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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 09:27
8 au 22 novembre 1918 : quand  le drapeau rouge flottait  sur la cathédrale de Strasbourg

Sources : Les productions de La Lanterne

En novembre 1918, après l’offensive de l’armée française renforcée par l’arrivée des troupes américaines, la débâcle allemande devenait inéluctable. Pour sauver l’honneur du Reich, les amiraux de la marine allemande, ancrée dans les ports de Kiel et de Wilhelmshafen, décidèrent d’engager un dernier combat, perdu d’avance, contre les navires anglais.

 

Mais les marins ne voulurent pas mourir pour rien ; le 3 novembre ils se révoltèrent et le drapeau rouge flotta bientôt sur tous les navires. La contagion révolutionnaire se répandit rapidement à Hambourg, Brême, Cologne, Munich et Berlin, ce qui contribua à la chute de l’Empire et à l’instauration de la première République en Allemagne. Les marins de Kiel, en grande partie alsaciens, revinrent alors au pays animés d’un fort sentiment révolutionnaire.

 

Entre le 8 et le 22 novembre, jour de l’arrivée des troupes françaises à Strasbourg, des conseils de soldats et d’ouvriers furent constitués par les marins dans les principales villes d’Alsace, non pas pour garder celle-ci dans le giron d’une Allemagne impérialiste et vaincue, mais bien pour la soustraire au capitalisme français et la maintenir dans une Allemagne qui serait révolutionnaire et internationaliste… Mais l’Histoire en décida autrement.

 

  • Un documentaire de 53 minutes écrit et réalisé par Jean-Noël Delamarre
  • Sur une idée originale de Philippe Joyeux

 

 

- Note d’auteur

« Quand on m’a dit qu’il y avait eu en novembre 1918 un drapeau rouge tout en haut de la flèche de la cathédrale, j’ai pas voulu y croire ! » nous raconte Didier Daeninckx . « Plus tard on m’a montré un film en 16mm noir et blanc tourné à l’époque et j’ai compris ce que ça pouvait avoir d’iconoclaste. On n’est pas dans l’injure mais dans quelque chose d’extrêmement violent et je crois qu’aujourd’hui encore, c’est une image qui n’a pas été admise et digérée. Le fait, non pas qu’il y ait eu un soviet à Strasbourg, mais que d’un seul coup, ce soit sur la cathédrale qu’on ait mis le drapeau rouge. »

 

En effet, qui aurait pu imaginer que, par un jour gris de novembre, dans le vent diabolique qui tourne autour de la cathédrale de Strasbourg comme pour en interdire l’accès, un « alpiniste » grimperait au sommet de la flèche, à 142 mètres du sol, et y accrocherait un drapeau… rouge en plus ?

  • Qui aurait pu imaginer que ce drapeau ne serait plus celui de l’Empire prussien ?
  • Qui aurait pu imaginer que ce drapeau ne serait pas encore celui de la République française ?
  • Qui aurait pu imaginer que ce drapeau serait celui de l’Internationale Socialiste, et que ce foulard rouge au cou d’une des plus haute cathédrales d’Europe, flotterait le temps d’une révolution ?

 

Ce sont ces quelques jours révolutionnaires en Alsace, et surtout au coeur de Strasbourg, que nous voulons relater dans ce documentaire. Nous irons tout d’abord à Kiel pour aller ensuite rejoindre Berlin, puis nous suivrons le parcours des marins revenus en Alsace pour y apporter la révolution, leur volonté d’organiser des conseils de soldats et d’ouvriers (appelés aussi « soviet ») à Colmar, Mulhouse, Haguenau, Strasbourg… Puis nous verrons comment l’opposition des alsaciens socialistes français a su détourner cette vague révolutionnaire pour activer l’arrivée de l’armée française, délivrant ainsi l’Alsace du joug allemand qu’il soit impérialiste ou bolchevique.

 

Il faut comprendre qu’après l’annexion de l’Alsace-Lorraine après la défaite de 1871, les Alsaciens (même chose pour les Mosellans) sont devenus des citoyens Allemands et devaient se conformer aux lois allemandes, dont l’obligation de faire le service militaire sous l’uniforme allemand. En 1914, 250 000 Alsaciens-Lorrains seront enrôlés dans l’armée allemande dont 15 à 16 000 envoyés dans la marine pour leur qualité de technicien mais surtout pour les éloigner d’un contact avec les « français de l’intérieur ». Ce sont ces marins qui se révolteront contre la hiérarchie militaire méprisante et qui porteront cette révolte jusqu’en Alsace.

 

Cette période « est bien la fin de la première guerre mondiale par la signature de l’Armistice et le retour de l’Alsace à la France. Mais ce n’est pas seulement ça. C’est beaucoup plus compliqué. Ce sont aussi les derniers jours du IIe Reich, son effondrement politique et militaire, la mutinerie des marins de Kiel en Allemagne qui s’organisent en conseils et dont le mouvement s’étend en quelques jours à toute l’armée, à toutes les usines du pays. L’Alsace fait encore partie de l’Allemagne et se couvre aussi de conseils de soldats et de conseils ouvriers. » (Jean-Claude Richez)

 

La « République des soviets » de Strasbourg, aussi brève que fût son existence, reste un feu d’artifice trouble, pleins de lueurs et d’ombres. Nous voudrions la faire revivre l’espace de quelques minutes, le temps bien court de notre documentaire.

 

- Pour en savoir plus ICI

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 09:59
Etat et Grand patronat : Delphine Batho publie Insoumise

Delphine Batho publie Insoumise, un ouvrage plutôt bien charpenté sur l’impossibilité d’être ministre de l’Ecologie dans un gouvernement tout acquis aux intérêts des financiers et des industriels.

 

Source : Politis.fr

Et de deux. Après Cécile Duflot, c’est au tour de Delphine Batho de planter sa plume dans le dos du pouvoir. Deux femmes, deux écolos, deux (ex)-ministres, deux destins presque similaires… Si ce n’est que l’une (Duflot) a quitté le gouvernement de son propre chef, tandis que l’autre (Batho) en a été brutalement limogée, le 2 juillet 2013, par Jean-Marc Ayrault, après une petite année de services.

 

Car il ne fait pas bon être une ministre de l’Ecologie convaincue dans le royaume de François Hollande. Un royaume où les magnats du nucléaire, du pétrole et des gaz de schiste trouvent porte grande ouverte à Bercy, à Matignon, et même à l’Elysée…

 

Décrire comment s’organise ce petit monde, c’est là l’intérêt d’Insoumise, ouvrage de meilleure facture que celui de l’ex ministre du Logement paru fin août. Dès les premières pages, l’éphémère locataire de l’Hôtel de Roquelaure annonce qu’elle y racontera « étape par étape, la façon dont l’influence des milieux financiers et industriels s’est installée au cœur du pouvoir ». La quadra, qui a encore une belle carrière politique devant elle, ne dit, bien sûr, pas la moitié de ce qu’elle sait.... Mais même incomplet, le témoignage est édifiant. Non seulement, par le récit des pressions exercées par les lobbies. Mais surtout, de celles que lui fit endurer le pouvoir lui-même pour faire passer les intérêts des puissances financières, au mépris de l’intérêt général.

 

 

- Dîners à Matignon

Au premier chef, il y a les Montebourg et Macron, ambassadeurs serviles des compagnies pétrolières qui lorgnent sur les sous-sols de l’Ile-de-France. Mais aussi l’Elysée qui relaie « en dolby stéréo » que le débat national sur la transition énergétique n’implique pas assez les entreprises – pourtant 130 à participer au débat ! –, ou encore « la pression lancinante des conseillers du président de la République concernant l’instruction des permis miniers »… Sans oublier l’inénarrable Jean-Marc Ayrault qui ne trouve rien de mieux que « reprendre les choses en main » en organisant, à Matignon, des dîners entre sa ministre de l’Environnement et… les patrons d’EDF, Total et Areva ! « Une fois qu’il a obtenu son dû sur le pacte de compétitivité, le patronat voulait son reste sur la politique énergétique », écrit Delphine Batho. Dont acte.

 

Phagocyté par la fameuse « promotion Voltaire », le pouvoir s’offre joyeusement aux mains d’un patronat avec qui, dans le fond, il partage les vues. Entre la connivence, les compromissions, et les conflits d’intérêts, voilà Batho cernée. Sur Henri Proglio, patron d’EDF et « ministre fantôme » (sic), elle dit : « Ce que je refusais, il l’obtenait du premier ministre directement ». Quant au président du groupe Vallourec, spécialisé dans la fabrication des tubes destinés à forer le gaz de schiste, il peut compter sur l’oreille attentive de son épouse, qui n’est autre que la directrice du cabinet de… François Hollande. Les lobbies, écrit Delphine Batho, « sont surtout forts de la faiblesse des gouvernants face à eux ». A moins qu’ils soient déjà juste à côté.

 

- Le livre est disponible  ICI Delphine Batho, Insoumise, Grasset, 2014, 272 pages, 18 euros.

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 09:15
Comment peut-on être socialiste ?

Comment fonctionne le petit monde des militants et des élites PS ? En disséquant la « société des socialistes », Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki dressent le portrait à la fois sombre et pathétique d’un parti recroquevillé sur lui-même, au grand désespoir de ses militants.

 

Sources : La Société des socialistes[1]. le PS aujourd'hui, Rémi Lefebvre et Frédéric Sawiki[2]

- « Il faut avoir le cœur bien accroché pour rester au ps. »

Michel, l’auteur de ce propos, est bien placé pour le savoir : il est militant socialiste à Lille. Propos paradoxal, mais que le lecteur fera sans doute sien s’il lit jusqu’au bout le très riche essai que Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki ont consacré au Parti socialiste. Sans parti pris, les deux politistes dressent, à coups de statistiques, de rappels historiques et d’une enquête de terrain, un tableau clinique très sombre du principal parti de la gauche française. Partant de la conviction que « pour comprendre ce que font et disent les socialistes, il faut comprendre ce qu’ils sont et la société qu’ils forment », ils décrivent un parti de plus en plus hermétique, homogène socialement et ayant du mal à avoir une vision de la société et une ligne idéologique claires. Ils rejoignent en cela les critiques ordinairement adressées au PS, mais en montrant, grâce à leur vaste information, les mécanismes ordinaires, quotidiens, qui font de la « société socialiste » ce qu’elle est aujourd’hui.

 

Le début de l’ouvrage, qui retrace l’histoire du socialisme français, rappelle tout d’abord quelques faiblesses structurelles du PS. S’il a, sur les vingt-cinq dernières années, gouverné le pays pendant quinze ans, il est, parmi les partis sociaux-démocrates européens, l’un des plus faibles en termes de scores électoraux (27,8 % en moyenne au premier tour des législatives entre 1981 et 2005). Joue ici la spécificité de la situation française, notamment un Front national à 8-10 % des électeurs inscrits et une extrême gauche encore vivace. Reste que, contrairement à l’Allemagne ou à l’Angleterre, le socialisme français a toujours eu du mal à s’arrimer aux classes populaires (la CGT refusant notamment, dès la naissance de la SFIO en 1905, toute collaboration). Il n’a pas réussi à s’imposer à gauche comme l’avait fait le PC avant lui.

 


- Le socialisme français n’a donc jamais été complètement « populaire ».

Mais cela n’empêche pas le PS d’aujourd'hui d’être marqué par une fermeture inédite aux groupes sociaux situés en bas voire au milieu de l’échelle sociale. Au sein des élites notamment (élus, membres du Conseil national et des cabinets ministériels), qui, de plus en plus, ont été recrutées au sein des classes supérieures et, en large majorité, dans la fonction publique. Mais le constat vaut aussi pour les militants qui s’embourgeoisent, avec un très faible recrutement au sein des classes populaires (5 %), des salariés précaires (4 %) et des chômeurs (3 %). 59 % des adhérents appartiennent au secteur public. Le vieillissement est particulièrement inquiétant : l’âge moyen de l’adhérent socialiste est de 55 ans, et seuls 14 % d’entre eux ont moins de 40 ans.

 

Déjà peu représentative, la société des socialistes se replie un peu plus sur elle-même à cause de la rétractation des réseaux que le PS avait tissés au cours des années 1970 avec d’autres organisations ou mouvements, et qui lui offraient un « ancrage social » significatif. Ainsi du « monde » laïc et de ses figures de proue, les instituteurs, qui se font de plus en plus rares dans un PS où la cause laïque (lutte contre l’école privée et pour l’élitisme républicain) a été « ringardisée ». « Avant, la laïcité, c’était une fierté et une évidence… Maintenant c’est un défaut, on me traite de laïcarde », témoigne une élue socialiste. Idem pour le lien avec l’extrême gauche étudiante, qui avait pourtant fourni un certain nombre de figures actuelles du PS (Lionel Jospin, Julien Dray, Henri Weber…), mais que la pratique du pouvoir a défait, pour ne laisser place qu’à une « détestation croisée bien établie ». Le monde associatif s’est lui professionnalisé (la dimension militante passant au second plan) alors que le PS ne promouvait guère ceux qui militaient dans les deux sphères. Les syndicats, enfin, se tiennent désormais à distance du politique – la CFDT notamment qui, échaudée par ses expériences passées avec le PS, proclame sa neutralité (« ni de gauche, ni de droite »).



- R. Lefebvre et F. Sawicki insistent sur le fait que ce sont ces liens rompus et la faible implantation du PS qui « (accroissent) la volatilité de l’électorat socialiste

Cette réalité condamne le PS à faire fluctuer sa ligne idéologique ». Cela éclaire aussi les raisons de l’usage intensif des sondages : « Faute de réseaux puissants irriguant la société, les élites socialistes sont de fait conduites à s’appuyer sur des formes de production non “mobilisées” de l’opinion publique comme les sondages. » Et ce n’est sans doute pas non plus un hasard si la vision socialiste de la société dénie toute conflictualité sociale (« ouvrier » est un terme rare au PS) pour se nourrir avant tout des travaux sociologiques sur l’individu et les valeurs postmatérialistes (François de Singly, Marcel Gauchet) qui dessinent des individus « entrepreneurs de leur propre vie », selon l’expression, d’Alain Ehrenberg, qui fait florès.

 

De fait, les militants d’origine populaire se font rares, ce que les deux politistes expliquent aussi par la généralisation, au sein du PS, d’une « culture du débat » qui valorise la réflexion collective, la libre expression des militants. Or cette « intellectualisation », en faisant appel aux ressources culturelles personnelles, en technicisant le débat et en dévalorisant le rapport populaire au parti fait de remise de soi et de loyalisme, favorise la relégation des militants les plus modestes. Une militante ouvrière témoigne ainsi : « On n’avait pas besoin de discuter, de débattre parce qu’on avait tous les mêmes idées… Je vois bien dans les réunions maintenant, ils passent leur temps à faire des grands débats intellectuels, y en a qui sont jamais d’accord… »

 

Ce sont les pratiques les plus ordinaires du militantisme (tractage) qui sont ainsi dévalorisées mais aussi, par conséquent, les dimensions collectives et identitaires de l’appartenance partisane (nuits de collage d’affiches, fêtes de sections) qui se perdent. Etonnamment, le PS semble tolérer, voire encourager, un militantisme distancié. La conséquence en est que la dimension cynique des comportements prend une place prépondérante au sein du parti, où « le militant est un loup pour le militant », selon André (40 ans de parti). Un « univers hobbesien », donc, où l’on « ne s’aime pas, ou peu » et où « rapporter les prises de positions des militants aux positions dans l’espace partisan relève d’un quasi-réflexe (...) ». Certes, rappellent les auteurs, le cynisme en politique ne date pas d’aujourd’hui, mais la nouveauté est que la concurrence touche toute la communauté militante, du sommet jusqu’à la base, et que la « lutte pour les places », contrairement à d’autres milieux militants, y est peu déniée. Selon un militant de Villeneuve-d’Ascq, « y a pas beaucoup de fraternité dans le parti, c’est un milieu très dur. Les amitiés sont jamais durables. Y en a qui vendraient leur mère ».
 


- Difficile donc de « militer au ps et d’y rester tant intérêts, croyances et convictions, dispositions, ajustements à l’institution s’y articulent difficilement ».

Cela explique, selon les deux chercheurs, une certaine forme de « malheur militant » qui, dans les entretiens qu’ils ont menés, s’exprime à travers les registres de l’insatisfaction (« on ne s’y retrouve pas »), de la déception, de la frustration (« il n’est pas facile de militer »). Malgré tout, et malgré leur grande lucidité, les militants semblent peu enclins à la défection, sans doute parce que, toujours à cause de la rétractation des réseaux socialistes, il est désormais difficile de reconvertir son militantisme socialiste. On voit donc se multiplier les formes de « distance à l’engagement » : ne pas voter socialiste aux élections, voter « oui » à la Constitution européenne lors du référendum interne pour ne pas cautionner Laurent Fabius en se promettant de voter « non » dans l’urne, adhérer à Attac ou encore, dans un autre registre, afficher délibérément son cynisme et valoriser la distance critique en raillant « l’engagement total » du militant de base…

 

C’est au final un portrait quelque peu pathétique du PS que dessinent R. Lefebvre et F. Sawicki. Un PS incapable d’affirmer ce qu’est être socialiste aujourd’hui – « on ne sait plus pourquoi on est socialiste », répètent les militants – et donc « condamné à décevoir ». Y a-t-il néanmoins des raisons d’espérer ? Les deux chercheurs en voient dans l’histoire du PS qui, dans les années 1970, avait réussi sa rénovation en redonnant leur place aux militants, en limitant les mandats, en s’ouvrant aux autres organisations… Reste qu’un tel élan se fait attendre, au risque de faire perdre leurs dernières illusions aux militants. Un risque que résume cette formule attribuée à Pierre Mauroy : « Si les dégoûtés s’en vont, ne resteront plus que les dégoûtants. »

 

Notes

[1] Editions "Le Croquant", 2006, 255 p., 18,50 €. Xavier Molénat Mis à jour le 15/06/2011

[2] Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki sont professeurs de science politique à l’université Lille-II, membres du Centre d’études et de recherches administratives, politiques et sociales (Céraps). R. Lefebvre a dirigé (avec Christian Le Bart) La Proximité en politique. Usages, rhétoriques, pratiques, Presses universitaires de Rennes, 2005. F. Sawicki a notamment publié Les Réseaux du parti socialiste. Sociologie d’un milieu partisan, Belin, 1997.

