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17 juin 2026 3 17 /06 /juin /2026 13:00
Pourquoi les jours fériés sont un enjeu de lutte de classes ?

Les jours fériés, le fruit d'une lutte de classes[9]...

Il faut renouer avec le progrès humain historique que constitue la réduction du temps de travail.

 

 

Après avoir volé deux ans de vie aux Français en repoussant la retraite à 64 ans[0], les macronistes s’attaquent désormais au 1er mai avec une proposition de loi visant à autoriser le travail dans certains secteurs[1] en ce jour symbolique, rendu férié par la mobilisation historique du mouvement ouvrier. Ce n’est pas la première fois : à l’été 2025, le gouvernement Bayrou avait annoncé vouloir supprimer 2 jours fériés pour faire des économies, avant d’être renversé.

L’obsession des macronistes pour supprimer des jours fériés n’est pas anecdotique : elle s’inscrit dans un combat plus large que mènent les classes dominantes pour réduire toujours plus le temps libre des travailleurs. Défendre les jours fériés, et en instaurer de nouveaux, c’est lutter pour une autre vision globale de la société : une société qui valorise le temps libéré et le collectif, plutôt que l’accumulation du capital. C’est donc un enjeu central pour la lutte des classes d’aujourd’hui.

 

 

Sources : Institut La Boétie | mis à jour le 27/06/2026

-  L’histoire des jours fériés : une lutte des travailleurs face aux classes dominantes
L’instauration des jours fériés a toujours été politique


▶️  Les premiers jours fériés inscrits dans la loi – il y a des jours chômés sous d’autres formes pendant l’ancien régime – apparaissent avec l’instauration de la République pour souder la nation autour de moments importants, comme la proclamation de la IIe République le 24 février après l’abdication du roi Louis-Philippe 1er.

  • Mais c’est sous la IIIe République que naissent la plupart des jours fériés que l’on connaît aujourd’hui : 14 juillet, Pâques, Pentecôte, etc. Déjà, la résistance patronale est immense, notamment dans l’industrie : beaucoup d’employeurs refusent d’octroyer ces jours fériés à leurs employés.
  • C’est seulement la mobilisation des syndicats et des associations qui permettra aux salariés de bénéficier effectivement de leurs droits.

▶️ Le 8 Mai est aussi le fruit d’un conflit politique. Il n’est pas rendu férié directement après la guerre, car l’État ne souhaite pas reconnaître la spécificité de la victoire du 8 mai 1945 contre le nazisme, trop marquée par la résistance antifasciste et communiste. Il est reconnu férié seulement 8 ans après, en 1953, grâce aux mobilisations communistes et gaullistes.

  • Dans les années qui suivent, le 8 Mai férié est régulièrement supprimé puis rétabli, pour des raisons politiques et économiques. Par exemple : en 1959 De Gaulle décale la commémoration nationale au deuxième dimanche de mai[2], avec le même argument qu’aujourd’hui (en 2025, François Bayrou souhaite supprimer le 8-Mai férié pour augmenter la productivité de la France[3]) : trop de ponts et de jours fériés tueraient la productivité nationale.

 

🔴 Le 1er mai en particulier : une conquête sociale historique de la lutte ouvrière

▶️ En s’attaquant au Premier mai, le Gouvernement s’attaque au jour férié le plus symbolique pour le camp des travailleurs.

  • À la fin du 19e siècle, le 1er mai devient une journée de mobilisation internationale pour la baisse du temps de travail, avec le mot d’ordre « 8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de loisirs », symbolisé par le triangle rouge aujourd’hui porté par les insoumis.
  • Dès 1889, la IIe Internationale socialiste, réunie à Paris, exige de proclamer ce jour férié. Certains militants mobilisés le 1er Mai y ont perdu la vie : c’est le cas de la militante ouvrière du coton Maria Blondeau, tuée le 1er Mai 1891 par des tirs de gendarmes à Fourmies, dans le Nord[4].

