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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 10:58
"Les socialistes dissidents doivent s'autonomiser" Jean-Luc Mélenchon

Le 3 mai 2014, Jean-Luc Mélenchon était l'invité d'i>télé.

Il a appelé les socialistes dissidents à "s'autonomiser" en créant un groupe politique à l'Assemblée nationale, ce qui permettrait de faire contrepoids à gauche à la ligne politique adoptée par Manuel Valls.

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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 15:49
Hollande, La République pour cible

Alors que s’ouvrait en mai 2013 la deuxième année de son quinquennat, François Hollande proclamait l’entrée dans l’An II. Pari osé pour un Président que de se référer 220 ans après et de manière subliminale à l’An II de la République, celui de la Convention montagnarde.


Toute comparaison ne vaut que si elle s’appuie sur des faits. Or la mise en perspective joue le rôle d’un révélateur implacable des renoncements de François Hollande. Autorégulation contre maximum général, réforme fiscale contre emprunt forcé, loi de refondation scolaire contre plan d’instruction publique, acte III de la décentralisation contre unité de la Nation, Ve République contre Constitution de 1793…


L’An II, par un permanent aller-retour entre aujourd’hui et la République montagnarde, fait apparaître la rupture idéologique de la politique de François Hollande avec l’héritage du mouvement progressiste et de l’humanisme radical, en même temps qu’il nous invite à nous replonger dans les sources du socialisme révolutionnaire.

 

- Pour commander : ici

- François Cocq est secrétaire général du Parti de Gauche.

- Francis Daspe est président de la Commission nationale Éducation du Parti de Gauche.

Ils sont également membres fondateurs de l’AGAUREPS-Prométhée (Association pour la gauche républicaine et sociale-Prométhée) dont ils occupent les fonctions de président et secrétaire général.
Ils ont publié dans la même collecti
on, "L'école du peuple".

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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 11:55
Après l'abstention des "frondeurs" lettre.... à ma députée

Mr Silvestri Guy

17300 - Rochefort

à

                                                                                  Mme TALLARD Zuzanne

 Députée de la 2ème

circonscription de Charente-Maritime

                                                                                  Avenue Lafayette

                                                                                  17300 Rochefort

 

Rochefort le 9 juillet 2014

Madame la députée,

 

C’est en mon nom personnel et non en celui de mon organisation syndicale  que je m’adresse à vous aujourd’hui.

 

Grâce à votre abstention, et à celle d’un certain nombre de députés socialistes et écologistes, le pacte de responsabilité a été adopté par l’Assemblée Nationale hier.

 

Enfin Pierre Gattaz et l’ensemble des patrons français vont pouvoir souffler et montrer qu’ils feront un meilleur usage de l’argent public qu’ils ne l’on fait avec le CICE.

Enfin on va pouvoir dans notre pays s’attaquer au fléau que constitue le coût du travail.

 

Comme vous le savez je suis retraité et à écouter nos ministres je viens de m’apercevoir que tout au long de ma carrière, j’ai coûté cher à mon employeur. Quel ingrat j’ai été de revendiquer des augmentations de salaires, la réduction du temps de travail, l’amélioration des conditions de travail, la défense du service public SNCF, etc. En agissant de cette façon j’ai conduit mon pays dans la crise qu’il traverse actuellement et j’en suis vraiment affligé (comme certains socialistes).

 

Il y a encore quelques mois je ne comprenais pas pourquoi, en retraite, je ne touchais pas le même salaire qu’en activité alors que mes besoins étaient les mêmes. Aujourd’hui grâce aux explications argumentées des ministres, des membres du PS, et des experts télévisuels je comprends d’un seul coup que je n’ai pas à me plaindre puisque je touche plus de 1200€ par mois et qu’à ce titre je suis vraiment un privilégié. Heureusement grâce à votre abstention les choses vont rentrer dans l’ordre puisque le montant, exorbitant, de ma pension va être bloqué.

 

Avec vos camarades, les frondeurs ou les « socialistes affligés » vous m’avez fait peur, car si vous aviez voté contre ce pacte de responsabilité, la France aurait connu de très graves difficultés, alors qu’aujourd’hui, grâce aux efforts que vous allez imposer, ou plutôt demander aux salariés actifs et retraités, notre pays va retrouver la voix du développement.

 

Il y a encore quelques jours j’étais de ceux qui pensaient qu’il suffisait de s’attaquer au coût du capital et aux 235 milliards de dividendes versés aux actionnaires pour que notre économie aille mieux. Quel idiot je faisais, moi, qui certes connais parfois quelques difficultés de fin de mois, et peut être bientôt des difficultés pour finir ma vie dignement, mais ne connais pas les angoisses effroyables des actionnaires pour savoir si leur capital va être convenablement rémunéré.

 

Au cours de ces derniers jours j’ai appris que le « must » du courage c’était de s’abstenir, cela m’a ouvert les yeux et je pense que lors des prochaines consultations électorales je ferais comme vous et comme 40% des français, je m’abstiendrais, notamment si un candidat de votre parti est en compétition.

 

Restant à votre disposition, je vous prie d’agréer, Madame la députée, l’expression de mes plus sincères salutations.

 

 Guy Silvestri

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 22:48
Vote du budget rectificatif de la Sécurité sociale : la « fronde » n'était que médiatique !

"Fronde médiatique !"

 

Ainsi pouvons nous qualifier les gesticulations d'un quarteron de députés socialistes et d'EELV qui après avoir capturé l'attention des médias sur l'air du « vous allez voir ce que vous allez voir », se sont ine fine contentés d'une « abstention » (voir analyse du scrutin public n° 868) permettant de sauver le budget rectificatif de la Sécurité sociale (PLFRSS), par conséquent « Valls et Hollande » les bons soldats du MEDEF.

 

Il a bonne mine « l'Appel des 100 » des G. Filoche et autres prédicateurs à l'intention de leurs camarades socialistes pour qu'ils « mettent la politique de Valls en minorité au Parlement ».

 

 

- Car le vote d'aujourd'hui 8 juillet sur le budget rectificatif de la Sécurité sociale (PLFRSS) est sans appel !

  • Si les 46 députés PS et EELV[1] qui se sont "abstenus" sur le budget de la Sécurité sociale avaient voté "contre", le pacte de responsabilité, projet scélérat de François Hollande, aurait été repoussé.
  • Gattaz jubile. Il vient de recevoir 40 milliards de la majorité parlementaire aux ordres de Manuel Valls et de Hollande.
  • Jean-Luc Mélenchon avait raison de considérer que « le budget de la Sécu, c'est l'épreuve du feu ».. et d'estimer que «...Les frondeurs sont au pied du mur ! »

 

Ce soir à l'issue de la pseudo conférence sociale Manuel Valls pouvait être content de lui-même et méprisant pour ses opposants.... il savait que ses députés socialistes étaient rentrés dans les rangs... la « fronde » n'était que médiatique !

Ce soir le MEDEF peut faire de la surenchére, il sait que la "fronde" n'est que médiatique !

Vote du budget rectificatif de la Sécurité sociale : la « fronde » n'était que médiatique !

- Tout ça pour... ça !

C'était donc pour faire ça que les 21 et 22 juin, deux centaines de militants socialistes se réunissaient à Bellerive-sur Allier près de Vichy et débattre sur le thème: "Rassembler la gauche et les écologistes" ?

L'appel de Bellerive-sur-Allier» n'aura pas survécu aux débats parlementaires et votes qui s'en sont suivis :

 

En la matière, commentant l'Appel de Bellerive-sur-Allier (sur son site), je notais : " Toutes les motions ou résolutions ne valent que pour l’instant ou elles sont adoptées et n’engagent que ceux qui y croient !... La vérité sortira des « actes »..... C’est à l’examen du vote de chacun d’entre eux sur les dossiers que nous pourrons nous faire une opinion sur la sincérité de leur démarche politique d’opposition aux politiques libérales et d’austérité et visant à un sursaut des socialistes et de toute la gauche"

Nous sommes maintenant renseignés !

Et que l'on ne vienne pas nous resservir le plat de la révolte qui gronde et va s'exprimer massivement dans l'hémicycle à l'automne lors du vote du budget intitial 2015 !

 

 

- Une autre situation était en effet possible

Car Gérard Filoche avait lui aussi raison quand il écrivait le 8 juillet dernier « Donc, si, face a un chantage au vote bloqué, les 100 (et plus !) députés se rebellent, ils sauveront la mise, ils sauveront la gauche de la catastrophe annoncée, ils répondront à leurs électeurs, ils redonneront de l’espoir, courage, c’est le chemin de l’honneur. C’est de leurs rangs que doit sortir un autre gouvernement, un Premier ministre, des ministres de gauche, capables de faire une politique de gauche, attendue par les électeurs de gauche qui ont voté à gauche majoritairement en mai juin 2012. A gauche. »

 

Mais le PS est historiquement ainsi fait !

On peut, dans le même parti, à la fois :

  • élaborer et mettre en œuvre une politique de droite ;

  • gesticuler face aux médias pour entretenir l'illusion qu'au sein du PS une autre voie « à gauche » est possible ;

  • et se contenter de s'abstenir au parlement pour sauver le gouvernement et sa politique.

 

Á Gérard Filoche et autres « affligés » je dirai que vous avez raison d'écrire « Derrière le vote ou non, de la politique de Valls, c’est une question de vie ou de mort pour la gauche et le PS »..... mais 'en ce qui me concerne je ne verserai pas une larme sur la tombe du PS.

 

Le prix de ses trahisons est trop cher payé par le peuple !

Vote du budget rectificatif de la Sécurité sociale : la « fronde » n'était que médiatique !

- Mais prenons garde à ne pas tomber dans la désespérance !

La gauche se relèvera avec le peuple de gauche, dont les socialistes,....... mais sans le Parti socialiste qui n'a plus que le nom de « socialiste » !

 

Car au-delà du gouvernement ou de l’appareil PS, il reste encore des militants aux convictions socialistes profondément chevillées au corps. Il faut qu’ils comprennent que la ligne Hollande-Valls est maintenant bien installée, que le PS ne redeviendra pas social-démocrate et encore moins socialiste. Le PS français « de gauche » n’était qu’une queue de comète anachronique de l’ex social-démocratie européenne. Il est maintenant rentré dans le rang.

 

Ces militants tiennent à mener la bataille politique à l’intérieur de leur parti. Mais ils doivent se préparer à en sortir car sinon ils vont s’épuiser dans une lutte sans issue... et pendant ce temps là les coups vont continuer à pleuvoir sur le peuple ! La gauche de transformation sociale n’a pas trop de militants qui veulent se battre pour changer la société, qui refusent le fatalisme, la soumission au système, le « il n’y a pas d’autres solutions ». La gauche a besoin que tous ceux-là restent militants et à un poste de combat qui soit utile.

 

Bienvenue à ceux qui au PS auront le courage de rompre !

Note :

[1] Il étaient en revanche 41 à s'abstenir fin avril sur le programme de 50 milliards d'euros d'économies, présenté par le Premier ministre Manuel Valls.

 

Sur le même sujet, lire aussi :

- Sur le blog de Paul Jorion : Ami frondeur, il faut que je te parle !

- Les députés socialistes ont voté mercredi 2 juillet 2014 : la baisse du pouvoir d'achat des pensions de retraite supérieures à 1200€/mois.

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 11:04
Photo : site de Christophe Léonard

Photo : site de Christophe Léonard

On a retrouvé le seul vrai frondeur du PS !

Source : Marianne texte mis à jour par mes soins le 30 août 2014

Après une semaine de fébrilité dans le camp socialiste, tous les frondeurs ont finalement décidé, le 1er juillet,  de voter la loi de finances rectificative (PLFR) pour 2014, alors même que leurs amendements ont été rejetés les uns après les autres. Tous ? Sauf un : Christophe Léonard, député des Ardennes, et irréductible qui est le seul des récalcitrants socialistes à être allé au bout de la démarche. Le seul à être cohérent en somme ?

 

Il a dû se sentir bien seul sur son banc dans l'hémicycle en voyant s’afficher les résultats. Et pour cause, Christophe Léonard est le seul de ses petits camarades « frondeurs » à avoir associé le geste à la parole en s’abstenant sur le projet de loi de finances rectificative (PLFR) pour 2014. Vote de cohérence puisqu’il fait partie des 41 socialistes qui se sont abstenus sur le pacte de stabilité. « J’ai voté en conscience. Depuis le début, je dis que je ne pouvais pas valider un transfert de crédits, qui se compte en milliards d'euros, vers les entreprises sans aucune contrepartie. Il faut que cet argent soit conditionné à des obligations de création d’emplois et de non-délocalisation par exemple. Qu’il y ait en fait un vrai contrôle sur où vont ces fonds », nous précise-t-il.

Rien de bien nouveau puisque c’est le discours porté par
l'Appel des 100 depuis le début de la « jacquerie » des députés PS contre l'exécutif. Sauf que ce mardi après-midi, le Parlement a adopté par 307 voix contre 207 le PLFR et qu'il est le seul socialiste à s’être abstenu. Pour garder la face malgré une franche reculade, Christian Paul expliquait à la sortie de la réunion du groupe PS (à laquelle Manuel Valls a assisté) que « le PFLR peut-être voté parce qu’il comporte des baisses d’impôts auprès de quatre millions de familles ». De son côté, Jean-Marc Germain déclarait : « On a porté des débats, on n’a pas été entendu, mais ce qui reste dans le texte ne pose pas de problèmes majeurs »

 

Christophe Léonard, lui, tient bon sur ses positions. « Je ne comprends pas que l’on puisse faire un transfert massif de crédits des ménages aux entreprises sans contrôle. Je ne souhaite pas que cet argent serve aux dividendes de Gattaz. Je ne suis pas contre l’idée d'aider les entreprises pourtant. Il faut effectivement les aider à créer de l’emploi, à investir dans la recherche et dans la jeunesse. Mais avec ce texte, on a aucune assurance que l’argent aille au bon endroit » explique-t-il. « Je me suis abstenu sur le plan de stabilité qui a deux jambes : le PLFR et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Je continue dans cette logique. Il faut que les actes soient en cohérence avec ce que l'on dit. J’ai signé des tribunes et des amendements pour réclamer des contreparties, demandes qui n’ont pas été obtenues. Du coup, à mon modeste niveau, j’essaye d’être cohérent avec mes positions et mes idées et ce pourquoi les gens m'ont élu. »
 
Finalement, le gouvernement n’a plus vraiment de frayeurs à se faire. Puisque ce mardi après-midi, les frondeurs ont démontré qu’ils n’étaient ni 100, ni 41. Il ne sont plus qu'un en fait, en la personne de Christophe Léonard...

 

Pour en savoir plus :

- Vote du budget rectificatif de la Sécurité sociale : la « fronde » n'était que médiatique !

- La fronde s’amplifie chez les députés socialistes

- Les opposants au sein du Parti socialiste : combien de divisions ?

Les "frondeurs" combien de divisions ?
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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 20:28
Je suis "affligé" par EELV et les députés socialistes "atterrés" !

Les 21 et 22 juin, deux centaines de militants socialistes se réunissaient à Bellerive-sur Allier près de Vichy pour débattre sur le thème: "Rassembler la gauche et les écologistes" sous l'égide de Gérard Filoche.

 

- Presque toute la gauche était présente de "la gauche" du PS à EELV en passant par le Front de Gauche.

  • Pour les socialistes "affligés" cette réunion et toutes les autres qui ont lieu ici et là sont le signe "qu'un mouvement est lancé et qu'il y a une gauche en forme. "Elle peut mourir" a cru pronostiquer M. Valls. Elle a déjà commencé à renaître. Sans lui ".[1]

  • Pour Gérard Filoche, il faut un « Sursaut, sauvons la gauche ! »

  • Un « APPELde Bellerive-sur-Allier » était rendu public.

 

 

- Formidable, on voudrait y croire : "l'espoir apparait de la construction d'une nouvelle majorité porteuse d'une politique alternative au libéralisme à l’œuvre, à l'austérité, à l'alignement sur Bruxelles ou Washington" !

 

- Au compte rendu des travaux de ce séminaire publié par Paul Alliès, je m'étais fendu du commentaire suivant [2] :

 « Toutes les motions ou résolutions ne valent que pour l’instant ou elles sont adoptées et n’engagent que ceux qui y croient !
La vérité sortira des « actes » !


