées, dans la rue et sur la toile. Spontanément, sa forme s’adapte à celle d’un mouvement constituant dans lequel peut participer n’importe qui. Les assemblées sont ouvertes et peut y participer qui le souhaite ».  

 

Podemos tient sa force précisément dans le fait de ne pas tenter d’imposer des formes, mais en permettant de reprendre celles qui ont été expérimentées sur les places, ouvrant des espaces de participation pour les gens. Cela explique la capacité que possède Podemos «d’additionner»: on n’exige pas aux gens de s’intégrer dans une structure prédéfinie, mais est offert plutôt un espace à configurer. Cela différencie Podemos du reste des organisations politiques. Avec Podemos, on parlerait plutôt d’auto-organisation, d’un «do you it yourself» opposé au modèle des organisations politiques de la gauche traditionnelle où la relation entre militant et structure est préfigurée à l’avance.

 

Ce grand avantage n’est pas exempt de problèmes. Les problèmes les plus immédiats sont provoqués par la nécessité de donner forme à des structures propres, capables d’agir de manière pratique, de s’adapter aux temps imposés par la vie quotidienne. Le défi consiste à parvenir à adapter la participation à la vie et non la vie à la participation. Pour cela, la définition de structures peut être utile pour qu’après le moment d’euphorie initial ne se perde pas l’impulsion démocratique. Il faudra examiner si cette génération de structures est capable de se diffuser depuis en bas jusqu’en haut. En raison des caractéristiques mêmes du projet (lancé «depuis en haut»), l’espace depuis lequel se dirige le projet est «fermé». D’où le fait que nous nous trouvons, de facto, en présence de deux processus parallèles dans Podemos qui n’interagissent pas. L’un, à partir d’en bas, expérimental, créatif, ouvert et un autre, d’en haut, fermé, beaucoup plus rapide au moment d’agir, qui envoie des décisions à l’ensemble de Podemos. Il est nécessaire d’équilibrer progressivement cette relation entre «en haut» et «en bas», sans perdre de vue que ce qui se bouge dans les marges, en produisant des mécanismes de contrôle et de décision qui parcourent tout l’espace de Podemos. La nouvelle période qui s’ouvre, dans laquelle Podemos sera lié aux institutions (et à ses «récompenses» matérielles), est également un cadre connu pour un processus accéléré de bureaucratisation s’il n’y a pas un fort contrôle de la base, si ne s’élaborent pas des canaux qui coulent de haut en bas et de bas en haut. Il ne s’agit pas de liquider la capacité de décision des cercles exécutifs, mais plutôt de créer la possibilité de les élire et de les contrôler par des assemblées, introduisant des principes de rotation et de révocabilité, en cherchant un équilibre entre l’autonomie des cercles[4] et l’ensemble du projet. Le discours de Podemos a beaucoup insisté sur la participation et le contrôle démocratique, avec pour objectif de modifier la logique de la représentation. Reste à créer les conditions qui ont été énumérées pour sa concrétisation.

 

Il ne faut pas masquer les tensions qui peuvent naître dans un espace aussi hétérogène que celui de Podemos. Ces dernières ne peuvent être «gérées» que si l’on produit un cadre stable, toujours ouvert et suffisamment fort pour pouvoir engendrer une nouvelle culture politique qui fasse que tous les débats soient canalisés par des structures démocratiques, surgies depuis la base, perméables à la société. Ces mécanismes ne doivent pas être paralysants puisqu’ils ont comme objectif la bataille politique contre les classes dominantes. Mais ils doivent en même temps intégrer ce qui différencie Podemos de la simple efficacité technocratique.

 

L’une des grandes différences de Podemos par rapport à d’autres formations réside dans le fait que les mécanismes qui lient les gens permettent de décider, de donner son opinion tout en visant à donner des solutions aux débats politiques. C’est la raison pour laquelle – au-delà de l’élan généré par l’espérance première – se fait nécessaire une nouvelle culture qui rompe avec la vieille politique basée sur les familles politiques, les réseaux informels ou les réunions de couloir. Ces structures ne peuvent se construire que si le pouvoir (qui, en dernière instance, est une fiction, un accord consensuel que toutes les parties acceptent) émane de structures visibles, transparentes, fondées sur des règles claires et simples. Ce type de mécanismes est le plus utile pour produire une identité commune basée sur «l’agir politique», l’appartenance au projet, son caractère non excluant, au-delà les sigles antérieurs, des groupes d’affinité ou simplement de non-inscription identitaire. C’est là le défi interne le plus important auquel fait face Podemos: passer de l’agrégation enthousiaste à la politique au jour le jour, sans perdre en vitalité, en énergie, en émotion, en démocratie. Ce sera difficile mais pas impossible.

 

 

- Le défi est de gagner

L’un des grands paris de Podemos était de rompre avec la dichotomie entre ce qui relève du domaine électoral et ce qui a trait au processus de lutte et d’auto-organisation. Tout au long du processus qui a précédé les élections européennes du 25 mai, Podemos a construit un mouvement politique électoral massif, ayant une vocation de continuité, dans un contexte dans lequel les mobilisations de rue étaient en reflux, à l’exception de la reprise des Marches de la dignité du 22 mars.

 

D’un côté, ce «processus constituant» n’aurait pas été possible sans l’accumulation de forces provenant des multiples mobilisations antérieures, qui marquent toujours la conscience des phases qui suivent. Mais il est également certain que Podemos a utilisé les élections pour réaménager le champ politique. Pour la première fois, la bataille électorale n’a pas été envisagée comme une «guerre de positions» avec les forces accumulées, mais comme une «guerre de mouvements» rapides, ayant pour objectif de rassembler de nouveaux secteurs sociaux pas liés à l’accumulation des forces produites lors les mobilisations antérieures. C’est cette utilisation des processus électoraux qui a donné naissance à ces cercles qui ont vécu et agi dans la campagne électorale en tant qu’acteurs d’une mobilisation: ils cherchaient à recueillir des voix en même temps que s’ouvraient des espaces pour l’auto-organisation populaire.

 

Podemos est né avec un horizon concret : déloger les partis du régime des institutions. Mais cela ne signifie pas nécessairement « gagner ». Gagner c’est pouvoir gouverner, plus même, c’est doter les classes populaires de mécanismes pour l’auto-gouvernement en même temps que l’on déloge du pouvoir les classes dominantes, démantelant ses mécanismes de domination. Cela ne se réalise pas par décret, ni du jour au lendemain, il s’agit d’un processus qui, dans le contexte historique actuel, ne peut qu’être initié par une victoire électorale. Podemos doit s’y préparer, affrontant les campagnes électorales sous un angle offensif tandis que, parallèlement, on se prépare à aborder la question du gouvernement au-delà du simple discours. Quelqu’un doute-t-il que le programme de Podemos rencontrerait des résistances venant du capital financier international, des grands entrepreneurs ou de la caste liée aux appareils de l’Etat ? Comment gouverner des municipalités endettées par les politiques néolibérales ? Comment s’opposer à une fuite des capitaux, réaction plus que possible face à l’implantation d’une fiscalité fortement progressive ? Il est nécessaire de construire des pouvoirs populaires préparés à résister à cette pression qui se déchaînera en cas de victoire électorale. Il ne suffira pas de contrer les menaces catastrophistes des grands médias avec des démentis verbaux: la meilleure forme de les combattre sera un peuple qui a confiance en lui-même, préparé à exercer le pouvoir.

 

Les cercles Podemos sont l’un des espaces indispensables pour affronter cette tâche. Il faut préciser auparavant que les cercles ne sont pas des mécanismes de pouvoir populaire: ils sont des outils, mais ils représentent un plus pour la construction de ce pouvoir populaire au service d’un gouvernement des citoyens et citoyennes. Il s’agit de maintenir des rapports constants et étroits avec les gens des quartiers, des lieux de travail et d’études, en évitant de se limiter à des consultations sur internet, très utiles et indispensables pour faciliter des mécanismes de décision, mais incapables de construire une politique «chaleureuse», appuyée sur la délibération collective et la construction de communautés enracinées dans la vie quotidienne des territoires.

