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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 09:00
Après le réchauffement des relations Cuba-US, l’inéluctable levée de l’embargo

Sources :  palomaInfo par Lahcen SENHAJI et Le Grand Soir modifié le 10 mai 2015

Les relations entre Cuba et Washington ont entrepris un tournant historique ces derniers mois, avec la reprise du dialogue entre le président états-unien Barack Obama et son homologue cubain Raul Castro. Un dialogue qui en réalité a été entrepris depuis plus longtemps mais qui vient de porter ses fruits avec un échange de prisonniers à la clé : condamné à 15 ans de prison pour importation de dispositifs satellitaires interdits à Cuba, l’agent de l’USAID Alan Gross a été libéré coté cubain en échange de trois des "Cinq héros" cubains (les deux premiers ayant été libérés en 2011 et 2013), condamnés à perpétuité par Washington pour avoir infiltré les milieux anti-castristes de Floride et accusés d’avoir infiltré des bases militaires américaines. Washington a également annoncé un nouvel allègement des sanctions drastiques infligées à Cuba depuis plus d’un demi-siècle.

 

Cependant, le tournant historique reste la reprise du dialogue entre les deux états, qui rompt avec plus de 50 ans de relations économiques et diplomatiques inexistantes, accentués par une série de textes imposant à l’île des Caraïbes des sanctions unilatérales drastiques et contribuant à sa marginalisation au niveau mondial, beaucoup de pays subissant une pression les contraignant à s’aligner sur la position des États-Unis.

 

C’est ainsi que l’Union Européenne a adopté depuis 1996 une "Position commune" rompant toute relation économique ou diplomatique avec Cuba. Cette résolution, bien que dans les faits peu respectée depuis 2008, notamment par la France qui a conclu plusieurs accords avec l’île, est remise en question depuis 2012 et des négociations ont été entreprises depuis le début de l’année 2014 entre les États membres en vue de son abolition.

 

Adoptée en son temps par l’ancien chef du gouvernement espagnol José Maria Aznar, cette "Position commune" est remise en question depuis quelques années de par son inefficacité - une quinzaine de pays membres de l’UE entretenant des relations de types économiques ou diplomatiques avec Cuba - mais aussi par l’aberration qu’elle implique. En effet, une résolution de ce type n’est pas appliquée pour des pays tels que l’Iran ou le Zimbabwe, pour lesquels un embargo a pourtant été décrété.

 

C’est un peu ce qui motive la nouvelle donne posée par les États-Unis. On sentait déjà une volonté chez Barack Obama de revoir la position des États-Unis au sujet de Cuba, ce dernier ayant d’ailleurs déclaré il y a un an, suite à la poignée de main symbolique avec Raul Castro lors des funérailles de Nelson Mandela, qu’il "était peut-être temps pour Washington de revoir ses relations avec Cuba". Cette volonté s’est désormais concrétisée mais il reste une étape à franchir : celle de la levée de l’embargo.

 

Comme pour la "Position commune" de l’Union Européenne, les sanctions économiques infligées par Washington à La Havane brillent par leur inefficacité et ce depuis 1962. Loin de faire fléchir le régime, elles affectent tous les secteurs de la société cubaine et constituent une entrave au développement de l’île, en plus de constituer une grave violation du Droit international. La fin de cet état de siège économique est d’ailleurs réclamé par une majorité grandissante de voix et de pays, comme le démontre la dénonciation unanime des quinze États membres de la Communauté des Caraïbes réunie récemment en sommet à La Havane. Cuba est aujourd’hui un membre important de l’OEA et bénéficie du soutien d’une grande partie de l’Amérique latine, et l’hostilité de Washington à son égard constitue un obstacle au développement de relations avec l’Amérique latine, et notamment l’Amérique du sud.

 

Par ailleurs, en octobre 2014, et ce pour la 23ème année consécutive, la levée des sanctions contre Cuba a été votée par 188 pays lors de la réunion annuelle de l’Assemblée générale des Nations unies. Seul Israël, allié indéfectible des Etats-Unis, lui a apporté son soutien.

