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10 août 2025 7 10 /08 /août /2025 13:35

Les coups de menton contre l’Algérie montrent qu’il n’en va pas de même dans des domaines où les brûlures de l’Histoire devraient avoir engendré plus d’expérience et de leçons qu’on ne le voit...

 

La stratégie du choc avec le gouvernement algérien ne mènera nulle part[1], « il n’y a pas d’avenir durable pour la France sans ou contre le Maghreb et ses peuples ».

 

 

Après Ségolène Royal[0], c’est au tour de Jean-Luc Mélenchon de s’exprimer sur l’escalade des tensions entre l’Algérie et la France provoquée par les nouvelles mesures anti-algériennes du président Emmanuel Macron.

Dans un long article publié le samedi 9 août sur son blog[1], le leader de La France Insoumise (LFI) laisse exploser sa colère contre le président Macron. Une preuve supplémentaire que les décisions de ce dernier dans la gestion de la crise franco-algérienne ne font pas l’unanimité en France.

« Après avoir fait expulser la France de presque toute l’Afrique[2], Macron a décidé d’accompagner les provocations de son ministre de l’Intérieur contre l’Algérie au moment où celui-ci fait la danse du ventre aux nostalgiques de la colonisation et aux arabophobes », assène Jean-Luc Mélenchon qui est l’une des personnalités politiques de premier plan en France à plaider pour une autre relation, apaisée, avec l’Algérie.

 

 

Sources : Jean-Luc Mélenchon |
- Jean Luc Mélenchon : « Le désastre algérien est servi »

Jean-Luc Mélenchon pointe « l’agressivité[3] » des gouvernants  français qui « affligent, inquiètent et désespèrent ». « Le désastre algérien est servi », constate avec amertume le leader des Insoumis.

 

« Après avoir fait expulser la France de presque toute l’Afrique, Macron a décidé d’accompagner les provocations de son ministre de l’Intérieur contre l’Algérie au moment où celui-ci fait la danse du ventre aux nostalgiques de la colonisation et aux arabophobes », dénonce Jean-Luc Mélenchon qui pointe les « conséquences désastreuses » du « chemin d’absurdités » pris par Macron et Retailleau pour l’Algérie et la France ainsi que pour les deux peuples, algérien et français.

 

« L’Algérie est le mirage mortel des rêves de puissance des impuissances politiques des dirigeants français depuis 1830 et l’invasion de l’Algérie », assène le leader de La France Insoumise qui aborde frontalement le rôle néfaste des partisans de l’Algérie française dans la crise entre les deux pays.

 

 

- Mélenchon plaide pour un rapprochement entre la France et le Maghreb
Pour Jean-Luc Mélenchon, les « coups de menton » contre l’Algérie montrent qu’il « n’en va pas de même dans des domaines où les brûlures de l’Histoires devraient avoir engendré plus d’expérience et de leçons qu’on ne le voit ».

 

Il ajoute que la « stratégie du choc » avec le gouvernement algérien « ne mène nulle part ». « Elle renouvelle les mirages lamentables du passé », déplore-t-il.

 

Le leader des Insoumis enchaîne en mettant en garde contre un divorce avec le Maghreb auquel pousse la Macronie qui commet ainsi une « faute » dont la France « ne se relèvera pas aussi facilement que le croient ses élites gouvernementales obtuses et les divers lobbys à l’œuvre chacun pour leur petite cuisine ».... Jean-Luc Mélenchon affirmait déjà, en 2012 que, «  la France a besoin du Maghreb[4] ».

 

Jean-Luc Mélenchon rappelle dans la foulée ce qu’il a dit à Marseille lors d’un rassemblement populaire en 2016 : « Il n’y a pas d’avenir durable pour la France sans ou contre le Maghreb et ses peuples », et affirme que la politique de Retailleau à laquelle Macron « s’est soumis est une violence insupportable ».

 

🔴 Et conclue :

« Elle ne mène nulle part sinon à de nouvelles déroutes et blessures. Et surtout à de profondes et inutiles déchirures dans notre peuple tel qu’il est, dans la France telle qu’elle est comme « Nouvelle France » qui doit travailler avant tout à son unité et à maîtriser son déploiement vers le monde ».

 

 

 

- Nous ne voulons pas la guerre avec l’Algérie
Le 16 janvier 2025, Jean-Luc Mélenchon, a exprimé une vive indignation face à la campagne politique et médiatique agressive orchestrée par l'État français à l'encontre de l'Algérie, de sa diaspora et de ses intérêts en France. Il a sévèrement dénoncé la position du gouvernement français, l'accusant d'aggraver les tensions alors qu'il aurait été plus judicieux de privilégier le dialogue et la concertation avec le pays voisin au sud de la Méditerranée.

 

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15 mars 2025 6 15 /03 /mars /2025 13:33
« Algérie, sections armes spéciales » : un regard sur la guerre chimique menée entre 1956 et 1962

Pour accéder au documentaire complet sur l’utilisation des armes chimiques par la France pendant la guerre d’Algérie cliquez sur le lien ci-dessous.👇

L’historien Christophe Lafaye a pu recenser 440 opérations françaises impliquant l’utilisation d’armes chimiques en Algérie, principalement dans les montagnes de Kabylie et des Aurés. « Mais il y en a eu beaucoup plus, et sur tout le territoire algérien », affirme-t-il, estimant qu’il y a eu au total entre 5.000 et 10.000 actions de ce type, « offensives » lorsque des combattants y étaient cachés, ou pour les empêcher de s’y établir[0].

 

 

" Algérie, sections armes spéciales ", tel est le titre du documentaire réalisé par Claire Billet, mis en image et en son par Olivier Jobard, diffusé en ce moment sur le site internet de France TV[1]. La France a utilisé des armes chimiques létales, interdites par le protocole de Genève de 1925, dans sa guerre contre le Front de libération nationale (FLN) en Algérie de 1956 à 1962. Elle avait pourtant été la première des 135 nations à signer l’accord contre ces armes, abondamment utilisées pendant la Première Guerre mondiale.

Il devait être diffusé dimanche 16 mars au soir sur France 5, mais a été déprogrammé. Cette décision a créé une polémique[5], alors que les tensions diplomatiques entre la France et l’Algérie sont fortes.

Ce documentaire présente pour la première fois – en s’appuyant sur des témoignages, des archives publiques accessibles et privées, en France et en Algérie – l’étendue de la guerre chimique menée par la France coloniale en Algérie entre 1956 et 1962. Les conséquences de l’usage des gaz toxiques sont encore perceptibles de nos jours par les populations algériennes. Entretien croisé avec Claire Billet, la réalisatrice du film, et Christophe Lafaye, dont les travaux historiques ont nourri l’enquête.

 

 

Sources : Fabrice Riceputi historien, chercheur associé à l’Institut d’histoire du temps présent |

- Mediapart : Quelle est l’origine de ce film documentaire ?

Claire Billet : Ce film a pu exister d’une guerre à une autre. L’historien Christophe Lafaye et moi avons en commun l’expérience de l’Afghanistan. J’étais correspondante de presse durant six ans là-bas et je concentre depuis plus d’une décennie mon travail sur les  conséquences des guerres et des conflits. Ça faisait longtemps que je voulais travailler sur la mémoire de la guerre d’indépendance algérienne. Et en 2020, j’ai spontanément appelé Christophe Lafaye. Il faisait des recherches inédites sur l’usage des armes chimiques par l’armée française durant la guerre d’Algérie. En particulier dans les grottes et les lieux souterrains.

 

Ça me semblait fou qu’un tel pan de notre histoire soit inconnu, soixante ans plus tard. C’est inacceptable pour moi que l’histoire ne soit pas écrite et pas dite. En existait-il des traces ? À l’Ecpad [Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense – ndlr], le service des archives audiovisuelles de l’armée, les agents m’ont aidée dans mes recherches. Ils étaient bienveillants mais démunis : quelques photos et quelques films existent, sans informations précises. Durant la guerre d’Algérie, tout ce qui touchait aux armes chimiques avait été gardé hors du champ des caméras militaires : les masques, les combinaisons, les munitions et les opérations chimiques n’ont pas été filmés.

 

En fouillant le Net et les archives filmiques, je me suis aperçue qu’avant de réaliser " Ascenseur pour l’échafaud ", le cinéaste Louis Malle s’est rendu en Algérie pour un projet de fiction adapté du roman " La Grotte " de Georges Buis, qui raconte une bataille souterraine. Dans les archives du cinéaste, conservées à la Cinémathèque française, je n’ai retrouvé aucune bobine. Volker Schlöndorff [réalisateur du Faussaire – ndlr] était assistant du réalisateur à l’époque et il m’a transmis ses notes : ils ont filmé mais on ne sait pas où sont les bobines.

  • Louis Malle n’a jamais fait son film. Dans un de ses carnets de repérage, un nom de famille avait été griffonné : celui d’un ancien combattant que l’historien Christophe Lafaye a rencontré, parmi de nombreux autres. Il témoigne dans le film aujourd’hui. En fouillant le Net, un nouveau nom d’ancien combattant français est apparu car il avait édité un recueil à compte d’auteur où il évoquait l’usage d’armes chimiques. Il m’a dit qu’il n’avait jamais parlé de la guerre et que personne ne lui avait posé de questions. Il est aussi dans le film.

