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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 13:16
Jean-Luc Mélenchon : le mouvement Sixième République

Sources : le blog de jean-Luc-Mélenchon le 4 septembre 2014

On ne peut pas aborder la question de la 6ième république sans revenir au 5 mai 2013. Nous étions très nombreux dans la rue. L’affaire Cahuzac venait d’éclater. Elle nous avait soulevés d’indignation. Notre marche voulait montrer que d’autres institutions étaient nécessaires, qui rendraient impossibles l’impunité dont le ministre du Budget avait été le symbole. Nous faisions le lien entre la politique d’austérité que le gouvernement mettait en place en dépit de ses engagements, le régime de la monarchie présidentielle qui rendait possible ce coup de force, et le recrutement de ministres immoraux. Le thème avait rassemblé des partis et des organisations syndicales ainsi que des dizaines de personnalités. C’était marcher pour le « coup de balai » et la nécessité de la 6ème République. Tout l’appareil médiatico-politique du PS s’était arcbouté en me ciblant. « Le Monde » publiait un numéro de son magazine spécialement infâme avec photomontages et une première page ou j'étais comparé à Hitler. « Libération » m’avait attribué une phrase purement inventée : « la purification éthique » publiée à la une. La pression psychologique était telle qu’on vit même de bons amis faire des mines et des pauses lancinantes à propos du « balai » devenu symbole du populisme, caractérisation sans contenu sinon une haine du peuple mal dissimulée. Pour moi, c’était la quatrième manifestation de masse sur ce thème. Les trois précédentes avaient été appelées sur ce thème dans la campagne présidentielle, à la Bastille, place du capitole à Toulouse et au Prado à Marseille. Dans chacun des discours que j’y ai prononcés, j’ai développé un aspect de ce que l’idée pouvait contenir et ce qu’elle permettait de mettre à l’ordre du jour.

 

 

- Pour moi, cette question est le cœur de la stratégie de « révolution citoyenne »

C’est-à-dire d’un changement profond de la règle du jeu social par la voie démocratique. Dans ce projet, le changement de République se fait élisant une Assemblée constituante et en étendant le processus de prise du pouvoir en tous lieux où se joue la vie quotidienne des citoyens. La 6ème République est le premier point du programme présenté au meeting de Saint-Ouen à l’occasion de la fondation du Parti de gauche. Comme les évènements ont confirmé notre analyse d’alors ! A présent, le président de la République peut offrir sans contrepartie des milliards d’argent public au MEDEF, sans qu’il soit possible de l’en empêcher. Un Premier ministre est désigné après une déroute électorale sans précédent, dans la fraction la plus minoritaire de la majorité parlementaire. Aussitôt, celui-ci affiche sans vergogne une allégeance stupéfiante aux ultras du MEDEF et au président du patronat français. Il se fait acclamer par eux et renchérit aussitôt sur des mesures de la réaction la plus grossière comme le contrôle des chômeurs. Pendant ce temps, le pays agonise dans le chômage ; la pauvreté et la mal-vie s’étendent. L’inconscience à l’égard des défis écologiques et les impératifs de l’intérêt général humain sont stupéfiants de désinvolture. Et quoi encore ? La France est aussi engagée dans des guerres et des soutiens au plan international sans aucun débat public. Quoiqu’il arrive, quelle que soit la forme de la protestation du pays, qu’elle soit électorale, sociale, parlementaire, la monarchie présidentielle n’en a cure. Dès lors, le discrédit de toutes les institutions de la démocratie est si élevé que seule l’extrême droite peut y prospérer. Ses progrès sont un symptôme. La violence de la réaction du pays encore davantage : aux élections européennes, le peuple a laissé l’extrême droite se mobiliser sans réagir et en s’abstenant massivement. Mais c’est la cause qu’il faut traiter. Le pouvoir ne peut avoir recours au coup de force permanent qu’à la faveur d’institutions qui le lui permettent. Notre diagnostic commun était le bon le 5 Mai 2013 : c’est la forme du régime qui est en cause, c’est la constitution de la Cinquième République qui rend tout cela possible.

 

 

- C’est cela qu’il faut changer de fond en comble

Parfois on m’objecte : tout ça est trop abstrait, il faut mobiliser les gens à partir de leurs problèmes concrets. On sous-entend par là les questions de salaires ou de services publics et ainsi de suite. Pour ma part, je ne crois pas que l’action politique ne devient « concrète » qu’avec des discours tournés vers des clientèles concernées. Ni qu’il soit de bon augure de sous-estimer la capacité de compréhension du grand nombre. Une immense majorité de gens comprend que la question posée est : qui décide dans la société et au nom de quoi. Cette question est révolutionnaire. Elle ne connait pas de frontière. Elle s’applique aussi bien à la société tout entière qu’à la vie dans l’entreprise. Pourquoi la citoyenneté s’y arrêterait-elle ? Ce raisonnement conduit à donner une place essentielle aux processus constituants dans les révolutions de notre temps. Car en définissant la Constitution, le peuple s’identifie à ses propres yeux. Il se constitue lui-même en quelque sorte. Par exemple en disant quels droits sont les siens, en organisant sa façon de prendre les décisions, en définissant l’ensemble des pouvoirs qui agissent pour faire fonctionner tout cela.

 

 

- Le processus constituant est l’acte fondateur de la conquête de la souveraineté par le peuple

Ce n’est pas un à côté de la stratégie révolutionnaire de notre temps. C’est son vecteur politique. Dans cet approche, se battre pour la convocation d’une Assemblée constituante, c’est ce battre d’abord pour l’existence même du peuple comme acteur de l’Histoire. Le peuple est constituant ou il n’est rien, comme Marx disait du prolétariat qu’il était révolutionnaire ou bien qu’il ne serait rien. Tout cela souligne l’importance d’une reconstitution solennelle du peuple politique. Il s’agit donc bien de convoquer une Assemblée constituante. Sans sa convocation, sans les élections qui la forment, sans les auditions de toutes sortes qu’elle doit organiser, la Constitution n’est qu’un coup de force supplémentaire. On en a assez vu ! Car depuis la promulgation de la Constitution de 1958 en France, le texte a été changé vingt-deux fois sans consultation populaire. Et, bien sûr, sans aucune participation des citoyens à la rédaction du texte ou des changements prévus. Quant à nous, il ne s’agit pas simplement de changer la règle du jeu mais de prendre le pouvoir. La Constituante dont je parle n’est pas un arrangement technique pour peaufiner les rouages. C’est une révolution de l’ordre politique pour répondre aux questions concrètes que le système est incapable de régler. Dans mon esprit, ce projet doit nécessairement reposer sur une action de masse dont les principes d’organisation doivent correspondre au projet. Autrement dit : tout le monde doit pouvoir y participer et l’animation doit être collégiale et tournante.

 

 

- Je crois en effet que les esprits y sont prêts

Dans tous les pays où l’on a fait appel à cette démarche, la réponse a été toujours très ample et au-delà des prévisions. Ce n’est pas une découverte pour moi. Je vais me permettre de me citer. Le 5 mai je m’étais exprimé avant le départ de la marche[1]. Et voici comment je m’étais résumé : « Rien n'est plus puissant, dit Victor Hugo, qu'une idée dont l'heure est venue ! Rien ne sera plus puissant que ce mouvement pour la 6ème République que nous construisons ensemble et dont vous voyez qu'il s'élargit, qu'il n'appartient à personne sinon qu'à vous-mêmes. Ce mouvement va encore s'élargir et je vous appelle à le construire là où vous êtes !"

 

Ma proposition devant le Parti de Gauche cet été est de reprendre l’ouvrage là où nous l’avions laissé avant la calamiteuse période des municipales.

 

Note

[1] Voir vidéo ci dessous

 

Pour en savoir plus :

- mon dossier VIe République

Discours de Jean-Luc Mélenchon - Marche citoyenne pour la 6ème République 5 mai 2012

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4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 09:40
Hollande ne pourra pas dissoudre le peuple

C’est finalement dans le TGV qui m’a conduit  puis ramené des Karellis, lieu traditionnel de l’université du PCF où j’étais convié à plusieurs débats, que j’ai trouvé le temps d’écrire cette note de rentrée. « Ma » rentrée pourtant, comme la plupart de mes camarades du PG, date de plus d’une semaine. Mais les occupations liées à notre Remue-Méninges à Grenoble ne m’ont pas laissé le temps d’assurer une concordance entre cette rentrée militante et sa traduction écrite.  Tant mieux : que n’aurai-je sinon raté ! Les déclarations de Montebourg et Hamon, Valls 2 succédant à Valls 1 ; François Hollande se donnant des airs « de » sous une pluie torrentielle à Sein puis à Paris (quoi que l’on puisse considérer cet accompagnement pluvieux comme faisant partie des constantes du Président de la république) ; Macron remplaçant Montebourg ; une standing ovation du Medef pour le 1er ministre ; son donneur d’ordre, Gattaz, annonçant les prochaines mesures antisociales du gouvernement avec, pour commencer, la dérégulation des seuils sociaux et du travail dominical ; l’abandon de tout encadrement des loyers etc… Bref autant de signes de l’accélération d’une crise politique et de régime. Si prégnante qu’elle n’a même pas pu attendre que soit passée l’université d’été du PS pour se manifester.

 

Donc où en sommes-nous ? A en croire les éditorialistes de la pensée unique qui se sont relayés cette semaine, eux aussi sont rentrés, tout pourrait maintenant rouler pour le gouvernement Valls 2. D’une part, le premier ministre dispose désormais d’hommes et de femmes qui adhèrent à sa politique. Fini les « gêneurs » de type Montebourg susceptibles d’effrayer les marchés et d’irriter Mme Merkel par des saillies certes impuissantes mais quand même mal venues. D’autre part, le Medef a adoubé Manuel Valls comme rarement premier ministre l’a été  sous la 5ème. Et s’il fallait encore rassurer les marchés et les actionnaires, la nomination d’un de leurs représentants, Emmanuel Macron, constitue la cerise sur le gâteau.

 

Source : le Blog d'Eric Coquerel Secrétaire national du parti de Gauche

- Vers l’échec assuré

Un Hollande à l’aise dans ses baskets de social libéral, une équipe prête à jouer loyalement le jeu, l’officine des patrons les plus libéraux derrière lui et la confiance des marchés : tout serait donc en place pour que la livraison des chiffres du chômage en juillet soit la dernière de ce type. On sait bien que ce ne sera pas le cas. Car en appliquant toujours plus drastiquement une politique vieille de 15 ans, celle du Blairisme triomphant, Hollande fait subir à notre pays les « recettes » qui ont menées dans le mur la France comme l’Europe. C’est en effet le moment de rappeler où en est la « reprise » de la zone Euro annoncée par ce charlatan depuis deux ans : comme la France, la croissance de l’Allemagne stagne et l’Italie est déjà entrée carrément en récession. Il n’y a donc pas besoin d’être devin pour décrire la situation  dans trois mois. C’est celle d’aujourd’hui : chômage en progression constante, activité en berne, toujours moins de services publics et de protection sociale, profits et dividendes des actionnaires en hausse. Et courbe de popularité du Président et du premier ministre au plus bas.

 

François Hollande ne réglera rien car c’est la politique à laquelle il croit – je résume : la main invisible du marché finira bien par arranger les choses si on lui fait suffisamment d’offrandes – qui est mauvaise et non pas spécialement les personnes qui l’appliquent. Même si en l’espèce, ils sont en plus mauvais.

 

C’est pourquoi François Hollande va échouer. Et à ce rythme je ne vois pas le gouvernement Valls 2 durer plus longtemps que le « glorieux » gouvernement de « combat » qui l’a précédé. Et si Hollande tient jusqu’en 2017, il y arrivera en lambeaux, mal parti pour franchir le 1er tour. Le socialiste Stéphane Delpeyrat a dans un tweet aussi rageur que lucide bien résumé le risque : « les 3% nous les atteindrons j’en suis sur. En mai 2017 ».

 

 

- Le peuple n’adhère pas au libéralisme

  • Pourquoi ces certitudes ?

Parce que le Medef n’a jamais fait une majorité dans ce pays. Pour des raisons historiques que ce billet n’a pas pour vocation de  détailler, mais dont la première est le souffle encore porteur de notre grande révolution,  le peuple français ne s’est au fond jamais converti à l’idéologie libérale. Sans forcément d’ailleurs emprunter des choix politiques clairs pour le dire. L’histoire de la 5ème le montre : Chirac bat le régent Balladur en dénonçant la fracture sociale, Sarkozy passe sur une entourloupe en s’appuyant sur la faiblesse du PS mais aussi l’ambigüité des discours concoctés par Gaino, Hollande l’emporte parce que l’Elysée vaut bien pour lui une grande messe contre la finance au Bourget et que justement son prédécesseur est châtié pour son libéralisme. Jusqu’à quand cela tiendra-t-il ? La question mérite d’être posée : la confusion qu’installe François Hollande en suivant la voie ouverte par Sarkozy, ayant un effet déflagrateur sur le peuple pourtant le plus politique au monde.  Mais j’ai la certitude que ce travail de sape ne sera pas suffisant pour inverser d'ici 2017 ce mouvement inscrit dans la longue durée. D’autant que notre peuple paye toujours davantage les conséquences néfastes de cette politique libérale. 

 

C’est l’analyse faite d’ailleurs par Marine Le Pen. Pourquoi sinon le Front national libéral et atlantiste de Jean-Marie Le Pen  s'avancerait-il désormais comme un parti national capitaliste ? Les ethnicistes ont compris que la prise du pouvoir en France est à ce prix. C’est aussi pourquoi, sur fond de crise, rien n’est assuré en cas de duel entre Marine Le Pen et un représentant de la droite traditionnelle au 2ème tour : pas sur  que cette fois un appel à la démocratie suffise à élire un représentant du camp libéral. Et si c’est le cas ce sera au profit d’une droite toujours plus travaillée par le programme xénophobe et antirépublicain du FN.

 

De cette analyse, on comprendra que qualifier un représentant de notre « camp » au 2ème tour de la Présidentielle est à bien des égards la meilleure assurance pour éviter le pire à notre pays.

 

  • Comment ?

En s’appuyant sur la formidable armée de réserve qui existe. Celle qui s’est largement abstenue aux européennes, qui ne supporte pas la politique appliquée mais qui, aujourd’hui, ne voit personne ou nulle force à même de la contester concrètement. Qu’elle s’abstienne en 2017 et la voie peut être ouverte pour Mme Le Pen ou en tous cas pour une droite travaillée par l’idéologie de l’extrême droite.

 

On aura compris que je ne crois pas dans la possibilité que le PS empêche ce scénario. Je pense même que François Hollande est en passe de le dissoudre comme l’ont été les partis de la gauche traditionnelle en Italie. J’écoute certains frondeurs en appeler à un congrès de leur parti, certains que Valls est minoritaire en son sein. Je ne partage pas cette illusion. Bien sûr, ce dernier n’a atteint que 5% à la primaire socialiste mais François Hollande en était sorti en tête et en dehors d’Arnaud Montebourg, aucun de ses concurrents ne dérogeait sur le fond au social libéralisme. Ce n’est qu’ensuite, en février 2012, que devant la poussée de Jean-Luc Mélenchon et du Front de Gauche, Hollande a fait dans la critique de la finance. Mais souvenez-vous de son interview au Guardian publié quasi en même temps que le Bourget. Ce rapport de force a-t-il changé dans le PS ? L’université de La Rochelle transformé en happening et où les frondeurs mobilisés ont fait entendre fortement leur voix pourrait le laisser penser. Je n’y crois pas. Je considère que ce parti a en réalité changé de nature comme de sociologie militante. D’ailleurs si les frondeurs se font entendre, et vu la brutalité de Valls cette semaine le contraire aurait été étonnant, il s’est trouvé 200 autres députés pour se dire en solidarité avec la politique menée. Il est fort possible, comme la SFIO à son époque, que le PS meure du « Hollandisme ». Mais d’ici là, ce n’est pas de lui que viendra l’issue. L’imaginer, concentrer nos efforts militants sur ce mirage nous ferait non seulement perdre un temps précieux mais semer encore plus d’ambiguïté sur notre compte vis à vis des français.

 

 

- Pour un Front de Gauche utile à construire son propre dépassement

  • L’issue viendra-t-elle du seul FDG et l’unité de l’autre gauche ?

Cela a été l’axe stratégique du PG depuis sa création. C’est dire s’il fait partie de notre ADN. Non sans réussite. Nous sommes ainsi quasiment parvenus à rassembler toute l’autre gauche. Avec le résultat que l’on sait : les 4 millions de voix de Jean-Luc Mélenchon en 2012 ont crédibilisé notre démarche. Mais pour finir deux ans après sur le récif des Européennes. Je ne reviendrai pas sur l’ensemble des raisons de cet échec. Je l’ai fait largement dans mes billets de juin. Mais la principale est celle-ci : nous n’avons pas été suffisamment dissociés de LA « gauche » qui gouverne pour apparaître comme son alternative plausible. Or, comme l’a affirmée justement Jean-Luc Mélenchon dans son discours de clôture à Grenoble, force est malheureusement de constater que « le système n’a plus peur de la gauche ». Résultat : en dehors de sa partie la plus politisée, le peuple qui veut le contester ne se tourne plus vers ce qui s’apparente à LA gauche. Injuste mais bien réel.

 

  • Est-ce à dire que FDG ne sert plus à rien ?

Evidemment non. Nous avons eu tant de mal à rassembler cette énergie militante qu’il serait stupide de la déconstruire gratuitement. Mais le FdG doit aujourd’hui utiliser cette capacité militante dans un projet qui nécessairement doit le dépasser. Comment fédérer le peuple, le remettre en mouvement, lui donner envie de reconquérir sa souveraineté politique ? Voilà la question. Il serait injuste de dire que le FdG ne se la pose pas depuis quelques temps. La notion de Front du peuple, progressivement reprise par les forces qui le composent, en est l’écho. On voit bien en tous cas que ce n’est pas le seul FdG, ni même la seule addition de forces politiques, qui sera à même d’atteindre cet objectif d’ici 2017. Il peut toujours par contre en être l'outil principal. S'il change.

 

 

- Le moteur du changement : la souveraineté du peuple

Le peuple ne se tournera donc pas vers nous s’il nous perçoit comme l’appendice contestataire d’un PS fantasmé comme le centre incontournable de la gauche. Mais ce ne sera pas non plus suffisant de lui proposer de nous mettre en tête de la gauche pour ensuite transformer celle-ci. Nous ne sommes pas parvenus à le convaincre de cette utilité, nous y parviendrons encore moins dès lors que Hollande et Valls captent la notion de gauche au profit d’une des politiques les plus socialement droitières de la 5ème République. II faut voir plus loin, plus large, plus en capacité de concrétiser le fait majoritaire dans un mouvement totalement indépendant du système et des jeux d’alliance qu’il implique, PS compris. C’est la raison pour laquelle Jean-Luc Mélenchon a mis sur la table le projet d’un mouvement pour la 6ème République au point de souhaiter y consacrer le plus clair de son temps. On aura compris qu’on ne parle pas là seulement transformation institutionnelle mais bien de changement de République au sens littéral du terme : une république citoyenne, sociale et écologiste en lieu et place de la monarchie présidentielle et de plus en plus oligarchique qui corsette la souveraineté populaire. Raison pour laquelle, seul le peuple pourra la constituer à travers l’assemblée qu’il se donnera pour cet objectif. 

 

Remettre le peuple en mouvement dépasse donc la simple accumulation de courants et de forces politiques. Un mouvement pour la 6ème république nécessitera ainsi  l’irruption de collectifs permettant une implication citoyenne maximum sans que l’on demande à ses membres de décliner leur appartenance politique.

 

Le Parti de Gauche va s’y engager. Nous allons, dès son Assemblée générale du 6 septembre, proposer la même chose au Front de Gauche. S’il veut jouer encore un rôle majeur, il ne peut plus être le lieu des ambigüités stratégiques et des polémiques qu’il a été depuis 2012. Cela implique déjà qu’il soit capable assez vite, la fin de l’année semble une butée réaliste respectueuse de la souveraineté de ses organisations, de se réorienter vers une stratégie nationale qui ne peut être, pour commencer, que celle de l’autonomie vis à vis du PS aux prochaines élections. C’est une condition de son utilité et de son maintien.

 

 

- Combattre le gouvernement Valls 2 comme n’importe quel gouvernement de droite.

Les autres forces et courants de la gauche anti austérité ? Dire que c’est le peuple qu’il faut ambitionner de fédérer indique l’objectif essentiel. Le moyen dont nous ne pouvons nous passer pour réussir. Mais il serait stupide de ne pas chercher à mobiliser dans ce dessein la dynamique accélératrice que ces forces peuvent constituer. Ce n’est pas l’un ou l’autre. Si nous pensions l’inverse, nous arrêterions de construire le parti de gauche. Nous entendons donc œuvrer à l’unité de tout ce qui s’oppose à la politique actuelle.  C’est notamment le cas des collectifs issus de la marche du 12 avril qui veulent travailler à l’unité la plus large sur le front social des syndicats, associations, partis. Pour mieux résister mais pas seulement. Nous devons plus que jamais démontrer notre capacité à apporter des réponses immédiates et concrètes aux questions premières que se posent les français, l’emploi en premier lieu. Celles que sans attendre nous serions à même d'appliquer au gouvernement pour rompre avec le libéralisme et le productivisme et apporter un mieux-être rapide au pays.

 

Tout cela participe à la bataille contre le gouvernement Valls 2.  Qu’il faut évidemment  combattre sans attendre les Présidentielles comme nous le ferions de n’importe quel gouvernement de droite. Sa légitimité ne tient qu’à un fil, il faut faire en sorte de le faire tomber. Les autocollants « Valls Démission » sortis par le PG au moment où, ministre de l’intérieur, il promouvait sa politique du bouc émissaire  (il a largement continué cet été), vont pouvoir ressortir !

 

 

- Le révélateur du vote de  confiance à un gouvernement qu’il faut faire tomber

Dans notre esprit,  le processus alternatif décrit dans ce billet concerne tous les opposants de gauche. J’estime cependant que se profile un test décisif pour tous ceux qui appartiennent à l’actuelle majorité gouvernementale : c’est d’en sortir ! Franchement. Voilà pourquoi nous demandons aux « frondeurs » de tous type, qu’ils soient socialistes, EE-LV ou MRC de s’opposer réellement à la politique de Valls en empêchant qu’elle sévisse plus longtemps. Sinon rien ne sert de se sentir fort à l’applaudimètre à la Rochelle. Ils ne doivent pas voter la confiance au gouvernement et à fortiori, s’il passe cette épreuve, son budget. Non pas s’abstenir mais voter contre. C’est le courage que nous leur demandons de démontrer à ceux qui les ont élus mais aussi la condition pour construire ensemble l’avenir. C’est aussi un service pour eux-mêmes car le peuple ne fera pas le  tri entre ceux qui appliquent cette politique avec entrain et conviction et ceux qui la permettent en râlant. Hollande peut arriver à dissoudre le PS, voir la gauche mais pas le peuple… Et la note que ce dernier présentera sera salée.

 

 

- C’est reparti !

