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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 20:03
Juif au milieu des manifestations « pro palestiniennes »

Rédigé pour Médiapart qui n'en a pas voulu

 

Sources :  Un article de Serge Grossvak - 14 aout 2014

- Je hais la guerre. Je hais l’injustice.

Ces haines de l’inhumain m’ont été insufflées familialement comme une conséquence de l’angoisse, la lourde angoisse sans doute consubstantielle de toute identité juive. Le poids de la Shoa, mais ce n’est pas uniquement cela. Il faut regarder du côté des siècles d’enfermement paria au cœur des shtettl. Ce qui passe sans mot est quelques fois plus lourd que le sommet de l’iceberg clamé. Ce que les nationalistes sionistes ne peuvent pas, ne veulent pas voir, c’est la racine profondément juive, profondément angoissée, qui me porte à être du combat de la justice pour la Palestine, pour la paix.

 

Je suis de ce combat de longue date. J’ai été des manifestations « pro palestinienne ». C’est ainsi que les nomment les médias « grands » avec une évidence sans nuage. Moi, j’y vais pour la paix et pour que le droit soit appliqué, que les ignobles souffrances soient abrégées. J’y vais pour de l’humain et me voici présenté comme guerrier d’un camp belliqueux. Le poids des mots, des mots complices, et la légèreté de l’éthique journalistique, la légèreté de la liberté de la presse grande. Avec quelle facilité, quelle insouciance les habits de la propagande sont revêtus !

 

Il y a ce mot « pro palestinien », il y a ces longues phrases… Me voici manifestant, encore une fois, contre cette vulgaire et sordide guerre de conquête territoriale. Une guerre dans la banalité du 19e siècle qu’au sortir des horreurs de la seconde guerre mondiale on avait rêvé proscrire. Une guerre comme notre Europe dominante du 18 siècle avait imaginé l’interdire par le droit. Cette guerre que poursuit Israël à des fins d’extension territoriale est une excroissance tardive de la barbarie des temps anciens. Elle est une porte ouverte vers la régression, régression accompagnée des armes les plus puissamment destructrices et sanguinaires. Dans le sang versé coule le désastre de l’intelligence. Il m’est insupportable d’en être complice.

 

Je manifeste, et d’autres choses. J’y manifeste comme juif, parce que je sens au fond de moi que cette identité est présente, comme une « évidence » ainsi que le disait Hannah Arendt. Parce que pour moi être juif, à l’égal de toute identité particulière relève toujours de l’irraisonné, de l’inconscient. Mais parce que progressiste cette identité singulière ne retranche pas de la commune identité humaine, au contraire. Cette identité se bâtit dans la liberté, dans l’égalité, dans la fraternité. C’est dans cet espoir que sont venus mes aïeux, et que d’autres sont venus d‘autres horizons. Venus en France pour être et pouvoir sourire.

 

 

- J’y manifeste comme juif et le proclame. Toujours.

Et cette fois je l’ai affiché comme jamais, avec une grosse pancarte indiquant « je suis juif ». C’était juste insupportable cette accusation ignoble d’antisémitisme ! C’était étouffant cette manipulation de la peur dans la communauté juive, les messages diffusés de danger à se présenter avec une kippa (un « Kappeleur » , dans ma mémoire familiale). C’était juste une horreur que de voir ainsi insultés, bafoués, des jeunes révoltés du sort sanglant fait à un peuple dominé. J’ai voulu faire un geste. J’ai voulu casser cette folie manipulatrice et je me suis pointé avec ma pancarte, ma grande pancarte bien visible au cœur des manifestants. Ils m’ont vu. Les manifestants m’ont vu. Les journalistes qui le voulaient ont vu. Je savais ce geste sans risque (les menaces de mort, sur ma personne et sur mon fils, c’est de la Ldj qu’elles ont émané).

