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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 09:11
Halte à la terreur et au massacre du peuple palestinien !

Depuis plusieurs jours une étape supplémentaire a été franchie dans la répression contre le peuple palestinien par l’armée israélienne. En l’espace de 24 heures plus de 30 palestiniens sont morts et plus de 200 blessés. Dans l’agression en cours, Israël est passé des meurtres à petite dose à des massacres à grand échelle. Face à cette agression meurtrière, les pays occidentaux, dont la France, gardent un silence éhonté et une passivité scandaleuse et insupportable.

 

- Nous organisations signataires et citoyens condamnons cette nouvelle agression et appelons à un rassemblement :

vendredi 11 juillet 2014 à 18 heures au vieux port de La Rochelle

(Statue Duperré)

 

- Premières Signatures locaux :

L’Association des Palestiniens en France(APF) – Mouvement de la Paix – Cuba Si – France Amérique Latine17 – Ensemble – PCF17 – Parti de Gauche - Front de Gauche - Ligue des droits de l’Homme

 

Voir :

 

Halte à la terreur et au massacre du peuple palestinien !
Hollande, son gouvernement sont officiellement complices d'un nouveau crime contre l'humanité !

Hollande, son gouvernement sont officiellement complices d'un nouveau crime contre l'humanité !

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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 23:49
Palestine : Shimon Peres défend toujours la solution à deux Etats

Il n'est pas inutile de rappeler qu'au moment ou un nouveau gouvernement d'Union Palestinienne est mis en place (regroupant le Fatah et le Hamas), ou de nouvelles élections présidentielle et législatives sont prévues d'ici à la fin de l'année, l’État d’Israël bafoue constamment le droit international. Dans le même temps, alors que l’Irak, la Syrie et, dans une moindre mesure, le Liban s’enfoncent dans la guerre confessionnelle, les opérations militaires en cours à Gaza et en Cisjordanie, à la suite de l’enlèvement et du meurtre de trois jeunes colons, font craindre une nouvelle explosion de violence.

 

Car la situation étant tendue après les meurtres d’adolescents israéliens et palestinien Netanyahou en profite pour bombarder Gaza, tenter d'obtenir des ripostes palestiniennes lui servant à justifier un engrenage guerrier avec en arrière pensée..... briser l'unité palestinienne retrouvée.

 

 

- Car la bande de Gaza est toujours sous blocus illégal.

Palestine : Shimon Peres défend toujours la solution à deux Etats

Elle constitue une véritable prison à ciel ouvert pour ses 1,5 millions d’habitants. Israël détient toujours des milliers de prisonniers politiques palestiniens, et ce n’est pas la libération de 26 d’entre eux tout récemment qui change la situation, d’autant que quelques jours après, quatre Palestiniens ont encore été tués par l’armée israélienne.

 

Le plan israëlien Prawer de judaïsation du Néguev prévoit toujours de déplacer près de 70 000 bédouins palestiniens de citoyenneté israélienne dans des cités réserves. La colonisation de la Cisjordanie se poursuit sans faiblir : alors même que le secrétaire d’Etat américain, John Kerry - visiblement lui-même gêné par les agissements du gouvernement israélien - était en visite dans le pays, les autorités annonçaient de nouvelles autorisations pour la construction de 5000 logements, à Jérusalem Est et en Cisjordanie. Enfin, le gouvernement israélien n’a aucunement l’intention de respecter les frontières d’un hypothétique Etat palestinien puisqu’il a bien indiqué sa volonté de maintenir une présence militaire dans la vallée du Jourdain, accompagnée d'un projet de construction d'une nouvelle "barrière de sécurité" entre la Cisjordannie et la Jordanie, dès lors que celle entre Israël et le Sinaï égyptien serait terminée.

 

Après le vote favorable de la France pour que la Palestine soit intégrée à l’Assemblée générale des Nations unies comme membre observateur, notre pays doit reconnaître l’Etat palestinien de manière bilatérale.

 

 

- Il est urgent :

  • de passer des discours aux actes, en prenant de réelles sanctions à l’égard du gouvernement israélien pour le contraindre à appliquer les dizaines de résolutions des Nations unies le concernant ;
  • de procéder à la libération de tous les prisonniers politiques palestiniens ;
  • de geler et de démantèler les colonies ;
  • de lever le blocus de Gaza et de reconnaitre l’Etat Palestinien dans les frontières de 1967.

 

Le peuple palestinien a  le droit de vivre dans un Etat viable en toute souveraineté, dans les frontières de 1967, et égalité des droits pour ceux résidant en Israël.

 

 

- La solution à deux États toujours d'actualité

- Après le discours prononcé le 25 mai 2014 par le pape François devant les autorités israéliennes à Tel-Aviv  « ........Par conséquent, je renouvelle l’appel que, de ce lieu, Benoît XVI a lancé : qu’il soit universellement reconnu que l’État d’Israël a le droit d’exister et de jouir de la paix et de la sécurité dans des frontières internationalement reconnues. Qu’il soit également reconnu que le peuple palestinien a le droit à une patrie souveraine, à vivre avec dignité et à voyager librement. Que la “solution de deux États” devienne réalité et ne demeure pas un rêve.» ;

 

- C'est maintenant le président israëlien sortant Shimon Peres qui s'est exprimé dimanche 6 juillet 2014 devant l'association de la presse étrangère en Israël. Il a précisé «... être toujours pour une solution à deux États et une reprise des négociations de paix.».

 

- Poursuivre la pression sur le gouvernement israélien

De plus, face au renforcement de la politique d'oppression du gouvernement isralien à l'encontre de l'ensemble des Palestiniens (la politique d'Israël dans ces territoires, présente pour l'ONU les caractéristiques de "l'apartheid" et du "nettoyage éthnique"[1]), il est plus que nécessaire d'apporter son soutien aux campagnes de BDS France (Boycott-Désinvestissement-Sanctions).

 

Chacun peut agir, notamment en boycottant les produits israéliens, en exigeant des entreprises françaises qu'elles ne participent pas à la colonisation et la politique d'apartheid du gouvernement israélien, et en demandant au Président et au gouvernement français d'appliquer de réelles sanctions à l'encontre de l'État d'Israël.

 

Le gouvernement français pratique la politique des "petits pas" dans la bonne direction.... c'est INSUFFISANT !

