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14 novembre 2015 6 14 /11 /novembre /2015 17:25
« Se rendre utile pour faire face » | Jean-Luc Mélenchon

Réaction de Jean-Luc Mélenchon aux attaques terroristes survenues à Paris et à Saint-Denis le 13 novembre 2015.

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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 08:14
Ce que révèle la crise syrienne... Affaissement des Etats, diffusion du djihadisme

En quelques jours, on est passé de la perspective de bombardements américains et français en Syrie («Cinglante débâcle de la diplomatie française ») à des "négociations" entre Washington et Moscou.... et, en 2015, à des bombardements français (prévus depuis 2013) et russes.

Retour à 2013 pour comprendre !

Téhéran, jusqu’ici enfermé dans son soutien inconditionnel à Damas, laisse entrevoir de possibles ouvertures (« Damas, l'allié encombrant de Téhéran »). Ce chassé-croisé reflète les changements de l’ordre international, qui peine à se recomposer depuis la fin de la guerre froide, chahutant même les règles de la sécurité collective («Sécurité collective recherche bons avocats »). L’ampleur des conflits qui secouent le Proche-Orient et le Maghreb ainsi que l’affaissement des Etats qui engendre la diffusion du djihadisme devraient pourtant redonner sa place à la diplomatie. S’ils cherchent toujours à contenir l’Iran et à rassurer Israël comme l’Arabie saoudite, les Etats-Unis regardent de plus en plus vers l’Asie, avec en ligne de mire la Chine (« Le grand écart de Washington »).

 

Sources : Le Monde Diplomatique Octobre 2013 mis  jour le 12 novembre 2015

Déjà fragiles et rongés par les conflits où prospèrent des dictateurs corrompus, le Proche-Orient, le Maghreb et leurs marges ont connu, depuis le 11-Septembre et le lancement de la « guerre contre le terrorisme », quatre interventions occidentales majeures, auxquelles s’ajoutent les guerres israéliennes au Liban et à Gaza. Ces interventions ont contribué à l’affaiblissement des Etats et à l’extension des groupes djihadistes. Comme le montre la carte, des combattants traversent les frontières, exportant leurs idées, leurs méthodes d’action, leur savoir-faire. Les conflits attirent des volontaires venus de partout, y compris d’Europe.

 

- Afghanistan, septembre 2001. A la suite des attaques contre les tours à New York et contre le Pentagone à Washington, les Etats-Unis renversent le régime des talibans installé dans un Afghanistan ravagé par la guerre contre l’invasion soviétique. Si le retrait des troupes de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) doit s’achever en 2014, l’insurrection talibane n’a jamais été aussi puissante. Le conflit s’est étendu au Pakistan, avec notamment l’usage de drones.

 

- Irak, 2003. Les Etats-Unis renversent le régime de Saddam Hussein. Ils se retirent à la fin 2012, laissant un pays détruit et divisé. Jusque-là absente de ce territoire, Al-Qaida va se structurer, attirer des milliers de volontaires, notamment du Caucase et du Golfe, ou des moudjahidines qui ont fait leurs armes en Afghanistan. L’Etat peine à se reconstruire.

 

- Libye, 2011. Appuyés par Washington, la France et le Royaume-Uni contribuent directement au renversement de Mouammar Kadhafi. Des milliers de combattants, notamment d’Afrique subsaharienne, enrôlés dans l’armée libyenne essaiment dans la région, tandis que les arsenaux abandonnés sont pillés. Plus personne ne contrôle les zones frontalières.

 

- Mali, 2012. Pour chasser les groupes armés qui ont pris le contrôle du nord du Mali, la France intervient militairement. Bien que des troupes des Nations unies aient pris le relais, elle reste le pivot du dispositif sécuritaire dans un Etat fantôme. Les combattants d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) se sont dispersés dans la région.

 

L’usage massif des drones par les Etats-Unis sur ces théâtres d’opération, mais aussi en Somalie ou au Yémen, a éliminé un certain nombre de cadres djihadistes, mais a provoqué la mort de nombre de civils, victimes de « dommages collatéraux », ce qui alimente une haine antiaméricaine poussant au front des centaines de combattants.

 

A ces quatre guerres, il faut ajouter celle menée par Israël contre le Liban en 2006, qui fragilise un peu plus les équilibres précaires dans ce pays et affaiblit l’Etat, incapable de résister, au profit du Hezbollah. Et les deux expéditions à Gaza, qui ont contribué à empêcher toute naissance d’une entité palestinienne indépendante et unifiée. Sans oublier, bien sûr, la Syrie...

 

 

- La guerre contre le terrorisme ne peut pas être gagnée.... l'échec est annoncé ! Il n'y a pas d'exemple IRAK, Afghanistan, Libye...... Il faut employer les moyens de la paix !

Dominique de Villepin pour nous rappeler les responsabilité d'une politique américaine dans laquelle il n'y a rien à sauver depuis 15 ans, et un suivisme français contre nature : la guerre n'est pas notre vocation ; notre vocation c'est la paix et la diplomatie car nous n'avons aucunement besoin d'ennemis pour exister et nous imposer.

 

Pour notre malheur, l'Elysée, Matignon, le quai d'Orsay, sont occupés par des hommes incapables de penser l'après "Pax Americana" et la nécessité aujourd'hui de nous en éloigner... pour mieux retrouver au plus vite notre indépendance et notre tradition diplomatique de recherche d'équilibre.

 

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4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 08:02
La « guerre mondiale contre le terrorisme » a tué au moins 1,3 million de civils
Révélations Humanité Dimanche. Un rapport publié par un groupe de médecins lauréats du prix Nobel de la paix révèle qu’un million de civils irakiens, 220 000 Afghans et 80 000 Pakistanais ont péri, au nom du combat mené par l’Occident contre « la terreur».
 
Sources :  l'Humanité Dimanche par Marc de Miramon Vendredi, 24 Avril, 2015
« Je crois que la perception causée par les pertes civiles constitue l’un des plus dangereux ennemis auxquels nous sommes confrontés », déclarait en juin 2009 le général états-unien Stanley McCrystal, lors de son discours inaugural comme commandant de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan (ISAF). Cette phrase, mise en exergue du rapport tout juste publié par l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IP- PNW), lauréate du prix Nobel de la paix en 1985, illustre l’importance et l’impact potentiel du travail effectué par cette équipe de scientifiques qui tente d’établir un décompte des victimes civiles de la « guerre contre le terrorisme » en Irak, en Afghanistan et au Pakistan.
 
 

- « Les faits sont têtus »

Pour introduire ce travail globalement ignoré des médias francophones, l’ex-coordinateur humanitaire pour l’ONU en Irak Hans von Sponeck écrit: « Les forces multinationales dirigées par les États-Unis en Irak, l’ISAF en Afghanistan (...) ont méthodiquement tenu les comptes de leurs propres pertes. (...) Celles qui concernent les combattants ennemis et les civils sont (par contre) officiellement ignorées. Ceci, bien sûr, ne constitue pas une surprise.


Il s’agit d’une omission délibérée. » Comptabiliser ces morts aurait « détruit les arguments selon lesquels la libération d’une dictature en Irak par la force militaire, le fait de chasser al-Qaida d’Afghanistan ou d’éliminer des repaires terroristes dans les zones tribales au Pakistan ont permis d’empêcher le terrorisme d’ atteindre le sol états-unien, d’améliorer la sécurité globale et permis aux droits humains d’avancer, le tout à des coûts “ défendables ”».


Cependant, « les faits sont têtus », poursuit-il. « Les gouvernements et la société civile savent que toutes ces assertions sont absurdement fausses. Les batailles militaires ont été gagnées en Irak et en Afghanistan mais à des coûts énormes pour la sécurité des hommes et la confiance entre les nations. »


Bien sûr, la responsabilité des morts civils incombe également aux « escadrons de la mort » et au « sectarisme » qui portait les germes de l’actuelle guerre chiitesunnite, souligne l’ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld dans ses mémoires (« Know and Unknown », Penguin Books, 2011).


Mais comme le rappelle le docteur Robert Gould (du Centre médical de l’université de Californie), l’un des auteurs du rapport, « la volonté des gouvernements de cacher le tableau complet des interventions militaires et des guerres n’a rien de nouveau. Concernant les États- Unis, l’histoire de la guerre au Vietnam est emblématique. Le coût immense pour l’ensemble de l’Asie du Sud-Est, incluant la mort estimée d’au moins 2 millions de Vietnamiens non combattants, et l’impact à long terme sur la santé et l’environnement d’herbicides comme l’agent orange, ne sont pas encore pleinement reconnus par la majorité du peuple américain». Et Robert Gould d’établir un autre parallèle entre la sauvagerie des Khmers rouges, qui émergeront d’un Cambodge dévasté par les bombardements, et la récente déstabilisation « post-guerre » de l’Irak et de ses voisins, laquelle a rendu possible la montée en puissance du groupe terroriste dit « État islamique »

 

 

- Total estimé à 3 millions

Bien loin des chiffres jusqu’à présent admis, comme les 110 000 morts avancés par l’une des références en la matière, l’« Iraq Body Count » (IBC), qui inclut dans une base de données les morts civils confirmés par au moins deux sources journalistiques, le rapport confirme la tendance établie par la revue médicale « Lancet », laquelle avait estimé le nombre de morts irakiens à 655 000 entre 2003 et 2006. Depuis le déclenchement de la guerre par George W. Bush, l’étude de l’IPPN aboutit au chiffre vertigineux d’au moins 1 million de morts civils en Irak, 220 000 en Afghanistan, et 80 000 au Pakistan. Si l’on ajoute, concernant l’ancienne Mésopotamie, le bilan de la première guerre du Golfe (200 000 morts), et ceux du cruel embargo infligé par les États-Unis (entre 500 000 et 1,7 million de morts), ce sont presque 3 millions de morts qui sont directement imputables aux politiques occidentales, le tout au nom des droits de l’homme et de la démocratie.


