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21 décembre 2025 7 21 /12 /décembre /2025 13:33
Jean-Luc Mélenchon : « Nous sommes les plus forts à gauche »

Jean-Luc Mélenchon est ancien sénateur socialiste, ministre sous Lionel Jospin, il a fondé le Parti de gauche (PG) en 2008 puis La France insoumise (LFI) en 2016. L’ex-militant trotskiste et figure majeure de la gauche de la gauche s’est présenté trois fois à la présidentielle, obtenant 11 % en 2012, 19,5 % en 2017 et 22 % en 2022. Aujourd’hui, il copréside l’Institut La Boétie, un think tank adossé à LFI, aux côtés de la députée Clémence Guetté.

Alors que le gouvernement échappe à un vote budgétaire et que le PS choisit la négociation, le leader insoumis dénonce une « comédie démocratique » et acte la rupture avec les socialistes. Sa stratégie : refonder une gauche de rupture, préparer les municipales en autonomisant La France insoumise et affronter les grands débats sur l’immigration, le syndicalisme, l’Ukraine, la Chine et le Proche-Orient.

 

 

Sources : Politis | le 18 novembre 2025

- Politis : Le gouvernement de Sébastien Lecornu ne semble pas prêt à se soumettre au vote à l’Assemblée nationale sur son budget. De leur côté, les socialistes ont décidé de négocier[0]. Quel regard portez-vous sur cette séquence politique ?
Jean-Luc Mélenchon : Qui pouvait croire Sébastien Lecornu, la main sur le cœur, déclarant lors de son discours de politique générale : « Le gouvernement vous proposera, nous débattrons, vous voterez » ? Le renoncement au 49.3[1] était une comédie. J’ai alerté dès octobre : nombreux sont les articles constitutionnels avec le même effet. La preuve est faite. À nos yeux, ce pouvoir est illégitime : Macron n’a pas respecté[2] le résultat des législatives de 2024. Pour la classe médiatico-politique, ce viol de la démocratie est un événement comme un autre. Mais les insoumis s’opposeront toujours à un gouvernement constitué sur cette base.

 

Enfin, nous avons vu le Parti socialiste (PS) refuser la censure[3] et opérer un changement d’alliance. Il a sauvé ce gouvernement au mépris des engagements pris devant nos électeurs dans le programme commun du Nouveau Front populaire (NFP[[4])… Tout ça pour construire sa nouvelle alliance des centres dans l’assemblée actuelle. Tel est le tableau sans précédent dans notre pays.

 

 

- Politis : La séquence budgétaire acte-t-elle le retour des deux gauches irréconciliables ?
Jean-Luc Mélenchon : Les socialistes avaient déjà refusé six fois de voter la censure contre François Bayrou. En sauvant Lecornu[5], ils poursuivent avec méthode leur objectif : ils veulent prendre la tête d’un nouveau bloc réunissant les socialistes, les écologistes, le Modem et ce qu’ils appellent la « Macronie de gauche » de Gabriel Attal, même si c’est une étiquette sans contenu politique. Ils ont rompu avec nous pour le faire. Cette rupture n’a pas eu lieu en 24 heures mais au fil des mois avec des pics

  • Le premier : au moment des révoltes urbaines après la mort de Nahel[6] en juin 2023. Ils ont relayé la droite qui nous accusait d’être responsables des violences.
  • Le deuxième : ils nous ont éliminés de tout accord aux sénatoriales.
  • Le troisième : pendant l’été 2024, ils ont bloqué toutes les propositions de premier ministre pendant dix jours pour tenter d’imposer déjà Olivier Faure.
  • Après le 7 octobre 2023, ils se sont comportés comme des supplétifs de Netanyahou contre nous.

Tout ça a été terriblement démoralisant.

 

🔴 À quoi bon spéculer sur les deux gauches irréconciliables[7] ?

Mieux vaut se poser la question : que signifie « être de gauche » en 2025 ? La gauche est née de la question de la souveraineté populaire. Comment le PS la défend-il en soutenant un gouvernement battu aux élections ? Aujourd’hui, le PS, comme presque toute la social-démocratie européenne, adopte une stratégie de grande coalition à droite, ralliée à la politique de l’offre, dans la continuité du quinquennat de François Hollande. Avant même d’aborder ces débats budgétaires, le PS a proposé 22 milliards de coupes budgétaires !

 

Les insoumis l’assument : nous sommes voués aux humiliés, aux pauvres, aux opprimés, aux salariés, aux uberisés, aux gens qui vivent dans les cités populaires, à la jeunesse précarisée et à toutes les luttes contre les discriminations racialisées et sexistes. Et pour cela, le PS nous accuse de faire du clientélisme. Mais nous sommes nés pour être l’outil de ces luttes !

 

 

- Politis : Quelles sont les conséquences de cette rupture ?
Jean-Luc Mélenchon : Nous avons proposé une « nouvelle fédération » avant la chute de Bayrou[8]. C’est toujours notre ligne. Nous sommes prêts à discuter et à travailler avec ceux qui assument la ligne de rupture. Le rassemblement que nous avons réussi à construire, en 2022 et 2024, est majeur : pour la première fois de l’histoire de la gauche française, il y avait des candidats communs au premier tour des législatives. Pour nous, qui défendons la stratégie de la recomposition unitaire de la gauche, c’était une victoire décisive.

 

Cette formule avait dominé les recompositions de gauche dans le monde : Brésil, Chili, Uruguay, Espagne, Grèce, et Allemagne… Tout ça est fini ici aussi. Il faut inventer autre chose désormais car il est prouvé que le PS ne respecte aucun accord[9].

  • Il ne s’est pas contenté de rompre la recomposition unitaire de la gauche.
  • Il est devenu radioactif tant il est détesté en milieu populaire.
  • Et il a aggravé l’affaiblissement de la gauche tout entière en aidant la droite à construire un nouveau « cordon sanitaire » dont le seul but est de nous isoler et d’inclure le RN dans leur « arc républicain ».

 

 

- Politis : Pour les municipales, quelles sont vos ambitions ?

Jean-Luc Mélenchon : En 2020, nous avons fait le pari de soutenir toutes les listes citoyennes[10] qui surgissaient dans le pays. Ça n’a pas fonctionné. Entretemps, La France insoumise (LFI) a obtenu de très gros scores en 2022 dans les moyennes et les grandes villes. Notre mouvement s’est développé et s’est soudé partout. Nous serons présents avec près de 5 000 candidats dans 95 % des villes de 100 000 habitants et 75 % des villes de plus de 30 000 habitants. Le travail programmatique municipal est quasi bouclé. Les questions de la démocratie locale et des formes de la participation populaire vont être centrales dans nos campagnes. Le mouvement insoumis portera la tradition du municipalisme populaire[11].

 

C’est grâce à cette politique qu’ont été mis en place, dans les villes de gauche du siècle passé, les habitations à bon marché, les bibliothèques municipales, les piscines, l’information municipale, le quotient familial… Nous considérons que le local est la vitrine du projet national. Les villes insoumises seront des vitrines d’un modèle de bonheur populaire. Que pouvons-nous faire pour la garde des enfants, pour le logement, pour les écoles, les arts et les transports ? Nous voulons nous occuper de la vie simple de ces millions de gens abandonnés par tout le monde. Et ces classes populaires savent que nous sommes courageux, que nous ne lâchons rien.

 

 

- Politis : Localement, avec qui souhaitez-vous faire alliance ?
Jean-Luc Mélenchon : Les écologistes veulent bien bavarder mais ils refusent un accord national. Les communistes ne proposent rien si ce n’est la reconduction des sortants. Les socialistes ont dit qu’ils ne voulaient pas des insoumis ni au premier ni au deuxième tour. Comment comptent-ils gagner sans nous ? Avec la droite ? Ils doivent le comprendre : nous n’accepterons pas d’être convoqués entre le premier et le second tour pour porter leurs valises.

  • Toutefois, si nous sommes en tête au premier tour, nous proposerons à tous ceux qui veulent gagner avec nous, sans exclusive, de nous rejoindre.
  • Si nous ne sommes pas en tête, nous aurons des discussions exigeantes car les autres ne nous inspirent pas confiance.

 

 

- Politis : Vous appelez toujours à une présidentielle anticipée. En cas de campagne express, vous porterez-vous officiellement candidat ?

Jean-Luc Mélenchon : Il n’y a rien de décidé me concernant. Mais contrairement à ce qui peut se raconter dans la classe politico-médiatique, je ne suis pas un gourou à la tête d’une secte. D’autres candidatures dans nos rangs sont disponibles. La mienne a toujours été le résultat de discussions et d’un vote interne. La procédure sera simple : la coordination de notre mouvement proposera un nom qui sera ensuite soumis à un vote. Cette procédure sera respectée en cas de présidentielle, anticipée ou non. Mais contre la personnalisation de la Ve République, nous mènerons une campagne collective. Et le mouvement insoumis profitera de ses nombreuses figures connues dans l’opinion publique. 

 

🔴 Une chose est sûre : nous ne participerons à aucune primaire.
D’ailleurs, la possibilité qu’elle ait lieu diminue à très grande vitesse. Au fond, ce système n’a aucun sens. Si cette primaire était gagnée par une candidature insoumise, tous ses concurrents s’en iraient aussitôt. À New York, le vaincu Andrew Cuomo s’est présenté contre Zohran Mamdani[12]. À Seattle, même scénario. En 2017, Manuel Valls, François de Rugy, comme d’autres, n’ont pas soutenu Benoît Hamon. La seule chose qui intéresse les candidats actuels de ce type de processus, c’est la gloire sans le travail pour la mériter.

 

 

 

- Politis : À gauche, les offres politiques sont nombreuses. Comment combattre la dispersion des voix ?
Jean-Luc Mélenchon : Nous l’avons déjà fait deux fois, en 2017 et en 2022, malgré les candidatures écologiste, socialiste et communiste. Nous avons réussi à rassembler. Et en 2022, il n’a manqué que 420 000 voix pour accéder au second tour. Nous allons donc essayer une troisième fois de vaincre cette dispersion. Il faut comprendre que nous sommes dans une nouvelle époque. Le monde où les partis agglomèrent des électorats au coup de sifflet n’existe plus. Nous allons faire campagne, nous allons défendre un programme, nous mènerons le combat. Et nous n’avons peur de rien. 

 

🔴 Quand y a-t-il eu un candidat commun à la présidentielle à gauche ?
Deux fois seulement au siècle passé, en 1965 et en 1974. Lors de la prochaine présidentielle, toutes les forces politiques seront traversées par une question de fond : faut-il défendre la ligne de la rupture ou pas ? Ceux qui le veulent se rassembleront. De notre côté, nous pouvons nous accorder plus facilement avec l’écologie radicale comme avec les communistes. Il est plus difficile de s’entendre avec des socialistes de l’aile radicale puisqu’elle n’existe pas pour l’instant.

 

 

- Politis : Le récit politico-médiatique affirme très souvent qu’en cas de second tour face à l’extrême droite, vous perdrez. Comment comptez-vous inverser cette prédiction alors que le front républicain s’effrite, voire s’inverse, faisant de vous et votre mouvement la figure repoussoir numéro 1 ?
Jean-Luc Mélenchon : Cette petite musique sert à renforcer l’ennemi, elle cherche à nous disqualifier alors que nous sommes les plus forts à gauche. Ils peuvent bien affirmer que je suis « clivant ». C’est vrai heureusement. Mais qui a déjà recueilli 22 % des voix ? Aujourd’hui, dix-huit mois avant l’élection présidentielle, l’extrême droite nous devancerait de 20 points ? Comme en 2022 ! Mais dans l’élection, un seul point nous a finalement séparés ! Il serait donc bon de ne pas faciliter le travail des sondages manipulatoires. Ce qui comptera, c’est l’opiniâtreté et la discipline au combat. 

 

🔴 Chaque jour qui passe, nous continuons à aller dans les endroits où se trouvent les électeurs qui feront la différence.

Tout le temps. Sans pause, sans trêve. Si 1,5 million de gens en plus dans les quartiers populaires se mobilisent lors de la prochaine présidentielle, nous gagnerons. Nous sommes le mouvement du peuple. Nous savons qui nous voulons rassembler et pour qui nous faisons campagne. Et si ça ne marche pas, que les donneurs de leçon fassent mieux ! Les peuples ont les dirigeants qu’ils choisissent. Si les Français décident de passer au fascisme, au racisme, ce sera leur décision. Mais nous menons et nous mènerons de toutes nos forces le combat pour les en dissuader.

 

🔴 Nos concurrents se contentent de pleurnicher et de mendier le soutien de la caste médiatique.
Dans le pays, la vague dégagiste est levée. Les gens n’en peuvent plus. Après ce budget, ce sera encore pire, malgré les prétendues « grandes victoires » du PS qui sauvent le gouvernement Lecornu. Les gens vont s’en rendre compte. Aujourd’hui, qui a tenu bon ? Nous ! Et qui d’autre ? Je fais confiance à l’intelligence populaire… Mieux vaut faire ainsi que d’être embarqué avec des gens qui n’ont pas de parole, qui signent un programme et font le contraire le lendemain. Comment inspirer confiance en telle compagnie

 

 

- Politis : Vous êtes un partisan de la rupture avec la charte d’Amiens[13], qui affirme l’indépendance des syndicats à l’égard des partis politiques. Cette position agace les syndicats qui vous accusent parfois d’avoir une volonté hégémonique sur le mouvement social. Qu’avez-vous à leur répondre, et notamment dans la perspective de construire une grande mobilisation ?
Jean-Luc Mélenchon : Nous subissons une situation qui aggrave les difficultés de la gauche politique. C’est la faiblesse dans les entreprises, le syndicalisme est réprimé, le chômage est une menace qui effraie. Le rapport de force est dur à tenir pour les syndicalistes. Le mouvement insoumis ne peut avoir une assise ferme sans un mouvement syndical fort dans le pays. Mais pourquoi nous refuse-t-on par principe une coordination de l’action ? En restant chacun dans son couloir, nous ne pouvons pas gagner alors que les militants politiques sont souvent aussi syndicalistes.

