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1 juillet 2021 4 01 /07 /juillet /2021 12:57
Jean-Luc Melenchon  : après l'union de la gauche, vite L'UNION POPULAIRE !
Jean-Luc Melenchon  : après l'union de la gauche, vite L'UNION POPULAIRE !
Jean-Luc Melenchon  : après l'union de la gauche, vite L'UNION POPULAIRE !
Jean-Luc Melenchon  : après l'union de la gauche, vite L'UNION POPULAIRE !
  • L’union populaire est une énergie de rassemblement : les électeurs vont choisir un programme, une sincérité, une crédibilité... C’est le cap de la campagne que nous engageons ... éclairage sur ce qu’est l’Union Populaire[3] ;
  • « Si les quartiers populaires votent, nous serons au second tour[2] »

 

 

" ...Au demeurant, les élections régionales et cantonales ont montré à la fois que les partisans affichés de l’union n’en voulaient pas, même aux conditions les plus avantageuses pour eux.

Par exemple quand nous avons proposé pour les six dernières listes à constituer aux régionales cinq têtes de liste à EELV contre une pour les insoumis. La réponse fut vindicative et insultante. Et dans la foulée EELV décidait de nous exclure de la liste de résistance en PACA. On connait l’immense succès de cette manœuvre.

EELV est évoqué ici car c’est le groupe politique qui a le plus berné les médias sur ses intentions « unitaires ». Mais l’observation s’étend a tout le champ de la gauche traditionnelle. Nulle part, quelle que soit la formule et la combinaison, l’union n’a été possible sauf dans les Hauts-de-France. Là, l’union s’est faite à notre initiative. Mais la dynamique n’a pas été au rendez-vous. Il faut dire que le militantisme EELV non plus.

Il est donc raisonnable de ne plus consacrer une minute à une illusion aussi morbide que cette prétendue « union de la gauche...[1] ».

 

Sources : Jean-Luc Melenchon | mis à jour le 12/09/2021

- Ouf ! L’insupportable suspens prend fin
On n’avait plus d’ongle à ronger, plus de cheveux à s’arracher, et plus de mains à se tordre d’angoisse. Ce matin trente juin, Éric Piolle annonçait sa candidature à l’élection présidentielle. Ce soir ce fut Yannick Jadot. Avant cela, David Cormand, influent ancien secrétaire national des Verts avait asséné : « une candidature commune d’EELV et du PS n’aurait pas de sens ». Avant-hier Olivier Faure avait non seulement répété qu’il y aura une candidature du PS mais qu’elle seule serait en « état-de-rassembler-bla bla bla ». Le contraire de ce avec quoi il avait réussi à berner pendant des mois (presque) tout le petit monde des commentateurs et autres choristes de l’unité à tout prix. Le contraire des réunions « pour la candidature commune » convoquées par Jadot lui-même et stoppées sans crier gare et sans question à ce sujet de qui que ce soit. Et puis, Anne Hidalgo vient de reprendre à zéro sa campagne de lancement : elle « réfléchit », « prépare un groupe pour un projet », réunit des soutiens de notables. Après avoir dit qu'on verrait bien en février prochain...

 

Ainsi se confirme en fait ce que tout le monde savait depuis des mois et des mois : il y aura une ou plusieurs candidatures issues du pôle écolo, dans et hors la primaire de ce parti. Et il y aura au moins une candidature du PS. Tout le monde le savait. Tout le petit monde ! Mais le feuilleton de cette comédie devait avoir lieu. Chacun joua de gré ou de force le rôle que lui assignait la petite galaxie du commentaire pllitique pourtant bien au courant de la situation réelle.


Pour ma part c’est en le sachant que j’ai pris ma propre décision d’être candidat en novembre dernier. Je ne m’en suis jamais caché. On me demanda seulement doctement si ce n’était pas « trop tôt », question de fond, on le sait bien !! Quand leur demandera-t-on si ce n'est pas, trop tard de se déclarer candidat seulement huit mois avant l'élection, sans programme et sans équipe ?

 


- Puis je fus rendu responsable de la « division »

Enfin commença la petite musique selon laquelle je serais « le problème à gauche » dont il faudrait « se débarrasser » selon les mots délicats de l’ancienne bras droit de Julien Dray devenue depuis l’égérie du club islamophobe, le « Printemps Républicain ».

  • Alors mesdames, messieurs, le problème c’est toujours moi ?
  • Pas les 3 ou quatre autres candidatures dans chaque famille et qui s’annoncent en concurrence assumées dans votre merveilleux espace fraternel de la gauche traditionnelle ?
  • Moi... et pas votre sectarisme venimeux qui vous a fait exclure tous ceux que vous pouviez aux deux tours des élections régionales ?

 


- Le problème ? Oui il y a en a un pour vous quand il s’agit de moi !

C’est que je cote deux fois plus que chacune de vos candidatures dans les sondages, même quand on m’inflige une abstention différentielle de trois ou quatre points de plus qu’à vous sans le dire ! Problème parce que l’annonce de Jadot provoque 14 retweets en tout et pour tout une demi-heure après son annonce de candidature sur TF1 quand j’avais provoqué 30 000 signatures de parrainage dans le même délai ! Je ne me vante pas : je sais bien que je suis encore loin du compte pour franchir la barre d’accès au deuxième tour.

  • Mais pourquoi refuser de m’aider ?
  • Pourquoi relayer la moindre infamie possible contre moi ?
  • Il y a un problème parce que j’ai un programme clair et charpenté dans le détail que tout le monde peut connaître. Et il a encore donné lieu déjà à quatre numéros d’une revue vendue à dix mille exemplaires de moyenne chacun depuis janvier. Et vous ?
  • Un problème parce que je dispose avec 23 parlementaires aguerris, connus de millions de Français de quoi faire un gouvernement en état de fonctionner. Et vous ?

 


- Le problème le voici : pourquoi avez-vous un problème avec moi ?

  • Mon rejet des manifs de flics factieux auxquelles vous avez participé ?
  • L’islamo-gauchisme dont Darmanin et Vidal m’accusent ?
  • Le complotisme dont m’accuse le CRIF et le Printemps Républicain ?
  • Êtes-vous devenus seulement le miroir des modes du bashing permanent qui tient lieu désormais d’info en continu à mon sujet ?
  • Avez-vous vu ces cent vingt mille tweeteurs exprimer à visage découvert leur lassitude d’être traités « d’ennemis de la République » et affichant leur soutien aux insoumis ?
  • Comprenez-vous le sens d’une telle vague sans précédent ?
  • Celle de la dignité de nos choix et de notre indignation d’être traités de cette façon odieuse ?

 


- Alors je fais un pari. Je vous crois.

Je crois que vous avez en tête mieux que vous même ou vos logos. Je crois que vous acceptez d’assumer que nos programmes ne sont pas les mêmes. Je ne parlerai pas pour vous. je m’en tiens à nous. Nous sommes le mouvement de la rupture avec les règles du jeu de ce monde qui épuise les êtres humains et la nature. La rupture ! Et vous ?

 

Puisque l’union de la gauche n’existera pas parce que les programmes sont faiblement compatibles et que nous le savons tous depuis des mois, tournons la page dans la dignité d’un divorce par consentement mutuel ! Sans casser la vaisselle ni accabler nos voisins de nos éclats de voix. À mes yeux, aujourd’hui le temps n’est plus celui de « l’union de la gauche » de François Mitterrand et Georges Marchais, l’un et l’autre d’heureuse mémoire pour maints d’entre nous. Mais désormais si loin de toute actualité, si pleine de piques, d’hypocrisie et de haines recuites depuis les mystifications de « l’ennemi de la finance » avec qui vous avez gouverné !

 

 

- Pour les Insoumis, pour moi, l’heure est à l’union populaire.

C’est à dire au rassemblement majoritaire du peuple. Comment ?

Avec le programme qui rend possible cette union et donc cette majorité. Faisons confiance à l'intelligence que nous sollicitons chacun de notre côté. Les électeurs vont choisir un programme, une sincérité, une crédibilité. C’est le cap de la campagne que nous engageons.

 

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- Qu'est ce que l'Union Populaire ? - #AMFIS2021

Jean-Luc Melenchon  : après l'union de la gauche, vite L'UNION POPULAIRE !
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19 juin 2021 6 19 /06 /juin /2021 13:05
Jean-Luc Mélenchon : « Il ne peut y avoir de réelle souveraineté populaire sans puissance »
Jean-Luc Mélenchon : « Il ne peut y avoir de réelle souveraineté populaire sans puissance »
Jean-Luc Mélenchon : « Il ne peut y avoir de réelle souveraineté populaire sans puissance »
Jean-Luc Mélenchon : « Il ne peut y avoir de réelle souveraineté populaire sans puissance »
Jean-Luc Mélenchon : « Il ne peut y avoir de réelle souveraineté populaire sans puissance »

La révolution citoyenne...

Jean-Luc Melenchon en 2017 : " Avec la force du peuple, tout est possible ![5] "

 

Jean-Luc Mélenchon a été invité par la revue Tlatelolco à écrire un texte de haute volée sur la notion de "puissance" comme objectif politique pour le peuple, quand elle s'applique à sa volonté d'agir pour le bien commun, pour sa souveraineté, pour sa liberté. Tlatelolco est une nouvelle revue de pensée critique latino-américaine qui rassemble quelques personnalités intellectuelles de la région pour repenser la démocratie en Amérique latine. Elle est dirigée par John M. Ackermann, professeur à l'Université nationale autonome du Mexique, né américain, naturalisé mexicain.


Sources : Jean-Luc Melenchon | mis à jour le 16/09/2021
- « Qu’est-ce que la puissance ?

La capacité de faire et, le cas échéant, de faire sans qu’une entrave puisse l’empêcher. La puissance est en ce sens un état de la souveraineté du peuple. Elle en est l’attribut autant que le moyen. Il n’est de souveraineté accomplie que dans la puissance sans entrave. Et il n’est de souveraineté qui ne soit un acte de puissance sur l’ordre des choses au sein duquel elle prend place. Ces principes ne sont pas si abstraits qu’il y parait. Ils proclament ce que l’expérience montre : la souveraineté du peuple est affaire de rapport de force. Elle n’est jamais octroyée, elle n’est jamais concédée. Les puissants ne s’y résignent jamais. Sans cesse recommencée, la lutte pour la souveraineté du peuple consiste à en conquérir puis à en maintenir la puissance. C’est d’ailleurs l’objet initial de la Révolution citoyenne dont je me réclame[1]. Elle ne triomphe qu’en acquérant les moyens de puissance du peuple qui lui permet de vaincre les entraves qui le retiennent hors du pouvoir sur son histoire. 

 

Si nous somme victorieux dans les urnes en 2022, on pourrait qualifier la ligne de conduite de notre gouvernement comme un programme de souveraineté élargie. Il travaillerait en effet à élargir le pouvoir du peuple aux domaines dont il est actuellement exclu et à lever partout les dominations le limitant. Je le répète : la souveraineté populaire désigne ici la capacité du peuple à disposer librement de tout ce qui concerne sa vie collective. 

 

 

- Capacité d’agir
À la volonté populaire, il faut donc faire correspondre les moyens de la réaliser. Ceux qui, comme moi, ont observé, pour apprendre d’eux, les gouvernements de la vague démocratique en Amérique latine savent que le déficit de puissance fut le principal obstacle à surmonter. 

 

Entrons donc à présent dans les aspects concrets que nos conceptions impliquent. Affirmons que les meilleurs programmes sont condamnés à rester une liste de vœux pieux sans les capacités disponibles pour le réaliser. Ces capacités sont la disponibilité populaire, le caractère collectif de la prise de décision, le niveau d’éducation et de qualification, le capital industriel accumulé, la qualité des services publics, la solidité de l’Etat, ses capacités de financement ou la sûreté du territoire. Il est impossible de faire l’impasse sur ces éléments. Combien de gouvernements de transformation sociale dans des pays que des impérialismes avaient maintenu dans une forme de sous-développement ont dû composer parce qu’ils trébuchaient face à la difficulté de réunir les moyens de réalisation d’une décision ? 

 

La France est dans une situation bien différente. Nous sommes la 6ème puissance économique du monde. Notre niveau d’éducation est très élevé. Les ouvriers, les techniciens, les ingénieurs français disposent de qualifications de pointe issues d’une extraordinaire accumulation de travail humain. L’Etat est ancien et bien établi. Il sait lever l’impôt et faire respecter la loi. Son armature et son maillage géographique permettent d’envisager bien des politiques de lutte contre la pauvreté ou de relocalisation des activités économiques et agricole. Cependant, nous devons avoir conscience aussi du recul de la puissance française. Elle est démantelée brique par brique par le néolibéralisme depuis au moins 20 ans :

  • Saccage des services publics ;
  • libre-échange ;
  • désindustrialisation et mise en concurrence des entreprises nationales ont sérieusement entamé dans bien des domaines nos capacités.

Cette impuissance croissante s’est cristallisée dans le krach sanitaire. Pour lutter contre l’épidémie, le pouvoir a eu recours à des solutions archaïques reposant sur des privations de libertés. La première raison d’une telle débâcle réside dans les politiques de réduction de budget dont l’hôpital public a souffert pendant des années.

 

Pendant cette crise, nous avons aussi découvert que nous dépendions désormais d’importations principalement asiatiques pour 80% de nos médicaments. Nous avons mis des semaines et des semaines avant d’avoir assez de masques car notre industrie textile a en partie disparue au fil des délocalisations et parce que le gouvernement libéral refaisait les réquisitions de ce qui en reste. La liste pourrait continuer encore longuement. Si nous arrivons aux commandes, il nous faudra bien assumer de reconstruire une certaine puissance en matière sanitaire par le pôle public du médicament, la fin du libre-échange sur des produits essentiels, les investissements massifs dans l’hôpital. Sans cela, aucun de nos objectifs de santé publique ne sera possible. 

 

 

- Puissance industrielle et bifurcation écologique 
Les parlementaires insoumis ont synthétisé toutes ces demandes dans la revendication centrale d’un retour à la planification [2]. L’échec du système de la main invisible et de l’équilibre spontané à partir du seul signal prix, est criant. Il a abouti à la destruction des forces productives et à l’impuissance à répondre aux besoins sociaux. La planification ambitionne de faire revenir les champs de la production, de l’échange et de la consommation dans le giron démocratique. Elle confie à la délibération la coordination entre les forces concourant à la production et à la distribution et l’anticipation sur le futur en fonction d’objectifs donnés. Elle peut se concevoir comme une appropriation collective du temps.

 

La planification est donc l’instrument naturel de la bifurcation écologique puisqu’elle s’occupe précisément de la viabilité de l’avenir. Mais elle n’est rien si elle ne peut s’appuyer sur une industrie forte, des infrastructures et des qualifications. Autant d’éléments qui font notre puissance ou notre impuissance. Ainsi, dans les grands chantiers à mettre place, il y a par exemple celui de l’eau. Le changement climatique modifie et dérègle le cycle de l’eau. Mais il est consubstantiel à l’existence même des sociétés humaines. Il doit donc concentrer toute notre attention. L’une des tâches consiste par exemple à rénover en profondeur notre réseau de canalisations. Il laisse s’échapper un litre sur cinq actuellement. Mais bien sûr, pour pouvoir remplacer les tuyaux, il faut avant cela les fabriquer.

 

Nous avons en France l’une des meilleures usines du monde pour cela, à Pont-à-Mousson. L’industriel qui la possède cherche à la vendre. Des chinois et un fond de pension américain sont sur les rangs. Est-ce du nationalisme de refuser ce passage sous contrôle étranger, prélude à la délocalisation ? Non, car la conservation de cette puissance industrielle est le préalable à la planification écologique. Tout comme la vente de la branche énergie d’Alstom à l’américain General Electric fut une catastrophe non seulement du point de vue du capitalisme français mais surtout de celui des grands défis d’intérêt général de notre peuple. 

 

 

- La liberté d’agir pour le bien commun
La notion de puissance a beaucoup à voir avec celle d’indépendance. Je suis un indépendantiste français convaincu. Non par nostalgie chauvine mais parce que je veux voir respecter les décisions démocratiques du peuple français. En premier lieu, cela suppose de lever toute menace extérieure qui contraindrait ses décisions ou l’empêcherait de se transformer en actes concrets. L’indépendance n’est rien d’autre en fait que notre liberté. C’est encore à la fois une condition de la puissance et un attribut de celle-ci. C’est pourquoi à mes yeux les questions de défense sont aussi centrales. Notre autonomie en matière militaire, c’est-à-dire notre capacité à défendre seuls l’intégrité de notre territoire est une condition incontournable de la démocratie effective. Cela implique la rupture avec l’alliance atlantique mais aussi une industrie nationale distincte des complexes américains ou d’autres Etats. Il ne faut pas confondre cette volonté d’indépendance avec du bellicisme ou du nationalisme. La liberté des français peut aussi être celle d’agir pour le bien commun. En mer, dans l’espace, dans le monde numérique, la France peut être la voix du droit civilisateur contre les compétitions guerrières. Elle peut défendre la non-exploitation des grands fonds ou des astres, la conception des grands écosystèmes océaniques ou forestiers comme bien communs de l’Humanité ou le recul des pratiques du capitalisme de surveillance sur la toile. Elle le peut grâce à sa puissance. 

 

- Aujourd’hui, la puissance est un objectif politique.

Elle est confisquée parce que le pouvoir populaire l’est tout autant. Elle ne sera pas restituée sans un profond bouleversement des priorités politiques du pays ni sans la refondation d’institutions capable de reconstituer la souveraineté populaire. C’est l’objet des révolutions citoyennes qui agitent notre époque. Aider à son accomplissement en France est le fil rouge de mon combat politique depuis plus de 10 ans[1]. C’est de nouveau l’horizon que je fixe pour l’élection présidentielle de 2022[3].

 

Mais que signifie réellement l’expression Révolution citoyenne ?

  • Elle n’est pas faite pour ranimer un folklore romantique qui signalerait une radicalité superficielle ;
  • Elle ne cherche pas non plus à marier les contraires pour amoindrir la charge symbolique d’un mot dans certains esprits ;
  • Elle donne à la fois le contenu de notre politique et son moyen.

Il s’agit d’une « révolution » puisque son programme change la nature de la propriété en mettant en avant la logique des biens communs et celle du pouvoir dans la cité et dans l’entreprise. Elle dite « citoyenne » car elle se fait par la voie démocratique à travers un processus constituant. La souveraineté populaire, l’autre nom de la démocratie, est à la fois l’objectif et le moyen de la révolution citoyenne.