Et l’appel des 100 députés socialistes va être sous les projecteurs de l’actualité sociale.
En effet, l’examen du projet de loi ferroviaire s’est achevé vendredi 20 juin. Les députés ont voté des amendements au texte notamment en faisant de la SNCF « mère » l’employeur unique pour tous les cheminots, avec un seul comité d’entreprise et un seul CHSCT à l’échelle de la future holding SNCF. C’est sans doute une garantie utile pour les cheminots.

 

En revanche en ce qui concerne le retour à une seule société, force est de constater que le compte n’y est pas. Le Parlement va être amené à voter sur une loi qui entérine la séparation du gestionnaire de réseau et de l’exploitant. Cette absurde gestion par activité qui n’a d’autre but que de préparer l’ouverture totale à la concurrence du rail est maintenue.


C’est à l’examen du vote de chacun d’entre eux sur ce dossier que nous pourrons nous faire une opinion sur la sincérité de leur démarche politique d’opposition aux politiques libérales et d’austérité et visant à un sursaut des socialistes et de toute la gauche»

 

 

- Je ne croyais pas que l'actualité me donnerait si vite raison !

- Aujourd'hui, 24 Juin, le parlement était amené a voter le texte de la  réforme ferroviaire à la source du dernier conflit à la SNCF.

- Aujourd'hui, les députés étaient face à un choix qui se résume simplement : abattre le service public ferroviaire ou voter pour l’intérêt général.

 

  • Rappelons que le projet de loi gouvernemental qui prétend réunifier RFF et SNCF en une société unique en façade, entraîne dans les faits la création de trois entités, qui renforceront la séparation entre gestion des infrastructures et exploitation du réseau.
  • Que cette soi-disant « réforme » s’inscrit dans le cadre de la libéralisation du transport européen  et revient à soumettre les transports ferroviaires à la logique du marché alors même que l’échec de l’ouverture à la concurrence dans le fret est patent. Dans la réalité, cela risque encore d’accroître le risque de retards et d’accidents au nom de la rentabilité....

 

 

- Le parlement a tranché :

La loi a été adoptée par 355 voix pour et 168 voix contre (voir détail du scrutin) :

  • le groupe GDR (Front De Gauche) a voté contre ;
  • le groupe EELV a voté pour ;
  • Le PS a voté pour moins 4 contre et deux abstentions :

Contre: Sylviane Alaux, Hervé Féron, Edith Gueugneau, Patrick Mennucci

Abstention: Laurent Grandguillaume, Christophe Léonard

  • (24 UMP ainsi que tout le groupe UDI ont voté pour avec le PS).

 

- La vérité est sortie des urnes de l'Assemblée Nationale !

- Ce soir, Je suis "affligé" par EELV et les députés socialistes "atterrés" ! Ils viennent de livrer la SNCF à la concurrence (lire au secteur privé) d'ici 2019 ;

 

- Ou sont passés les députés membres de « l'appel des 100 » ? La "fronde" n'aura duré que le temps d'un discourt ! Elle a fait pschiiiit.... avant d'avoir commencé !

 

- Que valent les appels d'Emmanuelle COSSE (EELV)[3-4] et de BELLERIVE-sur-ALLIER (PS) ?

 

- Veulent-ils "reconstruire la gauche" sur la base d'une autre politique.... ou simplement sauver le PS et ses satellistes les plus proches ?

 

- Si la gauche a commencé à débattre pour renaitre sans Valls ni Hollande avec l'idée d'un "sursaut de la gauche et de la nécessité d'un gouvernement rouge-rose-vert ».... ce ne sera PAS pour FAIRE CETTE POLITIQUE LÀ !

 

 

- Explication de vote d'André Chassaigne (PCF-FDG) au nom des députés Front de Gauche

 

- Prochaines étapes : le Sénat et retour devant l'Assemblée Nationale

De nouvelles batailles sont à engager, il n'est pas trop tard pour changer de voie !

 

Notes :

[1] http://blogs.mediapart.fr/blog/paul-allies/230614/gauche-en-forme

[2] http://eric.et.le.pg.over-blog.fr/2014/06/la-gauche-a-commence-a-debattre-pour-renaitre-sans-valls-ni-hollande-pour-quelle-politique.html

[3] La lettre d’Emmanuelle Cosse : « Renouer le dialogue pour passer aux actes »

[4] Réponse du PG à la lettre adressée par Emmanuelle Cosse au nom d’EELV

- Ce qui a été voté par le parlement : analyse

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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 17:05
Les réseaux de François Hollande dans le monde de la finance

François Hollande et ses réseaux. Cet article est le reproduction du chapitre 3 (pages 89 à 97) de l'excellent ouvrage "La violence des riches" de Michel et Monique Pinçon Charlot (éd. Zones).

 

Source : Le Parti de Gauche Midi-Pyrénées par Hervé Debonrivage - Mis à jour le 17 juillet 2015

- Introduction

Cet extrait (le chapitre 3) répond à une question que de très nombreuses personnes se posent : comment se fait-il que le gouvernement actuel persévère dans une politique d’austérité et de l’offre ne remettant pas en cause la toute-puissance de la finance, alors que l’on ne compte plus les économistes qui contestent sa rationalité, son efficacité économiques et sociale ? Le comment et le pourquoi de la politique de François Hollande, de Jean-Marc Ayrault (et aujourd'hui de Manuel Valls) trouvent leur explication dans l’adoption depuis 1985 par François Hollande d’une vision politique ultralibérale et dans son réseau qui se déploie dans le monde de la finance et de l’industrie. On peut lire dans un article qui vient de paraître sur ce site : " Austérité : enfin, l'aveu"

 

"Le seul bilan positif de ces politiques est au bénéfice des oligarchies. Les 500 plus grandes fortunes professionnelles françaises ont augmenté de 25 % en un an, tandis que la France figure au troisième rang mondial et au premier européen pour le nombre de millionnaires en dollars"

 

En effet, c’est ce que montrent les auteurs dans leur livre La violence des riches : c’est la logique qui sous-tend la politique du gouvernement actuel dans la continuité de la politique sarkozyste. Il ne faut donc pas attendre à ce qu’une politique de compassion budgétaire remplace la politique de compression budgétaire qui asphyxie l’économie, mais, au contraire, à sa continuation dans son mépris ou ignorance de l’intérêt général et de sa bonne compréhension de l’intérêt des riches.

 

La finance fonctionne avec des humains faits de chair et d’os qui possèdent un visage et un nom, même si son fonctionnement fait système. C’est en cernant ce double aspect : abstrait/concret ; finance/individus dans son articulation de classe : classe des dominants/classe des dominés que Michel et Monique Pinçon – Charlot permettent de comprendre le système de domination actuel du capitalisme et les raisons de la grande " casse sociale".

 

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- chapitre 3 : "L’oligarchie dans la France de François Hollande".

(En italique sont reproduits les encadrés figurant dans le texte de l'ouvrage.)

La violence de classe ne peut s’exercer sans la complicité et la collaboration du personnel politique au pouvoir. Cette connivence entre les gouvernants et les dominants, nous l’avons démontrée dans l’enquête sur le Président des riches et ses relations privilégiées avec les grandes fortunes et toute l’oligarchie des affaires note. Durant sa campagne électorale, François Hollande a martelé que « le changement c’est maintenant » et que son ennemi principal est le monde de la finance. Aussi, comme nous l’avions fait dès le 7 mai 2007, nous avons, cinq ans plus tard, tenu un journal au quotidien et passé au crible des outils de la sociologie les choix politiques et sociaux du nouveau pouvoir socialiste, donnant à voir une nouvelle dérive des valeurs de la gauche.

 

  • François Hollande et ses réseaux

En pleine campagne pour la présidentielle, le 22 janvier 2012, au Bourget, François Hollande prononce un discours qui lui permettra d’emporter la victoire le 6 mai 2012. Il déclare que son véritable adversaire « n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance ». En s’en prenant à la finance, il espère bien récupérer des voix auprès des millions de Français qui subissent les conséquences de la spéculation financière qui a abouti à la crise de 2008.

 

  • François Hollande louvoie et esquive la réalité.

En effet, il est très bien placé pour savoir que la finance a des visages et des noms. Son trésorier de campagne, Jean-Jacques Augier, devenu un homme d’affaires avisé, est alors actionnaire de deux sociétés offshore dans les îles Caïman, paradis fiscal des Caraïbes, sous « souveraineté » britannique. Quelques semaines seulement après le discours du Bourget, François Hollande déclare, lors d’un entretien accordé à la presse anglaise : « La gauche a été au gouvernement pendant quinze années, au cours desquelles nous avons libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et aux privatisations. » Sa conclusion est claire : « Il n’y a pas à avoir peur. » Les visages et les noms de la finance lui sont en effet beaucoup moins inconnus qu’il ne l’a laissé entendre. Rappelons quelques-uns de ses amis ou de ses proches.

 

  • Jean-Pierre Jouyet :

Fils de notaire, est inspecteur général des finances après son passage à l’ENA où il a fait partie de la promotion Voltaire, celle de François Hollande. Et c’est donc tout naturellement qu’ils ont rédigé ensemble le livre La Gauche bouge, avec trois autres socialistes, sous le pseudonyme de Jean-François Trans.

 

Jean-Pierre Jouyet, socialiste, très ami du couple formé alors par François Hollande et Ségolène Royal, n’hésite pas à collaborer avec la droite lorsque l’intérêt l’exige. Directeur du Trésor de 2000 à 2004, il sera nommé par Nicolas Sarkozy, lorsque celui-ci devient ministre de l’Économie et des Finances en 2004, « ambassadeur chargé des questions économiques ». Dès l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, en mai 2007, il devient secrétaire d’État aux Affaires européennes, poste qu’il quitte en décembre 2008 pour accéder à la présidence de l’Autorité des marchés financiers (AMF).

 

Jean-Pierre Jouyet a été nommé le 19 octobre 2012 à la tête de la Caisse des dépôts et consignations, le bras financier de l’État. Il est également le président de la Banque publique d’investissement (BPI), créée pour venir en aide aux petites et moyennes entreprises.

 

  • Brigitte Taittinger :

Elle est son épouse, fille de Claude Taittinger et de Catherine de Suarez d’Aulan, est membre, selon le Bottin mondain, de l’Association d’entraide de la noblesse française (ANF). Elle a eu cinq enfants de son premier mariage avec le comte Nicolas de Warren, puis un enfant avec son second mari, Jean-Pierre Jouyet. Elle travaille dans le marketing et le luxe et a coprésidé Baccarat de 1997 à 2005, et elle est aujourd’hui PDG des parfums Annick Goutal. Elle organise des dîners auxquels François Hollande est toujours le bienvenu. Autour de la table, son cousin germain Christophe de Margerie, le PDG de Total depuis 1974, vient apporter les dernières nouvelles du CAC 40 à ceux qui sont au cœur de la politique et des finances.

 

  • Matthieu Pigasse :

Il est membre du Parti socialiste et soutien inconditionnel de la candidature de François Hollande à l’Élysée, tout en étant banquier d’affaires à la tête de Lazard France et Europe. Il a travaillé au cabinet de Dominique Strauss-Kahn à Bercy. Puis il a continué chez Laurent Fabius où il a contribué à quelques privatisations. Il doit son entrée chez Lazard à Alain Minc, mais c’est par goût personnel que, durant l’été 2009, il a acheté l’hebdomadaire Les Inrockuptibles.

 

  • Henri de La Croix de Castries :

Il est de la même promotion Voltaire que François Hollande. De sensibilité catholique et conservatrice, ce directeur général du groupe d’assurance AXA, neuvième groupe au monde, après avoir été suffisamment proche de Nicolas Sarkozy pour faire partie des invités de la fameuse fête du Fouquet’s le 6 mai 2007, a soutenu la campagne de François Hollande avec une contribution de 7 500 euros au cercle animé par Jean-Jacques Augier « Répondre à gauche avec François Hollande ».

 

  • Charles-Henri Filippi :

Inspecteur des finances, fut conseiller au cabinet de Jacques Delors alors que celui-ci était ministre des Finances dans les années cruciales 1983-1984, lorsque les socialistes mirent en place la dérégulation du système bancaire et financier. Charles-Henri Filippi a eu de très hautes responsabilités dans le domaine de la banque et de la finance en étant directeur de la banque Stern puis de la Banque HSBC France.

 

  • Pierre Duquesne :

Il fut un autre camarade de classe de la promotion Voltaire à l’ENA. Il a été responsable de la division commerciale des marchés de devises à la Banque Indosuez, secrétaire général adjoint de la Commission bancaire, président du comité d’audit de la Banque mondiale et du comité d’éthique du Fonds monétaire international (FMI). Il fut aussi conseiller de Lionel Jospin en 2000 et 2001, à un moment où François Hollande était le premier secrétaire du Parti socialiste.

 

  • Jean-Hervé Lorenzi :

Professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine, président du Cercle des économistes, a participé en tant qu’expert aux réflexions du candidat François Hollande. Il est également conseiller du directoire et banquier-conseil de la Compagnie financière Edmond de Rothschild Banque, administrateur de BNP Paribas Assurances et membre du conseil de surveillance de la compagnie financière Saint-Honoré.

 

  • Emmanuel Macron :

Jeune associé-gérant de la banque Rothschild, est secrétaire général adjoint de l’Élysée. Il a fallu le limogeage de la ministre de l’Écologie, Delphine Batho, pour apprendre, lors de sa conférence de presse du 4 juillet 2013, que Sylvie Hubac, directrice de cabinet de François Hollande, avait fait l’ENA dans la même promotion Voltaire que le président.[1]

 

  • Philippe Crouzet :

Membre du Conseil d’État et président du directoire du groupe Vallourec, il est le mari de Delphine Batho. Or Delphine Batho n’a cité qu’un cas concret de lobbying, celui de ce conseiller d’État à la tête du leader mondial des tubes sans soudure utilisés précisément pour l’exploitation des huiles et gaz de schiste.

 

  • Un ministre socialiste de l’Économie bien introduit dans le monde des affaires, Pierre Moscovici  :

Il est en phase avec les réseaux qui comptent. Membre du Cercle de l’Union interalliée, à deux pas de l’Élysée, rue du Faubourg-Saint-Honoré, il fréquente aussi le Siècle, dont les célèbres dîners, réunissant l’élite des hommes politiques et des journalistes, ont connu un certain succès médiatique, malgré la discrétion de l’Automobile Club de France qui les accueille place de la Concorde.

 

Pierre Moscovici fut aussi, de 2004 à 2012, l’un des vice-présidents du Cercle de l’industrie, poste qu’il a sans doute jugé plus prudent de quitter, le conflit d’influence risquant d’être trop flagrant avec ses nouvelles responsabilités. À ce poste au Cercle de l’industrie celui qui allait entrer au gouvernement de Jean-Marc Ayrault a fréquenté le grand patronat qui compose l’essentiel de ce cénacle. En juin 2012, on y rencontre 41 PDG ou directeurs généraux, de Christophe de Margerie (Total) à Jean-Cyril Spinetta (Air France KLM), de Patrick Kron (Alstom) à Guillaume Pepy (SNCF). Le président de cette puissante assemblée est Philippe Varin, P-DG de PSA Peugeot Citroën. Six autres membres du Cercle de l’industrie sont d’anciens dirigeants d’entreprises comme Louis Gallois, ancien patron de la SNCF et d’EADS, ou des hommes politiques comme Jacques Barrot (centriste), aujourd’hui membre du Conseil constitutionnel, et Gilles Carrez (UMP).

 

Ce cercle fut fondé en juin 1993 par Raymond H. Lévy, président de Renault, et par Dominique Strauss-Kahn, qui avait été ministre délégué à l’Industrie et au Commerce extérieur dans les gouvernements d’Édith Cresson et de Pierre Bérégovoy de mai 1991 à mars 1993, date des élections législatives perdues par la gauche. Selon l’autoprésentation du Cercle de l’industrie, que l’on peut consulter sur son site, ce cercle, « basé à Paris et à Bruxelles, […] est un lieu de dialogue et d’échanges destiné aux grandes entreprises industrielles. Il rassemble les présidents de grandes entreprises intervenant dans tous les secteurs industriels ainsi que des hommes politiques. Le Cercle de l’industrie se distingue par sa spécificité industrielle, son engagement pour la construction européenne et son bipartisme politique. Le Cercle de l’industrie a pour vocation de participer à la réflexion sur la définition et la mise en œuvre d’une vraie politique industrielle. Il plaide pour une amélioration de la gouvernance économique et financière en Europe ».

