Entre grandes conquêtes sociales et difficultés face aux puissances d'argent : que retenir de l'expérience de la gauche au pouvoir entre 1936 et 1938 ? Comment peut-elle éclairer la gauche de rupture aujourd'hui ?
Avec son ouvrage " La Bourse ou la vie. Le Front populaire, histoire pour aujourd’hui ", Ludivine Bantigny propose une relecture de la période du Front populaire en France de sa formation à sa fin en passant par sa victoire électorale, de 1934 à 1938, en mettant en lumière les débats stratégiques qui traversent le mouvement, la force des mobilisations sociales qui le portent et la politisation populaire importante qu’il suscite. Loin d’une vision mythifiée, elle rend pleinement compte des grandes avancées acquises et de l’espoir qu’il soulève dans le pays, mais également de ses échecs et ses limites. Elle interroge également le récit traditionnel du Front populaire, longtemps centré sur les seuls hommes qui en ont incarné la direction, pour restituer une histoire plus populaire et féminine du mouvement, trop souvent mise de côté dans l’historiographie.
Pour rendre compte de cet enchevêtrement d’événements et des contradictions qui traversent le Front populaire, l’autrice s’appuie notamment sur un travail minutieux d’analyse d’archives : nationales, locales, rapports des ministères, des sous-préfets, courriers des maires, cahiers de revendications, tracts, presse, comités de grève ou encore dossiers judiciaires. Cette longue enquête lui permet de cerner l’opposition, annoncée par le titre, entre la Bourse et la vie : d’un côté, un bras de fer impitoyable avec les puissances financières ; de l’autre, l’aspiration à une existence digne, par la conquête du temps de vie hors du travail. C’est dans cette tension que réside le nœud de l’expérience du Front Populaire, ses espoirs, ses difficultés, et les leçons qu’elle peut nous offrir 90 ans plus tard. Avec une question qui demeure inchangée : « Comment traduire, par des actes concrets, l’espoir en une humanité émancipée ? ».
La menace brune crée les conditions de formation d’un front antifasciste, malgré les désaccords stratégiques
🔴 La menace fasciste
▶️Dans un premier temps, Ludivine Bantigny revient sur le contexte, français et international, qui mène à la formation du Front populaire. Le fascisme s’est déjà installé en Italie depuis plus d’une décennie lorsque les nazis prennent à leur tour le pouvoir en Allemagne en 1933 ; partout, c’est « la mort ». Celles « des libertés, des syndicats et des partis, [et] de la démocratie ». La gauche française prend très au sérieux cette menace. Les conditions de l’unité se nouent alors par nécessité, face à la progression du fascisme et à la prise de conscience d’un péril brun qui s’impose déjà dans les nations voisines.
La montée du fascisme s’explique pour Bantigny par des raisons à la fois économiques et politiques.
Daniel Guérin, alors jeune écrivain et militant socialiste, de retour d’un voyage en Allemagne nazie, y voit un phénomène rationnel, agissant de pair avec le capitalisme : «le fascisme est rationnel, il sert à sauver le profit».
La philosophe Simone Weil propose à l’époque une analyse convergente : loin d’une folie insensée, le fascisme prolonge, par les moyens les plus violents, un mode de production capitaliste empêtré dans une crise profonde, avec une production abondante qui ne trouve plus de débouchés et une prolétarisation massive de pans entiers de la société.
Cette crise est aussi morale et politique : culte du chef, nationalisme exacerbé, antisémitisme, répression tous azimuts de la classe ouvrière, suppression des droits des femmes au nom d’une conception réactionnaire de la maternité.
▶️Dans ce contexte, deux stratégies se disputent à gauche pour faire face au péril fasciste
D’une part le « front unique » – alliances des organisations révolutionnaires, prolétariennes –, option soutenue par le Parti et l’Internationale communiste, la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté et des organisations d’artistes et intellectuels.
D’autre part le « front populaire », une union plus large entre communistes, socialistes et même « radicaux » (centre-gauche), symbole d’une alliance inter-classes avec la petite-bourgeoisie. Les dissensions entre partis sont fortes à l’époque :
entre socialistes et communistes, sur la nature même de la société alternative à bâtir ;
et avec les radicaux, perçus comme les « piliers d’un système compromis avec les forces de l’argent ».
La République elle-même suscite la méfiance de certains socialistes, communistes et anarchistes, qui gardent en mémoire la Commune de Paris et la répression qui s’était alors abattue sur le mouvement ouvrier.
▶️Le Parti communiste, depuis 1928, suit une ligne « classe contre classe[1] », refusant tout compromis parlementaire et dénonçant une Troisième République qu’il juge responsable à la fois de la répression de la classe ouvrière et de l’entreprise coloniale. Malgré ces tensions, des initiatives unitaires « par le bas » voient le jour, nourries par le rejet d’un danger d’extrême droite qui se précise au début de l’année 1934. L’affaire Stavisky[2], qui dynamise l’antisémitisme et l’antiparlementarisme, provoque le limogeage du préfet de police Jean Chiappe, jusque-là complaisant envers les manifestations d’extrême droite. La presse, accaparée par quelques milliardaires, appelle alors à manifester pour protester. La crise fait tomber le gouvernement, et le 6 février 1934, des groupes de droite nationaliste tentent de prendre d’assaut l’Assemblée nationale. Un gouvernement de droite se forme sous l’égide de Gaston Doumergue, qui donne des gages aux ligues et mène une politique autoritaire et déflationniste sur le plan économique.
🔴De la riposte antifasciste au Front Populaire ▶️Ludivine Bantigny rapporte comment une formidable riposte s’organise alors : un Centre de liaison des forces antifascistes est fondé, la CGT lance un appel à la grève générale pour le 12 février 1934, et écrivains, artistes et intellectuels rejoignent le mouvement pour analyser le fascisme et alerter sur les dérives du gouvernement. C’est un grand succès, avec des centaines de milliers de personnes mobilisées partout en France, dans les villes et les campagnes. Et ce, malgré une répression féroce, les attaques de la presse d’extrême droite et la méfiance entre les états-majors des partis.
Si les cortèges sont d’abord séparés, CGT et SFIO d’un côté, CGTU[3] et PC de l’autre, ils finissent par converger, même si les dirigeants du PC rejettent encore l’unité « en haut » et que les socialistes se méfient du « noyautage communiste ».
Des militantes féministes soutiennent le mouvement, avec la création du Comité mondial des femmes contre le fascisme et la guerre[4], malgré le manque de reconnaissance dont elles font l’objet dans la société : la lutte antifasciste s’inscrit ici dans une revendication plus large, l’égalité et la conquête des droits au travail et au suffrage.
En mars se constitue également un Comité de vigilance des intellectuels antifascistes[5], qui rassemble en quelques semaines plus de 2000 membres. Des milliers d’initiatives locales de ce type émergent partout en France : dans la Nièvre seule, une trentaine de comités antifascistes voit le jour.
▶️La ligne du Parti communiste évolue vers le rapprochement avec les socialistes, face aux menaces sur l’URSS et au changement de ligne du Komintern[6]. Il est ainsi proposé l’organisation de manifestations et de meetings en commun pendant l’été, jusqu’au serment solennel du 14 juillet 1935 : celui de rester unis pour désarmer les ligues factieuses, défendre et développer les libertés démocratiques, assurer la paix pour l’humanité. À l’occasion de sa proclamation, Maurice Thorez (PCF), Léon Blum (SFIO) et Édouard Daladier (parti radical) lèvent ensemble le poing en guise de réconciliation.
▶️C’est dans ce contexte que s’élabore une première plateforme d’action commune entre le Parti socialiste et le Parti communiste, qui, malgré leurs désaccords, se rejoignent dans la critique du capitalisme, dénoncée comme une « oligarchie de banquiers et d’industriels [tenant] entre ses mains l’électricité, les transports, la finance, la presse » qui « préfère détruire les richesses que de les partager ». La plateforme s’articule autour de la relance de l’économie et d’« une réponse offensive » à la crise, malgré des incompréhensions entre partenaires : les socialistes aimeraient aller plus loin via des nationalisations de secteurs clés tandis que les communistes souhaitent ménager les radicaux, afin d’agréger les classes moyennes au mouvement. Ces derniers se déchirent entre les partisans d’une alliance prudente avec Léon Blum, portée par Daladier, et ceux qui rejettent le Front populaire, autour d’Édouard Herriot.
▶️Un terrain d’entente entre ces trois forces (PCF - SFIO - parti radical) est finalement trouvé autour d’un « cahier commun des revendications » pour les élections du mois de mai 1936, comprenant la restauration du pouvoir d’achat et la relance de la consommation populaire, la réforme du crédit en opposition au grand capital financier, la justice fiscale avec la création d’une carte d’identité fiscale, la dissolution des ligues, la rupture avec la logique du réarmement sans fin, mais, à noter, aucune mesure féministe – les radicaux y étant fermement opposés.
La victoire du Front Populaire : grandes conquêtes, mouvement social et contre-offensive patronale
🔴Après la victoire ▶️La campagne se conduit dans un climat de violence exacerbée de la part de l’extrême droite, avec des bagarres de rue, des campagnes de dénigrement des « juifs », « métèques » et « marxistes », des appels au meurtres. Tout cela culmine le 13 février 1936 avec l’agression du chef de file du Front Populaire Léon Blum. De l’autre côté de la barricade, l’unité des deux plus grandes forces syndicales, la CGTU et la CGT, après quinze ans de division vient renforcer la dynamique populaire. Le 3 mai 1936, le Front populaire remporte les élections législatives avec une majorité absolue – et donne l’avantage aux socialistes (149 contre 131 aux dernières élections) et aux communistes (72 contre 11) qui gagnent en voix tandis que le parti radical en perd (115 contre 157)[7].
▶️Le texte instaurant les congés payés est promulgué dès le 26 juin 1936[8]. Il permet à « tout ouvrier, employé ou apprenti occupé dans une profession industrielle, commerciale ou libérale, ou dans une société coopérative, ainsi que tout compagnon ou apprenti d’un atelier artisanal, [d’avoir] droit, après un an de services continus dans l’établissement, à un congé annuel payé continu de quinze jours dont douze jours ouvrables au moins », avec une réduction à une semaine pour une personne embauchée depuis au moins six mois. Cette mesure rencontre de nombreuses difficultés et résistances dans son application :
certains salariés ne peuvent pas en bénéficier au regard de la loi ;
le patronat redouble d’ingéniosité répressive pour la contourner et surveiller les grèves visant à obtenir l’extension, voire la simple application, de la loi.
Mais l’auteure met en lumière la rupture immense qu’a constitué cette loi.Désormais, des millions de travailleurs et travailleuses peuvent, « le temps d’un été, découvrir la montagne, contempler la mer ou simplement se rendre à la campagne, respirer ailleurs que dans l’usine, emporter dans sa poche le salaire du repos ».
▶️Dans le même mouvement, la loi sur les 40 heures est adoptée[10], permettant la réduction de la durée hebdomadaire du travail sans diminution de salaire. Là aussi, non sans de nombreuses difficultés : le patronat, notamment la puissante Confédération générale du patronat français, agite le spectre de la catastrophe et obtient :
la multiplication des dérogations pour situations particulières ;
l’application graduelle en fonction des secteurs,
refuse de répondre aux revendications des salariés de répartir les 40 heures sur cinq journées de 8 heures, alors même que les gains de productivité augmentent déjà.
▶️Enfin la loi sur les conventions collectives installe les délégués du personnel[9] C’est « l’irruption du monde ouvrier dans la sphère du droit et la reconnaissance du travail comme force sociale ». Le rapport entre chefs d’entreprise et salariés s’incarne désormais dans un cadre juridique de protection et de négociation formelle. Les conventions collectives s’appliquent à l’ensemble de la branche professionnelle, réduisant de facto le pouvoir arbitraire du patron, ce qui en fait, selon Blum, «l’acte le plus important qui ait été adopté dans la législation sociale de ce pays».
Aussi Ludivine Bantigny écrit :
« Accorder le droit à deux semaines de congé payé, c’est rompre le lien millénaire entre le travail et la subsistance. Ce n’est pas seulement améliorer le sort des classes populaires : c’est faire entrer la société dans une ère nouvelle, où l’être humain n’est plus défini seulement par son labeur, mais aussi par son loisir, la libre disposition de son temps. Le travail, jusque-là horizon unique de la vie populaire, découvre son envers : le repos, non plus comme oisiveté coupable, mais condition de dignité. »
▶️Cette conquête du temps libre s’accompagne d’une véritable politique de démocratisation culturelle, sous l’impulsion de Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale, et de Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État aux Sports et aux Loisirs.
Une culture de la jeunesse se développe, porteuse d’une ambition d’émancipation sociale par l’accès au sport, à la culture et au voyage.
À l’inverse des régimes fascistes, qui investissent eux aussi la question des loisirs mais à des fins d’encadrement totalitaire des masses, le Front populaire en fait un instrument d’insoumission, rendu accessible à tous par les billets populaires de congé annuel proposés par la SNCF.
👉 En parallèle de ces grandes lois de progrès social, les grèves se poursuivent afin d’exiger l’application plus étendue des nouveaux droits, ou simplement leur application effective.
Résister ou céder face à la pression ? Limites et leçons du Front populaire
🔴 « Nous gouvernerons en républicains. Nous assurerons l’ordre républicain. Nous appliquerons avec une tranquille fermeté les lois de défense républicaine. » – Léon Blum, 6 juin 1936
▶️Face aux grèves qui perdurent, le gouvernement serre la vis pour maintenir la « paix sociale » et l’ordre, nécessaire pour assurer à terme la paix en Europe selon Blum, dans un contexte d’embrasement guerrier. Roger Salengro, alors ministre de l’Intérieur, ordonne aux préfets de mettre fin aux grèves, et Léon Blum martèle qu’il ne dirige pas un « gouvernement d’anarchie ». Cette tentative de maintenir en équilibre entre progrès social et ordre républicain conduit à de nombreux égarements :
la saisie du journal trotskiste La Lutte ouvrière, l’interdiction du Libertaire, la surveillance du Parti communiste et du journal L’Humanité.
Dans les entreprises se met en place « l’arbitrage obligatoire » (loi de décembre 1936), qui impose des négociations en plusieurs étapes avant toute grève.
Une « atmosphère de collaboration » s’installe dans l’entreprise, sous la pression des radicaux, qui érigent la propriété privée en principe immuable.
▶️En parallèle, le gouvernement fait face à l’hostilité du corps policier, largement infiltré et phagocyté par la droite nationaliste qui réprime particulièrement durement les grévistes. En réponse, le Front populaire décide la dissolution des Croix-de-Feu, de la Solidarité française, des Jeunesses patriotes et du Parti franciste – dissolution que La Rocque (chef des Croix-de-Feux) contourne aussitôt en refondant son mouvement sous le nom de Parti social français.
🔴Au global, l’expérience du Front populaire est structurée par une tension irréductible : comment répondre aux aspirations immenses de justice et de transformation sociale portées par les classes populaires, tout en préservant l’équilibre économique, institutionnel dans un contexte de crise multiforme ? C’est à la lumière de cette situation complexe qu’il faut lire certaines des difficultés, ou renoncements, du Front Populaire.
▶️Sur le plan financier, le gouvernement se trouve pris dans une tension entre rupture avec le capitalisme et crainte de l’effondrement économique.
Vincent Auriol, ministre des Finances, tente de restaurer la confiance des marchés face à l’épuisement de la trésorerie nationale, tout en refusant dans un premier temps toute dévaluation, perçue comme une capitulation devant la Bourse.
Mais la fuite des capitaux s’intensifie, rendant la position intenable.
L’inflation et le chômage explosent, attisant la colère du peuple étranglé, sans que des mesures phares ne soient introduites : par exemple, la carte d’identité fiscale – un projet de dispositif visant à lutter contre la fraude fiscale des plus riches – ne rentrera jamais en vigueur.