 

C’est à sa puissance effective qu’est vouée son projet politique : l’harmonie entre les êtres humains et avec la nature, philosophie générale proposée par l’Avenir en Commun[4].

 

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La révolution citoyenne au coeur de la démarche politique de la France insoumise

Le 25 juin 2015, Jean-Luc Mélenchon tenait une conférence sur le thème : « Révolution citoyenne et mouvements citoyens – De Podemos aux assemblées citoyennes ». Il a expliqué comment la théorie de la Révolution citoyenne partait de l'augmentation du nombre d'être humains sur la planète pour définir un intérêt général humain, et comment découlait de cette analyse la nécessité de sortir du système capitaliste productiviste. Jean-Luc Mélenchon a réaffirmé que la 6e République n'était pas un slogan mais une stratégie révolutionnaire pour que le peuple retrouve sa souveraineté en refondant ses institutions.

 


 

Jean-Luc Mélenchon : « Il ne peut y avoir de réelle souveraineté populaire sans puissance »
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17 novembre 2020 2 17 /11 /novembre /2020 13:34
Mélenchon 2022 : nouvelle étape dans la stratégie de la révolution citoyenne
Mélenchon 2022 : nouvelle étape dans la stratégie de la révolution citoyenne
Mélenchon 2022 : nouvelle étape dans la stratégie de la révolution citoyenne
Mélenchon 2022 : nouvelle étape dans la stratégie de la révolution citoyenne

Jean-Luc Mélenchon : « La construction d’un peuple révolutionnaire n’est pas un dîner de gala[1] »

 

Que dire de l'entrée en campagne de Jean-Luc Mélenchon ? Elle a été beaucoup commentée pour sa forme, sa nouvelle plateforme, son nouveau look, etc. Mais ce serait mal connaitre Mélenchon que de ne voir que de la com'. L'homme s'appuie depuis des années sur ce qu'il a théorisé pour construire sa stratégie électorale. Il s'agit ici d'une nouvelle étape de sa stratégie de révolution citoyenne.

Jean-Luc Mélenchon définit lui même son entrée en campagne comme : " Une entrée en campagne « carton plein » ![1bis] "


Sources : LE BLOG DE ANTOINE SALLESPAPOU | mis à jour le 25/01/2021

-Jean-Luc Mélenchon est entré en campagne.
Le 8 novembre, il s’est fixé comme condition le fait d’atteindre 150 000 signatures sur la plateforme noussommespour.fr. Cet objectif a été atteint quatre jours plus tard, le 12 novembre. Le Président du groupe parlementaire La France Insoumise lui-même s’est déclaré surpris de la vitesse de cette collecte. Pour donner un élément de comparaison : ce qu’il avait atteint en 9 mois en 2016, il le réalise en 4 jours en 2020. Ce qui ne signifie pas que la campagne de récolte des signatures est terminée. Elle se poursuit, a affirmé le candidat. Il a d’ailleurs proposé une nouvelle étape baptisée « deuxième couche » visant les 300 000 signatures

 

 

-La séquence de l’entrée dans l’eau semble donc plutôt réussie.
Le leader insoumis a été jugé très bon lors de ses deux performances télévisées, sur TF1 le dimanche 8 novembre puis sur BFMTV le 12 novembre. La semaine a été ponctuée par deux sondages[3] montrant sa dynamique dans les catégories clés pour lui (jeunes, ouvriers, électeurs de gauche) et sa prééminence parmi les sympathisants de gauche[2]. La communication autour de « Nous sommes pour » a été appréciée et saluée.

 

Mais les campagnes présidentielles de Jean-Luc Mélenchon sont davantage que des opérations de communication et des bon plans médias - même si ces deux aspects sont essentiels dans la bataille. L’homme, en plus d’être un praticien du combat politique en est un théoricien. Ses campagnes reflètent une analyse théorique de la société et de ses dynamiques politiques. Ceci a été décrit très précisément par Alexis Galès dans son livre « Mélenchon, de la gauche au peuple[4] ». Il y raconte les évolutions théoriques et leurs applications pratiques chez Mélenchon entre 2012 et 2017. Il s’agit du passage à une stratégie qui a parfois été appelée « populisme de gauche » et qui est en fait l’application du livre publié en 2015 « l’ère du peuple[5] ». 

 

 

-

« En campagne permanente »
Pour moquer l’annonce de candidature de Jean-Luc Mélenchon, Gabriel Attal (le porte-parole du gouvernement) a dit le 8 novembre qu’il était en « campagne permanente[6] ». Cette accusation est risible. Jean-Luc Mélenchon est un militant politique depuis ses 16 ans. Il est en effet engagé dans un combat permanent pour faire progresser des idées que cela soit par le syndicalisme étudiant, en soutenant le programme commun, par l’opposition parlementaire ou en menant une campagne présidentielle. Seul quelqu’un qui conçoit la politique comme une lutte des places peut imaginer qu’il soit insultant d’être dit en campagne permanente. 

 

Mais il faut reconnaître à l’expression une part de vérité particulière dans la période récente qui relie la précédente campagne présidentielle à celle qui débute maintenant. Début 2016, Jean-Luc Mélenchon pose un diagnostic : la France s’apprête à entrer en révolution citoyenne[7]. Cette expression décrit un processus politique de type nouveau, propre à notre époque. Son acteur n’est pas une classe sociale particulière mais le peuple. Si cet ensemble est hétérogène, dispersé, fragmenté dans son état initial, il a comme dénominateur commun une dépendance absolue aux réseaux collectifs pour produire et reproduire son existence matérielle. Ces réseaux sont ceux de l’eau, de l’énergie ou des transports pour les plus évidents. Mais c’est aussi la santé, l’éducation ou le logement. 

 

La possibilité révolutionnaire s’ouvre lorsque les élites ne parviennent plus à satisfaire un accès correct à ces réseaux pour un nombre croissant de personnes. Ces coupures d’accès aux réseaux essentiels se produisent par le prix, la ségrégation géographique, la détérioration des services publics. Cette dégradation est précisément celle qui résulte, en France et dans un grand nombre de pays dans le monde de la crise du néolibéralisme ouverte en 2008 et jamais refermée depuis. Elle explose sous les yeux de tous avec les conséquence de la destruction du réseau hospitalier alors que sévit la crise du covid.  Cette décennie fut donc aussi celle de nombreux mouvements renversant l’ordre politique dans une forme d’un type nouveau : les révolutions citoyennes.

 

 

-

Leur observation permet de discerner quelques traits typiques.
Les organisations politiques ou syndicales traditionnelles sont soit absentes soit largement dépassées. Il s’agit souvent de mobilisations de parties de la population qui ne sont pas habituées des mouvements sociaux. Ces gens développent des formes d’auto-organisation fluides, notamment en utilisant les réseaux sociaux. Ils ne se revendiquent pas d’un camp politique mais d’une forme d’unité du peuple contre une petite oligarchie. 

 

Ces formes politiques s’observent en France, au moins depuis le début de la campagne présidentielle de 2017 de Jean-Luc Mélenchon. On a commencé à les voir faire irruption à l’intérieur du mouvement contre la loi El-Khomri en 2016 chez la jeunesse de classe moyenne des centre-ville avec « nuit debout[8] ». On les a aussi vu dans le mouvement historique des soignants organisé par une coordination inter-hôpitaux ad hoc ou dans le mouvement des « stylos rouges[9] » chez les profs. À chaque fois, les organisations traditionnelles, si elle ne sont pas rejetées sont au moins mises à distance ou assimilées par une autre forme d’auto-organisation. À chaque fois, la base s’élargit à des personnes n’ayant pas l’habitude de participer à des mouvements sociaux. À chaque fois, elle exprime une grande radicalité face au pouvoir. 

 

Mais l’irruption la plus importante d’un mouvement de type révolution citoyenne en France est évidemment celui des gilets jaunes[10], déclenché en novembre 2018. Jean-Luc Mélenchon a largement expliqué sur son blog en quoi cette révolte populaire correspondait à la grille de lecture proposée par « l’ère du peuple ». Dans tous les cas, l’analyse qui sous-tendait son entrée en campagne en 2016 ne s’est pas démentie démentie depuis. En fait, la « campagne permanente » de Jean-Luc Mélenchon depuis lors correspond à un état permanent du pays. C’est comme si nous vivions une sorte de révolution citoyenne rampante. Toutes les caractéristiques politiques sont là mais elles ne s’expriment dans un événement unique et définitif aussi longtemps qu’un événement fortuit ne vient pas provoquer l’embrasement général. C’est un fond jamais absent, un état d’esprit général qui produit des éruptions de manière sporadiques. 

 

 

-Un phénomène mondial 
L’élaboration de la théorie de la révolution citoyenne par Jean-Luc Mélenchon, tant dans sa version initiale dans « L’ère du peuple » que dans les nombreuses notes de blog publiées depuis, est le fruit de l’observation des phénomènes politiques révolutionnaires dans le monde entier. Ce cycle politique avec ses caractéristiques particulières a été repéré pour la première fois en Amérique latine dans la décennie 2000. Puis, il a véritablement explosé il y a 10 ans. Tunisie, Egypte, Burkina Faso, Soudan, Hong-Kong, Equateur… La liste des peuples qui sont passés par ce processus n’a cessé ces dernières années de s’allonger.

 

 

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L’année 2019 a été l’occasion d’une nouvelle vague de révolutions citoyennes.
Après le déclenchement en France à la fin 2018 du mouvement des gilets jaunes, le Chili, l’Algérie, le Liban, l’Irak et d’autres ont connu ces mouvements populaires d’un type particulier. Ce renouveau des révolutions citoyennes a démenti l’opinion selon laquelle 2017 aurait été la queue de comète et que ce type de réaction populaire à la crise du néolibéralisme était terminée. Cette analyse aurait pu justifier un retour à d’anciennes stratégie de conquête du pouvoir. 

 

 

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De nouveau, en 2020, la fin de cette période a pu être décrétée par certains.

La pandémie de coronavirus aurait pu tout écraser et tuer les aspirations révolutionnaires démocratiques. Presque arrivés au bout de cette année si longue, on peut constater le contraire. Le mouvement s’est poursuivi dans de nombreux endroits. Au Liban, la révolution est loin d’être éteinte après avoir connu un nouvel épisode chaud au coeur de l’été. Au Chili, la revendication d’une assemblée constituante a abouti à un référendum gagné par une majorité écrasante. En Bolivie, l’auto-organisation populaire su typique des peuples en révolution citoyenne a permis de déjouer un coup d’Etat et le retour au pouvoir du MAS. Au-delà de la France, donc, tous les signaux indiquent que depuis 2017, la lame de fond de la révolution citoyenne a continué de travailler les peuples à travers le monde

 

 

-

Les différentes phases 
Il est donc possible de comprendre l’évolution du Mélenchon 2016-2017 au Mélenchon 2020 en se référant à la description du processus de révolution citoyenne fait dans « l’ère du peuple ». La théorie explique que la révolution citoyenne comporte différentes phases auxquelles correspondent plusieurs états du peuple. Après la phase instituante, où il s’agit essentiellement pour le peuple de se donner à voir, vient la phase destituante. C’est le moment où les gens réclament le départ de l’ensemble de l’élite politique, économique et médiatique. Elle est exprimée à la perfection par le slogan latino « qu’ils s’en aillent tous ! » qui a été complété par les libanais : « tous, ça veut dire tous ![11] ». 

 

La campagne présidentielle de 2017 de Mélenchon a été conçue pour accompagner et embrasser ce moment essentiel de la constitution politique du peuple par la délimitation de la frontière entre « eux » et « nous » et la désignation de ce que l’on ne veut plus.

« Dégagisme[12] » est probablement le mot qui a été le plus retenu des commentateurs politiques de cette campagne. Il faut dire que le mot, importé en France par Mélenchon s’est avéré s’appliquer particulièrement bien aux événements. Tour à tour, furent éliminés de la course le Président en exercice, empêché de se présenté, son premier ministre, battu dans une primaire, le grand favori des sondages, perdant lui aussi d’une primaire et un ancien Président condamné au même sort. 

 

Dans les meeting de Jean-Luc Mélenchon, le public criait « dégagez ! ». La campagne d’inscription sur les listes électorales du mouvement naissant s’appelait « je vote, ils dégagent ». Cela ne veut pas dire que la campagne de 2017 n’était pas propositionnelle. C’est le contraire. La marque laissé par le programme l’Avenir en Commun[13] bien après la fin de la campagne en est la preuve. Mais sa forme, sa tonalité, ses mots d’ordre s’inscrivaient dans la puissante vague destituante autant qu’ils l’accompagnaient.

 

 

-

La construction des causes communes du peuple 
Mais il faut bien avouer que le dégagisme de 2017 était encore confus. C’est lui qui a permis paradoxalement l’élection de Macron qui se présentait comme une « revolution dont le mot servi de titre a son ouvrage de campagne. Mais bien sur ce n’était rien de plus qu’une reconduction de l’ancien monde sous une forme radicalisée. Depuis, l’histoire ne s’est pas figée. Le peuple français, entré dans une phase d’auto-construction politique, n’a pas arrêté de cheminer. C’est ainsi que l’on aborde la campagne pour l’élection présidentielle de 2022 dans un état différent, qui est tout sauf un retour au monde d’avant.

 

Pendant le premier confinement, Jean-Luc Mélenchon a publié une brochure numérique intitulée « L’Engrenage[14] ». Il s’agit d’une lecture du moment politique créé par la pandémie de coronavirus à l’aune de la théorie de l’ère du peuple. Il y explique pour la première fois la « stratégie des causes communes ». Il ne dit pas que la conflictualité est obsolète ou bien qu’il n’y aurait plus de lignes de démarcation dans la société. Au contraire.

  • Mais il affirme une nouveauté : dans le moment politique dans lequel nous sommes, le travail principal n’est plus de provoquer soit-même la conflictualité en porte voix du par « le bruit et la fureur ». La construction populaire d’un camp adverse est déjà là. C’est le résultat de plusieurs années de crise du néolibéralisme et de mobilisations populaires.

 

Affirmer en positif des solutions à la crise selon la méthode des radicalités concrètes est suffisant pour montrer le clivage avec l’oligarchie. Les causes communes sont premières par rapport à la conflictualité, contrairement à la phase précédente. L’incapacité du pouvoir à se saisir des solutions collectivistes évidentes met ensuite en évidence sa distance vis-à-vis des consensus populaires. Dans ce schéma opérationnel, la conflictualité résulte de la non application des causes communes. Ce renversement de parcours des conscience s’appuie sur le constat fait des phénomènes d’entraide générale comme constante anthropologique observée dans les situations de détresse communes. La trajectoire des événements change de forme. Pas le fond. À partir du rejet de l’élite établie et du dégagisme, ces consensus ont en effet commencé à se construire. La campagne de 2017 elle-même y a participé avec la phase d’écriture puis de diffusion de l’Avenir en Commun. Le mouvement des gilets jaunes a amplifié la construction d’un programme de la révolution citoyenne. Les ronds-points furent de véritables assemblées citoyennes où les gilets jaunes élaborèrent une série de revendications. Beaucoup d’entre elles rejoignaient d’ailleurs l’Avenir en Commun : référendum d’initiative citoyenne, justice fiscale ou la volonté de lier la bifurcation écologique et l’égalité de traitement de tous. 

 

Autrement dit, il s’est produit depuis 2017 un basculement des consciences.

Si la campagne de 2017 était celle de la phase destituante d’un processus de révolution citoyenne, celle de 2022 sera celle de la phase constituante. Voilà la signification du Jean-Luc Mélenchon « plus rond », comme l’a dit un journaliste de BFMTV, du titre de son site « Nous sommes pour » et de sa charte graphique apaisée. Cela ne veut pas dire que « dégager » un certains nombre de gens au pouvoir n’est plus au programme. Il s’agit cette fois pour le tribun d’incarner l’aboutissement positif d’une période de turbulences du peuple français. Ce n’est pas un artifice de communication mais bien une nouvelle étape dans une stratégie menée depuis 2016 : la stratégie de la révolution citoyenne. 

 

Notes :

[1] Jean-Luc Mélenchon : « La construction d’un peuple révolutionnaire n’est pas un dîner de gala »

[1bis] Jean-Luc Melenchon : " Une entrée en campagne « carton plein » ! "

[2] Sondage : c’est Mélenchon qui incarne le mieux l’avenir de la gauche

[3] Sondage – Mélenchon s’envole : +7 points

[4] Alexis Galès : « Mélenchon, de la gauche au peuple »

[5] L'ère du peuple, par Jean-Luc Mélenchon

[6] Gabriel Attal https://twitter.com/Europe1/status/1325375786413678592/photo/1

[7] J.L. Melenchon " Qu'ils s'en aillent tous ! : Vite, la révolution citoyenne "

[8] Nuit debout est un ensemble de manifestations sur des places publiques, principalement en France, ayant commencé le 31 mars 2016 à la suite d'une manifestation contre la loi Travail.

[9] Le collectif des stylos rouges : tous ensemble pour l'Ecole de demain !

[10] Mouvement des Gilets jaunes

[11] " Tous, ça veut dire tous ! "

[12] Le « dégagisme » est un néologisme politique fondé à partir du verbe « dégager » et popularisé à partir de 2011 lors du Printemps arabe. 

[13] Programme de la France Insoumise 2017 " L’avenir en commun "

[14] « Covid-19 : L’Engrenage» – Brochure numérique »

 

Pour en savoir plus :

« L’insoumission est un nouvel humanisme » Jean-Luc Mélenchon 

- Jean-Luc Melenchon : J’ai écrit aux communistes

- Jean-Luc Mélenchon propose sa candidature à l’élection présidentielle par Bastien Lachaud

- De 2011 à 2022, la révolution citoyenne est un temps long

- Jean Luc Melenchon : " Agir en politique maintenant "

- Jean-Luc Mélenchon : Meilleur choix pour 2022 ?