Je voudrais finir cette note en parlant du Parti de Gauche. L’échec des Européennes a pesé dans notre histoire et sur chacun d’entre nous. Nous sommes des militants faits de chair, de convictions et de sentiments, dévoués à une cause qui ne nous rapporte aucun confort matériel, au contraire. Nous avons nos fragilités. Juin a ainsi été difficile à passer pour beaucoup d’entre nous après la fatigue accumulée et la tension des élections municipales et européennes. Comme tout groupe humain, nos douleurs ne sont pas seulement politiques. Nous ne sommes évidemment pas immunisés contre la fragilité et la finitude de l’humanité. La disparition aussi inattendue qu’injuste de notre camarade et éditeur Bruno Leprince survenue la veille de notre Remue-méninge nous l’a rappelée dramatiquement.  J’ai toujours considéré que l’un des moteurs de l’engagement politique, dès lors qu’il n’est pas seulement un plan de carrière,  était de transcender notre nature éphémère en l’inscrivant dans une communauté de destin présente et à venir. Une chaine fraternelle qui nous conduit à nous battre pour l’actuelle humanité mais aussi pour ceux qui viendront après nous. Pour qu’ils puissent continuer à vivre sur cette planète et si possible mieux que nous. C’est, je suis sur, ce qui nous pousse à agir et à militer malgré tout, et encore plus, quand beaucoup d’entre nous redoutent qu’il soit trop rapidement minuit dans le siècle.  Nous refusons l’inéluctable.

 

Dans cette période difficile, notre Remue Méninge a été un moment politique exaltant dont nous ressortons plus forts. A son issue un militant ma interpellé d’un joyeux « c’est reparti ! ». Je l’ai gardé en esprit car il résumait bien je trouve le sentiment général. Parce que nous avons commencé collectivement à définir une autre stratégie, parce que nous en sommes sortis en ayant des idées claires sur « que faire ? ». Parce qu’aussi, au cours des débats et ateliers, tous remplis, nous avons appris des choses et en sommes sortis plus intelligent que nous n’y étions entrés. Et ce, grâce aussi à nos invités qui, tous, ont été pertinents et souvent brillants.

 

Accepter comme nécessaire le retrait de la coprésidence de Jean-Luc Mélenchon et de Martine Billard, nous a conduit à commencer aussi à réorganiser notre direction. Dans celle-ci je m’occuperai dorénavant de la coordination politique du PG sans cesser, pour le moment, de gérer les relations unitaires. Je vais me consacrer du mieux que je pourrai à cette nouvelle fonction, certain que si notre PG n’est pas une fin en soi, mais un outil, il reste terriblement précieux dans le moment politique que nous vivons. Et que cela donc vaut le coup de le renforcer.  Pour mieux combattre l’insupportable.

 

Pour en savoir plus :

- mon dossier VIe République

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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 09:32
 (3ème partie/fin) : Le Front de gauche en quête d’identité dans un contexte de crise économique et politique généralisée.

- Le Front de gauche en quête d’identité dans un contexte de crise économique et politique généralisée (1ère partie).

 

- I – La politique désastreuse des gouvernements de François Hollande

- II – L’intégrité morale des hommes politiques remise en cause sur une vaste échelle

- III – Confusionnisme politique et brouillage des repères. Le désarroi des électeurs

- IV – La stagnation du Front de gauche.

- V – Il existe bien deux gauche en France, comme en Europe : une gauche qui remet en cause radicalement l’hégémonie de la classe dominante et une autre qui s’en accommode

- VI – Le dipôle UMP – PS déforme les lignes du champ politique

 

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- Le Front de gauche en quête d’identité dans un contexte de crise économique et politique généralisée (2ème partie).

 

- VII – Refonder le Front de gauche ? Vers un Front du peuple ? Refonder la gauche ?

 

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Sources : Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Hervé Debonrivage

- Le Front de gauche en quête d’identité dans un contexte de crise économique et politique généralisée (3ème partie).

 

- VII – Refonder le Front de gauche ? Vers un Front du peuple ? Refonder la gauche ? (suite et fin)

 (3ème partie/fin) : Le Front de gauche en quête d’identité dans un contexte de crise économique et politique généralisée.

Le parti communiste des ouvriers de France (POCF, membre du FdG se pose aussi la question de l’organisation et indique dans son document d'analyse post-électorale du 02/06/2014, sur son site : "On nous dit souvent qu’il faut dépasser le caractère de cartel d’organisations. Nous pensons, quant à nous, que la question est plutôt de dépasser le cadre d’un cartel purement électoral. C’est sous cet angle qu’il faut, à notre avis, poser la question des adhésions individuelles : si on en reste aux questions purement électorales, s’il s’agit de désigner des candidats… nous n’avancerons pas davantage dans l’implication du plus grand nombre.…" Et il insiste sur la nécessité d’avoir une structure permettant de franches discussions aboutissant à de bons compromis.

 

Pour le Front de gauche, la proposition du philosophe marxien Jacques Bidet est tout à fait intéressante. On peut se reporter à son article dans l’Humanité du 7 mai 2014 intitulé : "Un avenir pour le Front de Gauche" Je souscris, pour ma part, totalement à son point de vue et j’invite vivement le lecteur à prendre connaissance de ce texte qui a le mérite d’être relativement court.

 

[E. DURAND : je considére moi aussi que sa proposition est la meilleure qui puisse être mise oeuvre :

....Non pas des « Associations du Front de Gauche », conçues comme des sections locales fictives d’un parti qui n’existe pas, mais quelque chose de plus large : des « Associations pour le Front de Gauche ». Elles auraient la responsabilité de coordonner la réflexion et l’action à mener au plan local, en participation à la réflexion et à l’action au plan national...]...

Non pas des « Associations du Front de Gauche », conçues comme des sections locales fictives d’un parti qui n’existe pas, mais quelque chose de plus large : des « Associations pour le Front de Gauche ». Elles auraient la responsabilité de coordonner la réflexion et l’action à mener au plan local, en participation à la réflexion et à l’action au plan national. - See more at: http://www.humanite.fr/un-avenir-pour-le-front-de-gauche-par-jacques-bidet-philosophe-526470#sthash.fsxgqMO7.dpuf

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une autre idée intéressante est celle de Roger Martelli dans le webzine Regards du 31 mai 2014 . "Réflexions pour le Front de Gauche"…Il n’y a donc pas de solution purement partisane à la crise politique actuelle. Inutile d’envisager un parti central, au cœur d’une galaxie étendue, comme le PCF y parvint pendant quelques décennies ; mais un front de partis, fût-il élargi, ne suffit pas non plus. Le contact entre formations politiques est utile ; il n’est pas « la » solution. S’il faut reconstruire, c’est dans deux directions : associer à la construction de projets et d’initiative politique des forces et des individus qui ne sont pas dans le champ étroitement partisan ; bâtir des formes de fonctionnement collectif selon des modèles coopératifs, en réseaux, qui contredisent la tendance forte à confondre centralité et verticalité hiérarchique."

 

Mais encore faudrait-il ne pas oublier l’existence de l’Humain d’abord", qui certes n’est pas un programme définitif mais qui n’en reste pas moins un projet collectif de référence pour le FdG.

 

 

 

 

 

Un point de départ très basique, est que chaque composante du FdG veille à ce que son propre fonctionnement soit démocratique, c’est-à-dire prenne le temps d’organiser cette démocratie conformément aux statuts qu’ils ont choisis.

 

Remarquons que le soi-disant conflit de leadership pour le Front de gauche invoqué par certains responsables politiques et journalistes n’est qu’un écran de fumée : – tendant à masquer une carence organisationnelle structurelle et fonctionnelle du FdG – et tendant à éluder le véritable conflit de fond qui est le choix entre l’autonomie prônée par le Parti de Gauche et l’alliance avec le PS au premier tour des élections défendue par la direction du PCF. Remarquons d’ailleurs que la quasi-totalité des composantes du FdG considère que celui-ci doit être une organisation politique autonome alternative au PS.

 

Toujours sur cette thématique de l’organisation, une autre contribution qui fait réfléchir est celle de Jean Rabaté, dans le journal l’Humanité : "Front de gauche : l'adhésion directe est-elle souhaitable, nécessaire ou inopportune ? "

 

 

[E. DURAND : Je pense moi aussi que les adhésions directes.... "conduiraient tôt ou tard à la formation d’un nouveau parti et signeraient très probablement la fin du Front de Gauche en tant que facteur du large rassemblement plus que jamais nécessaire...]...

 

 

 

 

 

 

J’ai eu l’occasion sur le site du PG Midi Pyrénées d’apporter une contribution massive sur le thème : Le Front de gauche doit améliorer sa puissance organisationnelle, En utilisant les apports des sciences humaines contemporaines : théorie des organisations et de l’intelligence collective, la coopération en intelligence artificielle distribuée, etc.
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Première partie
- Seconde partie
- Troisième partie

On peut trouver dans cette étude les différents outils conceptuels permettant de penser une nouvelle organisation articulant les différentes composantes du Front de gauche.

 

C - Le capital symbolique du FdG doit être le miroir de son programme et de son projet de société.

Nous avons vu précédemment comment le capital symbolique pouvait se trouver déformé et même écrasé par l’optimisation du capital économique et perdre de son sens pour les électeurs. Ainsi, l’identité politique du FdG émanant de son projet de société et de son programme ne doit pas être assujettie à des considérations et stratégies relatives à la préservation ou à l’accroissement de son capital économique.

 

De cette manière, la perception du champ idéologique du FdG par la population n’est pas déformée par des comportements électoralistes d’alliance contre nature, de carriérisme, de lutte de places. Le capital symbolique du FdG se trouve ainsi préservé et est le reflet fidèle de ses positions économiques, sociales et culturelles structurant son champ idéologique.

 

Dans le cas contraire, le programme l’Humain d’abord est perçu comme un document démagogique, un catalogue de promesses électorales qui ne seront pas tenues. Le champ idéologique du FdG subsiste mais son capital symbolique s’effondre, et évidemment avec lui, ses scores électoraux. Dans une telle configuration, les agents politiques du FdG gardent leurs convictions mais leur crédibilité et leur audience tendent vers zéro.

 

Cette préoccupation de rendre indépendant, autant que faire se peut, le champ idéologique du FdG de son capital économique doit être d’autant plus affirmée que l’appareil idéologico–médiatique met tout en œuvre pour déformer ce champ, voire même l’effacer, afin d’affaiblirle plus possible son capital symbolique.

 

Nous avons vu aussi que le champ idéologique politique était bipolaire : CI = L U AL. (Le champ idéologique est l’union de deux composantes : le champ idéologique libéral et le champ idéologique antilibéral).

 

Les partis de droite et sociolibéraux sont porteurs de L et les partis de "l’Autre gauche" sont porteurs de A L. Toute la stratégie de la grande bourgeoisie au travers ses médias est d’écraser le capital symbolique correspondant à AL en usant de tous les moyens technologiques et cognitivo – psychologiques possibles. De sorte que tout comportement politique de "l’Autre gauche" conduisant à déformer son propre capital symbolique concourt à la réalisation des objectifs de la grande bourgeoisie.

 

D’autre part, la stratégie des alliances a aussi un autre inconvénient : le processus de contamination de la désespérance des électeurs. Les partis dominants entraînent dans leur chute les partis avec lesquels ils ont établi des alliances. C’est-à-dire que l’altération du capital symbolique des partis dominants se propage au sein du capital symbolique des partis alliés. Ce phénomène est confirmé par les résultats électoraux et les indices de confiance envers les partis politiques établis par les instituts de sondage.

 

D - Le FdG fort de son capital symbolique propre ne doit pas faire cavalier seul.

L’affirmation d’une identité politique propre ne signifie pas que le FdG doive s’encapsuler dans son organisation : bien au contraire, une identité forte lui permet de s’ouvrir largement sur l’ensemble du mouvement social, en contractant par exemple des alliances circonstancielles de lutte avec d’autres forces de gauche. (Voir ci-dessus 2B) et être un pôle central de résistance contre les politiques d’austérité et de régression sociale comme l’invite la coordination FdG dans son communiqué du 25 juin 2014.

 

Néanmoins, le piège à éviter est de dissoudre son capital symbolique dans un flux d’actions purement défensives faisant oublier son programme : l’Humain d’abord. Le FdG n’est pas une organisation de contestation de nature syndicale mais d’abord une force de proposition capable de prendre le pouvoir et mettre en œuvre une politique alternative . Le FdG ne peut définir son identité par une simple capacité de rassemblement et d’organisation des actions. Pour utiliser une métaphore, un catalyseur joue son rôle de catalyseur en raison de sa structure propre.

 

Le travail sur le programme et le projet de société, sur l’organisation, sur la formation, demande beaucoup de temps et ne doit pas être sacrifié sur l’autel de l’électoralisme et de l’activisme réactif, ce qui a été le cas jusqu’à présent, avec les résultats pitoyables que l’on connaît

 

4 - Qu’entendre par radicalité ? Radicalité ne signifie pas extrémisme

Abécédaire des réalités concrètes

Abécédaire des réalités concrètes

Le caractère ouvert et intégratif du programme du Front de gauche permet et facilite d’éventuelles alliances avec d’autres partiis de gauche tout en affirmant clairement son identité politique. Mais cette qualité intégrative ne signifie pas une intégration des idées d’autres mouvements sur n’importe quelle base. Cette intégration ne doit pas être contradictoire avec les orientations radic ales en rupture avec le capitalisme contemporain défendues par le FdG. Mais encore faudrait-il préciser ce que l’on entend par "radicalité" car ce mot même accompagné de l’adjectif "concrète", car sans précision de son contenu, il ne signifie rien. Cela nécessite, par exemple de définir clairement le périmètre de socialisation des moyens de production et d’échange (en précisant les différentes formes de cette socialisation par secteur : nationalisation, gestion territoriale, économie sociale et solidaire dont les coopératives, etc.). Quel contrôle pour imposer le pluralisme aux médias ? Quelle gestion des entreprises publiques et privées et quels nouveaux droits pour les travailleurs ? Quels types de gestion et d’encadrement pour le secteur financier et boursier ? Quelle fiscalité progressive sur le capital sur le travail ? Quelle doit être l’échelle des revenus ? Doit-on rendre au secteur public la totalité des bords de mer et de rivières ? Doit-on confisquer tout patrimoine excédant deux millions d’euros ? Quels grands principes pour une sixième république notamment dans le domaine de séparation des pouvoirs ? Ne pas aborder ces questions lorsque l’on parle de radicalité, c’est joué du pipeau. Évidemment je n’ai cité que quelques exemples et cette liste de questions est loin d’être exhaustive. (Pour alimenter la réflexion l'abécédaire des radicalités concrètes).

 

Lorsque l’on aborde concrètement ces questions et que l’on fait varier le curseur sur la ligne de partage public / privé autrement dit sur la graduation : intérêt général/intérêts privés, on s’aperçoit que la qualification "d’extrême gauche" attribuée au Front de gauche relève d’une escroquerie intellectuelle destinée à faire peur à la petite bourgeoisie et notamment aux socialistes "affligés" ou "frondeurs" qui, vus sous un autre angle, sont des socialistes apeurés et je ne parle pas ici des écologistes verts de peur. La mesure de la radicalité du FdG ne s’effectue pas à l’aide d’un sonomètre indiquant, en décibels, l’intensité sonore de la voix de Mélenchon dans un meeting, mais par une calme lecture du programme l’Humain d’abord, éclairé par une lampe de chevet.

 

Si, par aventure, quelconque petit-bourgeois apeuré – pas forcément membre du PS – faisait le louable effort de réaliser cette lecture, il constaterait alors que ce texte est loin de développer des positions extrémistes. Et si, de surcroît, ce texte évoquait en lui des réminiscences chrétiennes, et que, poussé par la force de sa curiosité, il s’enquérait de l’existence d’un texte analogue dans la littérature chrétienne, la curiosité ferait place à l’ébahissement. Se révélerait à lui que la politique sociale de l’Église actualisée par Benoît XVI dans son encyclique sociale Caritas in vertate (2009) dans ses thèses économiques et sociales ,convergent totalement avec le contenu de "l'Humain d'abord"  : affirmation d’une économie plurielle, développement des droits des travailleurs, lutte contre la pauvreté et des inégalités, développement de l’économie sociale et solidaire, prédominance du travail sur le capital, nécessité de maîtriser la finance etc..

 

Lisant ainsi cette encyclique à la lumière de quelques cierges, il découvrirait que sa position politique n’est pas à gauche mais bien à droite de celle du Vatican. Mais il invoquera alors, ce qui est martelé par les médias, les questions sociétales telles le mariage pour tous, la contraception et l’avortement (mesures qui concernent 1 % à 2 % des individus réellement concernée par une application effective de la loi à leur cas), cataloguant ainsi le Vatican de réactionnaire. Jeu un peu facile : c’est oublier que de refuser la maîtrise réelle de la finance et la réduction radicale des inégalités, c’est jeter des millions de personnes au chômage, faire sombrer des pans entiers de la société dans la pauvreté, provoquer la mort de millions de personnes dans le monde faute de nourriture ou de soins, etc. Alors quels sont les plus réactionnaires ? (Mais de toute façon, cette question ne se pose pas pour le FdG, puisque celui-ci a toujours défendu le mariage pour tous, la contraception et l’IVG).

 

Mais tous les socialiste affligés et les écologistes ne sont pas forcément apeurés car un certain nombre d’entre eux ont effectivement lu l’Humain d’abord et souscrivent à ses propositions. C’est donc pour une autre raison (que la peur engendrée par leurs fantasme d’extrémisme) , bien plus proche des réalités terrestres, que ceux-ci ne rejoignent pas le FdG. S’ils ne rejoignent pas le Front de gauche, c’est en raison du risque d’une perte de leur capital économique, autrement dit, du fait que le FdG n’offre pas les possibilités de promotion à la hauteur de celles offertes par le PS. Une rupture avec le PS occasionnerait une perte de tous les avantages que leur procure leur maison-mère.

 

Quant au nouveau parti, La Nouvelle Donne : nouvelle arnaque ? peut-on lire dans un article très amusant d'Agora Vox. Je ne sais. En tout cas, vu la proximité, voire l’identité de ses thèses, par rapport à celles du Front de gauche , on peut s’interroger sur les raisons de son existence, comme le fait l’auteur de l’article

 

[E. DURAND : Je m'interroge moi aussi sur l'émergence de cette nouvelle organisation à gauche du PS ? Relai ? Miroir aux alouettes ? A qui profite le "crime" ?]

 

 

 

 

 

- VIII – La conquête de l’autonomie.

L’ensemble des éléments contenus dans l’étude précédente conduit donc à soutenir le point de vue suivant :

 

...pour que le Front de gauche puisse continuer à exister et puisse se développer, il faut que la totalité de ses composantes affirme une stratégie autonome, indépendant du PS.

 

 

 

 

 

Concrètement, cela signifie le refus de toute alliance avec le PS au premier tour des élections et une alliance au deuxième tour négociée au cas par cas. C’est son identité politique qui est ici en jeu et la préservation de son capital symbolique, autrement dit de sa crédibilité et de ses capacités à faire adhérer les citoyens à son projet et son programme Si l’une de ses composantes refuse cette stratégie et reste au sein du Front de gauche, la totalité du FdG sera entraînée par sa chute prévisible.Le processus est déjà en cours.

 

Observons que cette manière de voir rapprocherait alors considérablement les organisations appartenant au groupe G3 et au groupe G4. Cette stratégie suppose l’acceptation d’une éventuelle décroissance, sur le court terme, de son capital économique.

 

Elle suppose aussi une structure organisationnelle autrement plus élaborée et pensée que l’embryon d’organisation électoraliste existant actuellement. La mutualisation des moyens matériels et humains, l’utilisation des techniques modernes d’information couplées aux pratiques traditionnelles du porte-à-porte, d’assemblées citoyenne, etc, non seulement sur les périodes électorales mais en continu, permettrait d’augmenter considérablement à la fois la diffusion des idées et le capital symbolique du FdG. Cela suppose aussi une stratégie d’action concernant les médias

 

Fort heureusement, la stratégie d’autonomie est largement répandue au sein du Front de gauche.

- Sans aucune ambiguïté, le Parti de gauche défend cette stratégie avec détermination. On peut se reporter par exemple à l’article de Martine Billard coprésidente du Parti de gauche. "La stratégie d’autonomie par rapport au PS est indispensable et incontournable dans le journal l'Humanité  ; 

 

- Un certain nombre de personnalités du PCF sont aussi d’accord avec cette stratégie d’autonomie. Ainsi on peut se référer aussi à l’article, dans le même journal : Tribune collective Nicole Borvo Cohen-Séat, Marie-Pierre Boursier, Patrice Cohen- Séat, Jean-Paul Duparc, Élisabeth Gauthier, Frédérick Genevée, Alain Hayot, Francis Parny : "…L’objectif est de travailler à une nouvelle majorité de gauche ayant vocation à gouverner dans les toutes prochaines années. Face à un pouvoir socialiste qui refuse de se remettre en cause et dont les choix sont soumis au Medef et à Bruxelles, il nous faut donc continuer de proposer une rupture avec cette gauche libérale, ce qui suppose, aux premiers tours de toutes les élections politiques, des candidatures et des listes distinctes de celles du Parti socialiste. Dans ce cadre, la question clé est celle d’un rassemblement suffisamment large pour devenir une alternative crédible. Le Front de gauche a été créé dans cette perspective. L’espoir qu’il a suscité au moment de la présidentielle n’a pas été confirmé aux municipales et aux européennes Mais, comme Syriza en Grèce, nous devons faire preuve de persévérance et de créativité." ;

 

- De même, Clémentine Autain a développé cette thèse lors des dernières élections municipales. Néanmoins, son ambition d'élargir le Front de Gauche aux "frondeurs" du PS, (Qui rappelons-le ont voté le budget, celui de la Sécu, la réforme ferroviaire... du gouvernement Hollande – Valls) est incompatible avec une telle stratégie d’autonomie par rapport au PS ;

 

- On ne sera évidemment pas étonné de la position de la Gauche anticapitaliste qui prône aussi cette autonomie.

 

On peut penser que cette question vitale sera tranchée définitivement au sein du Front de gauche d’ici quelques mois En espérant que le PCF évitera un éclatement en son sein entre les autonomistes et les alliantistes.

 

Mais une chose est certaine.

Les médias soutiendront les alliantistes dans l’espoir de faire imploser le FdG et de faire disparaître le reste de capital symbolique du PCF qui a déjà été très entamé par sa participation à la gauche plurielle celle-ci ayant été incapable de répondre aux espérances sociales (emploi, retraites,…)

 

 

 

 

 

 

 

- IX – Capitaliser et accroître l’intelligence collective au-delà des échéances électorales

Nous indiquons ici les liens permettant d’accéder à chacun des acquis de l’intelligence collective des partis de la gauche antilibérale.

