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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 18:09
Jean-Luc Mélenchon "Grèce : un accord contraint qu’il ne faut pas soutenir"

Un révolver sur la tempe !

 

Source : le blog de Jean-Luc Mélenchon le 13 juillet 2015 | modifié le 20 juillet 2015

- « Un revolver sur la tempe », selon ses propres termes : Tsipras a signé un « compromis ».

Aussitôt, les trompettes des louanges relaient la traditionnelle propagande gouvernementale pour célébrer le rôle de facilitateur de Hollande, la force du « couple franco-allemand » et réciter les refrains, les mantras et les calembredaines habituelles des eurolâtres. La vérité toute crue est, une fois de plus, à des lustres des pseudos analyses de commentateurs qui ne comprennent pas ce qu’ils voient, parlent de textes qu’ils n’ont pas lu et font réagir des « responsables politiques » sans autres informations que celles données par ces plus que douteux intermédiaires.

 

 

- Sur tous les écrans la même image....

madame Merkel face à Alexis Tsipras flanquée de Donald Tusk et de François Hollande. Un spectacle inacceptable. Pas seulement pour un Français à qui il est pénible de se voir de ce côté de la table et de surcroît assis en bout de banc ! Mais surtout pour un Européen. Car cette réunion devenue, faute de critique des commentateurs, une « instance », n’a aucune légitimité. Il y a un Conseil des gouvernements, il y a un Eurogroupe. Il n’y a pas de tandem faisant office d’audit ! La proposition issue de cette réunion n’a donc aucune légitimité. D’ailleurs, les Italiens (troisième économie du continent) ont lourdement protesté. Et le gouvernement finlandais où règne la coalition de la droite et de l’extrême droite a déjà déclaré que cet accord n’était pas le sien ! Voilà qui devrait au moins faire réfléchir les eurolâtres français. Quelle genre d’Europe est-ce là ?

 

 

- Quant à la discussion dans ce cadre, quelle valeur a-t-elle ?

La partie grecque n’y était pas du tout libre. Le pays est en état de blocus financier depuis quinze jours ! L’asphyxie est amplement commencée. Que vaut dans ces conditions une discussion de treize heures sans pause ? Et comment accepter le genre de pression que signifie la présence d’un côté des experts des deux premières économies, appuyés par les assistants du président du Conseil des gouvernements face à un gouvernement seul ? Est-ce ainsi que l’on traite ses partenaires en Europe ? Asphyxie financière du pays et asphyxie physique des négociateurs comme cadre d’échange ? 

 

 

- Après quoi je me dis mal à l’aise du fait du soutien apporté dans notre gauche ici ou là a cet « accord ».

Je veux croire qu’il n’aura pas été lu ou lu trop vite… En effet, le texte signé prévoit par exemple l’abrogation de toutes les lois votées depuis février dernier, la remise en cause du code du travail jusque dans des détails comme le travail du dimanche, la surveillance rétablie de la Troïka sur chaque ministère et le devoir de son approbation préalable avant chaque proposition de loi. Quand au rééchelonnement de la dette, question prioritaire, il est, d’une part, mis au conditionnel et, d’autre part, subordonné à l’approbation préalable de tout ceci par le Parlement Grec ! 

 

 

- La presse allemande comme le « Spiegel » parle de cet accord comme d’un « catalogue de cruauté ».

Le journal « L'Humanité », sous la plume de son directeur Patrick Apel Muller, parle de « la dictature froide de l’Allemagne ». « Angela Merkel, écrit-il, réclame la capitulation sans condition sous peine d’exclusion, accompagnée par quelques gouvernements servile. » La veille, Matéo Renzi, le président du Conseil italien, avait fini par éclater face au gouvernement allemand : « Ça suffit ! ». De toutes part, l’indignation est montée. « Le Monde » rapporte que même les hauts fonctionnaires européenns sont outrés. Il montre Tsipras épuisé et humilié.

 

 

- Telle est pourtant dorénavant l’Union européenne.

Le gouvernement d’Alexis Tsipras a résisté pied à pied comme nul autre ne l’a aujourd’hui fait en Europe. Il doit accepter un armistice dans la guerre qui lui est menée. Notre solidarité lui est due. Mais rien ne doit nous obliger a accepter de participer à la violence qui lui est faite. Si j’étais député, je ne voterais pas cet accord à Paris. Ce serait ma manière de condamner la guerre faite à la Grèce. Ce serait ma manière de condamner ceux qui la mènent et les objectifs qu’ils poursuivent.

 

 

- En France, nous devons condamner de toutes les façons possibles les sacrifices encore demandés aux Grecs et la violence qui leur est imposée.

Comme d’habitude, cela commence par le sang-froid face à la meute médiatique et son rouleau compresseur de fausses évidences. Ne jamais perdre de vue qu’ils mettent en mots la réalité pour la faire correspondre à leurs formats de diffusion et que la vérité n’est pas leur première exigence, même au prix de l’absurdité. Dans cette ambiance, il est impossible de retourner la tendance du commentaire, car elle est dans la folie panurgique. Mais, en allumant des signaux et en faisant circuler des analyses documentées, on empèche la débandade intellectuelle et on donne des points d’appui. Dans quarante-huit heures, les ravis de la crèches vont dessaouler. Toutes sortes de gens intellectuellement exigeants vont lire le texte. La résistance va se reconstituer. Certes, personne ne viendra dire merci à ceux qui auront tenus la première ligne de tranchée. Mais ce qui importe le plus sera acquis : une résistance va exister. 

 

 

- Les gens de bonne foi qui cherchent à se faire une opinion libre n’y comprennent rien...

En vérité, tant l’accumulation des bavardages transforme en « bruit » toute question. Ils sentent bien qu’on veut leur faire penser quelque chose et ils ne veulent pas se laisser faire. Notre devoir est de tenir bon en tenant tous les bouts du problème posé. Il faut soutenir Alexis Tsipras et ne pas s’ajouter à la meute de ceux qui veulent le déchirer et se rendent complice du coup d’état tenté contre lui et les Grecs. Mais il ne faut pas soutenir l’accord pour ne pas cautionner la violence dont il est issu et qu’il prolonge. 

 

 

- Nous savons que le meilleur atout du peuple grec serait la victoire de Podemos en Espagne et la nôtre en France.

Nous y travaillons ! Pour cela, il ne faut pas commettre l’erreur d’approuver aujourd’hui des méthodes appliquées demain aux Grecs, dont on ne supporterait pas qu’elles soient appliquées à la France. En laissant faire le putch contre Chypre, la France a validé une méthode qui a été depuis étendue à la Grèce. Nous fûmes trainés dans la boue pour l’avoir dit et même traité d’antisémites pour cela par Harlem Désir, alors premier secrétaire du PS, absent total de la partie européenne qui vient de se jouer alors même qu’il est le ministre français des affaires européennes ! 

 

 

- Mobilisés en équipe et avec traducteurs, mes amis et moi nous n’avons pas lâché les devoirs de la froide analyse et de la « solidarité raisonnée » qui est notre règle éthique et politique.

Cette discipline, nous la pratiquons depuis la période où nous avons accompagné et soutenu les révolutions citoyennes de l’Amérique latine. En effet, elles posaient déjà à chaque instant le problème de la façon de combiner le nécessaire soutien face à l’ennemi et le droit de ne pas partager une position prise par nos amis sur place. C’est d’ailleurs pour maintenir la possibilité de cette attitude que nous avons refusé à Chavez la construction d’une « cinquième internationale » comme il l’avait proposé, en nous prévenant à juste titre que le refus de sa proposition nous laisserait sans alternative collective. Nous avons mis en veilleuse nos critiques de François Hollande, même si nos encouragements à bien faire ont comme d’habitude été utilisés sans scrupule pour faire croire à notre adhésion.

 

 

- Cette attitude est celle de la responsabilité devant notre pays et devant nos amis grecs.

Sans surprise, une fois de plus, nous avons vu l’exécutif français deux mains en dessous des évènements et revenant de Bruxelles comme d’autres de Munich, le sourire aux lèvres et les fleurs au plastron, acclamé par des meutes hallucinées. Je dois évidemment souligner que je ne fais cette comparaison que pour éclairer une scène. Je ne compare jamais l’Allemagne actuelle à celle des nazis. Je ne l’ai jamais fait. On m’a évidemment reproché une phrase pour mieux dépolitiser toutes les autres. J'ai dit que pour la troisième fois, l'Allemagne était en train de détruire l'Europe. C’était le titre ce matin du quotidien proche de Syriza. Avant cela, c’était déjà une appréciation de Joska Ficher, l’ancien ministre écologiste des affaires étrangères de l’Allemagne du temps de Schröder…

 

Jean-Luc Mélenchon

 

  • Consultez le texte de l'accord ICI !

 

  • La version intégrale de l'accord annotée par l'ex-ministre des finances grec Yanis Varoufakis, cliquez ICI et ICI !

 

  • Six économistes passent au crible l’accord imposé par la zone euro ICI !

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Dans son nouveau livre «test de stress» vient de sortir aux Etats-Unis, Timothy Geithner a révélé qu'en 2012, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble l'avait présenté un plan pour lancer la Grèce de la zone euro. Ceci, dit-il, serait d'apaiser les électeurs allemands et terrifier l'Europe.

- Allemagne : Une dictature froide sur l’Europe

- Crise grecque. Les propositions de l'Eurogroupe sont bel et bien un coup d'Etat

- Un accord détestable de type néo-colonial par Jacques Sapir

- L'accord sur la Grèce inquiète en Allemagne

- Le Parti de Gauche appelle l’Assemblée Nationale a refuser l’accord de l’Eurogroupe

- l'art de la désinformation et de la caricature : "Le Parti de gauche applaudit la politique d'austérité de Syriza"

 

  • Des mesures alternatives sont en débat en Grèce :

- L'alternative à l'austérité

- Une alternative est possible au plan négocié entre Alexis Tsipras et les créanciers à Bruxelles

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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 08:09
La trahison de Tsipras ?
  • Tsipras ne capitule pas, il poursuit sa strategie[1] !
  • Soutenu par le peuple[2], il tient compte des rapports de force dans une Europe dominée par l'alliance de libéraux et des sociaux-libéraux...
  • A. Tsipras : "Nous avons accepté ces demandes pour montrer que s'il y a un grexit, c'est une décision politique et pas financière"
La trahison de Tsipras ?

 

Source : blog de Jacques Sapir le 10 juillet 2015 | modifié le 11 juillet 2015

Les propositions soumises par Alexis Tsipras et son gouvernement dans la nuit de jeudi à vendredi ont provoqué la stupeur. Elle reprennent largement, mais non totalement, les propositions formulées par l’Eurogroupe le 26 juin. Elles sont largement perçues dans l’opinion internationale comme une « capitulation » du gouvernement Tsipras. La réaction très positive des marchés financiers ce vendredi matin est, à cet égard, un signe important.

 

On sait par ailleurs qu’elles ont été en partie rédigées avec l’aide de hauts fonctionnaires français, même si cela est démenti par Bercy. Ces propositions résultent d’un intense travail de pressions tant sur la Grèce que sur l’Allemagne exercées par les Etats-Unis. La France a, ici, délibérément choisi le camp des Etats-Unis contre celui de l’Allemagne. Le gouvernement français n’a pas eu nécessairement tort de choisir d’affronter l’Allemagne sur ce dossier. Mais, il s’est engagé dans cette voie pour des raisons essentiellement idéologique. En fait, ce que veut par dessus tout M. François Hollande c’est « sauver l’Euro ». Il risque de voir très rapidement tout le prix qu’il a payé pour cela, et pour un résultat qui ne durera probablement que quelques mois. Car, ces propositions, si elles devaient être acceptées, ne règlent rien.

 

 

- Les termes de la proposition grecque

Ces propositions sont donc proches de celles de l’Eurogroupe. On peut cependant noter certaines différences avec le texte du 26 juin, et en particulier la volonté de protéger les secteurs les plus fragiles de la société grecque : maintien du taux de TVA à 7% pour les produits de base, exemptions pour les îles les plus pauvres, maintien jusqu’en 2019 du système d’aide aux retraites les plus faibles. De ce point de vue, le gouvernement grec n’a effectivement pas cédé. De même, le gouvernement a inclus dans ce plan des mesures de luttes contre la fraude fiscale et la corruption, qui faisaient parties du programme initial de Syriza. Mais, il faut bien reconnaître qu’il s’est, pour le reste, largement aligné sur les demandes de l’Eurogroupe. Faut-il alors parler de capitulation comme le font certains ? La réponse est pourtant moins simple que ce qu’il paraît.

 

En effet, le gouvernement grec insiste sur trois points : un reprofilage de la dette (à partir de 2022) aboutissant à la reporter dans le temps de manière à la rendre viable, l’accès à 53 milliards sur trois ans, et le déblocage d’un plan d’investissement, dit « plan Juncker ». Mais, ce « plan » inclut largement des sommes prévues – mais non versées – par l’Union européenne au titre des fonds structurels. Surtout, le gouvernement grec insiste sur un engagement contraignant à l’ouverture de négociations sur la dette dès le mois d’octobre. Or, on rappelle que c’était justement l’une des choses qui avaient été refusées par l’Eurogroupe, conduisant à la rupture des négociations et à la décision d’Alexis Tsipras de convoquer un référendum.

 

De fait, les propositions transmises par le gouvernement grec, si elles font incontestablement un pas vers les créanciers, maintiennent une partie des exigences formulées précédemment. C’est pourquoi il est encore trop tôt de parler de capitulation. Une interprétation possible de ces propositions est qu’elles ont pour fonction de mettre l’Allemagne, et avec elle les autres pays partisans d’une expulsion de la Grèce de la zone Euro, au pied du mur. On sait que les Etats-Unis, inquiets des conséquences d’un « Grexit » sur l’avenir de la zone Euro, ont mis tout leur poids dans la balance pour amener Mme Merkel à des concessions importantes. Que l’Allemagne fasse preuve d’intransigeance et c’est elle qui portera la responsabilité du « Grexit ». Qu’elle se décide à céder, et elle ne pourra plus refuser au Portugal, à l’Espagne, voire à l’Italie, ce qu’elle a concédé à la Grèce. On peut alors considérer que ce plan est une nouvelle démonstration du sens tactique inné d’Alexis Tsipras. Mais, ces propositions présentent aussi un grave problème au gouvernement grec.

 

 

- Le dilemme du gouvernement grec

Le problème auquel le gouvernement Tsipras est confronté aujourd’hui est double : politique et économique. Politiquement, vouloir faire comme si le référendum n’avait pas eu lieu, comme si le « non » n’avait pas été largement, et même massivement, majoritaire, ne sera pas possible sans dommages politiques importants. Le Ministre des finances démissionnaire, M. Yannis Varoufakis, a d’ailleurs critiqué des aspects de ces propositions. Plus profondément, ces propositions ne peuvent pas ne pas troubler non seulement les militants de Syriza, et en particulier la gauche de ce parti, mais aussi, et au-delà, l’ensemble des électeurs qui s’étaient mobilisés pour soutenir le gouvernement et Alexis Tsipras. Ce dernier prend donc le risque de provoquer une immense déception. Celle-ci le laisserait en réalité sans défense faces aux différentes manœuvres tant parlementaires qu’extra-parlementaires dont on peut imaginer que ses adversaires politiques ne se priveront pas. Or, la volonté des institutions européennes de provoquer un changement de gouvernement, ce qu’avait dit crûment le Président du Parlement européen, le social-démocrate Martin Schulz, n’a pas changé. Hier, jeudi, Jean-Claude Juncker recevait les dirigeants de la Nouvelle Démocratie (centre-droit) et de To Potami (centre-gauche). Privé d’un large soutien dans la société, ayant lourdement déçu l’aile gauche de son parti, aile gauche qui représente plus de 40% de Syriza, Tsipras sera désormais très vulnérable. Au minimum, il aura cassé la logique de mobilisation populaire qui s’était manifestée lors du référendum du 5 juillet et pendant la campagne. Il faut ici rappeler que les résultats de ce référendum ont montré une véritable mobilisation allant bien au-delà de l’électorat de Syriza et de l’ANEL, les deux partis du gouvernement. Cela aura, bien entendu des conséquences. Si les députés de la gauche de Syriza vont très probablement voter ces propositions au Parlement, il est néanmoins clair que les extrêmes, le KKE (les communistes néostaliniens) et le parti d’Extrême-Droite « Aube Dorée », vont pouvoir tirer profit de la déception que va susciter ces propositions.

 

Au-delà, la question de la viabilité de l’économie grecque reste posée, car ces propositions n’apportent aucune solution au problème de fond qui est posé. Certes, cette question de la viabilité sera posée dans des termes moins immédiatement dramatiques qu’aujourd’hui si un accord est conclu. La crise de liquidité pourra être jugulée sans recourir aux mesures radicales que l’on a évoquées dans ces carnet. Les banques, à nouveau alimentée par la BCE, pourront reprendre leurs opérations. Mais, rien ne sera réglé. Olivier Blanchard, l’ancien économiste en chef du Fond Monétaire International signale que les pronostics très négatifs réalisés par son organisation sont probablement en-deçà de la réalité. Après cinq années d’austérité qui l’ont saigné à blanc, l’économie grecque a désespérément besoin de souffler. Cela aurait pu passer par des investissements, une baisse de la pression fiscale, bref par moins d’austérité. Ce n’est pas le chemin vers lequel on se dirige. Cela aurait pu aussi passer par une sortie, et non une expulsion, hors de la zone Euro qui, en permettant à l’économie grecque de déprécier sa monnaie de -20% à -25%, lui aurait redonné sa compétitivité. On ne fera, à l’évidence, ni l’un ni l’autre. Dès lors, il faut s’interroger sur les conditions d’application des propositions soumises par la Grèce à ses créanciers. Même en admettant qu’un accord soit trouvé, la détérioration de la situation économique induite par l’action de la Banque Centrale Européenne, que M. Varoufakis a qualifiée de « terroriste », venant après cinq années d’austérité risque de rendre caduques ces propositions d’ici à quelques mois. Une chute des recettes de la TVA est aujourd’hui prévisible. Une nouvelle négociation sera donc nécessaire. En ce sens, ces propositions ne règlent rien.

 

 

- L’Euro c’est l’austérité

Il faut, alors, s’interroger sur le sens profond de ces propositions. Si elles sont tactiquement défendables, elles correspondent très probablement à une erreur de stratégie. Alexis Tsipras a déclaré ce vendredi matin, devant le groupe parlementaire de Syriza, qu’il n’avait pas reçu mandat du peuple grec pour sortir de l’Euro. Le fait est aujourd’hui débattable, surtout après l’écrasante victoire du « non » au référendum. Il est clair que telle n’était pas l’intention initiale du gouvernement, et ne correspondait pas au programme sur lequel il avait été élu. Mais, on peut penser que mis devant l’alternative, refuser l’austérité ou refuser l’Euro, la population grecque est en train d’évoluer rapidement. En fait, on observe une radicalisation dans les positions de la population, ou du moins c’est ce qui était observée jusqu’à ces propositions. Les jours qui viennent indiqueront si cette radicalisation se poursuit ou si elle a été cassée par ce qu’a fait le gouvernement.

 

En réalité, ce que l’on perçoit de manière de plus en plus claire, et c’est d’ailleurs l’analyse qui est défendue par l’aile gauche de Syriza et un économiste comme Costas Lapavitsas[3], c’est que le cadre de l’Euro impose les politiques d’austérité. Si Tsipras a cru sincèrement qu’il pourrait changer cela, il doit reconnaître aujourd’hui qu’il a échoué. L’austérité restera la politique de la zone Euro. Il n’y aura pas « d’autre Euro », et cette leçon s’applique aussi à ceux qui, en France, défendent cette fadaise.

 

Dès lors il faut poser clairement le problème d’une sortie de l’Euro, qu’il s’agisse d’ailleurs de la Grèce ou de nombreux autres pays.

 

Note :

 

[1] Tsipras ne capitule pas il poursuit sa strategie

[2] OXI : le peuple grec a dit NON à l'ingérence politique et aux exigences de la finance internationale !

[3] Voir son interview, http://therealnews.com/t2/index.php?option=com_content&task=view&id=31&Itemid=74&jumival=14181

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Grèce et maintenant ? Par Christophe Ventura

- Après le « non », encore des concessions grecques pour arracher un accord

- Grèce : pourquoi Angela Merkel refuse de parler de la dette grecque

- "L'Allemagne veut évincer la Grèce pour imposer une zone euro disciplinaire"

- «L’Europe a nourri la corruption en Grèce, c’est un fait»

- Un insider raconte: comment l'Europe a étranglé la Grèce

- L'Allemagne est le problème de l'Europe

- Des Grecs dépensiers ou malhonnêtes… le tour des idées reçues

- Grèce : Tsipras "a signé pour éviter le désastre au pays"

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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 18:45
Communiqué du Parti de Gauche : "Plus que jamais, Solidarité avec la Grèce"

Sources :  le Parti de Gauche par Eric Coquerel

Hier devant le parlement grec, Alexis Tsipras a présenté un plan comportant des concessions en contrepartie d’un financement et d’une restructuration de la dette. Malgré cette proposition, non contents du blocus financier qu’ils ont organisé, Berlin et ses affidés, dont le patron de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem, abordent les réunions du week-end en faisant de la surenchère. Manifestement l’Allemagne ne veut pas d’un accord mais la capitulation totale de la Grèce même au prix d’un Grexit.

 

Maintenant ça suffit ! L’avenir de la Grèce et des autres peuples européens ne peut dépendre du bon vouloir des conservateurs allemands. Plus que jamais nous affirmons notre solidarité avec la Grèce. Le plan du gouvernement Tsipras et la restructuration de la dette doivent être validés en l’état. Beaucoup de choses vont dépendre de la France : nous demandons à François Hollande de passer des paroles aux actes et d’apporter son plein soutien aux propositions de la Grèce.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 08:00
OXI : le peuple grec a dit NON à l'ingérence politique et aux exigences de la finance internationale  !

Il faut respecter le choix du peuple grec !

 

- En direct du ministère Grec de l'intérieur : résultat sur 8 millions d'électeurs à (23h45 - h d'Athènes)

Troïka, FMI, libéraux et sociaux libéraux ont voulu mettre à genoux le peuple grec pour faire un exemple à l'ensemble de l'Europe et envoyer le signal selon lequel il n'y aurait pas d'autre politique possible que la leur : l'austérité.

 

  • Le gouvernement et le peuple grec ont répondu par la démocratie !
  • Une leçon dont la France et l'ensemble de l'Europe devraient s'inspirer !

OXI : le peuple grec a dit NON à l'ingérence politique et aux exigences de la finance internationale  !