 

Il s’agit donc de combiner les formules virtuelles et la présence sur le terrain, utilisant tous les instruments à notre disposition pour construire, lier et susciter la participation de la majorité sociale. Cela ne signifie nullement que les cercles doivent prendre toutes les décisions concernant Podemos, mais bien qu’ils doivent participer à l’élaboration des questions présentées à la population, pour éviter que les réponses possibles ne soient définies que par quelques-uns. C’est seulement de cette manière que les cercles se transformeront en espaces ouverts, perméables à la sensibilité et aux problèmes de ceux et celles d’en bas.

 

Les cercles peuvent également être ce lien entre tout le capital accumulé au sein de la société civile et des institutions. Les tâches sont concrètes: discuter avec les organisations sociales non seulement pour se solidariser avec elles, mais pour recueillir leurs expériences face à l’élaboration d’une alternative de gouvernement – les Marées blanche [santé] ou verte [éducation] ou la PAH [plate-forme contre les expulsions de logement] ont accumulé une expérience précieuse qui devrait servir de base à certaines politiques publiques au service de l’ensemble de la société; tisser des liens entre les forces vives des quartiers et des villes; rendre visibles des problèmes ignorés par les autorités; se transformer en un lieu de rencontre ouvert pour tous les habitants; être un mécanisme pour la formation politique de citoyens qui ont besoin d’apprendre ensemble à se gouverner eux-mêmes…

 

Tout mouvement transformateur possède plusieurs pieds. L’électoral est l’une d’entre eux. Les activistes en sont un autre. Sans doute, les porte-parole et les figures publiques représentent un autre, indispensable. Nous avons parlé d’élections, d’outils discursifs, de comment utiliser l’énergie militante pour construire un pouvoir populaire.

 

Mais il reste un quatrième pied pour se mouvoir: les gens «invisibles», ceux qui vivent à la marge de cette expression de la vie publique qu’est la politique. Pour cela, il est nécessaire de comprendre Podemos comme un champ fluide, loin de la rigidité de la politique traditionnelle, qui ne conçoit la construction des sujets que sur la base des expressions visibles. Il nous reste le défi immense d’être l’espérance de ceux qui ne croient en rien, de ceux qui vivent à la marge de l’exercice de la politique, d’être l’espoir de ceux qui vivent désabusés. Cette puissance sociale ne s’exprimera pas jusqu’à ce qu’une force politique comme Podemos ait fait la démonstration qu’elle ne va pas décevoir. Le défi le plus grand de Podemos est de créer de la confiance dans un monde plein de suspicions, où tout a échoué et où il ne reste rien de très crédible[5]. Parce que si Podemos ne réussit pas à insuffler cette confiance, il peut surgir des monstres tels que des pulsions totalitaires et des faux idoles. La responsabilité est peut-être excessive pour une force aussi jeune, mais elle est réelle. Il nous revient à toutes et à tous d’être à la hauteur.

 

Notes

[1] Ancienne porte-parole de la PAH, mouvement qui s’oppose aux expulsions de logement en Espagne, qui est devenue une «figure» de référence des mouvements sociaux. Elle a lancé récemment une proposition de rassemblement de mouvements et d’organisations – y compris Podemos – pour se présenter aux élections municipales à Barcelone en mai 2015. Cette initiative porte le nom de Guanyem Barcelona. (Rédaction A l’Encontre)

[2] Né en 1935, activiste antifranquiste bien que magistrat sous la dictature, procureur anticorruption entre 1995 et 2003, il a été l’un des 5 élu·e·s au parlement européen de Podemos, place qu’il a laissée, comme il l’avait annoncé, à Tania Gonzalez, qui figurait en sixième position de la liste Podemos. (Rédaction A l’Encontre)

[3] Podemos a utilisé le référendum online lors de primaires servant à déterminer ses candidats aux élections européennes du 25 mai 2014, ainsi que pour approuver l’équipe de direction, dans des conditions problématiques, jusqu’à l’assemblée constituante de Podemos à l’automne. (Rédaction A l’Encontre)

[4] Mi-juin, Podemos compte, outre des «cercles thématiques»,  507 cercles répartis dans tout l’Etat espagnol, plus quelques dizaines en dehors de l’Etat espagnol. (Rédaction A l’Encontre)

[5] Le quotidien français Le Monde, en date du 30 juin 2014, sous le titre tapageur «L’indigné espagnol qui veut bousculer l’Europe», relate la candidature de Pablo Iglesias à la présidence du Parlement européen. Il est présenté par la Gauche unitaire européenne (GUE) qui détient 52 députés sur 751. Un accord entre le Parti populaire européen (PPE) et la social-démocratie européenne fait du social-démocrate allemand Martin Schulz le candidat qui a toutes les chances d’être élu au premier tour. L’élection aura lieu le 1er juillet, à Strasbourg. Dans l’article mentionné, la correspondante du Monde à Madrid, Sandrine Morel, dresse à sa façon le portrait de Pablo Iglesias.

 

Pour en savoir plus :

- Podemos : entretien avec un militant

- Pourquoi Podemos progresse quand le Front de gauche patine

- Podemos, le parti politique alternatif espagnol qui étend la démocratie en ‘Cercles’

Partager cet article
Repost0
2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 09:14
Et pendant ce temps là, Poutine se marre…

Franchement, vous ne pensez pas que Poutine leur met (comme on dit vulgairement) jusqu’à la glotte ? On peut apprécier ou pas le personnage. Mais on est bien obligé de constater qu’il mène son affaire avec l’habilité d’un orfèvre. Il a été, il est vrai, à bonne école : le KGB n’a pas formé que des imbéciles.

 

Sources : le blog de José Fort le 1er septembre 2014

Depuis des années, les Etats-Unis, l’Union européenne, l’Otan avaient mis au point une stratégie avec pour objectif final l’encerclement puis l’étouffement de la Russie. Gorbatchev avait ouvert la boîte. Le reste devait suivre.

 

La révolution « orange », c’était d’abord Washington et ses ONG « humanitaires » bourrées de fric et de gentils conseillers formés à Langley [1], confortablement installés à Kiev, proches des sphères des pouvoirs tous gangrénés par la corruption et des médias chargés des paillettes. Il y a eu le blond défiguré en guerre ouverte avec une blonde aux célèbres tresses croyant son heure arrivée forte du sponsoring bruxellois. Il y a eu le protégé de Moscou qui figurera au top niveau dans les annales de la couardise et du détournement de fonds publics. Puis, un ancien boxeur vite rangé au vestiaire alors qu’il était cornaqué par plusieurs parieurs parisiens et leur « conseiller » en affaires miteuses un certain BHL, très vite reconverti dans le chocolat. C’est en fin de compte (mais pour combien de temps ?) le roi du chocolat, fine gueule ayant lapé dans tous les râteliers depuis la fin de l’URSS, qui a remporté le morceau.

 

Une « révolution » sur la place centrale de Kiev programmée à partir d’un ras-le-bol social légitime face à un régime pourri par le fric et l’arrogance, mise en place d’un nouveau pouvoir où figurent des nazis notoires, un milliardaire élu président envoyé divin du nouveau monde surnommé « Monsieur 15% » et le tour était joué. Sauf que tout s’est emballé, les populations de l’Est de l’Ukraine refusant de se plier aux diktats venus de Kiev et demandant la protection de la mère patrie, la Russie.

 

Les gouvernants de l’Union européenne sous inspiration des Etats-Unis ont multiplié les « sanctions » à l’adresse de Moscou. On allait voir ce qu’on allait voir et Poutine n’avait qu’à bien se tenir. Résultat : le patron du Kremlin se marre à gorge déployée.