. Construire de nouveaux projets, de nouveaux programmes, nécessite aussi d’avoir une mémoire, de ne pas répéter les erreurs du passé et donc de prendre en compte le travail collectif passé. Il ne s’agit évidemment pas d’en faire des textes intangibles mais de les considérer comme des éléments de réflexion enrichissant le travail présent et futur. Évidemment, cette liste n’est pas exhaustive, d’autant que l’accès à ces données n’est pas forcément évident, comme nous allons le voir Le texte de base de départ est, pour le FdG : L’Humain d’abord Programme l’Humain d’abord L'humain d'abord Programme l'Humain d'abord ;

. Le texte de synthèse des collectifs anti libéraux en 2005 Les 125 propositions. Cliquez ici ici ou la ;

. Le texte du  programme commun du 27 juin 1972 ;

. La déclaration de Paris de 2003 contre la corruption( Les propositions d'Eva Joly et des juges anticorruption européens) ;

. Les 18 thèses pour l'éco-socialisme du Parti de Gauche ;

. Le Texte du 36e congrès du PCF ;

. Les 34 propositions de La Nouvelle donne ;

. Programme de EE–LV 2012 "Vivre mieux. vers une société écologique" ;

. Manifeste des économistes atterés ;

. 20 mesures pour une réforme bancaire par l’association ATTAC France ;

. Proposition pour le financement de la transition énergétique ATTAC France ;

. Grand marché transatlantique Non à l’Europe américaine (Le Parti de Gauche) ;

. Que faire de l'Europe ? Fondation Copernic ATTAC France ;

. Le programme du NPA.

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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 09:31
(2ème partie) : Le Front de gauche en quête d’identité dans un contexte de crise économique et politique généralisée.

Le Front de gauche en quête d’identité dans un contexte de crise économique et politique généralisée (1ère partie).

 

- I – La politique désastreuse des gouvernements de François Hollande

- II – L’intégrité morale des hommes politiques remise en cause sur une vaste échelle

- III – Confusionnisme politique et brouillage des repères. Le désarroi des électeurs

- IV – La stagnation du Front de gauche.

- V – Il existe bien deux gauche en France, comme en Europe : une gauche qui remet en cause radicalement l’hégémonie de la classe dominante et une autre qui s’en accommode

- VI – Le dipôle UMP – PS déforme les lignes du champ politique

 

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Sources : Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Hervé Debonrivage

- VII – Refonder le Front de gauche ? Vers un Front du peuple ? Refonder la gauche ?

(2ème partie) : Le Front de gauche en quête d’identité dans un contexte de crise économique et politique généralisée.

1 - Des affirmations de refondation parfois trop réactives et pas assez réfléchies.

Suite aux résultats électoraux désastreux des partis de la gauche au printemps 2014 et à l’orientation ultralibérale du gouvernement Hollande, différentes réunions et prises de position concernant l’avenir du FdG et plus généralement de la gauche ont eu lieu.

 

Pourtant observons d’abord qu’il est relativement difficile d’émettre un jugement solide sur la signification des résultats des élections européennes pour la raison suivante : Les Français sont de plus en plus sceptiques concernant le bien-fondé à l’appartenance de la France à l’union européenne comme en témoigne par exemple les derniers sondages.

 

De ce fait pour un grand nombre d’entre eux ils n’accordent pas grand intérêt à ces élections. "Ainsi, en dix ans, ce soutien a baissé de plus de 15 points, passant de 67% à 51% (avec une accélération remarquable depuis 2009, -11 points), traduction d’une méfiance grandissante vis-à-vis de l’Union ". Les sondages indiquent que cette désaffection est encore bien plus marquée pour les couches populaires.

 

Dans un article intitulé : "Européennes : le Front de gauche progresse sans élan," le journal L’Humanité du 27 mai indiquait avec justesse que le nombre de voix obtenues par rapport aux élections européennes de 2009 avait légèrement progressé (6,47 % 1 114 872 voix). Ce résultat cache de fortes disparités d’une circonscription à l’autre. Le Front de gauche obtient son meilleur score dans la circonscription sud-ouest avec Jean-Luc Mélenchon qui fait son entrée au Parlement européen avec plus de 8 % des voix.

 

D’autre part, pour ces deux dernières élections, municipales et européennes, ce qui semble échapper à la quasi totalité des responsables du FdG – et c’est bien triste – c’est que les médias déploient une stratégie de marginalisation absolue à l’égard des représentants FdG. Et au lieu de s’interroger à la seule lumière de ces résultats (pipés), sur le bien ou mal fondé de l’alliance avec le PS, au lieu d’invoquer de soi-disant querelles d’egos, ils devraient examiner en tout premier lieu, avec sérieux, comment la diffusion de leurs idées occupe bien peu d’espace par rapport à celles du PS, de l’UMP et du FN.

 

Évidemment les médias ne sont pas les seuls responsables : l’autre raison tient à un déficit organisationnel du FdG. D’autre part, s’il est parfaitement vrai que la stratégie d’alliance avec le PS a une incidence sur les résultats électoraux, nous verrons plus loin pourquoi, il faut bien comprendre que les médias n’ont pas une attitude neutre par rapport à cette stratégie d’alliance ou de non alliance du FdG avec le PS.

 

Mais revenons à notre propos. On peut se rendre compte de la préoccupation de refonder le Front de gauche en parcourant la presse et quelques sites :

- "Passer du Front de gauche au front du peuple" titrait le journal l’Humanité du 20 juin 2014 Un projet de gauche pour la France ;

-  "Parti de gauche et PCF appellent à un Front du peuple chacun de leur côté" titrait Libération 15 juin 2014 ;

-  "Où v a le Front de gauche ?" titrait le webzine Les Inrocks Du 21 juin 2014

Article intelligent, présentant clairement les deux options incompatibles d’une refondation du Front de gauche ou d’un front du peuple. L’une restant dépendante du PS en voulant intégrer les socialistes et écologistes affligés (qui n’ont pas, pour autant, rompu avec le PS), l’autre voulant construire une force indépendante alternative au PS.

 

- Lors de son dernier Conseil national, le Parti de gauche a appelé à une "refondation" du Front de gauche et à la "convocation d’assises ouvertes", afin de "clarifier sa stratégie électorale" et de "réactualiser son programme", "Mélenchon ne privilégie plus son tête-à-tête avec le PCF au sein du Front de gauche" indiquait le Blog de France info du 15 juin 2014 ;

 

- Dans une perspective de recomposition de la gauche rose –rouge – vert, "Il faut réfléchir avec un coup d’avance pour rebondir en cas de déroute de notre camp. La recomposition de la gauche se fera vraisemblablement autour d’un axe rose, vert, rouge. La famille des socialistes doit plus que jamais maintenir des liens avec des formations comme le Front de Gauche (FDG) et Europe-Ecologie-Les Verts (EELV) au lieu de construire de nouvelles majorités avec l’UDI..." pouvait-on lire dans l’Express du 15/0 5/2014 comme réponse de Liêm Hoang-Ngoc, membre du bureau national du PS et de l’aile gauche du parti, économiste et eurodéputé sortant aux journalistes. En savoir plus ICI  ;

 

- Dans la même veine, sur le site de la gauche unitaire (GU) on pouvait lire dans un article titré : "Poursuivre le débat de planification engagée au Front de gauche"

"Le Front de Gauche doit sortir des postures incantatoires, pour se replacer au cœur de la gauche, y porter une politique pour toute la gauche et y défendre la perspective d’une nouvelle majorité rose-vert-rouge rassemblant les forces et les partis qui refusent la politique libérale de François Hollande et Manuel Valls. Un nouvel élan est à ce prix !"

 

Cette prolifération de prises de position pour "élargir" ou "refonder" le FdG relayée, par les médias, fait dire à une blogueuse de Mediapart il s’agit d’une" grande offensive."

 

Mais un esprit critique vis-à-vis des médias devrait se poser la question : pourquoi soudainement autant de micro tendus pour entendre Pierre Laurent et d’autres , alors que leur présence sur les plateaux lors des trois dernières élections était plutôt fantomatique ?

 

 

 

 

 

 

Le journal l’Humanité a eu le mérite de laisser s’exprimer différents points de vue dans un dossier intitulé : "Le débat est ouvert".

 

Concernant notre propos, nous retiendrons les suivants :

- Tracer la perspective d’une alternative en France et en Europe par Martine Billard, Christian Picquet et Anne Sabourin

- Sur les luttes et les alternatives, comment construire un rassemblement à gauche  ?

- Des communistes pour une refondation ambitieuse du Front de gauche

- Crise de la politique, Front de gauche et élections européennes  : et maintenant  ?

- Gérard Piel : "Le prolongement du FDG est notre seule chance de résister"

- "Le Front de Gauche doit créer les conditions du nouveau bloc majoritaire"

- Un front du peuple pour la démocratie, l’égalité et la justice sociale

- Sur le blog de Mediapart du mouvement Ensemble du FdG , on pouvait lire le 6 juillet 2014 : " "Après l’euphorie des débuts du Front de gauche, sa nature de cartel de partis est devenue un handicap évident aux yeux de tous : électeurs, militants et responsables des formations qui l’ont initié. Désormais, l’idée que le Front de gauche doit se transformer pour faire place aux citoyens est explicitement défendue dans toutes ses instances et elle est portée publiquement… Sauf que cela ne se produit pas…" Source : ICI

- Sur le site du PG Midi-Pyrénées, on pouvait lire début juillet 2014 Gauche : ne plus tarder ! "Des responsables politiques du Front de gauche (PG, PCF, Ensemble...), d’EELV, de Nouvelle Donne appellent à rompre urgemment avec la politique de Hollande et Valls."

 

On assiste donc à une effervescence sans ligne directrice claire (au niveau global) consécutivement au tableau du brouillage des frontières dressé précédemment.

 

Néanmoins le ralliement des "frondeurs" du PS à la politique gouvernementale ainsi que d’une majorité des responsables de EE–LV a le mérite de rendre claires les options idéologiques de ces derniers. L’appel des 100 est resté sans suite !

 

 

 

 

 

 

2 - Programmes et alliances

Pour clarifier la situation, il est nécessaire maintenant de distinguer deux problèmes

 

A - Le problème de l’identité politique de chaque courant de la gauche.

Il ne suffit pas de créer un pôle de résistance contre les agressions multiples du néolibéralisme et de quelque gouvernement libéral ou social–libéral, ce qui réduirait l’action politique à une stratégie purement défensive, mais il faut aussi affirmer une identité politique propre alternative au néolibéralisme et à la politique gouvernementale en place.

 

Et cette identité politique passe nécessairement par l’élaboration d’un projet de société et d’un programme de gouvernement. Une telle élaboration nécessite en amont une analyse économique et sociale structurelle et critique du système capitaliste financiarsé contemporain. À cela s’ajoute une analyse critique des mesures gouvernementales prises par les pouvoirs en place aujourd’hui et ces dernières années.

 

Chaque courant ou parti peut alors avoir des analyses et des propositions alternative spécifiques. Par exemple, le Front de gauche dispose du programme "l'Humain d'abord" constitué de différents apports des partis qui le composent. EE–LV dispose du programme "Vivre mieux. Vers une société écologique". Le PG dispose de "18 thèses pour l'éco socialisme".

 

B - Le problème de l’alliance entre courants distincts

a) Soit pour s’opposer à certains fonctionnements du système capitaliste contemporain et pour s’opposer à une politique gouvernementale jugée par ces courants comme désastreuse pour la population. Cela n’implique pas forcément la demande de démission du gouvernement en place. Cela passe alors par l’élaboration d’une plate-forme politique conjoncturelle commune à la fois critique et constructive. C’est par exemple, la démarche adoptée par les syndicats à certains moments de leur histoire lorsqu’il organisent une unité d’action.

 

b) Soit pour prendre le pouvoir et gouverner ensemble. Cela suppose l’élaboration d’un projet de société et d’un programme de gouvernement commun dans les domaines économique, social, institutionnel et culturel. Ce fut par exemple le cas du programme commun de l’union de la gauche signée en 1972. Cette démarche nécessite la mise en commun des différents programmes afférents à chaque courant et souvent d’âpres négociations

 

3 - Définition d’une identité idéologique et politique

A - Distinguer programme et alliance.

Cette distinction entre ces deux problèmes permet de bien comprendre que l’on ne peut définir une identité politique d’un parti, d’un mouvement, d’un courant par une simple stratégie d’alliance, quelle que soit sa nature, ou par une simple opposition à un système économique ou une opposition à quelque politique gouvernementale.

 

Définir une identité politique nécessite la construction collective d’un programme économique et politique en toute indépendance des pressions exercées par les autres partis ou par les médias.

 

Cette construction collective nécessite aussi un haut niveau d’organisation démocratique qui demande en elle-même une réflexion collective. (On voit donc que la notion de programme n’est pas dissociable de la notion d’organisation lorsque l’on aborde le processus d’élaboration).

 

Ne pas faire cette distinction, c’est sombrer dans l’opportunisme politique, c’est condamner à terme son parti ou courant à la dislocation au gré des aléas des alliances et mésalliances. C’est aussi détruire les frontières politiques avec toutes les conséquences que l’on connaît.

 

Ainsi le Front de gauche ne peut subordonner son identité politique à un simple problème d’alliance ou de non alliance avec le PS ou avec quelconque autre parti.

 

Il lui appartient d’affirmer sa propre vision du monde, son,système de représentations sociales, sa philosophie politique et évidemment un projet de société accompagné d’un programme de gouvernement construits collectivement et démocratiquement, en déconnexion avec les aléas électoraux largement déterminés par la puissance médiatique.

 

 

 

 

 

 

 

D’autre part, l’élaboration de son programme ne peut reposer sur une démarche clanique fermée ou sur le travail d’une commission d’experts déconnectés des réalités sociales mais au contraire sur une démarche ouverte intégrant tous les apports d’autres programmes de partis, de plates-formes de congrès syndicaux ou d’associations, ou de travaux importants réalisés par des universitaires, des parlementaires, etc. jugés comme positifs par les adhérents du Front de gauche.

 

Évidemment tout citoyen de bonne volonté au sein d’assemblées citoyennes et d’ateliers de réflexion peut apporter sa contribution ancrée sur son expérience propre.

 

Bref, ce programme devrait être une condensation des réflexions menées par l’intelligence collective du mouvement social.

 

 

 

 

Il ne faut pas perdre de vue que tous les mouvements sociaux passés ou récents dits "révolutionnaires" qui n’ont pas été portés par un programme clair élaboré par une intelligence collective porteuse des aspirations populaires ont conduit à un échec et parfois à des répressions sanglantes.

 

Cela implique une capitalisation et une exploitation adaptée du travail intellectuel passé et certainement pas une mise au rencard dans les poubelles de l’Histoire de ce travail collectif. Le programme "l'Humain d'abord" devrait-il être jeté dans les corbeilles des bureaux de vote après dépouillement des bulletins de ces dernières élections ?

 

Certainement pas ! Car un programme digne de ce nom ne doit pas être assujetti à une démarche purement électoraliste. Certes ce programme nécessite approfondissement enrichissement, amélioration dans sa forme et dans son contenu, mais il reste une base de travail essentielle dans l’affirmation de l’identité du Front de gauche comme force politique non assujettie aux tactiques et stratégies électorales du moment.

 

L’identité du Front de gauche ne repose pas essentiellement sur des personnalités comme Jean-Luc Mélenchon, Pierre-Laurent, Clémentine Autain, etc. comme s’acharne à le faire croire l’ensemble des médias au service de la grande bourgeoisie, mais repose sur un programme politique de transformation sociale.

 

B - Le problème de la structure organisationnelle du FdG.

Mais un projet de société et un programme de gouvernement ne suffisent pas à définir complètement l’identité politique d’une organisation, surtout lorsqu’elle est composite comme celle du Front de gauche. Il faut qu’existe une structure organisationnelle assurant la cohésion, la coordination , la cohérence de l’action tant au niveau national que local.

 

Le désarroi provoqué par le manque d’organisation du Front de gauche est particulièrement bien exprimé dans un texte intitulé : "Du cartel de partis au rassemblement citoyen" sur le site du mouvement Ensemble du FdG.

 

 

 

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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 09:30
(1ère partie) : Le Front de gauche en quête d’identité dans un contexte de crise économique et politique généralisée

La professionnalisation de la politique dans le contexte du néolibéralisme a maintenant pleinement produit ses effets :

- Perte de crédibilité des partis traditionnels,
- corruption,
- progression de l’extrême droite,
- grande difficulté pour les forces politiques alternatives à faire front et s’organiser

 

Sources : Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Hervé Debonrivage

- I – La politique désastreuse des gouvernements de François Hollande

(1ère partie) : Le Front de gauche en quête d’identité dans un contexte de crise économique et politique généralisée

Austérité budgétaire, cascade de reculades et d’engagements non tenus sous la pression des groupes financiers et du Medef la politique économique ultralibérale menée par François Hollande non seulement conduit la France à un désastre économique mais a déjà provoqué deux échecs électoraux successifs d’une grande ampleur générant un champ politique en bouleversement : affaiblissement important de l’influence électorale du PS le plaçant à terme en difficulté financière, stagnation du Front de gauche, montée en puissance du FN (arrivé en tête dans 71 départements) améliorant notablement sa situation financière et abstention record.

 

Colère, résignation, découragement, sentiment de trahison ont conduit une bonne partie de l’électorat de gauche à s’abstenir et une partie de l’électorat populaire à voter pour le Front National.

 

Comme le fait remarquer à juste titre Thomas Piketty, le PS n’a pas mis à profit ses dix années d’opposition, pour élaborer un programme électoral et de gouvernement à la hauteur des enjeux économiques et sociaux (notamment dans le domaine de la fiscalité) qu’exigeait la situation préoccupante de notre pays après 10 années de règne de la droite aggravé encore par la crise financière internationale. On constate ici les effets de l’absence de débats d’idées, de larges concertations avec les syndicats, associations et différentes composantes de la gauche, l’absence d’une ligne idéologique définie : improvisation, opportunisme, absence de perspectives claires et dynamiques.

 

Tout se réduit à une gestion comptable à courte vue reposant sur des dogmes libéraux assis sur aucune base scientifique et dont les effets désastreux sont déjà connus.

 

Je ne m’étendrai pas plus longtemps sur cette politique désastreuse qui a fait l’objet d’une myriade d’articles.... Mais cette politique économique calamiteuse se déroule dans un contexte politique global particulièrement dégradé.

 

 

- II – L’intégrité morale des hommes politiques remise en cause sur une vaste échelle

(1ère partie) : Le Front de gauche en quête d’identité dans un contexte de crise économique et politique généralisée
  • Côté PS, après le scandale Cahuzac, deux conseillers de François Hollande sont mis en cause : Aquilino Morelle et Faouzi Lamdaoui.
  • - Le secrétaire d’État socialiste Jean-Marie Le Guen assujetti à l’impôt sur la fortune, qui a initialement « sous-déclaré » son patrimoine d’environ 700 000 euros à la HAT, devrait subir un redressement fiscal ;

    - La ministre déléguée à la francophonie Yamina Benguigui a cédé à la fin du mois de janvier pour 430 000 € de parts dans une société belge qu’elle n’aurait pas mentionnées dans sa déclaration de patrimoine

    * Au niveau local, des élus ou têtes de liste sont mis en examen :

    - Le député-maire Jean-Pierre Kucheida, Patrick Sève, Jean-Noël Guérini.

    Malgré des reculs concernant le texte sur la transparence du patrimoine des élus, la commission de la transparence rappelle à l'ordre 296 élus. La réticence et les tergiversations des élus pour publier leur patrimoine ne peuvent qu’alimenter la suspicion des électeurs.

     

    • Côté UMP, la situation est bien plus catastrophique encore.

    Suspicion de fraude à l’occasion des élections internes et, guerre des chefs, différentes affaires judiciaires concernant Nicolas Sarkozy, l’affaire Bygmalio 

     

    • Côté FN...

    - Marine Le Pen condamné pour de faux tracts.

    * Au Niveau local, le FN n'est pas non plus épargné par les affaires.

    Trésorier de Jeanne, le micro-parti de Marine Le Pen, jusqu’en mars 2012, Olivier Duguet a été condamné en juin 2012 à six mois de prison avec sursis dans une affaire d’escroquerie au préjudice de pôle emploi dont le montant s’élève à plus de 100 000 euros.

    Les comptes en Suisse de Jean-Marie Le Pe "Le président d’honneur du Front national est aussi visé par une enquête préliminaire sur son patrimoine ouverte fin 2013, déclenchée après que la Commission pour la transparence financière de la vie politique a évalué son enrichissement personnel à 1 127 000 euros entre 2004 et 2009 et l’a jugé suspect", d’après des informations recueillies par Médiapart.

     

    Il est bien évident que quelles que soient les issues judiciaires de ces différentes affaires largement relayées par les médias, ces différentes mises en cause affectent considérablement la crédibilité des responsables politiques.

     

     

    - III – Confusionnisme politique et brouillage des repères. Le désarroi des électeurs.

(1ère partie) : Le Front de gauche en quête d’identité dans un contexte de crise économique et politique généralisée

Il manque un élément au tableau noir précédent pour mieux comprendre la situation dans laquelle se trouvent les électeurs : le brouillage des frontières politiques, ce qui est confirmé par plusieurs sondages.

Tentons de faire un inventaire des différents nuages de brume qui s’accumulent sur la scène politique avant l’orage.

1 . Il n’y a plus de différence entre la ligne économique conduite par le PS et celle conduite par l’UMP ou le centre ;

 

2 . Le Front national pille et récupère un certain nombre de positions du Front de gauche : lutte contre les délocalisations et la désindustrialisation, dénonciation du libre-échange aveugle, nécessité de promouvoir les investissements publics, etc.d’où son attraction, ce qui relativement nouveau, envers une partie des couches populaires ;

 

3 . Et la confusion arrive à son comble lorsque le PCF décide de faire alliance avec le PS au premier tour dans plus de la moitié des communes aux dernières élections municipales, alors que par ailleurs il n’a pas de mots assez durs pour dénoncer la politique d’austérité du gouvernement Hollande et alors que le FdG dispose d’un programme spécifique : "l'Humain d'abord".

 

Dans ces conditions, ce programme ne peut être que perçu comme un slogan électoral dépourvu de contenu ou perçu comme un lot de promesses qui ne seront pas tenues.

 

Consécutivement au tableau précédent décrivant le brouillage des frontières, on assiste donc à une certaine effervescence sans ligne générale claire pour progresser vers plus de lumière.

 

Comment peut-on alors imaginer qu’il existe bien deux gauches en France et non une seule : celle du PS et de ses satellites ? Pour le coup, c’est le FN qui peut apparaître pour une fraction de l’électorat populaire comme celui qui peut être porteur d’une vraie radicalité "Anti système’’ ! Un comble !

 

Cette idée qu’il n’existerait qu’une seule gauche, celle incarnée par le PS, est rabâchée par tous les médias qui n’invoquent que "La gauche" (sous-entendu : le Front de gauche n’existe pas et la seule gauche est le PS). Et évidemment, le FN développe la même idée de concert avec les médias.

 

Et comme toujours, cette confusion favorise non seulement l’abstention mais aussi l’extrême droite

 

 

 

  • Mais la confusion ne s’arrête pas là !