- Mise au point sur les chances à "gauche" pour 2022 et la mauvaise idée d'une primaire

- Melenchon : Une bifurcation politique

- Montebourg, c’est utile

Mélenchon 2022 : nouvelle étape dans la stratégie de la révolution citoyenne
Mélenchon 2022 : nouvelle étape dans la stratégie de la révolution citoyenne
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25 juillet 2020 6 25 /07 /juillet /2020 13:28
De la nécessité de la fédération populaire
De la nécessité de la fédération populaire
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De la nécessité de la fédération populaire
De la nécessité de la fédération populaire
De la nécessité de la fédération populaire
De la nécessité de la fédération populaire
De la nécessité de la fédération populaire

" Celui qui exerce le pouvoir sans l’appui du peuple est condamné à gouverner contre lui " Eric Coquerel 

 

Eric Coquerel (député France insoumise) : " Nous avons du travail ! Pour que des mobilisations sociales viennent opposer une résistance à un exécutif qui prépare à un retour vers le passé en remettant sa réforme de retraite sur la table. Sur le terrain des mobilisations comme des urnes, qui ne peuvent s’opposer dans une perspective de transformation radicale, il est urgent de proposer une alternative au retour d’une union de la gauche dont le centre de gravité serait une ligne « socialécolo- libérale ».

C’est notre proposition de fédération populaire. Un cadre d’unité social et électoral capable de réunir des forces politiques mais aussi, syndicales et associatives, et plus largement citoyennes, pour une stratégie politique de rupture et de conquête du pouvoir. Ce cadre pourrait agir dans les mobilisations et se présenter à toutes les élections qui nous séparent des présidentielles et législatives tout comme dans les mobilisations sociales.

Nous sommes en plein dans l’œil du cyclone. Je le dis, car la vie politique ne se résume pas à une analyse froide de résultats éléctoraux. Nous ne gagnerons pas sans la mobilisation populaire, et nous n’exercerons pas le pouvoir correctement si nous ne sommes pas un débouché politique concret à la résistance du peuple. C’est au fond, aussi, l’avertissement que je formule sur ces municipales : " celui qui exerce le pouvoir sans l’appui du peuple est condamné à gouverner contre lui[1] ".

 

Sources : ARNAUD GUVENATAM | mis à jour le 08/11/2020

- L’institut de sondages IFOP a sorti une enquête très intéressante au sujet de la perception des français quant à leur propre positionnement politique.
L’enquête menée sur 2041 personnes du 7 au 10 juillet 2020, tout de même, montre que les français s’auto-positionnent de moins en moins à gauche sur un axe Gauche-Droite[2]. En effet, seuls 13% des français se définissent comme de gauche dans cette étude (dans la même enquête produite en juin 2019, seulement 15% des Français déclaraient se reconnaître dans la notion de " Gauche "[3]). Dans le même temps, ils sont respectivement 32% et 39% à se positionner au centre et à droite de l’échiquier politique. Notons quand même que 16% des personnes interrogées ne se prononcent pas quant à leur auto-positionnement sur cet axe. Le journal droitier Le Point, ayant commandé le sondage, y voit que c’est le signe d’une droitisation de la France. A mon sens, le journal fait une erreur d’analyse de la situation politique de notre pays.

 

Question : On classe habituellement les Français sur une echelle qui va de la gauche à la droite, où - est la position la plus à gauche et 10 la position la plus à droite.

Vous personnellement, où diriez-vous que vous vous situez sur cette échelle ?

 

De la nécessité de la fédération populaire

 

- L’effondrement du concept de Gauche dans la tête des gens n’est dû qu’à la politique menée par les gens se réclamant de la Gauche
Autant le dire tout de suite, dans l’esprit de beaucoup, François Hollande a été le dernier Président de la République de gauche que la France ait connue. Ce constat est malheureux, mais la moindre diffusion de tracts sur les marchés donne la température de cet ancrage très vivace dans les têtes de nos concitoyens. Et disons-le, le Parti Socialiste avec Hollande Président, ce fût un long chemin de croix. Toutes les trahisons y sont passées. L’ANI (accord national interprofessionnel), le CICE, les lois sécuritaires, la loi El Khormi, les lois Macron, la fermeture de Florange,  la déchéance de nationalité, Manuel Valls Premier Ministre, l’absence de renégociation de TSCG et la promesse non tenue d’amnistier les syndicalistes condamnés pour leurs luttes de défense des emplois, et ainsi de suite. Bref, chacun connait le réquisitoire. Ces gens ont tué l’idée de gauche dans notre pays pour des dizaines d’années.

 

 

 

- Si le concept de gauche est mort et enterré dans la tête de nos concitoyens, les idées de gauche n’ont jamais eu autant le vent en poupe.
Pensons à la relocalisation de l’industrie, le développement l’agriculture paysanne, biologique et zéro déchet, le partage des richesses, la planification écologique, l’investissement fort dans un système de santé universel, le RIC, la sixième république et que sais-je encore. Néanmoins, vue la défiance qu’ont les citoyens, à tort ou à raison, chacun pourra se faire son idée, envers la représentation politique de façon générale, et de la gauche en particulier, ânonner sans cesse à l’union de la gauche peut apparaître comme un formidable repoussoir à l’arrivée au pouvoir des idées pourtant bien ancrées à gauche. C’est pourtant ce que n’ont et ne cessent de faire les thuriféraires de la social-démocratie mollassonne et eurobéate.

De la nécessité de la fédération populaire

 

- C’est dans ce contexte que Jean-Luc Mélenchon, depuis 2018, a proposé l’émergence de ce que les insoumis appellent une « Fédération Populaire[4] ».
Nos camarades de la GRS (Gauche Républicaine et Socialiste) avec Emmanuel Maurel parlent quant à eux de « Front Populaire du XXIème siècle ». Si les appellations sont différentes, nous sommes fondés à penser que le fond est relativement proche.  Il s’agit donc de fédérer les forces associatives, syndicales, politiques et citoyennes. Pas dans un but électoraliste, mais avec l’idée qu’à partir de là peut s’auto-organiser la société et la constitution d’un véritable front populaire. La chose n’est pas aisée, et la formule, loin d’être magique.

 

A mon échelle, en septembre 2019, j’ai eu le plaisir de répondre favorablement à l’invitation de mon camarade Denis Lamard, conseiller régional GRS de Bourgogne-Franche-Comté à leur rentrée politique. Durant un court discours, j’y avais défendu devant des représentants d’EELV et de Génération.s l’impérieuse nécessité de fédérer les luttes afin de gagner des batailles culturelles et politiques. J’ai donc parlé de fédération populaire[5], pensant à cette époque, comme aujourd’hui, qu’elle serait la seule voie à une prise de pouvoir en 2022. Non pas juste une prise de pouvoir institutionnelle, mais avec un réel soutien populaire et ancré profondément dans la société. Car prendre le pouvoir sans les forces vives du pays, c’est risquer des échecs terribles.

 

 

- Mais pour fédérer le Peuple, encore faut-il commencer par s’adresser à lui dans son ensemble.
C’est par exemple en cela que Jean-Luc Mélenchon est présent sur YouTube, mais aussi plus récemment sur Twitch et TikTok. Il est absolument inenvisageable de manquer de s’adresser à une foultitude de personnes qui ne seront jamais exposées, de près ou de loin, aux propositions que nous pouvons faire pour le pays. Avec seulement 13% de français se définissant de gauche (contre 15% en 2019), il semble illusoire que tout miser sur la réactivation du mot de gauche soit d’une aide quelconque pour la prise du pouvoir. A y regarder de plus près, l’auto-positionnement des sympathisants de la France insoumise est intéressant : alors que 41% d’entre eux se définissent de gauche (c’est beaucoup), 59% ne se positionnent pas là, et se répartissent entre le centre, le non-choix et la droite. Nous observons le même phénomène avec les électeurs de Jean-Luc Mélenchon en 2017. Je vous incite à regarder également où s’auto-positionnent les électeurs de Benoît Hamon et les sympathisants EELV.

 

De la nécessité de la fédération populaire

Celles et ceux qui se définissent de gauche savent pertinemment que la France insoumise porte un projet fondamentalement ancré dans l’histoire de ce courant politique : l'AVENIR EN COMMUM[6]. Le problème n’est donc pas là.

 

Le plus ardu réside dans le fait d’amener la masse de nos concitoyens sur un programme de gauche sans agiter le repoussoir de la Hollandie et ses queues de comètes gesticulantes. C’est bel et bien la constitution d’une Fédération Populaire qui doit nous occuper. Demain, ce n’est pas si loin…

 

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- Débat aux universités d’été de la France insoumise à Valence : Fédération populaire ou union de la gauche ?

  • Avec : Olivier Besancenot (ancien candidat à l'élection présidentielle, NPA, visio) - Aurélie Trouvé (porte-parole d'Attac) - Benoit Teste (secrétaire général de la FSU) - Pierre Lacaze (responsable des élections au PCF) - Jérôme Gleyzes (ex-membre de la direction d'EELV) - Claire Monod (porte-parole de Génération·s) - Eric Coquerel (député LFI) - Sarah Legrain (coordination des espaces LFI)

 

 

-  Présidentielle 2022 : pour une investiture populaire de 150 000 parrainages citoyens
Le mardi 27 octobre 2020, Jean-Luc Mélenchon tenait une conférence de presse à l’Assemblée nationale pour présenter une proposition de loi qu’il déposait ce jour pour permettre un parrainage citoyen à l’élection présidentielle.

 

Le président du groupe « La France insoumise » a expliqué qu’il s’appuyait sur la proposition de la commission Jospin sur la rénovation et la déontologie de la vie politique créée en 2012 par François Hollande. Il a dit que cette proposition serait une deuxième voie qui pourrait exister à côté du parrainage par les 500 signatures de maires. Il a appelé à en discuter dans le cadre de la commission Debré qui étudiait la possibilité d’un report des élections départementales et régionales.

 

Jean-Luc Mélenchon a mis en garde contre une abstention qui pourrait être record pour l’élection présidentielle de 2022, comme le montrait un sondage récent. Il a appelé à permettre une implication citoyenne renforcée dans cette élection.

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24 avril 2019 3 24 /04 /avril /2019 07:49
Jean-Luc Mélenchon : « Je lance un appel à la création d’une fédération populaire »

« Je lance un appel à la création d’une fédération populaire. Il faut se préparer sérieusement à gouverner autrement. »

 

« Le but, la fédération populaire entre les classes populaires et les classes moyennes plus favorisées qui n’appartiennent pas à l’oligarchie. »

 

« Fédération populaire : comment ça marche ? »

 

Ecologie, populisme, traités européens, colères, démocratie interne… A un mois des élections, le leader de La France insoumise s’explique. Et invite la gauche à se rassembler, sans «tambouilles», pour «se préparer à gouverner autrement».

 

Sources : Libération le 23 avril 2019 | modifié le 2 juillet 2020

-Libé. : Le fonctionnement de La France insoumise (LFI) est régulièrement mis en cause par certains militants. Il est dit que c’est un petit groupe qui décide de tout. Est-ce entièrement faux ?
Jean-Luc Mélenchon : C’est totalement faux. La France insoumise est absolument originale, en évolution constante. Aujourd’hui, c’est 4 000 comités qui fonctionnent en autonomie. Le temps long est géré par le siège du mouvement, avec des campagnes nationales décidées par les adhérents. Le groupe parlementaire gère le temps court des réactions à l’actualité. Les comités de secteurs thématiques gèrent l’action dans leur domaine en lien avec les députés. Quoi de mieux ?

 


-Libé. : Mais la direction n’est pas élue.
Jean-Luc Mélenchon : Il n’y a pas de direction.

 


-Libé. : Ah ! Il y a tout de même des gens qui décident.
Jean-Luc Mélenchon : Je viens de vous dire qui décide et comment. C’est dommage que personne ne s’intéresse sérieusement à notre fonctionnement réel ! Nous ne sommes pas un parti. Nous avons inventé autre chose. Du moment que vous restez dans ce cadre (il montre le programme du mouvement), tout est libre.

 


-Libé. : Un de vos colistiers aux européennes vient tout de même de quitter votre mouvement avec fracas, vous qualifiant de « dictateur »…
Jean-Luc Mélenchon : Je suis stupéfait. Je n’ai jamais eu aucun contentieux, ni personnel ni politique, avec Thomas Guénolé[1]. Je croyais même que nous étions amis. Il n’a jamais exprimé la moindre réserve envers le fonctionnement du mouvement. Au contraire. Ses outrances contre moi sont une diversion.

 


-Libé. : Vous voulez dire que sa réaction est liée aux accusations de harcèlement portées contre lui ?
Jean-Luc Mélenchon : Il me les reproche ! Mais j’en ignorais tout avant cet esclandre. L’affaire aurait eu lieu à Sciences-Po, et non à LFI. Je ne connais pas la plaignante. Elle n’est pas membre de LFI. Saisies par elle, les structures de La France insoumise ont fonctionné. Personne ne m’en a parlé. C’est une facilité de mettre mon nom dans n’importe quoi pour manœuvrer. C’est très violent. Rien ne m’aura été épargné.

 


-Libé. : Quel est le rôle de Sophia Chikirou, que Thomas Guénolé met en cause ?
Jean-Luc Mélenchon : Elle n’a aucun rôle dans le mouvement. Sophia Chikirou est responsable d’une société qui a conduit avec un brio absolu son travail de communication dans ma campagne présidentielle. Elle a une part éminente dans le résultat. Elle continue à être une conseillère extrêmement précieuse car elle a le plus l’expérience des élections générales : trois en Amérique du Sud et aux Etats-Unis, trois en Europe. Sa campagne pour l’emprunt populaire de LFI [pour financer les élections européennes, ndlr] est un triomphe : 2 millions collectés en dix jours. Mais comme c’est une femme, certains ne peuvent pas lui imaginer autre chose qu’un rôle «sulfureux», comme ils disent. Les rumeurs qui l’accablent sont du pur sexisme.

 


-Libé. : Vous parlez de mouvement « gazeux » pour qualifier LFI. Mais au-dessus du nuage de gaz, il y a un solide : c’est vous. Vous êtes Jupiter, au-dessus du nuage.
Jean-Luc Mélenchon : Au secours, encore Jupiter ! Certes, je suis le fondateur. Je joue donc un rôle particulier d’autorité morale, de clé de voûte. Mais c’est seulement en dernier recours.


-Libé. : LFI fonctionne un peut comme Enmarche.
Jean-Luc Mélenchon : Je ne sais pas comment ils fonctionnent. Je ne cours pas après le pouvoir de décision interne. Par exemple, je ne me suis pas occupé de la liste européenne. C’est une commission, tirée au sort à 60 %, qui l’a fait. Les insoumis c’est toute une série de visages. Pas LREM. Combien de formations ont autant de noms connus ? Tous incarnent un état d’esprit de l’opinion. Voyez notre liste : 60 % des candidats n’ont pas de carte du parti. Dont Manon Aubry, notre tête de liste. C’est un mix de militants associatifs, syndicaux et politiques de toutes sortes. Aucun parti ne fonctionne comme cela. Nous sommes par nous-mêmes une convergence politique neuve.

 


-Libé. : C’est aussi votre expérience des partis de gauche, qui se divisent en tendances, en fractions ?
Jean-Luc Mélenchon : Evidemment ! C’est mortifère. Je veux empêcher cela. Pas de tendances, de clans, de fractions. On a vu ce que cela pouvait donner en France et dans d’autres pays du monde…

 


-Libé. : Sur ce point, vous êtes plus proche de Lénine que de Jaurès…
Jean-Luc Mélenchon : Ah ? C’était une tout autre époque. La société était assez stable et les liens de représentation politique fonctionnaient. Le PCF représentait une grande partie de la classe ouvrière. Les socialistes, plutôt les classes moyennes. Tout cela a volé en éclats. Un acteur nouveau est né. C’est ce peuple urbanisé qui s’oppose à l’oligarchie. Voir les gilets jaunes ou l’Algérie. Son existence quotidienne dépend de l’accès aux réseaux collectifs. Cet accès est l’enjeu social central. La forme de notre mouvement correspond à cette analyse théorique globale. Ce que nous visons, nous, dans l’action, dans la lutte, au gouvernement demain dans la mise en œuvre du programme concret, c’est l’auto-organisation du peuple, la société mobilisée sur ses objectifs communs. La Constituante et les référendums d’initiative citoyenne couronnent cette méthode.

 


-Libé. : Il y a aussi une figure, un homme-symbole dont la personnalité charismatique rassemble politiquement. C’est le modèle sud-américain.
Jean-Luc Mélenchon : De Gaulle, Jaurès ou Mitterrand, c’est sud-américain

 


-Libé. : Le chavisme a mené au désastre, non ? Pourquoi soutenez-vous encore le régime de Maduro au Venezuela, qui a plongé son peuple dans la misère et usé de méthodes répressives ?
Jean-Luc Mélenchon : Je ne partage pas du tout votre résumé. Quoi qu’il en soit, vous et moi serons d’accord pour nous opposer à l’intervention militaire américaine et au blocus, non ? C’est la seule question qui nous concerne directement. Le reste, les Vénézuéliens sauront quoi faire.

 


-Libé. : Ce qu’on vous a reproché, c’est de jouer sur les affects, sur les émotions populaires, au détriment d’une conception rationnelle de l’action politique.
Jean-Luc Mélenchon : Oui, nous assumons le rôle des affects dans la stratégie politique. Mais quand avaient-ils disparu ? En fait, leur action était sournoise.

 


-Libé. : Certes, mais il faut les mettre au service d’un projet rationnel, pas d’un programme qui se révélera inapplicable.
Jean-Luc Mélenchon : On est bien d’accord. Je n’ai fait que cela ! Qui est capable de présenter aujourd’hui comme nous un programme complet et 40 livrets qui développent des propositions dans chaque domaine ? Avez-vous vu le travail législatif de nos 17 députés ?

 


-Libé. : Il y a donc 17 apôtres…
Jean-Luc Mélenchon : (Rires) Cela n’a rien à voir. Je ne suis pas ma caricature. Je ne vise pas le pouvoir sur un bac à sable. Le but est de gouverner ce pays et de changer le monde. Vous savez, ma vie est faite. Je veux assurer la pérennité d’un mouvement collectif qui laisse sa trace dans l’histoire du pays.

 


-Libé. : Certains disent : il hésite entre Jaurès et Beppe Grillo, le fondateur du Mouvement Cinq Etoiles en Italie.
Jean-Luc Mélenchon : C’est une formule injuste et injurieuse. D’autant que j’avais dit à mes amis italiens de gauche : « Faites attention, il y a une colère, un dégagisme, si vous ne montez pas sur la table, d’autres le feront. Vous laisserez la place à de vrais énergumènes dangereux. » C’est ce qui s’est passé. L’humanisme populaire a été quasi rayé de la carte en Italie. C’est ce que j’ai voulu éviter en France.