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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 14:05
L'ère du peuple, par Jean-Luc Mélenchon

- L'ère du peuple....

« Que François Hollande soit menteur, fourbe, servile et que son projet soit glauque, est-ce une raison pour nous condamner à ne penser qu'à lui et au risque de la disparition de l'idée de gauche qu'il a usurpée ?

 

Je propose de voir plus loin que l'horizon désespérant du présent. Regardons le monde fascinant qui s'est constitué sous nos yeux, en quelques décennies.

 

Un monde plein d'êtres humains, couvert de villes, où l'occupation de la mer elle-même a débuté. Mais un monde engagé dans un changement climatique irr éversible et un bouleversement de la hiérarchie des puissances qui menacent l'existence même de la civilisation humaine.

 

Un monde où surgit un acteur nouveau : le peuple.

 

Les puissants se moquent de lui, le méprisent, lui bourrent le crâne et insultent tous ceux qui lui donnent la priorité.

 

Mais si les puissants n'ont plus peur de la gauche édentée par Hollande, ils ont plus peur que jamais du peuple. Sa révolution citoyenne peut tout changer, en commençant par faire entrer la France dans la 6e République. »

 

Le livre est disponible  ICI

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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 09:30
On en parle : revenu inconditionnel ou salaire à vie ?
Source : Réseau Salariat Association d'éducation populaire | modifié le 24 juillet 2015

Réseau Salariat vise l’institution d’un statut politique du producteur, donnant droit à un salaire à vie attaché à la qualification personnelle. Or cette proposition fait souvent l’objet de comparaison avec celle du revenu de base. Parmi les différentes versions existantes[1], nous choisissons de nous intéresser ici au revenu inconditionnel (RI) tel qu’il est promu ces dernières années dans plusieurs livres et articles par Baptiste Mylondo. La proximité, en première approche, des objectifs de sa proposition avec ceux du salaire à vie nous semble propice à mettre en relief ce qui fonde finalement leur opposition.

 

Rappelons brièvement quel est l’objet du salaire à vie et à la qualification : il entend doter tout citoyen, dès l’âge de la majorité, d’un salaire, fondé sur la reconnaissance d’une qualification personnelle, irrévocable et ne pouvant que progresser. Il s’agit de restituer à chacun la maîtrise de son travail, en le libérant des institutions capitalistes, qui le réduisent à une force de travail louant ses services sur un marché du travail dominé par des employeurs. Ce salaire à vie implique un financement par la cotisation sociale, contre la redistribution fiscale, ainsi que la généralisation de la copropriété d’usage des outils et lieux de travail, contre leur propriété lucrative.

 

Le revenu inconditionnel quant à lui distribue à chaque citoyen une allocation forfaitaire, de montant égal, de la naissance à la mort. Cette prestation est financée principalement par la fiscalité. Elle vise deux objectifs « de principe »[2]. Premièrement, « garantir l’accès aux biens et aux services essentiels ». Pour cette raison, le RI est dit « suffisant », au sens où il assure l’autonomie de chaque individu dans le choix de son activité, sans qu’il ait besoin de s’inscrire par surcroît dans le cadre d’une activité rémunérée. Deuxièmement, le RI « recherche l’égalité », en attribuant à tous un revenu équivalent. À travers ce double objectif, le RI entend satisfaire à un impératif de « justice » et servir de levier vers une « sortie du capitalisme »[3], orientée vers la « décroissance ». Le RI peut toutefois être cumulé à tout revenu supplémentaire, qu’il soit issu du travail salarié ou de revenus variables, comme les revenus du patrimoine (quoique Mylondo ait pour visée de supprimer ce type de revenu, nous y reviendrons).

 

Dans cette comparaison, nous interrogeons les parentés et différences entre les deux projets, premièrement, en analysant le type de ressource qu’ils postulent : salaire d’une part, revenu de l’autre. Ensuite, nous abordons la technique de financement, reposant exclusivement sur le modèle de la cotisation sociale s’agissant du salaire à vie, incluant la fiscalité s’agissant du revenu inconditionnel. Enfin, nous revenons sur les objectifs de décroissance du RI, et sur ses implications en termes de maîtrise de l’investissement.

 

 

- Nos sources sont constituées :

  • Pour le salaire à vie, de Pour un statut politique du producteur (PSPP)[4] rédigé par Réseau Salariat, du texte Versus : le lexique[5] de Christine Jakse, de L’enjeu du salaire[6] de Bernard Friot, et plus largement, des publications de Réseau Salariat (disponibles sur son site web).
  • Pour le revenu inconditionnel, de plusieurs publications récentes de Mylondo : l’essai Pour un revenu sans condition[7], mais aussi l’article Financer l’allocation universelle publié dans Le Monde diplomatique de mai 2013 ; textes dans lesquels l’auteur donne une expression élaborée de la fin et des moyens d’un revenu inconditionnel, tout en engageant une discussion explicite avec Réseau Salariat. Aussi, certains renseignements financiers présentés dans Ne pas perdre sa vie à la gagner[8], et idéologiques dans Un revenu pour tous. Précis d’utopie réaliste[9].

 

Enfin, nous faisons mention de compléments d’informations donnés par Mylondo dans Toute existence mérite‑t‑elle salaire ?, débat radiophonique avec M. Husson et C. Boutin, dans l’émission Du grain à moudre (11/12/2013), disponible sur le site web de France Culture[10] ; et Revenu de base : « on sacrifie notre bonheur sur l’autel de l’emploi », émission en ligne, avec M. Husson et B. Friot, disponible sur le site web d’Arrêt sur images (16/12/2013)[11].

 

 

- I – Salaire et revenu

I.1 – Le salaire et son lien à la qualification

Le salaire à la qualification a été construit progressivement au fil des luttes sociales du XXème siècle[12]. En permettant de fixer politiquement un tarif, correspondant à une qualification, lors de négociations sociales, cette institution s’oppose à la définition capitaliste de la valeur économique, qui fait du salaire le prix d’une force de travail, valorisant un capital, sous la dictature du temps de travail. Au contraire, c’est en amont de la production, avant que l’acte de produire ne soit effectué, que le salaire vient reconnaître la qualification. Le salaire n’est alors pas (seulement) un pouvoir d’achat, c’est‑à‑dire un droit de tirage sur les biens et services disponibles sur un marché. Il est d’abord un attribut politique, qui reconnaît la participation du personnel qualifié à la production de valeur économique[13]. En cela, le salaire réfère à une définition de la valeur antagonique au capital, tandis que le revenu, comme nous le verrons, y ramène. Définir ce qui vaut et ce qui ne vaut pas constitue donc le fond du débat entre le salaire à vie et le revenu inconditionnel. Pour cette raison, il importe de restituer d’emblée le caractère, non pas naturel, mais institué de la valeur économique.

 

I.1.1 – Les institutions capitalistes de la valeur

La valeur économique, ce n’est pas la valeur d’usage. Celle‑ci réfère à l’activité (ou travail concret), c’est‑à‑dire à ce à quoi sert un bien ou un service. La valeur économique réfère au contraire au travail abstrait, s’exprimant monétairement, à travers un prix. Ainsi la valeur d’usage d’un ordinateur, c’est ce à quoi il sert, tandis que sa valeur économique, c’est ce qu’il vaut (ex. 1 000 €). Cette valeur n’est pas une donnée naturelle, ni une donnée fixe dans l’histoire, mais est instituée et dépend des rapports existant entre les classes sociales. Dans le capitalisme, ces classes peuvent être ramenées à deux centrales : les producteurs de valeur et les propriétaires lucratifs, la lutte de classes portant sur la définition de la valeur.

 

Selon la définition capitaliste, il ne peut y avoir de valeur que dans le cadre de plusieurs institutions solidaires les unes des autres : la marchandise, la propriété lucrative, le marché du travail et la création monétaire par crédit lucratif.

 

La marchandise désigne un bien ou un service dont la valeur dépend du temps de travail socialement nécessaire en moyenne à sa production[14]. Exemple : en fonction d’un état déterminé des techniques et de l’organisation du travail, le temps de travail nécessaire en moyenne pour produire un ordinateur ou pour le réparer varie, ainsi de sa valeur. Le temps de travail correspondant est abstrait, en ce qu’il s’agit d’une moyenne. La variation du temps de travail abstrait détermine la valeur du travail concret, humain, celui de forces de travail (dites aussi ressources humaines ou capital humain), louées par des propriétaires lucratifs : ex. un travail concret moins productif que la moyenne sera moins bien payé de l’heure, tandis qu’un travail concret plus productif que la moyenne produira davantage de valeur pour les propriétaires lucratifs (les salaires restant égaux).

 

Ces propriétaires possèdent en effet un capital, englobant les moyens de production (locaux, machines) et la monnaie qui leur permet de louer les forces de travail (par l’intermédiaire du contrat de travail). Louant leurs services, les forces de travail n’ont l’usage des moyens de production que tant qu’elles travaillent pour le propriétaire. De plus, elles ne disposent pas des biens et services qu’elles produisent. C’est le propriétaire qui en dispose, en vendant ces produits sur un marché, à un certain prix de vente[15].

 

Ce faisant, le salaire des forces de travail est égal à leur propre prix en tant que marchandises : elles valent le temps de travail nécessaire à leur production, c’est‑à‑dire à leur reproduction comme forces de travail. Si, par hypothèse, la reproduction de la force de travail coûte 1 000 € par mois (en loyer, nourriture, chauffage, transports, etc.), son salaire tendra vers ce montant, et descendra au‑dessous si les circonstances y poussent (principalement du fait de la concurrence). C’est la paupérisation.

 

Cependant, la valeur des marchandises produites par les forces de travail au‑delà du montant de leur salaire (= reproduction) est appropriée par le propriétaire lucratif lors de la vente des produits sur le marché. Le marché sert donc au propriétaire lucratif à tirer un profit du travail non payé aux forces de travail. Ce profit égale le chiffre d’affaires diminué des achats externes de biens et services et du coût des forces de travail[16]. L’exercice capitaliste consiste à répéter indéfiniment cette appropriation de valeur en excès, c’est‑à‑dire de survaleur, par exploitation des forces de travail[17].

 

Au cours de cet exercice, la maîtrise de la valeur revient donc aux propriétaires, qui décident qui travaille, où celui‑ci travaille, comment il travaille, et à quoi il travaille. Il en va de même des créditeurs lucratifs (banques privées, fonds de pension, etc.) disposant de l’allocation de fonds monétaires pour l’investissement.

 

Afin d’être compétitif par rapport à ses concurrents, chaque propriétaire lucratif est amené à diminuer la valeur des biens et services qu’il met en vente, c’est‑à‑dire à diminuer la quantité de travail humain inclus dans les marchandises. Autrement dit, la création de survaleur pousse à la réduction obsessionnelle des coûts par plusieurs moyens principaux :

  • augmenter le temps de travail (mais pas les salaires) et/ou les cadences de travail. C’est la dictature du temps ;
  • diminuer le prix des forces de travail, par la réduction des salaires, le remplacement des salariés par des machines ou encore la délocalisation dans des pays à bas salaires (dont les délocalisations de l’industrie textile en Chine ou en Inde sont emblématiques).

 

Cette pression sur les forces de travail est rendue possible par leur aliénation au marché du travail, posant qu’il ne peut y avoir salaire que lorsqu’il y a occupation d’un poste de travail à travers un emploi. Les travailleurs sont donc réduits à devenir des demandeurs d’emploi, se transformant, s’ils en obtiennent, en marchandises‑forces de travail, sans cesse soumises au chantage à l’emploi.

 

Résumons. Selon la pratique capitaliste, les travailleurs louent leurs services comme marchandises‑forces de travail, dont le salaire dépend du prix de leur reproduction. Ces forces de travail ne maîtrisent ni les fins ni les moyens de leur travail, mais au contraire sont aliénées au marché du travail (= de l’emploi) et exploitées à travers la dictature du temps, au profit de la classe des propriétaires et créditeurs lucratifs. Ces derniers décident de ce qui vaut et de ce qui ne vaut pas, c’est‑à‑dire qu’ils disposent de l’entière maîtrise de la valeur économique[18].

 

Cet ensemble institutionnel définit la pratique capitaliste du travail, de laquelle le salaire à la qualification nous fait sortir.

 

I.1.2 – Le salaire à la qualification nous fait sortir des institutions capitalistes

À travers la qualification, le salaire n’est pas défini selon la valeur de la force de travail, mais selon un barème, déterminé lors de négociations entre syndicats de salariés et syndicats de patrons, encadrés par l’État[19]. La qualification, et le salaire lui correspondant, font ainsi l’objet d’une inscription institutionnelle, dans une convention collective pour les salariés du privé, dans une grille indiciaire pour les fonctionnaires. Le niveau de valeur économique lié à chaque qualification préexiste donc à la production elle‑même. Elle est un tarif politique, c’est‑à‑dire institué entre parties contradictoires, restant soumis à négociation obligatoire.

 

La qualification, ce n’est donc pas la certification (ou diplôme). Cette dernière réfère à ce que l’individu sait faire, à la valeur d’usage. La qualification en revanche réfère à la production de valeur économique et s’exprime à travers le salaire

.

La qualification, ce n’est pas non plus le métier (ou activité). On peut avoir la même qualification (ex. technicien) mais pas le même métier (laborantin pour l’un, informaticienne pour l’autre). Ou l’inverse, le même métier (enseignant) mais pas la même qualification (certifié ou agrégé). Chaque fois, la qualification atteste, à travers la convention collective (ou grille indiciaire), de la capacité à produire de la valeur économique, en faisant de l’activité du travail.

Sur ces deux univers de la production, cf. annexe.

 

I.1.3 – La qualification des postes ou des personnes ?

La qualification ne s’exprime pas de la même manière dans l’emploi ou dans le travail hors de l’emploi. Dans l’emploi (c’est‑à‑dire principalement dans le secteur privé), la qualification est un attribut des postes de travail, l’individu n’étant reconnu comme qualifié que tant qu’il est titulaire d’un poste à travers un emploi. Si le salaire à la qualification vaut pour la branche professionnelle (par le biais de la convention collective), ni la marchandise, ni le marché du travail ne sont mis en cause : sans emploi, l’individu perd sa qualification. Le salarié reste donc soumis à la dictature du temps aussi bien qu’au chantage à l’emploi, et la déqualification est toujours possible.

 

Il en va autrement des fonctionnaires, qui sont qualifiés en personne, à travers leur grade[20]. Parce qu’ils ont un grade, les fonctionnaires n’ont pas d’emploi, ni d’employeur, au sens où un « offreur d’emploi » a le pouvoir d’embaucher et de licencier qui il veut ici et maintenant[21]. Au contraire, leur grade atteste d’une qualification personnelle, leur donnant droit à un salaire à vie, qui ne peut que progresser. Ensuite, n’ayant pas d’emploi, les fonctionnaires ne passent pas par le marché du travail pour leur mobilité. Ils ont par contre un poste de travail (ce qui les distingue des retraités), et produisent des biens et services non marchands, c’est‑à‑dire indépendants de la mesure de la valeur par le temps. Ces biens et services sont le plus souvent disponibles gratuitement dans les services publics, ce qui ne signifie pas qu’ils n’ont pas de valeur : celle‑ci égale la qualification des agents, financée par l’impôt[22].

 

Le salaire des fonctionnaires se poursuit dans leur retraite, dont le montant est calculé en pourcentage des 6 derniers mois d’activité. Quant aux retraités anciennement dans l’emploi, ils accèdent à leur tour à la qualification attachée à leur personne. Leur pension, calculée par rapport à leur salaire d’activité (sur les 25 meilleures années) vient alors poursuivre ce salaire. Ces retraités deviennent des salariés à vie, libérés de l’emploi, dès lors qu’ils ont une pension leur permettant de se passer de tout revenu complémentaire[23]. Pour tous les retraités (c.‑à‑d. issus de la fonction publique ou de l’emploi), la pension correspond donc à du salaire continué, fondé dans le salaire d’activité et la qualification qui lui était attachée, et dont la valeur est actuellement produite par les retraités eux‑mêmes[24]. Enfin, comme les fonctionnaires, les retraités produisent des non‑marchandises, indépendamment du marché du travail et de la dictature du temps.

 

La qualification et le salaire sont donc des institutions émancipatrices décisives, encore plus lisibles pour les fonctionnaires et les retraités que pour les salariés du secteur privé : fonctionnaires et retraités sont des salariés à vie qui nous montrent que nous pouvons travailler, c’est‑à‑dire produire de la valeur économique égale à notre qualification, sans passer par le marché du travail, ni produire des marchandises, ni valoriser de capitaux. Produire mieux et plus utilement, sans actionnaire, ni prêteur !