Une partie des élus du PS dits les "affligés" ou "frondeurs" contestent la politique d’austérité de Hollande – Valls

– alors qu’existe déjà les contestataires de la "Nouvelle donne"… qu’ils ne rejoignent pas

– ils continuent de soutenir la politique gouvernementale en votant la réforme ferroviaire le 24 juin, la loi de finances rectificative (PLFR) pour 2014 le 1er juillet, et le 8 juillet, le budget rectificatif de la sécurité sociale (PLFRSS) !

Comme le dit Jean-Luc Mélenchon : "la fronde a fait pschitt !"

 

  • Et la confusion continue encore avec les positions contradictoires de EELV

D’un côté une fraction suivant la position de François de Rugy veut toujours collaborer avec le gouvernement Et l’autre, suivant la décision de Duflot et Canfin décide de quitter le gouvernement

Mais il est clair que, bien que critiques, Jean-Vincent Placé, chef de file des sénateurs écolos, Barbara Pompili et François de Rugy, coprésidents du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, et enfin Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale n’ont nullement l’intention de couper les ponts avec le PS

 

Dans cette confusion générale, pour un nombre grandissant d’électeurs, les partis politiques ne sont plus porteurs d’une ligne politique et d’un programme mais apparaissent comme des écuries électorales dépensant l’essentiel de leur énergie à obtenir à tout prix des sièges grâce à toutes sortes de combines d’appareils et de renoncements..

 

Et pour couronner le tout, le Front National apparaît comme la seule organisation politique ayant une ligne politique claire et non ambiguë notamment du fait que ce parti n’a contracté aucune alliance avec d’autres partis de droite au premier tour des élections.(même s’il peut exister des porosités ponctuelles entre l’UMP et le FN au niveau local ayant conduit au deuxième tour à des désistements du candidat FN pour celui de l’UMP)

 

Dans un tel contexte, ce qui s’impose donc au Front de gauche, c’est la clarification de ses positions et l’affirmation d’un programme et d’un projet de société lisibles et alternatifs non assujettis à des contingences électorales et à une géométrie variable.

 

 

 

 

 

 

- IV – La stagnation du Front de gauche.

(1ère partie) : Le Front de gauche en quête d’identité dans un contexte de crise économique et politique généralisée

Une question alors simple s’impose, et qui est d’ailleurs assez souvent posée par des journalistes à des responsables du Front de gauche : comment se fait-il que la situation politique dégradée actuelle ne profite pas au Front de gauche mais engendre plutôt l’abstention et un meilleur ancrage du Front National ? Pire encore, toutes les prévisions économiques Front de gauche sont confirmées par les faits. Ses analyses économiques sont, pour l’essentiel, partagées par un grand nombre d’économistes pas forcément affiliées au FdG. En outre, contrairement aux autres partis, aucun responsable du FdG n’a été l’objet de quelconques poursuites judiciaires.

 

La réponse est le plus souvent évasive ou de type économiste : c’est la faute de la politique économique d’austérité de François Hollande, de l’abandon des fondamentaux économiques de la gauche,…Ou encore d’autoflagellation invoquant des carences qui ne mettent pas en évidence la question fondamentale de la capacité de diffusion des idées du FdG.

 

En voici un exemple emblématique, parmi d’autres : "…mais le Front de gauche n’apparaît toujours pas comme une alternative au social-libéralisme. C’est une question majeure qu’il faut désormais prendre à bras-le-corps. Je suis convaincu de la justesse de la stratégie de Front de gauche, mais je m’interroge sur ses contours et sa mise en mouvement. Le Front de gauche dans sa forme actuelle (cartel d’organisations), dans la cohérence de son projet (qu’oppose-t-il concrètement aux idéologies du coût du travail et de baisse de la dépense publique, ou bien encore à la dérive présidentialiste ou sur la laïcité... ?), dans l’image qu’il véhicule (trop force d’opposition et non de propositions, trop sectaire et pas assez susceptible de rassembler au-delà de lui-même des socialistes et des écologistes, des syndicalistes et des acteurs culturels, des féministes et des antiracistes...), bref le Front de gauche ne fait pas envie."

 

Ces explications apparaissent comme extrêmement insuffisantes comme réponses à la question. Nous allons, pour notre modeste part, essayer d’y répondre.

L’absence de percée du FdG lors des dernières élections relèvent des causes suivantes :

1 . La politique désastreuse de François Hollande dont l’impopularité frappe aussi le FdG – du fait que celui-ci lui a apporté 4 millions de voix au premier tour des présidentielles. – du fait que le PCF a contracté de nombreuses alliances avec le PS au premier tour des élections municipales. Pour de nombreux électeurs, le FdG apparaît ainsi comme coresponsable de la situation actuelle ;

 

2 . La stratégie de marginalisation du FdG par les médias tendant à gommer son existence sur la scène politique, c’est-à-dire l’existence même d’une seconde gauche. Cela se réalise par utilisation de trois tactiques : – déséquilibres considérables dans les temps de parole et espaces rédactionnels au détriment du FdG et à l’avantage de l’UMP et du PS. Aucun débat ou quelconque publicité concernant le programme du FdG " L’humain d’abord." – formatage libéral et dépolitisation – mise en avant du FN ;

 

3 . L’absence d’une stratégie politique à l’égard des médias et plus généralement concernant tous les moyens d’information et de communication. L’absence d’une organisation structurée et dynamique entre les différentes composantes du FdG fondée sur la coopération et la mutualisation des moyens techniques et humains. L’absence enfin d’une politique de formation des militants et des citoyens à la hauteur des enjeux et de la complexité sociale et économique.

 

Il résulte de tout cela une faible diffusion des idées et des propositions du FdG malgré les efforts considérables et tout le talent de Jean-Luc Mélenchon notamment lors de ses meetings pour éclairer les citoyens.

 

 

 

 

 

 

- V – Il existe bien deux gauche en France, comme en Europe : une gauche qui remet en cause radicalement l’hégémonie de la classe dominante et une autre qui s’en accommode.

J’ai évité ici d’utiliser la terminologie gauche radicale ou anticapitaliste et gauche réformiste ou réformatrice car ces termes sont tellement galvaudés qu’il est difficile de les utiliser sans en préciser le sens. Je préfère une terminologie relative au positionnement des sous-groupes dominés par rapport à la classe dominante.J’ai développé ce point de vue, plus en détail, ailleurs. Les turbulences qui agitent le PS au cours de son histoire, ne peuvent faire oublier qu’il existe bien deux gauches en France.

 

On ne va pas refaire ici l’histoire du parti socialiste, mais chacun sait que le PS a non seulement a accompagné le néolibéralisme depuis 1984 mais a été un agent actif pour sa construction et son développement malgré les quelques réformes sociales importantes qu’il a pu mettre en œuvre, réformes qui ont été ensuite l’objet d’attaques et de régression (retraite à 60 ans, loi de 35 heures notamment).

 

  • On peut se référer à l’excellente "Histoire du réformisme en France depuis 1920" (de 1920 à 1974 édité en 1976 aux éditions sociales ) rédigé par un collectif d’historiens. Cet ouvrage en deux tomes n’a pas été réédité mais on peut se le procurer d’occasion sur Internet pour un prix dérisoire au regard du volume considérable de données historiques qu’il contient ;
  • Pour la période 1981 à nos jours, on a une bonne rétrospective critique du PS réalisée par le sociologue Jean-Pierre Garnier dans une vidéo "La deuxiéme droite" faisant ainsi référence au livre du même titre qu’il a publié en 1984 –86 et réédité en avril 2013. L’extrait de la vidéo à partir de la 27ème minute sur la néo petite bourgeoisie est particulièrement éclairant et permet en effet de ne se faire aucune illusion sur les velléités des "frondeurs" du PS ;
  • Pour la période récente on peut aussi se référer au livre de Michel et Monique Pinçon Charlot "La violence des riches", aux chapitre où il est question du parti socialiste.(notamment le chapitre III). Le livre est disponible en ligne ICI.

 

Nous avons d’ailleurs consacré un article à ce sujet sur ce site "Les réseaux de François Hollande dans le monde le la finance".

 

Tout citoyen qui connaît l’histoire du parti socialiste et de ses relais syndicaux, sait parfaitement que ce parti est hégémonique, et possède son propre système Tina (There is no alternative) de sauvegarde. Sa composante majoritaire ne se laisse guère influencer ni par les courants internes censés représenter la gauche du PS, ni par quelconque pression extérieure de gauche.

 

Certes pendant de brèves périodes, le PCF a pu influencer et infléchir à gauche la direction du PS, mais cela était possible en raison du poids électoral du PCF de l’époque (conditionnant ainsi par désistement l’élection de très nombreux candidats socialistes) et de l’existence de la puissance soviétique.

 

Mais avancer un tel argument depuis les années 1995 relève de l’aveuglement ou plutôt de la mauvaise foi.

 

 

 

 

Il est vrai que certaines luttes sociales de forte intensité peuvent influer et infléchir quelque peu la fraction dominante du PS, mais celle-ci est beaucoup plus sensible aux pressions du Medef et des banques qu’aux revendications des salariés. Mais observons que ces luttes sociales ont relevé plutôt de la responsabilité des organisations syndicales que du PCF.

 

Dans de telles circonstances, plutôt exceptionnelles, les parlementaires du Front de gauche ont pu prendre le relais et avoir une certaine utilité ponctuelle en déposant des amendements plus favorable aux salariés.

 

Combien d’amendements déposés par les parlementaires communistes ou du Front de gauche (pression extérieure) ou par les parlementaires socialistes dits contestataires (pression intérieure) ont été retenus ? Une quantité négligeable du point de vue statistique ? Il est dommage que le site des parlementaires du FdG, (par ailleurs tout à fait soucieux de l’information des citoyens car leur site est très informatif), ne nous permet pas de disposer d’une telle information qui pourrait être actualisée après chaque saison parlementaire. Ensuite un bilan pourrait être fait sur la totalité de la mandature

 

 

- VI – Le dipôle UMP – PS déforme les lignes du champ politique

(1ère partie) : Le Front de gauche en quête d’identité dans un contexte de crise économique et politique généralisée

Nous empruntons à Pierre Bourdieu les concepts sociologiques de champ, de capital symbolique et de capital économique.

 1 - Les institutions de la Ve République favorisent la bipolarisation de la vie politique en France. Difficile pour un petit parti de survivre. Ce système institutionnel incite les partis à contracter des alliances pour pouvoir maintenir leur existence. Ces institutions déterminent les règles du jeu du champ politique (représentatif) pour une bonne part. Elle favorise la personnalisation et les concentrations de pouvoir.

 

2 - Par ailleurs, la professionnalisation de la vie politique détermine les conditions d’existence matérielles et morales des élus.

 

Ainsi, l’UMP et le PS sont les principaux pourvoyeurs de salaire et d’emplois pour ces professionnels de la politique via les dotations de l’État, (plus généralement de la puissance publique) et des dotations émanant d’organismes ou de personnes privés. Ils ont aussi pourvoyeurs de prestige et de postes permettant d’exercer différents pouvoirs.

 

Sont concernés par ces salaires (appelés souvent indemnités) et emplois non seulement les élus eux-mêmes (que Bourdieu appelle les mandataires) mais leurs colistiers, leurs conseillers, une partie du personnel territorial, une partie des fonctionnaires d’État et de responsables de multiples organismes techniques et même certains membres de leur famille Son évidemment, sont concernés aussi les fonds propres et l’emploi des permanents de ces partis.

 

Même le PCF n’échappe pas à cette analyse : il dispose de permanents, il crée de l’emploi dans différents journaux, magazines. Certes les 40 librairies de son réseau de diffusion n’existent plus mais il en reste quelques-unes survivantes "Tout ceci donne le sentiment d’une absence de réflexion globale sur la place du livre au sein du monde communiste. Il n’est donc guère étonnant que l’édifice se soit totalement effondré avec la fin du « communisme réel ». À ce jour, il n’existe plus de maisons d’édition intrinsèquement liées au PCF (mais des éditeurs proches comme Le Temps des cerises et La Dispute), et il ne reste que quatre des 40 librairies que compta le réseau La Renaissance-Messidor" (Source : le Parti Communiste Français et le livre)

 

Mais le PCF n’est évidemment pas le parti rêvé pour les carriéristes car une partie des indemnités est versée au parti. "En 2011, , 46% des revenus du PCF, soit plus de 14 millions d’euros, provenaient de ses élus. Les dons représentaient aussi une part non négligeable de son budget (16%) avant le financement public (12%) et les cotisations de ses adhérents (10%)." Source : ICI.

 

Les subventions de l’État perçues par les partis politiques dépendent du nombre de voix obtenues et du nombre d’élus. "Ainsi, en 2013, le montant global versé aux partis et formations politiques de métropole et d’outre-mer s’est élevé à 70 083 332,15 € dont notamment : 28 480 742,50 € pour le PS ; 19 870 309,79 € pour l’UMP ; 5 543 646,41 € pour le FN ; 3 521 792,11 € pour Europe Écologie-Les Verts ; 3 222 320,99 € pour le PCF (décret n°2013-430 du 27 mai 2013) Plus d’informations ICI.

 

En outre, en cas d’échec électoral, le réseau construit par le parti ou l’élu sur de longues années permet un reclassement non seulement de l’élu mais aussi d’un certain nombre des agents politiques ou administratifs "victimes" de la défaite : le parti joue le rôle d’une agence de reclassement. Mais tout ce processus, évidemment, ne se réalise pas toujours sans difficultés et dans la transparence.

 

Observons que  le montant de ces indemnités est loin d'être négligeable  surtout dans un contexte de rigueur salariale qui dure depuis 30 ans et dans un contexte de chômage de masse qui frappe aussi les personnels hautement qualifiés.

 

En appliquant le concept d’idéologie développé par Marx dans son célèbre ouvrage L’idéologie allemande et par Althusser, aux responsables politiques, il est clair que l’idéologie des élus, c’est-à-dire leur ligne politique, est influencée par ces facteurs économiques : c’est l’effet de ce qu Bourdieu appelle le capital économique (CE).

 

3 - Capital économique et capital symbolique dans le champ politique.

Les représentations sociales et politiques déterminant notamment des options de programmes et de projets de société constituent le champ idéologique des responsables,des militants politiques et en particulier des élus Les vecteurs stables de propagation de ce champ sont les partis politiques, les médias et plus généralement les appareils idéologiques. Dans leur forme communicationnelle, on les nomme souvent convictions.

 

Le champ idéologique des élus ou représentants (appelés mandataires par Bourdieu) tel qu’il est perçu par les électeurs (appelés mandants) constitue le capital symbolique de ces mandataires (voir un cours sur les concepts de Pierre Bourdieu ICI).

 

Il est possible de rapprocher la notion de capital symbolique à celle de "valeur perçue" utilisée en marketing : "La valeur perçue est la valeur d’un bien, d’une marque ou d’un service qu’un individu perçoit, au-delà de sa valeur d’usage et/ou de sa valeur d’échange. La valeur perçue est donc subjective en fonction des besoins de l’individu, mais également en fonction de la perception qu’il peut avoir de l’élément concerné" (source : l'encyclopédie du marketing.

 

Ce champ idéologique (CI) et ce capital symbolique sont plus ou moins assujettis au capital économique (CE) et se trouve ainsi déformés voire même partiellement altérés ou écrasés lorsque les agents politiques accordent plus d’importance à leur capital économique qu’à leur capital symbolique pour les raisons expliquées ci-dessus.

 

Cette situation n’est pas sans analogie avec le couple conceptuel valeur d’usage/valeur d’échange développée par Marx. Dans le système capitaliste, le pôle dominant est la valeur d’échange des marchandises exprimées monétairement par leur prix. L’aliénation des partis politiques dans le cadre d’un système capitaliste de plus en plus financiarisé avec le néolibéralisme est la domination du capital économique sur le capital symbolique. Cette aliénation induit un comportement politique bien connu : l’électoralisme. L’activité politique se résume aux campagnes électorales.

 

Cette professionnalisation conduit aussi à utiliser des techniques de marketing de type commercial : appel à des agences de communication, spin doctors, utilisation des instituts de sondage pour connaître les idéologies des populations cibles et pour avoir un indice de popularité, utilisation synchrone des différents supports médiatiques pour véhiculer la bonne parole, les bons slogans, etc.

 

Les partis politiques deviennent alors des écuries de course électorale, des entreprises concurrentes se partageant les parts du marché électoral.

 

 

 

 

Tels sont les moyens mis en œuvre pour optimiser le capital économique (en maximisant le nombre de postes de pouvoir obtenus aux élections et donc les ressources financières) et l’action du champ idéologique (par l’étendue et l’ampleur des procédés de persuasion à destination des mandants, appelés plus couramment électeurs). Ce type de management politique poussé à sa logique extrême aboutit à la marchandisation du politique c’est-à-dire que le capital symbolique (positions idéologiques) devient un "argument de vente" pour augmenter le capital économique. Dans un tel cas, l’agent politique ne croit plus à ce qu’il dit mais construit des discours de toutes pièces en fonction des études sociologiques du marché idéologique électoral réalisé par les instituts de sondages.

 

Précisons maintenant la nature du champ idéologique des partis.

Nous avons défini dans un autre article comment les dominés se positionnent en quatre sous-groupes par rapport au groupe dominant "G". Nous plaçons dans le contexte historique actuel de la France. Je rappel schématiquement cette typologie.

  • Le groupe G1 est le sous-groupe des "collaborateurs" : il partage totalité des représentations de la classe dominante. Politiquement, il est constitué des partis de droite. L’extrême droite en est la roue de secours si les sous-groupes G3 et G4 deviennent plus importants que les deux premiers groupes.
  • Le groupe G2 est le sous-groupe des "collaborateurs critiques" : il partage en bonne partie les mêmes représentations que le premier groupe dans le domaine économique. Ses différences s’affirment surtout dans le domaine sociétal Politiquement, il est constitué du PS, du PRG et de EELV. Ces deux groupes partagent l’idéologie du libéralisme avec ses différentes variantes.
  • G3 est le sous-groupe que j’ai appelé "réactif" qui ne partage pas le système de représentations dominant mais qui n’a pas élaboré un système idéologique et politique élaboré de remplacement. Politiquement, il est constitué des partis dits d’extrême gauche et de la mouvance anarchiste.
  • Le sous-groupe G4 que j’ai appelé "cognitif" ne partage pas non plus les représentations sociales et politiques du groupe dominant et dispose d’un système de représentations propre alternatif. Politiquement il est constitué des partis du Front de gauche. Syndicalement, il est essentiellement constitué de la CGT, la FSU, Sud solidaire Les groupes G3 et G4 partagent une idéologie anti-libérale avec quelques variantes.

 

Le champ idéologique "CI" est donc bipolaire : libéral (L) et antilibéral (AL). Ce n’est rien d’autre que l’expression idéologique de la lutte de classe entre dominants et dominés si l’on adopte un point de vue marxiste.

 

4 – Le jeu d’alliances assujetti au capital économique est régi par le dipôle UMP –PS

a) Lorsque deux partis d’un même sous-groupe de dominés établissent une alliance, pour conserver ou accroître leur capital économique, le capital symbolique respectif de chaque parti ne se trouve pas trop altéré.La lisibilité politique reste relativement claire et la confiance des électeurs (croyances dirait plutôt Bourdieu) n’est pas trop entamée si l’alliance a été réalisée loyalement. C’est par exemple le cas de l’UMP et de partis du centre. Pour ne pas perdre un nombre de sièges importants, de nombreux centristes ont préféré se rallier à Nicolas Sarkozy et à l’UMP plutôt que de suivre de manière autonome François Bayrou et le MoDem.

 

Mais ce n’est pas toujours le cas, si l’alliance ne se réalise pas loyalement et devient conflictuelle. C’est par exemple le cas de l’alliance PS –EELV. Dans tous les cas, le parti dont le capital économique est le plus important est (ou a tendance à être) hégémonique.

 

b) Lorsque deux partis de deux sous groupes de dominés différents contractent une alliance, pour conserver ou augmenter leur capital économique, le capital symbolique de chaque parti se trouve altéré dans des proportions semblables s’ils ont un capital économique de niveau à peu près équivalent.. C’est généralement le cas pour les alliances contractées par des partis de droite et sociaux démocrates en Europe

 

Si l’un des deux partis a un capital économique beaucoup plus faible que l’autre, celui-ci voit son capital symbolique fortement altéré voire écrasé La confiance des électeurs se trouve alors fortement remise en cause. Les repères politiques sont alors brouillés C’est le cas de l’alliance PCF–PS. Au fil des alliances successives avec le PS depuis les années 1990, le capital économique et le capital symbolique du PCF ne font que décroître, pouvant même le placer derrière les partis du groupe G3 qui n’ont contractés aucune alliance avec le PS (Voir les détails statistiques cliquant ICI et LA

 

5 – Lorsque le capital économique fait exploser le capital symbolique

Lorsque l’augmentation du capital économique jusqu’à l’enrichissement personnel devient le moteur principal de l’action politique, la corruption et la violation des lois républicaines peuvent s’installer d’abord dans l’opacité puis parfois apparaître au grand jour.

 

D’autre part, la politique marketing, ponctuée de meetings extrêmement coûteux, d’une stratégie publicitaire budgétivore, peut devenir un gouffre financier pour certains partis et conduire à des conduites illégales dont on ne détaillera pas ici la variété décrite par Mediapart. Les différents scandales consécutifs à ces pratiques ont pour conséquence une quasi destruction du capital symbolique porté par certaines personnalités ou même par la totalité d’un parti dont la crédibilité alors s’effondre.

 

La situation devient alors critique pour la démocratie lorsque cet effondrement touche la quasi-totalité des partis. Et c’est effectivement le cas en France depuis ces 10 dernières années où les taux d’abstention ne font que croître pour atteindre des valeurs record.

 

Les médias parlent alors de la "crise de confiance des Français envers la classe politique". Ainsi, selon un sondage du CEVIPOF de janvier 2014, 87% des Français pensent que les responsables politiques se préoccupent peu ou pas du tout de ce que pensent les gens D’autre part,69% des personnes interrogées estiment que la démocratie en France ne fonctionne pas très bien ou pas bien du tout, contre 48% en 2009. (Ce sondage a eu lieu avant l’affaire Bygmalion et la mise en examen de Sarkozy).

 

Cela fait dire au sociologue Jean-Pierre le Goff "Nous assistons aujourd'hui à l'autodestruction du monde politique".

 

 

 

 

Mais cette hypertrophie de l’importance accordée au capital économique finit par retourner celui-ci contre lui-même lorsque la justice se mêle de l’affaire et provoque alors un effondrement financier.

 

6 – Lorsque le capital économique modifie le capital symbolique par mimétisme stratégique

Comme le montrent certaines études ou reportages récents, le FN n’est pas épargné par la politique marketing et l’obsession d’augmenter son capital économique. Pour capter l’électorat populaire et se parer d’une image défendant les intérêts des travailleurs, le FN reprend à son compte un certain nombre de thématiques du Front de gauche qui constitue pour lui son principal concurrent pour ce type d’électorat. Ainsi est-il amené à modifier jusqu’à le restructurer son ancien capital symbolique destiné aux classes moyennes (commerçants et artisans, professions libérales). Cela ne l’empêche pas pour autant de conserver certains anciens marqueurs comme la dénonciation du fiscalisme, de l’immigration sauvage, etc. lui permettant en même temps de se distinguer du Front de gauche et de conserver son électorat traditionnel.