 

-Libé. : Mais vous stimulez aussi les affects, la colère, la dénonciation…
Jean-Luc Mélenchon : Et alors ? Ne soyez pas injuste. Je n’exprime pas que la colère. Il y a aussi la poésie, l’amour, la fraternité… Je l’ai fait souvent en meeting, j’ai aussi parlé de la beauté de la nature, des animaux, de la mer. Laissez-moi vous dire que certains m’ont regardé avec des yeux comme des soucoupes. Il y a trois piliers dans notre stratégie. Je l’ai décrit dès 2013, dans une interview croisée avec Ernesto Laclau, le penseur du populisme de gauche. Notre méthode reste la conflictualité. C’est elle qui crée de la conscience politique en déchirant le voile des prétendues évidences. Mais pour cela, on s’adresse d’abord à la raison, avec le programme. Ensuite, on convoque les sentiments. Il y a une affectivité spécifique à la famille politique humaniste. Nous cherchons à lui donner une forme politique, dans l’action. Et enfin, quand Marine Le Pen dit « vous êtes des Blancs chrétiens », je réponds « vous êtes des enfants des Lumières ». Les Lumières, au début, beaucoup ne comprenaient pas. Peut-être même que certains ont cru que je parlais d’EDF… Je résume : le but du mouvement n’est pas de construire un parti révolutionnaire, mais un peuple mobilisé avec les méthodes de l’éducation populaire.

 


-Libé. : Pour le public, vous êtes plutôt du côté de la colère que de l’amour, c’est-à-dire du populisme.
Jean-Luc Mélenchon : Ça, c’est la caricature médiatique. Mais tout le monde ne me voit pas comme ça. Ce n’est pas mon but de les lancer dans des actions insensées. J’ai toujours condamné sans appel la violence. Il y a un débat aujourd’hui sur la violence dans la société. Certains disent « regardez, les gilets jaunes ont obtenu 10 milliards grâce à la violence, voilà ce qu’il faut faire ! » La faute à qui ?

 


-Libé. : Vous vous sentez investi d’une responsabilité sur ce point ?
Jean-Luc Mélenchon : Bien sûr ! Celle de l’expérience ! Je dis : surtout, ne faites pas ça ! J’ai vu ce que cela donnait dans beaucoup de pays. Cela fait des morts. Beaucoup de morts. Et nous sommes toujours vaincus. On dit que je flatte les instincts vulgaires ? En quoi est-ce le cas quand j’explique des choses compliquées comme la planification écologique, la VIe République ou les 14 tranches d’impôts que nous voulons instaurer ? J’explique, je démontre, j’argumente. On m’en fait souvent le crédit, d’ailleurs. Ce sont souvent des ignorants qui m’accusent de populisme. Quand j’ai parlé du « bruit et de la fureur », on a pris ces mots au pied de la lettre. Je ne faisais que citer un livre de Faulkner qui reprenait une citation de Shakespeare. Mais ça, c’est passé au-dessus de leur tête. De même, quand j’ai dit que ma personne était sacrée, on s’est jeté là-dessus. Je voulais dire que ma qualité de député de la nation, de tribun du peuple, était sacrée, pas ma personne particulière !

 

 

-Libé. : Vous avez fait rire…
Jean-Luc Mélenchon : Je le comprends. A froid, ça paraît outrancier, ridicule. Mais je crois à la culture. Je ne méprise pas les gens. Je ne parle pas au rabais.

 

 

-Libé. : Puisqu’on parle de cette perquisition judiciaire, vous regrettez votre réaction ?
Jean-Luc Mélenchon : Ces perquisitions étaient une instrumentalisation politique de la justice. Un abus de pouvoir. Il y a eu 17 opérations policières en même temps contre nous. C’est sans précédent en politique. Il y a deux dossiers, l’un sur des assistants parlementaires, l’autre sur la présidentielle. Sur la campagne, je répète : je demande qu’on revoie publiquement les comptes de tout le monde. Ou même seulement les miens si les autres ne sont pas d’accord. Puis qu’on me dise ce qu’on me reproche. Nous avons déjà répondu à 2 000 questions ! Le compte a été validé. Malgré cela, il y a eu un signalement à la justice. Pourquoi ?

 

 

-Libé. : Et l’autre dossier ?
Jean-Luc Mélenchon : Une députée d’extrême droite dénonce 16 députés. Elle dit elle-même que c’est pour faire un pied de nez à la justice. Elle fait l’objet d’une plainte en dénonciation calomnieuse. La justice n’a rien fait. Et moi et mes dix anciens assistants sommes perquisitionnés comme des délinquants. C’est une persécution politique. C’est le modèle de ce que subissent dans tous les pays des gens comme moi. C’est le cas contre Lula, contre Rafael Correa…

 

 

-Libé. : Pas seulement contre vous. Sarkozy aussi a des procédures contre lui.
Jean-Luc Mélenchon : Alors tout est pareil ! C’est ça votre thèse ? On met tout sur le même plan ! Je vous le dis solennellement : je n’ai triché sur aucune des règles de la présidentielle. Je n’ai jamais, sous aucune forme, utilisé mes assistants parlementaires à autre chose que leur travail. Je dénonce la procédure européenne, devenue folle, qui prétend couper l’assistant parlementaire de l’activité politique de son employeur.

 

 

-Libé. : Regrettez-vous votre réaction pendant la perquisition ?
Jean-Luc Mélenchon : Je regrette de n’avoir pas vu la caméra de Quotidien. Les médias ont diffusé leurs images en boucle : une minute en gros plan extraite de longues heures de perquisition. Nous produirons le film complet : vous verrez que, pour l’essentiel du temps, nous blaguons, que c’est plutôt gentil, que nous ne sommes jamais entrés là où avait lieu la perquisition et que nous n’avons pas cherché à l’empêcher. J’ai demandé à entrer dans mon local, comme c’était mon droit. Rien d’autre.

 

 

-Libé. : Mais vous avez bousculé un officiel.
Jean-Luc Mélenchon : Faux. C’est eux qui nous ont bousculés et même jetés à terre.

 

 

-Libé. : Votre réaction verbale a choqué…
Mais pas l’abus de pouvoir dont nous avons été victimes ? Il est vrai que certains policiers se sont plaints d’une charge psychologique trop forte pour eux. Je leur recommande de changer de métier.

 

 

-Libé. : Pas de regrets, donc ?
Jean-Luc Mélenchon : Je suis juste un être humain sous le coup d’une agression sans précédent pendant plus de six heures, filmé à son insu.

 

 

-Libé. : Les médias filment l’événement…
Jean-Luc Mélenchon : La caste médiatique s’est sentie attaquée. Du coup, elle passe en boucle les images pour me flétrir sans rien expliquer de mes raisons d’agir.

 

 

-Libé. : Je ne crois pas à la caste médiatique.
Jean-Luc Mélenchon : Pourtant, elle existe. J’ai cru aussi à une indignation publique devant une opération policière contre un président de groupe d’opposition à l’Assemblée. En vain. Ce silence a envoyé un signal grave au pouvoir. Depuis, il instrumentalise la justice partout pour criminaliser l’action politique ou associative. Vous avez vu les condamnations à la chaîne de gilets jaunes ? D’ailleurs, les médias ont mis des semaines à réagir sur les violences exercées contre ceux-ci.

 

 

-Libé. : Nous les avons dénoncées.
Jean-Luc Mélenchon : C’est vrai… Au bout de dix semaines ! Entre-temps la violence d’Etat s’est banalisée.

 

Libé. : Parlons du fond et des projets en lice pour les prochaines européennes.
Jean-Luc Mélenchon : Ah, enfin ! La question centrale est celle des traités qui organisent l’Europe. Pour en sortir, il faut construire l’adhésion à un nouveau projet. Or l’évolution du capitalisme a atomisé la société, les formes habituelles de représentation ont explosé. Voyez où en sont les partis politiques traditionnels. Certes, il y a une conscience nouvelle qui rétablit l’idée de changement global, c’est la conscience écologique. Beaucoup ont compris que l’économie productiviste conduit à la catastrophe. Mais c’est un constat qui ne porte pas sa solution en lui-même. Car quels sont les moyens de remédier à la mise en danger de l’écosystème ? Certains pensent que c’est possible dans le cadre de l’économie de marché actuelle, que le système va finalement se réguler. Nous ne le croyons pas. Quand Jadot [le candidat d’Europe Ecologie-les Verts] fait l’éloge de l’écologie de marché, nous sommes en désaccord. Il y faut une intervention collective volontaire et énergique, une planification écologique de la transition.

 


-Libé. : Mais vous n’allez pas supprimer l’économie de marché. Vous en acceptez l’existence.
Jean-Luc Mélenchon : Nous sommes pour une économie mixte.

 


-Libé. : Dont une part s’organise sur la base du marché.
Jean-Luc Mélenchon : Oui. Mais nous dénonçons la marchandisation généralisée voulue par les traités européens. Nous préférons revendiquer l’intérêt général, l’action collective. Nous ne pourrons pas relever le défi écologique dans le cadre de la concurrence libre et non faussée, dans le cadre du libre-échange généralisé. La planification est de toute nécessité pour appliquer la règle verte : on ne prend plus à la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer.

 


-Libé. : La gauche est d’accord là-dessus, pour l’essentiel. Vous pourriez vous rassembler.
Jean-Luc Mélenchon : Oui et non. Certains sont restés productivistes, nucléaristes, d’autres continuent de faire l’éloge du marché partout. Au demeurant, je ne crois plus à l’ancien modèle de rassemblement des organisations. Nous devons certes nous rassembler, mais au service d’une tâche en commun : fédérer le peuple, réunir ses revendications, en faire un programme compatible avec l’impératif écologique et social.

 


-Libé. : Mais le peuple est divers… Il y a d’autres courants que le vôtre.
Jean-Luc Mélenchon : Vous avez vu où nous en sommes ? Le total de tous ces courants, cela représente à peine 30 %. Un tiers de la société !

 


-Libé. : Ces forces pourraient fournir un socle puis s’élargir…
Jean-Luc Mélenchon : Bien sûr ! Pour cela, il faut aller idéologiquement au bout de la mutation écologique et populaire qui est nécessaire. Il faut qu’on soit tous clairs. Pas de tambouille sur la question européenne, sur le nucléaire, sur la question décisive de la paix, de la sortie de l’Otan.

 


-Libé. : On a déjà réuni des gens qui n’étaient pas d’accord, de manière à rassembler la gauche. L’Union de la gauche l’a fait, le Front populaire…
Jean-Luc Mélenchon : Certes. Mais encore faudrait-il se respecter. J’ai fait moi-même, il y a un an dans votre journal[2], une proposition de Front populaire nouvelle manière. Les réponses ont été très méprisantes.

 


-Libé. : Et pourquoi, selon vous ?
Jean-Luc Mélenchon : Si vous lisiez votre journal, vous auriez vu que M. Duhamel a répondu.

 


-Libé. : Alain Duhamel, qui tient une chronique dans Libération, n’exprime pas la position de la gauche !
Jean-Luc Mélenchon : Certes, mais les autres ont répété en boucle son argument : il ne peut y avoir rassemblement qu’autour d’une force de centre gauche. Du coup, Olivier Faure a dit : c’est autour du PS que cela doit se faire. Une sorte de droit divin !

 


-Libé. : Avez-vous abandonné tout espoir d’unité ?
Jean-Luc Mélenchon : Je suis réaliste. Les européennes interviennent dans cette séquence : notre force doit recevoir l’aval populaire. Comme je l’ai reçu pendant la présidentielle. Là sera le centre de gravité pour la suite contre le macronisme.

 


-Libé. : Donc vous espérez toujours rassembler.
Jean-Luc Mélenchon : Le peuple, oui. Mais chaque fois que je l’ai proposé, la vieille gauche m’a envoyé balader. Elle n’accepte pas la réalité, c’est-à-dire notre centralité et celle du programme « l’Avenir en commun ». Mais si l’élection nous en donne la force, nous assumerons de nouveau notre responsabilité. Nous proposerons de nouveau une fédération populaire à construire dans les élections suivantes et dans les mouvements écologiques et sociaux.



-Libé. : Discuter et faire un compromis avec des gens qui ne pensent pas comme vous.
Jean-Luc Mélenchon : Ai-je jamais fait autre chose ? A l’Assemblée, on vote même des fois avec la droite. C’est le contenu qui compte, pas l’étiquette. Mais cela ne peut pas être une simple collection de signatures de partis. Je me répète : tout le monde doit se mettre au service de la fédération du peuple.

 


-Libé. : Vous lancez donc un appel à la discussion ?
Jean-Luc Mélenchon : C’est la deuxième fois que je le fais dans le même journal. Je lance un appel à la création d’une fédération populaire. Mais il faut aussi un engagement commun dans les mobilisations écologiques et sociales. Il faut se préparer sérieusement à gouverner autrement. Avec un programme concret de partage et de planification écologique. Notre programme est une bonne base de départ pour discuter partout. Mais il faut aussi clarifier les positions. Soutient-on ou non le mouvement des gilets jaunes ? Le PS se sépare-t-il du SPD qui participe à une coalition avec Merkel ? Pourquoi soutiennent-ils Frans Timmermans pour la présidence de la Commission sur des idées libérales ? Pourtant, à l’Assemblée nationale, les députés à la gauche de l’hémicycle votent ensemble les neuf dixièmes du temps. Pourquoi est-ce possible à l’Assemblée et impossible dès qu’on arrive devant un journaliste ?

 


-Libé. : Faisons une discussion dans le journal, avec tout le monde, au moins on verra quelles sont les lignes d’accord et de désaccord.
Jean-Luc Mélenchon : Pourquoi pas ? Chiche ! Aucun débat n’est impossible. Mais il ne faut jamais oublier le but, la fédération populaire entre les classes populaires et les classes moyennes plus favorisées qui n’appartiennent pas à l’oligarchie. C’est la grande question. Elle ne sera pas réglée par la guirlande des sigles de partis. Nous ne sommes plus dans les années 70. Le champ politique s’est effondré. Pas de mon fait. Ce sont les électeurs qui ont dissous le PS et nous ont portés en avant. Nous assumons notre situation. Pas les autres.

 

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Jean-Luc Mélenchon : « Je lance un appel à la création d’une fédération populaire »
Jean-Luc Mélenchon : « Je lance un appel à la création d’une fédération populaire »

La «fédération populaire» que je propose n'est pas un groupement d'appareils politiques. Elle doit regrouper des citoyens, des syndicats, des formations politiques, des associations....


Les commentaires que je lis à propos de mon entretien avec Laurent Joffrin dans Libération (ci-dessus) me montrent qu’un malentendu peut exister dans l’esprit de certains analystes à propos de ma proposition de « fédération populaire ». Sans doute est-ce le poids des routines intellectuelles de certains commentateurs mais aussi de mes propres limites à m’exprimer aussi clairement qu’il le faudrait. Certains ont donc pensé que je proposais une reprise de l’ancienne union de la gauche[5]. Ce n’est pas le cas. Je veux donc donner ici quelques précisions qui, je l’espère, éclaireront ceux que l’idée intéresse.


-Commençons par dire qu’il s’agit d’une idée neuve.

En effet une telle formule n’a jamais été mise en œuvre. Neuve mais pas nouvelle venant de moi car il s’agit de constituer ce que dans de nombreux textes antérieurs et dans le livre L’Ère du peuple[4] j’avais appelé « le front du peuple », puis il y a un an dans le même journal Libération « le nouveau Front populaire »[2].

 

Le constat de base est que l’implosion des anciennes structures sociales de notre pays sous la pression des politiques néolibérales s’est combinée avec l’effondrement des formes traditionnelles de la représentation politique populaire. L’idée est donc que ce n’est pas en partant des anciens partis et de leur coalition que l’on parviendra à construire une majorité populaire sur un projet alternatif pour notre société. En tous cas pour un projet à la hauteur des transformations du mode de production et d’échange que la crise climatique, notamment, met à l’ordre du jour. L’idée centrale tourne autour du mot « fédérer ».

 


-L’autre idée est que le processus visé n’est pas seulement électoral.

Il engage pour les élections, certes. Mais le reste du temps, il engage pour l’action concrète dans la société en appui aux mouvements sociaux qui travaillent celle-ci. C’est donc en partant du travail de fédération des revendications écologiques et sociales et des mouvements qui les portent que l’on construit une nouvelle majorité. Les partis qui le veulent se mettent au service de la réussite de ce processus. Ils aident à sa construction, ils se rassemblent sous un label commun en vue de le soutenir.

 


-Prenons un exemple de ce processus de fédération populaire. Les élections municipales.

Le programme doit venir de l’action des collectifs citoyens dont les revendications doivent être réunies et inscrites dans la perspective globale écologique et sociale qui lui donne son sens. Les partis sont présents à travers leurs militants de terrain agissant dans ces collectifs et non « au nom du parti ». Ils se fédèrent sous un label commun pour appuyer la liste et soutenir sa campagne. La liste n’est donc pas celle des partis ou du personnage providentiel qui est tête de liste mais une fédération populaire de collectifs et de citoyens notoirement engagés dans les mouvements sociaux urbains. Voila pour les élections. Au fond c’est la méthode qui a prévalu pour la formation de la liste insoumise aux élections européennes : un mix de personnalités engagées syndicalistes, associatifs et militants politiques.

 


-Autre versant de la construction d’une fédération populaire : l’action.

La encore, le modèle est dans la vie elle-même. C’est la participation personnelle d’une part et le soutien collectif d’autres part à des actions comme celle des assises de Commercy ou l’appel à la marche du 27 avril prochain par des organisations syndicales, des gilets jaunes et des organisations politiques.


J’espère que ces précisions éclairent mon propos et permettent un débat entre ceux qui se sentiront concernés par cette proposition de fédération populaire, sans la confondre avec autre chose.