 

I.1.4 – C’est en assumant la maîtrise sur la valeur économique que le salaire à la qualification est émancipateur

La qualification rompt avec la définition capitaliste du travail : le salarié n’est pas une force de travail vouée à assurer sa reproduction à travers l’exercice d’un travail aliéné et exploité. Son salaire à la qualification n’est pas non plus réductible au pouvoir d’achat d’un être de besoin, c’est‑à‑dire à un droit de tirage sur les biens et services disponibles sur le marché. Le salarié n’est pas non plus une ressource, à la façon d’une matière première, dont la caractéristique serait accessoirement d’être humaine, et qu’il s’agit pour l’employeur de mobiliser au moindre coût grâce aux techniques de management. Il n’est pas non plus un capital humain, visant à maximiser sa productivité individuelle au regard de la concurrence sur le marché du travail.

 

À l’opposé de ces formes exploitées et aliénées du travail, l’expérience des fonctionnaires et des retraités nous prouve que nous pouvons produire de la valeur économique, c’est‑à‑dire travailler, sans en passer par les institutions capitalistes : il peut y avoir travail sans emploi (ou marché du travail) et sans profit. Reconnaître le potentiel émancipateur du salaire à la qualification, c’est affirmer que, comme les fonctionnaires et les retraités, chacun a droit à un salaire à vie. C’est substituer la qualification de la personne à la qualification des postes de travail.

 

En effet, la qualification à la personne supprime l’emploi entendu comme condition de la qualification, et abolit le chômage entendu comme perte (immédiate ou différée par les indemnités) de salaire et de qualification. Si les postes de travail continuent d’exister dans les entreprises en ce qu’ils sont nécessaires à l’organisation du travail, le licenciement ne donne plus lieu à la perte du salaire. Ainsi, loin d’enfermer le salarié dans une activité déterminée, la qualification à la personne libère cette activité des choix d’un propriétaire lucratif, et permet une mobilité professionnelle et géographique qui n’est pas soumise au chantage à l’emploi[25].

 

Postulé comme droit universel et inaliénable, la qualification à la personne inscrit l’ensemble des salariés dans le travail collectif, c’est‑à‑dire dans les institutions permettant de décider politiquement des niveaux de production de valeur économique[26]. La maîtrise de ces institutions permet ainsi de réduire drastiquement des inégalités actuelles en encadrant les qualifications (et les salaires) par exemple sur une échelle de 1 à 4 (soit 1 700 à 6 000 €)[27]. Ce faisant, les critères de passage d’un niveau à l’autre restent soumis à la délibération publique et démocratique (qui peut se situer dans les caisses de salaire, cf. partie 2).

I.2 – Le revenu et son lien avec les institutions capitalistes

Le revenu désigne toute ressource monétaire qui n’est pas du salaire.

  • Il peut s’agir d’une valeur monétaire attribuée en échange de la réalisation d’une tâche, de la mise en œuvre d’une compétence ou de l’atteinte de résultats excédant les objectifs fixés[28]. Ce type de revenu renvoie à la notion de prix de la marchandise‑force de travail (ou ressource humaine).
  • Il peut s’agir d’une ressource forfaitaire, financée par l’impôt, dont le montant correspond au prix des marchandises jugées suffisantes pour subvenir à des besoins primaires (RSA, minimum vieillesse, indemnité chômage du régime public, crédit d’impôt). Autrement dit, il s’agit de la version actuelle de la charité institutionnelle.
  • Il peut s’agir des revenus de la propriété lucrative. Parmi eux, certains sont distribués directement sous forme monétaire : revenus du patrimoine mobilier, immobilier, produits financiers (intérêts de placements, dividendes, intérêts sur des prêts, etc.). Mais ces revenus comprennent aussi la part du profit non distribuée sous forme de dividendes, qui n’en deviennent pas moins la propriété des actionnaires sous la forme de réserves inscrites au bilan de l’entreprise.

 

On le voit, le revenu assimile, sous une même dénomination, revenus des forces de travail, charité et revenus de la propriété. Dans chaque cas, il ignore la qualification et la ressource devient un pouvoir d’achat, c’est‑à‑dire un droit de tirage sur la valeur économique disponible sur le marché.

 

Or, le revenu inconditionnel s’inscrit dans le prolongement du deuxième type de ressource : forfaitaire, financée par l’impôt, d’un montant correspondant au prix des marchandises jugées suffisantes pour subvenir à des besoins.

 

I.2.1 – RI et RSA (revenu de solidarité active)

Prenons l’exemple d’un revenu de même famille déjà existant pour expliciter les caractères du RI : le RSA est le successeur du revenu minimum d’insertion (RMI). À la fin des années 1980, le RMI initie à l’attention des chômeurs qui ne peuvent prétendre à l’indemnisation conventionnelle ou au régime public, un dispositif d’assistance fiscalisé. Ainsi, le RMI se substitue à la continuation du salaire financé par la cotisation[29], tout en se situant dans la logique de l’activation des « dépenses passives » (c’est ainsi qu’est désigné le maintien partiel du salaire !) par le volet insertion. C’est ce que poursuit actuellement le RSA, en autorisant le cumul de revenus du travail et minima sociaux[30]. Or, parce qu’il est fiscalisé, forfaitaire, cumulable avec les revenus du travail, la parenté du RSA au RI est manifeste. Celui‑ci ne fait‑il qu’en prendre la suite dans une formule améliorée ?

 

Mylondo objecte à raison que le RI est exempt d’autres conditions d’accès que la résidence (pour une échelle nationale donnée). Au contraire, l’attribution du RSA dépend de critères sociaux et économiques, nécessairement négatifs (manque de revenu, manque d’emploi). Ce faisant, le RSA nourrit la stigmatisation des allocataires en donnant un objet aux catégories de pauvre, d’exclu ou d’assisté (par opposition au riche, à l’employable, au travailleur dans l’emploi). À cela, le RI répond par l’universalité de son versement : distribué de manière égale à chaque citoyen, il ne fait pas de différence entre eux. De plus, le RI est attribué à la personne, sans considération des revenus du ménage, ce qui va dans le sens de l’autonomie individuelle et lui donne une assise plus positive que le RSA.

 

Ensuite, le niveau « suffisant pour accéder aux biens et services essentiels » du RI se situe autour du SMIC, s’élevant donc largement au‑dessus du RSA, sans être dégressif dans le cas de la perception de revenus supplémentaires[31]. Enfin, si l’allocation du RSA est soumise à la recherche active d’emploi à travers la signature d’un contrat d’insertion, le RI ne comprend pas de clause équivalente. Au contraire, il permet de se livrer à l’activité de son choix hors de l’emploi, aussi bien que d’accéder à un « deuxième chèque » à travers l’inscription dans l’emploi.

 

En somme, grâce au RI, la question de principe visant à « garantir l’accès aux biens et services essentiels » est théoriquement réglée. De niveau « suffisant », il ne produit pas de pauvreté, mais l’éradique. De plus, par la liberté qu’il confère à l’égard de l’emploi, il ressemble plus au salaire à vie qu’au RSA. Son niveau est d’ailleurs plus proche du premier niveau de qualification du salaire à vie (1 700 €) que ne l’est le RSA (un peu moins de 500 € pour le RSA‑socle d’une personne seule sans autres revenus).

 

Mais la comparaison entre revenu (inconditionnel) et salaire (à vie) ne s’épuise pas dans les conditions d’accès, le montant et les enjeux symboliques (ex. stigmatisation) qui leurs sont liés. Elle repose principalement sur le type de ressource que chaque proposition mobilise et les conséquences qui en découlent dans l’exercice de la citoyenneté, en particulier en ce qui concerne la maîtrise de la valeur économique. C’est sur ce point que la parenté du RSA au RI prend un sens.

 

I.2.2 – Le RI pose des êtres de besoin

Dans le cas du RSA, les individus sont définis comme des êtres de besoin, auxquels il faut assurer un pouvoir d’achat dans la mesure où ils sont privés d’emploi, donc de revenu. Le RSA repose donc sur la dénégation de la qualification des individus, c’est‑à‑dire de la qualité de producteur de valeur, dont la maîtrise reste le fait des capitalistes. Le RSA étant assorti d’un contrat d’insertion, le marché du travail est confirmé comme institution incontournable pour travailler (en occasionnant l’attribution des qualifications, tout en laissant les moyens et les fins de la production entre les mains des employeurs).

 

Or le RI poursuit cette logique : en visant à garantir un accès à des biens et services, ce sont des êtres de besoin qu’il postule. Comme pour le RSA, il s’agit de subvenir à ces besoins par un revenu, qui correspond donc à un pouvoir d’achat. Ce faisant, le RI ignore la qualification des personnes, c’est‑à‑dire la possibilité de produire une valeur économique de manière alternative au passage par le marché du travail. Au contraire, afin d’accéder au « deuxième chèque », il confirme l’existence d’un marché du travail légitimé et non supprimé.

 

Ensuite, le RI réfère en permanence aux besoins à satisfaire, mais ne dit que très peu de choses sur la production de biens et services satisfaisant ces besoins. Or, il faut bien des outils de production, il faut chercher des matières premières, il faut produire de l’énergie. Les activités de proximité rendues possibles par le RI ne permettent pas pour l’essentiel cette production, du fait de ne pas subvertir la propriété lucrative. La libération des institutions du capital est marginale et la nécessité de faire appel à une valeur capitaliste non mise en cause reste considérable. Finalement, même les besoins courants se retrouvent en situation de précarité : comment se loger avec 1 000 euros par mois en Île‑de‑France ou ailleurs, étant donné la spéculation immobilière propre au droit de propriété lucrative ?

 

I.2.3 – Le RI naturalise l’emploi

La dénégation de la qualification des personnes conduit le RI à faire de l’emploi la forme naturelle du travail[32]. Du coup, marqué par le stigmate de l’emploi, le travail devient le synonyme inconditionnel d’aliénation et d’exploitation, auxquelles est opposée l’activité hors travail. Le RI aboutit donc à proposer de déconnecter le revenu et le travail (= emploi), ce qui revient à diviser nos vies en deux : d’une part, le travail aliéné et exploité mais donnant droit au « deuxième chèque », d’autre part, l’activité « libre » mais qui dépend de la production capitaliste autant pour satisfaire la majorité de ses besoins, que pour produire la valeur économique qui permet son financement (cf. partie 2).

 

En outre, cette naturalisation du travail en emploi justifie, pour le RI, de hisser la pénibilité au rang de critère principal de la hiérarchie des salaires : pour le RI, la valeur étant forcément produite dans les institutions capitalistes, le degré de pénibilité conditionne la hauteur du salaire au nom d’une inversion supposée des critères actuels d’échelonnement des salaires[33]. Or, ce rôle central de la pénibilité ignore les autres critères possibles de qualification (travaux passés ? ancienneté ? responsabilités ? importance du poste dans le processus de travail ? concours ? diplômes ?). C’est parce que ces autres critères sont ignorés que l’emploi est placé au centre des hiérarchies sociales, et que l’emploi pénible est légitimé.[34]

 

- Conclusion : la citoyenneté économique par le salaire augmente la citoyenneté politique

Le droit au revenu revendiqué par le RI présuppose la pérennisation des institutions capitalistes du travail. Ce faisant, il aboutit à confirmer une citoyenneté qui donne droit à un pouvoir d’achat, permettant de se dédier à des activités de proximité, tout en excluant le citoyen du droit de décider de la valeur économique, donc du travail. Le RI ignore ainsi un siècle de conquêtes ouvrières et syndicales contre les institutions capitalistes, et prolonge la contre‑révolution fiscale entamée à la fin des années 1980 avec la création du RMI, puis du RSA (ainsi que d’autres allocations fiscalisées qu’il entend remplacer).

 

Au contraire, affirmer pour chaque individu le droit au salaire à vie, c’est augmenter la citoyenneté civile de la citoyenneté du travail, en posant universellement les salariés comme égaux dans la majorité économique. Ce droit au salaire à vie affirme pour chacun sa qualité inaliénable de producteur de valeur, donnant droit sur les décisions touchant aux niveaux et critères de qualification et sur la maîtrise de la valeur produite. Comme le salaire à vie se double de l’interdiction de la propriété lucrative et de la généralisation de la copropriété d’usage des entreprises et services publics par les salariés, le producteur est aussi libéré du chantage de l’actionnaire ou du prêteur. Il est, collectivement, maître de la valeur économique, donc du travail.

 

 

- II – Financer une ressource universelle par la cotisation ou la fiscalité ?

Cotisation et impôt ont en commun la reconnaissance d’une valeur non capitaliste. Mais les institutions sur lesquelles ils s’appuient respectivement diffèrent, la cotisation référant à la sphère du salaire, tandis que l’impôt réfère à la sphère du revenu. Le choix de l’une ou de l’autre de ces techniques dans le financement d’une ressource universelle n’est donc pas neutre : si la cotisation rend possible l’universalisation du salaire, l’impôt s’y oppose, en ce qu’il s’adosse aux institutions du revenu, c’est‑à‑dire les institutions capitalistes.

 

Ainsi, le financement du RI s’appuie principalement sur la fiscalité en proposant un dosage entre impôt sur les sociétés, impôt progressif sur le patrimoine, impôt proportionnel sur les revenus des particuliers et impôt fortement progressif sur les hauts revenus[35]. Ce faisant, il s’agit de pérenniser certains dispositifs de protection sociale déjà existants[36], en les ajustant pour atteindre la hauteur nécessaire au versement du RI. Celui‑ci se substitue à ces dispositifs, sous réserve que cette substitution soit avantageuse pour l’allocataire (dans le cas inverse, le montant des allocations versées ne change pas). Enfin, si le financement du RI repose principalement sur la fiscalité, il n’exclut pas d’associer pour partie la cotisation sociale.

 

Cependant, pour Réseau Salariat, la discussion ne porte pas sur la faisabilité de cette combinaison fiscale, éventuellement complétée par la cotisation, mais sur le choix de la fiscalité comme telle dans le financement d’une ressource universelle. En effet, le salaire ne peut relever que de la cotisation dès lors qu’il est universalisé, de même que seule la cotisation permet d’assurer la maîtrise de l’investissement par les salariés, comme nous allons le voir.

 

II.1 – Le caractère émancipateur de la cotisation et de l’impôt

Cotisation et impôt peuvent tous deux financer du salaire. C’est pourquoi il ne faut pas les opposer unilatéralement, et constater d’abord ce qu’ils ont de commun. Nous pourrons ensuite préciser les raisons pour lesquelles le revenu inconditionnel s’appuie principalement sur la fiscalité, tandis la cotisation est seule à même de financer tout le salaire à vie.

 

II.1.1 – La cotisation et l’impôt financent du salaire socialisé

Le versement des cotisations sociales correspond à une obligation des employeurs, qui doivent ajouter dans la composition du prix des marchandises produites par leurs entreprises une valeur supplémentaire, équivalente à ces cotisations[37]. En amont du versement, le montant de cette valeur est lié au salaire, car elle est calculée par rapport au salaire brut (qui est un salaire fictif) des salariés du privé. En aval, la cotisation finance du salaire lié à une qualification : grade de la fonction publique hospitalière, médecins libéraux (à travers le barème des actes de soin), qualification des malades, « qualification moyenne » des retraités (25 meilleures années pour le privé, 6 derniers mois pour les fonctionnaires) et dernière qualification du poste occupé par les chômeurs. Ce salaire institue des salariés hors des institutions capitalistes du travail : il s’agit de l’ensemble des salariés de la cotisation, qui produisent des non‑marchandises, hors de la dictature du temps de travail, de l’emploi et du capital.

 

L’impôt correspond aussi à un ajout de valeur inclus dans le prix des marchandises. Il finance donc aussi le salaire à la qualification de producteurs non‑marchands : les salariés des administrations publiques, qu’ils soient ou non fonctionnaires, et ceux des associations qui se substituent aux administrations pour la fourniture de certains services. Cependant, contrairement à la cotisation, l’impôt est calculé à partir d’un taux s’appliquant sur l’assiette, non des seuls salaires, mais de tous les revenus[38]. C’est une différence cruciale sur laquelle nous reviendrons (II.2.1.).

 

Reste que dans les deux cas, la technique de la cotisation et de l’impôt finance du salaire socialisé : ces deux techniques permettent de reconnaître une production de valeur économique en mutualisant la monnaie à l’échelle nationale (à travers des caisses de cotisation ou par l’intermédiaire du budget de l’État) et en la versant ensuite aux salariés.[39]

 

II.1.2 – Fausse dépense publique et vraie production de valeur

anticapitaliste

Si les cotisations et l’impôt représentent un ajout de valeur, il est illusoire d’affirmer qu’il s’agit d’une dépense issue de la valeur créée par les entreprises. Ce sont au contraire les retraités, les chômeurs aussi bien que les fonctionnaires qui produisent la valeur de la cotisation et de l’impôt. Si cette valeur transite par les entreprises (est incluse dans le prix des marchandises), elle n’en est pas moins produite par les salariés qu’elle rémunère.

 

Affirmer que la valeur des cotisations et de l’impôt est pr élevée sur les profits ou les salaires de l’emploi repose sur la confusion entre le prix et la valeur des marchandises. Les salariés de la cotisation et de l’impôt ne produisant pas de marchandise, ils ne réalisent pas de chiffre d’affaires à partir duquel leur salaire puisse être versé. Le taux de cotisation et d’imposition est donc répercuté dans le prix des marchandises. Et c’est à l’occasion du versement des salaires directs du secteur marchand que le volume monétaire à disposition des cotisations est prélevé, comme est prélevé l’impôt à l’occasion du versement des revenus (donc des salaires mais aussi des revenus de la propriété).