Le 24 juin 2014, le site Internet du ministère français des Affaires étrangères a publié une information peu visible mais inédite : "Il existe des risques liés aux activités économiques et financières dans les colonies israéliennes. Les transactions financières, les investissements, les achats, les approvisionnements ainsi que d'autres activités économiques dans les colonies ou bénéficiant aux colonies, entraînent des risques juridiques et économiques liés au fait que les colonies israéliennes, selon le droit international, sont construites sur des terres occupées et ne sont pas reconnues comme faisant partie du territoire d'Israël".

 

Notre gouvernement déconseille donc aux entreprises françaises de mener des activités économiques dans les colonies israéliennes. Voilà, enfin, une mesure concrète des pouvoirs publics français contre la colonisation.

Mais il ne s’agit que d’un petit pas tardif et surtout insuffisant dans la mise en oeuvre de l'avis de la Cour Internationale de justice en date du 9 juillet 2004.

 

- La paix ne pourra advenir qu'en obligeant Israël à respecter les Palestiniens et leurs droits universels et le boycott commence à faire peur à Israël. Pourquoi ?.... la réponse  ICI

 

Note :

[1] le Figaro : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/03/21/97001-20140321FILWWW00210-israel-l-onu-denonce-un-nettoyage-ethnique.php

 

Pour en savoir plus :

- Israéliens et Palestiniens paient des années de blocage du «processus de paix» : Abîme

- Le plateau du Golan est syrien : Les oubliés du Golan

- Par le Parti de Gauche : La coopération Europe-Israël : un appui pour la colonisation de la Palestine

- Palestine : Faudra-t-il attendre encore dix ans ?

- Un texte de 2009 d'une actualité criante : Israël a-t-il perdu la guerre ? Entretien avec l’historien israélien Shlomo Sand

- Israël-Palestine : Hollande choisit son camp, celui de la droite israélienne contre le peuple palestinien

- Rassemblement contre l'aggression : Halte à la terreur et au massacre du peuple palestinien !

De plus, face au renforcement de la politique d’oppression du gouvernement israélien à l’encontre de   l’ensemble des Palestiniens, le Bureau national du Parti de Gauche réuni le 16 novembre a décidé d’engager le Parti de Gauche dans le soutien aux campagnes de BDS France : Boycott Désinvestissement Sanctions. Chacun peut agir, notamment en boycottant les produits israéliens, en exigeant des entreprises françaises qu’elles ne participent pas à la colonisation et la politique d’apartheid du gouvernement israélien, et en demandant au Président et au gouvernement français d’appliquer de réelles sanctions à l’encontre de l’Etat d’Israël. La paix ne pourra advenir qu’en obligeant Israël à respecter les Palestiniens et leurs droits universels. - See more at: http://www.lepartidegauche.fr/actualites/communique/le-parti-gauche-s-engage-dans-les-campagnes-boycott-desinvestissement-sanctions-l-egard-d-israel-25718#sthash.QYbKsMg2.dpuf

Palestine : Shimon Peres défend toujours la solution à deux Etats
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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 09:18
L’aveuglement des Occidentaux n’est pas seulement ridicule et regrettable, il devient dangereux

"Le seul pays à même de casser la zone euro et sa logique destructrice, c’est la France"

 

Source : "AtlantiCO UN VENT NOUVEAU SUR L'INFO par Emmanuel Todd

L'affaiblissement de la puissance américaine, le délitement de l'Union européenne et le retour de la Russie sur la scène internationale redessinent la géopolitique du monde. Un nouveau paradigme dans lequel la France peine à trouver sa place.

 

- "AtlantiCO : Après avoir un temps cru à l’émergence d’une démocratie modèle en Ukraine, les chancelleries européennes et américaines semblent avoir été prises de court par la diplomatie de Moscou et les mouvements dans l’Est du pays. En quoi l’engagement de l’Occident a-t-il pu reposer sur un malentendu ?
Emmanuel Todd : Lorsque je repense à cette crise, je m’étonne de voir qu’elle ne s’inscrit pas dans la logique qui était en train de se dessiner en Europe jusqu’ici. Le début du XXIe siècle avait été marqué par un rapprochement des “Européens” et des Russes, avec l’établissement de positions communes assez fortes dans des moments de crise. On se souvient de la conférence de Troyes en 2003, où Chirac, Poutine et Schroeder avaient manifesté ensemble leurs refus de l’intervention américaine en Irak. Cet événement laissait l’impression d’un Vieux Continent évoluant globalement vers la paix tandis que l’Amérique de Georges W.


Bush, fidèle à la ligne Brezinski, restait dans un esprit de confrontation à l’égard de Moscou en s’appuyant sur d’anciens satellites soviétiques, avec les Pays baltes et la Pologne comme partenaires anti-russes privilégiés.


L’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche a coïncidé avec un retournement de la posture américaine. Sa ligne, telle que je la percevais à l’époque, était d’apaiser les tensions avec l’Iran et la Russie pour mieux pouvoir engager le fameux “pivot” vers l’Asie où réside la menace de long-terme pour la puissance américaine. Ce retrait de Washington aurait dû renforcer la volonté des Européens, et particulièrement des Allemands, de se rapprocher de Poutine pour parachever un grand partenariat commercial, énergétique et industriel. Aurait ainsi pu se dessiner une Europe d’équilibres basée sur un moteur franco-germano-russe. Il est difficile de contester que l’Histoire a pris une toute autre direction : nous sommes en pleine confrontation entre la Russie et l’Union européenne, désormais sous leadership économique et diplomatique allemand.

 

Ce renversement s’explique je crois par un changement rapide de la posture allemande. On me déclare souvent germanophobe mais je ne pense être ni insultant, ni très loin de la vérité, en diagnostiquant que les élites de ce pays souffrent d’une certaine “bipolarité”psychologique et historique dans leurs rapports avec la Russie, hésitant, oscillant sans cesse entre bienveillance et conflit. Cette dualité est manifeste dans le glissement de Bismarck à Guillaume II, le premier souhaitant devenir le partenaire de l’Empire des Tsars, le second rentrant brutalement dans l’engrenage menant à 1914. Dans une séquence encore plus courte, nous aurons le Pacte Molotov Ribbentrop d’août 1939 , rapidement annulé par l’invasion par Hitler de la Russie en 1941. Les historiens évoqueront-ils un jour un basculement de Schröder à Merkel ?