- Les chiffres officiels ICI

 

 

- Le Non au réfenderum grec par âge

25-34 : 72.3% 35-44 : 67.4% 45-54 : 69.2%
55-64 : 59.4% 65+ : 44.9%  

 

 

- Et maintenant ?

Le gouvernement Tsipras a annoncé sa volonté de se rasseoir dès lundi à la table des négociations, fort de ce soutien massif du pays. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Sakellaridis a fait savoir que "les initiatives pour arriver à un accord" entre Athènes et ses créanciers UE et FMI "allaient s'intensifier à partir de ce soir".

 

"A la lumière du dernier rapport du FMI, la restructuration de la dette devra cette fois être mise sur la table."

OXI : le peuple grec a dit NON à l'ingérence politique et aux exigences de la finance internationale  !

Une nouvelle page s'ouvre pour le peuple grec ! 

 

- Analyse par Jacques Sapir

La victoire du « Non » au référendum est un événement historique. Elle fera date. En dépit des pressions nombreuses pour un vote « Oui » tant de la part des médias grecs que de celui des dirigeants de l’Union européenne, en dépit de l’organisation par la BCE des conditions d’une panique bancaire, le peuple grec a fait entendre sa voix. Il a fait entendre sa voix contre les mensonges qui ont été déversés continument sur la situation de la Grèce depuis ces dernières semaines. Nous aurons ici une pensée pour ces éditorialistes qui ont, à dessein, travestis la réalité, et laissés entendre un lien entre Syriza et l’extrême-droite d’Aube Dorée. Ces mensonges ne nous étonnent plus, mais nous ne les oublieront pas. Le peuple a fait entendre sa voix avec une force inaccoutumée, puisque contrairement à ce que laissait penser les sondages réalisés à la sortie des urnes, la victoire du « Non » est obtenue avec un écart important, par près de 60%. Cela renforce bien évidemment le gouvernement d’Alexis Tsipras et devrait faire réfléchir ses interlocuteurs. Nous verrons rapidement ce qu’il en sera. Mais, on doit dire immédiatement que les réactions, que ce soient celles de Martin Schulz au Parlement européen, de Jean-Claude Juncker pour la Commission, ou de Sigmar Gabriel, le Ministre de l’économie et l’allié SPD de Mme Merkel en Allemagne, ne laissent guère de place à l’optimisme sur ce point..... pour lire la suite...

OXI : le peuple grec a dit NON à l'ingérence politique et aux exigences de la finance internationale  !
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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 08:14
« L’UE, c’est l’antithèse de la démocratie » – Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie.

Sources : 360NEWS360X le 29 juin 2015

Le crescendo d’amertume et de querelles en Europe pourrait faire croire aux étrangers à une sorte de fin de partie plutôt amer entre la Grèce et ses créanciers. En réalité, explique Joseph Stiglitz[1] dans un article paru sur Project Syndicate, les dirigeants européens commencent juste à révéler la vraie nature de la controverse sur la dette actuelle, et la réponse n’a rien de plaisant : il s’agit bien plus de pouvoir et de démocratie que d’argent et d’économie.

 

L’économie derrière le programme que la « Troïka » (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) a imposé à la Grèce voilà cinq ans a sombré dans un gouffre, avec une chute vertigineuse de 25% du PIB. Aucune dépression n’a eu des conséquences aussi catastrophiques, commente Stiglitz, rappelant un simple fait : le taux de chômage parmi les jeunes dépasse aujourd’hui les 60%. Il est surprenant, poursuit le Prix Nobel, que la troïka refuse de reconnaitre ses échecs. Mais ce qui est encore plus surprenant est que les dirigeants européens n’en aient rien retenu.

 

Stiglitz rappelle que les énormes sommes d’argent prêtées à la Grèce ont terminé leur course dans les caisses des créanciers du secteur privé – y compris les banques allemandes et françaises. Le FMI et les autres créanciers « officiels » n’ont pas besoin de l’argent qui est réclamé aujourd’hui. S’il s’agissait d’un scénario de « Business as usual », cet argent serait très probablement à nouveau prêté à la Grèce.

 

Mais, encore une fois, ce n’est pas une question d’argent. Il s’agit en réalité d’utiliser les échéances pour contraindre la Grèce à se soumettre, à accepter l’inacceptable – non seulement des mesures d’austérité, mais aussi des politiques punitives de régression.

 

Mais pourquoi donc l’Europe fait-elle cela ? Pourquoi les dirigeants européens refusent-ils de prolonger de quelques jours l’échéance du 30 juin pour le remboursement de la Grèce au FMI ? L’Europe n’est-elle pas synonyme de démocratie ? En fait, c’est antithèse de la démocratie, répond Stiglitz : de nombreux dirigeants en Europe voudraient voir la chute du gouvernement de gauche emmené par Alexis Tsipras. Il n’est pas simple de conseiller les Grecs sur comment voter le 5 juillet, continue Stiglitz. Aucune des deux alternatives  – approbation ou refus des conditions imposées par la troïka – ne sera facile, et chacune comporte des risques énormes. Voter « oui » signifierait une dépression sans fin. Il est possible qu’un pays – qui aurait vendu tous ses biens et dont les jeunes auraient émigré – pourrait finalement obtenir l’annulation de sa dette ; peut-être qu’alors la Grèce pourrait obtenir l’assistance de la Banque mondiale. Tout ceci pourrait se produire pendant la prochaine décennie, ou la suivante.

 

A l’inverse, voter « non » laisserait au moins ouverte la possibilité pour la Grèce, avec sa forte tradition démocratique, de décider de son destin. Les Grecs pourraient saisir l’opportunité de construire ainsi un futur qui, même s’il n’est pas aussi prospère que par le passé, serait bien plus prometteur que la torture totalement déraisonnable qu’elle subit actuellement.

 

« Moi je saurais quoi voter, » conclut le Prix Nobel d’Économie.

 

Note :

[1] Joseph Stiglitz

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Piketty : "Entre 2009 et 2014, la Grèce est le pays qui a le plus réduit son déficit"

- L’Europe périt où la démocratie naquit.

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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 09:54
La Rochelle soutien au peuple grec : jeudi 2 juillet à 19h, cours des Dames

 

Au mois de janvier 2015, le peuple grec s'est prononcé pour changer de politique et dire STOP à l'austérité imposée par la Troïka qui paupérise la population grecque et annihile toute possibilité de sortir le pays de la spirale infernale du déclin économique et social.

 

Suite à l’impasse des négociations due au refus du FMI et des institutions européennes d’annuler ou de restructurer la dette grecque, suite aux mesures d’économie drastiques et inhumaines imposées au pays*, le gouvernement grec appelle ses citoyens à se prononcer par referendum​, dimanche prochain, sur le plan d’accord soumis par les institutions européennes et par le FMI...et appelle clairement à voter non : OXI !

 

 

- L'Europe de la finance refuse toutes les mesures proposée par le gouvernement grec visant à soulager le peuple en taxant les nantis.

Quelques exemples de mesures refusées ou imposées par les institutions européennes et le FMI qui disent à Tsipras : pas touche aux riches !

  • Augmentation du taux d’imposition sur les sociétés : REFUSÉE
  • Taxe exceptionnelle de 12% sur les profits supérieurs à ​500​ ​000€ : REFUSÉE
  • Taxation des jeux en ligne : REFUSÉE
  • Suppression de l’allocation de solidarité pour les retraités les plus pauvres : IMPOSÉE
  • Augmentation de la TVA : IMPOSÉE
  • etc, etc.

 

Comme c’est prévisible, les médias et l’UE vont tout faire pour que la peur l’emporte sur la démocratie. Soutenons le peuple grec !

 

 

- Surprise ! Le PS Charente Maritime appelle au soutien du Peuple Grec

Le PS ira t-il jusqu’à dénoncer la politique d'austérité qu'Hollande, Moscovici et consort veulent imposer aux grecs ? Bien sur que non !

 

Le PS de Charente Maritime soutient-il l'appel à voter NON au référendum grec ? Bien sur que non !

 

Il soutient la déclaration du bureau national du PS qui appelle le peuple grec "à faire les concessions nécessaires", donc de nouvelles mesures d'austérité..... passant aux pertes et profits toutes les propositions faites par le gouvernement grec, notamment celles qui visent à soulager le peuple en taxant les nantis.

 

  • Le PS prend une position à usage de politique intérieure française pour se donner une image plus "solidaire et anti austéritaire" sans rien renier sur le fond de son soutien sans condition au FMI, à la Troïka, par peur que le peuple grec en disant NON,  fasse la démonstration qu'une autre politique est possible en Europe.

 

- Une fois cet éclaircissement effectué...... tout le monde est bienvenu !

 

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Les français solidaires du peuple grec : non à la soumission aux chantages de la troïka

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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 09:37
Crise grecque : quand la Grèce annulait la dette de l'Allemagne

La dernière phase des négociations sur la dette allemande s'est tenue à Londres en 1953.
Hulton-Deutsch Collection/Corbis

 

Alors que la Grèce se débat actuellement avec sa dette, l'Histoire a retenu qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale c'est l'Allemagne qui s'est vu accorder un allègement de sa dette par ses créanciers, dont la Grèce.

 

Sources : Le Parisien le 01 juillet 2015 | mis à jour le 17 août 2016

L'Allemagne respire, et son représentant, le banquier Hermann Joseph Abs, peut souffler. Nous sommes le 27 février 1953 à Londres. Deux ans de négociations sont sur le point d'aboutir. D'un côté l'Allemagne, ou plutôt la République fédérale allemande (RFA), qui ne supporte plus le poids de sa dette.... pour lire la suite...

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- L’Allemagne ne paie pas ses dettes… mais critique la Grèce

- «Dette allemande»: la Grèce n'est pas le seul pays européen à avoir été pillé par les nazis

- La “lettre ouverte » d’Alexis Tsipras aux citoyens Allemands sur ce qu’on ne leur a jamais dit sur la dette Grecque

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- Pourquoi l'Allemagne devrait 1.000 milliards d'euros à la Grèce

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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 08:10
Un coup d’État financier contre Athènes avec des banks au lieu des tanks

Un plan de déstabilisation financière et politique de la Grèce est en cours depuis quelques semaines. À vrai dire, c’est bien avant l’élection de Syriza que le processus a été mis en route, mais son accélération intensive ces derniers jours jette une lumière vive sur celui -ci.

Il ne s’agirait de rien moins qu’une tentative de renverser le gouvernement Syriza, pour que celui-ci soit en fin remplacé par une coalition à la convenance des créanciers.

 

Source : le blog du Parti de gauche Midi-Pyrénées  par Vicky Skoumbi Rédactrice en chef de la revue grecque de philosophie "αληthεια"

Le chantage odieux exercé sur le gouvernement grec, par le biais d’une incitation ouverte à un bank run , ne laisse aucun doute sur la volonté des créanciers d’en finir une fois pour toutes avec un gouvernement qui ose contester leurs diktats et refuse de faire boire au peuple grec jusqu’à la lie la potion létale que Bruxelles, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) ont savamment concoctée pour lui. Doit-on rappeler ici que les programmes de « sauvetage », qui n’ont sauvé personne à l’exception notoire de banques européennes, grecques comprises, n’ont pas manqué de produire une telle chute du PIB, une telle baisse du niveau de vie que même une guerre menée par des moyens militaires n’aurait su les produire. La nouveauté aujourd’hui consiste au fait que le trio infernal de la Troïka a décidé de mettre délibérément en danger le système bancaire grec afin de faire tomber un gouvernement qui, malgré des pressions terrifiantes, a osé lui tenir tête pendant cinq mois. Après tout, il n’est pas interdit de mettre en danger quelques petites banques périphériques si c’est pour rafler la mise sur le plan politique et économique. Ces affirmations qui pourraient, aux yeux de certains, paraître exagérées, voire gratuites, s’appuient sur des faits.

 

 

- Déstabilisation économique

Le lendemain de l’Eurogroupe du 18 juin, Donald Tusk a su trouver la bonne formule pour résumer la situation  : la Grèce aura à choisir entre, ou bien le projet que proposent les créanciers, ou bien la faillite, a-t-il déclaré. Mais ces messieurs, qui sont censés veiller sur la sauvegarde des intérêts des peuples européens, ne se sont pas contentés de placer un gouvernement élu devant ce choix forcé.

 

La faillite, ils ne se bornent pas à l’évoquer, ils l’organisent sournoisement et méthodiquement par des rumeurs, de vraies fausses annonces aux médias, des fuites savamment orchestrées, qui toutes laissent planer depuis plusieurs jours la menace d’un scénario à la chypriote. Par un jeu calculé de déclarations alarmantes, ils préviennent de l’imminence d’un « capital control » en Grèce et poussent délibérément les épargnants grecs à faire des retraits massifs, qui n’ont pas manqué de conduire les banques au bord du gouffre. Dresser ici un inventaire exhaustif des faits et gestes incitant à la panique bancaire n’est pas possible  ; je vous renvoie à l’excellent compte rendu qu’en fait Romaric Godin dans La Tribune, ainsi qu’à l’analyse de Martine Orange dans Mediapart.

 

Je mentionne juste deux exemples :

  • le refus de la Commission de démentir l’article du Süddeutsche Zeitung qui évoquait la possibilité d’un contrôle des capitaux et la vraie fausse rumeur lancée par les soins de Benoît Cœuré , selon laquelle les banques grecques ne devaient pas ouvrir lundi dernier. Une fois cette prévision catastrophique démentie par les faits, le spectre de la fermeture bancaire s’est savamment déplacé vers... mardi !

 

  • Que faudrait-il de plus pour que les épargnants se ruent vers les agences les plus proches ? La très honorable institution qui se doit d’assurer la stabilité du système financier européen n’accorde chaque jour qu’une somme « insuffisamment suffisante », pour maintenir les banques grecques tout juste à flot, mais toujours au bord du gouffre. Bref, les responsables européens, avec l’aide de leurs amis du FMI, recourent ici au bon vieux schéma de la prophétie apocalyptique, qui, en semant la panique, finit par s’accomplir, du fait de sa seule énonciation publique. Le but de l’opération étant d’obliger le gouvernement Tsipras à décider ses prochains mouvements, sous la menace imminente d’un « accident » bancaire. Ce qui pourrait expliquer les concessions supplémentaires que le gouvernement grec a faites en acceptant une hausse de la TVA et une augmentation des cotisations des retraités au système de santé. Pour compléter le tableau, juste avant la réunion du 24 juin, un dignitaire européen a jugé bon de rappeler à notre mémoire le scénario à la chypriote, dont la répétition pourrait intervenir à tout moment.

 

  • Mais cela n’a pas suffi, la preuve, la nouvelle proposition des trois institutions, qui en fait ne diffère que très peu de la précédente, exige de nouvelles baisses des retraites et des salaires, dans le but évident mais non avoué d’enfoncer encore plus la Grèce dans une misère économique et sociale la plus totale. Prenons juste un exemple parmi les mesures préconisées  : le taux d’imposition des agriculteurs passe de 13 % à 26 %, voire à 33 %, et la réduction des taxes sur le pétrole destiné aux travaux agricoles est diminuée de moitié. Pareilles mesures, si elles venaient à s’appliquer à une agriculture à l’agonie, pousseraient la grande majorité des cultivateurs à renoncer à leur métier et à brader leurs champs pour moins que rien. Sous prétexte de multiplier les recettes de l’État, ce qui n’est tout simplement pas envisageable car on ne peut rien tirer de gens ruinés, la terre arable grecque changerait de mains. J’ajoute que, selon Wolfgang Münchau, l’avant-dernière proposition de ceux qui prétendent parler au nom de l’Europe, et qui diffère très peu de celle actuellement sur la table, produirait certainement un effet récessif de 12,6 % sur quatre ans, et que la dette risquerait d’atteindre 200 % du PIB en 2019. Avoir mis sous tutelle un pays dont la dette s’élevait à 120 % en 2009 pour le sauver de la faillite, et le conduire grâce aux conditionnalités de l’« aide » accordée, à 200 %, c’est un brillant exercice de destruction massive, qui pourrait servir d’exemple à tous ceux et celles en Europe qui trouvent que l’austérité est un remède qui tue. À ce propos, on aimerait bien savoir sur quelle logique Pierre Moscovici s’appuie pour affirmer qu’un paquet de 11 milliards d’économies étalées sur 18 mois, imposé à un pays en dépression, ne constitue point un plan d’austérité.

 

 

- Des acolytes bien commodes

Il est à noter que les déclarations catastrophistes les plus redoutables venaient de l’intérieur même du pays. Le bal fut ouvert par Dóra Bakoyánni, qui, dès le 24 mai déjà, avait affirmé l’imminence d’un capital control qui pourrait intervenir dans le long week-end de la Pentecôte.

 

Adonis Georgiadis, transfuge de l’ extrême droite au sein du gouvernement précédent et vendeur de pamphlets antisémites, n’a pas manqué d’apporter sa propre touche à l’édifice. Cependant, celui qui a vraiment donné le coup de grâce fut le directeur de la Banque de Grèce, Ioánnis Stournáras. Celui-ci, en outrepassant abusivement les limites de sa fonction en tant que garant de la stabilité financière grecque, a jugé bon de publier, la veille de l’Eurogroupe du 18 juin, un rapport qui prévoyait des catastrophes cataclysmiques, si jamais un accord avec les créanciers n’était pas signé tout de suite.

 

 

- Terrorisme financier

Mais la BCE n’en est pas à son premier coup. En matière de chantage aux liquidités et d’ultimatums, Jean-Claude Trichet s’était avéré un maître à la tête de la BCE. Les Irlandais en ont goûté la saveur, lorsqu’en novembre 2010 et sous la menace du tarissement de liquidités, ils furent forcés de signer un mémorandum qu’ils s’obstinaient jusqu’alors à rejeter. On peut également évoquer l’éviction de Geórgios Papandréou de son poste de Premier ministre, une fois qu’il avait eu la très mauvaise idée de proposer en novembre 2011 un référendum. Quant au «  bail in » chypriote, on aurait tort d’oublier le chantage ouvert qu’a exercé encore une fois la BCE, en menaçant de couper les liquidités aux banques chypriotes. Cet exercice de haut vol de terrorisme financier a prouvé encore une fois en Chypre son efficacité  : il a obligé le parlement chypriote à revenir sur sa décision initiale et à accepter le 22 mars 2013 le même bail in qu’il avait rejeté trois jours avant.

 

Cependant, l’exemple le plus instructif reste celui qui concerne la fuite de capitaux « téléguidée », pendant la période entre les élections de mai et celles de juin 2012 en Grèce. Une étude du Peterson Institute, datée de mai 2012, sous le titre parlant « Comment un bank run peut faire partie de la solution  » décrit en détail de quelle manière une panique bancaire en période électorale pourrait s’avérer fort opportune pour pousser les électeurs à se détourner de Syriza. Son auteur, Jacob Funk Kirkegaard, ne mâche pas ses mots : « Un bank run accéléré en Grèce pourrait offrir quelques opportunités. Nous ne devons donc nous attendre à aucun répit sur le front des menaces de la part des dirigeants de l’Eurozone. En effet, ces dirigeants peuvent encourager secrètement la panique bancaire, une stratégie qui révèlerait aux yeux de tous le caractère fallacieux et trompeur du programme électoral de Syriza. Si les déposants des banques grecques ne peuvent pas faire confiance aux promesses d’Alexis Tsipras concernant leur argent propre, pourquoi voteraient ils pour lui ? » Et l’excellent homme pousse son raisonnement jusqu’à dire  : « tout un chacun qui veut maintenir la Grèce dans l’Eurozone se doit de retirer de l’argent des banques ». On ne peut pas être plus clair, je crois. Il ne faut surtout pas imaginer que ce scénario-là était resté lettre morte à l’époque. Entre mai et juin 2012, résonnaient sans cesse à nos oreilles les paroles des dignitaires européens du plus haut rang, qui n’avaient de cesse de nous prévenir des catastrophes apocalyptiques qui se produiraient si jamais Syriza gagnait les élections.

 

Tout au long de cette période électorale, on a pu constater une fuite considérable de capitaux vers l’étranger, dont une grande partie fut rapatriée juste après la formation du gouvernement Samaras. Une véritable campagne d’intimidation avait été lancée en interne et en externe, afin de terroriser les électeurs par la perspective de la perte de leur épargne et d’une fermeture imminente des grandes entreprises, si, par malheur, Syriza l’emportait. Une grande banque systémique grecque, Eurobank, pour ne pas la nommer, avait même donné la consigne à ses employés de bien prévenir la clientèle de la fermeture certaine de la banque, si Syriza l’emportait, après quoi leurs économies seraient parties en fumée.

 

Mais nul besoin de remonter si loin pour trouver des précédents. Début février 2015, la BCE avait annoncé la suppression de lignes de financement des banques grecques, qu’elle acceptait depuis 2010. «  Les responsables de la banque centrale ont annoncé que l’institut monétaire mettait un terme à partir du 28 février – dans les faits, la mesure devrait prendre effet dès le 11 février pour des raisons techniques – à la clause qui lui permettait d’accepter les titres grecs, classés aujourd’hui en «  junk bonds », que les banques grecques placent en dépôt de garantie pour obtenir un refinancement bancaire. Pour les banques grecques, privées de tout accès aux financements interbancaires, ce dispositif est essentiel pour assurer leur financement  », écrivait Martine Orange.

 

Après avoir accepté pendant plusieurs années d’acheter des titres qui étaient classés très bas dans l’échelle d’évaluation, subitement la BCE a commencé à se poser des questions sur la qualité de ces titres, en se souvenant tout d’un coup que son règlement lui interdit d’acheter des titres qui ne sont pas dotés du fameux AAA. Il va de soi que le moment ne fut pas choisi au hasard  : Syriza venait de remporter les élections du 25 janvier et les négociations avec les créanciers venaient juste de commencer.

 

Toutefois, la sortie systématique de la BCE de ses prérogatives ne s’arrête pas là.

  • L’honorable institution refuse de rendre à la Grèce les gains qu’elle a faits sur les obligations grecques achetées dans le cadre du programme SMP ( Securities Market Program, un programme d’achat des obligations les plus attaquées sur les marchés, afin de faire baisser les taux d’intérêt). Ces gains, pour la seule année 2014, s’élèvent à 1,9 milliard. Bref, la BCE, au même titre que n’importe quel spéculateur, profite allègrement de taux d’intérêt très élevés de cette catégorie de titres, et, en ce moment critique où l’économie grecque est à l’asphyxie, elle refuse de payer à la Grèce son dû, si celle-ci ne cède pas aux exigences extravagantes de ses créanciers.

