L'Humanité : Vous vous estampillez « antisémite » en titre de votre dernier livre. C’est tout de même grave. Pourquoi ?
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Avec dix-sept députés répartis dans huit commissions à l’Assemblée nationale, La France insoumise n’est pas le plus grand groupe d’opposition, mais elle est vite apparue comme étant la seule véritable force d’opposition au gouvernement Macron, et en particulier à sa politique économique, fiscale et sociale.
En onze chapitres, les députés dressent un état critique de la France de M. Macron, en centrant leur analyse sur les politiques les plus contestables, tant du point de vue de l’efficacité que de la justice. Ils montrent ainsi ce qui, selon eux, est vraiment « en marche » dans la France de Macron : une régression qui poursuit et approfondit la logique néolibérale installée par les gouvernements précédents (de droite comme de gauche). Mais La France insoumise est aussi la première force de propositions de lois alternatives : chaque diagnostic critique dessine donc également les voies d’une autre politique.
Les députés insoumis
Clémentine AUTAIN, Ugo BERNALICIS, Alexis CORBIÈRE, Éric COQUEREL, Caroline FIAT, Bastien LACHAUD, Michel LARIVE, Jean-Luc MÉLENCHON, Danièle OBONO, Mathilde PANOT, Loïc PRUD'HOMME, Adrien QUATENNENS, Jean-Hugues RATENON, Muriel RESSIGUIER, Sabine RUBIN, François RUFFIN, Bénédicte TAURINE
Par : Les députés insoumis - Les députés des Insoumis
Date de parution : 4 octobre 2018
Pages : 160
ISBN : 202140398X
Disponibilité : chez l'éditeur et chez tous les libraires
Prix papier TTC : 12,9 €
Thomas Guenolé est politologue (lRIS), enseignant (université Paris-Est Créteil), essayiste et éditorialiste. Intellectuel engagé à gauche, il est le disciple d'Emmanuel Todd. Il est notamment l'auteur de Les jeunes de banlieue mangent-ils les enfants ? (Bord de l'Eau) et de La Mondialisation malheureuse (First).
Depuis 2017, il est membre de La France insoumise et responsable de son école de formation de La France insoumise.
Il offre avec cet ouvrage une boîte à outils pour s’opposer activement au projet qui vise à mettre à terre le service public français et à démolir notre modèle social.
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Lorsque les droits des chômeurs sont attaqués, vous ne vous mobilisez pas, vous qui n'êtes pas chômeur. Lorsque les conditions de travail du personnel des hôpitaux sont attaquées, vous ne vous mobilisez pas, vous qui n'êtes ni infirmière ni médecin hospitalier. Lorsque l'Education nationale est attaquée, vous ne vous mobilisez pas, vous qui n'êtes ni enseignant ni étudiant. Lorsque s'accumulent les sans-abris, et les personnes précaires, vous ne vous mobilisez pas, vous qui avez un toit sur la tête.
Et, donc, lorsque l'offensive contre nos droits devient totale, ce chacun-pour-soi général conduit à l'échec - encore - de tout mouvement social et politique pour les défendre. Réveillez-vous. Cette fois, c'est différent. Non, l'"Antisocial" ne va pas s'arrêter. Non, si vous ne faites pas partie des 10 % les plus riches, vous ne lui échapperez pas. Bataille des idées, bataille sociale, bataille politique : il faut organiser tous ensemble la défense et la contre-attaque. Avant qu'il ne soit trop tard.
Un projet identifié ici comme reposant sur un mépris de classe qui engendre divisions et inégalités. L’auteur déconstruit les croyances néolibérales et leurs justifications par grands secteurs, ce dont témoignent les intitulés des chapitres : « Anti-santé », « Anti-code du travail », « Anti-éducation », « Anti-taxes », etc. La dynamique de résistance est éclairée par deux chapitres historiques rappelant comment des combats jugés perdus d’avance se sont conclus par des coups de théâtre, comment des victoires ont été rendues possibles par des luttes politiques et syndicales — dont la grève générale partant de la base. Guénolé appelle à se souvenir de ces conquêtes pour préparer celles des temps qui viennent.
Par : Thomas Guénolé
Date de parution : 1er mars 2018
Pages : 273
Disponibilité : chez l'éditeur
Format : 132 x 202 mm
Prix papier TTC : 17,9 €
Somalie, Kosovo, Afghanistan, Irak, Libye… Qu’est-ce qui peut définir une guerre « juste » ? Comment le mensonge et la propagande des États ont permis de s’émanciper de toute légalité et de tordre le droit international ? Ancien président de MSF, Rony Brauman[1] publie un essai, " Guerres humanitaires ? Mensonges et intox ".
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« C’est toujours au nom d’un Bien que se déclenchent les guerres » rappelle Rony Brauman dans cette conversation avec Régis Meyran. Pour le célèbre Médecins sans Frontières, les guerres « humanitaires » récentes ne sont rien d'autre que des croisades morales fondées sur des mensonges.
Les exemples de propagande belliciste ne manquent pas : prétendu arsenal d’armes de destruction massive détenu par feu Saddam Hussein en Irak, question du génocide discutable au Kosovo, chiffres bidons de la famine en Somalie, faux massacre de manifestants en Lybie…
Sans être non-interventionniste par principe, Rony Brauman se montre extrêmement méfiant à l’égard de l’engouement guerrier dont nombre de dirigeants font preuve aujourd’hui, et n'hésite pas à critiquer les instances internationales : le conseil de sécurité de l'ONU ou la Cour pénale internationale représentent pour lui avant tout les intérêts des puissants. Contre un prétendu « droit d'ingérence », et en s’appuyant sur les critères de la « guerre juste », Brauman critique l'obsession occidentale d’imposer par la force les valeurs démocratiques.
C’est preuves à l’appui qu'il démonte les fausses raisons d'entrer dans des guerres prétendument « justes » sans jamais céder à une quelconque théorie du complot.
Par : Rony Brauman
Date de parution : 24 janvier 2018
Pages : 128
Disponibilité : chez l'éditeur
Format : 110 x 120 mm
Prix papier TTC : 15,9 €
Quelles ont été les machines à propagande construite pour justifier les guerres d'Irak ou de Libye? Rony Brauman s'en explique dans cet entretien.
Note :
[1] médecin, co-fondateur et ancien président de Médecins sans Frontières (1982-1994). Il est Directeur de Recherche à la Fondation Médecins sans Frontières et professeur à l’IEP de Paris. Il s’est notamment opposé à l’intervention militaire française en Lybie. Son livre paru chez Textuel Humanitaire, le dilemme (1996,réed. 2002) est le premier titre de la collection « Conversations pour demain ». On lui doit également Diplomatie de l’ingérence (Elytis, 2016) et Manifeste pour les Palestiniens (Autrement, 2014).
La vérité sur le pillage de l'argent public !
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Dans cette nouvelle enquête, Roger Lenglet et Jean-Luc Touly[1] s’attaquent au pillage des biens de l’État. Lobbies, élus locaux, ministres, entreprises… les « liquidateurs » de la République redoublent d’imagination quand il s’agit de consolider leur assise politique et d’augmenter leurs revenus.
Des appels d’offre truqués aux prises illégales d’intérêts, des détournements de fonds publics aux multiples pots-de-vin et autres fraudes fiscales… ce livre dénonce les tractations inavouables, des attributions frauduleuses de marchés publics, des corruptions devenues systématiques, des arrangements qui aliènent des agents publics au privé. Il dresse le portrait d’élus mais aussi d’hommes de l’ombre participant à ce festin scandaleux laissant Marianne exsangue, allant même souvent jusqu’à hypothéquer la santé de la population.
Loin de sombrer dans le découragement, cette investigation est aussi l’occasion de montrer que des citoyens dénoncent ces affaires et en font condamner les responsables par la justice. Un tour d’horizon décapant qui porte enfin à la connaissance de tous des pratiques devenues trop fréquentes et scandaleuses pour être encore tolérées.
En conclusion, dans la forêt vierge des corruptions, des pillages et des fraudes constituant le monde de nos décideurs économiques et politiques, dans le tintamarre des casseroles collées à leurs pas, Roger Lenglet et Jean-Luc Touly, se sont aventurés les yeux et les oreilles grands ouverts. Ca a donné un livre « Les Crapules de la République ».
Par : Roger Lenglet et Jean-Luc Touly,
ISBN : 9782412025000
Parution : 30-11-2017
Disponibilité : chez l'éditeur
Prix papier TTC : 17,95 €
Notes
[1] Roger Lenglet est philosophe, et journaliste d'investigation. Jean-Luc Touly est militant associatif et juge prud'homal.
Spécialistes du lobbying et de la corruption, ils ont notamment cosigné aux éditions First Syndicats, corruption, dérives, trahisons (2013), Les recasés de la République (2015) et L'armoire est pleine (2016)
Journaliste d'investigation, Roger Lenglet est l'invité du Grand Soir 3 ce mercredi 3 janvier.
Fondateur et directeur de l’Institut de recherches internationales et stratégiques (Iris), Pascal Boniface publie un ouvrage pour répondre à ses détracteurs, parmi lesquels l’ancien premier ministre Manuel Valls, qui l’estampillent « antisémite ».
L'Humanité : Vous vous estampillez « antisémite » en titre de votre dernier livre. C’est tout de même grave. Pourquoi ?
Pascal Boniface : Comme le montre la couverture du livre, je suis, pour certains, tamponné « antisémite ». C’est une accusation particulièrement grave qui m’a pénalisé personnellement, professionnellement, qui a également atteint ma famille. Pourtant, personne n’a jamais pu citer un seul de mes propos ou de mes écrits qui justifierait cela. Sinon, je me serais retrouvé devant la justice. Il y a des lois en France qui encadrent très sévèrement les propos antisémites et les propos racistes. C’est ce paradoxe que j’essaie d’expliquer dans ce livre. Autre source d’interrogation, les grands médias n’ont jamais essayé d’entamer une réelle réflexion par rapport à ces accusations. Récemment encore, Manuel Valls a demandé que les ministères cessent tout contact avec l’Iris. C’est pourtant un « think tank » que je dirige, qui emploie trente salariés et qui est reconnu au niveau international. De tels propos de la part d’un ancien premier ministre auraient dû interpeller les médias sur la liberté d’expression. Si un ministre russe avait osé une telle demande, il y aurait eu une levée de boucliers contre une telle ingérence dans le débat public. Là, ce n’est pas le cas. Même Marianne, magazine qui a posé la question, n’a pas relevé cela. Il y a donc le fait que ce procès injustifié qui m’est fait n’a jamais suscité le désir d’une enquête approfondie.