En conclusion du rapport, les auteurs citent le rapporteur spécial des Nations unies de 2004 à 2010 sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires: selon Philip Alston, qui s’exprimait en octobre 2009, les investigations sur la réalité des attaques de drones (lire encadré) étaient presque impossibles à mener, à cause de l’absence totale de transparence et le refus des autorités états-uniennes de coopérer. Puis il ajoutait, après avoir insisté sur le caractère illégal au regard du droit international de ces assassinats ciblés, que « la position des États-Unis était intenable». Trois semaines plus tard, Barack Obama recevait le prix Nobel de la paix ...

 

 PENDANT CE TEMPS-LÀ, EN IRAK, EN AFGHANISTAN, AU PAKISTAN...

  • Le 20 avril dernier, la « coalition antidjihadistes » dirigée par les États-Unis indiquait dans un communiqué avoir mené en 24 heures 36 raids aériens contre des positions du groupe « État islamique », dont 13 dans la province d’Al-Anbar, à l’ouest de Bagdad. Combien de « dommages collatéraux » civils dans cette région, l’une des plus touchées par les violences depuis l’invasion de l’Irak en 2003 ?
  • Les communiqués militaires demeurent systématiquement muets sur cette question, alors que plus de 3 200 « frappes » aériennes, selon la novlangue moderne, ont été effectuées depuis le mois d’août 2014 et la prise de Mossoul par l ’« État islamique». Le 18 avril, c’est un attentat-suicide, « technique » de combat inconnue en Afghanistan avant le 11 septembre 2001, qui faisait 33 morts près de la frontière pakistanaise.
  • À la fin du mois de mars, des sources sécuritaires pakistanaises faisaient état de 13 « djihadistes » liés aux talibans tués lors d’une attaque d’un drone états-unien.
  • Près de 10 000 soldats américains sont toujours stationnés en Afghanistan.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus sur le même sujet :

- Les frappes aériennes occidentales ont balayé 52 civils syriens en un jour, aucun djihadiste touché

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21 mai 2015 4 21 /05 /mai /2015 08:12
" Jeunes étudiantes portant des minijupes marchant dans la rue " à Kaboul en 1972

 

- Afghanistan, 20 ans de guerre en travers de la gorge[2] !

- La « perte » de l’Afghanistan par les États-Unis est un repositionnement et la nouvelle mission n’est pas une « guerre contre le terrorisme », mais contre la Russie et la Chine[3] .

 

  • Du 27 avril 1978 au 27 avril 1992, des forces de gauche sont au pouvoir en Afghanistan.
  • 27 décembre 1979 : l’armée soviétique entre dans Kaboul à la demande du gouvernement Najibullah confronté aux guerrillas féodalo-islamistes épaulées par les USA et plusieurs pays arabes.
  • Le retrait des soviétiques puis la défaite de la gauche afghane trois ans plus tard amènent l’exode de centaines de milliers de familles progressistes et laissent place à la propagation d’un islamisme de masse.
  • Les Etats Unis comme tous les pays occidentaux, comme la Chine, comme les prétendus nouveaux philosophes auraient mieux fait d’y réfléchir à deux fois avant de soutenir et fournir à foison des armes et de l’argent pour les mollahs et les madrasas.
  • Cet article a été rédigé en 2006. Depuis..............................

 

Sources : le Parti de Gauche Midi-Pyrénées le 28 mai 2006 par Jacques Serieys | mis à jour le 19/08/2021

- 1- Remarques sur l’histoire de l’Afghanistan jusqu’en 1978

Placé sur la grande route de la soie, au carrefour de l’Asie (entre Perse, Russie, Turco-mongols, Chine et Inde...), l’Afghanistan a connu une histoire riche depuis le néolithique. Les villes de Kaboul, Hérat, Kandahar, Balk, Bagram, Ghazni... ont resplendi à plusieurs époques au coeur de la Bactriane antique puis de la grande civilisation des Kouchans, dans l’Empire ghaznévide... Ensuite, le développement du capitalisme international par les routes maritimes laissa l’Afghanistan à l’écart des évolutions du monde ; les villes perdirent beaucoup de leur puissance économique, sociale et culturelle au profit d’un féodalisme rural dominé par de grands propriétaires terriens et des chefs de guerre, au profit aussi de mollahs autour desquels s’organisait la vie des villages.

 

Des historiens russes ont daté les prémisses d’un Etat afghan du 17ème siècle (principautés féodales de Akora et de Teri) et de 1713 lorsque plusieurs chefs féodaux locaux s’entendirent pour chasser le gouverneur de Kandahar nommé par le Shah d’Iran. Ceci dit, l’absence de relations économiques entre les territoires n’a pas poussé à la naissance d’un peuple ou d’une nation. Le pouvoir politique s’est donc disputé au gré des rapports de forces dans un chaos permanent. Les moments d’unification furent rares comme sous la domination du clan Sadozai de la tribu Durrani (ethnie pachtoun).

 

Reste de cette histoire une mosaïque d’ethnies (Pachtouns, Tadjiks, Ouzbeks, Hazaras, Turkmènes, Kirghizes, Aïmaks, Baloutches, Nouristanis...), de tribus, de sous-tribus, de clans, de langues séparés par l’histoire (innombrables déplacements de population et innombrables conquérants), par la géographie (hautes montagnes, grands déserts), par des intérêts divergents, par des religions différentes, par l’attraction économique et culturelle de civilisations voisines.

 

- De 1839 à 1919, la Grande Bretagne essaya en vain d’imposer son protectorat sur ces populations guerrières et indépendantes. A plusieurs reprises, les armées britanniques connurent des défaites humiliantes (bataille de Gandamak en janvier 1842). C’est surtout de cette lutte contre l’envahisseur colonial que date un nationalisme féodalo-monarchique afghan d’autant plus que c’est lui qui traça les premières frontières.

 

- En 1919, une nouvelle guerre entre Britanniques et Afghans (dirigés par le prince Amanullah Khan) se termine par une défaite des British Armed Forces ; par souci de protection, Kaboul se tourne vers la jeune Union des Républiques Socialistes Soviétiques. L’Afghanistan est le premier Etat à reconnaître l’URSS et à signer avec elle des traités de coopération et de non-agression.

 

- De 1919 à 1929, l’Afghanistan connaît une décennie de développement à l’européenne : création de routes, de lycées, développement des villes, infrastructure étatique permettant de collecter l’impôt... L’émancipation de la femme afghane progresse rapidement (éducation, abolition du port du voile, interdiction de la polygamie, interdiction du mariage des jeunes filles avant l’âge de 9 ans, droit de vote). Qui porte cette politique ?

  • Sur le fond, des couches sociales citadines
  • Au sommet de l’Etat, des modernisateurs comparables au turc Kemal Atatürk, en plus démocratiques et plus progressistes.

 

- Survient alors en Afghanistan, ce qui était arrivé durant la révolution française

La majorité des paysans de sociétés rurales restées les plus féodales soutiennent leurs anciens oppresseurs (religieux et grands propriétaires) contre ceux qui croient pouvoir les libérer. La structure sociale et idéologique paraît alors plus forte que toute aspiration individuelle ou collective. L’intérêt trouvé par des abrutis locaux dans le maintien du patriarcat paraît plus important que la réforme agraire, l’éducation... Les religieux organisent une révolte qui oblige Aminullah à quitter le pays.

 

- Du 17 janvier 1929 au 13 octobre 1929, l’Afghanistan subit une première domination sanglante des fondamentalistes avec Habibullah Ghazi comme roi. Ce dernier est assassiné par Mohammad Nadir Shah qui convoque une Loya Jirgah (assemblée traditionnelle réunissant les chefs religieux, tribaux et militaires) pour être proclamé roi en septembre 1929 ; avec lui les fondements du pouvoir retournent aux chefs religieux et tribaux.

 

- Jusqu’en 1973, Mohammad Nadir Shah puis son fils Mohammed Zaher Chah siègent sur le trône royal afghan. Dans les années 1950 et 1960, la poussée tiers mondiste mondiale, les liens entre les Etats Unis et l’ennemi pakistanais expliquent les liens renoués avec l’URSS : construction de barrages, de centrales hydro-électriques, d’usines, scolarisation des femmes, droit de ne pas porter le voile... L’Afghanistan fait alors partie de la zone d’influence soviétique : les officiers comme beaucoup de hauts fonctionnaires sont formés en URSS ou au moins par ses coopérants. Les Etats-Unis veulent aussi prouver leur capacité à mener à bien des projets (barrage du Helmand, aéroport de Kaboul...). De 1963 à 1973, le pays connaît une période de monarchie constitutionnelle avec une constitution, des partis politiques déclarés et reconnus (à droite des parti islamistes, à gauche le PDPA).

 

- De 1969 à 1973, plusieurs années de sécheresse, de mauvaises récoltes et de famine affaiblissent la monarchie.

 

- En 1973, le général Daoud renverse son cousin et beau-frère, le roi Mohammed Zaher Khan, instaure la république et en devient le premier président. Ce dictateur populiste dispose d’une faible assise sociale. Il essaie de s’appuyer à la fois sur la haute aristocratie féodale et sur des couches sociales urbaines en cooptant son réseau politique. Des chefs islamistes commencent à rejoindre le Pakistan pour constituer des groupes de résistance comme le tadjik Ahmed Chah Massoud et le pachtoune Gulbudin Hekmatyar. Des guerillas islamistes commencent à se former. Rapidement, le pouvoir subit ce poids politique conservateur et adopte une attitude répressive vis à vis de la gauche formée par le PDPA (Babrak Karmal).