 

  • Car, à partir du 1er janvier 2013, les intérêts perçus sur ces titres doivent obligatoirement être rétrocédés aux banques centrales nationales, qui elles-mêmes les mettront à la disposition du pays émetteur du titre. Mais l’«  exception  » grecque autorise quelques écarts par rapport aux accords que les institutions ont signés avec la Grèce. Non pas que cela ne se fasse pas également au détriment d’autres pays comme le Portugal.

 

Quoi qu’il en soit, dans le cas de la Grèce, ce type de pratiques constitue plutôt la règle que l’exception. Un scénario assez semblable au bank run de mai 2012 est en cours aujourd’hui, sauf que, maintenant, l’implication des institutions européennes se fait ouvertement et non plus à mots couverts. Comme l’a révélé Martine Orange dans son article «  Grèce : les créanciers instaurent la stratégie de la terreur  », une étude de la très honorable Goldman Sachs avait déjà tout prévu depuis le mois de décembre : « Cette volonté de semer l’inquiétude ressemble tant au scénario de Goldman Sachs, établi dès décembre, où s’enchaînaient panique bancaire, fermeture des banques, contrôle des capitaux, capitulation politique, mise sous tutelle économique et nouvelles élections, que cela en devient troublant.  » Pour sa part, Romaric Godin remarquait  : «  Tout au long de la semaine, les créanciers et la BCE ont tout fait pour déstabiliser les déposants grecs. Et placer le gouvernement grec devant un choix impossible.  »

 

Faudrait-il rappeler ici que M. Mario Draghi fut pendant de longues années le représentant attitré de Goldman Sachs en Europe  ?

 

 

 

 

- Déstabilisation politique

Mais Goldman Sachs n’en était pas à son dernier coup. Le site économique grec capital.gr relate que la très honorable maison prévoit un défaut imminent de la Grèce dans l’euro, accompagné d’un capital control. Goldman Sachs précise que la période chaotique qui pourrait suivre comporte tout de même « le risque d’une sortie de l’euro au lieu de conduire au changement politique qui permettrait d’arriver à un accord  » (c’est moi qui souligne). Au cas où nous n’aurions pas compris quel est le changement politique que l’honorable maison appelle de ses vœux, elle en dresse les contours d’une façon on ne peut plus claire. Le capital control ruinerait la confiance des électeurs dans le gouvernement, de sorte que la voie vers « un nouvel équilibre politique interne » serait enfin ouverte. Par « nouvel équilibre politique  », il faut entendre une nouvelle configuration de la carte politique grecque entre les partis, qui permettrait d’arriver finalement à la conclusion d’un accord. Cette recomposition de la scène politique grecque, qui serait atteinte grâce aux turbulences d’une période trouble de transition, implique nécessairement de nouvelles élections ainsi que la formation de coalitions inédites, nous verrons lesquelles par la suite. Le tout rendra possible le maintien de la Grèce dans la zone euro sous un gouvernement suffisamment docile envers les diktats des créanciers.

 

Si ce qui vient d’être décrit n’est pas un scénario de déstabilisation méthodiquement planifiée d’un gouvernement élu, qu’est-ce que c’est ? En provoquant un bank run, en ouvrant la voie vers le capital control qui dressera la population contre le gouvernement actuel, certains espèrent avoir raison de Syriza. Qui plus est, un accord en contrepied du programme électoral de Syriza, que les créanciers veulent imposer manu militari , constituerait l’occasion rêvée pour que la coalition de gauche radicale qu’est Syriza vole en éclats. Une scission au sein de Syriza permettrait d’isoler le bon grain de l’ivraie et ouvrirait la voie à un autre gouvernement de coalition.

 

Remarquons que la dernière mouture de la proposition des créanciers comporte une coupe de 400 millions dans le budget de la défense. Pareille baisse dans le budget de la défense aurait pu être la bienvenue, si elle ne comportait pas une certaine arrière-pensée. ANEL, la droite souverainiste qui est l’alliée actuelle de Syriza, est particulièrement attachée au maintien d’un budget militaire considérable. Certes, dans les programmes précédents, il y a eu quelques coupes dans le budget de la défense, mais, que je sache du moins, jamais de cette ampleur. Alors on ne peut que s’étonner de voir comment ceux qui, au début du programme de «  sauvetage  », avaient exigé que la Grèce honore les contrats signés pour l’achat d’armements au grand profit de la France et de l’Allemagne, tout d’un coup, par une illumination divine, exigent non seulement des coupes, mais des baisses d’effectifs, c’est-à-dire des licenciements de militaires professionnels. Scission donc de Syriza, éclatement de la coalition avec ANEL, voici quelques éléments ouvrant une voie royale vers un autre gouvernement plus commode.

 

Stavros Théodorakis, un présentateur télévisuel, qui se trouve actuellement à la tête de Potami, réputé pour ses accointances avec le cercle des créanciers, est appelé à jouer un rôle clef dans ce processus. Précisons qu’il prône ouvertement la nécessité de coupes budgétaires avec baisse des retraites, et s’oppose à toute idée de restructuration de la dette, ainsi qu’à toute augmentation d’impôts des couches supérieures de la société. Ce dirigeant d’une formation qui n’a pas fait plus de 6% aux dernières élections est, dans le contexte actuel, l’interlocuteur privilégié de Bruxelles. Il multiplie les rencontres avec M.M. Juncker, Sapin, Moscovici et Schulz, ce dernier ne manquant pas une occasion d’affirmer que c’est bien avec Potami que Syriza aurait dû former un gouvernement de coalition. Stavros Théodorakis participe même à des dîners avec des chefs d’État  ! Comble de l’affaire, ce chantre des intérêts des créanciers se présente en Grèce comme un porte-parole officieux de Bruxelles, faisant part aux Grecs du mécontentement de M. Juncker devant l’«  intransigeance  » supposée du Premier ministre grec.

 

Si par malheur ces manœuvres ne réussissent pas à le faire plier, on peut compter sur l’usure qui pourrait saper la popularité de Tsipras auprès d’une population qui, jusqu’à maintenant, continue contre vents et marées à lui accorder son soutien. Cette usure sera assurée si Tsipras est amené à appliquer des mesures d’austérité, imposées par les créanciers. La chose pourrait être facilitée par un coup de main opportun et un bank run organisé ferait bien l’affaire. Les créanciers seraient même disposés à conduire la Grèce au défaut, tout en faisant porter la responsabilité de celui-ci à Syriza. Il s’ensuivrait nécessairement une première période confuse sinon chaotique, particulièrement propice à des manifestations dites «  de casseroles  », dans la veine de celles organisées au Chili d’Allende, qui contribueraient à faire tomber le gouvernement. Je dois ajouter ici que chaque fois que les négociations se trouvent à un point crucial, des groupes qui se disent anarchistes créent des incidents violents aux alentours de l’École polytechnique, en brûlant des voitures, cassant des vitrines, etc. Il se peut qu’il s’agisse effectivement d’anarchistes, mais la coïncidence avec les réunions de l’Eurogroupe aussi bien que l’attitude tolérante de la police à leur égard laissent songeur.

 

Pour ceux qui pourraient voir l’analyse qui précède comme une énième théorie du complot, je propose de prêter l’oreille à un économiste peu suspect de verser dans le complotisme, à savoir Romaric Godin  : «  L’Europe doit donc de toute urgence abandonner ses buts politiques et accepter enfin le résultat de l’élection du 25 janvier. Elle doit aussi respecter sa propre parole, celle qui, le 20 février, affirmait que la Grèce devait décider de ses propres réformes dans le cadre du programme. »

 

 

- Des amis qui vous veulent du bien

J’en viens aux faits et gestes politiques qui permettent d’affirmer qu’un plan de renversement du gouvernement Tsipras est lancé par Bruxelles. Stavros Théodorakis, encore lui, fut invité par la Commission et reçu par M. Juncker le jour même où le Premier ministre était convoqué à Bruxelles. Notons qu’il ne fut pas le seul à se rendre à Bruxelles le mercredi 24 juin, mais s’y sont précipités tous ceux qui vont être appelés à former un gouvernement obéissant , une fois Tsipras évincé. On y a vu Antónis Samarás , dont les déclarations étaient plus qu’explicites  : il propose un gouvernement d’unité nationale sans Alexis Tsipras, en faisant quand même la concession de s’abstenir de toute participation personnelle au schéma proposé. En même temps, le nom de Konstantínos Karamanlís commence à circuler  ; celui-ci pourrait en effet se présenter comme un recours possible, dans la mesure où il n’a occupé aucun poste gouvernemental depuis septembre 2009  ; il est moins usé que ceux qui se sont compromis dans la gestion des memoranda. Quant à Stavros Théodorakis, toujours lui, du haut de ses 6 % de voix et de sa science économique, il vient de donner une interview au Financial Times , où il précise qu’il est à la disposition de qui veut l’entendre pour un remaniement gouvernemental. Mais, le 24 juin, a également été reçue à Bruxelles Fofi Gennimata , qui vient de succéder à Evangelos Venizelos à la tête du Pasok, forte des 289 482 voix que celui-ci avait récoltées aux dernières élections. J’invite le lecteur à réfléchir un instant pour se poser la question suivante  : que pouvait faire tout ce beau monde à Bruxelles, au moment où les négociations avec les créanciers se trouvaient à leur point critique, sinon se présenter comme une alternative «  sérieuse  » au gouvernement actuel, qui ne serait composée que «  de personnes responsables et d’adultes  » (dixit Mme Lagarde)  ?

 

 

- Coup d’État financier

Deux scénarios se dessinent  : ou bien il faut obliger le gouvernement Tsipras à la capitulation totale en lui faisant accepter des mesures exceptionnellement dures, auxquelles il faudrait éventuellement ajouter l’arme majeure du capital control , ce qui le discréditerait aux yeux de l’opinion, ou bien il faudrait provoquer une scission opportune au sein de Syriza pour introniser ensuite un gouvernement de coalition avec la soi-disant bonne partie de Syriza, où M. Théodorakis jouerait un rôle de premier ordre. Une combinaison des deux scénarios reste bien entendu possible. Le tout dans une perspective de défaut. Pour éviter les malentendus, je précise que j’appelle de mes vœux une cessation de paiement, même si cela se traduit par un défaut, à la condition qu’il soit soigneusement préparé et encadré. Sans cela, il pourrait déclencher un enchaînement d’événements incontrôlables qui mèneraient à la chute du gouvernement.

 

Ce qui vient d’être décrit ici porte un nom, ce n’est rien d’autre qu’ un coup d’État financier où, à la place des tanks, on fait appel aux banks !

 

Un coup d’État fomenté par les institutions européennes, voilà le visage de l’Europe que les dirigeants européens souhaitent donner à voir à leurs peuples. Je ne saurais dire si ceux-ci tolèreront ces agissements. Les trois de l’ex-Troïka, malgré leurs dissensions internes, font tout pour dresser les citoyens européens contre les Grecs en leur faisant croire qu’ils ont payé et continueront à payer pour le sauvetage de la Grèce.

 

Ce que l’on oublie de dire, c’est que le programme qui fut présenté en 2010 comme un plan d’« aide » à la Grèce, n’était en réalité qu’un généreux plan de sauvetage de banques européennes exposées à la dette grecque. Tous les économistes qui se respectent s’accordent aujourd’hui sur ce point  : à l’époque, il aurait fallu faire une restructuration importante de la dette grecque qui l’aurait rendue viable, avant d’entreprendre n’importe quelle mesure pour la suite. Or, une telle restructuration aurait pu faire perdre 30 milliards à peu près aux banques européennes, au premier rang desquelles se trouvaient BNP Paribas, la Société générale et la Deutsche Bank.

 

Et, pour que celles-ci n’accusent pas une perte qui aurait nécessité leur recapitalisation aux frais du contribuable, un sauvetage qui l’a ruinée a été imposé à la Grèce. Bref, ce qui fut présenté comme un plan d’aide à la Grèce n’a été qu’une recapitalisation indirecte des banques, qui ont eu toutes leurs aises pour se débarrasser à temps des obligations grecques avant la restructuration de 2012  ; ainsi, la patate chaude est passée du secteur privé aux États. Le fait est confirmé par la toute récente déposition de Panayotis Rouméliotis à la Commission parlementaire «  Vérité sur la dette  ». Rouméliotis, qui représentait à l’époque la Grèce au sein du FMI, a révélé que des représentants de grandes banques européennes furent reçus à plusieurs reprises par l’équipe du FMI à Athènes afin d’éviter une restructuration qui les prendrait de court. Force est de constater que l’appel «  Sauvons le peuple grec de ses sauveurs  » que nous avions lancé en février 2012 n’a malheureusement rien perdu de sa pertinence.

 

 

- Négociations ?

J’espère que cette stratégie des créanciers qui met en danger, non seulement la Grèce mais l’Europe dans son ensemble, soulèvera un vent de protestations sans précédent partout dans le monde. Car, si les créanciers arrivent à leurs fins, si ce coup d’État financier monté par les institutions européennes et le FMI réussit, il ne restera plus rien de l’idée européenne. Des cendres calcinées de celle-ci émergera non pas le visage « complaisant  » du chef de Potami, mais celui, odieux, de l’Aube Dorée. À qui d’autre pourrait profiter le sentiment d’une impuissance totale et enragée qui résultera inévitablement devant le spectacle des manœuvres qui ne vous laissent aucune prise sur votre propre destin  ? Faire preuve de tant d’aveuglement au moment où partout en Europe des partis d’ extrême droite et des formations ultranationalistes ouvertement racistes prennent le pas, c’est dire jusqu’où les dirigeants européens sont disposés à aller pour imposer le dogme néolibéral. Ou bien il ne s’agit point d’aveuglement, mais d’un choix délibéré  ? Certes, il y en a quelques-uns parmi le cénacle de dirigeants qui, face à ce danger, optent pour un scénario plus soft , celui non pas de l’éviction immédiate, mais de la prolongation de six mois du programme sans restructuration de la dette, six mois pendant lesquels Syriza sera sommé d’appliquer les contre-réformes préconisées partout en Europe comme un remède miracle à la crise. Un tel scénario présente l’avantage de compromettre les chances de Podemos et d’autres formations affines. Mais il n’empêchera point la montée en force de l’Aube Dorée, qui serait en droit dans ce cas d’affirmer que les politiciens sont tous « les mêmes  ». À qui d’autre pourrait profiter la conviction que les politiques sont «  tous vendus  », qui ne manquera pas de s’imposer alors à l’opinion ?

 

Le dernier rebondissement, avec le durcissement maximal des créanciers qui se sont réglés sur les positions libérales à outrance de Mme Lagarde, ne fait que confirmer l’hypothèse d’une stratégie de déstabilisation. Il est à noter que cette nouvelle provocation intervient juste deux jours après que les représentants des trois institutions aient accepté comme une bonne base de discussion les positions grecques, tandis que, deux jours plus tard, le texte présenté par les créanciers tordait le cou à l’esprit initial du texte grec, qui, de son côté, consistait à faire porter le maximum de charges aux entreprises bien portantes et non pas uniquement aux plus faibles, très fragilisées par les coupes successives de revenus. En somme, les propositions du FMI adoptées par les créanciers dans leur ensemble sont si extrêmes qu’elles ne sauraient qu’être rejetées. Si par bonheur Tsipras, sous la menace de la faillite, signait un accord plus dur que celui proposé à Samaras, quelle aubaine  ! Les peuples européens comprendraient une bonne fois pour toutes que celui qui sort du droit chemin paie le prix fort.

 

Les institutions européennes se sont avérées de véritables maîtres ès manipulation et vraies fausses négociations. Un mécanisme médiatique s’est mis au service de cette stratégie. De faux bonds en retournements de veste, de déclarations qui étaient faites pour s’annuler un jour après, d’engagements pris et cyniquement et ouvertement non tenus, depuis cinq mois, ils n’avaient que fait semblant de négocier, afin de repousser la chose jusqu’au mois de juin, à la fin duquel la Grèce, sans prolongation du programme, ne touchera pas la dernière tranche d’aide. Pour que ces ajournements incessants passent auprès de l’opinion, les créanciers ont sans cesse dénoncé l’« intransigeance » irresponsable du gouvernement grec. Et ils l’ont fait au moment où ils l’obligeaient, par le tarissement des liquidités, à reculer considérablement par rapport à ses positions initiales. Tout avait bien commencé par un coup tordu : comme l’a révélé Paul Mason , journaliste au Channel 4, Varoufakis était arrivé à l’Eurogroupe du 16 février avec une des propositions de Moscovici en mains, pour découvrir que ce n’était point sur celle-ci que portait la discussion, mais sur un texte beaucoup plus dur que Dijsselbloem allait sortir pendant la réunion. En faisant circuler des contre-vérités, en traitant comme nulle et non avenue la proposition de 47 pages déposée par Syriza début juin. Ce texte ne reprenait point les positions propres du gouvernement grec, mais bel et bien celles issues de quatre mois de pourparlers inutiles.

 

Ainsi, les institutions européennes ont réussi à repousser les vraies négociations vers une période critique où le gouvernement grec est obligé d’ effectuer plusieurs remboursements. Mais les dignitaires de Bruxelles ont voulu y voir un document irrecevable, puisque non conforme à leurs diktats. Fin juin, ils croyaient réussir à coller Tsipras dos au mur et escomptaient rafler ainsi la mise. C’est à ce moment que, pour gagner encore du terrain sur l’adversaire, ils ont sorti le bazooka du bank run orchestré, comme arme de destruction massive. Mais Tsipras, tant bien que mal, continue à résister. Certes, il a fait des concessions, dont plusieurs sont inacceptables, comme les privatisations, mais il continue à ne pas accepter une capitulation totale et sans conditions. Et sur ce point, même si l’on n’est pas d’accord sur sa stratégie, il faudrait lui rendre un hommage appuyé  ; tenir bon lorsqu’on est seul dans la fosse aux lions demande un certain courage, voire un courage certain.

 

Devant tant de mauvaise foi, tant d’arrogance, tant de perfidie liées à une stratégie de déstabilisation d’un gouvernement qui dérange, j’aimerais inviter le Premier ministre grec à suspendre les paiements des créanciers jusqu’à ce que la croissance revienne en Grèce. Il serait utile de rappeler ici que, selon le rapport provisoire de l’audit de la dette grecque, celle-ci a explosé entre 1980 et 2010, non pas à cause de dépenses licencieuses, mais par l’effet conjugué de taux d’intérêt très élevés et de la course aux armements.

 

par Vicky Skoumbi

Rédactrice en chef de la revue grecque de philosophie "αληthεια"

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- A-t-on vraiment aidé les Grecs ?

- Grèce : un coup d’État financier et politique est en cours !

- Europe : bienvenue chez les fous !

- La Grèce ne va pas honorer son paiement au FMI, nouvelles tractations avant le référendum

- Jean-Luc Mélenchon : La Grèce résiste pour nous

- Grèce : les économistes jugent déraisonnables les exigences des créanciers

Un coup d’État financier contre Athènes avec des banks au lieu des tanks
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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 08:03
Les trois victoires du gouvernement grec

Avant même la tenue ce lundi du sommet exceptionnel de la zone euro, l'économiste Jacques Sapir tient à saluer sur son blog les "victoires du gouvernement grec". Ainsi, selon lui, que cette réunion "se solde par une capitulation de l’Allemagne et du courant “austéritaire” ou même, ce que l’on ne peut exclure, par une défaite du gouvernement grec, l’appareil politico-économique de l’UE aura fait au grand jour la preuve de sa nocivité, de son incompétence et de sa rapacité".

 

Source : le blog de jacques Sapir le 22 juin 2015

Quel que soit le résultat de l’Eurogroupe qui doit se réunir le 22 juin, lundi prochain, il est désormais clair que le gouvernement grec, abusivement appelé « gouvernement de la gauche radicale » ou « gouvernement de SYRIZA », mais en réalité gouvernement d’union (et le fait que cette union ait été faite avec le parti souverainiste ANEL est significatif), a remporté des succès spectaculaire. Ces succès concernent tant la Grèce, où le peuple a retrouvé sa dignité, que les pays européen, ou l’exemple donné par ce gouvernement montre désormais la marche à suivre. Mais, et c’est le plus important, ce gouvernement – dans la lutte sans merci qu’il a mené contre ce que l’on appelle par euphémisme les « institutions », c’est à dire pour l’essentiel l’appareil politico-économique de l’Union européenne, l’Eurogroupe, la Commission européenne et la Banque Centrale Européenne – a démontré que le « roi est nu ». L’ensemble de la structure, complexe et peu transparente de cet appareil politico-économique a été mis au défi de répondre à une demande politique, et c’est avéré incapable de le faire. L’image de l’Union européenne en a été fondamentalement altérée. Quoi qu’il sorte de la réunion de lundi prochain, qu’elle se solde par un constat d’échec ou par une capitulation de l’Allemagne et du courant « austéritaire », ou même, ce que l’on ne peut exclure, par une défaite du gouvernement grec, l’appareil politico-économique de l’UE aura fait au grand jour la preuve de sa nocivité, de son incompétence et de sa rapacité. Les peuples des pays européens savent désormais où se trouve leur pire ennemi.

 

 

- L’union européenne sans stratégie.

Le gouvernement grec, dans le cours de la négociation qui a commencé dès la fin du mois de janvier dernier, a été confronté à la position inflexible de ces « institutions ». Mais, cette inflexibilité a traduit bien plus un manque tragique de stratégie, et la poursuite d’objectif contradictoire, qu’une réelle volonté. En effet, on a ainsi compris que ces « institutions » n’entendaient nullement céder sur le principe de l’Euro-austérité, une politique d’austérité à l’échelle européenne mise en place au prétexte de « sauver l’Euro ». C’est pourquoi, elles ont adressé une fin de non recevoir au gouvernement grec dont les propositions étaient raisonnables, comme de nombreux économistes l’ont souligné[1]. Les propositions faites par ces « institutions » ont été qualifiées d’équivalent économique de l’invasion de l’Irak en 2003 par un éditorialiste qui n’est nullement classé sur la gauche de l’échiquier politique[2]. Il faut comprendre cela comme un terrible aveu d’échec. Une position a été publiquement défendue par les représentants de l’Union européenne, alors qu’elle n’était nullement fondée sur la réalité, et qu’elle n’avait pour sa seule défense que l’idéologie la plus étroite. Ces représentants ont été incapables de faire évoluer leurs positions et se sont enferrés dans un argumentaire très souvent mensonger tout comme le gouvernement américain s’était enferré sur la question des armes de destruction massive attribuées à Saddam Hussein.