L'Humanité : Est-ce que ces accusations formulées contre vous depuis seize ans se posent de la même manière aujourd’hui ? N’est-ce pas la moindre critique de la politique israélienne qui est ainsi remise en cause et taxée d’antisémitisme ?
Pascal Boniface : Il existe une sorte d’assimilation de la part de certains entre antisémitisme et antisionisme. Ils prônent la liberté de critiquer le gouvernement israélien mais cette liberté serait contestable puisque tous ceux qui émettent des critiques, s’ils ne sont pas Israéliens, seraient des antisémites. Depuis quelque temps s’installe un autre phénomène. Ceux qui plaident pour la fin de la discrimination à l’égard des musulmans, exprimant le vœu que ces derniers puissent s’exprimer en tant que tels, sont taxés de pro-islamistes, de faire de l’antisémitisme.
L'Humanité : Pourquoi de telles attaques aujourd’hui ? Est-ce pour empêcher tout débat ou pour clouer au pilori toute critique de la politique israélienne ?
Pascal Boniface : Lors des premières attaques contre moi, en 2001, certains ont pensé que c’était passager. Or, ça s’est amplifié. La raison ne l’a pas emporté. Les accusations d’antisémitisme sont encore plus importantes aujourd’hui qu’à l’époque. La critique s’adresse maintenant à toute personne qui se lève pour dénoncer la politique du gouvernement israélien. Elle est profondément enracinée, devenue presque un réflexe conditionné justement parce que le gouvernement israélien est de plus en plus critiquable et que le soutien à cette politique est de moins en moins défendable. J’entends les dénonciations de la présence de l’extrême droite au sein du gouvernement autrichien. Mais l’extrême droite est encore plus présente au sein du gouvernement israélien. Et personne ne soulève le problème.
Certains ministres israéliens ont fait des déclarations ouvertement racistes qui seraient condamnées en France. Or, ces propos ne sont pas dénoncés. Il existe une gêne et donc il faut trouver un bouc émissaire. Dans la mesure où il est de plus en plus difficile de soutenir l’occupation, pour le gouvernement israélien, il est plus aisé de faire croire que les critiques ne sont pas émises pour des raisons politiques mais par antisémitisme. C’est également une façon d’empêcher le débat.
L'Humanité : Vous allez jusqu’à penser qu’il existe un problème de libertés publiques ?
Pascal Boniface : Oui. On le voit bien avec les multiples demandes d’interdiction de débats, de meetings… Une sorte de terrorisme intellectuel est à l’œuvre. On veut faire peur aux gens. De fait, beaucoup de mes collègues universitaires ou certains journalistes disent que sur le conflit israélo-palestinien ils pensent comme moi mais ne le diront pas publiquement. C’est vrai aussi pour des femmes et des hommes politiques. Il faudrait un débat sur les raisons de ce chantage qui est dangereux parce qu’il banalise l’antisémitisme. Si la critique du gouvernement israélien est antisémite, on voit bien qu’on se trompe de cible. Je dis souvent à mes interlocuteurs que, dans la lutte contre l’antisémitisme, je suis leur allié, mais par contre je ne le suis pas dans la protection de l’actuel gouvernement israélien. Pour eux, la protection du gouvernement israélien devient plus importante que la lutte contre l’antisémitisme puisqu’on me traite en ennemi. L’occupation d’un territoire par un pays était difficilement acceptable au XXe siècle, elle l’est encore moins au XXIe.
Par : Pascal Boniface
ISBN : 978-2-31500-824-7
Pagination : 208
Format : Broché
Dimensions : 15cm X 21cm
Disponibilité : chez l'éditeur
Prix papier TTC : 18 €
Pour en savoir plus :
- Non, antisionisme et antisémitisme ne sont pas synonymes
- Décembre 2025 : Un tribunal en France reconnaît que dénoncer le sionisme n’est pas antisémite !
En savoir plus
Alors que le terme de « populiste » semble bien établi dans le vocabulaire des commentateurs politiques, on ne peut qu’être surpris par l’absence de points communs entre les partis ou personnalités qui en sont accusés. Comment pourrait-il en être autrement ? Il sert à décrire tout autant des mouvements progressistes, depuis la fin du XIXe siècle, que l’extrême droite européenne. Ne faut-il pas alors voir dans cette confusion la raison d’être d’un concept qui masque avant tout une défiance face au peuple et à la démocratie ?
Il faut entreprendre l’histoire de ce dénigrement pour comprendre la morgue de ceux qui l’utilisent à tort et à travers. Le peuple a toujours fait peur, le libéralisme produit les mécanismes pour le bâillonner. Fantasme des oligarques, le populisme exprime leur haine du peuple.
Benoît Schneckenburger, docteur et agrégé de philosophie, est spécialiste de théorie politique et du matérialisme. Membre du bureau national du Parti de Gauche et militant du Front de Gauche, il a publié Apprendre à philosopher avec Épicure (Ellipses) et Hobbes, Léviathan chapitres 13 à 17 (Gallimard Folioplus). Il enseigne la philosophie en lycée à Paris et à l’université Paris 8.
Par : Benoît Schneckenburger
ISBN : 979-10-329-0059-8
: 213
Disponibilité : chez l'éditeur
Prix papier TTC : 5 €
Populisme, le fantasme des élites - Entretien avec Benoît Schneckenburger
Le populisme est-il la solution ?
Vendredi 24 août 2018, conférence « Le populisme est-il la solution ? » à Marseille aux Amfis d'été de la France insoumise.
Pour en savoir plus :
- "Populisme", un mot à démonter ou à assumer
- Le populisme c’est comme le cholestérol, il y a le bon et le mauvais.
- En parlant du populisme par Alexis Corbierre : " Impasse et stationnement gênant " en réponse à Pierre Khalfa pour un texte publié dans Politis
- Anatomie du populisme de droite, par Arlie Hochschild (Le Monde diplomatique, août 2018)
- J.L. Mélenchon et Chantal Mouffe débattent sur le populisme : Peuple et mouvement
- Le progressisme est le pire des populismes
- Tous populistes ! Un mot qui signifie « panique »
- LE POPULISME EN 10 QUESTIONS
- Le populisme un phénomène social plutôt que politique
Pour Jean-François Gayraud[1] commissaire divisionnaire spécialiste de l’évasion fiscale et essayiste, la finance mondialisée, boostée par les multinationales, vampirise les forces vives des pays. Avec l’aide de médias inféodés, et d’une justice au pas, elle veut se substituer définitivement à l’État-nation, et menace à court terme nos structures démocratiques.
L'Humanité : Votre livre, " l’Art de la guerre financière "[2], convoque l’un des grands classiques de la littérature stratégique et militaire, l’Art de la guerre, du Chinois Sun Tzu. Pourquoi ce titre ?
Jean-François Gayraud : Tout est parti de la crise grecque. Depuis une dizaine d’années, la Grèce est le théâtre d’une guerre financière qui ne dit pas son nom. J’ai été à la fois indigné et étonné de la manière dont le peuple grec a été maltraité. Les médias ont rendu compte de cette affaire de façon à la fois tronquée et surtout xénophobe. Partant de ce constat, je me suis dit qu’il fallait changer de clé de lecture sur la question financière. En convoquant la criminologie et la géopolitique, j’ai ajouté cette fois-ci une autre discipline : la stratégie ou, si vous préférez, la polémologie.
La finance internationale s’est aujourd’hui constituée en puissance, avec des objectifs propres souvent adossés pour des raisons tactiques à des États. Son action relève d’une stratégie militaire, autrement dit de l’hostilité. Or, comme dans toute guerre, il y a un art de la guerre financière. C’est la réalité. En matière financière comme dans beaucoup d’autres domaines, ce ne sont pas toujours les « grandes décisions politiques » qui changent le monde, mais les choix à la fois discrets, techniques et invisibles, donc stratégiques et toujours idéologiques. Ce qui caractérise la pensée conservatrice, c’est qu’elle veut nous faire croire qu’il y a un caractère naturel et inéluctable des situations. Derrière le paravent de la science et de la technique, s’est imposée une croyance selon laquelle les marchés financiers peuvent se substituer à l’État et à la démocratie. Or la dérégulation des marchés est une addition de décisions et de créations humaines. Il s’agit donc d’un problème de choix et de décisions. Tant qu’on ne comprend pas que les rapports de forces existent, que nous sommes dans un univers non simplement de concurrence comme le pensent les libéraux dogmatiques mais aussi d’hostilité, on passe à côté de l’essentiel.
L'Humanité : De quelle stratégie use la finance pour mener cette guerre ?
Jean-François Gayraud : La finance aime la ruse et brouille les pistes. Elle sait créer de la distance et avance masquée : cette distance est à la fois géographique, sociale et médiatique, si bien que le lien de causalité est difficile à établir entre les dommages sociaux et leurs causes profondes. Je prends dans mon livre l’exemple de la hausse des suicides en Grèce, liés aux décisions brutales des prêteurs internationaux et des différents gouvernements grecs qui ont jeté la population dans la pauvreté à coups de mémorandums et de surendettement. Il s’est produit le même phénomène aux États-Unis avec la crise des subprimes. Le surendettement provoqué par des prêts prédateurs et la spéculation tuent, ce n’est pas une métaphore. Quand, du jour au lendemain, le cours du blé augmente, que le prix de l’électricité ou de l’eau atteint des sommets, des gens se nourrissent moins bien, se chauffent moins bien, et il est évident que cela affaiblit, blesse et tue. Ces morts ne sont pas des dommages collatéraux. Encore faut-il savoir observer et nommer cette réalité.