 

 

- 2- 27/04/1978 : la gauche afghane au pouvoir

La répression violente exercée par le pouvoir contre les progressistes met de plus en plus la gauche en situation d’impasse. Le 17 avril 1978, un dirigeant du PDPA, connu et apprécié, est assassiné en pleine rue. La grande manifestation de protestation organisée par ce parti deux jours plus tard est réprimée de telle manière (vaste rafle) que toute la gauche se sent en danger de mort.

 

Pour éviter le processus génocidaire de la gauche qu’a connu l'Indonésie en 1965, des officiers progressistes réalisent un coup d’état qui bénéficie alors d’un large soutien populaire tellement Daoud s’était fait d’opposants et ennemis.

 

Ainsi, le 27 avril 1978, arrive au pouvoir le PDPA (People’s Democratic Party of Afghanistan).

Qu’est-ce que le PDPA ? Un parti né en 1965 dans le sillage de la montée tiers-mondiste, émancipatrice et révolutionnaire des années 1960.

 

Les militants de gauche qui le créent veulent :

  • s’attaquer aux structures féodales rurales, au pouvoir des grands propriétaires terriens, à l’intégrisme religieux, à la grande bourgeoisie prédatrice ;
  • promouvoir l’alphabétisation des garçons et des filles, développer la semaine de 40 heures, instaurer une sécurité sociale...
  • construire un Etat de droit républicain en lieu et place de la corruption régnante ; faire perdre ainsi à la multitude de mollahs leur rôle traditionnel de prédicateurs porteurs de la parole d’Allah, de chefs politiques, de juges, de maîtres d’école ;
  • utiliser cet Etat planificateur pour développer un réseau de coopératives agricoles, des organismes publics de crédit pour aider les artisans...
  • s’appuyer socialement sur les travailleurs, les petits paysans, les intellectuels, les couches urbaines.

 

La majorité des cadres du PDPA proviennent des milieux enseignants, journalistes, bourgeoisie urbaine cultivée, quelques officiers formés en URSS.

 

Dès l’été 1978, des zones rurales s’insurgent et sont rejointes par plusieurs garnisons. Le Sud-Est, région de forte implantation islamiste est en sécession.

 

 

- 3 - La décision des USA de renverser la gauche afghane date du début juillet 1979

Dès le début juillet 1979, les Etats Unis décident d’intervenir en Afghanistan par le biais :

  • d’une part d’une assistance financière et militaire aux moudjahiddin (« guerriers saints ») ;
  • d’autre part d’un soutien direct de la part du Pakistan voisin (préparation d’un gouvernement fantôme à Peshawar, formation militaire, logistique...).

 

Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller pour la sécurité de Jimmy Carter, a affirmé en janvier 1998 que c’est « le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l’assistance clandestine aux opposants du régime prosoviétique de Kaboul[1] ».

 

Pire, la CIA comme l’administration du Pentagone mise sur le fait qu’en intervenant massivement, l’URSS va se trouver obligée de faire de même et de s’engluer dans le "piège afghan".

 

La décision américaine se traduit rapidement par une extension des guérillas. Elle représente un tel encouragement politique et militaire que la garnison de Kaboul elle-même se soulève et passe à l’opposition.

 

En octobre, la moitié des 85000 soldats de l’armée ont quitté leur affectation, rejoignant généralement l’insurrection contre le PDPA.

 

Les dirigeants du PDPA sont à présent dépassés par les enjeux stratégiques mondiaux qui se jouent dans leur pays. D’ailleurs, leur division s’exacerbe au plus mauvais moment entre d’une part le Khalq (Peuple) majoritaire, radical et assez peu politisé), d’autre part le Parcham (Etendard).

 

 

- 4 - 27/12/1979 : l’armée soviétique entre dans Kaboul

Le PDPA dirigé par le Khalq :

  • promeut des mesures progressistes dont il escompte le soutien du milieu paysan pauvre et modeste (alphabétisation, annulation des emprunts immobiliers ruraux, réduction de la dot, interdiction du mariage des enfants, interdiction des prêts financiers au bazar, redistribution de terres...);
  • se bat face à ses ennemis, les emprisonne, les abat parfois.

 

Dans le contexte montagnard afghan d’isolement géographique et culturel de nombreuses zones, les mollahs (religieux), les grands propriétaires et les maliks (chefs de villages) montent contre le gouvernement des populations rurales pourtant rationnellement intéressées par ces réformes.

 

Quatre autres éléments pèsent alors contre la réussite du PDPA :

  • l’action prosélyte de pays musulmans contre les "communistes" de Kaboul. L’Arabie saoudite apporte un financement considérable aux sept organisations de moudjahidines dès juillet 1979 au plus tard ;
  • le contexte international de réaction avec les USA en gendarmes du monde. Le 3 juillet 1979, Washington décide de fournir une aide financière et militaire considérable aux moudjahidines ;
  • le rôle de la dictature pakistanaise dont les services secrets servent de relai entre Washington, Ryad, les "zones tribales" et les guérillas afghanes ;
  • la poussée islamiste iranienne aux portes des régions rurales les plus conservatrices d’Afghanistan (Sud-Est).

 

Confronté à ce soutien international des forces impérialistes et abruties, le gouvernement afghan demande officiellement à treize reprises à l’URSS une intervention militaire pour le soutenir. Moscou analyse la situation et répond non avec pour argument essentiel que cela renforcerait les religieux et le soutien qu’ils reçoivent des pays capitalistes.

 

Pourtant, le gouvernement soviétique accroît son intervention en Afghanistan après deux évènements importants :

  • le soulèvement de la garnison d’Herat (aux portes de l’URSS) contre le PDPA ;
  • l’assassinat en septembre 1979 du président afghan (PDPA) Noor Mohammed Taraki.

 

Environ 55000 soldats soviétiques participent à l’intervention en cette fin d’année 1979. Ils appuient l’arrivée au pouvoir de Babrak Karmal, dirigeant modéré du PDPA, proche d’eux. Ils poussent à une attitude conciliante vis à vis de la religion et des religieux. 2000 prisonniers politiques sont libérés ; les discours et communiqués officiels commencent par Bismillah (au nom d’Allah).

 

 

- 1979, c’est l’année de la révolution khomeiniste en Iran.

Il aurait été logique que les Etats Unis restent prudents vis à vis de guérillas religieuses pour éviter une propagation islamiste ; or, ils vont peser de tout leur poids pour soutenir et armer ces groupes profondément réactionnaires. C’est dans ces conditions qu’ils utiliseront Oussama Ben Laden pour faire parvenir des armes et de l’argent ici et là. Chaque année, de 1981 à 1989, Washington va y engloutir environ 500 millions de dollars auxquels s’ajoutent les aides financières et en armement du Pakistan, de l’Arabie saoudite, de l’Iran, de la Chine, de l’Egypte...

 

Dans le même temps, des volontaires affluent de divers pays du monde arabo-musulman pour aider les moudjahidines (Algériens, Philippins, Saoudiens, Égyptiens...).

 

Les effectifs soviétiques augmentent rapidement : 85 000 hommes en mars 1980, 118 000 en 1982.

Sur 10 ans, plus de 900 000 jeunes Soviétiques servent en Afghanistan, 14 000 d’entre eux sont tués et 75 000 blessés, victimes d’armes fournies par l’Occident.

 

Cependant, les moudjahidines contrôlent une partie de plus en plus importante de l’Afghanistan rural.

 

En 1988, Gorbatchev décide le retrait des troupes russes, retrait complètement terminé en février 1989.

 

Ne sous-estimons pas dans cet échec du PDPA et de l’URSS, le rôle considérable des médias occidentaux (dont les grands médias français), présentant les moudjahidines en référence aux "Résistants" de 1940 1945. Grotesque bêtise !

 

 

- 5 - L’Afghanistan depuis le retrait soviétique

Notons seulement trois faits :

  • l’Afghanistan progressiste du président de la république Najibullah tient seul au pouvoir durant plusieurs années jusqu’au 27 avril 1992 face à des guérillas soutenues par les Etats Unis, le Pakistan, l’Arabie... l’Oumma... En mars 1989, tous les réactionnaires et ignorantistes au service des USA croient pouvoir écraser l’armée afghane à présent privée de tout soutien soviétique. A partir du Pakistan proche, des forces considérables avancent vers Jalalabad et en entreprennent le siège. Surprise : des forces de l’armée régulière de Najibullah brisent ce siège et font éclater l’unité des islamistes ;
  • dès le printemps 1990, un tartuffe pro-occidental nommé Boris Eltsine arrive au pouvoir à Moscou. L’isolement international de Kaboul s’accroît de façon inexorable rappelant la fin de la république espagnole avec une retirada aussi massive et aussi dramatique ;
  • La politique menée par le PDPA est indiscutablement meilleure pour le pays que tout ce qu’a connu l’Afghanistan depuis, à savoir la longue guerre civile entre factions de 1992 à 1996, puis la dictature des talibans, puis l’intervention militaire américaine. Notons un point : en 14 ans de présence du PDPA au gouvernement à Kaboul (intervention soviétique comprise), les spécialistes s’accordent sur environ 8000 Afghans moudjahidines exécutés. Une fois ce parti vaincu, les seuls combats entre factions islamistes dans la capitale ont fait plus de cent mille morts en un an.

 

Oui, il exista un Afghanistan de gauche qui présentait de nombreux défauts mais qu’il aurait fallu soutenir plutôt que de céder aux sirènes médiatiques au service des ignares obtus dirigeant la CIA.