C’est bien l’Allemagne qui désormais fait le jeu du côté occidental, mais un jeu hésitant entre phases agressives et moments de repli durant lesquels elle reprend sa posture conciliante, moments il est vrai de plus en plus brefs. C’est bien le voyage en Ukraine du ministre allemand des Affaires étrangères, Steinmeier, qui a marqué le début de la séquence actuelle. La présence de son homologue polonais Sikorski à Kiev était comme la garantie d’une posture agressive de la mission. On ne peut jamais soupçonner la Pologne de bipolarité vis-à-vis de la Russie : son hostilité est stable, atemporelle, une sorte de manie qui ne fait jamais place à la dépression. Laurent Fabius, fidèle à lui-même, ne savait sans doute pas ce qu’il faisait-là. Un Rainbow Warrior de plus à sa collection. Au-delà du blabla sur les valeurs libérales et démocratiques, rendu ridicule par le nouveau partenariat européen avec l’extrême-droite ukrainienne,le voyage de Kiev nous a révélé une nouvelle politique de puissance de l’Allemagne, dont l’objectif à moyen terme est dans doute de rattacher l’Ukraine (unie ou divisée, c’est secondaire) à sa zone d’influence économique en tant que source de main-d’œuvre bon-marché. C’est une opération que le Schroeder de 2003 n’aurait jamais mené.

 

 

- "AtlantiCO : Selon vous, Vladimir Poutine jouerait l’apaisement et non l’escalade. L’Occident n’aurait-il donc rien compris ?
Emmanuel Todd : J’ai commencé ma “carrière” avec un livre qui prédisait l’effondrement du système soviétique, qu’on ne m’accuse donc pas de soviétophilie régressive. Je suis pourtant effaré de constater que durant les vingt dernières années s’est développée à l’inverse une véritable russophobie des élites occidentales. Les médias français sont en pointe dans ce délire, avec Le Monde en pole position. Pour suivre les évènements d’Ukraine je dois consulter les sites du Guardian, du Daily Telegraph, du New York Times, du Washington Post, du Spiegel et même du journal israélien Haaretz pour les questions d’antisémitisme. Tous hostiles à la Russie, ces journaux contiennent néanmoins de l’information exacte. Le Monde ne relaie même pas correctement les informations les plus élémentaires.

 

J’ai eu, ces derniers mois, le sentiment angoissant de vivre dans un pays sous-développé, coupé du monde réel, totalitaire d’une façon subtilement libérale. Mais je dois lire aussi les sites russes Ria Novosti en français et Itar-Tass en anglais parce qu’ aucun média occidental n’est capable de nous informer sur le point de vue russe. Exemple : au beau milieu d’une crise que nous devons d’abord analyser en termes de rapports de force géopolitiques, j’ai pu voir passer une foultitude d’articles, français comme anglo-saxons, s’acharnant sur l’”homophobie” du régime Poutine. Il est inquiétant pour l’anthropologue que je suis de voir les relations internationales sortir d’une logique rationnelle et réaliste pour rentrer dans des confrontations de moeurs dignes de sociétés primitives.


On surreprésente les différences culturelles, différences qui d’ailleurs ne sont en général pas celles que l’on croit. La question du machisme et de l’antiféminisme du régime russe a été de nouveau soulevée suite aux récents propos de Poutine sur Madame Clinton mais sur la base d’une ignorance radicale du statut des femmes en Russie. On compte à l’université russe 130 femmes pour 100 hommes, contre 115 en France, 110 aux Etats-Unis et… 83 en Allemagne. Selon ces critères la Russie est l’un des pays les plus féministes du monde, tout juste derrière la Suède (140 femmes pour 100 hommes)…

 

Le point de vue diplomatique russe dans cette crise n’est pas culturaliste et il est très simple: le groupe dirigeant russe ne veut pas de bases de l’Otan en Ukraine, s’ajoutant à l’encerclement balte et polonais. Point. La Russie veut la paix et la sécurité. Elle en besoin pour achever son redressement et elle a désormais les moyens de l’obtenir ainsi qu’on vient de le voir en Crimée. Un conseil final d’anthropologue : les Occidentaux agressifs qui veulent imposer leur système de moeurs à la planète doivent savoir qu’ils y sont lourdement minoritaires et que les cultures patrilinéaires dominent quantitativement. Notre mode de vie me convient personnellement, je suis heureux du mariage pour tous. Mais en faire la référence principale en matière de civilisation et de diplomatie, c’est engager une guerre de mille ans, que nous ne gagnerons pas.

 

 

- "AtlantiCO : Vous voyez les Etats-Unis comme dépassés par la situation ukrainienne. En quoi le sont-ils ?

Emmanuel Todd : Les Américains ne savent pas où ils vont. La crise née en Europe les a lancés sur une trajectoire régressive et agressive parce qu'ils ont peur de perdre la face. L'affaire de Géorgie en 2008 avait déjà sérieusement entamé leur crédit de protecteurs du Continent. C'est ce qui peut expliquer le retour de bellicisme impérial qui s'est manifesté avec l'Ukraine, à rebours de la doctrine "nationale et reconstructrice "dessinée jusqu'ici par Obama. J'espère que ce revirement n'est que temporaire et que l'actuel locataire de la Maison Blanche saura reprendre le contrôle de sa politique étrangère, ce qui pour l'instant est loin d'être acquis.

 

Etant donné l'opposition toujours majoritaire de l'opinion américaine vis-à-vis d'une intervention militaire en Ukraine, j'ose toutefois me dire que cet espoir n'est pas totalement vain. 

 

Bien qu'ils se soient fait assez brutalement ”moucher” par Poutine avec le rattachement de la Crimée, les Américains ont toutefois une autre crainte, plus profonde, celle de voir l'Allemagne s'émanciper complètement de leur sphère d'influence. Si vous lisez Le grand échiquier de Brzezinski, œuvre majeure pour comprendre la diplomatie actuelle, vous comprendrez que la puissance américaine d'après-guerre repose sur le contrôle des deux plus grands pôles industriels de l'Eurasie : le Japon et l'Allemagne. La crise économique nous a montré que la Maison Blanche n'a pas su contraindre Berlin à abandonner les politiques d'austérités, de changer la politique monétaire de l'euro et plus largement de prendre part aux dispositifs de relance mondiale. L'inavouable vérité est qu'aujourd’hui les Etats-Unis ont perdu le contrôle de l'Allemagne et qu'ils la suivent en Ukraine pour que cela ne se voie pas.