 

🔴 Concernant le mouvement contre les retraites[14] en 2023, 91 % de la population était contre cette réforme.
Mais le mouvement social s’est soudainement arrêté. Pourquoi ? Cela n’a jamais été discuté. Des dirigeants syndicaux nous ont même appelé directement pour nous pousser à retirer tous nos amendements pour accélérer la discussion et aller au vote sur la mesure de l’âge de départ à 64 ans (article 7). La charte d’Amiens ne serait-elle valable que dans un sens ? Les syndicats auraient-ils le droit de nous dire ce que nous devrions faire, mais la réciproque ne serait pas vraie ? 

 

🔴 Encore récemment sur le décalage de trois mois de la réforme des retraites, notre combat parlementaire contre cette combine a été freiné par le comportement initial des syndicats.
Ils ont été trop prompts à soutenir la prétendue « suspension[15] » avant de se rendre compte de la réalité. Pourquoi le mouvement insoumis prétendrait-il diriger le mouvement syndical ? Nous voulons pouvoir donner notre avis sur l’action. Et, à chaque fois, nous sommes repoussés au nom de cette charte. Le jour où les syndicats appliqueront le programme de la charte d’Amiens, c’est-à-dire la grève générale révolutionnaire pour préparer la gestion coopérative de l’économie capitaliste, nous les suivrons sans condition. 

 

🔴 En attendant, nous avons besoin de coalition amicale dans l’action.
La séparation artificielle entre le mouvement syndical et les militants politiques est un boulet. Surtout quand les militants sont souvent les mêmes. Si nous avions été écoutés pendant la lutte sur les retraites, nous aurions pu expliquer pourquoi c’était une erreur d’aller au vote. Il était très important que la réforme des retraites n’ait pas de légitimité. Et, aujourd’hui, si elle n’en a aucune, c’est grâce à notre tactique.

 

- Politis : Aux États-Unis[16] comme en Europe[17], les frontières se durcissent, qu’elles concernent les personnes ou les marchandises. Comment l’analysez-vous ?
Jean-Luc Mélenchon : La question des frontières ne peut pas être séparée de la crise du capitalisme, le mode de production de tous ces territoires. Nous sommes partisans d’une conférence permanente sur les frontières. Et il existe un cadre pour cela : l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Les Russes en faisaient partie. Mais ils en ont été exclus. C’est une erreur. Le second élément décisif est la politique de Donald Trump. En durcissant les frontières douanières, il a tourné la page de 40 années de néolibéralisme fondamentaliste. 

 

🔴 Nous vivons donc un moment où l’ancien monde se disloque.
Les États-Unis n’en sont plus les maîtres. Car la première industrie manufacturière mondiale, c’est la Chine. Tout s’est brouillé : des communistes vous expliquent qu’ils sont pour le libre-échange, et des capitalistes qu’ils sont pour la production nationale. Le monde s’est renversé et il n’y a pas de projet alternatif sur la table. Dans ce contexte, le rôle de la France est important. En effet, c’est la seule nation d’Europe où une gauche radicale peut accéder au pouvoir dans un pays central du capitalisme.

 

 

- Politis : En France, l’obsession de la droite et de l’extrême droite porte sur l’expulsion des étrangers. Si vous arrivez au pouvoir, que faites-vous de cette question, notamment en ce qui concerne les obligations de quitter le territoire (OQTF[18]) et les centres de rétention administrative ?
Jean-Luc Mélenchon : Avant d’expulser, nous devons nous préoccuper du reste.

  • D’où viennent tous ces gens ? Notre premier but, c’est qu’ils n’aient pas besoin de partir de chez eux.
  • Deuxièmement, nous ne pouvons pas considérer l’expulsion comme une politique d’immigration. Cette idée est un fantasme.

La Grande-Bretagne a serré tous les écrous. Résultat : 660 000 personnes de plus. Il faut être raisonnable. 

 

🔴 D’abord, il faut rendre la vie moins inhumaine pour les gens qui sont arrivés sur notre territoire : nous devons faciliter les régularisations.
Car l’État produit de l’illégalité en refusant de mettre à jour les papiers dans les délais, en infligeant des conditions d’obtention des renouvellements qui sont une honte et qui, en plus, n’aboutissent pas. Il faut que ce système cesse. Mais il faut surtout un renversement complet de notre compréhension du monde. Cette nouvelle lecture est délicate car le système politico-médiatique a chauffé à blanc l’opinion publique en martelant que l’immigration est un danger, qu’elle est la cause des homicides, des viols et de toutes ces choses abominables. Pour nous, l’immigration reste un atout.

 

 

- Politis : Depuis octobre 2023, les insoumis se mobilisent beaucoup sur l’impérialisme et le colonialisme israélien[19] en Palestine. Considérez-vous aussi que la Russie est un État impérial, compte tenu des différentes invasions des pays limitrophes ?
Jean-Luc Mélenchon : L’usage des mots, et notamment celui d’impérialisme, n’est pas si simple. Je ne sais pas s’il s’applique à Israël. Je me contente des faits : envahir le voisin est inacceptable et nous le combattons. Nous ne pouvons pas laisser violer les frontières et régler les conflits par la force. Le mouvement insoumis se réfère toujours au droit international[20], c’est la base sur laquelle notre internationalisme se vit. Cependant, avoir relégué la Russie après la chute de l’URSS est une erreur absolue. Cette erreur a été commise sous la pression des États-Unis qui avaient intérêt à affaiblir l’Europe

 

🔴 C’est pourquoi en 2008 et en 2014, quand l’Otan a décidé que la Géorgie et l’Ukraine pourraient y entrer, nous avons réagi en disant : « Si vous faites ça, ce sera la guerre ! »
Parce que la Russie ne pourra jamais accepter d’être encerclée. Le principal problème que nous avons avec la Russie, c’est que la question des frontières, après l’effondrement de l’Empire soviétique, n’a jamais été discutée nulle part. La Crimée était un territoire russe avant que le Parti communiste de l’URSS ne décide de la rattacher à l’Ukraine. Et cette question des frontières se posera encore de bien des façons aux limites de l’ancien empire soviétique.

 

🔴 Pour le moment, il faut que les Russes évacuent l’Ukraine.
Et je voudrais pointer du doigt ceux qui, de manière irresponsable, n’ont pas voulu discuter des garanties mutuelles de sécurité. Si vous ne vous accordez pas sur des garanties mutuelles de sécurité entre ennemis, avec qui voulez-vous les discuter ? Cela concerne l’Union européenne (UE). Elle doit exiger l’interdiction des missiles de moyenne portée parce que nous en sommes la cible. Et il faut résoudre ces questions :

  • qui déminera la mer Noire ?
  • Qui déminera l’Ukraine ?
  • Qui garantira la sécurité des centrales nucléaires ?

Enfin, la liquidation de la guerre avec la Russie ne se limite pas aux relations entre l’Ukraine et la Russie, elle implique aussi les frontières polonaises et hongroises.

 

 

 

- Politis : En ce qui concerne la Chine, vous avez été accusé de complaisance avec ce régime. Que répondez-vous ? Et comment qualifieriez-vous ce régime ?
Jean-Luc Mélenchon : De quoi ne suis-je pas accusé par les agents des États-Unis et de Netanyahou ? La Chine est un régime d’économie mixte. L’article 1 de sa Constitution dit qu’il s’agit d’« une dictature démocratique populaire ». En quoi ça consiste ? Je suppose qu’il s’agit, pour eux, de la « dictature du prolétariat ». Je vous renvoie au texte de Marx sur le sujet pour le vérifier. Néanmoins, il ne faut pas être stupide et croire qu’une police politique contrôle 1,4 milliard de personnes. Aucun pays n’en serait capable. Le nationalisme chinois est le plus puissant liant de ce pays.

 

🔴 La seule question que nous devons nous poser, c’est de savoir ce que nous voulons faire avec la Chine.
Et moi, je vous réponds : nous ne ferons pas la guerre aux Chinois. Par ailleurs :

  • la Chine a proposé un traité mondial de désarmement nucléaire. Je suis pour ; 
  • Elle a proposé un traité mondial pour une monnaie commune. Je suis pour ;
  • La Chine a proposé une organisation internationale de l’intelligence artificielle. Je suis pour.

C’est le seul pays à proposer ça. Est-ce que cela fait de moi un « agent » chinois ? Si nous gouvernons la France, nous le ferons avec des partenaires. Il faut une coopération active avec la Chine.

 

 

- Politis : Vous avez dénoncé le génocide à Gaza. Qu’en est-il des Ouïgours[21] ?

Jean-Luc Mélenchon : Le mot de génocide est d’une très grande gravité. La qualification génocidaire concernant Gaza vient d’organismes internationaux. J’étais présent lorsque la Cour internationale de justice de l’ONU à La Haye a présenté les cinq critères qui font passer d’un crime de guerre à un génocide[22]. Quatre de ces points étaient présents dans les actes du gouvernement de Netanyahou et son intention génocidaire était affirmée. Il faut toujours peser les mots pour savoir quoi faire, en proportion. S’agissant des Ouïghours, nous n’approuvons aucun mauvais traitement des minorités ethniques quand il s’en présente. Mais que disent les institutions internationales ? L’ONU n’accuse pas la Chine de génocide… Voilà pourquoi je dis que ce n’en est pas un. Nous ne voterions donc pas davantage aujourd’hui le texte de la droite évoquant un génocide sur lequel nous nous sommes abstenus. Le droit international reste notre boussole constante.

 

 

- Politis : Ces dernières semaines, Emmanuel Macron a rencontré deux fois Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne. Comment analysez-vous la position du président de la République depuis la reconnaissance de la Palestine[23] et le cessez-le-feu, régulièrement violé par Israël ?
Jean-Luc Mélenchon : Emmanuel Macron a pris du temps, mais il a fini par rallier notre position répétée chaque semaine à l’Assemblée nationale durant les séances de questions d’actualité au gouvernement. Le point de départ pour arrêter le génocide[24], c’est de montrer à Netanyahou que tout ne lui est pas permis. Il croyait se débarrasser des Palestiniens. Résultat : les États sont de plus en plus nombreux à reconnaître un État palestinien. Les trois quarts des pays du monde et presque la moitié de l’Union européenne le reconnaissent

 

🔴 Macron a bien fait de recevoir Mahmoud Abbas.
Néanmoins, nous devons interroger : pourquoi ne fait-on pas voter les Palestiniens ? Une élection est moins compliquée à organiser qu’une guerre. Gaza va être soumise à un nouveau mode d’administration sans que les Palestiniens se prononcent sur le sujet[25]. Nous voilà revenus à l’époque du colonialisme le plus vulgaire. La reconnaissance de l’État palestinien est une étape. Mais cette guerre serait instantanément stoppée si les États-Unis et l’Europe n’armaient pas Netanyahou. Le président de la République devrait donc mettre fin à la coopération commerciale et militaire avec lui. Quand nous gouvernerons notre pays, aucune livraison d’armes ne lui sera autorisée.

 

🔴 Et puis la guerre n’est pas finie : le Liban est bombardé comme Gaza.
Et la France ne fait rien ! Le Liban doit rester autonome et indépendant. C’est une nation amie. Il faut aider l’armée libanaise à être une armée régulière capable de défendre ses frontières. Après ça, vous pourriez me demander : « Comptez-vous armer l’Ukraine ? » D’abord, c’est déjà fait. Ensuite, ce n’est pas la même chose. Être protagoniste d’une guerre avec un pays nucléaire, ce n’est pas pareil que d’aider à défendre une frontière au Moyen-Orient.

 

 

- Politis : Israël aussi a la bombe nucléaire. Grâce à la France d’ailleurs…
Jean-Luc Mélenchon : Je ne crois pas que Netanyahou ait les moyens, ou l’envie, de mener une guerre nucléaire avec la France. Mais nous demandons la dénucléarisation de toute la zone, de l’Iran à Israël, en passant par le Liban, la Syrie et les pays du Golfe. L’humanité entière a intérêt à en revenir au traité de non-prolifération nucléaire.

 

Notes :

[0La députée Sandrine Runel défend la ligne des socialistes sur le budget de la Sécu, affirme vouloir continuer de négocier avec le gouvernement

[1Lecornu : sans 49.3 mais avec un chèque en blanc au RN

[2« Macron refuse de prendre acte du résultat des urnes »

[3À l’Assemblée, Sébastien Lecornu dit merci aux socialistes

[4Programme partagé du NFP

[5Lecornu II sauvé, le PS piégé

[6Mort de Nahel : la République en faute

[7Européennes : à gauche, deux salles, deux ambiances

[8À l’Assemblée, Bayrou victime d’obsolescence programmée

[9100 ans de trahisons socialiste

[10Aux municipales, comment gauche et quartiers populaires ferraillent pour exister

[11La difficile résistance d’une certaine idée du communisme municipal

[12Zohran Mamdani : New York ravive l'espoir

[13En finir avec Amiens

[14Retraites : une réforme contre le peuple

[15Retraites : la victoire en trompe-l’oeil du PS...

[16Budget record pour l’ICE : Trump déploie sa machine anti-immigration

[17Immigration : comment l’Europe se durcit

[18Droit des étranger·es : l’engrenage des OQTF pour « menace à l’ordre public »

[19L’éternel déni de la question coloniale

[20Le droit international piétiné

[21Ouïgours en Chine : Alerte génocide ?

[22Génocide à Gaza : le vivre, le dire, le voir

[23Palestine : à l'ombre de la reconnaissance

[24« Face au génocide, filmer ou photographier devient une manière de résister »

[25Le plan Trump pour Gaza : la Bible et le dollar

 

 

Pour en savoir plus :

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21 juin 2025 6 21 /06 /juin /2025 12:53
Ugo Palheta sociologue, maître de conférences à l’université de Lille et chercheur au Cresppa-CSU.

Ugo Palheta sociologue, maître de conférences à l’université de Lille et chercheur au Cresppa-CSU.

Sociologue spécialiste des extrêmes droites, Ugo Palheta analyse dans son dernier ouvrage l’accélération du processus de « fascisation » en France. Comment le fascisme gagne la France est une version largement remaniée et augmentée d’un premier opus, la Possibilité du fascisme, paru en 2018. Ugo Palheta y note une progression des thèses racistes et xénophobes, tout en réfutant l’inéluctabilité d’une victoire prochaine du Rassemblement national[0]. À condition de « renouer avec l’antifascisme ». Il appelle à un sursaut et à un débat stratégique au sein de la gauche.