 

Jean-Luc Mélenchon : « Je lance un appel à la création d’une fédération populaire »


-Manuel Bompard : « Fédérer le peuple, c'est ramener la gauche au peuple »

  • Manuel Bompard a été élu député européen de la France insoumise le 26 mai dernier. On fait le point avec lui sur les critiques qui émergent au sein de son mouvement quant à son avenir, sur la Fédération populaire, sur la gauche et sur le peuple. 
  • Sur la stratégie de la France insoumise
    - « On oppose deux termes dans le débat stratégique qui ne sont pas à opposer. »
    - « On doit d’abord s’adresser aux citoyennes et aux citoyens qui ne se retrouvent pas dans les organisations politiques et qui constituent le plus grand parti de France : les abstentionnistes. »
    « [Notre stratégie] ne nous empêche pas de converger avec des organisations politiques. »
    - « La gauche s’est coupée du peuple et il faut reconstruire ce lien. Il faut fédérer le peuple mais fédérer le peuple, c’est aussi ramener la gauche au peuple. »
    - « Le populisme ne tourne pas le dos aux organisations politiques si elle sont d’accord pour se mettre au service des constructions politiques nouvelles. »
    - « Il faut tourner le dos avec la formule de l’union de la gauche, c’est-à-dire des accords entre organisations politiques au sommet. »
  • Sur la Fédération populaire 
    « L’idée de la Fédération populaire, c’est de partir d’abord des revendications populaires et ensuite de permettre aux organisations politiques qui le souhaitent de se mettre en appui et en soutien des ces dynamiques-là. »

Notes :

[1] Il convient de remettre les pendules à l'heure. Guenolé n'est pas écarté parce-qu'il est accusé de harcèlement sexuel.... mais pour son article sur sa page facebook et ses déclarations à la presse. Pour ceux qui veulent la vraie chronologie:
- Pôle vigilance saisi le 3 mars pour harcèlement.
- Audition le 14 mars
- Rapport au comité le 15 mars.
- Guénolé saisit son avocat fin mars.
- Guénolé sort son communiqué anti-FI le 18 avril à 8h35. 
- 18 avril
1ére Déclaration du comité électoral de la France insoumise 
- 18 avril
Déclaration de la France insoumise 
- 18 avril
dernier communiqué du comité électoral 
- 21 avril
Ce qu'en dit Jean-Luc Mélenchon 
C'est assez clair ?

[2] Jean-Luc Mélenchon : le rêve du Front populaire

[3] Fédération populaire : comment ça marche ?

[4L'Ere du peuple

[5] rassemblements des partis " de gauche" qui lors des élections présidentielles de 2017 n'avaient recueillis au total que 9 978 128 voix sur un total de 36 054 394 exprimés, soit  27.65% des exprimés

 

Pour en savoir plus :

C'est le peuple que nous voulons rassembler, pas les partis !

- Jean-Luc Mélenchon : De la marée populaire à l’unité populaire

- Jean-Luc Mélenchon : le rêve du Front populaire

Jean-Luc Mélenchon : «Je lance un appel à la création d’une fédération populaire»

- Mélenchon veut unir la gauche : "La gauche, ça n'est pas le populisme", lui répond Faure du PS

- Jean-Luc Mélenchon : « L’imperium allemand a déséquilibré l’Europe » (Die Welt)

Pour l'amour des nôtres : La fédération populaire pour résister à l'air du temps

- Le peuple ? La gauche ? la planète ? Stratégie, imaginaire et théorie

- Clémentine Autain ne croit pas à la "fédération populaire" de Mélenchon

- Jean-Luc Mélenchon ou « la hautaine leçon du réel ».

- La fédération populaire VS l’unité de la gauche ?

 

Ça fait débat surtout quand on fait semblant de ne pas comprendre en parlant, pour certains de rassemblement de la " gauche " :

Fédération du peuple : chiche ! (par Clémentine Autain)

- Ian Brossat répond à Jean-Luc Mélenchon : "Personne ne peut jouer les gros bras à gauche"

- «Fédération populaire» : Benoît Hamon répond à Jean-Luc Mélenchon

- Mélenchon veut unir la gauche : "La gauche, ça n'est pas le populisme", lui répond Faure

- «Fédération populaire» : accueil en demi-teinte chez les roses et les verts

- Europe, Macron, communautarisme, 2022… notre grand entretien avec Jean-Luc Mélenchon

- Clémentine Autain ne croit pas à la "fédération populaire" de Mélenchon

TRIBUNE. Jean-Christophe Cambadélis aux électeurs de gauche : "Tout est pardonné"

- Comment refonder les clivages politiques ?... ou pas !

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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 21:28
Jean-Luc Mélenchon : « La construction d’un peuple révolutionnaire n’est pas un dîner de gala »

Ce mardi 10 avril 2018, nous avons rencontré Jean-Luc Mélenchon dans son bureau à l’Assemblée nationale. Au cours d’une longue discussion, le député des Bouches-du-Rhône évoque le cheminement qui l’a conduit à construire le mouvement qui lui a permis d’obtenir 19,58% des voix au premier tour de l’élection présidentielle.

Le leader de la France Insoumise revient librement sur ses influences intellectuelles, de son rapport souvent décrié à l’Amérique latine jusqu’à l’Espagne de Podemos, en passant par le matérialisme historique et le rôle central de la Révolution française. Cet entretien est également l’occasion de l’interroger sur les propos controversés tenus par Emmanuel Macron au sujet des rapports entre l’Etat et l’Eglise catholique, au collège des Bernardins. « La laïcité de 1905 n’a pas été inventée dans un colloque, c’est l’aboutissement de trois siècles de guerre civile ouverte ou larvée », répond-il, « revenir sur ce point, c’est revenir sur la République elle-même ».

Au fil de l’échange, Jean-Luc Mélenchon dévoile sa vision de l’État et du rôle de tribun, s’exprime tour à tour sur Mai 68 et sur son rapport aux jeunes générations, sans oublier de saluer les mobilisations actuelles : « Il y a un facteur que personne ne prévoit et ne pourra jamais prévoir : c’est l’initiative populaire. Elle peut tout submerger, tout le monde, et tel est mon souhait ».

 

Sources : LE VENT SE LÈVE  par Lenny Benbara  le 30 avril 2018

- LVSL : Votre engagement politique est profondément marqué par l’histoire de la Révolution française et par le jacobinisme. Ceci dit, depuis quelques années, vous semblez vous inspirer du populisme théorisé par Ernesto Laclau et Chantal Mouffe et mis en pratique par Podemos. La campagne de la France Insoumise, à la fois très horizontale et très verticale, paraît être une synthèse entre ces deux inspirations. Peut-on parler de populisme jacobin vous concernant ?

Jean-Luc Mélenchon : D’abord, commençons par dire que la référence à Laclau, pour ce qui me concerne, est une référence de confort. Certes le chemin politique qui m’a conduit aux conclusions voisines et bien souvent identiques à celles d’Ernesto. Et son œuvre comme celle de Chantal Mouffe éclaire notre propre travail. Mais celui-ci est venu de bien plus loin. Notre intérêt pour Laclau venait de la rencontre avec un penseur latino-américain et que la source de notre raisonnement provenait des révolutions démocratiques d’Amérique latine. C’était une méthode politique en rupture avec ce qui existait au moment où nous avons entrepris toutes ces démarches. Je dis « nous » pour parler de François Delapierre et de moi, qui sommes les auteurs de cette façon de penser dont le débouché a été mon livre L’ère du peuple. Ce que nous disions était tellement neuf qu’aucun commentateur ne le comprenait ni même n’en sentait la nouveauté. Ils ne cessaient de nous maltraiter en voulant nous faire entrer dans une case existante connue d’eux. C’était le rôle de l’usage du mot “populiste”. Le mot permettait de nous assimiler à l’extrême droite. Même les dirigeants du PCF entrèrent dans le jeu. Oubliant leurs anciens qui avaient inventé le prix du roman populiste et imaginé le projet “d’union du peuple de France” ceux-là nous montrèrent du doigt et nous adressèrent des insinuations parfois très malveillantes. La référence à Laclau satisfaisait le snobisme médiatique et permettait de valider l’existence d’un “populisme de gauche” sans avoir besoin de l’assumer nous-même.

 

« Le jacobinisme est un républicanisme global. Il présuppose un peuple avide de liberté et d’égalité. »

 

Notre propre nouveau chemin était déjà très avancé. Nous avons effectué notre évolution à partir de l’Amérique latine et à mesure que l’on avançait, nous produisions des textes qui sont devenus des étapes de référence pour nous. Par exemple, dans le numéro 3 de la revue PRS (Pour la République Sociale), nous travaillions sur la culture comme cause de l’action citoyenne. C’est une manière décisive de mettre à distance la théorie stérilisante du reflet selon laquelle les idées sont les simples reflets des infrastructures matérielles et des rapports sociaux réels. En même temps nous tournons la page du dévoilement du réel et autres entrées en matière d’avant-gardisme éclairé. Le jacobinisme est un républicanisme global. Il présuppose un peuple avide de liberté et d’égalité. Son action révolutionnaire investit la dynamique de ses représentations symboliques. Mais bien sûr cela ne vaut que pour un pays dont la devise nationale dit Liberté-Egalité-Fraternité. Pas “honneur et patrie”, “mon droit, mon roi”, “ordre et progrès” et autres devises en vigueur ailleurs. En bref, il ne faut jamais oublier dans la formation d’une conscience les conditions initiales de son environnement culturel national.

 

Nous repoussons donc la thèse des superstructures comme reflet. Au contraire, les conditions sociales sont acceptées parce qu’elles sont culturellement rendues désirables par tous les codes dominants. Et de son côté, l’insurrection contre certaines conditions sociales procède moins de leur réalité objective que de l’idée morale ou culturelle que l’on se fait de sa propre dignité, de ses droits, de son rapport aux autres par exemple.

 

Toute cette trajectoire déplace la pensée qui est la nôtre, ainsi que son cadre, le matérialisme philosophique. Ce n’était pas la première fois que nous le faisions. De mon côté, j’avais déjà entrepris le travail consistant à repenser les prémisses scientifiques du marxisme. Marx travaillait à partir de la pensée produite à son époque. Il en découlait une vision du déterminisme analogue à celle de Simon Laplace : quand vous connaissez la position et la vitesse d’un corps à un moment donné, vous pouvez en déduire toutes les positions qu’il occupait avant et toutes celles qu’il occupera ensuite. Tout cela est battu en brèche avec le principe d’incertitude qui n’est pas une impuissance à connaître mais une propriété de l’univers matériel. Depuis 1905, avec la discussion entre Niels Bohr et Albert Einstein, l’affaire est entendue. Mais il est frappant de constater qu’il n’y ait eu aucune trace de cette discussion scientifique dans les rangs marxistes de l’époque. À l’époque, Lénine continue à écrire besogneusement Matérialisme et empiriocriticisme – qui passe à côté de tout ça. Pour ma part, sous l’influence du philosophe marxiste Denis Colin j’avais déjà mis à distance cette vision du matérialisme en incluant le principe d’incertitude. C’est la direction qu’explore mon livre A la conquête du chaos en 1991. À ce moment-là, nous comprenions que le déterminisme ne pouvait être que probabiliste. Cela signifie que les développements linéaires dans les situations humaines ne sont guère les plus probables. C’était un renouveau de notre base philosophique fondamentale. Elle percuta en chaîne des centaines d’enchaînements de notre pensée. En modifiant notre imaginaire, cela modifia aussi nos visions tactiques. L’événement intellectuel pour nous fut considérable. Puis dans les années 2000, nous avons travaillé sur les révolutions concrètes qui ont lieu après la chute du Mur. Car dans le contexte, on nous expliquait que c’était “la fin de l’Histoire”, que nous devions renoncer à nos projets politiques. Il était alors décisif d’observer directement le déroulement de l’histoire au moment où il montrait de nouveau la possibilité des ruptures de l’ordre mondial établi.

 

« Pour dire vrai, c’est Hugo Chávez qui nous a décomplexés. Ce fut une expérience personnelle assez émouvante. La dernière chose que j’ai faite avec lui, c’est un bout de campagne électorale en 2012. »

 

A ce moment-là nous étions très polarisés dans l’observation de l’Amérique latine, par le Parti des Travailleurs (PT) de Lula. Son idéologie est fondée sur une option préférentielle pour les pauvres. C’est une idéologie qui n’a rien à voir avec le socialisme historique. C’était un produit d’importation venu de « la théologie de la libération » née et propagée par les séminaires du Brésil. Elle va nous influencer par la méthode de combat qu’elle suggère pour agir et construire. Nous observions le PT de Lula, mais nous ne nous occupions alors pas du reste. Puis les circonstances nous conduisent à découvrir la révolution bolivarienne au Venezuela. D’abord cela nous déstabilise. C’est un militaire qui dirige tout cela, ce qui n’est pas dans nos habitudes dans le contexte de l’Amérique latine. Là-bas, les militaires sont les premiers suspects et non sans raison ! Dans l’idéologie dominante en Amérique du sud, la place des militaires dans l’action politique, c’est celle que lui assigne (là encore) Samuel Huntington dans Le soldat et la nation, le livre de référence qui précède Le choc des civilisations. Pinochet en fut le modèle.

 

Jean-Luc Mélenchon : « La construction d’un peuple révolutionnaire n’est pas un dîner de gala »

 

La révolution bolivarienne a produit chez nous un changement d’angle du regard. Nous reprenons alors toute une série de questions dans laquelle le PT et l’expérience brésilienne ne seront plus centraux. Pour moi, le chavisme est une expérience radicalement différente de celle du Brésil. Puisqu’il faut bien mettre un mot sur celle-ci, on va parler de populisme, bien que la méthode populiste recommande précisément de ne pas se battre pour des concepts disputés et d’utiliser des mots valises, des mots disponibles, afin de les remplir de la marchandise que l’on veut transporter. Il ne sert donc à rien de lutter en Europe pour s’approprier le terme “populiste”. C’est dommage mais c’est aussi stupide que de se battre pour le mot “gauche”. Les gloses sur “la vraie gauche”, “la fausse gauche”, “gauche à 100%”, sont dépassées pour nous. Tout cela n’a pas de sens concret. Au contraire cela rend illisible le champ que l’on veut occuper. La bataille des idées est aussi une bataille de mouvement. Les guerres de positions ne sont pas pour nous.

 

« Les gloses sur “la vraie gauche”, “la fausse gauche”, “gauche à 100%”, sont dépassées pour nous. Tout cela n’a pas de sens concret. »
« Il ne s’agit plus de construire une avant-garde révolutionnaire mais de faire d’un peuple révolté un peuple révolutionnaire. La stratégie de la conflictualité est le moyen de cette orientation. »

 

Le changement d’angle nous conduit à considérer des dimensions que nous avions laissées de côté. Pour dire vrai, c’est Hugo Chavez qui nous a décomplexés. Ce fut une expérience personnelle assez émouvante. La dernière chose que j’ai faite avec lui, c’est un bout de campagne électorale en 2012. On m’avait envoyé là-bas pour m’aider à descendre du ring après la présidentielle et la législative de 2012. Le résultat fut à l’inverse. J’ai fait campagne avec lui. J’ai tellement appris ! Dans tant de domaines. J’ai pu voir par exemple la manière de parler à l’armée. Il s’agissait d’une promotion de cadets, un quatorze juillet. J’ai écouté le discours de Chavez, qui correspondait à l’idée que je me fais de ce que doit être l’outil militaire. Il faut dire que mon point de vue a toujours été décalé par rapport aux milieux politiques desquels je viens. Peut-être parce que j’ai commencé mon engagement politique avec le fondateur de l’Armée rouge, ce qui modifie quelque peu le regard que j’ai toujours porté sur l’armée.

 

Je cite ce thème comme un exemple. En toutes circonstances Chavez éduquait sur sa ligne nationaliste de gauche. Évidemment le contact avec Chavez percutait des dizaines de thèmes et de façon de faire. Et surtout, il illustrait une ligne générale qui devint la mienne à partir de là. Il ne s’agit plus de construire une avant-garde révolutionnaire mais de faire d’un peuple révolté un peuple révolutionnaire. La stratégie de la conflictualité est le moyen de cette orientation. J’ai vu Chavez manier le dégagisme contre son propre gouvernement et les élus de son propre parti devant des dizaines de milliers de gens criant “c’est comme ça qu’on gouverne pour le peuple” ! Chavez partait d’un intérêt général qu’il opposait pédagogiquement aux intérêts particuliers en les déconstruisant.

 

« Jamais autant qu’à présent, ma façon de voir n’a été aussi enracinée dans l’apprentissage des épisodes de la Révolution française de 1789 et de la Commune de Paris. »

 

Au total, nourris de ces expériences, forts de ce renouveau théorique nous avons produit notre propre corpus doctrinal, consigné dans la quatrième édition de L’ère du peuple. Nous n’avons pas fait du Laclau, nous n’avons pas fait du Podemos. Nous avons fait autre chose, autrement, à partir de notre propre histoire politique et de notre propre culture politique nationale. Jamais autant qu’à présent, ma façon de voir n’a été aussi enracinée dans l’apprentissage des épisodes de la Révolution française de 1789 et de la Commune de Paris. Dans ces événements, l’auto-organisation de masse et la fédération des luttes sont omniprésents.

 

Pour comprendre notre trajectoire, il est important de bien observer les différentes vagues qui se sont succédées dans notre espace politique. Il y a d’abord eu l’étape d’influence du Parti des travailleurs du Brésil. Elle donne Die Linke en Allemagne, SYRIZA en Grèce, Izquierda Unida en Espagne, Bloco de esquerda au Portugal. Ici c’est la formule par laquelle une coalition de petits partis se regroupe dans un front avant de finir par fusionner. La vague suivante voit naître Podemos et ensuite la France Insoumise. Elle marque une rupture dans le processus commencé au Brésil et une série d’innovations majeures aux plans conceptuel et pratique.

 

En France, cette rupture arrive au terme d’un bref cycle sous l’étiquette Front de gauche. Il s’est achevé dans une impasse dominée par des survivances étroitement partisanes, des coalitions négociées entre appareils et le reste des pratiques dérisoires de la diplomatie des petits partis de l’autre gauche. Pour ma part, la rupture se produit au cours des campagnes des municipales, des régionales et des départementales. Ce fut une agonie au goutte à goutte. Le Front de Gauche s’est dilué dans des stratégies de coalitions d’un noir opportunisme qui l’ont rendu illisible. Mais on ne pouvait rompre cet engrenage à ce moment-là. En effet, les élections municipales étaient collées aux élections européennes. Il n’y avait pas le temps de redéfinir le positionnement et aucun moyen de le faire valider dans l’action de masse. Nous avons donc dû aborder les élections européennes avec la ligne Front de Gauche dans des conditions d’un chaos d’identification indescriptible. Pour finir, la direction communiste, notre alliée, n’a respecté ni l’accord ni sa mise en œuvre stratégique, expédiant l’élection comme une corvée bureaucratique, tout en tuant la confiance entre partenaires. En Espagne, Podemos a pu faire son apparition à ce moment-là à partir d’une scission de Izquierda Unida. Ce fut le moment de sa percée. En France, la direction communiste refusa absolument toute construction du Front par la base et le débordement des structures traditionnelles.