 

Le recul de la puissance américaine devient réellement préoccupant. Washington est en état de choc après la prise de Mossoul en Irak par des combattants djihadistes. La stabilité du monde ne saurait donc dépendre de la seule puissance américaine. Je vais faire une hypothèse surprenante. L'Europe devient instable, simultanément rigide et aventuriste. La Chine est peut-être au bord d'un effondrement de croissance et d'une crise majeure. La Russie est une grande puissance conservatrice. Un nouveau partenariat américano-russe pourrait nous éviter de sombrer dans une « anarchie mondialisée » dont l’éventualité semble chaque jour plus réalisable. 

 
 

- "AtlantiCO : Dans toute cette analyse la France semble totalement absente du jeu...

Emmanuel Todd : La France n'a selon moi pas à s'impliquer outre-mesure dans la crise ukrainienne, son histoire et sa géographie l'en éloignent naturellement. La seule place qu'elle pourrait concrètement occuper serait celle d'un bras droit de Berlin, une "ligne Charlemagne" aggravant le potentiel déstabilisateur du nouveau cours diplomatique allemand. L'idée d'une puissance française autonome n'a ici pas de sens. Trois nations ont une réelle importance dans le jeu ukrainien et plus largement européen : deux sont résurgentes, l'Allemagne et la Russie, l'une est dominante depuis 70 ans : les Etats-Unis. 

 

 

- "AtlantiCO : Peut-on voir cette croisade du camp occidental en Ukraine comme le symptôme d'une difficulté toujours plus grande à se définir et à définir ce qui l'entoure, comment en est-il arrivé là ?

Emmanuel Todd : Les Occidentaux ont effectivement un grand mal à savoir ce qu'ils sont : les Allemands hésitent entre pacifisme et expansionnisme économique, les Américains oscillent entre la ligne impériale et la ligne nationale, et les Français ne savent plus vraiment où se placer dans cette situation confuse. Tout cela entraîne une lecture assez pauvre par les élites occidentales des événements, fait qu’illustre assez bien les interrogations de nombreux journalistes sur “ce que veut Poutine”, interrogations qui aimeraient sous-entendre que les “Européens” et les Américains savent très bien à l’inverse ce qu'ils veulent. C'est en vérité l'exact opposé qui est à l'œuvre, les Russes étant dans une volonté de puissance définie, importante mais limitée, tandis que l'Occident n'a in fine aucun objectif clair et lisible dans cette affaire. On peut même aller jusqu’à dire dans le cas des "Européens" que la russophobie est peut-être inconsciemment le seul cordon qui reste capable de faire tenir ensemble un espace politique et monétaire qui ne signifie déjà plus grand-chose. 

 

Dans un contexte de résurgence des Nations et de l'Histoire et sur fond de déliquescence de la zone euro, cet aveuglement des Occidentaux n'est pas seulement ridicule et regrettable, il devient dangereux. On doit cependant relativiser : nos problèmes comportent paradoxalement des avantages pour la stabilité du Continent. L'Europe de l'Ouest est habitée par une population vieille, encore très riche, et qui a beaucoup à perdre tandis que les Russes commencent tout juste à “souffler” après des années d'un déclin économique ravageur. La mortalité s'inverse , l'économie se stabilise, l'agriculture repart, et l'on peut parier qu'en dépit d'une véritable fierté d'appartenance nationale les Russes ne sont pas prêts à tomber d'ici demain dans un délire belliciste incontrôlable. 

 

 

- "AtlantiCO : Vous semblez beaucoup moins critique à l’égard des Etats-Unis que du temps d’Après l’Empire. Vous vous dites même “pro-américain de gauche”…
Emmanuel Todd : Après l’Empire a effectivement été considéré un peu trop vite comme un classique de l’anti-américanisme alors que je m’étais donné du mal, tant dans les entretiens de promotions que dans le livre lui-même, pour expliquer qu’il n’était en rien motivé par une phobie . En vérité je prenais le contre-pied du Grand échiquier de M. Brzezinski, personnalité que je suis obligé de respecter pour son intelligence mais dont les rêves sont assez loin des miens. Ma posture était finalement celle d’un démocrate de gauche, et c’est d’ailleurs comme tel que le livre a été compris outre-Atlantique.


Je pense en réalité que la prédominance américaine en Europe est, à l’instar de la démocratie comme régime politique, la moins pire des solutions étant donné l’état d’effondrement idéologique dans lequel se trouve notre continent. Je pourrais même accepter sans inquiétude cette prédominance si était respecté le principe des contre-pouvoirs, principe si cher aux Pères Fondateurs. La Russie pourrait jouer le rôle salutaire de garde-fou, bien que le système interne en vigueur là-bas soit loin d’être ma tasse de thé. Il s’agirait là non seulement d’un équilibre bénéfique à la stabilité des relations internationales dans leur ensemble mais aussi bénéfique aux Américains eux-mêmes. Il n’est jamais sain pour soi-même de se croire tout puissant. Après l’échec du couple franco-allemand, je me dis, avec un brin d’ironie, qu’un couple américano-russe pourrait tenter sa chance. Ma déclaration n’est en rien un acte de “foi” à l’égard du modèle américain, j’y suis simplement poussé par l’inévitable deuil d’une Europe aujourd’hui dénuée de projet et d’identité.

 

 

- "AtlantiCO : Vous avez justement parlé récemment d’une faillite de l’Europe nouvelle. Le Vieux Continent porte-t-il une responsabilité particulière dans l’incapacité de l’Occident à définir une nouvelle politique ?
Emmanuel Todd : Il n’y a selon moi plus rien à attendre de l’Europe. Que peut-on sérieusement attendre d’un espace qui n’arrive même pas à se débarrasser de l’euro alors que cela représente un intérêt crucial pour sa survie ? C’est en ce sens que je m’avoue aujourd’hui plus intéressé par ce qui se passe aux Etats-Unis. Le premier mandat d’Obama ne m’avait pas particulièrement impressionné mais force est de constater que la politique menée depuis la réélection de 2012, particulièrement la politique étrangère jusqu’à la crise ukrainienne, faisait preuve d’une réelle intelligence innovatrice… La vraie question reste donc de savoir si les Etats-Unis seront à même de se maintenir ou même de rebondir ou s’ils sombreront dans le déclin. Le cas européen est selon moi réglé.