 

L’absence d’alliances électorales officielles avec l’UMP lui permet d’avoir un capital symbolique propre le présentant comme une force politique alternative possible pour une frange non négligeable de l’électorat. Cette stratégie se paye par un nombre d’élus très restreints affectant ainsi son capital économique.

 

 

- VII – Refonder le Front de gauche ? Vers un Front du peuple ? Refonder la gauche ?

 

La suite, voir : "Le Front de gauche en quête d’identité dans un contexte de crise économique et politique généralisée (2ème partie)."

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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 10:53
La VIème République.... c'est quoi ça ?

La Vème République est une dame de 54 ans (1958-2012) qui est visiblement à bout de souffle. Ses institutions sont critiquables car le peuple y est éloigné à la fois physiquement mais également idéologiquement des responsabilités politiques.... phénomène qui n'a fait que s'aggraver sous la présidence de François Hollande.

 

Sources : extraits le Parti de Gauche Seclin - Sud Métropole (NORD) mis à jour le 4 septembre 2014

Seule la grande sœur de la Vème République, la IIIème République, a vécu plus longtemps pendant 65 ans de 1875 à 1940 tout en apportant de nouveaux droits :

  • les lois sur l’école gratuite (1881), obligatoire et laïque (1882) ;
  • la loi autorisant la formation des syndicats (1884) ;
  • la loi autorisant la formation d’associations (1901) ;
  • la loi de séparation des Églises et de l’État (1905) ;
  • les lois du Front Populaire (1936) : les premiers congés payés de deux semaines et le passage de la semaine de 48 à 40 heures.

République Française

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- La Vème République

D’abord physiquement puisque le peuple n’a plus la main mise tant au plan national qu’au plan local le pouvoir étant concentré dans les mains du président de la République : il y a une présidentialisation quasi monarchique des institutions. C’est une République dont la Constitution a été rédigée mot pour mot pour le Général de Gaulle et le pouvoir exécutif. Les institutions écrans de la Vème République ont entraîné un tout exécutif au détriment du législatif.

 

Dans le discours de Bayeux du 16 juin 1946, le Général de Gaulle expose la forme que devrait avoir, selon lui, la Constitution d’une République française. Il y expose également la part belle qui serait faite à la personne du chef de l’État qui détiendrait le pouvoir exécutif. Ce voeu a été exaucé à travers l'article 16 de la Constitution de la véme République française qui permet de donner les pleins pouvoirs au président de la République française. La mise en place de la Vème République est intimement liée à la guerre d’Algérie. Le coup d’État du 13 mai 1958 d’Alger par le groupe des sept (extrême-droite) amène le Général de Gaulle à reprendre le pouvoir. Le 1er mai 1958, le général de Gaulle est nommé président du Conseil et obtention deux jours plus tard de la rédaction d’une nouvelle Constitution.

 

Contrairement à la Consitution de la IVème République de 1946 cette Constitution n’est pas rédigée par une assemblée constituante mais par le gouvernement via Michel Debré[1].

 

 

 

 

 

 

- Voici les trois textes qui on été adoptés en vue de la révision constitutionnelle de 1958  :

  • La résolution prise par l’assemblée nationale (le général De Gaulle éloigne la responsabilité nationale du processus constituant).
  • La loi des pleins pouvoirs au profit du gouvernement De Gaulle (écrite sur mesure pour le pouvoir exécutif). La référence institutionnelle est à l’initiative de l’exécutif et pas du législatif.
  • La loi constitutionnelle du 3 juin 1958 via l'article 90 de la Constitution de la Vème République qui autorise la révision de la Constitution de 1946.

 

Le 27 août 1958 le projet constitutionnel est dévoilé au peuple par Michel Debré. Le 28 septembre 1958 ce projet est accepté par référendum à 82 %.

 

La Constitution de la Vème République (dite de 1958) a été révisée 24 fois depuis sa naissance dont 19 fois depuis 1992, ce qui prouve son inefficacité et la volonté, de par les gouvernements de droite successifs, de museler le peuple en inscrivant dans la Constitution des directives imposées par l’Union Européenne.

 

L’autre excès de la Vème République est la déparlementarisation symbolisée par la confiscation de la représentation des citoyen-ne-s avec le transfert du pouvoir politique et financier notamment à l’échelle de l’Union Européenne.

 

Lors des dernières élections présidentielles, d’autres candidat-e-s ont évoqué une nouvelle république ou une république nouvelle. François Hollande a proposé une république nouvelle et pas une nouvelle république (VIème République).... vite remisée au placard des engagements non tenus. Ce qui se traduirait par de nouvelles multiples réformes de la Constitution et de surcroît régressives comme ne pas prendre en compte l’article 2 de la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 d’après lequel "la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte".

 

 

Convoquer l'Assemblée constituante de la VIe République- En 2011 et 2012, sein du Front de Gauche et des assemblées citoyennes les idées ont fourmillé pour modifier les institutions ou en créer de nouvelles.

Il est question de supprimer le Sénat ou de de régionaliser, de proposer son élection au suffrage direct ou encore de créer une troisième chambre au Parlement qui représenterait les individus dans leur diversité. Toutes ces idées pouvaient difficilement être réunies dans le programme du Front de Gauche l'Humain d'abord (élaboré pour les prisidentielles de 2012 et toujours d'actualité).

 

C’est pourquoi une assemblée constituante sera chargée de la rédaction d’une nouvelle Constitution qui sera soumise à référendum au peuple.

 

Pour plus d’informations détaillées sur la nécessité d’une VIème République, il est possible de lire le récit de Raquel Garrido, secrétaire national du Parti de Gauche, à une soirée organisée par la Convention pour la 6ème République le 06 mars 2012 (L’Assemblée constituante, la 6ème République, et la clause de révocation) ou d’écouter la formation délivrée par Charlotte Girard lors du remue-méninges du Parti de Gauche de 2010 (ci dessous) :

Remue Méninges du Parti de Gauche 2010, formation militante.

L’ensemble du chapitre 6 du programme du Front de Gauche est consacré à la convocation d’une assemblée constituante pour la VIème République. Le programme du Front de Gauche propose notamment :

  • la formation d’une assemblée constituante (voir argumentaire lien ci dessus) ;
  • l’abrogation de la réforme des collectivités territoriales de 2010 ;
  • le rétablissement de la proportionnelle à toutes les élections ;
  • la création du Conseil national des médias ;
  • la réaffirmation de l’actualité et du bien-fondé de la loi de 1905 sur la laïcité, et l’abrogation de toutes ses modifications ultérieures ;
  • la création d’un ministère des Droits des femmes et de l’Égalité ;
  • le droit de vote aux élections locales pour les résidents extracommunautaires ;
  • l’indépendance de la justice grâce à la création d’un Conseil supérieur de la justice (50 % élu par les magistrats, 50 % nommé par le Parlement) ;
  • le remplacement du Conseil constitutionnel par une instance nationale pluraliste chargée du contrôle de constitutionnalité ;
  • l’élaboration du statut de l’élu-e et du statut du bénévole ;
  • la fondation d’une VIème République parlementaire, sociale et participative dont le projet de Constitution sera soumis à référendum.

 

 

- La VIème République.... c'est quoi ça ? Un "argumentoire" sur l'importance d'une Sixième République a été élaboré en mars 2012....

La VIème République.... c'est quoi ça ?

L'argumentoire est à votre disposition ICI.

 

Cet "argumentoire"  élaboré avant la marche du 18 mars 2012 n'est qu'une référence, une base de discussion, de débat, de construction... mais il garde toute sa pertinence et toute son actualité en cette période ou le seul objectif doit être de FEDERER LE PEUPLE autour d'un projet ambitieux qui donne une perspective : la 6ème République, sociale, démocratique et écologique.

 

 

 

 

 

 

Note :

[1] Michel Debré

 

Pour en savoir plus :

- mon dossier VIe République

- La 6e République est sur les rails, la preuve, Alain Duhamel s’y oppose

La VIème République.... c'est quoi ça ?
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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 11:30
Le changement des institutions est une question majeure. Il faut aller vers une VIe République

Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de Gauche répondait le 21 août à une interview du journal L’Opinion

 

Sources : Le Parti de Gauche le propos recueillis par Béatrice Houchard de L'Opinion

- Quel bilan le Parti de gauche s’apprête-t-il à tirer de cette année électorale ?

Nous devons faire preuve de lucidité, sans langue de bois : force est de constater qu’après nos succès de 2012 et les 11% de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, nous avons connu cette année des échecs avec le Front de Gauche, dus à des raisons politiques assez identifiables.

 

 

- A savoir l’alliance des communistes avec les socialistes dans plusieurs villes ?

C’est la plus notable. Elle a entraîné plus qu’un brouillage dans la perception de ce qu’est le Front de Gauche. Avec le niveau de l’abstention et l’extrême-droite qui arrive en tête aux Européennes, nous sommes face à une catastrophe politique. On ne peut pas, pour sauver des positions acquises, se lier à de vieilles stratégies qui ne fonctionnent plus.

 

 

- Le Front de gauche est-il mort ?

En politique, c’est un mot qu’il ne faut jamais employer… Pour nous, le Front de gauche n’est pas un label. C’est une stratégie politique, proposant une indépendance claire avec le Parti socialiste. Celui-ci est l’incarnation électorale de la politique du gouvernement, qui produit des effets détestables. On ne peut pas s’allier avec ceux dont on combat la politique. Si le Front de gauche est transformé en magot électoral par certains, qui utilisent la force propulsive et la chaleur de la flamme de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, s’empressant de la refroidir par la suite pour quelques positions marginales en négociant avec le PS, ça ne peut plus durer. A contrario, la gravité de la situation exige que l’on fasse preuve d’audace politique.

 

 

- Que pouvez-vous faire pour sortir de cette spirale d’échec ?

D’abord, ne pas placer dans l’angle mort de notre analyse qu’à chaque échéance électorale, l’abstention ne cesse d’augmenter. On ne peut pas changer la société sans la mobilisation des citoyens, particulièrement dans les milieux populaires, qui sont le plus éloignés du débat civique. On dit que les ouvriers sont acquis aux idées de Marine Le Pen, mais c’est faux. Ce qui les caractérise surtout, c’est qu’ils s’abstiennent.

 

 

- Comment inverser la tendance ?

Bien sûr, il faut un changement de politique économique. Mais il n’arrivera pas sans changement des institutions. Il faut aller vers une VIe République par une Assemblée Constituante. Par exemple, est-il normal que les candidats qui ont animé le débat présidentiel de 2012 ne soient même pas présents au Parlement, où le PS et l’UMP détiennent au final 80% des sièges avec seulement moins 40% des voix des électeurs inscrits au premier tour ? Il y a un énorme problème de légitimité. Il faut faire en sorte que la démocratie ne soit pas un mot creux.

 

 

- Quelle seraient vos mesures-phares ?

Face à l’abstention, pourquoi pas le vote obligatoire dès 16 ans avec prise en compte du vote blanc ? Et pour que le peuple ne soit plus tenu à distance entre chaque rendez-vous électoraux, on pourrait envisager la possibilité d’une révocation des élus à mi-mandat, par exemple si 20% des électeurs le demandent. Cela existe déjà dans certains pays notamment d’Amérique Latine.

 

 

- Y compris pour le président de la République, qui arrive justement à mi-mandat ?

Bien sûr. A tous les niveaux, le système actuel donne un sentiment d’irresponsabilité. Les gens se disent que voter ne sert plus à rien. Lorsque François Hollande a été élu, il avait dit qu’il renégocierait le traité européen Sarkozy-Merkel. Il ne l’a pas fait. En revanche, il n’avait pas annoncé qu’il allongerait la durée de cotisation pour les retraites ou qu’il ferait une succession de cadeaux aux patrons. Les citoyens restent hébétés devant un tel spectacle.

 

 

- On a bien compris que Jean-Luc Mélenchon ne se retirait pas de la vie politique. Va-t-il néanmoins prendre un peu de champ ?

Jean-Luc Mélenchon va continuer à jouer un rôle majeur. C’est à la fois un dirigeant mais aussi un intellectuel en politique. Il a mis à profit ses vacances studieuses pour réfléchir sur qui se passe en France et dans le monde. Il veut prendre de la hauteur, pour continuer d’être à la hauteur des évènements qui s’annoncent. Mais c’est vrai qu’il veut qu’émergent au Parti de Gauche d’autres visages, que la réalité collective apparaisse. Nos adversaires seront déçus, mais il ne va pas réaliser leur rêve de ne plus le voir dans le combat politique…

 

Pour en savoir plus :

- mon dossier VIe République

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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 09:20
Martine Billard : « Il faut une grande clarification pour que le Front de gauche prenne son envol »

L’attitude du PCF, qui s’allie parfois au PS brouille la ligne politique !

 

INTERVIEW - La coprésidente du Parti de gauche pointe l’attitude du PCF, qui s’allie parfois au PS ce qui, à son sens, brouille la ligne politique…

Le Parti de gauche fait sa rentrée politique ce jeudi, avec ses « remue-méninges » de Grenoble (jusqu’à dimanche), dans un climat morose.

Aux municipales, le Front de gauche s’est désagrégé avec les alliances entre le PCF et le PS et les piques entre les deux partis se sont multipliés. Exténué, Jean-Luc Mélenchon a dressé un constat d’«échec» du Front de gauche, disant par ailleurs ne plus vouloir apparaître en première ligne. 20 Minutes fait le point sur le Parti de gauche, le Front de gauche et leur avenir avec Martine Billard, la coprésidente du PG.

 

Sources : 20 minutes.fr le 19/08/2014

- 20 minutes : Pour la première fois, PG et PCF font leur université d’été séparément… Un symbole du malaise actuel ?

Martine Billard : On a eu des difficultés, on s’y est pris un peu tard après les européennes. Mais c’est vrai que ce n’est pas seulement une histoire de timing, l’ambiance n’a pas été au beau fixe dernièrement. On a jugé qu’il serait plus productif qu’on se retrouve à la rentrée, le 6 septembre, pour discuter entre nous. Nous avons besoin de travailler, de voir où nous en sommes pour voir où nous voulons aller. Ce qui est sûr, c’est que nous ne voulons plus nous retrouver, à la veille d’une échéance électorale, dans la même situation qu'avant les municipales, sans clarté sur la ligne politique.

 

 

- 20 minutes : Jugez-vous comme Jean-Luc Mélenchon que le le Front de Gauche est "en échec" ?

Martine Billard : Par rapport aux objectifs que nous nous étions fixés, 2014 a été une mauvaise année. Nous n’avons pas progressé, nous n’avons pas élargi et approfondi le Front de gauche. Le manque d’unité d’expression politique du Front de gauche au niveau national a en effet fragilisé le mouvement. On ne peut pas critiquer le gouvernement, à juste titre, voter contre ses textes, à juste titre, et ensuite publier des déclarations qui appellent à l’union entre le PCF et le PS. Si aux municipales, ça n’avait été que quelques cas locaux… Mais 52% des listes du PCF étaient avec le PS… Le PCF est un parti historique, on savait quelles étaient ses habitudes mais on ne pensait pas qu’il repartirait sur les mêmes schémas. A Grenoble, à Rennes, nous avons été avec les écologistes, et ça a fonctionné.

 

 

- 20 minutes : Comment relancer le Front de gauche ?

Martine Billard : Le PCF doit lever son ambiguïté avec le PS pour redonner confiance à ses partenaires. Il faut une grande clarification pour que le Front de gauche prenne son envol. Nous ne voulons pas être la marge de manœuvre que le PC utilise seulement quand le PS ne veut plus de lui. On a l’impression d’être utilisé dans les négociations du PC avec le PS et on le voit en ce moment avec les sénatoriales. On ne peut pas construire une force avec une telle absence de confiance et un problème de ligne politique;

 

Et puis, il faut qu’on ouvre grand les portes du Front de gauche pour dépasser le cartel d’organisations que nous sommes actuellement. Il faut convaincre des militants de nous rejoindre et continuer à discuter, à travailler, avec des frondeurs du PS, avec EELV, avec le NPA, Nouvelle donne, tous ceux qui s’opposent à la politique du gouvernement, pour construire l’espoir d’une majorité alternative.

 

 

- 20 minutes : N’y a-t-il pas un problème de personnalité, avec un Jean Luc Mélenchon qui serait jugé trop clivant, qui aurait trop personnalisé ?

Martine Billard : Jean-Luc Mélenchon a été notre candidat à la présidentielle, la principale élection de la Ve République: qu’il le veuille ou non, cette élection polarise, personnalise. C’est le système français. Mais choisir un candidat à la présidentielle en espérant qu’il fasse un bon score, utiliser ce bon score pour ses petites affaires et le rejeter ensuite, ce n’est pas correct. Avec sa personnalité, Jean-Luc Mélenchon nous a beaucoup aidés à la construction du Front de gauche il y a cinq ans.

 

 

- 20 minutes : Comment vous analysez ces critiques ?

Martine Billard : Certains pensent qu'il tape trop fort sur le PS et préfèrent en faire une affaire de personnalité plutôt que de parler de réels désaccords politiques de fond. C’est moins un problème de personne que de ligne.

 

 

- 20 minutes : Mélenchon lui-même souhaite prendre du champ… Le PG peut-il survivre sans lui en première ligne ?

Martine Billard : Jean-Luc Mélenchon sera toujours là mais c’est vrai que nous voulons mettre en avant d’autres personnalités émergentes au Parti de gauche. C’est toujours difficile, on l’a déjà vu, les médias disent "c’est Jean-Luc Mélenchon ou personne". Nous avons une année 2015 sans échéance électorale qui va nous permettre de souffler un peu, de réorganiser nos forces et de relancer le travail théorique.

 

 

- 20 minutes : Le Parti de gauche peut-il survivre à une éventuelle fin du Front de gauche ?

Martine Billard : Nous sommes un vrai parti de militants, avec 12.000 adhérents, dont beaucoup de jeunes. Je ne suis donc pas inquiète pour l’avenir du PG qui est le seul à avoir réussi la synthèse des questions sociales, écologiques et institutionnelles.

 

 

- 20 minutes : Et pourtant, vous n’attirez pas les déçus de François Hollande…

Martine Billard : Ce n’est pas automatique! Les pays où la gauche de la gauche marche sont ceux où la crise sociale a été beaucoup plus importante qu’en France. Et je ne souhaite pas à mon pays une crise plus grave. Le PS français termine la mue que les autres PS européens ont terminée: s’aligner sur les politiques libérales. Alors les électeurs le vivent comme une trahison et leur réaction est pour l’instant le repli. Mais c’est vrai, on n’a pas réussi à entraîner les déçus de François Hollande. C’est l’enjeu de cette année.

 

Pour en savoir plus :

- Jean-Luc Melenchon : « Pour moi, la séquence (du FG) a été écrite entre deux européennes : on a fondé le FG pour les européennes de 2009 et à la suivante on passait devant le PS. Tout était en place. Tout ça a été planté pour une poignée de postes aux municipales», a-t-il déploré en faisant allusion aux accords conclus entre le PCF et le PS lors de la campagne pour les municipales.

 

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19 août 2014 2 19 /08 /août /2014 08:29
Le Parti de Gauche : l’heure de la réflexion et des choix nouveaux

Sources :  Blog de Raoul Marc Jennar  le 18 août 2014

Le Parti de Gauche va se réunir pendant quatre jours à Grenoble. Ces « remue méninges » arrivent à point, après deux scrutins qui clôturent un cycle ouvert en 2009.

 

Le PG s’est créé comme un « parti creuset » dont la volonté était de contribuer au rassemblement de la gauche de gauche. Les divisions de celle-ci garantissaient son impuissance à offrir une alternative aux politiques néo-libérales imposées tantôt par la droite décomplexée, tantôt par cette droite complexée formée par le PS et ses alliés.

 

Le PG a voulu que se crée le Front de Gauche avec le PCF. Le succès des élections européennes de 2009 – qui montrait au NPA qu’il se trompait dans sa démarche solitaire, mais qui avait raison de se méfier du PCF – a créé une dynamique que le formidable résultat de Jean-Luc Mélenchon au premier tour des présidentielles a accentuée. Trois courants issus du NPA (Gauche unitaire, Gauche anticapitaliste et Convergences et alternatives), les Alternatifs et la FASE se sont rassemblés pour constituer la troisième composante du FdG, Ensemble.

 

Et tout s’est fracassé lorsque le PCF, pour les municipales, a fait le choix de s’allier avec un PS dont il prétend combattre les politiques. Le message du FdG s’est brouillé, sa crédibilité a fondu comme neige au soleil. Le résultat des municipales, puis des européennes fut à l’inverse des attentes suscitées par le premier tour des présidentielles. A l’heure où le PCF annonce la présence de son principal dirigeant à la prochaine université d’été du PS, il ne faut plus se voiler la face : le Front de Gauche est mort.

 

 

- Une faiblesse initiale

On ne s’est pas assez interrogé sur la différence entre le résultat du premier tour des présidentielles et celui du premier tour des législatives, en 2012.

 

Bien des électeurs de Jean Luc Mélenchon n’ont pas voté pour un candidat du Front de Gauche aux législatives lorsque celui-ci appartenait au PCF. Pourquoi ? Voilà la question qui fut esquivée et à laquelle il importe aujourd’hui de répondre.

 

Pour moi, la réponse est évidente. Au XXIe siècle, un défi nouveau s’inscrit dans les esprits : l’écologie. Les disciples de Marx ont occulté la pensée de celui-ci lorsqu’il affirmait que « le capitalisme exploite les hommes et la terre ». Ils n’ont retenu que l’exploitation des humains. Ils ont cru, avec la foi du religieux, dans les bienfaits sans limite des progrès scientifiques, oubliant totalement que ce qui importe, c’est l’usage qu’on fait de ces progrès. Le PCF porte la marque de son adhésion au programme nucléaire, de sa culture productiviste. Au nom d’une conception à court terme de la défense de l’emploi, il défend les industries d’armement au lieu d’encourager leur reconversion. Il défend des projets inutiles, coûteux et anti-écologiques comme celui de ND des Landes. Par contre, il multiplie les arguments de mauvaise foi pour démolir l’écosocialisme.

 

Pour des centaines de milliers de femmes et d’hommes qui ont une exigence égale à l’égard de la justice sociale et des exigences écologiques, il est impossible d’apporter leur soutien au PCF.

 

Si on ajoute que le PCF tient un discours ambigu sur le sujet capital de l’Union européenne, laissant entendre qu’on peut la réformer de l’intérieur, qu’une Europe sociale est possible dans le cadre institutionnel et légal actuel et qu’il n’adhère que timidement à l’exigence d’une VIe République restaurant la souveraineté populaire comme primat de la démocratie, on comprend le résultat misérable des européennes.

 

Il faut être conscient que pour un électorat en attente d’une véritable alternative, le Front de Gauche, avec le PCF en son sein, n’est pas la réponse.