Le gouvernement finit par décider d’une dévaluation du franc en septembre 1936 et annonce une pause dans les réformes en février 1937. Ce recul, contraint par les mécanismes du marché mondial et la puissance structurelle du capital, illustre une nouvelle fois le bras de fer permanent que le gouvernement du Front populaire finira par perdre, faute, notamment, d’une décision de contrôle des changes qui aurait pu permettre d’affronter réellement les puissances d’argents en lutte pour leurs profits. Une situation qui le forcera aussi à recourir à l’austérité budgétaire dont les premières victimes sont les plus démunis. Difficile d’envisager une issue progressiste à l’affrontement économique sans rapport de force conséquent et assumé avec la finance et ses spéculateurs.
▶️Sur la solidarité internationale, le Front populaire se montre en retrait Face au coup d’État franquiste de juillet 1936 contre la République espagnole, Léon Blum, après avoir d’abord envisagé une aide militaire, se résout à une politique de non-intervention, sous la pression du gouvernement britannique et d’une partie de ses propres soutiens radicaux, soucieux d’éviter l’embrasement européen. Cette position suscite de vives critiques à gauche, notamment du Parti communiste, et nourrit un sentiment de trahison chez une partie des militants antifascistes qui avaient vu dans la victoire de 1936 la promesse d’une solidarité ouvrière au-delà les frontières.
▶️La question féministe constitue un angle mort important de la politique du Front populaire. Si la cause suffragiste est inscrite au programme de la SFIO depuis 1906, elle ne trouve jamais de débouché politique concret. L’avancée du Front populaire en la matière est symbolique mais insuffisante : l’entrée de trois femmes au gouvernement dans trois sous-secrétariats d’État – Cécile Brunschvicg, radicale, à l’Éducation nationale ; Suzanne Lacore, socialiste, à la Protection de l’enfance ; Irène Joliot-Curie, proche du Parti communiste, à la Recherche scientifique. Mais leur présence demeure souvent invisibilisée, y compris dans les courriers officiels. Cette percée symbolique ne débouche pas sur le droit de vote des femmes, malgré son adoption par la Chambre des députés et des campagnes suffragistes particulièrement impressionnantes, marquées notamment par l’occupation de terrains et des manifestations de rue. La loi de 1938 supprime l’incapacité civile de l’épouse, mais maintient le statut sexiste de « chef de famille » au mari.
▶️Sur la question coloniale, les progrès sociaux constatés en métropole n’ont eu aucune répercussion sur les droits des peuples colonisés qui demeurent exclus de la citoyenneté. L’empire colonial français, est demeuré intact. Face à l’espérance de justice soulevée par l’accession du Front populaire au pouvoir, les organisations autochtones réclament l’extension des conquêtes sociales aux territoires colonisés. Pourtant, parmi les figures du Front populaire, prévaut une conception selon laquelle la colonisation demeurerait une étape de progrès ; les congrès socialistes eux-mêmes adhèrent à l’idée d’une colonisation « moralisée » et les communistes vont tempérer leur doctrine en la matière.
Le programme du Front populaire ne compte qu’une seule mesure pour les colonies : la création d’une commission parlementaire d’enquête sur le sujet.
Les trois grandes lois sociales ne sont effectivement appliquées que dans cinq colonies, avec de multiples adaptations locales restrictives.
La répression continue de s’abattre violemment : à Pondichéry, des grévistes qui réclament l’application du Code du travail métropolitain sont évacués par la force, avec plusieurs morts.
Les rares mesures proposées restent modestes : le projet Blum-Violette, qui prévoit l’intégration de certains « indigènes évolués » d’Algérie au sein d’un collège électoral restreint se heurte à un accueil hostile tant des colons, farouchement opposés à toute extension des droits politiques, que d’une partie des mouvements nationalistes algériens, qui jugent la mesure dérisoire au regard de leurs revendications.
Léon Blum.
🔴En juin 1937, dans un contexte de crise économique et d’intensification de la pression politique de la droite et du monde de la finance, le Sénat refuse à Blum les pleins pouvoirs temporaires qui lui auraient permis, espère-t-il, de redresser la situation financière. Blum est contraint de démissionner.
▶️ Camille Chautemps (parti radical) lui succède, engageant une nette bifurcation vers l’orthodoxie budgétaire.
Un second et bref gouvernement Blum, au printemps 1938, se heurte au même obstacle : le rapport de force institutionnel a définitivement basculé en défaveur du peuple.
C’est Daladier qui prend la tête du gouvernement en avril 1938, marquant la fin de facto de l’orientation du Front populaire.
Son ministre des Finances Paul Reynaud impose à l’automne une série de décrets-lois revenant sur les acquis sociaux, notamment sur la durée du travail, exactement ce que les puissances d’argent réclamaient depuis 1936.
La grève générale du 30 novembre 1938, appelée pour s’y opposer, échoue largement : la répression qui a suivi les occupations d’usines par les licenciements massifs de militants finit d’épuiser un mouvement qui se bat depuis deux ans.
Les attaques antisémites contre Blum redoublent d’une virulence terrible.
Daladier signe les accords de Munich en septembre 1938, validant l’annexion des Sudètes par les nazis au nom d’une paix temporaire.
Deux ans plus tard, la France capitule face au Reich, après avoir accordé les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain, la quasi-totalité de la gauche vote contre, le Parti communiste ayant été interdit.
La boucle se referme : c’est la logique même que le Front populaire avait voulu empêcher qui finit par l’emporter.
▶️ Ludivine Bantigny pose en conclusion une question fondamentale : fallait-il s’appuyer davantage sur l’intensité de la mobilisation ouvrière, plutôt que de chercher à l’encadrer vers la négociation au nom de la stabilité
Le Front populaire a permis des conquêtes réelles et durables. Mais il n’a jamais réussi à vaincre totalement les puissances d’argent : faute de contrôle des capitaux, faute d’une politique de rupture assumée avec les marchés financiers, faute d’avoir maintenu le rapport de force que le mouvement ouvrier avait lui-même construit dans les usines occupées face au patronat, par crainte de l’abîme, de l’effondrement, d’une révolution qu’on ne contrôlerait pas.
Alors que l’on célèbre cette année les 90 ans du Front populaire, l’ouvrage de Bantigny offre à la gauche de rupture d’aujourd’hui une analyse lucide de ce moment charnière, pétri d’autant d’espoirs que de contradictions.
Les mécanismes de pression des marchés financiers, la résistance structurelle du patronat, les coalitions gouvernementales hétérogènes dont une partie tempère les ambitions transformatrices, la tentation de l’ordre contre le mouvement social, le péril de l’extrême-droite et la tentation mortelle du réarmement : tout cela reste d’une actualité forte.
Toute conquête du pouvoir par une gauche de rupture suppose d’avoir pensé à l’avance et stratégiquement les instruments qui permettront de tenir face aux puissances réactionnaires : contrôle des capitaux, rupture avec l’orthodoxie budgétaire, reprise en main ambitieuse de l’appareil productif et des leviers financiers, appui maintenu sur la mobilisation populaire plutôt que tentative de la contenir, etc.
C’est à cette condition, rappelle Bantigny, que les grandes avancées sociales pourront non seulement être conquises, mais défendues sur le temps long et permettre de construire un avenir en commun.
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Informations sur l’auteur :
Ludivine Bantigny est historienne, enseignante et chercheuse, membre du laboratoire d'histoire de l'université Rouen-Normandie. Elle travaille sur l'histoire des mouvements sociaux et des engagements politiques. Parmi ses publications figurent : La Bourse ou la vie (Le Front populaire, histoire pour aujourd'hui) ; 1968, de grands soirs en petits matins (Seuil, 2018, rééd. 2020) ; La France à l'heure du monde, de 1981 à nos jours (Seuil, 2013, rééd. 2019) ; Révolution (Anamosa, 2019) ; L'Œuvre du temps. Mémoire, histoire, engagement (Éditions de la Sorbonne, 2019) ; La Commune au présent (La Découverte, 2021) et L'Ensauvagement du capital (Seuil, 2022).
[1] La stratégie « classe contre classe », défendue par le PCF entre 1928 et 1934, consiste à refuser toute alliance avec les socialistes, considérés comme des soutiens de l’ordre capitaliste, afin de privilégier l’affrontement politique direct entre la classe ouvrière et la bourgeoisie.
[2] L’affaire Stavisky est un scandale politico-financier éclatant à la fin de l’année 1933 autour d’Alexandre Stavisky, escroc bénéficiant de complicités au sein de l’appareil d’État et de certains milieux politiques. La découverte de la fraude puis la mort suspecte de Stavisky en janvier 1934 alimentent les accusations de corruption visant la République parlementaire et contribuent à la crise politique qui débouche sur les manifestations d’extrême droite du 6 février 1934.
[3] L’acronyme CGTU signifie « CGT Unitaire »,. c’est une scission de la CGT datant de 1920 et conséquence de la séparation d’alors du mouvement socialiste, entre communistes et socialistes.
[6] En 1935, face à la montée du fascisme en Europe, la Troisième Internationale (1919-1943), aussi appelée Komintern, abandonne la stratégie de lutte contre les autres partis de gauche pour privilégier l’unité antifasciste et impose aux partis communistes de s’allier avec les socialistes mais aussi les radicaux.
Il y a une règle de météo politique : quand le vent souffle fort il emporte aussi les girouettes[6]... dont " on en connait le point de départ mais pas le point d’arrivée[13] ".
Derrière l’ouvriérisme de François Ruffin, on retrouve son incapacité à concevoir les classes populaires comme hétérogènes et les habitants des quartiers populaires comme des travailleurs y compris prolétarisés. Ouvrir un livre de sociologie n’est pourtant pas un luxe (François Elek)[0]…
Nous savions qu’ils étaient en train de trahir et c’est pourquoi certains n’ont pas été investis. Tant pis pour les chatouilleux de la com’ qui espéraient pouvoir annoncer une nouvelle division qui viendrait perturber l’union. Mais l’union de qui en fait ?
L’union factice et temporaire de ceux qui avaient déserté la NUPES pour faire cavaliers seuls ?
Ou l’union des électeurs pour faire un énième barrage ultime contre l’extrême droite ?
Ou peut-être l’union des électeurs autour d’un programme de rupture ?
Ne serions-nous pas précisément dans ce mélange hybride, qui « rassemble » de Poutou à Hollande et qui oppose dans le même temps le soliste Ruffin du parti de Picardie (qu'il a fondé en 2017 et enregistré en 2021[0bis]) à Jean-Luc Mélenchon, l’homme des 22% de la France insoumise aux présidentielles de 2022 ?
Ce front populaire qui n’a pas permis à Roussel d’être élu, alors que les insoumis se sont plus mobilisés que les communistes au 1er tour, est plus que jamais un révélateur du rejet de certaines pratiques politiques malgré une mobilisation hors norme de nos concitoyens.
La politique de rupture de la ligne Mélenchon se traduit par un succès lorsque l’on compte le nombre d’insoumis élus au 1er tour, soit 20[1]. Les médias, en chœur avec la droite, l’extrême-droite et la macronie ne sont pas parvenus, malgré les moyens hors normes déployés pour nous calomnier, à freiner l’élan populaire de LFI qui poursuit sa dynamique depuis les Européennes ! Un million d’électeurs en plus malgré les insultes et la violence du débat public.
J’ai d’ailleurs une pensée particulière pour ce que vit au quotidien notre nouvelle députée Rima Hassan, harcelée et menacée de viol et de mort par les soldats de Tsahal dans le silence complaisant et général des médias et de nos soi-disant alliés temporaires. Il est là le nouvel antisémitisme.
Les féministes qui étaient à l’affut pour fustiger Adrien ou pour dénoncer les violences du Hamas n’ont pas un mot de solidarité ou d’indignation pour dénoncer cette violence quotidienne !
On imagine, à la lecture de ces messages horribles, envoyés par des soldats de l’armée la plus morale du monde, ce que peuvent subir les femmes Palestiniennes qui sont en proies à ces criminels de guerre.
Mais c’est un sujet trop sensible ou trop dangereux pour Sandrine Rousseau, Marine Tondelier ou Clémentine Autain (pour ne citer que les plus emblématiques !) qui semblent plus préoccupées par un avenir politiquement correct que par un engagement courageux, mais certes plus risqué pour soutenir Rima! la sororité a ses limites, la dignité aussi !
Ainsi sommes-nous, tous, obligés de naviguer dans ce nid de frelons pour avoir une chance de partager notre miel avec les plus nécessiteux ! Nous devons supporter que chacun s’en donne à cœur joie pour insulter celui (Jean-Luc Mélenchon)qui les terrorise tous, le boulet antisémite, dictateur et colérique qui mène 8 millions d’électeurs à la baguette !
Cet homme serait coupable de tout ce qui ne va pas dans ce pays, à gauche, à droite, mais aussi de la montée de l’extrême droite… Quand on pense qu’il n’a jamais gouverné, c’est plutôt cocasse[7]!
Voilà que Ruffin, le soliste de Picardie, nousexplique que Jean-Luc serait le repoussoir, coupable de son échec au 1er tour,...
même s’il s’est affiché à ses côtés 👇 pour aller gratter des voix, dans la circonscription d’Amiens qu’il a manifestement désertée après avoir été élu !
Verso du tract de 1er tour de François Ruffin
Si les macronistes votent pour lui, il aura une chance de s’en sortir, c’est l’ironie de la traitrise, il est macron compatible... (NDLR : et réélu avec le soutien macronien[3] !
Ruffin réélu avec le soutien de toute la macronie (verso de son tract de second tour)
Car en macronie, il y a le bon Lfiste et le mauvais Lfiste, c’est un mauvais sketch des inconnus qui ne fait rire que l’extrême droite dont les frontières se sont bien affirmées depuis la dissolution, de LR à Macron en passant par le Modem ! Telle sera l’union extrême des droites, dans le pire de scenarios ! D’abord Ruffin envisage une coalition avec Macron sur la base de trois éléments de notre programme et le lendemain il se défend de s’allier avec eux pour faire dit-il un « gloubi boulga ».
Un jour il nous explique : «il n’y aura pas de duel avec mon ami Mélenchon, nos forces s’additionnent pour faire mieux[4]» (je cite)...
et trois jours avant le scrutin, il explique qu’il ne siègera pas avec la France Insoumise car il a trop de désaccords avec Jean-Luc et qu’il veut un « divorce à l’amiable » sans casser de vaisselle (comprenez : votez pour moi quand même )[5], et annonce " Ma place ne sera pas dans le groupe LFI si je suis élu[5bis] " !
L’homme n’est pas fiable, c’est le propre de ceux qui sont fragiles devant la griserie du pouvoir et de ceux qui ont ce besoin insatiable de lumière !
La politique est une valse qui donne le tournis à ceux qui ne connaissent que leur petits pas et qui tournent en rond sans se soucier de leur partenaire, ils finissent par terre, hagards, perdus et solitaires au milieu de tous ! Oui ils vont probablement tous, non pas nous trahir, car nous sommes prêts, mais se trahir et trahir probablement le programme qu’ils défendent aujourd’hui et bien sûr trahir une nouvelle fois leur mandants !
Mais nous continuerons à avancer, à lutter et à gagner voix par voix, en porte à porte et dans les urnes, le cœur et le bon sens des citoyens Français qui comptent sur nous pour tenir bon, pour nous obstiner, à l’image de ce vieil humaniste, têtu et combatif en qui ils se reconnaissent parce qu’il leur donne l’espoir que c’est encore possible de faire de la politique noble et au service de la cité !
C’est bien à la fin du bal que l’on paye les musiciens et nous avons le bon chef d’orchestre pour les faire valser !
🔴 « François Ruffin, l'ascension d'un opportuniste » avec Mérième ALAOUI Arthur de Laborde avec Mérième ALAOUI, Journaliste indépendante, passée par RTL, Le Point mais aussi par Le Courrier de l'Atlas, auteur de « François Ruffin, l'ascension d'un opportuniste » aux éditions Robert Laffont.
🔴 François Ruffin : abcès crevé - solde de tout compte ! Il fallait que je vide mon sac sur Ruffin, lequel je n'ai absolument jamais apprécié dans sa démarche politique vis-à-vis de la FI même s'il a des qualités indéniables de metteur en scène.