 

Ainsi, le flux de monnaie qui va de la sphère marchande vers la sphère non marchande ne correspond pas à la valeur produite par les salariés du privé. Elle correspond à celle produite par les salariés des cotisations et de l’impôt à hauteur de leur qualification, c’est‑à‑dire de leur capacité à produire de la valeur économique (I.1.2.). Si aucune valeur n’était reconnue à l’activité des salariés de la cotisation et de l’impôt, autrement dit si la cotisation et l’impôt n’existaient pas, les salaires nets de la sphère marchande seraient inchangés (ils ne seraient pas augmentés de l’équivalent des cotisations et de l’impôt).

 

En revanche, la croissance de la part de la cotisation ou de l’impôt dans le PIB signifie la reconnaissance d’une part croissante de la production de valeur sous une forme qui marginalise sa pratique capitaliste. Aujourd’hui, la cotisation représente environ 25% du PIB, principalement dédiés au financement de salaires (pensions de retraite, soignants, allocations chômage, allocations familiales). L’impôt quant à lui, représente à peu près 20% du PIB, la part finançant le salaire des fonctionnaires en constituant 7 à 8%, le reste finançant pour partie la production publique de non fonctionnaires ainsi que la seule dépense publique réelle, celle en frais directs (fournitures des administration, armement, etc.).

 

Ainsi, en reconnaissant de manière massive le travail de millions de salariés mobilisés hors de la pratique capitaliste de la valeur, la cotisation et l’impôt prouvent qu’une pratique de la valeur alternative à celle‑ci est déjà effective. De ce point de vue, la cotisation comme l’impôt sont émancipateurs.

 

Cependant, une différence cruciale existe entre cotisation et impôt, justifiant le fait que l’universalisation d’une ressource salariale ne puisse s’appuyer que sur la première.

 

II.2 – La cotisation réfère à la sphère du salaire, tandis que la fiscalité

réfère à la sphère du revenu

Pour comprendre les implications différentes de la cotisation et de l’impôt dans l’universalisation d’une ressource, il faut nous représenter les deux répartitions dont est l’objet la valeur économique nouvelle produite collectivement dans l’année. Cette valeur, exprimée en monnaie, est figurée dans le produit intérieur brut (PIB)[40]. C’est ce qu’illustre la figure suivante.

 

La double répartition de la valeur

La double répartition de la valeur

II.2.1 – La cotisation est issue de la répartition primaire, tandis que l’impôt est principalement issu de la répartition secondaire[41]

Sur la gauche de la figure apparaît la répartition primaire de valeur économique entre les salaires directs de l’emploi, les cotisations et les profits[42]. Ponctionnées sur la valeur ajoutée dans une certaine proportion d’un salaire fictif (le salaire brut), les cotisations font partie du salaire total (net + cotisations). Elles reconnaissent alors une valeur anticapitaliste dans le PIB, en finançant le salaire des salariés de la cotisation sociale, hors du marché du travail[43]. Les cotisations introduisent donc un troisième terme dans le partage de la valeur entre salaires directs du privé et profits. Et le PIB est augmenté d’autant.

 

La fiscalité (impôt et taxe) quant à elle n’opère qu’après la répartition primaire, lors de la répartition secondaire : comme le montre notre schéma, il faut d’abord que le partage entre salaires nets du privé, cotisations et profits ait eu lieu pour que la fiscalité soit prélevée et redistribuée. C’est pourquoi la fiscalité est calculée par rapport à un ou plusieurs revenus, et non par rapport au seul salaire[44].

 

Exemple : la CSG est prélevée chaque mois sur les revenus des ménages, donc aussi sur leurs revenus de la propriété. La TVA est prélevée à l’occasion des achats effectués par le consommateur final et dépend donc de la distribution préalable de la monnaie entre salaire (cotisation incluse) et profit. De même, l’impôt sur le revenu (IRPP) opère après le versement des salaires, cotisations et profits, sur une année. L’impôt sur les plus‑values opère quant à lui au terme d’une cession immobilière ou mobilière.

 

Chacun de ces impôts/taxes participe du financement après coup (après la première répartition) des administrations publiques et de la protection sociale, en redistribuant une partie de la monnaie ayant circulé durant l’année[45]. Or, en s’appuyant sur l’ensemble des revenus, profits inclus, l’impôt confirme les institutions capitalistes (le capital, le marché du travail, etc.).

 

Ce faisant, l’impôt revêt une double figure : d’un côté, nous l’avons vu, il est capable de financer du salaire socialisé lié à la qualification, mais d’un autre côté, il permet de financer des prestations appréhendées comme des planchers, pour prévenir l’absence complète de ressources (comme le RSA, le minimum vieillesse, la CMU ou les allocations liées à la dépendance). Or ces prestations ne correspondent à aucune qualification. Au contraire, elles dénient la qualification en étant liées à des critères de manque (de ressources, d’emploi, etc.) et à la précarité qu’ils expriment, précarité qui est le produit de la pratique capitaliste de la valeur (I.1.1.).

 

Or, en contribuant au financement de la fiscalité redistributive, les institutions capitalistes prétendent précisément remédier à cette précarité. Ce faisant, la maîtrise capitaliste de la valeur est légitimée. Une logique de distinction entre « riches » et « pauvres » (ou « précaires », « exclus », etc.) dans la perception de ressources forfaitaires fiscalisées s’installe. Et la fiscalité devient aliénante[46].

 

II.2.2 – Le RI s’inscrit dans le prolongement de l’usage aliénant de l’impôt

En tant que revenu financé par l’impôt, le RI confirme la légitimité de la maîtrise capitaliste de la valeur : en effet, tout en entendant montrer qu’il est capable de sauvegarder de la pauvreté, le RI s’appuie sur les institutions qui génèrent cette pauvreté.

 

Certes, contrairement au RSA, le RI s’adresse à tout résident, non aux ménages pauvres. Mais c’est en supposant la propriété lucrative, donc les profits financiers qui lui sont liés (par ex. les revenus issus de la spéculation financière), aboutissant à une contradiction vis‑à‑vis du principe d’égalité que Mylondo est amené à reconnaître de lui‑même[47].

 

Mais surtout, son cumul possible avec un salaire fait du RI un instrument de pression à la baisse sur les bas salaires, en même temps qu’il justifie le temps partiel contraint. Pour cette raison, non seulement le RI s’oppose à l’augmentation de la part du salaire dans la répartition primaire, mais il est contradictoire d’affirmer, comme le fait Mylondo à plusieurs reprises, que le versement du RI favorise la capacité de négociation des salariés sur le marché du travail.

 

Enfin, l’adossement du RI aux institutions capitalistes ratifie l’ensemble des inégalités qui découlent du déni de reconnaissance de la qualité de producteur : non seulement l’inégalité décisive entre employeur et employé ou prêteur et débiteur, mais aussi toutes les discriminations de genre ou autres sur le marché du travail.

 

Cette suite de conséquences liées au RI provient de la confusion qu’opère Mylondo entre monétaire et lucratif : selon le principe redistributif du RI, il ne peut y avoir de monnaie que s’il y a production de profits, lesquels doivent donc être ponctionnés par l’impôt, au même titre que les hauts revenus dans la logique riches/pauvres, pour assurer la solidarité nationale entre les membres de la société. Comme le RSA, le RI légitime la production capitaliste comme seule à même de produire de la valeur économique. Ainsi, le RI ne contredit par la logique d’assistance, mais la prolonge[48].

 

Ce faisant, le RI empêche de lire qu’est possible une autre pratique de la solidarité que celle qui consiste à redistribuer une partie de la valeur produite dans les institutions du capital : la solidarité de copropriétaires d’usage des entreprises, coresponsables de la production de valeur.

 

II.2.3 – Un revenu produit par ses allocataires est‑il possible ?

Si les retraités sont reconnus comme qualifiés à travers leur pension, ou si les fonctionnaires sont reconnus comme qualifiés à travers l’impôt qui les rémunère (I.1.3.), pourquoi les allocataires du revenu inconditionnel ne pourraient‑ils être considérés comme qualifiés à travers la prestation qu’ils reçoivent ?

 

Les termes de cette objection sont contradictoires : la qualification appelle un salaire, non un revenu (lequel agglomère, comme nous l’avons vu, tout type de ressources, y compris non salariales). La qualification appelle un salaire, parce qu’elle reconnaît la production de valeur économique, donc le travail. Au contraire, le RI déconnecte revenu et travail : il s’appuie sur le besoin (« garantir l’accès aux biens et aux services essentiels »). Le fait que, pour le RI, ces biens et services soient irréductibles à des besoins primaires ne change rien à l’affaire : ce n’est pas la qualification qui justifie la ressource. Ce faisant, le RI refuse d’assumer le conflit sur la maîtrise de la valeur économique ou même d’en formuler l’enjeu.

 

 

- Conclusion : la proposition de Réseau Salariat : financer tout le salaire à vie par la cotisation

Les caisses de sécurité sociale salarient déjà des millions de retraités, les soignants, les parents, sans profit ni marché du travail. Dans le prolongement de cette expérience réussie, la proposition de Réseau Salariat est de créer une cotisation salaire, finançant la totalité du salaire à vie. Ce financement s’effectue à travers la reprise de la hausse du taux de cotisation interrompue depuis les années 1980, alors qu’il avait plus que doublé depuis 1945.

 

 

- III – Le revenu inconditionnel contredit la maîtrise salariale de l’investissement

Mylondo soutient qu’en favorisant l’activité libre, le revenu inconditionnel est un facteur de « décroissance », entendue comme réduction d’une « production frénétique » provoquant par contrecoup un « excès de consommation »[49]. En parallèle, Mylondo revendique la création de coopératives de production favorisant la maîtrise des travailleurs sur les choix de production et d’investissement[50].

 

Cet argument « décroissant » et son complément coopératif appellent une double remarque.

 

III.1 – En s’abstenant de mettre en question la propriété lucrative, le RI légitime la « production frénétique »

En tant qu’elle ne vise qu’à l’appropriation de survaleur par les propriétaires lucratifs (I.1.1.), la production capitaliste et la croissance qui lui correspond entraînent des dommages souvent irréversibles sur la santé (physique et mentale) des travailleurs et sur leur environnement. Ces dommages découlent du fait que la production capitaliste de survaleur pousse à trouver sans cesse de nouvelles ressources (humaines comprises) à exploiter, jusqu’au déclin de leur rentabilisation ou jusqu’à leur épuisement.

 

De plus, la production capitaliste de survaleur pousse à la réduction obsessionnelle des coûts, ce qui conduit à des phénomènes de surproduction, selon cette logique :

  • augmenter les cadences de production, ou remplacer les salariés par des machines qui produisent x fois plus vite, ou encore délocaliser dans les pays à bas coût de main d’œuvre pour produire moins cher mais vendre au même prix ;
  • dégager provisoirement un avantage financier sur les concurrents jusqu’à ce que ceux‑ci fassent de même et diminuent les prix ;
  • s’aligner et surproduire pour compenser la baisse du prix ; 4chercher un nouveau filon, une nouvelle technique, une main d’œuvre moins chère. Et ainsi de suite ;
  • enfin, et parce qu’il faut bien écluser cette production, la création de survaleur va s’appuyer sur les méthodes encourageant la surconsommation (et faire du salarié un consommateur en quête de pouvoir d’achat, non plus de salaire) : c’est le cas des techniques mercatiques (publicité), de la mode (qui pousse à renouveler et jeter des produits encore en bon état), ou encore de l’obsolescence programmée.

 

C’est donc bien la production et la croissance capitalistes qui font problème. À l’inverse, il peut y avoir une croissance sans surproduction de biens marchands. Les retraités produisent plus de lien social que de kilomètres d’autoroute ! Or le montant de leurs pensions vient accroître le PIB.

 

En revanche, puisque le RI s’appuie sur les institutions capitalistes pour se financer, que peut‑il contre la logique de leur (sur)production ? Mylondo lui‑même est amené à admettre que la dépendance dans laquelle se trouve le RI par rapport au développement de la « sphère marchande » contredit son objectif de « décroissance »[51]. Et pour cause, comment faire un potager bio à côté d’un verger abreuvé de pesticides Monsanto ?

 

III.2 – Le RI ne permet pas de maîtriser les choix de production

Selon Mylondo, la création de coopératives de production doit remédier au défaut de maîtrise des allocataires sur la production de valeur économique. Cependant, il ne suffit pas de dire que l’on souhaite que de telles coopératives voient le jour, encore faut‑il appuyer cette déclaration sur le levier approprié ! Or de quel levier peut‑il s’agir, puisque le RI confirme l a p ropriété l ucrative p our financer les crédits et l’investissement ? Autrement dit, quelle est la marge de manœuvre des coopératives, dès lors que le crédit qui leur permet d’investir dépend de l’intérêt qu’en tire le prêteur ?

 

À l’inverse, la cotisation sociale montre qu’il peut y avoir création de valeur, donc croissance économique, en se passant de la propriété ou du crédit lucratif. Ainsi, la cotisation a été capable de financer un investissement aussi massif que la création des Centres Hospitaliers Universitaires (CHU), sans recours au crédit lucratif.

 

De plus, les salariés ont montré qu’ils pouvaient décider seuls de l’usage de la valeur reconnue par la cotisation à travers la maîtrise des caisses de sécurité sociale, dont ils ont disposé de 1946 à 1960, gérant ainsi une part significative du PIB.

 

Pour Réseau Salariat, il s’agit donc de confirmer ces expériences pour maîtriser ce que nous produisons. La perspective devient de financer l’investissement, comme les salaires, par une cotisation économique dédiée à l’investissement. Cette cotisation économique se substitue à la part de la valeur ajoutée allant à des propriétaires lucratifs (le profit). Cette part s’élève actuellement à 35% et les propriétaires n’en réinvestissent que 20%. Or cette part de la valeur peut être utilisée, par exemple :

  • pour moitié à l’autofinancement, dont l’usage est décidé par les salariés copropriétaires des entreprises ;
  • et pour l’autre moitié à la subvention de projets d’investissement, tant des entreprises que des services publics, en ajoutant autant que de besoin une création monétaire sans crédit aux cotisations collectées.

 

 

- Conclusion : si le RI confirme le capital, la cotisation le marginalise

Parmi les institutions existantes, le RI privilégie la fiscalité redistributive pour assurer son financement, prenant ainsi la suite des politiques d’affaiblissement de la maîtrise salariale sur la valeur économique, menées par les réformateurs des années 1980 à nos jours. De ce fait, le RI escamote la manière dont cette justice fiscale désarme le salariat comme instance légitime à décider de la production de valeur. La propriété lucrative reste le pôle dominant des choix politiques et économiques.

 

À l’inverse, la cotisation montre qu’il peut y avoir production non lucrative et pourtant monétaire : celle des millions de salariés de la cotisation sociale, qui travaillent en‑dehors des institutions capitalistes. De plus, à travers l’exemple de la création des CHU, la cotisation sociale montre qu’il peut y avoir financement de l’investissement sans recours au crédit lucratif. Comme le financement de l’investissement par la cotisation se double de l’interdiction de la propriété lucrative et de la généralisation de la copropriété d’usage des entreprises et services publics par les salariés, le producteur est libéré du chantage de l’actionnaire ou du prêteur.

 

 

- Conclusion : lire l’émancipation dans le déjà‑là du salaire et de la cotisation

Considérant que l’émancipation du travail s’est appuyée sur la conquête des institutions décisives que sont la qualification de la personne et la cotisation, finançant aussi bien des salaires hors marché du travail que de l’investissement hors crédit lucratif, Réseau Salariat promeut la déclaration d’un droit constitutionnel à la qualification personnelle pour tous à la majorité, s’exprimant dans trois dimensions : un salaire à vie, la copropriété d’usage de tous les outils de travail, et la délibération dans les caisses de salaire et les caisses d’investissement. Une cotisation salaire, financée par la mutualisation des valeurs ajoutées, finance alors le salaire, tandis qu’une cotisation économique finance l’investissement, sans besoin d’actionnaire ni de créditeurs lucratifs. Comme le salaire à vie se double de l’interdiction de la propriété lucrative et de la généralisation de la copropriété d’usage des entreprises et services publics par les salariés, le producteur est libéré du double chantage à l’emploi et au crédit. Il est, collectivement, maître de la valeur économique, donc du travail.

 

 

- Annexe

Les deux univers de la production

On en parle : revenu inconditionnel ou salaire à vie ?

Notes :

[1] Par exemple, le revenu d’existence de Yoland Bresson, le revenu de base du Centre des jeunes dirigeants (CJD), ou celui du film Le Revenu de base, Une impulsion culturelle, de Daniel Häni et Enno Schmidt, ou encore les versions du revenu de base se disant « à gauche » de celle de Mylondo, en revendiquant notamment la suppression de la monnaie et de la valeur. L’ensemble de ces versions est traité incidemment dans ce texte.

[2] Sur ces deux objectifs : Pour un revenu sans condition, Baptiste Mylondo, pp. 10‑13. Ils sont repris dans l’article Financer l’allocation universelle, Le Monde Diplomatique, mai 2013.

[3] Pour un revenu sans condition, ibid. ch. 2, pp. 43‑83

[4] Cf. site web de Réseau Salariat : http://www.reseau-salariat.info

[5] Cf. Publications, sur le site web de Réseau Salariat.