 

▶️ Les mairies communistes et socialistes répondent à l’appel de l’Internationale en mettant en place le 1er mai férié dans leurs propres services municipaux et vont défendre sa généralisation à l’ensemble du pays, en demandant pour la première fois un vote à la Chambre des députés. Le 1er mai est déclaré jour chômé le 23 avril 1919 en même temps qu'est ratifiée la journée de 8 heures[6].

 

▶️ Pendant la Seconde guerre mondiale, le régime de Vichy vide de sa substance le 1er Mai en le transformant en « Jour du Travail » pour servir son agenda réactionnaire « Travail, Famille, Patrie ». À la Libération, c’est le Conseil national de la résistance qui inscrit le Premier Mai dans le marbre. En 1947 il devient officiellement férié. C’est donc à un droit conquis il y a près de 80 ans que les macronistes osent s’attaquer par 49.3 aujourd’hui. 

 

 

-  S’attaquer aux jours fériés : la face émergée de l’iceberg des attaques contre le travail 

Jusqu'à 10 heures d'écart entre les Européens

L’argument des libéraux pour nous faire travailler plus est faux

▶️ Les Français ne travaillent pas moins que leurs voisins, y compris du point de vue des jours fériés :

  • Avec 11 jours fériés par an, la France se situe en dessous de la moyenne européenne (12). À l’inverse Chypre (15), de l’Espagne, Malte, la Slovaquie (13), la Finlande, l’Autriche, le Portugal (13) ;
  •  En additionnant jours fériés et congés payés, la France comptabilise 36 jours, contre 44 pour l’Espagne et Malte, 38 pour l’Autriche ou 37 pour le Luxembourg ;
  • Le temps de travail des Français n’est pas plus faible qu’en Europe : un salarié français travaille 1491 heures par an en moyenne. C’est plus que : les Allemands, les Danois, les Norvégiens, les Suédois, les Autrichiens, les Islandais, les Hollandais ou encore les Luxembourgeois[5]
  • Un salarié français travaille en moyenne 37 heures par semaine. Mais cela cache des inégalités : 1 salarié sur 5 travaille plus de 48 heures par semaine. Pour ces travailleurs, supprimer un jour férié équivaut à supprimer l’une de leurs dernières bouées de sauvetage.

 

🔴 Nous sommes face à une offensive générale contre le monde du travail

▶️ La proposition de loi visant à autoriser le travail le 1er mai est un cheval de Troyes pour détricoter l’ensemble des conquis sociaux des travailleurs[1]. Le Gouvernement promet que le travail le 1er mai s’effectuera sur la base du volontariat des travailleurs. C’est faux :

  • on sait bien que le rapport hiérarchique au sein de l’entreprise conduira les travailleurs concernés à se plier à la volonté de leur patron.
  • Le but poursuivi est de généraliser le travail le 1er mai, de la même façon que la possibilité de travailler le dimanche introduit en 2015 sur la base du volontariat s’est finalement imposée comme une obligation pour beaucoup.

 

▶️ Les macronistes s’attaquent aux jours fériés comme ils s’attaquent au reste des droits des travailleurs : ordonnances Travail en 2016, réformes de l’assurance chômage, réforme des retraites, etc. En faisant cela, ils poursuivent un objectif cohérent : repousser toujours plus les limites de l’exploitation des travailleurs pour baisser la rémunération du travail et augmenter celle du capital.

  • Par exemple la proposition de suppression de deux jours fériés du gouvernement Bayrou, en nous faisant travailler 2 jours de plus sans hausse de salaire, nous aurait fait perdre environ 1% de rémunération annuelle.

 

 

-  Le temps libéré : ferment d’une société de l’intérêt général 

Les bienfaits du temps libéré

▶️ Les jours fériés constituent pour les travailleurs un îlot de temps libéré de la sphère marchande, qu’ils peuvent consacrer à d’autres types d’activités : 

  • Le repos et le travail pour soi : bricolage, réparation, jardinage...
  • Le temps collectif, les loisirs partagés : quand un jour est férié, le temps moyen passé entre amis augmente de 20 minutes en moyenne. Les jours fériés renforcent les liens sociaux et la solidarité : rendre visite aux personnes âgées, donner du temps à une association, etc. Ils favorisent l’organisation sociale, culturelle et même politique. 