 

 

Sources : l'Humanité |
- Diego Chauvet : Qu’est-ce qui a changé depuis « la Possibilité du fascisme » paru en 2018 pour justifier cette nouvelle édition ?
Ugo Palheta : Le changement tient surtout à l’amplification de dynamiques que j’avais identifiées à l’époque, et pour commencer la progression électorale du Rassemblement national (RN). En 2018, on croyait encore que le RN avait atteint un plafond de verre. Après le débat raté de Marine Le Pen face à Emmanuel Macron en 2017 et les mauvais scores du parti aux législatives qui avaient suivi, beaucoup pensaient que l’extrême droite était durablement affaiblie. En réalité, elle a depuis poursuivi une dynamique de renforcement. Aujourd’hui, elle constitue le seul bloc en expansion dans un paysage politique tripolaire, aux côtés du pôle néolibéral-autoritaire (Macronie-LR) et du pôle de gauche. Autre amplification majeure : le durcissement autoritaire de l’État.

 

Cela avait commencé sous Nicolas Sarkozy et François Hollande, mais cela a pris une ampleur inédite avec Emmanuel Macron :

  • répression brutale des mobilisations (gilets jaunes, quartiers populaires, Sainte-Soline…)[1]
  • surarmement de la police ;
  • interdictions croissantes de manifester[2] ;
  • marginalisation du Parlement…
  • Ce basculement s’accompagne de la banalisation et de la radicalisation du racisme d’en haut[3].

Non seulement les politiques anti-immigrés ont été considérablement durcies par les droites au pouvoir, mais les partis et médias dominants n’ont cessé de construire l’islam et les musulmans comme ennemi de l’intérieur[4]. Les deux meurtres récents visant explicitement des musulmans nous rappellent une fois de plus que ce racisme tue.

 

 

- Diego Chauvet : Pourquoi le discours sécuritaire et xénophobe de la droite et du centre ne siphonne-t-il pas l’électorat de l’extrême droite  ?
Ugo Palheta : En fait, ces stratégies ne neutralisent pas l’extrême droite. Au contraire, elles banalisent ses idées et les rendent hégémoniques. Prenons 2007 : Nicolas Sarkozy a capté une partie de l’électorat du Front national, mais ça n’a été que provisoire. En reprenant les thèmes de l’extrême droite, les partis traditionnels déplacent le centre du débat public vers ses obsessions[5] : immigration, islam, insécurité. Être hégémonique pour une force politique, c’est, notamment, parvenir à imposer les termes du débat, donc que les autres forces débattent ou légifèrent à partir de ce qui fait « problème » pour vous. Ainsi, quand la droite ou le centre gauche reprennent les obsessions de l’extrême droite, ils contribuent à bâtir les conditions de son hégémonie. À court terme, ils peuvent grappiller des points aux élections mais, à moyen et long terme, c’est l’extrême droite qui rafle la mise.

 

 

- Diego Chauvet : Vous notez également une part de responsabilité de la gauche. Quelle est-elle ?
Ugo Palheta : Le premier problème, c’est que la gauche dite de gouvernement a elle-même mené des politiques destructrices socialement :

  • austérité sous François Mitterrand (la « rigueur »)[6] ;
  • privatisations massives sous Lionel Jospin[7]
  • politique de l’offre sous François Hollande[8].

Ces choix ont généré précarité, insécurité sociale, concurrence généralisée. Mais, si cette insécurité sociale a pu favoriser l’extrême droite, c’est que les politiques néolibérales, de droite comme de gauche, se sont accompagnées de discours et de politiques anti-immigrés et plus tard islamophobes. Si bien que les incertitudes et les peurs croissantes (de la précarité, du déclassement, etc.) ont été politisées selon un schéma xénophobe et raciste, orientées vers des boucs émissaires fournis notamment par toute l’histoire coloniale de ce pays : immigrés, musulmans, quartiers populaires.

 

🔴 La gauche n’a pas troqué les immigrés contre la classe ouvrière.

Elle a durci son discours et ses politiques d’immigration au moment même où elle abandonnait les travailleurs. Mais il y a eu aussi des reculs idéologiques : outre l’acceptation de l’idée qu’il y aurait « trop d’immigrés », tout le discours historique de gauche autour de l’exploitation et de la lutte des classes a disparu dans ces années au profit d’une rhétorique vaguement « citoyenniste » ou contre l’exclusion, qui ne désignait plus aucun ennemi et épargnait ainsi la bourgeoisie. Or ce vide a été comblé par les récits identitaires de l’extrême droite : la nation menacée, l’islam contre la République, l’étranger comme ennemi intérieur.

 

 

- Diego Chauvet : Vous évoquez un basculement de l’État social vers un État pénal. En quoi cela relève-t-il d’une fascisation plutôt que d’un simple durcissement sécuritaire ?
Ugo Palheta : On parle souvent de « dérive », mais cela atténue la portée du phénomène. Mon hypothèse, c’est que ce qui se cherche ou se prépare n’est pas juste un État capitaliste démocratique un peu plus répressif, mais un État d’exception :

  • suspension de l’État de droit[9] ; 
  • dissolution d’organisations[10],
  • écrasement de toute contestation, etc...

En outre, certains groupes – Roms, migrants, musulmans – subissent d’ores et déjà un traitement d’exception. Ce qui commence à la marge finit par s’appliquer à tous, sous la forme d’un État policier[12].

 

🔴 Cette évolution repose aussi sur une alliance renforcée entre autoritarisme et pouvoir économique.

Des secteurs entiers du capital – industries fossiles, sécurité, armement, Big Tech, agrobusiness – parient désormais sur des stratégies autoritaires. Bien sûr, ce durcissement a pour objectif d’imposer la refonte néolibérale des rapports sociaux et de relancer l’accumulation du capital, mais il a aussi des visées banalement électorales : si, dès 2017, Macron a opéré un virage autoritaire et raciste[11], c’était pour capter l’électorat de droite, élargir sa base sociale et ainsi se maintenir au pouvoir en 2022. 

 

 

- Diego Chauvet : Cette fascisation ne résulte-t-elle pas d’une stratégie réussie de la part du RN ?
Ugo Palheta : Le RN a mené une stratégie bien pensée de respectabilisation (dite « dédiabolisation »), mais certaines conditions ont favorisé leur succès.

  • D’abord, cette stratégie n’aurait jamais fonctionné à ce point sans un haut niveau de complicité politique et médiatique, acceptant l’idée même que le RN d’aujourd’hui n’aurait plus rien à voir avec le FN d’autrefois.
  • En outre, le RN prospère sur un terreau d’instabilité et d’incertitudes produit par des politiques néolibérales, face à une gauche impuissante ou carrément complice là encore.

Dans ce contexte, un électorat s’est structuré à partir des années 1980, composé pour l’essentiel de gens qui n’ont jamais été politisés à gauche et qui sont imprégnés profondément par des rhétoriques de droite et d’extrême droite (mêlant refus du prétendu « assistanat » et refus de l’immigration).

 

Pour revenir au FN-RN, Marine Le Pen a cherché à se démarquer des déclarations antisémites et négationnistes de son père (qu’elle avait toujours acceptées jusque-là), tout en conservant l’essentiel de son idéologie. Elle a aussi habilement ajouté plusieurs notes à sa gamme ethno-nationaliste, par exemple en instrumentalisant la cause des femmes à des fins racistes (les immigrés et les musulmans seraient responsables de la persistance du patriarcat et des violences de genre) ou encore la lutte contre l’antisémitisme, prétendant que les ennemis des juifs seraient aujourd’hui les musulmans et la gauche.

 

 

- Diego Chauvet : Faut-il considérer la progression de l’extrême droite comme inéluctable ? Peut-on encore infléchir cette dynamique ?
Ugo Palheta : Le récit de l’inéluctabilité est lui-même un facteur de défaite. En juillet 2024, l’ensemble des sondages donnaient le RN largement gagnant[13]. Pourtant, ce n’est pas ce qui s’est passé. Certes, il a progressé, mais c’est la gauche qui a obtenu une majorité relative grâce notamment à une forte mobilisation militante[14]. Cela montre que la mécanique peut être brisée. « Ceux qui luttent peuvent perdre, mais ceux qui ne luttent pas ont déjà perdu », écrivait Brecht.

 

Un certain volontarisme est nécessaire, même si l’action en elle-même ne suffit pas : nous avons aussi besoin d’un débat stratégique sérieux pour savoir comment employer nos forces, quelles alliances sont nécessaires pour vaincre et changer la société. Ce livre ne propose donc pas un constat désespéré ou une énième lamentation. Il vise à réveiller les consciences, mais surtout à comprendre comment nous en sommes arrivés là et, à partir de là, à définir une stratégie.

 

 

- Diego Chauvet : Justement, quel est cet antifascisme avec lequel vous appelez à renouer ?
Ugo Palheta : D’abord, cela suppose de refuser la normalisation du RN, sa banalisation. Employer le terme de fascisme, c’est rompre avec un récit anesthésiant et nommer clairement le danger. On le voit avec Netanyahou, Poutine ou Trump, l’extrême droite, ce ne sont pas que des discours, ce sont des actes : massacres (jusqu’au génocide à Gaza), arrestations et expulsions arbitraires, assassinats ciblés, etc.

 

🔴 Renouer avec l’antifascisme, c’est donc d’abord défendre notre camp social, qui inclut l’antiracisme, le féminisme, l’écologie sociale, toutes les luttes contre les dominations.

Cette autodéfense est concrète : face aux agressions d’extrême droite, mais aussi pour protéger les droits fondamentaux des plus vulnérables. Mais l’antifascisme ne peut se limiter à la défense. Il doit redevenir un moteur politique, un point de ralliement. L’été dernier, un front commun a brièvement émergé à partir du ciment que constitue l’antifascisme et il faut prolonger cette dynamique : parce que l’extrême droite s’en prend à tout le monde, il nous faut l’unité des mouvements d’émancipation contre elle.

 

🔴 Le problème, c’est que cela est resté cantonné aux élections.

Le Nouveau Front populaire n’a pas donné lieu à des campagnes de terrain durables, faute de volonté commune et de travail collectif. Or la gauche est forte quand elle fait vivre les luttes, toutes les luttes : dans les quartiers, les villages, les universités et bien sûr les lieux de travail.

 

🔴 Il faut enfin livrer une bataille culturelle.

Pas seulement démonter les mensonges du RN, mais convaincre qu’une politique alternative est possible.

  • Beaucoup partagent nos idées mais n’y croient plus.
  • Il faut restaurer cette confiance, mais aussi articuler les propositions d’urgence à un horizon positif.
  • Ne pas se contenter de dire non aux politiques néolibérales ou répressives, mais formuler le projet d’une société libérée de l’exploitation, du racisme, du patriarcat.

C’est ce que le mouvement ouvrier a longtemps su faire : relier les luttes immédiates à un projet global de transformation.

 

 

🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴

 

 

Comment le fascisme gagne la France De Macron à Le Pen

 

Informations sur l’auteur :

Ugo Palheta, sociologue, maître de conférences à l'université de Lille, est l'auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels Défaire le racisme, affronter le fascisme (avec Omar Slaouti, La Dispute, 2022) ou La Nouvelle Internationale fasciste (Textuel, 2022). Il est également codirecteur de la revue en ligne Contretemps et anime un podcast sur les extrêmes droites intitulé " Minuit dans le siècle ".

 

- Par : Ugo Palheta

Éditions : La découverte

Collection :  Cahiers libres

Parution : 15 Mai 2025

Nombre de pages : 380

Disponibilité : chez l'éditeur La découverte

Format : 140 mm x 205 mm

ISBN : 9782348088209

ISBN numérique : 9782348088384

Prix numérique TTC : 14,99€

Prix papier TTC : 20,90€

 

 

Notes :

[0] François-Xavier Demoures : « Il faut arrêter cette spirale qui nous fait croire que Marine Le Pen a déjà gagné » 

[1] Violences d'État : à Sainte-Soline, la fuite en avant

[2Au prétexte de la participation de collectifs pro-palestiniens, une « marche nocturne féministe radicale » interdite par le préfet de police

[3] « C’est rempli de Mamadou », « La cage aux folles », « Les cocottes » : la gauche vent debout contre des propos racistes, sexistes et homophobes attribués à Emmanuel Macron

[4] Rapport sur la « menace » des Frères musulmans : le document déclassifié qui agite les passions 

[5] Grand remplacement, identité, sécurité, islam... : les thèmes de l'extrême droite sont partout  

[6Le « tournant de la rigueur » de 1983 : un moment décisif, vraiment ?

[7Le gouvernement Jospin est celui qui a le plus privatisé que la droite

[8Chez Hollande, la politique de l’offre est une constante

[9] Une remise en cause de l'etat de droit désormais assumée

[10C'est au tour d'Urgence Palestine et de La Jeune Garde d'être menacées de dissolution, mais..... Le Conseil d'Etat annule la dissolution des Soulèvements de la Terre

[11Dérive autoritaire et violences policières : la presse étrangère interloquée 

[12Le ministre de l'Intérieur lance une chasse aux migrants dans les gares avec 4 000 policiers et gendarmes

|13SONDAGE EXCLUSIF - Législatives 2024 : le RN plus fort que jamais, la gauche stagne, le camp Macron recule

[14Avec 182 députés élus ou réélus au second tour, dimanche 7 juillet 2024, le Nouveau Front populaire est sorti victorieux des élections législatives devant le camp présidentiel et le Rassemblement national.

 

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22 mai 2025 4 22 /05 /mai /2025 12:53
Jean-Luc Mélenchon, s'exprime lors de la réunion « De la France à New York : combattre la droite, construire la gauche » organisée par les Democratic Socialists of America à Brooklyn, New York, le 22 avril 2025.
Jean-Luc Mélenchon, s'exprime lors de la réunion « De la France à New York : combattre la droite, construire la gauche » organisée par les Democratic Socialists of America à Brooklyn, New York, le 22 avril 2025.

Jean-Luc Mélenchon, s'exprime lors de la réunion « De la France à New York : combattre la droite, construire la gauche » organisée par les Democratic Socialists of America à Brooklyn, New York, le 22 avril 2025.

Le chef de file de la France Insoumise veut sortir son pays d'une compétition binaire entre le centre néolibéral et une extrême droite montante.