 

Je l’écris avec une infinie tristesse. Parce que je ne confonds pas le PCF et les communistes. J’en connais beaucoup. Des militants d’un dévouement sans bornes, d’un engagement sans failles, d’un savoir faire étendu, qui ajoutent souvent une dimension culturelle très riche à l’engagement politique, qui gardent une vraie conscience de classe. Et qui sont aujourd’hui désolés et malheureux en voyant le mal qu’a fait la direction de leur parti au Front de Gauche en s’alliant dans de nombreux endroits avec le PS. J’en connais qui quittent actuellement le PCF parce que, me disent-ils, ils veulent rester fidèles à l’idéal communiste.

 

 

- Et maintenant ?

On ne change pas une structure de l’intérieur. Encore moins un parti politique. N’est-ce pas cette conviction qui explique le résultat du congrès de Tours  en 1920 ? Mais à quoi assistons-nous depuis tant d’années aussi bien au PS qu’au PCF ? Des militants de qualité, lucides, attachés aux objectifs au point de ne pas les sacrifier par des reniements, se sont épuisés et s’épuisent encore pour tenter d’ancrer leur parti dans la fidélité au socialisme. En vain. Des milliers d’heures de débats, de rencontres, de motions, pour rien. Car jamais, ni au PS, ni au PCF, ils n’ont été en capacité d’infléchir la ligne directrice du parti.

 

Beaucoup ont quitté le PCF à telle enseigne que le parti le plus nombreux de France demeure celui des anciens membres du PCF. En 2008, Jean Luc Mélenchon et ses amis ont tiré les conséquences de leur incapacité à changer le PS et l’ont quitté.

 

Le PCF nous montre qu’il ne change pas. Il a choisi l’objectif qui consiste à sauver à tout prix ses élus locaux, régionaux, nationaux et européens et adopte à cette fin une stratégie à géométrie variable : avec le FdG s’il peut éviter qu’apparaisse sa véritable force (1,93% en 2007), avec le PS partout où il a des sièges à sauver. Et d’oublier que sa stratégie d’alliance avec le PS se traduit à chaque scrutin depuis 1981 par un recul de son influence et une perte d’élus. La lutte des places a remplacé la lutte des classes même si le seul résultat est qu’il y a de moins en moins de places sauvegardées. Sans que la participation du PCF à des exécutifs dominés par le PS ne parvienne à infléchir les choix de ce dernier.

 

 

- Il faut en prendre acte. Les choix actuels du PCF mettent fin aux raisons d’être du Front de Gauche. Il doit en assumer la responsabilité.

 

« Il faut pouvoir, parfois, être unitaire pour deux » va-t-on rétorquer. Mais à quoi sert une unité qui nous fait passer de 11,10 % en 2012 à 6,33 en 2014 ? L’unité n’est pas une fin en soi ; c’est un outil pour réaliser des objectifs. Il est manifeste que l’outil FdG n’est plus pertinent et qu’il faut trouver une autre forme d’unité de la gauche de gauche.

 

  • N’est-il pas temps de se rendre compte que les accords d’appareil, respectueux des logiques d’appareil, sont mortifères ?
  • N’est-il pas temps de se rendre compte que le peuple est fatigué des combines pour se réserver des mandats ?
  • N’est-il pas temps de se rendre compte que les gens attendent non plus des instructions venues d’en haut, mais d’être décideurs ?
  • N’est-il pas temps de se rendre compte qu’une dynamique pour une alternative de gauche ne peut plus naître de l’adhésion du grand nombre aux choix de quelques-uns ?
  • N’est-il pas temps de se rendre compte que la crédibilité d’un projet passe par la cohérence entre le dire et le faire ?

 

- Reprenons l’idée initiale du PG : un parti creuset.

Quel est son bilan ?

Sur le plan conceptuel, le PG laisse un double legs : l’écosocialisme et la VIe République : un projet de société et le cadre institutionnel dans lequel l’inscrire. C’est énorme. Nous sommes trop modestes, trop discrets et nous communiquons mal sur cet apport essentiel du PG au débat politique.

 

Sur le plan structurel, le PG a construit une organisation certes encore faible, mais présente sur l’ensemble du territoire national.

 

Le temps n’est-il pas venu de dépasser cette organisation ? De faire franchir au PG une nouvelle étape ? Celle de mettre cette organisation à la disposition d’un rassemblement plus large, ouvert à toutes celles et tous ceux, d’où qu’ils viennent, qui veulent porter ensemble le projet écosocialiste et la VIe République ?

 

N’est-il pas temps d’annoncer que le PG est prêt à se fondre dans un rassemblement beaucoup plus vaste pourvu que ses membres adhèrent à ce double projet et s’engagent à refuser tout compromis programmatique, toute alliance électorale (du local à l’Europe) avec des forces politiques qui adhèrent à ce que l’on combat ?

 

N’est-il pas temps de démontrer que la fin se trouve déjà dans les moyens et qu’on ne peut proposer une société qui donne le pouvoir au peuple si on n’est pas capable de le donner à ses propres adhérents ?

 

N’est-il pas temps de faire preuve de créativité et de rechercher tous ensemble des formes d’organisation où les décisions ne sont plus le fait d’états-majors parisiens, mais d’une délibération collective décentralisée ?

 

Telles sont les questions que je soumets à mes camarades dans l’espoir que nous en débattions à Grenoble. Tous ensemble.

 

 

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28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 16:00
cc Flickr PCF Bourges

cc Flickr PCF Bourges

Sources : regards.fr par Eric Coquerel Secrétaire national du Parti de Gauche I 17 juillet 2014

Conseiller régional et secrétaire national du Parti de gauche, Éric Coquerel estime illusoire de vouloir changer le Parti socialiste de l’intérieur. Pour lui, seul le "scénario Syriza" permettrait d’envisager un projet politique avec les socialistes dissidents.

 

Début juin, en conclusion du colloque des Socialistes affligés, Liêm Van Noc décrivait deux stratégies possibles pour les socialistes contestant la politique du gouvernement. En substance : celle de Marceau Pivert (leader de historique de l’aile gauche de la SFIO) consistant à peser à l’intérieur du PS pour changer sa ligne et, du coup, celle de la politique de François Hollande, et celle de Syriza qui impose de construire du neuf à côté et en confrontation avec le PS pour lui contester sa domination sur la gauche.

 

La première hypothèse suppose que le PS est transformable de l’intérieur. Nous serions donc finalement face à un parti social-démocrate somme toute "classique", kidnappé un temps par son courant le plus droitier, mais qu’un congrès pourrait remettre dans le bon sens, celui de la transformation sociale… Avec toute la force de persuasion que lui donnent ses convictions, Gérard Filoche pousse la logique jusqu’au bout : la ligne Valls qui gouverne est celle qui a obtenu 5 % aux primaires, elle est donc minoritaire. De facto, on peut considérer le PS comme potentiellement opposé à cette politique libérale. Il suffirait donc que ses parlementaires se réveillent pour, unis au FDG et à EELV, renverser la table à l’Assemblée et imposer un changement de gouvernement et de politique à Hollande. Mathématiquement c’est vrai, politiquement c’est autre chose. Je vais y venir.

 

 

- Contre l’ambigüité

Mais avant, voyons les conséquences de cette illusion, parce qu’il s’agit bien d’une illusion. Ceux qui l’entretiennent – au PS, on le voit, mais aussi jusqu’au sein du FDG – en reviennent du coup, c’est logique, à remettre au goût du jour la stratégie de Front unique : favoriser des modifications de rapport de force interne au PS nécessite de continuer à s’adresser à lui en tant que tel, à l’inclure dans le mécanisme d’alliance possible de toute la gauche.

 

Cela a évidemment un coût politique : pour beaucoup de nos concitoyens, à qui déjà les medias rabâchent à longueur de journée que c’est LA gauche qui gouverne, tout ce beau monde est dans le même camp, celui d’une gauche assimilée à une politique d’austérité qui fait la part belle aux actionnaires contre les salariés et qu’en réalité, plus rien ne sépare de la droite sauf que, elle, phénomène aggravant, avait promis autre chose ! Ils perçoivent bien qu’il en est qui râlent, mais au final, la photo de famille réunit tout le monde. Du coup, tout ça est envoyé à la poubelle, surtout en s’abstenant. Bref, toute ambigüité de ce type retarde, au mieux, annihile, au pire, la solution "Syriza", au profit de l’impossible victoire politique d’un nouveau Pivert…

 

 

- Le PS, loin d’Épinay

Pourquoi impossible ? Parce qu’avant Valls, il y a eu Hollande et que lui a bien gagné la primaire. Et en face de lui, hormis Montebourg, on ne peut pas dire que les autres s’étaient positionnés sur un programme très différent que celui du futur président de la République. Parce qu’avant Hollande candidat puis président de la République, il y a eu Hollande premier secrétaire, partisan du TCE puis du Traité de Lisbonne. Bref, parce que depuis des années – on va dire l’orée du XXIe siècle –, nous n’avons plus à faire à un parti socialiste, ni même social-démocrate, mais à un parti franchement devenu, comme ses homologies européens, social-libéral.

 

Le PS, sa ligne, ses ministres, ses cadres dirigeants, son cœur, sa composition sociologique même, n’est plus celui du congrès d’Épinay, ni de mai 81, ni même de la gauche plurielle de 1997, mais est bien plus proche du New Labour des années Blair. Il n’est plus le parti du compromis entre le capital et le travail une fois un rapport de force établi, il est devenu une des variantes politique de la promotion de la "société de marché". Une conversion qu’il a d’ailleurs annoncée très clairement en 2008 dans sa nouvelle déclaration de principe. Il faut lire les textes parfois. C’est désormais un parti que le lien grandissant entre affaires publiques et intérêts privés, le cours des actions et les bienfaits du libre-échange mondialisé influent bien plus que des grèves de salariés et des revendications syndicales.

 

Le symptôme indique une transformation structurelle et non conjoncturelle : en un mot, le PS a changé de nature. Tout comme, pour la SFIO de la fin de la 4e République, le poids et les intérêts de la politique coloniale comptaient bien plus que les valeurs internationalistes et la solidarité avec les peuples opprimés. Doit-on pour autant rejeter tout ce qui porte l’étiquette PS ? Non, ce serait injuste pour des milliers de militants et d’élus de terrain sincères et malheureux. Surtout, ce ne serait pas à la hauteur d’une période qui impose de ne pas gaspiller les énergies militantes réellement de gauche. Après tout, bien des militants et dirigeants de la défunte SFIO ont été utiles pour construire le nouveau parti d’Épinay – on remarquera qu’il a fallu pour cela faire disparaître la SFIO…

 

 

- Pas question d’appoint

Mais une autre nécessité s’impose progressivement. Il nous reste peu de temps pour rebondir et bâtir une force porteuse d’un projet politique à même de remettre la société, ou tout au moins une partie importante de la société, en mouvement. Il y a donc urgence pour savoir sur quelles forces, sur quelles personnalités on peut compter. Autrement dit, si l’heure est encore à l’écoute et au débat avec tous les socialistes dissidents, qu’ils soient affligés, frondeurs, énervés… il faut qu’ils entendent aussi que les mots ne suffiront plus longtemps tant la politique gouvernementale se radicalise et impose des choix clairs.

 

Pas question, par exemple, de jouer la force d’appoint extérieure au service d’une primaire interne au PS en vue de 2017. Il faut des actes de rupture, vite. Car ils avaient dit « vous allez voir ce que vous allez voir » pour le budget correctif de l’État et on n’a rien vu. Ils ont donné rendez-vous pour celui de la sécurité sociale… On verra, mais on n’est pas optimiste. On veut même bien considérer le vote du collectif budgétaire à l’automne comme la dernière session de rattrapage.

 

Mais il leur faut désormais passer du statut de râleurs inutiles, et au final handicapants par leur ambigüité contagieuse, à celui de "socialistes opposants" avec qui on peut refonder l’avenir. Nous n’avons plus le temps d’être patients.

 

Sur le même sujet lire aussi :

- par Eric Coquerel Secrétaire national du Parti de Gauche : l'automne sera décisif

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28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 09:48
Crédit photo photosdegauche.fr (Rémy Blang)

Crédit photo photosdegauche.fr (Rémy Blang)

Source :  Le Parti de Gauche

À l’occasion du centenaire de l’assassinat, jeudi 31, de la figure socialiste, le coprésident du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, fustige François Hollande et Manuel Valls.

 

Jaurès! Ils n’ont plus que ce nom à la bouche! Sarkozy avant-hier, Le Pen hier, Hollande et Valls aujourd’hui! D’où leur vient cette audace? Pour reprendre les mots du tribun, s’ils se battent autant pour les cendres, c’est pour mieux étouffer la braise.

 

Manuel Valls voulait l’enrôler pour ses sordides cadeaux au Medef. Jaurès aurait "sans doute" voté le pacte de responsabilité, a-t-il osé! Faire parler les morts pour endormir les vivants. L’arnaque! Jaurès aurait plutôt affronté Valls comme il avait affronté son modèle, Georges Clemenceau, quand il fallait soutenir les travailleurs face à la répression.

 

Une chose est sûre. Jaurès n’était pas un gentil garçon. Il ne cherchait pas l’estime des mous. Vous imaginez François Hollande capable de dire comme lui à propos de la Révolution française : "Je ne veux pas faire à tous ces combattants qui m’interpellent une réponse évasive, hypocrite et poltronne. Je leur dis : "Ici, sous ce soleil de juin 1793 qui échauffe votre âpre bataille, je suis avec Robespierre, et c’est à côté de lui que je vais m’asseoir aux jacobins. Oui, je suis avec lui parce qu’il a à ce moment toute l’ampleur de la Révolution ".

 

Jean Jaurès avait obtenu une première loi fixant l’âge de la retraite à 65 ans. C’était en 1910. Hollande vient de le reporter à 66 ans, comme il s’en est vanté auprès de la Commission européenne. Un siècle après, Hollande a fait pire que la réforme de Sarkozy et défait ce que Jaurès et tant de générations de militants avaient arraché au prix de tant d’efforts.

"Jaurès, reviens! Ils ont changé de camp !"

Jean Jaurès n’était non plus pas l’inoffensif "réformiste" que décrit Manuel Valls pour mieux le couper de l’aspiration révolutionnaire. Fausse route. Jaurès n’opposait pas les deux, loin de là. Son discours de 1900 sur "les deux méthodes" le dit avec clarté. Jaurès voulait faire "dans la réforme, œuvre commençante de révolution ; car je ne suis pas un modéré, je suis avec vous un révolutionnaire".

 

Contrairement à Jérôme Cahuzac, qui n’a "jamais cru" à la lutte des classes, Jean Jaurès l’identifiait : "Entre les deux classes, entre les deux groupes d’intérêts, c’est une lutte incessante du salarié, qui veut élever son salaire, et du capitaliste, qui veut le réduire ; du salarié, qui veut affirmer sa liberté, et du capitaliste qui veut le tenir dans la dépendance."

 

Jaurès n’était pas un apôtre de la moralisation du capitalisme ni du "donnant-donnant" avec le grand patronat et autres sornettes élyséennes. Il prônait tout autre chose! Nationalisations, coopératives, mutuelles… Jaurès laissait le soin aux travailleurs de définir la forme concrète que devrait prendre la propriété collective. Mais il en défendait fermement le principe, "l’avènement d’un ordre nouveau dans lequel la propriété, cessant d’être monopoleuse, cessant d’être particulière et privée, deviendra sociale, afin que tous les producteurs associés participent à la fois à la direction du travail et au fruit du travail".

 

Pour en savoir plus sur l'actualité de Jean-Luc Mélenchon :

- "Je sais à quoi je peux être utile, je ne peux pas faire tous les rôles"

- Jean-Luc Mélenchon, un retrait salvateur ?

 

Pour en savoir plus sur Jaurès :

- par Jérôme Pélissier : Quand Jaurès cache Jaurès

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25 juillet 2014 5 25 /07 /juillet /2014 09:20
Martine Billard co-secrétaire nationale du Parti de Gauche «Notre responsabilité est de recréer de l’espoir»

Martine Billard, coprésidente du Parti de gauche avec Jean-Luc Mélenchon dresse le bilan de la récente séquence électorale.

Nous poursuivons notre tour d’horizon de la gauche sociale et écologiste avec Martine Billard, qui revient sur les désaccords entre son parti et le Parti communiste lors des municipales, et envisage les alliances possibles entre Front de gauche, écologistes et socialistes « frondeurs ».

 

Sources : Politis.fr interviewée par Denis Sieffert et Sarah Masson

- Politis.fr : Où en le Parti de gauche après les municipales et les européennes ?

Martine Billard : Les élections européennes ont indéniablement été un échec. Certes, le Front de gauche a maintenu son score, mais pas à la hauteur de l’exigence du moment et de nos espoirs. La principale cause reste la cacophonie autour des élections municipales, qui a évidemment eu un impact sur les européennes. On ne peut pas faire campagne main dans la main avec le Parti socialiste et, trois semaines plus tard, appeler à voter Front de gauche.

 

 

- Politis.fr : N’avez-vous pas trop dramatisé ce différend avec les communistes ?

Martine Billard : Nous étions dans une contradiction : soit nous acceptions tout, comme d’habitude, soit nous disions stop. Nous souhaitions des listes autonomes Front de gauche pour les élections municipales et nous avons tout fait pour établir ces listes. Nous avons même pris peu de têtes de liste afin d’en laisser davantage au Parti communiste ou à Europe Écologie-Les Verts (EELV). Cela, parce que nous pensions que la priorité était de faire en sorte que ces listes existent plutôt que de se battre pour les têtes de liste. Mais, à Paris, nous ne pouvions pas accepter que le Front de gauche apparaisse sur une liste avec le PS.

 

 

- Politis.fr : L’autre raison de ce demi-échec électoral n’est-elle pas que toute la gauche est éclaboussée par la politique gouvernementale ?

Martine Billard : Oui, à l’heure actuelle, nous sommes bien dans cette situation. Lors de la campagne, les électeurs les plus politisés nous disaient que cela ne changerait rien, comme en a témoigné la politique menée malgré le « non » au Traité constitutionnel européen en 2005. Les moins politisés manifestaient leur résignation face à la politique actuelle de ce qu’ils appellent « la gauche ». Il est donc vrai que le Front de gauche comme Europe Écologie-Les Verts ont été touchés par la désaffection citoyenne qui résulte de la politique du gouvernement.

 

 

- Politis.fr : Où en êtes-vous des contacts avec les autres forces de gauche « fréquentables » ?

Martine Billard : Il faut le reconnaître, nous sommes dans une période de tâtonnements. Notre responsabilité est de recréer de l’espoir et d’offrir des perspectives. Mais cela suppose de la clarté. Redevenir une alternative crédible aux yeux des citoyens suppose d’être ouvert et de discuter avec tous ceux qui sont critiques avec le gouvernement, y compris les « frondeurs » du PS, tout en étant très clairs sur le fond. Et le fond, c’est la critique de la politique du gouvernement. Sans cela, nous ne nous lancerons pas dans une aventure qui sèmerait la confusion tout en attisant la désespérance et la colère. À cet égard, je regrette que les parlementaires EELV aient voté la loi prévoyant la libéralisation du rail. On voit bien que l’intégration d’EELV à la majorité présidentielle a fait perdre aux élus tout sens critique.

 

 

- Politis.fr : Êtes-vous prêts à accepter l’intégration de nouveaux courants au Front de gauche, comme la gauche du PS et des Verts ?

Martine Billard : Nous pouvons les associer, mais je ne sais pas si une intégration serait pertinente.

 

 

- Politis.fr : Où en sont les relations avec le PC ?

Martine Billard : L’enjeu est de ne pas s’enfermer dans un tête-à-tête PG-PC. Nous avons clairement dit au Parti communiste que nous ne repartirons pas dans le même cirque que celui des élections municipales. Il faut qu’il fasse clairement un choix entre une totale autonomie et l’association avec le PS pour avoir des élus. Il y a des débats au sein même du PC, et tout le monde n’est pas d’accord. Nous comprenons l’importance d’avoir des élus, mais cette stratégie ne marche plus.

 

 

- Politis.fr : La gauche a toujours mis entre parenthèses ses critiques contre le PS quand il s’agissait de battre la droite. Ne pensez-vous pas que ce réflexe est en train de disparaître ?

Martine Billard : Effectivement. Le chantage du PS consistant à crier : « Attention, danger Front national, votez pour nous ! » ne marche plus. Et c’est la déroute qui attend le PS s’il continue. Aujourd’hui, les gens ne veulent plus sauver le PS. Il y a un vrai risque que Marine Le Pen arrive au pouvoir si elle parvient au second tour de la présidentielle face à un candidat de l’UMP ou à François Hollande, car les électeurs de gauche déçus par le PS ne voteront pas.

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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 17:00
Manifestation contre l'austérité, le 12 avril 2014. (NICOLAS MESSYASZ/SIPA)

Manifestation contre l'austérité, le 12 avril 2014. (NICOLAS MESSYASZ/SIPA)

Source : Aude Lancelin, le Nouvel Observateur

Le PS mène-t-il encore une politique de gauche ? Pourquoi le Front de Gauche ne profite-t-il nullement de ses déboires électoraux ? Eric Fassin et Laurent Bouvet ont répondu aux questions de "l'Obs".

 

- Le NOUVEL Obs. : Le Premier ministre, Manuel Valls, a récemment évoqué une mort possible de la gauche. Etes-vous d'accord avec l'idée d'une singularité totale de la crise actuellement traversée par le PS ?

Laurent Bouvet : Les partis politiques sont mortels, les cas sont nombreux dans l'histoire. Toutefois le PS a connu, en un peu plus d'un siècle d'existence, de nombreuses crises dont il s'est toujours sorti. Aujourd'hui, le PS doit sans doute se refonder comme il l'a fait en 1969-1971. Les "deux corps" du PS sont en effet touchés. Son "corps immatériel", doctrinal, est entièrement à reconstruire. Le PS ne produit plus d'idées, de projet de société ou même d'orientations politiques fortes, identifiables, depuis un long moment. La nouveauté, c'est que désormais son "corps matériel", ses élus, ses militants, ses réseaux, ses affidés... est gravement touché. La perte de 30.000 élus aux municipales et de 25.000 militants depuis 2012 est un signe du délitement de l'ensemble organisationnel et réticulaire que représentait le PS.

 

Eric Fassin : Manuel Valls parle aux socialistes ; mais il choisit, pour une fois, de s'inquiéter de "la gauche". C'est une manière de ne pas évoquer la mort annoncée du PS. Il est vrai que le PS entraîne aujourd'hui toute la gauche dans son naufrage. La crise de la social-démocratie, c'est plutôt un renoncement idéologique qu'un échec politique - un peu partout en Europe : Blair et Schröder avant Valls. François Hollande "assume", dit-on, d'être social-démocrate. Mais le pacte de responsabilité n'a rien à voir avec la social-démocratie : au lieu d'arbitrer entre capital et travail, le président négocie avec le patronat en oubliant les syndicats ! Serait-il social-libéral ? En réalité, il n'est ni social ni libéral : il met l'Etat au service des banques et des marchés. Il est donc néolibéral. Mais beaucoup sont dans le déni. Regardez : en Europe, Hollande et Renzi ont soutenu Juncker ; et il est des éditorialistes qui ont salué un "virage à gauche salutaire" !