  • Sanctions ? Il négocie des contrats somptueux avec la Chine, l’Asie et l’Amérique latine.
  • Menaces ? Il rappelle que la Russie est une puissance nucléaire.
  • Energie ? Il en a à revendre.
  • La « communauté » internationale ? Il s’interroge sur le sens de cette formule et répond avec l’accord des Brics (Russie, Chine, Inde, Afrique du Sud, Brésil).
  • La monnaie ? Au pétro dollar, il réplique par le rouble-yan. Bref, Obama et ses copains européens peuvent jouer du verbe, le muscle n’y est plus. La force, aujourd’hui, est ailleurs.

 

Un changement radical se prépare dans le monde. Avec un risque : que les joueurs ne se maîtrisant plus jouent la carte du pire.

José Fort

 

Note :

[1] Siège de la CIA

 

Pour en savoir plus :

- Poutine: 'Ne cherchez pas d'histoire à la puissance nucléaire qu'est la Russie'

- les occidentaux donnent à l'Ukraine la recette pour rejoindre l'OTAN

- Géopolitique du conflit ukrainien : le dessous des cartes

- Ukraine : tensions autour de l'accord de libre-échange avec l'UE

- Le plan secret de Poutine pour détruire l’OTAN

Partager cet article
Repost0
28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 14:29
L’Europe et le Canada disent « oui » à la justice privée

C’est un document aride de 519 pages qui, en temps normal, n’aurait jamais attiré l’attention de quiconque en dehors du cénacle des multinationales et des spécialistes du commerce international. « Fuité » le 13 août par le journal télévisé allemand « Tagesschau.de » sur son site, le texte confidentiel du CETA, l’accord de libre-échange conclu entre l’Union européenne et le Canada, a pourtant été accueilli avec grand intérêt. Et pour cause : il montre que l’Europe a accepté de déléguer une partie de sa justice à des tribunaux arbitraux privés. Une répétition générale avant d’appliquer cette logique à grande échelle avec le traité transatlantique Europe–Etats-Unis ?

 

Sources : Le Monde.fr le 16/08/2014 par Maxime Vaudano Journaliste au Monde.fr

- 1. De quoi s’agit-il ?

Comme de nombreux traités commerciaux signés ces vingt dernières années (mais c’est une première pour l’Europe), le CETA (« Comprehensive Economic and Trade Agreement ») installe un tribunal privé au nom barbare : le mécanisme de règlement des différends investisseurs-Etats, appelé ISDS en anglais.

 

Si elles s’estiment lésées par les décisions des Etats dans lesquels elles exercent leurs activités, les entreprises canadiennes et européennes pourront porter plainte devant cette instance composée non pas de juges professionnels, mais d’arbitres triés sur le volet, le plus souvent issus de grands cabinets d’avocats d’affaires.

 

Ce mécanisme fait également partie des dispositions les plus critiquées du traité transatlantique en cours de négociation.

 

Lire : Le traité TAFTA va t-il délocaliser notre justice à Washington ?

 

 

 

 

- 2. Quel intérêt ?

A l’origine, l’ISDS était intégré aux accords commerciaux pour pallier les carences des systèmes judiciaires des pays en développement et rassurer les multinationales occidentales : garanties contre le risque d’expropriation arbitraire, elles étaient censées investir davantage. Pourquoi donc l’intégrer à un traité entre deux économies modernes comme l’Europe et le Canada ?

 

« Les multinationales n’ont pas confiance dans la justice des pays de l’Est, comme la Roumanie ou la Bulgarie », souffle un vieux routard de l’arbitrage international. Elles pourront donc réclamer des dommages et intérêts devant l’ISDS, au nom du respect des principes de libre-échange inscrits dans le CETA. Délocaliser le règlement des conflits vers un tribunal arbitral permettra également, selon les entreprises, une plus grande neutralité dans les décisions, les juridictions nationales étant susceptibles d’être influencées par les Etats attaqués.

L’Europe et le Canada disent « oui » à la justice privée

- 3. Quels sont les risques ?

Pour ses (nombreux) opposants, l’ISDS pourrait coûter très chers aux Etats qui ne se soumettent pas aux desideratas des multinationales. Attaqué 35 fois en vingt ans dans le cadre de l’ISDS de son accord commercial avec les Etats-Unis, le Canada a ainsi été condamné à six reprises et forcé de verser au total 170 millions de dollars (130 millions d’euros) de compensations à des entreprises américaines (sans compter les frais de procédure), selon un rapport récent du Canadian Centre for Policy Alternatives. Les arbitres ont jugé que les règles de non-discrimination et de non-expropriation fixées par l’accord avaient été enfreintes.

 

Un cas récent, encore en cours d’instruction, fait grand bruit au Canada : estimant que la justice canadienne a invalidé injustement deux de ses brevets, le laboratoire pharmaceutique américain Eli Lilly réclame 100 millions de dollars (75 millions d’euros) de compensation pour ses profits gâchés. Pour l'ONG américaine public Citizen, Eli Lilly tente d’utiliser l’ISDS pour détruire le système canadien de validation des brevets, au mépris des choix démocratiques opérés par les Canadiens.

 

Dans la négociation du CETA, les Européens ont refusé de prendre en compte cette crainte, en déclinant la proposition canadienne d’exclure clairement les questions de propriété intellectuelle du champ de l’ISDS.

 

Plus généralement, les craintes se focalisent sur l’absence de garde-fous dans l’ISDS : les arbitres sont libres de livrer leur propre interprétation de notions juridiquement floues comme « l’utilité » d’un investissement, ou « l’expropriation indirecte d’un investissement ». Il n’existe aucun mécanisme d’appel ou de responsabilisation des arbitres.

 

Pour connaître tous les détails, lire notre analyse de la version fuitée de l'acord de CETA

 

 

 

 

 

Tout juste les négociateurs ont-ils introduit la possibilité pour l’Union européenne et le Canada d’adopter des déclarations contraignantes fixant l’interprétation de points problématiques, auxquels les arbitres devront se conformer.

Campagne du Conseil des Canadiens contre la plainte de Lone Pine sur le gaz de schiste. | (montage)

Campagne du Conseil des Canadiens contre la plainte de Lone Pine sur le gaz de schiste. | (montage)

Cela suffira-t-il à empêcher les multinationales de contester les choix politiques des gouvernements, comme le pétrolier américain Lone Pine, qui réclame 250 millions de dollars (190 millions d'euros) au Québec pour avoir imposé un moratoire sur la fracturation hydraulique et l’exploration du gaz de schiste, annulant « arbitrairement » des permis déjà accordés ? Le texte du CETA reste flou à ce sujet : il précise que les mesures servant des « objectifs légitimes d’intérêt public, tels que la santé, la sécurité ou l’environnement » ne sauraient être contestés, « sauf dans les rares circonstances où l’impact de la mesure [...] apparaît manifestement excessif ».

 

 

- 4. Le texte va-t-il entrer en vigueur ?

Nous en sommes encore loin. Le CETA doit être officiellement dévoilé et signé le 25 septembre prochain, mais devra passer par de nombreuses étapes de validation avant d’entrer en vigueur – pas avant 2016. Côté européen, il devra être approuvé par les 28 chefs d’Etat et de gouvernement, puis par le Parlement européen, avant de faire le tour des 28 parlements nationaux.

 

C’est là que les choses pourraient se compliquer. Dans le cadre des discussions sur le traité transatlantique, la France et l'Allemagne ont exprimé publiquement leurs réticences sur l’ISDS, jugé inutile, comme le nouveau président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, et un nombre croissant de parlementaires européens. On imagine mal comment ils pourraient le soutenir dans le CETA.

L’Europe et le Canada disent « oui » à la justice privée

La société civile fait également monter la pression, en préparant une «initiative citoyenne européenne»  rassemblant un million de citoyens pour interpeller la Commission européenne sur les dangers du CETA et du traité transatlantique.