 

 

La France Insoumise a construit sa puissance électorale et fait tomber une extrême droite en pleine ascension.
La politique française est rarement prévisible — et aujourd’hui ne fait pas exception. En vue de la prochaine élection présidentielle, non seulement l’actuel président Emmanuel Macron ne peut pas se représenter, mais la cheffe de file de longue date dans les sondages, Marine Le Pen, a également été déclarée inéligible après une condamnation pour détournement de fonds le 31 mars dernier.
Pour Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France Insoumise, l’espoir est que ce bouleversement puisse modifier l’orientation politique de la France et permettre au pays de sortir de l’affrontement binaire entre le centre néolibéral et une extrême droite en pleine ascension. L’ampleur des manifestations contre la réforme des retraites de Macron, suivie de la percée du Nouveau Front Populaire lors des élections législatives de l’été dernier, montrent que la gauche est encore dans la course. Pourtant, son avenir reste incertain.
Le discours de Mélenchon, axé sur le conflit social, est polarisant et suscite des réactions hostiles non seulement de la part de ses adversaires de droite, mais aussi d’une grande partie de la gauche libérale. Pourtant, son mouvement s’est souvent révélé être la force de gauche la plus capable de mobiliser un électorat de masse. Lors de la dernière élection présidentielle, en 2022, Mélenchon a recueilli 22 % des voix — un score quasiment inédit pour un candidat ouvertement anticapitaliste dans l’Europe actuelle.
Fin avril 2025, Mélenchon était à New York, où il a été accueilli avec enthousiasme lors d’une série de conférences et de débats. Sa visite coïncidait avec la publication de " Now, the People !
[
0] "— un guide, que j’ai traduit en anglais, consacré à ce qu’il appelle la « révolution citoyenne » au XXIe siècle. Dans cet ouvrage, il analyse les nouvelles formes de solidarité issues de la civilisation urbaine moderne et examine la nécessité de reprendre collectivement le contrôle des ressources face à la catastrophe environnementale croissante.
Je me suis entretenu avec lui sur les raisons de sa visite, sa vision de l’administration Trump à l’international, et sur la manière dont la gauche peut élargir sa base électorale.

 

 

Sources : David Broder 14 mai 2025 |
- David Broder : Vous avez déclaré lors d’un meeting avec DSA le 22 avril 2025, que les socialistes démocrates aux États-Unis se battent non seulement pour le bien des Américains, mais aussi pour celui des peuples ailleurs dans le monde. Comment la poussée vers la droite aux États-Unis s’articule-t-elle avec le virage à droite en Europe, et en France en particulier ?

Jean-Luc Mélenchon : Trump, dès son retour au pouvoir, a adressé au monde un véritable manifeste politique. Il s’agit d’abord d’un négationnisme climatique. Sa première décision dans le bureau de la Maison Blanche a consisté à retirer les Etats-Unis d’Amérique des Accords de Paris[1]. Le changement climatique est le premier problème auquel fait face l’Humanité. Tout le temps que nous passons à parler d’autre chose ou regarder ailleurs est une perte de notre temps. Et le Président des Etats-Unis le nie.

 

Ce n’est pas rien. D’autant plus que c’est aussi nier une nouvelle compréhension de notre condition humaine : tous les êtres humains dépendent du même écosystème pour survivre, donc il existe bien un intérêt général humain et nous sommes bien tous semblables. Ce qui justifie notre égalité en droit. Mais cette universalité de la condition humaine, Trump l’a aussi niée. Pour lui, il y a les états-uniens par filiation, et les autres. Voilà pourquoi il a suspendu le droit du sol.

 

Ce double négationnisme Trump l’affirme de la manière la plus puissante et grossière, mais il est en partage avec les extrêmes droites des deux côtés de l’Atlantique. Celle des Etats-Unis a la différence de disposer du plus grand arsenal militaire de l’histoire de l’Humanité. Et par conséquent, son impérialisme, son escalade contre la Chine est un danger pour nous tous.

 

 

- David Broder : L’administration Trump a imposé, puis suspendu, d’importants droits de douane, y compris envers les pays de l’Union européenne. En quoi cela constitue-t-il un changement de paradigme dans l’ordre néolibéral occidental — et que ferait un gouvernement de gauche en France en réponse ?
Jean-Luc Mélenchon : Trump est le Président d’un aveu : le marché libre ne fonctionne pas ! Depuis des décennies, les néolibéraux nous répètent qu’il n’y a rien au-dessus de la concurrence libre et non faussée et du libre-échange pour organiser le bonheur collectif. Mais voilà que leur dernier enfant terrible vient dire que l’Etat doit lui-même fixer les prix par des droits de douane ! C’est extraordinaire. Tout l’édifice idéologique néolibéral s’effondre. Même si, bien entendu, le néolibéralisme a toujours fonctionné en vérité comme une intervention de l’Etat pour organiser le marché et la concurrence, jamais cette intervention n’avait été aussi spectaculaire.

 

Ceci étant dit, je trouve la réponse de l’Union européenne absolument stupide :

  • Le concept de “ représailles ” menant à une escalade des droits de douanes est absurde, car elle va importer de l’inflation, comme aux Etats-Unis.
  • L’autre proposition formulée par la présidente de la Commission européenne, celle d’une “ zone de libre échange total ” entre l’Union européenne et les Etats-Unis est tout aussi néfaste. Cela reviendrait à abdiquer notre capacité, en tant qu’européens, à édicter des normes écologiques, sociales, culturelles pour nous même.
     

Les insoumis ont suggéré plutôt, si l’on veut trouver des méthodes de riposte à la guerre commerciale de Trump :

  • de  frapper où cela fait mal, c’est-à-dire, par exemple en taxant réellement les Big Tech américaines.
  • D’autre part, il faut mettre en place une politique de substitution des importations et exportations depuis et vers les Etats-Unis.
  • Négocions avec la Chine, ce sera plus fécond !
  • Et si l’on doit mettre une place un protectionnisme, nous avons toujours dit qu’il devait être “ solidaire ”. Nous ajoutons aujourd’hui pour bien nous démarquer du chaos trumpiste qu’il devrait également être « négocié ».

 

 

- David Broder : Aux États-Unis, on observe une répression inquiétante des manifestations pro-palestiniennes, allant jusqu’à l’arrestation et l’enlèvement de militants. En quoi cela trouve-t-il un écho en France ? Quelle est l’importance de la « liberté d’expression » pour la gauche ?
Jean-Luc Mélenchon : J’ai été très marqué durant mon séjour par les témoignages de la répression. Le leader de la mobilisation à Columbia enlevé en pleine rue : ce sont les méthodes que l’on a connu dans les dictatures sud-américaines. La situation est donc sérieuse, elle est grave. Elle correspond à une volonté de réduire au silence les oppositions internes les plus résolues à l’impérialisme, et aussi à une manière de tester une méthode de répression.

 

En France, nous n’en sommes pas encore arrivés à cette étape. Mais les militants que nous avons rencontré à New York ont aussi insisté sur la responsabilité du centre-gauche Démocrate qui dans la période précédente a accepté et même participé à toutes les étapes de la diabolisation du mouvement pro-palestine et à l’escalade dans la répression. C’est bien entendu le cas en France aussi, avec les interdictions universitaires dont j’ai été l’objet dans les universités de Lille, Rennes et Bordeaux ou les poursuites contre Rima Hassan et notre présidente de groupe parlementaire Mathilde Panot pour “ apologie du terrorisme ”.

 

 

- David Broder : Il semble qu’une large alliance soit en train de se former dans la politique européenne, allant du centre gauche libéral à une partie de l’extrême droite, en faveur du réarmement et même d’un endettement collectif européen à cette fin. Le « keynésianisme militaire » est-il l’avenir de la croissance économique en Europe ?
Jean-Luc Mélenchon : C’est surtout l’expression d’un tribut impérial imposé par les Etats-Unis de Trump. Il a exigé que les dépenses militaires des pays européens augmentent à 5% du PIB. C’est à cela que correspond l’effervescence en ce moment autour du “ réarmement ” en Europe et l’emprunt commun décidé par les 27. Mais que vont faire la plupart des pays européens avec cet argent ? Acheter des armes américaines !

 

Il n’y a que la France qui dispose d’une industrie de défense a peu près autonome sur le continent. D’ailleurs, beaucoup de pays ont déjà annoncé de nouvelles commandes de matériel américain. Or, acheter ce matériel, c’est accepter sa position de vassalité. Un avion de chasse F-35, par exemple, ne peut pas décoller s’il n’y a pas de permission des Etats-Unis. Il ne s’agit donc en aucun cas d’un “ keynésianisme militaire ” mais d’un tribut ponctionné par l’Empire sur l’Europe pour financer sa course à la guerre.

 

 

- David Broder : Lors des élections législatives de l’été dernier, le Nouveau Front Populaire était le bloc le plus important, mais n’a pas été autorisé à gouverner. Quelle est, selon vous, la stratégie du camp Macron pour rester au pouvoir, et que peuvent faire vous-même et les autres forces de gauche pour le vaincre ?
Jean-Luc Mélenchon : Le Nouveau Front Populaire a gagné les élections législatives de juillet 2024. Et cela, alors que pendant la campagne électorale, 27 sondages sur 27 commandés prédisaient la victoire de l’extrême droite. Cela montre qu’il n’y a pas de fatalité à cela. Mais ensuite, Emmanuel Macron a décidé de ne tenir aucun compte du résultat des élections qu’il avait lui-même convoqué. C’est tout simplement inouï. Notre ligne était de ne pas laisser passer cela. Nous ne pouvons pas accepter un tel viol des principes républicains les plus élémentaires. C’est pourquoi nous avons proposé avec les insoumis une motion de destitution. Et c’est pourquoi, nous avons, avec succès, censuré le gouvernement de Michel Barnier en novembre dernier. Cela s’est fait sur proposition des insoumis. La gauche en France a fait tomber un gouvernement de droite sans avoir besoin de dresser aucune barricade !

 

À partir de là, notre proposition à nos alliés du Nouveau Front Populaire a été de continuer la même tactique avec le gouvernement de François Bayrou. Rendez vous compte : Monsieur Bayrou est issu du plus petit parti de la coalition d’Emmanuel Macron qui a perdu les élections ! Mais le problème a été que le Parti socialiste a décidé de rompre avec le Nouveau Front Populaire. À quatre reprises, il a refusé de voter la censure contre le gouvernement Bayrou avec qui il a négocié la nuit en secret un accord politique. C’est le PS qui a sauvé Macron[2]. Le peuple français a immédiatement payé cette erreur avec un budget austéritaire doublé de nouvelles coupes prévues de 40 milliards d’euros pour l’hôpital, l’école, les droits des chômeurs, etc... Nous, Insoumis, nous sommes mis à distance de ces arrangements pourris . Le plus important est de ne pas apparaître comme, à nouveau, une gauche menteuse, qui s’apprête à trahir ses engagements. Nous voulons incarner au contraire l’honnêteté dans ce champ politique constitué de mensonges[3].

 

 

- David Broder : Certaines figures de votre mouvement parlent d’un « quatrième bloc » constitué des abstentionnistes, distinct des trois autres : le bloc populaire de gauche, le bloc nationaliste/extrême droite, et le bloc macroniste/centre-droit. Qu’est-ce qui, concrètement, empêche ces abstentionnistes de voter pour votre force alternative, et que faut-il faire de plus pour les convaincre ?
Jean-Luc Mélenchon : Nous avons déjà fait du bon travail. Dans la jeunesse et dans les quartiers populaires, nous avons réussi à augmenter la participation déjà.

  • La moitié des jeunes votent pour nous et 70 % des quartiers populaires. Mais il reste du chemin à faire. Laissez-moi déjà dire que cette stratégie est essentielle pour nous.
  • Nous construisons les bases populaires pour un programme de rupture, plutôt que d’essayer d’aller grignoter sur le bloc centriste ou d’extrême droite.
  • C’est grâce à cette méthode que nous avons repoussé l’extrême droite en juin dernier. De sorte qu’on peut dire sans exagérer qu’en France, les quartiers populaires et la jeunesse ont sauvé la République.

 

Pour atteindre ce résultat, nous avons assumé un discours de rupture, et gagné nos galons en ne reculant pas face aux injonctions du système ! Par exemple sur la Palestine ou la lutte contre l’islamophobie. Nous avons été insultés, poursuivis, diffamés, mais auprès de la jeunesse et des quartiers populaires, nous avons prouvé notre courage, notre sincérité. Ce sont des choses qui comptent. Il y a dans ces moments une osmose qui se forme entre un mouvement politique et certains secteurs sociaux. D’autre part, nous avons aussi déployé un militantisme de terrain considérable. Nous avons mené à grande échelle une campagne d’inscription sur les listes électorales. Pour les quartiers populaires, nous menons des actions d’utilité immédiate comme des collectes alimentaires ou de fournitures scolaires. Toutes ces méthodes et bien d’autres sont au cœur de cette stratégie de conquête du quatrième bloc[4].

 

 

- David Broder : Vous avez échangé avec Bernie Sanders et d’autres figures de la gauche américaine. Que peuvent apprendre ces différentes gauches internationales les unes des autres ? Pourquoi votre message dépasse-t-il les frontières de la France ?
Jean-Luc Mélenchon : J’ai rompu avec la tradition détestable de la gauche européenne qui arrivait sur les Amériques pour donner des leçons et dire aux autres quoi faire. Plutôt, j’aime aller voir sur le terrain pour apprendre, et soutenir concrètement.

 

Avant d’aller aux Etats-Unis, je suis allé au Mexique et au Québec pour apporter un soutien moral et concret aux deux voisins menacés par Trump. Puis, il m’a paru important également d’apporter un soutien à la gauche américaine qui va devoir résister depuis l’intérieur !

 

De mon point de vue, l’émergence d’une gauche de rupture autonome du parti démocrate est la seule voie pour vaincre Donald Trump. J’ai dit à mes interlocuteurs mon analyse : Trump a gagné car il n’y avait pas de candidat de gauche face à lui [NDLR : cela doit nous servir de leçon en France]. Tous en étaient d’accord. C’est pourquoi je pense que ce qu’entreprend Bernie Sanders en ce moment est très important.