[6] La dispute, Paris, 2012.

[7] Utopia, Paris, 2012.

[8] Le Croquant, 2010 (2008).

[9] Utopia, 2010. En ligne sur le site http://revenudebase.info.

[10] http://www.franceculture.fr/emission-du-grain-a-moudre-toute-existence-merite-t-elle-salaire-2013-12-11

[11] http://arretsurimages.net/emissions/2014-01-03/revenu-de-base-on-sacrifienotre-bonheur-sur-l-autelde-l-emploi-id6379

[12] Luttes aboutissant à la naissance des conventions collectives dans les entreprises en 1919 ; aux modalités d’arbitrage par l’État et à la possibilité d’étendre les conventions à l’échelle des branches professionnelles au niveau local à partir de 1936 (Front populaire) ; à la normalisation de grilles de classification (OS, OP, employé, maîtrise, ingénieur, cadre) avec les arrêtés Parodi‑Croizat à la Libération ; à la possibilité de l’extension nationale des conventions à partir de 1950 ; à l’institution du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) la même année ; à la définition des thèmes, de la fréquence et des modalités de négociation au niveau des entreprises, branches et de l’interprofession en 1982 (lois Auroux).

[13] Dans ce texte, toute utilisation du terme valeur sans autre précision réfère à la valeur économique.

[14] Une marchandise ne désigne donc pas seulement un bien ou un service doté d’un prix de vente.

[15] Le prix de vente n’égale pas nécessairement la valeur des biens et services (c’est‑à‑dire le temps de travail humain qu’elles agglomèrent), car il dépend aussi d’autres facteurs, comme la concurrence (jouant à la baisse) ou la réglementation (comme le prix unique du livre). Cependant, cette différence entre valeur et prix n’est pas décisive pour l’instant.

[16] Nous verrons plus loin comment et à quel titre la déduction des cotisations sociales, des impôts et taxes sur la production, ainsi que l’addition éventuelle de subventions d’exploitation, interviennent aussi dans la constitution du profit.

[17] En France, actuellement, sur les 2 000 milliards de valeur ajoutée pour le travail d’une année, 700 vont à des propriétaires ou des prêteurs lucratifs.

[18] Dès lors que la production peut être écoulée sur le marché.

[19] Négociations sociales dans le secteur privé, commissions paritaires dans la fonction publique.

[20] Qui correspond souvent à un concours.

[21] C’est moins vrai pour les fonctionnaires territoriaux du fait du pouvoir d’employeur du maire.

[22] D’après la comptabilité nationale, le salaire des fonctionnaires équivaut à 7 ou 8% du PIB (soit 13% du salaire total).

[23] Il en va autrement malheureusement des retraités dont la pension est trop faible, du fait de carrières discontinues, de salaires modestes, etc.

[24] Une part de la pension peut toutefois correspondre à du salaire différé, fonctionnant selon une logique d’épargne (par points accumulés dans un compte fictif). C’est le cas à travers les régimes de retraite complémentaires du privé (Arrco/Agirc). Sur ce sujet, lire La retraite c’est révolutionnaire ! (Réseau salariat, 2013) et la brochure sur la cotisation sociale à paraître en 2014.

[25] Sur l’abolition du chômage : Dominique Lachosme, Abolir le chômage, en finir avec l’emploi, Atelier de création libertaire, 2013.

[26] Une hiérarchie des qualifications et des salaires étant sans doute indispensable pour gérer les conflits sur la valeur économique immanents à toute société.

[27] Écart interdécile existant actuellement dans la fonction publique ou dans les entreprises publiques.

[28] Respectivement prime de rentabilité, prime de technicité et prime de performance.

[29] Le salaire continué des chômeurs est dit couramment « allocation chômage », ou « assurance chômage », ce qui est fauteur de confusion. Il s’agit en fait de salaire socialisé par la cotisation, qui continue le salaire d’activité selon la logique qui s’applique aux retraités, cf. 1.1.3.

[30] Cette logique de cumul entre allocation et salaire dans l’emploi prolonge d’ailleurs un usage dévié de la cotisation : l’autorisation donnée aux chômeurs indemnisés par le régime Unédic, à travers les « activités réduites », d’additionner indemnités chômage (financée par la cotisation) et salaire, depuis 1984. Cet usage de la cotisation vise à renforcer l’emploi comme source de valeur économique, logique étendue au RSA, et que reprend à son compte le RI.

[31] En 2013, le montant du RSA‑socle atteint un peu moins de 500 € par mois, variant en fonction de la perception de revenus supplémentaires, de la composition du ménage, etc. S’agissant du montant du RI, l’article du Monde diplomatique aboutit à la proposition de 1 276 € par mois (p. 17), pour 1 120 € de SMIC net en janvier 2013. Ce montant est obtenu en répartissant de manière égale le revenu disponible total à l’échelle nationale entre les habitants en 2010 (après versement des prestations sociales et prélèvement des impôts directs). La réflexion proposée dans Pour un revenu sans condition tend vers le même ordre de grandeur (p. 36‑39). Enfin, le montant proposé sur Arrêt sur image est de 1 000 € par mois et 250 € pour les enfants, soit 90% du SMIC net.

[32] Dans le même esprit, lier travail à « tripalium » (étymologie latine supposée, référant à un instrument de contrainte de l’Antiquité) revient à naturaliser les institutions capitalistes de travail.

[33] Cf. « Toute existence mérite‑t‑elle salaire ? », Du Grain à moudre, France Culture (11/12/2013).

[34] Indiquons au passage que cette centralité de l’emploi prolonge la conception de « l’équité » des réformateurs, conformément aux politiques menées contre le salaire depuis trente ans (à travers le gel des taux de cotisation et la décélération des salaires à partir du début des années 1980, la montée en puissance des formes de contrats atypiques, etc.). Selon cette conception, les inégalités de ressources se justifient par l’occupation ou non d’un emploi, ce qui explique par exemple le fait que les chômeurs n’ayant pas travaillé assez longtemps en emploi n’aient pas droit à la continuation de leur salaire (le raisonnement étant que l’inverse serait injuste vis‑à‑vis des salariés en emploi). Pour en savoir plus sur l’équité, lire Christine Jakse, L’enjeu de la cotisation sociale.

[35] B. Mylondo, Pour un revenu sans condition, op. cit. pp. 131‑143. L’essentiel de ces propositions fiscales est repris dans l’article du Monde Diplomatique.

[36] ASS, préretraite, indemnités de formation, allocations familiales, compensations de charge, RSA, APL, ALS, ALF, cf. Ne pas perdre sa vie à la gagner, op. cit, p. 99.

[37] Les cotisations additionnent cotisations dites salariales et cotisations dites patronales, une distinction comptable artificielle au demeurant.

[38] Le taux de l’impôt est fixé par voie parlementaire ou gouvernementale.

[39] S’agissant de la cotisation, une part va toutefois financer, non du salaire socialisé, mais du salaire différé, notamment à travers les régimes de retraite complémentaires du privé. Sur ce sujet, lire La retraite c’est révolutionnaire ! (Réseau salariat, 2013) et la brochure sur la cotisation sociale à paraître en 2014.

[40] Nous n’entrons pas ici dans la discussion de savoir si le PIB est un indicateur judicieux de la richesse effectivement produite, compte tenu du fait que de la valeur économique peut être produite à la faveur d’une destruction de richesse (naturelle par exemple). Autrement dit, nous ne faisons pas du PIB une expression indiscutable, absolue, de la richesse. Il s’agit pour nous d’un indicateur politique, qui permet de montrer que deux pratiques de la valeur interviennent dans la production économique, l’une salariale, l’autre capitaliste. Pour en savoir plus sur les pratiques de la valeur (désignées dans l’ouvrage comme « conventions de valeur ») : B. Friot, L’enjeu du salaire.

[41] Principalement, car l’impôt sur la production ou sur les importations est issu de la répartition primaire.

[42] Les profits incluent les revenus mixtes des indépendants : artisans, agriculteurs, professions libérales, etc. (environ 100 milliards d’euros sur 800 milliards de profits au total), qui en majorité ne relèvent pas de la logique capitaliste.

[43] La cotisation finance aussi une partie de l’investissement public (ex. parc hospitalier public). Nous y revenons plus loin.

[44] La redistribution de l’impôt est d’ordre logique et non pas chronologique. Dans les faits, certains flux fiscaux opèrent avant ou en même temps que les flux de cotisation. Toutefois, cet enchevêtrement des flux monétaires repose sur des institutions distinctes, le prélèvement de l’impôt présupposant la répartition primaire.

[45] Le fait que les fonctionnaires paient des impôts sur les impôts qui les payent ne change rien à l’assise secondaire de leurs ressources.

[46] Tout aussi aliénante est la fiscalité finançant une partie des allocations familiales et de la branche maladie de la sécurité sociale, se substituant alors à la cotisation sociale. Dans cette logique, ces branches sont considérées comme « universelles » par distinction des branches « professionnelles » (chômage, retraite). Les branches universelles sont censées relever à terme entièrement de l’Etat, c’est‑à‑dire de la fiscalité, tandis que les branches professionnelles relèveraient de la cotisation sociale, c’est‑à‑dire du financement par les entreprises. Or la distinction entre les différentes branches est artificielle, et le basculement du financement des branches dites universelles vers la fiscalité a pour enjeu de réduire la part des cotisations dans le PIB.

[47] Cf. Pour un revenu sans condition, pp. 136‑7.

[48] Cette logique d’assistance confirme le duo produits financiers‑assurance privée/assistance fiscalisée, constitutif de la protection sociale sur le modèle béveridgien, hégémonique dans les pays du nord de l’Europe (Grande‑Bretagne, pays scandinaves), par opposition à la protection sociale dite bismarkienne, basée sur la cotisation sociale, existant sur le continent (Allemagne, France, Belgique, Italie, Autriche). C’est justement le modèle béveridgien qui est promu par les réformateurs en France (et ailleurs).

[49] Cf. Pour un revenu sans condition, pp. 138‑9.

[50] Cf. « Toute existence mérite‑t‑elle salaire ? », Du Grain à moudre… et « Revenu de base : “on sacrifie notre bonheur sur l’autel de l’emploi“ », Arrêt sur images (16/12/2013).

[51] Cf. Pour un revenu sans condition, pp. 138‑9.

 

Pour en savoir plus :

- Paul Aries, la démocratie et le revenu universel

- La Finlande prête à expérimenter la fin du travail ?

- Imaginer un revenu garanti pour tous

- CGT FILPAC : Le revenu universel, remunération ou bien commun ?

- Citoyen ou salarié à vie ? Analyse critique du « salaire à vie » de Bernard Friot

- Le revenu de base : un sujet qui mérite réflexion

- Les Pays-Bas en marche vers l’expérience unique d’un revenu inconditionnel

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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 13:56
La forteresse agricole : une histoire de la FNSEA

- Une histoire de la FNSEA

Ses désirs, dit-on, sont des ordres pour les ministres qui se succèdent rue de Varennes au maroquin de l'Agriculture

 

De gauche ou de droite, ils écoutent toujours avec grande attention l'avis du " Président " : le président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles, la FNSEA.

 

 

- C'est le syndicat agricole le plus puissant de France.

De cette puissance, il use et abuse. L'histoire officielle pointe l'an 1946 pour date de naissance. Mais celle des premiers hommes qui firent ce syndicat commence avant, dans les marmites d'extrême droite où mijotait la Corporation paysanne du régime de Vichy. Et avant encore, dans les chapelles des aristocrates royalistes.

 

Du premier syndicat agricole né au XIXe siècle à aujourd'hui, en passant par le pacte gaulliste de modernisation et la cogestion chiraquienne, cette enquête qui puise dans les archives publiques et privées et la mémoire de dizaines de membres du syndicat, livre les heurs et malheurs de l'unité paysanne, mythe fondateur du syndicalisme agricole. Un mythe ravageur, fait de plus de ruptures que d'actes d'union. L'exploration conduite par Gilles Luneau nous entraîne dans les coulisses de la politique agricole de ce dernier demi-siècle.

 

Elle donne à découvrir la violence des intrigues, les dissidences, les manipulations politiques, les stratégies économiques. Elle éclaire l'élimination programmée de centaines de milliers de paysans sur la foi d'un modèle unique de développement agricole. Elle pose la question des insurmontables contradictions de l'unité d'une corporation et celle de l'hégémonie fatiguée d'un syndicat contesté par sa base. Pour la première fois, une investigation journalistique radiographie de fond en comble ce que d'aucuns ont surnommé " la Forteresse agricole "

 

 

- Biographie de l'auteur

Gilles Luneau est écrivain et journaliste indépendant. Il a notamment collaboré au Nouvel Observateur, à Géo, à Challenges et au Monde diplomatique. Outre sa connaissance de l'Amérique latine, de l'Asie mineure et de l'Asie centrale, il est spécialiste de l'agriculture, de la ruralité et des échanges agroalimentaires

 

Le livre est disponible  ICI

 

Pour en savoir plus :

- Au cœur d’Avril-Sofiproteol et de la FNSEA : Xavier Beulin, l’homme aux mille bras

- Syndicats agricoles : la FNSEA… et les autres

- L. Pinatel (CP) : « Les revendications de la Fnsea ne sont pas tenables »

- La FNSEA veut faire disparaître les petits cours d’eau de nos cartes

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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 09:51
Marcel Paul, Ambroise Croizat. Chemins croisés d’innovation sociale.

Sources : le blog de michel Etievent

  • Marcel Paul. Etat civil : « enfant trouvé ». Raison sociale : ministre de la production industrielle à la Libération.
  • Ambroise Croizat. Etat civil : « fils de manœuvre ». Raison sociale : ministre du travail et de la sécurité sociale de 1945 à 1947.

 

Au fil de cet ouvrage, Michel Etiévent, historien, retrace entre documents inédits, les parcours féconds de Marcel Paul et d’Ambroise Croizat, deux personnages essentiels du vingtième siècle qui ont consacré leurs vies à l’invention sociale. Il suit l’extraordinaire chemin de Marcel Paul, enfant abandonné sur un banc, tour à tour secrétaire général de la fédération CGT de l’Energie, ministre communiste de la production industrielle du Général de Gaulle à Libération. Entre luttes, résistance, déportation, l’homme forge les plus grands acquis du siècle. Du conseiller de Paris, père des secours d’urgence et des crèches, au fondateur d’EDF-GDF et du statut des électriciens et gaziers, c’est une vie entière vouée à l’innovation sociale.

 

A ce chemin s’enchevêtre celui d’Ambroise Croizat, secrétaire de la Fédération CGT des métaux, député de Paris, ministre communiste du travail à la Libération. Bâtisseur de la sécurité sociale, créateur de la retraite pour tous, il laisse un héritage impressionnant : médecine du travail, comités d’entreprises, conventions collectives…Michel Etiévent entrelace les parcours de ces deux complices de luttes qui forgèrent ensemble ce qui fonde aujourd’hui l’identité sociale de notre pays. Avec ces biographies croisées, il nous livre le passionnant roman de deux hommes qui ont su donner au siècle le goût de la solidarité et de la dignité. Un livre brûlant d’actualité…

 

 

- Extrait article Laurent Etre "Humanité" 8 novembre 2008

"Jamais nous ne tolérerons que soit rogné un seul des avantages de la Sécurité sociale. Nous défendrons à en mourir et avec la dernière énergie cette loi humaine et de progrès" . ’est par ces mots qu’Ambroize Croizat, ministre du travail et de la Sécurité social de 1945 à 1947, infatigable militant de la dignité humaine et du monde du travail, acheva son dernier discours à l’assemblée nationale le 24 octobre 1950...

"je ne vous paie pas pour que vous m’indiquiez les articles du code m’interdisant de réformer, mais pour y trouver ceux qui vont me le permettre" lance Marcel Paul quelques années plus tôt, un jour de 1946, aux juriste de son ministère de la production industrielle.

Le "fils de manoeuvre" Croizat et Marcel Paul le "pitau" du nom que l’on donnait à l’aube du siècle dernier aux "enfants trouvés" ayant marqués leur siècle et l’histoire du mouvement ouvrier, c’est un certain engagement communiste, intransigeant que nous propose de redécouvrir Michel Etièvent, avec sa sensibilité d’écrivain, sa rigueur d’historien et sa conscience de journaliste en prise avec les enjeux et les luttes d’aujourd’hui.

 

Le livre est disponible  ICI

 

 

- Une conference sur Ambroise Croizat, et Marcel Paul

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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 09:15
La France encore condamnée sur l’eau, un secteur sous la coupe d’un lobby

La France a été de nouveau condamnée par la justice européenne à cause de son incapacité à améliorer la qualité de ses eaux. C’est la cinquième condamnation ! Une situation dont est responsable le “lobby de l’eau” que dénonce dans son nouveau livre le spécialiste Marc Laimé.

 

Sources : Reporterre le quotidien de l'écologie mis par Philippe Desfilhes publié le 05 sept 2014

La France a de nouveau été condamnée ce jeudi 4 septembre 2014 par la justice européenne pour manquement à ses obligations de lutte contre la pollution aux nitrates. « Cette décision est regrettable mais justifiée. C’est la cinquième fois que la France est condamnée par l’Europe pour non respect de réglementation, après des condamnations en 2001, 2004, 2008 et 2013. Elle a également été condamnée par les juridictions administratives françaises comme en 2009 par la Cour administrative d’appel de Nantes », rappelle Marc Laimé, spécialiste de l’eau.