 

Pierre Moscovici a été député de la circonscription de Sochaux-Montbéliard, fief de Peugeot, et tout naturellement il est le président de l’Acsia, qui n’est autre que l’Association des collectivités sites d’industrie automobile.

 

La séparation des pouvoirs n’existe pas dans la classe dominante. La collusion entre les élites va de soi. À travers une intense sociabilité, cette classe sociale est la seule à être aussi mobilisée, au-delà même de certains clivages politiques, avec, pour point commun, l’adhésion au libéralisme économique. Les variantes d’orientation ne sont pas sans importance pour les travailleurs, mais un véritable changement de la condition des plus pauvres ne saurait venir d’agents sociaux englués dans la logique du profit capitaliste

 

Les liens tissés pendant des années entre les membres du Cercle de l’industrie et le ministre de l’Économie favorisent les relations entre les industriels et le gouvernement. Ce n’est pas un hasard si Pierre Moscovici a choisi comme conseiller chargé des relations avec les entreprises un ex-dirigeant du groupe Accor, André Martinez, ancien camarade de promotion de François Hollande à HEC.

 

- Ce mélange des genres au plus haut niveau serait justifié, pour les intéressés, par l’intérêt d’être en contact avec de grands patrons, détenteurs d’informations, porteurs de projets dont l’action politique doit tenir compte.

 

- Mais la contrepartie négative de ces relations réside dans la promiscuité avec un monde dont les enjeux vont influencer les choix politiques, dans lesquels les intérêts particuliers risquent toujours de l’emporter sur l’intérêt général. On comprend ainsi la gêne qu’a dû éprouver Pierre Moscovici, le 13 avril 2013, lorsqu’une cinquantaine de salariés de l’usine PSA d’Aulnay, en grève, ont envahi, à Paris, la salle où se tenait le Conseil national du Parti socialiste. Si les ouvriers ont été largement applaudis, le ministre de l’Économie et des Finances s’est, lui, tout de suite réfugié au fond de la salle.

http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=176#tit27

http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=176#tit27

  • André Martinez :

  • Dans cette liste de la "finance sans nom et sans visage" qui n’est pas exhaustive il faudrait y ajouter André Martinez, qui a rencontré François Hollande en 1973 à HEC. Il fut responsable mondial du secteur hôtellerie de la banque américaine Morgan Stanley et c’est lui qui a représenté le candidat Hollande au forum de Davos en janvier 2012.

     

    • Marc Ladreit de Lacharrière :

    Autre "ami", il est actionnaire de la troisième agence de notation mondiale, Fitch Ratings, qui a été l’un des fondateurs de la Fondation Agir contre l’exclusion (FACE), créée par Martine Aubry, alors ministre du Travail, en 1993.

     

     

    - C’est ainsi qu’une finance sans nom ni visage se serait libéralisée toute seule.

    C’est l’histoire que François Hollande aimerait bien faire croire au peuple de France. Mais pourquoi choisit-il un inspecteur des finances, Nicolas Dufourcq, comme directeur de la Banque publique d’investissement (BPI), censée aider au financement d’entreprises en difficulté, alors qu’il a participé à la privatisation d’une filiale de France Télécom, Wanadoo, et qu’il a été directeur financier de Cap Gemini  ?

     

    Comment croire que les socialistes, dans leur majorité, pourraient mener une politique plus équitable à l’égard des travailleurs, alors qu’ils sont formés dans les mêmes grandes écoles que les patrons et les politiciens de droite : ENA, Sciences Po, HEC et bien entendu Harvard ? Coupés du peuple avec le cumul des mandats – sur les 297 députés du groupe socialiste de l’Assemblée nationale, on compte 207 cumulards –, nombre d’élus socialistes, dans le souci de faire progresser leur carrière en politique, ont rejoint les intérêts de la classe dominante dont ils sont devenus les alliés objectifs.

     

    L’ensemble de la classe politique française pratique très majoritairement le cumul des mandats. Sur 577 députés, on n’en compte que 109 ne siégeant qu’à l’Assemblée nationale. Et seuls 84 sénateurs sur 348 sont aussi dans ce cas. Tous d’accord pour que, au nom de la « démocratie » et des « droits de l’homme », la vie politique française soit gérée dans un régime, en réalité censitaire, où les élites sociales qui composent l’essentiel des Chambres vont promulguer les lois les plus favorables à leurs intérêts et à ceux qu’ils représentent.

     

    Comment se fait-il que les ouvriers et les employés, qui sont 52 % de la population active, soient si peu présents, à l’Assemblée nationale et au Sénat ? Cette absence explique le désintérêt pour la politique que traduit le succès remarquable du parti des abstentionnistes.

     

     

    - L’art et l’argent : les investisseurs de la gauche libérale

    La société Piasa, créée en 1996, a été vendue par François Pinault à un groupe d’investisseurs proches du Parti socialiste. Ce groupe contrôle, depuis 2011, l’intégralité de cette maison. Elle occupe, avec un chiffre d’affaires supérieur à 45 millions d’euros, la quatrième place sur le marché national de l’art.

     

    Hommes d’affaires et hommes politiques mènent l’aventure, sur une barque où le goût de l’art, la défense du patrimoine et l’argent font bon ménage. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, ancien Premier ministre de François Mitterrand, en est la figure la plus connue. Charles-Henri Filippi, inspecteur des finances, a été le P-DG de la banque HSBC France. Jérôme Clément, exprésident d’Arte, participa à l’équipe de Pierre Mauroy. Serge Weinberg dut le côtoyer à ce moment-là comme chef de cabinet de Laurent Fabius en 1981-1982.

     

    • La liste se poursuit avec Christian Blanckaert, directeur et président de sociétés, dont Hermès, et Louis Schweitzer, ex-P-DG de Renault, ancien directeur du cabinet de Laurent Fabius. On retrouve encore ce dernier avec Lionel Zinsou qui fut l’un de ses chargés de mission, devenu associé-gérant de Rothschild & Cie et membre du conseil d’administration de Libération.

     

    • Patrick Ponsolle, lui aussi, passa par le cabinet de Laurent Fabius. Il est vice-chairman de la banque Morgan Stanley International et président de Morgan Stanley France. Exilé en Suisse, Claude Berda figure au 60e rang des 500 plus grandes fortunes professionnelles françaises, avec un pécule de 900 millions d’euros, amassé dans la production audiovisuelle du groupe AB (Hélène et les garçons…), qui détient la majorité des parts de RTL 9. Autre banquier, Michel Cicurel préside le directoire de la Compagnie financière Edmond de Rothschild. Avocat à la cour d’appel de Paris, Jean- Michel Darrois est membre du Conseil de l’ordre des avocats, et administrateur des Ciments français.

     

    • Jean de Kerguiziau de Kervasdoué fréquenta le cabinet du Premier ministre Pierre Mauroy comme ingénieur en chef du génie rural. Autre membre de la noblesse, Marc Ladreit de Lacharrière, 58e patrimoine professionnel de France, avec Fimalac et l’agence de notation Fitch Ratings, membre de l’Académie des Beaux-Arts, est aussi un financier avisé, typique de cette alliance de l’art et de l’argent dont Piasa est l’une des synthèses. Une seule femme, Orla Nonan, souligne le non-respect de la parité dans cette auguste assemblée.

     

    Sur ses quatorze membres, douze ont une notice dans le Who’s Who. Dix d’entre eux sont diplômés de l’Institut d’études politiques de Paris (IEP), huit sont passés en outre par l’ENA et six ont fréquenté Janson-de-Sailly, le lycée phare du XVIe arrondissement. Vendeurs et acheteurs du marché de l’art sont du même monde, le grand. Un marché où s’organisent les échanges entre collectionneurs héritiers de bonne famille.

     

    Les inégalités sociales ne se construisent pas seulement par la richesse matérielle, mais aussi par ces symboles de l’excellence que fournissent la culture et le marché qui lui est consacré. L’art légitime les pouvoirs et les richesses, et fait reconnaître cette légitimité par ceux qui en sont démunis. Cette reconnaissance passe par celle de l’État qui, grâce au lobbying de Laurent Fabius, lors de la création de l’impôt sur la fortune en 1982, n’a pas intégré les œuvres d’art dans son assiette. Jérôme Cahuzac a confirmé, en tant que ministre du Budget, à l’automne 2012, l’opposition du gouvernement socialiste à la fiscalisation des tableaux, des joyaux et autres biens culturels de valeur.

    (Fin du texte de l'ouvrage).

     

    On comprend aussi en ayant lu ce texte que se dégager de l’emprise du parti socialiste peut être coûteux en termes de promotion sociale et professionnelle, de conservation sonnante et trébuchante de sièges électifs. Cela explique pourquoi, que même si quelques dizaines de parlementaires socialistes partagent au final, l’essentiel des thèses développées par le Front de Gauche, ces derniers ne quitteront pas le bateau fantôme de François Hollande tant que celui-ci arrivera toujours à flotter sur la mer aux reflets d’argent.

     

     

    - Et ça continue !

    Selon Le Monde.fr la nouvelle sherpa du président s'opposait à la régulation des banques sur lesquelles s'était pourtant engagé le candidat François Hollande. La promesse du candidat François Hollande de mettre de claires limites au monde de la finance, qu'il désignait comme son « adversaire » en 2012, semble toujours plus difficile à tenir alors que vient d'être annoncée, mercredi 11 juin, l'arrivée à l'Elysée de celle qui remplacera dans une quinzaine de jours Emmanuel Macron comme conseiller pour les affaires macroéconomiques : Laurence Boone, qui officiait jusqu'ici au sein de la deuxième plus grosse banque outre-Atlantique, Bank of América (Bofa).

     

    « On se souvient que, pour convaincre les électeurs, le président de la République avait, l'hiver 2012, indiqué qui était le principal adversaire du changement qu'il promettait », ont réagi les sénateurs du groupe Communiste, républicain et citoyen.

     

    « Ces promesses paraissent bien lointaines alors même que l'Elysée confirme avoir embauché comme conseillère particulière du président une économiste forgée du plus beau métal libéral, au fil d'une carrière allant de Merrill Lynch, l'une des premières banques d'affaires américaine, à Bank of America, en passant par Barclays », ont-ils accusé.

     

    Si de la City à l'Elysée, le profil de Laurence Boone irrite la gauche. elle ne se géne pas de critiquer le gouvernement, dans le journal — résolument libéral — L'Opinion, Laurence Boone avait déjà marqué son opposition franche à la politique du chef d'Etat socialiste. Dans une tribune intitulée « Arrêtons le massacre », publiée le 26 mai, elle s'y montre très critique.

     

    C'est dans ces conditions que si Laurence Boone a vivement critiqué la politique économique du gouvernement, la chef économiste de Bank of America va devenir la nouvelle conseillère de François Hollande en matière d'économie.... c'est sa manière ce combattre la finance !

     

    • J'allais oublier membre du cabinet de Manuel Valls : Loïc Rocard figure parmi les 42 conseillers nommés par le Premier ministre, et dont la liste a été publiée le 2 mai 2015 au journal officiel. Comme le souligne Le Figaro, on retrouve parmi les 42 collaborateurs de M. Valls plusieurs de ses fidèles. Le principal fait notable, dans cette liste, est la nomination d'un certain Loïc Rocard comme conseiller à l'énergie, au transport, à l'environnement et au logement. Comme son patronyme l'indique, Loïc Rocard est l'un des quatre enfants de l'ancien Premier ministre Michel Rocard. Âgé de 40 ans, il était jusqu'ici directeur d'exploitation de Cofiroute, société de Vinci Autoroutes qui exploite les autoroutes du centre-ouest de la France. Les intérêts de Vinci seront bien défendus par exemple en ce qui concerne l'aéroport de Notre Dame des Landes.

     

    Notes :

    - le livre existe en lyber, c’est-à-dire en version numérisée intégrale et gratuite en ligne.

    - [1] Il rejoint le ministère de l'économie le 27 août 2014

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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 09:46
Le PS, ou : Comment s'en débarrasser ?
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16 mai 2014 5 16 /05 /mai /2014 20:12
Deux ans après : « Mon adversaire, c’est... ? »

Deux ans après : les reniements du président Hollande

 

Source : %attac 6 mai 2014, par Attac France

Le 6 mai 2012, François Hollande était élu président de la République sur un programme constitué de 60 engagements pour le « changement ». Deux ans après, que sont-ils devenus ?

 

Les 60 engagements du candidat socialiste ne dessinaient pas les contours d’une véritable politique alternative. Ils cherchaient néanmoins à se distinguer du sarkozysme. Pourtant, deux ans après l’élection présidentielle, un constat s’impose : les rares avancées qu’ils comportaient n’ont pas été tenues. La continuité avec le sarkozysme est totale. Les électeurs n’attendaient pas grand chose, mais sont quand même déçus.

 

- Réforme fiscale aux oubliettes

Le premier chapitre des 60 engagements concernait la politique économique. Rétrospectivement, il est constitué d’une longue liste de reniements, qui donne le tournis. Pour « redresser la France », le candidat socialiste en appelait à « une grande réforme fiscale » (§14-17). Cette réforme n’a jamais eu lieu. Selon l’économiste Thomas Piketty, pourtant réputé proche du PS, la politique fiscale du gouvernement s’est réduite à une série d’ »improvisations » et d’ »incohérences ». Quant à la « remise à plat » annoncée par Jean-Marc Ayrault fin 2013, elle a définitivement été enterrée avec le « Pacte de responsabilité ».

 

L’équilibre des finances publiques devait être rétabli en revenant sur les « cadeaux fiscaux et les niches fiscales accordés aux ménages les plus aisés et aux plus grosses entreprises » (§9) ? Ce seront finalement des coupes dans les dépenses publiques et l’augmentation des taxes sur la consommation, qui touchent les plus modestes. Cette orientation se dessinait déjà dans le premier des reniements de François Hollande, celui d’adopter, dès septembre 2012, le Traité budgétaire européen, plutôt que de renégocier un « Pacte de croissance » pour sortir « de la crise et de la spirale d’austérité qui l’aggrave » (§11).

 

- Austérité aggravée

L’ensemble des réformes du gouvernement est marqué du sceau de l’austérité. Le candidat Hollande appelait de ses vœux une « réforme des retraites justes » (§18) et de « revenir immédiatement à la retraite à 60 ans à taux plein pour ceux qui ont cotisé la totalité de leurs annuités » ? Ce sera finalement une réforme qui pénalise les plus précaires, les jeunes et les futurs retraités en allongeant la durée de cotisation, avec des contreparties cosmétiques.

 

Il annonçait vouloir « mettre un coup d’arrêt à l’application du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux » et « lutter contre la fracture territoriale » (§10, 28) ? Après deux budgets de restrictions sans précédents, de nouvelles coupes budgétaires sont en préparation dans le cadre du « Pacte de responsabilité », quitte à réhabiliter la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux et à tarir les ressources des collectivités et services publics locaux.

 

Il promettait d’« agir pour la cohésion sociale avec les collectivités et les associations » ? Les coupures budgétaires frappent durement les associations, menaçant plus de 40 000 emplois selon le Collectif des associations citoyennes .

 

- Chômage, précarité et inégalités renforcés

Le candidat Hollande s’engageait à « favoriser la production et l’emploi en France » (§2) ? Le gouvernement ne manquera pas une occasion de céder aux exigences du MEDEF et autres investisseurs. « Pigeons », »Pacte de compétitivité », « Pacte de responsabilité »... les exonérations s’accumulent aussi vite que se multiplient les coupes dans les budgets publics et les impôts sur la consommation. Si l’emploi ne suit pas, les dividendes, eux, explosent…

 

Les salariés ne cessent de payer le prix des mesures de « compétitivité ». Ainsi l’accord national interprofessionnel (ANI ou « accord compétitivité-emploi ») permet-il de faciliter la mise en œuvre de plans sociaux, voire de baisser les salaires. Le candidat Hollande voulait « faire prévaloir la justice au travail » (§24-26)… Quoi de mieux que de s’attaquer aux moyens de l’inspection du travail, au droit du travail (à travers l’ANI) et aux tribunaux prudhommaux ?