 

 

- LVSL : Quelle a été l’influence de Podemos alors ?

Jean-Luc Mélenchon :  À l’inverse des tendances de ce moment, Podemos naît dans une logique de rupture avec Izquierda Unida. Delapierre suivait de près le groupe qui a constitué Podemos. Il fréquentait leurs dirigeants et suivait leur évolution. Dès 2011, Íñigo Errejón est venu faire un cours de formation à notre université d’été du Parti de Gauche que je présidais alors. On ne s’est plus quittés. Nous avons participé à toutes leurs soirées de clôture des campagnes électorales, et réciproquement. Pendant ce temps, Syriza trahissait et le PT se rapprochait du PS en s’éloignant ostensiblement de nous. En fait, nous sommes tous des rameaux de ce qui a démarré dans le cycle du PT brésilien, qui a continué dans le cycle bolivarien et qui s’est finalement traduit par la rupture en Espagne puis en France, et dans l’invention d’une nouvelle forme européenne.


Aujourd’hui, le forum du plan B en Europe regroupe une trentaine de partis et de mouvements. Il remplit la fonction fédératrice du forum de São Paulo en Amérique latine, dans les années qui ont précédé la série des prises de pouvoir. Finalement, entre Podemos et nous, la racine est la même. C’est à Caracas que j’ai rencontré Íñigo Errejón par exemple, et non à Madrid. Ce dernier était extrêmement fin dans ses analyses. Il me mettait alors en garde contre l’enfermement du discours anti-impérialiste de Chávez dont il percevait l’épuisement. Il me disait que cela ne fonctionnerait pas auprès de la jeune génération qui en a été gavée matin, midi et soir, pendant quatorze ans. Pour lui, cette perspective stratégique et culturelle devenait stérile et donc insuffisante pour mobiliser la société. Immodestement, j’ai plaidé auprès du Commandant [Chávez] qu’il faudrait se poser la question d’un horizon positif qui témoigne de l’ambition culturelle du projet bolivarien.

 

« On combat les États-Unis mais on mange, on roule, on boit, on s’amuse comme eux. »

 

Comme je l’ai dit, ce que nous apporte fondamentalement Chávez, c’est l’idée que notre action a pour objectif de construire un peuple révolutionnaire. C’est donc une bataille culturelle globale. Mais finalement, la bataille culturelle, au sens large, est restée presque au point zéro à Caracas. Le programme bolivarien de Chávez, c’est pour l’essentiel de la social-démocratie radicalisée : le partage des richesses avant tout. C’est remarquable dans le contexte d’une société si pauvre et si inégalitaire, assaillie par la pire réaction vendue à la CIA. Mais cela laisse de côté les interrogations sur le contenu des richesses, les motivations culturelles du peuple, et ainsi de suite. On combat les États-Unis mais on mange, on roule, on boit, on s’amuse comme eux. Pourtant la révolution citoyenne est nécessairement une révolution culturelle, qui doit aussi interroger les modes de consommation qui enracinent le modèle productiviste.*

 

Voilà ce que je peux dire de ma relation à ce que l’on appelle le populisme de gauche, à supposer que ce concept ait une définition claire. L’appropriation du mot ce n’est pas le plus important. Ce qui compte, c’est le contenu de ce qui est impliqué. Je l’ai détaillé dans L’ère du peuple[1].

 

Il s’agit d’admettre un nouvel acteur : le peuple, qui inclut la classe ouvrière, mais qui ne s’y résume pas. Je n’identifie ni ne résume la formation du peuple comme le font Ernesto Laclau et Chantal Mouffe à l’acte purement subjectif d’auto-définition du « nous » et du « eux ». Je redoute les spirales qu’entraîne souvent la philosophie idéaliste. Pour moi, le peuple se définit d’abord et avant tout par son ancrage social. Il s’agit là, d’abord, du lien aux réseaux du quotidien urbanisé dont dépend la survie de chacun. Ce sont souvent des services publics et cela n’est pas sans conséquences sur les représentations politiques collectives.

 

Ensuite, le peuple c’est le sujet d’une dynamique spécifique : celle du passage aux 7 milliards d’êtres humains connectés comme jamais dans l’histoire humaine. L’histoire nous enseigne qu’à chaque fois que l’humanité double en nombre, elle franchit un seuil technique et civilisationnel. Mais comme on a le nez dessus, on ne le voit pas. Je suis moi-même né dans un monde où il n’y avait que 2 milliards d’êtres humains. La population a donc triplé en une génération alors qu’il avait fallu 200 ou 300 000 ans pour atteindre en 1800 le premier milliard. Un nouveau seuil a bel et bien été franchi. Il se constate de mille et une manières. Mais l’une d’entre elles est décisive : le niveau de prédation atteint un point où l’écosystème va être détruit. Émerge donc un intérêt général humain qui sera le fondement idéologique de l’existence du peuple comme sujet politique. Le peuple va ensuite se définir par son aspiration constante, son besoin de maîtriser les réseaux par lesquels il se construit lui-même : réseaux de santé, réseaux d’écoles, etc. Le moteur de la révolution citoyenne se situe dans le croisement de ces dynamiques. Il est au cœur de la doctrine de L’ère du peuple.

Jean-Luc Mélenchon : « La construction d’un peuple révolutionnaire n’est pas un dîner de gala »

- LVSL : Emmanuel Macron a déclaré que « le lien entre l’Église et l’État [s’était] abîmé, [qu’] il nous [incombait] de le réparer » et que « la laïcité n’a pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés la part sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens ». Que pensez-vous de ces déclarations inhabituelles pour un chef d’État français ?
Jean-Luc Mélenchon :  Le but de la démarche de M. Macron est d’abord politicien : récupérer les votes de la droite catholique. Néanmoins, il le fait à un prix qui engage nos principes fondamentaux. Il oublie qu’il est le président d’une République qui a sa propre histoire. Lorsqu’il dit que le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé et qu’il faut le réparer, la direction de la main tendue est claire.  Il y a un malentendu : le lien n’a pas été abîmé; il a été rompu, volontairement en 1905 ! C’est un acte historique. Il ne peut pas être question de le réparer. L’actualité de la lutte contre l’irruption de la religion en politique dans le monde entier l’interdit. Plus que jamais, la religion et les Églises doivent être à distance de l’État et en être clairement séparées. Plus que jamais notre adage doit être : les Églises chez elles, l’État chez lui.

 

Au demeurant, la République et la citoyenneté ne relèvent pas du même registre que celui de la foi et de la pratique religieuse. La religion est par principe close. Le dogme la clôture. À l’inverse, la République est par principe ouverte. Elle procède de la délibération argumentée. Elle ne prétend à aucun moment être parvenue à une vérité. Cela même est remis en cause par les dogmatismes religieux. Dans l’encyclique de 1906, qui condamne le suffrage universel, il est clairement énoncé que celui-ci est peccamineux en ceci qu’il affirme contenir une norme indifférente aux prescriptions de Dieu.

 

La réversibilité de la loi et son évolution au fil des votes montrent ce que les Églises combattent : la souveraineté de la volonté générale, le mouvement raisonné, l’esprit humain comme siège de la vérité et le caractère provisoire de celle-ci. Les Églises incarnent de leur côté l’invariance. On le voit par exemple quand elles rabâchent les mêmes consignes alimentaires issues du Moyen-Orient, ne varietur, depuis des siècles, et mises en œuvre sous toutes les latitudes. En République, on ne cantonne en dehors du changement qu’un certain nombre de principes simples, proclamés universels. Ce sont les droits de l’Homme. Ils portent en eux-mêmes une logique. Les droits de l’être humain sont ainsi non-négociables et supérieurs à tous les autres, ce qui expulse donc un acteur de la scène de la décision : une vérité révélée contradictoire aux droits de l’être humain ainsi établis.

 

« Ces propos d’Emmanuel Macron sont donc contre-républicains »

 

Dès lors, ils soumettent en quelque sorte la mise en pratique de la religion à un examen préalable que celle-ci ne peut accepter. Dans ces conditions, ni l’État ni la religion n’ont intérêt à la confusion des genres. Les Églises ne peuvent renoncer à leurs prétentions puisqu’elles affirment agir sur une injonction divine. On doit donc ne jamais abaisser sa vigilance pour prévenir leur tendance spontanée à l’abus de pouvoir.

 

Le lien ne doit donc pas être reconstruit. J’ajouterai qu’il y a quelque chose de suspect à réclamer la reconstruction de ce lien précisément avec les hiérarques catholiques. Cette centralité du catholicisme dans la préoccupation macronienne est malsaine. Le président tiendrait-il le même discours devant une assemblée de juifs, de musulmans, ou de bouddhistes ? Je suppose que dans certains cas on éclaterait de rire, pour d’autres, on aurait peur, et pour d’aucuns on considérerait qu’il nous met à la merci des sectes.

 

« La laïcité de 1905 est l’aboutissement de trois siècles de guerre civile ouverte ou larvée. »

 

Fondamentalement, ces propos de Macron sont donc contre-républicains. Et ce n’est pas seulement le cas parce qu’il revient sur cet élément fondamental de la loi républicaine qu’est la séparation actée en 1905. C’est parce qu’il ignore l’histoire qui a rendu nécessaire la loi de 1905. L’histoire est une matière vivante et actuelle. L’histoire n’est pas un passé. C’est toujours un présent dans la vie d’une nation issue des ondes longues du temps. Car la compréhension des motifs qui aboutissent à la séparation des églises et de l’Etat commence bien avant 1905. On y trouvera des racines dans l’action de Philippe le Bel contre les prétentions du pape Boniface VIII à commander au temporel puisqu’il affirmait commander au spirituel. Plus ouvertement, après le retour des lumières antiques à la Renaissance, et jusqu’à la grande Révolution de 1789, la laïcité de l’Etat cherche son chemin. Mais elle ne s’oppose pas à des idées dans un colloque studieux. Elle affronte sans cesse une mobilisation armée et féroce de la part de l’ennemi. L’Eglise a fait valoir ses prétentions dans les fourgons de l’envahisseur depuis Clovis ! L’Église catholique a attendu 1920 pour reconnaître la République ! En 1906 elle condamne encore le suffrage universel. Face au dogmatisme religieux nous nous sommes continuellement opposés à des forces bien matérielles. La laïcité de 1905 est l’aboutissement de trois siècles de guerre civile ouverte ou larvée. Revenir sur ce point, si peu que ce soit, c’est revenir sur la République elle-même. Car celle-ci n’est possible comme chose commune que si les citoyens ne sont pas assignés à d’autres communautés incompatibles entre elles comme le sont celles d’essence religieuse. Or, c’est ce que fait le chef de l’État. Tout au long de son discours, il développe l’idée que l’identité d’une personne humaine serait enracinée dans sa foi et dans une forme particulière de spiritualité.

 

 

- LVSL : Quelles sont d’après vous les motivations d’un tel discours ?

Jean-Luc Mélenchon :  Je ne suis pas dupe de la manœuvre. Il s’agit pour lui d’endosser les habits du chef des conservateurs dans notre pays. Sa politique est celle d’un libéral exalté, mais il a compris qu’aussi longtemps qu’il la vendra dans les habits de la start-up, il ne peut s’appuyer que sur une minorité sociale très étroite. D’autant plus que, dans les start-ups, tout le monde n’est pas aussi cupide qu’il le croit ! Il va essayer de séduire, comme il le fait depuis le début, un segment réactionnaire très large. Après les injures gratuites contre les « fainéants », les « cyniques » et les « riens » voici le moment des travaux pratiques : les jeunes gens qui occupent les facs seraient des bons à rien et on les déloge comme des voyous. Même chose pour Notre-Dame-des-Landes, et ainsi de suite. De la même façon, la criminalisation de l’action syndicale va bon train. Il tente à présent une démarche qui va l’identifier à une certaine France catholique conservatrice. Pas sûr que celle-ci soit dupe de la manœuvre.


Quelle est la force de l’ancrage d’un tel raisonnement ? C’est qu’il postule aussi une certaine idée de l’être humain. Macron cite Emmanuel Mounier, le théoricien du « personnalisme communautaire ». Nous sommes pour notre part les tenants du personnalisme républicain. Nous adoptons le concept de personne comme sujet de son histoire. Une entité ouverte qui se construit au fil d’une vie et qui n’est pas seulement une addition d’ayant-droits de différents guichets de l’existence en société. Pour nous, on peut se construire en s’assemblant pleinement dans l’adhésion à l’idéal républicain, qui met au premier plan la pratique de l’altruisme et, plus généralement, l’objectif des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. À l’inverse, dans le personnalisme communautaire de Mounier, la personne trouve son liant dans la foi qui fonde sa communauté. Ce n’est pas là que spéculation abstraite. Je ne perds pas de vue de quoi on parle depuis le début. La vision macronienne assume de moquer la réalité d’une « religion » républicaine. C’est là une autre façon de nier le droit de l’universel à s’imposer comme norme. C’est-à-dire de ce qu’est le fait d’être un humain qui se joint aux autres grâce à une conduite alignée sur des lignes d’horizon universaliste. La condescendance de Macron pour la « religion républicaine » est significative de son incompréhension personnelle de l’idéal républicain comme vecteur du rassemblement humain. Elle peut aussi signaler son indifférence pour la force de la discussion argumentée libre des vérités révélées comme fondement de la communauté humaine. Après tout, pour lui, la loi du marché n’est-elle pas déjà plus forte que tout interventionnisme politique ? Les idéologies mercantile et religieuse relèvent toutes deux de l’affirmation sans preuve ni débat possible.

 

« Les républicains, en matière de morale individuelle, ne prescrivent pas de comportements. Sinon le respect de la loi. Et la Vertu comme code d’action personnel. »

 

Le dogme interdit au rassemblement de la communauté humaine d’être libre. On ne peut pas en discuter. On l’accepte ou on le subit. Parfois de force chaque fois que les églises en ont les moyens. C’est la raison pour laquelle elles ne peuvent avoir de place dans la décision publique. Mais attention ! On ne saurait confondre honnêtement la mise à distance et l’interdiction ou le mépris. Dans la sphère publique les églises n’ont jamais été interdites de parole ni même de campagne d’influence. Inutile de faire semblant de le croire pour en tirer des conclusions anti-laïques. Pour nous, républicains, la consigne religieuse est à jamais du domaine de la sphère privée et intime. Elle relève du débat singulier de l’individu avec lui-même au moment où il prend une décision. Vous pouvez évidemment être convaincu en tant que croyant qu’il faut faire ceci ou cela, ou même qu’il faut voter de telle ou telle manière. Cela est licite. Mais une prescription religieuse ne peut pas devenir une obligation pour les autres si la loi établit sur le même sujet une liberté d’appréciation individuelle. Car les républicains, en matière de morale individuelle, ne prescrivent pas de comportements. Sinon le respect de la loi. Et la Vertu comme code d’action personnel. Quand nous instaurons le droit à l’avortement, nous n’avons jamais dit qui devait avorter et pour quelles raisons. Cela relève de la liberté d’appréciation individuelle de la personne concernée. Du point de vue de ses convictions religieuses, une personne peut bien sûr décider de ne pas avorter. Mais pour quelles raisons l’interdirait-elle aux autres ? Il en va de même pour le suicide assisté. Il n’a jamais été question de dire aux gens quand ils devraient se suicider ! Mais s’ils veulent le faire en étant assisté, alors ils en ont la possibilité. Le dogme au contraire, et par essence, réprime ceux qui ne l’admettent pas. Dans l’usage de la liberté, la « religion républicaine » ne propose que la Vertu comme mobile.

Jean-Luc Mélenchon : « La construction d’un peuple révolutionnaire n’est pas un dîner de gala »
« On entre dans des logiques de négociation absurde avec l’Église sur la base de ses dogmes révélés. Il ne peut s’agir alors que d’une logique de concessions qui lui permettrait de les imposer à toute la société. »

 

Il y a donc un double abus de langage dans l’attitude de Macron. D’abord, celui qui consiste à essayer de faire croire que reconnaître la globalité d’une personne humaine à travers les ingrédients qui la font – dont sa foi – serait contradictoire à la laïcisation de l’espace public. La seconde, c’est de faire croire que nous serions des gens prescrivant par principe des comportements contraires à ceux préconisés par la religion. Les seules injonctions que nous formulons interviennent en cas de trouble à l’ordre public. Ce genre de limite de la liberté est commune. Aucune liberté n’est totale en société républicaine, sauf la liberté de conscience. Toutes les autres libertés sont encadrées donc limitées. Donc vous pensez ce que vous voulez, mais cela ne doit pas vous conduire à poser des actes illégaux. Point final. Dès que l’on sort de cela, on entre dans des logiques de négociation absurde avec l’Église sur la base de ses dogmes révélés. Il ne peut s’agir alors que d’une logique de concessions qui lui permettrait de les imposer à toute la société. La religion en politique est toujours un vecteur d’autoritarisme et de limitation des libertés individuelles.

 

 

- LVSL : La laïcité renvoie à l’idée assez jacobine d’indivisibilité du peuple français et de séparation du religieux et du politique. Quelle est la place de la laïcité dans votre projet ? Doit-on craindre un retour du religieux en politique ?
Jean-Luc Mélenchon : Cette menace est intense. Pourtant, cela paraît contradictoire avec la sécularisation des consciences que l’on constate et qui ne se dément nullement. Pour autant le fait religieux n’est pas près de disparaître. L’adhésion aux religions repose pour partie sur la tradition. Il en est ainsi parce que la société nous préexiste, que notre famille nous préexiste. On vous enseigne des valeurs, et pour vous mettre en rapport avec les autres, vous devez passer d’abord par ces valeurs. C’est comme cela que s’opère la socialisation des jeunes individus. Le processus d’individuation du jeune se réalise dans l’apprentissage des codes de la relation aux autres. Nous n’avons pas des générations d’anarchistes dans les berceaux. Au contraire, on a des générations qui sont avides de socialisation et donc d’un conformisme enthousiaste.