 

Cette condamnation est d’autant plus consternante que Paris risque de surcroit une amende forfaitaire d’une trentaine de millions d’euros plus des astreintes journalières jusqu’à ce que les objectifs soient atteints. La justice européenne menace en effet de prononcer un deuxième arrêt dans les prochains mois si la France ne redresse pas la situation. “Et ce seront au final les usagers de l’eau qui régleront l’addition”, déplore Marc Laimé.

 

Cette fois-ci, la Cour a retenu six motifs de condamnation, concernant les effluents d’élevages mais aussi les épandages d’engrais minéraux. Un motif concerne les notions fondamentales de respect de l’équilibre de la fertilisation, et de calcul des quantités réellement apportées aux parcelles.

 

En effet, explique M. Laimé, la réglementation française mise en cause aujourd’hui ne veille pas à ce que les agriculteurs et les autorités de contrôle soient en mesure de calculer correctement la quantité d’azote pouvant être épandue afin de garantir l’équilibre de la fertilisation. « Il n’y aura pas de réponse réglementaire solide sans une réponse agronomique et politique forte pour faire émerger un nouveau modèle agricole durable et non polluant. Or le résultat de l’action du lobby de l’eau est que la politique de l’eau se décide en France au ministère de l’Agriculture et non pas à celui de l’Ecologie », se désole-t-il.

 

 

- Un marché de vingt-trois milliards d’euros annuels

Le dernier livre de Marc Laimé s’attaque au lobby qui a fait main basse sur la gestion de l’eau en France, un marché qui génère vingt-trois milliards d’euros chaque année. « On peut mettre un nom et une photo sur chacun des membres de ce lobby. Ce ne sont pas des individus en costard-cravate qui passent leur temps dans les grands restaurants avec des députés ou des sénateurs mais des professionnels qui siègent dans toutes les instances officielles de la gestion de l’eau », explique à Reporterre l’ancien journaliste (Marc Laimé. Il a travaillé pour Le Canard Enchaîné ou L’Usine nouvelle), et est désormais consultant en eau et assainissement pour les collectivités locales. A ce titre, il est en prise quotidiennement avec le lobby de l’eau français dont il est devenu l’une des bêtes noires.


- Marc Laimé -

 

 

- Un lobby omniprésent

Qui sont les membres de ce lobby ? Une petite centaine de personnes, hommes politiques, hauts-fonctionnaires, associatifs, représentants de l’agriculture, de l’industrie et de l’énergie et des grands organismes de recherche spécialisés, installés à l’intérieur du système et omniprésents.

 

D’abord les élus, car il en faut pour prendre la direction des Comités de bassins et de diverses commissions. Marc Laimé les appelle dans son livre des « demi-solde » de la politique car ce sont quasiment tous des inconnus au niveau national (le seul d’entre eux à avoir une certaine notoriété est André Santini, député-maire d’Issy-les-Moulineaux).

 

« Le lobby compte une vingtaine d’élus de tous bords qui ont été co-optés à un moment de leur carrière et ont érigé le conflit d’intérêt en mode de gouvernance », dénonce-t-il. Ces « barons » de l’eau multiplient les casquettes. C’est ainsi qu’ils peuvent faire voter des budgets d’institutions publiques qu’ils dirigent en faveur d’entités privées dans lesquelles ils siègent.

 

Ces élus ont fait alliance avec les représentants de deux grands corps de l’Etat issus de l’ENGREF (Ecole nationale du génie rural et des eaux et forêts) et des Ponts-et-Chaussées. Ces hauts-fonctionnaires « trustent » tous les postes de décision dans les six ou sept ministères concernés (à commencer par celui de l’Agriculture où se décide la politique de l’eau en France) puis dans les services concernés de l’Etat (les DREAL, DRIRE et autres DDTM ou MISEN).

 

On retrouve ensuite ce que Marc Laimé appelle les « porteurs d’intérêt » des secteurs de l’agriculture, de l’industrie et leurs fédérations professionnelles, dont évidemment la FNSEA et Veolia, Suez et Saur. Puis viennent les représentants des grands organismes de recherche comme l’OIE (Office international de l’eau) ou le BRGM (Bureau de recherche géologiques et minières) qui prennent de plus en plus d’importance car, selon le livre, on assiste à un détournement progressif de la recherche publique pour des intérêts privés.

 

Marc Laimé explique au fil des quatre-cents pages l’alliance qui s’est nouée et renforcée entre tous les acteurs du lobby depuis que la France, au début des années soixante, a organisé la gestion de ses eaux par bassins versants, via six Agences de l’eau. « Ce modèle de gestion a fait école dans le monde entier, mais ses dérives constituent aujourd’hui le frein majeur aux réformes indispensables à ce système à bout de souffle », constate-t-il.

 

 

- L’absence de tout contrôle démocratique

Son ouvrage n’est pas un livre de plus sur les ententes sur le marché de la distribution et la position dominante de Veolia ou de Suez. Il analyse les causes structurelles qui ont conduit à l’impasse qu’il décrit. « L’action de ce lobby a fait que la gestion de l’eau a graduellement échappé à tout contrôle démocratique. C’est d’ailleurs la seule politique publique financée par l’impôt qui ne fasse l’objet d’aucun contrôle ni à l’Assemblée nationale ni au Sénat. Le résultat est sidérant : on ne connaît ce que coûte la gestion de l’eau dans notre pays qu’à deux milliards d’euros près ! »

 

Pour appuyer sa démonstration et achever de convaincre de l’impuissance des politiques face à la machine bureaucratique contrôlé par le lobby, Marc Laimé relate en détail comment la ministre de l’Ecologie Delphine Batho (vite limogée et remplacé par Philippe Martin qui a abandonné toute velléité de réforme) s’est vu empêchée d’engager tout changement.

 

« Le lobby a fait systématiquement obstacle à toute mesure pouvant s’apparenter à une remise en cause non seulement de la politique de l’eau mais surtout des politiques agricoles qui sont un désastre pour la qualité de l’eau ».

 

Son récit est d’autant plus passionnant et bien étayé qu’il a participé avant et pendant la campagne électorale de François Hollande à un « think tank » interne au PS sur les problèmes que connaît la gestion de l’eau en France et les réformes à conduire.

 

En fait l’histoire ne fait que bégayer. Le lobby de l’eau avait agi de la même façon pour procéder à l’enterrement de la loi Voynet en 2002. Le retour de la gauche au pouvoir en 2012 aurait pu laisser croire à des réformes, aussi urgentes qu’indispensables. « Il n’en a rien été, et c’est même pire », se désole Marc Laimé.

 

Pour en savoir plus :

- Parti de Gauche : "une autre politique agricole est possible"

- L'Europe condamne la France pour ses eaux polluées aux nitrates

- Par Gabriel Amard : L’eau n’a pas de prix. Vive la régie publique !

- Pollution aux nitrates : la France de nouveau condamnée par la justice européenne

- Point de vue de : Benoît BITEAU Parti Radical de Gauche (Secrétaire National (Agriculture) & Délégué Régional)

- La malédiction des phosphates : dans les coulisses polluées et désertifiées de l’agriculture chimique

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19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 14:55
Partenariats public-privé

Les précurseurs du partenariat public-privé apparaissent au Royaume-Uni en 1992, comme un dernier cadeau empoisonné des années Thatcher. Intitulé « PFI » (Private Finance Initiative), ce mode de contrat parvient vite à se répandre à la fois dans les pays membre de l’OCDE (laquelle ne ménage pas sa peine pour les promouvoir), et dans les pays en voie de développement (auxquels les plans d’ajustement structurel imposent souvent le développement de ces contrats).

Introduits en France par une ordonnance passée sous le gouvernement Raffarin (2004), en application des réglementations européennes visant à réduire l’endettement public, les contrats de partenariat public-privé permettent à la puissance publique (municipalités, collectivités, universités…) de confier à un opérateur privé la maîtrise d’ouvrage, le financement, la construction et l’exploitation d’un équipement contre versement d’un loyer pour une très longue durée, pouvant atteindre quarante ans.

 

- Les PPP : plus chers, moins performants, antidémocratiques

Ces contrats public-privé prennent trois formes différentes en France : contrat de partenariat, bail emphytéotique administratif ou bail emphytéotique hospitalier. Derrière les détails juridiques, quatre éléments les caractérisent et permettent de les regrouper dans une typologie commune, les PPP. Premièrement, il s’agit de contrats attribuant des Droits réels sur une longue durée. Deuxièmement, la maîtrise d’ouvrage est confiée au secteur privé. Troisièmement, leur objet est circonscrit à une mission de service public (accomplie par le privé) ou d’intérêt général. Enfin, en « contrepartie » du financement par le secteur privé, la puissance publique verse un loyer sur la durée du contrat. On verra que cela relève plutôt de l’arnaque…

 

Il s’agit là d’une véritable rupture. En effet, la loi française interdisait depuis 1985 de confier la conception et la construction d’un ouvrage à un même acteur, afin de limiter le poids des grands trusts. Depuis dix ans, et notamment sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, le recours à ces Partenariats Public Privé (PPP) a explosé. Cette croissance est d’autant moins explicable qu’elle ne répond à aucun enjeu d’intérêt général : cher, rigide, de mauvaise qualité, le PPP n’a rien pour soi. Ou plutôt, si : il permet à quelques majors de mettre la main sur tout un marché national, et de générer du profit par le biais de quelques infrastructures nécessaires au bonheur collectif. L’endettement public est étendu sur plus longtemps, mais coûte plus cher. En pratique, il s’agit de la capture d’aspects essentiels de notre vie quotidienne par des grands trusts. Avec plus de 7 % de la commande publique exprimée sous forme de PPP, la France était en 2011 championne d’Europe de cette privatisation larvée, qui touche tous les domaines : éclairage public, télécommunications, hôpitaux, bâtiments scolaires, énergie, équipements sportifs, déchets, prisons, routes… Rien n’est épargné !

 

Les PPP opèrent contre deux cibles abstraites : la figure de l’État et l’organisation démocratique de l’intérêt général. Ils désengagent d’abord la personne publique de missions d’intérêt général qui pourtant lui reviennent tout en limitant les marges de manœuvre de réorientation des ressources. Mais les PPP violent aussi les principes fondamentaux de transparence indispensable à toute vie démocratique et d’égalité d’accès aux services publics.

 

Le livre « Partenariats public-privé, pillage et gaspillage » de Mathilde Moracchini et Hadrien Toucel parue aux Éditions Bruno Leprince compile les faits, propose une analyse du bilan déplorable de ces contrats et effectue un tour d’horizon exhaustif, rigoureux et argumenté des enjeux. Plus chers, moins performants, dangereux, instables, monopolistiques, ils contribuent à la dislocation de la puissance publique et placent nos vies entre les mains d’une poignée de trusts. Il est urgent d’y mettre fin..

 

Une initiative rigoureuse pour répondre, point par point, aux mythes qui entourent les PPP. Une lecture indispensable pour tout connaitre de ces contrats et dénoncer un des risques majeurs, et une des armes les plus redoutables des transnationales à l’heure actuelle, pour placer en coupe réglée les vastes pans des économies nationales encore en gestion publique.

 

Mathilde Moracchini, diplômée de management public international, salariée dans l’accompagnement des populations précaires, est membre du secteur « études et arguments » du Parti de Gauche.

 

Hadrien Toucel, doctorant (sociologie économique) dans un laboratoire CNRS, chargé de conférences à l’université, est co-président de la commission Europe et membre du secteur « études et arguments » du Parti de Gauche.

 

Le livre est disponible  ICI

 

Pour en savoir plus sur le sujet :

- Les contrats de partenariat public-privé : « une bombe à retardement budgétaire », selon le Sénat

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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 19:20
L'effondrement de la civilisation occidentale

- Si rien n’est fait, qu’adviendrait-il de l’humanité et de la planète à l’aube du XXII ème siècle?

A la rentrée 2013, les deux auteurs publient un article dans le prestigieux journal du MIT, Daedalus.  Devant le retentissement provoqué par la thèse qu’ils défendent et l’angle choisi pour l’exposer, ils étoffent leur texte pour commettre ce qui s’avère être un essai vif et brillant, qui se veut coup de semonce et livre d’alerte sur l’avenir même de notre civilisation.  

 

Deux des plus grands intellectuels aux U.S.A. se posent dans cet essai de prospective la question suivante : pourquoi restons-nous inactifs, alors que nous disposons d’informations scientifiques robustes sur le changement climatique et que nous savons quels terribles événements vont suivre ?

 

Nous sommes en 2093, avènement de l’ «Age de la Pénombre », et les deux historiens futurs se retournent sur leur passé - qui est notre présent et notre avenir (possible). Tout avait pourtant bien commencé avec la création du GIEC en 1988. Mais rapidement le « déni » se répand en faisant valoir l’incertitude des données scientifiques. Les effets du changement climatique s’intensifient, et en 2023, l’année de l’«été perpétuel », il y a 500 000 morts et 500 milliards de dollars de perte. La frénésie pour les énergies fossiles amène les dirigeants à saisir les notes scientifiques sur la fuite de pétrole Bp en 2011. Puis la loi dite de « négation de la hausse du niveau de la mer » est adoptée par certains états. Mais rien n’y fait. La nature se déchaine sans que les mesures nécessaires ne soient prises. Pendant l’été 2041, des vagues de chaleur sans précédent détruisent les récoltes. Panique, émeutes, migration de masse, hausse explosive des populations d’insectes, épidémies. L’ordre social s’effondre dans les années 1950 et les gouvernants, acquis à l’idéologie néolibérale, se retrouvent désarmés devant la nécessité d’une intervention massive de l’état…

 

En imaginant la situation vers laquelle l’humanité s’oriente si rien n’est fait, les auteurs démontrent magistralement le double piège dans lesquels la civilisation occidentale est en train de tomber. Deux idéologies inhibantes dominent : le positivisme et le fondamentalisme de marché. Quand les effets du Grand Effondrement se sont fait sentir, les démocraties n’ont d’abord pas voulu, puis pas pu faire face à la crise. Se trouvant dénué de l’infrastructure et de la capacité organisationnelle pour lutter.

 

Foisonnant d’érudition, fruit d’un travail de prospective scientifique rigoureux, cet essai veut tenter de lutter contre les obscurantismes intéressés afin d’éviter à l’humanité ce que les auteurs nomment « l’Age de la pénombre ». 

 

Par : Naomi Oreskes Erik M. Conway

Éditions : LLL Les Liens qui Libèrent

Date de parution : 30-04-2014
128 pages
14 €

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7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 13:17
Rothschild, une banque au cœur du pouvoir

Depuis Georges Pompidou, c'est une règle. La banque Rothschild est installée au cœur de la République, au croisement des affaires et de la politique. Dans le livre Rothschild, une banque au pouvoir, notre consœur Martine Orange mène une enquête fouillée sur une institution qui a retrouvé toute sa puissance.

 

Parmi les acteurs croisés, Emmanuel Macron nouveau ministre de l'économie de François Hollande dans le gouvernement  VallsII.

 

Le livre est disponible  ICI

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4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 08:58
26 septembre - Tonnay-Charentes : projection, débat "Les Arrivants"

Sources : Florence Jadot

Dans le cadre du festival Ecran vert dont Alterenvie(s) est partenaire, nous vous présenterons ce film et un débat avec Elise BONNET, avocate spécialiste du droit des migrants.

  • Tarif unique : 3,50 euros
  • vendredi 26 septembre 2014
  • Centre RICHARD de TONNAY CHARENTE
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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 13:16
Si on parlait du......... coût du capital

À en croire le gouvernement et les médias, la crise économique que nous traversons serait due au « coût » du travail. Les Français seraient trop payés, ne travailleraient pas assez longtemps et auraient des acquis sociaux trop élevés qui limiteraient la compétitivité des entreprises.

 

Tout dément pourtant cette thèse patronale.

 

 

 

 

- Aujourd’hui, lorsque les entreprises font des profits, 80 % sont destinés à rémunérer les actionnaires.

- Un salarié travaille en moyenne vingt-six jours par an pour les actionnaires, contre neuf jours par an au début des années quatre-vingt.

 

C’est ce coût du capital exorbitant qui détruit l’emploi, qui jette les gens dans la rue, qui ravage la planète. En analysant le coût du capital et ses conséquences, les économistes qui ont contribué à cet ouvrage proposent une critique radicale du capitalisme d’aujourd’hui. Ils permettent ainsi de trouver les formules de son renversement.

 

- les auteurs de cet ouvrage :

- Guillaume Etiévant, expert auprès des comités d’entreprise et des organisations syndicales, est secrétaire national du Parti de Gauche à l’Économie et au Travail. Il est membre du bureau de la Fondation Copernic.

- Nolwenn Neveu, professeure agrégée de sciences économiques et sociales, est coprésidente de la commission économie du Parti de Gauche.

- Laurent Cordonnier, Benjamin Coriat, Michel Husson, Paul Jorion, Jean-Luc Mélenchon et Hadrien Toucel ont également contribué à cet ouvrage.

 

- Pour commander : ici

 

 

- Le travail n’est pas un coût, il a un prix..., le problème, c'est le capital !

Le 7 mars 2018, Adrien Quatennens était l'invité de David Pujadas sur LCI. Au programme : "super riche, super profit : chance ou scandale ?"
 

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 18:10
http://www.leconomiepolitique.fr/page.php?rub=07&srub=02&ssrub=01

http://www.leconomiepolitique.fr/page.php?rub=07&srub=02&ssrub=01

Source : le parti de Gauche Midi Pyrénées extrait de L'Economie politique n°63 juillet 2014

Définir ce que pourrait être une politique économique de gauche est, dans le contexte actuel, un exercice aussi périlleux que nécessaire. Plutôt que de dérouler un programme, cette contribution se borne à proposer des remarques de méthode, après avoir succinctement rappelé les raisons de l’échec de l’orientation de François Hollande.