 

 

🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴🔴

 

-  Combattre Trump et l’extrême droite, construire la gauche - Meeting avec DSA à New York
Jean-Luc Mélenchon est intervenu à l'occasion d'un meeting à New York avec Tiffany Cabán et Jamaal Bowman organisé par les Democratic Socialists of America (DSA), le 22 avril 2025

 

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14 mai 2025 3 14 /05 /mai /2025 10:49
https://eric-et-le-pg.over-blog.fr/2023/10/faites-mieux-un-livre-pour-oser.html

https://eric-et-le-pg.over-blog.fr/2023/10/faites-mieux-un-livre-pour-oser.html

" Nous ne récupérons pas la colère populaire, nous proposons qu’elle nous utilise. Ce n’est pas pareil. "

 

 

Dans un entretien publié au quotidien italien « Corriere della Sera » le 13 mai 2025, le leader insoumis livre son analyse sur la situation politique en France et à l’international, caractérisée par la crise du capitalisme. Il revient sur les grandes notions développées dans son livre « Faites mieux[0] », traduit en espagnol, en anglais et bientôt en italien sous le titre de « Révoltez vous ! ».
Face à un capitalisme dépassé, et à une social-démocratie qui ne fonctionne pas, l’heure est à la révolution citoyenne, une révolution du peuple contre l’oligarchie.
Dans son bureau au siège des Insoumis dans un quartier populaire au nord de la capitale, avant d’aborder la discussion sur son livre qui va arriver dans le librairies italiennes, Jean-Luc Mélenchon invoque son amour pour l’Italie, pour la culture classique (le latin surtout) de la péninsule et aussi pour son histoire politique. « L’Europe, le monde, doivent à l’Italie l’organisation civique des cités après l’empire, la Renaissance, bien sûr, et combien d’autres choses… 
Enfin pour moi, l’effondrement du parti communiste italien a été décisif. Voilà le prototype de gens qui ont cru bien faire : ils ont mis la cravate, ciré les chaussures pour se rendre respectables, Mais ils ont rallié la doctrine sociale-démocrate au pire moment. C’est-à-dire au moment où ça ne pouvait plus marcher. La dynamique du capitalisme ne peut plus produire d’avantages pour le peuple ! Vous avez un parti qui s’appelle « Parti démocratique » pour ne pas être clivant . Peut-on se dire anti-démocratique ? Autant s’appeler Parti-parti. C’est le vide qui ne convainc personne ».

L’Insoumission relaie dans ses colonnes l’entretien de Jean-Luc Mélenchon.

 

 

Sources : L'Insoumission | mis à jour le 28/08/2025

- Corriere della Sera : Le titre de votre livre en italien est « Ribellatevi ! », « Révoltez-vous ! », et vous y évoquez une révolution citoyenne au XXI siècle. Quelles seront les caractéristiques de cette révolution ?

Jean-Luc Mélenchon : « La rébellion, ou l’insoumission, c’est la grande tradition italienne et française du refus de l’évidence, du choix de la conflictualité intellectuelle. C’est un point de vue fécond, créateur. Ce n’est pas le désordre, c’est le changement de la hiérarchie des normes juridiques, institutionnelles et l’incessibilité des biens communs dans l’intérêt général humain. ».

 

 

- Corriere della Sera : Pourquoi vous précisez « citoyenne » ?
Jean-Luc Mélenchon : « Ce n’est pas pour euphémiser la révolution socialiste. Il s’agit d’autre chose. Le citoyen, c’est l’exercice du pouvoir. Ce n’est pas la simple civilité. Les révolutions citoyennes sont donc toutes, au point de départ, des révolutions pour le contrôle, par des gens rendus dépendants de services collectifs qui leur échappent ou leur sont refusés. L’eau, l’électricité, la santé par exemple ? Pourquoi rien ne marche ? Pourquoi les services publics sont remplacés par des prestations marchandes ? La révolution citoyenne cherche à reprendre contrôle collectivement sur les réseaux commun d’existence matérielle et immatérielle, pour créer une société nouvelle ».

 

 

- Corriere della Sera : Vous parlez beaucoup du peuple, dans le livre.
Jean-Luc Mélenchon : « Oui. Être de gauche, c’est dire d’abord : il n’y a pas de pouvoir au-dessus de la souveraineté du peuple. Nous, nous sommes absolument hors de l’idée d’un avant-gardisme révolutionnaire. Certains de mes camarades italiens, souvent marqués par un marxisme un peu rigide, continuent à parler d’une classe ouvrière et de rapports sociaux de production, d’exploitation et d’accumulation tels qu’ils étaient au XXe siècle. Moi, je parle de mon époque, de concepts nouveaux. Avant, c’était bourgeois contre prolétaires. Aujourd’hui c’est l’oligarchie contre le peuple. Et je définis en matérialiste ce que tout cela change et d’où ça vient . ».

 

 

- Corriere della Sera : Et vous citez Robespierre, qui se définissait lui aussi « homme du peuple ».
Jean-Luc Mélenchon : « Quelqu’un a dit que Robespierre : c’est l’incarnation de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. J’admire sa vision de l’insoumission. Voyez sa lutte pour l’interdiction de l’esclavage. On lui dit que c’est économiquement impossible. Lui s’emporte et répond : « périssent les colonies, plutôt qu’un principe ! ». On peut l’accuser d’un sommet de l’irréalisme. Mais concrètement l’esclavage est-il un réalisme supportable ? Sa protestation à ce moment-là paraît une catastrophe économique. Mais il convainc une majorité. L’esclavage est aboli une première fois en France.

 

Cela signifie que la volonté humaine peut à tout moment restructurer ce qui semble être une évidence, une loi de la nature économique ». Madame Thatcher répétait à propos du marché, du capitalisme, " there is no alternative ". Nous, les Insoumis, nous pensons que ce n’est pas vrai. Nous nous opposons à cet ordre injuste socialement et destructeur de la civilisation humaine avec la crise climatique dont il veut tirer des profits. ».

 

 

- Corriere della Sera : Marine Le Pen aussi évoque le peuple tout le temps. Quelle est la plus grande différence entre elle et vous ?
Jean-Luc Mélenchon : « Notre définition du peuple résulte de ses relations sociales. Pour elle le peuple résulte d’une filiation génétique et traditionnelle. Une fois, dans un débat à l’Assemblée nationale sur la procréation médicalement assistée, elle m’a dit « M. Mélenchon, il y a un ordre biologique de la famille. » Et je lui ai répondu « Non, Madame, il n’y en a pas. La famille est toujours le résultat d’une culture. Le pater familias avait le droit de vie et de mort sur sa femme et ses enfants. Appellerez-vous ça, aujourd’hui, un ordre naturel traditionnel qu’il nous faudrait respecter ? »

 

Mais surtout, le peuple dont elle parle, est une construction idéologique dont le but est de séparer :

  • d’un côté les Français « de souche », les blancs, les chrétiens ;
  • de l’autre les noirs, les musulmans, les universalistes.

Nous, notre but, c’est d’unir pour satisfaire les biens et besoins communs. Nous sommes unifiants, ils sont discriminants. ».

 

 

- Corriere della Sera : C’est votre concept de créolisation ?
Jean-Luc Mélenchon : « Oui, mais ce n’est pas un programme, c’est une réalité. Leur opposition à la créolisation n’est qu’une des formes du rejet des autres. La France a toujours été le pays créole d’Europe. Qui parlait français dans ce pays ? Personne. La langue française est une invention et une décision politique du roi François I au seizième siècle. La créolisation a commencé dès le début avec l’emprunt au latin et au grec tous les mots manquants. c’est un fait culturel qui touche tous les domaines Voyez : les plus grands mangeurs de pizza de toute l’Europe, ce ne sont pas les Italiens, mais nous. La créolisation est aussi culinaire, musicale, plastique ».

 

 

- Corriere della Sera : Vous indiquez un système capitalistique au bord de la rupture, qui pourrait s’effondrer à cause d’un grain de sable. Quel pourrait être ce grain de sable ?

Jean-Luc Mélenchon : « Ce système est à la limite de l’équilibre. Donc, il suffit de peu de choses. Vous serez surpris de ce qui déclenchera l’avalanche. Moi aussi. Hélas ! Car si j’étais capable de le prévoir, je serais en train de l’organiser. Mon livre montre le caractère inéluctable de la révolution citoyenne. Elle résulte des caractéristiques nouvelles de notre temps. Et d’un nouvel acteur social, le peuple. Le nombre d’humains, leur concentration dans la ville, sa dépendance aux réseaux collectifs créent une intense interdépendance sociale animée par les questions liées au revenu, à la répartition de la richesse. Les révolutions, aujourd’hui, sont des révolutions du peuple contre l’oligarchie ».

 

 

- Corriere della Sera : Mais qu’est-ce que vous envisagez-vous après la révolution, après l’effondrement de ces systèmes ? Vous avez un projet à l’esprit ?
Jean-Luc Mélenchon : « La première crise, c’est celle de l’écosystème en voie d’effondrement. Pour ça on a besoin de planification écologique, donc d’un contrôle citoyen. Pour cela il faut un autre pouvoir politique fondé sur davantage d’intervention citoyenne. De beaucoup plus de pouvoir à l’échelon de la commune. La révolution citoyenne est une révolution concrète plus qu’idéologique. Nous sommes le mouvement de la radicalité concrète.

 

C’est pourquoi nos adversaires ont tellement intérêt à déplacer le débat. Les Insoumis ont un programme ? Nos adversaires préfèrent disserter sur Jean-Luc Mélenchon, mon caractère, mes goûts, mon entourage. Tout, plutôt que notre programme. Notre lutte propose une harmonisation des relations des êtres humains entre eux et avec la nature. C’est impossible dans un système capitaliste. ».

 

 

- Corriere della Sera : Mais vous n’êtes pas le seul à subir de commentaires de caractère personnel. Pensez à tout ce qu’on a dit à propos du président Macron.
Jean-Luc Mélenchon : « Mais pour lui c’était utile ! Parce que personne ne lisait son livre « Révolution »pendant ce temps-là. Sauf l’oligarchie libérale, qui l’a trouvé très à son gout et l’a propulsé ».

 

- Corriere della Sera : A ce propos, est-ce que la révolution est une tentation française ? Et en quoi vôtre appel est différent de celui de Macron en 2017 ?
Jean-Luc Mélenchon : « Dans l’imaginaire politique français la révolution est un mot qui a une résonance positive. La Révolution de Macron, c’est plutôt une contre-révolution. Car il promeut un néo-libéralisme anti collectif comme modèle de société. A l’inverse notre révolution citoyenne est processus populaire spontané au service du collectif populaire. ».

 

 

- Corriere della Sera : Avez-vous renoncé à demander sa destitution[3] ?
Jean-Luc Mélenchon : « Non, on ne peut pas. C’est une question de dignité démocratique[2]. Son pouvoir, son gouvernement, sont illégitimes. Il ne se soumet pas au résultat des élections qu’il a lui-même convoquées. Donc nous continuerons à demander sa démission. Nous étions proches du but, mais le Parti Socialiste a décidé de le sauver avec l’extrême droite en refusant de censurer son gouvernement[1] ! ».

 

 

- Corriere della Sera : A propos de la situation internationale, n’avez-vous pas le sentiment que vous et une partie de la gauche vous vous êtes trompé à l’égard de Poutine, en voyant toujours en Moscou un rempart contre le capitalisme et l’impérialisme de Washington, selon un vieux prisme de l’époque soviétique ?

Jean-Luc Mélenchon : « Comment nous pourrions confondre Poutine et l’URSS ? Moi j’ai été trotskiste, pas stalinien. Nous ne voulons ni de l’invasion ni de la guerre comme solution a un problème. A ceux qui disent qu’on fait la guerre pour la liberté, il avait répondu : aucun peuple n’aime les missionnaires armés. En tout cas, c’est une manipulation de s’en prendre à moi sur ce sujet. Moi je suis allé à Moscou faire une réunion avec ses opposants de gauche. Adressez-vous au vrai suspect : personne n’obligeait M. Macron à recevoir Poutine en grandes pompes à Versailles ! Pourquoi a-t-il fait cela ? »

 

 

- Corriere della Sera : Peut–être pour l’amadouer ?
Jean-Luc Mélenchon : « Alors ça n’a vraiment pas marché. Moi, j’ai une vision beaucoup plus pragmatique. Si je dirigeais ce pays, je ne ferais pas de disputes idéologiques à propos de M.Poutine. Je discuterai des garanties de sécurité pour l’Europe et la France sur les missiles moyenne portée, les centrales nucléaires ukrainiennes et le déminage de la mer noire. »

 

 

- Corriere della Sera : Sur Gaza aussi vos positions vous attirent beaucoup des critiques. Faites-vous un lien entre ce qui se passe à Gaza et votre dénonciation de l’islamophobie en France ?
Jean-Luc Mélenchon : « Notre position est le respect du droit international. C’est un ancrage nouveau pour les insoumis. Cela a été une rupture avec une certaine manière de mépriser le Droit en général, parce que c’est le droit des dominants. Il est imparfait ? On est d’accord. Mais c’est tout ce qu’on a. Et si ce n’est pas ça, il ne reste que la loi du plus fort. Et comme nous avons dénoncé un génocide, reconnu par la Cour international de justice, nous avons vécu 18 mois d’accusations terribles ».

 

 

- Corriere della Sera : Faites-vous référence aux accusations d’antisémitisme ?
Jean-Luc Mélenchon : « Oui, bien sûr. Que s’est-il passé ? Historiquement, l’accusation d’antisémitisme s’adressait à l’extrême-droite. Pour le gouvernement d’extrême-droite de Netanyahou quiconque critique sa politique serait antisémite. Tout le monde en a été accusé : le pape François, le secrétaire général de l’ONU, la Cour internationale de justice, et même Macron. Heureusement la situation se retourne devant l’ampleur des crimes commis.

 

 

- Corriere della Sera : Et vous ?
Jean-Luc Mélenchon : « Pourquoi voulez-vous qu’à 70 ans, je devienne antisémite ? Voyez ce qu’a été mon histoire personnelle. Mes adversaires ont dit : « vous faites ça par clientélisme pour les quartiers populaires ». Donc, ils créent une nouvelle équation : quartier populaire égal musulman, égal antisémite. C’est un autre racisme affiché au nom du refus de l’antisémitisme. Le problème numéro en France c’est plutôt le fidèle musulman qu’on tue dans la mosquée, ou des femmes qui se font arracher le voile dans la rue. N’oubliez pas que vous êtes dans un ancien pays colonial. Des blessures sont toujours là.