 

▶️ Le conflit sur les jours fériés reflètent deux visions opposées de la société : une société dictée par l’impératif marchand, la recherche de rentabilité, l’équilibre budgétaire... opposée à une société du temps libéré, de la solidarité, de l’épanouissement et de l’émancipation collective. Être révolutionnaire, c’est assumer que la joie et le bonheur sont des objectifs en tant que tels. 

 

🔴 Relancer la réduction du temps de travail

▶️ Le temps de travail des salariés français n’a pas diminué depuis 2022. La dernière semaine de congés payés obtenue remonte à 40 ans, sous Mitterrand. Il faut renouer avec le progrès humain historique que constitue la réduction du temps de travail.

 

▶️ Pour reconquérir le temps volé par les dominants, le mouvement insoumis propose de[8] : 

  • Rétablir les 35 heures réelles ;
  • Passer aux 32 heures dans les métiers pénibles et favoriser leur généralisation par la négociation collective ;
  • Généraliser une 6e semaine de congés payés pour tous ;
  • Rétablir la retraite à 60 ans avec 40 annuités ;
  • Instaurer de nouveaux jours fériés pour symboliser les conquêtes sociales de notre peuple et les grands moments de son histoire : par exemple le 4 février pour commémorer l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises[7]... 

 

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4 octobre 2025 6 04 /10 /octobre /2025 13:07
Les jours fériés, le fruit d'une lutte de classes

Note de lecture de l’ouvrage d'Hadrien Clouet, « De quoi les jours fériés sont-ils le nom ? », Paris, Éditions Le Bord de l'eau, 2025[0].

 


Hadrien Clouet est sociologue et député de la France insoumise depuis 2022. Il est chercheur associé au CERTOP (Université Toulouse-Jean Jaurès), au Centre de Sociologie des Organisations (Sciences Po) ainsi qu’au Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (CNAM). Il est spécialisé dans la sociologie du travail et l’étude de l’action publique. Il est co-responsable du département de sociologie de l’Institut La Boétie. Il a notamment publié « Emplois non pourvus : une offensive contre le salariat[1] » (2022) et coécrit « Chômeurs, vos papiers[2] ! » (2023).

 

 

Sources : L'institue La Boétie | mis à jour le 05/10/2025

-  De quoi les jours fériés sont-ils le nom ?
À l’été 2025, le gouvernement Bayrou a annoncé vouloir supprimer 2 jours fériés pour économiser 4,2 milliards d’euros et redresser les comptes publics. Dans ce court ouvrage, Hadrien Clouet explique que cette proposition n’est pas simplement une provocation isolée et anecdotique du macronisme. Elle s’inscrit dans la lutte de longue date que mène le capitalisme contre le temps libre des travailleurs et des travailleuses. Symbole du « travailler plus pour gagner moins » de la droite néolibérale, elle est aujourd’hui au cœur de l’offensive conservatrice contre les conquis sociaux.

 

  • Pour mieux comprendre cette opération, Hadrien Clouet remonte le fil de la longue histoire des jours fériés en France et des luttes sociales qui ont mené à leur instauration malgré  l’hostilité du patronat.
  • Il démontre ensuite comment la suppression de 2 jours fériés proposée par les macronistes vise en réalité à diminuer le salaire réel des travailleurs au profit du capital, un objectif central pour les néolibéraux.
  • Il revient enfin sur les vertus sociales du temps libéré pour la société, en décrivant les formes d’activité et de sociabilité que permettent les jours fériés.

 

Ce livre déconstruit minutieusement les nombreux poncifs néolibéraux sur la question du temps de travail et propose au contraire une lecture politique de la mise en place des jours fériés. Ce faisant, il la donne à voir cette pour ce qu’elle est : une lutte de classes.