 

Je ne peux terminer sans rappeler comment est mort le dernier président réel de l’Afghanistan auquel un jour l’histoire rendra hommage : lors de la prise de Kaboul en avril 1992, il essaie de quitter son pays mais en est empêché par le clan de Dostom devenu un allié des USA après le départ des soviétiques suite à des arguments sonnants et trébuchants. En 1996, les talibans prennent Kaboul, s’emparent de l’ancien président réfugié dans un bâtiment des Nations Unies :

 

Quoiqu’en pensent Le Figaro, L’Express, le Nouvel observateur, Le Monde et La Dépêche du Midi, l’humanité pensante n’était pas du côté des guerriers saints soutenus par les faucons de Washington. Avec le PDPA, les réverbères recevaient de l’électricité pour éclairer les rues et non pour pendre sans aucun procès un ancien président de la république.

 

- 6 - 1997-2001 : les Talibans

- 7 - Intervention de l’OTAN

- 8 - 31/12/2014 : Les forces de l'Otan mettent fin à leur intervention déclenchée en 2001 pour chasser les Talibans d'Afghanistan

- 9 - 15/08/2021 : les talibans font chuter le gouvernement afghan et prennent le pouvoir

Jean-Luc Mélenchon : " La victoire des talibans en Afghanistan déclenche légitimement un flots de commentaires et l’angoisse y domine, à juste titre. Engagé dès la première heure contre cette intervention militaire des USA (soi-disant en réplique aux attentats du 11 septembre 2001), je suis d’autant plus révolté contre le résultat final de ces vingt ans de guerre. J’ai déjà dit que j’avais chaleureusement applaudi la défaite des USA au Vietnam. Leur défaite (cette fois-ci encore), par contre, ne me procure qu’affliction et colère contre eux et je ne veux pas m’en cacher. Elle me soulève de dégoût pour ceux qui ont conduit les évènements jusqu’à ce point. Car tout était hautement prévisible depuis le premier jour. [2]"
 
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- Afghanistan : Jean-Luc Mélenchon " pour comprendre la guerre, suivez les pipelines ! "

Intervention de Jean-Luc Mélenchon le 18 septembre 2019 à l’Assemblée nationale à propos d’un traité de coopération entre l’Union européenne et l’Afghanistan.
Le président du groupe «La France insoumise» a commencé son exposé par parler de la première cause de la guerre : le pétrole et les pipelines. Il a dénoncé le rôle néfaste des États-Unis qui, après avoir entretenu Al Qaïda, sont intervenus militairement officiellement pour détruire cette organisation terroriste.

 

Jean-Luc Mélenchon a dénoncé les hypocrisies contenues dans le texte de l’accord de coopération UE-Afghanistan, pointant notamment du doigt la question des droits des femmes ou encore de la liberté de conscience. Il a dénoncé un énième accord de libre-échange prônant par exemple la libre circulation des capitaux dans les échanges avec un pays qui est le premier producteur de drogue.

 

 

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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 09:26
Les territoires face au grand marché transatlantique

Sources : éditions Bruno Leprince par Vivien Rebière[1], préface Gabriel Amard[2]

- Résistance locale face à une menace globale

Le projet de Grand marché transatlantique entre l'Europe et les Etats-Unis menace nos vies jusque dans nos communes.
 
Les politiques des collectivités locales et leurs services publics sont en danger. Pour la première fois un livre explore les multiples conséquences de cet accord de libre échange sur la vie locale. Eau, santé, énergie, transports, agriculture seront touchés dès qu'une firme voudra faire valoir son droit à la libre concurrence. Bien qu'écologiques, les aides prioritaires aux productions locales seront par exemple menacées comme autant d'entraves au libre commerce. Et pour en juger les firmes pourront avoir recours à des tribunaux d'arbitrage privés face auxquels chaque collectivité sera démunie.
 
Mais ce livre ne se contente pas d'identifier précisément le danger. Il présente aussi les résistances qui sont nées dans plusieurs collectivités contre cet accord. Et il propose des méthodes et des outils pour étendre cette résistance à d'autres territoires. Aux citoyens et aux élus de s'en saisir, avant qu'il ne soit trop tard.

 

- Le livre est disponible ICI

 
Note :

[1] Vivien Rebière est diplômé d'un master 2 en affaires publiques, étudiant en master 2 de Science politique, militant du Parti de Gauche.

[2] Gabriel Amard, directeur de l'association Le Formateur des collectivités (FDC) et secrétaire national du Parti de Gauche en charge des élu-e-s et des campagnes politiques.

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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 10:00
Barbarie disent-ils…

« Chaque fois qu’un homme a fait triompher la diginité de l’esprit, chaque fois qu’un homme a dit non à une tentative d’asservissement de son semblable, je me suis senti solidaire de son acte »
Peau noire, masques blancs

 

Source : Fondation Frantz Fanon lundi 29 septembre 2014

Les décapitations filmées d’otages occidentaux en Irak et d’un randonneur français en Algérie suscitent légitimement un sentiment d’horreur et une condamnation unanime et sans appel. Ces assassinats insensés ne peuvent être le fait que de criminels pervers au service d’une idéologie déviante. Ces mises en scène macabres viennent à la suite d’images tout aussi insoutenables montrant des exécutions de masse d’hommes désarmés. L’émotion produite par ce théâtre de la cruauté est cependant froidement manipulée par des médias et des relais politiques en Occident. La qualification sans cesse reprise de « barbaries », perpétrées par des « barbares », répond à la volonté de déshumaniser les auteurs de ces atrocités. Hors du limès de la Civilisation, ils ne relèvent plus du droit commun et ne sont plus passibles des lois ordinaires. Il s’agit pour la propagande blanche, conforme à ses usages établis et ses traditions éprouvées, de dénoncer l’irréductible barbarie de « l’autre » présenté comme totalité indistincte pour mieux soumettre ou exterminer, au-delà des criminels, toute une société. Ou comme dans les cas de l’Irak et de la Syrie de détruire des Etats.

 

Ces assassinats médiatiques sont représentés par les organes de propagande comme des actes irrationnels d’une radicale altérité, quasiment non-humaine. Mais bien davantage, des échelles du Levant à celles de Barbarie, ces atrocités seraient inhérentes à une sphère ethnico-religieuse, l’Islam, qui malgré des nuances langagières, reste intrinsèquement dangereuse, quasi-incompréhensible et systématiquement opposée à un Occident dont, par essence et définition, les valeurs humanistes sont définitivement supérieures à toutes les autres.

 

Dans un amalgame éhonté mais clairement assumé, les musulmans d’ici et d’ailleurs, suspectés de connivence « culturelle » avec les assassins, sont sommés par des policiers de la pensée de se désolidariser publiquement de ces crimes. Il leur est enjoint d’approuver la nouvelle guerre moyen-orientale de l’Occident et les bombardements « vengeurs » décidés par la Civilisation.

Ces arguments d’une propagande essentialiste visant à diaboliser des communautés toutes entières sont odieux et totalement ineptes. Cette propagande de stigmatisation et de culpabilisation est d’autant plus inacceptable que ces journalistes-procureurs seraient particulièrement bien placés, s’ils faisaient leur métier, pour évoquer, en spécialistes, la sauvagerie systématique et des exactions d’une ampleur sanguinaire inouïe de ceux dont les armes se tournent contre les populations arabo-musulmanes depuis des décennies.

 

Ces journalistes, qui martèlent le mot de barbarie, qu’ont-ils écrit sur les centaines de milliers de morts civiles en Irak, sur le recours au phosphore blanc et aux munitions à l’uranium appauvri contre des populations civiles ? Qui parmi ces parangons de la Civilisation a évoqué le sort de ces dizaines d’enfants mal formés à Falloujah et ailleurs du fait de l’utilisation d’armes interdites ?

 

A-t-on entendu des cris d’indignation de la part de cette presse au garde-à-vous, lorsque la très civilisée Madeleine Albright, ancienne secrétaire d’état américaine, justifiait la mort de cinq cent mille enfants irakiens ? Qui de cette presse ou de ces chaines de télévision s’est insurgé devant le fait que dans ce pays des droits de l’homme des criminels au moins aussi sadiques que ceux de l’Etat Islamique puissent mourir dans leurs lits grâce aux amnisties et à l’amnésie d’Etat ?

Mais il n’est nul besoin de remonter aux guerres coloniales au nom des « Lumières » de la génération précédente pour reconnaitre une même sauvagerie contemporaine, tout aussi indécente, qui se drape des valeurs de la Démocratie et des Droits de l’Homme. Barack Obama, prix Nobel de la paix, peut ainsi mener sept guerres depuis qu’il a reçu cette distinction qui a définitivement perdu toute signification morale. Qui parmi ces médias évoque les dizaines de milliers de victimes innocentes des frappes de drones à travers le monde ? La mort, sous les missiles guidés et les bombes « intelligentes », de cinq cent enfants de Ghaza n’est -elle pas une « barbarie » ? Tout comme les bombardements d’écoles gérées par les Nations Unies seraient tout au plus les dégâts collatéraux de frappes chirurgicales. Il est vrai que sans images et ensevelis sous la mystification et le silence complice des journalistes de l’infotainment, les dizaines de milliers de morts des guerres asymétriques n’existent pas. Pures statistiques, les cadavres déchiquetés de pauvres et de désarmés ne suscitent aucune émotion.

 

Il n’est donc nul besoin d’effectuer de minutieuses recherches pour découvrir que la réalité de la « barbarie » est fort différente de ce que cette presse en battle-dress veut faire accroire. On ne tentera pas non plus d’établir ici la généalogie politique de l’Islamisme fanatique fabriqué par les monarchies du Golfe et armé par l’Occident. Qui se souvient des missiles français Milan, des armes anglaises et américaines généreusement fournis aux « moudjahidine » afghans, hier freedom-fighters et aujourd’hui talibans extrémistes ?