 

Quant aux promesses de « défendre un budget européen ambitieux au service des grands projets d’avenir » (§12), ou « pour l’avenir de l’agriculture » (§6), elles resteront, elles aussi, lettre morte : le budget négocié pour 2014-2020 sera plus faible que le précédent ! Et la « banque publique d’investissement » (§1) se contentera, quant à elle, de rassembler pour une large part des fonds déjà existants.

 

- Lobby bancaire chouchouté

En continuité avec la politique économique néolibérale de Nicolas Sarkozy, les « engagements » du candidat Hollande contre la mainmise de la finance et des banques sont taillés en pièce. Lors de son discours du Bourget, il dénonçait la finance, son « adversaire ». Pourtant, le gouvernement travaillera main dans la main avec les banques françaises pour la mise en place de la réforme bancaire. La « séparation bancaire » promise des activités de détail et d’investissement n’aura pas lieu, et laissera place à un ridicule cloisonnement concernant moins d’un cinquantième de l’activité des banques selon Frédéric Oudéa, patron de Société générale . Quant à « l’interdiction aux banques d’exercer dans les paradis fiscaux », Jérôme Cahuzac ne l’a pas mise en œuvre et, malgré son départ, on l’attend encore.

 

Cette fructueuse collaboration avec « l’adversaire » d’hier se poursuit en ce moment même au sujet de la taxe européenne sur les transactions financières. Loin de contribuer à son application à l’échelle européenne, comme promettait le candidat Hollande, le gouvernement s’acharne à vouloir imposer à l’Allemagne et à la Commission européenne l’exonération des transactions les plus spéculatives : celles sur les produits dérivés. Quant à « l’encadrement des bonus » et à « l’interdiction des produits financiers toxiques » (§7), il semble que ces promesses soient définitivement passées à la trappe…

 

Autre cadeau aux banques : la baisse du taux du livret A, au plus grand bénéfice des assurances-vie. Le candidat Hollande annonçait « garantir l’épargne populaire par une rémunération du livret A supérieure à l’inflation et tenant compte de l’évolution de la croissance » (§8) ? Il garantira surtout le bien-être des banques, en allant jusqu’à leur donner la possibilité de bénéficier des dépôts sur le livret A au détriment du financement de logement social…

 

- Dumping généralisé, écologie méprisée

Cette capitulation en rase campagne devant les intérêts industriels et financiers pourrait se parachever avec la négociation de l’accord de commerce et d’investissement entre l’Union européenne et les États-Unis. Le candidat Hollande promettait le « juste-échange » : « une nouvelle politique commerciale pour faire obstacle à toute forme de concurrence déloyale et pour fixer des règles strictes de réciprocité en matière sociale et environnementale » (§13) ; le président Hollande souhaite, quant à lui, « aller vite » pour conclure le nouveau traité transatlantique (TAFTA), qui entraînerait un dumping social et environnemental sans précédent avec la possibilité pour les firmes multinationales d’attaquer les États devant des tribunaux privés si les réglementations publiques faisaient « obstacle » à l’investissement ou au profit.

 

L’écologie était le parent pauvre des promesses électorales du candidat Hollande. Pourtant, même là, le peu qui était annoncé n’est pas tenu. La tarification progressive du gaz, de l’eau et de l’électricité est morte-née. Le plan de rénovation thermique pour un million de logements par an reste mystérieux quant à son financement. La réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité et la fermeture de la centrale de Fessenheim demeurent incertaines. La « montée en puissance des énergies renouvelable », promise sans détails chiffrés, est lente et l’industrie photovoltaïque s’enfonce dans la crise, faute d’incitations budgétaires. La France ne joue pas de rôle moteur ni exemplaire en Europe dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, alors même qu’elle hébergera la conférence climatique de 2015.

 

- Valeurs bafouées, démocratie dévaluée

Devant l’étendue de ces renoncements, devant une politique d’austérité brutale au service des banques, les engagements de « redonner espoir aux nouvelles générations » en « combattant le chômage » (§33-35), de « faire de la France la nation de l’excellence environnementale » (§41-43) semblent bien dérisoires. Et comment s’étonner quand un sondage (qui reste, certes, un sondage) annonce que 61 % des jeunes seraient prêts à se révolter ?

 

L’engagement de « donner à la police et à la justice les moyens de nous protéger » (§52,53) prend a posteriori une résonance particulière, si l’on pense à la répression à l’égard des mouvements sociaux, manifestant à Notre-Dame-des-Landes pour un autre modèle de développement ou à Paris pour le droit au logement. Concernant l’engagement « de lutter sans concession contre toutes les discriminations et ouvrir de nouveaux droits » (§30-32), on ne pourra s’empêcher de penser aux propos discriminatoires de Manuel Valls à l’égard des Roms, que leur culture « différente » empêcherait de pouvoir s’installer durablement « chez nous ».

 

Cette approche sécuritaire concerne aussi la politique étrangère. Le candidat Hollande prenait l’engagement de « porter haut la voix et les valeurs de la France dans le monde »(§57) ; le président Hollande ne manque pas une occasion de s’afficher en soutien des États-Unis, quitte à engager la France dans une multiplication d’interventions militaires dont les tenants et aboutissants sont pour le moins incertains.

 

Enfin, le candidat Hollande en appelait à une « République exemplaire ». L’affaire Cahuzac témoignera pourtant de sa frilosité à faire la lumière sur « l’intégrité des élus », à garantir « l’impartialité de l’État » et surtout à « respecter les contre-pouvoirs » (§47-51)… alors même que certains ministres n’ont pas manqué de calomnier Médiapart, et que des démarches ont été engagées par le gouvernement pour blanchir le ministre du budget accusé, à juste titre, d’évasion fiscale. Plus récemment, l’affaire Morelle pose la question d’un mélange des genres et de conflits d’intérêts au plus près de l’entourage du président de la République.

 

Les 60 engagements de François Hollande se terminaient sur une volonté de « donner un nouvel élan à notre démocratie ». En faisant le contraire de ce pour quoi les électeurs l’ont élu, François Hollande a surtout donné un nouvel élan à des politiques fautrices de précarité et d’inégalités. Des politiques menées depuis trente ans, qui maintiennent la France et l’Europe dans la récession. Qui nourrissent une profonde crise sociale, écologique et démocratique. Qui frappent de plein fouet les peuples et contribuent à l’essor d’une extrême-droite démagogique et raciste.

 

- Résistances et alternatives : imposons le changement !

Ce bref bilan des promesses non tenues du candidat Hollande n’a pas vocation à contribuer à la résignation ambiante. Dans la frénésie de « nouvelles » qui caractérisent notre système médiatique, si l’amnésie est la règle, ne pas oublier les paroles non tenues constitue un devoir citoyen. Les politiques mises en œuvre par le gouvernement sont impopulaires, et il n’a pas été élu pour mener ces politiques-là.

 

À nous, citoyen-ne-s, de transformer la colère populaire en force de changement !

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 23:42
Stupéfiante union sacrée au Parlement européen

Source : Politis.fr par Michel Soudais

« La droite et les socialistes se préparent à faire une alliance au sommet de l’Union européenne » , avertit avertit jean Luc Mélencho dans un communiqué. Exagération ? Pas vraiment. « Jeudi 3 avril dernier, les groupes de droite (PPE), libéraux (ALDE) et sociaux-démocrates (S&D) du Parlement européen ont adopté une déclaration commune, poursuit le député européen du Parti de gauche. Celle-ci prévoit que les trois groupes se concerteront dès les élections passées pour « soumettre conjointement » au Conseil européen une proposition de nom pour la présidence de la Commission européenne. »

 

Cette déclaration conjointe des groupes PPE, S&D et ADLE existe bien. Elle peut être consultée sur le site du groupe PPE (droite), sur celui du S&D (groupe socialiste et démocrate), celui de l'ADLE (libéraux&démocrates). Et leurs présidents respectifs, Joseph Daul, Hannes Swoboda et Guy Verhofstadt, « s’engagent à dialoguer et à se consulter dès que possible après les élections européennes » sur le nom du futur président de la Commission européenne qu’ils n’imaginent pas venir d’un autre camp que d’un des leurs.

 

- Voici le contenu de leur déclaration conjointe :

« Conformément à la lettre et à l’esprit du traité, et tenant pleinement compte des résultats des élections européennes, nous nous engageons à lancer aussi vite que possible après les élections européennes un dialogue et des consultations, qui viseront à désigner, au sein de la famille politique capable de constituer la majorité qualifiée requise au Parlement européen, le candidat européen à la présidence de la prochaine Commission. »

« Le candidat du plus grand groupe sera le premier à tenter de constituer la majorité requise. Sur cette base, nous soumettrons conjointement une proposition au Conseil européen afin de lancer les consultations institutionnelles conformément à la Déclaration 11. »
 
« Le prochain président de la Commission devra être élu dans le cadre d’un processus transparent et non de manœuvres en coulisse. »
 
« Nos familles politiques se présenteront aux élections européennes avec leurs candidats respectifs à la présidence de la Commission européenne. »

« Le prochain président de la Commission devra être choisi parmi ceux-ci. Il s’agit de respecter les attentes des citoyens et de rendre l'Union européenne plus proche d’eux et plus démocratique. »

 

- A moins de huit semaines des élections européennes, cette entente sur l’après-scrutin, symptomatique de la cogestion qui règne au sein du Parlement européen, irrite fort Jean Luc Mélenchon co-président du PG qui devrait être le candidat du Front de gauche dans le Sud-Ouest, qui appelle les électeurs à « régler [leurs] comptes avec cette Europe et cette alliance dégoûtante » :

« Imaginez la même chose en France : le PS et l’UMP s’accordant dans le dos des Français pour choisir le Premier ministre !
C’est une nouvelle preuve de l’alignement politicien du PS sur la droite européenne.
Cette Europe est définitivement irréformable. Il faut en finir pour rendre leur pleine souveraineté aux peuples. »

 

Nota

Mais est-ce nouveau ? Non !

- lire :  Sociaux-libéraux, droite européenne alliés permanents ; 

- lire : Majorités "soviétiques" au parlement européen : l'étude qui dérange

- lire : Qui vote quoi au Parlement européen ?

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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 10:30

Source : Regards.fr par Guillaume Liégard

Si la campagne des élections européennes ne passionne guère les foules, elle livre déjà quelques perles. Ne doutant de rien, le Parti socialiste a en effet décidé de placer sa campagne… sous le signe de la lutte contre l’austérité.

 

Dès le 4 avril, celui qui était encore premier secrétaire du PS, Harlem Désir déclarait : « Il s’agit de rompre avec les politiques d’austérité imposées par les conservateurs et donner la priorité à la croissance et l’emploi ». Dans la foulée, les socialistes et leurs alliés du PRG convoquaient un meeting européen au Cirque d’hiver en présence de Martin Schulz, candidat du Parti socialiste à la présidence de la Commission européenne. L’affiche met d’ailleurs en exergue une phrase de ce dernier : « L’austérité en Europe est une erreur ». Pour faire bonne mesure, le matériel de campagne pour la circonscription d’Ile-de-France creuse le sillon : « Je veux une Europe qui protège », « 1.000 milliards d’évasion fiscale en Europe par an ! », « Stop au dumping social », indiquent les têtes de chapitre. Sur le site de campagne Choisir notre Europe on trouve aussi des mots d’ordre comme « Refuser l’austérité », assorti de l’ambition de « réviser le pacte de stabilité pour donner la priorité à la croissance, la relance et l’emploi ».

 

Bigre, se dit-on, voilà un personnel politique qui gagnerait à être au pouvoir. Le problème est que, justement, ils y sont. Martin Schulz, par exemple, à la suite d’un accord avec les conservateurs, est l’actuel président du Parlement européen. Surtout, il appartient au SPD qui, depuis les dernières élections législatives, participe au gouvernement d’Angela Merkel dans le cadre d’une grande coalition. Depuis plus de trente ans, socialistes européens et conservateurs ont voté tous les traités qui ont organisé la dérégulation de l’économie, les privatisations et la casse des services publics. Quant aux socialistes français, se prévaloir d’une quelconque lutte contre les politiques d’austérité au moment même ou Manuel Valls va faire voter le Pacte de responsabilité à l’Assemblée nationale, il fallait oser.

Campagne des européennes : le PS sait-il qu’il est au pouvoir ?
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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 13:51
LAVALLS

Jeudi 1er mai 2014

Source : blog de Robert Mascarel

Ce titre n’est pas qu’un jeu de mots. Il reflète les nombreux points communs existant entre le sinistre Pierre Laval et Manuel Valls.

 

- Comme Laval fut « socialiste », Valls prétend l’être.

 

- Comme Laval fut un très jeune ministre de l’intérieur, le jeune Valls l’a aussi été.

 

- Comme Laval avait une conception autoritaire de l’Etat, Valls s’en vante aussi. Rappelons, à ce propos, que le modèle de Valls n’est pas Jaurès mais Clémenceau, qui n’a jamais été socialiste et qui, alors qu’il était président du Conseil (l’équivalent sous la 3ème République du Premier ministre de la 5ème République) s’était autoproclamé le « premier des flics » et qui n’a pas hésité, pour faire « honneur » à son titre, à réprimer sauvagement les grévistes. De ce jour, d’ailleurs, Jaurès s’était brouillé avec lui.

 

- Comme Laval fut président du Conseil, Valls est devenu Premier ministre.

 

- Comme Laval a entrepris une politique de déflation, Valls s’en fait également le chantre et l’applicateur zélé. Pour les mêmes raisons et avec les mêmes solutions. A savoir, une production industrielle en panne et une croissance ralentie, pour ce qui est des raisons, et une baisse autoritaire des salaires des fonctionnaires, pour ce qui est des solutions. En 1935, le résultat ne s’est pas fait attendre, le chômage a continué de croître, provoquant la chute du gouvernement qu’il dirigeait. Son échec a ouvert la voie au Front populaire. Le sort de Laval, en 1935, attend Manuel Valls. Immanquablement.

 

- Un seul point d’interrogation subsiste et subsistera, j’en forme le vœu, probablement toujours.

Pierre Laval, longtemps considéré comme respectable, longtemps socialiste, puis démocrate jusqu’en 1940, s’est mué, avec l’occupation de la France par les troupes de Hitler, en un atroce antisémite, soutien inconditionnel de Hitler. Plus encore que Pétain. Jusqu’à subir le sort qu’il méritait, son exécution en 1945.

 

Pour notre chance et pour la chance de Manuel Valls, il n’existe pas, aujourd’hui, l’équivalent de Hitler. Du moins à son niveau de puissance. Et s’il existait ? Là est le point d’interrogation. Que ferait-il ? Comme Laval ? A la décharge de Manuel Valls, cette interrogation vaut pour chacun(e) de nous.

 

Une chose est certaine, toutefois. Son comportement dans l’affaire Alstom ne laisse pas d’inquiéter. La défense de l’intérêt national paraît être le cadet de ses soucis. Dans le débat relatif au repreneur de cette grande entreprise française, intervenant dans un domaine stratégique essentiel pour l’indépendance de notre pays : les turbines nucléaires, sa préservation n’est pas mise en avant. L’essentiel porte sur le fait de savoir qui, de Siemens, l’allemand, ou de General Electric, l’américain, sera le moins coûteux en perte d’emplois.

 

Faute de taille critique, nous disent les économistes et les médias libéraux, repris en chœur par Hollande, le gouvernement et tous les politiciens libéraux de droite et de « gauche », Alstom ne peut faire autrement que de se faire manger par un groupe étranger ayant cette taille critique. Pour ceux-là, la nationalisation est donc impensable. Fi de l’intérêt national, alors que le secteur du nucléaire, secteur stratégique s’il en est, indispensable à notre indépendance est en jeu. Il n’y a pas si longtemps, un tel fatalisme aurait été assimilé à un acte de trahison.

 

En réalité, ce qui arrive aujourd’hui à Alstom est ourdi de longue date, aussi bien par les capitalistes français, que par les gouvernements successifs, de droite et de « gauche ».

 

Pour faire simple, l’acte de décès d’Alstom (sans h) remonte au 10 mars 1995, sous Chirac, le jour de l’arrivée de Serge Tchuruk à la tête du groupe Alcatel-Alsthom (avec h). Celui-ci a aussitôt entrepris de dépecer le groupe qui, de fusions en absorptions, ou en concentrations, s’était constitué en un siècle. Tout cela, au nom de l’idée en vogue à ce moment-là, chez les capitalistes français : à savoir la nécessité de se recentrer sur son cœur de métier. En l’occurrence les télécommunications (Alcatel, devenu Alcatel-Lucent). La partie Alsthom étant livrée à l’encan.