L'Humanité : Vous voulez dire que les intellectuels ont déserté les rangs sur ce sujet…
Jean-François Gayraud : En un sens, oui. Il faut apprendre à renommer correctement ces phénomènes et à savoir les analyser. Aujourd’hui encore, en « science économique », qui se définit comme une discipline positiviste, le crime n’a pas d’étiologie spécifique. Les économistes ne veulent pas voir que, lorsque le crime se systématise, il détruit des richesses, modifie en profondeur le fonctionnement des marchés et transforme l’environnement. Pour eux, le crime n’est qu’un accident, un déplacement de valeurs, aux conséquences mineures. Les sociologues en revanche ont réussi à aborder la question. Je pense notamment à l’Américain, Edwin Sutherland, qui a créé le concept de criminalité en col blanc dans l’entre-deux-guerres. Il a su montrer l’omniprésence de ces crimes, malgré leur quasi-invisibilité matérielle, sociale et judiciaire. Malheureusement, la sociologie est actuellement dans la déconstruction de tous les concepts de criminalité, ce qui amène à un relativisme dangereux et à des comportements d’impunité inégalés. Si vous expliquez que le crime n’existe pas en général, comment l’appliquer ensuite aux criminels financiers ?
Mais tout celà n’est pas le fruit du hasard. L’idéologie libérale est commune à peu près à toutes les élites, et couvre un très large spectre allant de la droite à la gauche. Si bien qu’il existe une réelle convergence intellectuelle, et non une opposition, entre l’esprit de Mai 1968 et le Medef aujourd’hui. Cette idéologie libérale/libertarienne, qui fait l’éloge de la libération de tous les désirs, alimente le consumérisme et la machine capitaliste. Elle est l’élément clef de la toute-puissance des marchés et elle a pour adversaire, pour ennemi même, l’État-nation, socle pourtant de la solidarité et de la liberté.
L'Humanité : Cette idéologie ultraconservatrice attaque l’État-nation mais aussi les valeurs de citoyenneté et de travail…
Jean-François Gayraud : C’est vrai. Le catéchisme libéral de la médiasphère nous impose une tonalité toujours pleurnicharde sur le coût du travail, et ce de manière lancinante. Tout cela consiste en une vision du monde volontairement hémiplégique quant aux analyses des forces économiques en présence. Il s’agit d’oublier et de taire systématiquement le coût exorbitant du capital toxique et par conséquent de tromper le citoyen.
Les vingt-huit banques qui constituent l’oligopole mondial possèdent à elles seules quelque 56 000 milliards d’euros de réserves, tandis que la dette mondiale cumulée atteint environ 47 000 milliards d’euros… Ce que ces chiffres démontrent par leur aberration et leur côté irréel, c’est qu’il y a une masse financière qui vit sa propre vie et qui est déconnectée de l’économie réelle. C’est un fait majeur et nouveau dans l’histoire humaine, deux époques sont aujourd’hui clairement identifiables : une première durant laquelle la politique pouvait encore affirmer son autorité sur le financier, puis celle qui, lentement mais sûrement depuis le XIXe siècle, a inversé ce rapport de forces, avec un monde de la finance qui assoit jour après jour sa domination sur le pouvoir politique et même judiciaire. Depuis les années 1980, quels que soient les pays, la finance n’est plus confrontée au droit punitif ; il y a une réelle impunité pénale. On se situe dans un mode de gestion judiciaire qui relève de la transaction pénale. Or un « bankster » réagit comme n’importe quel autre criminel : il ne s’arrête que lorsqu’on l’arrête. Le grand scandale, et historiquement la faute de Barack Obama, dans la gestion de l’après-crise des subprimes ayant conduit à la misère des centaines de milliers d’Américains, aura été l’absence de sanction pénale contre les banquiers fraudeurs.
L'Humanité : Cette absence de droit financier, c’est aussi l’avènement de ce que vous appelez la « zombicratie » ?
Jean-François Gayraud : Il est frappant d’observer, comme corollaire à ce système financier, la manière dont les grandes multinationales se sont autonomisées et comment non seulement elles fabriquent des biens et des services, mais aussi comment elles portent un projet de société en dehors de tout choix démocratique. Observons ce que les faux gentils de la Silicon Valley, les Gafa (Google/Apple/Facebook/Amazon), nous proposent comme nouvel « avenir radieux », emballé dans un marketing sirupeux ! Le libéralisme était l’idéologie motrice du projet démocratique. Aujourd’hui, les deux concepts s’opposent. Cet hyperlibéralisme vient saper les fondements des institutions démocratiques au profit de multinationales industrielles et financières.
Ce bouleversement historique nous a conduits à la crise de 2008 et en effet à l’avènement d’une zombicratie, un système avide qui sclérose l’économie. Une grande partie du système bancaire international donne l’apparence de la bonne santé, mais c’est un système mortifère, lesté, grevé de mauvaises dettes donc de prêts non recouvrables, douteux et parfois même frauduleux. Comme dans les films d’horreur, ces morts-vivants ne cessent de revenir à la vie et de se renforcer. Deux raisons à cela : tout d’abord, les banques ont été sauvées par l’argent du public, avec le sang frais des contribuables. Ensuite, il y a eu le refus généralisé des États d’amener les banquiers fraudeurs à l’origine des bulles immobilières et boursières sur le terrain pénal. Comme il n’y a pas eu de sanctions, ni personnelle ni pénale, le système a continué de fonctionner. Pire encore, des lois sont passées, notamment en France, favorisant l’optimisation fiscale et donc la fuite des capitaux. La loi de fiducie proposée en 2007 en est un exemple flagrant. Cette loi a permis d’introduire le principe anglo-saxon de trust et donc de patrimoine d’affectation dans le droit français.
Mais cette philosophie financière ne date pas d’hier. à partir des années 1960, avec une loi de 1973 et enfin avec la dérégulation amorcée dans les années 1980, la France a fait le choix dangereux de ne plus financer sa dette par l’épargne interne et la Banque de France mais en allant sur les marchés financiers ; et ce au nom de la lutte contre l’inflation et de la saine gestion. Depuis, nous avons la tête sur le billot, dépendants des taux d’intérêt pratiqués par les marchés financiers dotés désormais d’un pouvoir disciplinaire sur les États et sur leurs dettes souveraines. C’est vrai pour la France comme pour beaucoup de pays.
L'Humanité : Que reste-t-il aux forces démocratiques pour lutter contre cette hydre cancéreuse ?
Jean-François Gayraud : Il faudrait d’abord que les États cessent d’avoir ce mauvais réflexe de sauver les banques au nom du « too big to fail ». Face à la finance dérégulée, il faudrait redécouvrir les vertus de la punition et de l’interdiction. Ce sont certes des choses que nous n’aimons pas dans notre société spectaculaire et festive comme diraient Guy Debord et Philippe Muray. Or l’idée de punir les criminels financiers est une arme intéressante. D’abord, parce que cela peut freiner la récidive. Et puis parce c’est un mode de régulation fondamental. Subitement, on met une masse critique de droit dans les marchés.
Il y a aussi des exemples de résistance collective. L’Islande, comme le village d’Astérix, a su résister à l’idéologie dominante et aux solutions conformistes et paresseuses. Bien sûr, on peut toujours rétorquer que c’est un petit pays et un cas particulier. Il n’en demeure pas moins qu’il y a eu une réaction civique, populaire, de clairvoyance, de résistance – et dans une relation pourtant très asymétrique au départ, les Islandais ont compris qu’ils pouvaient refuser le diktat de la doxa libérale. Mais ce pays a pu faire jouer sa souveraineté monétaire car il n’était pas encore corseté par les traités européens et l’euro.
C’est toute la différence avec ce qui s’est passé en Grèce, bien qu’Athènes eût aussi des armes à faire valoir. Le Grexit que prônait Yanis Varoufakis était une arme redoutable dont le gouvernement grec s’est trop rapidement privé, rendant ensuite la négociation perdue d’avance pour le peuple grec, qui depuis subit l’austérité imposée par la complexe machinerie de prêts internationaux qui ne sert qu’à rembourser des banquiers. Le peuple grec ne voit presque rien de cet argent.
Enfin, il reste encore et toujours l’agora. Il faut faire confiance au débat public et à la souveraineté populaire. L’idée qu’une petite élite et un groupe d’initiés seraient les seuls sachant est une affirmation que personne n’est obligé de croire.
Note :
[1] Un système capitaliste du crime organisé Le haut fonctionnaire de police est docteur en droit, diplômé de l’Institut d’études politiques et de l’Institut de criminologie de Paris. Auteur d’essais, dont la Grande Fraude. Crime, subprimes et crises financières ou encore le Nouveau Capitalisme criminel (éditions Odile Jacob), Jean-François Gayraud démontre que sur les marchés financiers le crime est systémique. Partant d’une connaissance approfondie du crime organisé, il décortique l’étrange coopération qui se noue entre criminels à col blanc, gangsters et hommes politiques.
[2] L’Art de la guerre financière, de Jean-François Gayraud, éditions Odile-Jacob, 167 pages. 21,90 euros.
De la vertu, de Jean-Luc Mélenchon avec Cécile Amar. Face à la défiance ambiante, le candidat décline dans son nouvel ouvrage un « principe d’action » guidé par l’intérêt général.
par Julia Hamlaoui
Au cœur d’une campagne marquée par les affaires impliquant les candidats de droite et d’extrême droite, celui de la France insoumise soutenu par le PCF publie un nouvel ouvrage : De la vertu. Une référence au « grand mot de la Ire République » revendiquée par Jean-Luc Mélenchon qui explique, de nouveau, en vouloir une VIe pour « réécrire la règle du jeu » mise à mal par « l’argent roi » qui « travaille de fond en comble tous les rouages de la décision dans le pays ».
Agir en conformité avec ce qui est « bon pour tous »
Après un volume biographique avec Marc Endeweld, le Choix de l’insoumission, centré sur son parcours politique, en septembre dernier, c’est à quelques semaines du premier tour que Jean-Luc Mélenchon a choisi de sortir ce nouvel entretien réalisé, cette fois-ci, avec le concours de Cécile Amar. Une collaboration pour laquelle cette journaliste de l’Obs, auteure notamment avec Cécile Duflot de De l’intérieur : voyage au pays de la désillusion, en 2014, se serait vu sanctionnée par le magazine, rapporte Mediapart.