 

Les négociateurs se retrouvent donc face à un dilemme : soit ils retirent in extremis le chapitre de l’accord consacré à l’ISDS, comme le demandent certains opposants, pour faciliter son adoption ; soit ils tentent de passer en force, prenant le risque d’un échec cuisant comme lors du rejet de l'accord ACTA, en 2012. Le texte de l’accord « fuité » étant présenté comme définitif (avant « toilettage juridique » et traduction), il semble y avoir peu de chance qu’il soit profondément modifié d’ici sa signature.

 

Pour approfondir : Ce que révèle la version fuitée de l'accord de libre-échange Europe-Canada

L’Europe et le Canada disent « oui » à la justice privée
. RÉVÉLATION !

 

La vérité sur le CETA ou AECG, Traité signé entre le Canada et l'Union européenne

ICI le texte du CETA ou AECG signé le 18 octobre 2014 à Ottawa entre le Canada et l'Union européenne signé, rendu public APRÉS sa signature et élaboration secrète !!!.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier TAFTA/TISA

- Ce que révèle la version fuitée de l'accord de libre-échange Europe-Canada

Partager cet article
Repost0
26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 13:32

Mis en ligne le 26 août 2014

En pleine émission sur les sanctions russes, Xavier MOREAU entrepreneur et rédacteur pour Realpolitik TV balance un secret de polichinelle que très peu de médias ont osé dévoiler au grand public: la construction européenne a été officiellement financé par... les Etats-Unis.

 

Pour en savoir plus :

- Document dé-classifié de la CIA datant de février 1953. La preuve ULTIME que l'Union Européenne est une création Américaine (le lien mène vers le site officiel de la CIA).

Partager cet article
Repost0
16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 13:49
Traité transatlantique : la cour de l’UE condamne la Commission à la transparence
Partager cet article
Repost0
15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 10:51
Le Premier ministre Dmitri Medvedev

Le Premier ministre Dmitri Medvedev

Passé sous silence dans les flots de l'actualié médiatique contrôlée par les puissances de "l'argent", le Premier ministre Dmitri Medvedev a annoncé en avril dernier que la Russie n’importerait plus des produits contenant des OGM, affirmant que la nation a suffisamment d’espace et de ressources suffisantes pour produire de la nourriture organique.

 
Sources :  RESEAU INTERNATIONAL mis à jour le 23 février 2016
Si les Américains aiment manger des produits contenant des OGM, qu’ils mangent  Nous n’avons pas besoin de le faire; nous avons assez d’espace et la possibilité de produire des aliments biologiques « -. Medvedev
 
La Russie envisage de rejoindre la longue liste (et sans cesse croissante) des pays anti-OGM . Il le fait après qu’un groupe de scientifiques russes a exhorté le gouvernement à envisager au moins un moratoire de 10 ans sur les OGM et d’étudier de manière approfondie leur influence sur la santé humaine.
 
« Il est nécessaire d’interdire les OGM, d’imposer un moratoire (sur) pendant 10 ans. Alors que les OGM seront interdits, nous pouvons planifier des expériences, des essais ou peut-être même de nouvelles méthodes de recherche qui pourraient être développés. Il a été prouvé que non seulement en Russie, mais aussi dans de nombreux autres pays dans le monde, les OGM sont dangereux. Méthodes d’obtention des OGM ne sont pas parfaits, donc, à ce stade, tous les OGM sont dangereux. 
 
La Consommation et l’utilisation des OGM obtenus d’une certaine manière peut conduire à des tumeurs, les cancers et l’obésité chez les animaux. La Bio-technologies devraient certainement être développés, mais les OGM devraient être arrêtés. Nous devrions cesser de les propager. « - Irina Ermakova, vice-président de l’Association nationale pour la sécurité de la Russie génétique;
 
Un certain nombre de scientifiques du monde entier ont clairement souligné les dangers potentiels associés à la consommation d’OGM. J’ai récemment publié un article intitulé « 10 études scientifiques démontrant que les OGM peuvent être nocifs pour la santé humaine », vous pouvez lire que dans plein ICI. Ce ne sont que quelques-uns choisie parmie les centaines d’études qui sont maintenant disponibles dans le domaine public, il semble qu’ils continuent de faire surface année après année.
 
La Russie interdit complètement les OGM, comme un grand, pays développé c’est un grand pas en avant dans la création d’une plus grande sensibilisation en ce qui concerne les OGM. Demandez-vous, pourquoi tant de pays interdit les OGM et les pesticides ? C’est parce que la preuve pointe vers le fait qu’ils ne sont pas sûrs, ils sont jeunes, et ne savent pas assez sur eux pour consommer en toute sécurité. Ils ne sont pas nécessaire, alors pourquoi ils les produisent ?
 
Au cours des dernières années, la sensibilisation sur les OGM a grimpé en flèche. Activisme a joué un rôle important dans le réveil d’une grande partie de la population de la Terre en ce qui concerne les OGM. Les gens commencent à poser des questions et obtenir des réponses.
 
En Février, la Douma d’Etat a présenté un projet de loi interdisant la culture de produits alimentaires OGM. Le président Poutine a ordonné que les citoyens russes soit protégés des OGM. Le Comité de l’agriculture Unis ont appuyé la recommandation de l’interdiction par le parlement russe, et la résolution entrera pleinement en vigueur en Juillet 2014.
 
Juste pour montrer ce que nous pouvons faire lorsque nous nous réunissons et le changement de la demande et du partage de l’information à l’échelle mondiale. Le changement se produit, et un réveille à de nouveaux concepts de notre réalité tous les jours. OGM ne sont que le début, nous avons beaucoup de choses à débarrasser sur notre planète. Nous commençons tous à voir à travers les fausses justifications pour une nécessité des OGM.
 
Pour en savoir plus :
Partager cet article
Repost0
13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 15:30
Comprendre le traité de libre échange transatlantique (TAFTA) en quelques images

- Échec et mat pour le CETA ?

Comprendre le traité de libre échange transatlantique (TAFTA) en quelques images

L'horizon s'assombrit pour le (CETA) petit frère du Grand Marché Transatlantique (traité de libre-échange avec les Etats-Unis dit TAFTA) !
En effet, le CETA est un accord en négociation entre l'Europe et le Canada... si CETA s'écroule, c'est le
TAFTA qui a du plomb dans l'aile !

 


- François Hollande aurait-il décidé de résister ? Se serait-il souvenu qu'il en va de l'avenir de la France ?

  • Hollande défendre les intérêts de la France ?... NON ! En cela, il n'y a rien de nouveau !
  • Mais Angela Merkel défendre les intérêts de la l'Allemagne ?... SI ! Ce n'est pas nouveau et, en la matière, elle n'entend pas remettre en cause le principe de souveraineté de l'Allemagne !

On va finir par regretter de ne pas avoir Merkel à la place de Hollande !

 

 

- Journée européenne d’action contre le TAFTA le 11 octobre 2014

Journée européenne d’action contre le TAFTA : Réclamons la démocratie ! Renversons le pouvoir des multinationales ! Les peuples et la planète avant les profits !

Appel à une journée d’action décentralisée contre le TAFTA, le CETA et le TiSA [1] et l’agenda des multinationales – 11 octobre 2014

 

Consulter le texte de l'appel et les 1er signataires....  ICI

 

Pour en savoir plus :

Comprendre le traité de libre échange transatlantique (TAFTA) en quelques images

Notes

[1Le projet de partenariat transatlantique entre l’Union européenne et les États-Unis est appelé Tafta (Transatlantic Free Trade Agreement), PTCI (Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement), TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership ) ou encore grand marché transatlantique. L’accord entre l’Union européenne et le Canada est appelé AECG (Accord économique et commercial global) ou Ceta (Comprehensive Economic and Trade Agreement). Le TiSA ou Accord sur le commerce des services (ACS) est quant à lui un accord plurilatéral négocié entre 23 parties (22 États et l’Union européenne au nom des 28, soit 50 États au total).