 


- Le NOUVEL Obs. : Outre les classes populaires, quelles sont les autres catégories de la population dont le décrochage explique la faiblesse actuelle du vote socialiste ?

Laurent Bouvet : Outre les classes populaires que le PS a "perdues" depuis longtemps, l'ensemble de son socle électoral s'est dilué depuis deux ans (partielles, municipales, européennes). Les choix économiques et "sociétaux" divisent profondément l'électorat de François Hollande de 2012. Ainsi, le vote PS à telle ou telle élection pour un électeur de gauche est devenu en soi un problème. Pour beaucoup d'électeurs des catégories moyennes et supérieures, les augmentations d'impôt jouent un rôle dissuasif comme on l'a vu dans les enquêtes faites à l'occasion des municipales. Pour les agents publics la baisse des dépenses publiques est vécue comme une menace sur leur activité même - sans parler des mesures sectorielles qui passent mal, comme les rythmes scolaires auprès des enseignants. S'est ajoutée à cela la démobilisation de certains électorats insatisfaits sur des questions plus spécifiques comme le mariage pour tous ou le genre.

 

Eric Fassin : L'électorat que perd le Parti socialiste, c'est d'abord l'électorat de gauche. Pourquoi voter pour un parti qui n'est plus de gauche ? On a voulu nous faire croire que le PS perdait le peuple pour garder les "bobos". Qu'il sacrifiait les classes populaires aux minorités, et qu'il s'occupait du mariage plutôt que du chômage. Mais ce gouvernement ne fait rien pour les banlieues ; ni contre les discriminations. Quant aux droits des minorités sexuelles, c'est fini ! Bref, on ne pourra plus dire que c'est à cause des questions "sociétales" qu'on ne s'occupe pas de la "question sociale"...

 


- Le NOUVEL Obs. : Les déboires du PS ne semblent pourtant aucunement profiter à la gauche de la gauche, comme l'a montré le résultat des dernières européennes. Comment l'expliquez-vous ? Pourquoi la France ne produit-elle pas de phénomène à la Syriza, parti de gauche radicale arrivé en première position en Grèce ?

Eric Fassin : C'est effectivement la grande question. Puisque François Hollande mène la même politique économique que Nicolas Sarkozy, on pourrait imaginer que la critique de la dérive néolibérale bénéficierait autant à la gauche de gauche qu'à l'extrême droite. Or ce n'est pas le cas. Pourquoi ? D'une part, le PS donne raison au FN qui dénonce l'"UMPS". Et l'alternance sans alternative alimente le rejet de la démocratie - par le vote d'extrême droite, mais aussi par l'abstention. Comment croire à la démocratie si l'élection ne change rien ?

 

D'autre part, le FN a fini par imposer son langage identitaire, non seulement à l'UMP, mais aussi au PS (qu'il s'agisse des immigrés, des musulmans ou des Roms). L'hégémonie économique, c'est le front UMP-PS ; mais l'hégémonie culturelle, c'est le front FN-UMP-PS. Dans ces conditions, pas facile de faire entendre autre chose. Le principal espoir, c'est "l'hypothèse Syriza" : l'effondrement complet du Pasok [le Parti socialiste grec, NDLR] a enfin ouvert un espace à gauche, et donc une alternative. Du coup, en Grèce, on s'abstient moins, on vote moins pour l'extrême droite, et on vote plus pour la gauche de gauche. Aujourd'hui, en France "l'hypothèque PS" obstrue le paysage de la gauche.

 

Laurent Bouvet : Le Front de Gauche tient un discours en décalage par rapport à son électorat. Son discours porte sur les conséquences néfastes de la mondialisation et du capitalisme, et s'adresse en priorité à leurs victimes (aux plus exposés et aux plus faibles). Or les solutions proposées pour y remédier (l'augmentation des dépenses publiques et le renforcement du rôle du service public) apparaissent comme pouvant profiter d'abord à des populations (les agents publics) moins exposées aux risques de la mondialisation (chômage ou délocalisation notamment). Ce hiatus entre discours, propositions et électorat est à mon sens au coeur des difficultés du Front de Gauche.

 

 

- Le NOUVEL Obs. : Vous semblez toutefois considérer, Laurent Bouvet, que le socialisme incarné par Valls est la bonne voie pour la gauche, notamment dans la reconquête du vote populaire. Que répondez-vous à ceux qui considèrent aujourd'hui que la gauche actuellement au pouvoir n'est rien d'autre qu'une "droite complexée" ?

Laurent Bouvet : Je ne sais pas si c'est la "bonne voie" pour la gauche ! Ce que je constate, plus modestement, c'est que la proposition politique de Manuel Valls - en gros le retour à une forme d'autorité dans la manière dont l'action publique est menée articulée à un projet économique ouvertement social-libéral - offre un choix clair aux socialistes et à la gauche en général, au regard d'une autre proposition, plus interventionniste sur le plan économique mais aussi plus libérale pour ce qui concerne les questions de société (incarnée par EELV notamment). Il faudra voir en 2017 comment ces deux propositions s'incarnent et laquelle l'emporte à gauche face à celles de la droite et de l'extrême droite.

 


- Le NOUVEL Obs. : La gauche est devenue électoralement dominante en 2012 à un moment où sa décomposition doctrinale était déjà très avancée. Qu'est-ce qui n'a pas été fait selon vous et quelle serait la thérapie de choc à adopter ?

Eric Fassin : L'hégémonie idéologique de la droite décomplexée repose sur une gauche complexée. Nos gouvernants se croient réalistes ; en fait, ils croient seulement que la réalité est de droite. Pour compenser, ils prétendent se rapprocher du peuple en s'en prenant aux Roms, par exemple. C'est parier sur l'idée que le peuple serait de droite. Il faut inverser la logique : revendiquer une idéologie de gauche. C'est ainsi qu'on pourra enfin espérer rencontrer un électorat de gauche.

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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 10:58
"Les socialistes dissidents doivent s'autonomiser" Jean-Luc Mélenchon

Le 3 mai 2014, Jean-Luc Mélenchon était l'invité d'i>télé.

Il a appelé les socialistes dissidents à "s'autonomiser" en créant un groupe politique à l'Assemblée nationale, ce qui permettrait de faire contrepoids à gauche à la ligne politique adoptée par Manuel Valls.

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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 09:40
Une question qu’il faudra maintenant trancher une bonne fois

Marie-Noëlle Lienemann et la tambouille de « l’alternative à gauche »

 

Sources : Blog de Jean-Luc Mélenchon

Dans le registre des couteaux sans lame, on sent bien que la gamme va s’élargir bientôt fort vite. Après avoir voté le budget Valls, Marie-Noëlle Lienemann tenait une presse le 11 juillet avec l’ancien ministre Paul Quilès, flanqués de Pierre Laurent du PCF et Emmanuelle Cosse d’EELV.

 

Il s’agissait de faire connaitre un document « base de travail » pour « une stratégie alternative » à gauche. On a compris qu’il s’agissait d’un travail confidentiel mené de longue main. Pourtant, il y a une semaine, nous rencontrions, avec le même Pierre Laurent et tout le Front de Gauche, Emmanuelle Cosse et l’état-major des Verts. Ni Pierre Laurent ni Emmanuelle Cosse n’évoquèrent la prochaine parution de cette plateforme. Mais il est exact qu’Emmanuelle Cosse répondant à Clémentine Autain récusa sans ambiguïté que son projet soit de « créer une plateforme alternative ». Puis, répondant à Martine Billard, elle confirma que son intention était bien d’organiser un dialogue avec le PS lui-même. Son objectif assumé est de former « la passerelle entre l’autre gauche et le PS ». L’initiative Lienemann/Quilès a le même projet de façon concurrente.

 

- On sait où ça coince.

Détail révélateur, Lienemann se donne la peine d’informer que sa « porte n’est pas fermée » au Parti de Gauche, dont elle affirme qu’il « n’a pas souhaité s’associer aux travaux » de bricolage qu’elle conduit. Air connu. Cambadélis parle la même langue. L’objectif est le même : briser le Front de Gauche en isolant les irréductibles opposants à l’alliance avec le PS. Cela ne peut aboutir d’aucune manière. Le Front de Gauche n’est pas une étiquette, c’est une stratégie. Il est tout à fait possible de débaucher des composantes du cartel comme les élections municipales l’ont montré. La stratégie ne sera pas abandonnée pour autant, comme l’ont également montré les élections municipales.

 

Evidemment, comme dit le proverbe berbère : « la seconde fois que tu te fais avoir, c’est de ta faute ». Nous sommes prévenus. La samba des sénatoriales menées de nouveau sans vergogne au nom du Front de Gauche montre que l’addiction au PS est parfois irrémédiable. Elle recommencera avec les cantonales et les régionales, et ainsi de suite.

 

Nos devoirs pour la rentrée comportent donc une question qu’il faudra maintenant trancher une bonne fois pour que le peuple à son tour puisse trancher par ses bulletins de vote, le moment venu.

 

 

- Rappel :

Selon Jean-Luc Mélenchon, "Les socialistes dissidents doivent déjà s'autonomiser"

 

Le 3 mai 2014, Jean-Luc Mélenchon était l'invité d'i>télé.

Il a appelé les socialistes dissidents à "s'autonomiser" en créant un groupe politique à l'Assemblée nationale, ce qui permettrait de faire contrepoids à gauche à la ligne politique adoptée par Manuel Valls.

- L'analyse de Martine Billard co-secrétaire du Parti de Gauche

Sources : Blog de Martine Billard

Ces derniers jours ont été riches en rebondissements politiques dont certains surprenants et d'autres sinistres.

 

En début de semaine, le vote sur le collectif budgétaire de la sécurité sociale voyait cette fois-ci 35 députés PS s'abstenir, ainsi que 13 députés EELV et 1 députée apparentée EELV voter contre. On ne peut que regretter qu'ils n'aient pas tous voté contre ce qui aurait provoqué le rejet de ce budget qui prévoit entre autres le gel de plusieurs prestations sociales. C'est un petit pas par rapport à l'approbation du collectif budgétaire de la semaine précédente. Mais lorsqu'on voit que ce soir sénateurs PS et EELV ont tous adopté la loi qui organise l'ouverture du transport de voyageurs au secteur privé, on se dit que cette opposition est bien timide et surtout pas à la hauteur des enjeux .

 

Le problème n'est pas d'attendre le prochain congrès du PS pour y prendre la majorité, ce qui est fort honorable bien que je doute totalement du fait que le PS redevienne un parti de gauche. Je crois que l'évolution au centre, comme tous les autres partis de la social-démocratie européenne, est maintenant bien ancrée.

 

Il est urgent de répondre aux attentes de toutes celles et ceux qui n'en peuvent plus dans ce pays. Pour les plus riches, pas de problème, tout va bien pour eux, les 500 les plus fortunés ont vu leur patrimoine progresser de 15% sur un an et 67 d’entre eux ont un patrimoine qui dépasse le milliard d'euros. Cela ne les empêche pas de se plaindre constamment qu'ils sont étranglés par les impôts !

 

Au sénat, les parlementaires du PCF ont voté contre les collectifs budgétaires et la loi ferroviaire comme les députés l'avaient fait avant eux.

 

- Aussi, quelle n'est pas ma surprise de trouver le 8 juillet, le communiqué ci-dessous du PCF

 

Sénatoriales : Pourquoi le Parti Socialiste fait le mort ?

Suite aux résultats des municipales, la majorité du Sénat risque de passer à droite au lendemain des sénatoriales de septembre. Pour la première fois depuis 1945, le Sénat pourrait compter en son sein des sénateurs d’extrême-droite !

Comment expliquer le silence de la direction nationale du Parti Socialiste vis à vis de plusieurs forces de gauche dont le PCF sur la possibilité dans plusieurs départements de réélire un sénateur de gauche ou d’en gagner un du fait de la proportionnelle. Il n’est pas pensable que le Parti Socialiste préfère un Sénat avec une majorité de droite plutôt qu'une majorité de gauche, certes insoumise à des réformes gouvernementales.

Bien évidemment, un accord sur tout le territoire national est rendu extrêmement difficile en raison des divergences profondes au sein des forces de gauche. Le PCF n’en fait pas la demande : il demeure en revanche disponible pour examiner certaines situations départementales qui, selon le mode de scrutin (majoritaire ou nouvellement proportionnel dans 17 départements) permettraient de battre la droite.

Des accords départementaux sont encore possibles dans le respect mutuel et sans rien retrancher de nos différences et de nos divergences sur l’avenir de notre pays, sur des réformes gouvernementales et particulièrement celles des collectivités territoriales.

L’apport des cinq sénateurs et sénatrices du groupe CRC renouvelables est décisif dans l’objectif du maintien d’une majorité de gauche. Comment ne pas y voir un atout contre l’élection d’un(e) président(e) de droite et pour l’élection d’un(e) président(e) de gauche au Sénat ? Le 28 septembre, le PCF entend offrir le moyen de s’exprimer, par leur vote, à des milliers de grands électeurs de gauche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- J'avoue que les bras m'en tombent.

Il n'y a pas de majorité gouvernementale au sénat actuellement. Les sénateurs communistes votent assez souvent et à juste titre contre les projets de loi présentés par le gouvernement et encore ces dernières semaines contre les collectifs budgétaires et contre la loi ferroviaire. On ne voit donc pas quel serait l'intérêt du PS de faire élire des sénateurs du PCF qui ensuite vont aller voter contre lui. Et comme de plus, le PS sait qu'il va perdre des sénateurs et la majorité relative au sénat, il est bien décidé à ne partager aucun des postes qu'il pourrait sauver. Europe Ecologie l'a bien compris qui, devant le refus du PS de lui proposer une alliance lui permettant d'obtenir un ou plusieurs sénateurs, a décidé de présenter des listes autonomes.

 

- Pourquoi le PCF n'en fait-il pas autant ? Pourquoi une telle posture de quémandeur ?

Pourquoi ne choisit-il pas de présenter des listes du Front de Gauche partout, représentant bien sûr la diversité du FdG et non des listes PCF qu'on est prié de soutenir sans discuter sous peine d'être traité de diviseur. Voilà ce qui serait la bonne stratégie : des listes autonomes du Front de Gauche faisant campagne contre la réforme territoriale pour la 6ème République, contre la politique d'austérité et le Grand Marché Transatlantique et leurs conséquences sur les collectivités territoriales.

 

Le PCF se plaint du silence du PS mais a tout simplement oublié de discuter avec ses partenaires du FdG.

 

Pour le PG, c'est clair, nous sommes cohérents : aux sénatoriales, nous ne soutiendrons aucune liste avec le PS.
 

Aujourd'hui Pierre Laurent participait à une conférence de presse avec Marie-Noëlle Lienemann (PS) et Emma Cosse (EELV), pour lancer un "nouveau pacte majoritaire à gauche". A cette occasion il déclarait «ce rassemblement est impossible autour de l'actuelle politique gouvernementale».

 

Or ce soir, nous apprenons que Pierre Pierre Laurent se rendra à l'université d'été du PS à La Rochelle pour participer à une table ronde avec Jean-Christophe Cambadélis, Emma Cosse (EELV), Jean-Michel Baylet (PRG), Robert Hue (MUP) et Jean-Luc Laurent (MRC) dont "L'idée est d'avoir une discussion globale et stratégique sur l'unité de la gauche", selon Daniel Assouline."

 

- Quelle photo de famille, Unité de la gauche avec le PS qui mène la politique que nous subissons en ce moment ?

Avec Jean-Marie Le Guen qui n'a pas hésité à traiter de "pseudo-socialistes" les quelques députés PS qui osaient émettre des critiques sur la politique économique et sociale actuelle ?

 

Ce qui en restera n'est pas que Pierre Laurent voulait convaincre les militants PS présents de rompre avec la politique du gouvernement. Non, le symbole ce sera, ils sont tous ensembles pour s'entendre entre eux.

 

Voilà qui va réjouir toutes celles et ceux qui chaque jour se demandent ce que ce gouvernement va encore pouvoir inventer pour leur réduire le peu de droits qui leur restent. Discuter avec toutes celles et ceux notamment au PS qui sont critiques avec la politique gouvernementale, bien sûr. Mais là c'est autre chose : c'est une mise en scène pour montrer que le PS n'est pas isolé et que le gouvernement est soutenu.

 

Quelle erreur d'y aller !

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 18:25
Le Front de gauche et la tectonique des pauvres

Sources : Cerises en ligne et Ensemble

Comment comprendre que le Front de gauche échoue à constituer une force politique puissante, un front populaire. Pour le sociologue Richard Dethyre, son problème majeur est précisément de s’intéresser, de s’adresser et faire avec les catégories populaires, et tout particulièrement avec les chômeurs, les précaires et tous les "sans".

 

L’échec du Front de gauche prend sa source dans son incapacité à s’enrichir de ce qui pourrait faire sa force. Le vote des chômeurs, des jeunes, des ouvriers pour 30 à 35 % d’entre eux pour le FN est analysé chez "nous" avec ce qui me semble être une distance sociale qui éclaire ou révèle la nature du problème que je voudrais développer ici. Chacun peut sans mal établir un lien entre ce vote, les abstentions massives, la crise sociale, la crise de confiance, le désespoir, le sentiment d’abandon… Ce qui me parait plus difficile, c’est d’évaluer réellement les ruptures que cela recouvre, et de tenter d’y pénétrer. Par exemple, en s’interrogeant sur la disparition du "sujet chômeur" dans les campagnes successives des élections municipales et européennes ; ou en s’interrogeant sur les raisons pour lesquelles aucun maire de la gauche alternative ne tente de réunir ceux qui sont privés de travail afin de leur donner une place, une visibilité politique, de les aider à se rassembler.

 

 

- Culpabilisation et individualisation

S’interroger, c’est se plonger au cœur de la crise de la politique. Hier encore, à la fin des années 90, les maires réunissaient 850 chômeurs à Saint-Denis, 250 à Ivry, 400 à Aubervilliers, 350 à Vitry, et bien d’autres à Champigny, Valenton, Gentilly, Stains, Bobigny, Chevilly, Choisy-le-Roi, Montreuil, etc. En lieu et place de cette belle démarche, beaucoup d’élus ont ces dernières années créé des "forums pour l’emploi" avec stands pour apprendre à établir des CV, évaluer son employabilité… Que s’est-il donc produit pour renoncer à ce qui était si précieux ? Se poser la question, ou tenter d’y répondre, c’est déjà reconnaitre qu’il y a là un problème qui nous concerne directement. Alors, comment décortiquer la chose ?

 

Les campagnes de culpabilisation des chômeurs et la mise en place de suivis personnalisés par les institutions ont fait reculer l’approche collective, l’image du collectif, la responsabilité collective, la mobilisation collective. La massification du chômage n'est plus évaluée comme un phénomène relevant de décisions économiques et politiques. De fait, sur fond de campagne de culpabilisation, l’idée que pour y faire face il faut mettre en place des stratégies individuelles s’est imposée. Les institutions ont multiplié des programmes qui sont baptisés remobilisation, accompagnement. Laissant entendre que le retour à l’emploi passe par la capacité individuelle des chômeurs à être dans le moule duquel ils seraient sortis ou dans lequel ils ne seraient jamais entrés. Ces programmes, à l’efficacité desquels personne ne croit, personne ne veut envisager les effets politiques et sociaux pervers qu'ils produisent.

 

Après les récents résultats électoraux, à lire ce qui est couramment écrit, on croirait que personne n’ose considérer le sujet, comme s’il nous renvoyait une image que l’on ne veut pas voir.

 

 

- Un séisme caché, nié

Il nous faut déjà illustrer cette profonde rupture par les chiffres officiels (bien qu’ils soient largement triturés) : il y a 8,5 millions de chômeurs et travailleurs précaires ; 1 offre d’emploi pour 57 demandes, 130 millions de repas distribués au resto du cœur. Il s’agit du marqueur le plus tragique de la France d’aujourd’hui. Après avoir été licenciés, les "fins de droits" font la queue à la soupe populaire. Double humiliation.

 

La massification de la précarité

L’émiettement du travail, c’est notamment l’explosion du nombre de contrats à durée déterminée : en dix ans, il y a eu + 120 % des CDD de moins d’un mois et + 80 % des CDD de moins d’une semaine. 45 % des inscriptions mensuelles à Pôle emploi sont des fins de CDD. S’y ajoute le recours systématique aux emplois aidés.

35 % des SDF ont une feuille de paie. 10 % des plus pauvres ont 38 % de leurs ressources qui dépendent des allocations. Notre solidarité glisse vers un système de perfusion sociale minimale. La charité privée vient en relai de la charité publique. 2 290 000 personnes sont au RSA.

 

 

- Cette réalité là, un véritable séisme, n’a pas sa place dans la vie politique d’aujourd’hui. Pourquoi ? Qu’est ce qui est en jeu ?

Au-delà des chiffres, la connaissance de ce qu’ils représentent est essentielle. Parmi les forces militantes de la gauche alternative une distance sociologique s’est établie avec ce peuple. On assiste à une certaine "gentrification" de la gauche alternative. Qui révèle et alimente une désincarnation de son rapport à la société réelle, une distance avec le peuple tel qu’il est aujourd’hui ; à cela s’ajoute le dictat des comptables et des gestionnaires. Ainsi, rien ne pourra bouger si nous ne modifions pas la place que doit avoir le peuple dans une démarche de rassemblement : réelle, concrète, symbolique. Il faut avoir l’ambition première d’être POPULAIRE. Comment ?

 

C’est un long, mais indispensable processus. Bougeons nos représentations, notre manière de voir, nos priorités, notre militantisme. Mettons-nous résolument aux côtés de ceux qui sont délaissés, méprisés, humiliés, oubliés : comment parler du peuple sans rien partager avec lui ? J’ai lu pas mal de contributions intelligentes, mais aucune ne m’a convaincu quant à une réponse à ce besoin crucial.

 

Quelques fois, quand l’actualité est dramatique, Pôle emploi apparaît comme un lieu actif d’invalidation identitaire pour ceux qui y sont soumis… Mais qui s’y rend en portant un regard militant ? Quelles expériences échangeons-nous ? De quelles nouvelles pratiques est-il question ? Pour moi, la plus grande défaite, c’est de ne pas voir que le terrain de combat essentiel se trouve là, dans ces lieux de détresse. On peut en fait y puiser les arguments, les sujet et … les mots, y fourbir les armes. Comment faire émerger face aux logiques libérales la parole du peuple qui dit "Non, je ne peux pas payer les transports, ni mon loyer" ? Comment créer un rapport des forces à Pôle emploi, qui va vous demander pour la troisième fois le papier que vous avez déjà fourni, qui aura perdu votre dossier, qui soutiendra que vous ne l’avez pas déposé ? Nous sommes remplis d’émotion lorsque les frères Dardenne ou Robert Guédiguian mettent en scène la réalité sociale… Le réel est tout aussi émouvant.

 

On assiste à une certaine "gentrification" de la gauche alternative, qui révèle et alimente une désincarnation de son rapport à la société réelle, une distance avec le peuple tel qu’il est aujourd’hui.