Fil conducteur de l’ouvrage, la vertu est, pour Jean-Luc Mélenchon, « un principe d’action gouvernant la vie en société ». Il s’agit, alors que « le grand nombre n’a plus confiance en rien ni en personne », d’agir en conformité avec ce qui est « bon pour tous », déroule le député européen. Un principe à rebours de la « compétition de chacun contre tous » qu’organise le « capitalisme financiarisé » fustigé par le candidat. Cette éthique politique, fondée à la fois sur le fait que nous sommes tous semblables (une vérité à ses yeux devenue d’autant plus incontestable avec la crise écologique) et sur la réciprocité, ne se confond pas avec la morale mais s’y articule. « De la même manière que l’État n’a pas à s’en occuper, ceux qui mettent en œuvre une morale personnelle n’ont pas à chercher à l’imposer aux autres », estime-t-il. C’est aussi une série de mesures, contenues dans son programme « l’Avenir en commun », que le candidat donne à voir comme autant de possibilités de faire des trois mots de notre devise républicaine, dont « notre société s’éloigne toujours », une réalité. Ils forment autant de chapitres de l’ouvrage : Liberté, Égalité, Fraternité.
Par : Jean-Luc Mélenchon
ISBN : 979-10-329-0059-8
Disponibilité : chez l'éditeur
Prix papier TTC : 5 €
Pour en savoir plus :
- La Croix du 22/03/2017 http://www.la-croix.com/France/Poli...
- Approche philosophique. Site philolog.fr http://www.philolog.fr/notion-de-vertu/
- Définition. Site Trésor de la langue française informatisée http://stella.atilf.fr/Dendien/scri... ;
- Définition . Site Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Vertu
Ce livre s’adresse à tous les Français désireux de comprendre la nature essentielle du programme de la gauche écologiste, républicaine et social de Jean-Luc Mélenchon.
Un ouvrage pour saisir l’importance et les enjeux de cette élection face aux impasses où nous ont enlisés droite et gauche au pouvoir.
Jacques Généreux, co-responsable du programme de la France Insoumise et économiste reconnu, s’attache ici à expliquer l’inéluctable rupture qui s’impose en France et en Europe.
« Je ne vais pas ici vous réciter un programme ni vous faire l’éloge d’un candidat, car il ne s’agit pas de valider un catalogue de mesures ni de décerner un prix d’excellence. En votant, vous allez décider du progrès ou de la régression. En votant, vous déterminerez la logique et les finalités essentielles qui guideront l’action publique, et c’est d’abord à l’essentiel que je veux vous inviter à réfléchir, quel que soit votre positionnement politique. Je crois que, par-delà la gauche, la droite et le “juste milieu”, nous avons tous de bonnes raisons de déplorer la gouvernance de ce pays au cours des deux quinquennats précédents. Nous pouvons tous percevoir une crise protéiforme, économique, écologique, politique et morale, face à laquelle il est temps de reconsidérer notre avenir commun.
C’est pourquoi je veux vous inviter ici à tenir un instant les yeux grands ouverts sur la réalité des enjeux qui sont devant nous. »
Par : Jacques Généreux
Éditions :
ISBN : 979-10-209-0503-1
Disponibilité : chez l'éditeur
Prix papier TTC : 13.8 €
La prochaine soirée-débat de Rochefort sur Toile aura lieu le vendredi 20 Janvier 2017
Film : "LA SOCIALE"de Gille Perret suivi d'un débat animé par Emmanuelle Fourneyron co-responsable du groupe santé et bioéthique" de la Ligue des Droits de l'Homme.
A La Rochelle projection samedi 11 février 2017
A La Rochelle, dans le cadre d'Ecran vert, le film "La sociale" sera projeté le SAMEDI 11 février à 20H 30 au cinéma l'Olympia, place de Verdun (entrée : 5 euros). Une débat s'en suivra. Qu'on se le dise !
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Le 9 novembre 2016, Jean-Luc Mélenchon et Gilles Perret, réalisateur de «La Sociale», débattaient ensemble de ce film. Leur dialogue a également porté sur la Sécurité Sociale. Jean-Luc Mélenchon s'est en particulier prononcé pour un système de sécurité sociale unifié.
Pour neutraliser et dépasser la déconomie, "L'avenir en commun " !
Le carcan d’une pensée orthodoxe empêche de reconnaître ses erreurs passées. Dans « la Déconnomie », Jacques Généreux tente de remettre à l’endroit une discipline dévoyée par des choix insensés.
Jacques Généreux enseigne l’économie à Sciences-Po depuis trente-cinq ans. Membre des Economistes atterrés, co-animateur du programme de la France insoumise et de son candidat, Jean-Luc Mélenchon, il signe un ouvrage la Déconnomie, qui vient de paraître [1].
interview par Vittorio De Filippis
Libé. : Qu’entendez-vous par « déconnomie » ?
Jacques Généreux : Notre système économique, c’est-à-dire le capitalisme actionnarial, n’est pas simplement inefficace. Il est criminel, il tue des gens au travail, détruit la planète, infeste l’air et l’alimentation avec des produits cancérigènes. Nos politiques économiques ne sont pas seulement impuissantes à nous sortir de la crise… elles nous y enfoncent ! Quant à la théorie économique dominante, elle « démontre » que la grande récession déclenchée en 2008 était impossible ! Tout cela est, à proprement parler, « déconnant », c’est-à-dire insensé, imbécile et catastrophique. Rien n’est plus troublant que l’aisance avec laquelle une large fraction de nos élites adhère aveuglément au même fatras d’âneries. La « déconnomie » est le nom de cette épidémie de bêtises.
Libé. : Comment ce système a-t-il pu se mettre en place ?
Jacques Généreux : il trouve ses racines dans la dérégulation financière et dans la mise en compétition mondiale des territoires qui a donné les pleins pouvoirs aux détenteurs de l’argent. La libre circulation des capitaux permet à leurs gestionnaires d’exercer un chantage permanent à la délocalisation. Voilà comment le capitalisme impose un management exclusivement tendu vers le rendement financier et obtient une politique fiscale et sociale qui sert ses intérêts. Ce n’est pas une fatalité naturelle. C’est l’effet d’une contre-révolution conservatrice initiée dans les années 80 aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Une victoire des riches dans la lutte des classes, comme disait Warren Buffett. Mais cela n’explique pas tout. Toute la gauche a œuvré autant que la droite à la dérégulation financière et au libre-échange. Et je ne pense pas que tous les élus de gauche, pas plus que tous les économistes et les journalistes, qui ont soutenu cette grande libéralisation, soient devenus des valets du capital, décidés à faire exploser les inégalités et à épuiser les travailleurs au nom du profit ! Il faut prendre au sérieux le fait que la plupart d’entre eux ont vraiment cru à la bêtise du siècle, à savoir qu’il n’y avait pas d’alternative. Ils ont raisonné comme si la politique se limitait désormais à ce que la guerre économique mondiale autorisait. C’est la pensée d’un poisson rouge qui ne se demande pas ce qu’il pourrait faire s’il sortait du bocal.
Libé. : Un bocal que les politiques ont eux-mêmes construit…
Jacques Généreux : La prétendue disparition des marges de manœuvres politiques, « liée à la mondialisation », n’est qu’une automutilation décidée par les gouvernements, et elle est aggravée en Europe, où les dirigeants ont signé des accords leur interdisant un usage efficace de l’outil budgétaire. Une gauche progressiste raisonnant à l’endroit pourrait restaurer la régulation financière et recouvrer l’usage de la politique budgétaire. Mais, depuis les années 90, la majorité des sociaux-démocrates ont raisonné à l’envers. Au lieu de se demander « quel est notre objectif social et quels instruments mobiliser pour l’atteindre ? », ils se disent « avant d’envisager quelque objectif que ce soit, nous devons être compétitifs, c’est le prix à payer pour qu’un jour nous puissions mener une politique de gauche ».
Libé. : C’est la fameuse troisième voie ?
Jacques Généreux : Oui, et c’est aussi une ânerie monumentale. Si le préalable à tout progrès social, c’est de s’aligner sur les pratiques qui permettent d’affronter la guerre économique mondiale, alors, on transforme le pays en champ de bataille et de régression sociale. Il est absurde de présenter la compétition sans frein comme la voie qui va restaurer la solidarité sociale ! Ce sophisme a pourtant largement gangrené la pensée politique et les milieux intellectuels. On comprend bien l’intérêt qu’une classe de riches peut trouver à promouvoir cette pensée imbécile. Mais, encore une fois, on ne peut pas faire l’hypothèse saugrenue qu’en une génération la majorité des élus de droite comme de gauche, des économistes et des journalistes se soient convertis aux âneries, dans le but de mieux servir les intérêts du capital.
Libé. : La faute à quoi, à qui ?
Jacques Généreux : A une bêtise hallucinante. Prenons un seul exemple. N’importe quel béotien en économie peut comprendre que la réduction des dépenses publiques en pleine récession aggrave la crise. Cela revient à faire une saignée sur un patient hémorragique. Eh bien, nous avons dix-huit gouvernements de la zone euro et leurs milliers d’experts qui ne l’ont toujours pas compris, qui n’ont quasiment jamais été contestés par la presse économique et ont le soutien de la majorité des professeurs des universités.
Libé. : Mais vous ne pouvez pas faire comme s’il n’y avait pas de problème de dette publique ?
Jacques Généreux : Attention aux contre-vérités ! La grande crise ouverte en 2008 est celle de la finance privée, provoquée par un excès de crédits finançant une croissance artificielle et des bulles spéculatives. Et cet excès manifeste l’impasse du capitalisme actionnarial. La création de valeur pour l’actionnaire siphonne les deux moteurs essentiels de la croissance : la rémunération du travail et les investissements productifs. Il ne reste alors que la fuite en avant par le crédit et la spéculation pour soutenir l’activité. Mais, bien sûr, quand la catastrophe financière est là et qu’elle dégénère en crise économique, les déficits publics explosent à cause de la récession et des plans de sauvetage des banques. Nos dirigeants ont instrumentalisé la peur d’une faillite financière de l’Etat pour justifier des politiques de rigueur stupides, puisqu’elles ont aggravé l’endettement des Etats les plus endettés ! Mais les causes véritables de la crise demeurent, à savoir le pouvoir exorbitant laissé aux détenteurs des capitaux dans la gestion des entreprises et la dérégulation de la finance spéculative. Or, nos dirigeants n’ont rien fait pour empêcher que ces mêmes causes ne produisent bientôt une nouvelle catastrophe financière.