Maintenant, pour moi ce sujet sera clos à moins que ce monsieur ne revienne encore nous insulter.
🔴 « François Ruffin, l’ascension d’un opportuniste » : la stratégie du coup d’éclat permanent passée au crible
Le livre, la journaliste Mérième Alaoui
Ses réseaux, ses méthodes, son plan caché pour l'Élysée...En quelques années seulement, François Ruffin, député de la Somme, électron libre de l'extrême gauche, a imposé son style et ses idées. Sa posture d'élu "proche du peuple" qui se paie au Smic et s'exprime sans filtre détonne...
François Ruffin est un homme politique pressé.En quelques années, cet électron libre de la gauche est passé du statut d’agitateur à celui de député omniprésent sur les réseaux sociaux et dans les médias. « Insoumis » sans être un fidèle de Jean-Luc Mélenchon, il a su bâtir méthodiquement son espace politique propre. Aucune biographie ne lui avait encore été consacrée.Dans " François Ruffin, l’ascension d’un opportuniste[8] ", Mérième Alaoui, journaliste indépendante, livre un portrait à la fois intime et politique, où l’on découvre l’ambition précoce du « député-reporter », mais aussi ses failles et contradictions...
...Et le 14 septembre 2024, François Ruffin est défendu par Michaël Delafosse (Maire de Montpellier - Président de la Métropole), représentant l’aile droite du PS. Celle qui manifeste avec le RN à Montpellier. La boucle est bouclée.
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🔴 Les magouilleurs étaient déjà en action en 2023 !
Imaginez un.e candidat.e vouloir une investiture au sein de Renaissance pour être un " trait d'union " contre la ligne Macron.... Dans n'importe quel parti politique, un.e candidat.e qui demanderait une investiture pour être un " trait d'union " contre la stratégie de celui qui porte le parti depuis des années... et le " remplacer[8bis] " serait immédiatement exclu.... cela na pas été fait !
Et pourtant, après avoir, le 6 novembre 2023 été mise en retrait du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale pour quatre mois, en 2024, Raquel Garrido voulait une nouvelle investiture de LFI pour, de l'intérieur, continuer " contrer la ligne sectaire des mélenchonistes ".
🔴 Les masques de la valse continuent à tomber !
Le 12 Juillet 2024Alexis Corbière, Raquel Garrido, Clémentine Autain, Hendrik Davi, et Danielle Simonnet (ex député.es LFI) annoncent officiellement[9] qu'ils ont créé leur propre mouvement politique " l'Après[10]" le 21 mai 2024 voir pièce ci-dessous).... dans l'objectif des présidentielles et législatives 2027 👇... mais dont ils n'ont fait l'annonce officielle que le 12 juillet 2024.
« L’après » c’était déjà avant.
Ils ont lancé leur structure partisane en mai donc avant les élections européennes 2024. Et après ils se sont étonnés de ne pas avoir été investis par la FI aux législatives (qu'ils ont pourtant trahie en maintenant leur candidature sous l'étiquette du " Nouveau Front Populaire ", sauf Raquel Garrido au second tour et Clémentine Autain) !
En définitive :
Ils avaient tout prévu pour 2027 ;
Sauf la dissolution de l'Assemblée Nationale en 2024 décidée par Macron (merci à Macron, ça a fait tomber les masques) ;
Pour rappel : - Danielle Simonnet s'est fait élire au détriment de Verzeletti Celine, candidate officielle du Nouveau Front Populaire ;
- Alexis Corbière s'est fait élire au détriment de Sabrina AliBenali, candidate officielle du Nouveau Front Populaire ;
- Hendrik Davi s'est fait élireau détriment de Allan Popelard, candidate officielle du Nouveau Front Populaire ;
- Raquel Garrido a perdu face à Aly Diouara, candidat officielle du Nouveau Front Populaire ;
en violation des dispositions du Comité de respect des principes de la France insoumise sur les élections législatives de 2024[12]
▶️ Conclusion : il n’y a pas eu de purge à la FI.
Ils se sont auto-exclus en faisant des dîners secrets avec le PS et un multimillionnaire, pour faire une union de la gauche sans la FI, dans le but de tuer cette dernière.
Ils avaient prévu de quitter la FI avant la dissolution du parlement décidée par Macron[15]
🔴 La chute des masques de la valse continue et se traduit par les actes politiques !
10 février 2025 :Clémentine Autain a pris la décision de ne pas censurer le GVT Bayrou[14].
- Elle a donc voté en faveur de son budget (cliquer sur limage pour vérifier le non vote), qui pourtant est plus violent et austéritaire que celui de BARNIER.
- Avec le PS et le RN, elle apporte donc son soutien à l'application de la politique de la droite macrolepeniste.
[1] 20 députés France insoumise élu.es au 1er tour : Manuel Bompard (4e circonscription des Bouches-du-Rhône) ; Sébastien Delogu (7e des Bouches-du-Rhône) ; François Piquemal (4e de Haute-Garonne) ; Nathalie Oziol (2e de l'Hérault) ; Andy Kerbrat (2e de Loire-Atlantique) ; Sophia Chikirou (6e de Paris) ; Rodrigo Arenas (10e de Paris) Sarah Legrain (16e de Paris) ; Danièle Obono (17e de Paris) ; Aymeric Caron (18e de Paris) ; Aurélien Saintoul (11e des Hauts-de-Seine) ; Aurélie Trouvé (9e de Seine-Saint-Denis) ; Eric Coquerel (1ère de Seine-Saint-Denis) ; Nadège Abomangoli (10e de Seine-Saint-Denis) ; Bastien Lachaud (6e de Seine-Saint-Denis) ; Clémentine Autain (11e de Seine-Saint-Denis) ; Mathilde Panot (10e du Val-de-Marne) ; Clémence Guetté (2e du Val-de-Marne) ; Paul Vannier (5e du Val-d'Oise) ; Carlos Martens Bilongo (8e du Val d'Oise)
Le nouveau front populaire est signé : un accord historique[0][7]
Nous pouvons l’emporter. La crise de 1929 a donné le nazisme en Allemagne, mais le Front populaire en France.
👉Législatives 2024 – Le Nouveau Front Populaire remporte la victoire, le RN à la 3ᵉ place[9]
Dissolution de l’Assemblée : Emmanuel Macron fait un pari à haut risques pour relancer son quinquennat après l’échec aux européennes[8].
La mécanique des candidatures unique au premier tour est remise en place. Un programme de mesures d’urgence des cent jours est en cours de mise au point. La démarche a été engagée aux premières heures de la journée du 10 juin, compte tenu des délais imposés par la dissolution. LFI avait proposé la rencontre et les Verts ont proposé leur local pour se retrouver.
D’abord absents, le PS et Place publique sont venus et la discussion a eu lieu sans écarter aucun sujet. Le label Front populaire semble le mieux accepté puisque plusieurs participants (comme nous) l’ont utilisé à tour de rôle. À mes yeux, il est précieux car il indique une volonté d’élargissement de l’action à des forces associatives et syndicales. J’ai proposé plusieurs textes de réflexion[1][2][3] sur le sujet dans le passé depuis 2018[4] et j’en donne de nouveau le lien pour ceux que cela intéressera.
Il est important de comprendre que nous ne visons pas un effet « défensif » mais une logique de conquête démocratique pour le changement de la majorité parlementaire dès cette élection. Si nous savons organiser la campagne hyper rapide qui se dessine, cela peut être à portée de main si on regarde les chiffres disponibles.
Je veux à présent développer d’autres réflexions à propos du moment.
Il le faut quand un clou médiatique chasse l’autre. Le rebondissement spectaculaire de la soirée électorale des européennes avec la dissolution de l’Assemblée nationale est évidemment un franchissement de seuil incroyable. La fin de vie de ce qu’il reste de la minorité présidentielle parlementaire est consommée. Les lois de la physique politique ont repris le dessus. Un minorité ne peut gouverner un pays sans mandat d’une assemblée et contre la volonté de la majorité de la population. Du premier jour après sa défaite aux législatives de 2022 à la série des 49.3 jusqu’à la raclée présidentielle des européennes, il y a une continuité de situations insoutenables amoncelées. Ont achevé le naufrage l’expérience calamiteuse de la primature de Gabriel Attal, venant après la morne maltraitance sociale de l’épisode Élisabeth Borne.
Le Président n’avait plus aucune légitimité pour gouverner de quelque façon que ce soit.
Pris entre les oppositions internes de ses groupes parlementaires, un fantastique vote de rejet, et face à un effet boomerang terrifiant de ses jeux avec le RN, Emmanuel Macron a donc perdu ses nerfs. Et, là encore, je crois que cela vient de loin, de profond en lui. Mais comme mon propos n’est pas le sondage de la psyché de cette décision, je m’en tiens à l’impression qu’elle me suggère : la prochaine étape prévisible de cette sorte d’hubris est sa propre démission avant le terme de ce mandat. En tous cas, la signification d’un tel geste le soir même d’un tel résultat n’a qu’un sens visible : il remet les clefs de la maison aux vainqueurs de la soirée. Peu importe les tortueux calculs qui lui sont prêtés à ce sujet. L’immédiat est en danger. Il faut à l’inverse des apparences chercher à gagner. Carle vote rendait le pays inflammable. Macron y a jeté une allumette et l’onde de choc ne fait que commencer avant la crise finale que sera son départ de la présidence.
Pour cela, il faut partir du résultat électoral du 9 juin pour bien apprécier les rapports de force politique actuels.
L’élection a eu lieu. Le coup de la dissolution n’efface pas le vécu des cinq derniers mois par les millions de gens qui ont mûri leur choix de vote pendant cette période. Le résultat n’est pas une photo, mais une empreinte dans l’expérience collective du pays. Une géographie sociale et démographique s’est exprimée.
L’agitation médiatique et les gesticulations fractionnistes de l’après-vote ne doivent pas nous faire perdre de vue l’acquis et le reste à construire sur celui-ci. Je parle de ce qui est atteint par les Insoumis.
Les quartiers et la jeunesse ont massivement voté Insoumis. D’une élection européenne à l’autre, ils nous ont donné un million de voix supplémentaires. 71 % de progression.
Dans les grandes villes comme dans les agglomérations, le vote préférentiel insoumis est un fait politico-social nouveau.
Dans 11 villes de plus de dix mille habitants, LFI regroupe plus de la moitié des suffrages !
Dans 290 villes de plus de 10 000 inscrits, LFI est en tête de la gauche.
Ce paysage part des 60 % à la Courneuve jusqu’à 35 % à Ivry, pour ne parler que de la région parisienne où LFI arrive en seconde force régionale.
Si l’on rapporte les résultats par « blocs » selon la grille d’évaluation que nous avions faite au lendemain des présidentielles, on est frappé par la stabilité globale du paysage depuis 2022 même si le RN y est en dynamique. Et cette stabilité est gagnée à gauche par les progrès de mobilisation géographiquement et démographiquement acquis par l’action de LFI et les votes qui se sont rassemblés sur sa liste dans des territoires d’abstention. Un mécanisme inverse à celui des simples transferts de voix d’une liste à l’autre à l’intérieur du même ensemble. Ce résultat est celui d’une stratégie de déploiement qui s’est avérée payante : nous avons fait campagne à partir de ce qui motive le grand nombre de nos familles. Nous n’avons pas reculé devant le problème posé par le génocide en Palestine et la complicité des élites sociales et médiatiques de ce pays avec Netanyahu.
Nous parlions de trois « blocs » à quasi-égalité au sortir de la présidentielle[6]. Où en sont-ils ?
L’ensemble du « bloc populaire », comme nous l’appelions, fait 7,7 millions de voix.Il gagne un demi-million de voix au total par rapport à 2019 à quasi-égalité avec le bloc d’extrême droite. Celui-ci regroupe 7,7 millions de voix lui aussi, en gagnant 2,5 millions de voix par rapport à 2019. Vérification est ainsi faite de nos affirmations sur le sujet. De son côté, le bloc libéral baisse à 5,4 millions de voix. Il perd un million et demi de suffrages par rapport à 2019.
Cela montre ce que la division nous a coûté : la possibilité de disputer la première place !Un désarmement unilatéral dont la responsabilité revient entièrement à ceux qui ont refusé l’Union. La leçon à en tirer n’est pas une vendetta sans fin. Comme au lendemain de la présidentielle de 2022 je l’avais proposé, je le répète : il faut jeter la rancune à la rivière ! Sinon quoi ? La vendetta sans fin ?Il faut chercher sans cesse le moyen d’avancer. Nous en avons les moyens. Si l’union politique se conclut de nouveau comme nous le proposons, la compétition peut créer une dynamique en notre faveur. Nous pouvons gagner. Je sais que cela peut étonner, compte tenu des commentaires actuels des médias et des sondeurs. Mais la dynamique politique et les additions électorales ont aussi leur logique et ce n’est pas la même. On l’a vu en ce qui nous concerne aux européennes.
Pour ce qui concerne LFI,...
Une osmose s’est formée entre le peuple populaire et le mouvement insoumis sous forme de milliers de votes groupés dans les bureaux de vote des quartiers, de la jeunesse et notamment de la jeunesse féminine populaire. Ils nous ont donné la première place devant tous dans des villes significatives comme Lille, Strasbourg, Mulhouse, ou bien la tête de la gauche comme à Marseille.
Quelle que soit l’élection à venir, LFI est en force.Mais le projet de LFI ne se résume aucunement à soi-même. « Tout changer » nécessite une victoire électorale. Nous avons fait le choix en 2022 de la stratégie d’union politique. J’ai déjà expliqué comment cela nous semblait être le chemin le plus court pour « l’unité du peuple ». Je n’y reviens pas ici. Nous l’avons confirmé, en vain, pour les européennes. Nous la reprenons à notre compte encore une fois, sans aucune autre arrière-pensée que d’être les meilleurs sur le terrain pour la construction d’une opinion majoritaire de notre côté. Au contraire des formations traditionnelles, nous ne voulons pas « récupérer », mais « être récupéré » comme outil efficace pour l’action populaire. Ces mots incluent une méthode, des objectifs et des façons d’agir bien spécifiques. Nous ne sommes pas des « avant-gardistes » comme on disait au siècle dernier. Plutôt des « passeurs », des « facilitateurs », des « organisateurs de l’action ».
La Dissolution est une violence de bout en bout. Bien sûr, le président ne pouvait plus mettre en œuvre son projet. En ce sens, il a eu raison formellement de dissoudre. Mais cela n’a pas la dimension démocratique que l’on peut attendre d’un événement de cette nature.La méthode utilisée est à l’image de sa brutalisation ordinaire. Décision surprise, annoncée avant même les résultats définitifs, délais de dépôts de candidature ultra courts, campagne électorale réduite à trois semaines. Tout a été fait pour paralyser l’énergie qu’une dissolution est censée mobiliser.À présent il faut, sans trêve ni pause, agir, regrouper, mettre en mouvement partout où des forces sont disponibles. Nous compenserons les difficultés par l’intensité de notre mobilisation de l’engagement.
Pour les insoumis, direction porte-à-porte en milieu populaire et jeune. Moins de paroles, plus d’action, le slogan est désormais une ligne de conduite urgente.
«...il faut avancer sans se laisser impressionner ni détourner de son fil conducteur.»
Introduction : Stratégie et organisation
Les discussions sur la stratégie politique ou la forme des organisations politiques ne sont pas les plus simples à présenter. Elles passionnent les connaisseurs souvent très pointilleux mais elles saoulent bon nombre des autres. Pourtant, je crois ce post utile dans la phase politique actuelle. Je commence cette fois-ci avec la stratégie que je crois souhaitable. Mon analyse sur le mouvement est déjà rédigée mais je la réserve pour ma prochaine publication. Car il s’agit de mettre de l’ordre dans une certaine confusion des idées qui circulent à notre sujet.
Ainsi en est-il de la phrase de mon discours dans la marche du 16 octobre : « nous dessinons les contours d’un Front Populaire[1] ». Cela ne suffira pas c’est certain à calmer la haine de classe médiatique qui nous entoure. Mais est-ce souhaitable ?