 

Dans le même temps, ces « institutions » ont toujours proclamé leur volonté de garder la Grèce au sein de la zone Euro. Il faut ici comprendre l’immensité du paradoxe : on prétend une chose alors que l’on fait tout pour que son contraire survienne. Car, si les pays de l’Eurogroupe voulait réellement que la Grèce reste au sein de la zone Euro, ils devaient reconnaître que le pays avait besoin d’une effort d’investissement important sur plusieurs années, et qu’il fallait donc que l’Eurogroupe finance ce plan d’investissement. Poursuivant ainsi deux objectifs contradictoires, à la fois l’austérité et la volonté de grader la Grèce dans la zone Euro, il est plus que probable que les « institutions » vont perdre sur les deux tableaux. La Grèce va sortir dans les faits de la zone Euro, et la politique d’Euro-austérité sera mise en échec, avec des conséquences politiques tant en Espagne qu’en Italie.

 

Le gouvernement grec, en tenant bon jusqu’à présent aux demandes des « institutions » européennes, fait éclater au grand jour la contradiction de la politique de l’Union européenne. Par son attitude, il en souligne l’incohérence. Mais, il met aussi en évidence une autre chose : la malformation congénitale de la zone Euro.

 

 

- L’Euro, dangereux avorton monétaire.

La question cependant se pose alors de comprendre pourquoi les « institutions », et en leur sein des personnalités politiques comme Angela Merkel, Jean-Claude Juncker, François Hollande, ont-ils été incapables de voir que, faute de ce grand plan d’investissement qui permettrait à l’appareil productif grec de retrouver sa compétitivité d’avant la mise en place de l’Euro, la Grèce ne pouvait pas survivre au sein de la zone Euro. La réponse est assez simple : c’est la fragilité intrinsèque de la zone Euro elle-même, à laquelle s’additionne l’investissement tant politique que symbolique que ces dirigeants ont consenti dans sa mise en place.

 

L’Euro se présente comme une « monnaie unique » pour les pays qui l’utilisent. Cela se reflète dans la structure technique de l’Euro. L’existence des comptes target2 et de la compensation entre l’Euro « allemand », « français », « italien » ou « grec », montre bien que nous ne sommes pas en présence d’une véritable « monnaie unique » mais d’un système établissant une règle de fer quant à la parité relative des monnaies[3]. En réalité, l’Euro est un régime de change fixe (comme l’était l’étalon-Or) déguisé en monnaie unique car il n’y a pas de fédéralisme budgétaire, fiscal ou social. La construction de ce fédéralisme économique est une des conditions nécessaires pour qu’une monnaie unique puisse fonctionner sur des territoires très hétérogènes[4].

 

L’idée que la mise en place de l’Euro allait, en raison même de ces absences d’institutions fédérales, provoquer le mouvement politique qui conduirait à leur construction s’est avérée fausse. J’ai le plus grand respect pour ceux qui, au sein des économistes, continuent de plaider pour la mise en place de ces institutions fédérales, mais c’est un respect qui est bien plus justifié par leur obstination que pour leur intelligence. Ils sont obstinés, en effet, mais la réalité a tranché. Il n’y aura pas de construction fédérale, et l’Euro sera condamné à n’être qu’un avorton monétaire, dont la survie n’engendre que des crises à répétition. Et cette démonstration nous la devons au gouvernement grec.

 

 

- L’Euro, fausse « monnaie unique ».

Mais, le gouvernement grec a fait une troisième démonstration, celle de la fragilité intrinsèque de l’Euro. S’il y a bien quelqu’un qui a conscience de l’extrême fragilité de la zone Euro, un point que j’avais souligné dans un article datant de 2006[5], c’est le Président de la Banque Centrale Européenne lui même, M. Mario Draghi. Il faut écouter, et lire, ce qu’il a dit dans la conférence de presse qu’il a donné en novembre 2014 : « So it should be clear that the success of monetary union anywhere depends on its success everywhere. The Euro is – and has to be – irrevocable in all its member states, not just because the Treaties say so, but because without this there cannot be a truly single money ». (Il doit être clair que le succès de l’Union monétaire dans n’importe quel pays dépend de son succès dans tous les pays. L’Euro est – et doit être – irrévocable dans tous les Etats membres, non pas parce que ainsi le disent les Traités, mais parce que sans cela il ne peut y avoir véritablement de monnaie unique).

 

C’est une déclaration d’une extrême importance. Draghi affirme qu’un échec local de l’Euro impliquerait un échec global. Or, rien dans la théorie économique ne va dans son sens. Hier, quand l’Etat libre d’Irlande s’est séparé du Royaume-Uni, cela n’a pas provoqué de crise de la Livre Sterling. Si, demain, la Cachemire sortait de l’Union Indienne et adoptait sa propre monnaie, cela ne remettrait pas en cause la Roupie pour les autres Etats de l’Union indienne. Mais, ce que dit Draghi, si ce n’est pas conforme à la théorie et à la pratique des unions monétaires, est effectivement exact dans le cas de l’Euro. Il en est ainsi parce que l’Euro n’est pas une union monétaire complète, et ne peut pas l’être dans le monde réel, et qu’il n’est qu’un subterfuge pour faire adopter aux pays européens une règle de stabilité des parités monétaires dont l’Allemagne avait le plus grand besoin pour développer son commerce et son économie. Faute des mécanismes assurant la plénitude de l’Union monétaire, et l’on sait que cela impliquerait des transferts très importants des pays d’Europe du Nord (et dans l’essentiel de l’Allemagne) vers les pays de l’Europe du Sud, l’Euro restera incomplet, et dans les faits un avorton monétaire. Telle est la raison pourquoi les dirigeants européens sont tellement affolés devant la perspective du « Grexit ». Cette perspective n’est pas celle d’une apocalypse comme le prétend le Président de la Banque Centrale de Grèce dont on ne lit que trop bien le jeu politique malsain. Des voix, aujourd’hui toujours plus nombreuses, commencent à dire que la sortie de la zone Euro pourrait être pour la Grèce un moindre mal[6]. Là encore, nous devons cette démonstration au gouvernement grec, auquel nous serons largement redevable dans les années qui viennent.

 

Sur ces trois points, il est donc clair que le gouvernement grec a déjà remporté des victoires essentielles. Ces victoires, et l’exemple qu’il a donné tant en interne avec la décision des dirigeants de Syriza de s’allier aux souverainistes de l’ANEL qu’en externe dans son comportement vis-à-vis des « institutions », seront les acquis les plus précieux de la crise grecque, et ceci quel qu’en soit son dénouement.

 

Notes :

[1] A. Sen, « The economic consequances of austerity », The New Statesman, 8 juin 2015, http://www.newstatesman.com/politics/2015/06/amartya-sen-economic-consequences-austerity, Galbraith J., 16 juin 2015, http://www.project-syndicate.org/commentary/imf-greece-debt-restructuring-by-james-k-galbraith-2015-06

[2] Evans-Pritchard A., « Greek debt crisis is the Iraq War of finance », The Telegraph, 19 juin 2015, http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11687229/Greek-debt-crisis-is-the-Iraq-War-of-finance.html

[3] Voir Coppola F., « Mario Draghi and the Holy Grail », 18 juin 2015, http://coppolacomment.blogspot.co.uk/2015/06/mario-draghi-and-holy-grail.html

[4] Sapir J., “Différenciation régionale et fédéralisme budgétaire en Russie” in Critique Internationale n°11, avril 2001, pp. 161-178.

[5] Sapir J.,  La Crise de l’Euro : erreurs et impasses de l’Européisme » in Perspectives Républicaines, n°2, Juin 2006, pp. 69-84.

[6] Munchau W., « Greece has nothing to lose by saying no to creditors », Financial Times, 14 juin 2015, http://www.ft.com/intl/cms/s/0/5e38f1be-1116-11e5-9bf8-00144feabdc0.html#axzz3d3G2O5Is

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Grèce: Varoufakis interpelle Merkel et taille un costard à Bruxelles

- Grèce. Bougez-vous, Monsieur Hollande !

- Hollande, l'allié rêvé de Tsipras qui lui a fait faux bond

- La Grèce et l’Europe sous la coupe d’une junte financière

- Athènes reprend la main face aux créanciers

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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 09:46
1967 coup d’état, Athènes

1967 coup d’état, Athènes

  • Grèce : le coup d’État ne sera pas télévisé !
  • Des fonctionnaires européens avouent désormais ouvertement que l’objectif est de procéder à un changement de gouvernement en Grèce.
  • Les peuples d'Europe doivent aujourd’hui prendre conscience que leurs représentants font tout ce qui est en leur pouvoir pour renverser, au cœur de l’Europe, un gouvernement démocratiquement élu.

 

Source :  le blog de Dimitri Alexakis   par Dimitri Alexakis | mis à jour le 03 janvier 2017

Les rumeurs d’élections distillées depuis deux jours par les créanciers de la Grèce, l’inquiétude pour les «Grecs qui souffrent» exprimée avant-hier sur les ondes d’une radio française par le président de la Commission (qui a bien pris soin d’ajouter que c’était du «peuple» qu’il se souciait, et non de son «gouvernement» ni de son «Parlement»), la récente douche froide de Bruxelles (la délégation hellénique face à des interlocuteurs expliquant qu’ils n’avaient pas mandat pour négocier, l’interruption consécutive de cette réunion au bout de 45 minutes), le report des négociations à la fin juin, la campagne de dénigrement du gouvernement grec orchestrée par le FMI, la Commission européenne et les principaux quotidiens allemands et français («Die Welt», «Bild», «Le Figaro», «Le Monde»), campagne à laquelle le chef de file des sociaux-démocrates allemands vient d’apporter une lourde pierre et dont l’intensité a manifestement franchi un cap depuis deux ou trois jours ― tout cela, combiné à la fuite des capitaux en cours et à l’effondrement de la Bourse d’Athènes, montre que ce à quoi nous assistons aujourd’hui n’est rien d’autre qu’une tentative de coup d’État financier et politique perpétrée contre le gouvernement grec, un gouvernement élu par le peuple il y a à peine moins de cinq mois.

 

L’objectif semble bien être de faire tomber le gouvernement d’Alexis Tsipras en utilisant le levier de la panique bancaire et, en sapant les fondements mêmes de l’économie du pays, de réduire à néant le soutien politique que le peuple grec continue d’apporter à ses représentants.

 

Il s’agit d’un coup d’État invisible, sans tanks dans les rues d’Athènes, sans bain de sang, sans images, dans le droit fil de la stratégie insidieuse d’étranglement adoptée par nos «partenaires» dès le 18 février (suspension par la BCE du principal mécanisme de financement des banques grecques), dans le droit fil aussi de la stratégie qui avait conduit ces mêmes partenaires à court-circuiter en 2011 les procédures démocratiques pour placer un banquier et un technocrate (Lukas Papademos, Mario Monti) à la tête des gouvernements grec et italien.

 

Une tentative de coup d’État que les peuples de l’Union européenne, et le peuple grec lui-même, sont d’ores et déjà invités à cautionner.

 

Ces peuples doivent aujourd’hui prendre conscience que leurs représentants font aujourd’hui tout ce qui est en leur pouvoir pour renverser, au cœur

de l’Europe, un gouvernement démocratiquement élu.

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- La Grèce et l’Europe sous la coupe d’une junte financière

- Intervention d’Alexis Tsipras devant le groupe parlementaire de Syriza, 16 juin 2015

- La dette grecque est illégale, illégitime et odieuse selon le rapport préliminaire du Comité sur la dette

- Dette illégale : "les résultats renforcent la position de la Grèce dans les négociations"

- Trois paires de claques : la Grèce en route vers la sécession

- Parti de Gauche : A Berlin, Bruxelles et Paris… Les austéritaires contre la démocratie

- Grèce. Etrangler un gouvernement

- l’objectif est de procéder à un changement de gouvernement en Grèce

- Non, la Grèce n'a pas reçu l'aide à la Grèce... l'acharnement médiatique et l'asphyxie des créanciers qui ont visé l'an dernier le gouvernement Tsipras I n'était rien d'autre que politique

Grèce : un coup d’État financier et politique est en cours !
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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 08:15
Grèce, France, Europe : l'austérité tue, la démocratie meurt.

RÉSISTONS! MANIFESTATION À PARIS 15 H

SAMEDI 20 JUIN - rendez-vous STALINGRAD

 

Sources :  Avec les Grecs le 12 juin 2015

En Grèce et dans de nombreux pays européens, les puissances de l’austérité bafouent les droits fondamentaux des populations et la démocratie pour protéger les intérêts financiers. Elles érigent des murs aux frontières et provoquent ainsi de terribles catastrophes humaines. Aujourd’hui, les institutions européennes et gouvernements tentent de faire plier la Grèce, d’étouffer les voix qui proposent une autre Europe, celle de la dignité, de la solidarité, de la justice sociale.

 

Du 20 au 27 juin se tiendra une grande semaine de mobilisation européenne. Ensemble, à Rome, à Berlin, à Londres, à Athènes, à Madrid, à Bruxelles, à Paris et dans de nombreuses autres villes, nous répondrons à l’appel des mouvements grecs « Unis contre l’austérité et l’injustice sociale ».

 

 

- A l’appel du mouvement social grec :

« Le peuple grec en votant en faveur d’un gouvernement de gauche pour les soutenir, a décidé de briser le consensus néolibéral. La solidarité et le soutien populaire massif permettront d’atteindre le meilleur résultat dans l’affrontement entre notre camp et l’élite politique et économique européenne. Luttons pour une Europe de la dignité et de la solidarité et contre une Europe de profit, une Europe forteresse. Nous appelons toutes les forces sociales et politiques à  participer à la semaine de solidarité et à construire des coalitions nationales puissantes pour soutenir la lutte européenne contre l’austérité. »

 

En France, un appel à mobilisation a été lancé par des personnalités, organisations associatives, syndicales, politiques, sous forme d’une pétition ayant rassemblé plus de 20 000 signatures « La Grèce, une chance pour l’Europe ».

 

 

- La Grèce, une chance pour l’Europe :

« Nous demandons instamment à François Hollande de s’opposer à l’étranglement financier de la Grèce, ce double déni de démocratie par lequel il renie ses engagements devant les Français et nie le droit des Grecs à décider de leur destin. Nous appelons nos députés, élus de juin 2012, à se rappeler pourquoi et pour quoi ils ont été élus. Nous participerons aux actions conjointes organisées à la mi-juin à l’initiative des mouvements sociaux européens, à partir de nos villages et quartiers, de nos lieux de travail et d’étude, pour dire ensemble: nous sommes avec les Grecs pour la dignité et la justice, pour une autre Europe, »

 

Des actions, débats, rassemblements se tiendront partout en France. Nous vous invitons à prendre part à leur organisation, voire à en initier dans vos quartiers, villes ou villages.

 

A Paris, une manifestation aura lieu samedi 20 juin. Départ 15h  de Stalingrad pour la place de la République où se tiendront ensuite des assemblées citoyennes et un rassemblement festif.

 

Mobilisons-nous pour arrêter le massacre des droits et de la démocratie. Et pour dire aux institutions et dirigeants européens : non, vous ne nous représentez pas, votre Europe n’est pas la nôtre !

 

 

- Collectif Avec les Grecs    

ALG : ATTAC, Bloco des Esquerda France, CADTM, Collectif Roosevelt, Compagnie Erinna / Grèce Résistante, Club des socialistes affligés, Economistes Atterrés, EELV, Ensemble, Femmes Egalité, Fondation Copernic, Grèce-France Résistance, GU, Jeunes écologistes, Les Amis du Monde diplomatique, Les effronté-e-s, Nouvelle Donne, NPA, PCF, PCOF, PG, Marches européennes, Mémoire des luttes, République et socialisme, Solidarité France-Grèce Santé, Syriza Paris, Transform!

 

 

-  CAC  Collectif pour un audit citoyen de la dette publique

Assos et collectifs : AC!, Act up-Paris, Aitec, Amis de la Terre, Attac, CADTM, CEDETIM-IPAM, Collectif National des Droits des Femmes, Collectif Richesse, Coopérative DHR, Économistes Atterrés, Fondation Copernic, Utopia, LDH, Marches Européennes, Marche Mondiale des Femmes France, RECit, Réseau Éducation Populaire.

 

Diapositive1

 

- Syndicats :

Confédération CGT, Fédération des Finances CGT, Fédération syndicale unitaire (FSU), Union SNUI-SUD Trésor Solidaires, Sud Banque populaire – Caisse d’épargne (Sud BPCE), Union syndicale Solidaires.

 

 

- En soutien :

Alternatifs, Europe Ecologie Les Verts (EELV), Fédération pour une alternative sociale et écologique (FASE), Mouvement politique d’éducation populaire (MPEP), Nouveau parti anticapitaliste (NPA), Nouvelle Donne, Parti de Gauche (PG), Parti Communiste Français (PCF), Parti Communiste des Ouvriers de France (PCOF), Parti pour la Décroissance.

 

Nous arrivons au point culminant de cette séquence politique et nous devons réussir cette semaine d’action européenne, et notamment la Manifestation du 20 juin à Paris. C’est l’occasion d’élargir la mobilisation, d’engager toutes nos forces militantes et de toucher un public plus large.
 

- Il importe donc de diffuser très largement le tract ci dessous, par mail et en

version papier sur les lieux de diff prévues par vos organisations d’ici le 20 juin. - Au-delà, merci d’organiser la présence militante et citoyenne la plus large pour les évènements de cette semaine du 20 juin. 

 

 

 

 

 
 

- Vous trouverez ci-dessous les deux versions du tract pour la semaine européenne de soutien à la Grèce du 20 au 26 prochain. 

  • Le premier ICI  est destiné à la région parisienne et annonce la Manifestation du Samedi 20 juin à Paris. Le parcours est confirmé : départ Place Stalingrad à 15h vers la Place de la République.
  • Le deuxième ICI est destiné aux autres villes et régions : il est possible de le remplir avec le lieu et l’horaire de l’événement qui y sera prévu entre le 20 et le 26. 

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Grèce : le coup d’État ne sera pas télévisé

- Trois paires de claques : la Grèce en route vers la sécession

- Grèce : Une commission d’audit recommande la suspension du remboursement de la dette grecque

- Parti de Gauche : A Berlin, Bruxelles et Paris… Les austéritaires contre la démocratie

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5 juin 2015 5 05 /06 /juin /2015 08:07
Les grecs vont-ils enfin pouvoir souffler ?

Source :   le blog de Paul Jorion par François Leclerc le 1er juin 2015 | mis à jour le 5 juin 2015

Le dénouement est probablement proche, sous la forme d’un accord qui reste à acter. Un dîner réunissant ce soir Angela Merkel, François Hollande et Jean-Claude Juncker devrait le décider, mais sans encore nécessairement le claironner. Cela donnera raison à Alexis Tsipras, qui n’a cessé de réclamer « un accord politique », connaissant son monde et sachant que le terrain du réalisme économique était parfaitement secondaire. Tentant une fois encore de renverser la situation et le rapport de force, dans l’attente de cette rencontre, il a appelé ses interlocuteurs dans une tribune publiée par Le Monde à cesser de faire preuve « d’irréalisme » et a dénoncé les « solutions déraisonnables » exigées par ses interlocuteurs – ce qui est beaucoup leur demander – mais il devrait finir par avoir gain de cause, à condition toutefois qu’un habillage soit trouvé afin de préserver les apparences, une fois des derniers ajustements trouvés par le Groupe de Bruxelles.

 

Afin d’arriver à ses fins, Alexis Tsipras avait jeudi dernier à Riga rencontré Angela Merkel et François Hollande, et la chancelière avait ensuite souligné que « la France et l’Allemagne ont offert leur aide à la Grèce et au Premier ministre grec, s’il y a des questions à discuter ». La voie était ouverte. Si cela se confirme, le gouvernement grec et l’équipe des négociateurs mériteront un grand coup de chapeau pour avoir fait preuve de tant d’opiniâtreté, et accessoirement pour avoir respecté le mandat des électeurs, ce qui n’est pas si fréquent ! Alexis Tsipras a d’ailleurs débuté son article dans Le Monde en leur rendant hommage, rappelant que « le 25 janvier 2015, le peuple grec a pris une décision courageuse. ».

 

Dans cette tribune à lire absolument, le premier ministre et leader de Syriza rétablit soigneusement les faits et explicite les conséquences des décisions restant à prendre, évacuant les grossiers rideaux de fumée de la machine de propagande des créanciers de la Grèce. Avec force, il analyse les raisons de l’intransigeance qui a été opposée à la Grèce et s’inscrit habilement dans le débat sur l’avenir de l’Europe qui s’ouvre, ne voulant pas s’en tenir à la seule explication qu’elle a pour but de masquer l’échec de la stratégie européenne en vigueur. Il revendique « l’approfondissement de l’intégration européenne dans un contexte d’égalité et de solidarité entre ses peuples et ses citoyens », qu’il oppose à l’avènement d’une Europe où la démocratie serait abolie, à l’image de ce qui a tenté d’être fait en Grèce, en application d’une stratégie qu’il qualifie de « rupture et finalement de la division ».

 

C’est cette leçon là qui devrait être retenue par ceux qui l’attendaient sans trop oser l’espérer, et non pas celle que les dirigeants européens étaient à tort certains de donner en organisant l’asphyxie financière de la Grèce. A force de persévérance, la résistance paie. Bravo !

 

 

- A lire aussi sur le même site...

La Grèce est en train de gagner mais chut ! ne le dites surtout pas : ça pourrait tout faire capoter !.... lire la suite ICI

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Alexis Tsipras : « Non à une zone euro à deux vitesses »

- Grèce : les vraies négociations peuvent commencer

- L’UE n’a pas d’argent pour la Grèce, mais a 11 milliards d’Euros pour un pays non membre, l’Ukraine. Victoria Nuland avait eu raison, « F**K the EU »

- Grèce : « Une stratégie d’asphyxie et de totalitarisme économique »

- La présidente du Parlement grec veut la «vérité» sur la dette

- La Grèce se donne du temps pour négocier

- Grèce : Tsipras contre-attaque face aux Européens

- Dans une tribune publiée vendredi par le Financial Times, vingt-cinq économistes de renommée internationale, dont Joseph Stiglitz et Thomas Piketty, lancent un appel pour que « le bon sens économique et l’humain » l’emportent. La voici traduite en français.

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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 08:18
Le révélateur grec

L’Union européenne se prévaut des plus hautes valeurs. De par la voix de ses dirigeants comme de ceux de ses pays membres elle affirme représenter la démocratie, la liberté et la paix. Pourtant, elle en donne concrètement une image bien différente. Non seulement elle viole ses propres valeurs à de multiples reprises, mais elle développe une idéologie qui se trouve à l’opposé, en réalité, des valeurs qu’elle prétend incarner.