 

Je savais pouvoir venir en toute sérénité, mais ce que j’y ai vécu m’émeut encore. C’était tellement incroyable ! Cette jeunesse, mais pas seulement, qui venait, qui me souriait, qui me tendait la main, qui se photographiait à mes côtés pour le tweeter. Et ces personnes, ces jeunes, cette grand mère, cet imam, ces tellement nombreux que je dirais centaines me disent « merci ». Au début je n’avais pas compris ce merci. Je protestais ne pas mériter de merci particulier parce que nous avions le même mérite à être présents. Nous défendions ensemble de l’humanité. Je n’avais pas compris. Je n’avais pas compris. Ce « merci » disait quelque chose de terrible. Ce « merci » ne disait pas « merci d’être solidaire ». Il disait « merci de laver cette infamie », « merci d’alléger cette douleur de l’opprobre jetée avec constance. » Merde ce que j’ai été long à comprendre ! Et pourtant maintenant je recolle les morceaux d’évidence. Quelle terrible poison notre société est en train de diffuser ! Je repense à ces poumons clamant staccato ces simples mots « nous ne sommes pas antisémites », « nous ne sommes pas antisémites », « nous ne sommes pas antisémites ». Ils étaient devant la statue de la place de la République lors de la manifestation interdite. Ils étaient jeunes, beaucoup de jeunes filles. « Nous ne sommes pas antisémite »…

 

J ‘avais été surpris du besoin de cette clameur. Comme j’avais été surpris et indigné lorsque j’avais perçu de Homar et de Sylvain la voix qui s’étranglait devant le juge du Tribunal de Pontoise à devoir expliquer le sens de notre commune action de boycott. Ils n’étaient pas antisémites. Etres salis dans leur honneur par une accusation dégueulasse. Je ne mesurais pas, moi qui suis juif et qui méprisais ces crétins qui m’avaient réuni dans le même panier de justice. Je ne mesurais pas la blessure infligée. Bien sûr que je ne suis pas antisémite ! Et quels fieffés tarés menteurs osaient chier leur venin avec leurs accusations iniques. Leurs insultes ne m’affectaient pas, mes amis si.

 

 

- Mesurent-ils, ceux qui laissent colporter ces avanies, le poison qu’ils diffusent pour l’avenir ?

Homar, Sylvain et toutes ces chères personnes venues partager un signe d’humanité, ce sont eux les remparts contre la menace raciste et violente que toute crise porte dans ses bagages. C’est avec eux que le racisme antisémite doit être combattu.

 

Lorsque, pendant la seconde guerre mondiale, l’ordre bourgeois et banalement aveugle se mis en action contre les juifs à Paris, il y avait ma mère. Ma mère était toute enfant et ne comprenait pas le sens de cette étoile cousue toute neuve. Les autorités ont appliqué leur autorité, avec foi ou avec leur « banale » inhumanité. Et il y eu cette femme inconnue croisée dans la rue qui embrassa ma mère désignant cette étoile. Magnifique et définitif cadeau . Et il y eu ces simples enseignants de l’école de la rue Beaurepère, là, juste à côté de la place de la République du « nous ne sommes pas antisémite », « nous ne… ». Leur « petit » voyage scolaire vers la zone libre, 30 enfants sauvés, avec leur famille. Cette histoire, mon histoire, que j’ai besoin de dire et redire, que mes proches savent par cœur. Cette histoire où la fraternité et la vie sont venues du simple peuple. Ce même simple peuple qui aujourd’hui montre sa grandeur au cœur des manifestations. Ces belles personnes que sont Homar et Sylvain, je les croise dans tous les combats d’humanité, de justice, de main tendue. Ces belles personnes qui partagent une photo ont l’idéal si fort chevillé au corps que ni la tension de la guerre, ni la vue des images d’horreur infligées, ni le traitement de mépris du quotidien palestinien, ni la lâche soumission de notre gouvernement, ni l’insulte jeté à leur face où le mot paix clamé par leur bouche est maquillé en menace de violence, ni les campagnes de désignation en sous hommes, ne parviennent à faire abandonner la difficile et digne exigence d’humanité.

 

Comme en chaque période critique pour notre pays, pour notre République, pour notre espoir, ce sont eux, comme toujours les manants, les moins que rien, qui portent tout.

 

 

 

 

Serge Grossvakle

 

Pour en savoir plus :

- Mon dossier Palestine

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  • Pour une Révolution citoyenne par les urnes
  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, syndicaliste CGT, conseiller Prud'homme depuis 1978.
  • Retraité SNCF, engagé politiquement depuis l'âge de 15 ans, militant du PCF de 1971 à 2008, adhérent au Parti de Gauche et à la France Insoumise depuis leur création, syndicaliste CGT, conseiller Prud'homme depuis 1978.

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