L’exposition médiatique est une composante de la construction de la conscience politique de notre temps. L’effet pédagogique des attaques grossières dont nous faisons l’objet sans trêve depuis dix ans participe pleinement à une robuste formation politique des insoumis. C’est le principal apport du journalisme voyou. Qui a entendu sur RTL Alba Ventura surréaliste baver sur « l’échec » de notre marche du 16 octobre et ironiser sur « la gifle » que j’aurai reçue, savent de quel genre de « journalisme » je parle. Tout cela, c’est autant de signes du moment de tensions créé par la conjonction des facteurs de dislocation du pays dont les médias sont des agents très actifs au service du projet de l’oligarchie française. Il faut le supporter avec autant de sang froid que possible. L’ennemi sait qui dérange vraiment le scénario de la macronie à perpétuité. Dès lors, il faut avancer sans se laisser impressionner ni détourner de son fil conducteur.
Front Populaire Il y a trois ans et à deux reprises, j’ai présenté dans le journal Libération, au nom des Insoumis, la proposition d’un nouveau Front Populaire[2]. Cette idée fut repoussée au motif que ce Front ne pouvait se faire qu’autour du centre gauche et sous-entendu explicitement « sans la LFI ». Sur le terrain pourtant, et notamment dans les Bouches du Rhône, toutes les occasions d’action communes entre partis, syndicat et associations furent travaillées et pratiquées souvent avec succès. D’un autre côté, trois lettres envoyées aux divers niveaux de responsabilités communistes en vue du renouvellement de notre alliance aux présidentielles et aux législatives n’eurent de leur côté aucune réponse[3]. Il est vrai que nous étions alors bien dépités. Car on voyait bien commentil s’agissait de marginaliser LFI pour pouvoir l’expulser de toute coalition. Et cela fut fait aux régionales en PACA[4]. Mais ce dépit fut surmonté par l’action. Au vu des résultats à l’élection présidentielle, on devrait plutôt les remercier d’avoir fini de convaincre nos amis qu’il n’y avait rien à attendre du pseudo « discours unitaire » des centres gauche.Je fais ces rappels pour signaler la continuité de la stratégie portée par LFI. Cela parce quel’analyse sociale qui la sous-tend reste la même.
Dans la théorie de « l’ère du peuple[5] et de la révolution citoyenne[6] », le peuple est le nouvel acteur politique de notre époque.
Le « peuple » est défini par sa relation sociale aux réseaux collectifs dont il dépend pour reproduire son existence matérielle. La nature publique ou privée de ces réseaux, les conditions sociales pour y accéder, formatent la relation sociale fondamentale de la vie dans nos sociétés et les inégalités de mode de vie. Bien sûr ce « peuple » intègre les salariés. Mais il ne s’y limite pas. D’autres catégories sociales y entrent de plein droit à égalité de dépendance des réseaux et du droit d’y accéder. Ce sont les chômeurs, les retraités, les étudiants, les lycéens, les précaires, les paysans, les artisans, les auto entrepreneurs etc...Aucun d’entre eux ne peut défendre ses droits autrement que par l’action politique sous toutes ses formes démocratiques depuis le vote jusqu’à l’action symbolique ou spectaculaire dans la rue.
Ainsi sont dessinés deux milieux d’expression démocratiques au deux points de contacts fondamentaux du fonctionnement de la société avec chaque individu.
D’abord le lieu de travail où les syndicats organisent l’information et l’action. Ensuite la Cité en général ou les organisations politiques et les associations en font autant. La stratégie de Front populaire est celle qui veut rassembler dans une même mobilisation les deux acteurs fondamentaux que sont le Peuple et les salariés.
Elle a un préalable et des conditions.
Le préalable : d’abord le refus de la division entre ces deux secteurs et la logique sectaire des « chasses gardées », le refus de la ligne d’accompagnement du libéralisme et enfin le refus des discriminations excluant de la lutte (racisme, religion, sexisme etc.) ;
La condition : une ferme volonté d’agir ensemble. Et, tout autant : la possibilité de le faire. Ici commence le rôle spécifique de notre coalition politique NUPES qui peut jouer le rôle d’unificateur et de déclencheur de cette action.
Mais entre le schéma théorique abstrait et la réalité telle qu’elle est, il y a une distance comme chacun a pu s’en apercevoir.
D’une façon générale, disons que la confiance est à construire après des années de division générale et de palabres sans effet. D’autres limites existent autrement plus contraignantes. Les confédérations syndicales ont chacune leurs raisons de refuser l’action politico-sociale commune. Cela semble insurmontable. Mieux vaut donc y renoncer pour éviter de perdre du temps ou de créer des tensions inutiles. Et pire : de se faire promener de réunion en réunion qui retardent pour rien l’action et la mettent en danger.
Une autre approche est possible. Celle qui part des réalités comme toujours. Ceux des syndicats et associations qui refusent par principe l’action commune ne doivent pas être harcelés ni même interpellés. La bonne relation se construira autrement. Et quand bien même des propos aussi sectaires que ceux de Philippe Martinez sont tenus et répétés, il ne faut pas y répliquer. Sont-ils représentatifs de la confédération quelques mois avant son congrès ? Les deux plus importantes fédérations de la CGT ont appelé à la marche du 16 octobre dont celle qui conduit la remarquable lutte des salariés des raffineries. Au moins un membre du bureau confédéral faisait de même. Sur le terrain nombre de syndicats de branche et de sections locales des syndicats appellent souvent à se joindre à l’action avec nous. Les statuts de la CGT permettent tout cela. Et nous, de notre côté, tout au long de l’année nous affirmons sur le terrain notre solidarité avec leurs actions. Le respect mutuel interdit les polémiques avec une expression du sommet confédéral. Elles ne changeraient rien en toute hypothèse. Alors à quoi bon ?
Mais compte tenu de ce qui vient de se passer, il est temps d’en tirer des leçons.
Tenons-nous à une soigneuse équidistance. Ni alignement systématique ni polémiques. Mieux vaut en effet se retenir de prendre parti entre les diverses confédérations syndicales quand leur choix divergent. Pourquoi ? Parce que les syndicats sont divisés tandis que les organisations politiques de gauche sont unies.Se mêler d’affaires syndicales c’est faire entrer dans nos rangs des polémiques sans objet puisque leur conclusion n’est pas de notre ressort. Ici encore il faut être dans le réel. Un autre système de relations est possible.
Il y a des branches syndicales avec lesquelles la convergence est un fait, il y a des confédérations et syndicats qui, sans s’engager, ont des propos bienveillants et invitent publiquement leurs adhérents à faire leurs choix d’action en citoyens libres. FSU, Solidaires, FO et CFDT sont dans ce cas. Certes d’un autre côté il y a un Philippe Martinez qui passe de « la CGT n’appelle pas » à une formule violente « ne participe pas », deux jours avant la marche.Les prétextes évoqués sont lamentables comme ce « contre la vie chère c’est aussi le combat de Macron » et autres thèmes dont il n’avait jamais parlé dans les réunions unitaires.
Où est alors le point d’équilibre le plus positif ? Pas besoin de faire un dessin.
Sur le terrain c’est encore plus net. Je l’ai bien vu aux messages que j’ai reçus à propos de la journée d’action quand cette date de la journée d’action du 29 septembre a été mise en place sans concertation. J’ai eu de nombreuses remarques d’amis insoumis engagés dans divers syndicats que cette méthode indispose. Ils ne comprenaient pas pourquoi nous prenions parti en y appelant. Sans compter tous ceux qui ne croient pas à l’efficacité de ces journées d’action sans lendemain. D’autant plus quand les congrès d’organisation sont à l’ordre du jour etavec eux des opérations de recomposition dont nous ne devons en aucun cas nous mêler.
La stratégie de Front Populaire se construit avec ceux qui la veulent.
L’objectif c’est l’unité du Peuple (tel que défini plus haut) contre la politique de Macron.Tant mieux si c’est aussi celles des organisations, cela amplifie le travail de mobilisation. Tant pis quand ce n’est pas possible. A quoi bon démoraliser tout le monde avec des interpellations médiatiques ? Comme nous l’avons démontré dans le champ politique, l’arbitre des stratégies est dans le peuple.Il faut avoir confiance en lui.Le 16 octobre nous avons bien vu comment il a réglé son compte a un mois de bashing ininterrompu pourtant soigneusement relayé de tous côtés.
Et puis il y a ce qui avance bien.
J’ai été informé que dans plusieurs régions des collectifs se forment, unissant syndicat, partis et associations. Avec les organisations qui ont partagé la convocation de la marche du 16, la co-construction de l’action à égalité de droits et devoirs s’est bien engagée en octobre.Toutes ces organisations semblent acquises à l’idée de ne pas laisser sans suite la première manche du rapport de force populaire avec Macron, réussie ce 16 octobre. Une ambiance ouverte et amicale est là. Elle est un gage de sérieux et d’efficacité.L’affirmation d’un peuple politique regroupé sur ses bases écologiques et sociales revendicatives est aussi la condition de la reconquête des secteurs populaires plongés dans la résignation ou le vote d’extrême droite.
Bref, « dessiner les contours d’un Front Populaire », ce n’est pas le réaliser. Mais c’est le rendre possible.
C’est la prochaine étape du déroulement de notre stratégie générale.
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Le 16 octobre 2022, Jean-Luc Mélenchon prenait la parole ainsi que plusieurs portes parole d’autres organisations qui avaient appelé à la marche contre la vie chère et l’inaction climatique.
Extrait : " ...retenez bien cela. Souvenez-vous, une chose est plus précieuse que tout. Ce n’est pas l’unité des partis politiques. Et tous les partis de gauche ont appelé à la marche. Ce n’est pas même la magnifique unité des fédérations syndicales, des organisations de jeunesses syndicales, des syndicalistes. Ils ont appelé à la marche et participé à sa grandeur. Rappelez-vous, l’unité du peuple est plus précieuse que tout. Ce peuple ne se laisse pas diviser par sa couleur de peau, par sa religion, par son appartenance politique ou son indifférence.L’Unité populaire est la solution à la crise ouverte... "
" ...Nous avons le devoir et la responsabilité politique d’appeler à la lutte les retraités, les chômeurs, les précaires, les lycéens, les étudiants. Ils ne sont pas salariés mais ils sont le peuple. Et nous, la NUPES, sommes l’alliance du peuple sous la forme d’un groupe parlementaire.... "
" ...Nous sommes en train de dessiner la construction d’un nouveau Front populaire. Il exercera le pouvoir dans son pays le moment venu et, comme chaque fois, il commencera par s’occuper du pauvre peuple. De ceux qui pâtissent et ne peuvent se défendre pour obtenir le blocage des prix, l’augmentation des salaires, le rétablissement de l’impôt sur la fortune... "
" ...Regardez-vous, vous êtes le nombre. Vous êtes la force. Vous seuls savez comment faire fonctionner le pays. Ne vous résignez pas ! Une autre vie est possible, débarrassée du pillage du profit. Un autre monde est possible, libéré du saccage du productivisme capitaliste. Oui, nous le pouvons si nous le voulons. L’Union populaire peut devenir un Front populaire ! Et nous le souhaitons tous. »
1936 a été une date-clef dans l’organisation de la classe ouvrière, dans le développement de la conscience de classe chez une majorité de salariés[1].
La reconstruction d’un rapport de forces et la conscience que celui-ci peut changer la donne mérite une réappropriation, non seulement de connaissances historiques, mais d’une culture de « mise en commun » de forces atomisées ou disséminées.
Aujourd'hui, la nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale, héritière du Front Populaire, prend vie.
La lutte pour pour la conquête sociale et écologique reprend avec Jean-Luc Mélenchon qui en est l'initiateur car " Nous sommes le mouvement de la révolution citoyenne en France.[2] "
Jean-Luc MELENCHON, après avoir vécu l’expérience de l’échec du Parti Socialiste, part et crée un nouveau parti politique le « Parti de Gauche[3] » pour une République écosocialiste qui va lui permettre de fonder le « Front de Gauche ».
Candidat du Front de Gauche aux Présidentielles de 2O12, après une très bonne campagne il finit à 12 %. Devant les hésitations stratégiques du P.C.F qui hésite entre rupture avec le P.S et stratégie à la carte, permettant de réaliser des alliances de circonstance, Mélenchon quitte le Front de Gauche et contribue à créer les Insoumis.
En 2017, candidat aux Présidentielles, il finit à 19 % et aux législatives sans accords avec les autre forces politiques de gauche, les insoumis obtiennent 17 Députés, qui font un remarquable travail législatif d’opposition et de propositions.
En 2022, soutenu par les militants (150.000 signatures), il décide alors de présenter à nouveau sa candidature etil finit à 22 % dans le cadre d’une désunion totale à gauche (5 candidatures). Et à 420.000 voix près il était au second tour.Aujourd’hui dans le cadre d’une alliance d’union populaire avec les autres forces de gauche, les sondages donnent entre 27 à 34 % selon les configurations.
Printemps populaire
Loin de renoncer, s’appuyant à la fois sur le débat catastrophique du deuxième tour, du sentiment de dégout et de frustration engendré par cette élection, démocratique en « trompe l’œil » (pas de débat, sondages manipulés, propagande effrénée des thématiques de Le Pen, situation de guerre etc) et surtout sur les résultats analysés du premier tour, Jean-Luc Mélenchon lance l’idée et la démarche politique du « troisième tour ». De fait il transforme des Législatives anonymes de 577 circonscriptions, en troisième tour des Présidentielles, avec ce slogan : « Elisez moi premier ministre », ce qui en termes de démarche politique, est tout simplement à la fois intelligent et révolutionnaire :
Intelligent car cela revient juste à donner une valeur politique de l’article 20 de la Constitution, qui rappelle que : « Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. » et que donc toute majorité législative oblige le Président à nommer comme premier ministre, le responsable du groupe majoritaire à l’Assemblée Nationale.Il transforme une simple opération administrative d’exécution constitutionnelle, en nouvelle bataille politique, sur le fond du programme.
Révolutionnaire du fait que si cette majorité est obtenue, elle permet de renverser l’ordre des pouvoirs, et faire de l’assemblée Nationale, le véritable lieu du pouvoir. Le Président n’ayant plus dans le cadre d’une « cohabitation » qu’à couper les rubans des inaugurations.
Hégémonie ou tortue sage ?
Dénoncé comme hégémonique (« domination sans partage ») Mélenchon et les insoumis proposent, malgré les profondes dissensions des Présidentielles, un accord de gouvernement dans le cadre d’une alliance intégrant les Verts, le P.C.F, le N.P.A et le P.S pour obtenir une majorité de députés aux législatives de Juin. Au vu de l’accord trouvé avec EELV, sur 100 circonscriptions, on voit que la volonté d’Hégémonie n’existe pas, et qu’il faut remercier au contraire « Tortue Sagace » de sa ténacité à tenir bon sur un programme « l’avenir en commun » et une stratégie : « l’Union Populaire »[4].
L'intelligence militante
Observons en chiffres bruts que la démarche initiée par le Camarade Mélenchon porte ses fruits. Passé de 12 % en 2012 à 22 % en 2022 et possible victoire de l’Union Populaire aux législatives aujourd’hui donné entre 27 et 34 et ce sans que la campagne n’est commencée, est quelque chose d’Historique qui renvoie à la période Historique du « Front Populaire » de 1936 et ce justement, dans le cadre d’une situation de crise et de guerre encore plus grave qu’en 1936.
Il ne faut donc dans ces conditions pas parler d’hégémonie, mais d’intelligence militante, " intelligence militante ", au sens où ce qui se déroule sous nos yeux est le résulté d’une démarche politique construite, patiemment et qui s’appuie sur une analyse de l’Histoire, de ses contradictions et de la situation actuelle dont Mélenchon, quel que soient les critiques faites à son égard et sur lui, fut le patient maitre d’ouvrage et maitre d’œuvre au cours de ces 20 dernières années.