Et au quotidien les comportements sont-ils débarrassés de métaphysique et même de superstition ? Bien sûr que non ! Je m’amuse d’observer que plus les objets ont un mode d’emploi et un contenu qui échappent à la compréhension de celui qui les utilise, plus la pensée métaphysique fonctionne. On a une relation plus saine et normale à un marteau et un clou qu’à un ordinateur parce que personne ne sait comment ce dernier fonctionne. C’est la raison pour laquelle vous insultez vos ordinateurs, vous leur parlez comme à des personnes, ce qui ne vous vient pas à l’esprit quand vous maniez un marteau. Il est plaisant de noter comment le mode d’emploi des objets contemporains renvoie souvent les individus dans une sphère de moins en moins réaliste. Ne croyez pas qu’au XXIème siècle, entourés d’objets très techniques, l’aptitude à la métaphysique et aux illusions de la magie aurait disparu. Cela peut être aussi tout le contraire. Je le dis pour rappeler que l’appétit de religion ne surgit pas du néant. Il y a un terreau duquel à tout moment, peut surgir une métaphysique qui s’empare de l’anxiété que provoque l’ignorance. Elle procure le seul aliment qui compte pour l’esprit : une explication. Le cerveau humain ne peut pas accepter le manque d’explications parce qu’il est construit pour assurer notre survie. Pour survivre, il faut comprendre, et il faut nommer. Il y a donc une matrice profonde à la capacité des religions à prospérer comme explication globale du monde et de ses énigmes insolubles. Pas seulement à propos des causes de la perversité des objets très sophistiqués que l’on insulte mais surtout, comme on le sait, en réponse à d’autres réalités autrement sidérantes comme la mort et l’injustice du hasard.

 

« Les républicains, en matière de morale individuelle, ne prescrivent pas de comportements. Sinon le respect de la loi. Et la Vertu comme code d’action personnel. »

 

Mais dans le champ politique les religions sont surtout d’habiles prétextes. On l’a vu avec la théorie du « choc des civilisations » de Samuel Huntington. Elle repose entièrement sur l’idée que les cultures cloisonnent les êtres humains, et que les cultures sont elles-mêmes enracinées dans les religions. C’est sur cette base qu’est construite cette théorie qui aujourd’hui domine toute la pensée politique des stratèges et géopoliticiens de l’OTAN. Pour eux, quand on parle d’Occident, on ne parle en réalité que de Chrétienté. Voyez comment la religion est un prétexte entre Perses iraniens et Arabes des Emirats ! Chiites contre sunnites ? Tout cela pour habiller la lutte à mort pour l’influence régionale et la maîtrise d’une zone où se trouve 42% du gaz et 47 % du pétrole mondiaux… Les guerres impériales et les guerres régionales ont intériorisé le discours religieux pour se justifier sur un autre terrain que celui des intérêts matériels qui les animent. La surcharge religieuse facilite le conflit et permet de rendre irréconciliables les combattants qui s’affrontent. Vous voyez bien que nous ne sommes pas dans une thèse abstraite concernant la place des religions dans les conflits. Les êtres humains étant des êtres de culture, pour les pousser à s’entretuer, il faut leur trouver de bonnes raisons de le faire sans transiger. La religion en est une particulièrement commode.


En toute hypothèse, les religions n’ont relâché leur effort de conquête nulle part. Je vois bien évidemment qu’il y a des évolutions. En ce qui concerne les catholiques, je préfère l’encyclique « Laudato si » à ce que pouvait dire le Pape précédent. Dans cette vision du christianisme, les êtres humains sont coresponsables de l’achèvement de la création puisque le Pape François a fait référence dans son texte à Teilhard de Chardin. L’exigence écologique et sociale des catholiques prend alors une signification qui vient en renfort de notre combat. Il n’en demeure pas moins que l’Église catholique n’a pas lâché un demi-millimètre dans toute l’Amérique latine sur des sujets aussi fondamentaux que le droit à l’avortement – sans parler des droits des homosexuels et du suicide assisté. Alors que les révolutions démocratiques durent depuis dix à vingt ans en Amérique latine, pas un de ces pays n’a autorisé le droit à l’avortement tant l’intimidation est grande ! Seul l’Uruguay est un petit peu plus avancé sur ce plan là.


En quelques mots je veux résumer le raisonnement qui établit pourquoi la laïcité est consubstantielle au projet que porte « La France insoumise ». Car notre vision a une cohérence forte. S’il n’y a qu’un seul écosystème compatible avec la vie humaine, il y a donc un intérêt général humain. La tâche du groupe humain est de formuler cet intérêt général.  Pour cela, il faut une délibération libre. Pour que la délibération soit libre, il faut que l’homme ne domine pas la femme, que le patron ne domine pas l’ouvrier, au moment de prendre la décision et que la religion n’interdise pas d’en discuter ou prédétermine le sens de la décision qui sera prise. Pour que la délibération permette d’accéder à la compréhension de l’intérêt général, il faut donc que la société politique soit laïque et que l’État le soit. La laïcité n’est pas un supplément. C’est une condition initiale. La séparation des Églises et de l’État c’est la condition pour que soit possible un débat argumenté. Et le débat argumenté est la condition pour déterminer l’intérêt général. Ces propos peuvent vous paraître d’une banalité absolue. Mais ils tranchent avec les réflexes de notre famille idéologique. Dans les années 1970, quand l’intérêt général était invoqué, on entendait immédiatement la réplique : “intérêt général, intérêt du capital”. Cela voulait dire que ce concept était une construction de l’idéologie dominante. C’est évidemment une construction idéologique, cela va de soi, mais elle se présente désormais dans des conditions tout à fait différentes de la façon d’il y a trente ou quarante ans de cela. L’intérêt du capital ne peut jamais être l’intérêt général à notre époque. Il en est l’adversaire le plus complet. Le capital est intrinsèquement court-termiste et singulier. L’harmonie avec les cycles de la nature est nécessairement inscrite dans le long terme et le cas général.

- LVSL : Lorsque des individus sont aptes à incarner le pouvoir et la dignité de la fonction suprême, on a pris l’habitude de parler « d’hommes d’État ». Lors du premier grand débat de la présidentielle, beaucoup d’observateurs ont noté que vous sembliez être le plus présidentiable et ont évoqué votre posture gaullienne. De même, votre hommage à Arnaud Beltrame a été largement salué. Qu’est-ce qu’implique le fait de « rentrer dans les habits », lorsqu’on aspire à la conquête du pouvoir et que l’on souhaite devenir une option crédible ? N’est-on pas aujourd’hui face à un vide de l’incarnation ?

 

Jean-Luc Mélenchon : J’espère que j’ai contribué à le remplir. Parce que ma campagne de 2017, davantage encore que celle de 2012, a mis en scène un personnage en adéquation avec un programme. J’ai toujours eu des discussions sur cet aspect avec mes camarades d’autres pays, je n’y suis donc pas allé à reculons. C’est ce que j’avais dit à mes amis italiens : ou bien vous assumez la fonction tribunicienne et vous montez sur la table pour incarner votre programme, ou bien cette fonction incontournable sera incarnée par d’autres. C’est ce qui s’est passé l’année où le Mouvement Cinq Étoiles de Beppe Grillo a envoyé aux pelotes la coalition qui s’était construite autour de Rifondazione comunista. Cela a été une catastrophe et j’en ai aussi tiré les leçons.

 

« Il y a un égalitarisme spontané du peuple français, dont la racine profonde est la grande Révolution de 1789, qui est d’abord une révolution de liberté. »

La question de “l’incarnation” est d’ordre métaphysique. Je l’aborde avec sang-froid. Je crois à ce que je dis et à ce que je fais. Si vous constatez une “incarnation”, c’est un résultat, pas un rôle. Vous ne vous levez pas le matin en mettant les habits d’un personnage comme vous avez enfilé votre pyjama le soir. C’est le programme qui produit l’incarnation s’il arrive à son heure dans le moment politique de la prise de conscience populaire. Je crois connaître le peuple français, notamment les fondamentaux de son histoire et l’essentiel de son territoire que j’ai parcouru dans tous les sens et dans bien des recoins. Le peuple français, c’est le peuple politique du continent. Il use d’expressions uniques qui traduisent son esprit égalitaire. Voyez comment on reproche un comportement à quelqu’un : “si tout le monde faisait comme vous…”. C’est une façon de dire : ce qui est bien, c’est ce que tout le monde peut faire.


Il y a un égalitarisme spontané du peuple français, dont la racine profonde est la grande Révolution de 1789, qui est d’abord une révolution de liberté. Les gens étaient persuadés que ce serait en votant qu’ils régleraient le problème. Ils voulaient même élire leurs curés à un moment donné ! Et ils se sont substitués à l’État monarchique écroulé. Jusqu’au point de vouloir fédérer ces prises de pouvoir dans une “fête de la fédération” un an après la prise de la Bastille. Le contenu de la Révolution de 1789 a produit une dynamique qui permet de comprendre comment un personnage à première vue aussi éloigné de la forme de la Révolution l’a autant et aussi fortement incarnée que Maximilien Robespierre.

Jean-Luc Mélenchon : « La construction d’un peuple révolutionnaire n’est pas un dîner de gala »

Lorsqu’on comprend cela, on comprend la substance de l’action politique. Quel est l’enjeu de la politique ? On peut le chercher chez celui-là même que l’on m’oppose parfois si stupidement : Marx, dans le “catéchisme” de la Ligue des justes, le premier texte qu’il a signé. Première question : qu’est-ce que le communisme ? Réponse : ni les soviets, ni le développement des forces productives, mais “l’enseignement des conditions de la libération du prolétariat”. C’est un fait radicalement subjectif qui est mis en avant. De même, dans L’idéologie allemande : “le communisme est le mouvement réel qui abolit l’état actuel des choses, (les contradictions du système) et sa conscience.” La conscience, dans la formule marxiste, pèse du même poids que le mouvement réel qui abolit l’état actuel des choses. Et vous avez cette phrase définitive de Marx : “le prolétariat sera révolutionnaire ou il ne sera rien”. Comment cela rien ?


On croyait alors qu’il était défini par sa place dans les rapports de production. Mais en réalité, il était défini dans le marxisme initial par son rapport culturel à lui-même ! C’est pourquoi le marxisme distingue l’en-soi du pour-soi, et entre les deux se trouve la place du politique, ce qui fait de la conscience l’enjeu principal de l’action politique en vue de la conquête du pouvoir. La stratégie de L’ère du peuple est donc dans une continuité philosophique et politique. La construction de cette conscience nécessite une prise en compte de la globalité de la condition humaine de ceux à qui l’on s’adresse.


Je dis cela pour la masse de ces discours qui n’ont aucun lien avec le quotidien des gens, et notamment avec l’idée morale qu’ils se font de leur dignité et de leur rapport aux autres. Dans L’ère du peuple, il y a un chapitre sur la morale comme facteur d’unification et de motivation d’action sociale. En ce qui nous concerne, nous avons définitivement épousé l’idée que les êtres humains sont des êtres de culture et c’est d’ailleurs à cause de cela qu’ils sont des êtres sociaux.

 

 

- LVSL : Revenons à votre stratégie. Vous avez réalisé des scores très importants chez les jeunes au premier tour de l’élection présidentielle, notamment chez les primo-votants, avec 30% chez les 18-24 ans. Néanmoins, vous n’avez enregistré aucun gain chez les seniors, qui pèsent énormément dans le corps électoral effectif et ont largement voté pour Macron et Fillon. Les clivages politiques semblent devenir de plus en plus des clivages générationnels. Pourquoi votre discours a-t-il autant de mal à toucher les plus âgés ? Les baby-boomers se sont-ils embourgeoisés et sont-ils devenus irrémédiablement néolibéraux ?
Jean-Luc Mélenchon : Mes discours passent plus difficilement chez les seniors pour les mêmes raisons qu’ils passent plus facilement dans la jeune génération. La jeune génération a une conscience collectiviste écologiste extrêmement forte, en dépit des reproches qu’on lui fait sur l’égoïsme qu’elle semble exprimer. La conscience de la limite atteinte pour l’écosystème, du gâchis, de l’asservissement que provoque une société qui transforme tout en marché est très avancée. Nous atteignons, dans la jeune génération, la limite d’une vague qui a d’abord submergé les jeunesses précédentes.

 

« Mai 68, on ne montre que des personnages aussi ambigus et conformistes que Romain Goupil ou Daniel Cohn-Bendit. C’est une génération de gens qui n’ont jamais été autre chose que des libéraux-libertaires, petits bourgeois confits d’un égoïsme hédoniste sans borne, et sans danger pour le système. Ils sont restés conformes à ce qu’ils étaient. »

J’ai connu celle des années 1990 où l’idéal dominant, c’était le trader qui a réussi son opération. J’ai toujours fait des conférences dans les grandes écoles. J’y aperçois les enfants des classes socio-professionnelles supérieures. Cela me permet de voir comment les enfants de cette classe sociale, qui aimante la société, évoluent. À travers leurs enfants, on peut identifier ce qui sera rejeté ou pas ensuite. Dans les années 90, à la fin d’une conférence, il y avait deux ou trois mohicans qui venaient me voir pour me dire qu’ils étaient de mon bord. Ils le faisaient en cachette et tout rouges. Maintenant, dans le moindre amphithéâtre, il y a 20% ou 30% qui se déclarent de notre côté. Ce qui m’intéresse en particulier, c’est que les autres, ceux qui ne sont pas de mon avis, sont en désaccord avec mes conclusions mais s’accordent avec mon diagnostic. Il y a eu là la construction d’une conscience collective nouvelle. Cette génération est consciente de la rupture que cela exige. Elle l’aborde avec plus d’enthousiasme parce qu’elle sent que, par sa qualification, ses connaissances, elle est capable de répondre aux défis du monde.

 

En ce qui concerne les plus âgés, c’est le moment de disperser les illusions sur Mai 68. Les leaders qui sont mis en exergue aujourd’hui n’ont jamais cessé d’être des commensaux du système. Or, il ne faut pas perdre de vue que Mai 68, c’est d’abord une grande révolution ouvrière. C’est 10 millions de travailleurs qui se mettent en grève. Pourtant ils sont éjectés du tableau, comme s’ils n’existaient pas. Et dans la célébration, ou la commémoration de Mai 68, on ne montre que des personnages aussi ambigus et conformistes que Romain Goupil ou Daniel Cohn-Bendit. C’est une génération de gens qui n’ont jamais été autre chose que des libéraux-libertaires, petits bourgeois confits d’un égoïsme hédoniste sans borne, et sans danger pour le système. Ils sont restés conformes à ce qu’ils étaient. Dans la représentation de Mai 68, les médias se régalent de leurs prestations qui permettent d’effacer la réalité de classe de 68. Ils aiment montrer que la lame est définitivement émoussée. La preuve ? Leurs héros de pacotille s’en amusent eux-mêmes. Goupil ne supporte plus les militants, Cohn-Bendit les vomit…

 

Ce qui doit nous intéresser, c’est justement de regarder comment les vainqueurs de cette histoire en ont profité pour faire croire qu’on peut “transformer le système de l’intérieur”. “Après tout, disent-ils, on peut en tirer des avantages. Ce ne serait pas la peine de tout brutaliser”. Comment le nier ? Mais c’est avaler avec chaque bouchée l’addiction au repas tout entier. Un énorme matériel propagandiste s’est mis en mouvement contre tout ce qui est révolutionnaire. Du socialisme, on a fait une diablerie où Staline est inscrit dans Robespierre. La propagande s’est acharnée à disqualifier à la fois l’intervention populaire et son histoire particulière dans la Révolution.

« Les révolutions ne sont jamais de purs parcours idéologiques. Ce sont toujours les résultats de principes auto-organisateurs à l’œuvre dans une situation. »

En France, où se situe son modèle initial, les porte-plumes du système ont accompli un travail considérable dans ce sens, avec François Furet par exemple. Cela s’est traduit méthodiquement par des opérations d’appareils comme L’Obs et les autres organes de cette mouvance. Ils ont répandu cette disqualification du fait révolutionnaire au sein des classes moyennes sachantes qui font l’opinion et déterminent les modes de vie sur lesquels essaient de se caler la classe ouvrière et les contremaîtres, c’est-à-dire ceux qui sont la catégorie juste d’avant. De ce fait, les générations de l’échec de 68 puis du programme commun ont été pétries à pleines mains dans ces registres.

 

Il est alors normal que les seniors entendent moins mon discours. Il y a le poids de l’âge. On est plus conservateur en vieillissant. On s’aperçoit des vanités de l’existence qui vous agitaient quand vous étiez plus jeune. Les seniors se disent que le changement que nous proposons n’est pas possible, qu’il est trop compliqué. Prenez n’importe quel jeune d’une école d’ingénieur, il sait que c’est facile de fermer les centrales nucléaires et de les remplacer par des énergies renouvelables. Cela prendra 4, 5, 10 ans. 4, 5, 10 ans, quand vous avez 70 ans, c’est beaucoup. On se demande entre-temps si on aura de l’électricité. On me dit : “Mais Monsieur Mélenchon, vous n’allez tout de même pas sortir du nucléaire en appuyant sur un bouton ?” Dans la génération senior, une majorité trouve la tâche politique d’un niveau trop élevé. Ce qui est rassurant cependant, c’est que la tâche révolutionnaire ne résulte jamais d’un acte idéologique mais d’une nécessité qui résulte des circonstances. C’est cela notre force.

 

Les révolutions ne sont jamais de purs parcours idéologiques. Ce sont toujours les résultats de principes auto-organisateurs à l’œuvre dans une situation. Furet affirmait que la révolution aurait dérapé à cause d’idéologues exagérés. En étudiant les lettres qui viennent des élus des États généraux, Timothy Tackett a montré que les révolutionnaires ne sont pas des enragés mais des notables motivés mais perplexes. Ils font face à des situations qui les dépassent et apportent des réponses révolutionnaires parce qu’ils ne voient pas quoi faire d’autre. Leurs répliques sont juste celles qui leur paraissent adaptées aux circonstances. La seule chose qui est idéologiquement constante et qui traverse les bancs de l’assemblée, c’est l’anticléricalisme. Mais Timothy Tackett montre comment les gens ont répondu à des circonstances, qui, en s’enchaînant, ont détruit peu à peu tout l’ordre ancien.