Libé. : Les Banques centrales ont fourni les liquidités pour sauver le système financier. Les taux sont à zéro aujourd’hui…
Jacques Généreux : Le résultat est nul. Il y a une surliquidité monétaire dont les banques ne savent que faire et qui vient nourrir de nouvelles bulles spéculatives. Le crédit gratuit est impuissant à relancer l’économie tant que les investisseurs s’attendent à une croissance faible et à des politiques de rigueur budgétaire. Seuls des plans d’investissements publics et massifs peuvent à la fois relancer l’activité, restaurer la confiance des investisseurs et réarticuler un avenir soutenable autour de la transition écologique. Au lieu de cela, nos gouvernements et leurs experts ressassent les âneries des années 20 sur les vertus de l’austérité.
Libé. : Pour comprendre la bêtise des politiques, vous invoquez des biais cognitifs, des erreurs de raisonnement auxquelles notre cerveau serait enclin. Peut-on illustrer cela par un cas concret ?
Jacques Généreux : Reprenons justement la fascination irrationnelle pour les politiques d’austérité budgétaire en temps de crise. Le raisonnement qui sous-tend cette stratégie repose le plus souvent sur une confusion entre ce qui est pertinent au niveau individuel (ou « microéconomique » dans notre jargon d’économistes) avec ce qui se passe au niveau du pays (ou « macroéconomique »). Face à une récession, il est raisonnable qu’un entrepreneur cherche à réduire ses coûts de production. Mais si on extrapole ce raisonnement individuel pour estimer que la politique nationale doit aider tous les agents économiques à réduire leurs dépenses, c’est le suicide de l’économie nationale ! Le pays ne doit donc surtout pas être géré comme une entreprise, mais tous ceux qui utilisent cet argument idiot emportent souvent la conviction. Pourquoi ? Parce que notre cerveau est spontanément enclin à interpréter les phénomènes complexes comme l’effet d’intentions individuelles et de calculs rationnels de quelque acteur individuel. Il est très tentant d’interpréter le monde à partir de son expérience personnelle.
Libé. : Mais comment des intellectuels, des experts, peuvent-ils être le jouet de tels biais cognitifs ?
Jacques Généreux : Le fait est qu’une large partie de nos élites intellectuelles soutient des raisonnements économiques parfaitement absurdes. A partir de là, soit vous supposez qu’ils sont tous des hypocrites qui soutiennent à dessein de faux raisonnements pour manipuler l’opinion, soit, comme je le fais, vous prenez plus au sérieux l’hypothèse qu’ils croient vraiment aux bêtises qu’ils racontent. Même des prix Nobel peuvent s’entêter dans l’erreur. Par conséquent, il nous faut comprendre la bêtise des intelligents.
Libé. : En vous appuyant sur les sciences cognitives ?
Jacques Généreux : Plus précisément sur la psychologie appliquée à l’économie, la psychologie cognitive et la biologie évolutionniste. Ces disciplines nous apprennent que la pensée rationnelle bien pesée n’a rien de spontané. Notre cerveau a toutes les capacités cognitives pour la plus grande intelligence mais « il n’est pas fait pour penser », comme le dit le biologiste Thomas Durand[2]. Il est le résultat d’une longue évolution qui a sélectionné les dispositifs cognitifs présentant un avantage pour la survie, la reproduction ou la compétition sociale. Or, de ce point de vue, la recherche patiente d’une connaissance rationnelle des phénomènes ne présente aucun avantage. Pour reprendre la distinction de Kahneman (Nobel d’économie 2002), nous avons donc un système de pensée à deux vitesses. Sans effort délibéré pour actionner la pensée lente de la raison, nous sommes guidés par une pensée réflexe instantanée qui se fiche pas mal de la vérité et ne vise qu’à nous protéger, à séduire ou à combattre nos rivaux.
Libé. : Et en quoi cela contribue-t-il à « la déconnomie » ?
Jacques Généreux : Notre pensée réflexe est truffée de biais cognitifs qui sont utiles pour notre sécurité physique et psychique ou pour la compétition sociale, mais nous induisent en erreur lorsque nous devons résoudre des problèmes logiques ou penser des phénomènes complexes. L’économie comportementale a ainsi pu démontrer que nos choix économiques sont souvent irrationnels. Cela n’empêche pas le courant dominant de la science économique de prétendre expliquer tous les phénomènes macroéconomiques à partir du calcul prétendument rationnel des individus. Et ce travers des économistes reflète lui-même les biais cognitifs qui nous poussent à voir derrière tout événement l’action intentionnelle d’un agent responsable, alors que nous devrions chercher à comprendre les interactions sociales complexes dont le résultat échappe aux volontés individuelles. Et pour couronner le tout, la pensée réflexe prédispose tous les esprits, même les plus brillants, à dénier leurs propres erreurs et à ne reconnaître que celles des autres. Car l’important, pour la survie et le succès en société, c’est d’être persuasif et non pas de trouver la vérité.
Libé. : Nos dirigeants ne sont-ils pas contraints de réfléchir sérieusement ?
Jacques Généreux : Rien n’oblige personne à l’intelligence. Ce n’est pas un réflexe, c’est un vrai travail, un effort constant de la volonté pour déjouer les pièges de la pensée automatique. Donc, si l’on n’est pas prévenu de ces pièges et si l’on n’a pas le goût profond de la vérité, le temps et la tranquillité nécessaires à la réflexion, alors on risque fort de penser de travers. C’est bien l’expérience que semblent vivre nos dirigeants pour ce qui est de l’économie. Même lorsqu’ils trouvent le temps de réfléchir, l’intensité et les conditions de la compétition politique sont telles qu’ils cherchent d’abord des arguments pour gagner, ce qui n’a souvent rien à voir avec la recherche rationnelle de la vérité ou de la justice. Et les faits sont là. Même au bout de huit ans de crise, ils n’ont toujours pas reconnu leurs erreurs grossières. Comme dans les années 30, ils semblent attendre un grand désastre mondial pour envisager de penser et d’agir autrement.
Libé. : Mais pourquoi le débat public ne permet-il pas à l’intelligence collective de surmonter la bêtise ?
Jacques Généreux : La faute à la compétition généralisée et excessive qui détruit les conditions nécessaires au déploiement de l’intelligence. La pensée lente a besoin de temps et de sérénité. Or, notre « modèle » économique sature le temps disponible pour la réflexion et généralise le stress au travail, la rivalité, la peur du chômage ou du déclassement. La concurrence à outrance met aux premières loges la pensée réflexe, celle de l’animal qui lutte pour la survie et la préséance dans la meute. La compétition solitaire, ça rend « bête » au sens littéral du terme. C’est la délibération collective et coopérative qui rend intelligent. Puisque nous sommes plus doués pour déceler les erreurs des autres que les nôtres, nous avons besoin de la discussion argumentée avec les autres pour comprendre nos erreurs.
Libé. : Mais la politique n’est-elle pas justement le support du débat argumenté ?
Jacques Généreux : Elle devrait l’être. Mais la façon dont fonctionne notre pseudo-démocratie tend à abrutir le débat public au lieu de l’éclairer. Parce que c’est un système de compétition généralisée pour les postes, qui s’est trouvé particulièrement exacerbé par le développement des techniques de communication, d’abord par la télévision, ensuite par Internet et les réseaux sociaux. Nous sommes dans une démocratie de l’opinion instantanée, dans laquelle il faut avoir tout de suite une opinion sur tous les sujets. Pour exister dans le débat public, pas besoin de l’éclairer, il suffit d’y croiser le fer au quotidien, pour tenir sa place.
Libé. : C’est « une lutte des places » qui s’est substituée à « la lutte des classes » ?
Jacques Généreux : Oui, c’est ce que je pense. La compétition pour les bulletins de vote fonctionne désormais comme un marché aux voix qui sélectionne les plus doués pour la lutte des places et non pas les plus compétents et les plus motivés pour la quête du bien commun.
Libé. : Où est donc l’alternative politique à « la déconnomie » ?
Jacques Généreux : Il reste un discours progressiste incarné par Mélenchon et qui fait appel à l’intelligence des gens, en leur expliquant ce que j’ai nommé la « grande régression » et en proposant des issues raisonnées. C’est aussi le seul discours qui entend remobiliser l’intelligence collective des citoyens en refondant nos institutions. Mais, il y a fort à faire pour combattre le discours de la réaction nationaliste ou xénophobe qui fait appel à la bêtise en se contentant de stimuler les réflexes inspirés par la peur.
Libé. : Comment mettre de l’intelligence dans tout ça ?
Jacques Généreux : C’est tout un programme ! Mais il faudrait déjà prendre conscience que notre bêtise est une partie du problème…
Note :
Voir notre article précédent : La déconnomie de Jacques Généreux http://www.gauchemip.org/spip.php?a...
[1] La Déconnomie, Jacques Généreux, aux éditions le Seuil.
[2] Thomas Durand, l’Ironie de l’évolution, à paraître au Seuil. Vittorio De Filippis JACQUES GÉNÉREUX LA DÉCONNOMIE Le Seuil 416 pp., 19,50 €.
- Voir notre article précédent : La déconnomie de Jacques Généreux http://www.gauchemip.org/spip.php?a...
1) Sur la chaîne tv5 Monde, dans l’émission Grand Angle Xavier Lambrechts a invité Jacques Généreux pour parler de son dernier livre "La déconnomie" publié aux éditions du seuil.
On peut revoir l’interview en cliquant sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=DVt...
2) Jacques Généreux a été interviewé dans le journal Libération pour parler de son dernier livre "La déconnomie"
«Plus le chômage est élevé, plus le droit de travailler se paie cher», résume la journaliste Valérie Segond[1] dans (publié le 12 octobre aux éditions Stock). Elle nous le fait constater. C'est que certaines situations se sont banalisées: payer sa formation et sa qualification pour voler sous les couleurs de ; payer pour accéder à un stage de reconversion auprès d’une association après un licenciement; payer pour acquérir une franchise et rebondir lorsqu’on est un cadre au chômage.