Les mises en scène d’assassinats abjects dans des circonstances horribles par des psychopathes apolitiques ne peuvent, en aucun cas, servir de prétexte à des manipulations haineuses. Le discours sur la barbarie asséné par les relais de propagande, destiné à désigner de faux ennemis intérieurs, vise à faire taire ceux parmi les musulmans en Europe qui dénoncent les aventures guerrières au Moyen-Orient. A faire oublier ceux commis par les alliés de l’Occident. Et également, en jouant sur la peur à jeter en pâture des minorités visibles « d’apparence musulmane » à une opinion matraquée que l’on cherche à conditionner depuis des années. Ces gesticulations autour d’une soi-disant barbarie musulmane ne parviennent pas à masquer la vérité sanglante d’un Occident colonialiste hier, impérialiste aujourd’hui, qui assume sans discontinuer depuis le dix-neuvième siècle ses guerres éminemment civilisées et très sanguinaires dans le monde arabo-musulman. Les criminels de l’Etat Islamique ont été à bonne école.

 

Dans le dispositif éprouvé de préparation psychologique, la barbarie de l’autre est la justification ultime de la guerre. Or, les « guerres » éternelles contre le terrorisme, engagées depuis des dizaines d’années, loin d’avoir endigué le phénomène, l’ont généralisé et complexifié. Il ne fait guère de doute, à la lumière de l’expérience, que le refus d’approches politiques et la fascination pour la guerre manifestée par les dirigeants occidentaux, outre une dangereuse régression du droit international, ne produira qu’un surcroit de subversion.

 

Les premiers et les pires barbares sont parmi nous.

 

 

 

 

Pour en savoir plus sur le même sujet :

- 16/18 septembre 1982... le "massacre évitable" de Sabra et Chatila

- Le 8 Mai 1945, c'est aussi..... le Massacre de Sétif !

- Quand l’Europe chrétienne colonialiste, France et Espagne en tête, donnait des leçons de décapitation et de barbarie aux musulmans

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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 09:10
La région arabophone, entre changement progressiste et barbarie. Entretien avec Gilbert Achcar

Dans cet entretien, Gilbert Achcar[1] revient sur son dernier ouvrage publié en français, Le Peuple veut, et fournit un bilan provisoire, un bilan d’étape des processus révolutionnaires dans la région arabophone.

 

Sources :  Contretemps - entretien réalisé par Félix Boggio Ewanjé-Epée le 09/03/2014

- Contretemps : Dans votre dernier livre, vous donnez une place très importante à la nature du capitalisme dans la région qui s’étend de l’Afrique du Nord au Moyen Orient. Pouvez-vous définir en quelques mots ce que vous entendez par « capitalisme patrimonial et rentier » ? Comment se fait-il que cette forme de capitalisme ait pris racine dans l’ensemble de la région Afrique du Nord / Moyen Orient ? 

Gilbert Achcar : Je parle d’Etats patrimoniaux et rentiers, et non de « capital patrimonial et rentier ». La région arabe, que j’appelle également « espace arabophone » pour éviter toute confusion avec une description « ethnique », est une concentration unique au monde d’Etats à la fois patrimoniaux et rentiers, ces deux caractéristiques étant ici étroitement liées. Il s’agit bien, dans leur majorité, d’Etats patrimoniaux au sens classique de la catégorie wébérienne, avec une minorité d’Etats néo-patrimoniaux. La différence, c’est que dans le patrimonialisme classique, les familles régnantes (formule qui s’applique aussi bien aux monarchies qu’aux soi-disant républiques dans la région) possèdent littéralement l’Etat et ne se contentent pas de l’exploiter à la manière des pratiques néo-patrimoniales. Les dirigeants patrimoniaux peuvent tous dire « l’Etat, c’est moi » à l’instar de la formule attribuée à Louis XIV.

 

Il s’agit également d’Etats rentiers, au sens où une partie importante, sinon prédominante, des revenus étatiques provient de rentes diverses – d’abord et avant tout la rente liée aux hydrocarbures, bien entendu, mais aussi d’autres formes de rentes, dont la plupart sont dérivées de la première, tels que les rentes dites « stratégiques » que versent les Etats pétroliers à certains Etats prédateurs dans la région (l’Irak et la Syrie baassistes en constituaient un bon exemple). Les financements occidentaux octroyés à certains régimes, comme ceux que versent les Etats-Unis à l’Egypte et à la Jordanie, relèvent également de cette dernière catégorie.

 

Ces deux caractéristiques dominantes des Etats de la région – étroitement liées à sa richesse en hydrocarbures, qui apparaît dès lors comme une « malédiction du pétrole » – déterminent un type particulier de capitalisme, ce que j’ai décrit comme étant une modalité régionale particulière du mode de production capitaliste. Le capitalisme régional est de manière fortement prépondérante un capitalisme « politiquement déterminé » (encore un concept que j’emprunte à Weber), c’est-à-dire un capitalisme dont le sort ne dépend pas du marché, mais de ses relations avec le pouvoir étatique. En outre, le caractère despotique des régimes régionaux crée un contexte d’arbitraire et d’imprévisibilité qui est aux antipodes des conditions d’épanouissement d’un capitalisme idéal-typique, agent de développement économique et social.

 

 

- Contretemps : Si l’on suit votre raisonnement, il semblerait que la synchronisation des processus révolutionnaires arabes soit fortement corrélée à une économie politique commune. Comment expliquer cette corrélation ?

Gilbert Achcar : Oui, c’est bien cette économie politique commune, comme vous dites, qui explique l’extension fulgurante du soulèvement, parti de Tunisie, à l’ensemble des pays de l’espace arabophone, de la Mauritanie jusqu’à la Syrie et à l’Irak. Il y a certes un ensemble de facteurs – linguistique, culturel et historique – qui sous-tend le fait que ces pays constituent une entité géopolitique commune. Et certes encore, ces facteurs ont été considérablement renforcés par l’émergence des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Le rôle de la télévision satellitaire dans la création d’un « espace public » arabophone bien plus pluraliste que ce qui existait auparavant dans la plupart des pays de la région a été largement souligné, et il est indéniablement important. De même les réseaux de communication rendus possible par l’Internet, et notamment les réseaux sociaux, ont été de puissants facteurs de synchronisation. Toutefois, les soulèvements ne se transmettent pas par simple contagion en l’absence d’un terrain favorable.

 

Afin qu’il y ait contagion révolutionnaire, il faut que les conditions de l’embrasement soient réunies. C’est ici qu’intervient cette économie politique commune, cette modalité particulière du mode de production capitaliste qui fait que le développement de la région est bloqué depuis des décennies, même en comparaison des autres ensembles géopolitiques afro-asiatiques. Le blocage de la croissance a produit très naturellement un chômage massif, les Etats arabes détenant le record mondial des taux de chômage, depuis plusieurs décennies également. Ce chômage est aggravé paradoxalement par la richesse relative de la région qui fait que celles et ceux qui sont disposés à se contenter des palliatifs de « l’économie informelle » sont proportionnellement moins nombreux ici que dans les régions comparables. Il s’agit très majoritairement d’un chômage de jeunes, avec une proportion élevée de jeunes diplômé/es. C’est là, dans cette source majeure de frustration de la jeunesse, que réside la médiation la plus directe entre le blocage économique et le soulèvement.

 

 

- Contretemps : Pour approfondir un peu plus cette question, est-ce que l’on peut tracer un lien entre le capitalisme patrimonial d’une part, et d’autre part les aspects et revendications démocratiques des soulèvements arabes ?

Gilbert Achcar : Tout mécontentement qui plonge ses racines dans une condition socio-économique finit par se politiser au contact de la répression étatique, encore plus lorsqu’il se traduit en protestation de masse. C’est ainsi que ce qui a démarré avec des revendications portant sur l’emploi et le revenu a très vite évolué en volonté de renversement des régimes : « le peuple veut renverser le régime » dit le slogan le plus répandu du soulèvement régional, auquel j’ai emprunté le titre de mon ouvrage. La politisation et la radicalisation révolutionnaire sont d’autant plus rapides que le régime est oppressif et que son caractère corrompu saute aux yeux. Le rejet d’un régime perçu à juste titre comme une entreprise de pillage des ressources du pays par une minorité de malfrats débouche sur la revendication démocratique d’autant plus naturellement qu’il n’y a pas de direction « charismatique » capable de s’ériger en prétendant naturel au pouvoir. La chance du soulèvement arabe est l’absence d’équivalents arabes de Khomeiny : c’est toute la différence entre un Morsi et un Khomeiny, comme je l’explique dans l’ouvrage.

 

 

- Contretemps : Abordons maintenant la variété au sein de la révolution arabe. On sait désormais que la concaténation des aspects que vous avez abordés (crise/échec du néolibéralisme, crise de légitimité au sommet, dynamique révolutionnaire à l’échelle de la région) a donné lieu à des issues très différentes. Comment comprendre que les révolutions en Tunisie et en Égypte aient pu, d’une certaine manière, triompher – en renversant les deux grands chefs d’États et en engageant une refonte constitutionnelle ?

Gilbert Achcar : Si les soulèvements en Tunisie et en Egypte ont pu « triompher » si aisément (en termes relatifs, bien sûr) et si rapidement, c’est précisément parce qu’ils n’ont pas été des révolutions accomplies. Ce qui s’est passé dans ces deux pays, c’est le renversement du sommet de l’iceberg – l’autocrate et ses proches – et le remaniement plus ou moins important des institutions politiques, sans que « l’Etat profond », en particulier son noyau dur constitué par les forces armées, ainsi que la structure socio-économique typique du capitalisme spécifique qui dominait dans la région ne soient sérieusement affectés. Ce « scénario » a été rendu possible par le fait que le pouvoir n’était que néo-patrimonial dans les deux pays. Ni Ben Ali, ni Moubarak ne « possédaient » l’Etat à la manière d’un Mohammed VI ou d’un Kadhafi. Ils ont pris le contrôle d’un Etat qui leur préexistait et qui a préservé une certaine autonomie institutionnelle avec un minimum de fonctionnement « légal-bureaucratique ».