L’Union européenne prétend instaurer des règles communes et des solidarités entre les pays membres, et même au-delà ; les faits démentent tragiquement, et ceci de plus en plus, les idées de solidarité même en son sein. Le budget communautaire, pourtant réduit à moins de 1,25% du PIB, est appelé à se réduire encore.

Ces deux contradictions alimentent la crise à la fois politique et économique que connaît l’UE. Elles en minent les fondements et obscurcissent de manière considérable l’avenir.

 

Sources : Le Carnet de Jacques Sapir sur la Russie et l'Europe par Jacques Sapir

- Le révélateur grec.

Le traitement infligé à la Grèce est un bon exemple de la réalité des pratiques au sein de l’Union européenne ; ajoutons qu’il n’est hélas pas le seul. Mais, il sert de révélateur et il expose l’hypocrisie profonde de la construction européenne.

 

Rappelons les faits : la Grèce a connu une crise de la dette souveraine au début de 2010, dont les conséquences risquaient d’être couteuses pour les banques des principaux pays européens qui avaient prêté, en toute connaissance de cause et en raison de taux d’intérêt hautement rémunérateurs, à ce pays. Les différents plans qualifiés « d’aide » à la Grèce n’ont eu pour raison d’être que d’éviter un défaut afin de permettre aux banques privées, essentiellement françaises et allemandes, de se dégager et revendre les titres grecs qu’elles avaient achetés. Ces plans « d’aide » ont considérablement alourdie la dette. Ils ont eu pour contrepartie des plans d’austérité, mis en œuvre par ce que l’on a appelé la « Troïka », c’est à dire la Banque Centrale Européenne, la Commission Européenne et le Fond Monétaire International. Ces plans d’austérité ont à leur tour provoqué une crise économique et sociale de grande ampleur en Grèce, avec un taux de chômage de plus de 25%, une paupérisation galopante, et une destruction du système de protection sociale. Cette austérité a été imposée à la Grèce par des équipes d’experts envoyés par la « Troïka » qui sont venu s’installer dans les ministères et qui ont alors dicté leurs conditions.

 

A bout de force, mais aussi à bout de patience, exaspérés par l’humiliation permanente que représentait la présence des experts de la « Troïka », les électeurs grecs ont, le 25 janviers 2015, envoyés un message très clair : la population refuse l’austérité pour le compte des banquiers de Francfort ou de Paris. En portant au pouvoir une parti de gauche dont le programme promettait de mettre fin à cette austérité, tout en engageant des réformes que les autres gouvernements, tant socialistes (PASOK) que de centre-droit (Nouvelle Démocratie) s’étaient toujours refusées à faire, comme une réforme de l’assiette de l’impôt et de l’administration. Les dirigeants de SYRIZA ont décidé, pour tenter de mener à bien leur programme, de s’allier avec un parti de droite les « Grecs Indépendante ». Il faut ici rappeler que An.El est certes un parti de droite, mais d’une droite que l’on qualifierait de républicaine en France. Ce parti a d’ailleurs de bonnes relations avec Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan. Il ne s’agit donc pas d’un parti d’extrême-droite comme le bave le triste sire Colombani[2]. Ils auraient pu s’allier avec un parti centriste, explicitement pro-européen (To Potami ou La Rivière) ou avec les débris du partit socialiste, le PASOK. Ils ont fait un choix qui n’apparaît étrange qu’à ceux qui ne comprennent pas l’enjeu de la souveraineté.

 

Loin de se réjouir de l’arrivée au pouvoir d’un parti, puis d’une coalition, décidé à aborder de front les problèmes structurels de la Grèce[3] qui s’appellent corruption, clientélisme et népotisme, l’Union Européenne n’a eu de cesse que de vouloir casser ce gouvernement, de lui imposer un autre programme que celui sur lequel il a été élu. Ce faisant, elle montre son total mépris de la démocratie dont ses dirigeants par ailleurs se gargarisent. Quelle que soit l’issue de la crise actuelle, que l’on ait un mauvais accord, un défaut, voir une sortie de l’Euro de la Grèce, l’attitude odieuse de l’Union Européenne restera dans les mémoires de tous les européens, mais aussi des autres. On découvre ici que l’Union européenne ne se comporte pas autrement que feu l’Union soviétique en imposant une théorie de la souveraineté limitée comme ce fut le cas à Prague en août 1968. Ce faisant, elle montre le peu de cas qu’elle fait de la démocratie. Si une communauté politique n’est plus maîtresse de son destin, il ne peut y avoir de démocratie en son sein. Si l’on en veut une preuve, rappelons cette citation de Monsieur Jean-Claude Juncker, le successeur de l’ineffable Barroso à la tête de la commission européenne : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». C’est l’affirmation tranquille et satisfaite de la supériorité d’institutions non élues sur le vote des électeurs, de la supériorité du principe technocratique sur le principe démocratique.

 

 

- Une nouvelle lecture de l’Union européenne.

Ce révélateur grec incite alors à relire les autres actions de l’Union européenne.

 

Que ce soit sur les négociations commerciales internationales, qu’elle mène dans l’opacité la plus totale comme c’est le cas avec le Traité Transatlantique, que ce soit sur la question des OGM ou elle impose aux consommateurs européens des produits dont ils ne veulent pas pour le plus grand profit d’un géant de l’industrie nord-américaine, MONSANTO pour ne pas le nommer.

 

Que ce soit sur la question de la solidarité entre les pays membres. L’Italie a été laissée seule pour gérer la catastrophe humanitaire provenant de l‘intervention franco-britannique en Libye qui a abouti à la mort de Kadhafi. De même, la Grèce a été laissée bien seule pour faire face aux flux migratoires qui viennent de Turquie et du Moyen-Orient. De son côté, la France a été laissée quasiment seule dans la lutte contre l’islamisme radical au sud-Sahel (Mali, Niger) au moment où la Commission européenne lui demande de faire plus d’économie. Les fonds structurels, qui eurent un effet de modernisation important sur des pays comme le Portugal et la Grèce, sont aujourd’hui réduit à la portion congrue. Le budget de l’Union européenne, déjà dérisoire avec 1,23% du PIB, est appelé à être encore réduit, sous la pression combinée de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne, dans les prochaines années.

 

Sur tous ces terrains on voit un recul profond avec les pratiques des années 1970 et 1980, quand on ne parlait pas d’Union européenne mais, plus simplement, de « Marché Commun » ou Communauté Economique Européenne. Ce recul s’accompagne d’une montée aux extrêmes dans le discours. Plus l’UE s’éloigne des principes de solidarité et de démocratie, plus elle en parle. Plus elle opprime les peuples des pays membres, plus elle se présente en libérateur pour les autres. On en a eu un tragique exemple avec la crise ukrainienne, où le comportement irresponsable de l’UE n’a pas été pour rien dans le déclenchement de la crise.

 

Dès lors, on voit bien la logique d’oppression où tombe l’UE de par sa volonté de nier le principe de souveraineté.

 

 

- Une théorisation des thèses européistes et sa critique.

Un auteur hongrois, largement encensé par les institutions européennes, a voulu produire une réfutation du rôle fondamental de la Souveraineté, tel qu’il émerge des travaux de Bodin et de Jean-Jacques Rousseau. De ce point de vue Andras Jakab peut être considéré comme un idéologue du pouvoir européiste. Ses thèses sont parfaitement convergentes avec le discours tenu par l’Union Européenne. Jakab, après une analyse comparée des diverses interprétations de la souveraineté, avance pour le cas français que : « La souveraineté populaire pure fut compromise par un abus extensif de referenda sous le règne de Napoléon Ier et de Napoléon III, la souveraineté nationale pure ayant été perçue comme insuffisante du point de vue de sa légitimation[4] »

 

C’est soutenir qu’un abus pervertirait le principe ainsi abusé. Mais il ne peut en être ainsi que si l’abus démontre une incomplétude du principe et non de sa mise en œuvre. Viendrait-il à l’esprit des contemporains de détruire les chemins de fer au nom de leur utilisation par le Nazis dans la destruction génocidaire des Juifs et des Tziganes ? Or, ceci est bien le fond du raisonnement tenu par Jakab. Pourtant, il est loin d’être évident dans l’usage politique fait du plébiscite que cet usage soit le seul possible. Si un plébiscite est bien un instrument non-démocratique, tout référendum n’est, fort heureusement, pas un plébiscite. La confusion établie par l’auteur entre les deux notions est très dangereuse et pour tout dire malhonnête. La pratique qui consiste à assimiler référendum et plébiscite, car c’est de cela dont il est question dans le texte, est une erreur logique. La discussion se poursuit sur la portée qu’il faut attribuer à la décision du Conseil Constitutionnel concernant la Nouvelle Calédonie où il est dit que « la loi votée… n’exprime la volonté générale que dans le respect de la Constitution »[5]. Ici encore, on pratique de manière volontaire la stratégie de la confusion. Ce que reconnaît le Conseil Constitutionnel, en l’occurrence, c’est la supériorité logique de la Constitution sur la Loi. Ce n’est nullement, comme le prétend à tort Jakab l’enchaînement de la souveraineté. En fait, dire que le processus législatif doit être encadré par une Constitution ne fait que répéter le Contrat Social de Rousseau[6]. Ce qui est en cause est bien le parti pris de cet auteur est de refuser ou de chercher à limiter le concept de Souveraineté. Il fait appel pour cela aux travaux de Hans Kelsen[7]. On sait que, pour ce dernier, le droit d’un État est subordonné au droit international, ce dernier existant de manière implicite à travers un système de « lois naturelles » qui seraient propre à la condition humaine, servant alors de normes pour le droit des États.

 

Mais, on peut considérer que le Droit International découle au contraire du Droit de chaque État, qu’il est un Droit de coordination[8]. C’est la logique développée par Simone Goyard-Fabre[9]. Andras Jakab se voit alors obligé de reconnaître que : « malheureusement, du point de vue de la définition de la notion, la souveraineté comme telle n’est définie dans aucun traité international (peut-être parce qu’un accord sur cette question serait impossible »[10]. Il ajoute quelques lignes plus loin : « Mais l’acceptation totale du premier droit du souverain, c’est-à-dire l’exclusivité, n’est pas satisfaisante vu les défis nouveaux, notamment la mondialisation »[11]. Ce faisant il glisse, dans le même mouvement, d’une position de principe à une position déterminée par l’interprétation qu’il fait – et que l’on peut réfuter – d’un contexte. Cette démarche a été critiquée en son temps par Simone Goyard-Fabre : “Que l’exercice de la souveraineté ne puisse se faire qu’au moyen d’organes différenciés, aux compétences spécifiques et travaillant indépendamment les uns des autres, n’implique rien quant à la nature de la puissance souveraine de l’État. Le pluralisme organique (…) ne divise pas l’essence ou la forme de l’État; la souveraineté est une et indivisible“[12]. L’argument prétendant fonder sur la limitation pratique de la souveraineté une limitation du principe de celle-ci est, quant au fond, d’une grande faiblesse. Les États n’ont pas prétendu pouvoir tout contrôler matériellement, même et y compris sur le territoire qui est le leur. Le despote le plus puissant et le plus absolu était sans effet devant l’orage ou la sécheresse. Il ne faut pas confondre les limites liées au domaine de la nature et la question des limites de la compétence du Souverain.

 

On comprend bien, alors, que cette démarche a pour objet, consciemment ou inconsciemment, de nous présenter le contexte comme déterminant par rapport aux principes. La confusion entre les niveaux d’analyse atteint alors son comble. Cette confusion a naturellement pour objet de faire passer pour logique ce qui ne l’est pas : la subordination de la Souveraineté. Or, cette subordination est contraire aux principes du droit. Il n’est guère étonnant, dans ces conditions, que l’article de Jakab ait reçu tant de distinctions des institutions de l’Union Européennes.

 

 

- La souveraineté et les traités internationaux.

Les tenants de l’européisme avancent alors l’hypothèse que les traités internationaux limitent la souveraineté des États. On considère alors qu’ayant acquiescé au Traité de Maastricht, les pays membres de l’Union européenne se sont dessaisit d’une partie de leur souveraineté. Les traités sont en effet perçus comme des obligations absolues au nom du principe Pacta sunt servanda [13].

 

Mais, ce principe peut donner lieu à deux interprétations. Soit ces traités ne sont rien d’autre qu’une mise en œuvre d’un autre principe, celui de la rationalité instrumentale. Il implique donc de supposer une Raison Immanente et une complétude des contrats que sont les traités, deux hypothèses dont il est facile de montrer la fausseté, mais dans lesquels on retrouve la trace de la Grundnorm de Kelsen[14], déshabillée de ses oripeaux religieux. Mais, nul traité n’est rédigé pour durer jusqu’à la fin des temps. Soit on peut aussi considérer que ce principe signifie que la capacité matérielle des gouvernements à prendre des décisions suppose que toutes les décisions antérieures ne soient pas tout le temps et en même temps remises en cause. Cet argument fait quant à lui appel à une vision réaliste des capacités cognitives des agents. Un traité qui serait immédiatement discuté, l’encre de la signature à peine sèche, impliquerait un monde d’une confusion et d’une incertitude dommageables pour tous. Mais, dire qu’il est souhaitable qu’un traité ne soit pas immédiatement contesté n’implique pas qu’il ne puisse jamais l’être. Il est opportun de pouvoir compter, à certaines périodes, sur la stabilité des cadres qu’organisent des traités, mais ceci ne fonde nullement leur supériorité sur le pouvoir décisionnel des parties signataires, et donc sur leur souveraineté. C’est pourquoi d’ailleurs le droit international est nécessairement un droit de coordination et non un droit de subordination[15]. L’unanimité y est la règle et non la majorité. Cela veut dire que la communauté politique est celle des États participants, et non la somme indifférenciée des populations de ces États. Un traité n’est contraignant que pour ses signataires, et chaque signataire y jouit d’un droit égal quand il s’engage par signature, quelle que soit sa taille, sa richesse, ou le nombre de ses habitants[16]. Vouloir substituer le droit de subordination au droit de coordination n’a qu’une seule signification: la création d’un droit qui serait séparé du principe de souveraineté et n’aurait d’autre fondement à son existence que lui-même. Un tel droit, s’il se rattache ou prétend se rattacher à un principe démocratique, nie le principe de légitimité. Il est alors immoral en cela qu’il ne distingue plus le juste du légal.

 

 

- Souveraineté et décision.

La question de la souveraineté ne dépend donc pas seulement de qui prend les décisions, autrement dit de savoir si le processus est interne ou externe à la communauté politique concernée. La souveraineté dépend aussi de la pertinence des décisions qui peuvent être prises sur la situation de cette communauté et de ses membres. Une communauté qui ne pourrait prendre, du fait de traités, que des décisions sans importance sur la vie de ses membres ne serait pas moins asservie que celle se trouvant effectivement sous la botte d’une puissance étrangère. Ceci rejoint alors une conception de la démocratie développée par Adam Przeworski. Pour cet auteur, la démocratie ne peut résulter d’un compromis sur un résultat. Toute tentative pour pré-déterminer le résultat du jeu politique, que ce soit dans le domaine du politique, de l’économique ou du social, ne peut que vicier la démocratie. Le compromis ne peut porter que sur les procédures organisant ce jeu politique[17]. De fait, on revient ici – et non sans raison – au décisionisme de Carl Schmitt. Il faut pouvoir penser la décision, c’est à dire un acte qui ne soit pas l’application mécanique d’une norme mais bien une création subjective d’un individu ou d’un groupe d’individu. Cette décision permet de penser l’innovation institutionnelle sans laquelle les hommes seraient condamnés à vivre dans une société stationnaire. Cette décision, qui définit en réalité qui détient la souveraineté dans une société, est au cœur du politique[18].

 

Or, cette tentative de prédéterminer le résultat du jeu politique, c’est très précisément ce à quoi tend toute la réflexion entamée dans les instances européennes et théorisée par Jakab. En cela, elle révèle tout le contenu anti-démocratique de la pensée européiste.

 

 

- L’idéologie européiste et ses conséquences.

En fait, la construction de cette pensée d’une Souveraineté « hors sol », réduite à un principe que l’on n’applique pas, révèle le projet politique qui est porté, consciemment ou non, par son auteur : il faut limiter autant que possible la souveraineté nationale pour laisser le champ libre à l’Union Européenne[19]. Il n’est donc pas étonnant qu’il propose la solution d’une neutralisation de la Souveraineté, solution qui consiste à admettre son existence mais à la rejeter dans les limbes au profit de compromis concrets[20]. Il ne faut dès lors plus s’étonner de la dissolution des sociétés dans ce cadre car ce qui « fait société » est en réalité nié.

 

Le principe de souveraineté se fonde alors sur ce qui est commun dans une collectivité, et non plus sur celui qui exerce cette souveraineté[21]. La souveraineté correspond ainsi à la prise de conscience des effets d’interdépendance et des conséquences de ce que l’on a appelé le principe de densité. Elle traduit la nécessité de fonder une légitimation de la constitution d’un espace de méta-cohérence, conçu comme le cadre d’articulation de cohérences locales et sectorielles. Cette nécessité n’existe que comme prise en compte subjective d’intérêts communs articulés à des conflits.

 

On discerne ainsi les conséquences extrêmement négatives du tournant que les dirigeants de l’Union européenne ont voulu prendre et qui se révèle dans la manière dont ils traitent la Grèce, mais aussi dont ils abordent bien d’autres problèmes, de celui des réfugiés en Méditerranée à celui de nos relations commerciales avec les Etats-Unis dans le cadre du TTIP. Pour chercher à résoudre le dilemme de la souveraineté des Etats confrontée à celle des institutions européennes, ils ont cru bon de nier en réalité le principe de souveraineté. Et ce n’est pas un hasard si autour de ce terme et de son dérivé politique, je veux parler du souverainisme, se concentrent les avis de ceux qui relèvent toutes les contradictions et les incohérences de la construction européenne. Les partisans de l’Union européenne tel qu’elle existe ont alors tôt fait de prétendre que les souverainistes ne sont que des nationalistes. Mais, ce faisant, ils démontrent leur incompréhension profonde de ce qui est en jeu dans le principe de souveraineté. En fait l’ordre logique qui va de la souveraineté à la légalité par l’intermédiaire de la légitimité, et qui est constitutif de toute société. Cependant, constater cela ne fait que renvoyer l’interrogation à un niveau supérieur, celui des formes symboliques dans lesquelles se meuvent les représentations tant de la souveraineté que de la légitimité.

 

 

On ne doit pas s’étonner alors si, dans les différends pays de l’Union européenne, la colère monte. Les partis que l’on qualifie de « populistes » ou « d’extrême-droite » ne font que refléter cette colère.

 

 

 

 

 

Notes :

[1] Jacques Sapir : diplômé de l'IEPP en 1976, a soutenu un Doctorat de 3ème cycle sur l'organisation du travail en URSS entre 1920 et 1940 (EHESS, 1980) puis un Doctorat d'État en économie, consacré aux cycles d'investissements dans l'économie soviétique (Paris-X, 1986). A enseigné la macroéconomie et l’économie financière à l'Université de Paris-X Nanterre de 1982 à 1990, et à l'ENSAE (1989-1996) avant d’entrer à l’ École des Hautes Études en Sciences Sociales en 1990. Il y est Directeur d’Études depuis 1996 et dirige le Centre d'Études des Modes d'Industrialisation (CEMI-EHESS). Il a aussi enseigné en Russie au Haut Collège d'Économie (1993-2000) et à l’Ecole d’Économie de Moscou depuis 2005. Il dirige le groupe de recherche IRSES à la FMSH, et co-organise avec l'Institut de Prévision de l'Economie Nationale (IPEN-ASR) le séminaire Franco-Russe sur les problèmes financiers et monétaires du développement de la Russie.

[2] Colombani J-M, « Quels chemins pour les grecs ? », in Direct Matin, n° 1630, 2 février 2015, p.3.

[3] Voir l’article du Ministre des Finances, Yanis Varoufakis, http://www.project-syndicate.org/commentary/greece-debt-deal-by-yanis-varoufakis-2015-04

[4] Jakab A., « La neutralisation de la question de la souveraineté. Stratégies de compromis dans l’argumentation constitutionnelle sur le concept de souveraineté pour l’intégration européenne », in Jus Politicum, n°1, p.4, URL : http://www.juspoliticum.com/La-neutralisation-de-la-question,28.html

[5] Décision 85-197 DC 23 Août 1985, Voir : Jacques Ziller, « Sovereignty in France: Getting Rid of the Mal de Bodin », in Sovereignty in Transition. éd. Neil Walker, Oxford, Hart, 2003.

[6] Rousseau J-J., Du Contrat Social, Flammarion, Paris, 2001.

[7] Kelsen H., «La méthode et la notion fondamentale de la théorie pure du droit »Revue de Métaphysique et de Morale, T. 41, No. 2 (Avril 1934), pp. 183-204.

[8] Dupuy R.J., Le Droit International, PUF, Paris, 1963

[9] Goyard-Fabre S., “Y-a-t-il une crise de la souveraineté?”, in Revue Internationale de Philosophie, Vol. 45, n°4/1991, pp. 459-498.

[10] Jakab A., « La neutralisation de la question de la souveraineté. Stratégies de compromis dans l’argumentation constitutionnelle sur le concept de souveraineté pour l’intégration européenne », op.cit., p. 11.

[11] Jakab A., « La neutralisation de la question de la souveraineté. Stratégies de compromis dans l’argumentation constitutionnelle sur le concept de souveraineté pour l’intégration européenne », op.cit., p. 12.

[12] S. Goyard-Fabre, “Y-a-t-il une crise de la souveraineté?”, op.cit., p. 480-1.

[13] Idem, p. 485.

[14] Kelsen H., «La méthode et la notion fondamentale de la théorie pure du droit »Revue de Métaphysique et de Morale, T. 41, No. 2 (Avril 1934), pp. 183-204.

[15] R. J. Dupuy, Le Droit International, op.cit…

[16] Point souligné dès le XVIIIè siècle par De Vattel, E., Le droit des gens, Londres, s.n., 1758, éd. de 1835. Il faut souligner ici que l’expression « doit des gens » souligne en réalité l’organisation des relations entre Nations.

[17] A. Przeworski, “Democracy as a contingent outcome of conflicts”, in J. Elster & R. Slagstad, (eds.), Constitutionalism and Democracy, Cambridge University Press, Cambridge, 1993, pp. 59-80.

[18] Schmitt C., Théologie politique. (1922), Paris, Gallimard, 1969.

[19] Wind M., Sovereignty and European Integration. Towards a Post-Hobbesian Order, Houndmills e.a., Palgrave, 2001

[20] Jakab A., « La neutralisation de la question de la souveraineté. Stratégies de compromis dans l’argumentation constitutionnelle sur le concept de souveraineté pour l’intégration européenne », op.cit., P. 22-23.