 

A l’intérieur même de l’élite politique outre-Atlantique, nombreuses sont les voix qui estiment que l’embargo contre Cuba doit être levé. C’est le cas d’Hillary Clinton [1], secrétaire d’Etat d’Obama durant son premier mandat, qui estime dans son dernier ouvrage que l’embargo contre Cuba "n’a pas eu les résultats escomptés" et qui a exhorté Obama à assouplir l’embargo, voire le supprimer. C’est aussi le cas de Charlie Christ [2], ancien gouverneur démocrate de la Floride, qui est "arrivé à la conclusion que [les Etats-Unis] doivent lever l’embargo. La définition de la folie est de refaire la même chose en espérant un résultat différent".

 

Le New York Times [3] a récemment consacré un long éditorial à cette réflexion, dans lequel l’auteur se positionne en faveur d’un rétablissement des relations diplomatiques et économiques avec Cuba :

 

« Pour la première fois depuis plus de 50 ans, un changement de politique aux Etats-Unis et à Cuba rend politiquement possible le rétablissement de relations diplomatiques formelles et le démantèlement de cet embargo insensé. [...] M. Obama devrait saisir l’opportunité de mettre un terme à une longue ère d’inimitié et aider la population qui a énormément souffert [...]. Le gouvernement [cubain] a fait part de sa disposition à rétablir les relations diplomatiques avec les États-Unis sans conditions. En guise de premier pas, l’administration Obama devrait éliminer Cuba de la liste du Département d’État des nations soutenant le terrorisme [...]. Le gouvernement des Etats-Unis reconnait que La Havane joue un rôle constructif dans le conflit en Colombie en accueillant des pourparlers entre le gouvernement et les leaders de la guérilla. Depuis 1961, Washington a imposé des sanctions pour se débarrasser du régime castriste. Au fil du temps, il est devenu évident pour de nombreux responsables américains que l’embargo est un échec cinglant. [...]. Un sondage récent montre qu’une ample majorité de Cubains-américains de Miami sont désormais opposés à l’embargo. Une majorité significative d’entre eux est favorable au rétablissement de relations diplomatiques, reflétant ainsi le point de vue de l’ensemble des Américains ».

 

La levée des sanctions contre Cuba est donc inéluctable, comme était inéluctable la remise en question de la Position commune de l’Union Européenne, ce type de sanction ayant montré son inefficacité malgré plus d’un demi-siècle de mise en application.

 

- Retour sur l'embargo

 

Le blocus des Etats Unis contre Cuba continue d’être pour le peuple cubain une réalité inhumaine, qui se matérialise par des dommages dont tous les secteurs de l’Île ont souffert depuis plus de 50 ans.

 

Le Rapport de Cuba sur la Résolution 67/4 de l’ONU, qui a été débattu et soumis au vote pour la 22e fois, le 29 octobre 2013[4], démontre que la politique "génocidaire" se poursuit, ainsi que les affectations provoquées qui, considérant la dépréciation du dollar face à la valeur de l’or sur le marché international, s’élevaient à plus de mille milliards de dollars, au mois d’avril 2013.

 

Nombreux sont les exemples qui confirment la détermination du gouvernement nord-américain de maintenir cette mesure unilatérale et extraterritoriale, en ignorant la réprobation qu’elle suscite au sein de de la communauté internationale, y compris aux États-Unis.