 

Dans les deux pays, en réalité, le départ de l’autocrate a été déterminé par son abandon par les militaires. En Egypte, cela a même pris la forme d’un coup d’Etat des plus classiques : communiqués militaires et prise du pouvoir par une junte, le Conseil suprême des forces armées. Toutefois, en Egypte et bien plus évidemment encore en Tunisie, la fraction de l’Etat qui a cherché à accompagner le mouvement pour mieux l’endiguer et le canaliser a dû céder à la pression d’un mouvement en ébullition permanente. Le processus révolutionnaire régional ne sera pas achevé par une simple refonte constitutionnelle, quelle qu’elle soit. Il ne pourra l’être que par une profonde refonte socio-politique débouchant sur un changement radical de politiques économiques.

 

 

- Contretemps : Comment caractériser la « transition politique » au Yémen à cet égard ? Peut-on parler du succès d’une révolution politique ? Ou s’agit-il d’une tentative de prévenir la montée en puissance d’une révolution politique et des désordres sociaux qui en découlent ?

Gilbert Achcar : Le Yémen a connu une « transition dans l’ordre » selon la formule par laquelle on a exprimé à Washington l’issue considérée comme souhaitable, du point de vue des Etats-Unis, pour ceux des soulèvements régionaux qui affectaient des autocrates jugés remplaçables. Notez que cela ne s’applique pas, par exemple, aux monarques du Conseil de coopération du Golfe, et notamment celui du Bahreïn rejeté par la majorité de sa population. Avec l’appui de Washington, le royaume saoudien a obtenu le désistement (grassement récompensé) du président yéménite en faveur de son vice-président, le président démissionnaire étant resté dans le pays en tant que chef de la majorité parlementaire avec ses proches maintenus à des postes-clés dans l’appareil d’Etat. Ce qui a été imposé aux Yéménites est un avortement de la révolution déguisé en « transition démocratique ». C’est pourquoi rien n’y est réglé : le pays est en ébullition permanente et le mouvement se poursuit, notamment dans le Sud du pays aux structures sociales et aux traditions politiques plus avancées.

 

 

- Contretemps : La Lybie est un cas très difficile à aborder. Comme vous le notez dans votre livre, l’État libyen a été beaucoup plus profondément affecté, sinon mis en pièces, par le processus révolutionnaire. Pour autant, cette transformation ne correspond pas aux hypothèses stratégiques de la gauche révolutionnaire – grève générale insurrectionnelle, dualité du pouvoir, etc. En outre, la victoire décisive sur Kadhafi a été obtenue grâce à l’aide aérienne et aux services de renseignements des grandes puissances impérialistes. Comment comprendre cette victoire paradoxale du point de vue d’un agenda progressiste ?

Gilbert Achcar : De tous les pays affectés par le soulèvement régional, la Libye est, en effet, celui où le processus révolutionnaire est allé le plus loin, et pour cause, dans le démantèlement de l’Etat d’ancien régime. Le fait que la révolution libyenne ait emprunté la voie de la guerre civile n’est pas une question de « choix » des insurgés, mais une conséquence directe du caractère patrimonial de l’Etat libyen avec des troupes d’élite constituées en garde prétorienne de la famille régnante sur une base de tribalisme et de mercenariat. Dans pareil cas, comme en Syrie ou dans les monarchies régionales, il est illusoire d’espérer provoquer le renversement du despote par de simples manifestations. La famille régnante est disposée à exterminer massivement la population et à détruire le pays afin de s’accrocher au pouvoir. Elle ne peut être renversée que par les armes.

 

Mais qui a dit que la « gauche révolutionnaire » n’a pour « hypothèse stratégique » que la grève générale et le pouvoir des conseils ouvriers ? C’est peut-être vrai de la gauche occidentale, mais certainement pas des mouvements révolutionnaires du tiers-monde dont les hypothèses stratégiques ont plus souvent relevé de la « guerre du peuple » et des « zones libérées » que de la « grève générale insurrectionnelle » et de la dualité du pouvoir sur un même territoire. Même dans le cas de la Révolution russe de 1917, typique de ce dernier cas de figure, la révolution a vite débouché sur une partition du territoire dans le cadre d’une guerre civile. Une révolution qui l’emporte au moyen d’une insurrection populaire armée débouchant sur une guerre civile avec formation de zones libérées qui s’étendent progressivement jusqu’à la victoire finale et au balayage des restes de l’ancien régime, cela n’a rien d’exceptionnel. 

 

Ce qui certes l’est bien plus, à première vue, c’est que l’impérialisme occidental (mais pas l’impérialisme russe, bien entendu) a directement et décisivement contribué à la défaite de Kadhafi. On pourrait, bien sûr, faire observer que les Etats-Unis ont soutenu les communistes chinois dans leur combat contre le Japon et ont ainsi contribué à leur victoire, de même qu’ils ont de fait contribué à la survie de l’URSS et à l’extension de son système à l’Europe centrale et orientale. Mais si l’on y regarde de plus près, on s’apercevra – comme j’ai essayé de le démontrer dans un article publié avant le renversement de Kadhafi – que l’intervention de l’OTAN ne visait pas au renversement du régime libyen. Elle visait en réalité à endiguer l’insurrection libyenne et à la canaliser vers une « transition dans l’ordre » à la Yéménite, avec désistement de Mouammar Kadhafi au profit de son fils Saïf al-Islam, favori des gouvernements occidentaux. En réalité, l’intervention de l’OTAN et de Washington en Libye a été un fiasco sur toute la ligne, malgré les rodomontades d’un Sarkozy. La Libye leur a complètement échappé des mains, et il est indéniable que la Libye d’aujourd’hui est beaucoup moins rassurante pour les gouvernements occidentaux que ne l’était le régime de Kadhafi depuis son virage de 2003, fortement applaudi par l’administration Bush.

 

 

- Contretemps : La Syrie constitue l’une des situations les plus polémiques du point de vue de la gauche internationale. Vous avez pris le parti de soutenir l’hypothèse d’une révolution syrienne « jusqu’au bout » d’une certaine manière, quand d’autres parlent plus volontiers de « guerre civile » et « d’intervention étrangère ». Quel est l’enjeu politique derrière ces conflits de caractérisation ? Comment expliquez-vous l’intense polarisation de la gauche internationale sur la question et comment qualifieriez-vous les positions des gauches arabes ?

Gilbert Achcar : Vous me prêtez des propos jusqu’au-boutistes que je n’ai jamais tenus. Je n’ai jamais parlé de révolution « jusqu’au bout ». J’ai été, par ailleurs, un des tout premiers à avoir soutenu, dès les premiers mois en 2011, que la révolution syrienne ne pourra se développer qu’en se transformant en « guerre civile ». La raison en est, comme en Libye, le caractère patrimonial du régime, avec des forces d’élite constituées en garde prétorienne de la famille régnante sur une base tribale et surtout confessionnelle. J’ai par ailleurs mis en garde dès le tout début contre toute illusion quant à une intervention occidentale qui viendrait au secours de la population syrienne. Autant on ne pouvait décemment s’opposer à la demande de protection aérienne formulée par la population de Benghazi au moment où les troupes de Kadhafi étaient aux portes de la ville, menaçant de l’écraser dans le sang, autant on pouvait et on devait combattre toute illusion parmi les révolutionnaires syriens quant à une protection occidentale. Les dirigeants occidentaux savaient pertinemment que, dans le cas syrien, toute tentative de prendre le contrôle de l’insurrection à la manière de l’opération libyenne était extrêmement risquée, sinon vouée à l’échec, ne serait-ce qu’en raison des différences majeures d’ordre géographique et géopolitique entre les deux pays – à plus forte raison, lorsqu’il devint patent que la tentative libyenne elle-même s’est soldée par un échec.

 

La grande faillite des démocrates et progressistes de l’opposition syrienne, c’est qu’ils n’ont pas saisi d’emblée l’inéluctabilité de la guerre civile, pourtant évidente à mon sens, et ne se sont pas constitués en pôle indépendant, engagé en tant que tel dans la résistance armée au régime tout en menant un combat idéologique contre les forces islamiques réactionnaires qui ont tenté d’accaparer cette résistance. C’est ainsi que la révolution syrienne s’est retrouvée prise entre deux contre-révolutions : celle que représente le régime, soutenu par Moscou ainsi que par l’Iran et ses alliés régionaux, dont le Hezbollah libanais, et celle que constituent les factions islamiques intégristes financées par les monarchies pétrolières arabes.

 

La polarisation de la gauche internationale sur la Syrie, comme hier sur la Libye, est déterminée par une différence de valeurs : il y a, d’une part, celles et ceux pour qui l’engagement à gauche est fondamentalement motivé par la défense du droit des peuples à l’autodétermination dans une perspective démocratique radicale, et, d’autre part, celles et ceux pour qui l’engagement à gauche est prioritairement déterminé par un anti-impérialisme (occidental) primaire, dont la devise est « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ». Poutine, Khamenei, Kadhafi ou Assad se voient parés par ces derniers des vertus de « l’anti-impérialisme », même s’il s’agit de gouvernements abominables selon les critères les plus élémentaires de la démocratie et de l’égalité sociale.

 

 

- Contretemps : La victoire électorale de forces dites de « l’islam politique » en Tunisie et en Égypte a été suivie par d’intenses polarisations entre forces attachées au sécularisme et les forces qui ont soutenu les partis islamistes. Il faut en même temps reconnaître que ni Ennahda ni les Frères musulmans n’ont, au cours de leurs mandats, transformé de façon significative les structures qui ont conduit aux soulèvements. Comment caractériser cette concaténation entre le mécontentement social et la polarisation « confessionnelle » ? N’y a-t-il pas un certain paradoxe à ce que la mobilisation gigantesque de l’été 2013 en Égypte ait eu pour conséquence ce qui semble être une reprise en main directe du pouvoir par l’armée et les forces apparentées à « l’ancien régime » ?