[21] Bodin J., Les six livres de la République, Librairie générale française, Paris, Le livre de poche, LP17, n° 4619. Classiques de la philosophie, 1993.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 08:15
Grèce : quel premier bilan pour la gauche, après cent jours de gouvernement ?

Où en est la gauche anti-austérité au pouvoir en Grèce depuis fin janvier ? Après cent jours de gouvernement, le Premier ministre Alexis Tsipras semble pris en tenaille, coincé entre, d’un côté, les exigences des créanciers du pays et, de l’autre, ses 2,2 millions d’électeurs qui attendent que les promesses soient tenues a minima. Voici un décryptage des points de blocages, des déceptions mais aussi de « la Grèce qui change malgré tout ».

 

Sources : BASTAMwww.bastamag.net par Nikos Smyrnaios sur son blog

Le nouveau gouvernement grec vient de passer le cap de cent jours au pouvoir. Il est donc possible de faire un bilan provisoire de son action. Dans ce texte je tenterai de recenser les principales difficultés rencontrées ainsi que les critiques qui lui sont adressées avant de décrire les aspects qui laissent entrevoir malgré tout un espoir de changement positif.

 

 

- Le « compromis honorable » introuvable

Le premier constat qu’on fait à Athènes est que le temps semble suspendu. Rien n’a changé en apparence depuis trois mois. Tout le monde attend le résultat des négociations avec les créanciers qui s’éternisent. Le gouvernement de Tsipras paye aujourd’hui le prix de son inexpérience et de son impréparation : l’accord du 20 février n’a pas assuré le versement de la dernière tranche du précédent programme de financement, ni la liquidité nécessaire en provenance de la Banque centrale européenne (BCE). L’État grec se trouve donc constamment au bord de la cessation de paiements.

 

Pourtant le gouvernement a fait de nombreuses concessions face à la pression des institutions et le risque d’une faillite imminente. Il a également honoré l’ensemble de ses obligations envers les créanciers – plusieurs milliards d’euros déjà prélevés sur le budget de l’État qui du coup n’ont pas été utilisés pour relancer l’activité ou réparer les services publics. En effet, l’économie du pays stagne dans ce climat d’incertitude. Les prévisions de croissance pour l’année 2015 ont été revues fortement à la baisse de 1,4 % à 0,8 %. Le chômage reste extrêmement élevé. Et la Grèce n’a pas touché un euro de la part du mécanisme de soutien financier européen depuis bientôt un an.

 

 

- Tsipras pris en tenaille à l’intérieur

Sur le front de la politique intérieure le premier ministre est coincé : d’un côté l’opposition et les médias dominants le pressent de « signer » avec les créanciers, quelques soient les conditions de l’accord. Pour ce faire ils brandissent des sondages douteux, supposés montrer que les Grecs sont « prêts à tous les sacrifices pour garder l’Euro » et reproduits largement par les médias européens. Ce que l’opposition veut c’est une compromission humiliante qui montrerait ainsi que la rhétorique anti-austéritaire de Syriza était bien du « populisme utopique ».

 

De l’autre côté l’aile gauche du parti et les millions d’électeurs de classes populaires et moyennes souffrant de la crise qui ont élu ce gouvernement attendent que celui-ci respecte a minima ses promesses électorales : pas de diminution des pensions et des salaires ; reforme de l’impôt pour plus de justice sociale ; régulation du marché de travail ; lutte contre la corruption, la fraude fiscale et les oligarques ; allégement du fardeau des dettes bancaires ; augmentation du salaire minimum…

 

Tsipras et son gouvernement doivent donc à tout prix obtenir des créanciers un accord « défendable » en interne, faute de quoi la popularité dont ils jouissent toujours risque de s’envoler et la majorité parlementaire qui les soutient imploser. Ceci d’autant plus que de nombreuses voix à gauche s’élèvent désormais pour critiquer leur gestion du pouvoir. En effet, des signes inquiétants se font jour : manque de transparence dans les processus de prise décision, concentration du pouvoir entre les mains du premier cercle de Tsipras, marginalisation d’un certain nombre de personnalités du parti, difficulté à s’ouvrir à la société civile.

 

 

- Le cas emblématique de la télévision publique

Récemment, les critiques se sont cristallisées autour de la désignation de la direction de ERT, la radiotélévision publique ressuscitée après la fermeture décidée de manière autoritaire par le précédent gouvernement à l’été 2013 (Basta ! était sur place à l’époque). En effet, la loi définissant les nouveaux statuts de ERT ne comporte que peu de garanties au niveau de son indépendance face au pouvoir politique, du contrôle par les citoyens, de l’implication de salariés à sa gestion...

 

De plus, la désignation du nouveau président et du nouveau directeur exécutif se sont faites de manière opaque. Le processus a été conduit par le ministre Nikos Pappas, un proche de Tsipras, sans qu’un projet soit présenté formellement par les différents candidats, seulement des CV qui ont été “examinés dument” mais on ne sait pas par qui.

 

Les critiques ont été plus fortes encore en raison des personnalités choisies. Le président choisi pour la nouvelle ERT est Dionissis Tsaknis, un chanteur et compositeur populaire, proche des mouvements sociaux, dont les convictions exprimées publiquement sont très ancrées à gauche. Mais en même temps il n’a aucune expérience dans l’audiovisuel et c’est aussi l’un des artistes qui a le plus profité de la bulle des industries culturelles grecques dans les années 90 et 2000.

 

Son directeur exécutif, Lambis Tagmatarhis, est quant à lui un cadre expérimenté de l’audiovisuel en provenance du privé, proche de l’establishment médiatico-financier. Il symbolise l’ère des excès du paysage médiatique. Ce choix controversé avait comme objectif déclaré d’éviter de placer un proche de Syriza ou quelqu’un sans l’expérience requise. Mais il a conduit des nombreuses personnalités respectées comme le professeur Yorgos Pleios, le journaliste Yorgos Avgeropoulos ou l’ancien directeur technique de ERT Nikos Mihalitsis à refuser d’intégrer le conseil d’administration de la radiotélévision publique .

 

Un autre problème pour la nouvelle ERT sera la cohabitation en son sein de deux groupes d’anciens salariés : ceux, les plus nombreux, qui se sont battus pendant deux ans pour sa réouverture à travers la radiotélévision autogérée ERTopen et ceux qui n’ont pas hésité à intégrer NERIT, la structure fantomatique mis en place par le gouvernement précédent. Les tensions entre les deux seront donc inévitables.

 

 

- Les tâches herculéennes

Ce recours à des dirigeants de l’ancien « régime » illustre également la difficulté que connaît ce gouvernement pour s’entourer des cadres aux compétences nécessaires à la gestion du pays. Les professionnels affirmés susceptibles d’être utiles dans de nombreux secteurs de l’administration ont souvent immigré ou sont politiquement incompatibles avec le programme de Syriza. D’autres sont tout simplement très bien payés dans le privé. Or, l’état lamentable des finances ne permet pas au gouvernement de proposer à ses collaborateurs des salaires décents par rapport à l’énormité des tâches à accomplir.

 

En effet, les cadres gouvernementaux se trouvent en première ligne. Disposant des budgets anémiques, voir inexistants, ils sont obligés de composer avec une administration peu efficace, lente et bureaucratique. Ils sont systématiquement confrontés à la corruption de certains agents et aux intérêts privés qui ont profité pendant des années des deniers publics.

 

A titre d’exemple, selon le témoignage d’une députée, lors d’une visite de l’une de plus grandes prisons du pays à Domokos aucune archive sur les marchés lucratifs de fournitures n’a été trouvée. Toutes les traces des pratiques douteuses du passé avaient tout simplement disparu. Autre exemple, on a découvert que la capacité d’accueil affichée des prisons grecques était largement surestimé par l’administration pénitentiaire. La surpopulation, déjà dramatique, est donc pire que ce qu’on croyait. Le ministère a été obligé d’entreprendre un nouveau comptage de la réelle capacité d’accueil des prisons du pays, calculée cette fois-ci en fonction des standards internationaux.

 

 

- La bataille pour assainir les médias

Même situation au secrétariat général de la communication où Lefteris Kretsos, le nouveau responsable qui a quitté une carrière d’universitaire en Grande Bretagne pour assumer la fonction, a découvert des situations ubuesques : des journalistes payés par l’agence de presse public APE qui n’ont jamais mis les pieds dans les locaux, ni produit la moindre information ; des locaux à l’étranger inexploités voir abandonnés ; des archives audiovisuels publics dans un piteux état.

 

Kretsos, un proche de Pappas, est en première ligne dans la bataille que le gouvernement tente de mener contre les oligarques qui contrôlent les médias. Il a ainsi récemment exigé le paiement des sommes dues par les chaînes privées pour l’utilisation des fréquences. Les chaines ont justifié leur manquement en évoquant la mise à disposition gratuite du temps d’antenne aux partis politiques, censée compenser le prix de l’utilisation des fréquences. Une excuse qui sonne comme un aveux.

 

L’autre tâche urgente pour le secrétaire général à la communication est l’examen des conditions dans lesquelles les chaînes privées en quasi-faillite ont obtenu des prêts avantageux des banques, qui elles mêmes avaient été précédemment re-capitalisées avec de l’argent public. Une disposition de la loi de refondation de ERT prévoit que le gouvernement peut révoquer les licences des stations de télévision qui ne peuvent pas payer leurs dettes. Des hommes d’affaires Grecs mais aussi étrangers sont en embuscade pour récupérer les fréquences si redistribution il y a. Faute d’une régulation suffisante et strictement appliquée le risque de créer une nouvelle oligarchie médiatique est existant.

 

Le projet de ré-agencement du système médiatique grec inclut également l’assainissement du paysage de l’information en ligne. Pour ce faire le gouvernement entend favoriser les sites d’information qui assurent un journalisme de qualité et se fonde sur des modèles économiques transparents, au détriment de ceux qui dépendent des financements douteux et qui pullulent sur l’internet grec diffusant rumeurs et fausses informations. Si l’idée est louable sa mise en œuvre risque d’être compliquée.

 

 

- La Grèce qui change malgré tout

Pour s’apercevoir que la Grèce est réellement en train de changer lentement, il faut s’éloigner du triste spectacle qu’offre la négociation avec les créanciers et s’intéresser à la politique de basse intensité qui vise à changer des pratiques et des mentalités fortement ancrées depuis longtemps. La reforme pénitentiaire en cours qui vise à désengorger les prisons et améliorer les conditions de vie des détenus, même si c’est à moyens quasiment constants, est à ce titre emblématique. Il s’agit d’insuffler une nouvelle mentalité dans un système inhumain qui pendant longtemps a fonctionné à l’écart de la société.

 

Le même effort, très compliqué, est déployé en direction de la police. Samedi dernier a ainsi eu lieu sur la place Syntagma, devant la parlement, le premier festival de cannabis au centre d’Athènes. Pas un seul policier en uniforme n’est venu perturber cette fête de la jeunesse athénienne qui a repris possession des lieux après des années de répression féroce instaurant un climat de terreur policière au cœur de la ville. Cependant le ministre de la police Panousis reste une bête noire pour des nombreux militants et électeurs de Syriza à cause de ses déclarations droitières répétées.

 

Autre front de ce type, le ministère de la Culture, longtemps mis au services d’une conception nationaliste et étroite de l’art et de l’histoire, tente de s’assainir et de s’ouvrir. Ainsi le secrétaire général à l’archéologie a par exemple découvert des services désorganises et des locaux délabrés. Il a également révélé des multiples manipulations politiques des fouilles en cours dans le nord de la Grèce visant à gonfler la « fierté nationale » et faire diversion des politiques austéritaires mises en œuvre par le précédent gouvernement.

 

Enfin, le procès en cours des principaux dirigeants d'Aube dorée pour participation à une organisation criminelle est aussi un signal fort pour les populations d’origine étrangère. Ces-dernières peuvent de nouveau circuler sans peur dans les rues d’Athènes puisque les attaques racistes impunies ont drastiquement diminué (sans disparaître).

 

Dans la même veine, la libération des centaines de migrants des centres de détention immondes mis en place avec des fonds européens, la couverture maladie universelle, y compris pour les étrangers, le droit du sol remplaçant le droit du sang pour les enfants d’immigrés, le retrait des circulaires stigmatisant séropositifs et toxicomanes et la remise sur pied du système de soin pour les malades mentaux qui est en cours clôturent une période qui restera tristement célèbre dans l’histoire du pays : celle d’un racisme d’État violent et qui pour l’instant reste impuni.

 

Enfin, il faut ajouter aux points positifs évidement les mesures contre la pauvreté extrême – mais qui touchent une fraction seulement de ceux qui en ont besoin – , la réintégration des fonctionnaires licenciés injustement (dont les femmes de ménage du ministère de l’Économie et les employés de ERT), la reforme de l’Éducation nationale vers plus d’égalité et la mise en place d’une commission d’audit sur la dette par le Parlement. Des débuts encourageants mais dont la suite est conditionnée par l’issue des négociations avec les créanciers et la réussite, qui reste hypothétique, de la politique économique qui s’en suivra.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 08:07
Syriza, Podemos… Restructuration ou annulation de la dette illégitime ?

Le samedi 28 mars 2015, au Forum social mondial de Tunis, le CADTM organisait un atelier intitulé « Syriza, Podemos… Restructuration ou annulation de la dette illégitime ? » et qui comptait sur la participation d’Éric Toussaint, porte parole du CADTM international, ainsi que des eurodéputés Miguel Urban Crespo de Podemos en Espagne, Marie-Christine Vergiat du Front de Gauche en France et Helmut Scholz de Die Linke en Allemagne.

 

Sources :  Le Grand Soir Jérôme Duval & Maud Bailly

Syriza, Podemos… Restructuration ou annulation de la dette illégitime ?

Éric Toussaint : Restructurations de dette : de l’Allemagne de 1953 à la Grèce d’aujourd’hui

 

- Des restructurations au bénéfices des créanciers...

Eric Toussaint a avant tout précisé la signification de la restructuration de dette à travers différents exemples historiques. Entre 1950 et 2010, se sont succédées pas moins de 600 restructurations de dettes publiques. Seules quelques unes ont été favorables aux pays endettés et cela s’est produit à chaque fois dans des circonstances exceptionnelles.

 

 

- ... contrairement à l’accord de Londres de 1953, favorable à l’Allemagne de l’Ouest

Afin d’illustrer ces rares cas, Eric Toussaint a mentionné l’exemple de l’Allemagne occidentale à la sortie de la seconde guerre mondiale. L’accord historique sur la dette allemande signé à Londres en 1953 a permis aux vainqueurs de la guerre d’octroyer une réduction drastique de la dette de plus de 60 % et d’accorder dans l’immédiat un moratoire de 5 ans. Qui plus est, n’ont pas été prises en considération les dettes qui auraient dû être réclamées à l’Allemagne en guise de réparation pour les crimes de guerre nazis, notamment lors de l’occupation de la Grèce. Cet accord comportait des clauses très favorables à la RFA : la possibilité de suspendre les paiements pour en renégocier les conditions si nécessaire ; un service de la dette qui devait rester inférieur à 5 % des revenus tirés des exportations ; des taux d’intérêts inférieurs à 5 % ; la possibilité de rembourser dans sa monnaie nationale (le deutschemark, alors que celui-ci n’avait alors quasiment aucune valeur sur le plan international) ; l’engagement des créanciers à acheter des produits allemands ; une compétence des tribunaux allemands en cas de litige... L’ensemble de ces conditions favorables ont permis de relancer économiquement l’Allemagne de l’Ouest face à l’Union soviétique et ses alliés, dans un contexte de guerre froide.

 

En somme, hormis les quelques rares cas de restructurations qui ont été favorables aux débiteurs parce que les créanciers y voyaient un intérêt géostratégique, tous les autres processus de restructuration ont simplement servi à rétablir la solvabilité d’un pays débiteur en rendant la dette soutenable pour s’assurer qu’il continue à payer. La charge de la dette a le plus souvent été réduite par un rééchelonnement de l’échéancier (rallongement dans le calendrier des remboursements du capital à effectuer). Il n’y a donc aucune remise en question de l’illégitimité de la dette. D’ailleurs, le Club de Paris (qui regroupe les riches pays créanciers) s’en est fait une spécialité pour traiter les dettes bilatérales des pays endettés.

 

 

- Espoirs en Grèce ? Mesures anti-austéritaires et audit de la dette

En Grèce, déjà avant la victoire historique de Syriza dans les urnes le 20 janvier dernier, le parti de gauche « radicale » affichait clairement sa volonté de résoudre le problème du surendettement. Il proclamait vouloir restructurer la dette, aboutir à une réduction radicale de son montant (d’environ 60 %) dans le cadre d’une grande conférence internationale sur le modèle de l’accord de Londres de 1953 et de mettre en place un audit permettant d’en identifier les parts illégitimes et illégales. Une fois parvenu au pouvoir, Syriza a mis l’accent sur l’arrêt des politiques d’austérité et l’annonce d’une série de mesures sociales emblématiques : rétablissement de l’électricité pour 300 000 foyers pauvres qui en avaient été privés, fermeture des centres de détention pour « sans-papiers », octroi de la nationalité grecque aux immigrés de deuxième génération, relèvement du salaire minimum, réembauche des fonctionnaires licenciés, suppression des taxes foncières particulièrement pénalisantes pour les couches moyennes et populaires, relèvement du seuil de non-imposition... Or, l’accord du 20 février entre la Grèce et ses créanciers multilatéraux stipule que la Grèce respectera scrupuleusement le calendrier des remboursements, ce qui risque de compromettre à court terme la poursuite du programme social de Syriza.

 

Lors d’une conférence de presse le 17 mars 2015, la présidente du Parlement grec, Zoé Konstantopoulou, a annoncé la constitution d’une Commission d’audit de la dette publique grecque. Cette commission, coordonnée sur le plan scientifique par Éric Toussaint, n’est pas un simple exercice comptable, mais elle a pour but d’identifier les dettes illégitimes, odieuses, illégales et/ou insoutenables qu’il s’agit de répudier, sur base d’arguments solides et juridiques. La décision politique appartiendra quant à elle au gouvernement grec. Les travaux de cette commission vont donc interpeller la Commission européenne et autres créanciers, ainsi que ceux qui ont profité en Grèce des politiques de la Troika et de la restructuration effectuée en 2012. L’enjeu est de taille, non seulement pour la Grèce, mais également pour tous les peuples qui souffrent des politiques d’austérité au nom d’un endettement excessif.

Syriza, Podemos… Restructuration ou annulation de la dette illégitime ?

- Miguel Urban : restructuration ou annulation de la dette espagnole ? Sujet d’un vif débat au sein de Podemos

En Espagne, la question de la dette a soulevé un débat intense au sein de Podemos. La dette publique espagnole qui était de 35 % du PIB avant la crise, atteint désormais les 100 % du PIB. Cette explosion est en grande partie due à la socialisation des dettes privées, résultant principalement des sauvetages des banques et autres grandes infrastructures comme les autoroutes privées. Rien que pour les intérêts de la dette, l’État a dû rembourser 35 milliards d’euros en 2014 ; 25 % de la dette publique espagnole est détenue par les banques. La dette est ici comme ailleurs un outil de contrôle qui compromet la souveraineté populaire.

 

La question du non paiement de la dette ne fait pas encore l’objet d’un véritable débat de société. Deux initiatives en ce sens méritent néanmoins d’être signalées : la rencontre des partis de gauche du pourtour de la Méditerranée à l’occasion du Forum social mondial de 2013 à Tunis, en vue de se coordonner en faveur du non paiement de la dette. Par ailleurs, en Espagne, le débat se poursuit au sein de la Plateforme d’Audit Citoyen de la Dette (PACD).

 

Dans le Manifeste de création de Podemos, la suspension de paiement de la dette, l’audit citoyen et le revenu universel sont avancés comme mesures phares. Celles-ci ont ensuite été reprises lors de la campagne pour les élections européennes dans le programme politique élaboré de manière participative avec près de 15 000 militants. Après le succès électoral de Podemos aux élections européenne du 25 mai 2014, où ils remportent 5 sièges au Parlement européen avec près de 8 % des suffrages exprimés (plus de 1 200 000 votes), les médias lisent le programme de Podemos. La question de la dette est un thème central et prioritaire : lors de son Congrès, une motion parmi les 5 adoptées sur un total de 250 porte sur la dette et sa restructuration.

 

Depuis octobre, le futur programme politique de Podemos pour les élections régionales en mai et générales à la fin de l’année 2015, est en discussion. Selon Miguel Urban, il existe le risque que le débat entre « restructuration » et « non paiement unilatéral » se cantonne à un débat d’experts entre économistes. Il s’agit là d’un défi : les citoyens et les mouvements sociaux doivent s’emparer de cette question cruciale.

 

Malgré des positions différentes, il existe des lignes convergentes quant aux conditions nécessaires pour accompagner ce processus de gestion de la dette, qu’il s’agisse de restructuration ou d’annulation : la mise en place d’un audit citoyen de la dette et une coordination avec les pays du sud de l’Europe, accompagnés d’une mobilisation sociale pour soutenir les mesures prises, de souveraineté et de transparence démocratique. Ces facteurs permettront de renforcer notre positionnement, que ce soit dans des négociations ou des actes unilatéraux.

 

Miguel Urban affiche sa position : c’est toutefois la suspension unilatérale de paiement de la dette qui sera un levier décisif pour faire basculer le rapport de force avec les créanciers – à l’instar de ce qu’a réalisé le gouvernement argentin en 2001, sous la pression populaire. La question de la dette est une question politique, de justice, de démocratie et de souveraineté populaire. Ce débat se poursuivra donc certainement même après l’adoption du programme politique de Podemos. Ce dernier, ainsi que les mouvements sociaux, ont une responsabilité fondamentale pour le transformer en débat populaire, tant l’enjeu de l’issue à donner sur cette question est important, non seulement pour l’Espagne et la Grèce, mais pour tous les peuples d’Europe et d’ailleurs.

Syriza, Podemos… Restructuration ou annulation de la dette illégitime ?