 

 

 

 

 

 

 

 

🔴 Je voulais faire parler leurs mémoires.

  • En France, nous sommes partis à la rencontre des derniers anciens combattants qui acceptaient de s’exprimer publiquement. Ces hommes nous ont ouvert leurs archives réchappées de la censure. La revue XXI et Léna Mauger nous ont soutenus à l’époque. Et France TV a acheté le film. Grâce aux maisons de production française et algérienne Solent et Thala Films, nous avons pu organiser le tournage en Algérie.
  • Nous sommes partis à la recherche des derniers témoins et victimes de cette guerre chimique. Nous nous sommes appuyés sur des localisations d’opérations de ce gaz toxique, le CN2D, celles que Christophe Lafaye a réussi à recenser, celles mentionnées par nos personnages, et aussi sur des articles de la presse algérienne. Le périple aurait pu nous conduire dans toutes les régions montagneuses d’Algérie. Nous avons choisi de nous concentrer sur la Haute-Kabylie et les Aurès.

 

 

- Mediapart : Pourquoi parler de ce sujet si tardivement, plus de soixante ans après la fin de la guerre d’indépendance algérienne ?
Christophe Lafaye : Cela fait maintenant plus de vingt ans que les historiennes et les historiens qui travaillent sur cette guerre coloniale en ont fait ressortir les violences spécifiques. Les chercheurs universitaires ont parlé de la torture, des massacres de populations, des viols, des exécutions sommaires, des disparitions, des déplacements de populations, etc. Mais la guerre chimique est un sujet qui est passé relativement inaperçu.

 

J’ai découvert ce sujet lors de la réalisation de ma thèse. Je travaillais sur l’armée française en Afghanistan, qui réutilisait des retours d’expérience d’Algérie pour son entraînement.

  • En 2011, j’ai suivi la préparation opérationnelle de sapeurs spécialisés, qui mettaient en œuvre certaines techniques de combats souterrains développées en Algérie. Les moyens chimiques étaient absents car la France avait ratifié le traité sur l’interdiction des armes chimiques en 1993. Néanmoins, j’ai découvert l’existence des sections « armes spéciales » qui ont opéré de 1956 jusqu’à la fin de la guerre.
  • Quatre ans plus tard, j’ai rencontré par hasard à Besançon Yves Cargnino, un ancien combattant d’une de ces sections qui, du fait de son service, a subi de graves dommages aux poumons. Nous avons réalisé des entretiens et il m’a présenté d’autres anciens combattants.

 

🔴 Les premiers à avoir rompu le silence en France sont les anciens combattants qui ont publié des témoignages, le plus souvent à compte d’auteur.

Mais les historiens ne s’en sont pas saisis à l’époque. Ensuite, il faut savoir que les archives sur la guerre d’Algérie ont été ouvertes en 2012 avant d’être refermées en 2019. En 2021, j’ai décidé que la guerre chimique en Algérie serait le sujet de mon mémoire d’habilitation à diriger les recherches. Il fallait lever le voile sur cette histoire et stimuler de nouvelles recherches en France et en Algérie.

 

 

- Mediapart : Pourquoi la France a-t-elle mené cette guerre chimique, et peut-on estimer le nombre de morts ?
Christophe Lafaye : En 1956, la France est confrontée à une montée en puissance de l’Armée de libération nationale (ALN) et à un problème tactique : l’utilisation par les résistants des grottes et des souterrains, qui leur donne l’avantage en cas d’assaut. Pour le résoudre, l’état-major des armes spéciales expérimente le recours aux armes chimiques.

 

 

 

 

 

 

 

Dans le film, nous détaillons toutes les étapes : depuis l’expérimentation à partir de 1956, à son autorisation politique par le gouvernement français, suivie du développement sauvage des unités de sections armes spéciales et de sa rationalisation en 1959 jusqu’à la fin de la guerre. L’objectif de ces unités était double.

  • D’abord offensif : gazer avec du CN2D des grottes occupées afin de pousser les rebelles à en sortir. S’ils n’évacuaient pas, ils mouraient asphyxiés.
  • Et préventif : contaminer régulièrement les grottes inoccupées pour rendre leur usage impossible.
     

🔴 J’estime entre 5 000 et 10 000 le nombre de combattants algériens tués par armes chimiques.

Ghar Ouchetouh (Batna), l’histoire oubliée d'une innommable atrocité colonialiste le 22 mars 1959 (APS, 2012)
Grotte de Ghar Ouchetouh

Par ailleurs, les Algériens ont un usage ancestral de ces grottes, elles ont toujours servi de lieu refuge. Il n’y avait donc pas que des combattants qui s’y dissimulaient. Comme ce fut le cas à Ghar Ouchetouh les 22 et 23 mars 1959[2], où 118 habitants ont été tués par intoxication. Par la suite, des membres de ces unités spéciales sont morts des suites de l’usage de ce gaz. Yves Cargnino en témoigne avec force dans le documentaire : « On a tué par les gaz et ça me tue encore maintenant.[3] »

 

 

- Mediapart : Qui a pris la décision d’emploi de ces armes chimiques ?
Christophe Lafaye : Il y a une convergence de points de vue entre les hommes politiques de cette époque et le haut commandement militaire. À la demande de l’état-major de la 10e région militaire (RM), l’état-major du commandement des armes spéciales (CAS) est invité à fournir une étude pour déterminer comment ces armes peuvent répondre à un certain nombre de problèmes tactiques. La demande est transmise au général Charles Ailleret, chef du CAS.

 

🔴 Une lettre retrouvée à Vincennes indique que le ministère des armées a encadré l’usage de ces armes chimiques

Il y est mentionné : « Sur les propositions du Commandement des Armes Spéciales faites pour répondre à des demandes du Général commandant la 10e région militaire [le général Henri Lorillot] […], certains procédés chimiques pourront être employés au cours des opérations en Algérie. »

  • Une arme chimique est une arme utilisant au moins un produit chimique toxique pour les êtres humains. Cette lettre autorise leur utilisation. « Ces procédés ne devront mettre en œuvre que des produits normalement utilisés dans les différents pays pour le maintien de l’ordre, c’est-à-dire limités à l’utilisation du bromoacétate d’éthyle, de la chloroacétophénone et de la diphénylaminochlorarsine ou de corps possédant des propriétés très voisines. » ;
  • Le ministre conclut prudemment : « Ils ne devront être employés qu’à des concentrations telles qu’elles ne puissent entraîner aucune conséquence grave pour des individus soumis momentanément à leurs effets. » ;
  • Le général Lorillot accuse réception de cette lettre le 21 mai 1956 en reprenant mot pour mot son contenu et en y ajoutant cette précision : « Ces corps [chimiques] ne devraient être employés qu’à des doses qui ne soient pas susceptibles d’entraîner de conséquences physiologiques […], sauf si [les individus] s’obstinaient volontairement à y séjourner pendant de longs délais. » Les essais en cours durant l’année 1956 ont sûrement dû déjà laisser transparaître la létalité des gaz.

 

Ces documents confirment les informations données par le colonel Olivier Lion : « Les “sections de grotte” utilisèrent des projectiles chargés de lacrymogènes pour neutraliser les occupants de refuges souterrains. » Mais devant la faible persistance des agents chimiques lacrymogènes classiques pour empêcher la réutilisation des grottes, le gaz CN2D est élaboré. Son utilité opérationnelle est due à son extrême agressivité pour mettre hors de combat les individus à l’intérieur des cavités mais aussi à sa persistance. De multiples vecteurs de diffusion (grenades, chandelles, roquettes, bombes, etc.) sont mis au point.

 

 

- Mediapart : Quels gaz ont été utilisés et quels étaient leurs effets ?
Christophe Lafaye : Le CN2D est un composé de gaz CN (chloroacétophénone) et de DM (adamsite) dérivé de l’arsenic. Un autre composé servait à transporter les particules de gaz très profondément dans l’organisme. C’est la combinaison de ces éléments fortement dosés qui aboutit à la création d’un gaz qui peut rapidement se révéler mortel en milieu clos.

 

  • Certaines archives laissent aussi apparaître la possible utilisation d’autres gaz toxiques. Mais en l’état actuel des sources accessibles en France et en Algérie, il est difficile de confirmer ces soupçons.

 

 

- Mediapart : Qui utilisait ces gaz toxiques en opérations ?
Christophe Lafaye : À la fin de l’année 1956, la France décide de constituer des unités spécialisées. Il y a d’abord la création de la batterie armes spéciales (BAS) du 411e régiment d’artillerie antiaérienne. Entre 1957 et 1959, 119 équipes de grottes ont été mises sur pied et entraînées par la BAS pour mener cette guerre chimique.

 

 

 

 

 

 

 

 

À partir de la mi-1959, ces moyens furent rationnalisés lors du redécoupage des zones d’opérations en Algérie. Dorénavant, chaque zone devait disposer d’une section armes spéciales parfaitement entraînée et équipée. Elle devait à la fois mener les actions offensives contre l’Armée de libération nationale et le traitement régulier des grottes pour empêcher leur réutilisation.