Gilbert Achcar : D’abord, il faut bien distinguer les catégories : une polarisation « confessionnelle » est celle qui oppose des groupements appartenant à deux ou plusieurs communautés confessionnelles, comme c’est en partie le cas en Syrie, en Irak et au Liban. Les Frères musulmans égyptiens s’inscrivent en partie dans une orientation « confessionnelle » en exploitant la haine de certains milieux musulmans rétrogrades contre les chrétiens coptes. Mais la polarisation à laquelle vous faites référence, qui est censé opposer les Frères musulmans et Ennahda aux forces dites « laïques », est plus compliquée qu’il n’y paraît à première vue. Dans le cas égyptien, les salafistes, qui ne le cèdent en rien aux Frères musulmans sur le terrain de l’intégrisme, s’ils ne sont pas plus intégristes qu’eux, se sont ralliés à l’armée. Ils pèsent sur le processus de rédaction d’une nouvelle constitution mis en place par les militaires. En Tunisie, il est vrai, le clivage est plus net entre forces à référent religieux et « laïques ».

 

Mais dans un cas comme dans l’autre, ce qui a retourné contre les Frères musulmans et Ennahda les majorités populaires, ce n’est pas, principalement, le rejet de l’intégrisme, mais bien plutôt la faillite des deux gouvernements dans la résolution de la crise socio-économique. Le gouvernement Morsi comme celui d’Ennahda se sont tous deux comportés en champions des recettes néolibérales, autant sinon plus que les anciens régimes. Ils ont présidé à une détérioration des conditions sociales, avec augmentation du coût de la vie et aggravation du chômage, qui leur a aliéné les populations bien plus efficacement que les questions culturelles ou constitutionnelles, même si celles-ci ont été déterminantes pour une minorité.

 

Si ces forces à référent religieux ont pu remporter les premières élections libres dans les deux pays, c’est parce qu’elles disposaient et disposent toujours de moyens beaucoup plus importants que les autres courants de l’opposition aux anciens régimes. Le régime Moubarak a laissé les Frères musulmans égyptiens bâtir une machine organisationnelle gigantesque, dans la continuité du calcul d’un Sadate qui les avait libérés de prison afin qu’ils constituent un contrepoids aux oppositions libérale et de gauche. Ennahda a bénéficié du même traitement de faveur jusqu’à sa répression au début des années 1990. Bien que durement réprimé depuis lors, le mouvement est parvenu à maintenir un réseau organisationnel clandestin, avec le privilège d’apparaître comme l’opposition la plus radicale au régime Ben Ali. Les deux mouvements ont bénéficié, en outre, de l’appui télévisuel d’Al-Jazeera depuis sa création dans les années 1990 ainsi que d’un financement massif par le propriétaire de la chaîne, l’émir du Qatar. Ils étaient ainsi en position très privilégiée pour remporter les premières élections face à la faiblesse et à la division des autres forces d’opposition, d’autant plus qu’ils se sont ralliés au soulèvement quelques jours après son début dans les deux pays.

 

Pour les renverser, les oppositions, libérale et de gauche, en Egypte n’avaient pas de moyens organisationnels propres. Quelle qu’ait pu être l’ampleur de la manifestation du 30 juin, une manifestation ne suffit pas en soi à renverser un régime. Ils s’en sont remis à l’armée, en nourrissant des illusions sur l’abnégation de celle-ci au « service » du peuple. Mais ce n’est pas la première fois que cela se produit. J’ai rappelé qu’il y a déjà eu un coup d’Etat en Egypte, encore plus direct dans ses formes que celui du 3 juillet 2013 : le 11 février 2011, en effet, les militaires ont récupéré et confisqué le mouvement populaire et se sont installés directement au pouvoir. Le 3 juillet 2013, la récupération et la confiscation du mouvement populaire ont débouché sur un pouvoir de coalition entre les forces impliquées dans la protestation et les militaires. Cette entente ne saurait durer, comme elle n’a pas duré en 2011 et comme ne durera pas l’entente conjoncturelle nouée en Tunisie entre, d’une part, la gauche et le mouvement ouvrier, et d’autre part, la coalition des libéraux et des hommes de l’ancien régime, soutenus par le syndicat patronal.

 

 

- Contretemps : Pour conclure cet entretien, votre approche générale rappelle à bien des égards l’originalité de la figure de Léon Trotsky parmi les marxistes « classiques », pour son attention soutenue vis-à-vis des processus à grande échelle, l’économie politique internationale et la manière dont les contradictions de chaque formation sociale est reliée aux évolutions et aux tournants de l’économie mondiale. En même temps, votre analyse évoque aussi les hypothèses stratégiques anciennes de la « révolution arabe ». Quelle est l’actualité de la révolution arabe dans la « grande récession » qui devrait continuer à frapper l’économie mondiale dans les prochaines années ?

Gilbert Achcar : Mon modèle d’inspiration méthodologique n’est pas Trotsky, mais Marx – comme pour Trotsky lui-même d’ailleurs, et pour les marxistes en général. Si par « hypothèses stratégiques anciennes » de la « révolution arabe », vous entendez l’idée d’une révolution régionale dirigée par un mouvement panarabe comme ont pu l’être jadis le Baas ou les nassériens, je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit dans mon analyse qui évoque cette vision tout à fait obsolète. J’ai souligné, bien au contraire, l’originalité du processus en cours caractérisé par le caractère horizontal de ses réseaux d’organisation et la nature pluraliste des mouvements et coalitions qui l’animent. On peut parler de « révolution arabe » au sens régional de l’ensemble géopolitique constitué par les pays membres de la Ligue des Etats arabes, comme on parlerait de révolution « européenne » ou « africaine ». Mais la conception bismarckienne d’une unification nationale arabe à la manière de l’unification allemande conduite par la Prusse de même que la conception marxienne (du Marx de 1848) d’une unification allemande conduite par un parti prolétarien ne sont plus d’actualité pour l’espace arabophone. Son unification ne saurait être envisagée à présent que comme processus démocratique à la manière de l’intégration européenne – mais sans l’accompagnement néolibéral de cette dernière, bien entendu.

 

Le processus révolutionnaire de longue durée qui s’est enclenché dans l’espace arabophone en 2011 répond à la crise spécifique que j’ai déjà évoquée. Il n’empêche qu’il se conjugue avec la « grande récession » qui frappe l’économie mondiale depuis 2007. Celle-ci a exacerbé les tensions socio-économiques dans les pays arabes. En retour, le soulèvement arabe a catalysé les résistances dans les autres pays en leur fournissant une inspiration et un modèle d’action. Cela dit, personne ne saurait soutenir, arguments sérieux à l’appui, que la « grande récession » est la crise terminale du capitalisme mondial. Rien ne permet d’émettre pareil verdict, pour le moment du moins. Par contre, je peux affirmer catégoriquement que le processus révolutionnaire enclenché en 2011 est la crise terminale de l’ordre socio-politique qui a dominé la région arabe depuis des décennies. Cela ne veut pas dire que ce processus trouvera nécessairement une issue positive progressiste. Cela veut plutôt dire que la région est placée devant l’alternative : changement progressiste radical ou effondrement dans la barbarie. L’issue dépendra en définitive de la capacité des forces progressistes, du mouvement ouvrier et des mouvements de jeunes à concevoir et mettre en pratique une stratégie lucide de conquête de l’hégémonie.

 

Note :

[1] Gilbert Achcar est professeur à l'Ecole des études orientales et africaines (SOAS) de l'Université de Londres après avoir enseigné à l'Université de Paris-8. Il est l'auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels Les Arabes et la Shoah : la guerre israélo-arabe des récits (Sindbad/Actes Sud, 2009) et Le peuple veut : une exploration radicale du soulèvement arabe (Sindbad/Actes Sud, 2013).

 

 

Pour en savoir plus :

- Poursuite et difficultés des processus révolutionnaires au Maghreb et au Machrek

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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 15:00
Crédit photo Wikibéral

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Je publie ci-dessous une tribune de Jean Cattan, juriste, et membre du collège d’orientation stratégique de La Quadrature du Net. Il évoque la question du projet de loi sur le terrorisme, sous le prisme du récent rapport du Conseil d’État. Un texte qui sera examiné dès lundi par les députés.

 

Sources : NEXT Inpact   par Jean Gattan[1]

Voici un rapport qui arrive à point nommé. Quelques jours avant l'examen du projet de loi 'terrorisme" en première lecture à l'Assemblée nationale, le Conseil d’État publie une étude extensive sur « Le numérique et les droits fondamentaux ». Droits fondamentaux a-t-on dit ? Oui, dans les grands titres au moins, le rapport entend contribuer à la définition et à la réalité de ces droits. Si certaines des mesures proposées risquent d'aggraver la répression, la démarche d'ensemble reste claire : le numérique fait évoluer nos droits fondamentaux, aux pouvoirs publics d'en assurer une protection plus efficace.

 

Certes, les mesures proposées sont souvent timides et parfois dangereuses, notamment sur la berté d'expression. Ainsi, la section du rapport et des études du Conseil d’État se refuse à restreindre la portée du blocage de sites Internet, et au contraire laisse la porte ouverte à la censure administrative de l'expression publique à la fois inefficace et disproportionnée

 

Pour autant, il est à remarquer que le blocage n'est nullement évoqué par le Conseil d'État pour enrichir l'arsenal des pouvoirs publics en matière de lutte contre le terrorisme. En cette matière, l'attention des rédacteurs porte plutôt, et à l'inverse serait-on tenté de dire, sur l'équilibre qui doit être recherché dans une société démocratique entre la protection des données personnelles et la lutte contre le terrorisme, face aux excès de cette dernière depuis près de quinze ans.