 


- "AtlantiCO : Vous disiez en 1995 lors de la réédition de L’Invention de l’Europe : “ce livre permettra de comprendre, dans vingt ans, pourquoi une unification étatique imposée en l’absence de conscience collective a produit une jungle plutôt qu’une société”. Comment envisagez-vous aujourd’hui l’avenir ?
Emmanuel Todd : Si j’ai pu réussir quelques « coups » prédictifs par le passé avec la chute de l’URSS, l’affaiblissement des Etats-Unis, les révolutions arabes et l’échec d’un euro mort-né, je suis bien obligé de reconnaître que l’aspect totalement nouveau de la situation actuelle me déroute. Si je n’arrête évidemment pas mes recherches, je suis bien obligé d’admettre que la multiplication des facteurs inédits rendent la prédiction quasiment impossible.

 

L’Europe est aujourd’hui riche, vieille, très civilisée et paisible, en dépit d’une dynamique incontestable de renaissance des nations. C’est un contresens historique d’affirmer que le racisme y progresse. Quand je compare cette époque à celle des années 1970 je suis frappé de voir à quel points les gens sont devenus plus tolérants aux différences(physiques, sexuelles…). Nous vivons dans un monde où la violence à grande échelle, la guerre, est difficilement concevable. Je resterais donc sceptique quant à un scénario apocalyptique au cœur même du Vieux Continent.


Pour ce qui est de l’euro, on voit bien aujourd’hui que cette monnaie ne pourra jamais fonctionner dans une accumulation de sociétés dont les langues, les structures et les mentalités n’ont finalement que très peu en commun. D’un autre côté, il est clair pour moi que le seul pays qui serait à même de casser la zone euro et sa logique destructrice, c’est la France. Mais j’ai fait le deuil d’une élite politique française capable d’affronter la réalité de son échec et de passer à autre chose.


Mais je suis historien avant tout. Ma tristesse de citoyen est atténuée par la possibilité d’observer une histoire qui continue, même gérée par des idiots, et qui est sur le point de s’accélérer.

 

Propos recueillis par Théophile Sourdille

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 17:44
Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !

Le jour même où la France est libérée, elle

réaffirme dans le sang sa domination coloniale

en Algérie : 45.000 morts à Sétif, Guelma,

Kherrata et dans tout le Constantinois...

 

Source : Rebellyon.Info | mis à jour le 8 mai 2020

- Jour de liesse ? Fête de la libération ? Pas pour tout le monde...

Le 8 mai 1945 signi­fie la fin du nazisme. Il cor­res­pond aussi à l’un des moments les plus san­glants de l’his­toire natio­nale. La répres­sion colo­nia­liste venait d’y faire ses pre­miers accrocs face à une popu­la­tion farou­che­ment déter­mi­née à se pro­mou­voir aux nobles idéaux de paix et d’indé­pen­dance.

Faim, famine, chô­mage et misère sem­blaient résu­mer la condi­tion sociale de la popu­la­tion musul­mane algé­rienne colo­ni­sée par la France, popu­la­tion sur­tout agri­cole sou­vent dépla­cée car les colons s’étaient saisis des meilleu­res terres, et de plus dans une période de guerre, de séche­resse et de récol­tes déci­mées par les aca­ri­des. « Des hommes souf­frent de la faim et deman­dent la jus­tice... Leur faim est injuste. » écrivait Albert Camus début 1945 dans Combat.

 

Le 8 mai 1945 fut un mardi pas comme les autres en Algérie. Les gens mas­sa­crés ne l’étaient pas pour diver­sité d’avis, mais à cause d’un idéal. La liberté. Ailleurs, il fut célé­bré dans les inters­ti­ces de la capi­tu­la­tion de l’état-major alle­mand. La fin de la Seconde Guerre mon­diale, où pour­tant 150.000 Algériens s’étaient enga­gés dans l’armée aux côtés de de Gaulle. Ce fut la fin d’une guerre. Cela pour les Européens. Mais pour d’autres, en Algérie, à Sétif, Guelma, Kherrata, Constantine et un peu par­tout, ce fut la fête dans l’atro­cité d’une colo­ni­sa­tion et d’un impé­ria­lisme qui ne venait en ce 8 mai qu’annon­cer le plan de redres­se­ment des volon­tés farou­ches et éprises de ce saut liber­taire.

Photo : Sétif Fontaine Ain El Fouara
 

- Sétif, mardi 8 mai 1945

Dès 8 heures du matin, une foule esti­mée aux envi­rons de 10.000 per­son­nes était ras­sem­blée devant la mos­quée de la gare. Puis elle enta­mait son élan rue des Etats-Unis pour se diri­ger vers le centre-ville, rue Georges Clémenceau... Pacifiques, dépi­tés et désar­més, les pai­si­bles mani­fes­tants scan­daient des slo­gans de paix et de liberté. « Indépendance », « Libérez Messali Hadj », « L’Algérie est à nous ». Ils s’étaient donnés pour consi­gne de faire sortir pour la pre­mière fois le dra­peau algé­rien. La riposte fut san­glante.

 

Pourtant, pro­fi­tant du jour du marché heb­do­ma­daire, ce 8 mai 1945, les orga­ni­sa­teurs avaient rap­pelé aux pay­sans venus des vil­la­ges de dépo­ser tout ce qui pou­vait être une arme (cou­teau, hâche, faux...). Derrière les dra­peaux des alliés, c’étaient les écoliers et les jeunes scouts qui étaient au pre­mier rang suivis des por­teurs de la gerbe de fleurs, et les mili­tants sui­vaient juste der­rière pour éviter tout débor­de­ment de la masse pay­sanne.

 

A la vue d’un dra­peau algé­rien vert et blanc, qui avait été déployé en cours de route, les poli­ciers avaient jailli du bar­rage et avaient atta­qué la foule pour s’empa­rer du dra­peau. Un mili­tant avait expli­qué que le dra­peau étant sacré, il est impos­si­ble de le remi­ser une fois sorti. Le maire socia­liste de la ville sup­plie de ne pas tirer. Mais c’est à ce moment que tout dérape quand un ins­pec­teur tire, tue celui qui por­tait ce dra­peau à ce moment-là et deux coups de feu en sou­tien de la part d’Européens par­tent du café de France. Dans la pani­que pro­vo­quée par les pre­miers coups de feu, à d’autres fenê­tres des Européens tirent à leur tour sur la foule.