Si l’union Populaire, devient majoritaire en Juin à l’Assemblée Nationale et impulse la politique du Pays (blocage des prix, SMIC à 1.400 euros net, retraite à 60 ans (40 annuités), Allocation d’études, 6ème semaine de congés payés, 6ème république), il faudra alors se rappeler en permanence à quelle démarche on doit ces progrès sociaux…
Mélenchon l'intelligence historique
Alors il faut le dire, ce qui se passe aujourd’hui et qui renoue avec le passé historique (« Le front populaire ») on le doit à un homme dont l’entêtement patient est en train de se matérialiser en possible historique. Il faudra toujours s’en rappeler.
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Législatives : on peut encore changer le cours de l'histoire
Dimanche 1er mai, Jean-Luc Mélenchon était l’invité de l’Émission « On est en direct », et à cette occasion, il a :
parlé de l’état de pauvreté dans lequel est le pays et dont Macron ne se rend pas compte ;
rappelé qu’alors que le président avait dit qu’il pourrait y avoir un référendum sur la retraite à 65 ans, Bruno Le Maire avait quant à lui dit qu’il n’exclurait pas un 49-3 sur le sujet ;
rappelé aussi qu’au sortir de l’élection présidentielle, il existe 3 blocs politiques : le bloc libéral de M. Macron, le bloc d’extrême droite et le bloc populaire ;
dit qu’il fallait y ajouter le bloc de l’abstention et a exhorté les abstentionnistes à entrer dans l’action politique pour trancher entre ces 3 blocs.
Revenant sur la possibilité d’un accord avec les forces du bloc populaire, Jean-Luc Mélenchon a :
expliqué comment trancher des sujets comme la désobéissance aux règles européennes et la sortie du nucléaire ;
rappelé que cette élection pouvait permettre de trancher de grands sujets comme la crise de l’eau et a affirmé que l’Union populaire avait les moyens de remporter cette élection.
" Celui qui exerce le pouvoir sans l’appui du peuple est condamné à gouverner contre lui " Eric Coquerel
Eric Coquerel (député France insoumise) : " Nous avons du travail ! Pour que des mobilisations sociales viennent opposer une résistance à un exécutif qui prépare à un retour vers le passé en remettant sa réforme de retraite sur la table. Sur le terrain des mobilisations comme des urnes, qui ne peuvent s’opposer dans une perspective de transformation radicale, il est urgent de proposer une alternative au retour d’une union de la gauche dont le centre de gravité serait une ligne « socialécolo- libérale ».
C’est notre proposition de fédération populaire. Un cadre d’unité social et électoral capable de réunir des forces politiques mais aussi, syndicales et associatives, et plus largement citoyennes, pour une stratégie politique de rupture et de conquête du pouvoir. Ce cadre pourrait agir dans les mobilisations et se présenter à toutes les élections qui nous séparent des présidentielles et législatives tout comme dans les mobilisations sociales.
Nous sommes en plein dans l’œil du cyclone. Je le dis, car la vie politique ne se résume pas à une analyse froide de résultats éléctoraux. Nous ne gagnerons pas sans la mobilisation populaire, et nous n’exercerons pas le pouvoir correctement si nous ne sommes pas un débouché politique concret à la résistance du peuple. C’est au fond, aussi, l’avertissement que je formule sur ces municipales : " celui qui exerce le pouvoir sans l’appui du peuple est condamné à gouverner contre lui[1] ".
L’institut de sondages IFOP a sorti une enquête très intéressante au sujet de la perception des français quant à leur propre positionnement politique. L’enquête menée sur 2041 personnes du 7 au 10 juillet 2020, tout de même, montre queles français s’auto-positionnent de moins en moins à gauche sur un axe Gauche-Droite[2]. En effet, seuls 13% des français se définissent comme de gauche dans cette étude(dansla même enquête produite en juin 2019, seulement 15% des Français déclaraient se reconnaître dans la notion de " Gauche "[3]). Dans le même temps, ils sont respectivement 32% et 39% à se positionner au centre et à droite de l’échiquier politique. Notons quand même que 16% des personnes interrogées ne se prononcent pas quant à leur auto-positionnement sur cet axe. Le journal droitier Le Point, ayant commandé le sondage, y voit que c’est le signe d’une droitisation de la France. A mon sens, le journal fait une erreur d’analyse de la situation politique de notre pays.
Question : On classe habituellement les Français sur une echelle qui va de la gauche à la droite, où - est la position la plus à gauche et 10 la position la plus à droite.
Vous personnellement, où diriez-vous que vous vous situez sur cette échelle ?
L’effondrement du concept de Gauche dans la tête des gens n’est dû qu’à la politique menée par les gens se réclamant de la Gauche Autant le dire tout de suite, dans l’esprit de beaucoup, François Hollande a été le dernier Président de la République de gauche que la France ait connue. Ce constat est malheureux, mais la moindre diffusion de tracts sur les marchés donne la température de cet ancrage très vivace dans les têtes de nos concitoyens. Et disons-le, le Parti Socialiste avec Hollande Président, ce fût un long chemin de croix. Toutes les trahisons y sont passées. L’ANI (accord national interprofessionnel), le CICE, les lois sécuritaires, la loi El Khormi, les lois Macron, la fermeture de Florange, la déchéance de nationalité, Manuel Valls Premier Ministre, l’absence de renégociation de TSCG et la promesse non tenue d’amnistier les syndicalistes condamnés pour leurs luttes de défense des emplois, et ainsi de suite. Bref, chacun connait le réquisitoire. Ces gens ont tué l’idée de gauche dans notre pays pour des dizaines d’années.
Si le concept de gauche est mort et enterré dans la tête de nos concitoyens, les idées de gauche n’ont jamais eu autant le vent en poupe. Pensons à la relocalisation de l’industrie, le développement l’agriculture paysanne, biologique et zéro déchet, le partage des richesses, la planification écologique, l’investissement fort dans un système de santé universel, le RIC, la sixième république et que sais-je encore. Néanmoins, vue la défiance qu’ont les citoyens, à tort ou à raison, chacun pourra se faire son idée, envers la représentation politique de façon générale, et de la gauche en particulier, ânonner sans cesse à l’union de la gauche peut apparaître comme un formidable repoussoir à l’arrivée au pouvoir des idées pourtant bien ancrées à gauche. C’est pourtant ce que n’ont et ne cessent de faire les thuriféraires de la social-démocratie mollassonne et eurobéate.
C’est dans ce contexte que Jean-Luc Mélenchon, depuis 2018, a proposé l’émergence de ce que les insoumis appellent une « Fédération Populaire[4] ». Nos camarades de la GRS (Gauche Républicaine et Socialiste) avec Emmanuel Maurel parlent quant à eux de « Front Populaire du XXIème siècle ». Si les appellations sont différentes, nous sommes fondés à penser que le fond est relativement proche. Il s’agit donc de fédérer les forces associatives, syndicales, politiques et citoyennes. Pas dans un but électoraliste, mais avec l’idée qu’à partir de là peut s’auto-organiser la société et la constitution d’un véritable front populaire. La chose n’est pas aisée, et la formule, loin d’être magique.
A mon échelle, en septembre 2019, j’ai eu le plaisir de répondre favorablement à l’invitation de mon camarade Denis Lamard, conseiller régional GRS de Bourgogne-Franche-Comté à leur rentrée politique. Durant un court discours, j’y avais défendu devant des représentants d’EELV et de Génération.s l’impérieuse nécessité de fédérer les luttes afin de gagner des batailles culturelles et politiques. J’ai donc parlé de fédération populaire[5], pensant à cette époque, comme aujourd’hui, qu’elle serait la seule voie à une prise de pouvoir en 2022. Non pas juste une prise de pouvoir institutionnelle, mais avec un réel soutien populaire et ancré profondément dans la société. Car prendre le pouvoir sans les forces vives du pays, c’est risquer des échecs terribles.
Mais pour fédérer le Peuple, encore faut-il commencer par s’adresser à lui dans son ensemble. C’est par exemple en cela que Jean-Luc Mélenchon est présent sur YouTube, mais aussi plus récemment sur Twitch et TikTok. Il est absolument inenvisageable de manquer de s’adresser à une foultitude de personnes qui ne seront jamais exposées, de près ou de loin, aux propositions que nous pouvons faire pour le pays. Avec seulement 13% de français se définissant de gauche (contre 15% en 2019), il semble illusoire que tout miser sur la réactivation du mot de gauche soit d’une aide quelconque pour la prise du pouvoir. A y regarder de plus près, l’auto-positionnement des sympathisants de la France insoumise est intéressant : alors que 41% d’entre eux se définissent de gauche (c’est beaucoup), 59% ne se positionnent pas là, et se répartissent entre le centre, le non-choix et la droite. Nous observons le même phénomène avec les électeurs de Jean-Luc Mélenchon en 2017. Je vous incite à regarder également où s’auto-positionnent les électeurs de Benoît Hamon et les sympathisants EELV.
Celles et ceux qui se définissent de gauche savent pertinemment que la France insoumise porte un projet fondamentalement ancré dans l’histoire de ce courant politique : l'AVENIR EN COMMUM[6]. Le problème n’est donc pas là.
Le plus ardu réside dans le fait d’amener la masse de nos concitoyens sur un programme de gauche sans agiter le repoussoir de la Hollandie et ses queues de comètes gesticulantes. C’est bel et bien la constitution d’une Fédération Populaire qui doit nous occuper. Demain, ce n’est pas si loin…
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Débat aux universités d’été de la France insoumise à Valence : Fédération populaire ou union de la gauche ?
Avec :Olivier Besancenot (ancien candidat à l'élection présidentielle, NPA, visio) - Aurélie Trouvé (porte-parole d'Attac) - Benoit Teste (secrétaire général de la FSU) - Pierre Lacaze (responsable des élections au PCF) - Jérôme Gleyzes (ex-membre de la direction d'EELV) - Claire Monod (porte-parole de Génération·s) - Eric Coquerel (député LFI) - Sarah Legrain (coordination des espaces LFI)
Présidentielle 2022 : pour une investiture populaire de 150 000 parrainages citoyens Le mardi 27 octobre 2020, Jean-Luc Mélenchon tenait une conférence de presse à l’Assemblée nationale pour présenter une proposition de loi qu’il déposait ce jour pour permettre un parrainage citoyen à l’élection présidentielle.
Le président du groupe « La France insoumise » a expliqué qu’il s’appuyait sur la proposition de la commission Jospin sur la rénovation et la déontologie de la vie politique créée en 2012 par François Hollande. Il a dit que cette proposition serait une deuxième voie qui pourrait exister à côté du parrainage par les 500 signatures de maires. Il a appelé à en discuter dans le cadre de la commission Debré qui étudiait la possibilité d’un report des élections départementales et régionales.
Jean-Luc Mélenchon a mis en garde contre une abstention qui pourrait être record pour l’élection présidentielle de 2022, comme le montrait un sondage récent. Il a appelé à permettre une implication citoyenne renforcée dans cette élection.
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👉 L’avenir en commun est le programme porté par Jean-Luc Mélenchon. Co-écrit par des milliers de citoyens, il a été choisi par 7 millions d’électeurs en 2017. Cette version est actualisée pour tenir compte de 3 années de mobilisations sociales et de travail parlementaire.
« Je lance un appel à la création d’une fédération populaire. Il faut se préparer sérieusement à gouverner autrement. »
« Le but, la fédération populaire entre les classes populaires et les classes moyennes plus favorisées qui n’appartiennent pas à l’oligarchie.»
« Fédération populaire : comment ça marche ?»
Ecologie, populisme, traités européens, colères, démocratie interne… A un mois des élections, le leader de La France insoumise s’explique. Et invite la gauche à se rassembler, sans «tambouilles», pour «se préparer à gouverner autrement».
Sources :Libération le 23 avril 2019 | modifié le 2 juillet 2020
Libé. :Le fonctionnement de La France insoumise (LFI) est régulièrement mis en cause par certains militants. Il est dit que c’est un petit groupe qui décide de tout. Est-ce entièrement faux ? Jean-Luc Mélenchon : C’est totalement faux. La France insoumise est absolument originale, en évolution constante. Aujourd’hui, c’est 4 000 comités qui fonctionnent en autonomie. Le temps long est géré par le siège du mouvement, avec des campagnes nationales décidées par les adhérents. Le groupe parlementaire gère le temps court des réactions à l’actualité. Les comités de secteurs thématiques gèrent l’action dans leur domaine en lien avec les députés. Quoi de mieux ?
Libé. :Mais la direction n’est pas élue. Jean-Luc Mélenchon :Il n’y a pas de direction.
Libé. :Ah ! Il y a tout de même des gens qui décident. Jean-Luc Mélenchon :Je viens de vous dire qui décide et comment. C’est dommage que personne ne s’intéresse sérieusement à notre fonctionnement réel ! Nous ne sommes pas un parti. Nous avons inventé autre chose. Du moment que vous restez dans ce cadre (il montre le programme du mouvement), tout est libre.
Libé. :Un de vos colistiers aux européennes vient tout de même de quitter votre mouvement avec fracas, vous qualifiant de « dictateur »… Jean-Luc Mélenchon :Je suis stupéfait. Je n’ai jamais eu aucun contentieux, ni personnel ni politique, avec Thomas Guénolé[1]. Je croyais même que nous étions amis. Il n’a jamais exprimé la moindre réserve envers le fonctionnement du mouvement. Au contraire. Ses outrances contre moi sont une diversion.
Libé. :Vous voulez dire que sa réaction est liée aux accusations de harcèlement portées contre lui ? Jean-Luc Mélenchon :Il me les reproche ! Mais j’en ignorais tout avant cet esclandre. L’affaire aurait eu lieu à Sciences-Po, et non à LFI. Je ne connais pas la plaignante. Elle n’est pas membre de LFI. Saisies par elle, les structures de La France insoumise ont fonctionné. Personne ne m’en a parlé. C’est une facilité de mettre mon nom dans n’importe quoi pour manœuvrer. C’est très violent. Rien ne m’aura été épargné.
Libé. :Quel est le rôle de Sophia Chikirou, que Thomas Guénolé met en cause ? Jean-Luc Mélenchon :Elle n’a aucun rôle dans le mouvement. Sophia Chikirou est responsable d’une société qui a conduit avec un brio absolu son travail de communication dans ma campagne présidentielle. Elle a une part éminente dans le résultat. Elle continue à être une conseillère extrêmement précieuse car elle a le plus l’expérience des élections générales : trois en Amérique du Sud et aux Etats-Unis, trois en Europe. Sa campagne pour l’emprunt populaire de LFI [pour financer les élections européennes, ndlr] est un triomphe : 2 millions collectés en dix jours. Mais comme c’est une femme, certains ne peuvent pas lui imaginer autre chose qu’un rôle «sulfureux», comme ils disent. Les rumeurs qui l’accablent sont du pur sexisme.
Libé. :Vous parlez de mouvement « gazeux » pour qualifier LFI. Mais au-dessus du nuage de gaz, il y a un solide : c’est vous. Vous êtes Jupiter, au-dessus du nuage. Jean-Luc Mélenchon :Au secours, encore Jupiter ! Certes, je suis le fondateur. Je joue donc un rôle particulier d’autorité morale, de clé de voûte. Mais c’est seulement en dernier recours.
Libé. :LFI fonctionne un peut comme Enmarche. Jean-Luc Mélenchon :Je ne sais pas comment ils fonctionnent. Je ne cours pas après le pouvoir de décision interne. Par exemple, je ne me suis pas occupé de la liste européenne. C’est une commission, tirée au sort à 60 %, qui l’a fait. Les insoumis c’est toute une série de visages. Pas LREM. Combien de formations ont autant de noms connus ? Tous incarnent un état d’esprit de l’opinion. Voyez notre liste : 60 % des candidats n’ont pas de carte du parti. Dont Manon Aubry, notre tête de liste. C’est un mix de militants associatifs, syndicaux et politiques de toutes sortes. Aucun parti ne fonctionne comme cela. Nous sommes par nous-mêmes une convergence politique neuve.