Mais aussi payer de sa personne en se déqualifiant lorsqu’on est jeune diplômé à des fractions de Smic pour être moins cher que son voisin et espérer pouvoir revendiquer un début d’expérience professionnelle sur son CV. Payer en acceptant aussi des rémunérations qui, dans les services d’aide à la personne, ne couvrent que 70% du travail effectif. Payer aussi, sur son temps, comme cadre en travaillant sans limite dans le système des forfaits jours et en accumulant les heures gratuites jusqu’au burn-out pour atteindre ses objectifs. Ou payer lorsqu’on est auto-entrepreneur et, en faisant l’impasse sur la rentabilité pour obtenir des missions à un coût moins élevé qu’un salarié…
C’est sur la base de tels constats, et en les analysant, que Valérie Segond, dans son livre Va-t-on payer pour travailler?, décrit des réalités qui peuvent être des transgressions au droit du travail, mais pas toujours, loin s’en faut. Et c’est bien le problème.
Voilà un livre salubre que tout le monde devrait lire.
Surtout le premier chapitre, celui sur les pilotes d'avion low cost : ils payent leur formation, leurs heures de vol, leur hôtel, sont auto-entrepreneurs et n'ont donc droit à rien entre deux "missions". Mais Ryanair encaisse. Un cas particulier chez des travailleurs plutôt du haut de l'échelle ? Hélas non, nous dit l'auteure, qui a longuement enquêté.
Et ce qu'elle nous donne à voir n'est pas joli-joli. Des conventions de stage bidon et des pseudo-associations utilisant des contrats d'avenir dans des sociétés commerciales. Des intermittents du spectacle permettant à leur employeur de réduire les coûts salariaux en transférant la note à l'assurance chômage et à la société des auteurs. Des auto-entreprises remplaçant le salariat en assurant plus de flexibilité et moins de charges sociales. Des forfaits jour permettant de faire travailler jusqu'à 60 heures par semaine des personnes payées pour 35 heures, etc.
Certes, l'auteure n'échappe pas toujours au risque de généralisation abusive.
Mais son texte, qui s'appuie sur une documentation solide et des témoignages accablants, convainc le lecteur que, derrière l'économie apparente, il existe une économie réelle bien moins reluisante dans laquelle le maître mot est "exploitation". Elle prospère grâce au chômage de masse et contribue à le maintenir.
Par :
Collection : Hors collection littérature française
EAN : 9782234081765
Disponibilité : chez l'éditeur
Pages : 304
Prix papier TTC : 19 €
Note :
[1] Collaboratrice au journal Le Monde, Valérie Segond, grand reporter et éditorialiste à La Tribune, puis chroniqueuse à France Culture, réalise de grandes enquêtes sur l’économie et le marché du travail.
- «Payer pour travailler», c'est déjà une réalité
- Ubérisation de l'économie : faut-il en avoir peur ? Quelle protection sociale pour les salariés ?
Chercheur au C.N.R.S., spécialiste des droites extrêmes, Nicolas Lebourg s’adresse à ceux qui bientôt, pour la première fois, voteront F.N. Il leur démontre avec beaucoup de rigueur, d’intelligence et de données statistiques en quoi ils se trompent.
Derrière ce titre racoleur (LETTRES AUX FRANÇAIS QUI CROIENT QUE CINQ ANS D’EXTRÊME DROITE REMETTRAIENT LA FRANCE DEBOUT) qui annonce le pamphlet, se cache une véritable analyse sociologique du vote frontiste appuyée sur de nombreuses études dont celles du C.E.V.I.P.O.F., ventilant sur plusieurs profils les différentes motivations des électeurs, parfois très contradictoires. Chercheur au C.N.R.S., spécialistes des droites extrêmes, Nicolas Lebourg s’adresse à ceux qui bientôt, pour la première fois, voteront F.N.
À chacun de ses destinataires, il explique les raisons de leur décision, commentant leur parcours et l’évolution de leur pensée.
Il leur démontre avec beaucoup de rigueur, d’intelligence et de données statistiques en quoi ils se trompent.
Le F.N. réussi un grand écart entre les groupes sociaux, s’adressant autant au médecin d’Aix-en-Provence craignant le déclassement et qui a quitté Marseille parce qu’il ne s’y sentait plus « chez nous », qu’au précaire d’Hénin-Beaumont convaincu que la « préférence nationale » sera un instrument de redistribution sociale. La demande autoritaire et de respect de la hiérarchie méritocratique libérale du premier, n’est plus suffisamment prise en compte par la droite. La réponse du FN n’est cependant « apaisée » que sur le papier. L’identité éthno-nationale a remplacé la conscience de classe du second et son souhait de justice passe par des valeurs profondément discriminatoires. Pourtant les gestions municipales du F.N. montrent qu’il n’est pas si simple d’aller au-delà de l’agitation islamophobe.
Cette approche par segments sociaux professionnels, confessionnels, géographiques permet une lecture critique du programme du F.N., un décryptage de sa stratégie de communication. Les analyses chiffrées et documentées de Nicolas Lebourg sont riches d’enseignements, très utiles pour comprendre le phénomène dans toute sa complexité et dépasser les commentaires habituels trop souvent réducteurs.
Par :
ISBN : 978-2-35766-124-0
Disponibilité : chez l'éditeur
Pages : 136
Prix papier TTC : 13,9 €
Le programme du Front national par le petit bout de la lorgnette.
Mesure par mesure, Médiapart présente la vraie nature du projet de Marine Le Pen. Ce décryptage doit permettre de se mobiliser et de combattre ce que prépare le FN.
Et la meilleure façon c'est d'expliquer et de rassembler le peuple autour de L'AVENIR EN COMMUN
Appelé en Algérie en 1960, Marcel Yanelli a tenu des carnets durant quatorze mois où il livre ses doutes de jeune communiste et son quotidien, entre longue attente et tristes opérations. Un témoignage rare pour lever un peu plus le voile sur une guerre taboue.
Présentation
Débarqué le 22 février 1960 en Algérie, Marcel Yanelli est vite plongé dans l’horreur d’une guerre qui ne dit pas son nom.
Le 6 mars, le voilà confronté aux tortures et aux pillages des villages, effrayé par le consentement de ces jeunes Français à commettre de tels actes. « Les Algériens pardonneront-ils un jour ? Pourquoi tant de sang ? Un irresponsable a parlé de finir la guerre en tuant tout… » Chaque jour ou presque durant quatorze mois, Marcel a couché ses impressions dans des carnets qu’il a finalement décidé de publier tels quels.
Pour témoigner et pour sortir sa génération du « silence de la honte ». Bien que jeune communiste (il sera animateur du PCF en Côte-d’Or et en Bourgogne durant vingt-cinq ans), opposé à la guerre, il n’a pas choisi de déserter mais de se retrouver au milieu des appelés pour faire son « travail de militant de la paix en Algérie ».
17 novembre 1961 – « À l’aube, nous envahissons les tentes des nomades. Des hommes réussissent à se sauver, mais huit en tout sont pris. Les femmes rassemblées, tentes fouillées, brûlées, des troupeaux entiers sont emmenés. Je ne prends rien. […] J’ai mal de tremper là-dedans. » Marcel Yanelli raconte au jour le jour la guerre d’Algérie, le sadisme qui se déploie sans limite, orchestré par une hiérarchie militaire qui a alors tous les pouvoirs.
Il dit encore son désarroi devant les actes commis par ses camarades de chambrée qu’il tente de raisonner après les rapines effectuées lors des raids – « les gars dans la piaule se montrent leurs trophées : du tissu, des colliers, du café, etc. C’est du vol ! » – ou après des viols, parfois encouragés par les supérieurs…
En pleine confusion
On suit le quotidien de Marcel ponctué par les nombreuses lettres échangées avec sa famille, ses copains et Simone, son premier amour de jeunesse, ses réflexions après ses lectures de Georges Politzer, de Dimitrov ou de Cocteau avec l’impatience de la jeunesse qui voudrait avoir déjà tout dévoré. Au fil des pages, on suit ses longs jours d’attente et les opérations où la violence se déchaîne.
Pointe le tourment du jeune appelé face à la détresse des femmes et des enfants, à la torture des prisonniers, qu’il compare à des résistants à l’image des maquisards français quelques années plus tôt. Le jeune Marcel qui culpabilise aussi quand il est exempté pour raison de santé avec la peur de passer pour un tire-au-flanc, nageant en pleine confusion : « Même si cette guerre va contre mes idées, il m’a coûté de participer et de ne pas participer à cette guerre. »
Au final, J’ai mal à l’Algérie de mes vingt ans est un témoignage rare qui nous plonge au cœur d’une guerre qui aura traumatisé nombre de jeunes Français, longtemps restés silencieux, et qui n’en finit pas de ressurgir.
Par :
Éditions : L'Harmattan
ISBN :
Disponibilité : chez l'éditeur
Pages : 260
Prix papier TTC : 27 €
À la suite des générations militantes laïques qui se sont succédé aux XIXe et XXe siècles, Eddy Khaldi identifie dans la liberté la valeur cardinale de la laïcité, qu’elle soit individuelle ou politique ; d’émancipation, de création, ou d’autonomie ; qu’elle combatte les oppressions, les aliénations, ou les fanatismes haineux et débilitants… À travers la laïcité, on voit combien la liberté de choix a besoin des lumières de la raison, et on comprend qu’une république émancipée des dogmes religieux attend de ses membres qu’ils accèdent au plus haut degré d’instruction.