 

 

Sur le même sujet lire aussi :

- Dossier TAFTA - TISA

- L’Europe impose à l’Afrique un traité pire que le TAFTA

Partager cet article
Repost0
26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 14:57
Susan George : “La mobilisation contre le traité transatlantique est difficile à cause du secret”

La militante altermondialiste[1] monte au front contre le TTIP, ou Tafta. Fin du principe de précaution, tribunaux privés… selon elle, ce traité fait peser des menaces sur la démocratie, l'écologie et le social en Europe.


Sources : Télérama.fr propos recueillis par Vincent Remy - Télérama n° 3364 le

Illustration de Jochen Gerner pour Télérama

C'est un des rares éléments positifs des élections européennes : les citoyens de la Communauté ont subitement découvert qu'une commission en fin de mandat négociait depuis un an un traité de libre-échange avec les Etats-Unis. Le TTIP ou Tafta, selon ses sigle et acronyme anglais, déterminera les futures normes du commerce international. L'omniprésence des multinationales dans les coulisses des négociations laisse craindre une « harmonisation » par le bas et une gestion des conflits par une justice privée. C'est la conviction de l'écrivaine franco-américaine Susan George, fondatrice d'Attac et plus récemment, avec Pierre Larrouturou, du parti Nouvelle Donne. A 79 ans, cette grande militante altermondialiste continue de monter au front. Elle analyse ici les menaces qui, selon elle, pèsent sur la démocratie.

 

 

- Télérama.fr : Le débat sur le TTIP-Tafta a émergé pendant la campagne des élections européennes. C'est un début de fonctionnement démocratique, non ?
Susan George : Qu'on débatte ou non, ces négociations restent antidémocratiques, parce que personne ne dispose des textes, pas même les députés européens. Nous ne pouvons délibérer qu'à partir d'hypothèses. Or, seuls les députés de la Commission du commerce international sont informés de temps à autre par le commissaire européen au commerce, Karel De Gucht, qui leur dit ce qu'il veut bien leur dire. A l'issue de chaque cycle de négociations, nous ne savons pas ce qui a été discuté, ces gens ne sont comptables de rien, c'est secret, et une fois le traité signé, il sera irréversible.

 

 

- Télérama.fr : Cela fait plus d'un an que les négociations ont commencé. Pourquoi le débat public n'a-t-il pas émergé plus tôt ?
Susan George : Déjà, avec l'AMI, l'Accord multilatéral sur l'investissement négocié secrètement entre 1995 et 1998 par les vingt-neuf pays de l'OCDE, nous avions eu beaucoup de mal à mettre le débat sur la table. La mobilisation est difficile à cause du secret, mais aussi parce que les médias considèrent que ces accords, « c'est trop compliqué pour les gens ». Et, de fait, dans les détails, c'est compliqué. Mais je peux démontrer, dans les grandes lignes, que ce projet de traité constitue un assaut frontal contre les pouvoirs législatif et judiciaire de tous les pays d'Europe. Un gouvernement qui voudra légiférer sur l'alimentation, la médecine, l'environnement, le social, pourra être attaqué devant des tribunaux privés par une entreprise estimant que ses profits actuels, ou même futurs, sont entamés par ces mesures.

 

“La régulation à l'américaine est fondéesur l'après-coup, et sur les procès.”

 

 

 

 

- Télérama.fr : Pourquoi l'Europe et les Etats-Unis négocient-ils aujourd'hui ?
Susan George : C'est une histoire de vingt ans. Ce traité pour la libéralisation des échanges est préparé depuis 1995 par les entreprises transnationales de part et d'autre de l'Atlantique. Il y a d'abord eu le Transatlantic Business Dialog, soixante-dix entreprises réunies secteur par secteur, automobile, aéronautique, chimie, dans le but « d'harmoniser » les normes, selon leurs mots. En Europe, BusinessEurope, dont Ernest-Antoine Seillière a été le président, est aussi très efficace. Et n'oublions pas la Table ronde des industriels européens, composée des PDG des compagnies les plus puissantes, qui ont apporté très souvent des plans à la Commission européenne. C'est beaucoup plus qu'un lobby, chacun de ces grands patrons peut avoir accès à tout instant au plus haut niveau politique. Ce que veut la Table ronde, c'est la « régulation » des échanges et des tribunaux d'arbitrage.

 

 

- Télérama.fr : Qu'entend-on par « régulation » ?
Susan George : Les Américains considèrent que nos méthodes sont antiscientifiques. En Europe, lorsqu'on a un doute raisonnable sur la nocivité d'un produit, on applique le principe de précaution. On l'a fait pour les OGM et certains pesticides. Mais les Américains considèrent que notre refus des OGM et des pesticides est une offense quasi criminelle. C'est cela qu'ils veulent changer. Ils veulent « réguler », c'est-à-dire, en fait, harmoniser par le bas. Eux aussi font de la régulation, ils ont des bureaux pour ça, pour chaque secteur industriel, mais en l'absence de preuve absolue de la nocivité d'un produit, ils laissent courir. Leur philosophie, c'est : s'il y a des dégâts, il y aura des litiges, et à travers ces litiges, on pourra éventuellement renforcer les régulations. Dans la pratique, General Motors a fini par rappeler un million de véhicules après un bon nombre d'accidents mortels. Une coalition de victimes d'accidents a obtenu des tribunaux qu'on réexamine les voitures. La régulation à l'américaine est fondée sur l'après-coup, et sur les procès.

 

Illustration de Jochen Gerner pour Télérama

 

 

- Télérama.fr : Comment savez-vous que ces questions sont en jeu dans les négociations du traité ?
Susan George : Soixante-quatre grandes fédérations de producteurs agricoles américains ont demandé à leurs négociateurs « un chapitre ambitieux fondé sur la science », ils veulent qu'on mette fin aux « restrictions non justifiables qui impactent négativement les exportations des Etats-Unis », aux barrières « qui empêchent la liberté d'exportation du maïs et du soja transformés, et qui imposent des exigences environnementales arbitraires ». Les Américains sont hostiles aux étiquettes sur les produits et, pour eux, le champagne ou les fromages sont des produits « génériques » qui n'ont pas besoin d'appellations d'origines contrôlées. Ils attaquent aussi la directive européenne sur les produits chimiques Reach. Aux Etats-Unis, pour la fracturation hydraulique qui permet d'exploiter les gaz de schiste, une entreprise n'est pas obligée de dire quel produit chimique elle injecte dans le sol.

 

“Toute firme qui estime que ses profits sont entamés par l'action d'un gouvernement pourra attaquer ce gouvernement.”

 

 

 

 

 

- Télérama.fr : Que faut-il craindre si le traité voit le jour ?
Susan George : Il faut comprendre que ce traité, qui s'appelle en anglais « Transatlantic Trade and Investment Partnership » (TTIP), portera peu sur le commerce (trade), parce que nos tarifs douaniers sont déjà très bas, mais bien sur l'investissement. Les investissements croisés entre l'Europe et les Etats-Unis représentent 3 000 milliards de dollars. Avec ce traité, toute firme qui estime que ses profits sont entamés par l'action quelconque d'un gouvernement pourra avoir recours à un système d'arbitrage privé, et attaquer ce gouvernement.

 

 

- Télérama.fr : Pourquoi les Etats se laissent-ils faire ?
Susan George : Les tribunaux d'arbitrage – qui sont des tribunaux privés – existent déjà dans de nombreux traités de commerce bilatéraux. Après l'enlisement des négociations mondiales qui ont suivi l'adoption en 1994 des accords de l'OMC, beaucoup d'Etats, poussés par leurs grandes entreprises, ont signé des traités bilatéraux. Et dans tous ces traités ou presque, il y a un chapitre « arbitrage ». Par exemple, Veolia environnement fait un procès au gouvernement égyptien, notamment parce que celui-ci a augmenté le salaire minimum, ce qui entame les profits de l'entreprise. Ce système d'arbitrage est aux mains de grands cabinets d'avocats, surtout britanniques et américains. Ça se passe toujours entre avocats : un avocat peut devenir arbitre puis, au procès suivant, se retrouver avocat. Les multinationales attaquent les Etats, et cela coûte très cher aux contribuables, puisque les avocats sont payés 1 000 dollars de l'heure, l'arbitre 3 000 dollars par jour, et ça peut durer très longtemps. C'est ainsi que l'Equateur a dû payer un milliard de dollars, soit 20 % de toutes ses dépenses de santé, à une compagnie pétrolière américaine qui s'estimait lésée par une zone de forage déclarée protégée.