 

Ce faisant, les capitalistes français faisaient l’inverse de ce qui se pratiquait dans le monde, où se constituaient au contraire des conglomérats géants multiactivités. S’il en est ainsi, c’est que hier comme aujourd’hui, les gouvernements français successifs n’ont aucune politique industrielle, convaincus qu’ils sont que notre industrie doit se fondre dans un ensemble européen, parfaitement hypothétique et disparate.

 

Le dépeçage du groupe, c’est-à-dire la perte délibérée de la taille critique qu’avait Alcatel-Alsthom, qui justifie aujourd’hui que Alstom ne puisse résister aux assauts de General Electric ou de Siemens, s’est opéré sous le regard complice des gouvernements successifs.

 

Il faut savoir que, pour cette basse besogne, Serge Tchuruk, polytechnicien issu de l’école des Mines, était le P-DG le mieux payé de France.

 

Le coup de grâce a été porté en 1998, sous Jospin, quand le groupe Alcatel-Alsthom, issu du groupe CGE (Compagnie Générale d’Electricité), a éclaté en trois entités distinctes et indépendantes : Alcatel, Alstom et Cégélec. La descente aux enfers, pour les trois entités commençait.

 

Ce n’est pas faute, qu’avant même que tout cela arrive, tous les syndicats, toute la gauche, hormis le parti socialiste, aient alerté l’opinion sur ce qui allait inévitablement se passer. Mais comme nous ne faisons pas partie des belles personnes, nous n’avons pas été écoutés. Nous ne le sommes pas davantage aujourd’hui par Hollande et Valls.

 

Ainsi, il en va sous Hollande-Valls comme sous Laval d’avant-guerre, lui aussi au nom de l’Europe, mais hitlérienne. Ce n’est fort heureusement pas le cas aujourd’hui.

 

Le trait commun à tous ces dirigeants, c’est qu’ils se défient du peuple. Ils préfèrent s’en remettre aux banquiers et aux employeurs et à ceux issus des grandes écoles. Pour les dégâts que l’on voie sous nos yeux.

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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 09:51
Comment le PS français est-il devenu un parti du capital ?

Par Denis Collin pour La Sociale Jeudi 17/04/2014

- Sommaire

  • [A] Un constat : la défaite de la gauche est historique au sens plein du terme
  • [B] La gauche comme système politique de subordination des classes populaires
  • [C] Continuité et changement
  • [D] La social-démocratie telle qu’elle fut
  • [E] Explications de la « grande trahison »
  • [F] Involution de la trajectoire de la social-démocratie
  • [G] Comment le PS français est devenu est parti du capital ? Hier ...
  • [H] Comment le PS est devenu un parti du capital ? Aujourd’hui...

 

- [A] Un constat : la défaite de la gauche est historique au plein sens du terme

La défaite historique du PS aux municipales de 2014 a été enterrée sous le vacarme médiatique orchestré autour de la prétendue montée du Front National ou le changement de gouvernement. Mais cette débâcle est le signe de quelque chose de bien plus profond : la décomposition accélérée de la « gauche » non seulement en France mais dans l’Europe entière entraîne avec elle tout le mouvement ouvrier organisé. Il suffit de jeter un œil du côté de l’Italie : la « gauche » a disparu purement et simplement même en termes électoraux. Le PD, défini comme parti de centre-gauche, a renoncé à toute référence « de gauche » et l’actuel président du conseil PD, Matteo Renzi, issu de l’aile démocrate-chrétienne serait classé en France quelque part entre Bayrou et Copé. Les vestiges de la gauche, le PRC (dernier débris du PCI) et quelques autres groupuscules n’ont plus aucune représentation parlementaire et risquent d’être dans l’impossibilité de présenter une liste pour les élections européennes.

 

C’est un phénomène historique de première importance et qui doit être compris dans toute son ampleur, au premier chef par ceux qui se refusent à considérer que « le capitalisme borne notre horizon » (comme l’ont voulu établir voilà déjà près d’un quart de siècle les congressistes du PS). La « gauche » a connu des crises graves dans le passé, notamment quand une large fraction de ses dirigeants ont voté les pleins pouvoirs à Pétain. Elle a été profondément déchirée par la « guerre froide ». La vieille SFIO s’est déshonorée dans les guerres coloniales, pour ne parler que de la France. Mais il y avait toujours eu jusqu’à présent une partie de la gauche qui résistait et dès que l’occasion se présentait elle redevenait le drapeau des espérances des classes populaires. Aujourd’hui, en France comme en Italie, mais aussi – quoique à un degré moindre dans les autres pays européens – la gauche est tout bonnement pulvérisée. Et aucune résistance sérieuse, aucune relève, aucun alternative ne se lève. « Je suis écœuré » : voilà ce que l’on entend le plus souvent dans le « peuple de gauche », chez ces militants, ces électeurs, fidèles jusqu’alors et qui déjà ne votent plus ou ne voteront plus la prochaine fois. Cet écœurement est cependant la manifestation du retard considérable de la conscience sur la réalité historique et de la propension de chaque génération à aller au plus court et ainsi à se bercer d’illusions qui finissent toujours par se fracasser en faisant des dégâts souvent irréversibles.

 

 

- [B] La gauche comme système politique de subordination des classes populaires

L’effondrement de la gauche en tant que telle peut difficilement être tenu pour une catastrophe. La gauche est une chimère dont la fonction fut le plus souvent d’être le « gérant loyal du capitalisme » (Blum lors de son procès). Ainsi que Jean-Claude Michéa l’a fort opportunément rappelé dans ses derniers ouvrages, le mouvement ouvrier, syndicaliste, anarchiste, socialistes de toutes obédiences, y compris marxistes ne s’est jamais défini comme « gauche » avant le début du XXe siècle. La distinction droite/gauche, née pendant la révolution française, était une distinction entre les deux grandes fractions de la bourgeoisie, la droite représentant la fraction monarchiste, anti-républicaine et hostile à la démocratie, souvent liée aux vestiges de l’Ancien Régime, et la gauche, républicaine, appuyée sur les classes moyennes traditionnelles, souvent anticléricale, et dont le vieux parti radical fut l’expression la plus achevée. Mais de la droite (maurrassienne et monarchie, par exemple) jusqu’à l’extrême gauche radicale, tous se tenaient sur le terrain de la propriété privée des moyens de production et du « marché libre ». Le mouvement ouvrier quant à lui n’a commencé à exister qu’en s’affirmant en dehors de ce dispositif droite/gauche interne aux classes dominantes, quand, en juin 1848, les ouvriers réclamant le droit au travail et la république sociale affrontent les forces armées « républicaines ». C’est avec l’affaire Dreyfus ou plus exactement avec les suites politiques de l’affaire Dreyfus que les socialistes en sont venus à s’inscrire comme l’aile gauche de la gauche bourgeoise – non difficultés d’ailleurs, puisque la première expérience de participation socialiste à un ministère bourgeois, l’expérience de Millerand rencontra une puissante hostilité dans les rangs socialistes et renforça les tendances anti-parlementaires dans le mouvement syndical. Le quiproquo réside en ceci : pour défendre le droit et la simple justice, il est évident que toutes les alliances sont justifiées puisqu’elles visent un objectif précis, dans préjuger des positions des uns et des autres sur les autres sujets ; mais cela n’implique évidemment pas qu’il y ait communauté de vues sur tout l’horizon historique. Ce quiproquo a eu dans toute notre histoire un effet simple : entre tous les alliés, la direction de l’alliage a été donnée par « le plus à droite » (si on veut garder la distinction droite/gauche) et les partis ouvriers membres de telles alliances « de gauche » ont toujours été conduits à limiter drastiquement leurs objectifs propres avec ce qui est compatible avec le programme de leurs alliés radicaux, c’est-à-dire à enfermer les revendications prolétariennes dans le cadre de ce qui est compatible avec le maintien de la propriété capitaliste et les alliances internationales que cela suppose. L’alliance à gauche n’est une alliance que si on dit qu’un cavalier et son cheval sont alliés. Les ouvriers, comme d’habitude, ont joué le rôle des chevaux et les cavaliers ou les cochers étaient les bourgeois républicains.

 

 

- [C] Continuité et changement

Le seul rôle qu’ait jamais joué la gauche fut toujours de canaliser les mouvements populaires dans les limites de la propriété capitaliste. Aux moments cruciaux, du reste, cette « gauche » a été soit impuissante, soit a explosé. Il suffit de rappeler l’effondrement du pays en 1939-1940. Les radicaux (à quelques rares et honorables exceptions près se sont retrouvés dans le camp des défaitistes et pour certains ont fini dans la plus abjecte des collaborations). Une grande partie des socialistes a voté les pleins pouvoirs à Pétain au moment où les seules forces de résistance au nazisme se trouvaient à droite avec De Gaulle ou dispersées dans des petits groupes marginaux issus de la gauche – le PCF n’ayant rejoint que tardivement la résistance, tentant d’abord toutes sortes de manœuvres indignes comme les démarche auprès des autorités d’occupation pour obtenir la reparution légale de « L’Humanité ». Les dernières formes d’Union de la Gauche que nous ayons connues sous la présidence de Mitterrand ou lors du gouvernement Jospin de 1997-2002 ont été globalement menés sous le signe d’une adaptation croissante aux exigences du capital financier international. La nouveauté avec Hollande est qu’il n’y a absolument aucune mesure qui puisse rappeler que la gauche défend le peuple contre « ceux du château » comme le disait avec une emphase mensongère Mauroy. Le gouvernement Hollande est ouvertement un gouvernement Hollande-Medef qui a pris comme cible le « coût du travail », c’est-à-dire s’est donné pour tâche de réduire encore plus la part du travail dans le revenu national et d’augmenter les dividendes des actionnaires. Réduction du budget de l’État en économisant sur les prestations sociales et sur les dotations aux collectivités locales, baisse des « charges sociales », autrement dit salaire différé, cadeaux fiscaux aux patrons en voie de surpasser ceux que Sarkozy avait décidé. Il est impossible de déceler aujourd’hui la moindre divergence entre droite et gauche. L’augmentation vertigineuse de l’abstention n’exprime une baisse de la conscience politique de nos concitoyens, mais au contraire une vrai maturation : ils comprennent que la gauche n’est qu’un attrape-nigauds et que fondamentalement droite et gauche sont la même chose présentée sous deux emballages différents, un peu comme toutes les marques de lessive dans les rayons des hypermarchés.

 

 

- [D] La social-démocratie telle qu'elle fut

Cette appréciation globale de la gauche inclut les responsabilités de tous les partis qui se réclament de la gauche, même ceux qui se veulent aujourd’hui dans « l’opposition de gauche ». On dira quelques mots plus loin du PCF et du PG en omettant les divers groupes qui se nourrissent des rares miettes qui tombent de la table des grands. Mais pour l’heure il faut traiter de la social-démocratie, c’est-à-dire France du PS. Le diagnostic de Lénine, Trotski ou Rosa Luxemburg concernant les partis issus de la vieille internationale ouvrière fondée en 1889 est absolument exact : ils sont « passés définitivement du côté de l’ordre bourgeois ». En se ralliant à l’union sacrée leurs propres bourgeoisies nationales, ces partis se sont faits les complices de la grande boucherie de 1914, mère de toutes les horreurs que ce siècle à produites. En Allemagne, en 1918-1919, alors que l’Allemagne du Kaiser s’est effondrée, la social-démocratie allemande, en liaison avec les envoyés des États-Unis, participe au gouvernement de Max von Baden et Ebert, dirigeant de la SPD propose même d’organiser le sauvetage de la monarchie. Face à l’insurrection spartakiste, les Ebert, Noske et Scheidemann ont été les organisateurs directs de la contre-révolution et de l’assassinat de leurs anciens camarades de parti, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Ils ont organisé ou couvert la formation des « corps francs » d’où sont sortis les SA. Quand, une décennie plus tard, il faudra organiser le front unique pour empêcher Hitler de prendre le pouvoir, le KPD de Thaelmann, suivant la politique folle dictée par Staline, qualifiera la social-démocratie de « social-fascisme », allant même jusqu’à prophétiser que la victoire d’Hitler serait le premier pas vers la victoire de Thaelmann. Mais si folle que fût cette politique, elle n’aurait jamais été suivie par la base du KPD s’ils n’avaient pas eu le souvenir brûlant des hordes du « chien sanglant » Noske lâchée contre les spartakistes. Les nazis n’oublieront pas les signalés services que leur avait rendus Noske. En 1933, Göring demandera à Noske, président de la région de Hanovre, de rester à son poste. On peut accumuler les exemples historiques qui confirmeraient abondamment le diagnostic porté il y a un siècle sur la social-démocratie. La SFIO venue au pouvoir sans l’avoir vraiment voulu en 1936[1] s’empressa de décréter « la pause » et laissa la république espagnole se faire étrangler par un coup d’État militaire appuyé par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. La non-intervention dictée par la diplomatie britannique était de ce fait la politique de la SFIO. La suite est logique : vote massif des pleins pouvoirs à Pétain en 1940 et après la guerre on retrouvera la SFIO dans toutes les aventures coloniales, Indochine, Suez, guerre d’Algérie… Le « socialisme scandinave » qui fit longtemps figure de modèle n’échappe pas à ce mouvement. La Suède non seulement resta neutre pendant la Seconde Guerre mondiale, mais encore elle signa dès 1940 un pacte avec l’Allemagne nazie par lequel elle permettait le passage sur son territoire des trains militaires allemands. Il est vrai que les Suédois étaient classés parmi les « Aryens » dans le délire raciste hitlérien et que la Suède s’était très tôt signalée par une politique eugéniste de grande ampleur…

 

 

- [E] Explications de la "grande trahison"

Les explications de cette « grande trahison » ne manquent pas. L’explication traditionnelle des marxistes selon laquelle la social-démocratie serait l’expression de l’aristocratie ouvrière liée aux sur-profits réalisés par l’impérialisme n’est pas très convaincante. Plus généralement l’explication par la trahison des dirigeants traîtres ne convient guère. Le sociologue Robert Michels, dans un ouvrage fondateur sur Les partis politiques avait lui aussi pointé le caractère foncièrement conservateur de ces nouvelles élites issues des partis socialistes et des syndicats. Nous avons essayé (voir notre Le cauchemar de Marx) de donner une explication plus complète qui suppose qu’on refuse l’idée que la social-démocratie ait brusquement changé « de nature » en août 1914. une histoire critique du socialisme serait nécessaire, une histoire qui serait une histoire philosophique, sociologique et psychanalytique et ne se laisserait par enfermer dans les canons de l’historiographie traditionnelle. Une telle histoire inclurait nécessairement une analyse critique du rôle qu’a joué l’idéologie marxiste dans la formation de la IIe Internationale. J’emploie à dessein le terme « idéologie marxiste » pour désigner ce complexe de représentations et de croyances systématisées dans une sorte de catéchisme révolutionnaire ou plutôt historiciste et évolutionniste, élaboré par les papes autoproclamés du marxisme, les Kautsky et les Plekhanov, avec, hélas la bénédiction d’Engels. Cette idéologie marxiste promettait le salut aux salariés tout en présentant le mode de production capitaliste comme l’étape nécessaire dans cette voie. Elle a bien fonctionné comme idéologie à destination des classes subalternes pour rendre le règne du capital tolérable. Armée de cette idéologie à fortes connotations religieuses, la social-démocratie a pu ainsi agir comme un outil efficace d’intégration de la classe ouvrière au mode de production capitaliste. Sa crise et son effondrement aujourd'hui ne serait que la conséquence de son plein succès dans cette entreprise.