 

Ensuite il y a beaucoup de binationaux en France. L’islam est la deuxième religion du pays. La priorité c’est l’unité de notre peuple. La religion, c’est l’affaire de chacun, dans son privé. Enfin nous ne confondons pas un Juif avec un sniper de monsieur Netanyahu à Gaza ! Au total nous avons renversé les rôles à propos de l’unité du peuple, de la nation, du drapeau national, que nous nous sommes réappropriés contre le racisme et les guerres de religion.

 

 

- Corriere della Sera : Que pensez-vous des efforts de l’Europe de bâtir une défense commune, en s’affranchissant des Etats Unis ?
Jean-Luc Mélenchon : « Cela n’existe pas. « Nous allons faire l’Europe de la défense », disent-ils. Qui commence ? Personne. Van der Layen a fait voter un budget d’armement de 850 milliards. Pile les 5% du PIB réclamés par Trump ! On va faire « le pilier européen » de l’OTAN ? Mais ça ce n’est pas la défense de l’Europe car le commandement suprême est aux USA. Les États-Unis d’Amérique menacent d’envahir un pays européen, le Groenland. Réponse ? Aucune. Nous pensons qu’il faut s’affranchir de l’économie d’armement des États-Unis, pour bâtir une économie de la paix dont l’Europe est capable. Pour nous la priorité c’est la protection commune contre le changement climatique. ».

 

 

- Corriere della Sera : Et la possibilité que la Russie, après l’Ukraine, continue son attaque à l’Europe ?
Jean-Luc Mélenchon : « La Russie va venir à Paris pour nous voler la Tour Eiffel. ? Pendant toute la guerre froide, on parlait déjà des chars russes sur les Champs Elysées. C’est grotesque. ».

 


- Corriere della Sera : Est-ce que l’Otan est toujours d’actualité ?
Jean-Luc Mélenchon : « Il faut quitter l’OTAN et le faire de manière maitrisée, c’est-à-dire par étapes. Mais on quitte l’OTAN pour être non-aligné. On ne peut pas être non-aligné et appartenir à une alliance militaire, gendarme du reste du monde. Il n’y a plus d’Urss mais il y a encore l’OTAN ! Il faut plutôt une diplomatie altermondialiste faites de la défense des causes communes de l’humanité : l’eau, la faim, les épidémies. Autant de droit international à construire. ».

 

 

- Corriere della Sera : Que ferez-vous si en 2027 vous réussissez à conquérir l’Elysée ?
Jean-Luc Mélenchon : « Il faudrait déjà que je sois candidat ! . Mais admettons qu’un insoumis ou une insoumise gagne la présidentielle. Dans une campagne j’avais choisi une formule un peu provocatrice, j’avais dit : « Je serais le dernier président de la Vᵉ République autoritaire et je me prépare à jeter les clés de l’Élysée dans la Seine ». C’était pour dire qu’il faut passer à une 6ème République celle d’un pouvoir populaire élargi avec des moyens comme le referendum révocatoire des élus, inclus le président de la République. »

 

 

- Corriere della Sera : Et l’Europe ?
Jean-Luc Mélenchon : « Ma priorité à moi c’est l’Europe latine : France, Italie, Espagne ce sont les trois puissances après l’Allemagne., et puis les Grecs, les Portugais, les roumains … L’Europe latine est celle qui produit le plus sur le continent. Pendant que nos amis allemands nous méprisent et nous imposent les recette mortifères du néo libéralisme. Mais le premier qui rompt le mensonge collectif du discours, c’est M. Trump quand il dit : ce n’est pas la main invisible du marché, la concurrence libre, mais c’est moi l’Etat, qui décide des prix à cout de droit de douane. Rions-en : il parle comme Brejnev ».

 

 

- Corriere della Sera : Convoquerez-vous une assemblée constituante, comme vous l’évoquez dans le livre ?
Jean-Luc Mélenchon : « Oui, l’assemblée constituante est une stratégie révolutionnaire et la voie la plus pacifique pour changer la France en profondeur. C’est le peuple qui décidera. Nous ne sommes pas un parti guide d’avant-garde. Nous ne récupérons pas la colère populaire, nous proposons qu’elle nous utilise. Ce n’est pas pareil. »

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15 mars 2025 6 15 /03 /mars /2025 13:33
« Algérie, sections armes spéciales » : un regard sur la guerre chimique menée entre 1956 et 1962

Pour accéder au documentaire complet sur l’utilisation des armes chimiques par la France pendant la guerre d’Algérie cliquez sur le lien ci-dessous.👇

L’historien Christophe Lafaye a pu recenser 440 opérations françaises impliquant l’utilisation d’armes chimiques en Algérie, principalement dans les montagnes de Kabylie et des Aurés. « Mais il y en a eu beaucoup plus, et sur tout le territoire algérien », affirme-t-il, estimant qu’il y a eu au total entre 5.000 et 10.000 actions de ce type, « offensives » lorsque des combattants y étaient cachés, ou pour les empêcher de s’y établir[0].

 

 

" Algérie, sections armes spéciales ", tel est le titre du documentaire réalisé par Claire Billet, mis en image et en son par Olivier Jobard, diffusé en ce moment sur le site internet de France TV[1]. La France a utilisé des armes chimiques létales, interdites par le protocole de Genève de 1925, dans sa guerre contre le Front de libération nationale (FLN) en Algérie de 1956 à 1962. Elle avait pourtant été la première des 135 nations à signer l’accord contre ces armes, abondamment utilisées pendant la Première Guerre mondiale.

Il devait être diffusé dimanche 16 mars au soir sur France 5, mais a été déprogrammé. Cette décision a créé une polémique[5], alors que les tensions diplomatiques entre la France et l’Algérie sont fortes.

Ce documentaire présente pour la première fois – en s’appuyant sur des témoignages, des archives publiques accessibles et privées, en France et en Algérie – l’étendue de la guerre chimique menée par la France coloniale en Algérie entre 1956 et 1962. Les conséquences de l’usage des gaz toxiques sont encore perceptibles de nos jours par les populations algériennes. Entretien croisé avec Claire Billet, la réalisatrice du film, et Christophe Lafaye, dont les travaux historiques ont nourri l’enquête.

 

 

Sources : Fabrice Riceputi historien, chercheur associé à l’Institut d’histoire du temps présent |

- Mediapart : Quelle est l’origine de ce film documentaire ?

Claire Billet : Ce film a pu exister d’une guerre à une autre. L’historien Christophe Lafaye et moi avons en commun l’expérience de l’Afghanistan. J’étais correspondante de presse durant six ans là-bas et je concentre depuis plus d’une décennie mon travail sur les  conséquences des guerres et des conflits. Ça faisait longtemps que je voulais travailler sur la mémoire de la guerre d’indépendance algérienne. Et en 2020, j’ai spontanément appelé Christophe Lafaye. Il faisait des recherches inédites sur l’usage des armes chimiques par l’armée française durant la guerre d’Algérie. En particulier dans les grottes et les lieux souterrains.

 

Ça me semblait fou qu’un tel pan de notre histoire soit inconnu, soixante ans plus tard. C’est inacceptable pour moi que l’histoire ne soit pas écrite et pas dite. En existait-il des traces ? À l’Ecpad [Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense – ndlr], le service des archives audiovisuelles de l’armée, les agents m’ont aidée dans mes recherches. Ils étaient bienveillants mais démunis : quelques photos et quelques films existent, sans informations précises. Durant la guerre d’Algérie, tout ce qui touchait aux armes chimiques avait été gardé hors du champ des caméras militaires : les masques, les combinaisons, les munitions et les opérations chimiques n’ont pas été filmés.

 

En fouillant le Net et les archives filmiques, je me suis aperçue qu’avant de réaliser " Ascenseur pour l’échafaud ", le cinéaste Louis Malle s’est rendu en Algérie pour un projet de fiction adapté du roman " La Grotte " de Georges Buis, qui raconte une bataille souterraine. Dans les archives du cinéaste, conservées à la Cinémathèque française, je n’ai retrouvé aucune bobine. Volker Schlöndorff [réalisateur du Faussaire – ndlr] était assistant du réalisateur à l’époque et il m’a transmis ses notes : ils ont filmé mais on ne sait pas où sont les bobines.

  • Louis Malle n’a jamais fait son film. Dans un de ses carnets de repérage, un nom de famille avait été griffonné : celui d’un ancien combattant que l’historien Christophe Lafaye a rencontré, parmi de nombreux autres. Il témoigne dans le film aujourd’hui. En fouillant le Net, un nouveau nom d’ancien combattant français est apparu car il avait édité un recueil à compte d’auteur où il évoquait l’usage d’armes chimiques. Il m’a dit qu’il n’avait jamais parlé de la guerre et que personne ne lui avait posé de questions. Il est aussi dans le film.

 

 

 

 

 

 

 

 

🔴 Je voulais faire parler leurs mémoires.

  • En France, nous sommes partis à la rencontre des derniers anciens combattants qui acceptaient de s’exprimer publiquement. Ces hommes nous ont ouvert leurs archives réchappées de la censure. La revue XXI et Léna Mauger nous ont soutenus à l’époque. Et France TV a acheté le film. Grâce aux maisons de production française et algérienne Solent et Thala Films, nous avons pu organiser le tournage en Algérie.
  • Nous sommes partis à la recherche des derniers témoins et victimes de cette guerre chimique. Nous nous sommes appuyés sur des localisations d’opérations de ce gaz toxique, le CN2D, celles que Christophe Lafaye a réussi à recenser, celles mentionnées par nos personnages, et aussi sur des articles de la presse algérienne. Le périple aurait pu nous conduire dans toutes les régions montagneuses d’Algérie. Nous avons choisi de nous concentrer sur la Haute-Kabylie et les Aurès.

 

 

- Mediapart : Pourquoi parler de ce sujet si tardivement, plus de soixante ans après la fin de la guerre d’indépendance algérienne ?
Christophe Lafaye : Cela fait maintenant plus de vingt ans que les historiennes et les historiens qui travaillent sur cette guerre coloniale en ont fait ressortir les violences spécifiques. Les chercheurs universitaires ont parlé de la torture, des massacres de populations, des viols, des exécutions sommaires, des disparitions, des déplacements de populations, etc. Mais la guerre chimique est un sujet qui est passé relativement inaperçu.

 

J’ai découvert ce sujet lors de la réalisation de ma thèse. Je travaillais sur l’armée française en Afghanistan, qui réutilisait des retours d’expérience d’Algérie pour son entraînement.

  • En 2011, j’ai suivi la préparation opérationnelle de sapeurs spécialisés, qui mettaient en œuvre certaines techniques de combats souterrains développées en Algérie. Les moyens chimiques étaient absents car la France avait ratifié le traité sur l’interdiction des armes chimiques en 1993. Néanmoins, j’ai découvert l’existence des sections « armes spéciales » qui ont opéré de 1956 jusqu’à la fin de la guerre.
  • Quatre ans plus tard, j’ai rencontré par hasard à Besançon Yves Cargnino, un ancien combattant d’une de ces sections qui, du fait de son service, a subi de graves dommages aux poumons. Nous avons réalisé des entretiens et il m’a présenté d’autres anciens combattants.

 

🔴 Les premiers à avoir rompu le silence en France sont les anciens combattants qui ont publié des témoignages, le plus souvent à compte d’auteur.

Mais les historiens ne s’en sont pas saisis à l’époque. Ensuite, il faut savoir que les archives sur la guerre d’Algérie ont été ouvertes en 2012 avant d’être refermées en 2019. En 2021, j’ai décidé que la guerre chimique en Algérie serait le sujet de mon mémoire d’habilitation à diriger les recherches. Il fallait lever le voile sur cette histoire et stimuler de nouvelles recherches en France et en Algérie.

 

 

- Mediapart : Pourquoi la France a-t-elle mené cette guerre chimique, et peut-on estimer le nombre de morts ?
Christophe Lafaye : En 1956, la France est confrontée à une montée en puissance de l’Armée de libération nationale (ALN) et à un problème tactique : l’utilisation par les résistants des grottes et des souterrains, qui leur donne l’avantage en cas d’assaut. Pour le résoudre, l’état-major des armes spéciales expérimente le recours aux armes chimiques.

 

 

 

 

 

 

 

Dans le film, nous détaillons toutes les étapes : depuis l’expérimentation à partir de 1956, à son autorisation politique par le gouvernement français, suivie du développement sauvage des unités de sections armes spéciales et de sa rationalisation en 1959 jusqu’à la fin de la guerre. L’objectif de ces unités était double.

  • D’abord offensif : gazer avec du CN2D des grottes occupées afin de pousser les rebelles à en sortir. S’ils n’évacuaient pas, ils mouraient asphyxiés.
  • Et préventif : contaminer régulièrement les grottes inoccupées pour rendre leur usage impossible.
     

🔴 J’estime entre 5 000 et 10 000 le nombre de combattants algériens tués par armes chimiques.

Ghar Ouchetouh (Batna), l’histoire oubliée d'une innommable atrocité colonialiste le 22 mars 1959 (APS, 2012)
Grotte de Ghar Ouchetouh

Par ailleurs, les Algériens ont un usage ancestral de ces grottes, elles ont toujours servi de lieu refuge. Il n’y avait donc pas que des combattants qui s’y dissimulaient. Comme ce fut le cas à Ghar Ouchetouh les 22 et 23 mars 1959[2], où 118 habitants ont été tués par intoxication. Par la suite, des membres de ces unités spéciales sont morts des suites de l’usage de ce gaz. Yves Cargnino en témoigne avec force dans le documentaire : « On a tué par les gaz et ça me tue encore maintenant.[3] »

 

 

- Mediapart : Qui a pris la décision d’emploi de ces armes chimiques ?
Christophe Lafaye : Il y a une convergence de points de vue entre les hommes politiques de cette époque et le haut commandement militaire. À la demande de l’état-major de la 10e région militaire (RM), l’état-major du commandement des armes spéciales (CAS) est invité à fournir une étude pour déterminer comment ces armes peuvent répondre à un certain nombre de problèmes tactiques. La demande est transmise au général Charles Ailleret, chef du CAS.