 

Deux tâches semblent aujourd’hui indispensables si l’on veut esquisser un programme alternatif : abandonner le fétichisme des outils et des normes pour redéfinir les objectifs d’une politique de gauche, et prendre la mesure exacte du degré de rupture nécessaire.

 

- L’échec annoncé du « socialisme de l’offre »

La situation actuelle, économique et politique, peut au fond s’expliquer par le grand écart qui existe entre la profondeur de la crise et les postulats fondamentaux de la politique de François Hollande. La crise est profonde, tout le monde le reconnaît, mais sans en mesurer réellement l’ampleur et ce qu’elle implique. Cette crise est d’abord une perte considérable et irréversible de production, d’emplois et de productivité, bref une déviation durable par rapport à la trajectoire antérieure. A cela s’ajoute le fait que les rentiers n’ont pas « pris leurs pertes » et qu’un stock considérable de dettes s’est ainsi accumulé. Plus fondamentalement, cette crise est aussi celle d’un mode de fonctionnement particulier du capitalisme auquel il est difficilement concevable de revenir. Les politiques menées aujourd’hui en Europe visent pourtant à rétablir par la force ce mode de fonctionnement, en profitant de la crise pour faire passer les réformes structurelles qui équivalent à une régression du double point de vue des dépenses sociales et du statut du salarié.

 

Face à cette thérapie de choc, une orientation sociale-libérale pouvait-elle représenter une alternative viable ou au moins une tactique d’évitement ? Tel était en somme le projet de François Hollande qui reposait, avant même son supposé tournant du début de 2014, sur deux postulats essentiels : tout miser sur la reprise de la croissance et en même temps revenir à l’équilibre budgétaire.

 

François Hollande est depuis longtemps convaincu que la croissance est le seul moyen de créer des emplois, et le préalable à toute redistribution des richesses. C’est ce que montre bien un entretien accordé à cette même revue en 2008[1] , alors qu’il n’était encore que le premier secrétaire du Parti socialiste. A la première question, qui lui demandait s’il fallait « agir politiquement sur la répartition de la valeur ajoutée entre salaires et profits », sa réponse immédiate fut la suivante : « ce qu’il faut d’abord, c’est créer plus de valeur ajoutée. La gauche ne peut s’intéresser à la seule répartition. Elle doit régler l’insuffisance de création de la richesse. » Et il ajoutait - déjà - que le nécessaire soutien de la demande « ne peut être efficace que s’il s’accompagne d’une politique de l’offre. »

 

Pendant sa campagne, François Hollande avait tout aussi clairement affirmé la nécessité de « rééquilibrer nos comptes publics dès 2013 (...) pas pour céder à je ne sais quelle pression des marchés ou des agences de notation mais parce que c’est la condition pour que notre pays retrouve confiance en lui [2]. Dès décembre 2011, sa conseillère Karine Berger (alors directrice marchés et marketing chez Euler Hermes) chiffrait - déjà - à 50 milliards d’euros l’effort budgétaire à consentir [3]. Enfin, pour contrebalancer le fameux discours du Bourget désignant « le monde de la finance » comme son seul adversaire [4] , François Hollande s’était empressé de le rassurer : « la gauche a été au gouvernement pendant quinze années durant lesquelles nous avons libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et aux privatisations. Il n’y a pas de grande crainte à avoir . [5] »

 

Ce projet ne pouvait fonctionner, pour une raison simple qu’il était facile d’anticiper : les deux postulats ne sont pas compatibles [6]  : la croissance s’éloigne à proportion de l’austérité budgétaire, c’est un fait aujourd’hui bien établi. Quelques années plus tard, François Hollande est toujours dans l’attente du « retournement » de la conjoncture.

 

 

- Partir des objectifs

La question qui reste entière est au fond celle-ci : pourquoi un gouvernement de gauche ne mène pas vraiment une politique de gauche ? Avant d’essayer d’y répondre, il faut donc se demander ce que pourrait être cet autre « retournement », celui qui conduirait vers une véritable politique de gauche. Pour répondre à cette question préalable, il faut procéder à un autre retournement, qui consiste à définir une telle politique par ses objectifs, plutôt que comme une modalité supposée plus « sociale » d’adaptation à des contraintes acceptées comme telles. Il faut donc inverser les fins et les moyens et dire d’emblée ce que devraient être ces objectifs.

 

Ils pourraient être simplement résumés ainsi : assurer à toutes et tous un emploi et/ou un revenu décents, l’accès à des services publics de qualité et, pourrait-on dire aussi, une planète décente. Bref la common decency de George Orwell. Plutôt que fétichiser les contraintes et les outils, la bonne méthode est de partir de la définition des objectifs et d’utiliser tous les moyens de la puissance politique pour y parvenir.

 

Toute une série de règles ou de recommandations, doivent être reconsidérées de ce point de vue, qu’il s’agisse par exemple de la sortie de l’euro ou de l’équilibre budgétaire : ni l’une ni l’autre ne devrait être une fin en soi.

 

 

- L’emploi d’abord

On peut dérouler cette logique à partir de la question centrale qui est aujourd’hui celle de l’emploi. De ce point de vue, l’avenir est sombre : selon la Commission européenne, le taux de chômage devrait passer de 10,8 % en 2013 à 11 % en 2015, et de 12,1 % à 11,7 % pour l’ensemble de la zone euro [7] . On voit mal dans ces conditions comment on pourrait envisager un recul significatif du chômage de masse dans les années à venir. Il serait donc grand temps pour la gauche de faire d’un retour au plein emploi la priorité des priorités.

 

Il se trouve que les deux seules pistes possibles sont tout à fait contraires à l’air du temps : ce sont la réduction du temps de travail et l’Etat employeur en dernier ressort.

 

Cette dernière piste a été relancée récemment par Cédric Durand et Dany Lang [8] qui reprennent les suggestions de Hyman Minsky [9] . Cette référence est importante parce que Minsky a développé une critique rigoureuse du postulat cher à Hollande selon lequel « la croissance économique est désirable et (...) est réglée par l’investissement privé » [10]. Il renouait ainsi avec le véritable message de Keynes, pour qui « le problème vraiment fondamental » était « de fournir un emploi à chacun  » [11] et qui s’indignait ainsi : « La force de travail de l’ensemble des chômeurs est disponible pour augmenter la richesse nationale. Il serait fou de croire que l’on irait à la ruine financière si l’on cherchait à l’employer et qu’il serait plus raisonnable de perpétuer l’inactivité » [12].

 

Il y aurait là un retournement fructueux [13] et adapté aux pays les plus touchés par la crise. Une étude prospective récente [14] portant sur la Grèce compare plusieurs stratégies de sorties de crise (« plan Marshall », moratoire sur les intérêts de la dette, émission de nouveaux titres de la dette) et montre que, compte tenu de la faible élasticité-prix du commerce extérieur grec, la meilleure stratégie est celle de l’Etat employeur en dernier ressort, qui a des « effets immédiats dur le niveau de vie tout en réduisant l’impact sur la dette extérieure. »

 

Certes, cela suppose d’inverser la logique capitaliste, selon laquelle il faut être rentable pour être employable. C’est d’ailleurs le fond des analyses dominantes du chômage : ce dernier s’expliquerait toujours par un « coût du travail » trop élevé par rapport à la productivité individuelle des travailleurs les moins qualifiés, ou par rapport aux normes salariales s’établissant sur le marché mondial. De ce point de vue, les allégements de « charges » ont pour fonction de rendre rentables, donc employables, une partie des candidats à l’emploi. Mais le potentiel de créations d’emplois que l’on peut attendre de telles mesures est faible, coûteux, voire nul. Le principe de l’Etat comme employeur en dernier ressort remet au contraire les choses à l’endroit : il y a des millions de personnes qui cherchent un emploi d’un côté, des besoins à satisfaire de l’autre.

 

Pourquoi la société devrait-elle se priver de cet apport potentiel ? Un calcul de coin de table montre qu’un million d’emplois publics payés au salaire moyen coûterait à l’Etat 16,4 milliards d’euros [15] , à comparer par exemple aux 30 milliards d’euros accordés aux entreprises sans aucune garantie de création d’emplois.

 

Le deuxième grand retournement serait de renouer avec la réduction du temps de travail dans le secteur privé. La réduction de la durée du travail a, contrairement au discours patronal, fait ses preuves. Près de deux millions d’emplois ont été créés entre 1997 et 2002, et la courbe de l’emploi a franchi une spectaculaire marche d’escalier qui n’a pas été redescendue ensuite. [16]

 

 

- La peau de chagrin de la social-démocratie

Utopisme, surenchère, calculs de coins de table et politique de gribouille : on voit bien à quoi s’exposent de telles propositions. Ces réactions trop prévisibles posent cependant une question de fond :

  • pourquoi ce qui a fonctionné pendant des décennies [la recherche du plein emploi et la réduction du temps de travail] apparaissentt aujourd’hui comme autant d’inaccessibles mirages ?
  • Pourquoi des pistes qui auraient pu être en d’autres temps qualifiées de réformistes ou social-démocrates sont-elles dorénavant tenues pour ultra-radicales ?

 

Une explication de ce paradoxe nécessiterait une analyse de fond de la crise et de la période qui l’a précédée [17] . On peut l’esquisser de la manière suivante : depuis le milieu des années 1970, la productivité du travail a fortement ralenti. Or, c’étaient les gains de productivité élevés qui avaient permis la mise en place en France et en Europe d’un capitalisme relativement régulé et susceptible de redistribuer ces gains de productivité sous forme de créations d’emplois, de baisse de la durée du travail et de développement de l’Etat social. La source s’étant tarie, le capitalisme néo-libéral n’avait comme recours qu’une baisse de la part des salaires, la montée de la précarité du travail, et un grignotage de l’Etat social. La crise a fait éclater cette configuration fondamentalement instable et laisse les sociétés embourbées dans une récession chronique qui s’accompagne du maintien ou du creusement des inégalités, de l’enkystement du chômage de masse et de l’effet corrosif des réformes dites structurelles. Et cet épuisement des gains de productivité implique aussi un rétrécissement continu du champ social-démocrate parce que sa base matérielle s’est réduite comme une peau de chagrin.

 

On se trouve donc à la croisée des chemins. Le choix est entre une gestion « paramétrique » de la configuration héritée des décennies néo-libérales et une bifurcation systémique vers un autre modèle de développement. Le véritable levier qui permet de passer d’une orientation à l’autre est, contrairement au postulat fondamental de François Hollande, une modification significative de la répartition des revenus, et non la quête illusoire d’un taux de croissance élevé.

 

Compte tenu de la configuration néo-libérale, il n’y a en effet aucune garantie qu’un retour de la croissance conduise à une répartition plus égalitaire, et l’expérience montre que la défense des droits de tirage acquis sur la richesse par une étroite couche sociale est en soi un facteur récessif.

 

La question de la répartition est donc la question-clé que l’on peut rapporter aux deux leviers de créations d’emplois évoqués plus haut. La viabilité de la réduction du temps de travail suppose de revenir sur la captation des gains de productivité par les rentiers et la création ex nihilo d’emplois publics implique une réforme fiscale et un financement du déficit public en dehors des marchés financiers.

 

Mais le critère le plus décisif est la compatibilité avec la perspective d’une transition écologique. Il devrait être clair de ce point de vue que le « socialisme de l’offre » ne répond pas à ce critère. En donnant la priorité à la compétitivité et à l’équilibre budgétaire, il barre la route au financement public d’investissements utiles et donne la priorité à un projet assez vain de reconquête des parts de marché perdues. La priorité à l’emploi esquissée plus haut est au contraire compatible avec la nécessaire bifurcation vers un autre modèle de développement moins productiviste et plus centré sur la satisfaction des besoins sociaux. Elle ne conduit d’ailleurs pas forcément à la décroissance mais à un autre contenu de la croissance.

 

 

- Les ruptures nécessaires

Pour mettre en œuvre une telle orientation et sortir par le haut de la crise, il faudrait au fond, pour reprendre une forte formule de Patrick Artus : « accepter un rendement plus faible des placements, une rentabilité plus faible du capital [18] . » Ce principe, abstrait mais profondément juste, permet de mesurer l’ampleur du défi. Et l’on pourrait le décliner en répétant qu’aucune alternative n’est possible si on ne lève pas l’hypothèque de la dette et si on laisse inchangée la répartition des revenus. Les nécessaires ruptures ont donc deux cibles principales qui n’en sont au fond qu’une seule : il s’agit de revenir sur les privilèges accumulées par une couche sociale étroite et dont le maintien est en quelque sorte garanti constitutionnellement par les institutions et les traités européens.

 

Il faut alors distinguer deux points de vue. D’un côté, on peut raisonnablement considérer que ces ruptures sont totalement hors de portée dans la conjoncture politique et sociale actuelle. Mais, si de telles ruptures ne sont pas amorcées, alors il est tout aussi raisonnable de penser que la perspective des années à venir restera marquée par le chômage de masse et la régression sociale.

 

La limite fondamentale du social-libéralisme est alors la suivante : il se refuse à amorcer les ruptures nécessaires parce qu’elles impliqueraient un degré d’affrontement social qu’il n’est pas disposé à assumer. Et le capitalisme ne dégage plus (en tout cas en Europe) les gains de productivité qui constituaient la base matérielle de la social- démocratie [19].

 

 

- Un programme « à trois étages »

On peut alors se risquer à esquisser les grandes lignes d’un programme de transformation sociale qui devrait aller bien au-delà d’une politique « de demande », autrement dit une relance par la consommation. Il combinerait trois « étages » qui doivent s’emboîter :

 

1 - Le premier est celui de la rupture, qui poursuit trois objectifs : se donner les moyens d’une autre politique en se protégeant des mesures de rétorsion prévisibles, réparer les dégâts de la crise, et construire d’emblée une double légitimité. Légitimité sociale par l’amélioration immédiate des conditions d’existence de la majorité en donnant la priorité aux bas revenus (Smic et minima sociaux) ; légitimité européenne en rompant avec l’euro-libéralisme, non pas à la recherche d’une issue nationale, mais au nom d’un projet alternatif susceptible d’être étendu à l’ensemble de l’Europe.

 

2 - Le deuxième étage est celui de la bifurcation. Il vise à enraciner le processus de transformation notamment par des créations massives d’emploi (réduction du temps de travail et créations ex nihilo d’emplois utiles) et par la mise en place d’un nouveau statut du salarié. C’est le moyen d’enclencher le grand renversement qui doit déconnecter les emplois de la rentabilité dont ils peuvent être porteurs. Dans ce processus, la légitimité sociale peut se renforcer par les droits nouveaux des travailleurs notamment sous forme d’un contrôle sur les modalités de la réduction du temps de travail et sur la réalité des emplois créés.

 

3 - Enfin, le troisième étage est celui de la transition vers un nouveau mode de développement, fondé sur trois ensembles de principes :

  • démarchandisation et extension des services publics ;
  • relocalisations et nouvelles coopérations internationales ;
  • planification écologique et nouvelle politique industrielle.

 

Ces trois « étages » doivent être présents dès le départ, tout en prenant en compte les rythmes différents. Ainsi, la revalorisation du Smic et des minima sociaux est une mesure qui peut et doit être prise immédiatement. Mais elle n’est pas suffisante en soi et doit être combinée avec la mise en place d’un mode de satisfaction non marchand des besoins sociaux. Prenons l’exemple du logement : on sait que l’explosion des loyers est l’une des principales causes de la dégradation du niveau de vie.

 

Dans ces conditions, faut-il indexer les salaires sur les loyers ou encadrer ces derniers et entreprendre un programme de construction de logements ? Clairement, il faut basculer d’une logique de préservation immédiate du pouvoir d’achat à une logique d’offre de logements à des prix décents tout en sachant qu’elle ne peut avoir d’effets instantanés.

 

Cette démarche a le mérite d’apporter une réponse cohérente et adaptée à la nouvelle période ouverte par la crise. Elle peut, encore une fois, sembler utopique ou exagérément radicale. Mais, d’un autre côté, le projet social-libéral d’adaptation aux règles du jeu actuelles est suicidaire et c’est pourquoi Hollande semble condamné à suivre la même trajectoire que celle de Zapatero en Espagne. Seul un sursaut pourrait permettre de faire dévier cette trajectoire : un « retournement » n’y suffira pas.

 

 

 
 
 
 

Notes

[1] « Quelle politique économique pour la gauche ? », entretien avec François Hollande, L’économie politique n°40, octobre 2008.

[2] » Dès décembre 2011, sa conseillère Karine Berger (alors directrice marchés et marketing chez Euler Hermes) chiffrait - déjà - à 50 milliards d’euros l’effort budgétaire à consentir

[2] François Hollande, «  La dette est l’ennemie de la gauche et de la France  », LeMonde.fr , 16 juillet 2011.

[3] Marc Joanny et Jean-Baptiste Vey, «  Hollande pour un effort budgétaire de 50 milliards en 2012-2013  » décembre 2011, latribune.fr , 18 novembre 2011.

[4] Discours de François Hollande au Bourget , 22 janvier 2012.

[5] The left was in government for 15 years in which we liberalised the economy and opened up the markets to finance and privatisations. There is no big fear , «  François Hollande seeks to reassure UK and City of London  », The Guardian , 14 février 2012.