 

Les premières générations du mouvement ouvrier ont été constituées d’hommes (et de femmes) arrachés à leur condition de travailleurs indépendants. L’exode rural (parfois très violent comme lors de l’expulsion des petits paysans du Royaume Uni) et la ruine des petits artisans indépendants – parfois après un passage d’exploitation forcenée du travail à la maison, comme les canuts – ont été d’abord une dégradation brutale des conditions de vie et une humiliation intolérable. Dans la conscience populaire devenir un salarié pouvait s’apparenter à être réduit en esclavage. Devenir salarié, c’était tomber au bas de l’échelle sociale. C’est d’ailleurs pour cette raison que les premiers organisateurs du mouvement ouvrier furent souvent des artisans ou des hommes chez qui restait vif le souvenir de cette indépendance perdue. Le proudhonnisme, si influent dans le mouvement ouvrier français exprimait parfaitement cet état d’esprit : l’association ou la coopérative était le retour à la propriété individuelle du travailleur sur la base de la socialisation de la production. C’est du reste cette perspective que Marx conserve, à peine modifiée dans le Capital lorsqu’il énonce la perspective du remplacement du mode de production capitaliste par « les producteurs associés ». L’expropriation des expropriateurs est vue comme la « restauration de la propriété individuelle sur la base des acquêts de la socialisation ». C’est aussi la raison pour laquelle, dans la lignée de Marx et de Proudhon, le mouvement ouvrier a longtemps inscrit sur son drapeau « abolition du salariat et du patronat » (cf. Charte d'Amiens de la CGT, 1906).

 

En faisant du capitalisme une étape nécessaire de l’histoire dans la conception standardisée du matérialisme historique, et en faisant des ouvriers salariés le nouveau sujet historique, le marxisme aboutissait de fait à la glorification du salariat et donnait des raisons de l’accepter. La nationalisation étatique des grands moyens de production et d’échange promettait l’avènement d’une société de salariés. Et du même coup, il permettait l’intégration des ouvriers rebelles dans le mode de production capitaliste. Mieux : Lénine en vint à glorifier la discipline d’usine comme l’apprentissage de la discipline révolutionnaire.

 

Ainsi l’organisation ouvrière et sa bureaucratie devenaient des éléments intégrés au fonctionnement conflictuel du mode de production capitaliste. On ne peut donc pas parler de « trahison » : le socialisme historiquement constitué à partir de la création de l’Internationale ouvrière (la IIe Internationale) a accomplit ce qui était au fond le cœur de son programme : la justification historique de la transformation des couches populaires et des vieilles classes moyennes en salariés dont il défendait les intérêts en tant que salariés. Et c’est pour cette raison qu’il en est venu très rapidement à défendre le salariat, c’est-à-dire le système dans lequel les ouvriers se font concurrence pour vendre leur force de travail au capitaliste.

 

 

- [F] Involution de la trajectoire de la social-démocratie

Ce sont donc des raisons fondamentales – qui mettent radicalement en cause le marxisme comme idéologie et ses contradictions qui expliquent que la social-démocratie est « passée définitivement du côté de l’ordre bourgeois. » Mais entre 1914 et aujourd’hui beaucoup d’eau a coulé sous les ponts.

 

Les trotskystes ont soutenu pendant très longtemps – je ne sais pas bien ce qu’ils soutiennent aujourd’hui – que les partis de la social-démocratie étaient des « partis ouvriers bourgeois », c’est-à-dire des partis qui par leur composition sociale et par leur programme officiel se voulaient des partis ouvriers, représentants des intérêts du prolétariat, mais dont l’appareil dirigeant était au service de la bourgeoisie. On peut discuter la caractérisation mais elle dut quelque chose d’assez juste. La social-démocratie défend le mode de production capitaliste en général mais ne peut vivre, ses élus ne peuvent être élus, son appareil ne peut exister que si le mouvement ouvrier et les institutions qui protègent les salariés (sécurité sociale, retraites, conventions collectives, salaires réglementés) gardent une existence consistante.

 

Mais précisément ceci n’est plus le cas aujourd'hui. Ni Allemagne, ni en Italie, ni en Espagne, ni en France les partis de la social-démocratie ne défendent en quelque manière que ce soit les intérêts immédiats de la classe ouvrière. Le changement de sens du mot « réformisme » est ici tout à fait révélateur. Au début du XXe siècle le débat entre révolutionnaires et réformistes portait sur la question de savoir si une révolution sociale était nécessaire pour faire advenir une nouvelle société ou si l’accumulation progressive de réformes produirait insensiblement cette transformation. Ensuite, le réformisme consista dans la politique vivant non à change de rapports sociaux de production, mais à réformer le mode de production capitaliste pour le rendre plus civilisé et éviter toute transformation sociale radicale. Ce fut l’époque du keynésianisme de gauche et de l’économie mixte. Aujourd'hui, le réformisme consiste à aligner les contre-réformes qui visent à la destruction de tous les acquis ouvriers. Ainsi, Schröder avec le plan Hartz a mis en pièces des réformes sociales dont certaines dataient de Bismarck. Le gouvernement Hollande (sous la forme Ayrault et encore plus sous la forme Valls) se propose ouvertement et sans la moindre vergogne de faire reculer les salaires, par la confiscation du salaire différé (baptisé « charges salariales »), par une attaque sans précédent contre la sécurité sociale, par une aggravation de la réforme des retraites des gouvernements de droite, et on pourrait allonger encore très longtemps la liste. En 1986, dans une analyse percutante, Jean-Pierre Garnier et Louis Janover définissaient le PS comme « La deuxième droite » (éditions Robert Laffont). L’analyse était parfaitement exacte et la suite des événements n’a fait que la confirmer.

 

 

- [G] Comment le PS français est-il devenu un parti du capital ?

En 2001, dans L’illusion plurielle (éditions JC Lattès), Jacques Cotta et moi analysions la compénétration du PS et des milliers du grand capital. En voici un extrait :

« Le révélateur le plus clair des évolutions du Parti Socialiste est sans aucun doute le poids croissant que les grands patrons jouent dans ses rangs et … le poids croissant du PS dans les rangs du patronat. Au risque d’employer des gros mots comme “ classes sociales ”, voire “ lutte des classes ”, on doit bien chercher quelles sont les racines de classe du Parti Socialiste. Nous avons vu plus haut comment le parti lui-même, dans ses grandes masses, s’était nettement déplacé des ouvriers vers la “ upper middle class ”, des petits et moyens fonctionnaires vers les cadres supérieurs et les “ managers ”. Il faut maintenant étudier comment les réseaux du parti Socialiste et les réseaux du grand patronat, de ce qu’on appelait jadis la “ grande bourgeoisie monopolistique ” s’entremêlent au point parfois de se confondre. Sans aucun doute, si on étudie sa base sociale, la droite classique continue de représenter la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie traditionnelles. Mais dès qu’on va vers les sphères supérieures de la pyramide du capitalisme, la densité de socialistes au mètre carré s’accroît sérieusement.

 

Il y a là un paradoxe apparent. Le socialisme français traditionnel, s’il avait une vraie base ouvrière, comportait aussi dans ses rangs de nombreux éléments des classes moyennes traditionnelles : artisans, commerçants, médecins et avocats, petits patrons, des gens qui soit venaient de la clientèle traditionnelle du parti radical soit étaient d’anciens ouvriers ou des enfants d’ouvriers qui gardaient la fibre socialiste de leurs origines en dépit de leur élévation dans la hiérarchie sociale. La vieille SFIO justifiait d’ailleurs son réformisme et même son modérantisme obstiné par la nécessité impérieuse de sceller l’alliance de la classe ouvrière et de ces couches moyennes. Un jour que ses camarades français l’interrogeaient sur la véritable nature de la SFIO, Trotski leur répondit qu’elle était “ un parti de bistrotiers ”, qualification un peu méprisante mais loin d’être fausse, à condition de ne pas oublier que les bistrotiers socialistes étaient souvent d’anciens ouvriers socialistes qui s’étaient mis à leur compte et combattaient l’opium du peuple par le gros rouge et l’absinthe… Mais c’est aussi chez ces bistrotiers que s’organisait la vie politique ouvrière et syndicale, à l’heure où les partis qui prétendaient parler au nom des prolétaires n’étaient pas encore d’imposants propriétaires immobiliers. Le PS actuel, à l’évidence n’a plus rien à voir avec ce “ parti de bistrotiers ” … même si Jack Lang s’est démené pour faire classer le Fouquet’s monument historique.

 

À cet ancien bloc de la classe ouvrière et de la petite bourgeoisie (bloc qui trouvait d’ailleurs son complément dans l’alliance traditionnelle des socialistes et des radicaux), le socialisme de l’an 2000 substitue une nouvelle alliance de classes, celle des cadres supérieures, des nouvelles couches enrichies par le néolibéralisme et la mondialisation et des capitalistes des multinationales. On ne peut pas imaginer renversement politique plus complet. Il y a, certes, toujours eu des patrons socialistes, voire révolutionnaires. À tout seigneur, tout honneur : Engels dirigeait la filiale de l’entreprise paternelle à Manchester et Robert Owen, un des fondateurs du communisme, était également un entrepreneur. Précisons : il y a depuis longtemps de grandes familles capitalistes dont le cœur penche à gauche. Ainsi chez les Riboud ou les Seydoux les convictions de gauche sont de tradition… Il y a des hommes de gauche qui ont réussi à monter des entreprises florissantes. C’est le cas des anciens trotskistes André Essel et Max Théret, qui fondent la FNAC. Il y a Jacques Maillot avec “ Nouvelles Frontières ” et Gilbert Trigano avec le “ Club Med ”. Dans le cinéma ou l’édition, on trouverait aussi de nombreux représentants de ces hommes d’affaires de gauche. Tous ceux-là sont des capitalistes qui ont des convictions de gauche et parfois n’ont pas hésité à utiliser leur poids social et leurs moyens financiers au service de leurs convictions et pour la plupart sont gens fort respectables. L’évolution à gauche de certains courants chrétiens va également amener son lot de “ patrons sociaux ”, principalement parmi les amis de la CFDT. Enfin, le parcours personnel de François Mitterrand amène vers le PS des gens qui ne sont pas du tout de gauche, mais vont soutenir la gauche par amitié avec le Président de République – on pourrait ici citer André Rousselet, PDG des taxis G7 qui deviendra le premier dirigeant de Canal Plus.

 

À partir des années 80, c’est un tout autre processus qui se met en place. Des fonctionnaires et responsables socialistes vont utiliser leur accès au pouvoir comme un tremplin pour devenir des hommes des affaires – et parfois des affairistes – pendant que certains représentants de l’établissement financier se rapprochent du Parti Socialiste parce qu’ils prennent conscience que sous Mitterrand, “ les socialistes nous débarrassent du socialisme ” comme le dit un des personnages du téléfilm de Marco Pico, “ Les enfants du printemps ”.

 

À l’occasion de l’arrivée de Laurent Fabius à Bercy, lors du remaniement ministériel du printemps 2000, le Monde s’intéresse aux réseaux de nouveau ministre des Finances. Avec le sens de l’hyperbole qui lui est propre quand il s’agit des socialistes, le grand quotidien du soir détaille les constituants de la “ galaxie pourvoyeuse d’idées du ministre de l’économie "[2]. Sur les indications, semble-t-il, de Henri Weber, sénateur de Seine-Maritime, ex-leader de la Ligue Communiste des années 60 et 70, un homme qui a ses entrées au MEDEF depuis qu’il a consacré au patronat une étude respectueuse, le rédacteur du Monde, décompose ainsi les cercles qui gravitent autour de Laurent Fabius. Viennent d’abord, sans que cela soit par un ordre d’importance réelle, les Socialistes avec le courant fabiusien du PS qui continue de contrôler en gros un quart de l’appareil du parti. Suivant les leçons de François Mitterrand, Fabius contrôle sa baronnie haute normande avec science, méthode et main de fer dans un gant de velours, mais il ne veut pas être trop lié au Parti Socialiste. D’où le deuxième cercle des intimes, cercle informel où son ancien directeur de cabinet, Louis Schweitzer, PDG de Renault, joue un rôle clé. Autour de Schweitzer, on retrouve, toujours selon le Monde, Serge Weinberg, président du directoire de Pinault-Printemps-La Redoute, qui fut chef de cabinet de Laurent Fabius lorsque ce dernier était ministre du budget. À ses côtés, un autre ancien du cabinet de Laurent Fabius, Charles-Henri Filippi, directeur général du CCF et Patrick Careil, PDG de la banque Hervé. La formule de ce deuxième cercle : comment passer des cabinets ministériels aux sommets du capitalisme français ?

 

À cette “ garde rapprochée ”, il faut ajouter tous ceux qui occasionnellement peuvent donner un coup de main ou dont les conseils sont sollicités. La liste donnée par le Monde est, là encore, assez significative : Patrick Ponsolle, PDG d’Eurotunnel, ancien directeur adjoint du cabinet de Laurent Fabius quand il était ministre du budget, Pascal Beaufret, directeur financier adjoint de Alcatel, son ancien conseiller technique à l’industrie et à Matignon, Lionel Zinzou, associé-gérant chez Rothschild et Cie, sa plume quand il était Premier Ministre, Édouard Stern, président d’International Real Returns, Philippe Calavia, directeur général délégué d’Air France, conseiller technique à Matignon de 1984 à 1986, Jean-Dominique Commolli, PDG de la SEITA, ancien chargé de mission à Matignon. Là encore la formule : haut fonctionnaire, cabinet ministériel, manager capitaliste semble fonctionner à plein rendement. On comprend mieux de qui Fabius est le porte-parole quand il arrive au gouvernement avec la ferme volonté de baisser les impôts sur les plus hauts revenus et de détaxer les stocks-options que Juppé avait surtaxées.

 

Dans ces multiples réseaux, on retiendra le rôle central joué par le PDG de Renault, Louis Schweitzer. Voilà un patron de gauche qui, plus que dix ou cent thèses, dit ce qu’est aujourd’hui la gauche, et singulièrement ce qu’est le Parti Socialiste. Louis Schweitzer, en tant que PDG de l’entreprise phare qu’est Renault, a montré de façon éclatante comment on peut être “ de gauche ” et se comporter comme un patron de choc. Élève de l’ENA de 1968 à 1970, Louis Schweitzer a intégré l’inspection des Finances. En 1981, il devient directeur de cabinet de Laurent Fabius au ministère du budget et à l’industrie ; quand son patron devient Premier Ministre, il occupera les mêmes fonctions à Matignon. Quand la droite revient au pouvoir en 1986, il rejoint Renault dont il devient le PDG en 1992. S’affirmant résolument de gauche, Schweitzer réfute l’étiquette de “ patron de gauche ” car “ il n’y a malheureusement pas trente six façons de gérer une entreprise. "[3] C’est exactement la position d’un Tony Blair. Mais Schweitzer n’en fait pas une théorie. Il applique. Aux côtés de Fabius d’abord. Dans le grand jeu du mécano industriel des années 80 et après que Jean-Pierre Chevènement eût été mis sur la touche, c’est Fabius en effet qui va jouer un rôle central, dans les restructurations. C’est l’époque où la sidérurgie française est dépecée pour cause de non-compétitivité. Le gouvernement de gauche réalise ce que la droite – Giscard et Barre – n’avait pas réussi à faire en raison de la révolte des ouvriers … alors soutenus par la gauche. La Lorraine est mise au pain sec. Les ouvriers de la sidérurgie sont invités à se reconvertir en Schtroumpfs. Face à la droite, Fabius se plaint et se vante tout à la fois : nous avons fait “ le sale boulot ”. Maitre d’œuvre : Louis Schweitzer. Une étape décisive est accomplie dans la destruction politique de la classe ouvrière française. En tant que PDG de Renault, Schweitzer va poursuivre son œuvre. Lui qui a très largement organisé les nationalisations de 1981 va être l’artisan de la privatisation de Renault et de la liquidation de la “ forteresse ouvrière ”. En 1996, c’est lui qui fait pression sur le gouvernement Juppé pour arracher la privatisation de Renault : l’État conservait encore la majorité et Juppé, pas téméraire pour deux sous, lâche 6 % pour ramener la part de l’État à 46 %. C’est encore le gouvernement de droite qui impose cinq administrateurs publics à Renault alors que Schweitzer n’en voulait que trois. Ce n’est certainement pas à gauche qu’on trouverait des étatistes aussi sourcilleux. Heureusement, la gauche revient au pouvoir en 1997. Comme il n’y a pas “ trente six façons de gérer une entreprise ”, c’est sans état d’âme qu’il annonce brutalement la fermeture de l’usine Renault de Vilvoorde. Décision que Jospin, une fois élu, confirmera. Dès juillet 1996, Schweitzer a embauché un spécialiste en restructurations, venu de chez Michelin, Carlos Ghosn. C’est lui qui va restructurer l’ex Régie. Puis, début 1999, c’est la prise de contrôle de Nissan et les restructurations menées au pas de charge par un Carlos Ghosn qui peut démontrer tout son savoir-faire. Pendant des années, on avait mobilisé les Français contre le péril jaune – on n’oubliera pas les impayables déclarations de Mme Edith Cresson sur les “ fourmis ” japonaises. Les conditions de travail y étaient présentées comme un véritable bagne. Les ouvriers japonais ont pu tester qu’il y a pire qu’un patron japonais, qu’il y a un bagne plus terrible que la gestion paternaliste traditionaliste de l’Empire du Soleil Levant. Licenciements, destruction des avantages sociaux, chasse aux gains de productivité (cadences, flexibilité) : le patron “ socialiste ” n’a pas pris de gants. Et du même coup, il a fait justice des récriminations hypocrites dont les socialistes français nous ont abreuvés pendant des années. En France, il fallait faire des sacrifices à cause de la concurrence “ déloyale ” de l’Asie du Sud-Est. Aujourd’hui, c’est un des leurs qui demande aux Japonais des sacrifices en raison de la concurrence … des pays occidentaux qui ont mis à genoux la fière industrie automobile nippone !