 


- Mediapart : Qui sont les victimes de ces gaz toxiques ?
Christophe Lafaye : Les Algériens et les Français en ont été victimes, c’est toute l’horreur de cette guerre chimique. En théorie, la doctrine de combat souterrain de l’armée française éditée en 1959 recommandait aux soldats de faire une reconnaissance de grotte, d’aller au contact, négocier une éventuelle reddition et si cela n’était pas possible d’employer les armes chimiques pour les contraindre à sortir.

 

🔴 Dans la pratique, face au danger de mort, les choses se passaient de manières différentes.

Dès qu’il y avait un soupçon, la section armes spéciales pouvait envoyer dans le trou tout ce qu’elle avait en munitions chimiques pour être sûre du résultat. Tout dépendait, en fait, du commandement. Dans ces conditions, les gaz ont fait des victimes chez les indépendantistes algériens mais aussi dans les populations civiles retranchées dans les grottes. C’est ainsi que des crimes de guerre ont été commis.

 

🔴 Une dimension supplémentaire du drame est que ces grottes servaient aussi de lieux de détention pour les militaires français prisonniers du FLN.

Un peu moins de 700 militaires français sont encore portés disparus en Algérie. Ils ont pu être des victimes collatérales de ces opérations. Enfin, les soldats des sections armes spéciales exposés à ces gaz ont pour certains développé des pathologies pulmonaires, des cancers de l’estomac, des leucémies, des cancers de la peau…

  • Difficile, toutefois, de lier systématiquement ces maladies à l’utilisation des gaz alors même que leur utilisation en Algérie était gardée secrète. Pour y voir plus clair, il faudrait terminer d’ouvrir toutes les archives militaires en France et confronter ces sources avec des enquêtes de terrain en Algérie.

- Mediapart : Des archives sont-elles encore inaccessibles en France ?
Christophe Lafaye : Les archives du service historique de la défense ont été assez largement ouvertes entre 2012 et 2019. Soudain, au mois de décembre 2019, gros cataclysme, les archives contemporaines du ministère de la défense ont été fermées à cause d’un conflit juridique. Les archivistes et les historiens ont formé des recours devant le Conseil d’État, qui a tranché en leur faveur en juin 2021[4].

 

  • Mais le ministère des armées a contre-attaqué et pris de nouvelles mesures qui compliquent encore la situation, en créant des archives sans délai de communication. Lorsque je suis revenu en 2021, des refus ont systématiquement été opposés à mes demandes de communication de pièces que j’avais pu consulter pour certaines auparavant, en invoquant l’article L-213-2 de la loi de 2008 sur les archives incommunicables.
  • En vertu de cet article, certaines archives sont incommunicables au motif qu’elles seraient susceptibles de permettre de concevoir, fabriquer, utiliser et localiser des armes de destruction massive. Maintenant, on me referme des journaux de marche, des comptes rendus d’opérations, des procès-verbaux de création d’unités en invoquant cet article

 

 

 

 

 

 

 

🔴 En fait, le ministère des armées veut protéger sa réputation pendant la guerre d’Algérie, quitte à tordre les textes de loi.

Mais sur ce sujet comme sur d’autres, l’armée a obéi aux ordres politiques ! Il faut revenir à la raison, ces pratiques ne sont pas dignes de ce grand ministère régalien. Un grand pays se doit d’assumer son histoire avec ses zones d’ombre et de lumière. Les historiennes et historiens doivent rendre accessible cette histoire aux citoyens et permettre un débat public fondé sur des faits, un savoir construit et sourcé pouvant être interrogé, et non sur de simples opinions.

 

🔴 Il y a aussi des raisons sociologiques

On est militaire de génération en génération chez certains officiers supérieurs. Les archives racontent une partie de l’histoire familiale de certains d’entre eux et la peur du scandale persiste, malgré quatre lois d’amnistie. C’est compréhensible. Pourtant, l’objectif des historiens n’est pas d’indexer des personnes. D’ailleurs, on anonymise les témoins qui sont toujours vivants et qui le souhaitent. Ce qui nous intéresse, c’est plutôt de comprendre comment s’est construite la décision politique, comment elle a été mise en œuvre et quelles sont ses conséquences.

 

 

- Mediapart : Est-ce justement dans l’objectif de mieux pénétrer l’espace public que vous êtes passé de la forme écrite au documentaire ?
Christophe Lafaye : Il est primordial de vulgariser les travaux scientifiques pour les rendre accessibles au plus grand nombre. Les résultats des recherches peuvent permettent de faire bouger la perception de la guerre d’Algérie et du colonialisme en France. Il faut savoir à ce sujet que si les États se chicanent entre eux, ce n’est pas du tout le cas des sociétés civiles.

 

Entre universitaires algériens et français, nous échangeons sans cesse. Les témoins algériens qui interviennent dans le documentaire, lorsqu’on leur demande : « Qu’attendez-vous de la France ? », répondent : « Ni excuses, ni argent, simplement la vérité. Nous sommes prêts à tourner la page. » Les petits pas de la France dans la reconnaissance de ces crimes de guerre ne suffisent plus. Je crois sincèrement dans le génie des sociétés civiles en France et en Algérie et dans la fraternité des peuples pour réaliser cette tâche de réconciliation.

 

 

- Mediapart : Le documentaire a été programmé à la diffusion sur France 5 avant d’être déprogrammé[5]. Comment analysez-vous cette séquence surprenante ?
Claire Billet : J’étais aussi surprise que vous, j’ai pensé que ça allait mettre de l’huile sur un feu bien sensible. France Télévisions m’a dit ce qu’il y a dans le communiqué de presse : « Le documentaire est déprogrammé en raison de l’actualité au profit d’une soirée dédiée à Poutine et Trump. » Je suis journaliste et réalisatrice, je comprends les contraintes d’actualité qui bouleversent les grilles des programmes. Les bruits de bottes se rapprochent, c’est inquiétant. Il ne faut pas oublier que ce documentaire a été financé par France TV, qu’il existe grâce à France TV, et qu’il est en ligne et visible sur leur plateforme.

 

 

🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 🔴 

 

 

- Algérie, sections armes spéciales

L'armée française a fait usage de gaz chimiques interdits durant la guerre d'Algérie. Les responsables de l'époque ont ordonné, testé puis utilisé à grande échelle des gaz toxiques pour éliminer les combattants de l'Armée de Libération Nationale cachés dans des grottes dans des zones de montagne. Avec la torture et le déplacement des populations, la guerre chimique est le dernier élément d'une série de brèches dans les engagements internationaux de la France que celle-ci a bafoués pour mener sa guerre coloniale. Enquête inédite sur ce scandale qui demeure encore largement méconnu aujourd'hui.

 

 

Notes :

A. Décision n°1152 DN/CAB/EMP du cabinet du ministre des Armées du 8 juin 1956, carton 15T582 du service historique de la défense (partiellement accessible suite à la décision de la commission d’accès aux documents administratifs (CADA) de décembre 2021).

B. Décision d’autorisation des armes chimiques en 10e région militaire du général Lorillot du 21 mai 1956, carton GGA 3R 347-348 des Archives nationale d’outre-mer (ANOM), consulté en juillet 2023.

C. Lion Olivier, « Des armes maudites pour les sales guerres ? L'emploi des armes chimiques dans les conflits asymétriques », revue Stratégique, 2009/1, n° 93, p 491-531.

[0L’historien Christophe Lafaye a pu recenser 440 opérations françaises impliquant l’utilisation d’armes chimiques en Algérie, principalement dans les montagnes de Kabylie et des Aurés. « Mais il y en a eu beaucoup plus, et sur tout le territoire algérien », affirme-t-il, estimant qu’il y a eu au total entre 5.000 et 10.000 actions de ce type, « offensives » lorsque des combattants y étaient cachés, ou pour les empêcher de s’y établir.

[1Algérie, sections armes spéciales

[2Ghar Ouchetouh, une grotte enfoncée dans un flanc abrupt d'un détour des gorges de Taghit, dans l'actuelle commune de Taxlent (Batna), est un haut lieu de la résistance du peuple algérien durant la Révolution de Novembre

[3Guerre d’Algérie : Yves Cargnino témoigne des agressions chimiques dans les grottes

[4Communiqué de presse : le rapporteur public du Conseil d’État désavoue le gouvernement dans l’affaire des archives « secret défense » et prend position sur le projet de loi PATR

[5] À France Télévisions, la déprogrammation d’un documentaire sur la guerre d’Algérie sème l’émoi

 

Pour en savoir plus :

- Le négationnisme français des crimes coloniaux

- La véritable histoire de la conquête française de l’Algérie

- La reconnaissance juridique de la notion de crime de guerre en Algérie

Jean-Michel Aphatie : « La culture de la négation de l’histoire domine dans les médias »

Dans les grottes d’Algérie l’armée française n’a gazé que des poux

Affiche du documentaire « L’Algérie… sections armes spéciales », réalisé par Claire Billet (2025)

Affiche du documentaire « L’Algérie… sections armes spéciales », réalisé par Claire Billet (2025)

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22 août 2022 1 22 /08 /août /2022 11:21
Quand le RN fait « l'apologie de l’Algérie française et des crimes de la colonisation » et notamment de l'attentat du Petit Clamart
Quand le RN fait « l'apologie de l’Algérie française et des crimes de la colonisation » et notamment de l'attentat du Petit Clamart

En juin 2022, José Gonzalez député RN, doyen de l'Assemblée Nationale " ne sait pas dire si l'OAS a commis des crimes ou non ", fait l'apologie de l'Algérie française et des crimes de la colonisation... reçoit le soutien de Marine Le Pen[4]

 

et le 30 décembre 2022, il est nommé par le bureau de l’Assemblée nationale comme vice-président du groupe d’amitié France Algérie[9].