  • Un article publié le 3 mars 2013 par l’agence d’affaires et de finances Bloomberg, signalait que la Maison-Blanche, de 2000 à 2006, a ouvert 11 000 enquêtes aux États-Unis pour de soi-disant violations du régime de sanctions contre Cuba. Cet article précisait également que 7 000 enquêtes ont été réalisées pour les autres pays.
  • Par ailleurs, l’Administration nord-américaine s’acharne à traquer tout ce qui représente une possibilité d’affaires pour Cuba à travers son Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC), qui a infligé des amendes très lourdes à des entreprises, des banques et à des organisations non gouvernementales ayant entretenu des relations commerciales avec l’Île.
  • Un exemple : la sanction de plus d’un million de dollars à la Great Western Malting Co., pour avoir facilité la vente, à travers une filiale étrangère, de malt d’origine non étasunienne à Cuba, ou l’amende de plus de 8 millions infligée à la banque Tokio Mitsubishi UFJ, pour des virements financiers impliquant un groupe de pays, dont Cuba, au motif qu’elle violait les sanctions économiques imposées par les États-Unis.*
  • Ridicule la pénalité de 6 500 dollars imposée au citoyen nord-américain Zachary Sanders, pour avoir voyagé à Cuba sans l’autorisation du Département du Trésor, ou l’empêchement de l’achat de 100 exemplaires du livre de Salim Lamrani : État de siège. Les sanctions économiques des États-Unis contre Cuba, par l’association britannique Cuba Solidarity Campaign à la maison d’édition new-yorkaise Monthly Review Press.
  • Le fait que Cuba soit obligée d’acheter des médicaments, des réactifs, des pièces de rechange pour des équipements de diagnostic et de traitement, d’instruments et d’autres intrants sur des marchés lointains, ainsi que le recours à des intermédiaires, entraîne un renchérissement très fort des coûts.
  • Cela a une influence directe sur la population, et provoque une dégradation de la qualité des services sanitaires de la population.
  • Le secteur de l’alimentation est l’un des plus touchés, car il figure parmi les principaux objectifs du blocus de « rendre par la faim et le découragement la population cubaine ».
  • Même lorsque l’achat de certains produits agricoles et alimentaires des États-Unis est autorisé, ce type de transaction se fait sous un régime inégal, car Cuba ne peut pas vendre ses produits sur le marché nord-américain, et n’a pas le droit d’utiliser le dollar étasunien dans ses transactions, entre autres restrictions.
  • L’éducation, la culture et le sport sont également frappés en permanence par cette guerre économique. Du fait de cette politique, Cuba n’a toujours pas accès au marché étasunien, plus proche, pour acheter des fournitures scolaires et des matières premières, ni pour échanger des informations scientifiques, culturelles et sportives.
  • Tout aussi sévères sont les mesures visant à interdire ou conditionner le développement normal des échanges universitaires, les voyages d’étudiants et de professeurs, le flux d’informations scientifiques par divers voies, la diffusion et la rétribution adéquate en fonction des résultats dans le domaine académique et l’achat d’intrants, de moyens et d’outils pour l’enseignement, la recherche et le travail scientifique en général.
  • De même que le commerce extérieur, les investissements étrangers sont la cible du blocus économique, en tant que secteurs essentiels du développement cubain.
  • L’augmentation des coûts du fret et du transport maritime, ainsi que les pressions dont font l’objet les entreprises étrangères, entravent le processus d’investissements et l’économie cubaine en général.
  • Les secteurs de la construction, du tourisme, des communications, de l’énergie et des mines, de l’aéronautique civile, entre autres, sont également durement frappés, du fait des coûts financiers plus élevés, associés à l’interdiction des transactions bancaires et aux frais additionnels obligatoires auxquels ils sont soumis par la politique obsessionnelle, inhumaine et méprisable des États-Unis contre la Révolution cubaine.
  • Lire aussi Cuba : petit rappel sur l'état de siège économique le plus long de l'histoire

 

Notes :

[1] Matthew Lee, « Hillary Clinton demande la fin de l’embargo contre Cuba », The Associated Press, 6 juin 2014.

[2] Agence France Presse, « Charlie Crist critique l’embargo et veut voyager à Cuba », 17 mai 2014.

[3] The New York Times, « Obama Should End the U.S. Embargo on Cuba », 11

[4] approuvée le 29 octobre 2013 par 188 voix pour de la part des États membres de l'ONU

 

Pour en savoir plus :

21/12 Discours de Raúl Castro Ruz devant l’Assemblée nationale, le 20 Décembre 2014 - Text (...)

20/12 Cuba/Etats-Unis : angélisme, pragmatisme, stupidités

19/12 Le « home run » de la diplomatie cubaine.

 

Mais aussi :

- Cuba. Petit rappel sur l’état de siège économique le plus long de l’histoire

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  • Pour une Révolution citoyenne par les urnes
  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, syndicaliste CGT, conseiller Prud'homme depuis 1978.
  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, syndicaliste CGT, conseiller Prud'homme depuis 1978.

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