 

 

- 1 - Les jours fériés : du temps libre gagné par les travailleurs contre les élites patronales et politiques

  • Les premiers jours fériés apparaissent dans notre histoire avec l’instauration de la République. Il s’agit alors de souder le peuple autour de moments  importants de la construction nationale, comme la proclamation de la IIe République le 24 février, après l’abdication du roi Louis-Philippe Ier.
  • C’est ensuite sous la IIIe République que naissent la plupart des jours fériés que l’on connaît aujourd’hui : le 14 juillet, bien sûr, mais aussi les lundis de Pâques et de Pentecôte rendus fériés par la loi du 8 mars 1886. Surprenamment, la demande n’émanait pas des instances religieuses mais des banques et des chambres de commerces, pour des raisons purement commerciales et financières[3]. Malgré cela, la résistance patronale se met rapidement en place, notamment dans le secteur de l’industrie. Beaucoup d’employeurs refusent d’octroyer ces jours fériés à leurs employés. Les procès verbaux pour « violation de jours fériés légaux » se multiplient partout sur le territoire. C’est seulement grâce à la mobilisation des syndicats, associations et autres organismes publics que les salariés pourront bénéficier effectivement de ces droits.

 

La République triomphante préside à la grande Fête nationale du 14 juillet 1880. © Centre historique des Archives nationales – Atelier de photographie

 

Cet affrontement de classe est encore plus marqué dans le cas du Premier Mai, journée internationale des travailleurs, rendu férié par la mobilisation consciente de la classe ouvrière.

  • Dès 1889, le congrès socialiste de Paris exige de proclamer ce jour férié. Les mairies socialistes puis communistes vont ensuite progressivement le mettre en place pour leurs propres services municipaux et défendre sa généralisation à l’ensemble du pays, en demandant un vote de la chambre des députés.
  • Après son instrumentalisation par le régime de Vichy – qui le transforme en « Jour du Travail » – le Premier Mai est inscrit dans le marbre à la Libération par les forces de la résistance. Le 1er mai 1946 est le premier chômé à salaire constant.
  • En 1947, le gouvernement pérennise la disposition pour tous les premiers mai à venir, et la loi du 29 avril 1948 précise les modalités de cette généralisation.

 

Ancienne affiche de la CGT pour le 1er Mai

 

🔴 L’instauration du 8 Mai férié a elle aussi été le fruit d’un long combat.

Au lendemain de la guerre, l’État ne souhaite pas reconnaître la spécificité de la victoire du 8 mai 1945 contre le nazisme, trop marquée politiquement par la résistance antifasciste et communiste. Alors que le 11 Novembre est rendu férié dès 1922 en hommage aux morts de la Première Guerre mondiale, le jour de la capitulation allemande devra attendre 1953 – et des années de mobilisations communistes et gaullistes – avant de devenir un jour férié.


🔴 Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Dans les années qui suivent, le 8 Mai férié sera régulièrement supprimé puis rétabli – pour des raisons à la fois politiques et économiques. En 1959, De Gaulle décale la commémoration nationale au deuxième dimanche de mai, avec les mêmes justifications que celle d’un François Bayrou aujourd’hui : de trop nombreux ponts tueraient la productivité nationale… S’ensuivent plusieurs années de va-et-vient.

  • En 1975, le président Valéry Giscard d’Estaing abroge tout simplement la commémoration officielle de la victoire sur le nazisme, au nom de l’amitié franco-allemande.
  • En 1979, le Sénat vote son rétablissement comme jour férié, avant qu’il ne redevienne définitivement un jour férié et chômé sous la présidence de François Mitterrand.

Avec six évolutions en un demi-siècle, le 8 Mai symbolise à lui seul le caractère profondément politique et polarisant des jours fériés.

 

 

 

- 2 - L’offensive macroniste contre les jours fériés : une extorsion du salaire pour les poches du capital
Derrière la justification budgétaire du Gouvernement – « Il faut sauver les finances publiques » – la suppression des jours fériés cache en réalité un autre objectif : diminuer les salaires réels et accroître les profits privés. En supprimant des jours fériés, l’État entend se faire de l’argent sur le dos du travail gratuit des salariés, tout en taxant une une partie du revenu de l’entreprise en contrepartie de ce surcroît d’activité. Or, cette contribution patronale n’est pas fléchée. On ne sait donc même pas où ira le fruit de notre travail gratuit : « Va-t-on travailler gratuitement pour financer les engagements présidentiels en matière de Défense nationale à 5 % du produit intérieur brut, dans une logique farfelue voulant que l’on indexe nos crédits militaires sur le niveau de richesse du pays ? Va-t-on abdiquer le droit au repos pour passer commande auprès du complexe militaro-industriel nord-américain ? » (p. 33).