 

 

Attentat manqué contre le général De GAULLE, le 22 août 1962 au Petit Clamart perpétré par 2 commandos de l'OAS[2(cette organisation fera plus de 2300 morts[2]...) quasiment simultanément au passage de la DS présidentielle, faisant un blessé à bord de son automobile Panhard et des dégâts à la vitrine d'un magasin situé sur la ligne de tir du second commando.

Le général de Gaulle et son épouse en sortent miraculeusement indemnes[1].

Retour sur cet événement perpétrés par des ultras de l'Algérie française.... et de l'utilisation qui en est faite aujourd'hui, quand le RN (Rassemblement National) fait « l'apologie de l’Algérie française et des crimes de la colonisation » et notamment de l'attentat du Petit Clamart... ou baptise une place du nom de Pierre Sergent, l’un des principaux fondateurs et dirigeants de l’Organisation de l’armée secrète (OAS)... 

 

 

Sources : INA - Eric DURAND | mis à jour le 02/01/2023

- Nous sommes en août 1962
L’Algérie est indépendante depuis le 5 juillet. Depuis des années, ce nom cristallise les tensions entre Français favorables au maintien de ce vaste territoire sous souveraineté française et ceux qui réclament son indépendance. Pire, depuis le début de 1961, l’Organisation de l’Armée secrète[2] (OAS) pose des bombes en Algérie et en métropole pour signifier à l’Etat son refus de l'indépendance.

 

Le général de Gaulle, appelé au pouvoir en 1958 en raison de cette même crise algérienne, est vu comme le dernier espoir des partisans de l’Algérie française. Mais rapidement, dès 1959, il prend conscience de l’impossibilité du maintien de la politique coloniale. Pour vivre la destinée mondiale chère à ses yeux, la France doit se débarrasser de cette guerre d’un autre âge, ingagnable politiquement, et se recentrer sur une modernité européenne, qui se matérialisera en 1963 par la réconciliation avec l'Allemagne.

 


- Pour l’OAS, le général de Gaulle, surnommé par dérision « le guide », devient l’ennemi numéro 1
Le 8 septembre 1961, le convoi du président en route vers Colombey-les-Deux-Églises est victime d’un attentat à la bombe à Pont-sur-Seine, dans l’Aube. Le convoi est indemne et les auteurs de l’attentat, qui se réclament de l’OAS, sont arrêtés. Tous, à l’exception du « cerveau » qui reste non identifié.

 


- Une attaque sur la route de l'aéroport
C’est dans ce contexte de violence contre la personne du chef de l'Etat qu’a lieu l’attentat du Petit-Clamart, le 22 août 1962. Après celui du Pont-de-Seine[5], les services de sécurité de l’Elysée ont obtenu du président qu’il se rende en avion dans sa résidence champenoise de Colombey afin d'éviter la longue route en voiture. Pour ce faire, le cortège doit se rendre à l’aéroport de Villacoublay, situé dans les Yvelines.

 

En début de soirée, ce 22 août, à 19h45, la DS-19 présidentielle quitte l’Elysée en compagnie d’une voiture de sécurité et de deux motards. Sur la banquette arrière se sont assis de Gaulle et son épouse. Le véhicule est conduit par le chauffeur attitré du Palais, le gendarme Francis Marroux. A ses côtés prend place le général de Boissieu, gendre du président. 

 

A 20 h 20 le convoi approche du carrefour du Petit-Clamart. La route est dégagée, à l’exception d’une estafette jaune garée sur le bas-côté. Alors que la voiture arrive à sa hauteur, plusieurs armes automatiques se mettent à tirer. La DS est touchée à plusieurs endroits. Le chauffeur accélère mais une seconde voiture, une Citroën ID-19 bleue, la prend en chasse. Les occupants ouvrent le feu à plusieurs reprises avant de prendre la fuite.
Malgré le choc de l’attentat, le chauffeur parvient à Villacoublay. Le président et tous les passagers de l’escorte sont indemnes.

 


- Un commando de douze hommes
Une gigantesque chasse à l'homme est lancée le soir même. L’enquête aboutit au bout de seulement quinze jours, bénéficiant de hasards et d’étonnantes imprudences des conjurés. Les suspects sont interpellés et avec eux sont retrouvées leurs armes. Certains d'entre eux préparaient une nouvelle opération visant à nouveau le président. Qui sont-ils ?

 

Le commando se compose de douze hommes, Jean Bastien-Thiry en est l’énigmatique leader. Il s'agit d'un homme de 34 ans, brillant polytechnicien, lieutenant-colonel de l’armée française, fervent catholique et patriote, qui voit en de Gaulle un « tyran » abandonnant l’Algérie française. Son second, Alain de La Tocnaye, considère de Gaulle comme un « cryptocommuniste », tout comme les Hongrois Lazlo Varga, Lajos Marton et Gyula Sari. Le reste du commando est composé de métropolitains et de Pieds-noirs.

 

 

- Le dernier fusillé de l’Histoire
Après les premières arrestations des membres du commando, Bastien-Thiry est à son tour arrêté le 17 septembre 1962. Le procès débute au fort de Vincennes le 28 janvier 1963. Neuf accusés sur les douze qui constituaient le commando comparaissent devant la Cour militaire de justice.

 

Le 4 mars 1963, Bastien-Thiry est jugé coupable de la planification de l’attentat et condamné à mort. Il est fusillé le 11 mars 1963 au fort d’Ivry. Il restera dans l’Histoire comme le dernier condamné à mort fusillé en France. On estime aujourd'hui que l'ingénieur fut également responsable de l'attentat de Pont-sur-Seine.

 

Alain de la Tocnaye et Jacques Prévost, eux aussi condamnés à mort, seront graciés en 1968, ainsi que les tireurs condamnés à différentes peines de réclusion. Pendant le procès, l’avocat de Bastien-Thiry, Maître Jean-Louis Tixier-Vignancourt, évoquera pour sa défense la thèse de l’enlèvement plutôt que la volonté de tuer. Une thèse très largement contestée, notamment par l’un des conjurés, Lajos Marton. Sur le plateau de « Tout le monde en parle» en 2005, ce dernier expliquait que la thèse de l'enlèvement était une invention des avocats[3] », et que l'ordre avait bel et bien été donné d'assassiner le président de la République.

 

 

- 28 juin 2022, José Gonzalez[5bis], député du Rassemblement national nostalgique de la colonisation, met le feu à l'hémicycle...

Le 28 juin se tenait la séance inaugurale de la nouvelle Assemblée nationale française issue des urnes. Comme le veut le règlement, c’est le doyen de l’hémicycle qui a présidé la première séance avant que les députés ne procèdent à l’élection du président de l’Assemblée. Cette tâche a échu à José Gonzalez, un député RN de 79 ans.

  • Son discours inaugural, qui n’a pourtant duré que cinq minutes, n’est pas passé inaperçu. Plusieurs propos tenus par ce pied-noir né à Oran en 1943 sont inacceptables[6] :
    • À sa sortie de l’hémicycle, face aux micros et aux caméras, cet ancien retraité et contrôleur d’exploitation à l’aéroport de Marseille en a remis une couche. Interrogé plus en détail sur son rapport à l’Algérie, il a affirmé qu’il n’était « pas là pour juger si l’OAS a commis des crimes ou non », invoquant au passage « des crimes d’un côté comme de l’autre » ;
    • « Venez avec moi en Algérie dans le Djebel, je vais vous trouver beaucoup d’Algériens qui vont vous demander « quand est-ce que les Français reviennent ? » », a-t-il déclaré ;
    • Et d’ajouter : « J’ai applaudi de Gaulle en 1958 quand il a clamé “vive l’Algérie Française !” » J’ai compris après qu’il ne fallait plus applaudir. » ;
    • et il va plus loin encore : « En expliquant à nos jeunes issus d’Afrique du Nord qu’on a commis des crimes contre l’humanité contre leurs parents, comment voulez-vous qu’ils se comportent avec nous et nous respectent ? », a-t-il déploré.
       

 

- Ces phrases n’ont rien à faire au cœur d’une institution de la République.
Car derrière ces mots de José Gonzales, c’est un passé colonial, l’OAS et la torture, qui raisonnent. Certains ont voulu faire croire, et certains ont cyniquement cru, que l’héritage de Jean-Marie Le Pen n’était plus. Que le Rassemblement national avait changé. Preuve s’il en fallait, que quand le vernis craque, le RN est bien et restera toujours d’extrême-droite.