 

 

- A-t-on réellement idée de ce qu’endurent tous ceux qui se heurtent aux guichets de la Sécu, de Pôle emploi ?

Ou celui qui subit l’accueil glacial en mairie pour n’avoir pas payé la cantine ou la colo, ou pour qui les courriers de sommation se succèdent. Ce sont les mêmes qui ne peuvent pas payer de loyer, les mêmes dont les enfants arrivés en âge de partir resteront à la maison surpeuplée. Mais qu’y pouvons-nous ? Nous ne sommes pas responsable du manque de logement, ce sont les gouvernements… Et comme le dit un maire adjoint : « On est bien obligé de faire un premier tri en fonction des ressources, il n’y a pas de logement. »

 

Que veut dire être privé de resto, de vacances, de projets ? Jamais de ciné, la voiture trop vieille que l’on ne peut plus réparer. Tout cela, pour le savoir, il faut le partager. Les plus fragiles sont poussés à une consommation à haut risque. Si tu n’as pas, tu n’es pas, dit la publicité ! À l’angoisse de ne pas pouvoir s’ajoute la honte, les humiliations, le sentiment de ne pas être capable. Ne jamais être en paix, et puis abandonner, ne plus demander, renoncer tellement tout parait difficile, impossible, et puis ruminer. Comme une lente maladie, la dérive s’impose et fait passer des millions de personnes de l’autre côté de la rive.

 

Eh bien, toutes ces personnes ne rencontrent pas ceux qui devraient les entendre, leur faire confiance, organiser avec eux l’action. Alors s’installe très vite en lieu et place de la citoyenneté un "Tous les mêmes" désignant tous "les politiques".

 

 

- 180 jours dans les Assedics

Lorsque nous avons créé l’APEIS en 1988, avec Malika, Rabah, ceux d’Arcueil, d’Ivry, de Bonneuil et des 14 villes communistes du Val-de-Marne, nous sommes restés 180 jours et souvent les nuits dans l’Assedic de Créteil, puis dans les autres antennes. Grâce à cette pratique nouvelle et volontaire, notre vision des possibles a totalement changé.

 

En l’absence de notre affirmation politique sur le sujet, ce sont les structures institutionnelles qui ont pris la place. Elles sont d’une froideur cruelle face à ces réalités. Leurs certitudes étouffent le sujet. Elles ont pris l’espace qui devrait être occupé par la citoyenneté. Elles construisent les cloisons étanches entre les catégories sociales.

 

Nous n’avons pas vu que le combat essentiel ne devait pas se mener centralement CONTRE les inégalités mais POUR l’égalité. C’est le socle majeur qui définit les droits de chacun et de tous, base d’adhésion à la société.

 

Y-a-t-il un lien entre ce constat et cette lente mais prévisible Bérézina électorale ? Ça vaut la peine de s’y arrêter. Par exemple, se demander comment est perçu l’écart sociologique que j’ai souligné entre les responsables (militants ou non) disposant d’un capital culturel, économique et social bien au-dessus de la majorité et les précaires, ouvriers, travailleurs pauvres, jeunes sans emploi ? Il faut lire à ce propos Pays de malheur, de Stéphane Beaud et Younes Amrani, où un jeune de cité écrit à un sociologue. Cette lecture m’a fait encore mieux évaluer la crise de l’égalité qui nous frappe. Nous n’avons pas vu que le combat essentiel ne devait pas se mener centralement CONTRE les inégalités mais POUR l’égalité. L’égalité en droit, au logement, à l’éducation, au travail, à la santé, à la justice. C’est le socle majeur qui définit les droits de chacun et de tous, base d’adhésion à la société, et qui construit le sentiment d’appartenance et la citoyenneté.

 

On constate le creusement de l’écart entre les riches et les pauvres… En réalité, c’est plus que ça. C’est une question d’échelle. Un continent, celui des gens précarisés, des chômeurs, des pauvres (salariés ou non), des immigrés, des sans-papiers, des mères célibataires, des jeunes dans la galère, des vieux sans ressources se détache du reste de la société. C’est la tectonique des pauvres. La planète des riches se réchauffe, mais ce sont les pauvres qui grelottent d’indifférence et de désespoir.

 

Personne bien sûr n’est indifférent, mais la précarité semble être un puits sans fond, alors, on s’indigne, mais que fait-on ? « a ne sert à rien de culpabiliser », m’a-t-on souvent dit, « c’est aujourd’hui plus dur qu’hier », puis « Il n’y a pas de perspectives », puis « Il y a moins de force qu’avant », puis « C’est plus le patron qu’on a en face comme avant », puis « Il y a plus d’individualisme », et puis, et puis…

 

Qu’est-ce qui peut expliquer ce vide, cette froideur, cette désincarnation de la vie politique ? Faut-il des abbés, des jeunes acteurs révoltés, qui, une nuit de Noël, transforment les quais d’un quartier bobo en camp de réfugiés dans la cinquième puissance mondiale, pour évaluer cette disqualification ? Où sont-ils les mouvements de révolte des "révolutionnaires" ?

 

 

- Le réel et les représentations

Le peuple, c’est qui le peuple ? Celui des temps chauds de la Commune à 68 en passant par 36 ? Le mouvement des "sans" ? Quelle représentation en avons-nous dans les temps glacés actuels ? Est-ce celle que nous renvoient les électeurs "inclus ? Consciemment ou non, les gestionnaires, sous la pression des populations "prescriptrices", essaient de justifier les politiques de solidarité locales qui subsistent.

Le risque, s’il n'y a pas de visibilité humaine, de dynamique politique, c’est que ces populations considèrent qu'elles sont un fardeau qui coûte cher. Se creuse ainsi le fossé de notre culture de solidarité et d’égalité (56 % des sondés considèrent que les chômeurs ne font pas tout ce qu’il faut…).

 

C’est un danger supplémentaire à souligner : en l’absence de mouvement socio-politique s’agrègent les idées droitières préconçues sur le pauvre et l’immigré. Apparaît le danger de la mise en concurrence des égaux (comme dit Robert Castel). Je crois qu’il faut se rappeler qu’un problème social ne sensibilise que s’il est reconnu comme tel, s’il est identifiable dans le champ politique, s’il pèse sur un rapport des forces, s’il émoustille les consciences. Notre sujet n’échappe pas à cette loi des mouvements sociaux (chômeurs, sans papiers, discriminés de toutes sortes).

 

Lorsque dans "Retour sur la condition ouvrière", Stéphane Baud et Michel Piallou interrogent leurs étudiants sur le nombre d’ouvriers en France, la réponse est très éloignée du nombre effectif de 6,7 millions… Les auteurs évoquent la disparition de l’espace socio-mental dans la société de la classe ouvrière. Quelle représentation a-t-on du peuple aujourd’hui ? C'est bien difficile à analyser, mais on peut partir de quelques ouvrages du côté de la sociologie, qui permettent de plonger dans le champ des représentations et ce qui les alimente. De fait, la classe ouvrière d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier. Les chômeurs ne sont pas une classe et les précaires non plus.

 

 

- Pas bien avec les chômeurs, pas bien avec le travail

Le précaire n’est pas à la marge. Il est la figure emblématique du salariat, la variable d’ajustement comptable que l’on considère comme un coût à diminuer. Notre syndicalisme n’est pas en phase avec ce mouvement profond dans le travail.

 

Notre société est "CDI-centrée", "plein-emploi centrée". Bien que la discontinuité dans le travail pour des millions de salariés soit une réalité non choisie, nous continuons dans nos représentations et nos pratiques à évoquer et percevoir le travail "comme il était avant". Il faut un mouvement comme celui des intermittents pour que cette forme d’emploi (contrats courts, travail non rémunéré) qui s’impose désormais dans le monde du travail éclaire notre lanterne sur le sujet. Le précaire n’est pas à la marge. Il est la figure emblématique du salariat aujourd’hui et encore plus demain, la variable d’ajustement comptable que l’on considère comme un coût à diminuer. Le syndicalisme n’est pas en phase avec ce mouvement profond dans le travail. Dominique Lhuillier, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, remarquait que la recherche en psycho du travail se concentrait sur le travail, sur la souffrance au travail. Plus rien ou presque n’est étudié, publié sur "l’activité" des chômeurs. Pourtant, la souffrance au travail provoquée par des exigences intenables, un management de folie n’est-elle pas alimentée avant tout par la pression exercée sur le salariat par la menace du chômage ?

 

La coupure entre les partis et la société s’est aggravée. Elle a été spectaculaire à l’orée des années 90. Malgré les sans, Droit au logement, les mouvements des chômeurs comme auparavant ceux des femmes, la marche des beurs…, les grilles de lectures sont bureaucratisées et les appareils sont glacés. Les institutions, la comptabilité se sont souvent substituées à la politique. "Nos" élus ne peuvent plus s’appuyer sur les structures politiques et l’entourage intellectuel d’hier qui leur permettait de reprendre la main sur le sujet et de soutenir, voire d’aider concrètement au rassemblement des diverses catégories de surexploités.

 

Pourtant, une solidarité populaire s’exerce quotidiennement dans les cités en dehors de la représentation que nous en avons. Le pire, c’est que cette distance remarquable nous prive d’un maillon essentiel, mais surtout de l’intelligence qu’ils ont, de la capacité à alimenter ce qui nous manque de la vie réelle, de l’urgence et de la dynamique populaire dont on est privé.

 

Alors, que faire ? Je ne dispose évidemment pas de réponse "clef en main". Mais je suis persuadé qu’il n’y a pas d’autre chemin que celui de réhabiliter dans un même mouvement le collectif et l’altérité, le goût des autres et la démocratie. Cette voie (comme l’écrit Edgar Morin) implique fort heureusement plusieurs entrées, dont beaucoup ne sont pas balisées par le siècle passé.

 

Où sont-ils les mouvements de révolte des "révolutionnaires" ? Les militants investis dans ce champ ont besoin de l’oxygène qu’apporteraient une réflexion et une action faisant du chômage et de la précarité un champ de batailles politiques.

 

Toutefois, je veux partir de mon expérience pour la mettre en débat. Mes 11 années dans l’APEIS me permettent encore aujourd’hui de vivre avec mes amis une expérience formidable : la troupe de théâtre des Z’en Trop. Elles, ils représentent une ressource d’intelligence et de force pour transformer le monde, même s’ils sont largement méconnus et sous-estimés. Mais ils s’efforcent de faire en sorte de réincarner la politique par cette citoyenneté sans laquelle la démocratie s’asphyxie.

 

Faut-il se rappeler de la sentence de Warren Buffett : « Il y a une guerre de classe, c’est nous qui la menons, c’est nous qui la gagnons. » Des défaites idéologiques, nous en additionnons beaucoup trop. On ne transforme pas la société sans mener et gagner les batailles, toutes (même celles qui nous paraissent éloignées de notre périmètre social et culturel). Les militants investis dans ce champ ont besoin de l’oxygène qu’apporteraient une réflexion et une action faisant du chômage et de la précarité (aux conséquences extrêmes) un champ de batailles politiques. Car en réalité, l’oxygène est le produit dialectique entre le rapport à la société réelle et notre connaissance, notre action sur celle-ci.

 

Notre expérience du mouvement des chômeurs nous apprend qu’un lien étroit peut se tisser, une dynamique quasi fusionnelle se forge entre la certitude qu’il faut répondre à des urgences sociales et la nécessité (et la nature) du changement politique. Elle est alimentée par les implications personnelles : je partage, je suis indigné, je le fais partager, on se révolte… Ce refus s’enracine dans une culture qui s’identifie par un goût de la justice et de l’égalité et de la fraternité, que notre culture politique nous a aussi inculqué.

Le Front de gauche et la tectonique des pauvres

Les dernières fois où je suis allé au Resto du cœur, nous avons discuté pour les inviter à voir notre pièce, intitulée Comment ils ont inventé le chômage ? Nous en avons chanté la chanson et, ensemble, travaillé à mettre à distance la honte en évoquant les mécanismes économiques et politiques. Ça nous a fait du bien, ça a fait du lien. Mais il faudra plus. Beaucoup plus, partout et souvent.

 

L’alternative ne peut se construire qu’avec ceux qui semblent avoir disparu comme sujet politique mais qui au fond sont au centre de notre monde du travail. Notre groupe des Z’en Trop est un réel modèle de ce salariat d’aujourd’hui : sans emploi, mais pas sans activité… Sans imaginer que nous sommes exceptionnels, les projets politiques qui permettent de s’adresser aux précaires et chômeurs de Saint-Denis et d’ailleurs ne sont pas assez nombreux. Eh bien, il faut donner de l'éclat politique à ces événements, les soutenir, faire des petits avec... C’est la raison de notre entêtement.

 

Richard Dethyre, 27 juin 2014. Publié sur le site de Cerises.

Une remarque : l’expérience du mouvement des chômeurs, c’est aussi celle de militants expérimentés de la gauche investis de responsabilités élargies. Ni Claire Villiers, ni Christophe Aguiton, Malika Zediri, François Dessanti, Robert Crémieux, ni moi et bien d’autres n’avons été remplacés.

 

Note :

Richard Dethyre : sociologue,  il crée en 1988 l’association pour l’emploi, l’information et la solidarité (APEIS). En 1992, il publie "La révolte des chômeurs" (Robert Laffont), suivi en 1998 de Chômeurs "La révolte ira loin" (La Dispute), puis chez le même éditeur Avec les saisonniers Une expérience de transformation du travail dans le tourisme social, en 2007. En 2010, il coordonne avec Karine Delpas le premier Forum social des saisonniers. En 2012, il est l’un des auteurs de "L’envers de la fraude sociale", ouvrage collectif sous la direction de Philippe Warin (La Découverte). La même année, il participe à la création de la troupe des Z’en Trop. Il est l’auteur de la pièce "Comment ils ont inventé le chômage", mise en scène Muriel Righeschi

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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 13:41
Clémentine Autain ne tire pas tous les enseignements des derniers scrutins électoraux
Clémentine Autain se déclare : « Pour un rassemblement plus large que le FDG ! »

 

Sources : Politis n°1305 par Denis Sieffert et Léa Ducré

Pourquoi le rejet de la politique menée par le gouvernement n’a-t-il pas profité au Front de gauche ? Clémentine Autain (porte parole d'Ensemble composante du Front de Gauche) livre sa lecture des résultats et les leçons à en tirer. Elle appelle les forces politiques qui le composent à s’unir dans un projet attractif et à s’ouvrir dans une organisation politique plus souple, plus horizontale, qui lui permette de retrouver un véritable élan populaire.

 

- Politis.fr : Quel est votre sentiment au lendemain de ces élections européennes ?

Clémentine Autain : Comme beaucoup de personnes de gauche, je suis malheureuse de voir cette France bleu marine, cette abstention structurelle et la gauche défaite. Cependant, je ne partage pas cette idée de « séisme politique ». Même s’ils sont pires que prévus, les résultats me semblent raccords avec la situation telle qu’elle se trame depuis trente ans. Les politiques néolibérales produisent la désespérance qui est le terreau de l’extrême droite. Face à la crise de régime et de civilisation que nous traversons, la tentation du repli, d’un retour à l’ordre ancien est forte. C’est à nous d’imaginer l’autre chemin, celui de l’émancipation humaine, et de rendre cette voie désirable.

 

 

- Politis.fr : Est-ce que, tout de même, il n’y a pas eu certaines erreurs d’analyse sur le Front national ?

Clémentine Autain : Bien sûr. Dire qu’il y aurait 25 % de fascistes en France serait absolument faux. Il est important d’observer que le parti de Marine Le Pen n’est pas celui de Jean-Marie Le Pen. Le Front national a fait une mue qui le sort de ses outrances d’hier. Ça ne veut pas dire que ce n’est plus un parti raciste, xénophobe, autoritaire, mais il veut aujourd’hui rentrer dans le cadre démocratique. Marine Le Pen veut prendre le pouvoir et, pour cela, flirte avec la droite classique. Et elle capte les préoccupations sociales. Cela pose à la gauche une difficulté réelle. Pourtant, le Front national ne défend pas la protection sociale. Il porte le discours sur les « assistés », contre ces Français prétendus fainéants. Il est du côté de la propriété et du libéralisme économique. L’extrême droite se positionne à la fois dans l’antisystème et dans la réaction radicale. À nous de dire la dangerosité de son projet, notamment pour les catégories populaires. Il faut assumer la confrontation franche avec lui tout en sachant que c’est l’attractivité de notre propre projet qui sera déterminante pour faire reculer le FN. Cela suppose de nous dissocier plus clairement de la politique du gouvernement et de la majorité du PS.

 

 

- Politis.fr : Une autre question se pose tout naturellement : pourquoi n’est-ce pas la gauche de la gauche qui profite de ce contexte de crise ?

Clémentine Autain : La social-démocratie est en déroute partout en Europe, ce qui laisse en effet des potentialités fortes pour une gauche de transformation sociale et écologique. Mais ce n’est pas mécanique. Pourquoi en France le Front de gauche ne remporte pas la mise comme Syriza ? En Grèce, la mobilisation sociale est vigoureuse après les dégâts de neuf plans de rigueur. La France semble, elle, frappée de paralysie devant toutes ces alternances qui ne changent rien, face à ce gouvernement dit de gauche qui mène une politique de droite. Le Parti socialiste a une responsabilité majeure dans la situation actuelle. La politique de François Hollande a emporté toute la gauche, mais la défaillance mortifère du PS ne suffit pas à expliquer pourquoi le Front de gauche n’a pas davantage la main aujourd’hui. Nous devons balayer devant notre porte. On entend dire qu’il faudrait minorer le score du FN parce qu’il y a eu une forte abstention. Comme si tous ceux qui se sont abstenus n’auraient jamais voté à l’extrême droite ! Ce qui compte, c’est de voir quel est le camp qui a réussi à mobiliser le plus. Force est de constater que le FN a réussi, pas nous. Le Front de gauche n’a pas retrouvé les dynamiques de 2005, quand nous avons dit non au traité constitutionnel européen, et de 2012 autour de Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle. Cet essoufflement est la conséquence à la fois d’erreurs tactiques récentes et de difficultés de fond.

 

 

- Politis.fr : Pouvez-vous préciser l’analyse que vous faites de ces erreurs ?

Clémentine Autain : Au lendemain de la présidentielle et des législatives, le Front de gauche n’a pas su imaginer une architecture organisationnelle qui permette de pérenniser cette implication. Il s’est coupé de l’élan citoyen et militant. Le cartel d’organisations s’est alors très vite transformé en tête-à-tête mortifère entre le Parti communiste français et le Parti de gauche. Si le fonctionnement pyramidal et caporalisé peut avoir une efficacité à très court terme, il ne marche plus pour structurer et développer un espace politique dans la durée. Tant que nous ne proposerons pas une organisation politique plus souple, plus ouverte, plus horizontale, soucieuse du renouvellement de ses élus, porte-parole et cadres politiques, nous n’aurons pas cette force politique, sociale et intellectuelle porteuse de majorités.

 

 

- Politis.fr : Mais il y a aussi des causes plus profondes…

Clémentine Autain : Oui, le problème, c’est le travail de refondation qu’il reste à produire. Cette ambition s’exprime depuis longtemps mais la rénovation n’est pas prise au sérieux dans les lieux de direction. Le Front de gauche a des partis pris nets et identifiants. Il combat les logiques capitalistes et productivistes, il défend les retraites, le système social, la hausse des salaires, mais son projet n’est pas propulsif, il apparaît souvent comme porteur de recettes anciennes. Il faut faire un effort de novation : s’ouvrir sur la société, à la pensée critique contemporaine, au monde culturel pour inventer un nouvel imaginaire, des mots et une forme politique nous permettant d’être audibles et entraînant dans le monde contemporain. Car il ne s’agit pas de revenir à, mais d’aller vers. De nouvelles questions doivent être traitées, comme le consumérisme ou le droit à la ville. L’articulation entre individu et collectif, comme entre égalité et liberté, mérite d’être repensée. Si nous n’avons pas cette audace de l’expérimentation nouvelle, nous irons toujours dans le même mur.

 

 

- Politis.fr : Dans l’immédiat, quelles initiatives comptez-vous prendre ou soutenir ?

Clémentine Autain : Avant l’été, des initiatives doivent être prises pour initier un rassemblement plus large que le Front de gauche. Il faut tendre la main à tous ceux qui ont envie de s’engager sur cette construction alternative : dans le mouvement social, à Europe Écologie-Les Verts, au PS, à Nouvelle Donne, chez les féministes qui se sont présentées de façon autonome. Je trouve de plus en plus navrant cette coupure entre la gauche et le monde culturel et intellectuel. À Ensemble !, nous portons aussi l’exigence d’une refonte des rapports entre social et politique. Si nous prenons aujourd’hui nos responsabilités en nous renouvelant sur le fond comme sur la forme, il pourrait y avoir un élan populaire pour une gauche de transformation sociale et écologique à la hauteur des défis du XXIe siècle.

 

----------------------------------

Mon point de vue :

Pour un rassemblement plus large que le Front de Gauche certes ! »..... mais pas englobant le PS.... comme s'il n'était pas à la tête du pays et ne menait pas une politique de droite !

 

Pour en savoir plus sur le sujet :

- les articles portant sur le même thème

- Un couac ? Tremblay-Sevran (93) : étrange compromission politique

- Malgré le vote du budget rectificatif de la Sécurité Sociale, Clémentine Autain persiste et signe

- Les "frondeurs" combien de divisions ?

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 10:43
(Illustration Stefano Rossetto)

(Illustration Stefano Rossetto)

Sources : Libération

- Des responsables politiques du Front de gauche, d'EELV, de Nouvelle Donne appellent à rompre urgemment avec la politique de Hollande et Valls (voir liste des signataires en bas du texte).

Le choc qu’a représenté la double gifle administrée aux dernières élections n’en finit plus de provoquer des réactions inquiètes, voire effarées. Va-t-on vraiment laisser la gauche s’affaiblir sans limites jusqu’à disparaître comme en Italie ? Pour nécessaires qu’elles soient, ces réactions ont une faiblesse, celle d’être désordonnées, et partant de ne pas dégager une perspective commune et crédible de résistance et de reconquête.

 

La situation que nous connaissons a certainement des causes multiples. Il est donc normal qu’on cherche à les cerner, ce qui suppose que les analyses se développent, s’épaulent voire se confrontent. Mais le rythme de l’analyse n’est pas celui de l’action. Ou plutôt il n’est pleinement productif que s’il est pris dans une dynamique politique qui permette le regroupement plutôt que la culture de son point de vue propre.

 

 

- Or le temps nous presse ; le retard est si grand qu’il va venir bientôt à manquer.

Il existe entre nous un point d’accord fondamental. La responsabilité principale de l’affaissement du soutien aux diverses composantes de la gauche et de l’écologie politique, de la montée de l’abstention et du renforcement de l’extrême droite, réside dans la politique Hollande-Valls. Dans sa forme, tant le reniement des promesses de campagne fut total et provocateur, jusqu’à épouser sans complexe le langage même et les formules de l’adversaire libéral. Et bien sûr sur le fond, les choix successifs durcissant au fur et à mesure la conversion complète aux politiques de la finance et du Medef, imposées y compris contre les mobilisat