La première partie, Qu’est-ce que la laïcité ?, croise une approche systématique et une approche historique
Elle évite ainsi le relativisme d’une dispersion des significations de la laïcité, et le dogmatisme d’une définition simpliste. L’ABC dégage les fondamentaux de la laïcité : la liberté de conscience, l’égalité de droits, la neutralité de l’État. Il fait saisir sans détours ses contraires et ses faux amis. Il y a plus d’un siècle, déjà, Buisson ironisait sur une laïcité comblée au point d’être encombrée par trop d’amis qui l’aiment quand elle renonce à l’essentiel de ses combats… Quelques-uns des préjugés à l’encontre de la laïcité sont battus en brèche, arguments et textes à l’appui. Non, la laïcité n’est pas une exception française mais un idéal universel qui traverse les peuples et les continents. Non, la laïcité n’est pas antireligieuse pas plus qu’elle ne serait une nouvelle religion ou une multi-confessionnalité. Car la laïcité se situe sur un autre plan que les options spirituelles, religieuses, agnostiques, ou athées, relatives au sens de l’existence et au sort des défunts. Son plan est celui du droit commun démocratique, qui permet de vivre autour de l’idéal commun de liberté, d’égalité et de fraternité. L’ABC de la Laïcité fournit des repères permettant de cerner le cadre juridique de la laïcité. Il fait apparaître, références précises à l’appui, trois étapes majeures de la séparation en France d’avec les religions : celles de l’état civil, de l’école puis de l’État. Il utilise la distinction très éclairante, introduite par Catherine Kintzler, entre l’espace relevant de l’autorité publique, celui de la société civile et celui propre à la vie privée. Cette tripartition permet d’éviter des malentendus et de démasquer des dérives symétriques, qui retournent la laïcité contre elle-même, qu’elles soient xénophobes, étatiques ou communautaristes.
La seconde partie, La Charte de la laïcité à l’école, est la plus remarquable.
Alors que La Charte de la laïcité à l’école est entrée en vigueur il y a juste deux ans, elle n’a pas encore été l’objet d’une appropriation par les personnels et par les élèves, pour des raisons qui tiennent autant à la politique qu’à la pédagogie. La Charte est trop souvent passée sous silence du fait d’allergies idéologiques tenaces, quoique rarement avouées, à la laïcité et à la nouvelle Charte. Il arrive aussi que la Charte soit présentée de façon si édulcorée qu’elle apparaît lénifiante, valable seulement dans un monde de bisounours. Mais les oppositions sournoises ne sont pas seules en cause. Des obstacles pédagogiques expliquent également le retard pris dans l’appropriation de la Charte par les établissements scolaires. Car il faut trouver le langage approprié pour faire réfléchir les élèves. La Charte de la laïcité ne peut être enseignée valablement que de façon… laïque. Elle ne sera en conséquence ni prêchée ni inculquée, mais expliquée, discutée ou représentée, pour être identifiée et mise à l’épreuve à partir de ses enjeux et de ses tensions vivantes. L’ABC de la Laïcité propose une approche judicieuse de ce texte : chacun des quinze articles cités est suivi d’un commentaire personnel d’auteurs spécialistes de la laïcité ainsi que de références législatives ou réglementaires. Ainsi, le difficile article 10, qui dispose qu’il appartient à tous les personnels de transmettre le sens et la valeur de la laïcité, est-il remarquablement mis en perspective par l’historien Jean-Paul Scot, qui explique que l’éducation nationale n’est pas une simple administration d’État mais une institution publique investie de la mission de transmettre aux élèves des connaissances par l’initiation à la raison et à la science, leur permettant de devenir des hommes et des femmes libres et responsables. De même, l’article 14, qui fait référence aux règles de vie dans les établissements scolaires, est-il mis en rapport à la loi du 15 mars 2004 mais aussi aux questions relatives aux sorties et à la restauration scolaires. Ces deux questions sont l’une et l’autre clarifiées, quand on aperçoit qu’un accompagnateur scolaire tient le rôle d’un contributeur au travail de l’enseignant, non celui d’un promeneur ou d’un usager. De même, les querelles qui sèment fâcheusement la discorde à propos des cantines scolaires sont dissipées si l’on n’impose pas un menu unique et si l’on opte pour la formule moderne du self service. Dans tous les cas, on aperçoit que les exigences de la laïcité scolaire ne sont en rien le symptôme d’une irréligion d’État. Elles sont au contraire pleinement « inclusives », soucieuses de la bonne marche de l’école et de l’intérêt des élèves, tout en préservant du communautarisme qui aggrave les fragmentations et les désintégrations sociales
La troisième partie, La laïcité en éducation, complète les précédentes.
Est montré combien le principe d’égalité est essentiel à la laïcité de l’école, à son universalité concrète. De même, voit-on que depuis ses origines jusqu’à la Charte de la laïcité, l’école laïque a vocation à préserver la liberté de conscience de l’enfant en n’imposant aucune vision de l’existence, et en lui permettant de les connaître de façon objective. Il n’en est pas de même de l’enseignement catholique dont le nouveau statut de 2013 déclare « travailler à faire connaître la Bonne nouvelle du Salut » et que le Christ est « le fondement du projet éducatif de l’école catholique ». Pourtant, l’école catholique est financée par la collectivité publique, au moins à égalité avec l’école publique et sans disposer des mêmes obligations. On est loin des principes d’égalité et de liberté qui président à la laïcité de l’enseignement public et à la séparation des Églises et de l’État.
Eddy Khaldi se garde d’un consensualisme stérile, en assumant les discussions et même les polémiques. Il évite aussi un sectarisme désolant, en faisant converger des perspectives différentes autour d’un volontarisme laïque. En contrepoint de la liberté et de l’égalité, il insiste sur la référence à la fraternité, quelque peu désertée ces dernières décennies par les laïques qui s’étaient confortablement installés dans le cadre juridique sécurisant de l’État laïque des Trente Glorieuses. Ces laïques avaient oublié que l’édifice juridique d’égale liberté risque de s’écrouler comme un château de cartes s’il se coupe de sa base sociale concrète. La fraternité républicaine et universaliste, et non pas communautariste et exclusive, rassemble concrètement, au-delà des dogmes qui divisent. Pour cette raison aussi, le manuel de Khaldi se situe au cœur des enjeux contemporains.
On mentionnera enfin les très bonnes illustrations d’Alain Faillat, dit ALF, intelligentes et drôles, dont certaines peuvent servir de support pédagogique.
En cette rentrée scolaire, tout citoyen, enseignant, éducateur populaire ou parent, qui veut disposer d’un bon manuel sur la laïcité, actualisé et fiable, bien fourni en ressources juridiques et institutionnelles, gagnera à disposer à portée de main de l’ABC de la Laïcité.
Pour en savoir plus :
- Laïcité ou identité ? Par Etienne Balibar, Philosophe
- De la «guerre au terrorisme» à la chasse au burkini, une dérive française
" Ultime astuce pour verrouiller un système à l’agonie, détournement électoral au profit des deux piliers lézardés de la Ve République qui veulent à tout prix se maintenir au pouvoir, les primaires sont antidémocratiques car elles nient le peuple. »
Présentation
Je vous présente pour la première fois la couverture de ma contribution au grand débat politique qui durera toute l'année.
Il s'agit d'un livre, écrit par comme un pamphlet, "Le piège des Primaires" (Editions du Cerf) qui sera disponible en librairie le 2 septembre (commandez le ! Faites le circuler).
A l'heure de la sortie du bois de Benoît Hamon, auquel succèderont Arnaud Montebourg et les autres, ils vont être nombreux ceux qui veulent enfermer la résolution des problèmes qui frappent notre pays dans une Primaire organisée par le PS, dont la direction actuelle est pourtant l'une des premiers responsables, je considère cette Primaire comme un piège... Ni démocratique, ni populaire, triomphe de la sondocratie et des réseaux de notables... cette primaire du PS ne constitue en rien la solution. C'est même l'inverse. Elle consacre le "tripartisme" et redonne une centralité au PS, à ses manoeuvres internes, ses sacs de noeuds et... à François Hollande. Pas d'accord.
J'espère que mon petit livre, par les arguments qu'il développe et les faits qu'il rapporte, sera utile à ce grand débat si nécessaire, pour éviter les pièges des deux grands piliers de la Ve République en crise (PS et LR).
Pour passer à la 6e République, il existe un candidat : Jean-Luc Mélenchon
Amitiés Insoumises !
Par : Alexis Corbière
Éditions : du Cerf
ISBN : 9782204115889
Code article :
Disponibilité : chez l'éditeur
Format : 115x170x6
Pages : 80
Prix papier TTC : 5 €
Date parution : Septembre 2016
Primaire à gauche : Julien Dray a appelé Jean-Luc Mélenchon à rejoindre la primaire de la gauche... coup de gueule d'Alexis Corbière
- Ma réponse à Julien Dray et à ceux qui veulent nous faire venir dans la primaire du PS
- Arnaud Montebourg envisage de se ranger derrière François Hollande s’il gagne la primaire de la BAP
- Mise au point sur les chances à "gauche" pour 2022 et la mauvaise idée d'une primaire
Date de parution 08 septembre 2016
En bref
S’entretenir avec Jean-Luc Mélenchon, c’est raconter un engagement politique dont l‘histoire commence en 1968 et traverse les heures chaudes de la gauche au pouvoir et dans l’opposition, des mouvements sociaux, des décolonisations, de la chute du Mur et de l’émergence de la globalisation du capitalisme. Autant d’expériences marquantes pour qui veut rester ancré dans la quête d’un autre futur possible pour le monde. Une exigence plus forte que tous les conforts de situation auxquels il a renoncé en quittant le PS en 2008. Ici l’insoumission est autant un programme qu’un choix de vie personnel.
Ce livre écrit avec le journaliste Marc Endeweld nous fait découvrir le parcours d’un homme passionnément engagé, élu, ministre, brillant orateur et écrivain, qui politise tout ce qu’il touche. On y croise des personnages et des situations qui ont bouleversé la fin du siècle précédent et l’aube de celui-ci. On y saisit aussi la vision de la France et du monde qui inspire un projet politique pour les temps qui viennent.
Engagé dans la construction d’un nouveau mouvement politique en France pour mener une révolution citoyenne, Jean-Luc Mélenchon obtint plus de 11% et quatre millions de suffrages à l’élection présidentielle de 2012. Combien en 2017, pour celui qui se veut désormais le porte-parole des « insoumis » ?
À la rentrée de septembre paraitra au Seuil un « entretien biographique » que nous avons intitulé : « Le choix de l’insoumission ». C’est le journaliste Marc Endeweld qui mène le dialogue. Comme il est amusant de penser que son précédent ouvrage était consacré à Emmanuel Macron ! Quant à la forme, ce livre change donc des précédents dont j’ai pris la responsabilité puisque je ne n’y suis maître ni des thèmes choisis ni de ceux mis de côté. Tant mieux.