- Helmut Scholz : « There are alternatives » : déconstruire les mentalités et repenser l’Union européenne

En Europe et ailleurs, constate l’eurodéputé allemand Helmut Scholz, les politiques austéritaires prescrites par la Troïka (Banque centrale européenne, Commission européenne et Fonds monétaire international) sont non seulement injustes – en ce qu’elles portent atteinte aux droits économiques et sociaux –, mais elles se sont également révélées inefficaces en termes de réduction de la dette publique puisqu’elles tendent bien au contraire à la creuser. Face à ce double échec, force est aujourd’hui de convenir qu’il est totalement aberrant de poursuivre sur la voie de l’austérité, même si c’est le choix des élites en Europe et dans le monde. Il revient à la gauche de proposer des alternatives qui fonctionnent. Dans cette perspective, il s’agit au préalable de déconstruire deux axiomes de notre mentalité européenne en matière de dette. Premièrement, l’idée qu’une dette serait mauvaise par nature ; or, le problème n’est pas tant les dépenses, sinon d’envisager d’où viendront les recettes. Deuxièmement, le célèbre « TINA » : cette conviction qu’« il n’y a pas d’alternatives » (There is no alternatives) qui a détruit toute capacité d’agir au niveau d’un Etat démocratique. Dans le débat sur la dette grecque au sein de la société allemande, nombreux sont les citoyens qui sont aujourd’hui convaincus de l’analyse critique des faits, mais ils n’ont néanmoins pas confiance dans les solutions et les alternatives proposées.

 

Quelles sont donc les pistes d’alternatives en matière de gestion de la dette publique ? Helmut Scholz suggère de s’inspirer des travaux de Giannis Milios, conseiller de Syriza, qui propose une suspension de paiement des intérêts et du capital de la dette durant cinq ans afin de consacrer cette part, la plus importante du budget de l’Etat grec, à des mesures anti-austéritaires pour faire face à la crise humanitaire. L’eurodéputé allemand rejoint également les deux conférenciers précédents dans l’importance qu’il accorde à la mise en place un audit citoyen de la dette en Grèce. Le pays ne peut pas non plus se soustraire à la question épineuse de son maintien ou non au sein de l’Eurozone, en même temps qu’il se doit d’articuler les réponses face à la crise à l’échelle européenne. En effet, au-delà du simple cas de la Grèce, la réflexion doit être menée sur le plan européen : Comment repenser nos traités européens sur base de la crise d’aujourd’hui, afin d’apporter des solutions de sortie et d’éviter que de telles crises ne se reproduisent à l’avenir ? Quel devrait être le rôle de la Banque centrale européenne ? Quel processus d’intégration européenne souhaitons-nous ? En somme, de quel Europe voulons-nous ?

Syriza, Podemos… Restructuration ou annulation de la dette illégitime ?

- Marie-Christine Vergiat : La dette tunisienne et l’impératif d’un audit des créances européennes

Au-delà de la problématique des dettes publiques des pays européens, il y a la question des créances européennes sur les pays dits du Sud. Penchons-nous donc avec Marie-Christine Vergiat sur le pays qui héberge le Forum social mondial 2015 : la Tunisie. L’eurodéputée française du Front de gauche est un des fers de lance de l’appel de parlementaires européens et nationaux en mars 2011 qui, conjointement avec le CADTM, ont exigé la suspension immédiate du remboursement des créances européennes sur la Tunisie (avec gel des intérêts) et la réalisation d’un audit de ces mêmes créances. Cette initiative est née au lendemain de la révolution tunisienne, alors que le dictateur Ben Ali venait d’être chassé du pouvoir, et que l’urgence pour le pays revenait à mobiliser ses ressources financières pour faire face aux priorités sociales et pour mettre en place une transition démocratique. Et non pour payer une dette largement illégitime. L’origine de la dette tunisienne puise ses racines dans la colonisation : une dette dite coloniale fut léguée au pays au lendemain de son indépendance en 1956. Et aujourd’hui, la dette est utilisée comme instrument de néo-colonisation économique du pays. Qui plus est, une grande part de cette dette peut être qualifiée d’odieuse au sens du droit international, puisqu’elle a profité au « clan Ben Ali » et non au peuple tunisien, sous couvert d’une corruption galopante.

 

Si Marie-Christine Vergiat envisage la solution pragmatique d’une reconversion de la dette tunisienne afin de soulager le pays, le CADTM met en garde contre la conséquence d’une telle mesure en termes d’effacement d’une partie de l’ancienne dette sans prendre en compte la question de son illégitimité. En outre, avertit Maria Elena Saludas d’ATTAC-CADTM Argentine, il ne faut pas reproduire l’erreur de l’Argentine aujourd’hui victime des fonds vautours et qui, dans le cadre des restructurations de dette en 2005 et 2010, a concédé que soit insérée une clause qui octroie à la juridiction étatsunienne la compétence en cas de litige.

 

La question tunisienne, conclut l’eurodéputée française, est fondamentale pour les peuples du Maghreb, à l’instar de la question grecque pour les peuples d’Europe. Mais bien sûr, nous rappelle un étudiant tunisien, au-delà de la Tunisie ou de la Grèce, c’est bien un même « système dette » qui étrangle les peuples, et qui constitue un puissant mécanisme de transfert des richesses et un outil de domination politique au profit d’une minorité. Face à ce « système dette », scande Éric Toussaint, il s’agit de poser des actes souverains unilatéraux qui s’appuient sur le droit international et la défense des droits humains : suspension de paiement de la dette, contrôle des mouvement des capitaux et des banques, audit citoyen, annulation de la part illégitime de la dette et « restructuration » de la part restante. Face à l’injustice, la désobéissance est une obligation.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Grèce : quel premier bilan pour la gauche, après cent jours de gouvernement ?

- Gouvernement Grec : Le programme de Thessalonique est en ordre de marche

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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 09:32
Grèce : comment Tsipras a renversé la situation

En agissant avec prudence et détermination, Alexis Tsipras a su contourner la stratégie du

"noeud coulant" des Européens. Désormais, la pression est de nouveau sur Angela Merkel.

 

Source : La Tribune par Romaric Godin le 03/04/2015

Et si, désormais, la pression dans l’affaire grecque s’exerçait surtout sur les... Européens ? A mesure que l’on se rapproche de la date cruciale du 9 avril, où l’Etat grec devra débourser 458 millions d’euros au FMI, on assiste en effet à un remarquable retournement. Progressivement, le gouvernement grec, en ayant su ne pas céder sous la pression de ses créanciers, retrouve une position de force qui est celle, naturelle dans les négociations de ce type, du débiteur face à son créancier et où ce dernier doit accepter les conditions du premier ou risquer de tout perdre.

 

 

- La stratégie européenne

Pourtant, voici encore dix jours, lorsqu’Alexis Tsipras se rend à Berlin pour rencontrer la chancelière, la situation d’Athènes semble désespérée. Et chacun pense que le nouveau premier ministre va céder. Les Européens continuent alors à appliquer leur stratégie du « nœud coulant.[1] » L’idée est simple : le temps joue alors, croit-on à Bruxelles, pour les créanciers. Les dépôts des banques grecques se vident, la situation économique se dégrade, la BCE peut, à tout moment, faire imploser le système bancaire grec en coupant l’accès à la liquidité d’urgence. La pression va être telle sur Alexis Tsipras que ce dernier va être contraint d’accepter les conditions de ses créanciers. Ces conditions, on en a eu confirmation mercredi dernier, sont politiques : c’est l’acceptation de « réformes » du marché du travail et des pensions qui ne sont pas urgentes sur le plan économique, mais qui permettent « d’annuler » politiquement l’essentiel du programme et du message de Syriza. C’était là l’essentiel. Tout à cette stratégie, l’Eurogroupe n’a cessé de rejeter les propositions de réformes présentées par la Grèce, quatre à ce jour. Elles n’étaient pas assez complètes, pas assez précises, pas convaincantes.

 

Cette stratégie européenne se fondait sur une certitude : que la Grèce refuserait de renverser la table en faisant défaut ou en envisageant la sortie de la zone euro. Certitude pas entièrement dénuée de sens puisque, avant l’accord du 20 février, le gouvernement hellénique avait fait de sérieuses concessions pour éviter la « rupture. [2]» Mais en réalité, c’était le point faible du dispositif européen. En face, Alexis Tsipras a donc développé sa propre stratégie qui, semble-t-il aujourd’hui, porte ses fruits.

 

 

- Temporiser pour renforcer sa position

La première partie de cette stratégie est la « temporisation. » Athènes a joué le jeu que les Européens voulaient lui faire jouer. Faire un peu plus de concessions chaque semaine. En février, il a abandonné son idée d’annulation d’une partie de la dette publique. Un peu plus tard, il a refusé de prendre des « mesures unilatérales », puis il a accepté à chaque refus, de venir présenter de nouvelles listes de réformes et même de mettre en place certaines privatisations. Les Européens ont compris ces mouvements comme des reculs et s’en sont félicités. Mais en réalité, ces concessions ne leur étaient pas destinées. Il s’agissait de montrer au peuple grec la volonté de son gouvernement de négocier avec l’Europe, donc son engagement sincère à demeurer dans la zone euro. Tout en ne cédant pas sur l’essentiel, autrement dit, sur ce pourquoi les Grecs (au-delà du seul vote Syriza) avaient voté : la fin de l’austérité et de « l’humiliation » du peuple grec.

 

Avec cette stratégie de temporisation, Alexis Tsipras donnait l’impression aux Européens qu’ils se renforçaient, alors qu’en réalité, ils s’affaiblissaient. Plus le temps passait, plus les Grecs s’exaspéraient de l’attitude européenne, et plus Alexis Tsipras devenait populaire par sa capacité à ne pas céder. Les exigences de la nouvelle troïka ressemblaient de plus en plus à celle de l’ancienne. De plus en plus, les négociations ressemblaient à une nouvelle façon de vouloir « humilier » les Grecs. Et progressivement, le mot « rupture » (rixi, ρήξη) est devenu de plus en plus dans l’air du temps en Grèce. Le 25 mars, jour de la fête nationale, il a été prononcé par le ministre des Finances Yanis Varoufakis, en réponse à un message de soutien envoyé de la foule : « il faudra nous soutenir après la rupture », a-t-il répondu.

 

 

- L’offensive feutrée

Désormais assuré de ses arrières, Alexis Tsipras a pu passer à l’offensive pour placer les Européens en difficulté. Offensive feutrée : le premier ministre sait qu’il a tout à perdre d’une confrontation frontale, où la petite Grèce serait isolée face à ses 27 « partenaires » unis dans la volonté de faire céder le gouvernement. Son but est sans doute toujours de parvenir à un accord sans rupture, aussi dément-il toutes les « fuites » et continue-t-il officiellement de croire à une entente. Il a même continué à faire preuve de bonne volonté, avec la présentation de la nouvelle liste de réformes en 26 points présentée le 1er avril. Mais il sait que pour parvenir à ses fins, il devait rééquilibrer le rapport de force entre la Grèce et ses créanciers. Et pour cela, il a envoyé des messages clairs que, désormais, la rupture devenait possible.

 

 

- Le rapprochement avec Moscou

Ces messages sont de deux types. Le premier, c’est le renforcement des liens avec la Russie. Alexis Tsipras, le 31 mars, a donné le ton de sa très attendue visite à Moscou le 8 avril [ en affirmant [3] que les « sanctions contre la Russie ne mènent nulle part. » C’était un désaveu de la politique orientale de Bruxelles qui avait de quoi inquiéter à la Commission. Le menace à peine dissimulée était qu’Athènes pourrait bien défendre les intérêts russes dans l’UE, particulièrement si l’UE se montrait sévère avec la Grèce... Or, un refus d’aller plus avant dans la confrontation avec la Russie de la Grèce pourrait faire sortir du bois d’autres pays peu enthousiastes à cette idée : Chypre ou la Hongrie, par exemple.

 

 

- Le risque du 9 avril

Le deuxième message est plus direct : c’est celui que la Grèce préparerait désormais la rupture. Jeudi 2 avril, Reuters a publié une information officiellement démentie (évidemment) par Athènes comme quoi, lors de la réunion de travail de l’Eurogroupe (Euro working group) du 1er avril, le représentant grec aurait informé ses « partenaires » que, faute d’un accord, la Grèce ne paierait pas le FMI le 9 avril. Ce vendredi 3 avril, un article du Daily Telegraph [4], signé Ambrose Evans-Pritchard, généralement bien informé, affirme, de sources grecques, que le gouvernement hellénique prépare concrètement la rupture, en envisageant de prendre le contrôle des banques et d’émettre des « lettres de créances » gouvernementales ayant valeur monétaire. Ce serait évidemment une première étape vers une sortie de la zone euro.

 

 

- Le temps ne joue plus pour les Européens

Dès lors, la pression s’exerce aussi sur les Européens. S’ils poursuivent leur stratégie de « nœud coulant », ils risquent gros. Certes, si la Grèce ne paie pas le FMI le 9 avril, elle ne sera pas immédiatement considérée par l’institution de Washington en défaut. Il faut un mois pour que le FMI reconnaisse qu’une « obligation est manquée. [5]» Or, cette déclaration peut provoquer un séisme, car alors le Fonds européen de stabilité financière (FESF) devra légalement réclamer le remboursement des sommes versées à la Grèce. Ce qu’Athènes ne saurait réaliser. Le défaut grec envers ses créanciers européens sera alors effectif. La Grèce n’aura alors sans doute plus accès à la liquidité de la BCE, mais les pays de la zone euro devront accepter des pertes considérables sur les garanties accordées au FESF. Sans compter évidemment que la BCE devra également tirer un trait sur les 6,7 milliards d’euros que la Grèce doit lui rembourser cet été.

 

Subitement donc, la situation des Européens est moins magnifique. Et le temps ne joue plus en leur faveur. Le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem ne peut plus guère dire, comme début mars, que la pression financière sur la Grèce est une bonne chose, car elle favorise les réformes. Désormais, elle pourrait bien mettre en danger les gouvernements de la zone euro. C’est précisément le but que visait Alexis Tsipras qui, sans doute, ne cherche pas réellement la rupture, mais bien plutôt un accord où il puisse imposer « ses » réformes sans passer sous les fourches caudines de la logique de l’ancienne troïka. Un prochain Euro working group est prévu pour le 8 avril, le jour de la visite d’Alexis Tsipras à Moscou et la veille de l’échéance du FMI. Les Européens devront alors désormais soigneusement peser les risques qu’ils acceptent de prendre.

 

 

- La pression revient sur Angela Merkel

Comme à la veille du 20 février, Alexis Tsipras renvoie Angela Merkel à ses responsabilités. Il sait que la chancelière n’est pas prête à prendre le risque d’une sortie de la Grèce et de la zone euro et d’un défaut de ce pays sur ses engagements vis-à-vis du contribuable allemand. Ce serait politiquement très risqué. Elle a, le 20 février, désavoué clairement la stratégie de Wolfgang Schäuble qui minimisait les risques d’un Grexit et exagérait ses avantages. Peut-elle revenir en arrière alors que, dans son camp politique, la grogne contre une nouvelle aide à la Grèce prend de l’ampleur ? Toute la question est là. Alexis Tsipras a, en tout cas, placé la chancelière dans une situation difficile : ou prendre le risque politique d’un défaut grec ou prendre le risque politique d’une aide « sans réformes » à la Grèce. Choix cornélien qui va sans doute occuper la chancelière tout ce week-end de Pâques. Tsipras Cunctator

 

Reste qu’Alexis Tsipras, longtemps sous-estimé par la presse étrangère, a fait preuve d’une intelligence stratégique de premier plan dans cette affaire et qui n’est pas sans rappeler celle de Fabius Cunctator, le général romain qui usa les Carthaginois victorieux d’Hannibal durant la deuxième guerre punique. Le premier ministre grec n’est certes pas assuré de remporter la victoire, mais il a prouvé qu’il était un des rares dirigeants européens à pouvoir tenir tête, sur le plan tactique, à Angela Merkel.

 

Note :

[1] Grèce : derrière les sourires, le noeud coulant se resserre encore

[2] Accord sur la Grèce à l'Eurogroupe sur un financement de quatre mois

[3] Alexis Tsipras calls western sanctions against Russia 'road to nowhere'

[4] Greece draws up drachma plans, prepares to miss IMF payment

[5] Greece threatens default as fresh reform bid falters

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Tsipras, acteur du grand basculement ?

- Alexis Tsipras à Moscou ou l'échec de la stratégie du "noeud coulant"

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 09:48
Dimitris Alexakis (source : page Facebook)

Dimitris Alexakis (source : page Facebook)

La réponse de Dimitris Alexakis aux sévères critiques à l’encontre du gouvernement grec.

 

Sources : Keanews.fr par Dimitris Alexakis le 25-02-2015 modifié le 12-04-2015

- Avant de parler de « trahison », de « capitulation » et de « reniement », je crois qu’il faudrait d’abord revenir à l’événement majeur de ces dernières semaines qu'est l’événement même des élections.

Pour la première fois, un parti de « gauche radicale » a remporté des élections en Europe. Ces élections sont l’événement qui a bouleversé le paysage et créé une situation nouvelle à l’échelle de l’Europe entière.

 

Les critiques sévères formulées ces derniers jours par Stathis Kouvelakis, Kostas Lapavitsas, Tariq Ali et Manolis Glèzos à l’encontre du gouvernement grec (« capitulation » face aux diktats de la BCE et du ministre des Finances allemand, « reniement » du programme de Thessalonique, voire « trahison » des dirigeants) font à mon sens l’impasse sur une question: Alexis Tsipras aurait-il été élu si son parti avait adopté avant les élections la stratégie de rupture avec l’Europe que plusieurs, au sein de Syriza, préconisaient ? Le peuple grec aurait-il soutenu aussi fortement, avant et surtout après les élections, un programme ayant pour horizon immédiat la sortie de l’euro et/ou de l’UE ?

 

Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une hypothèse d’école ; je crois au contraire qu’il faut prendre au sérieux le fait que les électeurs se sont prononcés en faveur d’un programme social fondé sur une renégociation (certes hypothétique) des accords liant la Grèce au service de la dette.

 

La ligne défendue par «l’aile gauche» de Syriza avant les élections reposait sur la conviction qu’il est impossible de lutter contre les politiques d’austérité et de faire advenir une autre politique dans le cadre de l’euro ; en l’absence de «partenaires» dignes de ce nom et de dialogue possible, Syriza devait adopter une stratégie de rupture et placer au centre du débat la question de la sortie de l’euro. La critique qu’ils formulent aujourd’hui est que la ligne majoritaire, celle qui l’a finalement emporté au sein du parti, reposait sur une ambiguïté —  une ambiguïté qui, à l’épreuve du réel, a volé en éclats.

 

 

- Reste que les électeurs se sont prononcés en faveur d’une option différente de celle que prônait «l’aile gauche» de Syriza.

La proposition majoritaire avait sans doute nombre d’ambiguïtés et d’angles morts (la proposition d’une sortie de l’euro ne comporte-t-elle pas, elle aussi, d’énormes zones d’ombre?), c’est pourtant bien sur cette proposition que nous nous sommes prononcés en votant.

 

L’isolement de la Grèce, les concessions faites et les pressions subies par le gouvernement grec dans les jours et les heures ayant précédé la signature de l’accord (menaces d’asphyxie économique combinées au bank run en cours) donnent apparemment raison aux tenants de la rupture : cette négociation le couteau sous la gorge n’en est pas une et nos «partenaires», emmenés par la droite allemande, nous ont déclaré la guerre. Le gel décidé par la BCE et les propos de Wolfgang Schäuble, avant et après l’accord, sont parfaitement clairs sur ce point.

 

 

- Mais, qu’on le veuille ou non, Syriza a bien été élu pour mettre en œuvre le programme de Thessalonique ET conduire une renégociation d’ensemble des accords liant la Grèce au service de la dette.

Cette proposition était peut-être bancale, il n’empêche: l’alternative que Syriza a proposée aux électeurs grecs était sous-tendue par l’idée qu’un espace de négociation était (peut-être) possible, qu’une brèche pouvait (peut-être) être ouverte, que la politique européenne pouvait (peut-être) être infléchie. En ce sens, ce vote était aussi un message adressé aux dirigeants de l’UE mais surtout aux opinions publiques européennes. En ce sens, c’était un vote européen.

 

Quelles que soient ses ambiguïtés de départ, cette proposition devait être honorée par le gouvernement élu — à moins de considérer l’événement même du vote comme un événement mineur. Pour le dire autrement : il fallait essayer, il fallait en passer par là et aller au bout de ce processus.

 

Les critiques formulées aujourd’hui par l’«aile gauche» de Syriza reposent à mon sens sur une légitimation «après coup» de la stratégie de rupture d’avec l’UE : «après coup» parce qu’elles font l’impasse sur la véritable séquence des événements. C’est un peu mettre la charrue avant les bœufs.

 

Dans cette séquence, le fait que la déclaration de guerre ait été formulée dans un premier temps par la Banque centrale européenne puis, dans un second temps, par le ministre allemand des Finances est tout sauf anodin et pèsera certainement sur la stratégie du gouvernement, sur la lecture que le peuple grec et les peuples européens font et feront de ces événements, sur le soutien populaire que le peuple grec peut espérer à l’avenir.

 

J’ai le sentiment qu’en suivant jusqu’au bout la stratégie annoncée avant les élections — jusqu’à l’accord de Bruxelles, qui marque sans doute la fin de ce processus —, le gouvernement grec a pris à témoin le peuple grec, les citoyens grecs qui l’ont élu, ceux qui, en très grand nombre, ont soutenu sa stratégie de renégociation, et tous les peuples d’Europe.

 

 

- Moins que de «capitulation», il faudrait peut-être parler de «clarification»

La pièce qui se jouait jusqu’alors en coulisses, avec les gouvernements grecs précédents, se joue à présent au grand jour, sous les yeux des peuples (je ne pense pas que la publication de l’ensemble des documents de la «négociation» par le ministre des Finances grec soit un pur artifice de communication).

 

Si la violence des institutions européennes apparaît aujourd’hui à nu, si l’Europe s’est trouvée acculée à répondre par la violence, le déni de la démocratie, le chantage, aux exigences du gouvernement grec, il faudrait prendre garde de ne pas oublier qu’elle l’a fait en réponse et par réaction aux élections grecques et à la stratégie suivie par le gouvernement après les élections — une stratégie reposant d’une certaine façon sur un «comme si» : «Faisons comme si l’Europe était démocratique ; faisons comme si une véritable négociation pouvait avoir lieu ; faisons comme si les revendications d’un gouvernement élu pouvaient être entendues ; faisons comme si l’Europe pouvait prendre en compte la crise humanitaire qui ravage la société grecque ; faisons comme si l’Europe pouvait entendre la voix de la raison. » On peut comprendre sous cet angle le fait que le ministre des Finances grec n’ait pas utilisé l’argument ou l’arme de la sortie de l’euro — comme le fait qu’il ne se soit pas seulement référé à Marx et à Keynes, mais aussi, non sans humour, à Emmanuel Kant… C’est un peu le paradoxe du comédien : s’il s’agissait de faire «comme si», il fallait le faire sérieusement, jusqu’au bout.