 

 

- Télérama.fr : Qu'est-ce qui fonde ce recours à des tribunaux privés ?
Susan George : Ces derniers sont nécessaires, je veux bien l'admettre, quand des Etats peuvent être soupçonnés d'avoir des tribunaux publics corrompus, achetables. Mais peut-on dire ça des Etats-Unis et de l'Europe ? En tout cas, les avocats spécialisés prévoient dans les années à venir une explosion des litiges, ils sont ravis, ils ont eu un grand congrès à Noël à Bruxelles, le New York Times était là, ils ont mangé du foie gras au chocolat…

 

“En 1994, l'accord de l'OMC, c'était promis, allait doper l'emploi. 2,5 millions de paysans mexicains ont été ruinés.”

 

 

 

 

 

- Télérama.fr : Mais beaucoup de voix, celles des sénateurs français ou de Pascal Lamy (ex-directeur général de l'OMC), s'opposent aux tribunaux d'arbitrage pour le futur traité transatlantique…
Susan George : Pascal Lamy n'est pas chargé de cette négociation ! Cette négociation, ce sont les multinationales qui l'ont voulue, et elles veulent des tribunaux d'arbitrage. L'ONG Corporate Europe Observatory a réussi à savoir que sur les cent vingt-sept réunions préparatoires qu'a tenues la Commission européenne, 93 % étaient organisées pour les multinationales et leurs lobbies. 7 % seulement pour les associations de consommateurs, les syndicats…

 

 

- Télérama.fr : Comment expliquez-vous que le gouvernement français, socialiste, entre dans un tel processus ?
Susan George : Tous les gouvernements aujourd'hui plient devant la puissance des entreprises transnationales. Et puis, ils croient de façon erronée que cette libération absolue des échanges va créer de l'emploi. En 1994, l'accord de l'OMC, c'était promis, allait doper l'emploi. 2,5 millions de paysans mexicains ont été ruinés parce que le maïs subventionné des Etats-Unis est entré à flots. Maintenant, les Etats-Unis construisent un mur de plus en plus haut pour empêcher ces paysans d'entrer.

 

 

- Télérama.fr : Ce grand marché américano-européen va-t-il s'élargir au reste du monde ?
Susan George : Depuis plus de deux ans, les Etats-Unis mènent aussi des négociations avec onze pays du Pacifique, dont le Japon. Si les deux traités sont signés, ils vont couvrir 75 % du commerce et 65 % du PNB mondiaux. Aucun pays émergent, Brésil, Inde, Chine, ne sera dans ces accords, ils seront obligés de plier, les normes américaines s'imposeront, le commerce sera régulé dans l'intérêt des très grandes entreprises. Ce sera le triomphe du slogan « Approved once, accepted everywhere », c'est-à-dire « approuvé par nous, accepté partout ».

 

 

- Télérama.fr : Que pensez-vous de l'exception audiovisuelle obtenue par la France ?
Susan George : C'est minime. Où sont les exceptions travail, santé, alimentation, environnement, droits sociaux ? Ce projet est pourri dans tous les domaines, et il ne faut pas s'asseoir à cette table, accepter que les entreprises fassent notre législation et privatisent le juridique. Des gens sont morts pour qu'on ait des institutions judiciaires indépendantes, ils ne sont pas morts pour qu'on ait des juges privés payés 3 000 dollars par jour, et des compensations juteuses payées par les citoyens contribuables.

 

“On peut gagner grâce à la stratégie de Dracula. Si vous exposez le vampire à la lumière, il meurt.”

 

 

 

 

 

- Télérama.fr : Pensez-vous que la mobilisation peut monter en puissance ?
Susan George : Bien davantage de gens qu'il y a deux ou trois mois ont entendu parler du traité. Je commence à espérer. Mais la politique est devenue tellement compliquée ! C'est aujourd'hui une affaire pour les intellectuels. Quand j'ai commencé, on disait « US hors du Vietnam » ou « Arrêtez l'apartheid ». D'accord ou pas d'accord, chacun comprenait. Maintenant, si je dis « Votez contre le traité », il faut expliquer de quoi il s'agit.

 

 

- Télérama.fr : Mais on a le sentiment, dans notre société en réseau, qu'un mouvement peut partir de n'importe où, à n'importe quel moment, pour n'importe quelle cause…
Susan George : Cela ne part jamais de rien, toujours de quelques personnes bien informées. Pour le référendum sur la Constitution européenne, au cœur de la mobilisation, il y avait les collectifs d'Attac, un millier en France. Le terrain était préparé, les militants au travail. A un moment donné, si on a de la chance, ça fait tilt et tout le monde veut y être.

 

 

- Télérama.fr : Ça peut être le cas aujourd'hui ?
Susan George : On peut gagner comme on a gagné en 1998 sur l'AMI – accord qui menaçait les aides au développement et la protection de l'environnement –, grâce à ce que j'appelle la stratégie de Dracula. Si vous exposez le vampire à la lumière, il meurt. Cela s'est passé avec l'AMI, c'est vraiment nous qui avons eu sa peau, je m'en souviens bien car c'est une des très rares victoires de ma longue vie militante. Aujourd'hui, les lobbies font tout pour diminuer la conscience des citoyens. Etre au courant de tout ce que les multinationales développent de nocif pour l'humanité et l'environnement demande un temps énorme. Beaucoup de gens sont désespérés mais n'ont pas l'énergie d'être furieux. Nous essayons de les rendre un peu furieux. Dracula opère, il n'est pas mort, mais on peut retirer quelques clous de son cercueil…

 

Note :

[1] Née aux Etats-Unis, française depuis 1994, Susan George a toujours été une militante. Cofondatrice d'Attac (1998) et du Collectif Roosevelt (2012), elle est aujourd'hui proche du parti Nouvelle Donne.
 
Pour en savoir plus :
Partager cet article
Repost0
19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 11:01
Rocard, Alevêque, Charb... 100 personnalités disent «non» au traité Transatlantique

Une centaine de personnalités ont rejoint l'appel lancé par le collectif «Stop Tafta», contre le traité de libre-échange entre les Etats-Unis et l'Europe.

 

Sources : LeParisien.fr par Bérangère Lepetit

Devinette : quel sujet peut réunir à la fois la comédienne Mathilda May, le politique Michel Rocard, le dessinateur de Charlie Hebdo Charb ou encore l'humoriste Christophe Alevêque Le traité dit "de libre-échange" négocié actuellement très discrètement entre Bruxelles et les Américains et ce, depuis l'été 2013.

 

Dans un appel commun à l'initiative du « collectif STOP TAFTA », 100 personnalités du monde du spectacle, de la politique, de l'université et des médias se prononcent ce jeudi «contre le traité de libre-échange» dit Tafta (pour Trans-Atlantic Free Trade Agreement ).

Parmi eux, de nombreux politiques comme le leader du Front de Gauche
Jean-Luc Mélenchon, les députés (EELV) Yannick Jadot et Karima Delli, le fondateur du parti Nouvelle donne Pierre Larrouturou, mais aussi les actrices Marianne Denicourt, Marina Vlady, l'écrivain Gérard Mordillat, l'architecte Roland Castro ou les sociologues Dominique Méda, Monique Pinçon-Charlot et Pierre Pinçon.