 

Par ces quelques mots, en guise de lancement d’une nouvelle période, José Gonzales nous rappelle l’histoire du Rassemblement national : un parti fondé en 1972 par des anciens de l’OAS, des gradés de la Waffen SS[7].

 

Nous débutons donc cette XVI législature par un hommage appuyé à l’Algérie française. Symbole de l’extrême droitisation des débats qui s’annonce pour les 5 ans à venir ?

 

Quand le RN fait « l'apologie de l’Algérie française et des crimes de la colonisation » et notamment de l'attentat du Petit Clamart

 

- Et ça continue...

Par une délibération du conseil municipal du 22 septembre 2022, la mairie RN de Perpignan (Pyrénées-Orientales), conduite par Louis Aliot, membre du RN, baptise une place du nom de Pierre Sergent, l’un des principaux fondateurs et dirigeants de l’Organisation de l’armée secrète (OAS)...

 

Comment s'en étonner, en 1982, François Mitterrand, n'a t-il pas ouvert la porte en faisant voter une quatrième loi d'amnistie[8], qui permet notamment aux généraux ayant organisé le putsch d'avril 1961 de toucher leur retraite d'officiers généraux et d'être réintégrés dans leurs décorations.

 

Le RN dans les pas de l’OAS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes :

[1] Il y a 60 ans, de Gaulle réchappe à l'attentat du Petit-Clamart

[2] Organisation de l'armée secrète

[3] Lajos Marton à propos de l'attentat du Petit-Clamart

[4] Marine Le PEN défend le député RN José Gonzales après ses propos sur l'OAS

[5] Attentat de Pont-sur-Seine

[5bis] José Gonzalez

[6] Les propos de José Gonzalez député RN

[7] Les anciens SS ont reconstruit l'extrême droite française après 1945

[8En 1982, François Mitterrand fait voter une quatrième loi d'amnistie, qui permet notamment aux généraux ayant organisé le putsch d'avril 1961 de toucher leur retraite d'officiers généraux et d'être réintégrés dans leurs décorations.

[9] La macronie complice... de la nomination de la honte. José Gonzales député d’extrême-droite, nostalgique de l’Algérie française et défenseur de l’OAS, devient vice-président du groupe d’amitié France Algérie.... nommé par le bureau de l’Assemblee nationale !

 

Pour en savoir plus :

- Scandale : une vidéo du Monde dédiabolise le RN et la famille Le Pen

- Pourquoi le RN a honte de célébrer ses 50 ans ? Car il a été fondé par un Waffen SS

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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 08:51
J’ai mal à l’Algérie de mes vingt ans. Carnets d’un appelé, 1960-1961

Appelé en Algérie en 1960, Marcel Yanelli a tenu des carnets durant quatorze mois où il livre ses doutes de jeune communiste et son quotidien, entre longue attente et tristes opérations. Un témoignage rare pour lever un peu plus le voile sur une guerre taboue.

 

Sources : NVO.fr

- Présentation

Débarqué le 22 février 1960 en Algérie, Marcel Yanelli est vite plongé dans l’horreur d’une guerre qui ne dit pas son nom.

 

Le 6 mars, le voilà confronté aux tortures et aux pillages des villages, effrayé par le consentement de ces jeunes Français à commettre de tels actes. « Les Algériens pardonneront-ils un jour ? Pourquoi tant de sang ? Un irresponsable a parlé de finir la guerre en tuant tout… » Chaque jour ou presque durant quatorze mois, Marcel a couché ses impressions dans des carnets qu’il a finalement décidé de publier tels quels.

 

Pour témoigner et pour sortir sa génération du « silence de la honte ». Bien que jeune communiste (il sera animateur du PCF en Côte-d’Or et en Bourgogne durant vingt-cinq ans), opposé à la guerre, il n’a pas choisi de déserter mais de se retrouver au milieu des appelés pour faire son « travail de militant de la paix en Algérie ».

 

17 novembre 1961 – « À l’aube, nous envahissons les tentes des nomades. Des hommes réussissent à se sauver, mais huit en tout sont pris. Les femmes rassemblées, tentes fouillées, brûlées, des troupeaux entiers sont emmenés. Je ne prends rien. […] J’ai mal de tremper là-dedans. » Marcel Yanelli raconte au jour le jour la guerre d’Algérie, le sadisme qui se déploie sans limite, orchestré par une hiérarchie militaire qui a alors tous les pouvoirs.

 

Il dit encore son désarroi devant les actes commis par ses camarades de chambrée qu’il tente de raisonner après les rapines effectuées lors des raids – « les gars dans la piaule se montrent leurs trophées : du tissu, des colliers, du café, etc. C’est du vol ! » – ou après des viols, parfois encouragés par les supérieurs…

 

 

- En pleine confusion

On suit le quotidien de Marcel ponctué par les nombreuses lettres échangées avec sa famille, ses copains et Simone, son premier amour de jeunesse, ses réflexions après ses lectures de Georges Politzer, de Dimitrov ou de Cocteau avec l’impatience de la jeunesse qui voudrait avoir déjà tout dévoré. Au fil des pages, on suit ses longs jours d’attente et les opérations où la violence se déchaîne.

 

Pointe le tourment du jeune appelé face à la détresse des femmes et des enfants, à la torture des prisonniers, qu’il compare à des résistants à l’image des maquisards français quelques années plus tôt. Le jeune Marcel qui culpabilise aussi quand il est exempté pour raison de santé avec la peur de passer pour un tire-au-flanc, nageant en pleine confusion : « Même si cette guerre va contre mes idées, il m’a coûté de participer et de ne pas participer à cette guerre. »

 

Au final, J’ai mal à l’Algérie de mes vingt ans est un témoignage rare qui nous plonge au cœur d’une guerre qui aura traumatisé nombre de jeunes Français, longtemps restés silencieux, et qui n’en finit pas de ressurgir.

 

- Par : Marcel Yanelli

Éditions : L'Harmattan

ISBN : 978-2-343-08611-8

Parution : mars 2016

Disponibilité : chez l'éditeur L'Harmattan

Pages : 260
Prix papier TTC : 27 €

 

J’ai mal à l’Algérie de mes vingt ans. Carnets d’un appelé, 1960-1961
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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 09:45

C'était un mardi pas comme les autres. Alors que certains célébraient leur liberté, d'autres n'y avaient pas le droit.

Le massacre du 8 mai 1945 marquera la radicalisation du mouvement nationaliste.

 

- Khateb Yacine parle du 8 mai 1945, "du côté de Sétif", en Algérie !!!

 

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 11:59
17 octobre 1961 : « Ici on noie les Algériens »

28 mars 2024 : malgré les tentatives de l’extrême-droite, nostalgique de l’Algérie française et héritière de l’OAS,  l'Assemblée nationale reconnaît enfin et condamne le massacre des Algériens du 17 octobre 1961[2] .

 

 

Ce jour-là, des dizaines d’Algériens ont été noyés dans la Seine ou massacrés par la police française à Paris. C’est un devoir de justice de ne pas l’oublier.

Le 17 octobre 1961 alors que la guerre d’Algérie touche à sa fin, le FLN appelle à une manifestation pacifique dans les rues de Paris pour dénoncer le couvre-feu raciste imposé quelques jours plus tôt aux Algériens et par extension à tous les Maghrébins (obligation d’être sans cesse isolé, et interdiction aux travailleurs algériens de sortir de 20h30 à 5h30, les cafés tenus par des musulmans doivent fermer à 19h...). Cette manifestation rassemble environ 30.000 personnes.

Redoutant d’être débordés, CRS et policiers frappent durement. Le premier bilan, dressé dans la nuit, fait état de 2 tués et de 64 blessés parmi les Algériens, de 13 blessés côté maintien de l’ordre. Dans les heures qui suivent, 11 538 Algériens sont arrêtés puis rassemblés au Palais des sports, en attendant d’être expulsés vers leur « douar d’origine »

C’est Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Intérieur, qui confie une mission à un magistrat du Conseil d’État, d’une indiscutable intégrité, Dieudonné Mandelkern, assisté par trois historiens, pour dépouiller les archives policières.. le bilan 38 morts et 266 blessés... 48 selon un autre rapport demandé par Guigou, 98 morts selon les recherches de l'historien Benjamin Stora[1].

Source : al Kanz | mis à jour le 13/07/2025

Le 17 octobre 1961, le préfet Maurice Papon, ancien secrétaire général de la préfecture de la Gironde durant le régime de Vichy et à ce titre organisateur de la déportation de 1 690 juifs, commandita le massacre de 300 Algériens (NDLR sur la réalité du nombre de victimes)[1].

 

Obéissant à Papon, comme en 40, des policiers réprimèrent dans le sang une manifestation pacifique. Une gigantesque rafle accompagna le massacre : « le 17 octobre 1961, en plus du massacre perpétré dans les rues de Paris, la préfecture de police a planifié l’incarcération d’au moins 11 538 personnes d’origine algérienne – et 12 520 au plus, en recoupant différentes sources documentaires de l’administration », rappelait en octobre 2010 feu Owni, site d’excellente facture, dans un dossier consacré à cette "honte française".