 

🔴 Une lettre retrouvée à Vincennes indique que le ministère des armées a encadré l’usage de ces armes chimiques

Il y est mentionné : « Sur les propositions du Commandement des Armes Spéciales faites pour répondre à des demandes du Général commandant la 10e région militaire [le général Henri Lorillot] […], certains procédés chimiques pourront être employés au cours des opérations en Algérie. »

  • Une arme chimique est une arme utilisant au moins un produit chimique toxique pour les êtres humains. Cette lettre autorise leur utilisation. « Ces procédés ne devront mettre en œuvre que des produits normalement utilisés dans les différents pays pour le maintien de l’ordre, c’est-à-dire limités à l’utilisation du bromoacétate d’éthyle, de la chloroacétophénone et de la diphénylaminochlorarsine ou de corps possédant des propriétés très voisines. » ;
  • Le ministre conclut prudemment : « Ils ne devront être employés qu’à des concentrations telles qu’elles ne puissent entraîner aucune conséquence grave pour des individus soumis momentanément à leurs effets. » ;
  • Le général Lorillot accuse réception de cette lettre le 21 mai 1956 en reprenant mot pour mot son contenu et en y ajoutant cette précision : « Ces corps [chimiques] ne devraient être employés qu’à des doses qui ne soient pas susceptibles d’entraîner de conséquences physiologiques […], sauf si [les individus] s’obstinaient volontairement à y séjourner pendant de longs délais. » Les essais en cours durant l’année 1956 ont sûrement dû déjà laisser transparaître la létalité des gaz.

 

Ces documents confirment les informations données par le colonel Olivier Lion : « Les “sections de grotte” utilisèrent des projectiles chargés de lacrymogènes pour neutraliser les occupants de refuges souterrains. » Mais devant la faible persistance des agents chimiques lacrymogènes classiques pour empêcher la réutilisation des grottes, le gaz CN2D est élaboré. Son utilité opérationnelle est due à son extrême agressivité pour mettre hors de combat les individus à l’intérieur des cavités mais aussi à sa persistance. De multiples vecteurs de diffusion (grenades, chandelles, roquettes, bombes, etc.) sont mis au point.

 

 

- Mediapart : Quels gaz ont été utilisés et quels étaient leurs effets ?
Christophe Lafaye : Le CN2D est un composé de gaz CN (chloroacétophénone) et de DM (adamsite) dérivé de l’arsenic. Un autre composé servait à transporter les particules de gaz très profondément dans l’organisme. C’est la combinaison de ces éléments fortement dosés qui aboutit à la création d’un gaz qui peut rapidement se révéler mortel en milieu clos.

 

  • Certaines archives laissent aussi apparaître la possible utilisation d’autres gaz toxiques. Mais en l’état actuel des sources accessibles en France et en Algérie, il est difficile de confirmer ces soupçons.

 

 

- Mediapart : Qui utilisait ces gaz toxiques en opérations ?
Christophe Lafaye : À la fin de l’année 1956, la France décide de constituer des unités spécialisées. Il y a d’abord la création de la batterie armes spéciales (BAS) du 411e régiment d’artillerie antiaérienne. Entre 1957 et 1959, 119 équipes de grottes ont été mises sur pied et entraînées par la BAS pour mener cette guerre chimique.

 

 

 

 

 

 

 

 

À partir de la mi-1959, ces moyens furent rationnalisés lors du redécoupage des zones d’opérations en Algérie. Dorénavant, chaque zone devait disposer d’une section armes spéciales parfaitement entraînée et équipée. Elle devait à la fois mener les actions offensives contre l’Armée de libération nationale et le traitement régulier des grottes pour empêcher leur réutilisation.

 


- Mediapart : Qui sont les victimes de ces gaz toxiques ?
Christophe Lafaye : Les Algériens et les Français en ont été victimes, c’est toute l’horreur de cette guerre chimique. En théorie, la doctrine de combat souterrain de l’armée française éditée en 1959 recommandait aux soldats de faire une reconnaissance de grotte, d’aller au contact, négocier une éventuelle reddition et si cela n’était pas possible d’employer les armes chimiques pour les contraindre à sortir.

 

🔴 Dans la pratique, face au danger de mort, les choses se passaient de manières différentes.

Dès qu’il y avait un soupçon, la section armes spéciales pouvait envoyer dans le trou tout ce qu’elle avait en munitions chimiques pour être sûre du résultat. Tout dépendait, en fait, du commandement. Dans ces conditions, les gaz ont fait des victimes chez les indépendantistes algériens mais aussi dans les populations civiles retranchées dans les grottes. C’est ainsi que des crimes de guerre ont été commis.

 

🔴 Une dimension supplémentaire du drame est que ces grottes servaient aussi de lieux de détention pour les militaires français prisonniers du FLN.

Un peu moins de 700 militaires français sont encore portés disparus en Algérie. Ils ont pu être des victimes collatérales de ces opérations. Enfin, les soldats des sections armes spéciales exposés à ces gaz ont pour certains développé des pathologies pulmonaires, des cancers de l’estomac, des leucémies, des cancers de la peau…

  • Difficile, toutefois, de lier systématiquement ces maladies à l’utilisation des gaz alors même que leur utilisation en Algérie était gardée secrète. Pour y voir plus clair, il faudrait terminer d’ouvrir toutes les archives militaires en France et confronter ces sources avec des enquêtes de terrain en Algérie.

- Mediapart : Des archives sont-elles encore inaccessibles en France ?
Christophe Lafaye : Les archives du service historique de la défense ont été assez largement ouvertes entre 2012 et 2019. Soudain, au mois de décembre 2019, gros cataclysme, les archives contemporaines du ministère de la défense ont été fermées à cause d’un conflit juridique. Les archivistes et les historiens ont formé des recours devant le Conseil d’État, qui a tranché en leur faveur en juin 2021[4].

 

  • Mais le ministère des armées a contre-attaqué et pris de nouvelles mesures qui compliquent encore la situation, en créant des archives sans délai de communication. Lorsque je suis revenu en 2021, des refus ont systématiquement été opposés à mes demandes de communication de pièces que j’avais pu consulter pour certaines auparavant, en invoquant l’article L-213-2 de la loi de 2008 sur les archives incommunicables.
  • En vertu de cet article, certaines archives sont incommunicables au motif qu’elles seraient susceptibles de permettre de concevoir, fabriquer, utiliser et localiser des armes de destruction massive. Maintenant, on me referme des journaux de marche, des comptes rendus d’opérations, des procès-verbaux de création d’unités en invoquant cet article

 

 

 

 

 

 

 

🔴 En fait, le ministère des armées veut protéger sa réputation pendant la guerre d’Algérie, quitte à tordre les textes de loi.

Mais sur ce sujet comme sur d’autres, l’armée a obéi aux ordres politiques ! Il faut revenir à la raison, ces pratiques ne sont pas dignes de ce grand ministère régalien. Un grand pays se doit d’assumer son histoire avec ses zones d’ombre et de lumière. Les historiennes et historiens doivent rendre accessible cette histoire aux citoyens et permettre un débat public fondé sur des faits, un savoir construit et sourcé pouvant être interrogé, et non sur de simples opinions.

 

🔴 Il y a aussi des raisons sociologiques

On est militaire de génération en génération chez certains officiers supérieurs. Les archives racontent une partie de l’histoire familiale de certains d’entre eux et la peur du scandale persiste, malgré quatre lois d’amnistie. C’est compréhensible. Pourtant, l’objectif des historiens n’est pas d’indexer des personnes. D’ailleurs, on anonymise les témoins qui sont toujours vivants et qui le souhaitent. Ce qui nous intéresse, c’est plutôt de comprendre comment s’est construite la décision politique, comment elle a été mise en œuvre et quelles sont ses conséquences.

 

 

- Mediapart : Est-ce justement dans l’objectif de mieux pénétrer l’espace public que vous êtes passé de la forme écrite au documentaire ?
Christophe Lafaye : Il est primordial de vulgariser les travaux scientifiques pour les rendre accessibles au plus grand nombre. Les résultats des recherches peuvent permettent de faire bouger la perception de la guerre d’Algérie et du colonialisme en France. Il faut savoir à ce sujet que si les États se chicanent entre eux, ce n’est pas du tout le cas des sociétés civiles.

 

Entre universitaires algériens et français, nous échangeons sans cesse. Les témoins algériens qui interviennent dans le documentaire, lorsqu’on leur demande : « Qu’attendez-vous de la France ? », répondent : « Ni excuses, ni argent, simplement la vérité. Nous sommes prêts à tourner la page. » Les petits pas de la France dans la reconnaissance de ces crimes de guerre ne suffisent plus. Je crois sincèrement dans le génie des sociétés civiles en France et en Algérie et dans la fraternité des peuples pour réaliser cette tâche de réconciliation.

 

 

- Mediapart : Le documentaire a été programmé à la diffusion sur France 5 avant d’être déprogrammé[5]. Comment analysez-vous cette séquence surprenante ?
Claire Billet : J’étais aussi surprise que vous, j’ai pensé que ça allait mettre de l’huile sur un feu bien sensible. France Télévisions m’a dit ce qu’il y a dans le communiqué de presse : « Le documentaire est déprogrammé en raison de l’actualité au profit d’une soirée dédiée à Poutine et Trump. » Je suis journaliste et réalisatrice, je comprends les contraintes d’actualité qui bouleversent les grilles des programmes. Les bruits de bottes se rapprochent, c’est inquiétant. Il ne faut pas oublier que ce documentaire a été financé par France TV, qu’il existe grâce à France TV, et qu’il est en ligne et visible sur leur plateforme.

 

 

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- Algérie, sections armes spéciales

L'armée française a fait usage de gaz chimiques interdits durant la guerre d'Algérie. Les responsables de l'époque ont ordonné, testé puis utilisé à grande échelle des gaz toxiques pour éliminer les combattants de l'Armée de Libération Nationale cachés dans des grottes dans des zones de montagne. Avec la torture et le déplacement des populations, la guerre chimique est le dernier élément d'une série de brèches dans les engagements internationaux de la France que celle-ci a bafoués pour mener sa guerre coloniale. Enquête inédite sur ce scandale qui demeure encore largement méconnu aujourd'hui.

 

 

Notes :

A. Décision n°1152 DN/CAB/EMP du cabinet du ministre des Armées du 8 juin 1956, carton 15T582 du service historique de la défense (partiellement accessible suite à la décision de la commission d’accès aux documents administratifs (CADA) de décembre 2021).

B. Décision d’autorisation des armes chimiques en 10e région militaire du général Lorillot du 21 mai 1956, carton GGA 3R 347-348 des Archives nationale d’outre-mer (ANOM), consulté en juillet 2023.

C. Lion Olivier, « Des armes maudites pour les sales guerres ? L'emploi des armes chimiques dans les conflits asymétriques », revue Stratégique, 2009/1, n° 93, p 491-531.

[0L’historien Christophe Lafaye a pu recenser 440 opérations françaises impliquant l’utilisation d’armes chimiques en Algérie, principalement dans les montagnes de Kabylie et des Aurés. « Mais il y en a eu beaucoup plus, et sur tout le territoire algérien », affirme-t-il, estimant qu’il y a eu au total entre 5.000 et 10.000 actions de ce type, « offensives » lorsque des combattants y étaient cachés, ou pour les empêcher de s’y établir.

[1Algérie, sections armes spéciales

[2Ghar Ouchetouh, une grotte enfoncée dans un flanc abrupt d'un détour des gorges de Taghit, dans l'actuelle commune de Taxlent (Batna), est un haut lieu de la résistance du peuple algérien durant la Révolution de Novembre

[3Guerre d’Algérie : Yves Cargnino témoigne des agressions chimiques dans les grottes

[4Communiqué de presse : le rapporteur public du Conseil d’État désavoue le gouvernement dans l’affaire des archives « secret défense » et prend position sur le projet de loi PATR

[5] À France Télévisions, la déprogrammation d’un documentaire sur la guerre d’Algérie sème l’émoi

 

Pour en savoir plus :

- Le négationnisme français des crimes coloniaux

- La véritable histoire de la conquête française de l’Algérie

- La reconnaissance juridique de la notion de crime de guerre en Algérie

Jean-Michel Aphatie : « La culture de la négation de l’histoire domine dans les médias »

Dans les grottes d’Algérie l’armée française n’a gazé que des poux

Affiche du documentaire « L’Algérie… sections armes spéciales », réalisé par Claire Billet (2025)

Affiche du documentaire « L’Algérie… sections armes spéciales », réalisé par Claire Billet (2025)

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20 janvier 2025 1 20 /01 /janvier /2025 20:30
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La question des retraites figurait sans aucun doute parmi les sujets les plus attendus du discours de politique générale de François Bayrou. Dès les premières minutes, le 14 janvier, le Premier ministre a donc abordé ce chapitre. Il a promis de le « remettre en chantier », mais a surtout insisté sur les déficits qu’entraînerait notre système. « Sur les plus de 1 000 milliards de dette supplémentaires accumulés par notre pays ces dix dernières années, les retraites représentent 50 % de ce total », s’est insurgé le chef du gouvernement.

Ses propos posent plusieurs problèmes : d’abord, la méthode de chiffrage choisie par François Bayrou est discutable. Ensuite, ce discours alarmiste participe à alimenter la « politique des caisses vides ». C’est ce qu’explique l’économiste Michaël Zemmour (Michael Zemmour, né en 1983, est un économiste, enseignant-chercheur à l’université Lyon 2 et chercheur associé à Sciences Po. Il travaille sur les systèmes et les financements de protection sociale et des services publics, et sur les politiques de redistribution, notamment des retraites).

 

 

Sources : Alternatives Economiques Propos recueillis par Audrey Fisné-Koch | mis à jour le 24/01/2025

- AT : Chaque année, le Conseil d’orientation des retraites (COR) évalue la situation économique du système des retraites. Or, ses dernières estimations sont loin des chiffres évoqués par François Bayrou[1]. Pourquoi ?

Michaël Zemmour : Les partenaires sociaux, les présidents successifs de ce conseil – même s’ils n’ont pas la même sensibilité –, les économistes ou encore les journalistes ont tous une grille de lecture commune sur les retraites qui est fournie par le COR.