 

Toute la stratégie du gouvernement grec repose peut-être sur ce «comme si». Il s’agit peut-être d’un simulacre ou, comme le dit Manolis Glèzos, d’une «illusion», mais je crois qu’il n’était pas possible de faire l’économie de ce pas. Il n’était pas possible, à ce stade, de ne pas accorder (un minimum de) créance au semblant de démocratie dont les institutions européennes se paraient jusqu’à présent, pas possible de faire «comme si on n’y croyait pas» — parce qu’une très grande partie des électeurs de Syriza y croyaient (encore), voulaient (encore) y croire — moi y compris.

 

 

- Et maintenant ?

Maintenant, quelque chose a eu lieu : une grande majorité de Grecs ont soutenu les tentatives du gouvernement à Paris, à Londres, à Rome, à Bruxelles, et se sont avec lui heurtés à un mur. Maintenant, les choses sont sensiblement différentes. Maintenant, nous ne sommes plus seulement dans l’ «après» et l’espérance des élections mais dans l’ «après» et le réel de l’accord de Bruxelles et du chantage. Maintenant, nous sommes de plus en plus nombreux à ne plus croire que cette Europe-là laisse la place à autre chose qu’à l’asphyxie politique et à la barbarie néo-libérale.

 

Nous essayons de tirer les conséquences des événements qui viennent de s’écouler, nous parlons, nous parlons sans cesse, nous ne cessons de lire et ce que nous disons et ce que nous entendons, dans la rue, au travail, en discutant avec des amis ou des inconnus, c’est : soit une autre Europe, soit la sortie de l’euro.

 

Ce sont des sujets dont la société doit s’emparer et discuter — pas seulement une fraction, minoritaire ou majoritaire, et pas seulement les instances d’un parti, mais la société tout entière.

Et il n’est pas exclu (c’est en tous cas mon espoir) que le repli du gouvernement après la signature de l’accord de Bruxelles puis l’envoi à la Troïka de l’essentiel du programme de Thessalonique ouvrent la voie à ce débat-là — dans la société grecque, déjà, mais aussi, bien sûr, au-delà.

 

  • Nous avons besoin de temps et nous ne pouvons pas revenir en arrière.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

- Yanis Varoufakis : « Nous ne voulons plus du régime colonial incarné par la troïka »

- Varoufakis, le ministre des finances star de l'analyse économique

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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 09:00
Wikipedia. cc

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L’expérience prouve que les mouvements de gauche peuvent arriver au gouvernement, mais ils ne détiennent pas pour autant le pouvoir. La démocratie, c’est-à-dire l’exercice du pouvoir par le peuple et pour le peuple, requiert bien davantage. Le problème se pose aujourd’hui en Grèce avec Syriza, se posera en Espagne avec Podemos (si ce parti remporte les élections générales de fin 2015) comme il s’est posé, hier, au Venezuela avec l’élection à la présidence de Hugo Chávez en décembre 1998, en Bolivie avec celle d’Evo Morales en 2005, en Équateur avec celle de Rafael Correa en décembre 2006 ou encore, quelques décennies, plus tôt avec Salvador Allende en 1970 au Chili |1|.

 

Source : CADTM par Eric Toussaint[1] le 11/02/2015

La question se pose en fait pour n’importe quel mouvement de gauche qui arrive au gouvernement dans une société capitaliste. Quand une coalition électorale ou un parti de gauche arrive au gouvernement, il ne détient pas le pouvoir réel : le pouvoir économique (qui passe par la possession et le contrôle des groupes financiers et industriels, des grands médias privés, du grand commerce, etc.) demeure aux mains de la classe capitaliste, le 1% le plus riche, et encore !, c’est moins de 1% de la population. De plus, cette classe capitaliste contrôle l’État, l’appareil judiciaire, les ministères de l’Économie et des Finances, la banque centrale... En Grèce et en Espagne comme en Équateur, en Bolivie, au Venezuela ou au Chili[3], un gouvernement déterminé à procéder à de véritables changements structurels doit entrer en conflit avec le pouvoir économique pour affaiblir puis mettre fin au contrôle de la classe capitaliste sur les grands moyens de production, de service, de communication et sur l’appareil d’État.

 

Essayons une comparaison historique. Après 1789, quand, grâce à la Révolution, la bourgeoisie a pris le pouvoir politique en France, elle détenait déjà le pouvoir économique. Avant de conquérir le pouvoir politique, les capitalistes français étaient les créanciers du Roi de France et les propriétaires des principaux leviers du pouvoir économique (la banque, le commerce, les manufactures et une partie des terres). Après la conquête du pouvoir politique, ils ont expulsé de l’État les représentants des anciennes classes dominantes (noblesse et clergé), les ont soumis ou ont fusionné avec eux. L’État est devenu une machine bien huilée au service de l’accumulation du capital et des profits.

 

À la différence de la classe capitaliste, le peuple n’est pas en mesure de prendre le pouvoir économique s’il n’accède pas au gouvernement. La répétition par le peuple de l’ascension progressive vers le pouvoir qu’ont réalisée les bourgeois dans le cadre de la société féodale ou de la petite production marchande est impossible. Le peuple n’accumule pas des richesses matérielles à grande échelle, il ne dirige pas les entreprises industrielles, les banques, le grand commerce et les autres services. C’est à partir du pouvoir politique (i.e. du gouvernement) que le peuple peut entreprendre les transformations au niveau de la structure économique et commencer la construction d’un nouveau type d’État basé sur l’autogestion. En dirigeant un gouvernement, la gauche a accès à des leviers institutionnels, politiques et financiers afin d’initier de profonds changements en faveur de la majorité de la population. L’auto-organisation du peuple, son auto-activité dans la sphère publique et sur les lieux de travail sont des conditions sine qua non à l’ensemble du processus.

 

Il est fondamental de mettre en place une relation interactive entre un gouvernement de gauche et le peuple

 

Pour réaliser de réels changements structurels, il est fondamental de mettre en place une relation interactive entre un gouvernement de gauche et le peuple. Ce dernier doit renforcer son niveau d’auto-organisation et construire d’en bas des structures de contrôle et de pouvoir populaire. Cette relation interactive, dialectique, peut devenir conflictuelle si le gouvernement hésite à prendre les mesures que réclame la « base ». Le soutien du peuple au changement promis et la pression qu’il peut exercer sont vitaux pour convaincre un gouvernement de gauche d’approfondir le processus des changements structurels qui implique une redistribution radicale de la richesse en faveur de celles et ceux qui la produisent. C’est également vital pour assurer la défense de ce gouvernement face aux créanciers, face aux tenants de l’ancien régime, face aux propriétaires des grands moyens de production, face à des gouvernements étrangers. Pour réaliser des changements structurels, il s’agit de mettre fin à la propriété capitaliste dans des secteurs clés comme la finance et l’énergie, en les transférant vers le secteur public (des services publics sous contrôle citoyen) ainsi qu’en soutenant ou en renforçant d’autres formes de propriété à fonction sociale : la petite propriété privée (notamment dans l’agriculture, la petite industrie, le commerce et les services), la propriété coopérative et la propriété collective basée sur l’association libre[4].

 

Dans deux des trois pays sud-américains mentionnés plus haut (au Venezuela en 2002-2003[5] et en Bolivie entre 2006 et 2008[6]), le gouvernement a été en conflit ouvert avec la classe capitaliste[7] mais les changements structurels décisifs sur le plan économique n’ont pas (encore) été réalisés. Ces sociétés restent clairement des sociétés capitalistes[8]. Des avancées réelles en faveur du peuple sont évidentes : adoption dans les trois pays de nouvelles Constitutions à l’issue de processus constituants profondément démocratiques (élection au suffrage universel d’une assemblée constituante ; élaboration d’une nouvelle Constitution adoptée par l’assemblée constituante suite à un large débat national ; référendum d’approbation de la nouvelle Constitution) ; large reprise du contrôle public sur les ressources naturelles[9] ; augmentation du recouvrement des impôts sur les plus riches (c’est particulièrement le cas en Équateur) et les grandes sociétés privées nationales ou étrangères ; améliorations significatives des services publics ou des missions de services publics ; réduction des inégalités sociales ; renforcement des droits des peuples originaires ; récupération de la dignité nationale face aux grandes puissances, en particulier les États-Unis.

 

Nous ne pouvons comprendre la politique de ces pays que si nous prenons en compte les très importantes mobilisations populaires qui jalonnent leur histoire. En Équateur, quatre présidents de droite ont dû fuir le pouvoir entre 1997 et 2005 grâce à de grandes mobilisations. En Bolivie, d’ importantes batailles contre la privatisation de l’eau se sont déroulées en avril 2000 et à la fin de l’année 2004. Les mobilisations autour de la privatisation du gaz en octobre 2003 ont fait tomber et s’enfuir (vers les États-Unis) le président Gonzalo Sanchez de Lozada. Le Venezuela a connu dès 1989 d’importantes luttes qui inauguraient les grands combats contre le Fonds monétaire international qui secouèrent la planète au cours des années 1990 et au début des années 2000. Mais il y a eu encore plus spectaculaire avec les énormes mobilisations populaires du 12 avril 2002, manifestations spontanées de rejet du coup d’État contre Hugo Chavez. Ces mobilisations ont eu directement pour effet le retour d’Hugo Chavez au palais présidentiel Miraflores dès le 13 avril 2002.

 

Les changements politiques démocratiques dans ces trois pays sont systématiquement passés sous silence dans la presse des pays les plus industrialisés. Au contraire, une campagne de dénigrement est systématiquement orchestrée afin de présenter les chefs d’État de ces trois pays comme des dirigeants populistes autoritaires.

 

Les expériences de ces trois pays andins, en terme d’adoption de nouvelles Constitutions, sont très riches. Elles devraient inspirer les peuples et les forces politiques des autres pays. Il suffit de comparer la situation en Europe avec l’absence de procédure démocratique en matière d’adoption du Traité constitutionnel en 2005 ou du TSCG en 2014. Bien sûr, les expériences en cours au Venezuela, en Bolivie et en Équateur sont aussi traversées par des contradictions et des limites importantes qu’il faut analyser[10].

 

Les grandes mobilisations populaires sont un facteur décisif dans l’existence et la survie des gouvernements de gauche. On pourrait bien sûr parler également des grandes mobilisations populaires de 1936 en France qui conduisirent Léon Blum – qui se serait bien contenté de « gérer honnêtement » la maison de la bourgeoisie – à mettre en œuvre de vraies mesures de gauche, sans oublier les mobilisations en Espagne à la même période ou celles qui ont secoué une grande partie de l’Europe à l’issue de la Seconde Guerre mondiale.

 

 

- Retour à Syriza et à Podemos

Si des gouvernements, dirigés actuellement par Syriza et demain par Podemos, veulent réellement rompre avec les politiques d’austérité et de privatisation en cours dans toute l’Europe, ils entreront immédiatement en conflit avec de puissantes forces conservatrices tant au niveau national qu’au niveau de l’Union européenne. Rien qu’en affirmant que leur gouvernement souhaite appliquer des mesures voulues par la population qui rejette massivement l’austérité, Syriza aujourd’hui, Podemos demain, rencontrent une opposition très dure des instances européennes, de la majorité des gouvernements dans l’Union européenne, ainsi que des dirigeants et des grands actionnaires des principales entreprises privées, sans oublier le FMI.

 

Même en auto-limitant leur programme de changement, ils rencontreront une forte opposition car en face les classes possédantes et les instances européennes (intimement liées et solidaires) veulent pousser plus loin la plus formidable attaque concertée à l’échelle européenne contre les droits économiques et sociaux du peuple, sans oublier la volonté de limiter fortement l’exercice des droits démocratiques[11].

 

Il est illusoire de penser que l’on peut convaincre les autorités européennes et le patronat des grandes entreprises (financières et industrielles principalement) d’abandonner le cours néolibéral renforcé depuis 2010. Soulignons que François Hollande et Matteo Renzi, qui proposent timidement de desserrer un peu l’étau de l’austérité, cherchent en même temps à appliquer le modèle allemand dans leurs pays respectifs : une précarisation plus avancée des droits de négociation collective et de protection des conquêtes des salariés[12]. Ce ne sont pas des alliés pour Syriza aujourd’hui ou Podemos demain.

 

Il faut prendre un autre élément en considération quand on compare la situation du gouvernement de gauche en Grèce aujourd’hui (ou d’autres demain) à celle dans laquelle se sont trouvés Hugo Chavez (à partir de 2004), Evo Morales ou Rafael Correa. À partir de 2004, l’augmentation importante du prix des matières premières (pétrole, gaz, minerais...) que ces pays exportent, a permis d’augmenter fortement les recettes fiscales qui ont été utilisées pour mettre en œuvre de vastes programmes sociaux et de grands projets d’investissements publics. Les gouvernements de ces trois pays andins ont appliqué un projet qu’on peut caractériser de néokeynésien développementiste[13] : fort investissement public, augmentation de la consommation populaire, augmentation des bas salaires, nationalisations (dans le cas du Venezuela et de la Bolivie) compensées par de généreuses indemnisations des propriétaires nationaux ou des maisons mères étrangères.

 

La partie la plus pauvre du peuple a connu une amélioration considérable des conditions de vie l’infrastructure de ces pays a été améliorée et les profits des capitalistes locaux n’ont pas été affectés (dans le secteur financier les bénéfices privés ont même augmenté). On voit bien qu’un gouvernement de gauche dans un pays périphérique de l’Union européenne ne pourra pas disposer de la même marge de manœuvre que les gouvernements des trois pays andins mentionnés. Les pays européens de la Périphérie sont écrasés par un fardeau de dette insupportable. Les autorités européennes entendent exercer toute la pression dont elles sont capables, comme le montre la réaction de la Banque centrale européenne face à la Grèce début février 2015.

 

Les gouvernements de gauche devront désobéir aux créanciers, aux autorités européennes et au FMI pour être fidèles à leurs promesses électorales

 

La conclusion qui s’impose, c’est qu’il n’y aura pas de voie facile pour mettre en œuvre un programme économique et social qui rompt avec l’austérité et les privatisations. Les gouvernements de gauche devront désobéir aux créanciers, aux autorités européennes et au FMI (les uns et les autres se confondent largement) pour être fidèles à leurs promesses électorales. Ils ont une légitimité et un appui tout à fait considérable aussi bien dans leur pays qu’à l’échelle internationale tant l’austérité et les diktats de l’Europe sont rejetés. Le refus de payer une partie substantielle de la dette constituera un élément clé dans la stratégie du gouvernement[14], de même que la décision de ne pas poursuivre les privatisations et de rétablir pleinement les droits sociaux qui ont été affectés par les politiques d’austérité. Cette combinaison est vitale car, du côté des créanciers, on entend déjà s’élever les voix de ceux et celles qui proposent de réduire le poids de la dette de la Grèce en échange de la poursuite de politiques de réformes (entendez de contre-réformes, de privatisations, de précarisation des contrats de travail et des droits sociaux...).

 

On voit difficilement comment un gouvernement de gauche peut éviter de socialiser le secteur bancaire (c’est-à-dire exproprier les actionnaires privés et transformer les banques en service public sous contrôle citoyen), prendre des mesures strictes de contrôle des mouvements de capitaux, prélever un impôt de crise sur le patrimoine du 1 % le plus riche, refuser des prêts de la Troïka qui sont conditionnés par la poursuite de l’austérité et des privatisations, refuser de rembourser une dette largement illégitime, illégale, insoutenable du point de vue de l’exercice des droits humains, voire odieuse. Un des nombreux instruments à disposition d’un gouvernement de gauche pour favoriser la participation et le soutien populaire tout en renforçant sa position face aux créanciers illégitimes, c’est l’audit de la dette avec une participation citoyenne active afin d’identifier la partie de la dette qu’il faut refuser de payer et qu’il faut répudier. À partir de là, tout deviendra enfin possible.

 

Notes

[1] Pour l’expérience chilienne : Franck Gaudichaud, Chili 1970-1973 : Mille jours qui ébranlèrent le monde, Presses universitaires de Rennes, 2013.

[2] Docteur en Sciences politiques de l’Université de Liège et de Paris VIII, également historien de formation, Éric Toussaint est porte-parole du CADTM International. Il se bat depuis de nombreuses années pour l’annulation de la dette des pays du Sud et des dettes publiques illégitimes au Nord. Il a été membre de la Commission d’audit intégral de la dette de l’Équateur (CAIC) mise en place en 2007 par le président Rafael Correa. Cette même année, il a également conseillé le ministre des Finances et le président de l’Équateur en ce qui concerne la création de la Banque du Sud. En 2008, il a conseillé le ministre du Développement économique et de la planification de la république bolivarienne du Venezuela.

[3] Cuba a connu un processus différent du Venezuela, de l’Équateur, de la Bolivie ou du Chili, car la gauche a accédé au gouvernement suite à une lutte armée de plusieurs années soutenue par un énorme soulèvement populaire dans sa phase finale (fin 1958-premiers jours de 1959). Voir entre autres : Fernando Martinez interviewé par Eric Toussaint, « Du XIXe au XXIe siècle : une mise en perspective historique de la Révolution cubaine », publié le 24 décembre 2014, http://www.europe-solidaire.org/spi...

[4] Dans les trois pays andins cités, principalement l’Équateur et la Bolivie, il est également fondamental de soutenir les formes de propriétés traditionnelles des peuples originaires (qui contiennent généralement un haut degré de propriété collective).

[5] Au Venezuela, les batailles les plus agressives livrées par la droite ont commencé après trois ans de gouvernement Chávez, c’est-à-dire début 2002. Cela a pris la forme d’affrontements majeurs comme le coup d’État d’avril 2002, la grève patronale de décembre 2002-janvier 2003, l’occupation de la place Altamira à Caracas par des généraux séditieux et des dirigeants de l’opposition politique. Elles ont commencé à fortement baisser d’intensité après août 2004 grâce à la victoire du non au référendum révocatoire du président Chávez. Depuis lors, la droite cherche des occasions pour reprendre l’initiative mais sa capacité de mobilisation a été fortement réduite. Depuis 2013, un secteur important de la classe capitaliste participe activement à la déstabilisation du gouvernement via la création d’une situation de pénurie de nombreux produits de premières nécessités dont les médicaments et via le développement du marché de devise parallèle (au marché noir, le dollar s’échange à près de 10 fois sa valeur officielle).

[6] En Bolivie, la droite a livré de véritables batailles en 2007 et en 2008 après moins de deux ans de gouvernement Morales. Elle a utilisé la violence à plusieurs reprises et choisi une stratégie de batailles frontales en 2008. La victoire d’Evo Morales au référendum révocatoire d’août 2008 avec 67,43 % des voix n’a pas entraîné une réduction de la violence de la droite. Au contraire, cette violence est allée crescendo pendant plusieurs semaines après son échec au référendum, notamment parce qu’elle se sentait capable de réunir une majorité dans plusieurs provinces-clés de l’Est du pays. La réaction très forte du gouvernement et la mobilisation populaire face au massacre de partisans d’Evo Morales dans la province de Pando (combinée à la condamnation internationale notamment de la part de l’UNASUR qui s’est réunie de manière extraordinaire en septembre 2008 pour apporter son soutien au gouvernement d’Evo Morales) ont fini par provoquer un armistice (provisoire). Après un an de boycott, la droite s’est engagée à accepter l’organisation du référendum sur la nouvelle Constitution. Cela a débouché sur une nouvelle victoire pour Evo Morales fin janvier 2009 : la nouvelle Constitution a été approuvée par 62 % des votants. En octobre 2014, Evo Morales a été réélu avec 61% des voix.

[7] En Équateur il n’y a pas eu de période de choc entre le gouvernement et la classe capitaliste dans son ensemble, même si on a connu des tensions vives notamment en 2008 notamment dans le principal port du pays, Guayaquil.

[8] J’ai analysé les processus en cours dans ces trois pays dans l’étude : « Venezuela, Équateur et Bolivie : la roue de l’histoire en marche », publié le 2 novembre 2009, http://cadtm.org/Venezuela-Equateur.... La version imprimée est parue dans la revue Inprecor en 2009. Voir également : Eric Toussaint, Banque du Sud et nouvelle crise internationale, Éditions Syllepse, Liège-Paris, 2008, 207 p., à commander sur www.cadtm.org) qui contient une analyse de l’évolution au Venezuela, en Bolivie et en Équateur jusqu’au début 2008. Voir aussi l’ouvrage collectif intitulé « Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine », publié sous la direction de Franck Gaudichaud par Textuel à Paris en avril 2008, 448 p.

[9] La Bolivie a nationalisé le pétrole et la production de gaz en 2006. Evo Morales a envoyé l’armée pour contrôler les champs pétroliers, mais les multinationales restent actives car ce sont elles qui extraient le pétrole et le gaz. L’État est bien propriétaire des richesses naturelles, mais ce sont les grandes multinationales qui exploitent le pétrole et le gaz.

[10] Voir la position du CADTM concernant la relation du gouvernement équatorien avec la CONAIE et d’autres mouvements sociaux du pays : http://cadtm.org/Lettre-du-CADTM-Ay... , publié le 27 décembre 2014. Depuis cette date, le gouvernement équatorien a fait machine arrière et la CONAIE n’a pas été délogée.

[11] Voir http://cadtm.org/Union-europeenne-c..., publié le 16 décembre 2014.

[12] Voir http://cadtm.org/Le-modele-allemand... , publié le 7 janvier 2015.

[13] Le qualificatif « développementiste » constitue une traduction du terme espagnol « desarrollista » qui caractérise des politiques qui ont été menées dans la période 1940-1970 par une série de pays d’Amérique latine. Ces politiques consistaient à ce que l’État apporte un important soutien au développement économique (dessarrollo economico) tout en le guidant. Voir en espagnol la définition donné par l’économiste argentin, Claudio Katz : http://katz.lahaine.org/?p=232

[14] Alors que les gouvernements du Venezuela, de Bolivie et d’équateur pouvaient continuer à rembourser la dette tout en menant des politiques anti austéritaires car le poids de la dette était soutenable du point de vue budgétaire. L’Équateur qui a suspendu unilatéralement le remboursement d’une partie de sa dette après avoir réalisé un audit de celle-ci a réussi à imposer une défaite à ses créanciers alors qu’il aurait pu financièrement continuer à rembourser la dette dans son entièreté. C’est par un souci de refuser de rembourser des dettes illégitimes, d’épargner des recettes fiscales destinées au remboursement de la dette et de les utiliser au bénéfice du peuple que le gouvernement équatorien a pris la décision légitime de refuser de continuer à rembourser une partie de la dette. Le Venezuela qui a suivi une autre politique est aujourd’hui confronté à de graves problèmes de refinancement de sa dette.

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Grèce

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