 

François Bayrou. © AFP – Thibaud MORITZ / POOL / AFP

 

🔴 C’est un retournement de la logique de la Sécurité sociale, explique Hadrien Clouet.
Depuis 1946, le développement de la protection sociale reposait sur une hausse continue des cotisations qui augmentait ses recettes. La Sécurité sociale ne s’est jamais appuyée sur la réduction de la rémunération du travail : au contraire, son fonctionnement repose sur la hausse des salaires. Or, aujourd’hui, les macronistes veulent renverser cette logique et lier le destin de la Sécurité sociale au développement du travail gratuit, en imposant l’idée que les comptes de la Sécurité sociale seraient minés par une trop forte rémunération du travail. Ils créent ainsi une opposition factice entre salariés et assurés, alors que le principe de la protection sociale est justement de lier leur sort.

 

🔴 Mais combien vaut cette manœuvre idéologique ? 
Pas beaucoup, visiblement. L’ancien Premier ministre François Bayrou estime à 4,2 milliards d’euros le gain de la suppression de deux jours fériés. Et encore, « le chiffre a été inventé sur un coin de table »,  avance Hadrien Clouet, et se fonde sur un calcul très incertain. En réalité, les recettes supplémentaires de la suppression d’un jour férié gravitent plutôt autour d’1,5 milliard d’euros, selon l’OFCE. Donc environ 3 milliards pour deux jours.

 

🔴 À titre de comparaison :

  • la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) a coûté 4,5 milliards d’euros, soit 3 jours fériés.
  • La suppression de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises : 5 milliards, soit plus de 3 jours fériés.
  • La mise en place de la flat tax : 4 milliards, soit 2,5 jours fériés.

Autrement dit, rétablir l’ISF, la CVAE et l’imposition mobilière nous rapporterait 9 jours fériés ! Par ailleurs, les gains économiques attendus liés au regain d’activité productif sont illusoires : dans un contexte d’austérité sans précédent, la consommation populaire est largement en berne.

 

© ZAKARIA ABDELKAFI / AFP

 

🔴 Ceux qui vont s’enrichir de cette mesure, ce sont donc les capitalistes.
En faisant appel aux fondamentaux marxistes, Hadrien Clouet nous rappelle le principe du salaire : c’est la rémunération versée en échange de la location d’une force de travail pour un temps donné. Ainsi, « lorsque l’on loue sa force de travail plus longtemps, mais à salaire constant, il est évident que le prix de cette force de travail a baissé. ». Or c’est précisément l’objectif de la suppression des jours fériés. Travailler 2 jours de plus sans hausse de salaire, cela revient à perdre environ 1 % de rémunération annuelle, voire davantage pour les salariés disposant d’un accord de branche et qui bénéficiaient d’une majoration pour leur travail en jour férié.

 

Le gouvernement cherche donc à augmenter le temps de travail par tous les moyens. Sa dernière invention en date : la monétisation de la cinquième semaine de congés payés. Autrement dit, il s’agit d’offrir aux salariés la possibilité d’abandonner leur semaine de congé contre une rémunération supplémentaire. Jours fériés, congés payés, retraite… : l’offensive néolibérale pour rogner sur le  temps libre restant est générale.

 

 

- 3 - Le temps libéré, ferment d’une société de l’intérêt général
La suppression des jours fériés est non seulement antisociale et inutile économiquement, elle est aussi nuisible aux activités solidaires et collectives de notre société. L’extension continue de la sphère marchande étouffe les vertus sociales et politiques du temps libre, explique Hadrien Clouet.

 

 

Aujourd’hui, le jour férié n’est plus nécessairement un grand rassemblement national commémoratif. L’usage du temps libre et du divertissement est plus fragmenté, plus divers que dans le passé. Mais les jours fériés continuent de jouer un rôle de « synchronisation collective des temps non lucratifs ». Certes, une fraction non négligeable de salariés continuent de travailler les jours fériés, et il est difficile de savoir exactement combien d’entre eux chôment ces jours fériés. Mais l’enquête Emploi de l’INSEE montrent tout de même qu’en présence d’un jour férié, le temps de travail hebdomadaire général baisse de 31 %. Les jours fériés demeurent une expérience de masse.