 

« La guerre civile va défigurer la révolution de 1917 de la même manière que la guerre contre toute l’Europe a défiguré la Révolution de 1789 et a mené à la victoire de Bonaparte plutôt qu’à celle de Robespierre. »

L’ordre nouveau qui découle de cet écroulement ne s’appuie pas sur une idéologie mais sur la nécessité de répondre à la situation de tous les jours. Par exemple, en réplique populaire à la Grande Peur en 1789, se créent des milices pour se protéger des brigands. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de brigands, et une fois que la garde nationale est constituée, les miliciens ne rendent pas les armes et se donnent des missions. Les processus révolutionnaires enracinés partent toujours des préoccupations qui répondent à des circonstances qui sont insurmontables autrement que par des méthodes révolutionnaires. C’est le cas de la révolution de 1917 : il était impossible de changer le cours des évènements tant que l’on n’arrêtait pas la guerre. C’est en tout cas pour cela que s’écroulent les gouvernements successifs. Après, cela devient autre chose : la guerre civile va défigurer la révolution de 1917 de la même manière que la guerre contre toute l’Europe a défiguré la Révolution de 1789 et a mené à la victoire de Bonaparte plutôt qu’à celle de Robespierre.

 

Revenons au point de départ, à la question des générations et au fait d’aller chercher les seniors. Je pense plutôt que ce sont eux qui vont nous trouver tout seuls. Cela a d’ailleurs commencé. Regardez les opinions positives constatées par sondage : pour la première fois, nous passons devant la République en Marche (LREM) chez les retraités, dans la dernière enquête. Dans toutes les catégories, la France Insoumise est deuxième, sauf une pour laquelle ils restent devant nous, à savoir les professions libérales, et une pour laquelle nous sommes devant eux, à savoir justement les retraités.

 

 

- LVSL : Un des problèmes récurrents des forces qui veulent changer radicalement la société, c’est la peur du “saut dans l’inconnu” pour une part non négligeable des électeurs. Comment comptez-vous affronter ce déficit de crédibilité, qu’il soit réel ou qu’il s’agisse d’un fantasme ? Comment faire en sorte que les Français n’aient aucune difficulté à imaginer un gouvernement insoumis, et comment passer du moment destituant, celui du dégagisme, au moment instituant ?
Jean-Luc Mélenchon : J’en traite justement dans un récent post de blog, dans lequel je commente l’actualité, en fonction des phases connues du mouvement révolutionnaire « populiste », la phase destituante et la phase instituante sont liées par un mouvement commun. On rejette en s’appropriant autre chose et vice versa. Il ne faut jamais oublier le contexte. Nous sommes dans un moment de déchirement de la société.

 

Nous offrons un point de rassemblement. La France Insoumise est le mouvement de la révolution citoyenne. C’est-à-dire de la réappropriation de tout ce qui fait la vie en commun. Il englobe des catégories qui ne sont pas toujours dans des dynamiques convergentes. Elles sont même parfois contradictoires. La fédération des catégories sociales, d’âge et de lieu se fait par leurs demandes respectives. Il y a besoin d’une coïncidence des luttes avant d’avoir une convergence de celles-ci. Chacune a sa logique. On vient d’évoquer les seniors : l’augmentation de la CSG les rapproche d’autres catégories. Rien à voir avec l’attrait de mon image. Le programme d’un côté, et la capacité du groupe parlementaire à le mettre en scène de l’autre, voilà de solides repères pour l’opinion qui observe et se cherche.

« Si je deviens moins franc du collier, je sors de la stratégie de la conflictualité qui est la seule capable de produire de la conscience, de l’action, de la confiance et du regroupement. »

Alors, qu’est-ce qui va rassurer ? La perception de notre détermination. Pourquoi les gens seraient-ils attirés par Monsieur Macron, qui sème un désordre indescriptible dans tout le pays et qui raconte des choses insupportables sur la laïcité et ainsi de suite ? La France Insoumise, elle, sait où elle va. Nous défendons l’idée qu’il y a un intérêt général et que la loi doit être plus forte que le contrat. Il y a des gens que ça rassure, à proportion du fait qu’ils se détournent des autres. Ça ne se fait pas tout seul. Je ne cherche pas à devenir de plus en plus rassurant pour rassembler autour de moi. Si je le faisais, je renoncerais au ciment qui unit notre base entre l’aile la plus radicale et l’aile la plus modérée.

 

« La construction d’un peuple révolutionnaire n’est pas un dîner de gala. »

On me reproche d’être clivant ? Mon score n’en serait-il pas plutôt le résultat ? Il faut abandonner l’illusion communicationnelle. Avoir le bon slogan et le bon message ne réconciliera pas tout le monde. Pour réconcilier tout le monde, il faudrait baisser d’un ton ? Je ne le ferai pas. Je compte davantage sur l’obligation de la prise de conscience de devoir sauter l’obstacle de la routine et de la résignation. Et si je deviens moins franc du collier, je sors de la stratégie de la conflictualité qui est la seule capable de produire de la conscience, de l’action, de la confiance et du regroupement. La construction d’un peuple révolutionnaire n’est pas un dîner de gala.

 

 

- LVSL : Mitterrand s’est confronté aux mêmes types de problématiques pour accéder au pouvoir en 1981…
Jean-Luc Mélenchon : 1981, ce n’est pas la révolution. La société n’est pas déchirée, et François Mitterrand n’est pas lui-même un révolutionnaire. Toutes les composantes du programme commun ont pensé qu’elles allaient changer les choses par le haut. La “force tranquille”, c’est un slogan à la fin de la campagne. Il y a maintenant un mythe sur ce sujet. On aurait gagné grâce à un slogan ? Réfléchissez ! Ça n’a aucun sens. On a gagné par 30 ans d’accumulation politique. Le programme commun commence dans la bouche de Waldeck-Rochet en 1956. Cela a pris un temps fou avant d’arriver à construire une base où socialistes et communistes arrivent à se réconcilier et à entraîner le reste de la société ! Et il aura fallu la grève générale de Mai 68 pour brasser la conscience populaire assez profondément.

On ne gagne pas avec des slogans sans ancrages. Les slogans doivent correspondre à des situations. La situation dans laquelle je me trouve aujourd’hui, c’est la nécessité de construire une majorité. Pour cela, elle doit trouver son enracinement social à la faveur d’une élection. Quand la température politique monte, l’information circule très vite, les consciences peuvent faire des choix positifs et négatifs. Il y a des gens qui votent pour moi parce qu’ils ne savent pas pour qui d’autre voter, il y en qui le font parce qu’ils trouvent que ce que je dis est bien et que le programme leur paraît efficace, et puis il y a des gens qui votent pour moi en se disant que voter pour n’importe quel autre n’apportera rien. Pour eux, c’est donc le vote utile.

Jean-Luc Mélenchon : « La construction d’un peuple révolutionnaire n’est pas un dîner de gala »

Nous avons construit une situation électorale. À l’intérieur de cette situation, nous construisons, à travers le programme, une base sociale de masse pour le changement de fond que nous portons. En 2012, nous avons eu 4 millions de voix. En juin 2016, j’avais dit “à chacun d’en convaincre un autre ! Si on fait 8 millions de voix, on a gagné”. Finalement, nous avons fait 7 millions, et n’avons pas gagné. Mais on a quand même gagné 3 millions d’électeurs ! Puis aux élections législatives, comme en 2012, on en a reperdu la moitié. La moitié de 4 millions, ça n’est pas la moitié de 7 millions. Cette fois-ci, on a obtenu un groupe parlementaire. Cela a permis le franchissement d’un nouveau seuil. Nous avons substitué une image collective, celle du groupe, à une image individuelle, celle du candidat. Et, dorénavant tous azimuts, nous couvrons et influençons de nombreux secteurs de la société. Voilà des acquis formidables de notre action et de notre lutte ! Le point d’appui s’est formidablement élargi.


Maintenant, le pays entre en ébullition sociale et idéologique. Tant mieux ! Parce qu’à l’intérieur de ça, pour la première fois, des milliers de jeunes gens se construisent une conscience politique. On peut voir que c’est la première fois qu’il y a un mouvement dans les facs depuis très longtemps, tout comme dans les lycées. Il y a aussi des milliers et des milliers d’ouvriers qui se mettent en mouvement pour faire la grève, et ce sont les secteurs les plus déshérités de la classe ouvrière qui tiennent le coup le plus longtemps. Par exemple, chez Onet, pendant des mois, les pauvres gens qui nettoient les trains et les voitures, les femmes qui font les chambres dans les hôtels, ont tenu trois mois de grève sans salaire !


On sent donc que dans la profondeur du pays, il y a une éruption. Je ne dis pas que ça va suffire ! Mais rappelez-vous que notre but est de construire un peuple révolutionnaire. Ce n’est pas de construire une fraction d’avant-garde révolutionnaire qui prend le pouvoir par surprise. Cela n’a jamais marché, et les nôtres en sont tous morts à la sortie. Ce n’est pas comme cela qu’il faut faire. Construire un peuple révolutionnaire, cela veut dire ne compter que sur la capacité d’organisation qu’il contient et avancer pour qu’il se constitue en majorité politique.

 

« Nous ne sommes pas les psalmodieurs d’un catéchisme auquel devraient se conformer les masses. Nous sommes leurs éclaireurs, parfois leurs déclencheurs, toujours leurs serviteurs. »

 

En ce moment, l’école de la lutte fonctionne à plein régime : si le pouvoir macroniste fait une erreur de trop, le mouvement va s’accélérer. Je ne peux pas vous dire aujourd’hui dans quel sens il va s’accélérer. De la même manière que je ne peux pas vous dire aujourd’hui ce qui se passera le 5 mai. Est-ce que ce sera un rassemblement de protestation ? Ou est-ce que ce sera le moment qui verra converger une colère terrible du pays ? Je compte qu’il soit la dernière étape avant la formation d’une fédération des luttes qui vienne à l’appel commun des syndicats et des mouvements politiques. C’est ce qu’on appelle une stratégie : un ensemble de tactiques de combat au service d’un objectif.

 

Nous ne sommes pas les psalmodieurs d’un catéchisme auquel devraient se conformer les masses. Nous sommes leurs éclaireurs, parfois leurs déclencheurs, toujours leurs serviteurs. La lutte n’a pas pour objet de cliver à l’intérieur du peuple, c’est l’inverse. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé qu’on tourne la page des tensions au mois de septembre avec la CGT, qu’on tire des leçons de l’épisode précédent. Nous sommes appuyés sur une lutte de masse. Maintenant, son objet est l’enracinement. L’enracinement, cela veut dire l’élargissement. Et pour qu’elle puisse s’élargir, il faut que cette lutte trouve une respiration propre, pas qu’on la lui amène de l’extérieur.

 

Cela signifie, entre autres, que l’objet tactique du commandement politique, c’est de régler les deux questions qui nous ont scotchés la dernière fois, en septembre : la division syndicale et la séparation du syndical et du politique. Quand je dis le syndical, je parle de l’articulation du mouvement social, car celui-ci n’existe pas à l’état brut. Il existe à travers des médiations, que ce soit la lutte Onet, la lutte des femmes de chambre ou la lutte des cheminots, le syndicat aura été l’outil. Toutes ces luttes transitent par une forme d’organisation syndicale pour se structurer. Cela peut aussi parfois créer des tensions à l’intérieur de ce champ, quand la masse a le sentiment que les consignes syndicales ne correspondent pas à son attente.

 

 

- LVSL : La lutte des cheminots de la SNCF semble plus populaire que prévue, y compris, et de façon assez étonnante, chez des Français de droite. Comme s’il s’agissait de lutter contre le fait de “défaire la France et son État”. Quel regard portez-vous sur la mobilisation ? Quel doit être votre rôle dans celle-ci ?
Jean-Luc Mélenchon : Pour nous, il ne s’agit pas de créer un clivage droite-gauche à l’intérieur de la lutte. Cela n’a pas de sens, parce qu’il y a des gens qui votent à droite et qui sont pour la SNCF ou le service public. D’ailleurs, la droite de notre pays n’a pas été tout le temps libérale. Il y a tout un secteur de la droite qui est attaché à d’autres choses et qui entend nos arguments. C’est ce que certains amis de “gauche” ne comprennent pas forcément ou n’ont pas toujours envie d’entendre.

 

Alors, quelle va être notre ligne ? Fédérer le peuple. On ne décroche pas de cette orientation. Mais sa mise en œuvre varie selon les moments et les contextes de conflictualité. Par quoi passe-t-elle aujourd’hui ? Cela peut être par un déclencheur qui va l’embraser dans un mouvement d’enthousiasme, d’insurrection. À d’autres moments cela passe par des combinaisons plus organisées. C’est pourquoi, aujourd’hui, mon emblème, c’est Marseille. Pourquoi Marseille ? Parce qu’il y a un poste de pilotage unifié où la CGT prend l’initiative de réunir tout le monde, où CGT, FSU-Solidaires, UNEF, syndicats lycéens et partis politiques se retrouvent autour de la même table pour faire une marche départementale. Mais il n’y a ni mot d’ordre commun, ni texte d’accord. Chacun sait pourquoi il vient et le dit à sa façon. Là, on voit véritablement ce qu’est un processus fédératif.

 

« Mais il y a aussi un facteur que personne ne prévoit et ne pourra jamais prévoir : c’est l’initiative populaire. Elle peut tout submerger, tout le monde, et tel est mon souhait le plus profond. »

 

Après la destruction du champ politique traditionnel à la présidentielle, le temps est passé où des partis de la gauche, et autres sigles de toutes sortes, lançaient un appel après s’être battus pendant trois heures pour trois mots dans une salle close, et réunissaient moins de monde dans la rue qu’il n’y avait de signataires en bas de l’appel. Je caricature bien sûr, mais tout le monde sait de quoi je parle. Il faut en finir avec cela, nous sommes entrés dans une autre époque. Une époque plus libre pour innover dans les démarches. La formule fédérative marseillaise, c’est peut-être la formule de l’union populaire enfin trouvée. Parce qu’elle est sans précédent. La tactique et la stratégie politique règlent des problèmes concrets.

Mais il y a aussi un facteur que personne ne prévoit et ne pourra jamais prévoir : c’est l’initiative populaire. Elle peut tout submerger, tout le monde, et tel est mon souhait le plus profond. Parce que quand l’initiative populaire submerge les structures, elle n’a pas de temps à perdre. Elle va droit au but et elle frappe à l’endroit où se trouve le nœud des contradictions.

 

Notes :

[1] "L’ère du peuple" : sortie de la version 2016 de poche

 

Pour en savoir plus :

- Jean-Luc Mélenchon: de Mai 68 à Mai 2018, "une révolution est une éruption volcanique"

 

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 11:10
Révolution citoyenne ?

"La révolution citoyenne, c'est une révolution dans les têtes et dans les cœurs et pas seulement dans le quotidien de la lutte sociale et politique [1]"

 
" Pour notre part, parti de gauche, nous rejetons tout autre moyen que celui de la démocratie. S'il faut une révolution, cela doit être une révolution par les urnes. C'est une leçon du siècle passé. Et même du siècle qui commence, comme le montre la révolution démocratique qui traverse l'Amérique latine. Alors inspirons-nous de la stratégie d'Evo Morales, qui demande à son peuple de voter, voter et voter encore, pas des foyers de guérilla de Che Guevara ![2] "
 
Sources : La Toupie par Jérôme Duval | mis à jour le 27/08/2021

-

Définition de révolution citoyenne
La "révolution citoyenne" est un slogan de campagne utilisé par des mouvements politiques de gauche pour désigner un objectif de transformation sociale en profondeur conduit par les citoyens. Il s'agit, pour les êtres humains de reconquérir la citoyenneté et d'oeuvrer à redonner tout son sens au politique.

L'expression "Révolution citoyenne" a notamment été employée par :

  • Rafael Correa, président de l'équateur qui, durant sa campagne électorale en 2006 a promis une "Révolution citoyenne" pour permettre un "changement radical" du système politique, économique et social.
     
  • Le FFS (Front des Forces Socialistes) lors des élections législatives algériennes de 2012.
     
  • Le Front de gauche qui prône une insurrection civique et une VIe République lors de la campagne présidentielle (avec la candidature de Jean-Luc Mélenchon) et des élections législatives de 2012.

Elle a aussi été utilisée pour qualifier les révoltes du " printemps arabe " en 2011.

 

 

 

- En l'absence de définition unanimement reconnue, on peut essayer d'énoncer les principales caractéristiques d'une révolution citoyenne :

  • Elle doit entraîner l'adhésion du plus grand nombre par la mobilisation, l'écoute, le débat et la diffusion des idées.
  • Elle est accomplie en dehors des partis politiques, qui ont tendance à cliver les citoyens, et nécessite l'unification des forces progressistes.
  • Elle veut faire des êtres humains des citoyens avant d'en faire des consommateurs.
  • Elle redonne toute sa place aux citoyens et cherche à les responsabiliser dans leurs décisions d'électeurs, en luttant notamment contre l'abstention.
  • Elle veut que le politique, issu du suffrage universel, reprenne le pouvoir sur les banques et la finance.
  • Elle renforce la démocratie par la multiplication des consultations des citoyens, y compris dans les entreprises en développant le système des coopératives.
  • Elle repose sur l'éducation qui devient une priorité afin d'ouvrir le peuple à l'esprit critique et à la compréhension des enjeux de la société dans laquelle il vit.
  • Elle rend aux services publics la place qui leur revient.

 

 

 

-

La révolution citoyenne au coeur de la démarche politique de la France insoumise

Le 25 juin 2015, Jean-Luc Mélenchon tenait une conférence sur le thème : « Révolution citoyenne et mouvements citoyens – De Podemos aux assemblées citoyennes ». Il a expliqué comment la théorie de la Révolution citoyenne partait de l'augmentation du nombre d'être humains sur la planète pour définir un intérêt général humain, et comment découlait de cette analyse la nécessité de sortir du système capitaliste productiviste. Jean-Luc Mélenchon a réaffirmé que la 6e République n'était pas un slogan mais une stratégie révolutionnaire pour que le peuple retrouve sa souveraineté en refondant ses institutions.

 

- Dans cette conférence, Jean-Luc Mélenchon analyse le 14 juillet 1789 et la période révolutionnaire française avec le prisme de la théorie de l’ère du peuple et de la révolution citoyenne.

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