«Ces négociations opaques se déroulent dans le dos des peuples d'Europe et d'Amérique du Nord», dénoncent notamment les signataires de l'appel. «Cet accord de libre-échange menace de mettre en péril ce qui rend nos sociétés encore vivables. C'est la raison pour laquelle nous appelons les parlementaires français et européens nouvellement élus à faire pression sur les Etats-membres et la Commission européenne afin d'interrompre les négociations du TAFTA.»



- Le texte suscite de nombreuses inquiétudes
Ce traité vise à mettre sur pied un gigantesque marché transatlantique représentant 40% du PIB mondial et plus de 800 millions de consommateurs. Bruxelles met de son côté en avant le coup de pouce à la croissance économique que pourrait représenter ce traité pour les Etats membres de l'Union européenne.

 

Mais le texte suscite de nombreuses inquiétudes, notamment concernant les produits de grande consommation fabriqués outre-Atlantique, comme le boeuf aux hormones, le «poulet au chlore» et le maïs Mon 810 (élaboré par l'Américain Monsanto) qui pourraient arriver plus facilement sur le marché européen avec les nouvelles normes mises en place et les abaissements de droits de douane.

«Aujourd'hui, un mouvement d'opinion est en train de naître contre le traité mais iI faut aujourd'hui amplifier le mouvement de contestation, assure Thomas Coutrot, porte-parole d'Attac. De plus en plus de collectivités territoriales, des villes mais aussi des conseils généraux se déclarent actuellement hors-Tafta. Nous souhaitons aussi cet été que des festivals, comme celui d 'Avignon, se déclarent hors-Tafta», poursuit-il.



- Alevêque : «Tout ça se fait sur notre dos»
Parmi les signataires, l'humoriste français Christophe Alevêque, que nous avons joint, joue ce mois de juillet un spectacle «Little boy» au festival d'Avignon. Il prendra la parole sur le Tafta. «Tout ça se fait sur notre dos, dans notre dos, sans aucun débat démocratique. On va être mis devant le fait accompli, ce n'était pas dans le programme de François Hollande», dénonce l'humoriste engagé. «On a l'impression que le marché tout-puissant est évangélique. Tout ça pour une croissance qui n'arrivera jamais!»

.

«Le problème, c'est que l'humain, l'environnement, la culture, la protection sociale passent derrière le marché tout-puissant, fulmine aussi Christophe Alevêque qui a monté au printemps un spectacle intitulé «la dette». Ce sont les marchands à qui on a donné les clés de la maison. On rajoute des clés au trousseau. Nous, on n'en a plus du tout. Il faut des gardes-barrières. Un peu de contrôle. Que l'être humain soit davantage au centre des préoccupations. Pour l'instant, on lui dit juste de passer à la caisse et fermer sa gueule».

.

- La liste des 100 premiers signataires
Christophe Alévêque, humoriste ; Geneviève Ancel, Dialogues en humanité ; Mariano Andor, collectif Rosia Montana ; Isabelle Attard, co-présidente Nouvelle Donne ; Clémentine Autain, Ensemble ; Geneviève Azam, porte-parole Attac ; Etienne Balibar, philosophe ; Alexandra Baudelot, Laboratoires d'Aubervilliers ; René Becker, président Terre de Liens ; Eric Beynel, Union syndicale Solidaires ; Martine Billard, co-présidente Parti de Gauche ; Pascal Blanchard, historien ; Nicolas Bouchaud, acteur ; Mona Bras, porte-parole UDB ; Dominique Cabrera, cinéaste ; Matthieu Calame, ingénieur agronome FPH ; Amélie Canonne, Aitec-Ipam ; Jean-Michel Carré, réalisateur/producteur Films Grain de Sable ; Bernard Cassen, Mémoire des luttes ; Roland Castro, architecte ; Charb, dessinateur Charlie hebdo ; Laura Chatel, secrétaire fédérale Jeunes Écologistes ; Eve Chiapello, sociologue ; Patricia Coler, déléguée générale UFISC ; Florent Compain, président Amis de la Terre ; Nathalie Coutinet, économiste les économistes atterrés ; Céline Curt, avocate ; Fanny Darbus, sociologue ; Jean-Marc De Boni, président du directoire La Nef ; Christian De Montlibert, sociologue ; Karima Delli, députée européenne EELV ; Marianne Denicourt, actrice ; Florence Denier-Pasquier, vice-présidente FNE ; Jean-Pierre Dubois, président d'honneur de la LDH ; Marc Dufumier, ingénieur agronome ; Eric Fassin, sociologue ; Gérard Filoche, ex inspecteur du travail ; Bruno Gaccio, scénariste et producteur ; Marcel Gauchet, historien, philosophe EHESS ; Susan George, écrivain ; François Gèze, éditeur ; Gaël Giraud, économiste, jésuite ; Pierre-William Glenn, réalisateur ; Vincent Glenn, réalisateur ; Cécile Gondard-Lalanne, Union syndicale Solidaires ; Roland Gori, psychanaliste appel des appels ; Bernadette Groison, secrétaire générale FSU ; Claude Gruffat, président Biocoop ; Jeannette Habel, co-présidente Copernic ; Kadour Haddadi, chanteur de HK et Les Saltimbanks ; Yannick Jadot, député européen EELV ; Béatrice et Jean-Paul Jaud, réalisateurs ; Esther Jeffers, économiste les économistes atterrés ; Raoul-Marc Jennar, essayiste ; Paul Jorion, anthropologue ; Pierre Khalfa, co-président Copernic ; Denez L’Hostis, président FNE ; Thomas Lacoste, cinéaste et éditeur La Bande Passante ; Laetitia Lafforgue, présidente Fédération nationale des arts de la rue ; Bernard Lahire, sociologue ; Bruno Lamour, président Collectif Roosevelt ; Pierre Larrouturou, co-président Nouvelle Donne ; Pierre Laurent, secrétaire national PCF ; Patrick Le Hyaric, député européen PCF ; Renée Le Mignot, MRAP ; Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice de Paris ; Annick Manteaux, Collectif stop-petrole-de-schiste-sud-77 ; Myriam Martin, Ensemble ; Françoise Martres, présidente Syndicat de la magistrature ; Margaret Maruani, sociologue ; Gustave Massiah, Aitec-Ipam ; Mathilda May, actrice ; Dominique Méda, philosophe et sociologue ; Jean-Luc Mélenchon, député européen, co-président PG ; Annie-Thebaud Mony, directrice de recherche Inserm ; Gérard Mordillat, réalisateur ; Antonio Negri, philosophe ; Frédéric Neyrat, philosophe ; Julien Noé, Enercoop ; Birthe Pedersen, vice-présidente Peuples Solidaires ; Henri Pena-Ruiz, philosophe ; Laurent Pinatel, porte-parole Confédération paysanne ; Michel Pinçon, sociologue ; Monique Pinçon-Charlot, sociologue ; Christine Poupin, NPA ; Philippe Poutou, NPA ; Ignacio Ramonet, journaliste Mémoire des luttes ; Frédérique Rigal, Collectif Roosevelt ; Marie-Monique Robin, réalisatrice ; Michel Rocard, ancien premier ministre ; Christian Salmon, écrivain ; Chloé Sécher, coordinatrice réseau culturel Actes if ; Laura Slimani, présidente MJS ; Bernard Stiegler, philosophe Ars Industrialis ; Jean-Pierre Thorn, cinéaste ; Louis-Georges Tin, maître de conférences ; Philippe Torreton, acteur ; Aurélie Trouvé, Attac ; François Veillerette, porte-parole Générations Futures ; Marie-Christine Vergiat, députée européenne ; Patrick Viveret, philosophe ; Marina Vlady, actrice ; Sophie Wahnich, historienne CNRS.

 

Rocard, Alevêque, Charb... 100 personnalités disent «non» au traité Transatlantique

- Toutes et tous hors Tafta !