Libé. :C’est aussi votre expérience des partis de gauche, qui se divisent en tendances, en fractions ? Jean-Luc Mélenchon :Evidemment ! C’est mortifère. Je veux empêcher cela. Pas de tendances, de clans, de fractions. On a vu ce que cela pouvait donner en France et dans d’autres pays du monde…
Libé. :Sur ce point, vous êtes plus proche de Lénine que de Jaurès… Jean-Luc Mélenchon :Ah ? C’était une tout autre époque. La société était assez stable et les liens de représentation politique fonctionnaient. Le PCF représentait une grande partie de la classe ouvrière. Les socialistes, plutôt les classes moyennes. Tout cela a volé en éclats. Un acteur nouveau est né. C’est ce peuple urbanisé qui s’oppose à l’oligarchie. Voir les gilets jaunes ou l’Algérie. Son existence quotidienne dépend de l’accès aux réseaux collectifs. Cet accès est l’enjeu social central. La forme de notre mouvement correspond à cette analyse théorique globale. Ce que nous visons, nous, dans l’action, dans la lutte, au gouvernement demain dans la mise en œuvre du programme concret, c’est l’auto-organisation du peuple, la société mobilisée sur ses objectifs communs. La Constituante et les référendums d’initiative citoyenne couronnent cette méthode.
Libé. :Il y a aussi une figure, un homme-symbole dont la personnalité charismatique rassemble politiquement. C’est le modèle sud-américain. Jean-Luc Mélenchon :De Gaulle, Jaurès ou Mitterrand, c’est sud-américain
Libé. :Le chavisme a mené au désastre, non ? Pourquoi soutenez-vous encore le régime de Maduro au Venezuela, qui a plongé son peuple dans la misère et usé de méthodes répressives ? Jean-Luc Mélenchon :Je ne partage pas du tout votre résumé. Quoi qu’il en soit, vous et moi serons d’accord pour nous opposer à l’intervention militaire américaine et au blocus, non ? C’est la seule question qui nous concerne directement. Le reste, les Vénézuéliens sauront quoi faire.
Libé. :Ce qu’on vous a reproché, c’est de jouer sur les affects, sur les émotions populaires, au détriment d’une conception rationnelle de l’action politique. Jean-Luc Mélenchon :Oui, nous assumons le rôle des affects dans la stratégie politique. Mais quand avaient-ils disparu ? En fait, leur action était sournoise.
Libé. :Certes, mais il faut les mettre au service d’un projet rationnel, pas d’un programme qui se révélera inapplicable. Jean-Luc Mélenchon :On est bien d’accord. Je n’ai fait que cela ! Qui est capable de présenter aujourd’hui comme nous un programme complet et 40 livrets qui développent des propositions dans chaque domaine ? Avez-vous vu le travail législatif de nos 17 députés ?
Libé. :Il y a donc 17 apôtres… Jean-Luc Mélenchon :(Rires) Cela n’a rien à voir. Je ne suis pas ma caricature. Je ne vise pas le pouvoir sur un bac à sable. Le but est de gouverner ce pays et de changer le monde. Vous savez, ma vie est faite. Je veux assurer la pérennité d’un mouvement collectif qui laisse sa trace dans l’histoire du pays.
Libé. :Certains disent : il hésite entre Jaurès et Beppe Grillo, le fondateur du Mouvement Cinq Etoiles en Italie. Jean-Luc Mélenchon :C’est une formule injuste et injurieuse. D’autant que j’avais dit à mes amis italiens de gauche : « Faites attention, il y a une colère, un dégagisme, si vous ne montez pas sur la table, d’autres le feront. Vous laisserez la place à de vrais énergumènes dangereux. » C’est ce qui s’est passé. L’humanisme populaire a été quasi rayé de la carte en Italie. C’est ce que j’ai voulu éviter en France.
Libé. :Mais vous stimulez aussi les affects, la colère, la dénonciation… Jean-Luc Mélenchon :Et alors ? Ne soyez pas injuste. Je n’exprime pas que la colère. Il y a aussi la poésie, l’amour, la fraternité… Je l’ai fait souvent en meeting, j’ai aussi parlé de la beauté de la nature, des animaux, de la mer. Laissez-moi vous dire que certains m’ont regardé avec des yeux comme des soucoupes. Il y a trois piliers dans notre stratégie. Je l’ai décrit dès 2013, dans une interview croisée avec Ernesto Laclau, le penseur du populisme de gauche. Notre méthode reste la conflictualité. C’est elle qui crée de la conscience politique en déchirant le voile des prétendues évidences. Mais pour cela, on s’adresse d’abord à la raison, avec le programme. Ensuite, on convoque les sentiments. Il y a une affectivité spécifique à la famille politique humaniste. Nous cherchons à lui donner une forme politique, dans l’action. Et enfin, quand Marine Le Pen dit « vous êtes des Blancs chrétiens », je réponds « vous êtes des enfants des Lumières ». Les Lumières, au début, beaucoup ne comprenaient pas. Peut-être même que certains ont cru que je parlais d’EDF… Je résume : le but du mouvement n’est pas de construire un parti révolutionnaire, mais un peuple mobilisé avec les méthodes de l’éducation populaire.
Libé. :Pour le public, vous êtes plutôt du côté de la colère que de l’amour, c’est-à-dire du populisme. Jean-Luc Mélenchon :Ça, c’est la caricature médiatique. Mais tout le monde ne me voit pas comme ça. Ce n’est pas mon but de les lancer dans des actions insensées. J’ai toujours condamné sans appel la violence. Il y a un débat aujourd’hui sur la violence dans la société. Certains disent « regardez, les gilets jaunes ont obtenu 10 milliards grâce à la violence, voilà ce qu’il faut faire ! » La faute à qui ?
Libé. :Vous vous sentez investi d’une responsabilité sur ce point ? Jean-Luc Mélenchon :Bien sûr ! Celle de l’expérience ! Je dis : surtout, ne faites pas ça ! J’ai vu ce que cela donnait dans beaucoup de pays. Cela fait des morts. Beaucoup de morts. Et nous sommes toujours vaincus. On dit que je flatte les instincts vulgaires ? En quoi est-ce le cas quand j’explique des choses compliquées comme la planification écologique, la VIe République ou les 14 tranches d’impôts que nous voulons instaurer ? J’explique, je démontre, j’argumente. On m’en fait souvent le crédit, d’ailleurs. Ce sont souvent des ignorants qui m’accusent de populisme. Quand j’ai parlé du « bruit et de la fureur », on a pris ces mots au pied de la lettre. Je ne faisais que citer un livre de Faulkner qui reprenait une citation de Shakespeare. Mais ça, c’est passé au-dessus de leur tête. De même, quand j’ai dit que ma personne était sacrée, on s’est jeté là-dessus. Je voulais dire que ma qualité de député de la nation, de tribun du peuple, était sacrée, pas ma personne particulière !
Libé. : Vous avez fait rire… Jean-Luc Mélenchon :Je le comprends. A froid, ça paraît outrancier, ridicule. Mais je crois à la culture. Je ne méprise pas les gens. Je ne parle pas au rabais.
Libé. : Puisqu’on parle de cette perquisition judiciaire, vous regrettez votre réaction ? Jean-Luc Mélenchon :Ces perquisitions étaient une instrumentalisation politique de la justice. Un abus de pouvoir. Il y a eu 17 opérations policières en même temps contre nous. C’est sans précédent en politique. Il y a deux dossiers, l’un sur des assistants parlementaires, l’autre sur la présidentielle. Sur la campagne, je répète : je demande qu’on revoie publiquement les comptes de tout le monde. Ou même seulement les miens si les autres ne sont pas d’accord. Puis qu’on me dise ce qu’on me reproche. Nous avons déjà répondu à 2 000 questions ! Le compte a été validé. Malgré cela, il y a eu un signalement à la justice. Pourquoi ?
Libé. : Et l’autre dossier ? Jean-Luc Mélenchon :Une députée d’extrême droite dénonce 16 députés. Elle dit elle-même que c’est pour faire un pied de nez à la justice. Elle fait l’objet d’une plainte en dénonciation calomnieuse. La justice n’a rien fait. Et moi et mes dix anciens assistants sommes perquisitionnés comme des délinquants. C’est une persécution politique. C’est le modèle de ce que subissent dans tous les pays des gens comme moi. C’est le cas contre Lula, contre Rafael Correa…
Libé. : Pas seulement contre vous. Sarkozy aussi a des procédures contre lui. Jean-Luc Mélenchon :Alors tout est pareil ! C’est ça votre thèse ? On met tout sur le même plan ! Je vous le dis solennellement : je n’ai triché sur aucune des règles de la présidentielle. Je n’ai jamais, sous aucune forme, utilisé mes assistants parlementaires à autre chose que leur travail. Je dénonce la procédure européenne, devenue folle, qui prétend couper l’assistant parlementaire de l’activité politique de son employeur.
Libé. : Regrettez-vous votre réaction pendant la perquisition ? Jean-Luc Mélenchon :Je regrette de n’avoir pas vu la caméra de Quotidien. Les médias ont diffusé leurs images en boucle : une minute en gros plan extraite de longues heures de perquisition. Nous produirons le film complet : vous verrez que, pour l’essentiel du temps, nous blaguons, que c’est plutôt gentil, que nous ne sommes jamais entrés là où avait lieu la perquisition et que nous n’avons pas cherché à l’empêcher. J’ai demandé à entrer dans mon local, comme c’était mon droit. Rien d’autre.
Libé. : Mais vous avez bousculé un officiel. Jean-Luc Mélenchon :Faux. C’est eux qui nous ont bousculés et même jetés à terre.
Libé. : Votre réaction verbale a choqué… Mais pas l’abus de pouvoir dont nous avons été victimes ? Il est vrai que certains policiers se sont plaints d’une charge psychologique trop forte pour eux. Je leur recommande de changer de métier.
Libé. : Pas de regrets, donc ? Jean-Luc Mélenchon :Je suis juste un être humain sous le coup d’une agression sans précédent pendant plus de six heures, filmé à son insu.
Libé. : Les médias filment l’événement… Jean-Luc Mélenchon :La caste médiatique s’est sentie attaquée. Du coup, elle passe en boucle les images pour me flétrir sans rien expliquer de mes raisons d’agir.
Libé. : Je ne crois pas à la caste médiatique. Jean-Luc Mélenchon :Pourtant, elle existe. J’ai cru aussi à une indignation publique devant une opération policière contre un président de groupe d’opposition à l’Assemblée. En vain. Ce silence a envoyé un signal grave au pouvoir. Depuis, il instrumentalise la justice partout pour criminaliser l’action politique ou associative. Vous avez vu les condamnations à la chaîne de gilets jaunes ? D’ailleurs, les médias ont mis des semaines à réagir sur les violences exercées contre ceux-ci.
Libé. : Nous les avons dénoncées. Jean-Luc Mélenchon :C’est vrai… Au bout de dix semaines ! Entre-temps la violence d’Etat s’est banalisée.
Libé. :Parlons du fond et des projets en lice pour les prochaines européennes. Jean-Luc Mélenchon :Ah, enfin ! La question centrale est celle des traités qui organisent l’Europe. Pour en sortir, il faut construire l’adhésion à un nouveau projet. Or l’évolution du capitalisme a atomisé la société, les formes habituelles de représentation ont explosé. Voyez où en sont les partis politiques traditionnels. Certes, il y a une conscience nouvelle qui rétablit l’idée de changement global, c’est la conscience écologique. Beaucoup ont compris que l’économie productiviste conduit à la catastrophe. Mais c’est un constat qui ne porte pas sa solution en lui-même. Car quels sont les moyens de remédier à la mise en danger de l’écosystème ? Certains pensent que c’est possible dans le cadre de l’économie de marché actuelle, que le système va finalement se réguler. Nous ne le croyons pas. Quand Jadot [le candidat d’Europe Ecologie-les Verts] fait l’éloge de l’écologie de marché, nous sommes en désaccord. Il y faut une intervention collective volontaire et énergique, une planification écologique de la transition.
Libé. :Mais vous n’allez pas supprimer l’économie de marché. Vous en acceptez l’existence. Jean-Luc Mélenchon :Nous sommes pour une économie mixte.
Libé. :Dont une part s’organise sur la base du marché. Jean-Luc Mélenchon :Oui. Mais nous dénonçons la marchandisation généralisée voulue par les traités européens. Nous préférons revendiquer l’intérêt général, l’action collective. Nous ne pourrons pas relever le défi écologique dans le cadre de la concurrence libre et non faussée, dans le cadre du libre-échange généralisé. La planification est de toute nécessité pour appliquer la règle verte : on ne prend plus à la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer.
Libé. :La gauche est d’accord là-dessus, pour l’essentiel. Vous pourriez vous rassembler. Jean-Luc Mélenchon :Oui et non. Certains sont restés productivistes, nucléaristes, d’autres continuent de faire l’éloge du marché partout. Au demeurant, je ne crois plus à l’ancien modèle de rassemblement des organisations. Nous devons certes nous rassembler, mais au service d’une tâche en commun : fédérer le peuple, réunir ses revendications, en faire un programme compatible avec l’impératif écologique et social.
Libé. :Mais le peuple est divers… Il y a d’autres courants que le vôtre. Jean-Luc Mélenchon :Vous avez vu où nous en sommes ? Le total de tous ces courants, cela représente à peine 30 %. Un tiers de la société !
Libé. :Ces forces pourraient fournir un socle puis s’élargir… Jean-Luc Mélenchon :Bien sûr ! Pour cela, il faut aller idéologiquement au bout de la mutation écologique et populaire qui est nécessaire. Il faut qu’on soit tous clairs. Pas de tambouille sur la question européenne, sur le nucléaire, sur la question décisive de la paix, de la sortie de l’Otan.
Libé. :On a déjà réuni des gens qui n’étaient pas d’accord, de manière à rassembler la gauche. L’Union de la gauche l’a fait, le Front populaire… Jean-Luc Mélenchon :Certes. Mais encore faudrait-il se respecter. J’ai fait moi-même, il y a un an dans votre journal[2], une proposition de Front populaire nouvelle manière. Les réponses ont été très méprisantes.
Libé. :Et pourquoi, selon vous ? Jean-Luc Mélenchon :Si vous lisiez votre journal, vous auriez vu que M. Duhamel a répondu.
Libé. :Alain Duhamel, qui tient une chronique dans Libération, n’exprime pas la position de la gauche ! Jean-Luc Mélenchon :Certes, mais les autres ont répété en boucle son argument : il ne peut y avoir rassemblement qu’autour d’une force de centre gauche. Du coup, Olivier Faure a dit : c’est autour du PS que cela doit se faire. Une sorte de droit divin !
Libé. :Avez-vous abandonné tout espoir d’unité ? Jean-Luc Mélenchon :Je suis réaliste. Les européennes interviennent dans cette séquence : notre force doit recevoir l’aval populaire. Comme je l’ai reçu pendant la présidentielle. Là sera le centre de gravité pour la suite contre le macronisme.
Libé. :Donc vous espérez toujours rassembler. Jean-Luc Mélenchon :Le peuple, oui. Mais chaque fois que je l’ai proposé, la vieille gauche m’a envoyé balader. Elle n’accepte pas la réalité, c’est-à-dire notre centralité et celle du programme « l’Avenir en commun ». Mais si l’élection nous en donne la force, nous assumerons de nouveau notre responsabilité. Nous proposerons de nouveau une fédération populaire à construire dans les élections suivantes et dans les mouvements écologiques et sociaux.
Libé. :Discuter et faire un compromis avec des gens qui ne pensent pas comme vous. Jean-Luc Mélenchon :Ai-je jamais fait autre chose ? A l’Assemblée, on vote même des fois avec la droite. C’est le contenu qui compte, pas l’étiquette. Mais cela ne peut pas être une simple collection de signatures de partis. Je me répète : tout le monde doit se mettre au service de la fédération du peuple.