Mais le raisonnement de François Bayrou ne correspond pas du tout au cadre comptable de ce conseil. Ce dernier montre qu’il y a effectivement un déficit modéré du système de retraite [Un solde de - 0,2 % du PIB en 2024 et - 0,8 % du PIB en 2070, d’après le rapport annuel 2024, NDLR.]. Mais la convention retenue n’équivaut pas aux chiffres avancés par le 1er ministre. Toute comptabilité est conventionnelle, mais celle employée par François Bayrou est particulièrement fantaisiste. Le financement de notre système de retraite est mixte, c’est-à-dire qu’il est très majoritairement financé par les cotisations mais aussi par l’Etat.

 

Les cotisations employeur de l’Etat sont particulièrement élevées (beaucoup plus que dans le privé). Pas parce que les retraites du public sont très élevées  –  elles sont comparables à celles du privé en moyenne –, mais parce que l’Etat doit compenser deux phénomènes :

  • la baisse (relative) du nombre de fonctionnaires ;
  • et le gel du point d’indice.

C’est donc parce qu’il a fait de sévères économies budgétaires sur la masse salariale du public (et non parce qu’il dépense sans compter !) que l’Etat doit cotiser (par fonctionnaire) un montant très élevé pour les retraites.
 

 

Par ailleurs, l’Etat concourt par différents mécanismes de solidarité aux financements de l’ensemble des retraites. Le raisonnement utilisé par François Bayrou, qui avait circulé il y a quelque temps déjà sans être reconnu par les économistes spécialistes de la retraite, consiste à dire que tout ce qui n’est pas financé par des cotisations, c’est de la dette. C’est absurde.

 

 

- AT : Pourquoi choisit-il de présenter le déficit du système de cette façon ?
Michaël Zemmour : Cela correspond à une dramatisation du déficit, dont l’objectif est de forcer à faire des économies, ce qu’on appelle « la politique des caisses vides ».

 

Objectivement, les retraites ne sont pas à l’origine du creusement de la dette ces dernières années, sauf à considérer que c’est une dépense particulièrement illégitime, mais elle ne l’est pas plus que les dépenses d’éducation ou les dépenses militaires. Ce discours sur la « dette cachée » des retraites vient complètement brouiller cette légitimité. C’est un élément qui n’est pas très favorable à ce que des solutions émergent.

 

 

- AT : Justement, pour aboutir à des solutions, François Bayrou a, dans un premier temps, demandé une mission flash à la Cour des comptes pour dresser un état des lieux du système des retraites. Que peut-on dire cette méthode ?

Michaël Zemmour : Rappelons qu’il y a deux instances dont le suivi du financement et des paramètres des retraites est le métier :

  • le Conseil d’orientation des retraites, que j’ai déjà évoqué, qui a une vraie expertise dans le domaine, qui rend un rapport annuel et qui est un lieu de dialogue social[2].
  • Et le comité de suivi des retraites (CSR), qui faisait des recommandations au gouvernement sur la base du rapport du COR, mais qui n’a pas été renouvelé depuis le mois de juin.

 

La Cour des comptes écrit aussi sur les retraites – elle peut le faire sur tous les sujets –, mais en l’occurrence c’est un peu étonnant de la mettre en avant comme base de discussion, surtout si l’on veut encourager la discussion sociale. La Cour des comptes n’est pas un haut lieu du diagnostic social partagé. On peut voir ce choix comme une forme de contournement et peut-être de défiance vis-à-vis des instances qui existent. Ça laisse perplexe.

 

 

- AT : Dans un deuxième temps, le Premier ministre propose que les partenaires sociaux négocient pendant trois mois pour trouver un « accord d’équilibre et de meilleure justice » au sujet des retraites. Est-ce une avancée ?
Michaël Zemmour : Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, les partenaires sociaux ont été particulièrement maltraités et ignorés. De leur point de vue, être remis au centre du jeu est un point positif. Néanmoins, cette discussion ressemble très fortement au cadre de négociation qui était posé pour l’assurance chômage : il laissait préjuger à l’avance qu’il n’y aurait pas d’accord parce que le patronat avait tout intérêt à ne pas en trouver, sachant que le gouvernement trancherait derrière.

 

🔴 Pour les retraites, c’est pareil : on ne voit pas très bien pourquoi le patronat, favorable à la réforme[3], changerait de position. Il s’est toujours opposé à l’augmentation des ressources du financement, les cotisations par exemple.

 

Le choix de ne pas arrêter la réforme de 2023 pendant les débats est un grand changement par rapport à ce que l’on a connu avec les négociations pour l’assurance chômage. Les conditions ne sont pas très propices à une évolution possible de la réforme car le temps joue en sa faveur, elle continue de s’appliquer. L’âge légal et la durée de cotisation progressent rapidement[4].

 

🔴 Au fond, si un accord devait s’appliquer dans les prochains mois sans mise en pause, le changement ne porterait plus que sur un tiers de la réforme : savoir si on s’arrête à 63 ans ou si on va jusqu’à 64 ans (et sans plus discuter de la durée de cotisation portée à 43 ans de manière accélérée)

 

 

- AT : « Pas de totem, pas de tabou, pas même celui de l’âge », a dit le chef du gouvernement. Mais il a tout de même fixé une règle d’or : « ne pas dégrader l’équilibre financier ». Peut-on aboutir à une réforme plus juste, sans augmenter les recettes ?

Michaël Zemmour : La raison pour laquelle les gouvernements précédents n’ont trouvé aucun accord, c’est parce qu’ils refusaient d’affecter le moindre centime supplémentaire au système des retraites. Ils imposaient même l’idée que baisser les ressources était nécessaire. Si la proposition des partenaires sociaux doit réellement être à budget constant, ils ne vont pas pouvoir discuter de grand-chose.

 

D’autant que, face à un risque social qui augmente – plus de chômage, plus de maladies, plus de retraités –, cela paraît assez naturel de mettre des recettes supplémentaires. C’est le cas pour n’importe quelle assurance. Si l’assurance contre les intempéries fait face à davantage d’intempéries, on ne trouve pas absurde de se poser la question d’augmenter les cotisations.

 

Ne pas augmenter les recettes pour les retraites est une position relativement extrême. L’espace de négociation qui est, par ailleurs, réclamé par l’ensemble des organisations syndicales consiste justement à dire qu’il ne faut pas exclure des recettes supplémentaires du pilotage du système de retraites dans le futur.

 

Si François Bayrou les exclut une par une – ou dit que les recettes qui existent déjà ne sont pas des vraies recettes –, cela ferme une porte qui n’a même pas été tout à fait ouverte.

 

 

* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *

 

 

- Manuel Bompard, député La France insoumise des Bouches-du-Rhône, était l'invité de BFMTV ce mardi 14 janvier 2025.

Réforme des retraites: " François Bayrou a donné un droit de veto au Medef ", affirme Manuel Bompard[5]

 

Réforme des retraites: "François Bayrou a donné un droit de veto au Medef", affirme Manuel Bompard (LFI)

 

- Retraites : quelle voie de réforme est possible ? - Le débat économique

Le débat éco entre Thomas Porcher, membre des Economistes Atterrés et professeur à la Paris School of Business et Dominique Seux, éditorialiste à France Inter et aux Echos porte sur l’avenir de la réforme des retraites.

 

Notes :

[1].Notre système de retraite verse chaque année quelque 380 milliards d’euros de pensions. [...] Les employeurs et les salariés privés et publics versent à peu près 325 milliards par an. Restent 55 milliards, versés par le budget des collectivités publiques, au premier chef de l’Etat, à hauteur de quelque 40 ou 45 milliards.

[2] Les organisations professionnelles et syndicales en sont membres.

[3Pour le MEDEF les 64 ans, est un « socle »

[4] Avec la réforme Touraine adoptée sous le mandat de Hollande l’âge légal de départ augmente progressivement de 3 mois par année de naissance jusqu’à atteindre 64 ans pour les générations nées à partir de 1968. Quant à la durée de cotisation, elle continue elle aussi de progresser jusqu’à 43 annuités requises. 

[5Réforme des retraites: "François Bayrou a donné un droit de veto au Medef", affirme Manuel Bompard (LFI)

 

Pour en savoir plus :

- Retraités : le Gouvernement sauvé par le RN et le PS veut les taxer

La mystification de la retraite par points défendue par le Parti Socialiste

- « Les concessions budgétaires au groupe PS sont un écran de fumée » – L’analyse d’Eric Coquerel après le vote du budget au Sénat

 

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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 09:53
Portugal : Entretien avec Fernando Rosas, membre fondateur du Bloc de gauche

Seize ans après sa création, le Bloc de gauche, un parti anti-austérité portugais lié à Syriza, a décidé de soutenir les socialistes pour renverser, mardi 10 novembre, le gouvernement de droite. Conclue également avec le Parti communiste, cette alliance est une première dans un pays où la gauche a jusqu’ici toujours été divisée.

Fernando Rosas, professeur d’histoire à l’université nouvelle de Lisbonne et membre fondateur du Bloc de gauche, est un des idéologues du parti. Il explique ce qui a poussé sa formation, traditionnellement très critique vis-à-vis du Parti socialiste portugais, (PSP) à opérer ce tournant et à soutenir Antonio Costa pour qu’il forme un gouvernement.

 

Sources : le Parti de Gauche Midi Pyrénées entretien par Jean-Baptiste Chastand pour Le Monde

- J.B Chastand : Comment expliquez-vous que la gauche portugaise, divisée depuis quarante ans, ait réussi à s’entendre ?

Fernando Rosas : Les législatives du 4 octobre ont permis aux socialistes, aux communistes et au Bloc de gauche d’obtenir une majorité très claire pour prôner une alternative à la politique d’austérité aveugle menée par le gouvernement de droite sortant. Le Bloc de gauche et le Parti communiste ont récolté ensemble près d’un million de voix à la gauche de la gauche. C’est sans précédent, et cela montrait que l’électorat voulait un véritable changement.

 

La pression de notre base a été très forte : il fallait profiter de cette opportunité historique de gauche. L’accord n’est pas un programme du Bloc de gauche, on a fait des compromis et ce sera un gouvernement socialiste auquel nous ne participerons pas. Mais il est très précis, après avoir été très minutieusement négocié.

 

 

- J.B Chastand : Que prévoit-il ?

Fernando Rosas : Il vise surtout à revenir sur les coupes dans les salaires ou les retraites décidées ces dernières années. Il va certes augmenter les dépenses, mais en permettant une hausse de la consommation, et donc une augmentation des recettes fiscales. Il prévoit aussi une plus grande justice fiscale en taxant les grandes fortunes et la spéculation financière. En clair, il va permettre d’améliorer la vie des gens les plus pauvres, ceux qui ont été les plus touchés par la crise.

 

 

- J.B Chastand : Mais vous avez rénoncé à demander une renégociation de la dette et un changement des traités budgétaires européens…

Fernando Rosas : Nous n’avons pas renoncé, mais nous n’en avons pas fait une condition pour négocier le programme, c’est vrai. Il est toutefois prévu qu’une commission soit mise en place pour discuter de la dette. Et nous allons continuer à nous battre pour une amélioration des règles des traités. Mais on n’en a pas fait une condition, car cet accord permet d’abord des mesures très concrètes et très urgentes pour améliorer la vie des gens. C’est une opportunité unique après quatre ans de gouvernement de droite néoliberale et très radicale, qui ont fait beaucoup de mal au pays et provoqué le basculement de 800 000 votes de la droite pour la gauche.

 

 

- J.B Chastand : Le président de la République, qui est de droite, ne semble pas prêt à nommer le chef de file socialiste Antonio Costa comme premier ministre…

Fernando Rosas : Il est très hostile à cette option, mais la Constitution empêche d’appeler à de nouvelles élections avant juin. Il pourrait maintenir un gouvernement technique de droite jusque-là. Mais ce gouvernement n’aura pas de budget et ne pourra pas gouverner contre la majorité parlementaire. Ce serait la catastrophe. Je ne vois pas comment le président pourrait choisir cette voie.

 

 

- J.B Chastand : Comment expliquez-vous que le Parti communiste portugais, que vous qualifiiez vous-même de « sectaire », accepte désormais de s’allier avec vous et le Parti socialiste ?

Fernando Rosas : Il s’agit en effet d’un changement historique. Il y a eu une forte pression des milieux syndicaux sur le Parti communiste pour signer un accord, et notamment de la Confédération générale des travailleurs portugais (CGTP), le syndicat contrôlé par le parti. Les fédérations des professeurs et des transports publics voulaient un accord, car cela va permettre d’annuler les coupes dans les salaires et des retraites. L’accord permet surtout revenir sur les projets du gouvernement de droite qui aurait pu mettre en danger les centrales syndicales en restreignant la concertation collective au profit de la négociation individuelle.

 

 

- J.B Chastand : Pour vous, l’échec d’Alexis Tsipras à changer les règles budgétaires en Europe a-t-il joué ?

Fernando Rosas : La situation en Grèce était différente. Nous, nous n’allons pas gouverner, c’est le Parti socialiste qui va gouverner. Et Tsipras a dû accepter ces règles dans des conditions pires que nous.

 

 

- J.B Chastand : Qu’est-ce qui vous empêche encore de gouverner ?

Fernando Rosas : Ne pas rentrer au gouvernement nous permet d’être clairs. Il y a encore des divergences sur les questions européennes. Mais l’avenir permettra peut-être d’avancer sur cette question.

 

 

- J.B Chastand : Le Parti socialiste portugais a toujours été pro-européen et soutenu la rigueur budgétaire. A-t-il changé ?

Fernando Rosas : Il y a eu un changement qui a été bien interprété par la direction actuelle du parti. Cette question ne se posait d’ailleurs pas qu’à lui mais à tous les partis socialistes au niveau européen. Regardez le Parti travailliste britannique… ou le PSOE espagnol, qui est prêt à s’allier avec Podemos. Les partis socialistes européens sont devant un choix face à l’austérité : la soutenir ou retourner à des positions sociales-démocrates plus traditionnelles. Et nous avons aujourd’hui un programme social-démocrate.

 

Pour en savoir plus :

- Portugal : le gouvernement de droite est renversé

- Fernando Rosas : « La gauche radicale portugaise est l’une des plus fortes en Europe »

- Portugal : Que va-t-il arriver après l’accord gouvernemental entre le PSP, le Bloc de gauche et le PCP ?

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  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, ex secrétaire de syndicat, d'Union locale et conseiller Prud'homme CGT  de 1978 à 2022.
  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, ex secrétaire de syndicat, d'Union locale et conseiller Prud'homme CGT de 1978 à 2022.

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