 

Aujourd’hui, à l’initiative de l’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë, une plaque commémorative rappelle qu’en 1961 on noya ici des Algériens.

17 octobre 1961 : « Ici on noie les Algériens »

Aussi infâme que cela puisse être, cette initiative nécessaire pour panser les blessures et apaiser coeurs et mémoires fut dénoncée par la droite parisienne, qui « estima, par la voix de Claude Goasguen, que ce geste est une +provocation+ », rapporta alors Le Monde, l'Humanité pour sa part présentant l’agenda des commémorations.

 

Il a fallu attendre 2012 pour que le Sénat six jours après la déclaration de François Hollande rompant le silence officiel sur la "répression sanglante" de la manifestation des Algériens du 17 octobre 1961 adopte une résolution, proposée par le groupe communiste, demandant que "la France reconnaisse ces faits", texte adopté par 174 voix pour, et 168 contre.

 

D’aucuns continuent aujourd’hui encore de plaider pour une négation de ces tragiques événements.

 

 

- A l'occasion du 51 ème  anniversaire du 17 octobre 1961, a été publié ce témoignage  d'un soldat français qui revenait de la guerre d'Algérie.

 

- Discours d’Eric Coquerel, député France insoumise de la 1ère circonscription de la Seine-Saint-Denis, lors de l’inauguration de la plaque commémorative en hommage aux victimes du 17 octobre 1961, à Saint-Ouen.

 

17 octobre 1961 : « Ici on noie les Algériens »

Note :

[1les chiffres du nombre de victimes 

[228 mars 2024 : l'Assemblée nationale reconnaît enfin et condamne le massacre des Algériens du 17 octobre 1961.

 

Pour en savoir plus :

- Ce que l’Humanité publiait en octobre 1961

- 17 octobre 1961 : "Ce massacre a été occulté de la mémoire collective"

- 17 octobre 1961, un crime d’État oublié. Tribune de Mouloud Aounit, président d’Honneur du MRAP, et Madjid Si Hocine, animateur du collectif l’Égalité d’abord !

- 17 octobre 1961: pour Macron, c'est un « crime inexcusable », mais pas « un crime d’Etat »

17 octobre 1961, un crime d’État oublié. Tribune de Mouloud Aounit, président d’Honneur du MRAP, et Madjid Si Hocine, animateur du collectif l’Égalité d’abord ! - See more at: http://www.humanite.fr/17-octobre-1961-17-octobre-2011-lagenda-des-commemorations#sthash.lnVcARfs.dpuf
17 octobre 1961, un crime d’État oublié. Tribune de Mouloud Aounit, président d’Honneur du MRAP, et Madjid Si Hocine, animateur du collectif l’Égalité d’abord ! - See more at: http://www.humanite.fr/17-octobre-1961-17-octobre-2011-lagenda-des-commemorations#sthash.lnVcARfs.dpuf

- Le Sénat reconnaît la répression du 17 octobre 1961

- Le massacre du 17 octobre 1961 à Paris : « ici on noie les Algériens ! »

- 14 juillet 1953 : un massacre de manifestants algériens à Paris, par Daniel Kupferstein

 

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 17:44
Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !

La guerre d’Algérie a commencé à Sétif le 8 mai 1945 !

 

 

Le 8 mai 1945, tandis que la France fêtait la victoire, elle réaffirme dans le sang sa domination coloniale en Algérie : 45.000 morts à Sétif, Guelma, Kherrata et dans tout le Constantinois... Ce traumatisme radicalisera irréversiblement le mouvement national... 

 

 

Source : Rebellyon.Info | mis à jour le 8 mai 2023

- Jour de liesse ? Fête de la libération ? Pas pour tout le monde...

Le 8 mai 1945 signi­fie la fin du nazisme. Il cor­res­pond aussi à l’un des moments les plus san­glants de l’his­toire natio­nale. La répres­sion colo­nia­liste venait d’y faire ses pre­miers accrocs face à une popu­la­tion farou­che­ment déter­mi­née à se pro­mou­voir aux nobles idéaux de paix et d’indé­pen­dance.

Faim, famine, chô­mage et misère sem­blaient résu­mer la condi­tion sociale de la popu­la­tion musul­mane algé­rienne colo­ni­sée par la France, popu­la­tion sur­tout agri­cole sou­vent dépla­cée car les colons s’étaient saisis des meilleu­res terres, et de plus dans une période de guerre, de séche­resse et de récol­tes déci­mées par les aca­ri­des. « Des hommes souf­frent de la faim et deman­dent la jus­tice... Leur faim est injuste. » écrivait Albert Camus début 1945 dans Combat.

 

Le 8 mai 1945 fut un mardi pas comme les autres en Algérie. Les gens mas­sa­crés ne l’étaient pas pour diver­sité d’avis, mais à cause d’un idéal. La liberté. Ailleurs, il fut célé­bré dans les inters­ti­ces de la capi­tu­la­tion de l’état-major alle­mand. La fin de la Seconde Guerre mon­diale, où pour­tant 150.000 Algériens s’étaient enga­gés dans l’armée aux côtés de de Gaulle. Ce fut la fin d’une guerre. Cela pour les Européens. Mais pour d’autres, en Algérie, à Sétif, Guelma, Kherrata, Constantine et un peu par­tout, ce fut la fête dans l’atro­cité d’une colo­ni­sa­tion et d’un impé­ria­lisme qui ne venait en ce 8 mai qu’annon­cer le plan de redres­se­ment des volon­tés farou­ches et éprises de ce saut liber­taire.
 
 Photo : Sétif Fontaine Ain El Fouara

Photo : Sétif Fontaine Ain El Fouara

 

- Sétif, mardi 8 mai 1945

Dès 8 heures du matin, une foule esti­mée aux envi­rons de 10.000 per­son­nes était ras­sem­blée devant la mos­quée de la gare. Puis elle enta­mait son élan rue des Etats-Unis pour se diri­ger vers le centre-ville, rue Georges Clémenceau... Pacifiques, dépi­tés et désar­més, les pai­si­bles mani­fes­tants scan­daient des slo­gans de paix et de liberté. « Indépendance », « Libérez Messali Hadj », « L’Algérie est à nous ». Ils s’étaient donnés pour consi­gne de faire sortir pour la pre­mière fois le dra­peau algé­rien. La riposte fut san­glante.

 

Pourtant, pro­fi­tant du jour du marché heb­do­ma­daire, ce 8 mai 1945, les orga­ni­sa­teurs avaient rap­pelé aux pay­sans venus des vil­la­ges de dépo­ser tout ce qui pou­vait être une arme (cou­teau, hâche, faux...). Derrière les dra­peaux des alliés, c’étaient les écoliers et les jeunes scouts qui étaient au pre­mier rang suivis des por­teurs de la gerbe de fleurs, et les mili­tants sui­vaient juste der­rière pour éviter tout débor­de­ment de la masse pay­sanne.

 

A la vue d’un dra­peau algé­rien vert et blanc, qui avait été déployé en cours de route, les poli­ciers avaient jailli du bar­rage et avaient atta­qué la foule pour s’empa­rer du dra­peau. Un mili­tant avait expli­qué que le dra­peau étant sacré, il est impos­si­ble de le remi­ser une fois sorti. Le maire socia­liste de la ville sup­plie de ne pas tirer. Mais c’est à ce moment que tout dérape quand un ins­pec­teur tire, tue celui qui por­tait ce dra­peau à ce moment-là et deux coups de feu en sou­tien de la part d’Européens par­tent du café de France. Dans la pani­que pro­vo­quée par les pre­miers coups de feu, à d’autres fenê­tres des Européens tirent à leur tour sur la foule.

 

 

- « On a tiré sur un jeune scout » !

Ce jeune « scout » fut le pre­mier martyr de ces inci­dents : Saâl Bouzid, 22 ans, venait par son souf­fle d’indi­quer sur la voie du sacri­fice la voie de la liberté. K. Z., âgé alors de 16 ans, affirme non sans amer­tume à ce propos : « Il gisait mou­rant par-devant le ter­rain qui sert actuel­le­ment d’assiette fon­cière au siège de la wilaya. Nous l’avons trans­porté jusqu’au doc­teur Mostefaï... et puis... » L’émotion l’étouffe et l’empê­che de conti­nuer...

 

Bien que la pani­que ait gagné l’ensem­ble des mani­fes­tants, un mili­tant avait sonné le clai­ron pour que la gerbe de fleurs soit dépo­sée. Cela se pas­sait à 10 heures du matin. Le car de la gen­dar­me­rie ayant eu du retard était arrivé en fon­çant en direc­tion des mani­fes­tants fau­chant les pré­sents.
 
Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !

 

Surgit alors la pré­pa­ra­tion du mas­sa­cre des Algériens. Une milice d’Européens est formée à qui on donne des armes ; l’armée, la police et la gen­dar­me­rie sont déployées... C’est une véri­ta­ble chasse à toutes per­son­nes musul­ma­nes.