Libé. :Vous lancez donc un appel à la discussion ? Jean-Luc Mélenchon :C’est la deuxième fois que je le fais dans le même journal. Je lance un appel à la création d’une fédération populaire. Mais il faut aussi un engagement commun dans les mobilisations écologiques et sociales. Il faut se préparer sérieusement à gouverner autrement. Avec un programme concret de partage et de planification écologique. Notre programme est une bonne base de départ pour discuter partout. Mais il faut aussi clarifier les positions. Soutient-on ou non le mouvement des gilets jaunes ? Le PS se sépare-t-il du SPD qui participe à une coalition avec Merkel ? Pourquoi soutiennent-ils Frans Timmermans pour la présidence de la Commission sur des idées libérales ? Pourtant, à l’Assemblée nationale, les députés à la gauche de l’hémicycle votent ensemble les neuf dixièmes du temps. Pourquoi est-ce possible à l’Assemblée et impossible dès qu’on arrive devant un journaliste ?
Libé. :Faisons une discussion dans le journal, avec tout le monde, au moins on verra quelles sont les lignes d’accord et de désaccord. Jean-Luc Mélenchon :Pourquoi pas ? Chiche ! Aucun débat n’est impossible. Mais il ne faut jamais oublier le but, la fédération populaire entre les classes populaires et les classes moyennes plus favorisées qui n’appartiennent pas à l’oligarchie. C’est la grande question. Elle ne sera pas réglée par la guirlande des sigles de partis. Nous ne sommes plus dans les années 70. Le champ politique s’est effondré. Pas de mon fait. Ce sont les électeurs qui ont dissous le PS et nous ont portés en avant. Nous assumons notre situation. Pas les autres.
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La «fédération populaire» que je propose n'est pas un groupement d'appareils politiques. Elle doit regrouper des citoyens, des syndicats, des formations politiques, des associations....
Les commentaires que je lis à propos de mon entretien avec Laurent Joffrin dans Libération (ci-dessus) me montrent qu’un malentendu peut exister dans l’esprit de certains analystes à propos de ma proposition de « fédération populaire ». Sans doute est-ce le poids des routines intellectuelles de certains commentateurs mais aussi de mes propres limites à m’exprimer aussi clairement qu’il le faudrait. Certains ont donc pensé que je proposais une reprise de l’ancienne union de la gauche[5]. Ce n’est pas le cas. Je veux donc donner ici quelques précisions qui, je l’espère, éclaireront ceux que l’idée intéresse.
Commençons par dire qu’il s’agit d’une idée neuve.
En effet une telle formule n’a jamais été mise en œuvre. Neuve mais pas nouvelle venant de moi car il s’agit de constituer ce que dans de nombreux textes antérieurs et dans le livre L’Ère du peuple[4] j’avais appelé « le front du peuple », puis il y a un an dans le même journal Libération « le nouveau Front populaire »[2].
Le constat de base est que l’implosion des anciennes structures sociales de notre pays sous la pression des politiques néolibérales s’est combinée avec l’effondrement des formes traditionnelles de la représentation politique populaire. L’idée est donc que ce n’est pas en partant des anciens partis et de leur coalition que l’on parviendra à construire une majorité populaire sur un projet alternatif pour notre société. En tous cas pour un projet à la hauteur des transformations du mode de production et d’échange que la crise climatique, notamment, met à l’ordre du jour. L’idée centrale tourne autour du mot « fédérer ».
L’autre idée est que le processus visé n’est pas seulement électoral.
Il engage pour les élections, certes. Mais le reste du temps, il engage pour l’action concrète dans la société en appui aux mouvements sociaux qui travaillent celle-ci. C’est donc en partant du travail de fédération des revendications écologiques et sociales et des mouvements qui les portent que l’on construit une nouvelle majorité. Les partis qui le veulent se mettent au service de la réussite de ce processus. Ils aident à sa construction, ils se rassemblent sous un label commun en vue de le soutenir.
Prenons un exemple de ce processus de fédération populaire. Les élections municipales.
Le programme doit venir de l’action des collectifs citoyens dont les revendications doivent être réunies et inscrites dans la perspective globale écologique et sociale qui lui donne son sens. Les partis sont présents à travers leurs militants de terrain agissant dans ces collectifs et non « au nom du parti ». Ils se fédèrent sous un label commun pour appuyer la liste et soutenir sa campagne. La liste n’est donc pas celle des partis ou du personnage providentiel qui est tête de liste mais une fédération populaire de collectifs et de citoyens notoirement engagés dans les mouvements sociaux urbains. Voila pour les élections. Au fond c’est la méthode qui a prévalu pour la formation de la liste insoumise aux élections européennes : un mix de personnalités engagées syndicalistes, associatifs et militants politiques.
Autre versant de la construction d’une fédération populaire : l’action.
La encore, le modèle est dans la vie elle-même. C’est la participation personnelle d’une part et le soutien collectif d’autres part à des actions comme celle des assises de Commercy ou l’appel à la marche du 27 avril prochain par des organisations syndicales, des gilets jaunes et des organisations politiques.
J’espère que ces précisions éclairent mon propos et permettent un débat entre ceux qui se sentiront concernés par cette proposition de fédération populaire, sans la confondre avec autre chose.
Manuel Bompard : « Fédérer le peuple, c'est ramener la gauche au peuple »
Manuel Bompard a été élu député européen de la France insoumise le 26 mai dernier. On fait le point avec lui sur les critiques qui émergent au sein de son mouvement quant à son avenir, sur la Fédération populaire, sur la gauche et sur le peuple.
Sur la stratégie de la France insoumise
- « On oppose deux termes dans le débat stratégique qui ne sont pas à opposer. »
- « On doit d’abord s’adresser aux citoyennes et aux citoyens qui ne se retrouvent pas dans les organisations politiques et qui constituent le plus grand parti de France : les abstentionnistes. » « [Notre stratégie] ne nous empêche pas de converger avec des organisations politiques. »
- « La gauche s’est coupée du peuple et il faut reconstruire ce lien. Il faut fédérer le peuple mais fédérer le peuple, c’est aussi ramener la gauche au peuple. »
- « Le populisme ne tourne pas le dos aux organisations politiques si elle sont d’accord pour se mettre au service des constructions politiques nouvelles. »
- « Il faut tourner le dos avec la formule de l’union de la gauche, c’est-à-dire des accords entre organisations politiques au sommet. »
Sur la Fédération populaire
« L’idée de la Fédération populaire, c’est de partir d’abord des revendications populaires et ensuite de permettre aux organisations politiques qui le souhaitent de se mettre en appui et en soutien des ces dynamiques-là. »
Notes :
[1] Il convient de remettre les pendules à l'heure. Guenolé n'est pas écarté parce-qu'il est accusé de harcèlement sexuel.... mais pour son article sur sa page facebook et ses déclarations à la presse. Pour ceux qui veulent la vraie chronologie:
- Pôle vigilance saisi le 3 mars pour harcèlement.
- Audition le 14 mars
- Rapport au comité le 15 mars.
- Guénolé saisit son avocat fin mars.
- Guénolé sort son communiqué anti-FI le 18 avril à 8h35.
- 18 avril 1ére Déclaration du comité électoral de la France insoumise
- 18 avril Déclaration de la France insoumise
- 18 avril dernier communiqué du comité électoral
- 21 avril Ce qu'en dit Jean-Luc Mélenchon
C'est assez clair ?
Pascal Bavencove est syndicaliste, ancien dirigeant de l’Union départementale de la CGT du Nord, et auteur d’ouvrages sur le mouvement social publiés aux éditions Geai Bleu. Fin connaisseur de l’Histoire sociale et syndicale, il revient pour Le Bilan sur le contexte et les victoires du mouvement ouvrier sous le Front Populaire, à l’occasion des 80 ans de ce dernier. Il évoque notamment le travail qu’a été celui de la CGT dans les années précédant 1936, sous sa formule « le blé semé, l’heure de la récolte arrive », et revendique l’héritage du Front Populaire pour nos luttes d’aujourd’hui.
Sources :Le Bilan par Pascal Bavencove, entretien Par Benoit Delrue | mis à jour le 02/07/2026
Le Bilan : Quel est le contexte, au printemps 1936, dans un pays qui va connaître un mouvement sans précédent ?
Pascal Bavencove : Tout d’abord, la situation internationale avec le régime fasciste de Mussolini en Italie dés le début des années 1920, le crash boursier de 1929 suivi de la récession aux États-Unis et la prise du pouvoir de l’extrême-droite hitlérienne en Allemagne en 1933 pèsent profondément sur la situation économique, politique et sociale de la France.
Grâce au développement de son agriculture, le pays était jusqu’alors relativement épargné. Il va être frappé par les répercussions de la crise boursière. Les ligues d’extrême droite comme les « Croix de feu » ,les « comités de défense paysanne » vont vite s’affronter au mouvement ouvrier.
Celui ci, divisé entre réformistes de la CGT de Jouhaux et la SFIO d’une part et la CGTU de Frachon et le Parti Communiste, sera dans l’obligation vitale de rechercher l’unité d’action. L’action de syndicalistes comme Martha Desrumaux ou Charles Tillon, notamment dans les gréves du Textile et les « marches des Chômeurs » en 1933-1934, va donner le ton à une mobilisation qui n’aura cesse de grandir. Au même moment, les scandales financiers comme celui de l’affairiste Stavisky renforcent l’antisémitisme.
Le Bilan :Qui composait le Front populaire, et quel était le programme de cette coalition politique ?
Pascal Bavencove :En réaction aux émeutes de l’extrême-droite du 6 février 1934 et aux grandes manifestations de riposte qui suivent, un pacte d’Unité d’Action contre le fascisme sera signé lors du meeting populaire le 24 juillet entre le Parti Communiste de Thorez et la SFIO de Blum.
Son élargissement aux Radicaux, à la CGT et à la CGTU, comme au mouvement associatif (Ligue des Droits de l’Homme-Comité des Intellectuels Antifascistes et associations d’Éducation Populaires), permettra d’élargir le mouvement lors d’un meeting qui rassemble 500.000 personnes le 14 juillet 1935.
Des chants et des cris scandés par la foule, retenons “Du Travail et du pain !”, “L’unité vaincra !”.
Ainsi,le programme de ce qui deviendra le Front Populaire se construit à son origine à partir des aspirations du peuple. Maurice Thorez vient d’imprimer ce changement au Parti Communiste ; s’il continue à être le parti de la classe ouvrière, il travaille au rassemblement de toutes les couches populaires avec la participation militante de grandes figures intellectuelles du pays. En cela, il prend de court la SFIO, engluée depuis de nombreuses années dans ses relations avec le parti radical.
Ainsi, en janvier 1936, les partis radical, socialiste et communiste signent, avec l’appui de la CGT qui sera réunifiée en mars 1936, et aussi avec de nombreuses organisation du mouvement social, un programme de Rassemblement Populaire dans l’objectif d’une victoire aux élections législatives. Celle-ci aura bien lieu le 3 mai. Ce programme, en retrait de la plate-forme adoptée par le PC et la SFIO en juin 1935, fait la part belle aux radicaux, par souci de ne pas se mettre à dos la petite bourgeoisie. Ses propositions les plus hardies sont la semaine de 40 heures sans diminution de salaire et la nationalisation des usines d’armement.
Le 3 mai, le Front populaire remporte la majorité des suffrages : 2 millions de voix à la SFIO, 1,5 million au Parti Communiste qui double son score de 1932, et 1,4 million aux radicaux.
Léon Blum, chef du parti ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages est appelé à former le nouveau gouvernement. Les communistes, après débat, décident de soutenir ce gouvernement sans toutefois y participer.
Le Bilan :Un mouvement de grève s’est lancé au lendemain de la victoire du Front populaire aux élections législatives. Pourquoi à ce moment-là ? La représentation politique de la classe ouvrière, au pouvoir, ne suffisait-elle pas à garantir des avancées sociales ?
Pascal Bavencove :Les premiéres grévistes n’attendent d’ailleurs pas la formation de ce gouvernement pour se lancer dans le mouvement, ni même un quelconque mot d’ordre de gréve venu d’en haut.
Chez Bréguet, au Havre, le motif initial est pour empêcher le licenciement de deux militants ayant fait gréve le 1er Mai. Vont suivre Latécoêre à Toulouse puis Bloch à Courbevoie. Ces mouvements sont généralement impulsés par des syndicalistes issus de la CGTU, dont le poids est prépondérant dans l’industrie. La gréve va s’étendre en vagues dans tout le pays jusqu’aux 30 000 ouvriers de Renault Billancourt.
En réalité, le gouvernement Blum, de par sa composition sociologique, n’a pas d’attaches avec le mouvement syndical .Il n’aura donc pas le rôle essentiel dans le conflit sauf à jouer un rôle d’arbitre au soir du 7 juin, date de l’Accord Matignon.
Le Bilan :Quelles étaient les revendications des grévistes ?
Pascal Bavencove : L’augmentation des salaires liés à l’attribution d’un contrat collectif de travail (c’est ainsi que verront le jour les Conventions Collectives) sont au cœur du mouvement. Beaucoup d’aspects en découlent, comme celle de l’élection de « délégués du personnel » pour défendre les revendications.
Les grévistes expriment profondément leur désir de liberté… Les Congés Payés n’étaient pas au centre du débat, mais cette aspiration, certes une revendication syndicale, n’a pu trouver son sens que par le mouvement d’occupation des usines, au son de l’accordéon, quand la parole enfin se libère, quand les travailleurs usés à la tâche découvrent la joie d’être ensemble pour autre chose que le turbin. Ce qui n’était pas,et de loin, dans le programme du Front populaire sera réalité deux mois plus tard.
Le Bilan :Les grèves de mai-juin 1936 ont été inédites à plus d’un titre. Quantitativement, parce que 12.000 entreprises en grève ont été recensées équivalentes à deux millions de salariés en grève. Qualitativement, parce que pour la première fois la classe ouvrière en grève occupait les lieux de travail, en investissant les usines et les grands magasins, en organisant des bals populaires, des repas collectifs. Pourquoi une telle évolution des pratiques à cette date ?
Pascal Bavencove :Déjà, la taille des entreprises. La concentration du capital, le taylorisme, le Fordisme exigent des unités de travail regroupant des quantités importantes d’ouvriers, comme les grands magasins une noria de vendeuses et de « petites mains ». Des travailleurs qui, contrairement à ceux d’avant 1914, sont moins nombreux dans l’agriculture et la « boutique », chez notre bon maître, chez notre Monsieur, pour citer Jacques Brel dans « JAURÉS ».
L ‘essor des communications revêt une grande importance dans la vision de la société des années 1930.Un réseau de Chemin de Fer qui irrigue maintenant toutes les villes et les bourgs de campagne et bien sûr l’électrification généralisée qui permet le développement de la TSF : la radio met chacun à égalité dans une certaine connaissance des réalités du pays et du monde.
En même temps, le mouvement ouvrier s’est structuré dans les quinze dernières années. 1936 n’est pas l’orage dans un ciel serein. De grandes figures ratissent le terrain depuis des années tels Pierre Semard chez les Cheminots, Henri Martel chez les Mineurs tout comme Gaston Monmousseau et Benoît Frachon dans les luttes interprofessionnelles. Les paysans rouges ont leur tribun, Renaud Jean qui jouera un rôle important à l’assemblée en 1936. Le blé semé, l’heure de la récolte arrive.
Le Bilan :Quelles ont été les victoires obtenues début juin, avec notamment les accords de Matignon ? Étaient-elles suffisantes pour cesser le mouvement – Maurice Thorez avait-il raison de déclarer, le 11 juin, qu’ « il faut savoir arrêter une grève dès que satisfaction a été obtenue » ?
Pascal Bavencove :Retenons l’augmentation des salaires de 12 % en moyenne, les contrats collectifs, les libertés syndicales et leur exercice, les 2 semaines de Congés Payés et les 40 Heures. Ce qui loin d’être négligeable. Les gréves vont d’ailleurs durer dans certaines entreprises jusqu’à la première semaine de juillet : tout simplement parce que dans ces « taules », le patron refuse de se résoudre aux accords Matignon du 7 juin.