 

Hasard du calendrier : quelques jours après le retour de Laurent Fabius au gouvernement, Denis Kessler, numéro deux du MEDEF et patron de la branche “ assurances ” de l’organisation patronale, recevait la légion d’honneur des mains du baron Ernest-Antoine Seillière. Rendant compte de cette petite sauterie bien parisienne, le Monde titre : “ La rosette de Denis Kessler réunit la gauche, la droite et le CAC 40. "[4]” Ce n’est pas que la rosette qui réunit tout ce beau monde ; Denis Kessler, à lui seul, est un concentré de toute la période historique que nous venons de vivre. En remettant la rosette, le baron résume, “ taquin ”, dit le Monde, l’évolution de Denis Kessler par la très classique formule : “ Quand on n’est pas gauche à vingt ans, c’est qu’on n’a pas de cœur ; quand on n’est pas de droite à quarante, c’est qu’on n’a pas de tête. ”

 

En effet, Denis Kessler fut dans les années 70 un des représentants de l’aile gauche de la CFDT. Spécialiste des retraites, il écrit un livre avec Dominique Strauss-Kahn puis finit par se faire embaucher comme fonctionnaire du CNPF avant de rentrer chez AXA. Hasard malencontreux (?), AXA, groupe dirigé par une des figures de proue du capital financier français, Claude Bébéar, a conclu un accord d’un genre nouveau avec la CFDT recentrée de Mme Notat : pour la première fois en France, les cotisations syndicales sont directement prélevées sur la feuille de paie des salariés. L’autogestion des années 60 et 70 s’est muée en pur corporatisme, en nouvelle forme de ce syndicalisme à cotisations obligatoires dont les ouvriers d’Europe de l’Est se sont progressivement débarrassés, en commençant par la révolte de Gdansk pour finir avec l’effondrement du mur de Berlin. Cette petite digression suffit pour montrer que le parcours de Denis Kessler n’est pas aussi bizarre qu’on pourrait le croire au premier abord. Mais l’histoire ne se termine pas là. Après son passage chez AXA, Denis Kessler revient au CNPF devenu MEDEF pour devenir le patron de la branche “ assurances ”, la FFSA. Protégé de Claude Bébéar, Denis Kessler a la réputation d’un défenseur du “ libéralisme intégral ” – comme tout le monde est rallié au libéralisme, il faut maintenant introduire des qualificatifs subtils pour en distinguer les diverses nuances. Bras de droit de Ernest-Antoine Seillière, Denis Kessler est le théoricien de la “ refondation sociale ”, c'est-à-dire d’une révolution radicale des rapports entre les partenaires sociaux, mettant à bas le vieux paritarisme, limitant drastiquement le champ d’intervention de la loi et de l’État. À ses côtés, on remarquera la présence de François Ewald, philosophe mais aussi ancien militant de la Gauche Prolétarienne, devenu un critique de l’État Providence.

 

Eh bien, chose étonnante, la seule confédération de salariés qui réponde positivement à l’invitation de Denis Kessler de Ernest-Antoine Seillière et qui accepte sa problématique est … la CFDT de Mme Notat. Cette “ refondation sociale ” trouve d’ailleurs des applications concrètes. Denis Kessler a inventé le PARE, un système de gestion des chômeurs calqué sur le modèle punitif de Mrs Thatcher et de son successeur néo-travailliste, Tony Blair. Encore une fois, seule la CFDT –aux côtés du groupuscule qu’est la CFTC- en accepte le principe. Que le monde est petit ! Syndicaliste gauchiste des années 60, patron libéral des années 2000, Denis Kessler reste fidèle à son organisation syndicale.

 

 

Quand on sait que la CFDT possède plus que des relais puissants dans l’appareil socialiste, la boucle est bouclée … et nous ramène à notre petite sauterie décorative. “ C’est presque une réunion du CAC 40 ”, dit Denis Kessler. Autour de lui et des dirigeants du MEDEF nous pouvons croiser Dominique Strauss-Kahn et Philippe Séguin, Claude Bébéar et Michel Bon, le PDG de France Télécom. Des patrons clairement à droite comme Vincent Bolloré ou Michel Pébereau et des patrons au cœur qui penche à gauche, comme les dirigeants de Schlumberger. Des dirigeants de la CFTC et de la CGC et comme le confiait Denis Kessler lui-même, “ Nicole Notat serait bien venue, mais elle est en vacances. ”

 

L’enchevêtrement des liens entre l’appareil du PS, la haute fonction publique, les patrons des grandes entreprises capitalistes et certains milieux syndicaux ou mutualistes est presque inextricable. Quand on tire un fil, tout vient progressivement. De tous les ministères importants partent des fils multiples qui vont conduire d’ambitieux énarques, de brillants inspecteurs des finances vers les sommets du capitalisme privé, souvent même du capitalisme privatisé. Pierre Bérégovoy est ministre des Affaires Sociales puis ministre des Finances entre 1982 et 1986. Comme directeur de cabinet, il appelle un homme jeune et brillant qui devient “ dircab ” à l’âge de 33 ans. À ce poste, Jean-Charles Naouri va être un des premiers artisans de la libéralisation des marchés financiers qui restera la “ grande œuvre ” de Pierre Bérégovoy – pour une telle opération, seul un ministre autodidacte issu des rangs ouvriers pouvait convenir. Selon la rumeur, rapportée par le Monde (15 septembre 1997), Jean-Charles Naouri aurait dit, lors de son pot d’adieu après la défaite de la gauche en 1986 : “ Dans la vie, il y a deux choses qui comptent : le pouvoir et l’argent. Nous avons eu le pouvoir, maintenant il nous faut l’argent. ” Apocryphe ou non, cette phrase résume admirablement et la trajectoire de Jean-Charles Naouri, et celle d’une large partie de la génération qui va accéder au pouvoir avec François Mitterrand. Naouri quitte donc la fonction publique et devient associé-gérant chez Rothschild – un parcours assez semblable à celui de l’ancien conseiller de Fabius, Laurent Zinzou. Chez Rothschild, d’ailleurs on peut faire des rencontres intéressantes. Nicolas Bazire, directeur de cabinet de M. Édouard Balladur sera, lui aussi, associé-gérant. En 1987, Jean-Charles Naouri crée le fond d’investissement Euris qui prend rapidement de l’ampleur, empilant les structures. Non seulement il a l’appui de Rothschild mais aussi celui de Lazard Frères, une compagnie financière qui accueillera bientôt dans ses rangs l’ancienne secrétaire générale adjointe de l’Élysée sous François Mitterrand, Mme Anne Lauvergeon. Celle-ci, après Alcatel, finira par prendre en main les destinées de la COGEMA. Mais ne nous égarons pas, ce qui est si facile : dès qu’on entre dans les méandres du grand capital, on trouve des socialistes et des hommes et femmes de confiance des socialistes dans tous les couloirs.

 

En 1991, Naouri entre dans le domaine de la distribution. Il reprend Rallye et Go Sport en se liant au groupe Casino dont il prend 30 % en échange de ses actifs dans Rallye. La financière Euris est ainsi devenue un important groupe de distribution. Inquiété par la commission parlementaire qui enquête sur la manière dont certains grands patrons ont profité largement de la liquidation de certains actifs du Crédit Lyonnais, Naouri règne sur un groupe qui pèse plus 10 milliards et sa fortune personnelle est évaluée à plus de 1,5 milliards de francs. Si la gauche n’a pas réglé la question sociale, en voilà un au moins qui a réglé sa propre question sociale ! Dans leur livre “ L’entreprise barbare "[5], Albert Durieux et Stéphane Jourdain épinglent d’ailleurs Go Sport comme une de ces entreprises qui pratiquent le harcèlement systématique de leurs salariés, au point de fonctionner, disent ces deux auteurs, quasiment comme une secte.

 

On pourrait aussi s’intéresser aux heurs et malheurs de l’économiste Alain Bloubil, un autre proche de Pierre Bérégovoy qui, tout comme Naouri, aura maille à partir avec la justice, notamment à propos d’un méchant délit d’initié concernant Péchiney. Sans oublier quelques amitiés plus ou moins intéressées qui précipiteront l’intègre Bérégovoy dans la spirale infernale qui se terminera au bord du canal du Nivernais au petit matin du 1er mai 1993. Qu’on nous permette une digression et une interprétation. Pierre Bérégovoy, on s’en souvient, avait bénéficié d’un prêt à un taux avantageux de la part de Roger-Patrice Pelat, un homme d’affaires proche de François Mitterrand, qui sera soupçonné d’avoir bénéficié, lui aussi, d’un délit d’initiés dans l’affaire Péchiney qui vient d’être évoquée. Blessé d’être accusé de corruption par certains journaux, lâché par une partie de ses amis, confronté au désastre de la gauche aux élections du printemps 1993 qui ramènent le PS à un niveau d’avant le congrès d’Épinay, les raisons ne manquent point pour pousser au geste fatal cet homme fatigué par 14 ans presque ininterrompus de ministères exposés. Ancien ouvrier ajusteur, entré à 16 ans à la SNCF, qui a refusé les compromissions de la SFIO et rejoint le PSA en 1958 et Pierre Mendès-France dans l’aventure qui conduit au PSU, puis à la reconstruction d’une nouvelle force socialiste basée sur l’Union de la Gauche, Pierre Bérégovoy est peut-être confronté, en ce printemps de 1993, au bilan catastrophique de la vie de celui qui avait pensé la mettre sous le signe de la lutte pour la justice sociale. Acteur mais aussi victime des années fric, Pierre Bérégovoy a peut-être brutalement compris quel monstre était sorti des deux septennats socialistes.

 

On pourrait continuer l’énumération. Nous avons vu deux premiers ministres socialistes Fabius et Bérégovoy. Mais les amis et collaborateurs de Mauroy et Rocard ont aussi des trajectoires intéressantes. Ainsi Christian Blanc, ancien préfet qui s’est illustré lors de la négociation en Nouvelle-Calédonie, devenu patron de la RATP puis PDG d’Air France et organisateur de l’entrée de la compagnie dans l’ère du libéralisme et de la privatisation, Christian Blanc que “ L’Événement du Jeudi ” présente en ces termes : “ Homme de gauche et patron de choc ” (30/11/1995). Démissionnaire d’Air France en 1997, Christian Blanc vient d’être nommé vice-président de la filiale française de la compagnie financière Merryl Lynch. Belle carrière pour un préfet. On pourrait encore citer les spécialistes de l’aller-retour, par exemple, Martine Aubry, ministre puis DRH chez Péchiney puis à nouveau ministre chargée des Affaires Sociales et du Travail. On pourrait aller faire un tour du côté de Pierre Mauroy et croiser Jean Peyrelevade, devenu PDG du Crédit Lyonnais, dont il assure le redressement après le naufrage sous la présidence de Jean-Yves Haberer. Ancien directeur du Trésor nommé Bérégovoy, Haberer présidait aux destinées du Crédit Lyonnais quand se sont nouées les grandes affaires qui devaient le conduire à la quasi-faillite. Une affaire exemplaire des liens entre politiques, hommes d’affaires et aventuriers, qui devait être suivie du “ repas des fauves "[6] ” auquel se livreront les grands capitaines de la finance française avec la complicité du CDR, l’organisme chargé de la liquidation des actifs du Lyonnais, mis en place par Édouard Balladur. Parmi les “ fauves ” qui se partageront les dépouilles de la vénérable institution, on retrouve les holdings de François Pinault et de Jean-Charles Naouri…

 

Il y a un homme qui symbolise mieux que tout cette grande confrérie du fric de droite et du fric de gauche. C’est Alain Minc, tantôt pour la gauche moderne, tantôt pour la droite, consultant et écrivain prolixe (surtout à la photocopieuse : ça va plus vite qu’au stylo). “ Pour fêter ses 50 ans, Minc réunit à la table du Grand Véfour, le 14 avril 1999, un “ nectar de Who's Who”. Par ordre alphabétique, citons Martine Aubry, Pierre Bergé, Vincent Bolloré, Michel Bon, Jean-Marie Colombani, Jean Drucker, Franz-Olivier Giesbert, Bernard Kouchner, Philippe Labro, Pascal Lamy, Gérard Mestrallet, Jean-Charles Naouri, Jean Peyrelevade, François Pinault, David de Rothschild, Ernest-Antoine Seillière, Louis Schweitzer, Anne Sinclair, Dominique Strauss-Kahn et Jean-Claude Trichet. Attention, précise un de ces heureux invités, ce n'étaient pas pures mondanités : “C'est vrai qu'Alain est snob comme un pot de chambre ”, mais  “ les gens qui étaient là n'auraient normalement jamais dîné ensemble ”.[7] ”

 

Il y a évidemment des différences importantes entre les types d’hommes. Louis Schweitzer ou Christian Blanc ne ressemblent pas à Jean-Charles Naouri. Mais ces différences deviennent secondaires si on considère que le lien et le passage entre la politique et les affaires, qui constituait l’exception, est devenu la règle dans les cabinets socialistes. Ce qui était vrai essentiellement des partis de droite est devenu une des caractéristiques du Parti Socialiste et cela a nécessairement une signification politique.

 

Si, prenant un peu de recul, on considère maintenant le tableau d’ensemble, on ne manquera pas d’être frappé par la dynamique qui s’est mise en route avec l’arrivée au pouvoir de la gauche en 1981. Toute une génération de hauts fonctionnaires, souvent encore jeunes, va arriver aux affaires. Unissant idées modernistes, voire teintées de gauchisme à une forte culture de la compétence technique, ils vont progressivement pénétrer tous les rouages de l’appareil d’État et de l’économie. Puis, chevauchant la vague néolibérale, eux qui furent embauchés sous l’enseigne de la “ rupture avec le capitalisme ” vont se retrouver à la tête des plus grandes entreprises, souvent privatisées sous les gouvernements de droite et de gauche. On passe d’un capitalisme d’État qui se voulait “ socialiste ” à un capitalisme privé qui a pris entièrement le contrôle de l’État. En changeant ce qui doit être changé, ce processus rappelle étrangement le démantèlement de l’ex-Union Soviétique. Les bureaucrates formés à l’école du Gosplan vont engager la privatisation de l’économie d’État … et s’en partager les dépouilles.

 

Nous n’avons qu’effleuré les phénomènes de corruption, les “ affaires ” qui ont pourri le deuxième septennat de Mitterrand. Les “ affaires ” sont révélatrices, mais elles ne sont pas l’essentiel et peuvent même le masquer. L’essentiel c’est la transformation radicale de la relation entre le PS et les classes dominantes et du même coup le bouleversement de tout le champ politique, qui ne se circonscrit pas à la géographie parlementaire mais concerne la représentation politique de la nation dans toutes ses composantes et avec tous ses conflits. Cette transformation des liens entre les possesseurs de capital – les vrais, pas les petits épargnants qui se font plumer dans l’opération Eurotunnel – et le Parti Socialiste a plusieurs conséquences :

  • Le PS n’est plus un parti pour la gestion loyale du capitalisme en temps de crise, comme ce fut le cas en 1936. Il est une solution sérieuse et durable pour les classes dominantes, au même titre que le sont les partis de la droite classique. Nous avons même vu que le PS possède sur ces derniers quelques avantages décisifs, notamment celui d’être moins lié à la tradition conservatrice pesante pour la “ nouvelle économie ”.