 

Le 9 mai, à Sétif, ce sont 35 Algériens qui ont été abat­tus parce qu’ils ne savaient pas qu’un couvre feu avait été établi. Le rap­port du com­mis­saire divi­sion­naire, M. Bergé, expli­quait que chaque mou­ve­ment jugé sus­pect pro­vo­quait le tir : « les musul­mans ne peu­vent cir­cu­ler sauf s’ils por­tent un bras­sard blanc déli­vré par les auto­ri­tés et jus­ti­fi­ca­tions d’un emploi dans un ser­vice public. »
Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !
Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !

 

- Guelma, mardi 8 mai 1945

A Guelma, à 16 heures, un ras­sem­ble­ment s’était orga­nisé hors de la ville. Les mili­tants des Amis du Manifeste et de la Liberté (AML) atten­daient, en fait, les ins­truc­tions venant de Annaba. A 17 heures le cor­tège s’était ébranlé avec les pan­car­tes célé­brant la vic­toire des alliés ainsi que leurs dra­peaux entou­rant un dra­peau algé­rien. Arrivé à l’actuelle rue du 8 mai, le cor­tège avait été arrêté par le sous préfet Achiary. Il ne res­tait plus que 500 mètres pour attein­dre le monu­ment aux morts.

 

Le sous préfet, Achiary - futur chef de l’OAS créé à Madrid en 1961 -, hors de lui avait intimé l’ordre de jeter les pan­car­tes, dra­peaux et ban­de­ro­les. Un socia­liste nommé Fauqueux avait râlé auprès du sous préfet : « Monsieur le sous préfet est ce qu’il y a ici la France ou pas ? ». C’est alors, comme un coup de fouet, Achiary saisit le revol­ver dont il s’est armé, entre dans la foule droit sur le porte dra­peau et tire. Son escorte ouvre le feu sur le cor­tège qui s’enfuit, décou­vrant dans son reflux le corps du jeune Boumaza. A Guelma ce jour-là il y a déjà 4 Algériens tués, mais aucun Européen.

 

Le 9 mai, à Guelma, la milice diri­gée par Achiary avait tenu sa pre­mière séance au cours de laquelle l’adjoint Garrivet pro­po­sait : « Nous allons étudier la liste des per­son­nes à juger. Commençons par nos anciens élèves ». Une per­qui­si­tion au local des AML a permis de saisir les listes nomi­na­ti­ves des res­pon­sa­bles et mili­tants, tous consi­dé­rés comme sus­pects, qui seront incar­cé­rés, sou­vent tor­tu­rés, et exé­cu­tés par four­nées entiè­res.

 

Photo : Arrestations de civils menés vers leur propre exécution et finir brûlés dans des fours à chaux de Guelma

Photo : Arrestations de civils menés vers leur propre exécution et finir brûlés dans des fours à chaux de Guelma

 

- Kherrata, mardi 8 mai 1945

C’est aussi mardi jour de marché, et il n’y a pas de défilé prévu pour la fin de la deuxième guerre mon­diale, ce 8 mai, dans ce gros vil­lage tran­quille, situé au pied d’une chaîne mon­ta­gneuse, à quel­ques dizai­nes de kilo­mè­tres de la Méditerranée. En fin de mati­née on y apprend les tue­ries poli­ciè­res de Sétif. Les nou­vel­les se répan­dent vite parmi la popu­la­tion de Kherrata. Les Européens pren­nent peur, l’admi­nis­tra­teur colo­nial leur dis­tri­bue des armes et ils se plan­quent dans une for­te­resse. Tandis qu’on donne l’ordre au crieur public d’annon­cer le couvre-feu, celui-ci au contraire par­court tous les vil­la­ges à l’entour en appe­lant la popu­la­tion musul­mane à se ras­sem­bler à Kherrata.

 

Ce sont 10.000 per­son­nes qui vont arri­ver durant la nuit à Kherrata. Dès l’aube du 9 mai, une grande agi­ta­tion règne au centre de Kherrata grouillant de monde. Les Musulmans sachant que les Européens étaient armés, et prêts à les tuer, se sont ras­sem­blés pour envi­sa­ger com­ment se défen­dre. Certains ont coupé les lignes télé­pho­ni­ques, et d’autres ont cher­ché des armes au tri­bu­nal et dans trois mai­sons, qui furent incen­diées. L’admi­nis­tra­teur colo­nial et le juge de paix furent tués. Les 500 Européens qui étaient dans la for­te­resse tirè­rent alors sur la foule déchaî­née qui tra­ver­sait le vil­lage avec des dra­peaux algé­riens, tandis qu’on enten­dait les « you-you » des femmes.

 

Même s’ils avaient une grande cons­cience révo­lu­tion­naire, beau­coup parmi les insur­gés algé­riens ne savaient pas quoi faire. Pour savoir com­ment réagir, ils se sont alors ras­sem­blés dans la mon­ta­gne à Bouhoukal, mais l’armée fran­çaise était déjà en marche. Le peu de monde qui avait des fusils se mit en grou­pes dans les gorges et à l’entrée de Kherrata pour retar­der l’arri­vée des gen­dar­mes et des trou­pes. Mais dans cette révolte, qui allait vite être étouffée par l’armée, il n’y eu en tout et pour tout sur ce sec­teur que 10 morts et 4 bles­sés parmi les mili­tai­res et les Européens.

 

  • Vers midi, les auto­mi­trailleu­ses de l’armée fran­çaise se met­tent à tirer de loin sur les popu­la­tions de Kherrata et des vil­la­ges avoi­si­nants, suivi de près par les tirs impres­sion­nants du bateau-croi­seur Duguay-Trouin sur les crêtes des monts de Babor, et l’après-midi c’est l’avia­tion qui bom­bar­dait les envi­rons. Bombardements, tirs nour­ris et fusilla­des firent que plu­sieurs mil­liers d’Algériens furent mas­sa­crés. Vers 10 heures du soir, la légion étrangère fran­chis­sait les gorges et arri­vait au vil­lage com­plè­te­ment vidé de ses habi­tants musul­mans.

 

Photo : propagande coloniale - (à la mode Tartarin de Tarascon) : on distribue des armes sans munitions aux civils pour un besoin de propagande : « les insurgés déposent les armes ». Ils feront TOUS partie des victimes assassinées, jetées vivantes du haut de la falaise de Kherrata (voir les gorges de Kherrata au fond de la photo) et enfin ramassées et brulées dans des fours à chaux.

Photo : propagande coloniale - (à la mode Tartarin de Tarascon) : on distribue des armes sans munitions aux civils pour un besoin de propagande : « les insurgés déposent les armes ». Ils feront TOUS partie des victimes assassinées, jetées vivantes du haut de la falaise de Kherrata (voir les gorges de Kherrata au fond de la photo) et enfin ramassées et brulées dans des fours à chaux.

 

- Un des plus atroces massacres coloniaux de la part de la France

Suite aux assas­si­nats d’Algériens à Sétif et à Guelma, des grou­pes d’indi­gè­nes avaient, dans leur repli, riposté en tuant des Européens. [1] S’en suit une répres­sion extrê­me­ment vio­lente dans les rues et les quar­tiers de ces deux villes impor­tan­tes, alors que la presse fran­çaise parle abu­si­ve­ment de ter­ro­risme algé­rien. Pendant une semaine, l’armée fran­çaise, ren­for­cée par des avions et des chars, se déchaîne sur les popu­la­tions de la région et tue sans dis­tinc­tion. À la colère légi­time des Algériens, la réponse du gou­ver­ne­ment fran­çais, dans lequel se trouve, mais oui, le PS et le PC, aux côtés de de Gaulle, ne s’est, en tout cas, pas fait atten­dre en mobi­li­sant toutes les forces de police, de gen­dar­me­rie, de l’armée, en envoyant des ren­forts de CRS et de parachutistes, et même en recru­tant des mili­ciens, qui ne se gênent pas de fusiller des Algériens de tous âges et sans défense.
 
Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !
Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !

 

De Sétif, la répres­sion san­glante s’est géné­ra­li­sée. Elle allait tou­cher tout le pays durant tout le mois de mai. L’Algérie s’embra­sait sous les feux brû­lants du prin­temps 1945. Le géné­ral Weiss, chef de la cin­quième région aérienne, avait ordonné le 13 mai le bom­bar­de­ment de tous ras­sem­ble­ments des indi­gè­nes sur les routes et à proxi­mité des vil­la­ges.