Les propos exacts de Maurice Thorez sont : « il faut savoir terminer une grève, dès l’instant où les revendications essentielles ont été obtenues ».
Nous sommes en 1936 sur un formidable mouvement revendicatif visant à obliger le patronat de répondre aux revendications ouvrières. Le rôle du gouvernement Blum n’est pas essentiel dans ce conflit. La question se serait posée nécessairement d’une autre façon vis à vis d’une gréve visant à défaire le pouvoir politique, insurrectionnelle (comme en 1944) quand l’imbrication entre le patronat, Pétain et les nazis était avérée. L’expérience du mouvement syndical peut aussi permettre de répondre à cette question, dans le sens où il faut savoir ne pas s’épuiser, reconstituer ses forces et augmenter le niveau de conscience des travailleurs pour repartir à l’action le moment venu sur les revendications non résolues.
Le Bilan :1936 a été une date-clef dans l’organisation de la classe ouvrière, dans le développement de la conscience de classe chez une majorité de salariés. Pourquoi ce mouvement émancipateur n’a pas su s’inscrire dans la durée – avec le retour au pouvoir du radical Daladier dès 1938 ?
Pascal Bavencove :Comme nous l’avons noté plus haut, le danger de l’extrême-droite a été l’une des motivations essentielles des prémisses du Rassemblement Populaire. Dès le mois d’août 36, les premières failles du gouvernement Blum apparaissent avec son refus d’équiper en armes la République Espagnole contre Franco, soutenu par Hitler et Mussolini.
Dés lors, les capitalistes n’auront de cesse de préparer leur revanche. Leur formule glaçante « Plutôt Hitler que le Front populaire » résume parfaitement l’état d’esprit de la bourgeoisie.
La majorité réformiste de la CGT refusera le combat antifasciste et plusieurs de ses dirigeants comme Belin et Dumoulin rejoindront le camp défaitiste qui les mènera dans la collaboration.
Quand, en septembre 1938, les sinistres « accords de Munich » permettent l’invasion de la Tchécoslovaquie par Hitler avec le soutien de Mussolini, le radical Daladier, succédant à Blum, démissionnaire ainsi que l’anglais Chamberlain, vont donner au nazis le champ libre pour envahir l’Europe et l’Union Soviétique.
Dés lors, s’ensuivent l’interdiction de la presse puis du Parti communiste, l’expulsion de ses députés à l’assemblée, la mise au pas de la CGT par l’exclusion des anciens dirigeants ex-CGTU, prélude à sa dissolution par Pétain auquel Daladier va remettre le pouvoir.
La courte période du Front Populaire aura pourtant formé toute une génération de militants. Nous les retrouverons, pour beaucoup dans la clandestinité, dans les combats de la Résistance, et certains aux postes de ministres dés la Libération : Marcel Paul comme Ambroise Croizat, dirigeants du mouvement syndical dès 1936, mettront en œuvre des projets avortés sous le Front populaire comme la Sécurité Sociale, les Nationalisations, ou encore la naissance des Comités d’Entreprise.
Le Bilan :Que devons-nous, aujourd’hui, aux travailleurs en lutte il y a de cela 80 ans ? Quel a été leur héritage ? Comment s’en inspirer aujourd’hui alors que la mobilisation contre la loi Travail bat son plein ?
Pascal Bavencove :Croizat résume honnêtement les choses dés la Libération, au moment où le Parti Communiste réalise 25 % des suffrages et met tout son poids dans l’application du Programme du Conseil National de la Résistance. Le Ministre des Travailleurs nous dit : « Ne parlez pas d’acquis sociaux, mais de conquis sociaux, parce que le patronat ne désarme jamais », et aussi, « Rien ne se fera sans vous »…
Ainsi,dés 1947, sous l’impulsion des États-Unis, le capital sort du trou. La classe capitaliste, la seule à avoir majoritairement pactisé avec l’occupant va dès alors tarauder l’unité populaire réalisée à la Libération avec la complicité active des successeurs de Blum à la SFIO.
Il va falloir Mai 1968 pour que les travailleurs alliés au mouvement de la jeunesse étudiante se mettent en gréve (dans des proportions plus importantes qu’en 1936) afin d’obtenir des avancées sociales de grande ampleur.
Les grandes victoires du mouvement social du Vingtième Siècle (36-45-68) se sont produites en riposte à un vécu devenu intolérable pour une bonne partie de la population.
C’est l’un des aspects communs avec la naissance du mouvement contre la loi-travail qui aurait pour effet de revenir à la situation de 1935.
Renaissent alors les convergences à renforcer entre une jeunesse précarisée, en études ou pas, et un mouvement syndical divisé avec d’un côté une dynamique de lutte certes importante, mais contrariée par certaines organisations syndicales pataugeant dans le marais du renoncement et de soumission aux intérêts du capital.
La reconstruction d’un rapport de forces et la conscience que celui-ci peut changer la donne mérite une réappropriation, non seulement de connaissances historiques, mais d’une culture de « mise en commun » de forces atomisées ou disséminées. Ce qui peut permettre la maturation et l’extension du mouvement vers ceux qui en ont l’intérêt, sans aujourd’hui avoir la possibilité d’y participer. A ce titre, les initiatives « Nuit Debout » semblent en représenter les prémices.
A la veille de son XXIXème congrès, des positions de la C.G.T. et de sa place dans l'histoire sociale, à partir de reconstitutions fictionnelles et de nombreux documents animés. Après une évocation des oppositions existant entre, d'une part, la peine et le labeur des travailleurs, des travailleuses et des ménagères et, d'autre part, les loisirs et les gâchis des « oisifs » et des milliardaires (ski nautique, golf, roulette...), Horizons dresse un rapide panégyrique de l'URSS puis consacre une longue séquence fictionnelle où est rejouée l'occupation d'une usine en 1936. Cette séquence est introduite par le récit d'un vieil ouvrier d'une petite usine de la région parisienne désirant évoquer le thème de l'unité. C'est aussi le prétexte pour présenter, via le discours des orateurs situés en 1936 ou via la chanson, certaines des pages de l'histoire ouvrière : les Canuts, la Commune, la création de la C.G.T., 1906, 1934, 1935 (banderoles contre les décrets-lois), 1936... Les accords de Matignon sont entièrement rejoués par des acteurs de la Fédération du spectacle et par Benoît Frachon dans son propre rôle, avec de plus un plan insert de Léon Blum. Après une brève partie consacrée à la seconde guerre mondiale et aux luttes de l'après guerre, la dernière séquence, contemporaine, montre à nouveau une discussion entre les ouvriers et leur délégué et celui-ci présente, craie à la main, la politique de la C.G.T.. Selon lui, une politique de paix permettrait la réalisation de nombreux équipements collectifs qui font défaut à la population (HLM, crèches, groupes scolaires, hôpitaux...). Le film s'achève par les vues de la jonction de deux cortèges ouvriers où se mêlent drapeaux rouges et drapeaux tricolores et par le plan d'une affiche revendicative de la C.G.T. et le plan d'un bulletin d'adhésion.
Savamment écrit et rythmé, bien monté et interprété par des acteurs professionnels, "Horizons..." utilise des sources particulièrement diverses (photos, films, chansons...) ainsi que d'ingénieux procédés narratifs : flash-back, discours illustrés, reconstitutions, plongée en abîme, liens sonores et musicaux (rôle important de l'accordéon). Cette fiction syndicale dresse le portrait d'une C.G.T. ouvriériste, « classe contre classe », anti-américaine et fortement engagée dans la « bataille de la paix », si déterminante durant la guerre froide. La longue évocation de 1936 relève toutefois des intentions unitaires.
Réalisation collective : Paula et Faby Neurisse, Robert Ménégoz, Henri Aisner, Marc Maurette...
Générique : «La Confédération Générale du Travail présente Horizons... Ce film a été réalisé pour le XXIXème congrès de la C.G.T. avec le concours de la Fédération du Spectacle et la participation d'écrivains, d'artistes, de musiciens, de techniciens, d'ouvriers du cinéma et de travailleurs dévoués à cause de la classe ouvrière. Chœurs de la Chorale Populaire de l'Union des Syndicats de la Région de la Seine».
Acteurs : Pierre Asso (dans le rôle de Lambert-Ribot, du comité des Forges), Paul Frankeur (le délégué ouvrier de 1953), Michel Piccoli (un ouvrier), Benoît Frachon dans son propre rôle, Pierre Trabaud, Jean Vigneron....
Commentaire écrit et lu par Louis Aragon.
Opérateurs : André Dumaître et de nombreux techniciens C.G.T..Personnalités : Maurice Thorez, Ambroise Croizat, Boussac, Aga Khan, Alain Le Léap, Lénine, Staline, Benoît Frachon, Paul Reynaud, Philippe Pétain, Georges Bonnet, Léon Blum, François De La Rocque, Bénito Mussolini, Adolf Hitler...
Événements, lieux et personnes cités : les Canuts, la Commune, création de la C.G.T., 1906, 1917, crise de 1929, montée du fascisme, 1934, 1935, 1936, défaite de 1940, Montoire, grève de 1941, conquêtes sociales de la Libération, grèves de 1947, 1948 et 1951
Les trois réunions de conseils nationaux ce week-end portent loin. Elle tendent à constituer un nouveau paysage dans la gauche politique. Les Verts ont donné la consigne de ne pas voter le collectif budgétaire du gouvernement, c’est-à-dire l’inepte pacte de responsabilité. Quand on vote contre le budget, qu’est on, sinon dans l’opposition ? Ainsi, d’un seul coup, quels que soient, pour finir, la réalité et le nombre des votes négatifs des députés Verts, l’opposition de gauche s’élargit d’un parti supplémentaire. Il y a trois mois, ce parti était membre du gouvernement….
Le conseil national du PCF a produit un texte qui m’a enchanté.
En effet, il approfondit la convergence sur le fond doctrinal avec les thèses du Parti de Gauche. Dans un moment où nombreux sont ceux qui prennent un malin plaisir à souligner les divergences et à essayer d’envenimer les débats, cette convergence est un bien précieux. Lors du dernier congrès communiste, les délégués ont déjà adopté la thèse de la « révolution citoyenne ». Je n’en reprends pas ici la description. Mais je crois que je peux rappeler ceci : il ne s’agit pas de nommer sans le dire l’ancienne idée de « révolution socialiste ». Il s’agit d’autre chose. Le mot nomme le processus qui met en mouvement pour « prendre le pouvoir dans tous les domaines du quotidien » un acteur nouveau. Cet acteur, c’est la population urbanisée, ou vivant en mode urbain, en condition salariale ou précarisée ou durablement sans emploi, pauvre ou incluse dans le circuit du système. Une telle révolution se donne pour objectif et pour méthode la démocratie partout et jusqu’au bout, au service du bien de tous. A noter que ce processus se dote de ses propres organes d’action : le comité citoyen ou l’assemblée citoyenne. A ne pas confondre avec une assemblée de base du Front de gauche. En effet, il s’agit ici d’une assemblée de tous, quelles que soient les opinions, quels que soient les votes, en vue d’une appropriation collective d’un problème a régler. Nommer cet acteur est décisif. Il s’agit du « peuple », concept qui inclut le salariat mais ne s’y réduit pas puisqu’il intègre tous ceux que la condition urbaine met en situation d’interdépendance.
Je demande qu’on me pardonne ce résumé abrupt et somme toute assez abstrait. Mais sans doute nombre de mes lecteurs qui suivent mes réflexions sur ce thème y retrouveront un écho de leur propres analyses. Le concept de peuple fut âprement discuté, et je fus copieusement affublé de l’étiquette de populiste pour cela. L’idée de « Front du peuple » se déduit de cette description. Elle ne nie pas la centralité du conflit pour le partage de la richesse ni la place singulière de la lutte en entreprise sur ce terrain. Elle en élargit le domaine d’application à l’ensemble des questions de la vie commune, que l’on soit salarié ou pas. Ce qui importe ici c’est le mode de vie et la relation d’interdépendance étroite entre individu à travers, par exemple, les prestations communes des services publics, ou de l’extension du domaine de l’interconnexion des individus entre eux. Le « Front du peuple » est donc un mot d’ordre pour tous et en tous lieux. Il unit dans un même mouvement la participation politique traditionnelle des partis mais aussi des syndicats, des associations, des secteurs informels, mais surtout des comités et assemblées de citoyens librement associés dans l’action. On est loin de la formule du « Front populaire », traditionnellement réduit à un cartel d’organisations politiques. Une convergence sur un tel espace idéologique est, à mes yeux, essentielle. Plus nous parlerons la même langue, plus nous avancerons facilement ensemble pour comprendre et agir. C’est par la compréhension commune que l’action commune se renforce le plus vite et le plus profondément. Il est encourageant que, sans concertation préalable, nos deux résolutions de Conseil national s’achèvent par la même référence au « Front du peuple ».
C’est pourquoi je veux rappeler comment notre texte conclut : « Voici notre conviction : le pire de la crise ne serait pas les ravages qu’elle provoque. Le pire serait que nous renoncions à en tirer le moyen de faire naître un monde nouveau, libéré des causes des malheurs du présent. Le Parti de Gauche tiendra son poste de combat. Il se donne les moyens de son développement autonome. Mais il sait que rien n’est possible sans que naisse une union large de tous ceux qui ont compris le danger et le besoin d’en finir avec la politique austéritaire. Et bien davantage encore, rien n’est possible sans qu’un Front du peuple ne se lève pour congédier l’oligarchie, préparer les « jours heureux » et avancer vers l’écosocialisme, seul horizon viable de l’humanité. ».
Ce projet d’une action en vue de la construction d’un « Front du peuple » nécessite sans aucun doute bien des discussions pour en approfondir le sens, les voies et les moyens.
Je n’y viens pas à cet instant. J’aurais pourtant bien envie de montrer comment nos marches politico-sociales, et notamment celle du 1er décembre contre l’augmentation de la TVA et pour la révolution fiscale, en ont déjà dessiné les contours. Je ne viens à présent que sur un point. La question de cette construction politique et celle du rapport du Front de Gauche aux dissidents socialistes et Verts. La réunion de mes amis en Conseil national, m’a rendu le service que j’en attendais : y voir plus clair. Un point en particulier m’a frappé. Quelque chose que je n’avais pas vu, du fait de mon implication personnelle dans les discussions avec les partenaires institutionnels de la gauche.
Beaucoup me mettent en garde : les regroupements de groupes et partis politiques ne sont pas l’essentiel à cette heure.
Il existe une lame de fond de rejet de tout ce qui touche à « la politique ». L’activité de ceux qui veulent tourner la page de ce système ne doit surtout pas donner l’impression de résumer sa préoccupation à la préparation d’élections et aux alliances qui vont avec. J’entends ce message et je crois qu’il touche juste. Surtout si l’on tient compte du fait que les « dissidents » socialistes et Verts sont pour l’instant plus forts en mots qu’en actes. Ils ne sont donc ni le centre du monde ni « les nouveaux héros de la lutte des classes », comme le disait Pierre Laurent à propos de Kerviel. Beaucoup d’entre eux veulent surtout négocier des corrections à l’intérieur de la trajectoire définie par le gouvernement. Non, le cœur du moment est dans l’action de combat et dans les luttes à épauler et conforter autant qu’on le peut. C’est là qu’est le moteur du Front du peuple que nous voulons faire émerger. Et c’est là que va se jouer l’année qui vient. Le message venu du terrain est clair : on ne répond pas à l’écœurement général pour la scène politique en donnant l’impression d’ajouter des épisodes à la farce !
Que les dissidents de toutes sortes fassent mieux que grogner et se plaindre. Qu’ils agissent, qu’ils rompent les rangs, qu’ils renoncent aux arrangements politiciens. C’est l’urgence. Tout doit être fait pour les y aider. Mais c’est à l’aide aux luttes de terrain qu’il faut s’appliquer. Plus le front social sera actif, plus la scène politique sera ébranlée. L’un commande l’autre à cette heure.
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Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, ex secrétaire de syndicat, d'Union locale et conseiller Prud'homme CGT de 1978 à 2022.
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