 

« On a tiré sur un jeune scout » ! Ce jeune « scout » fut le pre­mier martyr de ces inci­dents : Saâl Bouzid, 22 ans, venait par son souf­fle d’indi­quer sur la voie du sacri­fice la voie de la liberté. K. Z., âgé alors de 16 ans, affirme non sans amer­tume à ce propos : « Il gisait mou­rant par-devant le ter­rain qui sert actuel­le­ment d’assiette fon­cière au siège de la wilaya. Nous l’avons trans­porté jusqu’au doc­teur Mostefaï... et puis... » L’émotion l’étouffe et l’empê­che de conti­nuer...

 

Bien que la pani­que ait gagné l’ensem­ble des mani­fes­tants, un mili­tant avait sonné le clai­ron pour que la gerbe de fleurs soit dépo­sée. Cela se pas­sait à 10 heures du matin. Le car de la gen­dar­me­rie ayant eu du retard était arrivé en fon­çant en direc­tion des mani­fes­tants fau­chant les pré­sents.
Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !

Surgit alors la pré­pa­ra­tion du mas­sa­cre des Algériens. Une milice d’Européens est formée à qui on donne des armes ; l’armée, la police et la gen­dar­me­rie sont déployées... C’est une véri­ta­ble chasse à toutes per­son­nes musul­ma­nes.

 

Le 9 mai, à Sétif, ce sont 35 Algériens qui ont été abat­tus parce qu’ils ne savaient pas qu’un couvre feu avait été établi. Le rap­port du com­mis­saire divi­sion­naire, M. Bergé, expli­quait que chaque mou­ve­ment jugé sus­pect pro­vo­quait le tir : « les musul­mans ne peu­vent cir­cu­ler sauf s’ils por­tent un bras­sard blanc déli­vré par les auto­ri­tés et jus­ti­fi­ca­tions d’un emploi dans un ser­vice public. »
Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !
Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !

- Guelma, mardi 8 mai 1945

A Guelma, à 16 heures, un ras­sem­ble­ment s’était orga­nisé hors de la ville. Les mili­tants des Amis du Manifeste et de la Liberté (AML) atten­daient, en fait, les ins­truc­tions venant de Annaba. A 17 heures le cor­tège s’était ébranlé avec les pan­car­tes célé­brant la vic­toire des alliés ainsi que leurs dra­peaux entou­rant un dra­peau algé­rien. Arrivé à l’actuelle rue du 8 mai, le cor­tège avait été arrêté par le sous préfet Achiary. Il ne res­tait plus que 500 mètres pour attein­dre le monu­ment aux morts.

 

Le sous préfet, Achiary - futur chef de l’OAS créé à Madrid en 1961 -, hors de lui avait intimé l’ordre de jeter les pan­car­tes, dra­peaux et ban­de­ro­les. Un socia­liste nommé Fauqueux avait râlé auprès du sous préfet : « Monsieur le sous préfet est ce qu’il y a ici la France ou pas ? ». C’est alors, comme un coup de fouet, Achiary saisit le revol­ver dont il s’est armé, entre dans la foule droit sur le porte dra­peau et tire. Son escorte ouvre le feu sur le cor­tège qui s’enfuit, décou­vrant dans son reflux le corps du jeune Boumaza. A Guelma ce jour-là il y a déjà 4 Algériens tués, mais aucun Européen.

 

Le 9 mai, à Guelma, la milice diri­gée par Achiary avait tenu sa pre­mière séance au cours de laquelle l’adjoint Garrivet pro­po­sait : « Nous allons étudier la liste des per­son­nes à juger. Commençons par nos anciens élèves ». Une per­qui­si­tion au local des AML a permis de saisir les listes nomi­na­ti­ves des res­pon­sa­bles et mili­tants, tous consi­dé­rés comme sus­pects, qui seront incar­cé­rés, sou­vent tor­tu­rés, et exé­cu­tés par four­nées entiè­res.

Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !
Photo : Arrestations de civils menés vers leur propre exécution et finir brûlés dans des fours à chaux de Guelma
 

- Kherrata, mardi 8 mai 1945

C’est aussi mardi jour de marché, et il n’y a pas de défilé prévu pour la fin de la deuxième guerre mon­diale, ce 8 mai, dans ce gros vil­lage tran­quille, situé au pied d’une chaîne mon­ta­gneuse, à quel­ques dizai­nes de kilo­mè­tres de la Méditerranée. En fin de mati­née on y apprend les tue­ries poli­ciè­res de Sétif. Les nou­vel­les se répan­dent vite parmi la popu­la­tion de Kherrata. Les Européens pren­nent peur, l’admi­nis­tra­teur colo­nial leur dis­tri­bue des armes et ils se plan­quent dans une for­te­resse. Tandis qu’on donne l’ordre au crieur public d’annon­cer le couvre-feu, celui-ci au contraire par­court tous les vil­la­ges à l’entour en appe­lant la popu­la­tion musul­mane à se ras­sem­bler à Kherrata.

 

Ce sont 10.000 per­son­nes qui vont arri­ver durant la nuit à Kherrata. Dès l’aube du 9 mai, une grande agi­ta­tion règne au centre de Kherrata grouillant de monde. Les Musulmans sachant que les Européens étaient armés, et prêts à les tuer, se sont ras­sem­blés pour envi­sa­ger com­ment se défen­dre. Certains ont coupé les lignes télé­pho­ni­ques, et d’autres ont cher­ché des armes au tri­bu­nal et dans trois mai­sons, qui furent incen­diées. L’admi­nis­tra­teur colo­nial et le juge de paix furent tués. Les 500 Européens qui étaient dans la for­te­resse tirè­rent alors sur la foule déchaî­née qui tra­ver­sait le vil­lage avec des dra­peaux algé­riens, tandis qu’on enten­dait les « you-you » des femmes.