 

image 7© Image issue du film « À la conquête du temps libre ! » réalisé par l’Institut CGT d’histoire sociale, 2023.

 

🔴 Mais que font réellement les travailleurs et travailleuses lors des jours fériés ?
Comment profitent-ils de ce temps extraordinairement extirpé du quotidien marchandisé et à quelles fins ? C’est d’abord un temps où le repos devient possible, lui qui est continuellement réduit car il représente un obstacle à l’accumulation capitaliste à court terme. Le repos du jour férié est un acte informel de résistance explique Hadrien Clouet : un temps qui échappe à la tutelle patronale et aux cadences toujours plus effrénées du travail. Le temps libéré par le jour férié est aussi une occasion de travailler autrement, d’effectuer ce que l’anthropologue Florence Weber appelle le « travail d’à-côté » : bricolage, réparation, entretien…

 

🔴 Mais le temps libre des jours fériés permet plus que cela : il est aussi le temps du collectif, des loisirs partagées et des sociabilités.
Pendant les jours fériés, le temps passé entre amis augmente de 20 minutes par rapport au reste du temps ! Ils renforcent les liens sociaux et les relations informelles au sein de la communauté, et notamment l’aide et la solidarité envers les plus vulnérables (rendre visite aux personnes âgées, donner du temps à une association…). Bref, les jours fériés sont souvent le temps de l’organisation collective, sociale, culturelle, politique, en dehors du rythme quotidien si empêchant. Ils sont donc le ferment d’une société de l’intérêt général. Les supprimer au nom de l’équilibre budgétaire, c’est avoir une basse idée de nos existences collectives, affirme Hadrien Clouet.

 

Il conclut en proposant non seulement de défendre nos onze jours fériés pour toutes les raisons évoquées, mais aussi d’en instaurer de nouveaux. Le propre du puissant est de dicter le temps du dominé, écrit Clouet. Renverser l’ordre des choses, c’est donc reconquérir ce temps à ceux qui le volent tout au long de nos existences. C’est la tâche de gauche de rupture si elle prend le pouvoir, qui pourrait alors instaurer de nouveaux jours fériés d’utilité publique qui symbolisent les conquêtes sociales du peuple et les grands moments de son histoire. Par exemple, le 24 février pour la mémoire de l’abolition de l’esclavage par le République, et le 18 mars, en mémoire de la Commune de Paris.

 

 

🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴

 

Informations sur l’auteur :

Sociologue spécialiste de la protection sociale à l’université de Toulouse – Jean Jaurès, Hadrien Clouet est député La France Insoumise depuis 2022. Co-responsable du secteur Programme du mouvement, il conduit la bataille des idées à l’Assemblée nationale, pour subordonner notre système économique aux besoins humains.

 

- Par : Hadrien Clouet

Éditions : Le Bord de l'Eau

Parution : 17 octobre 2025

Nombre de pages : 72

Disponibilité : chez l'éditeur Le Bord de l'Eau

Format : 200 mm x 130 mm x 60 mm

Poids : 90 gr

ISBN : 9782385192181

Prix numérique TTC : 8€

Notes :

[0Le Bord de l'Eau

[1Emplois non pourvus : une offensive contre le salariat

[2Chômeurs, vos papiers !

[3] Il s’agissait de s’harmoniser avec les places boursières européennes qui n’ouvraient pas ces jours-là, et de faciliter les constats de non-paiement d’un chèque dont l’échéance tombait les lundis de Pâques et de Pentecôte.

 

Pour en savoir plus :

- Du même auteur : Hadrien Clouet

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  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, ex secrétaire de syndicat, d'Union locale et conseiller Prud'homme CGT  de 1978 à 2022.
  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, ex secrétaire de syndicat, d'Union locale et conseiller Prud'homme CGT de 1978 à 2022.

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