Les citoyens d’Europe contre le traité transatlantique

 

ICI : Signez l’appel et déclarez-vous « hors TAFTA »


Pour en savoir plus :

- Traité transatlantique : quand l'Europe veut déréguler la finance mondiale

- Susan George : “La mobilisation contre le traité transatlantique est difficile à cause du secret”

Partager cet article
Repost0
14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 11:33
Barroso et Juncker

Barroso et Juncker

Source : éditorial de l'Humanité Dimanche

Décidément, les chefs d’État et de gouvernement européens ne veulent rien entendre, rien comprendre des puissantes alertes lancées par les citoyens, à l’occasion des élections européennes. Seulement un mois après leur résultat, les grandes et petites manoeuvres continuent de plus belle.

 

Pour remplacer M. Barroso à la tête de la Commission européenne, dirigeants de droite et socialistes choisissent comme un seul homme, à partir d’une sorte de mercato de répartition des postes, l’ancien premier ministre du Luxembourg de droite, fédéraliste, et chef de file des conservateurs du Parti populaire européen lors des élections européennes. Ainsi, on propose de remplacer un fédéraliste de droite, Barroso, par un libéral fédéraliste de droite, M. Jean-Claude Juncker. Celui-là même qui incarne, depuis un quart de siècle, l’actuelle construction ultralibérale de l’Union européenne et son cortège de souffrances infligées aux travailleurs, aux retraités, aux citoyens européens.

 

À la tête de ce que l’on appelle « l'Eurogroupe », c’est-à-dire la structure regroupant les pays qui ont l’euro pour monnaie, il était au coeur du dispositif de la dérégulation financière dans l’espace européen. On lui doit donc d’avoir joué un rôle de premier plan dans l’application des politiques d’austérité qui ont détruit les économies de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal, attaqué celles de l’Italie, de l’Irlande et de la France. Il est celui qui a largement contribué à construire, au coeur de l’Europe, l’un des plus grands paradis fiscaux du monde, le Luxembourg. Il en a été premier ministre de très nombreuses années et, à ce titre, il a chaque fois utilisé son droit de veto contre tout projet visant une fiscalité des mouvements de capitaux, la réglementation de la finance ou des banques. M. Juncker est bien le symbole de cette Europe et de cette monnaie unique qui ont failli. Il le reconnaissait lui-même il y a un peu plus d’un an quand il déclarait : « L’euro et moi-même sommes les seuls survivants du traité de Maastricht. » Quelle autre manière d’avouer qu’il est l’homme d’un autre temps et celui de l’échec. C’est pourtant de celui-là que M. Pierre Moscovici a pu dire « qu’il serait un bon président de la Commission européenne » !

 

Pourtant, ce choix est à mille lieues de l’expression populaire et du refus de vote aux élections européennes, marquées à la fois par une poussée de l’extrême droite et de la droite extrême, dite « eurosceptique », la progression d’une gauche alternative dans les pays du sud de l’Europe, un net recul des deux formations traditionnelles, les conservateurs de droite du Parti populaire européen et le Parti socialiste européen, qui se partagent les postes et veulent continuer à le faire au sein des institutions européennes. Ainsi, on assiste à ce spectacle affligeant où socialistes et écologistes soutiennent un candidat de droite à la présidence d’une Commission européenne, « rose-blanche », et la droite soutenant un socialiste à la présidence du Parlement. Et le même partage se fera pour la présidence permanente du Conseil européen. Ce dispositif d’une grande coalition dite « droite-gauche » au sein des institutions européennes, copie conforme de l’entente « démocratie chrétienne/sociauxdémocrates » au pouvoir à Berlin, n’est pas le seul reflet d’ambitions personnelles pour occuper les postes décisionnaires. Elle correspond fondamentalement aux demandes des puissances d’argent et du capital international. Ils veulent être certains de disposer du personnel politique jugé capable de faire survivre le système capitaliste enserré dans la tornade de sa crise.

 

C’est du reste un appel à ce type « d’union nationale » qu’ont lancé sept dirigeants patronaux, la semaine dernière, derrière le vocable « un partenariat au-delà des... postures » pour libérer la France de ce qu’ils appellent « les blocages structurels », c’est-à-dire l’ensemble des droits sociaux et démocratiques qui ont façonné « le modèle social français ». Ils réclament du pouvoir Valls-Hollande qu’il soit plus ferme contre les cheminots, les intermittents, les députés socialistes qui critiquent le pacte d’austérité, ceux du Front de gauche qui appellent à revenir à gauche, tous les élus qui refusent le charcutage territorial, ou même la décision du gouvernement qui a finalement abandonné le projet de gel du niveau des retraites inférieures à 1 200 euros.

 

- Junker incarne, depuis 25 ans, l'actuelle construction ultralibérale de l'Union Européenne et de son cortège de souffrances.

 

C’est dire si le combat est rude. Il appelle évidemment plus de débats pour un nouveau projet à gauche, plus de mobilisation unitaire pour résister et obtenir des améliorations immédiates, plus d’efforts pour rassembler celles et ceux qui ne se résignent pas aux situations actuelles en France et en Europe. C’est le sens de la préparation de la Fête de l’Humanité, qui aura lieu les 12, 13 et 14 septembre prochains.

 

L’enjeu d’un nouveau partage des richesses et d’une nouvelle manière de les produire, respectueuse des hommes et de la planète, devrait être placé au coeur d’une large action transformatrice. Et le nouveau Parlement européen serait bien inspiré de s’emparer du projet de la Confédération Européenne des Syndicats qui, en proposant de mobiliser une infime part des richesses produites dans un plan d’investissement audacieux et innovant, montre qu’il est possible de créer 11 millions d’emplois en Europe. Ce serait le moyen de tenir compte du résultat des élections européennes.

 

- Sur le même sujet, pour en savoir plus, lire aussi :

- Socialistes et droite libérale : Stupéfiante union sacrée au Parlement européen

- Commission européenne : Barroso et Juncker, anciens maoïste et trotskiste repérés par la CIA

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Blog INSOUMIS.
  • : INFORMER pour MOBILISER et AGIR ENSEMBLE
  • Contact

La France insoumise, L'AVENIR EN COMMUN

-N'attendez pas la consigne !

✅ Rejoignez la France insoumise (cliquez ci-dessous) 👇

-" NOUS SOMMES POUR " le site de la campagne des présidentielles 2022

Ensemble, tout est possible !
Nous sommes déjà plus de 183 000, rejoignez nous
 ( pour nous rejoindre, cliquez ci-dessous) 👇

 

-

" L’AVENIR EN COMMUN ", programme de campagne 2022

✅ Visitez  le programme de 2022 (cliquez ci-dessous) 👇

" L’avenir en commun " est en version téléchargeable ICI

 

-

Le JOURNAL de L'INSOUMISSION (cliquez ci-dessous) 👇

 

- La chaîne télé de Jean Luc Melenchon (cliquez ci-dessous) 👇

Pour vous abonner gratuitement, cliquez ICI

Recherche

La France insoumise à l'Assemblée Nationale

 Pour accéder au site (cliquez ci-dessous) 👇

Sur les réseaux sociaux  :

Facebook  - Twitter

Pour ne pas avoir à subir un duel Macron/Le Pen en 2022 : LEVONS NOUS EN MASSE !


 

🔴  Pour une VIe République, refonder notre démocratie... levons nous en masse !

 

👉 Ensemble, nous les mettrons en échec, un outil est à votre disposition : ✍️ https://noussommespour.fr/

 

Le site du Parti de Gauche

 Pour accéder au site (cliquez ci-dessous) 👇

 

Manifeste pour l'Ecosocialisme

 Pour accéder au site (cliquez ci-dessous) 👇

 

Mouvement pour la 6e République

 Pour accéder au site (cliquez ci-dessous) 👇

 

Des outils pour combattre le FN et l'idéologie d'extrême droite française

 Pour accéder au site (cliquez ci-dessous) 👇


🔴  et aussi : Observatoire national pour « mettre sous surveillance » l’extrême droite

 Pour accéder au site (cliquez ci-dessous) 👇