 

Même s’ils avaient une grande cons­cience révo­lu­tion­naire, beau­coup parmi les insur­gés algé­riens ne savaient pas quoi faire. Pour savoir com­ment réagir, ils se sont alors ras­sem­blés dans la mon­ta­gne à Bouhoukal, mais l’armée fran­çaise était déjà en marche. Le peu de monde qui avait des fusils se mit en grou­pes dans les gorges et à l’entrée de Kherrata pour retar­der l’arri­vée des gen­dar­mes et des trou­pes. Mais dans cette révolte, qui allait vite être étouffée par l’armée, il n’y eu en tout et pour tout sur ce sec­teur que 10 morts et 4 bles­sés parmi les mili­tai­res et les Européens.

 

Vers midi, les auto­mi­trailleu­ses de l’armée fran­çaise se met­tent à tirer de loin sur les popu­la­tions de Kherrata et des vil­la­ges avoi­si­nants, suivi de près par les tirs impres­sion­nants du bateau-croi­seur Duguay-Trouin sur les crêtes des monts de Babor, et l’après-midi c’est l’avia­tion qui bom­bar­dait les envi­rons. Bombardements, tirs nour­ris et fusilla­des firent que plu­sieurs mil­liers d’Algériens furent mas­sa­crés. Vers 10 heures du soir, la légion étrangère fran­chis­sait les gorges et arri­vait au vil­lage com­plè­te­ment vidé de ses habi­tants musul­mans.

Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !
Photo : propagande coloniale - (à la mode Tartarin de Tarascon) : on distribue des armes sans munitions aux civils pour un besoin de propagande : « les insurgés déposent les armes ». Ils feront TOUS partie des victimes assassinées, jetées vivantes du haut de la falaise de Kherrata (voir les gorges de Kherrata au fond de la photo) et enfin ramassées et brulées dans des fours à chaux.

 

- Un des plus atroces massacres coloniaux de la part de la France

Suite aux assas­si­nats d’Algériens à Sétif et à Guelma, des grou­pes d’indi­gè­nes avaient, dans leur repli, riposté en tuant des Européens. [1] S’en suit une répres­sion extrê­me­ment vio­lente dans les rues et les quar­tiers de ces deux villes impor­tan­tes, alors que la presse fran­çaise parle abu­si­ve­ment de ter­ro­risme algé­rien. Pendant une semaine, l’armée fran­çaise, ren­for­cée par des avions et des chars, se déchaîne sur les popu­la­tions de la région et tue sans dis­tinc­tion. À la colère légi­time des Algériens, la réponse du gou­ver­ne­ment fran­çais, dans lequel se trouve, mais oui, le PS et le PC, aux côtés de de Gaulle, ne s’est, en tout cas, pas fait atten­dre en mobi­li­sant toutes les forces de police, de gen­dar­me­rie, de l’armée, en envoyant des ren­forts de CRS et de par­chut­tis­tes, et même en recru­tant des mili­ciens, qui ne se gênent pas de fusiller des Algériens de tous âges et sans défense.
Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !
Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !

De Sétif, la répres­sion san­glante s’est géné­ra­li­sée. Elle allait tou­cher tout le pays durant tout le mois de mai. L’Algérie s’embra­sait sous les feux brû­lants du prin­temps 1945. Le géné­ral Weiss, chef de la cin­quième région aérienne, avait ordonné le 13 mai le bom­bar­de­ment de tous ras­sem­ble­ments des indi­gè­nes sur les routes et à proxi­mité des vil­la­ges.

 

Kateb Yacine, écrivain algé­rien, alors lycéen à Sétif, écrit : « C’est en 1945 que mon huma­ni­ta­risme fut confronté pour la pre­mière fois au plus atroce des spec­ta­cles. J’avais vingt ans. Le choc que je res­sen­tis devant l’impi­toya­ble bou­che­rie qui pro­vo­qua la mort de plu­sieurs mil­liers de musul­mans, je ne l’ai jamais oublié. Là se cimente mon natio­na­lisme. »


« Je témoi­gne que la mani­fes­ta­tion du 8 mai était paci­fi­que. En orga­ni­sant une mani­fes­ta­tion qui se vou­lait paci­fi­que, on a été pris par sur­prise. Les diri­geants n’avaient pas prévu de réac­tions. Cela s’est ter­miné par des dizai­nes de mil­liers de vic­ti­mes. À Guelma, ma mère a perdu la mémoire... On voyait des cada­vres par­tout, dans toutes les rues. La répres­sion était aveu­gle ; c’était un grand mas­sa­cre. »

 

Dans les loca­li­tés envi­ron­nan­tes à Sétif, Ras El Ma, Beni Azziz, El Eulma, des douars entiers furent déci­més, des vil­la­ges incen­diés, des dechras et des famil­les furent brû­lées vives. On raconte le mar­tyre de la famille Kacem. Korrichi, son fils Mohamed et son frère Nouari furent tor­tu­rés et tués à bout por­tant... Les légion­nai­res pre­naient les nour­ris­sons par les pieds, les fai­saient tour­noyer et les jetaient contre les parois de pierre où leurs chairs s’éparpillaient sur les rochers...
Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !

L’armée fran­çaise avait pla­ni­fié l’exter­mi­na­tion de mil­liers d’Algériens. Pour mettre à exé­cu­tion leur des­sein les sol­dats fran­çais avaient pro­cédé au regrou­pe­ment de toutes les popu­la­tions avoi­si­nant les côtes-est de Béjaïa à Bordj Mira en pas­sant par Darguina, Souk El-Tenine et Aokas. Toutes les popu­la­tions de ces régions étaient for­cées de se regrou­per sur les plages de Melbou. L’occu­pant n’avait en tête que la liqui­da­tion phy­si­que de tout ce beau monde. Des sol­dats armés fai­saient le porte-à-porte à tra­vers la ville de Sétif et cer­tai­nes régions envi­ron­nan­tes, et obli­geaient hommes, femmes et enfants à sortir pour monter dans des camions.

 

Dès lors, des camions de type GMC conti­nuaient à char­ger toute per­sonne qui se trou­vait sur leur pas­sage. Le convoi pre­nait la direc­tion de Kherrata. Les habi­tants de cette autre ville his­to­ri­que n’allaient pas échapper à l’embar­que­ment qui les menait avec leurs autres conci­toyens de Sétif, vers le camion de la mort. Les mil­liers d’Algériens furent déchar­gés depuis les bennes des camions au fond des gorges de Kherrata. L’hor­reur n’était pas ter­mi­née pour ces pau­vres « bou­gnouls » comme aimaient les sur­nom­mer les colons fran­çais. Des héli­co­ptè­res dénom­més « Bananes » sur­vo­laient les lieux du mas­sa­cre pour ache­ver les bles­sés. Une véri­ta­ble bou­che­rie humaine allait per­met­tre, plus tard, aux oiseaux cha­ro­gnards d’inves­tir les lieux.