[6] Les mises en garde n’ont pas manqué ; voir par exemple le Manifeste des économistes atterrés , Octobre 2011.

[7] Commission européenne, Prévisions d’hiver 2014 : la reprise gagne du terrain , 25 février 2014.

[8] Cédric Durand et Dany Lang, «  L’Etat, employeur en dernier ressort  », Le Monde Economie , 7 janvier 2013.

[9] Hyman P. Minsky, «  The Strategy of Economic Policy and Income Distribution  », Annals of the American Academy of Political and Social Science , vol. 409, 1973 ; Stabilizing an Unstable Economy , McGraw-Hill, 2008 [1986].

[10] Economic growth is desirable, and the growth rate is determined by the pace of private investment .

[11] “The real problem fundamental yet essentially simple... [is] to provide employment for everyone ”, Keynes, Collected Writing , volume XXVII, 1980, p. 267, cité par Alan Nasser, «  What Keynes Really Prescribed  », CounterPunch , vol.19, n°19, 2012.

[12] “The whole of the labor of the unemployed is available to increase the national wealth. It is crazy to believe that we shall ruin ourselves financially by trying to find means for using it and that safety lies in continuing to maintain idleness”, Keynes, Collected Writing , volume XIX, 1981, p. 881, cité par Alan Nasser.

[13] Pour des propositions plus récentes et quelques exemples d’expériences, voir : Pavlina R. Tcherneva « Full Employment : The Road Not Taken  », Levy Economics Institute, March 2014.

[14] Dimitri B. Papadimitriou, Michalis Nikiforos, Gennaro Zezza «  Prospects and policies for the Greek economy  », Levy Economics Institute, February 2014.

[15] Ce calcul tient compte des prestations économisées, des recettes fiscales supplémentaires et des frais de fonctionnement induits. Voir Anne Debrégeas, «  Combien coûte un million d’emplois publics  », juillet 2013.

[16] Michel Husson et Stéphanie Treillet, «  La réduction du temps de travail : un combat central et d’actualité  », ContreTemps n° 20, 2014 ; Michel Husson, «  Unemployment, working time and financialisation : the French case  », Cambridge Journal of Economics , 2013.

[17] Michel Husson, «  Le capitalisme embourbé  », dans Hadrien Buclin, Joseph Daher, Christakis Georgiou et Pierre Raboud (dir.), Penser l’émancipation , Offensives capitalistes et résistances collectives , La Dispute, 2013.

[18] Patrick Artus, «  Et maintenant, que faut-il faire  ? », Natixis, Flash n° 42, 29 janvier 2008.

[19] Michel Husson, «  Economie politique du social-libéralisme  », Mouvements n 69, printemps 2012.

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19 août 2014 2 19 /08 /août /2014 15:34
19 Août 1944 début de l'insurrection du peuple parisien pour se libérer sous le commandement d'Henri Rol-Tanguy

Animateur des Brigades internationales, au cœur de la Résistance pendant la libération de Paris, Henri Tanguy (1908-2002) fut l’une des figures héroïques de sa génération, l’un des hommes qui, sans tenir compte des revirements partisans, ont affronté le fascisme sans relâche.

 

Roger Bourderon s’attache ici aux trois visages de Rol-Tanguy, des usines Talbot, lieu de ses premiers combats militants, au PC souterrain de la place Denfert, quartier général de l’insurrection d’août 1944. Le communiste, entre jeune dans l’élite ouvrière des métallos, syndicaliste de choc. Le résistant : commissaire politique de la 14ͤ brigade internationale ; acteur majeur de la résistance armée de 1941 à 1944, devenu Rol en hommage à un camarade tombé en Espagne ; chef régional des FFI au moment de la libération de Paris, et comme tel, cosignataire de la capitulation allemande au côté de Leclerc. Le soldat : officier exemplaire des campagnes de France et d’Allemagne, relégué pour cause de guerre froide, de 1947 à 1962, au dépôt central des isolés à Versailles.

 

Fondée sur des archives et des témoignages inédits, cette biographie fait revivre une grande figure de combattant du XX ͤ siècle qui fut aussi un ardent militant de la mémoire de la guerre d’Espagne et de la Résistance. « De février 1937 au 8 mai 1945, j’ai toujours été au combat ; j’ai encore, dans le corps, une balle de mitrailleuse qui m’a frappé, le 18 juin 1938, sur le front de l’Ebre. »

 

Le livre est disponible  ICI

 

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Le 10 août 1944, c'est le début de la la grève insurrectionnelle des cheminots contre les nazis jusqu’aux grèves contre le libéralisme

 

 
 
 
Sources :  Le Parti de Gauche Midi Pyrénnées par Jacques Serieys - mise à jour 22 août 2014
 

Plan :

1) Les cheminots dans la Résistance

2) La grève insurrectionnelle de la Libération

3) Tous les 10 août : Commémoration de la grève insurrectionnelle du 10 août 1944

 

- 1) Les cheminots dans la Résistance

Créée à la veille de la guerre, le 1er janvier 1938, la Société Nationale des Chemins de fer français, représente alors la plus grosse entreprise de France avec ses 500 000 cheminots, munis d’une forte identité ouvrière collective : 8 cheminots sur 10 sont syndiqués.

 

Sous le régime de Vichy et l’Occupation, les cheminots vont subir de nombreuses attaques comme l’essai d’imposer un syndicat corporatif unique à travers la « Charte des cheminots », comme la réquisition de 10000 d’entre eux pour travailler en Allemagne.

 

Les cheminots forment pourtant la branche professionnelle la plus représentée dans la Résistance.

" En raison des facilités de circulation dont ils disposent et des multiples services qu’ils peuvent rendre aux organisations clandestines, les employés de la SNCF sont parmi les professions les plus sollicitées pour intégrer la Résistance organisée ou lui apporter une aide ponctuelle. Le recrutement est également favorisé par la force des solidarités professionnelles, syndicales ou politiques qui caractérise la corporation"

 

" Pendant l’occupation, les cheminots agissent en aidant d’abord les soldats français et britanniques prisonniers à passer en zone non occupée puis, avec le temps, ce type d’aide s’élargit aux aviateurs alliés, aux Juifs, aux réfractaires au travail en Allemagne, aux résistants entrés dans la clandestinité. Les cheminots jouent également un rôle-clé dans la diffusion de la presse clandestine, grâce à laquelle la plupart des grandes organisations clandestines développent leur influence(notamment le PCF en zone occupée et les grands mouvementsde zone sud). Quant au sabotage ferroviaire, les cheminots y contribuent surtout de façon indirecte, mais primordiale, en renseignant sur les transports allemands et en contribuant à la préparation du « plan vert » : le plan de paralysie du réseau ferroviaire simultané au débarquement de Normandie... C’est à partir du débarquement que la participation des cheminots au sabotage des voies et du matériel, par leurs conseils ou leur action directe, est amplement attestée". (exposition sur les cheminots et la Résistance, Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris Musée Jean Moulin dossier de presse)

 

Le bilan humain donné par l’historien Paul Durand est lourd : plusieurs centaines de cheminots fusillés, plus de 1 100 cheminots morts en déportation sur 2 480 déportés, 2 361 tués en service ou hors service.

 

Je ne peux terminer ce rappel sans insister sur une évidence synthétisée par François Mauriac, pourtant étranger socialement et politiquement à ce milieu "La classe ouvrière française, dans ses profondeurs, est seule à être restée fidèle à la patrie profanée."

 

 

- 2) La grève insurrectionnelle de la Libération

10 août 1944. Le comité central de grève des cheminots lance la grève insurrectionnelle contre l’occupant nazi et le régime de Vichy. Il s’agit là d’une des plus belles pages de l’histoire ouvrière internationale.

 

Voici l’exemple du dépôt de Montrouge :

Le 10 août, aux environs de neuf heures du matin, Georges Prunault, adjoint de Robert Herniot, responsable des comités populaires clandestins parmi les cheminots, prend la parole, protégé par un groupe de FTP : " Plus un train pour les nazis. " En quelques minutes, le résistant donne le signal de la grève générale avec occupation des locaux. Mais le dépôt reste sous la garde de soldats allemands. Aussi, le 13 août, une centaine de combattants commandée par le colonel Fabien l’attaque victorieusement. Les affrontements ont été particulièrement violents. Fabien lui-même est blessé à la jambe tandis que le FTP Maurice Delsupexhe est tué. ( L’Huma 19 août 2004);

 

Le syndicat CGT relaie largement l’appel. Le 10 août, après une manifestation de près de 1 000 personnes à Villeneuve-St-Georges, l’Union départementale du Val de Marne juge le climat effectivement favorable au déclenchement de la grève des cheminots en région parisienne.

 

A Vitry, Ivry, Montrouge, la population soutient les grèvistes.

Le 13 août, 3000 agents de la Compagnie du Métropolitain cessent également le travail. La grève se généralise ensuite créant de grosses difficultés pour les troupes hitlériennes en repli.

 

De plus, la réussite de la grève des cheminots et des traminots donne confiance à de nombreuses entreprises et professions qui entrent également dans la grève insurrectionnelle et vont participer en particulier aux combats pour la libération de Paris.

 

Cette grève insurrectionnelle dans une région parisienne encore occupée par les troupes du Reich a valu aux cheminots une distinction collective. A la Libération, ils ont reçu la Croix de guerre avec palme et la légion d’Honneur.

 

 

- 3) Tous les 10 août : Commémoration de la grève insurrectionnelle du 10 août 1944

Tous les 10 août, plusieurs sites ferroviaires commémoreront la grève insurrectionnelle du 10 Aout 1944.

 

Cette journée constitue un trait d’union entre la société et tous les cheminots, elle fait partie de notre histoire collective.

 

Ces dernières années, notre société a énormément souffert de ces divisions et oppositions qui ont affectées la cohésion sociale de notre pays.

 

Au-delà de s’atteler à recréer du lien social, nous avons la responsabilité collective d’entretenir ce devoir de mémoire et ainsi les transmettre aux prochaines générations.

Il ne faut surtout donc pas oublier que la corporation cheminote a payé un lourd tribut pendant l’occupation nazie avec notamment :

- 8938 cheminots qui ont laissé leur vie.

- 15977 cheminots qui ont été blessés pour faits de résistance

- 1157 qui sont morts en déportation.

L'Humanité du 23 août: Crédit :  Archives Humanité

L'Humanité du 23 août: Crédit : Archives Humanité

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Libération de Paris (24 au 26 août 1944) par les chars... espagnols de la nueve !

 

 

 

 

Le 24 août 1944, la 9ème compagnie du Régiment de marche du Tchad enfonce, Porte d’Italie, la ligne formée par la garnison allemande (environ 16000 à 20000h à ce moment-là).

 

Cette troupe d’élite de la 2ème DB est composée en particulier de 11 half-tracks. Son objectif consiste à trouer la résistance allemande pour aller renforcer les Parisiens insurgés qui ont pris l’Hôtel de Ville, en plein centre de la capitale. A 21h22, ils arrivent à destination.

 

Ces hommes-là étaient des républicains espagnols engagés dans l’armée française pour vaincre le fascisme. Pendant 60 ans, ils n’ont même pas été invités aux commémorations.

 

Premiers soldats de la France libre à entrer dans la capitale occupée, les Républicains Espagnols de "La Nueve" (la 9e) sont les héros oubliés de la victoire des Alliés contre l'occupation nazie. La Ville de Paris leur a rendu hommage le 24 février 2014 en remettant la Grande Médaille de Vermeil à trois de ses survivants.

 

Pour en savoir plus :

- 24 août 2014 hommage rendu aux combattants espagnols de la Nueve

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17 août 2014 7 17 /08 /août /2014 13:57
Dans son livre L'Imposteur, Jacques Cotta décortique la politique de François Hollande

Dans cet ouvrage, l'auteur et journaliste [1] dévoile le résultat d'une enquête récente auprès de sénateurs et députés afin de « démontrer l'imposture de la politique de François Hollande, basée sur les mêmes actions que son prédécesseur avec des promesses éléctorales toutes autres ».



- Document choc
Dans cet ouvrage, de nombreux enjeux sont analysés par l’auteur : chômage, rapport entre maintien de l’emploi et compétitivité des entreprises, éducation, démocratie et répartition des pouvoirs, mais aussi Europe et place de la France dans le monde aujoud’hui.

 

- Témoignages de députés et sénateurs
À mi-chemin du mandat Hollande, ce document nourri de cas concrets et de témoignages récents, s’appuie notamment sur les révélations de députés et de sénateurs de la majorité expliquant les raisons de leur déception face à la politique du gouvernement en place.


Fort de son travail auprès des concitoyens en difficultés comme des privilégiés, Jacques Cotta partage les conclusions brûlantes d’une enquête de terrain récente, permettant d’évaluer les engagements et promesses du Président Français. « Le changement, c’est maintenant ! »

 

Note :

[1] Jacques Cotta, journaliste en charge de la série de documentaires « Dans le secret de… » sur France 2, a réalisé de nombreux films d’investigation dont Front national, la nébuleuse (7 d’Or) et rédigé plusieurs ouvrages parus aux éditions Fayard et J.C. Gawsewitch

- L'imposteur, un livre de Jacques Cotta (entretien avec l'auteur)

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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 14:55
Osons le protectionnisme

Mondialisation libérale ou protectionnisme solidaire, il faut choisir !

 

Le libre-échange est une idéologie réactionnaire qui enchaîne les peuples au capitalisme financier et productiviste de notre époque. Nous lui opposons une voie progressiste permettant à la souveraineté populaire d’engager une transformation radicale de notre modèle économique et social. Notre protectionnisme n’est pas une fin en soi mais l’outil de la transition écosocialiste que nous proposons pour la France et l’Europe. C’est un levier puissant pour garantir des droits sociaux élevés et surmonter la crise écologique.

 

Cet ouvrage reprend la bannière, trop délaissée par la gauche, de l’affrontement avec le dogme libre-échangiste et la construction libérale de l’Europe, que la signature du Grand Marché Transatlantique est censée couronner. Il est temps d’en sortir ! 

 

Cette contribution pose les jalons d’un autre modèle d’échange international, en avançant des mesures concrètes pour une gauche ambitieuse et crédible.

 

- Boris Bilia, haut fonctionnaire et statisticien-économiste, responsable du secteur Argumentaires du Parti de Gauche, coauteur du Manifeste pour une Révolution fiscale et du Manuel citoyen d’économie.  

- Sandro Poli, doctorant en économie est coprésident de la commission Économie du Parti de Gauche et coauteur du Manuel citoyen d’économie.

 

Le livre est disponible  ICI

 

 

- Débat : osons le protectionnisme ! Quelles armes face au libre échange ?

Avec François Ruffin (journaliste, il crée le journal d'extrême-gauche Fakir), Susan Georges (ex vice-présidente d'Attac France) et Martine Billard (co-présidente du Parti de Gauche)

Sur le même sujet, lire aussi :

- Qu’est-ce que le protectionnisme ?

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3 août 2014 7 03 /08 /août /2014 16:42
Le Capital au XXIe siècle

Sources : Le Parti de Gauche Midi-Pyrénées

Une véritable spectroscopie des inégalités de revenus et de patrimoines depuis plus de deux siècles.

 

Le livre de Thomas Piketty  "Le capital au XXIème siècle" (972 pages) dépasse de très loin toutes les études antérieures émanant d’organismes officiels, de travaux universitaires ponctuels.

  • Sommaire du livre en CLIQUANT  ICI
     
  • L’introduction est disponible en ligne en CLIQUANT  ICI
     

- Présentation

Il s’agit du travail le plus important qui n’ait jamais été réalisé sur cette question. Il a réuni une quinzaine de chercheurs de différentes nationalités et étudie le phénomène des inégalités non seulement en France mais dans plusieurs pays.

 

En outre, l’étude de cette inégalité de revenu et de patrimoines est abordée aussi du point de vue historique sur une période d’au moins deux siècles. Il a fallu franchir un nombre d’obstacles considérables pour réunir une telle somme de données et de les confronter les unes aux autres

 

Même si cet ouvrage prétend énoncer deux lois régissant le système capitaliste, portant sur le rapport entre le revenu national et le stock de capital, ces lois sont plus des procédés de calcul permettant des comparaisons homogènes sur de longues périodes, plutôt que des lois bâties sur un édifice théorique.

 

Il ne s’agit pas d’un ouvrage de théorie économique mais d’une publication plutôt de caractère pragmatique et statistique. Cela évidemment n’empêche pas l’auteur d’avancer des explications sur l’origine et le développement de ces inégalités. Piketty n’est en rien un successeur de Marx auteur du fameux Capital d’abord parce qu’il n’est pas marxiste et d’autre part parce qu’il ne possède pas la puissance théorisation de Marx. Il ne faut donc pas demander à cet ouvrage ce qu’il n’est pas. Il n’en reste pas moins vrai que malgré les faiblesses théoriques, c’est maintenant devenu un ouvrage incontournable pour quiconque s’intéresse sérieusement au phénomène d’inégalités de revenus et de patrimoines.

 

Après une première phase de publicité au moment de sa parution en septembre 2013, silence radio pendant six mois, et à ma connaissance, aucun débat sérieux de grande envergure à la hauteur des enjeux de cet ouvrage n’a eu lieu dans les grands médias, puis à partir de mars avril 2014 renouveau d’intérêt car le succès du livre aux USA est considérable du fait que le problème des inégalités devient central dans la bataille politique qui secoue les États-Unis suite notamment en conséquence la crise financière.

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