 

  • Kateb Yacine, écrivain algé­rien, alors lycéen à Sétif, écrit : « C’est en 1945 que mon huma­ni­ta­risme fut confronté pour la pre­mière fois au plus atroce des spec­ta­cles. J’avais vingt ans. Le choc que je res­sen­tis devant l’impi­toya­ble bou­che­rie qui pro­vo­qua la mort de plu­sieurs mil­liers de musul­mans, je ne l’ai jamais oublié. Là se cimente mon natio­na­lisme. »
  • « Je témoi­gne que la mani­fes­ta­tion du 8 mai était paci­fi­que. En orga­ni­sant une mani­fes­ta­tion qui se vou­lait paci­fi­que, on a été pris par sur­prise. Les diri­geants n’avaient pas prévu de réac­tions. Cela s’est ter­miné par des dizai­nes de mil­liers de vic­ti­mes. À Guelma, ma mère a perdu la mémoire... On voyait des cada­vres par­tout, dans toutes les rues. La répres­sion était aveu­gle ; c’était un grand mas­sa­cre. »

 

Dans les loca­li­tés envi­ron­nan­tes à Sétif, Ras El Ma, Beni Azziz, El Eulma, des douars entiers furent déci­més, des vil­la­ges incen­diés, des dechras et des famil­les furent brû­lées vives. On raconte le mar­tyre de la famille Kacem. Korrichi, son fils Mohamed et son frère Nouari furent tor­tu­rés et tués à bout por­tant... Les légion­nai­res pre­naient les nour­ris­sons par les pieds, les fai­saient tour­noyer et les jetaient contre les parois de pierre où leurs chairs s’éparpillaient sur les rochers...
 
Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !

 

- L’armée fran­çaise avait pla­ni­fié l’exter­mi­na­tion de mil­liers d’Algériens.

Pour mettre à exé­cu­tion leur des­sein les sol­dats fran­çais avaient pro­cédé au regrou­pe­ment de toutes les popu­la­tions avoi­si­nant les côtes-est de Béjaïa à Bordj Mira en pas­sant par Darguina, Souk El-Tenine et Aokas. Toutes les popu­la­tions de ces régions étaient for­cées de se regrou­per sur les plages de Melbou. L’occu­pant n’avait en tête que la liqui­da­tion phy­si­que de tout ce beau monde. Des sol­dats armés fai­saient le porte-à-porte à tra­vers la ville de Sétif et cer­tai­nes régions envi­ron­nan­tes, et obli­geaient hommes, femmes et enfants à sortir pour monter dans des camions.

 

Dès lors, des camions de type GMC conti­nuaient à char­ger toute per­sonne qui se trou­vait sur leur pas­sage. Le convoi pre­nait la direc­tion de Kherrata. Les habi­tants de cette autre ville his­to­ri­que n’allaient pas échapper à l’embar­que­ment qui les menait avec leurs autres conci­toyens de Sétif, vers le camion de la mort. Les mil­liers d’Algériens furent déchar­gés depuis les bennes des camions au fond des gorges de Kherrata. L’hor­reur n’était pas ter­mi­née pour ces pau­vres « bou­gnouls » comme aimaient les sur­nom­mer les colons fran­çais. Des héli­co­ptè­res dénom­més « Bananes » sur­vo­laient les lieux du mas­sa­cre pour ache­ver les bles­sés. Une véri­ta­ble bou­che­rie humaine allait per­met­tre, plus tard, aux oiseaux cha­ro­gnards d’inves­tir les lieux.

 

Avec la venue de l’été, la cha­leur monte... et l’odeur de la mort. Vers Guelma, faute de les avoir tous enter­rés assez pro­fond ou brûlés, trop de cada­vres ont été jetés dans un fossé, à peine recou­verts d’une pel­le­tée de terre. Les débris humains sont trans­por­tés par camion. Le trans­port est effec­tué avec l’aide de la gen­dar­me­rie de Guelma pen­dant la nuit. C’est ainsi que les restes des 500 musul­mans ont été amenés au lieu dit « fon­taine chaude » et brûlés dans un four à chaux avec des bran­ches d’oli­viers.

 

Alors que l’on sait que ce sont en tout 102 Européens ou mili­tai­res qui ont été tués, et 110 bles­sés, à ce moment-là, en riposte aux tue­ries des auto­ri­tés fran­çai­ses, malgré un minu­tieux tra­vail de recher­ches, il est aujourd’hui abso­lu­ment impos­si­ble de savoir le nombre exact d’assas­si­nats per­pé­trés par la France parmi les Algériens. Tout a été fait pour que cet énorme mas­sa­cre soit le plus pos­si­ble dis­si­mulé à l’opi­nion publi­que. On peut esti­mer cepen­dant qu’il y a eu à ce moment-là plu­sieurs dizai­nes de mil­liers de bles­sés algé­riens, pas loin de cent mille. Selon l’armée amé­ri­caine cet énorme mas­sa­cre de la France de de Gaulle, par l’armée fran­çaise, la police et les mili­ciens, aurait fait 45.000 morts. C’est le chif­fre, qui peut sem­bler peut-être vrai­sem­bla­ble, retenu offi­ciel­le­ment désor­mais par les Algériens.

 

Dans la mati­née du fati­di­que 8 mai, en guise de riposte à cette mani­fes­ta­tion paci­fi­que, la police ouvrit le feu... Plusieurs d’entre acteurs et témoins encore en vie sont ainsi soumis à la souf­france du sou­ve­nir et le devoir de dire ce qu’ils ont vécu, vu, entendu dire et se dire. Ils crai­gnent pour la pos­té­rité, l’amné­sie.

 

Parler à Sétif du 8 mai 1945 rend obli­ga­toire la cita­tion de noms-phares : Abdelkader Yalla, Lakhdar Taârabit, Laouamen dit Baâyou, Bouguessa Askouri, Gharzouli, Rabah Harbouche, Saâd Saâdna, Miloud Begag, Saâdi Bouras, Benattia, le Dr Hanous, le Dr Saâdane, Bachir Ibrahimi, et beau­coup d’autres que seul un tra­vail sérieux ins­ti­tu­tion­nel pour­rait les lister et en faire un fron­ton mémo­rial.

 

Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !

 

- Le 8 mai 1945, un des plus atro­ces mas­sa­cres colo­niaux est per­pé­tré par cette France fraî­che­ment libé­rée.

Et, à Sétif en Algérie, où est orga­ni­sée une mani­fes­ta­tion paci­fi­que indé­pen­dan­tiste par les mili­tants du PPA (Parti Populaire Algérien), le gou­ver­ne­ment fran­çais envoie l’armée, sous le com­man­de­ment du géné­ral Duval. Dans une répres­sion vio­lente contre la popu­la­tion civile, des navi­res de guerre tirent et l’avia­tion bom­barde la popu­la­tion de Sétif. 10.000 sol­dats sont enga­gés dans une véri­ta­ble opé­ra­tion mili­taire. Ils sont issus de la Légion étrangère, des tabors maro­cains, des tirailleurs séné­ga­lais et algé­riens. En outre, des mili­ces se for­ment sous l’œil bien­veillant des auto­ri­tés, et se livrent à une véri­ta­ble chasse aux émeutiers. Le géné­ral Duval déclare que « Les trou­pes ont pu tuer 500 à 600 indi­gè­nes. » Le nombre de vic­ti­mes est aujourd’hui estimé à au moins 30.000 morts.

 

  • Le drame est passé ina­perçu dans l’opi­nion métro­po­li­taine.

x Le quo­ti­dien com­mu­niste L’Humanité assure alors que les émeutiers étaient des sym­pa­thi­sants nazis ! Il faudra atten­dre le 27 février 2005 pour que, lors d’une visite à Sétif, M. Hubert Colin de Verdière, Ambassadeur de France à Alger, qua­li­fie les « mas­sa­cres du 8 mai 1945 de tra­gé­die inex­cu­sa­ble. » Cet évènement cons­ti­tue la pre­mière reconnais­sance offi­cielle de sa res­pon­sa­bi­lité par la République fran­çaise.

Pourtant, en ce jour de com­mé­mo­ra­tion de la liberté, de la fin du joug nazi, pas un mot ne sera dit sur ce mas­sa­cre de la France colo­niale. Rappellons qu’il en est d’autres (Madagascar 1947, Paris le 17 octo­bre 1961, Alger le 26 mars 1962...). Cette France qui fait tein­ter ses médailles aujourd’hui, à coup de célé­bra­tions idéo­lo­gi­ques, conti­nue de pra­ti­quer le déni his­to­ri­que sur ses pro­pres crimes.

 

- Aujourd’hui seront rapel­lés la bar­ba­rie nazie et les crimes de Vichy.
- Aujourd’hui seront oubliés les crimes colo­niaux, ou encore le fait que les der­niers camps de concen­tra­tion en France pour Tziganes n’ont fermé qu’en 1946, que Papon n’a jamais été inquiété pour les crimes qu’il a commis en tant que préfet de la Ve République, la nôtre.

 

Les crimes commis par la France sont struc­tu­rels. Cette France-là nous ne l’aimons pas.

par D i s s i d e n c e . f r

 

Pour en savoir plus

Sur le même sujet, lire aussi : Sétif, Guelma, l'autre 8 mai 1945

- Parce que le 8 mai 1945, ce fut aussi CA !!!

- mais aussi : Les crânes oubliés de la conquête de l’Algérie

- La guerre d’Algérie a commencé à Sétif

L’autre 8 mai 1945

 

Le visage de la France colonialiste en Algerie

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  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, ex secrétaire de syndicat, d'Union locale et conseiller Prud'homme CGT  de 1978 à 2022.
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