De plus il est tout à fait évident qu’il faut trier beaucoup dans la masse des évènements petits et grands auxquels j’ai participé de façon plus ou moins centrale. Et comme il ne pouvait être question d’en faire le catalogue des gens que j’ai rencontré et pratiqué, il y en a tant en Europe et dans le monde, il a fallu s’en tenir à l’essentiel de ce qui intervenait directement dans mon parcours. Mais à l’inverse, c’est toujours étrange de se voir enjamber des années, des gens et des circonstances sans s’y arrêter. Je ne le regrette pas. Je pense que les choix de mon interrogateur sont les bons. Ils sont radicalement « extérieurs » et n’impliquent pas de connivence ou de complaisances autres que celles qui surgissent naturellement de la conversation entre deux personnes qui s’intéressent à leur sujet.
Peut-être le sentirez-vous entre les lignes… Je ne sais pas comment il a supporté l’exercice mais je suis certain qu’il a bien gagné ses vacances. Je ressortais de nos séances également épuisé et bizarrement tourneboulé par ces heures passées à raconter tant de choses personnelles. L’engagement politique a occupé toute ma vie. Le fil rouge qui l’a mené ne s’est jamais rompu et pas davantage le ressort qui tend ma manière d’être du fait de cet engagement. Le sentiment étrange et que toute personne peut avoir en se retournant sur son passé pour le raconter aux siens s’aggrave chez moi du souvenir précis de la fuite en avant du monde dans lequel je me suis impliqué depuis l’âge de 16 ans.
Il m’a paru important de faire connaitre ma détermination actuelle comme le résultat d’un parcours de vie et d’expériences et non comme une posture de campagne. Ma cohérence vient de loin. Elle mêle les leçons de plusieurs décennies d’implication sur plusieurs continents, plus d’une dizaine de pays, de rencontre avec autant de chefs d’États, de gouvernements et de partis engagés dans la vie démocratique ou dans la lutte armée, et plusieurs milliers de femmes et d’hommes engagés anonymes, parlant quatre ou cinq langues, vivant ou morts de tant de façons différentes.
Mieux vaut savoir que je suis donc de ce fait hors de portée des intimidations du présent et des pressions habituelles du monde des importants des medias et de la communication que j’ai vu à l’œuvre dans assez de circonstances et de lieux pour en connaître les ressorts et l’inépuisable arrogance. Cet entretien ne fonctionne donc pas comme une justification des choix qui émaillent mon parcours mais comme un bilan raisonné pour en tirer tout le suc. En tant que tel, l’objet est un défi. Car dans notre temps d’infantilisation de tous les débats, de bipolarisation de toute question en noir et blanc, de vindicte ou d’adoration également sans nuance, l’art des bilans soupesé est bien perdu.
J’ai cru tout au long de mon engagement que ce grand retournement du cours de l’histoire était aussi nécessaire que juste. Ce que le monde a fait de lui-même confirme qu’il ne tient aucune des promesses au nom desquelles les choix progressistes ont été écartés. Penser de plus loin que depuis la dernière « Une » sensationnaliste du jour, du titre en teasing d’un article en ligne ou du dernier matraquage audiovisuel est une ardente obligation qui s’impose comme un devoir de musculation permanente pour notre cause.
Car nous entreprenons bien davantage qu’une campagne électorale. Il s’agit de construire en commun une conscience et une pratique commune à des millions de personnes. Cela non seulement en vue de leur vote mais en préparation de leur implication personnelle dans le processus qui suivrait notre victoire. Ce que j’ai nommé « la révolution citoyenne » n’est pas un slogan mais un programme concret de gouvernement qui ne peut se mener à la façon traditionnelle du haut vers le bas.
Car ce livre d’entretien prend place dans un ensemble de parutions qui s’épaulent l’une l’autre. Le choix de l’insoumission, est un entretien biographique. Le livre rend compte d’un parcours. Ce n’est ni un livre programme, ni un livre de confidences intimes. Il est destiné à vous permettre de savoir si selon vous je suis ou non capable d’accomplir ce que j’annonce et de tenir bon au vu de ce qu’a été mon parcours et du bilan que j’en fais. Je vous envoie mon CV en quelque sorte. Mais cela n’a de sens qu’en relation avec le reste.
Le livre reste l’énoncé du projet auquel se réfère mon action. Déjà vendu à 60 000 exemplaires, il existe dorénavant dans une édition sérieusement remaniée en poche au prix très accessible de trois euros. De son côté, , vendu à 70 000 exemplaires, va faire l’objet d’une nouvelle édition en poche aussi cette fois-ci. Je vais le replacer dans le contexte du « plan b » face à l’implosion en cours du modèle libéral de construction européenne. Car à mes yeux, vous le savez, la doctrine « ordolibérale » qui gouverne l’Europe et l’a transformée en une camisole de force contre les peuples a son origine, sa continuité et ses impératifs à Berlin dans un choix communs à la droite et au PS allemands.
Au mois de décembre paraîtra la version éditée du programme qui fait suite à de 2012. Le texte sera issu des , depuis février dernier, des menées par Jacques généreux et Charlotte Girard depuis mai et des propositions des organisations politiques participantes à « la France insoumise » en septembre et octobre et enfin du vote de la première Convention de « la France insoumise ».
Je dis que ces livres s’épaulent. Mais en premier lieu ils font appel à la réflexion, à la connaissance, à la possibilité pour chacun non pas d’adhérer tout ce qui s’y trouve mais de décider si au total la personne qui les aura lu peut s’inclure dans le combat proposé compte tenu du nombre de ses points d’accords sur le projet, la méthode et la capacité du candidat à les mettre en œuvre compte tenu de son expérience.
Mon projet avec cette parution c’est qu’en me rapprochant de qui me découvrira de cette façon, je puisse du même coup être mis à distance critique raisonnée par chacun.
Pour en savoir plus :
- J.L. Mélenchon : « Je veux faire de la présidentielle un référendum sur les traités européens »
Le livre qui risque de faire très mal au gouvernement
S’agit-il d’un début d’inventaire qui s’annonce d’ores et déjà douloureux ? C’est le JDD qui révèle cette information dans son édition du 14 août. Ils ont tué la gauche, voici le titre du livre que s’apprête à sortir, chez Fayard, Pierre Jacquemain[1]. Vous ne le connaissez probablement pas mais il s’agit tout simplement de l’ancienne “plume” de Myriam El Khomri et qui a travaillé un temps avec Clémentine Autain (porte-parole d’Ensemble !) L’homme a démissionné de son poste au ministère du Travail lors de l’ouverture des débats sur la très médiatisée loi Travail, en février dernier.
“Texte du Medef’
Après son départ, la parole libérée, il avait multiplié les interventions médiatiques pour dénoncer ce “texte du Medef” et accuser Manuel Valls et son équipe d’être derrière ce texte. Selon lui, Myriam El Khomri n’était qu’un prête-nom à la loi, ce qu’elle a d’ailleurs contesté par la suite. “C’est cette expérience désenchantée au cœur de la machine gouvernementale qui m’a donné l’envie d’écrire ce livre”, a expliqué Pierre Jacquemain au JDD.
Que contiendra ce livre ?
Sur le site de Fayard, on peut y lire en présentation:
“Ils ont renoncé à faire ce pour quoi ils ont été élus : mener une politique de gauche. Peut-être parce qu’ils sont devenus de droite. Version naïve. Peut-être l’ont-ils toujours été. Version éclairée. Nos gouvernants ont cessé de faire de la politique. Ils gèrent le bien public, l’État, comme on dirige une entreprise. Il ne s’agit plus de rêver ou d’améliorer la vie des Français. L’heure est au pragmatisme, au ‘laisser faire, laisser passer’, au libéralisme.”
Fort de son expérience, Pierre Jacquemain promet de décrire “comment la technocratie a pris le pouvoir sur le et la politique”. Myriam El Khomri n’est pas épargnée. Elle est présentée comme “récitant les éléments de langage de Matignon, reléguée au rôle de figurante et condamnée – parce qu’elle le veut bien – à porter une loi qu’elle n’a ni pensée, ni rédigée. Pas même négociée”.
Par : Pierre Jacquemain
Éditions : Fayard
EAN :
Code article :
Disponibilité : chez l'éditeur
Format :
Prix papier TTC : 16 €
Note :
[1] Pierre Jacquemain est rédacteur en chef de la revue Regards. Diplômé d’un master de science politique, il a été le conseiller d’élu-e-s parisien-ne-s sous la mandature de Bertrand Delanoë avant de rejoindre la présidence de Radio France.
Le temps qu’on vit
Selon l'auteur, Alain Monfort, le présent, le temps qu’on vit, le plus intense, est fugace.
Par nature, désespérément… Qu’il soit fait d’allégresse, de douleur, d’angoisse, de sérénité, d’amour…
Dans ce roman chacun le vit, le pense, le raconte, celui de maintenant ou paradoxalement celui d’hier, dans une confusion du temps dérangeante sans doute, un temps présent qui perdure à travers des séquences par lesquelles le lecteur doit reconstruire le passé : celui de Bernard, enseignant motivé soumis au système et aux réformes dans un parcours de vie banal, celui d’Antonia, victime de guerre poursuivie par un vécu éloigné qu’elle ne peut occulter, celui d’un troisième personnage, impliqué malgré lui dans la destinée
des précédents et dans celle d’un autre, plus lointain.
Selon Flaubert « le présent nous échappe… » cependant il nourrit ces pages…
Par : Alain Montfort
Éditions : autoédition
Pages : 176
Disponibilité : en souscription auprès de l'auteur 'voir bon de commande ci dessous)
Prix TTC : 15 €
Pour une MAJORITÉ POPULAIRE, renforcer la France insoumise pour GAGNER !
🔴 La France insoumise et ses 71 députés sont au service des Françaises et des Français face à l'inflation et l'accaparement des richesses par l'oligarchie.
✅ La dissolution, nous y sommes prêts !
Avec la #Nupes, la France Insoumise propose l’alternative
📌 Pourquoi La France insoumise, ses origines ? La France insoumise : comment ? La France insoumise : pour quoi faire ?
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