  • Cette transformation du PS s’est opérée dans la douleur, la déception et les dégoûts des uns, l’enrichissement insolent et la corruption des autres. Avec Lionel Jospin, cette phase est terminée. Le ménage est en gros fait. Les défauts inévitables des “ nouveaux riches ” s’estompent avec l’habitude. Au total, le rigorisme protestant de Lionel Jospin aura été l’instrument de la normalisation consécutive à cette mutation du Parti Socialiste.

  • Du point de vue de sa composition sociale, de son appareil, des liens qu’il entretient avec la société civile, le PS est désormais le parti du “ bloc central ” cher à Valery Giscard d’Estaing.[8]

 

Encore une fois, il ne s’agit pas d’opposer un PS soi-disant “ révolutionnaire ” ou au moins fortement contestataire des années 70 au PS assagi par le pouvoir. Le PS a évolué par petites secousses, enregistrant tel tournant gouvernemental – en rouspétant – avançant, mezzo voce, telle innovation théorique. Il n’y a pas eu de congrès de Bade-Godesberg comme pour la SPD. Pas de spectaculaire changement de sigle. Et pourtant il a subi, en profondeur, une sorte de transsubstantiation qui bouleverse tout le paysage politique français. La seule chose qui le sépare maintenant du “ centre droit ”, de la démocratie chrétienne en particulier, c’est peut-être la relation à l’Église catholique. En dépit du poids des “ cathos de gauche ”, le PS reste largement un parti laïque. Mais l’affaiblissement du contrôle politique de l’Église, la désagrégation de la démocratie chrétienne européenne – crise du CDU, explosion de la DC italienne – et la montée d’une nouvelle droite réactionnaire – Haider en Autriche, “ centristes ” suisses – laissent augurer de nouveaux reclassements. »

 

- [H] Comment le PS est devenu un parti du capital ? Aujourd’hui...

Les processus que nous avions analysés à l’époque n’ont fait que se développer au cours des quinze dernières années. Dans son livre L’imposteur (Balland, 2014), Jacques Cotta établit précisément les liens profonds existants entre les milieux du capital financier (singulièrement les grandes banques), les hauts fonctionnaires sarkozystes et les hiérarques du PS. Il montre aussi comment la CFDT, dont les dirigeants ont une forte propension à investir la direction des entreprises privées colonisent véritablement l’appareil d’État. De ce point de vue l’accord Hollande-Gattaz autour du « pacte de responsabilité » et la nomination de Valls, celui qui voulait il y a encore peu de temps débaptiser le PS pour faire disparaître le mot « socialiste » ne fait que parachever une évolution dont on peut fixer le point de départ au « tournant de la rigueur » engagé par le gouvernement Mauroy en 1982.

 

On l’a souligné, cette évolution a un centre de gravité : les engagements « européens », c’est-à-dire la soumission du PS au dogme de la « concurrence libre et non faussée » (qui figurait déjà dans le traité de Rome!). C’est Delors qui a convaincu Mitterrand l’atlantiste de donner la priorité à la « construction européenne » en 1982-1983. C’est ensuite Mitterrand qui, secondé par Bérégovoy, a pris le camp des ultra-européistes en mettant en place « le grand marché », en libéralisant les transactions financières, en déréglementant à tout va. Les « bébés Delors » vont un rôle croissant et parmi eux un certain François Hollande qui dès 1983 servait de « nègre » à Max Gallo pour un livre qui appelait déjà à rompre avec tous les « dogmes socialistes » intitulé La nouvelle alliance. C’est au Pascal Lamy qui va prendre la direction de l’OMC où il œuvrera avec constance pour le triomphe de la nouvelle économie libérale, ce même Lamy qui vient de déclarer qu’il vaut mieux un job à 500€ que d’être chômeur.

 

En vérité, les sommets du PS n’ont plus aucun lien réel avec les citoyens en général pour ne rien dire des classes populaires. Ils appartiennent à cette « classe capitaliste transnationale » (TCC) si bien analysée par Leslie Sklair. Les maires des métropoles (Paris et Lyon) ou les barons des grandes régions font également partie de cette classe « hors sol ». Et avec eux toute une camarilla d’experts et de conseillers qui naviguent entre la direction des grandes entreprises et les cabinets ministériels.

 

Maintenir l’illusion qu’il existe quelque chose comme « la gauche » qui unirait les ouvriers licenciés, les RMIstes et les sept millions (au moins) de travailleurs pauvres aux barons « socialistes », c’est faire preuve d’un aveuglement radical ou d’une aptitude singulière à la reptation devant les puissants, à moins qu’il ne s’agisse de participer à une opération d’enfumage nécessaire pour sauvegarder sinécures et voitures de fonction.

 

Note :

[1] Le rôle dirigeant dans le gouvernement du Front Populaire devait échoir aux radicaux. Mais la grève générale bouleversa les calculs, et à la place de Herriot ou Daladier, la classe dirigeante demanda à Léon Blum de prendre les choses en main.

[2] Le Monde, Jeudi 20 Avril 2000

[3] Libération – Lundi 5 mai 1997

|4] Le Monde, Vendredi 21 Avril 2000

[5] Albin Michel 1999

[6] Pour reprendre le titre du livre de Thierry Pfister et Fabrizio Calvi.

[7] Libération - 10 décembre 1999 ; Compte rendu du livre de Éric Dupin, “ Un capitaliste français ” (J.C. Lattès, 1999)

[8] Dans Démocratie française, VGE, encore Président de la République, expliquait que la France devait être “ gouvernée au centre ” puisque l’évolution sociale et économique était en train de constituer un bloc central des classes moyennes qui reléguait la lutte des classes aux poubelles de l’histoire.

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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 13:03
Qui est François Hollande ?
  • Le Hollandisme révolutionnaire

  • Source : le Parti de Gauche Midi-Pyrénées  par Philippe Marlière

    Il y a deux ans, un démographe donnait une interview choc dans les colonnes du Nouvel observateur. Contre la droite sarkozyste « inégalitaire » qui désignait des boucs émissaires (immigrés, jeunes, chômeurs) comme responsable de la crise, il saluait l’« appréciation très perspicace du sens de l’histoire » de François Hollande, ainsi que son plaidoyer pour une présidence « normale ». Il voyait un candidat socialiste « revenu au principe d’égalité », qui « prend le parti du peuple ». Il pariait sur un « hollandisme révolutionnaire » qui poserait la question du pouvoir de la finance une fois aux commandes de l’État, car les circonstances économiques et politiques du moment « l’amèneraient à se radicaliser ». [1]

     

    N’accablons pas l’auteur de ces fortes paroles : le pronostic de notre démographe s’est en partie avéré pertinent : d’une part, les « circonstances » ont effectivement amené le président de la république à se radicaliser. Seulement c’est une radicalisation à droite, et non à gauche, qu’il a opérée. D’autre part, le hollandisme est effectivement de nature « révolutionnaire » dans le paysage politique français : Thatcher avait son ennemi de l’intérieur, les mineurs, Hollande a désormais le sien : la gauche de transformation sociale. Deux ans à peine après son élection, je propose une ébauche topographique du hollandisme présidentiel : où se situe-il et où nous amène-t-il ?

     

     

    - À droite du New Labour

    Le cap a été fixé dès le lendemain de l’élection présidentielle. Contrairement à la promesse de campagne, il n’y a eu aucune renégociation du pacte de stabilité germano-européen qui condamne virtuellement l’eurozone à des politiques d’austérité ad aeternam. La politique sociale et économique du gouvernement est uniquement au service des intérêts des possédants. Le monde de la finance et de l’actionnariat, vivement décrié dans le discours du Bourget, est choyé. Il n’est pas une semaine sans que le gouvernement ne lui a octroie de nouveaux abattements fiscaux au nom d’un surréaliste « ras-le-bol fiscal ». Les patrons du CAC 40 ou de start up menacent et leurs vœux sont aussitôt exaucés. Le pacte de responsabilité est la caricature de ce hollandisme antisocial : faire des milliards d’euros d’économie sur le dos des travailleurs, petits et moyens, pour les redistribuer aux patrons et actionnaires sans contrepartie économique et sociale. Le hollandisme révolutionnaire n’est vraiment pas l’adversaire de la finance. Il est, au contraire, son plus fidèle et dévoué allié.

     

    François Hollande a prétendu avoir entendu le message du peuple et tiré les enseignements de la déroute des municipales. Dans la foulée, il a nommé le plus droitier des dirigeants socialistes. Insouciance, mépris des électeurs, légèreté dans l’exercice de ses fonctions ? C’est possible. N’écartons pas cependant une décision mûrement réfléchie : le néolibéralisme autoritaire de Manuel Valls tient aussi de feuille de route du hollandisme.

     

    J’ai vécu l’arrivée de Tony Blair à la tête du Parti travailliste (en 1994), puis son accession au pouvoir (en 1997), ainsi que ses réélections (en 2001 et 2005). Pendant cette période, la « troisième voie » blairiste était considérée à Solferino comme une variante soft du thatchérisme. À l’automne 1997, j’accompagnais une délégation du Parti socialiste emmenée par François Hollande à Downing Street. En sortant de la résidence du premier ministre, il me glissa : « Nous, en France, on ne fera jamais du blairisme ».

     

     

    - Bisounours politiques

    Je le dis aujourd’hui sans forcer le trait : le hollandisme est une variante de droite du blairisme. Hollande partage avec Tony Blair la même conception du monde dans lequel les classes ont disparu (« We’re all middle class now ! »). Dans cet univers apaisé, les luttes de classes n’ont donc plus lieu d’être. La gauche et la droite sont devenues des notions désuètes puisque les représentants des deux camps s’entendent pour mener les mêmes politiques. Sur la planète des bisounours politiques, Hollande croit jouer dans la cours des Grands : Angela Merkel, Barak Obama ou le monde du business.

     

    Blair cultivait un atavisme étatsunien qui nous valut une guerre d’Irak fabriquée de toutes pièces. Hollande nous offre « l’Europe, l’Europe, l’Europe ! ». Chez Hollande, l’Europe n’est jamais celle des peuples, de la culture ou de la solidarité. C’est l’Europe des élites, des possédants, des marchés et des entreprises. Il ne reculera pas, n’en démordra pas : l’Europe des dominants est son unique projet. François Mitterrand l’avait rejointe après avoir tourné le dos à la social-démocratie de gauche au moment du tournant de la rigueur. [2] Hollande l’avait déjà adoptée avant d’entrer à l’Élysée. Le retour en Hollandie de Jean-Pierre Jouyet, ami intime, ex-ministre sarkozyste et autre cabri européen, corrobore mon développement. En nommant Jouyet secrétaire général de l’Élysée, Hollande réaffirme la ligne droitière décomplexée inaugurée lors de la conférence de presse de janvier dernier.

     

    Cessons les médiocres débats sémantiques : François Hollande n’est ni un socialiste, ni un social-démocrate. Il ne se rattache pas non plus à la tradition sociale-libérale. Hollande est un centriste qui se positionne dans le sens du vent néolibéral. C’est ici que réside la nature historiquement révolutionnaire du hollandisme : il est fondamentalement hostile aux valeurs et aux politiques de la gauche.

     

    Notes

    [1] Emmanuel Todd, « Je parie sur le hollandisme révolutionnaire », Le nouvel onservateur, 05/03/2012 ;

    [2] Philippe Marlière, « Republican King », London Review of Books, Vol. 36, No. 8, 17 avril 2014.

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 10:05
Le PS n'est pas de gauche !

Le PS échoue parce qu’il mène la politique des capitalistes - la même que l’UMP. Pour échapper à la logique autoritaire que suit l’oligarchie, il faut construire la gauche autonome, écologiste, unissant des traditions politiques différentes mais convergeant dans leur analyse du moment historique.

 

Sources :  Reporterre par Hervé Kempf 

"Vague bleue", "déroute du PS", "débâcle de la gauche"… les élections municipales conclues le 30 mars ont marqué une défaite remarquable du Parti socialiste, qui perd la gestion de dizaines de villes. Le vote marque un désaveu évident de la politique menée depuis deux ans par MM. Hollande et Ayrault et par leur majorité.

 

Mais est-ce bien une défaite de la gauche, comme le proclament à l’envi les commentateurs politiques des médias dominants ? La défaite du PS est-elle la défaite de la gauche ? Cela ne serait vrai que si le PS était à gauche. Mais le PS n’est pas à gauche.

 

Entendons-nous : il proclame en permanence qu’il est de gauche, il ancre son histoire dans la gauche, et, incontestablement, ses électeurs se pensent eux-même à gauche. C’est-à-dire inspirés par l’idée fondamentale que la paix sociale ne peut exister que dans la justice, et que cette justice passe essentiellement par la recherche de l’égalité entre les citoyens, par la maîtrise des rapports d’inégalité afin que que la force des uns ne surpasse pas trop celle des autres.

 

Et pour qu’un parti puisse être dit de gauche, il faut qu’il mène une politique de gauche. Et dans un contexte historique caractérisé par un niveau d’inégalité historique, par la domination des banques et des marchés financiers sur la politique économique, par l’échec du croissancisme à résoudre les problèmes écologiques et à endiguer la pauvreté croissante, une politique de gauche serait de s’attaquer résolument - dans une perspective européenne - aux revenus des plus riches et des paradis fiscaux, aux pouvoirs financiers, au productivisme.

 

Le PS, M. Hollande, ont-ils mené cette politique ? Non. Ils ont suivi la même politique que l’UMP, que M. Sarkozy. Agitant le chiffon rouge du mariage pour tous - un moyen astucieux de détourner l’attention pendant qu’on s’asujettisait aux desiderata des marchés -, injectant une pincée de mesurettes sociales, ils ont continué sur la lancée du néo-libéralisme en vigueur dans tous les pays européens, alors même que le désastre provoqué par les marchés financiers en 2008 aurait dû conduire à un radical changement de cap.

 

Les électeurs n’ont donc pas boudé "la gauche" : ils ont boudé une politique mensongère, et même perverse. Car après tout, avec l’UMP, on sait où l’on est : dans le camp des dominants, du capitalisme sans remords. Avec le PS, on se croit à gauche, et il est plus difficile de combattre des dirigeants que l’on croit ses alliés. Ce mensonge est en train de prendre fin : nombre d’électeurs de gauche ont préféré s’abstenir ou aller ailleurs plutôt que de maintenir cette fiction d’un vote de gauche.

 

Pourquoi alors ne se sont-ils pas reportés sur le Front de gauche ou sur EELV ? Parce que ces deux mouvements maintiennent une alliance avec le PS. Au sein du Front de gauche, le Parti communiste a entretenu ses accords avec le PS pour sauver ses derniers bastions municipaux : c’est la logique d’un appareil à l’agonie et qui est en train de disparaitre. Le Parti de gauche, englué par son accord avec ce partenaire peu fiable, ne peut sortir son épingle du jeu.

 

Quant à EELV, il ne peut pas représenter l’alternative, puisqu’il maintient contre vents et marées un choix stratégique d’union avec le PS qui le conduit à accepter une politique encore plus nuisible à l’environnement que ne l’était celle du gouvernement UMP ! Incapable de peser réellement sur quoi que ce soit, EELV parvient à sauver ses propres meubles, mais échoue à se poser en chance pour l’avenir.

 

Tout ceci doit se lire dans le contexte de la dérive autoritaire du régime oligarchique. Maître des moyens de masse d’information, les néo-libéraux font reculer de plus en plus les libertés publiques pour imposer leur politique, et le PS est à cet égard en pleine connivence avec les choix effectués. Le Front national est un instrument bien utile pour permettre des politiques toujours plus sécuritaires, visant les personnes d’origine étrangère et les mouvements sociaux et écologiques.

 

Et le fait que 40 % de citoyens fassent sécession à s’abstenant à des élections qui mettent face à face les deux grands partis, UMP et PS, partisans d’une même politique, ne suffit pas à inverser la pente dangereuse sur laquelle nous glissons.

 

Il faut prendre acte du refus du PS à porter la justice, la liberté et l’écologie. Et construire, non pas la "gauche de la gauche", comme le répètent en boucle les griots de l’oligarchie, mais la gauche : autonome, écologiste, unissant des traditions politiques différentes mais convergeant dans leur analyse du moment historique.

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