 

Avec la venue de l’été, la cha­leur monte... et l’odeur de la mort. Vers Guelma, faute de les avoir tous enter­rés assez pro­fond ou brûlés, trop de cada­vres ont été jetés dans un fossé, à peine recou­verts d’une pel­le­tée de terre. Les débris humains sont trans­por­tés par camion. Le trans­port est effec­tué avec l’aide de la gen­dar­me­rie de Guelma pen­dant la nuit. C’est ainsi que les restes des 500 musul­mans ont été amenés au lieu dit « fon­taine chaude » et brûlés dans un four à chaux avec des bran­ches d’oli­viers.

 

Alors que l’on sait que ce sont en tout 102 Européens ou mili­tai­res qui ont été tués, et 110 bles­sés, à ce moment-là, en riposte aux tue­ries des auto­ri­tés fran­çai­ses, malgré un minu­tieux tra­vail de recher­ches, il est aujourd’hui abso­lu­ment impos­si­ble de savoir le nombre exact d’assas­si­nats per­pé­trés par la France parmi les Algériens. Tout a été fait pour que cet énorme mas­sa­cre soit le plus pos­si­ble dis­si­mulé à l’opi­nion publi­que. On peut esti­mer cepen­dant qu’il y a eu à ce moment-là plu­sieurs dizai­nes de mil­liers de bles­sés algé­riens, pas loin de cent mille. Selon l’armée amé­ri­caine cet énorme mas­sa­cre de la France de de Gaulle, par l’armée fran­çaise, la police et les mili­ciens, aurait fait 45.000 morts. C’est le chif­fre, qui peut sem­bler peut-être vrai­sem­bla­ble, retenu offi­ciel­le­ment désor­mais par les Algériens.

 

Dans la mati­née du fati­di­que 8 mai, en guise de riposte à cette mani­fes­ta­tion paci­fi­que, la police ouvrit le feu... Plusieurs d’entre acteurs et témoins encore en vie sont ainsi soumis à la souf­france du sou­ve­nir et le devoir de dire ce qu’ils ont vécu, vu, entendu dire et se dire. Ils crai­gnent pour la pos­té­rité, l’amné­sie.

 

Parler à Sétif du 8 mai 1945 rend obli­ga­toire la cita­tion de noms-phares : Abdelkader Yalla, Lakhdar Taârabit, Laouamen dit Baâyou, Bouguessa Askouri, Gharzouli, Rabah Harbouche, Saâd Saâdna, Miloud Begag, Saâdi Bouras, Benattia, le Dr Hanous, le Dr Saâdane, Bachir Ibrahimi, et beau­coup d’autres que seul un tra­vail sérieux ins­ti­tu­tion­nel pour­rait les lister et en faire un fron­ton mémo­rial.

Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !

Le 8 mai 1945, un des plus atro­ces mas­sa­cres colo­niaux est per­pé­tré par cette France fraî­che­ment libé­rée. Et, à Sétif en Algérie, où est orga­ni­sée une mani­fes­ta­tion paci­fi­que indé­pen­dan­tiste par les mili­tants du PPA (Parti Populaire Algérien), le gou­ver­ne­ment fran­çais envoie l’armée, sous le com­man­de­ment du géné­ral Duval. Dans une répres­sion vio­lente contre la popu­la­tion civile, des navi­res de guerre tirent et l’avia­tion bom­barde la popu­la­tion de Sétif. 10.000 sol­dats sont enga­gés dans une véri­ta­ble opé­ra­tion mili­taire. Ils sont issus de la Légion étrangère, des tabors maro­cains, des tirailleurs séné­ga­lais et algé­riens. En outre, des mili­ces se for­ment sous l’œil bien­veillant des auto­ri­tés, et se livrent à une véri­ta­ble chasse aux émeutiers. Le géné­ral Duval déclare que « Les trou­pes ont pu tuer 500 à 600 indi­gè­nes. » Le nombre de vic­ti­mes est aujourd’hui estimé à au moins 30.000 morts.

 

Le drame est passé ina­perçu dans l’opi­nion métro­po­li­taine. Le quo­ti­dien com­mu­niste L’Humanité assure alors que les émeutiers étaient des sym­pa­thi­sants nazis ! Il faudra atten­dre le 27 février 2005 pour que, lors d’une visite à Sétif, M. Hubert Colin de Verdière, Ambassadeur de France à Alger, qua­li­fie les « mas­sa­cres du 8 mai 1945 de tra­gé­die inex­cu­sa­ble. » Cet évènement cons­ti­tue la pre­mière reconnais­sance offi­cielle de sa res­pon­sa­bi­lité par la République fran­çaise.

 

Pourtant, en ce jour de com­mé­mo­ra­tion de la liberté, de la fin du joug nazi, pas un mot ne sera dit sur ce mas­sa­cre de la France colo­niale. Rappellons qu’il en est d’autres (Madagascar 1947, Paris le 17 octo­bre 1961, Alger le 26 mars 1962...). Cette France qui fait tein­ter ses médailles aujourd’hui, à coup de célé­bra­tions idéo­lo­gi­ques, conti­nue de pra­ti­quer le déni his­to­ri­que sur ses pro­pres crimes.

 

- Aujourd’hui seront rapel­lés la bar­ba­rie nazie et les crimes de Vichy.
- Aujourd’hui seront oubliés les crimes colo­niaux, ou encore le fait que les der­niers camps de concen­tra­tion en France pour Tziganes n’ont fermé qu’en 1946, que Papon n’a jamais été inquiété pour les crimes qu’il a commis en tant que préfet de la Ve République, la nôtre.

 

Les crimes commis par la France sont struc­tu­rels. Cette France-là nous ne l’aimons pas.

par D i s s i d e n c e . f r

 

Pour en savoir plus

Sur le même sujet, lire aussi : Sétif, Guelma, l'autre 8 mai 1945

- Parce que le 8 mai 1945, ce fut aussi CA !!!

- mais aussi : Les crânes oubliés de la conquête de l’Algérie

Le visage de la France colonialiste en Algerie

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