 

À cet effet, le Conseil d’État s'attache d'abord à mettre en avant le fait que « la collecte de renseignement par la surveillance des communications électroniques est un élément essentiel de la stratégie de défense et de sécurité de la France » (pp.195 et s.), puis à tirer les conséquences de l'annulation de la directive sur la « rétention des données » par la Cour de justice de l'Union européenne quant à la sauvegarde de la sûreté de l’État (pp. 197 et s.) et, plus encore, à défendre l'idée selon laquelle « les garanties entourant la surveillance des communications doivent être renforcées sans porter atteinte à l’efficacité de la lutte contre le crime organisé, du terrorisme et des autres atteintes à la sécurité nationale » (pp. 207 et s.).

 

 

- La mise en cause de l'équilibre des droits dans une société de surveillance de masse

En somme, même s'il échoue à condamner le blocage des sites terroristes ou manque de se prononcer ouvertement sur ce point, le Conseil d’État se consacre à ce qui nous paraît essentiel : la mise en cause de l'équilibre des droits dans une société de surveillance de masse au nom, notamment, de la lutte antiterroriste :

 

Conseil d'Etat
(Rapport du Conseil d'Etat 2014 p.207 et 208)

 

C'est l'objet des propositions n° 38 à 42 mais surtout de nombreux développements interpellant légitimement la représentation nationale sur la nécessité d'encadrer plus avant l'accès aux données de communication par les pouvoirs publics (pp. 207 et s.). 

 

Autant de développements qui nous font penser qu'en lieu et place des débats auxquels nous assisterons à compter de la semaine prochaine, le Parlement devrait plutôt aborder les questions que soulève le rapport du Conseil d’État. Par exemple, la collecte et la conservation des données par les fournisseurs d'accès à Internet peuvent-elles et doivent-elles être permanentes et générales ? Ou, comment accroître les contrôles indépendants sur les opérations de surveillance ? Des questions qui sont en fait des thématiques législatives imposées par le droit européen, mais dont le législateur français fait fi en préférant étendre sans entrave les modalités de perquisition en ligne (article 10 du projet de loi) ou de déchiffrement (article 11 du projet de loi).

 

Enfin, toujours dans la perspective d'un débat parlementaire sur un projet attentatoire à la liberté d'expression, le rapport nous offre quelques perspectives bienvenues, comme cette citation faite de la Cour suprême américaine par Me Winston Maxwell dans sa contribution personnelle au rapport : « Dès 1927, la Cour Suprême reconnaît que pour lutter contre des idées abjectes, « le meilleur remède est la communication de plus d’idées, non un silence imposé » (Référence étant faite à « Whitney v. California, 274 U.S. 357 (1927)»).

 

 

- Le blocage des sites n'apporte rien

Il ne s'agit pas de tomber dans l'américanisme ou le libertarisme béat, seulement de s'interroger sur le résultat de nos expériences passées, y compris françaises. Pour ce qui concerne le blocage des sites, nous savons que celui-ci n'apporte rien. Il ne fait rien pour les victimes, n'empêche en rien la commission des crimes et délits et met au contraire sur la sellette la liberté d'expression et d'information de nombreuses personnes. On l'a dit et redit mais surtout expérimenté. C'est le cas en matière de protection du droit d'auteur notamment. Pendant que de nombreux sites sont bloqués, l'industrie du streaming illicite de masse perdure tout en générant des profits occultes et indus. Sous d'autres noms, sous d'autres formes, on aura beau le cacher, le mal désigné est toujours là.

 

Pour ce qui est du terrorisme, que l'on nous démontre en premier lieu en quoi l'administration doit être préférée au juge pour bloquer les contenus concernés (article 9 du projet de loi). Que l'on nous démontre que le simple fait de bloquer un site - mesure facilement contournable - joue un rôle pour prévenir le passage au terrorisme. Que l'on nous dise en quoi les procédures judiciaires d'urgence ne sont pas satisfaisantes ou ne peuvent pas être renforcées.

 

- Et si le terrorisme doit apparaître sur Internet, avec son lot d'horreurs et de bêtises, alors jugeons-le et condamnons-le comme on juge et condamne les terroristes dans nos tribunaux, de manière contradictoire, transparente et publique.

- Mais n'acceptons pas la mise sous silence préalable entre les murs de l'administration.

- Il en va de la légitimité de notre combat pour la paix et de notre capacité à rester fidèles aux valeurs de la démocratie et de l'État de droit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note :

[1] Tribune de Jean Cattan, membre du collège d’orientation stratégique de La Quadrature du Net

 

Pour en savoir plus :

- Nouvelle loi antiterroriste : vers un Patriot act à la française

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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 20:37
Comment le FAMAS est devenu une des armes de l’Etat Islamique d’Irak et du Levant

Drôle d’épopée que celle du fusil d’assaut français FAMAS F1 en Irak et en Syrie! Qui aurait cru un jour que ce bullpup ayant équipé en dotation standard l’armée française durant des années allait se retrouverait un jour en Irak et en Syrie aux mains de quelques “révolutionnaires” syriens et de terroristes de l’armée de l’organisation connue sous le nom de l’Etat Islamique ?

 

Sources : Stratégika 51  publié le par Stratégika 51 | mis à jour le 24 juillet 2015

- La présidence française actuelle a osé faire que que aucun gouvernement français ni autre intermédiaire dans le florissant commerce des armes n’a osé imaginer.

Elle a transformé le FAMAS en une arme de terroriste !

 

Officiellement, il n’a jamais été question de livraison d’armes aux rebelles du Moyen-Orient. C’était à peine si on murmurait entre Londres et Paris que c’était juste quelques armes (babioles) non létales comme un ou deux gilets pare-balles…Et pourtant !

 

L’Angleterre n’osa pas livrer ses SA80. Même pas les plus anciennes versions de ce fusil. Il est vrai que son usage n’est pas du tout populaire et encore moins commode. La France, dans un élan de solidarité sans précédant avec les rebelles dans le monde Arabe est allé jusqu’à vendre la première version de son fusil FAMAS aux rebelles et aux terroristes de l’Etat Islamique. En petites quantités il est vrai, moins de 600 unités selon des indiscrétions. Mais la symbolique est grande.

 

 

- Il fut une période où tous les révolutionnaires de la planètes arboraient le fameux Kalashnikov AK-47.

Trois décennies plus tard, des révoltes du monde arabe aboutissent à deux conflits internationaux dans lesquels des rebelles sont soutenus par une seule puissance hégémonique. En Libye, les FN FAL, les G3 et les G36 remplacent l’AK-47 comme arme de révolutionnaires ! Cela a donné lieu à de nombreuses critiques quant à l’implication trop flagrante de pays de l’Otan aux côtés des rebelles. Chose que l’on a voulu évité en Syrie où l’ensemble des armes livrées par les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne aux rebelles syriens est demeuré jusqu’à fin 2013 issu des stocks des anciens pays de l’Europe de l’Est ou bien des arsenaux libyens livrés aux quatre vents.

 

Puis vint le temps du doute cartésien. Al-Assad était fort de l’appui et surtout de la cohésion de son armée et de ses alliances stratégiques. Les rebelles subissaient défaite sur défaite. L’armée syrienne libre, l’un des groupes rebelles que l’Occident considère à tort comme laïc, était minée par les dissensions internes et la corruption au point où on évoquait ouvertement sa disparition. C’est à ce moment que certains pays d’Europe, tentant de faire quelques rentrées d’argent en ces temps de vaches maigres allèrent jusqu’à brader des stocks entiers de vieilles variantes d’armes de guerres issues de leurs arsenaux nationaux.

 

En décembre 2014, une unité de l’armée régulière syrienne prend d’assaut une localité tenue par trois groupes de la rébellion syrienne après que ces derniers aient subi pendant des jours un bombardement aérien en règle.

 

Lors de leur avancée dans le fief rebelle, des soldats syriens rapportèrent avoir entendu un bruit d’arme automatique assez particulier et inhabituel émanant des positions rebelles. Un officier a même consigné dans son rapport radio un possible usage par les rebelles dans cette zone de fusils d’assaut autrichiens Steyr AUG. Ce dernier a été utilisée dès 2012 par les unités d’élite de la rébellion.

 

Mais le bruit n’était pas identique. A la fin des combat, un soldat découvrit la dépouille de ce qui paraissait être un chef de groupe rebelle et à ses côté un fusil d’assaut comportant des inscriptions en français. C’était un Famas F1. Dans un très mauvais état.

 

Avec le temps, l’exploitation de rapports rebelles capturées par les renseignements de l’armée de l’air syrienne révéla que entre autres que les unités de FAMAS F1 livrées par la France n’ont pas rencontré un grand succès parmi les rebelles. Certains de ces derniers avaient eu pas mal de difficultés à trouver des munitions adaptées à cette arme. De plus l’arme est irréparable en cas de casse. Enfin d"autres firent état de difficultés techniques et deux cas d’explosion soudaine de l’arme en plein usage ont été mentionnées.

 

Cela n’empêchera pas la vente de cette arme au design particulier aux radicaux de l’Etat Islamqique dont certains connaissent bien ce bullpup pour en avoir pillé quelques spécimens dans les magasins d’une unité spéciale de la brigade de lutte anti-terroriste irakienne.

 

Porté par un idéal socialiste d’une acception particulière, Hollande a t-il rêvé de voir le FAMAS devenir l’arme des révolutionnaires ?

 

 

 

 

Quoi qu’il en soit, trois FAMAS sont apparus dans des vidéos entre les mains d’éminents chefs de l’organisation l’Etat Islamique en Irak et au Levant, laquelle subit actuellement les foudres de l’aviation américaine au Nord de l’Irak…

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier terrorisme

- Syrie : François Hollande confirme la livraison d'armes aux rebelles

- Comment Sarkozy a armé Boko Haram

- Médiapart : Qui arme et comment l'islamo-fascisme ?

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